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Sommaire

 

Adaptations Françaises

Double Hélice

Mirage

Le Lézard Noir

 

Adaptations Américaines

The Guin Saga

 

* Index des titres et auteurs *

 

Adaptations Françaises

© Koji Suzuki / Pocket Editions

Double Hélice

Auteur: Koji Suzuki

Traduction: Corinne Atlan

Références: Pocket Editions - Collection Terreur

Nombre de Volumes: 1

Intrigue: Mitsuo Ando, médecin légiste à l'institut médico-légal de Tokyo et professeur de médecine légale à la faculté, s'efforce sans grande conviction de continuer à vivre et d'ignorer les fantômes du passé qui tourmentent ses songes en s'enfonçant avec indifférence dans la dissection de ses 'patients' après la mort accidentelle de son jeune fils, dont les circonstances de la noyade ont poussé son épouse, devenue psychologiquement fragile, à le tenir pour responsable de cette tragédie et le harceler pour obtenir le divorce. Ando ne conservant comme seules et funestes reliques que quelques boucles de cheveux enchevêtrées à ses doigts dans un effort désespéré de rattraper le petit corps qui se débattait pour sa survie, le fait que la dépouille de l'enfant emportée par les flots n'ait jamais été retrouvée n'a eu pour effet que de jeter définitivement le trouble dans le jeune couple, amplifiant davantage le malaise du médecin peu disposé à entamer une nouvelle vie avec une autre femme, désormais plus employé à se chercher jour après jour une raison valable de poursuivre cette existence monotone et d'aller de l'avant.

Un étrange hasard va pourtant vouloir que ce soit Ando qui, dans ce même fragile état d'esprit, soit chargé un beau jour de l'autopsie de son ancien et brillant ami d'université Ryuji Takayama, retrouvé sans vie dans son appartement sans causes de décès apparentes par la jeune Maï Takano, élève et maîtresse présumée du défunt. Si l'examen minutieux du corps mène bientôt le médecin légiste à penser avec une quasie certitude que Ryuji a été victime d'un arrêt cardiaque par obturation de la coronaire gauche, un détail peu important au premier abord attire pourtant l'attention des chirurgiens: une légère tumeur s'est en effet développée sur la membrane muqueuse du pharynx, symptôme jusqu'alors inconnu de Ando qui décide de l'envoyer à analyser, bien que persuadé qu'il ne s'agisse en aucun cas de l'origine du décès.

L'opération achevée et le corps flasque de Ryuji privé de ses organes rembourré de papier journal et recousu, un indéfinissable malaise pousse bientôt Ando à s'approcher à nouveau de son ancien condisciple, son regard soudainement attiré par un fait peu commun: des coutures du cadavre pourtant reprisé avec minutie, dépasse un morceau de papier tâché de sang et portant ces quelques chiffres: 178 136. Le médecin légiste, passablement inquiet de cet incident, ne peut s'empêcher de songer, non sans un certain doute et malgré la rigueur qu'exige son métier à écarter toute hypothèse paranormale, que Ryuji essaie de lui dire quelque chose par delà la mort. Connaissant le goût prononcé de son défunt ami pour les cryptogrammes du temps où ils fréquentaient tout deux la faculté de médecine, Ando se met sans plus attendre en devoir de déchiffrer le code sorti des entrailles du professeur. Sonnant tel un avertissement, un mot seul surgit alors des chiffres mystérieux: RING...

Les jours qui suivront cette mémorable séance d'autopsie ne feront que semer davantage le trouble et l'angoisse dans l'esprit d'Ando, qui entame petit à petit et sans vraiment s'en apercevoir une véritable enquête scientifique parsemée de détails pour le moins étranges. Maï Takano, avec laquelle le jeune médecin nourrit le désir d'entreprendre sa première aventure amoureuse depuis l'accident qui l'a privé de l'affection de son fils et de son ex-épouse, affirme qu'un homme appelé Kazuyuki Asakawa se prétendant lui aussi l'ami de Ryuji recherchait chez le professeur une certaine cassette vidéo la nuit même de la veillée funèbre. Malgré la curiosité d'un tel acte, Ando ne peut qu'écarter l'hypothèse qu'un individu tel que Ryuji puisse être décédé d'une crise cardiaque à la simple vue d'un enregistrement au contenu particulièrement choquant.

Cependant toute la logique que s'efforce de préserver le médecin va s'enfondrer lorsque l'ulcère présent dans le pharynx du défunt et qui n'avait jusqu'alors que peu d'importance à ses yeux s'avérerait être en fait un symptôme significatif de la variole, maladie pourtant éradiquée depuis plus de 25 ans. Ne pouvant se faire à cette idée, le jeune homme devra toutefois s'incliner après la découverte de six autres cas similaires disséminés dans différentes villes et présentant les mêmes symptômes que Ryuji, décédés eux aussi d'un arrêt cardiaque dû à l'obturation de l'artère coronaire par une tumeur d'origine inconnue, certaines mêmes à des moments identiques, ce qui tendrait à conclure qu'ils auraient été contaminés en même temps. Comment le professeur a-t-il pu être infecté par une maladie disparue, s'agit-il vraiment de la variole ou d'un nouveau virus tout aussi meurtrier ? Le fait est que toutes ces personnes devaient avoir un lien entre elles, hypothèse confirmée lorsque Ando se rend compte que deux d'entre elles n'étaient autres que l'épouse et la fille de Kazuyuki Asakawa, celui-là même qui recherchait une mystérieuse cassette vidéo chez Ryuji et depuis plongé dans un profond coma, victime d'un accident de la route alors qu'il venait de découvrir les corps sans vie des membres de sa famille sur la banquette arrière. Sans plus attendre, Ando décide alors d'enquêter du côté de cet homme...

Ses recherches ne seront pas infructueuses, car les différents clichés pris après l'accident révéleront la présence, outre d'un ordinateur portable, d'un magnétoscope sur le siège avant de la voiture, présence plutôt insolite qui n'aurait pour seule explication plausible que le fait qu'Asakawa devait probablement l'emmener chez un ami en vue de copier une cassette lorsque survint la collision. Se remémorant les paroles de Maï, le médecin commence à se douter que cette fameuse cassette vidéo qui semble avoir tant obsédé son défunt possesseur est peut-être le lien entre ces différentes morts inexpliquées, d'autant plus que, s'il l'ignore encore, la jeune fille a déjà retrouvé la bande enregistrée dans les affaires de Ryuji et, n'ayant pu résister à la tentation de la visionner, laisse son appartement en proie à de biens étranges phénomènes et manifestations après avoir elle-même mystérieusement disparu...

Avis: Si Double Hélice est la suite directe de Ring, le best-seller de Koji Suzuki, ce livre peut néanmoins se lire indépendamment du premier volume, malgré quelques références à certains événements antérieurs à son histoire. Le suspense de ce polar scientifique est absolument insoutenable et les rebondissements sont légions. Je ne saurais que trop vous inviter à dévorer cet excellent bouquin courronné par le prestigieux prix Eiji Yoshikawa (auteur du roman Musashi traduit chez J'ai Lu sous les titres de La Pierre et le Sabre et La parfaite Lumière), d'autant plus qu'il est entièrement en français, que demande le peuple ! Double Hélice est à conseiller tout particulièrement aux nombreux fans de Parasite Eve que la barrière de la langue aurait empêchés d'apprécier l'oeuvre originale de Hideaki Sena, sensiblement du même style. Un livre qui prend aux tripes, c'est le cas de le dire !

 

 

 

© Hirai Ryutaro / Editions Philippe Picquier

Mirage

Titre original: Oshie to tabi suru otoko

Auteur: Rampo Edogawa

Traduction: Karine Chesneau

Références: Picquier Poche

Nombre de Volumes: 1

Intrigue: Au retour de la plage de Uozu rendue célèbre par son étrange phénomène occulaire où se confondent ciel et mer, l'esprit toujours en proie aux effets du mirage, un homme se retrouve seul dans un compartiment de train en compagnie d'un énigmatique passager, transportant un non moins curieux colis. Ainsi tous deux comme isolés d'un monde au soleil déclinant, entre rêve et réalité ce voyageur à l'âge indéfinissable ne tarde pas à dévoiler le contenu du précieux paquet qu'il manipule avec tant de précautions à son voisin, auquel il inspire une frayeur certaine. L'oshie (tableau en relief) que découvre celui-ci a en effet de quoi surprendre: le couple qui y est représenté, une jeune fille et un homme vieillissant, font preuve d'un tel réalisme qu'ils semblent en tous points vivants. Le désarroi du jeune homme va en s'amplifiant lorsque, muni de jumelles occidentales d'une autre époque prêtées par son farfelu compagnon de voyage, il s'aperçoit en examinant le tableau de plus près que les protagonistes de cette oeuvre sont bien réels. Face à sa stupeur difficilement contenue, au risque de passer pour un fou le proriétaire de l'oshie se met alors en devoir de lui conter, dans ce décor intimiste, l'histoire de ce qui fut un jour son frère avant de devenir le personnage d'un tableau humain, et avec elle celle parcielle de ces terribles jumelles d'un pays inconnu et au pouvoir effrayant, en espérant que lui le croit au contraire de tous les autres... Mais ce singulier narrateur est-il lui même toujours tout à fait de notre monde...?

Avis: Maître de l'étrange et fondateur de la littérature policière au Japon, Rampo Edogawa tient son nom de plume, anagramme de Edgar Allan Poe, d'un goût prononcé pour les romans de cet écrivain. Teintée de mystère et d'érotisme, l'oeuvre d'Edogawa est marquée en ce début du XXème siècle par une rencontre progressive des civilisations orientales et occidentales, où tendent à se mêler non sans mal respect des traditions et inventions modernes, ce qui donne à ses livres une atmosphère toute particulière, très dépaysante. Mirage est suivie d'une autre nouvelle, Vermine (Mushi pour le titre original), dans laquelle un misanthrope reclus dans une lugubre maison voit ressurgir ses perversions à travers une ancienne camarade de classe devenue une célèbre actrice. L'obsession cauchemardesque qui le dévore va, bien au-delà du meurtre, tourner peu à peu à la folie et au morbide... Sont ici contées deux histoires aux aspects différents mais caractéristiques de l'oeuvre de Rampo Edogawa, en réponse à ses nombreux romans policiers mettant en scène le détective privé Kogorô Akechi eux aussi placés sous le signe de l'étrange et de l'angoisse (voir le Lézard Noir traduit chez le même éditeur). Au lecteur de juger quelle face de l'écrivain il apprécie davantage, son savant mélange des genres ayant dans tous les cas déjà conquis au Japon des générations entières de fans, tout en restant une référence pour les jeunes écrivains comme pour les scénaristes du Fantastique dans les domaines du cinéma comme de la bande-dessinée. Un auteur à découvrir absolument !

 

Allez voir également :

Le roman "Le Lézard Noir" de Rampo Edogawa, en VF

"Kuro Tokage - Le Lézard Noir" adapté en manga par JET

Le roman "Nanimono" de Rampo Edogawa, en VO

 

 

 

 

© Hirai Ryutaro / Editions Philippe Picquier

Le Lézard Noir

Titre original: Kuro Tokage

Auteur: Rampo Edogawa

Traduction: Rose-Marie Makino-Fayolle

Références: Picquier Poche

Nombre de Volumes: 1

Intrigue: Tôkyô, la veille de Noël. La nuit est tombée sur le quartier G., théâtre de toutes les dépravations où aime à se donner en spectacle en tout anonymat le "Lézard Noir", jeune femme pulpeuse et envoûtante recherchée des services de police, dont le surnom vient du tatouage de reptile qui ondule amoureusement le long de son bras gauche. Connue pour ses nombreux cambriolages restés impunis, elle aide cette nuit-là un homme coupable d'un double meurtre à disparaître grâce à un astucieux travail de substitution, en échange duquel il devra désormais commencer une seconde vie qui lui sera entièrement dévouée. Cette nouvelle association sert en outre admirablement ses desseins, car le Lézard noir projette d'enlever très prochainement la fille de M. Iwase, un grand Joaillier d'Ôsaka, pour l'échanger par la suite contre le plus beau diamant du Japon. Ayant déjà prévenu le riche commerçant de ses attentions par une série de lettres anonymes, ceci afin d'ajouter un peu de piquant à l'affaire, celui-ci se fait paraît-il accompagner depuis lors du célèbre détective privé Kogorô Akechi, chargé de la sécurité de sa progéniture. Si cette rumeur est vérifiée, la présence imprévue d'une telle figure de la loi ne peut qu'exciter davantage le goût du risque de la cambrioleuse et promet déjà un face à face des plus intéressant...

Et en effet, Akechi se trouve bien à l'hôtel K., le plus célèbre de la capitale où est descendue la famille Iwase, bien que contrairement au père de la jeune fille, il ne prenne guère ces menaces au sérieux et a plutôt la furieuse impression de perdre son temps. Mais à n'en point douter, son comportement serait tout autre s'il n'ignorait pas que le Lézard Noir, accompagnée de son nouveau sbire, séjourne également depuis quelques jours dans le bâtiment sous le nom de Mme Midorikawa, et s'est arrangée pour s'immiscer peu à peu dans les relations du joaillier au point de devenir la confidente de sa jolie proie, Sanae. Le détective ne voit hélas en cette belle jeune femme qu'une fantasque personne qui lit un peu trop de romans policiers, au point de faire avec lui le pari que la riche héritière sera vraiment enlevée, chose qu'il juge fort improbable... Tous les acteurs de ce drame annoncé étant à leur place et la méfiance du trouble-fête endormie, la mise en scène du Lézard Noir peut à présent commencer...

Le rideau s'ouvre alors sur un dernier télégramme reçu en pleine nuit, contenant simplement ces mots: "Attention. Ce soir. Minuit." Le détective entrevoit la perspective d'une nuit blanche, contraint à jouer les sentinelles par conscience professionnelle près de la chambre de Sanae jusqu'à l'heure fatidique indiquée sur le billet, et par la même occasion, de gracieusement supporter Mme Midorikawa qu'il croit simplement obsédée par son pari. Il est bien loin de se douter que cette dernière a déjà commis son méfait en usant de la naïveté de la jeune fille, enfermée quant à elle dans une malle en route pour la gare, alors que le détective se bute à surveiller en ce moment même un simple mannequin glissé dans le lit jouxtant celui de son père. L'heure de vérité écoulée, alors qu'Akechi, sûr de lui, savoure sa victoire car persuadé que personne n'a pu pénétrer dans la chambre, Mme Midorikawa vient bientôt semer le trouble dans son esprit. Envahi par un affreux doute qui le pousse à vérifier la présence de sa protégée, il ne peut hélas que constater son cuisant échec: Sanae a belle et bien disparu, et avec elle toute sa crédibilité de détective privé. C'est à présent au tour de Mme Midorikawa de se délecter, non sans un certain amusement, du désarroi de son rival, tout en prenant garde à ne pas se trahir. Elle n'est pourtant pas, elle non plus, au bout de ses surprises, car Akechi sait rebondir dans les situations critiques et son plan comme ses douteux alliés présentent des faiblesses. Rapidement démasquée, le véritable duel va pouvoir commencer...

S'en suit alors une course-poursuite de tous les instants entre les deux ennemis, où travestissements et changements d'identité seront les clés du succès final de l'un comme de l'autre, avec pour enjeu la pauvre Sanae trimballée comme de la marchandise. Car si le Lézard Noir est depuis longtemps passée maître dans l'art de se déguiser, sa réputation à nouveau mise en cause, le détective Akechi quant à lui, va devoir faire appel à tout son flair et utiliser les mêmes armes que son adversaire s'il veut enfin la battre pour de bon, et cette fois, sur son propre terrain. Tandis que la folie malsaine de cette déesse de la nuit pour les collections se dévoile peu à peu, c'est un tout autre musée que va alors découvrir le jeune homme dans le repère de la cambrioleuse, auquel cette dernière ne dédaignerait pas inclure sa frêle captive, et pourquoi pas, son beau rival...

 

Allez voir également :

"Kuro Tokage - Le Lézard Noir" adapté en manga par JET

Le roman "Mirage" de Rampo Edogawa, en VF

Le roman "Nanimono" de Rampo Edogawa, en VO

 

 

Adaptations Américaines

© Kaoru Kurimoto / Vertical

The Guin Saga

Book One: The Leopard Mask

Auteur: Kaoru Kurimoto

Traduction: Alexander O. Smith / Elye J. Alexander

Références: Vertical

Nombre de Volumes: 5

Intrigue: Partageant l'agonie du jour qui décroit et plonge peu à peu la fantomatique forêt de Rood dans la pénombre crépusculaire, une innommable créature adoptant la morphologie d'un être humain gît blessée à mort, allongée au bord d'une source providentielle que viennent rider les vibrations de ses gémissements de bête meurtrie, aussi isolée des hommes que crainte des habitants mêmes de l'ombre. Car ici s'achève le domaine des humains pour laisser place aux Marches, les tant redoutées terres du Donjon de Stafolos, derniers et frêles remparts de la civilisation avant les contrées sauvages de Nospherus, hantées par les plus sombres peuplades. Plus étrange encore est la présence en ces lieux maudits des Perles de la famille royale de Parros, les jumeaux sacrés Remus et Rinda, enfants perdus dans cette jungle inhospitalière qui forme comme une barrière spectrale à la frontière de Mongaul, un des trois pays composant le royaume de Gohra, où dit-on, même les cavaliers de Stafolos les plus aguéris n'osent s'aventurer de nuit qu'en cas d'extrême nécessité et par bataillons entiers.

Et pourtant en ces temps obscurs de l'année du Dragon, nul ne saurait dire quels furent les desseins du tout puissant Jarn, Grand Tisserand du Destin, lorsque au risque de nuir à l'harmonie du monde, il permit l'invasion inattendue du fier royaume de Parros par les troupes mongaulies et l'assassinat pur et simple de ses souverains, livrant ainsi la riche et tant convoitée capitale aux mains des Gohrans malgré une longue période de paix. Un acte aussi lâche qu'inexplicable fut donc la prise du Palais de Cristale, tout comme le fut la fuite in extremis du prince héritier de la couronne et de sa soeur jumelle, prophètesse de sang sacré, arrivés par le plus grand des mystères sur les terres mêmes des assassins de leurs parents.

Pur hasard ou caprice du Destin, le fait est que leurs efforts pour survivre dans cette forêt hantée par les pires spécimens, tout en passant inaperçus aux yeux des cavaliers du Donjon de Stafolos lancés à leur poursuite, s'avéreront bien vite inutiles. Rattrapés par une poignée de chevaliers noirs, le sort des deux enfants semble dès lors jeté, lorsque tout à coup, une puissante créature à la physionomie singulière fait son apparition et va, contre toute attente, donner une tornure imprévue à ce combat auparavant perdu d'avance... En effet, si l'homme aux muscles surdéveloppés et marqués de profondes blessures qui se dresse devant eux ne tarde pas à venir à bout des épées de ses assaillants à la seule force de ses mains, dans cette partie du monde empreinte de religion où chaque acte semble guidé par une volonté divine, la terreur qu'inspire cet être hybride aux soldats gohrans, pourtant réputés pour leur bravoure, et leur crainte de lutter ici contre le Dieu du Mal Doal lui-même ne sont guère contestables. Car outre son puissant corps de guerrier dôté d'une force colossale, l'humanité même de cette créature semble prendre fin au niveau de ses épaules, losqu'en lieu et place d'une tête bien humaine, se dessinent les traits bestiaux et hostiles d'un léopard géant aux crocs menaçants...

Néanmoins, une fois défaits les cavaliers de Stafolos, l'extraordinaire vigueur de l'homme à face de félin se dissipe soudainement, et vaincu par les blessures témoins de plus anciennes batailles qui meurtrissent son corps, il finit bientôt par s'effondrer aux pieds de ses protégés. Tout d'abord sceptique quant à la nature même de ce monstre qui vient de leur sauver la vie à elle et son frère, surpassant sa frayeur première la jeune Rinda décide alors de lui prodiguer en retour soins et nourriture, intimement persuadée qu'il s'agit bien d'un homme que, pour d'obscures raisons, la cruauté d'un souverain ou d'un sorcier aurait frappé d'un maléfice en lui infligeant le port d'un tel masque qu'il serait vain d'essayer de retirer. Hélas, une fois rétablie la créature s'avère totalement amnésique, frappée par l'oubli de ses origines, incapable de fournir une explication plausible de sa présence en ces lieux ni même de se souvenir de qui aurait pu lui faire subir un tel supplice que cette physionomie de léopard. Seules réminiscences de son passé, Guin semblerait être son nom, et un autre mot, Aurra, revient instinctivement à ses lèvres, sans pour autant lui évoquer ni être cher ni lieu particulier...

L'esprit confus, profondément atterré par la double perte de son identité et de son humanité, l'homme félin auquel la situation périlleuse des jumeaux les insitera rapidement à avouer leur appartenance au plus noble des sangs, devra pourtant s'accomoder de ces quelques brides de mémoire, car la nuit tombe sur la forêt de Rood, et avec elle se réveillent les pires créatures de Doal... Il leur faudra désormais survivre aux revenants, mais si le jour se lève finalement sur leur victoire envers les puissances de l'au-delà, les cavaliers de Stafolos quant à eux et cette fois en surnombre, finissent par venir à bout de leur témérité après un tel péril nocturne. Les captifs sont alors conduits au repère de l'ennemi où, ils ne le savent encore, les attend un domaine bien plus corrompu et cauchemardesque que la forêt de Rood...

Le Donjon de Stafolos, dernière fortification de la frontière mongaulie, projette lugubrement l'ombre de ses deux tours blanche et noire sur les terres désolées de Nospherus où vivent les différents clans du peuple Sem, petits australopithèques hostiles aux troupes humaines qui longent leurs terres. Dans ce poste reculé, comme écarté de toute civilisation, même le plus dévoué et le plus courageux des guerriers gohrans redoute d'être un jour envoyé et ne peut voir en cette mutation qu'une injuste discrimination sociale ou le pire des châtiments. Ce n'est en effet nullement un hasard si la première impression de la Princesse Rinda, dotée du pouvoir des Voyants, fut non sans jeter davantage le trouble dans les rangs des superstitieux soldats déjà persuadés qu'il se trame ici de bien sombres événements, que ce château abrite le royaume de Doal lui-même et son air vicié par la Peste et l'odeur de chair pourrie est porteur d'une funeste malédiction. Car le maître des lieux, qui s'est retiré dans ce fort isolé sur ordre de l'archiduc Vlad de Mongaul lui-même, n'est autre que Vanon le cruel Comte Noir, atteint d'une maladie terriblement contagieuse qui ronge peu à peu sa chair en putréfaction et l'oblige à recouvrir constamment de bandages la moindre parcelle de son corps afin de pas contaminer ses propres soldats, non sans se délecter de leur terreur...

Mais si le Comte a bien reçu l'ordre d'emmener les jumeaux royaux vers la capitale de Mongaul dès qu'il les aurait capturés, il compte bien avant celà leur soutirer le secret de Parros, à l'aide duquel Remus et Rinda seraient parvenus jusqu'ici en seulement deux jours, et faire d'une pierre deux coups en préparant Guin, qui n'a rien à envier au dieu mi-bête Cirenos de part son exceptionnelle constitution, pour les joutes mongaulies. Séparés pour la première fois de leur vie l'un de l'autre, les enfants sacrés sont alors emmenés vers des cellules différentes: Rinda enfermée avec une jeune sem nommée Suni et absolument terrorisée à la seule évocation du mot Aurra, pourtant clé de la mémoire de Guin; Remus et l'homme félin de leur côté retenus captifs près d'un cachot où, dit-on, un jeune démon en attente d'une prochaine exécution aurait été récemment engeôlé par le Comte lui-même. Celui-ci, intrigué par ses nouveaux voisins, ne tarde d'ailleurs pas à se faire connaître...

Répondant au nom de Istavan de Valachia, plus connu sous le qualificatif évocateur de Mercenaire Pourpre, le prisonnier s'avère vite être un intarissable pousseur de jurons on ne peut plus imagés doté d'une langue un peu trop bien pendue qui lui a valu, entre autres, d'être enfermé dans cette tour, pour avoir osé dire ouvertement à Vanon ce qu'il pensait de lui alors qu'il était à la solde de l'armée mongaulie. Néanmoins, malgré cette apparente insouciance, sa nature quasie démoniaque aurait été de multiples fois justifiée aux yeux de ses compatriotes par le fait que, grâce à un extraordinaire don de clairevoyance, il se soit tiré à maintes reprises des situations les plus périlleuses et des pires massacres que la guerre ait jamais connus. Malgré une sombre expérience de la vie, Istavan se montre confiant en l'avenir, car sa naissance fut marquée par le sceau du destin alors qu'il tenait une gemme entre ses mains de nouveau-né, signe qu'il deviendrait un jour un grand homme et le souverain d'un royaume, même si pour l'instant, sa piètre condition sociale ne le laisse guère présager...

Fermement donc décidé à ne pas rester moisir dans ce cachot humide en attendant la mort, le Mercenaire Pourpre fait en outre part à Guin de sa profonde inquiétude au sujet d'un danger imminent, car il semblerait qu'aujourd'hui encore, son instinct de survie le mette en alerte, persuadé qu'il leur faut quitter ce château infernal au plus vite s'ils ne veulent pas tous y rester. On dit en effet que le seul remède capable de soulager les plaies putrides du maître des lieux serait la chair et le sang de victimes fraîchement sacrifiées, et si l'on en croit les rumeurs qui circulent sur la ressente et mystérieuse disparition des plus jeunes soldats de l'armée mongaulie, suivie de peu par la mise en service de compagnies secrètes chargées de capturer régulièrement des Sems pour le compte de Vanon, il n'y a nullement de quoi se réjouir.

C'est d'ailleurs pour cette principale raison que, alerté par l'étrangeté de ces événements alors qu'il était encore sous les ordres de l'armée mongaulie, Istavan avait décidé de monter une stratégie dans le but de s'évader au plus vite de cet endroit maudit, présageant déjà des représailles de la part des barbares pour libérer leurs compagnons. Figurait dans ce plan boiteux le flot d'insultes qu'il avait débité sans détour à Vanon, censé selon la loi en vigueur le renvoyer manu militari vers la capitale de Mongaul, où séjourne le seul officiel ayant autorité à châtier un mercenaire au service du royaume de Gohra. Hélas, avec son emprisonnement il apparaît claire à présent que le Comte nourrit d'autres projets plus personnels à son égard, et il ne fait aucun doute que, d'ici peu de temps, son propre sang s'écoulera dans les veines du Lord de Stafolos, et s'ils ne trouvent pas rapidement un moyen de s'échapper, peut-être avec lui celui de la princesse Rinda...

Tandis que, tel un écho aux sombres prédictions du Mercenaire Pourpre, la menace sem croît d'heure en heure et avec elle, le maléfice qui s'insinue sournoisement dans les pierres du donjon, s'il veut libérer ses compagnons du plus grand des périls Guin n'a guère d'autre choix que de faire face à la malédiction pesant sur ce funeste édifice, châtiment semblant prendre racine par delà même les bandelettes putréfiées du souverain noir qui hante les deux tours telle une âme damnée. Alors seulement, le Guerrier Félin sera en mesure de partir en quête du secret de ses origines et mener ses amis à leur destiné respective, réunies sur un seul et même fil enchevêtré dans le rouet du bienveillant mais implacable Jarn, à jamais seul maître de leurs vies...

Avis: Une très bonne surprise que cette adaptation américaine de l'oeuvre maîtresse de Kaoru Kurimoto. Afin de marquer l'événement, Vertical n'a pas lésiné sur les moyens en nous offrant une édition de luxe certes un peu coûteuse (et encombrante !), mais qui vaut son prix, avec de très beaux livres cousus à couvertures rigides et jaquettes rabattables. Seul regret, les illustrations de Naoyuki Katô, Yoshitaka Amano et Jun Suemi de la version japonaise ont été ici supprimées. La traduction anglaise est quant à elle assez fidèle au texte original malgré quelques fantaisies au niveau de certains noms de personnages ou de sites (Istavan au lieu de Istvan, par exemple). Le premier volume étant déjà sorti outre-atlantique en juin 2003 et sa suite prévue pour les mois de septembre et novembre de cette année, tout laisse à penser que Vertical essaie d'adopter le rythme de parution des romans de Guin Saga au Japon, à savoir un tome tous les deux mois. Espérons maintenant que l'accueil du public américain soit assez favorable à la continuation de la série dans leur pays, même si un autre problème plus terre à terre devrait rapidement se faire sentir : le manque de place (format A5 oblige) pour ranger plus d'une centaine de gros bouquins contant les aventures du Chat Botté en Amérique...

 

Ouvrages relatifs à l'univers de Guin Saga :

Le roman de Kaoru Kurimoto en VO

Roman Guin Saga Gaiden 3 Yuureisen

Le manga de Kazuaki Yanagisawa

Le artbook de Yoshitaka Amano

Le artbook de Jun Suemi

Les Handbooks

Le Perfect Book

Le recueil commémoratif spécial 50ème volume

L'Official Navigation Book

 

* Egalement disponibles aux éditions Vertical:

Twinkle Twinkle, de Kaori Ekuni -

Ashes, de Kenzo Kitakata -

 

 

 

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