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-------------------------------------------- * Gogo no Ihôjin
-------------------------------------------- * Misérarété
-------------------------------------------- * Hitomi no Honné
-------------------------------------------- * Hitomi no Giwaku
-------------------------------------------- * Kin no Caïn
-------------------------------------------- * Jôôheika no Oniwaban
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-------------------------------------------- * Ima wa Tôi Natsu
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-------------------------------------------- * Okubyô na Yubisaki
-------------------------------------------- * Yoru wa adokénaku
-------------------------------------------- * Kogoéru Kimi o atataméru
-------------------------------------------- * Kaguya
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-------------------------------------------- * Akuma no Himitsu
-------------------------------------------- * Koï suru Bôkun vol.1
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Intrigue: Shun Arima, élève de Première, a perdu son frère aîné Keiichi lors d'un accident de la circulation, alors que ce dernier s'est élancé sur l'autoroute afin de le protéger. Shun adorait son frère, qui avait toujours pris grand soin de lui, et cette disparition le laisse inconsolable. Il aurait mille fois mieux préféré que Keiichi le laisse mourir au lieu de lui faire rempart de son corps, d'autant plus que depuis ce drame survenu un an et demi plus tôt, sa mère lui rend la vie impossible: Keiichi était un surdoué à qui tout réussissait, sérieux, travailleur, excellant dans tous les domaines, en un mot, il représentait pour Mme Arima le fils idéal. Ainsi elle ne parvient pas à pardonner à Shun sa disparition, et attend de lui qu'il répare son "crime" en s'efforçant de se montrer aussi éminent que son aîné, auquel physiquement l'adolescent ressemble beaucoup. Hélas Shun a beau faire de son mieux, étant parvenu à devenir le meilleur élève de son lycée et se hisser au poste honorable de chef du conseil des étudiants, lui qui pourtant est loin d'avoir les capacités de son frère, pour sa mère, ce n'est jamais assez. A chaque occasion, Mme Arima ne cesse de le comparer à Keiichi, lançant obstinément "Keiichi n'aurait pas fait ci, n'aurait jamais fait ça", "si seulement Keiichi était là", et cette certitude qu'il ne pourra jamais remplacer son frère, combler ne serait-ce qu'un peu le vide qu'il a laissé, a fini par plonger Shun dans une existence morne et vide de sens.
Seule sa détermination à réparer quelque peu sa faute le pousse à tenir bon, mais néanmoins, quelque fois l'adolescent éprouve le besoin de se lâcher, de se départir ne serait-ce que quelques heures de son masque de chef de classe modèle pour se livrer à des jeux de mauvais garçon. C'est ainsi qu'un soir, dans les rues de la ville nocturne où flotte un parfum de mystère, dans un quartier des plaisirs où les gens ne se connaissent que par leur pseudo, Shun suit une bande de voyous qui l'entraînent dans une sorte de night club. Là, l'adolescent assiste à une étrange cérémonie: un sabbat, dont le meneur vêtu comme un nazi prétend que le Diable s'est ce soir réincarné en lui, et ne tarde pas à réclamer en sacrifice une victime innocente. Bien sûr, c'est Shun qui est aussitôt désigné pour être conduit sur l'autel du sacrifice; les voyous qu'il a suivi l'ont en fait choisi en raison de son joli mignois et amené à ce club spécialement dans ce but ! Pour le crime d'avoir causé la perte de son frère, Shun désirait être châtié, mais mérite-il vraiment une si terrible punition ?
Alors que l'adolescent est sur le point de se faire violer devant une assemblée en délire, il est sauvé in-extrémis par un mystérieux inconnu au visage dissimulé par des lunettes et une casquette. Prétendant qu'il est le Diable en personne, doté d'une force et d'une rapidité incroyable, le nouveau-venu n'a aucun mal à mettre les videurs de la bande d'illuminés au tapis avec pertes et fracas ! Stupéfait, tandis que cette bête féroce aux cheveux dorés se démène avec une violence telle qu'elle provoque presque un bain de sang, Shun reconnaît aussitôt cette silhouette, et n'en croit pas ses yeux ! Mais alors que l'inconnu le tire par le bras afin de l'amener en lieu sûr, à la chaleur de cette main, l'adolescent doit bien se rendre à l'évidence qu'il ne s'agit pas d'une illusion: c'est bien Caïn, le fameux top-modèle dont les affiches géantes sont placardées un peu partout dans la ville, qui se tient à présent devant lui !
Trois années auparavant, ce jeune homme d'une beauté radieuse a fait une entrée fracassante dans le monde de la mode. Avec ses cheveux blonds et ses yeux dorés, le bruit court qu'il serait un métis nippo-anglosaxon, mais excepté celà, que ce soit son âge où son état-civil, sa personne et son existence demeurent auréolées de mystère. Voilà pourquoi Shun désirait tant faire un jour sa connaissance, rencontrer en chair et en os ce mannequin pourvu d'un charme étrange et démoniaque dont le secret qui entoure toute sa personne ne fait qu'exciter la curiosité. Cet être si beau et si libre qui mène une vie exempte de toute entrave, si loin de celle que supporte l'adolescent.... Et surtout, résonnent encore dans l'esprit de Shun ces mots prononcés un jour par son frère aîné: "J'aurais voulu devenir un homme tel que Caïn" - et pas celui de l'Ancien Testament, le fils d'Adam et Eve qui par jalousie avait assassinné son frère cadet. Si ce n'était celui de la Bible, Shun s'était souvent demandé de quel "Caïn" pouvait bien parler Keiichi, mais ce n'est que tout récemment qu'il a enfin compris, en découvrant sa photo sur les affiches et dans les magazines, qu'il ne pouvait s'agir que du top-modèle.
Tandis que le mannequin l'entraîne en lieu sûr, Shun intimidé et impressionné avoue à ce dernier combien ne serait-ce qu'une fois seulement il désirait le rencontrer. Mais alors que le visage de son sauveur se trouve tout près du sien, l'adolescent remarque un fait étrange, qu'il croit d'abord dû aux lumières des enseignes au néon: bien que lors de ses séances de pose Caïn porte une lentille de contact dorée afin de cacher cette bizarrerie de la nature, il possède en fait des yeux vairons: si son oeil gauche est de couleur or, le droit quant à lui arbore une délicate couleur argentée, et celà renforce l'impression que ce jeune homme n'appartient pas à ce monde. Tandis que Caïn le dévisage de son regard perçant, Shun a la sensation que ces fascinantes prunelles vont l'aspirer !
Mais l'adolescent sort soudain de son espèce d'hypnose, juste au moment où son sauveur semblait sur le point de l'embrasser. Repoussant vivement Caïn, paniqué, Shun se met à lui crier d'arrêter, ici ce n'est pas les Etats-Unis, on ne se salue pas avec tant de familiarité ! A ces mots, surpris, le mannequin proteste qu'il n'est pas du tout Américain en dépit de ce que son physique de type anglo-saxon laisse penser: tout ce qu'on dit sur lui dans les magazines n'est que pure invention. S'il est vrai que sa mère est de nationalité japonaise, en fait Caïn est un enfant naturel qui ne sait absolument rien de son père. Il est né et a grandi au Vietnam, où sa mère travaille dans une organisation humanitaire. Voilà pourquoi le jeune homme est à présent aussi fort: il a vu de ses yeux la misère et la plus grande détresse humaine, a fait l'expérience dès son plus jeune âge des situations les plus critiques. Caïn explique à Shun que lorsqu'adolescent il se plaignait de son physique "occidental" qui au Vietnam ne manquait pas d'attirer sur lui l'attention, sa mère lui a avoué avoir choisi son père spécialement pour sa beauté; ainsi, au lieu de se plaindre, le garçon devrait plutôt lui en être reconnaissant: grâce à ce visage, Caïn aura plus tard toutes les chances de réussir dans la vie. Et en effet, à présent que le voilà devenu un top-modèle célèbre et reconnu, l'argent gagné grâce à son physique avantageux lui permet d'offrir aux enfants pauvres des médicaments et des manuel scolaires. Par conséquent, Caïn est finalement heureux d'avoir été doté d'un tel visage, puisque il peut l'utiliser pour le bien d'autrui.
Ces paroles plongent Shun dans le désarroi: lui qui déteste tant ses traits, identiques à ceux de son frère. C'est à cause de celà que tout le monde s'efforce de retrouver en lui l'image de celui qui n'est plus. Tandis qu'il évoque devant Caïn le souvenir du disparu et tous ses efforts vains pour tenter de le remplacer, l'adolescent au bord du désespoir avoue pour la première fois combien il a l'impression d'étouffer, que pour fuir son lourd fardeau, de temps en temps, il lui vient l'envie de faire les pires conneries: des choses qu'il ne faut pas faire, répréhensibles, impardonnables, que personne ne voudra admettre, qui feront qu'il ne sera plus lui-même.... A ces paroles, Caïn arbore un sourire des plus envoûtant. S'il s'agit d'une chose aussi simple, il va se faire un plaisir d'exaucer le souhait de l'adolescent. Et attirant Shun dans ses bras, il lui administre un profond et langoureux baiser. C'est celà, le véritable goût de l'interdit !
Tandis qu'il commence à déshabiller et caresser le lycéen, Caïn l'avertit qu'il va lui faire toutes ces choses interdites, honteuses et répréhensibles auxquelles Shun aspire tant; il lui suffira de jouir en se laissant aller. Et quand ensuite le garçon se réveillera, le monde jusque dans ses fondements lui paraîtra avoir complètement changé. Caïn ne lui permettra plus de fuir. Livré aux mains de cet étranger, Shun sent bientôt qu'il 'est pas dans son état normal, et se souvient alors que la bière qu'on lui avait servi dans le bar du club de tantôt avait un drôle de goût. Nul doute qu'on lui a fait boire quelque substance aphrodisiaque. Car ce ne peut être lui, chef de classe d'élite, qui réagit si ardemment aux caresses d'un inconnu en versant des larmes et gémissant de plaisir. Mais il lui est impossible de résister à la voix douce et profonde de Caïn. Et tandis qu'il a la sensation d'être dévoré de l'intérieur, Shun a conscience que ce moi que jusqu'à ce jour il s'était efforcé de construire avec tant d'acharnement est en train de se briser en morceaux, déchiré, consummé par cette bête féroce aux cheveux blonds qui lui murmure dans la langue d'un pays inconnu des paroles tendres....
Cette brûlante étreinte ne devait être que le rêve d'une seule nuit, une illusion s'estompant avec la venue du jour. Et le matin, au lycée, rien ne semble avoir changé pour Shun: il continue de jouer le chef de classe modèle, tandis que le monde lui paraît toujours aussi inintéressant. Caïn lui avait pourtant assuré que lorsqu'il se réveillerait, l'univers aurait changé jusque dans ses fondements. Et pourtant, à l'insu de Shun, les choses sont peut-être déjà en train de se modifier subtilement. C'est ainsi que peu avant le début des cours, il est soudain convoqué par le proviseur. Ce dernier désire lui confier la charge d'un nouvel élève qui finira l'année scolaire dans sa classe, un jeune homme de 18 ans du nom de Caïn Hino ! En revoyant son amant d'une nuit qu'il ne pensait plus jamais avoir l'occasion de rencontrer, Shun ressent comme une violente douleur dans la poitrine tant son coeur bat la chamade: il n'ose croire à ce qui est en train de se produire ! Cependant son trouble est plutôt du à la peur de voir son existence déjà pénible mise sens dessus-dessous qu'à la joie de retrouver le séduisant top-modèle.

Un peu plus tard à la récré, alors que tous deux se retrouvent enfin seuls, Caïn avoue à Shun que leurs retrouvailles ne sont pas le fruit du hasard: ce genre de rencontres "fortuites" ne se produisent bien sûr que dans les sitcoms. Le mannequin s'est inscrit spécialement dans ce lycée afin de pouvoir rester aux côtés de l'adolescent. Shun lui avait dit la veille que ne serait-ce qu'une fois seulement, son souhait était de le rencontrer en chair et en os; mais en ce qui concerne Caïn, cette unique fois s'avère insuffisante. A ces paroles le coeur du lycéen se met encore une fois à battre la chamade, mais dans ce cas diféremment de tout à l'heure, avec encore plus d'intensité. Bien que stupéfait, il n'a aucun mal à comprendre ce qu'essaye de lui faire entendre Caïn. Certes, au Vietnam où le mannequin a été élevé, ce genre de relation n'est absolument pas permise; mais le siège social de l'association humanitaire pour laquelle travaille la mère de Caïn se trouve en Angleterre, le pays qui a vu naître Oscar Wilde (en fait ce dernier est Irlandais, mais apparemment l'auteur du manga l'ignore), et le jeune homme a passé beaucoup de temps là-bas. A la fin, ne pouvant supporter davantage ce tumulte dans sa poitrine, Shun s'enfuit en courant. Pourquoi tout celà lui arrive-t-il ? Cette nuit passée avec Caïn ne devait rester que du domaine du rêve, il était impossible qu'une telle chose se reproduise, il ne le fallait pas ....
Le temps passe, tandis que Caïn s'habitue rapidement à la vie au lycée, où grâce à sa beauté et son charisme, il est vite devenu très populaire auprès des jeunes filles. Néanmoins, le mannequin quant à lui ne se préoccupe que de Shun, qui continue de jouer l'indifférence. Un jour, lors d'une séance de photos en plein air à laquelle le garçon est venu assister, il entend Caïn dire à l'un des photographes que la personne dont il était amoureux était native du Japon. A ces mots, le sang de Shun ne fait qu'un tour: alors, ce que le mannequin lui a dit - qu'il était venu en cette ville afin de le retrouver - il ne s'agissait que d'un mensonge ? Et tandis que prenant la pose, de son regard aigu le top-modèle lui donne la sensation brûlante de le violer des yeux, Shun prend plus que jamais conscience à quel point Caïn est un être dangereux.
Néanmoins le soir, après une violente dispute avec sa mère à qui les voyous de la veille ont dénoncé - photos à l'appui - les escapades nocturnes du chef de classe, c'est pourtant vers Caïn que le garçon va naturellement se tourner. Se rendant à son appartement sous une pluie battante, Shun au bord du désespoir lui parle encore une fois de son frère: Keiichi lui aussi aimait beaucoup l'Angleterre, où il se rendait à chaques vacances; il rêvait d'aller y faire ses études. Et c'est de sa faute à lui si son aîné n'a pu réaliser son rêve ! Pourquoi donc Keiichi s'est-il sacrifié pour un minable comme lui !? Mais prenant le visage de Shun entre ses mains, Caïn le gronde gentiment, lui affirmant qu'il n'a pas le droit de mépriser ainsi une vie humaine que son frère a pris la peine de sauver. Si le garçon ne peut pleurer que lorsqu'il se trouve dans ses bras, s'il désire tant être châtié pour son "crime", alors c'est donc avec plaisir que Caïn va se charger de le tourmenter.
Ainsi, pour la seconde fois, le lycéen se laisse dévorer par cette bête aux cheveux dorés qui le déchire de ses crocs aigus. Peu lui importe que le mannequin ait déjà quelqu'un d'autre dans sa vie, car en cet instant, c'est lui seul qu'enlacent les bras de Caïn. Enfin Shun a le sentiment d'avoir découvert un être qui s'intéresse à lui pour lui-même et non en tant que reflet de son frère aîné. S'il prenait la peine de jeter un coup d'oeil à la photo posée sur la table près du lit, sur laquelle deux jeunes gens sourient avec bonheur, l'adolescent aurait pourtant une bien douloureuse surprise....
Cependant, après cette nuit passée ensemble, les relations entre Shun et Caïn se modifient subtilement. Du moment que le mannequin l'aime un peu, même s'il n'est pas le seul et ne tient pas la première place dans son coeur, celà suffit au lycéen pour oublier la rancune de sa mère et le détachement de son père qui fuit la réalité en se réfugiant dans son travail. Le lendemain soir, alors qu'il rentre enfin à la maison où il ne manque pas de subir les foudres parentales pour avoir osé découcher, réfléchissant sur son lit, Shun réalise soudain que lorsque Caïn avait dit que la personne qu'il aimait était native du Japon, il avait employé le passé. Dès le lendemain matin au lycée, le garçon décide d'interroger son ami à ce sujet, et en effet, le mannequin lui avoue que cela fait plus d'une année qu'il a rompu: son ou sa bien-aimée (en japonais le terme "koïbito" est mixte et par là-même ambigu) l'a laissé tomber après une dispute, lui reprochant son manque exagéré de morale. Puis, traduisant au chef de classe les paroles tendres qu'il lui prononce souvent en vietnamien, un peu gêné, Caïn lui avoue que depuis le premier soir de leur rencontre, c'est lui, Shun, et nul autre, qui occupe à présent toute la place dans son coeur; c'est lui, son bien-aimé.....
D'abord complètement dérouté, le garçon ose à peine y croire, mais ce trouble ne tarde pas à se changer en profond sentiment de plénitude tandis que la dernière barrière qui le séparait encore de Caïn vient de s'effondrer. Son existence s'en trouve métamorphosée, et entraîné par son ami, il ose enfin se livrer à des actes qu'il n'aurait jamais oser commettre auparavant - comme sécher les cours, lui, le chef du conseil des étudiants !

Hélas, ce bonheur nouveau est de courte durée.... Un matin, le lycéen a l'horreur de découvrir dans sa boîte aux lettres une enveloppe contenant des photos compromettantes de cette nuit où il a failli se faire violer. Caïn lui aussi a reçu des clichés sur lesquels on le voit tabasser violemment les voyous en portant secours à Shun. A la qualité de ces photographies prises pourtant dans une obscurité presque totale, il ne fait aucun doute pour le mannequin qu'elles ont été réalisées par un professionnel muni d'un appareil adapté. Cela ne signifie qu'une chose: depuis le départ, ce sabbat néo-nazi avait été organisé en vue de ce chantage: attirer un gibier convenable, prendre des photos compromettantes, puis les utiliser comme source de menaces.... Néanmoins, persuadé d'avoir agi comme il le fallait en se livrant à la violence afin de sauver Shun, Caïn n'est pas du tout disposé à céder à quelque chantage que ce soit, enjoignant son ami à l'ignorer lui aussi comme s'il ne s'agissait que d'une mauvaise plaisanterie. Le lycéen finit par acquiescer, mais malgré tout, il ne peut s'empêcher de ressentir un mauvais pressentiment.
En effet, après le premier envoi il ne se passe pas une journée sans que Shun ne trouve l'une de ces maudites enveloppes dans sa boîte aux lettres. Suivant le conseil de son bien-aimé, il s'efforce pourtant de les ignorer, tout en s'avérant de plus en plus oppressé par une irritation et une anxiété incontrôlable. Jusqu'à ce que finalement, le matin du quatrième jour, alors que le garçon se trouve seul dans un couloir, un inconnu l'attrape soudain par derrière pour l'attirer dans une salle de classe déserte. Il s'agit du jeune homme menant le sabbat néo-nazi de tantôt, qui avoue bien entendu être l'auteur des envois de photos; et certain de tenir entre ses mains le point faible de Shun, il se livre sans tarder à un odieux chantage: si le chef de classe ne veut pas que son précieux petit ami soit entraîné dans un scandale, le pervers désire qu'il se rende le lendemain à la nuit tombée à sa boîte de nuit, seul. Si jamais le garçon venait à avertir Caïn, les photos où l'on voit le mannequin se livrer à la violence ne feraient qu'augmenter, et nul doute que s'en réjouiraient grandement les journaux à scandales !
Bien que comprenant avec horreur ce qui l'attend si jamais il retourne à ce night club souterrain, Shun ne peut néanmoins se résoudre à tout raconter à son ami: ce dernier réglerait sans aucun doute cette affaire par la force, ignorant ce que représente au Japon la menace d'un tel scandale - la fin inévitable de sa carrière. Mais alors que de retour chez lui, le lycéen se demande que faire, aux émotions de cette pénible journée vient s'ajouter une surprenante découverte. Car tandis qu'étonné d'entendre son père prononcer en contemplant une revue de mode le nom de famille du top-modèle censé pourtant être secret, Shun l'interroge à ce propos, Mr. Arima se met en devoir de lui expliquer que c'est sa banque qui est chargée d'envoyer les fonds collectés par l'organisation humanitaire à laquelle appartient le mannequin. Mr. Arima se souvient alors avoir jadis fourni les mêmes explications à Keiichi, qui avait en plus insisté pour que son père lui communique l'adresse de la maison-mère de l'organisation, située en Angleterre. Le banquier apprend ainsi à Shun que Caïn et Keiichi échangeaient depuis longtemps une correspondance régulière.
Ces paroles plongent le lycéen dans la confusion la plus totale. Comment ? Son ami et son frère se connaissaient !? C'est vrai qu'en y repensant, Caïn lui avait bien dit que les rencontres fortuites telles qu'on en voit dans les sitcoms n'existent pas, qu'il était venu afin de le rencontrer . Mû par un doute insoutenable, Shun se précipite dans sa chambre et sort du fond d'un tiroir où elle se trouvait soigneusement cachée une lettre à l'enveloppe tachée de sang. C'est celle que son frère tenait à la main le jour où il a eu son accident, et le sang de Keiichi a tant giclé sur l'adresse du destinataire qu'elle en est devenue illisible. Par peur d'être questionné sur la raison pour laquelle son frère avait eu besoin de le protéger au péril de sa vie, depuis un an et demi le lycéen avait pris soin de dissimuler cette lettre, sans pour autant oser la lire. Il sent néanmoins que le moment est venu à présent, et serrant les dents, c'est d'une main fébrile que le garçon déplie la missive. Comme il s'en doutait déjà, elle est bien sûr adressée à Caïn. Demandant pardon à ce dernier de s'être fâché contre lui, Keiichi reconnaît qu'il avait raison, que comme le mannequin le lui suggérait, il se mentait à lui-même. Tout en prétendant vouloir devenir un être semblable à Caïn, Keiichi avait pourtant fini par s'imposer lui-même des frontières à ne jamais franchir. Mais il le reconnaît à présent, le sentiment qu'il éprouve est bien de l'amour. Ainsi, Keiichi achève cette lettre sur ces paroles: "Peu importe la morale, je n'y peux absolument rien, je suis amoureux...."
Se remémorant les propos de Caïn, en lisant ces mots, Shun croit enfin avoir compris le fin mot de l'histoire: le top-modèle aimait une personne native du Japon, qui l'a laissé tomber après une querelle. Tout tend à corroborer ses terribles doutes: Caïn était le petit ami de Keiichi ? Et qui d'autre que lui, s'il connaissait la vérité, aurait plus de raisons légitimes de se venger ? Nul doute que si le mannequin savait ce qui s'est réellement passé, ce serait la fin de leur relation, il ne lui pardonnerait jamais. Et cependant, Shun ne peut s'empêcher dès le lendemain de lui conter en détails les véritables circonstances de l'accident tragique de son frère. Comment pour une simple petite querelle provoquée par une jalousie bien puérile envers son aîné, hurlant à Keiichi qu'il aurait souhaité que ce dernier n'existe pas et combien il le déteste, Shun a pris la fuite en s'élançant aussi brusquement qu'aveuglement sur la grand-route, tel un gamin capricieux....
Note: En neuf ans de carrière, Yu Asagiri compte déjà à son actif plus d'une cent-soixantaine d'ouvrages, des romans pour la plupart mais aussi des shôjo-mangas. Cela explique que romancière avant tout, même dans ses oeuvres de genre yaoï ponctuées de scènes érotiques très chaudes, elle mette un point d'honneur à soigner particulièrement le scénario. Le résultat donne une histoire complexe pleine de rebondissements où s'animent des héros à la personnalité remarquablement travaillée, mais par là-même bien difficile à comprendre pour les non-japonisants. Aussi, une fois n'est pas coutume, après ce très long résumé je révèle une partie de la fin afin d'expliciter certains points obscurs. Si vous savez le japonais, ne lisez pas ce qui va suivre, cela vous gâcherait la lecture d'un excellent manga.
Tout d'abord, puisque Shun n'arrête pas d'évoquer la disparition de son frère, d'insister sur le fait que ce dernier n'est plus , comme Caïn, le lecteur en déduit naturellement que le jeune homme est mort; mais en fait, Keiichi est encore vivant. Grièvement blessé à la jambe, il s'est également violemment cogné la tête contre la chaussée lors de l'accident et certes, on a cru pendant un moment qu'il ne s'en sortirai pas. Néanmoins, après deux semaines de coma, il a fini par reprendre connaissance, mais hélas, suite au choc reçu à la tête, atteint d'une profonde amnésie: Keiichi a non seulement oublié sa famille et son propre nom, mais également tout ce qui concerne la vie quotidienne, jusqu'à l'usage de la parole ! Il est désormais comme un petit enfant, voilà pourquoi comme le disait Shun, le frère doux et courageux respecté de tous qu'il connaissait n'est véritablement plus de ce monde. Pourtant, en apprenant la vérité sur le sort de son ami, seul Caïn ne sera pas dupe de la mise en scène de Keiichi: en fait, s'il est vrai qu'au départ ce dernier avait réellement perdu la mémoire, cela fait déjà six mois qu'il a totalement retrouvé ses esprits. Si l'étudiant continue depuis tout ce temps à jouer les handicapés, c'est à cause des circonstances-mêmes de son accident: lui qui s'était toujours efforcé d'être un bon frère pour Shun n'avait jamais réalisé à quel point, à cause de lui et de ses compétences élitistes, le jeune garçon - moins doué - s'était retrouvé poussé à bout. Par sa faute, par dépit d'être sans cesse pris pour un idiot et comparé à lui, son seul et unique petit frère a failli mourir en se jetant sur l'autoroute ! Keiichi rêvait de ressembler à son ami mannequin, mais en fait il s'est rendu compte qu'inconsciemment il était devenu un véritable "Caïn", celui qui tue son frère cadet. Ainsi, en faisant semblant d'avoir perdu toutes ses facultés mentales, Keiichi espérait que ce serait l'occasion pour Shun de sortir enfin de son ombre et faire reconnaître par tous ses propres capacités, il pensait que le garçon pourrait enfin être libre. Hélas, il s'agissait-là d'une bien belle erreur de la part de l'étudiant, car c'est pratiquement l'inverse qui s'est produit.
Autre point important de l'histoire - la clé de tout le récit, en fait - qui nécessite d'être éclairé: en lisant la lettre que Keiichi destinait à Caïn, Shun pense qu'à travers la phrase "Je suis amoureux" son frère fait une déclaration à son ami. Ainsi, bien qu'il avait prétendu avoir jeté la lettre, le lycéen finit par la remettre au top-modèle, décidé à se sacrifier pour le bonheur de son frère et de son bien-aimé. Mais la phrase qui ne comporte pas de complément restant vague, Shun est en fait victime d'un malentendu: bien que Caïn était au départ effectivement épris de l'étudiant japonais, leur relation n'a jamais dépassé le niveau platonique, le mannequin ayant compris que Keiichi avait déjà dans son coeur quelqu'un qu'il aimait plus que lui. Voilà la raison de leur dispute, et ce que l'étudiant acceptait finalement de reconnaître dans la lettre adressée à son ami: la personne dont il est malgré lui amoureux, ce n'est autre que Shun, son propre frère cadet ! (D'ailleurs, à la fin du manga, un petit chapitre humoristique de 7 pages est entièrement consacré aux fantasmes érotiques qui tourmentent le malheureux étudiant si sérieux durant ses séances de rééducation.... Qui a dit que les personnes portant des lunettes cachent derrière leurs carreaux un tempérament des plus lascif ?....)

Concernant les oeuvres de Yu Asagiri, voir également Be Boy Zips 16 chap.2.
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Intrigue: Natsuhiko, 17 ans, est le fils unique du célèbre Akihitoshi Takaya, un homme politique très riche et influent. Ce dernier travaille beaucoup, au point que Natsu voit davantage son père à la télé qu'en chair et en os à la maison, et parfois il a le sentiment que cet unique parent qui lui reste n'a que peu d'intérêt pour sa personne. C'est ainsi qu'un jour d'été, alors que la canicule sévit sur la capitale, le jeune homme décide sans rien dire à son père de se rendre en compagnie de Narusé, son professeur particulier, à la villa que possède Mr. Takaya dans une région de montagnes: là, il pourra étudier tranquillement en vue de préparer les difficiles examens d'entrée pour accéder à la prestigieuse université qui lui permettra un jour de prendre la succession de son père. Ce n'est pas que Natsu s'intéresse à la politique, mais vu qu'il souffre un peu d'être délaissé par Mr. Takaya, il souhaiterait que ce dernier soit fier de lui. Néanmoins fuir les grandes chaleurs et profiter du calme de la campagne, bien loin des tentations de la ville, pour se concentrer sur ses révisions n'est pas l'unique raison qui a poussé le jeune homme à se rendre à cette villa où il n'avait pas remis les pieds depuis cinq ans. Car c'est là, dans ce cadre idyllique bercé du chant des cigales, que jadis il a passé le plus bel été de sa vie: Natsu n'avait qu'une dizaine d'années quand il a rencontré lors de ces vacances celui qui allait devenir son tout premier ami et lui laisser des souvenirs inoubliables.
Une fois enfin arrivés à la villa dans la voiture du jeune professeur, c'est donc avec nostalgie que Natsuhiko redécouvre le paysage de son enfance. Mais à peine les deux compères commencent-ils à descendre les bagages qu'ils entendent soudain un bruit provenant d'un des arbres parsemant la propriété: juché sur une branche, un mystérieux jeune homme brun vient de s'allumer une cigarette, restant à contempler la flamme de son briquet d'un air sombre et tourmenté. "Est-ce que ce ne serait pas.... Ryô !?" songe aussitôt Natsu. Néanmoins il n'a pas le temps d'adresser la parole à l'inconnu: prenant ce dernier pour un pyromane, Narusé s'élance vers lui et lui ôte brutalement le briquet des mains. Un article de luxe, remarque aussitôt le médecin en ramassant l'objet, pas du tout le genre que possède d'ordinaire un garçon de cet âge. Ainsi, malgré les protestations du jeune homme qui explique qu'on lui a offert ce briquet et exige qu'on le lui rende, prétendant qu'un mineur n'a pas besoin d'avoir un tel objet sur lui, Narusé refuse de lui restituer son bien. Mais Natsuhiko quant à lui est de plus en plus convaincu d'avoir reconnu en ce garçon Ryô, son ami d'enfance, et c'est avec joie qu'il se présente à lui. Ryô ne le reconnaît-il pas ? Environ cinq ans plus tôt, ils avaient passé ici l'été ensemble et s'étaient si bien amusés ! Mais indifférent à l'enthousiasme du jeune homme qui évoque ses souvenirs avec ferveur, l'autre garçon se contente de le contempler d'un air morne, prétend ne se rappeler de rien, et refuse même d'admettre qu'il est bien Ryô Arisaka. Et à la fin, mis en colère par l'insistance de Natsu, l'inconnu finit par disparaître au milieu des buissons, laissant le jeune bourgeois complètement désemparé.

Un peu plus tard, alors que les deux compères ont achevé de rentrer les bagages, s'étonnant au passage de trouver la résidence aussi propre et entretenue alors qu'ils s'attendaient à pénétrer dans l'antre de la poussière, Natsuhiko est encore bouleversé par la scène de tout à l'heure: alors que tous deux s'entendaient si bien, le fait que Ryô ne conserve pas le moindre souvenir de lui lui a causé un choc, avoue-t-il à son professeur. Ryô Arisaka habitait tout près de cette villa, et jadis, c'étaient ses parents qui étaient chargés de l'entretien de l'habitation. Ce fameux été d'il y a cinq ans, Mr. Takaya avait un jour emmené Ryô devant son fils, lui proposant de prendre pour compagnon de jeu ce garçon du même âge que lui. Leur amitié avait d'abord commencé par une bagarre, mais Ryô avait rapidement été séduit par le côté docile de Natsuhiko alors qu'il s'attendait à devoir fréquenter un fils à papa fier et capricieux; quant à Natsu, il s'était mis à vouer une véritable admiration à ce garçon de la campagne au tempérament vif et alerte qui lui apprenait un tas de choses. Ryô pouvait tout faire, savait tout sur tout, lui apparaissait terriblement beau tel un héros de bande dessinée; même s'il ne le traitait pas avec les mêmes égards que les adultes préoccupés de la position sociale de son père, Ryô montrait toujours la gentillesse de lui tendre la main chaque fois que quelque chose n'allait pas....
"Une telle passion.... Tu parles de ton ami exactement comme le ferait une jeune fille amoureuse", plaisante le professeur Narusé alors que Natsu évoque rêveusement le souvenir de Ryô. Le professeur ne manque cependant pas de s'étonner qu'alors que les deux garçons s'appréciaient tellement, ils n'aient pas continué à se fréquenter jusqu'à aujourd'hui. Natsu acquiesce, perplexe: c'est sans doute parce qu'il n'a pas remis les pieds une seule fois à la résidence durant ces cinq ans, explique-t-il. Néanmoins, en son for intérieur, le jeune homme ne cesse de s'interroger: comment se fait-il que Ryô ait pu l'oublier ainsi ? Mais bientôt, il lui vient le sentiment vague que lui aussi a oublié quelque chose d'important....
Tandis que Natsuhiko se propose de monter aérer toutes les chambres, resté seul dans le salon, Narusé s'interroge sur l'identité de l'inconnu de tout à l'heure: certes, ce jeune homme qu'ils ont découvert sur la propriété lui paraît bien loin de l'image du Ryô décrit par Natsu. Sortant le briquet confisqué de sa poche, le professeur entreprend de l'examiner au cas où par hasard y seraient gravées les initiales de son propriétaire. Il a cependant un choc de taille en découvrant le nom inscrit sur l'objet: "A. Takaya"; n'est-ce pas le nom et l'initiale du prénom du père de Natsu ? Un autre fait ne tarde pas à se manifester à sa curiosité: redescendant avec son trousseau de clés, Natsu annonce qu'il y a une porte qui ne s'ouvre pas, la chambre du coin de l'aile Est, celle censée être la meilleure de la résidence et où le garçon pensait dormir. Vraiment bizarre.... Mais peut-être manque-t-il tout simplement une clé au trousseau ? Peu importe. Après tout les deux citadins sont venus se reclure en ces lieux pour étudier, ainsi le jour-même, en bon prof particulier, Narusé ordonne à son élève de se plonger dans son travail scolaire.... en commençant par les mathématiques !
La nuit venue, alors que Narusé épuisé après avoir conduit sur un trajet de plusieurs heures s'est déjà effondré dans son lit, Natsuhiko se retrouve seul dans sa chambre, quand soudain une silhouette se glisse entre les rideaux de la fenêtre agités par la brise. Il s'agit bien sûr du jeune homme rencontré tantôt: plaquant une main contre la bouche de Natsu, il lui ordonne de ne pas parler trop fort, car si son "chien de garde" venait à découvrir qu'un type louche vient de s'introduire la nuit dans la chambre du précieux fils à papa, nul doute qu'il battrait l'impudent comme plâtre ! Cette fois, Natsu est convaincu qu'il s'agit bien de Ryô, et lui faisant part du choc qu'il lui a causé ce matin en faisant semblant de ne pas le reconnaître, il demande à son ancien ami s'il a agi ainsi par colère d'avoir été pris pour un pyromane. Mais à la grande surprise de Natsu, non seulement Ryô laisse entendre qu'il avait vraiment l'intention de mettre le feu à la villa, mais il demande en retour pourquoi le jeune bourgeois est revenu en ces lieux: Ryô croyait fermement qu'après avoir connu une telle frayeur , plus jamais Natsu ne remettrait les pieds ici.
Pourtant Natsu quant à lui ne comprend rien à rien à ces paroles. "Quoi, qu'est-ce qu'il y a eu ? On a vu un fantôme ?" demande-t-il livide et tremblant, s'efforçant de rassembler ses souvenirs. "Tu as vraiment tout oublié...." remarque Ryô décontenancé. Il se met alors à conter l'air le plus sérieux du monde que dans cette région, cette résidence est bien connue pour être hantée. Un monstre horrible vit tapi dans l'une des pièces, et tous les soirs, il se réveille pour ramper en quête du sang d'une victime. Les nuits où comme aujourd'hui la brise est forte, les hurlements de la malheureuse victime sacrifiée parviennent même jusqu'aux maisons les plus éloignées portés par le souffle du vent. "Cette chambre.... est-ce que par hasard ce ne serait pas celle du coin de l'aile Est ?" demande Natsu effrayé par cette histoire. Soudain pétrifié à cette question, l'instant suivant Ryô se précipite brusquement sur le jeune homme pour atterrir avec lui sur le lit, la tête enfouie dans le creux de son épaule. Des larmes s'échappent de ses yeux, et pourtant il éclate d'un rire fou. "Tu as vraiment cru ce que j'ai dit ? lance-t-il en essuyant ses larmes d'un revers de main. Vraiment, Natsu, tu n'as pas changé."
Mais tandis que le jeune homme brun se penche sur lui, Natsuhiko remarque vite que son ancien ami n'est plus dans son état normal: arborant une mine effrayante, il paraît complètement dominé par une rage sombre. "Pourquoi toi seul a pu rester le même ?" Et sur ces mots, Ryô arrache à son ancien ami tous ses vêtements, lui assenant un violent coup de poing dans le ventre afin de lui couper le souffle et l'empêcher de crier et de se débattre. "Toi aussi tu vas changer, profère le jeune homme. Ce ne serait pas juste, n'est-ce pas, que toi seul reste pur et propre ?" Malgré cet accès de violence, Natsuhiko réagit aux caresses de Ryô qu'il a toujours beaucoup aimé, et lorsque ce dernier s'empare de son corps, malgré sa frayeur, il se montre incapable de se défendre. Natsu est pourtant en train de se faire violer ! Pourtant quelque chose dans l'attitude de Ryô l'empêche de le repousser comme il le devrait, et lorsque le jeune homme aperçoit soudain la profonde cicatrice qui barre la hanche de son ami, le saisissement lui ôte toute envie de protester. Ryô le serre désespérément, prononçant son nom, si bien que l'enlaçant à son tour, Natsu finit par se laisser aller....
Un peu plus tard, le jeune bourgeois est réveillé par les appels du professeur Narusé, penché sur lui mort d'inquiétude. Natsu est couché dans son lit, revêtu de son pyjama comme si rien ne s'était passé, et plus aucune trace de Ryô. Narusé affirme avoir entendu des éclats de voix, et paniqué par le sommeil profond de son élève, il craint qu'il ne lui soit arrivé quelque chose dont il soupçonne bien quoi. Pourtant, Natsuhiko assure qu'il ne s'est rien passé, qu'il va parfaitement bien; alors le professeur finit par acquiescer, bien que loin d'être convaincu. "Quelque chose s'est produit ce fameux été d'il y a cinq ans.... songe Natsu avec certitude. Quelque chose qui a fini par transformer Ryô." Hélas le jeune homme ne parvient toujours pas à faire ressurgir ses souvenirs profondément enfouis. En cet instant présent, la seule chose qui remonte irrésistiblement à la mémoire de Natsu est la douce chaleur des bras de Ryô durant leur vibrante étreinte....

Les semaines passent. De retour à la demeure familiale de Tôkyô sans avoir pu rencontrer Ryô une seconde fois, Natsu s'étonne d'un autre côté des absences prolongées de son père qu'il n'aperçoit vraiment plus qu'à la télévision. Setsu la vieille gouvernante a beau lui expliquer qu'en ce moment Mr. Takaya est très occupé à cause des réformes qu'il cherche à mettre en place dans le Gouvernement, le jeune homme commence à se demander si le politicien ne fait pas exprès de l'éviter: Setsu ne cesse de répéter que Natsuhiko est tout le portrait de sa mère; peut-être est-ce la raison pour laquelle Mr. Takaya ne cherche pas à le voir plus souvent, parce qu'il lui est pénible d'avoir en face de lui l'image de son épouse défunte ? Natsu aimerait bien pourtant se rapprocher de ce père distant, et soudain, il lui vient une idée: n'est-ce pas bientôt l'anniversaire de Mr. Takaya ? Il n'a qu'à lui acheter un cadeau, ce sera une bonne occasion de pouvoir le rencontrer et tenter de briser la glace. Aussitôt, le jeune homme court demander à son professeur particulier de l'emmener en ville faire des courses. Mais une fois tous deux parvenus dans la luxueuse galerie marchande, Natsu ne sait que choisir, n'ayant aucune idée de ce qui pourrait plaire à un homme de cet âge. Narusé a beau lui assurer que n'importe quoi fera plaisir au politicien du moment que le cadeau provienne de son fils, Natsu souhaiterait dans la mesure du possible offrir quelque chose de bon goût.
"Et pourquoi pas un briquet ?" finit par proposer le professeur, se rappelant celui qu'il a confisqué à Ryô. Un briquet où Natsuhiko pourrait faire graver le nom de son père. Acquiesçant, le jeune homme s'apprète à se mettre en quête de l'objet quand soudain, il aperçoit parmi la foule une silhouette familière. Ne serait-ce pas Ryô !? Mais que ferait ce dernier ici, à Tôkyô, si loin de sa région natale ? Vite, Natsu s'élance à la suite du jeune homme, mais malgré ses recherches acharnées, il ne parvient pas à le retrouver au milieu des badauds emplissant le magasin. N'était-ce qu'une erreur de sa part, Natsu aurait-il mal vu ? Le soir, alors qu'il rentre en voiture avec son professeur après avoir enfin choisi son cadeau, cette rencontre inopinée le perturbe encore, au point que même Narusé finit par s'en apercevoir. "Ce Ryô est donc si cher à ton coeur ?" lance-t-il soudain. Et après avoir fait faire à son véhicule un dérapage contrôlé dans le but avoué d'effrayer son élève, le professeur l'arrête brusquement sur les quais au bord de l'eau. A ce moment Narusé arbore une figure sombre, bien loin de la physionomie douce et paisible d'enseignant modèle qu'il affiche d'ordinaire.
Car le jeune professeur lui aussi aime Natsu en secret depuis très longtemps, bien que ce dernier ne s'en soit jamais aperçu. Voilà pourquoi Narusé éprouve une violente jalousie à l'égard de Ryô: le professeur n'est pas dupe, il sait très bien ce qui s'est passé entre les deux jeunes gens cette nuit d'été où ils s'étaient réfugiés à la villa de montagne pour étudier, et a fait semblant d'ignorer la chose uniquement parce que c'était ce que Natsu souhaitait. Néanmoins, cet attachement que Natsu s'obstine à porter à Ryô malgré ce que ce dernier lui a fait met le professeur hors de lui; alors, plutôt que de se faire voler l'objet de son amour par ce campagnard brutal et violent, il préfère encore se l'approprier lui-même par la force, même si c'est en fin de compte agir comme celui qu'il méprise.
Alors que natsu est sur le point de se faire posséder, il se remémore soudain son étreinte avec Ryô, forcée au départ, mais qui s'était rapidement changée en étreinte passionnée. Non, à présent qu'il connaît cette chaleur d'être uni à quelqu'un que l'on aime, même si son amour n'est peut-être qu'à sens unique, il lui est impossible d'accepter qui que ce soit d'autre en lui. Alors, réagissant enfin juste au dernier moment, du pied le jeune homme tape de toutes ses forces sur le klaxon de la voiture. Le vacarme provoqué attire l'attention des passants, mais a surtout pour effet de rendre sa raison à Narusé. En fait, le professeur n'avait pas l'intention d'en arriver là, la jalousie lui a fait péter les plombs et il s'excuse sincèrement auprès de son élève de lui avoir fait peur. Natsuhiko confus avoue tristement qu'il n'aurait jamais imaginé que Narusé était épris de lui, vu que ce dernier a déjà une petite amie. Il ne le déteste pas, cependant ses sentiments sont ceux que l'on porte à un grand frère. Ainsi, malgré ce que le professeur a tenté de faire, le jeune homme se refuse à le renvoyer et désire qu'il continue de s'occuper de lui comme il l'a fait jusqu'à ce jour, bien que conscient du caractère un peu égoïste de cette requête. Natsu ignore encore que sous ses dehors de grand frère sévère mais bienveillant, Narusé est aussi un poil ambitieux: certes, il aime réellement son élève, son côté ingénu et facilement crédule lui plaît, mais également la position de sa famille hautement influente dans les sphères politiques. Ainsi, le jeune professeur n'est pas disposé à renoncer aussi facilement à s'approprier Natsu....

Le jour de l'anniversaire du député au Parlement arrive enfin. Natsuhiko espérait pouvoir fêter ça dans l'intimité de la famille, autour d'un bon repas préparé par Setsu, mais c'est hélas pour apprendre de la bouche de cette dernière qu'une réception est déjà prévue à cette occasion au Grand Palace, un hôtel de grand luxe. Quelle déception.... Cette fête ne sera qu'une réunion de politiciens amis de son père et de vieux magnats de la finance, qui est loin de s'annoncer très amusante pour un jeune homme de son âge. Néanmoins Natsu ne peut couper à cette corvée - surtout que ce sera pour lui l'occasion de revoir enfin son père, et se rend donc le soir au Grand Palace en compagnie de son professeur particulier. Là, il rencontre Mr. Mimori, son oncle du côté maternel, qui paraît complètement bouleversé par une nouvelle qu'il vient d'apprendre et demande à Natsuhiko s'il approuve le projet de son député de père. Surpris, le jeune homme répond qu'il n'est au courant de rien. Mais quelques instants après, il ne tarde pas à apprendre ce qui perturbe ainsi son oncle, recevant lui-même un choc de taille: faisant monter Ryô revêtu d'un somptueux costume avec lui sur l'estrade où il a pris la parole, Mr. Takaya présente le jeune homme comme un parent éloigné dont il a décidé de faire à partir de ce jour son fils adoptif. Puis, appelant à son tour Natsuhiko à leurs côtés, le député désigne les deux jeunes gens à la foule des invités comme ses futurs successeurs.
Faisant semblant de se revoir pour la première fois depuis cinq ans, Ryô et Natsu se serrent la main. Livide, Natsuhiko n'en croit pas ses oreilles: Ryô va devenir son grand frère !?! Sa surprise est telle que tandis que son père s'en va faire faire à son fils adoptif le tour des invités qui se révéleront les plus utiles pour son avenir, le jeune homme n'a plus la force que de tomber assis sur un canapé, bientôt rejoint par son professeur. Natsu avoue à ce dernier qu'il ignorait absolument tout: que Ryô et lui avaient un lien de parenté, que Ryô et son père se connaissaient bien.... Arrivant à son tour, l'oncle Mimori avance une hypothèse qui expliquerait plausiblement la déclaration d'aujourd'hui: et si ce Ryô Arisaka était en réalité un enfant caché de Mr. Takaya ? Narusé en tout cas se montre aussi furieux et consterné que l'oncle Mimori: pourquoi avoir pris un fils adoptif, alors qu'il avait déjà Natsuhiko, et surtout sans même lui avoir demandé son avis à ce sujet, allant jusqu'à organiser ce somptueux banquet pour présenter Ryô au monde ? Quelles sont donc les intentions du député ? ".... Mon père a sans doute ses raisons...." se contente de répondre Natsu faiblement. Mais c'est plus que le garçon ne peut en supporter: se levant brusquement, il se dirige vers la sortie, prétextant qu'il a besoin de respirer un peu d'air frais. Aussitôt Narusé veut s'élancer à sa suite, quand une main ferme le retient soudain par l'épaule: "J'y vais, pas la peine de vous déranger." C'est ainsi qu'un moment plus tard, Ryô rejoint Natsu dans le jardin de l'hôtel.
La façon plutôt cavalière dont l'aborde son ancien ami d'enfance - ce ton léger, ce sourire - ne laisse pas de dérouter Natsuhiko. Alors, lançant à Ryô qu'il n'a absolument rien à lui dire, qu'il préfère rester seul pour tenter de surmonter le choc que lui a causé la déclaration de son père, il tente de s'enfuir, mais Ryô le retient par le bras: est-ce que par hasard Natsu bouderait encore parce qu'il est parti en le laissant tout seul cette nuit où ils se sont aimés ? Ou bien peut-être le jeune homme a-t-il déjà tout oublié ? A ces mots, le sang monte aux joues de Natsuhiko: comment aurait-il pu oublier une expérience aussi intense ? Depuis cette nuit d'été, il n'a cessé de se tourmenter à cause de Ryô ! Et savoir que le jeune bourgeois n'a pas arrêté de penser à lui durant tout ce temps empli Ryô d'une satisfaction qu'il ne dissimule pas, au point que Natsu, mû par le douloureux sentiment que son ami se moque de lui, finit par laisser éclater sa colère: comment Ryô ose-t-il réapparaître maintenant devant lui avec ce sourire béat après ce qu'il lui a fait cette nuit d'été ? Et en plus en tant que frère !? Alors que Natsu était si content de retrouver enfin son ami d'enfance, voilà que subitement celui-ci le violente avant de disparaître à nouveau, jusqu'à ce que le jeune homme apprenne finalement que Ryô est en fait un parent éloigné qui va désormais entrer légitimement dans sa famille en prenant le nom de Takaya ! Tout cela sans que le père de Natsuhiko prenne la peine de lui souffler mot de quoi que ce soit !!
A l'expression désemparée qu'arbore son ami, Ryô semble enfin réaliser à quel point ce dernier a été blessé par la révélation de ce soir. "Tu as peur que je te vole ton père ?" demande-t-il à Natsu. Rougissant, celui-ci répond qu'il s'en fiche - bien que sa réaction semble indiquer le contraire - la seule chose qui le met hors de lui est le fait que cette histoire d'adoption ait été arrangée dans son dos. "Et pourtant, tu y es pour quelque chose", affirme Ryô, soudain grave et sérieux. Natsuhiko a seulement oublié ce qui s'est passé il y a cinq ans, cette affaire de kidnapping à cause de laquelle Mr. Takaya a décidé de prendre Ryô pour fils adoptif aujourd'hui. Et c'est aussi à cause de cet enlèvement que Natsu avait prétendu jadis ne plus jamais vouloir revenir à cette villa où enfant il était venu passer ses vacances d'été.
Réalisant que son ami ne se souvient absolument de rien, Ryô entreprend de lui conter le drame qui les a frappés cinq ans plus tôt. Cet été-là, tous deux passaient leur temps à s'amuser dans la campagne du matin au soir, comme deux véritables frères. Mr. Takaya avait bien recommandé au fils de ses employés de veiller avec soin sur Natsuhiko, mais charmé par la personnalité du jeune bourgeois, Ryô avait de toute façon décidé que quoi qu'il arrive, il protégerait son ami. Un jour que les deux garçons étaient restés s'amuser dans les bois jusqu'à une heure avancée de la soirée, occupés à se construire une cabane, sur le chemin du retour une voiture s'était soudain arrêtée devant eux. Un homme louche au visage masqué d'une casquette et de lunettes noires en était descendu, demandant lequel des deux gamins était le fils du politicien Akihitoshi Takaya. Jusqu'à cet instant, Ryô n'avait pas vraiment réalisé que Natsu était l'enfant d'une famille un peu particulière. Cependant le comportement de ce type venu les aborder s'avérait indubitablement suspect: il prétendait être venu chercher le fils Takaya en voiture à la demande de son père à cause de l'heure tardive, et pourtant, parlant bas à l'oreille de son ami, Natsu assurait n'avoir jamais vu cet homme auparavant. Alors, pressentant le danger, Ryô avait prétendu sans hésiter que c'était lui le fils du politicien, criant à Natsuhiko de fuir, et se faisant enlever à sa place sous les appels désespérés de son ami. Après le versement d'une rançon de dix millions de yens, une semaine plus tard, le garçon devait être finalement retrouvé sain et sauf tout seul au fond de la montagne. Bien sûr, la famille de Ryô n'ayant pas la possibilité de réunir une telle somme, ce fut le père de Natsuhiko qui avança l'argent en récompense de ce sacrifice consenti pour sauver son fils....
Livide, Natsu n'en revient pas de toutes ces révélations. "Comment ai-je pu oublier quelque chose d'aussi grave ?" ne cesse-t-il de se demander. Ryô répond que c'est sans doute à cause de la peur violente éprouvée lors de cet enlèvement: terrifié, l'esprit de Natsu encore enfant a du vouloir oublier à tout prix cette expérience pénible de son existence. A ces mots, le jeune homme proteste: resté prisonnier une semaine entière de son kidnappeur, Ryô est censé avoir eu beaucoup plus peur que lui ! Après un instant de silence, la mine sombre, Ryô finit par répondre que par bonheur, drogué par son ravisseur, lui non plus ne se souvient pas tellement de ce qui lui est arrivé. Mais depuis cette affaire, en reconnaissance de son geste courageux, il a reçu le soutien de Mr. Takaya: afin d'assurer son avenir, le politicien lui a fait faire ses études en ville dans de bonnes écoles, pour finir par lui proposer de devenir son fils adoptif. Bien que, s'empresse d'ajouter le jeune homme ironiquement, lui-même n'a pas le sentiment d'avoir fait de quoi mériter une telle faveur.
A peine a-t-il achevé son histoire que Ryô s'aperçoit enfin que Natsu est en larmes. "Quoi, tu pleures ? Ca te déplaît à ce point que nous devenions frères ?" demande-t-il à son ami. Mais Ryô se trompe complètement sur la nature des larmes de Natsuhiko. En fait, ce dernier est furieux contre lui-même: alors que par sa faute enfant son camarade a dû subir une expérience aussi terrible, lui n'a pas conservé le moindre souvenir de ce kidnapping, se contentant de ruminer de sombres pensées contre Ryô à cause du comportement étrange que ce dernier adopte à son égard depuis leurs retrouvailles. "Quel type odieux je suis...." se reproche Natsu en pleurant. Serrant le jeune bourgeois contre lui, Ryô lui avoue cependant que lorsque Mr. Takaya lui a proposé de l'adopter, la première chose à laquelle il a pensé est que s'ils devenaient frères, il pourrait rester toujours auprès de Natsuhiko. Comment résister à une perspective aussi douce ? Depuis ces cinq années, ses sentiments ne l'ont pas quitté, Ryô n'a cessé de penser à Natsu, et soulagé autant que surpris d'apprendre que son amour n'était pas à sens unique comme il le croyait, les larmes amères de natsuhiko se changent bientôt en larmes de joie.
Tandis que le couple échange un baiser passionné, ils ignorent que caché au milieu des buissons, de loin quelqu'un les observe d'un air profondément mécontent. Il déplaît fort au professeur Narusé rongé de jalousie qu'alors que son élève vient juste de le repousser, il file à présent le parfait amour avec Ryô. Si ces deux-là pensent que tout va bien marcher pour eux, ils se trompent complètement, se dit sombrement le professeur, serrant dans son poing le mystérieux briquet aux initiales de Mr. Takaya. Mais ne se doutant nullement des menaces qui pèsent sur eux, Ryô et Natsu poursuivent leur conversation. "Pourras-tu jamais me pardonner l'acte atroce que j'ai commis sur toi ?" demande tristement Ryô à son ami. Il fait bien sûr allusion au viol infligé à Natsuhiko. Le jeune homme était tellement blessé par le fait que son ami n'ait gardé absolument aucun souvenir de son sacrifice de jadis qu'il avait fini par s'abandonner à la violence, bien qu'il n'ait cessé de le regretter depuis, dans la crainte de s'être attiré par cette flambée de dépit rageur la haine de celui qu'il aimait. Certes, Natsu doit bien reconnaître qu'il a reçu un sacré choc lorsque son ami lui a pour ainsi dire sauté dessus, mais il lui faut également avouer que cette expérience n'a pas été si désagréable. A ces mots, soulagé, Ryô ne dissimule pas sa joie et se jette dans les bras de Natsu: il est si heureux que ce dernier lors de leur étreinte n'ait pas éprouvé que de la douleur....
(à suivre)

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Intrigue: Le récit se déroule dans un futur proche. A cette époque où le mode d'existence demeure quasiment semblable au nôtre, le terme de "Kaguya" désigne un type de vie artificielle imitant à la perfection l'être humain: ces androïdes d'une beauté rare et délicate - qui ne sont en rien des robots - ont besoin de manger et boire pour se développer, vieillissent bien que très lentement, éprouvent des sentiments.... Une fois achetés, ils sont liés irrémédiablement à leur maître, sont programmés pour accomplir les moindres de ses désirs; voilà pourquoi nombre de leurs propriétaires n'hésitent pas à les utiliser pour assouvir leurs désirs sexuels. Cet attachement exclusif que le "Kaguya" porte à son maître est également la cause que si celui-ci vient à décéder, l'androïde est voué à une mort inexorable provoquée par la solitude. Il existe des types de "Kaguya" mâles aussi bien que femelles. Néanmoins, voilà plus de vingt ans que leur production a été interdite, et désormais il n'existe qu'un seul moyen de se procurer un exemplaire de ces êtres en tous points parfaits: le marché noir, où les bébés "Kaguya" se vendent à des prix exorbitants. Ce recueil nous conte les histoires poignantes de cinq de ces "Kaguya" à la recherche du maître qui saura par un amour attentif les préserver de la solitude.

- Memoria , page 3. Mme Watatsumi était une vieille dame très riche mais quelque peu étrange et mysanthrope, qui vivait recluse dans sa luxueuse résidence de province depuis le décès de sa fille cadette, la frêle et douce Wakana. La châtelaine avait pourtant trois autres enfants, mais seule la fillette malade qu'elle avait passé de longues années à soigner semblait compter réellement pour elle, au point que se sentant délaissés, les autres enfants avaient fini par quitter les uns après les autres la demeure familiale, n'y revenant que rarement. Tasuku Makimura, un étudiant qui respire la bonne humeur et passe le plus clair de son temps à s'amuser avec ses copains, est le fils unique de la fille aînée de la vieille dame. Il n'a passé qu'un été chez sa grand-mère alors qu'il n'avait que cinq ans, mais ces vacances lui ont laissé des souvenirs inoubliables. Bien des années ont passé depuis, et si en ce jour Tasuku revient enfin au manoir en compagnie de ses parents, c'est hélas pour assister à l'ouverture du testament de la vieille dame. En plus de la famille Makimura, se retrouvent également devant le notaire Shigéru, le fils aîné de la défunte, accompagné de son épouse et de leur petite fille, ainsi que la belle Mana, la soeur cadette. Vivant séparés les uns des autres depuis si longtemps, les frères et soeurs autant que leurs familles respectives ne se connaissent pratiquement pas ! Cependant un autre convive ne tarde pas à faire son apparition, un jeune homme aux fins cheveux noirs doté d'une délicate et merveilleuse beauté. A peine le nouveau-venu lève-t-il les yeux vers Tasuku qu'il lui adresse un sourire malicieux, tout à fait comme s'il se moquait de lui ! "Mais qui est-ce donc ?!" se demande l'étudiant un poil vexé; ce garçon n'était pas là tout à l'heure lorsque le notaire a nommé tous les membres de la famille.
Néanmoins Tasuku ne tarde pas à voir sa curiosité satisfaite: le notaire présente le bel inconnu comme "Kaguya", un être artificiel qui n'est autre que l'un des éléments constitutifs de l'héritage ! Comme le veut la particularité de ces êtres artificiels, à présent que sa propriétaire est décédée, le jeune homme est voué à s'affaiblir peu à peu jusqu'à une mort inexorable. Ainsi, la vieille dame a décidé de léguer la totalité de sa fortune à celui ou celle qui prendra soin à sa place de son protégé. Le notaire n'a pas plutôt prononcé ces mots qu'excepté Tasuku, toute l'assistance lui tombe littéralement dessus ! Non seulement Mme Watatsumi s'est procuré une créature interdite par le biais du marché noir, mais en plus une seule personne pourra hériter au détriment de ses autres enfants !? Pourquoi ne pas s'arranger plutôt à l'amiable et partager immédiatement l'argent en trois parts égales ? Et le notaire rappelant qu'on ne peut ainsi ignorer les dernières volontés de la défunte, cette fois c'est à qui sera le plus convaincant pour décider Kaguya à venir vivre en sa maison ! Jusqu'à ce que le jeune homme lui-même mette fin à la querelle (et au lynchage du malheureux notaire) en annonçant que Mme Watatsumi a pris soin de lui confier le texte d'une épreuve destinée à fixer le choix de son prochain propriétaire.
Parmi les trois familles représentées ici, l'un des membres a été désigné comme représentant par la vieille dame, et chacun de ces trois "délégués" aura pour tâche de rechercher au sein de ce manoir l'objet que désire Kaguya. Pour chacun des représentants des trois familles il s'agit d'un objet différent, et la solution de chaque énigme a été également confiée au notaire sous trois enveloppes soigneusement cachetées. La personne qui parviendra à sortir vainqueur de cette "chasse au trésor" en apportant le bon objet sera ainsi reconnu comme le nouveau propriétaire légitime de Kaguya. Néanmoins, précise à son tour le notaire, dans le cas où cet héritier ne remplirait pas correctement ses obligations et que le jeune homme vienne en conséquence à mourir, la totalité de la fortune serait distribuée aux bonnes oeuvres. Les représentants désignés pour prendre part à cette chasse au trésor sont la tante Mana, l'oncle Shigéru, et pour la famille Makimura, non pas sa mère mais Tasuku lui-même ! Entendant cette annonce du notaire, l'étudiant n'en croit pas ses oreilles: il pensait pourtant que la bataille se livrerait entre les trois frères et soeurs, pourquoi l'avoir choisi lui !? Avant que ne débute l'épreuve, Kaguya gratifie néanmoins les participants d'un indice: la réponse à leur quête se trouve déjà dans leur coeur. Indice encore plus énigmatique que cette quête elle-même....
Bon gré mal gré, voilà donc Tasuku contraint de se rendre chaque semaine au manoir de sa grand-mère à la recherche du mystérieux objet alors que tout ce qu'il souhaitait, c'était de travailler durant son temps libre pour s'acheter une moto ! Un manque de motivation total qui ne laisse pas de scandaliser Mme Makimura: car s'il sortait victorieux de l'épreuve et remportait l'héritage, son imbécile de rejeton pourrait se payer autant de motos qu'il le voudrait !! En effet, cela donne à réfléchir, sans compter qu'en plus que de pouvoir s'offrir le véhicule de ses rêves, l'étudiant serait assez riche pour passer sa vie à s'amuser. Néanmoins la partie est loin d'être gagnée, car chaque semaine Tasuku, son oncle et sa tante ont beau venir chacun au jour qu'on leur a attribué pour fouiller le manoir de fond en comble, de 9 heure du matin à 6 heure du soir selon la durée impartie, quand vient la confrontation finale à la fin de la semaine lors de laquelle tous trois doivent présenter leur butin à Kaguya, aucun d'entre eux jusqu'à ce jour n'est parvenu à dénicher l'objet requis.
Le temps passe, et même si l'étudiant continue de se rendre régulièrement à la résidence comme l'exige sa mission, malgré la perspective d'une vie dorée même l'appât du gain ne suffit pas à le motiver à cette chasse au trésor. D'ailleurs, Tasuku est désormais certain que fouiller ainsi le manoir s'avère totalement inutile: Kaguya n'a-t-il pas dit aux participants que la réponse se trouvait déjà dans leur coeur ? Mieux vaut rester tranquille et réfléchir - en s'allongeant sous une table par exemple ou en s'enfermant dans un débarras, comme Tasuku le faisait quand il était petit. Et tandis qu'un jour que le jeune homme médite de la sorte dans l'une de ses cachettes favorites Kaguya vient soudain le rejoindre sous la table recouverte d'une longue nappe, l'étudiant prend conscience d'une évidence que personne à part lui ne semble avoir remarqué: les membres de sa famille font tout un plat à cause de cet héritage et des conditions particulières pour l'obtenir; mais si le successeur de son ancienne maîtresse ne se montre pas à la hauteur, Kaguya est condamné à mourir ! En fait, n'est-ce pas le jeune androïde qui est le plus à plaindre dans toute cette histoire ? Lorsque Kaguya se tient ainsi à ses côtés sous cette table, étrangement de vieux souvenirs émergent à la mémoire de Tasuku, des souvenirs de cet unique été qu'il avait passé jadis chez sa grand-mère: était-ce la fille d'un des domestiques ? - il avait alors pour compagne de jeu une adolescente de 12 ou 13 ans. Elle était très vive, et tous deux passaient leur temps à courir dans le parc de la résidence; c'est elle aussi qui avait appris à Tasuku alors âgé de cinq ans à se cacher sous les tables et dans les recoins afin d'observer les adultes. Depuis, l'étudiant s'est vu initié à un tas d'autres divertissements sensiblement plus "matures", néanmoins, quand il réfléchit à la vie qu'il a menée jusqu'à ce jour, Tasuku doit bien s'avouer qu'il trouvait ses jeux de jadis beaucoup plus intéressants. Vu l'âge qu'elle avait à l'époque, sans doute l'inconnue de ses souvenirs - dont il ne se rappelle même plus le visage - est-elle mariée à présent; néanmoins le jeune homme aimerait bien rencontrer à nouveau son amie d'autrefois.
Quand Tasuku fait part de tout ceci à Kaguya, ce dernier remarque ironiquement que c'est bien beau de se complaire dans des souvenirs idéalisés par le temps, mais si l'étudiant venait à revoir la jeune fille aujourd'hui, peut-être aurait-il une sacrée désillusion ! Normal, le jeune androïde sait bien, lui, qui était cette mystérieuse adolescente qui dort dans la mémoire embuée du jeune homme. Et Tasuku lui-même, s'il parvenait à se remémorer plus en détails cet unique séjour chez sa grand-mère, se souviendrait qu'un jour, la jeune fille lui avait avouer sa véritable identité: que non seulement elle était un "Kaguya", l'un de ces êtres artificiels façonnés par la main humaine, mais en plus qu'elle était en réalité un garçon ! Depuis le décès de sa fille cadette Wakana, Mme Watatsumi désirait un enfant pour remplacer celui qu'elle avait perdu, un enfant qui grandirait très lentement et lui serait totalement attaché; néanmoins malgré sa fortune la châtelaine n'était pas parvenue à se procurer un exemplaire femelle de bébé "Kaguya", ces créatures interdites se faisant de plus en plus rares, et avait du se contenter d'un garçon. Alors en grandissant, comprenant quel était le désir de sa maîtresse et souhaitant par-dessus tout lui faire plaisir, Kaguya avait pris l'habitude de s'habiller et se coiffer comme une fille. En entendant cette histoire, Tasuku enfant avait été scandalisé que son ami ne possède même pas un seul jouet de garçon; alors, il lui avait offert sa maquette d'avion préférée, et afin que ce cadeau reste leur secret à tous deux, les compères l'avaient enterré dans une boîte sous le plus grand des arbres du jardin.
Quant à la jeune tante Mana, si elle prenait davantage de temps pour réfléchir au lieu de se montrer aveuglée par l'argent, elle se rappelerait cette petite fille d'environ son âge avec laquelle elle s'amusait quand elle avait sept ans; l'autre enfant, que Mana pensait être la fille d'un des employés, paraissait si seule quand elle l'avait rencontré que spontanément, elle lui avait généreusement offert son lapin en peluche. L'oncle Shigéru lui aussi a eu affaire à la mystérieuse fillette: l'été de ses 16 ans, de retour chez sa mère pour les vacances, le jeune homme avait passé beaucoup de temps auprès de ce qui lui paraissait être une petite fille de neuf ans, à qui il avait appris à lire. Kaguya garde encore précieusement rangé dans son bureau le livre que Shigéru lui avait alors offert.
L'avion, la peluche, le livre.... Voilà les trois trésors que chacun des trois héritiers potentiels est censé découvrir. Bien que vivant recluse en évitant les contacts humains même avec ses propres enfants, Mme Watatsumi avait été touchée de la bonté avec laquelle son fils, sa fille et son petit-fils avaient traité son cher Kaguya. En fait, malgré l'apparente indifférence qu'elle manifestait à leur égard, Mme Watatsumi aimait beaucoup ses enfants; seulement elle pensait que si elle montrait ouvertement de la tendresse pour eux, ce serait injuste vis à vis de sa fille défunte qui ne pouvait plus en profiter. Vers la fin de sa vie, réalisant enfin l'absurdité de ce point de vue, Mme Watatsumi n'avait cessé de regretter d'avoir ainsi délaissé ses enfants bien vivants au point qu'ils aient tous fini par se détourner d'elle, mais il était trop tard hélas pour pouvoir revenir en arrière. Voilà pourquoi la vieille dame avait finalement décidé de léguer la totalité de sa fortune ainsi que de confier la garde du jeune homme à celui ou celle de ses héritiers capable de se retourner vers le passé, d'où l'idée de cette épreuve basée sur le souvenir.
Qui de Shigéru, Mana ou Tasuku parviendra à faire le lien entre Kaguya et leur amie d'enfance le premier ? Le temps presse.... Si cette chasse au trésor a initialement pour but de dénicher pour le jeune homme le maître ou la maîtresse idéal, elle retarde aussi considérablement le moment où le prendra sous son aile son nouveau propriétaire. Kaguya commence déjà à s'affaiblir, et lorsqu'il le découvre un jour endormi sous une table, si maigre et dépourvu de vitalité, Tasuku en a un coup au coeur, en même temps qu'il commence à éprouver une vague panique: la première cause de mortalité chez un "Kaguya" est la solitude, raison pour laquelle il lui faut toujours un maître à ses côtés pour prendre soin de lui. Bien que le jeune homme ait une légère tendance à se moquer de lui, Tasuku se sent de plus en plus attiré par Kaguya et refuse que ce dernier meure. Si au départ l'appât du gain n'avait pas suffit à le motiver, pour sauver celui qu'il aime et qui est finalement devenu son amant, l'étudiant se jure de sortir vainqueur de cette étrange chasse au trésor....

- Imitation Lover , page 37. Taki Kashiwadé, vendeur dans une entreprise immobilière, vivait depuis deux ans avec Minami, son petit ami. Il aimait passionnément le jeune homme, et faisant tout son possible pour le contenter, pensait que tout allait bien entre eux. Jusqu'à ce qu'un jour, Minami quitte soudain leur domicile en lui signifiant une rupture aussi brutale qu'inattendue. Le coeur brisé, comme tous les amoureux éconduits, Taki n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'aller noyer son chagrin dans l'alcool affalé au comptoir de son bar préféré. C'est alors qu'il s'était fait aborder par l'intermédiaire d'un réseau de marché noir, qui lui avait fait une alléchante proposition: s'il le voulait, Taki pourrait avoir sur-le-champ un nouveau petit ami tel qu'il n'en a jamais rêvé, d'une beauté parfaite et qui n'aurait d'autre souhait que de combler toutes ses attentes, en un mot, le petit ami idéal. Le recéleur avait alors proposé au jeune salary-man d'acheter un "Kaguya". On dit que ces êtres artificiels se développent selon les désirs de leur maître.... Taki avait bien du mal à croire une histoire pareille, cela lui semblait trop beau. Et pourtant, la douleur de son chagrin d'amour associée à l'abus d'alcool l'avait finalement poussé à se décider: malgré ses maigres revenus et le prix exorbitant de ces androïdes, le salary-man avait finit par craquer pour un "Kaguya", acheté à crédit ! Car au fond de lui, le jeune homme se disait que si Minami le voyait si peu de temps après leur rupture au bras d'un autre homme encore plus beau que lui, peut-être le fuyard aurait-il des regrets....
Mais voilà, à présent que son "Kaguya" est âgé de six semaines, Taki se rend compte que tout ne se passe pas exactement comme il l'avait prévu: depuis qu'il a accueilli son nouveau compagnon sous son toit, il ne cesse de lui montrer une photo de Minami en lui ordonnant de devenir encore mieux que ce dernier. Et désireux de plaire à son maître, Kaguya a pris Taki au mot. Mais s'il est sans conteste physiquement plus beau que Minami, il est également plus grand et plus fort, un magnifique jeune homme d'une belle prestance, qui dépasse déjà d'au moins vingt centimètres son maître bien-aimé ! Taki qui a toujours été attiré par les garçons frêles et délicats, le voilà contraint de parcourir les rues nocturnes du quartier des plaisirs aux côtés d'un petit ami qui lui donne l'air d'un nabot alors qu'il mesure lui-même 1 mètre 82, lui filant au passage un sacré complexe d'infériorité ! Taki reconnaît que tout est de sa faute dans cette histoire: il aurait dû dès le départ préciser davantage ses goûts et sa pensée. Mais à présent il est trop tard, son encombrant compagnon n'a pas la possibilité de "rétrécir".... Et comme si cet inconvénient ne suffisait pas, dans le domaine du travail, rien ne va plus non plus pour le jeune homme: c'est la période de l'année où de nombreux couples de nouveaux mariés viennent visiter l'agence en quête de leur futur logement, et il s'avère plutôt dur pour quelqu'un qui souffre d'une peine de coeur de sourire comme si de rien n'était, comme tout bon salary-man, face à des couples filant le parfait amour ! En dépit de tous ses efforts, Taki n'a pas de chance ces temps-ci avec ses clients - même ses collègues de travail l'ont remarqué - ne tombant que sur des personnes aux goûts difficiles; et puisque il n'arrive pas à conclure des contrats, son salaire s'en voit sensiblement diminué, alors qu'il a tant besoin d'argent pour payer les mensualités de l'achat de son "Kaguya".
Malgré tous ces tracas, Taki ne manquerait cependant en rien sa visite hebdomadaire au bar "Isolde", un établissement où se réunissent gays, lesbiennes et travestis: Minami n'étant pas du genre à changer ses habitudes après avoir changé de petit ami, ce bar étant l'un de ses lieux de prédilection, le jeune salary-man espère bien tôt ou tard l'y rencontrer. Dans ce but, tous les vendredis soir sans faute, Taki se rend donc à l'Isolde en compagnie de Kaguya, présentant ce dernier à ses nombreux amis comme son nouveau compagnon. Suivant ainsi le jeune homme dans ses virées nocturnes, Kaguya de son côté a l'occasion de découvrir un autre aspect de la personnalité de Taki: lorsqu'il se trouve en compagnie d'autres personnes, ce dernier montre un visage complètement différent de celui qu'il affiche à la maison, sociable, souriant, aimable avec chacun, en fait un peu comme dans son métier de vendeur. Tout le monde qualifie Taki de "gentil", mais lui-même pourtant se voit comme un hypocrite: afin de plaire aux autres, il donne de lui une image extérieure cool et parfaite, mais ceci n'est en réalité qu'un masque. Ce n'est que lorsqu'il se trouve seul avec Kaguya, sachant pertinemment que par sa nature même ce dernier ne peut pas le trahir, que Taki ose se montrer tel qu'il est réellement, et lui-même commence à se rendre compte que c'est sans doute à cause de sa manie de trop en faire qu'il a perdu Minami. Le salary-man aimait tellement le jeune homme qu'il l'a choyé de toutes les manières qui lui étaient possibles: Minami ne faisait jamais rien dans la maison, et Taki, bien qu'il ne soit pas beaucoup plus doué dans les tâches ménagères, s'évertuait à accomplir seul tout ce qui pouvait être agréable au bien-être de son compagnon. Mais en dépit de tous ses efforts, son ami ne cessait de se plaindre, critiquant sa façon de laver le linge, taxant sa bouffe de dégueulasse, alors que lui-même ne faisait rien pour aider Taki. Ce dernier l'aimait pourtant, et désirant être aimé en retour, s'était appliqué à satisfaire tous les caprices de Minami, supportant ses reproches en silence. En vain. Voilà pourquoi au lieu d'essayer de jouer les petits amis parfaits, Taki aurait sans doute mieux fait de privilégier le fond plutôt que la forme et montrer son vrai visage en ouvrant son coeur.
S'il est trop tard avec Minami, en revanche le jeune homme ne prend pas de gants avec Kaguya, ne cessant de lui faire des réflexions au sujet de sa taille ou de tout autre chose qui le contrarie. Avec son caractère spontané et plein de fraîcheur, l'androïde est certes très différent de Minami, néanmoins Taki a fini par s'y habituer et doit bien reconnaître que Kaguya possède un côté irrésistiblement mignon. Et surtout, c'est à présent au tour de Taki de se faire choyer: Kaguya fait tout dans la maison et se révèle vite comme un cuisinier hors-pair, au point que les soins dont il est l'objet remontent un peu le moral du salary-man quand il rentre déprimé de ses longues journées de travail. Si bien que le temps aidant, à mesure que se fait moins intense le chagrin de sa rupture avec son ancien compagnon, Taki commence enfin à porter un regard plus attentif sur Kaguya: au départ il l'avait pour ainsi dire acheté sous l'impulsion du moment, comme palliatif à la solitude et au manque d'affection; mais le jeune homme s'aperçoit peu à peu que Kaguya n'est pas une machine ni un objet mais un être doué de sentiments, dont il a la responsabilité et dont il lui faut lui aussi prendre soin.
C'est ainsi qu'un jour, observant combien les vêtements qu'il partage avec l'androïde sont devenus étroits pour ce dernier, Taki propose à son "immense" compagnon qu'ils aillent faire un tour en ville afin de lui acheter de nouveaux atours. Craignant que son maître ne s'endette davantage à cause de lui, Kaguya préfère refuser. Néanmoins Taki insiste: il voudrait que celui qui joue le rôle de son petit ami soit propre et bien habillé, afin que tous ceux qui le voient murmurent "Qu'il est beau !" sur son passage. Entendant ces mots, du moment qu'il s'agisse de faire plaisir à son maître, Kaguya accepte la proposition avec une joie visible qui ne manque pas de remuer le coeur du salary-man: tout à son chagrin d'amour, Taki n'a pas vraiment pris la peine de se soucier de son nouveau compagnon, et ce n'est que maintenant qu'il réalise enfin tous les efforts et l'ardeur que déploie Kaguya afin que son maître soit content de lui. Les deux jeunes gens se rendent donc dans un magasin du centre-ville, mais tandis qu'ils passent en revue les différents modèles de vestes, Taki aperçoit soudain un jeune homme d'une merveilleuse beauté, dont la taille et l'aspect frêle lui rappelle douloureusement Minami; et à sa grande surprise, ce bel inconnu échange un salut amical avec Kaguya, tout à fait comme s'ils se connaissaient ! Comment cela est-il possible, l'androïde ne quittant jamais leur domicile sans sa compagnie ?! Quand, où, comment ont-ils lié connaissance !?
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Amusé de la réaction de son maître, Kaguya explique néanmoins que c'est la première fois que l'autre jeune homme et lui se rencontraient; cependant, les êtres de son espèce ont le pouvoir de se reconnaître entre eux. Le bel inconnu est donc lui aussi un "Kaguya", en fait le héros du chapitre précédent venu faire quelques emplettes avec son nouveau maître Tasuku, et Taki stupéfait ne peut s'empêcher de maugréer de voir ainsi un garçon de cet âge posséder déjà une créature d'un prix aussi exorbitant. Le Kaguya de ce jeune motard est tellement mignon.... Comment se fait-il que le sien soit devenu aussi peu conforme à ses goûts ? Les regards mélancoliques que le salary-man pose sur les deux autres jeunes gens n'échappent pas à son compagnon, et tandis qu'ils sortent de la boutique afin d'aller cette fois au magasin de chaussures, Kaguya pose franchement la question à son maître: c'est sans doute comme cet autre "Kaguya" qu'il aurait voulu le voir se développer ? Un peu honteux, Taki avoue qu'en effet il a un faible pour ce type de garçon à l'aspect éthéré; néanmoins il lui faut bien reconnaître que s'il traitait un être de cette délicatesse avec le manque de tact et la maladresse quelque peu brutale qu'il montre à l'adresse de son actuel compagnon, ce serait un peu comme s'il le tourmentait. Voilà pourquoi il vaut mieux pour le jeune homme posséder un grand Kaguya au caractère cool et désinvolte; au fond cela s'accorde bien mieux à sa véritable personnalité. A cet aveu, l'androïde reste un instant pantois avant de se précipiter au cou de Taki, rayonnant de joie. Et tandis que son compagnon se met à marcher à ses côtés en entourant ses épaules, malgré sa honte, le jeune salary-man ne peut se résoudre à repousser ce bras qu'autrefois lui-même posait sur les épaules de Minami, tant Kaguya paraît heureux en cet instant....
Le week-end passe, et à présent qu'il a quelque peu retrouvé la pêche, tout va beaucoup mieux pour Taki dans le domaine du travail: suite à la confusion laissée par le départ de Minami, il n'arrivait plus à se concentrer correctement sur son boulot, mais maintenant que le jeune homme a remis de l'ordre dans sa tête, décidé à ne pas négliger le moindre effort pour gagner de quoi les faire vivre lui et son compagnon, il remporte enfin de grands succès, déccrochant contrat après contrat. Un soir qu'il achève l'une de ces fructueuses journées de travail, la pluie au-dehors tombe comme des cordes, et une fois de retour chez lui, comme il le craignait, Taki retrouve Kaguya étendu sans force sur le canapé, alors que d'ordinaire lorsqu'il rentre l'androïde a déjà préparé un plantureux repas. Pressé que l'être artificiel atteigne une taille adulte, le jeune homme l'a trop poussé à accélérer sa vitesse de croissance, et pour avoir tellement grandi en si peu de temps, Kaguya en a gardé des séquelles: les jours de pluie ou de grande humidité, son corps lourd le plonge dans une sorte de léthargie cependant que les articulations de ses membres le font douloureusement souffrir.
Tandis qu'il s'inquiète pour son compagnon, Taki réalise enfin comme son comportement envers lui a été bien égoïste; alors, s'asseyant auprès du jeune homme et malgré les protestations de ce dernier, il se met en devoir de masser ses articulations endolories. "Taki, tu es vraiment gentil...." prononce doucement Kaguya après avoir observé son maître quelques instants en silence, paroles qui ne manquent pas de provoquer la stupeur du salary-man: comment l'androïde peut-il dire une chose pareille après la manière dont il s'est conduit envers lui ? Il n'a cessé de le réprimander et lui faire des commentaires désobligeants à tout propos, a véritablement passé ses nerfs sur lui, le blessant comme lui-même a été blessé, l'a même frappé parfois.... Bien qu'il regrette sincèrement ses actes, il va sans dire que le jeune homme n'a pas en ce moment une image très reluisante de lui-même. Mais arborant un sourire lumineux, à cet aveu Kaguya se pend à son cou. Et le visage blotti au creux de l'épaule de son maître, à mi-voix, l'androïde ose enfin poser la question qui le préoccupe tant: si Taki recherche Minami avec autant d'ardeur, est-ce vraiment pour se venger de lui ? Alors qu'il semble encore si attaché au jeune homme.... Et si soudain Minami lui disait qu'il désire revenir vivre avec lui, que ferait Taki ? Se redressant, Kaguya plonge son regard dans celui du salary-man. "Je t'aime, Taki.... prononce-t-il gravement. Et je refuse d'avoir un autre maître que toi." Et sur ces mots, après avoir embrassé le jeune homme sur la joue, Kaguya quitte le salon, laissant Taki stupéfait et sans réaction. Les "Kaguya" ne sont pas censés faire connaître leur volonté; alors, pour que son compagnon ait ainsi osé avouer ses sentiments à voix haute, Taki se rend compte que cela a dû exiger de lui un sacré courage, motivé par un amour sincère....
Le lendemain matin, le beau temps revenu, Kaguya se porte beaucoup mieux, se comportant comme si rien ne s'était passé. Ce jour étant un vendredi, il demande même à son maître si le soir ils vont se rendre au bar "Isolde" comme d'ordinaire. Taki répond négativement, prétendant que ça ne le tente pas, néanmoins Kaguya insiste: il aura ainsi l'occasion de porter tous les beaux vêtements que le jeune homme lui a acheté. Taki ne dit rien, mais même s'il finit par se laisser convaincre, il sait bien que son compagnon fait exprès de jouer les indifférents pour ne pas le mettre dans l'embarras, préférant faire passer le bonheur de son maître avant le sien. "Non, décidément je ne suis pas quelqu'un de gentil...." se dit le jeune homme en contemplant Kaguya avec amertume tandis que le soir ils parcourent ensemble les rues de la ville. Car il a volontairement fait en sorte de ne pas s'interroger sur les sentiments de celui qu'à l'origine il avait pourtant acheté pour devenir son nouveau petit ami. Mais ces derniers temps si le salary-man pense de moins en moins à Minami, à qui le doit-il ? A peine cette évidence lui a-t-elle effleuré l'esprit que Taki s'arrête de marcher. Il est grand temps pour lui de cesser de se conduire comme un idiot, d'arrêter de s'accrocher à un passé révolu pour prendre soin du présent, de ce présent où Kaguya est venu vivre auprès de lui. A ses côtés Taki a pu se comporter tel qu'il est réellement quitte à montrer son mauvais caractère, et pourtant son nouveau compagnon l'a qualifié de "gentil", ce que Kaguya est bien la première personne au monde à faire. Alors, prenant la main du jeune homme, Taki lui annonce subitement qu'ils n'iront pas à l'Isolde ce soir. Pourquoi ne pas plutôt aller manger un bout dans un excellent restaurant qu'il connaît ? Mais tandis que le salary-man entraîne joyeusement son ami par la main, dans la rue il aperçoit soudain une silhouette familière. Pourquoi faut-il que Taki rencontre Minami juste maintenant qu'il vient de prendre la décision de tirer un trait sur le passé ?....

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Chapitre 1: Akuma no Sasayaki ("Le Murmure du démon"). Une petite église située dans la campagne, au fin fond d'une région reculée. Responsable de la paroisse, le jeune Père Marlo y coule des jours paisibles à enseigner la Parole Divine entouré de ses fidèles et des enfants du cathéchisme. Paisibles.... enfin presque, s'il n'y avait la présence de Raoul Barclay, son étrange locataire aux cornes et à la queue de démon ! Trois mois plus tôt, Marlo a découvert ce jeune homme de 17 ans gisant sous les arbres du jardin du presbytère, le corps couvert de blessures. Le premier geste du prêtre à cet instant avait été de saisir son crucifix, car quel n'avait pas été son effroi en remarquant de quels terribles appendices l'inconnu était pourvu ! Pourtant, Raoul le suppliant de l'aider, de ne pas le juger ainsi d'après son apparence, Marlo s'était finalement décidé à le secourir; et depuis ce temps, le curieux SDF vit avec lui au presbytère, où il s'occupe du ménage et autres menus travaux. Le jeune homme accomplit ses tâches avec tant d'entrain et de bonne volonté que le religieux s'est rapidement habitué à sa présence, qui amène un peu de gaieté dans son existence monotone. La seule chose que le prêtre pourrait vraiment avoir à reprocher à son compagnon, c'est, disons, d'avoir la main un peu légère vis à vis d'un homme de sa fonction, Raoul ayant la fâcheuse manie de lui mettre la main aux fesses !
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Depuis que le Père Marlo l'a ramassé, Raoul n'a cessé de clamer que malgré son apparence douteuse il n'est qu'un humain ordinaire, expliquant qu'un jour il ne sait pourquoi ces cornes et cette queue de diable lui étaient soudainement poussés. Néanmoins, ces derniers temps les cornes qui ornent sa tête sont devenues tellement volumineuses qu'il lui est devenu impossible de les dissimuler sous un chapeau. Un jour que Marlo et Raoul prennent le thé après le cathéchisme, le jeune homme demande conseil au prêtre à ce sujet: Marlo tente de le convaincre que puisqu'il n'est pas un démon, Raoul n'a rien à craindre et ferait bien de se rendre à l'hôpital, où l'on pourra peut-être lui ôter chirurgicalement ces appendices qui ne sont sans doute qu'une malformation des os. Cependant Raoul refuse absolument de se faire examiner par un médecin, tant il craint de se voir transformer en rat de laboratoire. Plus que tout il répugne de montrer aux autres personnes les bizarreries de son corps, car il ne peut oublier douloureusement que quelques mois plus tôt, lorsque malgré tous ses efforts pour la cacher les siens avaient fini par s'apercevoir de sa "métamorphose", ses amis, ses voisins, et même ses propres parents avaient tenté de le tuer en le rouant de coups, le traitant d'ignoble démon. "Finalement, peut-être que j'en suis réellement un...." en vient à se dire Raoul en soupirant. Et puisque malgré sa situation délicate et les tourments qu'il prétend éprouver l'étrange jeune homme ne peut s'empêcher de tripoter nonchalamment le prêtre à la moindre occasion, le Père Marlo lui aussi commence parfois à envisager cette possibilité !
Ce qui étonne le plus Raoul est la bonté que le prêtre montre à son égard: par sa fonction-même, plus que quiconque Marlo aurait dû le traiter comme un pestiféré, une créature maudite. Et lorsque le jeune homme lui en fait la remarque, le religieux est bien forcé d'avouer qu'au début, il considérait certes le nouveau-venu d'un oeil suspicieux. Mais courageux, Raoul mettait tant de bonne volonté dans son travail.... Et depuis qu'il est venu vivre au presbytère, il n'a absolument rien fait de mal, pas plus qu'il ne semble posséder de pouvoirs particuliers. Durant leur existence commune, Marlo a pu constater par lui-même que Raoul ne diffère en rien des autres jeunes gens de 17 ans qu'il connaît. En outre, le prêtre a mené sa petite enquête, et d'après ses livres, les démons arborent une apparence bien plus terrifiante que celle de Raoul, sans compter qu'ils peuvent changer leur aspect à volonté. Alors si le jeune homme avait vraiment appartenu à cette race, il n'aurait certainement pas rencontré tant de difficultés pour dissimuler ses cornes et sa queue de diable, sur ce point-là Raoul peut se tranquiliser !
La nuit venue, alors qu'il dort profondément, le Père Marlo est soudain tiré de son sommeil par des gémissements étouffés. Ceux-ci semblent provenir de la chambre de Raoul, et lorsque inquiet le prêtre pénètre à l'intérieur, il trouve le jeune homme couché dans son lit en proie à une grande souffrance, comme s'il allait succomber à une crise cardiaque. Après que Marlo lui ait fait boire de l'eau, Raoul parvient enfin à reprendre sa respiration, mais malgré sa mine pâle et défaite, il refuse absolument de se laisser conduire à l'hôpital. Afin de rassurer un peu son compagnon, le jeune homme se laisse retomber sur son lit, posant la tête sur les genoux du prêtre assis à ses côtés. Ah, rien que de rester un moment ainsi, Raoul a déjà l'impression de se sentir mieux.... Et si cela peut réellement le soulager, Marlo répond qu'il ne voit pas d'inconvénient à ce qu'il reste dans cette position. "Vous êtes vraiment gentil.... remarque le jeune homme d'un sourire doux et triste. Que feriez-vous si j'étais réellement un démon ?...."
Raoul finit donc par s'endormir sur les genoux de Marlo, et tout en lui caressant tendrement les cheveux, le religieux admet en son for intérieur que ces derniers temps, l'idée que son compagnon puisse être un diable lui était complètement sortie de l'esprit. Mais il ne sait pourquoi, Raoul a beau passer son temps à le tripoter, avoir bouleversé la tranquilité de sa retraite, Marlo ne parvient pas à le détester. Au fond, même si Raoul était une créature diabolique, peu lui importe en réalité. Et même ces cornes qui deviennent plus grandes de jours en jours lui paraissent belles, convenant parfaitement au joli visage du jeune homme.... A cet instant, rouge de honte Marlo émerge soudain de sa rêverie: à quoi est-il en train de penser, lui, un prêtre !? Serait-il par hasard tombé amoureux de Raoul ?!
Cependant à partir de cette nuit-là, chaque soir, le jeune homme se retrouve victime des mêmes crises. Ce n'est vraiment pas normal, et plus que jamais, Marlo insiste pour que Raoul se rende à l'hôpital, sinon il va finir par mourir ! Pourtant comme toujours Raoul refuse, affirmant que là-bas c'est un sort pire que la mort qui l'attend si les médecins décident de faire de lui un sujet d'expériences. Marlo a beau assurer que cela n'arrivera pas, il l'accompagnera et expliquera la situation de façon à ce qu'il n'y ait aucun malentendu, cette proposition paraît plus abherrante encore aux yeux du jeune homme: un prêtre accompagnant un démon ? Cette fois c'est le Père Marlo lui-même qui risque de se retrouver en fâcheuse posture ! Alors, se levant pour contempler le religieux droit dans les yeux, Raoul lui demande de faire ce qui lui semble le mieux pour eux deux: si de toute façon il est condamné, il préfère encore périr exorcisé de la main de Marlo. En tant que prêtre, ce dernier doit certainement être capable de renvoyer les démons dans l'Au-Delà ? Après l'avoir écouté en silence, le religieux demeure stupéfait de cette terrible requête; mais il se reprend vite, se mettant à crier: "Tu n'es pas un démon ! Il m'est impossible d'exorciser quelqu'un qui n'est pas de race démoniaque !" Et le prêtre désespéré ajoutant qu'il s'inquiète simplement pour la santé de son ami, ému, Raoul se radoucit tandis qu'une chaleur délicieuse vient lui réchauffer le coeur. Poussé par un élan irrésistible, prenant le visage du religieux entre ses mains, il ne peut se retenir de l'embrasser: il n'y a vraiment que Marlo qui s'obstine encore à le traiter comme un humain ordinaire sans se préoccuper de sa véritable identité; alors, touché de sa bonté à son égard, en cet instant le jeune homme ne se sent plus capable de refouler ce désir qui le ronge de le caresser et de l'étreindre. Et bien qu'il soit prêtre, qu'il ait fait voeu de chasteté et de consacrer sa vie à Dieu, Marlo lui-même sent sa volonté l'abandonner. Même le soupçon qu'il y ait de grandes chances pour que Raoul soit vraiment un démon ne suffit pas à réfréner les élans de son coeur. Impossible de se mentir plus longtemps à lui-même, Marlo aime Raoul, et ne sachant plus comment réagir face à ce sentiment qui le dévore, il consent à se donner à lui, prêt à assumer toutes les conséquences de ce "péché".... (Pour la suite de cette histoire, voir le chapitre 5 de LUV 8, Akuma no Himitsu .)

Chapitre 2: Akuma no Himitsu ("Le Secret du Démon"). On sait à présent que Raoul, jeune homme de 17 ans pourvu de cornes et d'une queue de diable, est un véritable démon, un incube, créature maléfique se nourrissant de l'énergie sexuelle des humains. Pour subsister, il lui faut donc l'aide d'un partenaire complaisant. Mais voilà, Marlo le petit ami de Raoul, qui l'a recueilli et lui a sauvé la vie quand ce dernier a failli se faire lyncher par les siens, est un prêtre, et en tant que tel, pas facile de le convaincre de s'adonner à une partie de jambes-en-l'air ! Le Père Marlo a déjà bien du mal à admettre cet amour qui l'a contraint à rompre ses voeux, alors il ne faut pas trop lui en demander ! Il ne réalise pas encore quelle influence néfaste a son abstinence sur la santé de son compagnon, et suite à ce jeûn prolongé, Raoul voit ses forces décliner rapidement: Marlo prétend refuser ses avances parce que le jeune homme a mauvaise mine, mais ce dernier a justement mauvaise mine parce que Marlo refuse ses avances ! Un jour pourtant, Raoul réussit à convaincre le prêtre de cesser pour une fois de le repousser, mais hélas, alors qu'une tendre étreinte était en perspective, un étrange phénomène se produit: une voix inconnue se fait soudain entendre dans la chambre, tandis que surgit de nulle part, un grand démon aux longs cheveux noirs apparaît l'instant d'après dans un nuage de fumée - directement sur le dos du pauvre Raoul ! Le nouveau-venu, Baldoré, se présente comme le frère aîné du jeune homme: en fait, il y a 17 ans, on ne sait comment le bébé démon est tombé sur Terre par une faille du Monde des Ténèbres, et comme Baldoré avait encore 106 autres frères cadets, il a mis tout ce temps à remarquer cette disparition ! Mais à présent, s'excusant auprès de Raoul scandalisé, il est prêt à réparer sa "distraction" en ramenant le jeune homme en Enfer, comme son père le lui a demandé.
Mais voilà, Raoul a grandi sur Terre, menant la même vie que les Humains, et il n'est pas du tout disposé à partir, surtout que c'est dans le monde des Mortels que se trouve celui qui compte plus que tout pour lui. Baldoré a beau protester qu'on ne lui demande pas son avis, son cadet refuse absolument de quitter ce monde où il se plaît pour un autre totalement inconnu. Voyant que le nouveau-venu est prêt à utiliser la force pour ramener bon gré mal gré le récalcitrant, Marlo tente de s'interposer, ce qui lui vaut de faire l'expérience des pouvoirs terrifiants du haut-démon: la gorge comme serrée dans un étau, il ne parvient plus à respirer ! Baldoré n'a pas l'intention de laisser un misérable Mortel faire entrave à sa mission, d'autant plus qu'il est furieux de la manière dont son frère se conduit avec Marlo: un démon du rang de raoul, être contraint pour pouvoir se nourrir à se soumettre au bon vouloir de cet humain !? Alors que comme tout bon incube qui se respecte, grâce à ses pouvoirs il pourrait faire du prêtre son "prisonnier sexuel", de sorte que ce serait ce dernier qui le supplierait de l'étreindre.... Mais Raoul ne l'entend pas de cette oreille, et proférant que le prêtre est le bienfaiteur qui lui a sauvé la vie, traitant Baldoré de "dégarni", il l'envoie se faire pendre ailleurs d'un bon coup de pied dans le derrière !
Lorsque que le Père Marlo reprend enfin connaissance un peu plus tard, résonnent encore dans sa tête les paroles prononcées par l'archidémon: ce dernier a raison, si Raoul est bien un incube, nul doute qu'il dispose de pouvoirs spéciaux. Un affreux soupçon lui vient alors à l'esprit: et si les sentiments qu'il éprouve pour le jeune homme n'étaient en réalité que le fruit d'un envoûtement ? Comme pour corroborer ses craintes, à peine s'est-il assuré que son compagnon est sain et sauf que Raoul affamé lui demande de reprendre leurs ébats où ils en étaient avant d'avoir été dérangés, car vidé de ses forces, il lui est devenu impossible de patienter plus longtemps. Mais à peine Raoul s'est-il penché sur le prêtre qu'à sa grande surprise ce dernier le repousse avec violence: Marlo avoue péniblement qu'il ne sait plus du tout où il en est; depuis qu'il a obtenu la certitude que Raoul est bien un incube, il ne parvient plus à comprendre les sentiments de ce dernier, pas plus que les siens: l'amour de Raoul est-il bien réel ? Et s'il était simplement contrôlé par le pouvoir maléfique du jeune homme, qui utilise son corps pour se "nourrir" ? Raoul a beau protester qu'il se trompe, Marlo lui crie de ne pas le toucher, et s'emparant de son crucifix posé sur sa tabe de chevet, il le brandit sous le nez du démon, lui ordonnant de cesser de le dévoyer.

Le coeur brisé, Raoul quitte la maison en titubant, pour tomber nez à nez avec Baldoré qui a élu domicile dans les arbres du jardin. Apprenant que par sa faute son jeune frère s'est disputé avec son petit ami, loin de compatir à sa peine l'archidémon en est au contraire ravi, car peut-être à présent Raoul sera-t-il disposé à rentrer en Enfer avec lui. Mais au bord des larmes, le jeune homme ne l'écoute pas: ignorant jusqu'alors tout de son pouvoir, même s'il le voulait il serait incapable de l'utiliser; si encore Marlo lui reprochait un trait de son caractère, il pourrait tout au moins tâcher de se corriger, mais être détesté pour quelque chose contre lequel il ne peut rien.... Au ton désespéré de son jeune frère, Baldoré sent soudain venir le drame. S'élançant vers lui, il le conjure d'arrêter ! Mais trop tard, Raoul a déjà entâmé sa transformation....
Pendant ce temps, ignorant tout du drame qui se déroule au-dehors, Marlo reste tristement couché dans son lit à ruminer des pensées moroses. Cette chambre lui paraît si vaste et si silenceuse lorsque Raoul ne s'y trouve pas. En cet instant le prêtre commence à regretter amèrement les paroles cruelles qui lui ont échappé, et rien que de se remémorer le visage blessé qu'arborait son ami à ses accusations de tantôt lui serre douloureusement le coeur. Il voudrait tant que Raoul se trouve auprès de lui maintenant, alors que c'est lui-même qui vient juste de le chasser de sa chambre, et face à ses propres contradictions le religieux se trouve vraiment bien égoïste. Mais alors que Marlo se morfond ainsi, il entend soudain des battements d'ailes provenant du jardin: et si par hasard Raoul se résignait à suivre l'envoyé de son père et à le quitter pour de bon ? Plein d'effroi à cette idée, Marlo saute à bas de son lit pour se précipiter au-dehors, appelant désespérément son ami. Mais dans le jardin il ne trouve que Baldoré qui, quand le prêtre lui demande timidement où se trouve le jeune homme, se contente de lui présenter une étrange boule translucide: voilà tout ce qui reste de Raoul à présent ! Marlo n'ose croire à cette horrible réalité, et se précipitant sur l'archidémon en faisant fi du danger que ce dernier représente pour un simple mortel, lui somme de lui dire ce qu'il a fait à son ami et pourquoi ! Ce à quoi Baldoré répond qu'il n'a absolument rien à voir dans cette transformation, son jeune frère s'est métamorphosé de lui-même. L'archidémon en est le premier ennuyé, car s'il ramène son cadet en Enfer dans cet état, loin d'être félicité pour avoir rempli sa mission, nul doute qu'au contraire c'est lui qui devra encourir la colère de leur Diable de père ! Quant à la raison pour laquelle Raoul s'est transformé ainsi, c'est bien simple: il s'agit d'un phénomène qui se produit parfois chez les créatures diaboliques ou elfiques lorsqu'elles viennent à ressentir un profond désespoir.
Désespoir ...? A ce mot Marlo sent son coeur se serrer: par ces paroles, il a si cruellement blessé son compagnon au point de l'avoir conduit à cette extrêmité ? Réduit à l'état d'une boule de lumière, c'est comme si le jeune homme s'était complètement refermé sur lui-même.... Mais pour Baldoré, finalement peu importe sous quelle forme il ramène son frère à la maison, car s'il revient bredouille, il ne manquera pas de toute façon de se faire enguirlander. Alors, la sphère à la main, l'archidémon s'apprète à prendre son envol. Mais c'est sans compter la ténacité de Marlo, qui à cet instant le saisit si violemment par une aile qu'il manque la lui arracher ! Au mépris de tout danger, le prêtre profite de la surprise de son adversaire pour se jeter sur lui et récupérer la boule en un tour de main, avant de courir se réfugier dans le presbytère. Furieux, Baldoré se lance aussitôt à sa poursuite, sommant cet impudent Mortel de lui rendre l'objet. Cependant, serrant son précieux trésor entre ses mains, Marlo refuse catégoriquement. "Raoul est à moi !" hurle-t-il en direction de l'archidémon. Et plus que son interlocuteur, Marlo lui-même éprouve une vive surprise à ses propres paroles. "Quel idiot !" se reproche-t-il. C'était si commode de faire passer ses propres sentiments peu conformes avec sa fonction de prêtre pour un mauvais tour de démon.... Mais à cause de cette lâcheté, il a finit par porter une blessure si cruelle à son bien-aimé que Raoul n'a pas eu d'autre ressource que se transformer pour se replier sur lui-même afin d'endurer son chagrin. Alors qu'en réalité.... "Je l'aime.... Je vous en supplie, ne l'emmenez pas...!!" Pressant la sphère contre son coeur, Marlo implorant s'incline devant l'archidémon. Mais il n'en fallait pas davantage que cet aveu pour décider Raoul fou de bonheur à reprendre son apparence d'origine !

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Intrigue :
Sôichi Tatsumi, docteur en sciences et chercheur à
l'université, est un jeune homme peu sympathique: violent,
égoïste, soupe-au-lait, il tyrannise son entourage,
surtout Tetsuhiro Morinaga, son assistant gay. Car Sôichi est
un homophobe convaincu pour avoir été agressé
quand il était encore étudiant par l'un de ses
professeurs, et depuis que son petit frère qu'il adore s'est
laissé séduire par un certain Mr. Kurokawa et s'est
sauvé avec lui aux Etats-Unis, cette phobie a atteint les
sommets ! Sachant que Tetsuhiro Morinaga, un élève plus
jeune qui lui sert d'assistant et lui voue une admiration sans borne,
est également gay, pas étonnant que Sôichi ne
manque pas une occasion de passer ses nerfs sur lui. Pourtant,
malgré le caractère irascible de son terrifiant
sempaï, Morinaga est tombé fou amoureux de lui.
Voilà bientôt cinq ans qu'il a
déclaré sa flamme à Sôichi
et lui a même volé un baiser, mais en dépit de
son homophobie, le chercheur a consenti à garder son assistant
près de lui. Ce qui, loin de rassurer Morinaga, ne fait que
l'inquiéter au contraire: loin de voir la confiance que lui
voue Sôichi comme un signe d'encouragement, il en déduit
plutôt que ce dernier ne prend pas un seul instant sa passion
au sérieux. Et depuis cinq ans, leur relation se trouve ainsi
au point mort tandis que se maintient le stat-quo. Fidèle
à son amour, Morinaga n'a pu se résoudre à
sortir avec personne d'autre même pour une passade, ce qui lui
a valu le surnom d' "Angel" dans le club gay qu'il fréquente,
voué à une chasteté forcée. A la fin,
inquiet de voir le jeune homme presque résigné à
ne voir jamais ses sentiments payés de retour, son ami Hiroto
lui fait un cadeau: une bouteille d'une boisson aphrodisiaque
extra-forte qui saura venir à bout même de
l'hétéro le plus coincé ! Morinaga en est
horrifié ! Jamais il n'oserait utiliser un tel breuvage sur un
homme aussi violent que Sôichi, par peur de ne pas survivre aux
représailles ! Mais pour ne pas vexer Hiroto, il emporte la
bouteille, qu'il finit par ranger au plus profond d'une
armoire.
Un jour, Sôichi apprend une nouvelle
bouleversante qui le met hord de lui: aux USA, l'Etat de San
Francisco vient d'autoriser le mariage gay ! Son petit frère
et son amant viennent justement d'émigrer aux Etats-Unis,
alors qu'arrivera-t-il si ce détestable Kurokawa
décidait de mettre définitivement le grapin sur
Tomoé en l'épousant ? Horrifié, Sôichi
s'empresse de téléphoner à son cadet afin d'en
avoir le coeur net. Mais manque de chance, Tomoé
n'était au courant de rien et c'est justement suite à
cet appel de son frère que Kurokawa prend son courage à
deux mains et lui fait sa demande en mariage. A l'autre bout du fil,
Sôichi qui n'en perd pas une miette en est mortifié ! Et
le lendemain, il commence dans son labo à concocter une potion
détonante destinée à rayer San Francisco du
globe et si possible Kurokawa avec ! Afin d'endiguer les pulsions
murtrières de son sempaï, Morinaga l'invite le
soir-même à venir se saoûler chez lui. Mais alors
que l'étudiant s'absente quelque temps afin d'aller acheter
d'autres canettes, lassé d'attendre, Sôichi dans son
ivresse se met à fouiller toute la maison en quête
d'alcool fort et finit par découvrir au fond du placard la
fameuse bouteille d'aphrodisiaque offerte par Hiroto. Sans se poser
de questions, le chercheur vide d'un trait le contenu de la bouteille
! Quand à son retour Morinaga découvre avec horreur ce
qui vient de se produire, ne remarquant pas de changement notable
dans le comportement de son sempaï, il s'imagine tout d'abord
que Hiroto s'est joué de lui, l'aphrodisiaque miracle n'a
jamais existé. Néanmoins ce sursis n'est dû
qu'à l'impressionnante résistance physique de
Sôichi, qui se réveille au beau milieu de la nuit le
corps en feu ! Malgré
la
tentative du chercheur pour cacher son état à son
assistant, Morinaga finit par le découvrir et entreprend de
l'aider à se soulager. Incapable de bouger, Sôichi est
bien forcé d'accepter ses caresses. Mais si au départ
Morinaga n'avait jamais eu l'intention de profiter de l'état
anormal de son sempaï pour aller jusqu'au bout, il lui faut vite
reconnaître qu'après cinq années d'attente, il
n'en peut plus: il aime sincèrement Sôichi et le veut
tout à lui, Sôichi qui réagit si langoureusement
au contact de ses mains, même si ce n'est dû qu'à
l'effet de l'aphrodisiaque. Le chercheur a beau avertir son assistant
que s'il va plus loin il ne lui pardonnera jamais, répliquant
qu'au point où ils en sont il ne lui pardonnera pas de toute
façon, Morinaga étreint Sôichi
passionnément....
En cinq ans, combien de fois Morinaga a-t-il rêvé de cet instant ? A son réveil, c'était alors un Sôichi au visage rayonnant qui l'accueillait, bien loin de celui qu'il doit affronter dans la réalité ! Furieux, le chercheur n'a qu'une idée: le tuer, et ce n'est que la faiblesse de son corps qui l'empêche de mettre son projet à exécution. Profitant d'un moment d'accalmie, Morinaga fait remarquer à son sempaï que même s'il reconnaît ses torts d'avoir abusé de la situation, il n'est pas le seul fautif: non seulement Sôichi a bu le contenu d'une bouteille inconnue qui ne lui était pas destinée, mais il est venu imprudemment se saoùler chez lui tout en connaissant ses sentiments. Sôichi a beau répliquer avec force qu'il est venu parce qu'il faisait confiance à son assistant, ce dernier le détrompe avec force: selon lui, ce n'était pas de la confiance mais de la sous-estimation à son égard, car refusant de reconnaître l'intensité de la passion que lui voue Morinaga, le chercheur était persuadé qu'il n'oserait jamais lever la main sur lui. Néanmoins le mal est fait, il est trop tard pour revenir en arrière. Tandis que Sôichi crie à Morinaga de disparaître de sa vue, bien qu'il s'agisse de son propre appartement, le jeune homme n'a d'autre choix que d'obtempérer. La mort dans l'âme, il avertit également son sempaï qu'il fera en sorte de ménager ses horaires pour venir au labo quand Sôichi n'y sera pas, de façon à ce qu'ils ne se rencontrent plus. Mais un peu plus tard, alors qu'il se rend à ses cours, l'étudiant réalise qu'il lui sera très difficile d'éviter de se retrouver face à Sôichi alors qu'ils fréquentent la même université. Alors, afin d'alléger quelque peu la blessure qu'il a infligée à son bien-aimé, il prend la grave décision d'arrêter la fac....
Le
lundi suivant, après avoir été sermonné
par sa petite soeur, Sôichi qui tout le week-end durant est
resté prostré dans son lit se résoud enfin
à retourner à l'université. Le labo lui semble
bien vide sans la présence de Morinaga, et au bout de quelques
jours, il lui faut bien reconnaître que son sympathique
assistant lui manque. Si le chercheur est d'abord satisfait que
l'étudiant ait obéi à ses ordres et ne vienne
plus travailler aux mêmes horaires que lui, il ne tarde pas
à trouver la situation étrange en découvrant que
les expériences menées par son assistant se trouvent
laissées à l'abandon. Cela ne signifie qu'une chose:
Morinaga ne vient plus du tout à l'université.
Sôichi n'est d'ailleurs pas le seul à se poser des
questions: les nombreux amis de Morinaga, s'étonnant de ne
plus le voir aux cours et de l'impossibilité de le joindre sur
son portable, commencent à s'inquiéter
sérieusement de sa disparition. Puisque même le
chercheur avec qui il travaille n'est au courant de rien, ne
vaudrait-il pas mieux prévenir la police ? suggèrent
les étudiants alarmés. Bien que peu enclin à
penser que Morinaga irait jusqu'à se suicider à cause
de leur dispute, depuis la visite des jeunes gens, Sôichi ne
parvient plus à se défaire d'un lourd sentiment
d'inquiétude. Chaque jour, il commence donc à se rendre
après les cours au domicile de Morinaga, allant jusqu'à
y passer plusieurs fois dans la même journée dans le
vain espoir d'y retrouver enfin son assistant. Sôichi ne
comprend pas la réaction de ce dernier, qu'il juge
exagérée: il lui avait demandé de ne plus se
montrer en sa présence durant quelque temps, pas de
disparaître de sa vie pour de bon !? Et au bout de près
de trois semaines de cette angoissante absence, le chercheur se
retrouve plongé dans un désespoir sans fond. Au
laboratoire, il ne parvient plus à se concentrer sur ses
recherches, et chez lui, passe ses soirées prostré sur
son lit à la grande inquiétude de ses proches. Jamais
Sôichi ne se serait douté avant sa disparition que
Morinaga avait pris une telle place dans sa vie, il en vient presque
à avoir des remords de s'être mis si en colère
après la nuit qu'ils ont passé ensemble. Sans vouloir
le reconnaître, de tout son coeur, Sôichi espère
le retour de son seul ami. Sans se douter que si Morinaga se
décidait enfin à faire sa réapparition et
à revenir travailler à ses côtés, plus
question pour l'étudiant de laisser son sempaï le mener
par le bout du nez et ignorer ses sentiments !....

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