|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| |||||||||||||||
| |||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
| |||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
| ||||||||||||||||||||||||
|
|
| ||||||||||||||||||||||||||
|
|
| ||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
| ||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
| ||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
| |||||||||||||||||||||||
---------------------------- * Yattéyaru, Kon'ya !---------------- * Cha-K-Ra
---------------------------- * Defense Line
---------------------------- * Defense Line Returns
---------------------------- * Sekuhara Shiokinin
---------------------------- * Yojôhan Sweet Home
---------------------------- * Néko no furu Machi
---------------------------- * Néko no miru Yumé
---------------------------- * Ieraïshan, moyu.
---------------------------- * Ano Hito to niténaï Kuchibiru
---------------------------- * Hishô no Territory
.
|
Intrigue: Cette histoire, première de ce recueil qui est le tout premier manga de Shinano Oumi, est une comédie. Alors qu'il était âgé de 13 ans, Tôru a vécu une expérience qu'il voit comme la honte de sa vie: le jour des 20 ans de son cousin Shin, en guise de cadeau, l'adolescent avait promis à ce dernier de faire tout ce qu'il voudrait; et Shin, fort de ce serment, lui avait demandé.... son corps ! Jamais Tôru n'oubliera cette humiliation: en dépit de ses protestations, il s'était montré incapable de résister à son cousin, tant ce dernier s'était révélé habile. Shin avait fait tout ce qu'il voulait de lui, l'envoyant au septième ciel. Mais où donc avait-il appris une telle technique ?! Aujourd'hui encore, il arrive à Tôru de se réveiller en sursaut, hanté par le souvenir de cette étreinte brûlante que son cousin et lui avaient partagés. Néanmoins, ses tourments vont bientôt prendre fin tandis qu'approche le jour de sa revanche: car Tôru lui aussi va fêter ses 20 ans, et à cette occasion, il compte bien en profiter pour se venger de l'humiliation subie ! Durant ces sept ans, utilisant tous les moyens possibles et s'octroyant l'aide de divers partenaires, Tôru n'a cessé de s'entraîner afin de parfaire sa technique en prévision de ce jour.
Un matin, tandis qu'il se trouve au lit avec l'un de ces "cobayes" sur lequel il teste avec brio son savoir-faire, Tôru entend sonner à la porte de chez lui: un visiteur tenace qui, malgré ses tentatives pour l'ignorer, reste appuyer avec une insistance inlassable sur le bouton de la sonnette. Le jeune homme n'a aucun mal à deviner de qui il s'agit: c'est bien son cousin Shin qui se trouve derrière la porte, un jeune salaryman de 27 ans, au visage séduisant et doux, qui le gratifie d'un de ces lumineux sourires qui sont sa spécialité. "Le voilà donc, ce loup pervers déguisé en agneau !" grogne Tôru en son for intérieur. Shin est venu afin de lui rappeler que le lendemain est le jour de son anniversaire; à cette occasion, on organisera une petite fête chez les parents de Tôru: pas une seule fois ce dernier n'est rentré chez lui depuis deux ans, depuis qu'il a quitté la maison après avoir terminé le lycée pour aller vivre en appartement. Shin, quant à lui, bien qu'il ait achevé ses études à l'université et travaille à présent dans une société, continue de loger chez son oncle et sa tante un peu comme un "fils au pair". A cause de lui, même si Tôru ne vient pas les voir, ses parents n'ont pas le temps de se sentir seuls, profère le jeune homme, sous-entendant que son cousin est un parasite; mais ce dernier, gêné, prend cette affirmation pour un compliment ! Néanmoins l'étudiant promet finalement de se rendre au foyer parental le lendemain, et tâchant de lui faire entendre qu'il est en ce moment en pleins "pourparlers" tandis que l'appelle le jeune amant abandonné dans sa chambre, il parvient avec peine à se débarrasser de son encombrant cousin. Comme c'est difficile pour Tôru d'admettre qu'il s'agit du même Shin-chan qu'il adorait dans son enfance au point qu'il ne voulait jamais le quitter d'une semelle !....
Le lendemain, comme convenu, Tôru revient enfin chez ses parents qui ont organisé sa fête d'anniversaire. Shin ne tarde pas à arriver à son tour, et durant tout le repas, l'étudiant ne cesse d'observer son cousin du coin de l'oeil. "Profites-en bien ! Bientôt tu ne seras plus en mesure de rire ainsi", se dit Tôru. Mais malgré sa détermination, cela ne l'empêche pas de détourner brusquement la tête, rouge de honte lorsque, remarquant que le jeune homme le regarde, Shin lui lance un de ses sourires radieux. "Je ne me laisserais plus avoir par ce visage-là ! se jure Tôru dans sa tête. Grâce à la technique que j'ai mise au point en prévision de ce jour, cette nuit-même, tu t'agenouilleras à mes pieds !"
-------
Ainsi, la nuit venue, tandis que la maison se trouve plongée dans le silence, Tôru se glisse subrepticement dans la chambre de son cousin. Profitant que ce dernier soit profondément endormi, il lui ligote les poignets avec une ceinture, puis, le visage grave, commence à le caresser en vue d'accomplir sa vengeance. Bien sûr, Shin ne tarde pas à se réveiller, mais loin de s'effrayer de se retrouver ainsi nu et ligoté, il se montre au contraire très heureux que son cousin soit venu le rejoindre pendant la nuit. "Tôru, je ne savais pas que tu m'aimais autant ! s'exclame-t-il, le regard brillant. Je suis si ému !" Bien que décontenancé par la réaction de Shin, l'étudiant n'est pas disposé à renoncer pour autant à la revanche qu'il a si longtemps attendue. Tandis qu'il s'empare du corps de Shin, il s'aperçoit aussitôt que ce dernier était encore vierge en tant que passif. Voilà qui est parfait ! Désormais, il lui appartient totalement et Tôru aura tout le loisir de lui prouver de manière écrasante la supériorité de sa propre technique !
Mais voilà, les choses ne se passent pas exactement comme le jeune homme l'avait prévu: même ramené au rang de passif, Shin, heureux que pour lui son cousin fasse preuve d'autant d'ardeur, ne tarde pas à mener le jeu. Pourquoi est-il donc si habile ? Comme sept ans plus tôt, Tôru se sent encore une fois dominé, forcé malgré lui de se laisser aller dans les bras de celui qu'il souhaitait pourtant écraser une bonne fois pour toutes. L'étudiant n'a pas encore compris que Shin ne possède pas réellement de technique, et ce qui le rend si bon au lit, ce n'est autre que l'amour qu'il porte à Tôru: mieux que personne, il connaît ses faiblesses, ses points sensibles et ce qui pourrait lui faire plaisir; mais cela ne fonctionnerait pas avec une autre personne. De même, Tôru refuse d'admettre que la véritable raison pour laquelle il en veut tant à son cousin, ce n'est pas d'avoir été "mangé", mais rien que de se demander avec qui Shin avait bien pu apprendre sa technique, cela le mettait fou de rage ! Et de jalousie, bien sûr !

|
Intrigue: Buckler Secret Savers (BSS) est une agence privée de gardes du corps d'élite se chargeant aussi bien de la protection d'hommes politiques que de vedettes de la chanson ou autres célébrités. Elle est dirigée par Munékazu Shibata, un séduisant quadragénaire au passé mystérieux, qui a sous ses ordres Kei Minagawa, 24 ans, le beau kendôka aux cheveux longs, ainsi que le cool et charismatique Takato Sanjô, 28 ans, qui faisait partie autrefois du département de protection rapprochée de la police. Depuis peu, une nouvelle recrue est venue se joindre à l'équipe, le jeune Musashi Toda, 21 ans, grand gars à la carrure impressionnante (il mesure 1 mètre 92, ce qui est immense pour un Japonais !), mais encore un peu naïf et juvénil, ce qui lui attire sans cesse les plaisanteries de ses camarades. Il représente le "bleu" par excellence et passe son temps à se faire disputer par son sempaï Sanjô, avec lequel il fait souvent équipe.
Dans la vie, Musashi a une passion: l'acteur Kazuki Satomura, qu'il adore depuis les débuts de ce dernier. En fait, quand il était petit, Musashi que sa mère avait inscrit dans une académie d'enfants-acteurs avait obtenu un petit rôle dans le tout premier film joué par Kazuki. Hélas, au moment du tournage, il était si tendu et si paniqué qu'il s'était montré incapable d'aligner deux mots, faisant tourner en bourrique le réalisateur ! C'est alors que Kazuki, de 2 ou 3 ans plus âgé que Musashi, s'était avancé vers le petit garçon, lui avait pris la main en lui assurant que tout se passerait bien, et avait continué de serrer sa main dans les siennes tout le temps de la prise de vue. Jamais Musashi n'oublierait le sourire doux et amical que lui avait adressé l'acteur à ce moment-là, transformant cette journée au départ cauchemardesque en un merveilleux souvenir.
Ainsi, lorsque Mr. Shibata annonce que Kazuki Satomura aurait besoin d'un garde du corps pour la durée d'une semaine, c'est donc débordant d'enthousiasme que Musashi se porte aussitôt volontaire. Néanmoins, craignant que le jeune homme - qui a vraiment l'air d'une groupie surexcitée ! - ne fasse interférer ses sentiments personnels dans sa mission, pour plus de sûreté le directeur de l'agence ordonne à Sanjô de l'accompagner. Une fois parvenus à la maison de production pour laquelle travaille l'acteur, les deux compères apprennent que ce dernier est la cible d'un détraqué qui lui envoit par le biais du site de son fan-club des messages à caractère inquiétant: celà a commencé il y a environ un mois, et le dernier mail en date dit que dans une semaine jour pour jour, le jeune homme lui appartiendra, qu'il va le sauver de ce ramassis d'ordures qu'est le monde du showbizz. A cette date, doit avoir lieu une cérémonie de présentation pour le nouveau film où doit jouer Kazuki, et c'est sans doute pendant cet événement qui réunira une foule de monde que le détraqué agira. Pas question pour autant d'annuler la cérémonie, et voilà donc Musashi "condamné" à suivre son idole dans ses moindres déplacements durant la journée entière !
Cependant, les deux gardes du corps vont vite découvrir que le jeune acteur ne va pas s'avérer facile à protéger: gentil et familier avec tout le monde, Kazuki adopte vis à vis des membres de son staff une attitude des plus décontractée, en bref, il paraît ne se méfier de personne ! Alors qu'on ignore de qui il est la cible et où le détraqué frappera, ce comportement est vraiment imprudent. Même Musashi, qui se réjouit pourtant de ce que la célébrité n'ait en rien altéré la bonté de Kazuki, ne peut que ressentir de l'inquiétude face à l'insouciance de ce dernier. Le soir, en ramenant le jeune homme chez lui, le garde du corps lui fait part de ses inquiétudes, le conjurant de se montrer plus prudent à l'avenir, même avec les membres de son équipe. Car nul doute que c'est justement à cause de cette gentillesse dont Kazuki fait preuve envers chacun indifféremment que celui qui le vise s'est attaché à lui. Et sérieux comme il ne l'avait pas été depuis longtemps, Musashi, regardant l'acteur droit dans les yeux, lui avoue combien il désire à tout prix le protéger. Mais alors, la figure de Kazuki change d'expression, composant un visage radicalement différent de celui qu'il arbore dans la journée. D'un sourire ironique, il lance à son garde du corps: "Toi aussi.... tu éprouves de l'attachement pour moi ? Désolé, mais je suis incapable de comprendre ce genre de chose." Puis il s'en va sans s'expliquer davantage.
Ces paroles prononcées avec un regard si triste plongent Musashi dans la perplexité, cependant il ne tarde pas à en apprendre le sens. Le lendemain, suite à une fausse alerte provoquée par une fan un peu trop passionnée, le garde du corps est contraint de ramener l'acteur terrorisé à son appartement. Kazuki est au bord de la crise de nerfs, il ne voudrait plus voir quiconque ni parler à personne, et surtout avoue enfin combien celà l'effraie que quelqu'un puisse avoir de l'attachement pour lui. Sa jovialité coutumière n'est qu'une façade: en fait, s'il peut se montrer amical envers n'importe qui, c'est justement parce qu'il ne ressent d'intérêt pour personne. Son perpétuel sourire est pour lui une manière de dire: "De moi-même je viens ainsi vers vous, mais vous de votre côté ne m'approchez pas davantage !" L'acteur se voit vraiment comme un pauvre type, très loin de l'image que Musashi doit avoir de lui. Néanmoins s'il est ainsi indifférent aux autres, c'est parce que Kazuki a grandi depuis sa naissance à l'orphelinat: voilà ce qui arrive aux enfants à qui personne n'a jamais témoigné de l'amour, ils deviennent incapables de ressentir de l'attachement envers qui que ce soit.
Désolé de voir l'acteur aussi malheureux, Musashi se met à évoquer ce jour où tous deux s'étaient rencontrés pour la première fois, un jour qui avait fini par devenir l'un des plus beaux souvenirs de toute sa vie. Finalement peu importe ce que le jeune homme pense au fond de lui, que son amabilité soit feinte, puisque son sourire suffit à rendre heureux tous ceux qui l'entourent. Pour Musashi, Kazuki est réellement quelqu'un de bien, qui se juge peut-être un peu trop sévèrement. Réconforté par ces paroles, l'acteur reprend courage et décide d'aller jusqu'au bout: comme convenu, il montera sur scène à la date fatidique pour prendre part à la cérémonie qui risque de lui coûter la vie. Du moment que son dévoué garde du corps reste à ses côtés pour le protéger, le voilà désormais prêt malgré sa peur à affronter le pire....

|
Intrigue: Dans la gigantesque ville high-tech qu'est Tôkyô où les faibles ne peuvent que pleurer et ravaler, impuissants, leur rancoeur, existe un justicier. Apparaissant en plein coeur de la nuit, il juge et punit les cadres pervers qui abusent de leur position pour tenir à leur merci leurs employés, hommes et femmes. Le nom de ce justicier à la longue veste et aux lunettes noires est Sekuhara Shiokinin , le Vengeur du Harcèlement Sexuel. Administrant au coupable le même traitement que ce dernier infligeait à ses victimes, il prend ensuite des photos compromettantes tournant le pervers en dérision, obligeant ainsi ce dernier à démissionner. Cependant, comme tout justicier qui se respecte, le Vengeur doit également mener une double vie. Sitôt le matin venu, tel Superman redevenant Clark Kent, il reprend l'apparence de Yoshiyuki Sakakibara, modeste employé de bureau binoclard à l'allure dépareillée qui, à cause de ses nuits blanches consacrées à châtier le crime, passe ses journées à dormir affalé sur son clavier d'ordinateur en bavant copieusement.
Un matin, Sakakibara surprend l'un de ses supérieurs en train de tourmenter un employé de la comptabilité qui contestait les dépenses exagérées de son service. Ce supérieur n'est autre que le jeune et séduisant Mahito Mikurya, 24 ans et chef du Service Développement et Plannification, mais surtout le propre petit-fils du P.D.G. de la société. En tant que futur directeur du groupe Mikurya, il ne supporte pas que quelqu'un ose le contredire. C'est pourtant ce que va tenter de faire Sakakibara, rappelant calmement au jeune homme que son grand-père a passé la consigne de traiter son héritier comme un employé ordinaire et de ne surtout pas le privilégier. Cependant, la courageuse intervention de Sakakibara se retourne aussitôt contre lui et c'est alors à son tour de subir le mauvais caractère du jeune bourgeois trop gâté. Quoi qu'il fasse, Mahito sait parfaitement que le poste de directeur lui est assuré, et ce n'est pas à un petit employé de bureau minable de lui donner son avis. Tandis que le jeune homme agrippe Sakakibara - qui ne peut montrer sa véritable personnalité de peur que son identité de Vengeur soit découverte - par son col de chemise, quelque chose dans l'échancrure du vêtement attire soudain l'attention de Mahito. Prétextant que rien que de voir sa face d'imbécile sa colère est tombée, il lâche le salary-man et s'en va sans ajouter un mot.
-------
Un peu plus tard, en allant prendre un café dans la salle de repos, Sakakibara tombe nez à nez avec un groupe de jeunes employées occupées à rire et discuter avec animation, sans remarquer qu'il est déjà l'heure de retourner au boulot. En les voyant si joyeuses, Sakakibara éprouve un profond contentement: c'est grâce à ses secrètes interventions que les jeunes filles de cette société peuvent travailler dans la paix et la bonne humeur. Hélas, le salary-man déchante vite: dans un coin de la salle de repos, il vient d'apercevoir un ours en peluche portant autour du cou un ruban rouge, signe qu'une personne en détresse désire faire appel au Vengeur. Cette fois, une jeune fille se plaint non pas de harcèlement au travail mais de son ancien amant: alors qu'elle l'aimait sincèrement, ce dernier ne voyait dans leur relation qu'un simple amusement et l'a laissée pitoyablement tomber; après avoir pleurer toutes les larmes de son corps, la malheureuse a manqué se suicider. Et l'homme cruel qui a piétiné son coeur n'est autre que Mahito Mikurya, comme en témoigne la photo jointe au message copieusement taguée. Inutile de dire que cette fois Sakakibara prendra un plaisir tout particulier à châtier le bourgeois insolent ! Avec sa fortune et son physique de bellâtre, Mahito représente l'ennemi juré de la gent féminine; mais si parmi ses employées il y en a qui ne sortent avec lui qu'à cause de sa beauté et de sa position, certaines en ont été sincèrement amoureuses, bien que lui-même, conscient de son succès et de l'intérêt qu'il suscite, n'ait jamais éprouvé de sentiments pour quiconque.
Ainsi, une nuit que Mahito est resté seul au bureau pour achever un travail en retard, après avoir bu une tasse de café mêlé d'un somnifère le jeune homme se retrouve plongé dans le sommeil. A son réveil, il a la surprise de se découvrir à moitié nu ligoté sur son bureau, tandis qu'auprès de lui le dévisage le beau et charismatique Vengeur. Mahito a déjà entendu parler de cet homme, il sait de qui il s'agit; seulement, dans son entourage il y a tant de personnes qui ont des raisons de lui en vouloir qu'il est bien incapable de deviner qui a pu faire appel au justicier ! Néanmoins, malgré la situation critique dans laquelle il se trouve, Mahito n'a rien perdu de sa morgue et de sa fierté, et en tant qu'héritier du groupe Mikurya, n'hésite pas à menacer le Vengeur de prévenir la police si jamais il portait la main sur lui. Cependant le justicier n'a cure de toutes ces fanfaronnades, et baillonnant le bourgeois afin de ne plus entendre sa mauvaise langue, il commence sa séance de punition: puisque Mahito s'est joué de toutes les jeunes filles qui l'aimait en ne les considérant que comme des objets de plaisir, lui aussi subira le même sort. En plus d'un somnifère, le Vengeur avait également mêlé au café que le jeune homme a bu un puissant aphrodisiaque. Livré sans défense aux mains du justicier qui lui inflige de brûlantes et insoutenables tortures, bientôt Mahito ne peut que crier grâce, et supplie lui-même le Vengeur de l'étreindre. Ce dernier, non sans mal, a enfin réussi à briser la volonté de ce jeune bourgeois à l'orgueil démesuré. Mais tandis que Mahito s'abandonne dans ses bras, il aperçoit soudain sur la poitrine du justicier, presque à la racine du cou, une large et profonde cicatrice couturée. Cette même trace de blessure qu'il avait remarqué quelques jours plus tôt sur la personne de Yoshiyuki Sakakibara !
Ainsi dès le lendemain, alors que le modeste salary-man arrive au bureau comme toujours en baillant à cause de sa nouvelle nuit blanche, Mahito le tire violemment à part et ouvrant sa chemise pour vérifier la présence de la cicatrice, lui annonce qu'il connaît à présent son autre identité: c'est bien Sakakibara le Vengeur ! Ce dernier, souriant avec l'expression de son ténébreux alter-égo, demande alors au jeune homme ce qu'il a l'intention de faire: va-t-il le livrer à la police ? Mais Mahito, rougissant tout à coup, a une toute autre idée en tête. C'était la première fois que quelqu'un le traitait de cette façon, dit-il avec ravissement à Sakakibara surpris - et légèrement inquiet; Mahito a le sentiment d'avoir fait connaissance avec un monde nouveau ! ( Désormais les jeunes filles de la société n'ont plus rien à craindre de ce coureur de jupons, le Vengeur vient involontairement de le convertir à l'homosexualité ! ) Et ce n'est pas tout: le travail que fait le justicier lui plaît, et lui aussi à partir de ce jour veut devenir un Vengeur ! Si Sakakibara refuse de le prendre à ses côtés, l'employé peut être certain que d'étranges documents ne vont pas tarder à circuler dans tous les bureaux de la société ! Bon gré mal gré, voilà donc le malheureux Vengeur contraint de faire équipe avec ce jeune bourgeois déluré, plus insouciant et trop gâté que véritablement méchant. Et pour exécuter leur prochaine mission, Mahito motivé et plein d'entrain n'hésite pas à se procurer certains objets de première classe dignes de la censure et importés directement.... de France !! ( Non mais, quelle réputation.... )

------------
|
Intrigue: Un soir, Mizuho Okita, jeune ouvrier travaillant sur les chantiers, fait un rêve des plus étrange: alors que lui-même meurt de faim, il se voit le corps recouvert de poissons, de crustacés et autres denrées appétissantes, tandis que quelqu'un s'apprète à le dévorer ! Réveillé en sursaut, le jeune homme a la surprise de découvrir auprès de lui Mr. Yaé, un ouvrier plus âgé qui travaille dans la même équipe que lui. En fait, la veille, Mizuho s'est évanoui sur le chantier, vaincu par la faim et l'épuisement. Et laissant par la même occasion tomber les matériaux qu'il transportait sur la tête de son collègue, qui malgré ses bosses a pris la peine de ramener le jeune homme à son appartement. Celà fait trois jours que Mizuho n'a rien avalé. Tandis que son aîné s'affère à lui préparer des ramen (nouilles chinoises) qu'il a apportées, il ne peut que se recoucher sans force sur son futon, s'interrogeant sur son curieux cauchemard: quelqu'un désire le manger ...? Et pourquoi se trouve-t-il couché en caleçon, sans aucune couverture ?!
Les pires craintes de Mizuho ne tardent pas à se voir confirmées: Yaé commençant à avoir la main légère, admirant la fermeté de son buste et de ses épaules musclées, le jeune homme dérouté finit par lui demander si par hasard son aîné ne serait pas un fétichiste de la musculature.... ou peut-être gay ? Sans complexe, Yaé avoue avec amusement qu'il est les deux , ce qui n'est pas pour rassurer Mizuho ! Paniqué, il s'exclame aussitôt en repoussant l'ouvrier qu'il n'est pas comestible, Yaé ne ferait que se détruire l'estomac ! Mais le jeune homme n'a plus suffisamment de force pour pouvoir se défendre, et finit par retomber à moitié inanimé dans les bras de son collègue de travail. Néanmoins ce dernier le rassure: il n'est pas affamé au point de dévorer sous la contrainte un hétéro. Mais sous prétexte de détendre Mizuho et de lui ôter sa fatigue, Yaé n'hésite pas à pratiquer sur lui des caresses brûlantes comme il n'en avait jamais fait l'expérience et finissent par le laisser sans connaissance. Yaé ne va cependant pas jusqu'au bout, et c'est seul que le jeune homme se réveille le lendemain matin.
Jamais Mizuho n'a rencontré quelqu'un d'aussi malappris que ce Yaé ! Mais ce jour-là, l'homme à la figure mal rasée n'est pas venu au chantier, impossible donc de lui dire deux mots ! En fin d'après-midi cependant, alors qu'il rentre à son appartement miteux de quatre tatamis et demi, Mizuho est stupéfait de découvrir l'objet de sa hantise accroupi devant sa porte. Yaé qui l'attendait l'accueille joyeusement, annonçant qu'il a apporté des sushis, et celà suffit pour combler le jeune homme de bonheur - lui qui meurt encore de faim ! - , pour lui faire oublier ses griefs contre son aîné. Yaé promettant de lui apporter encore d'autres bonnes choses, Mizuho finit par se dire que même s'il est gay et fétichiste des beaux muscles, l'ouvrier est quelqu'un de bien. Hélas le jeune homme a à peine le temps de savourer ce bon repas inattendu qu'il doit déjà retourner travailler: en fin de soirée, il prend son poste de gardien de nuit. Voilà donc la raison pour laquelle Mizuho est toujours si fatigué, il n'a pratiquement pas de repos ! Mais ce qui étonne surtout Yaé, c'est de le voir habiter dans un appartement d'une seule pièce aussi minable, sans douche, sans chauffage, sans télé, et même sans frigo, alors qu'en travaillant autant il doit gagner pas mal d'argent ! Le jeune homme aurait-il des dettes à rembourser ?
Riant, Mizuho avoue que son aîné a vu juste. Il lui explique alors que sa mère tient une galerie d'art dans une rue pas loin d'ici, mais pour l'ouvrir, il leur a fallu emprunter beaucoup d'argent. Si seulement ils vendaient quatre ou cinq tableaux, leur situation pourrait s'améliorer, mais en fait, les oeuvres exposées dans cette galerie ne sont pas à vendre. Car toutes ont été peintes par le père de Mizuho décédé treize années auparavant, un artiste ayant remporté de grands prix autrefois, mais demeuré pratiquement méconnu. Pour Mme Okita, cette galerie n'est pas un commerce destiné à vendre les tableaux de son époux, mais un lieu où elle peut en quelque sorte continuer de vivre auprès de lui. Mizuho était vraiment heureux que sa mère ait enfin pu surmonter son chagrin, qu'elle ait retrouvé le sourire. Mais voilà, il y a quelque temps, une grande société de construction a décidé de transformer le quartier où se situe la galerie en un gigantesque pôle commercial, et à cause de celà, des promotteurs immobiliers peu scrupuleux ne cessent de harceler Mme Okita afin de la pousser à abandonner son local. C'est la raison pour laquelle Mizuho a jugé qu'il valait mieux rembourser leur dette au plus vite, et pour laquelle, au lieu d'aller à l'université comme les jeunes de son âge, il s'échine au travail.
Yaé n'étant pas décidé à partir alors que lui s'apprète à se rendre à son boulot, le jeune homme finit par lui confier la clé de son appartement, lui enjoignant de vérouiller la porte lorsque l'ouvrier s'en ira. Ainsi à partir de ce jour, quand Mizuho revient chez lui tard dans la nuit, il n'est pas rare qu'il y trouve Yaé, impudément pelotonné dans son futon. Mais tandis qu'il se glisse sous la couette peu spacieuse et que l'ouvrier lui souhaite un bon repos en le serrant tendrement dans ses bras, le jeune homme a l'impression que la température de ce misérable logis de quatre tatamis et demi se réchauffe irrésistiblement....

Au fur et à mesure que le temps passe, Mizuho et Yaé deviennent de plus en plus proches l'un de l'autre, bien que leur relation pour l'instant semble se cantonner à la simple amitié. Mais un jour que le jeune homme fait visiter à son nouvel ami la galerie Okita, lui présentant par la même occasion sa jeune mère (qui l'a eu à 16 ans !), surviennent le promotteur immobiler et ses deux hommes de main, qui avec leur mine pathibulaire ont davantage l'air de yakuzas. Mme Okita refusant obstinément d'abandonner sa galerie, le promotteur qui perd patience va jusqu'à la menacer: comme ce serait malheureux qu'une voiture accidentée vienne s'exploser dans sa vitrine ! Heureusement, le robuste Yaé vient au secours de Mizuho et de sa mère, n'ayant aucun mal à se débarrasser des bandits. Mais avant qu'il ne le jette à son tour dehors, le promotteur a néanmoins le temps de le reconnaître. Yaé.... Ne serait-il pas Yaégashi, le directeur de l'importante entreprise du bâtiment à l'origine du projet de pôle commercial, et donc responsable de tous les soucis de Mizuho ?
L'ouvrier ne niant pas, le jeune homme interprète aussitôt son silence comme un aveu; et ne laissant aucune chance à Yaé de s'expliquer, il le frappe violemment au visage avant de s'enfuir en courant. Quel être ignoble, quel traître ! Quel menteur ! A bout de souffle après sa course, Mizuho se laisse tomber sur son lit, profondément blessé d'avoir été ainsi trompé, et plus encore peut-être de réaliser que malgré celà, il ne parvient pas à détester Yaégashi. Sa main qui a frappé si fort son ancien ami lui fait mal, et sur sa paume, il sent encore le contact de sa joue mal rasée. Alors que le jeune homme élève sa main cuisante pour la contempler, il découvre soudain avec stupéfaction un visage inconnu penché au-dessus de lui. Un homme élégant le dévisage, vêtu d'un costume impeccable, parfaitement rasé et coiffé. Comment reconnaître dans ce gentleman le négligé Yaé, ouvrier du bâtiment ? Mais puisqu'en le frappant Mizuho lui a crié de ne pas le toucher avec sa mensongère apparence, cette fois Yaégashi est venu le retrouver en reprenant l'aspect conforme à sa véritable identité, celle d'un éminent architecte et businessman. S'il s'était travesti en ouvrier, c'est tout simplement parce qu'amoureux depuis longtemps du jeune homme, aperçu sur ses chantiers, il voulait être auprès de lui, avoir l'occasion de se rapprocher de Mizuho. Ce dernier a beau protester, faire de son mieux pour tenter de repousser Yaégashi toujours aussi hardi, force lui est bientôt de s'abandonner à ces bras puissants auxquels il lui est malgré lui impossible de résister....

- Northmen ("Les Vikings"), page 127. Le jeune chef viking Achille est le fils du défunt roi de sa tribu, un homme généreux qui était aimé de son peuple et animé d'une profonde religion: Odin appréciant les guerriers courageux, seuls les hommes morts au combat en se battant avec vaillance sont censés pouvoir monter au Walhalla, le paradis des dieux nordiques. Et pour le défunt roi, cette mort glorieuse ne pouvait s'obtenir qu'en se battant contre d'autres guerriers, et non en s'en prenant à de faibles villageois. Trois ans après le décès du souverain, son idéologie est demeurée très forte dans le coeur de ses sujets, ainsi, lorsqu'il s'en va piller les côtes anglaises, Achille prend bien soin de n'attaquer que les villes riches, n'affrontant que leurs défenseurs sans faire de mal à la population ni brûler les maisons. Un jour qu'il s'apprète à réembarquer pour son pays après une campagne de razzias aisée et fructueuse, ses hommes lui amènent un jeune guerrier qu'ils ont eu un mal fou à maîtriser après que ce dernier ait rossé à mains nues 23 de leurs compagnons. Il se prénomme Wolf et se présente comme un mercenaire: il a forcé le camp viking afin de proposer ses services à Achille. Ce dernier refuse, répliquant qu'il a sufisamment de bons guerriers, mais après avoir fait l'expérience sur sa propre personne de l'incroyable dextérité de Wolf, le jeune homme se décide finalement à l'engager.
Les Hommes du Nord rentrent donc en leur patrie les cales de leurs drakkars chargées de trésors, et à peine arrivé dans le village dirigé par Achille, Wolf ne tarde pas à se faire apprécier par ses nouveaux compagnons grâce à son don pour le combat et sa chaleureuse personnalité. Mais quoi qu'il fasse, ses regards finissent toujours par se tourner vers le bel Achille, qui lui aussi commence à ressentir de l'intérêt pour cet étrange guerrier. Peu après leur retour au village, le jeune chef est convoqué par le roi. Alors qu'il se rend à cheval à la résidence de ce dernier en compagnie de Wolf et de son fidèle Anuban, un vieux guerrier qui était l'ami de son père, le mercenaire s'étonne que ce ne soit pas Achille, le fils du roi défunt, qui ait accédé au trône. Le jeune homme explique alors que son père étant mort de maladie dans son lit et non au combat comme le veut généralement la tradition, sa lignée a été déclarée déshonorée et c'est son oncle, un être fourbe et cruel, qui est devenu le nouveau souverain. Ce dernier repproche encore une fois à Achille ses principes de combattre en épargnant les populations civiles, et tandis qu'il l'accuse d'être un lâche comme son père, le jeune homme sent son sang bouillir, pris d'une furieuse envie de planter son épée dans le coeur de cet oncle mauvais et tyrannique. Heureusement Wolf et Anuban interviennent, l'empêchant de commettre l'irréparable, et emmènent le jeune chef se reposer.
Mais pendant la nuit, Achille est assailli par un horrible cauchemard, toujours le même qui vient le hanter depuis qu'il est petit. Réveillé par ses cris, Wolf vient à son aide en l'éveillant, mais malgré sa requête, Achille refuse de lui raconter ce rêve obsessionnel. Wolf se couche alors sur lui et commence à le caresser, affirmant qu'il n'arrêtera pas tant que le jeune chef s'obstinera à garder le silence, car il a compris que c'est à cause d'un événement grave survenu dans son passé que Achille s'efforce sans cesse de réprimer ses désirs et ses sentiments. Mais Achille se tait, se soumettant aux étreintes tendres et brûlantes de Wolf. Finalement, épuisé, il se décide à lui raconter ce qui lui est arrivé douze ans auparavant: enfant, il avait un jour accompagné son père en campagne, sans savoir à ce moment ce que signifiait le pillage; alors qu'il attendait tranquillement le retour des guerriers près du bateau, il avait fait la connaissance d'un petit garçon de son âge, avec qui il était tout de suite devenu ami bien que ne parlant pas la même langue. L'autre enfant avait voulu l'emmener jusqu'à sa maison, mais lorsque Achille était enfin parvenu à le rattraper, c'était pour assister à un spectacle horrible: tandis que son village mis à sac se consumait, le petit garçon en larmes serrait dans ses bras le corps de sa mère assassinée, tandis qu'auprès d'eux se tenaient l'oncle et le propre père d'Achille, son épée dégoulinante de sang. Jamais l'enfant ne parviendra à oublier le regard plein de haine de celui qui était devenu son ami alors qu'il dévisageait les deux guerriers vikings. Depuis ce jour, Achille a détesté son père et se sent responsable de la mort prématurée de ce dernier, comme si Odin avait exaucé ses prières en conférant au roi ce décès déshonorant. Mais n'ayant assisté qu'à une partie de la scène, il ignore encore que ce n'est pas son père qui avait tué la jeune femme mais son oncle, désobéissant aux ordres du roi. Wolf, écoutant avec attention, réconforte Achille en lui assurant que ce n'est pas de sa faute, il n'est pour rien dans toute cette histoire. Mais soudain, la porte de la chambre s'ouvre avec fracas et Anuban se précipite à l'intérieur, criant que le roi a quitté le palais à l'aube dans le but d'attaquer leur village, afin de punir Achille de son insubordination. C'est une esclave qui a averti le vieil homme de cet acte de traîtrise, lui avouant un fait plus grave encore: le précédent souverain ne serait pas mort de maladie, mais d'empoisonnement....

|
Intrigue: Une nuit de pleine lune, dans la chambre d'un immeuble, un couple s'enlace. L'un est un homme d'âge mûr, l'autre un jeune homme d'une vingtaine d'années au visage encore enfantin. Soudain, profitant de la distraction du quadragénaire qui ne se méfie pas et ne s'occupe que de son corps, le jeune homme fait sortir une aiguille de l'un de ses doigts dont, en un éclair, il frappe au cou son empressé amant. L'homme s'effondre, mort. Son forfait accompli, le garçon saute légèrement par la fenêtre tandis qu'au dehors brille la magnifique pleine lune, pour atterrir sans encombre dans la rue en contrebas. La chambre se trouvait pourtant au cinquième étage ! Ce jeune homme mystérieux se nomme Luna; c'est un sniper , un tueur embusqué travaillant pour une organisation secrète fournissant des tueurs à gages. Il opère d'ordinaire en séduisant ses victimes afin d'endormir leur méfiance, s'emparant de leur vie en une fraction de seconde grâce à l'aiguille empoisonnée qu'il cache sous l'ongle du majeur de sa main gauche. Mais incroyablement rapide, Luna peut aussi abattre un adversaire coriace à la lutte tant il est souple et agile, et ses facultés physiques exceptionnelles, alliées à son joli minois et sa beauté féline, lui ont vallu le nom de code de Luna Cat.
Alors que Luna, sa mission accomplie, s'apprète à rentrer tranquillement à la base, certain que personne ne l'a vu, il fait soudain volte-face en se tassant sur le sol comme un matou en alerte, effrayé: il vient de sentir dans son dos une puissante tension meurtrière. Mais à sa grande surprise, il ne découvre dans la ruelle qu'un séduisant jeune homme brun qui ne doit pas avoir plus de trente ans, musclé et bien bâti. "Tu ressembles à un chat, lance l'inconnu à Luna en le gratifiant d'un radieux sourire. Vas-y mollo avec les jeux nocturnes, petit !" Et sur ces mots, lui tapotant amicalement la tête, l'étrange inconnu s'en va. Néanmoins, malgré la physionomie joviale de cet homme, Luna ne parvient pas à se défaire d'un sentiment de crainte: l'inconnu s'était approché si près de lui - tueur hyper entraîné - et pourtant il n'avait même pas senti sa présence; et puis surtout, ces terrifiantes vibrations meurtrières qu'il a ressenties l'espace d'un instant !....

De retour à sa base, une luxueuse résidence entourée d'un parc, Luna est accueilli par son boss, un jeune homme aux longs cheveux clairs d'une merveilleuse beauté qui a tout à fait l'air d'un prince sorti d'un roman d'héroïc-fantasy, mais hélas privé d'un oeil et ses deux jambes. Luna ignore son nom, tout comme il ignore sa propre véritable identité, ne se souvient même plus de son lieu de naissance ou du visage de ses parents: du plus loin qu'il se souvienne, il a toujours porté ce pseudo de Luna et pratiqué ce métier de tueur, et cette prise de conscience remonte déjà à plus de dix ans. Son charismatique patron, avec qui il entretient une relation charnelle, prétend que le garçon lui doit la vie, qu'il l'a "fabriqué" tel qu'il est aujourd'hui, une parfaite machine à tuer; et parfois, tourmenté par le fait de n'avoir aucun souvenir d'une période antérieure, de bribes d'une vie normale, Luna en vient à se demander si des engrenages ne sont pas dissimulés sous sa peau, s'il n'est pas réellement une machine à tuer au sens propre du terme.
Cependant le garçon doté d'un sacré caractère n'est pas du genre à se lamenter bien longtemps, et après une torride étreinte, il demande à son boss quelle sera sa prochaine mission. Diapositives à l'appui, le chef de l'organisation lui présente alors sa prochaine cible, le docteur Bart J. Deyluck, un chercheur en produits pharmaceutiques actuellement disparu sans laisser d'adresse. Alors qu'il était en train d'essayer de mettre au point un nouveau médicament, ce brillant scientifique a par mégarde inventé une nouvelle drogue aux effets dévastateurs: avec un effet plus de dix fois supérieur à celui des drogues ordinaires, selon les applications chimiques, ce produit pourrait même être utilisé comme une arme de guerre ! Mais surtout, s'il venait à être diffusé dans les milieux de la pègre en tant que nouvelle drogue, le marché des drogues actuelles se verrait totalement destabilisé. Ainsi, bien que son patron refuse de lui dire qui sont les "clients" leur ayant confié cette mission, Luna devine sans peine qu'il doit s'agir de responsables des milieux mafieux, effrayés par la concurrence que le lancement de ce nouveau produit pourrait leur faire. Néanmoins le garçon objecte qu'il est un sniper: sa spécialité n'est pas de rechercher les disparus, et le savant s'est enfui sans laisser de trace en emportant sa formule.
Son chef n'attendait que cette objection pour montrer la diapo suivante, sur laquelle sourit un séduisant jeune homme brun. A cette vue, Luna sursaute: ce n'est autre que l'inconnu qu'il a rencontré ce soir-même par hasard ! Il s'agit en fait de Tôgo Nishima, un détective privé de tout premier ordre, dont l'actuelle mission consiste justement à retrouver pour le compte de la fille de ce dernier le savant disparu. Si Luna se met à suivre Tôgo, nul doute que le détective finira par le conduire à la retraite de sa prochaine victime.
Sitôt dit, sitôt fait. Après s'être tiré volontairement une balle dans le bras, Luna vient se poster sur le palier de l'immeuble où vit le détective, jouant le fugueur blessé et sans abri. Et à sa grande surprise, son plan fonctionne à merveille: sans lui poser aucune question, Tôgo l'emmène immédiatement chez lui ! Cet homme n'a-t-il donc aucune méfiance ? Drôle de détective ! Même s'il remarque que le visage du garçon lui rappelle quelque chose, il ne paraît même pas se souvenir que la veille, il a déjà rencontré Luna.... Décidant de mettre à profit cette confiante naïveté, Luna entâme donc son habituel jeu de séduction: se pendant au cou de Tôgo, d'une voix suave, il lui susurre à l'oreille: "Je n'ai nulle part où aller. Je ferais tout ce que vous voudrez, alors me permettrez-vous de rester ici quelque temps ?" Mais cette fois encore, Luna n'est pas au bout de ses surprises: loin de se laisser envoûter par son charme qu'il croyait pourtant irrésistible, le détective le repousse en riant, assurant néanmoins que le garçon peut demeurer chez lui jusqu'à ce que sa blessure guérisse, sans qu'il lui soit nécessaire de se livrer à ce genre d'"extra". Luna n'en revient pas: aucun des hommes qu'il a côtoyé jusqu'à présent n'aurait refusé une telle proposition; jamais il n'a rencontré quelqu'un d'aussi honnête et désintéressé !

Voilà donc Luna autorisé à rester chez Tôgo, et le jour-même de son arrivée, il a l'occasion d'en apprendre davantage sur sa prochaine cible tandis que le détective reçoit la visite de sa cliente, la fille du savant disparu. Il annonce à celle-ci, complètement bouleversée par ce qui arrive à son père, que grâce à l'aide d'un de ses amis chirurgien esthétique, le chercheur a été jusqu'à se faire refaire le visage afin de s'assurer qu'on ne le reconnaisse pas. Cependant Tôgo a découvert que le savant ne s'est pas contenté de changer de tête, il a été jusqu'à faire modifier par la chirurgie sa voix et ses empreintes digitales ! Voilà qui complique sérieusement les recherches, et confirme également la thèse que l'homme s'efforce de fuir désespérément quelqu'un. Il s'agit d'une affaire dépassant les compétences d'un détective privé ordinaire, remarque Luna; c'est le moment pour Tôgo de montrer ce qui, selon son boss, le rend tellement supérieur à ses concurrents.
Néanmoins, calme et nullement découragé par la difficulté, Tôgo ne tarde pas à prouver son étonnante habileté. Selon lui un être humain aura beau changer complètement d'apparence extérieure, il ne peut modifier son "contenu", ses manies, ses tics, ce qui constitue sa personnalité. Le savant comme tout le monde a certainement l'une de ces petites manies qui permettrait de servir d'indice pour le retrouver. Il demande donc à la jeune fille de le conduire chez elle afin de le laisser examiner le bureau du savant. Et là, dans un cendrier, le détective remarque une pile de cigarettes étrangement ordonnées par six: pour ne pas se détruire la santé, le chercheur s'appliquait à ne fumer qu'une demi-douzaine de cigarettes par jour; une marque contenant peu de nicotine. Tôgo et Luna se regardent avec un sourire: voilà qui est intéressant ! Mais ce n'est pas tout: le savant était un homme rangé et très méticuleux si l'on en croit les petites lettres alphabétiques gravées sur les étagères de sa bibliothèque; et pourtant, l'un comme l'autre, les deux jeunes gens ont remarqué que les livres qui s'y trouvaient rangés étaient tout en désordre, comme si on les avait retirés puis remis pêle-mêle hâtivement. Nul doute que ce bureau a été fouillé par quelqu'un qui recherchait quelque chose.
Fort du maigre indice qu'il a découvert, Tôgo entâme aussitôt ses recherches. Prétendant qu'il va inviter Luna à déjeuner, le privé l'emmène à un "endroit commode où l'on peut manger gratos", qui n'est autre bien sûr qu'un centre pour SDF ! Là, Tôgo ne met pas longtemps à découvrir ce qu'il espérait trouver: dans un cendrier, des cigarettes à peine fumées empilées par six. En effet, où donc le savant aux abois aurait pu trouver refuge si ce n'est dans ce genre d'endroit, idéal pour ceux comme lui qui n'ont plus nulle part où aller ? Grâce à son indic Billy, un ancien policier, Tôgo parvient même à apprendre le lieu où dort le fuyard dans le jardin public. Néanmoins, Luna trouve cela étrange: n'est-ce pas un peu imprudent pour un type ainsi poursuivi de rôder aussi ouvertement dans un lieu à peine éloigné de deux rues de son domicile ? Mais pour Tôgo, cette décision est très intelligente au contraire, et reflète bien l'esprit logique du savant: qui pourait deviner son identité, aurait l'idée de venir le chercher si près de chez lui alors qu'il ne se cache même pas en se faisant passer pour un SDF ? Si Luna avoue ne pas très bien comprendre la finesse de ce raisonnement, il remarque en revanche que la direction que prend Tôgo n'est pas celle du jardin public. N'étaient-ils pas censés s'y rendre immédiatement ? Ce à quoi, à voix basse, le privé répond qu'ils sont suivis, et ce depuis qu'ils ont mis un pied hors de son agence. Alors, sur un signal de Tôgo, les deux jeunes gens prennent leur jambe à leur coup, s'élançant chacun dans une direction différente.
Souple et rapide, Luna n'a aucun mal à semer ses poursuivants, se demandant qui peuvent bien être ces types au look de mafiosos. Il profite néanmoins du fait que Tôgo et lui soient ainsi séparés pour aller rendre compte à son boss de la situation. En dépit des événements inattendus, ce dernier lui confirme l'ordre d'éliminer la cible; mais alors que Luna irrité demande ce qu'il doit faire au sujet de Tôgo, c'est un homme dont jusqu'à présent il n'avait pas remarqué la présence qui lui répond: c'est dans leur intérêt à tous de sceller absolument les bouches inutiles. Cet inconnu se nomme Wolner, secrétaire et bras droit du "client" pour le compte duquel Luna est chargé d'éliminer le savant. Jeune et plutôt séduisant, le garçon n'en devine pas moins à la façon dont Wolner le regarde qu'il s'agit d'un homme cruel et pervers, un type exécrable pour lequel Luna ressent immédiatement une vive antipathie. Néanmoins, en tant que véritable professionnel, le sniper se résoud à poursuivre la mission qui lui a été confiée, bien qu'il répugne à éliminer Tôgo. Il se rend donc la nuit venue au jardin public, où il découvre comme prévu le chercheur SDF endormi sur un banc. Il n'a aucun mal à reconnaître son identité grâce au fameux petit tas de six cigarettes que l'homme a la manie d'empiler près de lui partout où il passe.

Sautant sans un bruit de l'arbre du haut duquel il observait sa cible, Luna s'apprète à exécuter le savant d'une piqûre d'aiguille empoisonnée à la nuque lorsque soudain, une voix retentit dans son dos. "Je t'attendais, petit chat." Il s'agit bien sûr de Tôgo, Tôgo qui cesse enfin de feindre l'ignorance pour pointer un revolver sur la tête du garçon: en fait, depuis le début, il savait tout de Luna, son nom de code, sa profession, le nombre de personne qu'il a déjà tuées, sa façon de procéder et jusqu'au contenu de sa dernière mission - qui doit l'amener à le tuer, lui, le détective privé qui en sait trop. Bien que surpris, Luna n'est cependant pas du genre à se laisser prendre aussi facilement. Mais si le garçon est agile et rapide, Tôgo l'est non moins, et après un rapide combat il n'a aucun mal à immobiliser le jeune sniper, lui clouant le bec d'un baiser qui le laisse pantois. Ensuite, il réveille le savant, expliquant à ce dernier qu'il agit à la demande de sa fille Dorothy. L'homme doit lui dire ce qu'il a fait de la formule que recherche les bandits, car tant que le chercheur aura la formule de cette nouvelle drogue en sa possession, les poursuites à son égard ne cesseront jamais, et le danger pourrait même retomber sur sa chère fille.
Finalement, le savant se décide à parler: depuis le moment où il a conçu par erreur cette mixture diabolique, il savait que sa trouvaille aurait du être détruite; mais voilà, c'était sans compter sur son orgueil de scientifique, son désir de laisser son nom dans l'histoire de la recherche. Ne pouvant se résoudre à détruire sa formule, après bien des tourments, il est arrivé à une décision: celle de sceller la formule dans un certain endroit, qui n'est autre que son propre cerveau, et ce grâce à l'hypnose ! Seul le mot de passe adéquat pourrait permettre au savant de se rappeler de sa formule, mais ce mot de passe, par sécurité, il a tenu à l'ignorer, seul l'ami médecin qui a exécuté la séance d'hypnose l'a en sa possession. Voilà qui est bien embêtant ! Mais Tôgo et Luna n'ont pas le temps de réfléchir davantage qu'une rafale de balles les rate de peu ! Un groupe de mercenaires les attaque, et tandis que Tôgo, tireur d'élite, entreprend de les éliminer les uns après les autres, il confie à Luna le soin de mettre le savant à l'abri. Et bien que le garçon lui-même ne comprenne pas ce qu'il est en train de faire, il obéit ! Quel revirement ! Lui, un tueur à gages, s'appliquant à protéger sa cible !
Après que tous trois se soient réfugiés sains et saufs à l'appartement de Tôgo, tandis que le chercheur se repose dans la chambre de ce dernier, le détective propose à Luna de conclure un accord de professionnel à professionel: le garçon est chargé d'éliminer le savant; quant à lui, son travail consiste à ramener l'homme vivant à sa fille. Pourquoi ne pas coopérer ? Lorsque Tôgo aura rempli sa part du contrat, Luna sera libre d'accomplir la sienne. Le jeune sniper ne répond pas, et tandis que Tôgo se couche sur le canapé afin de se remettre de cette journée particulièrement épuisante, il essaye encore une fois de l'éliminer, pour la troisième fois consécutive. Mais le privé n'est pas le genre d'homme à s'endormir paisiblement, toujours prêt à brandir son révolver à la moindre sensation de danger. Résigné, amusé, vaincu, Luna décide de renoncer à essayer de le tuer, conscient qu'il en serait d'ailleurs bien incapable, et accepte sa proposition. Tôgo avec sa personnalité droite et honnête, son habileté et sa force tranquille, lui plaît énormément. Le détective lui aussi se sent très attiré par le jeune sniper, et après avoir échangé un sourire complice, les deux jeunes gens finissent par se retrouver dans les bras l'un de l'autre nus sur le canapé. Le privé avoue que c'est la première fois qu'il entretient ce genre de relation avec une personne du même sexe, et tandis qu'il enlace passionnément Luna, ce dernier remarque la terrible blessure que Tôgo porte sur le bras droit, l'épaule et une partie du dos. Une très ancienne blessure, qui remonte à un passé lointain. Mais Luna n'a pas le temps de l'interroger davantage, tandis que peu à peu, ses esprits l'abandonnent sous les assauts de Tôgo....

Au petit matin, Luna se réveille hissé dans les bras de son nouvel ami, rouge de honte au souvenir de la longue nuit de plaisir. Tous deux prennent un café en compagnie du savant, dont le souhait serait bizarrement que ses protecteurs ne préviennent pas sa fille qu'ils l'ont retrouvé. Hélas, ce répit est de courte durée: jetant un coup d'oeil à travers les rideaux, Luna remarque des hommes postés en embuscade dans la rue, séparés en deux groupes de quatre. L'immeuble est cerné, les deux sorties bloquées ! Cependant Tôgo a tout prévu, dégageant un passage secret dissimulé derrière un mur qui leur permettra de s'échapper par les toits. "C'est pas vrai ?! C'est un vrai repère de ninja !...." se dit Luna estomaqué. Cependant le privé lui réserve encore d'autres surprises: tandis que le garçon objecte que même s'ils parviennent à fuir maintenant, cela va s'avérer très difficile de continuer à semer leurs assaillants en emmenant avec eux un savant d'un certain âge, le détective répond de son sourire radieux de ne pas s'inquiéter, il connaît une adresse sûre. Et cette adresse sûre n'est autre que la propre résidence qui sert de base au patron de Luna ! "Actuellement, c'est l'endroit le plus sûr qui me vienne à l'esprit !" lance joyeusement Tôgo en foulant avec ses deux compères l'allée menant à l'habitation. Luna fulmine de rage: Tôgo doit bien savoir pourtant qu'il n'en est rien, il s'agit du repaire d'une agence secrète de tueurs à gages dont l'actuel contrat consiste justement à éliminer le savant !
Néanmoins, sans se préoccuper des protestations et des jérémiades du garçon, qui le supplie paniqué d'aller se réfugier ailleurs, Tôgo se retrouve face à face avec le terrible boss de Luna, qui après un instant de stupéfaction, lance à l'intrus de son sourire charmeur: "J'avais le pressentiment que tu agirais comme ça. Tu n'as pas changé, Tôgo." - "Cela fait 13 ans, Smokey.... Je ne pensais pas qu'on se reverrait encore dans cette vie." Luna n'en revient pas. Son boss et Tôgo se connaissent ? Mais à la surprise, fait bientôt place un autre sentiment. "Un moment !!! En fin de compte depuis le début vous étiez de mèche !?" rugit-il, furieux car il a l'impression que l'on s'est moqué de lui. Cependant son patron, dont jusqu'à présent le garçon ignorait le nom de Smokey, assure à Luna qu'il n'en est rien: Tôgo et lui étaient autrefois partenaires; mais depuis la gigantesque explosion survenue treize années auparavant lors d'une mission et qui leur a coûté de si terribles blessures, ils ignoraient mutuellement si l'un et l'autre étaient encore en vie. Ces retrouvailles ne sont dues qu'au hasard ! Cependant, Smokey est si heureux de retrouver son ancien camarade.... "Je voulais tellement te revoir, Tôgo.... susurre-t-il en attirant le détective à lui et l'embrassant sur la joue. Comme tu es devenu grand et viril !" Cette familiarité n'est bien sûr pas du goût de Luna, qui proteste, jaloux: "Non mais c'est pas bientôt fini !? Allez-y mollo !"

Les quatre compères en viennent donc enfin aux choses sérieuses. Tandis que Tôgo présente à Smokey le Docteur Deyluck, le savant profère qu'il ne vaut pas la peine d'être protégé, qu'il préfèrerait bien mieux mourir en portant le poids de son crime. Alors, puisque tel est son souhait qui arrange on ne peut mieux les deux partis, Tôgo propose à Smokey le même arrangement dont il s'était déjà convenu avec Luna: une fois que le chercheur aura rencontré sa fille, alors, les deux tueurs s'entendront avec Deyluck de ce qui lui convient le mieux. Smokey a beau objecter que Tôgo mieux que personne connaît le genre de business auquel il se livre, qu'il ne peut compter ainsi si facilement sur son entière coopération, le détective répond qu'il sait également que son vieil ami ne le trahira jamais. Avec un soupir résigné, Smokey ne peut qu'acquiescer.
Tôgo confie donc le Docteur Deyluck aux bons soins de Smokey et Luna. Cependant, avant que lui-même ne quitte la résidence afin de rencontrer le médecin qui a scellé la mémoire du savant par hypnose afin qu'il lui livre le mot de passe permettant de se rappeler la formule, le jeune sniper se lance à sa poursuite: il voudrait que le privé lui explique comment il a deviné qu'il travaillait pour Smokey. Tôgo se contente de répondre que c'est ce nom de code de "Luna Cat" qui lui a d'abord mis la puce à l'oreille; puis, quand il a rencontré Luna, le jeu de séduction auquel le garçon s'est livré, cette façon d'enlacer, a achevé de le convaincre: c'est exactement la même posture qu'employait Smokey lorsqu'il était plus jeune. Aussi vexé que jaloux d'être ainsi comparé à son patron, Luna boudeur proteste que tout cela est injuste: voilà plus de dix ans qu'il vit aux côtés de Smokey, et il ignorait son nom ! Mais Tôgo amusé répond que lui non plus ne connaît pas le nom véritable du jeune homme: "Smokey" n'est qu'un sobriquet qu'on lui a jadis attribué en raison de son habileté à manipuler les fumigènes. Tout comme "Tôgo Nishina" n'est pas non plus le nom que ses parents lui ont donné. La veille, lors de leurs ébats, Luna s'était plaint qu'il ne savait rien de son propre passé, mais il en est de même pour ses deux compères. "Voilà pourquoi, conclut gentiment le détective, nous nous ressemblons tant, tous les trois...."
Un peu plus tard, inquiet que bien que l'heure de leur rendez-vous soit passée depuis longtemps, le médecin ami du Docteur Deyluck ne s'y soit pas présenté et qu'il ne réponde pas non plus au téléphone, Tôgo décide de se rendre à la maison du praticien. Hélas, les voitures de police garées devant l'habitation lui apprennent qu'il est déjà trop tard, l'homme a été assassiné. Le SDF Billy - ancien inspecteur - qu'il retrouve sur place lui apprend de plus que le médecin a été torturé, et d'après les premiers éléments de l'enquête, des traces sur son corps indiqueraient qu'on lui a injecté un serum de vérité. Voilà qui est étrange.... A part lui (même Luna et Smokey l'ignoraient), une seule personne était censée être au courant qu'il s'agissait de ce médecin spécialisé en chirurgie esthétique qui avait aidé son ami chercheur à changer de visage. Mais comment relier cette personne aux bandits qui les persécutent ? Cela paraît si absurde, et pourtant.... Convaincu d'avoir trouvé le fin mot de l'histoire, une autre certitude s'impose bientôt à Tôgo: grâce au serum de vérité, les bandits ont sans doute réussi à obtenir le mot de passe pour débloquer la formule scellée dans l'esprit du savant; à présent, ne leur manque plus que le Docteur Deyluck lui-même ! Et dans ce cas, ses amis restés à la résidence courent un grave danger....
---------
- Aïtsu to Aïtsu no Ki ni naru Kankeï ("La Relation qui me préoccupe entre celui-ci et celui-là"), page 171: Alors que le manga se clot sur une interrogation, un passage plein de suspens à suivre dans le volume 2, l'auteur nous gratifie à la fin du volume d'un petit chapitre hors-série réalisé spécialement pour l'édition reliée. Un jour, surpris de trouver Luna en train de ronchonner, la mine boudeuse, Tôgo lui demande ce qui le préoccupe ainsi. Le garçon refuse tout d'abord de répondre, mais le détective insistant, Luna finit par lui demander rouge de honte quelle était le genre de relation qu'il entretenait jadis avec Smokey. Ravi que ceci préoccupe autant son jeune amant jaloux, Tôgo s'empresse de satisfaire sa curiosité. Il a fait la connaissance de Smokey dans un centre d'entraînement de l'armée, alors qu'il n'était encore qu'un adolescent. En fait de centre d'entraînement, à dire vrai, il s'agissait plutôt d'une organisation secrète de l'armée, une division qu'on aurait pu nommer "Brigade d'Intervention Spéciale". Ce groupe comptait dans ses rangs une équipe un peu particulière nommée "Sparrow" car regroupant uniquement des jeunes garçons de 13 à 18 ans, et c'est de cette équipe que Tôgo faisait autrefois partie. Solitaire et peu sociable, il n'était pas très bien vu parmi les autres membres, qui lui reprochaient d'adopter trop souvent un comportement arbitraire pendant les entraînements; cependant, lors de ces simulations, nul autre que Tôgo n'était capable de déjouer les pièges de Smokey du Groupe B, spécialiste en fumigènes et camouflages en tous genres.
Intrigué par cette nouvelle recrue si peu loquace et pourtant si douée, un jour que Tôgo était en train de déjeuner, seul comme à son habitude, Smokey était venu s'assoir à sa table. Mais afin d'engager la conversation, comme s'il cherchait à mettre le garçon en colère, le jeune homme n'avait rien trouvé de mieux que de lui apprendre le surnom sous lequel tout le monde l'appellait secrètement: "Nomen", du nom de ce masque asiatique sans expression qui semblait correspondre si parfaitement à Tôgo. Répliquant que c'est inutile d'essayer de le mettre en colère, l'adolescent s'était contenté de quitter la table sans répondre aux provocations de Smokey. A ce moment, explique-t-il à Luna, qu'on se moque de lui, qu'on l'isole, Tôgo n'avait pas d'autre choix que de rester au centre, car il n'avait nul autre endroit où aller. Puisque avant même qu'il ait atteint l'âge de raison, le garçon était déjà seul au monde, il ignorait complètement la manière de sympathiser avec d'autres gens.
Néanmoins, de plus en plus attiré par Tôgo malgré sa froideur, Smokey ne devait pas baisser les bras si facilement, et le soir-même, le voilà qui vient emménager dans la chambre de Tôgo, prétextant que c'est le compagnon de chambrée de ce dernier qui lui a demandé cet échange. Bien que surpris, le réfrigérant garçon se contente de lancer à Smokey de faire comme bon lui semble, du moment qu'il s'applique à ne pas oublier d'éteindre la lumière avant d'aller se coucher. Comme c'est mal connaître Smokey ! Tôgo s'est à peine endormi que tourmenté par une sensation étrange, il se réveille en sursaut, à demi-nu, son nouveau co-locataire couché nonchalamment sur lui ! "Qu'est-ce que tu fais ?" demande-t-il d'une voix blanche, rouge de honte. - "Je fais comme bon me semble , pardi !..." répond Smokey tout guilleret, avant de se faire éjecter du lit d'un bon coup de pied au derrière. Mais il ne devait pas en rester là: cette tentative de dévoyage du jeune puceau n'était que la première d'une longue série d'assauts se répétant inlassablement chaque nuit venue, et voilà bientôt le lit de Tôgo changé en véritable champ de bataille jonché de pièges en tous genres pour repousser l'intrus, dignes de ceux de Kaori dans City Hunter !
Trois mois s'écoulent, sans que Smokey ne paraisse disposé à cesser son manège. Epuisé par le fait d'être obligé de rester sur ses gardes la nuit à tous les instants, Tôgo amaigri et à bout de forces songe qu'il ne va plus pouvoir tenir bien longtemps. Mais un matin, alors qu'il déjeune, seul selon son habitude et complètement éreinté par sa nouvelle nuit blanche, à sa grande surprise un groupe de ses collègues soldats viennent le rejoindre afin de lui témoigner leur admiration: voilà trois mois que le garçon supporte les assauts de Smokey, jusqu'à présent personne n'avait tenu jusque là ! Tôgo est véritablement le premier à lui avoir résisté, et les soldats ont parié qu'il ne céderait pas. Alors, afin de l'aider à reprendre des forces, les voilà qui offrent chacun au garçon une portion de leur déjeuner ! Emu de ce premier témoignage d'amitié, Tôgo remercie ses collègues chaleureusement, souriant pour la première fois tandis qu'appuyé dans un coin de la cantine, Smokey l'observe de son air enjôleur. Difficile de savoir qu'elles étaient les véritables intentions de ce jeune homme étrange, mais nul doute qu'il avait ainsi manoeuvré pour aider Tôgo à se faire enfin des amis, et de cela, le garçon lui en est profondément reconnaissant. A partir de ce jour, c'est comme si un gros poids avait été ôté de ses épaules, et même après que tous deux aient achevé leur période d'entraînement, Smokey et lui restèrent ensemble en tant qu'équipiers.
Cette histoire achevée, Luna n'est pas pour autant satisfait: Tôgo et Smokey ont continué de partager la même chambre; et alors, qu'en est-il du pari ? A-t-il cédé à Smokey ? Tôgo a beau rappeler au garçon que lors de leur première étreinte, il lui avait pourtant dit qu'il était sa première expérience homosexuelle, Luna n'est pas convaincu ! Néanmoins il a compris le lien profond qui unit Smokey et Tôgo. Cette blessure que son ami porte sur l'épaule est aussi un de leurs souvenirs communs, et cela n'est pas sans le rendre terriblement jaloux. Cependant, Luna reconnaît que c'est grâce à ce lien entre les deux anciens partenaires que Tôgo et lui ont pu se rencontrer, et il espère qu'un jour, le détective lui contera l'histoire de cette blessure. "Une bien longue histoire", lui avoue en souriant Tôgo....

Note : Cet excellent manga est une oeuvre qui a connu bien des péripéties. Les trois chapitres qui composent l'histoire principale sont d'abord parus en fanzine en 1996. Si l'intérêt de ce genre de support est qu'il permet aux auteurs de conter et dessiner ce qui leur plaît en faisant fi des contraintes imposées par les éditeurs, l'inconvénient est hélas qu'il s'agit de tirages limités touchant un public peu nombreux, ce qui en fait donc des oeuvres éphémères. Heureusement, Shinano Oumi, qui avoue avoir toujours beaucoup aimé ce récit où elle a inclu tous les éléments qui lui tiennent à coeur, a eu la chance que son fanzine se fasse remarquer par un éditeur quelque années plus tard. Pour l'occasion de cette sortie en volume relié, il lui a fallu retoucher nombre des pages de ce manga; mais voilà, cette édition elle aussi a fini par s'épuiser et la boîte qui l'avait sorti disparaître, vouant le récit à tomber encore une fois dans l'oubli. Avant d'être finalement récupéré et réédité par Oakla Shuppan au mois d'août 2002 pour notre plus grand plaisir. Ce fut l'occasion pour l'auteur de constater combien son style de dessin avait inexorablement changé en six ans, comme on peut le voir dans le chapitre hors-série dessiné spécialement pour cette nouvelle édition; mais enfin, ce récit qui était resté non achevé depuis sa première édition fanzine de 1996 va pouvoir bénéficier d'une suite à la grande satisfaction des nombreux fans de Shinano Oumi. Il s'agit du premier manga en plusieurs volumes à l'actif de cet auteur qui n'a réalisé jusque là que des recueils de nouvelles. Vu que cela fait déjà plus d'un an que le livre est sorti, nous pouvons espérer très bientôt le volume 2 annoncé dans la post-face. "Est-ce l'effet bénéfique de la lune qui donne son nom au héros, il s'agit d'une oeuvre chanceuse !" avoue elle-même l'auteur....

|
Intrigue: En Chine, existe une étrange petite fleur de couleur jaune. Grimpant sur les murs comme le lierre ou la vigne, elle se fait discrète, comme si elle retenait son souffle, et personne ne songerait en voyant ses fragiles corolles qu'en fleurissant elle répand un parfum si puissant et enivrant. Bien qu'importée au Japon depuis le Continent, cette fleur mystérieuse ne fleurit néanmoins que rarement en ce pays. Son nom est iéraïshan . Nous sommes à la huitième année de l'ère Taishô (1919), période troublée après la fin de la Première Guerre Mondiale. Le jeune Saki est le fils aîné et héritier du Vicomte Takayanagi, un étudiant discret au physique éthéré comme les fleurs venues de Chine qu'il cultive avec tant de patience dans la serre de la résidence paternelle. Un jour que le Vicomte s'est absenté, Saki reçoit la nouvelle par ses domestiques que l'individu suspect qui rôde ces derniers temps autour du château vient d'être aperçu près de la porte du domaine. Vite, le jeune homme enfourche aussitôt son cheval afin de surprendre l'intrus en flagrant délit de maraudage. Et il le découvre en effet, embusqué dans l'ombre près du portail. Tandis que Saki le menace de sa cravache, lui ordonnant d'ôter immédiatement la casquette qui lui masque le visage et de décliner son identité, l'individu obtempère, laissant voir les traits séduisants d'un beau jeune homme brun. Nullement impressionné par le ton impérieux du jeune noble, tout en gratifiant ce dernier d'un sourire aussi sûr de lui que charmant, l'inconnu explique qu'il n'est pas un rôdeur et se présente comme Izuho Ozaki, reporter à la gazette Nichiyôgahô. Voilà qui n'est cependant pas pour appaiser la méfiance de Saki, bien au contraire ! Qu'est-ce qu'un journaliste a besoin de surveiller les faits et gestes de sa famille !? Pour lui, rien dans la conduite de son père ne saurait prêter à un scandale !
Loin de s'offusquer de la manière agressive dont le jeune homme s'adresse à lui, Ozaki en est amusé au contraire, et le sourire mêlé d'admiration avec lequel il le dévisage ne manque pas de provoquer une vive surprise chez Saki, faisant tomber sa colère d'un coup. "Vous êtes aussi impérieux que le dit la rumeur, plaisante le journaliste quand il lui demande la raison de cet étrange regard, au point que je ne peux m'empêcher de vous contempler avec admiration. Désolé d'être aussi impoli !" Et tout en rougissant à ces paroles, Saki a la fugitive impression que le reporter se moque ouvertement de lui ! Néanmoins les deux jeunes gens n'ont pas le temps de discuter davantage: arrivant soudain en voiture, l'oncle et le frère cadet de Saki ne manquent pas de s'étonner à leur tour de la présence de l'intrus. Ozaki explique alors qu'il est là pour enquêter sur les fameuses iéraïshan que l'on dit pousser dans la serre de la résidence Takayanagi: jusqu'à présent on ne dénombre aucun exemple de floraison de ces végétaux de légende au Japon, et en tant que journaliste, Ozaki affirme qu'il se sent investi du devoir de vérifier leur existence de ses propres yeux. Et sur ces mots, faisant un clin d'oeil à Saki, le jeune homme brun éclate de rire, bien conscient que le futur vicomte ne croit pas un mot de ses paroles. Néanmoins, il ne sait pourquoi, Saki ne parvient pas à considérer avec méfiance cet homme étrange dont pourtant il ignore tout. Quelque chose dans la personnalité directe et joviale - peut-être cette sympathique insolence ? - de Ozaki lui plaît. Ainsi, le jeune noble invite finalement le journaliste à venir lui rendre visite dans quelques jours afin qu'il lui montre les fleurs, même si par ailleurs il se doute bien que cet intérêt pour ses iéraïshan n'est qu'un prétexte à venir fouiner.

Un peu plus tard, l'habile Ozaki est félicité par le patron du journal pour lequel il travaille pour avoir réussi à s'introduire chez les Takayanagi: lors de sa prochaine visite au château, ce sera peut-être l'occasion de découvrir enfin les informations qu'ils recherchent. Mais bien que satisfait d'avoir rempli sa mission avec succès, le jeune journaliste reste plongé dans une douce rêverie, une photo de Saki à la main: sa rencontre avec le futur vicomte l'a visiblement ébranlé, au point qu'il a peine à cacher un intérêt au-delà de la simple curiosité professionnelle. Et c'est ainsi que la semaine suivante comme promis, Saki invite le journaliste à pénétrer dans l'enceinte du domaine afin de lui montrer les fleurs de la serre. Tandis que le jeune homme lui explique les particularités de la iéraïshan , Ozaki le contemple de ce même regard tendre et insistant qui avait tant troublé Saki l'autre jour. Le journaliste a remarqué que le ton du futur vicomte à son égard s'est sensiblement adouci depuis leur dernière rencontre, et il en est vraiment content. Saki lui-même, tout en s'excusant de sa conduite brutale et impolie de tantôt, réalise soudain combien il se sent bien chaque fois qu'il se retrouve en compagnie d'Ozaki. Mais lors de cette visite, le reporter ne tarde pas à remarquer que dans cette maison certaines personnes ne traitent pas le futur vicomte avec tous les égards dus à son rang: son frère cadet Kaïto en particulier, qui n'est encore que collégien, s'adresse au jeune homme avec morgue et méchanceté, tout à fait comme s'il était son domestique - pour ne pas dire son esclave. Dans le jardin, Ozaki a également l'occasion de rencontrer Mme Takayanagi, dont on dit qu'elle est malade et qui ne paraît jamais dans les réceptions mondaines. En effet la Vicomtessse erre d'un air hagard comme si elle n'avait plus toute sa raison, ne paraissant se préoccuper que des fameuses fleurs de la serre. Finalement, laissant Saki s'occuper de sa mère, le journaliste quitte la résidence Takayanagi - non sans avoir annoncé au jeune homme stupéfait qu'il souhaitait le revoir.
Habile reporter plein d'intuition, Ozaki a deviné qu'il se passe des choses pas très claires chez les Takayanagi, cependant il est loin d'en imaginer l'ampleur: jadis, croyant son épouse stérile, le Vicomte avait fait un enfant avec une prostituée, que dès sa naissance il avait ramené à la résidence afin de l'élever comme son héritier. Seulement, comme cela arrive parfois, le fait de s'occuper du bébé avait provoqué une sorte de déclic hormonal chez la jeune femme qui avait fini par mettre au monde son propre enfant. Normalement l'héritier de Mr. Takayanagi devrait donc être Kaïto, son fils légitime, et non Saki. Pour ne rien arranger, Mme Takayanagi n'a jamais supporté que son époux - même pour avoir un héritier - l'ait trompée avec une autre femme, l'obligeant de plus à prendre soin du bébé de cette prostituée, au point d'en avoir peu à peu perdu la raison. Déjà frustré de sa place d'héritier, Kaïto ne pardonne pas à son père et à son demi-frère l'état dans lequel se trouve sa mère à présent: pour lui, le Vicomte et son fils aîné bâtard leur ont volé leur vie à sa mère et à lui. Alors, le garçon a décidé que toute son existence durant, Saki devrait compenser le tort qu'il leur a causé en devenant son esclave, s'employant à l'humilier et à l'écraser à la moindre occasion. Depuis quelque temps Kaïto en est même arrivé au viol, et pourtant malgré tout ce que son frère lui fait subir le jeune homme ne proteste jamais, se contentant d'endurer les sévices passivement, paupières closes, sans un mot. Car au fond de lui, Saki a le sentiment douloureux que son petit frère a de bonnes raisons de lui en vouloir; il comprend sa haine, même si au fond il n'est responsable de rien. Si tel est son destin, alors comme les fleurs rares qu'il cultive avec tant de patience, Saki se fera discret, retenant son souffle; s'il accepte sa situation, le jeune homme tente de se convaincre qu'il ne ressentira aucune souffrance.... Et pourtant, une nuit où Kaïto s'est introduit dans sa chambre durant son sommeil pour le violenter avant de laisser son aîné seul dans un état de prostration telle une poupée brisée, comme une lueur dans les ténèbres, Saki revoit soudain le visage d'Ozaki. "Est-ce qu'on pourra se revoir ?" lui avait demandé le journaliste de son sourire engageant. A ce moment, Saki n'avait pu lui répondre. Car comment créer des liens avec une autre personne dans la situation sans issue dans laquelle il se trouve à présent ?
Cette même nuit, tandis que Saki, la gorge désséchée après ce que Kaïto lui a fait subir, quitte sa chambre afin d'aller boire un peu d'eau, en passant dans le couloir il entend soudain des éclats de voix provenant du bureau de son père. S'approchant de la porte, le jeune homme surprend le Vicomte en pleine conversation houleuse avec l'oncle Kôjirô: ce dernier a l'intention de se présenter aux élections du printemps prochain et ne néglige pas tout ce qui pourrait appuyer sa candidature; mais ce qui rend surtout furieux Mr. Takayanagi, c'est que son frère pour s'octroyer les soutiens dont il avait besoin a accepté de tremper dans diverses affaires louches. Impatienté par ces reproches, Kôjirô finit par jetter une liasse de documents sur le bureau de son aîné, l'enjoignant à y jeter un coup d'oeil: peut-être que cela fera changer d'avis cet honnête Vicomte trop bûté. Et sur ces mots, l'oncle Kôjirô quitte le bureau précipitemment, pour tomber nez à nez avec Saki dans le couloir. Comprenant que le jeune homme a tout entendu de la conversation, une expression effrayée se peint un instant sur le visage du politicien véreux, mais sans mot dire, il préfère partir sans demander son reste. Le Vicomte quant à lui accueille son fils aîné avec affection, s'inquiétant de sa mine lasse: depuis toujours le vieil homme ne cesse de répéter à son héritier qu'il ne doit pas négliger l'entrainement de son corps et son esprit afin de se préparer aux futures responsabilités qui l'attendent, cependant mieux que personne Mr. Takayanagi connaît l'incroyable patience dont son fils aîné a toujours fait preuve, et il en est très fier. Bien que le Vicomte soit un homme sévère, son regard a toujours été très tendre chaque fois qu'il le posait sur son fils pourtant illégitime, ainsi Saki aime et respecte son père de tout son coeur et fait tout ce qui est en son pouvoir pour satisfaire ses attentes. C'est cet amour paternel qui l'a toujours soutenu et l'a conduit à supporter en silence la discrimination dont il est victime par les autres membres de sa famille. Alors peu importe ce que pensent Kaïto et les autres, Saki s'appliquera a devenir le plus digne des héritiers....
Quelques jours plus tard, tandis que le futur vicomte quitte son école pour fils de bonnes familles en fin d'après-midi, il a la surprise de retrouver Ozaki qui l'attendait à la grille: en remerciement pour l'avoir invité à la résidence l'autre jour, le journaliste voudrait emmener le jeune homme voir une pièce de théâtre. Tandis qu'il entraîne Saki par la main sans lui laisser le temps de répondre, ce dernier ne cache pas sa surprise: en fait, il pensait vraiment et avec regret qu'il n'aurait plus l'occasion de revoir Ozaki. Un peu plus tard, après la pièce qui avait pour thème la Révolution Française, Ozaki emmène le jeune homme au siège de son journal: les membres de la rédaction accueillent le futur vicomte avec chaleur, lui demandant ce qu'il a pensé de la pièce de théâtre sponsorisée par leur journal et entièrement interprétée par des étudiants. Bien sûr, plutôt habitué à l'opéra et au Kabuki, Saki avoue que c'était la première fois qu'il assistait à une telle représentation, et il en a été ému: la vision du peuple qui se dresse contre l'autorité oppressante d'un pouvoir en place totalitaire, en quête de liberté et d'égalité.... La grandeur de ce noble idéal et la passion avec laquelle les révolutionnaires s'efforçaient de l'accomplir ont remué le coeur du jeune homme. Satisfait des réponses de Saki, Ozaki en profite pour en venir au sujet qui le préoccupe et pour lequel il a fait venir spécialement l'héritier Takayanagi jusqu'à son bureau: la pièce de théâtre avait pour cadre l'Occident, mais en réalité elle décrit en termes voilés la situation qui est en train de se produire ici-même au Japon. Suite au bouleversement induit par la Première Guerre Mondiale, le pouvoir politique dans leur pays n'a fait que renforcer son autorité et ses liens avec les classes privilégiées, ignorant de plus en plus les classes populaires. Mais voilà, le peuple a commencé à s'en apercevoir, ainsi Ozaki et les membres de sa rédaction sont persuadés que tôt ou tard finira par se produire une ère de grands bouleversements sociaux. Pour aider à cette révolution, leur journal s'est fixé pour but de dévoiler au grand jour toutes les magouilles et connections occultes des mondes financier et politique, ce pour quoi le concours de Saki représenterait une aide précieuse.
A ces mots, le jeune homme a l'impression de comprendre enfin les véritables raisons de l'intérêt d'Ozaki à son égard: persuadé que la famille Takayanagi compte parmi ses membres certains de ces politiciens élus grâce à des fonds de provenance douteuse, le journaliste compte sur le futur vicomte pour lui en fournir les preuves ! Mais répondant avec colère qu'il ne peut rien pour lui, Saki vexé quitte la rédaction du journal précipitemment. Ozaki se lance immédiatement à sa poursuite, l'entraînant de force dans un café. Tandis que les deux jeunes gens se retrouvent assis face à face, Saki répète obstinément ce qu'il a affirmé tout à l'heure: quoi que pensent les journalistes, son père est incapable de la moindre action injuste ou illégale. Cependant, posant doucement une main sur les siennes dans un geste apaisant, Ozaki aborde un tout autre sujet: en ce moment, plus que sa récolte d'information, c'est plutôt Saki lui-même qui l'inquiète - et comme pour corroborer ses dires, sa main enserre doucement le poignet du jeune homme, sur lequel on peut voir encore les marques bleuâtres des liens que lui avait fait porter Kaïto en le violant. Le journaliste s'est permis d'enquêter sur lui, c'est ainsi qu'il a découvert que Saki n'était pas né de l'épouse légitime du Vicomte; il n'a donc aucun mal à imaginer les mauvais traitements dont est victime le jeune homme. "Je pense que tu ne devrais pas rester là-bas", achève Ozaki gravement. Mais Saki se contente de répondre qu'il est comme les iéraïshan de la serre: son rôle consiste à pousser dans la résidence et à y faire éclore des petites fleurs, rien de plus; d'ailleurs s'il perdait ce seul but qui le raccroche à la vie, que lui resterait-il ?

Les deux jeunes gens achèvent cependant cette journée passée ensemble joyeusement, ignorant qu'à travers les vitres du café, quelqu'un qui semble bien être l'oncle Kôjirô les observe. Et le soir venu, tandis que Saki pénètre dans le bureau de son père afin de lui emprunter un couteau à papier, il avise soudain sur le bureau la fameuse liasse de documents laissée là par son oncle l'autre jour. Intrigué, son père étant absent, le jeune homme en profite pour y jeter un coup d'oeil, mais à peine a-t-il posé les yeux sur son contenu qu'il arbore une mine horrifiée: il s'agit d'un registre répertoriant divers actes de corruption avec les montants des pots-de-vin, ainsi, Saki réalise avec effroi qu'Ozaki et les membres de sa rédaction disaient vrai ! Cependant le futur vicomte n'a pas le temps de s'interroger davantage: tandis que l'oncle Kôjirô surgit soudain derrière lui, assommé, il sombre dans l'inconscience. Quand Saki se réveille un peu plus tard, il se retrouve ligoté dans l'écurie, revêtu d'un simple kimono. "Splendide ! s'exclame Kôjirô en le toisant. Voilà une allure bien digne de quelqu'un né dans un bordel." Inquiet de savoir que son neveu fréquente un journaliste, le politicien a l'intention de le garder séquestré en cet endroit jusqu'à ce que ses plans aient porté leurs fruits. Kaïto arrivant dans l'écurie à son tour, il ne manque pas de s'étonner d'y découvrir son frère ligoté dans une telle posture, cependant son oncle lui répond qu'il ne s'agit que d'un nouveau passe-temps. Et poussant le collégien vers Saki, il lui enjoint de l'aimer comme il le fait d'habitude , ce que Kaïto, comme hypnotisé, accepte de faire sans se poser de questions: comme il déteste son père, l'adolescent passe le plus clair de son temps avec son oncle Kôjirô, et nul doute que manipulant à son gré un esprit aussi jeune, c'est ce dernier qui l'a incité à persécuter Saki.
Tandis que Kaïto et son oncle commencent de concert à tourmenter son corps, encore une fois, Saki revoit comme un mirage le visage d'Ozaki sous ses paupières closes. "Je pense que tu ne devrais pas rester là-bas" lui avait dit le journaliste, qui paraissait en prononçant ces mots si inquiet pour sa personne.... En cet instant Ozaki occupe toute sa pensée, lui rendant odieuses ces mains qui rampent sur sa peau. Alors, criant en son coeur le nom de son seul ami, pour la première fois de sa vie le jeune homme proteste et se débat de toutes ses forces, tentant de se soustraire à l'étreinte de ses deux agresseurs. Au point que surpris de cette soudaine rébellion, Kaïto, qui en réalité aime énormément son frère bien qu'il s'acharne à prétendre le contraire, en arbore une mine aussi incrédule que blessée. Mais à ce moment une violente explosion retentit tout à coup dans l'enceinte de la résidence, mettant un terme à cette tentative de viol. Visiblement, ceci faisait partie du plan de l'oncle Kôjirô, qui quitte aussitôt l'écurie en entraînant Kaïto à sa suite. Mais à peine Saki toujours ligoté se retrouve-t-il seul en se demandant ce qui peut bien se passer au-dehors qu'à sa stupéfaction, Ozaki pénètre discrètement dans l'écurie: inquiet pour le jeune homme, le journaliste faisait le guet devant la porte du domaine, c'est ainsi qu'il a soudain vu débarquer tout un contingent d'agents de police qui ont défoncé la porte et donné l'assaut à la résidence. Mêlé aux policiers, Ozaki a pu s'y introduire lui aussi, et d'après les bribes de conversation qu'il a pu saisir, il semblerait que la gendarmerie a reçu la nouvelle que se trouverait en cette maison la preuve de la corruption du Vicomte Jun'ichirô Takayanagi.
A ces mots, Saki se rappelle immédiatement le document laissé par son oncle dans le bureau de son père, et s'empresse de crier au journaliste que le Vicomte n'y est pour rien, tout cela fait partie d'un plan soigneusement combiné par son frère cadet Kôjirô. Dans ce cas, répond Ozaki, si le vieil homme lui-même explique la situation aux policiers, ils ne refuseront certainement pas de l'écouter. Mais Mr. Takayanagi le fera-t-il ? se demande d'un coup Saki, le coeur serré par l'angoisse. Car mieux que quiconque, il connaît la rectitude de son père: même si on l'accuse d'un crime, vendrait-il l'un de ses proches pour s'innocenter ? Non, il ne le ferait jamais. Ce qui serait bien dans les manières de son père, ce serait de.... Saki n'a pas plutôt prononcé ces terribles paroles en son for intérieur qu'un coup de feu retentit soudain dans la résidence, suivi par le hurlement d'un des domestiques. Saisi d'horreur, le jeune homme comprend aussitôt que comme il le craignait, le Vicomte s'est suicidé. En larmes, Saki va pour se précipiter hors de l'écurie quand Ozaki le retient dans ses bras: mieux vaut que le futur vicomte reste en ces lieux jusqu'à ce que les choses se calment, alors, afin de l'obliger à reprendre ses esprits, le journaliste appelle son nom avec force avant de lui administrer un profond baiser. Et les deux jeunes gens restent ainsi enlacés un long moment, jusqu'à ce qu'enfin, remerciant Ozaki, Saki lui assure qu'il va mieux à présent. Il enjoint donc le journaliste à partir faire son travail sans se préoccuper de lui, car en décrivant tout ce qui s'est réellement passé aujourd'hui dans un article, Ozaki pourra ainsi révéler au monde l'innocence de son père. Promettant d'écrire la vérité, le journaliste exige cependant du jeune homme une promesse en retour: celle de se revoir, quoi qu'il advienne. Et d'un sourire rayonnant, Saki acquiesce avec joie.
Néanmoins, Ozaki n'a pas plutôt quitté l'écurie, rassuré de savoir son ami en sécurité, que Saki entreprend de mettre en pratique l'idée qui a germé dans son esprit: il se doute bien que quelqu'un d'aussi vil et rusé que son oncle n'a pas manigancé un complot aussi grave sans avoir pris ses précautions, nul doute que l'article publié par Ozaki ne suffira pas à faire la preuve de sa culpabilité. "Je dois devenir fort !" se dit gravement le jeune homme, qui a pris sa décison. Et après avoir fait sortir les chevaux, il met soudain le feu à l'écurie, qui ne tarde pas à s'enflammer comme une torche dans un grondement assourdissant. Ozaki se précipite immédiatement vers les lieux du drame, ainsi que Kaïto en larmes qui se met à hurler désespérément le nom de son frère. Mais il est trop tard, on ne peut même plus s'approcher de l'écurie tant l'incendie est violent. Prostré, le journaliste n'arrive pas à croire ce qui vient de se passer, convaincu que le jeune homme vient de se suicider lui aussi. Mais tandis que le feu se propage régulièrement vers la serre, Ozaki se rappelle soudain les fleurs que soignaient Saki: s'il s'avère trop tard pour sauver le jeune homme, peut-être a-t-il encore une chance de sauver ses précieuses iéraïshan . Se précipitant vers la serre, le journaliste tombe soudain nez à nez avec Mme Takayanagi, que tout le monde recherche assidûment en cet instant. S'avançant devant le journaliste, un sourire radieux sur son visage aux traits tirés, la Vicomtesse présente à Ozaki les petites fleurs qu'elle tient dans le creux de sa main. Des iéraïshan dont pour la première fois, les corolles se sont ouvertes. "Saki...." prononce rêveusement Mme Takayanagi. Et prenant l'une des fleurs entre ses doigts, Ozaki comprend aussitôt. "C'est vrai ?.... Il a fleuri ?" demande-t-il, soulagé que son ami soit encore vivant. Car ce n'est qu'en faisant croire à sa mort que le jeune homme, obtenant sa liberté, aura enfin une chance de s'épanouir. Satisfait que Saki ait accepté de suivre son conseil et d'abandonner cette vie d'esclavage, Ozaki en est profondément heureux, d'autant plus qu'il est persuadé que tous deux se retrouveront un jour. "On se reverra. J'en suis certain."
----

|
Intrigue: Quand il était petit, Kaji vouait une véritable adoration à son voisin, un beau jeune homme d'une grande gentillesse qu'il appelait son grand-frère. Ses lèvres surtout le fascinaient, grandes et charnues, qui laissaient découvrir une rangée de dents éclatantes chaque fois qu'il souriait. On peut dire que ce jeune homme fut le tout premier amour de Kaji, ce n'est donc pas étonnant que lorsqu'il annonça un jour à son petit voisin qu'il allait se marier, ce dernier en ressentit un terrible choc ! Aujourd'hui encore, la perte de cet amour a laissé dans le coeur de Kaji un vide immense. Ce vide aurait pourtant pu être comblé par la naissance de Ryûsei, le fils de son cher voisin, mais hélas, un simple détail physique fait que Kaji ne parvient pas à l'aimer autant qu'il aimait son père. Car même enfant, il l'a tout de suite remarqué dès qu'on lui a présenté le bébé pour la première fois: Ryûsei a beau être le portrait craché de son père, ses lèvres sont différentes, ce qui modifie sensiblement l'atmosphère générale qu'il dégage. Les années passent, et désormais âgés respectivement de 26 et 17 ans, Kaji est devenu un salaryman tandis que Ryûsei étudie au lycée. Bien qu'il ne retrouve pas chez le fils de son voisin ces lèvres tant aimées, Kaji est quand même devenu ami avec Ryûsei depuis sa petite enfance et malgré près de dix ans de différence d'âge, ils ne se quittent jamais. En grandissant, le lycéen est à présent le portrait conforme de son père au même âge, depuis les yeux, le nez, jusqu'à cette taille démesurée bien au-dessus de la normale; si ce n'était toujours ces fameuses lèvres, qu'il a minces et serrées, ce qui lui donne toujours un air inamical et boudeur.
Un jour que Kaji rentre plus tôt de son travail, il décide de s'arrêter devant le terrain de sport du lycée de Ryûsei, où ce dernier, capitaine de l'équipe, s'entraîne en ce moment avec son club de baseball. C'est justement au tour de Ryûsei de lancer la balle, et en voyant avec quelle force et quelle énergie le jeune homme exécute cet acte, Kaji ne peut s'empêcher d'admirer sa prestance. Mais il n'est pas le seul à s'extasier sur le style et les performances de son ami: les cris enthousiastes des lycéennes qui se tiennent à ses côtés montrent au businessman combien Ryûsei remporte énormément de succès auprès de la gent féminine. Mieux, ce que Kaji voit d'habitude comme de l'inamabilité et de la froideur, vu par des jeunes filles en fleur, se change en virile timidité ! Mais tandis que les lycéennes discutent ainsi, ne lésinant pas sur les louanges, le sujet en vient au prochain anniversaire de Ryûsei: l'une des adolescentes souhaitant lui offrir une écharpe qu'elle a confectionnée elle-même, son amie lui explique que c'est justement le genre de cadeau que leur sempaï n'acceptera pas, car d'après la rumeur, il ne porte jamais d'autre écharpe que celle qu'il utilise déjà depuis si longtemps. Kaji n'a pas le loisir de s'interpeller sur ces paroles que Ryûsei vient soudain le rejoindre, lui enjoignant de l'attendre là jusqu'à ce qu'il ait fini de se changer afin qu'ils rentrent ensemble à la maison. A peine le jeune homme s'est-il éloigné que tous les regards des lycéennes se tournent aussitôt vers Kaji, se demandant bien qui peut être cet inconnu qui paraît si familier avec leur réfrigérant sempaï. Kaji n'a pas plus tôt expliqué que Ryûsei et lui sont amis d'enfance que le voilà bombardé de questions ! Si le salaryman fréquente le jeune homme depuis si longtemps, nul doute que lui doit connaître le secret de la mystérieuse écharpe ! Une rumeur dit qu'elle aurait été offerte à Ryûsei par son tout premier amour, mais un autre bruit raconte qu'il s'agirait en fait d'un objet que lui aurait laissé un être cher décédé.
Kaji ne saurait bien sûr avouer la vérité par crainte de décevoir l'imagination romantique des adolescentes (et aussi sans doute de se faire lyncher !), mais en réalité, c'est lui qui jadis avait offert cette écharpe à son ami. A présent la voilà toute usée et pleine de bouloches, et tandis qu'ils cheminent ensemble vers la maison, Kaji demande à Ryûsei combien de temps encore il a l'intention de porter cette guenille: ses groopies sont toutes prêtes à lui en offrir une; pourquoi ne pas accepter ? Bien sûr, le salaryman est content que le vêtement qu'il a offert à son voisin lui plaise à ce point, mais puisque cette écharpe est devenue le sujet d'un tas de rumeurs absurdes, mieux vaut qu'il en change afin de les faire taire. Cependant Kaji a beau tenter de le raisonner, Ryûsei ne veut rien entendre, se contentant de marmonner que la sienne est encore portable, et surtout qu'au fond ces rumeurs ne sont pas tout à fait infondées, ce qui ne manque pas de faire sursauter Kaji. Car si ce cadeau qu'il a fait à Ryûsei quand ce dernier était encore enfant représente sans doute pour lui un souvenir heureux, quand Kaji repense aux motivations plutôt impures qui l'ont poussé à faire ce geste, il n'est pas sans en éprouver de la honte: en fait, prétextant qu'il fallait à l'enfant quelque chose de chaud pour aller à la pêche, s'il a donné à Ryûsei cette écharpe si longue qu'il est obligé de l'enrouler plusieurs fois autour de son cou pour la porter, c'était tout simplement pour dissimuler sa bouche, afin qu'il ressemble davantage à son père ! Mais même si Kaji n'est pas très fier de son geste, il est trop tard à présent pour avouer la vérité à son ami.
Tandis qu'il marche quelques pas devant le salaryman, sur le point de dire quelque chose, soudain le lycéen s'arrête net. Dévisageant Kaji de son regard intense, il l'attire brusquement à lui, penche lentement son visage vers le sien.... Mais à l'instant où leurs lèvres sont sur le point de se toucher, Kaji détourne vivement la tête, refusant ce contact avec un brusque mouvement de rejet. Ryûsei n'insiste pas, et le regard triste, se contente de remonter son écharpe jusque sur son nez. "J'en changerais lorsque tu arrêteras de regarder fixement ma bouche," profère-t-il sentencieusement. Et sur ces mots, le jeune homme s'éloigne, sous le regard désemparé de Kaji.
Le lendemain, jour de congé, le salaryman n'arrive toujours pas à se remettre de la scène de la veille: l'espace d'un instant, il a bien cru que Ryûsei allait l'embrasser, de ces lèvres qui le préoccupent tant ! Mais tandis que Kaji se morfond ainsi, lasse de le voir broyer du noir dans la cuisine, sa mère l'envoie de force faire un tour dehors afin qu'il aille s'aérer la tête. C'est alors qu'entendant des éclats de voix dans la rue adjacente, Kaji se penche discrètement au-dessus du mur de son jardin: il aperçoit ainsi Ryûsei qui s'apprétait à partir à la pêche, en compagnie de deux des adolescentes rencontrées au lycée le jour précédent. Celle qui souhaitait lui offrir une écharpe tricotée main s'est quand même décidée à venir la lui remettre, néanmoins, s'excusant, Ryûsei refuse catégoriquement d'accepter ce cadeau. Selon lui, traiter quelqu'un avec gentillesse alors qu'on n'éprouve aucun sentiment pour cette personne, lui donner de l'espoir alors que l'on n'a aucune intention d'accepter son amour, c'est cela la véritable cruauté. Tout en prononçant ces mots, Ryûsei lève la tête vers Kaji dont il avait remarqué la présence, comme pour bien lui faire comprendre que c'est à lui qu'ils sont destinés, avant de reprendre lentement son chemin. Aussitôt le salaryman enjambe le mur pour s'élancer à sa suite, lui criant de s'arrêter, néanmoins Ryûsei ne se retourne pas, ôte simplement d'une main sa vieille écharpe qu'il dépose sur un muret. Aux reproches implicites du jeune homme, Kaji réalise enfin à quel point il a pu le blesser, combien il s'est conduit comme un imbécile. Et tandis qu'il s'approche pour récupérer l'écharpe, il remarque que celle-ci a été raccomodée en plusieurs endroits - par une main malhabile, certes, néanmoins les coutûres ont été réalisées avec un grand soin.... Pourquoi donc Ryûsei porte-il tant d'attachement à ce vêtement, alors que d'après ses paroles, le jeune homme connaît depuis longtemps la raison pour laquelle Kaji le lui a donné, qu'il a remarqué ses stupides intentions....
Afin d'en avoir le coeur net, Kaji vient rejoindre son ami au bout de la jetée où celui-ci a l'habitude de s'assoir pour pêcher, et tandis qu'il lui demande comment il a découvert qu'il était épris de son père, le lycéen répond que Kaji est si diablement spontané dans sa façon d'être qu'il suffit simplement de l'observer pour avoir une idée de ce qu'il a dans la tête. Longtemps auparavant, Ryûsei avait fini par s'apercevoir que son ami ne le quittait jamais des yeux, et en était venu à se persuader que c'était de lui que le salaryman était tombé amoureux. Seulement, à la manie qu'avait parfois Kaji de lui cacher la bouche en n'ayant l'air de rien et la joie qu'il paraissait en éprouver, Ryûsei avait fini par comprendre qu'il ne servait en réalité que de substitut à son propre père. "Et quand tu m'as offert cette écharpe...." Le lycéen va pour poursuivre son récit, mais Kaji ne lui en laisse pas le temps. A ce mot d'écharpe, il s'incline précipitemment devant le jeune homme, se répandant en sincères et plates excuses. Néanmoins ses remords laissent Ryûsei imperturbable, car selon lui même les singes sont capables de s'excuser ainsi. Alors, réalisant que de simples paroles ne suffisent pas, Kaji se dresse d'un bond au bord de la jetée, prêt à jeter l'objet du délit dans la mer de toutes ses forces ! Cependant Ryûsei ne l'entend pas ainsi. Retenant le bras de son voisin, il remet sa précieuse écharpe autour de son cou, lui assurant qu'il se trompe: si Kaji veut vraiment se faire pardonner, il faut simplement qu'il accepte enfin son baiser. Car lorsqu'il a accepté en toute connaissance de cause l'écharpe de Kaji, Ryûsei s'était fait une promesse: celle de devenir au plus vite un adulte accompli tel qu'on ne puisse plus le comparer à son père, puis de ravir à ce dernier le coeur de Kaji. Et surtout, de faire en sorte que le corps de son ami ne s'enflamme plus que pour ses lèvres seules ! Et bien qu'il rougisse de honte à ces paroles qui sous-entendent que Ryûsei désire leur future union charnelle, le salaryman doit bien s'avouer que même si sa bouche ne ressemble décidément pas à celle de son père, ces lèvres minces à la moue boudeuse lui plaisent terriblement !....
- Kuchibiru kara Biyaku ("L'Aphrodisiaque des Lèvres"), page 35. Ryûsei et Kaji ont finalement commencé à sortir ensemble, et afin que le jeune salaryman perde cette habitude persistante de fixer les lèvres de son bien-aimé, tous deux ont décidé d'une règle: à chaque regard suspect vers ses lèvres, Ryûsei aura le droit de lui administrer un baiser. Et Kaji ne pouvant s'empêcher de scruter sa bouche, il va sans dire qu'il se fait "punir" souvent ! Mais ces derniers temps, Kaji a remarqué que lorsqu'il se penche sur lui pour l'embrasser, Ryûsei ne le regarde plus de la même façon: il est vrai que le jeune homme qui s'apprète à entrer à l'université est presque un adulte à présent, et Kaji ne comprend que trop bien ce qu'il désire. Lui aussi a connu cette période à la fin de l'adolescence où le corps des jeunes hommes ne cesse de les tourmenter, comme s'ils étaient toujours en chaleur; mais le problème pour le salaryman est que c'est lui qui est l'objet des désirs charnels de son ami ! Kaji a beau aimer sincèrement Ryûsei comme il aimait jadis son père, il lui est difficile de s'imaginer de soumettre à lui en tant que partenaire passif. Mais bon, Kaji est également convaincu que s'il lui refusait son corps, Ryûsei n'essayerait pas de le forcer. ".... Et moi ? Moi, qu'est-ce que je désire ?" Tourmenté par la peur de passer à l'acte, Kaji doit s'avouer qu'il ne sait plus très bien où il en est. Cependant, Ryûsei ne laisse pas son bien-aimé se morfondre dans ses états d'âme bien longtemps: pour fêter son admission à l'université, il a organisé un petit voyage de trois jours au bord de la mer, et invite bien sûr le salaryman à l'accompagner. "En ce qui me concerne, annonce Ryûsei direct et franc, j'ai fais à ma manière tout ce que je pouvais. A présent, c'est donc à toi de choisir: tu viens ? Tu ne viens pas ?" Aïe.... Kaji comprend immédiatement où son ami veut en venir en l'éloignant jusqu'en un lieu où tous deux seront enfin seuls, sans craindre d'être dérangés par l'un ou l'autre de leurs parents. Il savait que ce moment viendrait, néanmoins, psychologiquement, il ne sent pas encore prêt !
Et pourtant, Kaji ne peut se résoudre à refuser l'invitation, si bien que quelques jours plus tard, les deux jeunes gens se retrouvent dans la chambre d'un hôtel de province situé en bord de mer. A peine arrivé, le salaryman réalise à quel point il est tendu rien que de se tenir dans la même pièce que Ryûsei, et se demande encore s'il a réellement bien fait de venir. Se dépêchant d'aller prendre son bain afin de dissimuler son trouble à son ami, une fois seul, les doutes l'assaillent avec plus de virulence que jamais: pourquoi donc se conduit-il ainsi.... Il n'est quand même pas une jeune fille, et du haut de ses 26 ans, il n'est plus non plus à l'âge de jouer les pucelles effarouchées, d'éprouver de la honte à l'idée de faire l'amour. "Qu'est-ce que Ryûsei représente pour moi...." se demande le jeune homme, s'efforçant de faire le point. C'est sûr qu'au début, Ryûsei n'était pour lui qu'un substitut à l'amour qu'il portait à son père. Mais maintenant, qu'en est-il ? "Maintenant, répond Kaji à lui-même, je ne cesse de poursuivre ses lèvres du regard, et chaque fois qu'elles m'embrassent, je me sens bien, je me sens heureux...." A la fin, Kaji conclut que ses tergiversations mentales s'avèrent complètement inutiles: tôt ou tard, de toute façon, il faudra bien en passer par là.... Et puis n'a-t-il pas accompagné Ryûsei jusqu'ici de sa propre volonté ? Puisqu'il a accepté de venir, il est trop tard à présent pour reculer ! Ainsi, mû par une résolution qu'il veut ferme, Kaji quitte brusquement la salle de bain pour s'en aller rejoindre son ami.
Mais hélas, une fois que le jeune homme simplement revêtu de la serviette de bain qui lui enserre les hanches se retrouve face à la silhouette de Ryûsei qui lui tourne le dos assis sur le lit, il ne peut empêcher son coeur de battre la chamade. Kaji a beau faire des efforts désespérés pour paraître naturel, il est si tendu qu'il parvient à peine à avancer ! "Inutile de te forcer", finit par prononcer Ryûsei sans même se retourner. "Ce n'est pas quelque chose qui exige une détermination comme si tu partais livrer un duel à mort", ajoute-il tristement, tout à fait comme s'il avait entendu les monologues intérieurs de Kaji. Puis, se levant, il dépose doucement un vêtement sur les épaules du salaryman. "Habille-toi. Tu vas prendre froid." Au visage tourmenté qu'arbore le lycéen, Kaji pense immédiatement que celui-ci est très en colère, il s'excuse alors de son attitude hésitante, lui assurant néanmoins qu'il est décidé à présent. Cependant, d'un ton brusque, Ryûsei s'écrie aussitôt qu'il se trompe: il n'est pas en colère contre Kaji mais contre lui-même, car irrité de constater que la manie qu'a le salaryman de contempler ses lèvres ne lui passe pas, toujours jaloux de son père, il a résolu de le faire totalement sien au plus vite, sans penser aux sentiments de Kaji. Voilà pourquoi, regrettant d'avoir ainsi voulu brusquer les choses, Ryûsei souhaiterait qu'ils en restent là pour le moment.
Mais c'est sans compter sur la volonté de Kaji ! Pour l'avoir côtoyé depuis sa plus tendre enfance, il connaît parfaitement le côté capricieux de son ami, c'est la raison pour laquelle il affirme que la manière impérieuse dont Ryûsei exprime ses désirs ne le surprend plus ! "J'ai mis tant de soin à laver mon corps.... ajoute timidement Kaji en appuyant sa tête sur la poitrine de son bien-aimé. Tu dois comprendre que je suis vraiment résolu à aller jusqu'au bout." Pressant Kaji sur son coeur, le lycéen ne dit mot, convaincu désormais que son ami a accepté ses sentiments. Et tandis que les lèvres de Ryûsei commencent à parcourir son corps, Kaji ressent une chaleur brûlante sur chaque parcelle de sa peau que celles-ci ont effleuré. Tout à fait comme si ces lèvres étaient enduites d'un puissant aphrodisiaque....

- Blood , page 59. Le père de Satoï, un riche PDG, vient de mourir, et les funérailles ne sont même pas encore achevées que la famille et les amis réunis pour l'occasion spéculent déjà sur celui qui va succéder au défunt: sera-ce son fils légitime Satoï ou bien Takaya, fils aîné mais né d'une maîtresse ? Satoï, qui vient juste de terminer ses études universitaires, semble peu qualifié pour parvenir à dompter les vieux collaborateurs roublards de son père; alors que Takaya, qui était le secrétaire particulier du défunt, ne manque ni de compétences, ni d'expérience.... Tristement assis à quelques mètres du troupeau familial, Satoï ne perd pas une miette de ces propos, mais lucide, ne s'en offusque pas: mieux que personne, il connaît parfaitement la grande différence de capacité qui existe entre son demi-frère et lui ! Voilà pourquoi, lorsqu'il se retrouve enfin seul avec son aîné, non seulement il annonce à Takaya qu'en tant que fils reconnu du PDG ce dernier n'a pas à se montrer aussi diligent envers les membres de la famille, mais que lui, Satoï, va quitter la maison. Après tout, explique le jeune homme, c'est sur Takaya que comptait son père, alors qu'à lui, le PDG n'a fait que dispenser des paroles sévères, lui reprochant de n'avoir pas assez conscience de son rôle de futur successeur. Satoï a beau reconnaître que son sentiment d'infériorité envers son aîné est bien puéril, depuis longtemps déjà il est convaincu que son départ est ce qu'il y a de mieux pour tout le monde, car même si son demi-frère et lui n'ont pas l'intention de se battre pour la succession, leur entourage a déjà commencé à se quereller à ce sujet.
Après avoir proféré sentencieusement ces paroles, Satoï va pour s'éloigner, lorsque Takaya le retient par l'épaule: jamais leur père n'aurait accepté une telle décision, tranche le jeune secrétaire, pas plus que lui-même n'est disposé à l'accepter. Adoptant soudain un comportement étrange, bien différent de celui de jeune cadre doux et paisible qu'il affiche d'ordinaire, Takaya plaque brusquement Satoï sur le sol, en face de l'autel funéraire où repose encore la dépouille du défunt. Décidément, pour Takaya Satoï n'a pas changé depuis sa petite enfance, agissant toujours conformément à ses sentiments, revendiquant librement amour, haine, colère selon les aspirations de son coeur, comme les membres de son entourage le lui avaient toujours permis. Le jeune homme ne peut imaginer comme son aîné détestait ce trait de son caractère, cette spontanéité non-bridée, lui qui en tant que simple fils bâtard était obligé de rester dans l'ombre et de taire ses sentiments....
Sur cet aveu, Takaya serre fermement d'une main le cou de son demi-frère, tandis que de l'autre, il commence à lui ôter ses vêtements. La colère froide qu'il semble éprouver donne au jeune cadre une force peu commune, au point que même un étudiant robuste comme Satoï ne parvienne pas à se libérer de son étreinte. Cependant Takaya poursuit sa harangue, expliquant à son cadet qu'il est victime d'un malentendu: l'amour de leur père n'a toujours été dirigé que vers Satoï seul; si le PDG l'avait placé à ses côtés en tant que secrétaire particulier, c'était tout simplement pour faire de son fils illégitime un serviteur idéal pour son héritier dans le futur, ainsi que pour le surveiller sans arrêt, afin que Takaya n'aille pas nourrir de mauvaises intentions envers son demi-frère. "C'est aussi dans ce but que cet homme m'a violé, alors que je n'avais encore que quatorze ans."
A cette déclaration terrible, Satoï retrouve d'un coup toutes ses forces et parvient enfin à repousser violemment son aîné: tout ceci n'est qu'un mensonge, il ne peut croire que son père ait été jusqu'à violer Takaya afin d'asseoir sur lui sa domination, de s'assurer de sa totale loyauté et soumission ! Mais tandis que le jeune homme dévisage son demi-frère avec un visage où se peint l'horreur et l'incrédulité, ce dernier ne tarde pas à repartir à l'assaut. Et le regard de ce jeune cadre aux lèvres ensanglantées après la morsure que lui a infligée Satoï s'avère si aigü, si féroce que l'étudiant se retrouve à nouveau incapable de bouger. Satoï ne parvient toujours pas à croire à toutes ces révélations: et dire qu'il a passé son temps à jalouser son aîné, aspirant ardemment à devenir comme lui, en ignorant tout de la réalité ! Mais à présent, tout est clair. Voilà pourquoi Takaya s'en prend à lui aujourd'hui: ceci est une forme de revanche à son égard et celui de son père, il veut faire endurer à Satoï ce que lui même à dû souffrir par sa faute.
"Une revanche ? Tu te trompes, Satoï." assure néanmoins Takaya lorsque le jeune homme lui fait part de ses conclusions. "Ceci est une cérémonie. Un dernier hommage envers le défunt...." Et tandis qu'il prononce ces mots, le visage du jeune cadre se fait soudain si doux et si triste que Satoï comprend enfin à cet instant combien son aîné aimait leur père en dépit de ce que ce dernier lui avait fait, qu'il était aussi triste que lui de sa mort, et peut-être même davantage.... Voilà pourquoi, il consent enfin à ce que son demi-frère lui demande et à se tenir tranquille entre ses bras. Tout en enlaçant Satoï face au portrait du PDG qui trône sur l'autel, Takaya s'adresse au défunt: "Regarde-nous. Plus jamais nous ne serons dominés par toi. A partir d'aujourd'hui, je protégerais Satoï de ma propre volonté. Satoï, je resterais toute ma vie auprès de toi." Après avoir prononcé ce serment, Takaya s'empare du corps de Satoï qu'il étreint avec fougue aux pieds même de l'autel funéraire. Mordant le jeune homme à l'épaule puis l'embrassant de sa langue ensanglantée, comme pour sceller le pacte, il lui fait goûter son propre sang. Et ainsi malmené dans les bras de son demi-frère, il ne sait pourquoi, Satoï éprouve un étrange soulagement. Comme si ce baiser sucré au gout de sang faisait fondre soudain cet amer sentiment de rejet qu'il n'avait cessé d'éprouver jusqu'à ce jour à l'égard de Takaya. "A présent, nous ne formons plus qu'un." Tôt ou tard vient inévitablement le jour où le corps ne devient plus que cendre, ou le sang se change en fumée. Néanmoins, jusqu'à la venue de ce jour, personne ne pourra les séparer, Takaya et lui....
- Kagari Oni ("Le Démon du Flambeau"), page 75. Cette histoire qui n'a rien de yaoï met en scène Seimei Yasubaï, le célèbre Onmyôji (Maître du Yin et du Yang) que l'on retrouve dans de nombreuses oeuvres de la littérature japonaise et particulièrement dans les romans de Baku Yumémakura. Shinano Oumi a participé avec d'autres mangakas connus à la confection d'un recueil mettant en scène ce personnage, et comme il s'agit de l'un de ses travaux qu'elle a beaucoup apprécié, elle a choisi de l'inclure dans ce livre, tout en espérant qu'un jour elle aurait l'occasion de reprendre cette histoire. Une BD d'action comme les aime cet auteur qui, même dans le genre yaoï, n'a dessiné pratiquement que des mangas mettant en scènes policiers, détectives ou autres justiciers.
Edo, à l'époque féodale. Au coeur d'une nuit profonde à peine éclairée par un unique flambeau, un domestique rentre ivre à la résidence de son maître lorsque soudain, il se fait attaquer par un mystérieux agresseur. Son cadavre est retrouvé le lendemain matin et vu la mort plutôt étrange du malheureux, le prêtre-exorciste Yasunori décide immédiatement de faire appel au fameux Seimei Yasubaï, le plus doué des Onmyôji du Japon. Ce dernier se rend donc sur les lieux du crime, accompagné de son assistant Shikigami, un esprit-loup qui a pris pour l'occasion l'apparence d'un jeune garçon afin de ne pas trop effrayer l'assistance - du moins les gens dotés de pouvoirs spéciaux capables de le voir ! A peine Seimei se trouve-t-il face à Yasunori qu'il affirme connaître déjà les raisons de son appel: l'attaque du domestique est probablement l'oeuvre d'un démon, ce qui entre dans le cadre de ses compétences. Acquiesçant, le prêtre se met en devoir d'expliquer que quinze jours plus tôt, le seigneur vivant dans cette résidence est aussi subitement qu'inexplicablement tombé gravement malade. En dépit de toutes les prières des prêtres-exorcistes qui se sont relayés à son chevet, depuis ce temps le seigneur ne montre pas le moindre signe de guérison. Et après ce qui vient de se passer la nuit dernière, Yasunori en est venu à se demander si cette maladie et la mort curieuse du domestique devant la porte de la résidence ne seraient pas liées de quelque façon, voilà pourquoi il a fait venir Seimei afin de tirer l'affaire au clair. Malgré les réticences de Shikigami qui proteste que ce "pépé" de Yasunori ne leur apporte toujours que des problèmes, Seimei intéressé décide d'enquêter sur-le-champ: après tout, son rôle en tant qu'Onmyôji n'est-il pas de veiller à la paix et la sécurité dans la capitale ?
En effet, à peine a-t-il observé les traces restées sur les lieux où l'on a découvert le malheureux domestique que Seimei constate aussitôt le caractère anormal de ce meurtre: on a retrouvé le cadavre complètement brûlé, les os de tout le corps broyés comme si quelque chose de très lourd lui avait passé dessus. Mais ce n'est pas tout: en se penchant à son tour sur les traces, grâce à son flair Shikigami perçoit l'odeur d'une bête ! L'esprit-loup n'a pas plus tôt annoncé sa découverte que Seimei remarque d'autres traces un peu plus loin: celles d'un kagaribi , sorte de trépied supportant un flambeau. Mais pourquoi est-ce qu'un de ces braséros aurait été placé là, juste devant la porte de la résidence ? De retour dans le jardin, tandis que Seimei contemple perplexe la silhouette triste et esseulée de l'épouse du seigneur des lieux, Shikigami s'assoit au bord de la rivière. Mais il ne tarde pas à sursauter en voyant une main et une voix inhumaine s'élever tout à coup de l'eau. Nul doute que cette voix est celle d'un démon, et elle s'adresse aussitôt à l'Onmyôji pour l'avertir que ce dernier aura bientôt besoin de son pouvoir; alors assurant être prête à lui prêter main-forte, la créature l'invite à faire appel à elle à n'importe quel moment. Peu surpris autant que satisfait de ce secours bienvenu, Seimei pense disposer désormais de tous les éléments nécessaires pour résoudre l'affaire qui le concerne, alors la nuit-même, il décide de passer à l'action. Il s'en va donc trouver le prêtre Yasunori, lui demandant de lui fournir quelques uns de ces braséros que contient la résidence, et surtout, lorsque les prêtres-exorcistes se réuniront cette nuit autour du seigneur malade, les informe de ne pas utiliser ces flambeaux durant leurs prières. Paroles bien énigmatiques pour Yasunori, mais connaissant le talent de l'Onmyôji, il acquiesce aussitôt à toutes ses requêtes sans l'interroger davantage.
La nuit venue, Seimei se tient sur le pont enjambant la rivière qui traverse le jardin de la résidence, les trois braséros qu'il a emprunté enflammés devant lui. Tandis qu'il commence son invocation, brûlant dans le feu des poupées de papier, le démon auquel il a parlé dans la matinée surgit bientôt de la rivière. Shikigami reconnaît aussitôt Kokuryû, une femme-dragon qui a un faible pour l'Onmyôji à l'exaspération de son jeune compagnon: nul doute que c'est pour tenter de lui plaire que celle-ci lui a proposé son aide ! Néanmoins leur véritable adversaire ne tarde pas à apparaître à son tour: entouré de flammes si intenses qu'on les croirait tout droit issues de l'Enfer, une sorte de chat géant tire derrière lui un grand carosse. "Je m'en doutais. Voici le Chariot de Feu", prononce Seimei d'un air grave. Shikigami aussi en a entendu parler, il s'agit du monstre qui vient chercher l'âme des défunts pour l'emporter dans l'Au-Delà. Mais dans ce cas, pourquoi ce "passeur" s'en prend-il aux vivants ? Seimei explique aussitôt à son compagnon que cette créature a été invoquée grâce aux braséros, en brûlant dans les braises des poupées de papier chargées de l'esprit de celui qui a lancé la malédiction, comme il vient de le faire à l'instant pour contraindre la bête à se montrer.
Mais s'il est clair à présent que quelqu'un de mal intentionné a appelé par magie cette créature, ce qui inquiète Shikigami est comment la combattre: car le démon est entouré d'un rideau de flammes si denses et dégageant une telle chaleur qu'il s'avère impossible de seulement s'en approcher. En réponse à ces interrogations, Seimei demande à kokuryû de se tenir prête, et tandis qu'il unit son propre pouvoir à celui de la femme-dragon de la rivière, une puissante cascade d'eau glacée vient s'abattre sur le Chariot de Feu, éteignant d'un coup toutes ses flammes. A présent que voilà le démon dépouillé de sa protection, Shikigami reprend son apparence de loup et se lance à son tour à l'assaut, mais hélas, l'autre bête est beaucoup plus puissante que lui et l'affrontement ne dure que quelques secondes tandis qu'il se fait jeter à terre. Kokuryû n'en vient pas à bout davantage, grâce à sa souplesse le chat-démon évite chacune de ses attaques pour finalement se précipiter sur Seimei. Horrifiés, ses amis croient un instant que la dernière heure de l'Onmyôji est arrivée. Mais alors qu'il est sur le point de se faire déchiqueter d'un coup de patte, calme et concentré, Seimei réagit au dernier moment pour assener au monstre une rafale de son pouvoir qui le transperce de part en part. Néanmoins l'Onmyôji n'avait pas l'intention de tuer le démon, juste de le purifier de la magie qui le maintenait en esclavage et l'obligeait à se matérialier en ce monde pour attaquer les vivants. Une fois libéré, le démon-chat retrouve d'un coup son ancienne personnalité et ravi, vient frotter sa grosse tête contre le visage de Seimei pour lui témoigner sa reconnaissance, avant de repartir vers l'au-Delà en traînant son chariot. "Est-ce vraiment sage de le laisser s'en aller ?" demande Shikigami avec incertitude. Mais Seimei lui explique que ce monstre n'a commis aucun crime, il n'a fait que subir les effets d'un envoûtement. Le véritable criminel est ce pouvoir issu d'une haine farouche capable d'envoûter et de manipuler même les démons ! Qu'y a-t-il en effet de plus terrifiant, de plus horrible que les ténêbres que renferme un coeur humain ?
Le lendemain matin, le prêtre-exorciste Yasunori félicite Seimei pour son excellent travail. Ce dernier avait raison sur toute la ligne: en demandant aux prêtres d'entourer elle aussi l'épouse du seigneur malade qu'ils protégeaient d'un kekkaï (barrière magique), ils se sont aperçus que c'était elle la responsable du mauvais sort qui leur a causé tant d'ennuis. Car quand Seimei a rompu la malédiction, celle-ci comme c'est l'usage a été renvoyée à la personne qui l'avait formulée, mais grâce au kekkaï et à la protection des prêtres, la jeune femme a néanmoins pu s'en sortir avec la vie sauve. En fin de compte, le domestique n'est mort que parce qu'il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment; celui qui devait à l'origine être emporté par le monstre était le seigneur lui-même ! "Vous êtes trop bon, Seimei", remarque Shikigami tandis que son compagnon et lui repartent vers d'autres aventures. Pourquoi avoir secouru la responsable de la malédiction ?" Tristement, l'Onmyôji répond que la jeune femme n'avait pas lancé cet envoûtement avec de mauvaises intentions: elle se languissait tant de l'amour que lui portait jadis son époux que la dépression l'avait finalement amenée à ce geste désespéré. Comme les braises attisées par le vent élèvent d'un coup leurs flammes vers le ciel, le sentiment d'une perte insoutenable fait naître d'épaisses ténêbres au plus profond du coeur d'un être humain. Et ce sont ces ténêbres, comme les flambeaux qui noircissent le ciel de leur fumée, qui invitent les démons à se manifester....
- Datenshitachi no Yoru ("La Nuit des Anges Déchus"), page 101. Edward, surnommé Eddy, est le fils d'un riche lord anglais qui lui a laissé à son décès un magnifique château ainsi qu'une prodigieuse fortune. Mais son père lui a également laissé Ashley, un jeune homme un peu plus âgé qu'Eddy, qui est venu vivre au château avec sa mère dix ans plus tôt quand le lord s'était remarié. Lorsque sa belle-mère est décédée à son tour, Edward aurait pu mettre ce "frère" avec lequel il n'a aucun lien de sang à la porte, cependant il lui a permis de rester vivre au château, bien qu'il ait fait de ce séduisant jeune homme brun son souffre-douleur. Car Eddy s'en prend à Ashley à tous propos, au point que même les domestiques ne peuvent s'empêcher de prendre la défense du jeune homme ! Ils ont bien du mal à reconnaître le ravissant ange blond qu'était jadis le fils de leur maître, si gentil et si doux, et ne voient qu'une explication à ce soudain changement de personnalité: hériter si jeune de la fortune de son père lui a tourné la tête. Néanmoins Ashley supporte toutes les boutades et les coups sans broncher, évoquant la reconnaissance qu'il doit à son beau-père pour tous les bienfaits qu'il a reçus de lui: il n'aura pas de trop de sa vie entière pour rembourser sa dette en veillant sur le jeune héritier. Et Ashley n'oublie pas non plus qu'à la mort de sa mère, Edward aurait très bien pu le jeter dehors, il en avait parfaitement le droit. Le jeune homme s'estime donc vraiment heureux que son beau-frère lui ait permis de rester.
Pourtant, cette apparente inimitié entre les deux garçons n'est en réalité qu'une façade destinée à leurrer les domestiques et leur cacher la véritable nature des sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre: si en public Edward s'en prend violemment à Ashley et fait tout pour l'humilier, en privé, c'est radicalement l'inverse ! Une étrange relation sadomasochiste s'est instaurée entre les deux frères depuis la mort du lord, voilà pourquoi Ashley a eu l'idée de cette mise en scène: plus Eddy s'en prend à lui en public, et plus terrible sera la punition qu'il recevra en retour quand ils se retrouveront seuls. Mais un jour, tandis que Ashley vient le rejoindre dans sa chambre afin de lui administrer l'une de ces "punitions", Edward au bord des larmes assure à son beau-frère qu'il ne peut plus continuer ainsi: c'est si dur pour lui de traiter devant les autres avec tant de mépris celui qu'il adore pourtant.... Néanmoins, Ashley lui signifie qu'il n'est pas question d'arrêter de jouer la comédie, car plus le garçon se montre odieux avec lui en public, plus lui-même se montre capable de l'aimer dans l'intimité. Ashley a besoin de cette relation SM, elle l'aide a exorciser le passé.
Raillant la manière dont Eddy jouit de ses manières brutales, Ashley lui lance que de ce point de vue-là, il n'a rien à envier à son pervers de père ! D'un sourire ironique, le jeune homme exhibe alors les cicatrices qui recouvrent son corps, vestiges de toutes ces blessures que le lord lui a infligées jadis, rappelant à Edward les circonstances du pacte qui les lie désormais tous les deux. Car à la mort de sa mère, son beau-père s'est mis d'un coup à le martyriser, lui infligeant des tortures sexuelles lors de séances sadomasochistes, et Ashley ne doute plus à présent que lorsque le lord a épousé sa mère, en réalité c'était lui qu'il visait. Mais un jour, l'une de ces séances a mal tourné et le jeune homme a perdu un oeil, blessure terrible qui défigure son beau visage et qu'il cache sous une longue mèche de cheveux. Pourtant, durant tout le temps que Eddy et lui grandissaient ensemble comme deux frères, jamais Ashley n'a soufflé mot à quiconque de ce qu'il endurait. Alors que Edward jouait les gentils petits princes au visage d'ange, lui devait conserver son terrible secret, ravaler sa peine et sa souffrance. Son calvaire a ainsi duré six ans, jusqu'à la mort de son beau-père, et jusqu'au bout, il n'a pas fait la grâce à son bourreau de montrer du plaisir à ses tortures sexuelles. Mais à présent, c'est au tour de Edward de subir ce qu'il a subi, lui qui a vécu dans l'insouciance en ignorant tout de ce qui se passait autour de lui.
Eddy n'ose l'avouer à voix haute, mais en réalité, il savait: un jour, quand il était encore presque un enfant, il a découvert par hasard la salle secrète où son père se livrait à ses séances SM, mais en extase devant la beauté d'Ashley, il n'avait pas fait un geste pour le secourir, restant contempler le spectacle dissimulé derrière une porte. Ce que subissait son grand-frère, au lieu de l'horrifier, lui avait procuré un sentiment de désir, et il avait jalousé son père de posséder ainsi un être aussi beau. Et puisque en dépit de tout ce que le lord lui faisait subir Ashley n'a jamais voulu fuir cette maison, nul doute que lui aussi aimait son beau-père indigne, même s'il se refusait à lui appartenir totalement. Voilà pourquoi, Edward estime qu'il est de son devoir de payer à présent, non seulement pour les actes de son père, mais aussi pour ses propres désirs coupables qui l'ont empêchés de tenter de secourir Ashley, et surtout pour avoir fait semblant de ne rien voir. Du moment que les blessures que lui infligent son frère lui permettent de refermer quelque peu les siennes, il se sent prêt à endurer les pires humiliations, à prendre sur lui la tristesse et la souffrance d'Ashley. Comme Eddy appartient tout entier à son grand frère, le jeune homme n'appartient qu'à lui seul, pour l'éternité....

- Sôdashô ("Les Deux Serpents Jumeaux"), page 129. Kôki Nagasé, jeune salaryman, était autrefois un kambu, un chef yakuza. Aujourd'hui cadre dans une société, malgré son retour à la vie ordinaire, il n'a pas complètement rompu les liens avec son ancien clan et continue de rencontrer Rin Kashima, son ami et amant. Un soir qu'après de tendres étreintes Kôki s'apprète à prendre congé de ce séduisant kambu au visage viril barré d'une cicatrice, il lui fait part de son inquiétude concernant leur relation: Rin ne risque-t-il pas d'avoir des ennuis pour continuer de fréquenter ainsi un homme qui a démissionné de leur clan ? Question à laquelle le kambu répond que leur Parrain, Mr. Kirioka, demande simplement quand est-ce que Kôki va se décider à réintégrer leurs rangs. Car cela a beau faire déjà quatre ans que le jeune homme est retourné à la vie honnête, le vieux yakuza doute toujours que celui-ci ait définitivement renoncé à ses anciennes activités et continue d'espérer son retour. Mais tandis que les deux amants s'enlacent encore dans la chambre de Rin avant de se séparer, un autre jeune homme surgit soudain dans la pièce et se fige net en découvrant le couple: il s'agit de Kenji, une jeune recrue qui voue à Rin une vive admiration et voit d'un très mauvais oeil sa liaison avec Kôki, qui selon lui est un lâche d'avoir ainsi abandonné son clan. Quant au salaryman, c'est avec un certain amusement qu'il perçoit cette jalousie que ressent Kenji à son égard, car il a remarqué que le jeune yakuza contemple Rin de la même manière que lui le faisait autrefois. Pour avoir grandi dans un environnement familial sordide avec un père ivrogne qui le battait, le coeur glacé, Kôki était très vite devenu un voyou toujours prêt à se lancer dans de sanglantes bagarres. Et c'est lors de l'un de ces affrontements entre bandes rivales qu'il avait un jour rencontré Rin. "Si tu veux vraiment t'amuser, je suis ton homme !" avait prononcé ce jeune homme sombre en le défiant. Dressé devant lui, Rin semblait enveloppé d'une aura plus brûlante que des flammes, au point que Kôki en avait été impressionné jusqu'aux tréfonds de son coeur....
Un soir que Rin et Kenji viennent inspecter l'une des boîtes de nuit du clan qui a dû récemment essuyer des troubles, ils tombent par hasard sur Mr. Sudô, un kambu de haut rang qui est le propre bras droit de leur Parrain et le propre oncle de Rin. Sudô profite de cette rencontre pour demander à son neveu s'il a parlé à Kôki à propos de son éventuel retour dans le clan, car leur chef attend toujours sa réintégration avec impatience. Néanmoins, Rin répond que mieux vaut laisser tomber cette histoire, et Sudô acquiesce, lui aussi d'avis qu'on laisse Kôki tranquille. Tandis que Rin discute avec le personnel de la boîte, Kenji qui a suivi toute la conversation avec grand intérêt en profite pour aborder Sudô: le garçon voudrait savoir pourquoi Mr. Kirioka, dirigeant d'un des clans les plus importants de la pègre japonaise, tient autant à quelqu'un qui a démissionné. "Tu n'aimes pas beaucoup Kôki, on dirait ?" remarque Sudô avec un sourire ironique. Et ne pouvant nier, Kenji répond que c'est bien normal, car pour lui Kôki n'est qu'une femmelette ! Sudô avertit alors le garçon de prendre garde à ses paroles: mieux vaut que son jeune chef bien-aimé ne l'entende pas dire ainsi du mal de son ancien partenaire ! Car selon le vieux rite yakuza, Rin et Kôki ont échangé leurs coupes après en avoir bu chacun la moitié, ce qui fait d'eux des frères et le parfait égal l'un de l'autre. Il existe entre des deux-là un lien inaltérable, que Kenji a tort de mépriser.
En dépit des explications de Sudô, Kenji ne veut toujours rien entendre, car selon lui il existe un écart immense entre Rin et Kôki. Ne dit-on pas que le jeune kambu est si compétent qu'il est destiné à devenir dans le futur le nouveau bras droit de leur chef ? Il n'est pas seulement viril et athlétique, c'est un fauve dressé pour le combat, celui que ses ennemis craignent sous le nom Kashima le Serpend Noir en raison du magnifique tatouage qui orne son dos. Les paroles de Kenji laissent tellement transparaître son admiration pour Rin que Sudô ne peut s'empêcher d'éclater de rire: nul doute que le jeune yakuza aspire lui aussi à échanger une coupe avec un kambu tel que Rin, rite qui ferait de lui son partenaire attitré ! Sudô l'avertit néanmoins que Kôki a beau avoir démissionné du clan, le pacte que celui-ci a signé jadis avec Rin tient toujours, alors inutile d'espérer tant que Kôki vivra que Rin accepte un autre partenaire. D'ailleurs, ajoute Sudô en ébourriffant les cheveux du garçon, un novice comme Kenji est encore bien loin d'arriver à la cheville d'un homme tel que Kôki. Paroles qui ne manquent pas de vexer le jeune yakuza....
Le lendemain en fin d'après-midi, aux bureaux de la société où il travaille, Kôki refuse pour la énième fois l'invitation de ses collègues qui le conviaient à venir boire un verre avec eux. Embarrassé par sa propre gêne, le jeune homme doit reconnaître que pour avoir trop longtemps évolué dans les milieux de la pègre, il n'arrive toujours pas à s'habituer à l'atmosphère paisible et cordiale de sa vie de salaryman. Mais tandis qu'il se fait ces réflexions, son portable se met soudain à sonner, et bientôt retentit à son oreille la voix suppliante de Kenji: le jeune yakuza dit s'être fait capturer par des membres d'un clan rival, et prétendant ne pas vouloir causer d'ennuis à son jeune chef Rin, il implore Kôki de venir à son secours ! Bien sûr, Kôki se rend sans hésitation au lieu indiqué, pour découvrir sans trop de surprise qu'il s'agissait en réalité d'un piège: irrité de voir le jeune homme rôder sans arrêt autour de son chef, Kenji a demandé leur collaboration à quelques potes afin de lui donner une bonne leçon et le convaincre de disparaître définitivement de la vie de Rin.
Joignant le geste à la parole tout en jouant les poseurs, Kenji assène un violent coup de genou dans l'estomac de Kôki, mais loin de paraître souffrir et encore moins impressionné, le salaryman se contente de laisser échapper un ricanement moqueur qui a tôt fait de mettre Kenji hors de lui ! Mais à cet instant retentit soudain dans la cour déserte une voix familière, qui ordonne au jeune yakuza de cesser ses bêtises. Apparaît bientôt la silhouette de Rin, accouru sur les lieux comme les cinq voyous le lui ont demandé. Kenji n'y comprend plus rien ! Ses manigances visant à le débarrasser de Kôki devaient pourtant rester un secret pour son chef !? Mais le jeune yakuza apprend bien vite et à ses dépens qu'il s'est fait avoir: les voyous n'en ont rien à faire de ses petites magouilles, ils ne désirent ni plus ni moins que la peau de Rin Kashima ! Car s'ils parviennent à mettre définitivement hors de course ce membre éminent et tant redouté du clan Kirioka, ils auront alors toutes les chances d'intégrer le clan rival Sakuma comme ils en ont l'intention, en livrant la preuve de leurs compétences.
Kôki et cet imbécile de Kenji pris en otages, voilà Rin dans l'impossibilité de bouger. Mais puisque Kôki n'est plus un yakuza, il refuse de le mêler à cette affaire et enjoint donc à son ami de fuir. Le kambu n'a pas plus tôt prononcé ces paroles qu'irrité de son calme et de son assurance, deux des voyous commencent à le rouer de coups sous les exclamations désespérées de Kenji. Jusqu'à ce que finalement l'un des voyous brandisse un couteau, décidé à en finir une bonne fois pour toute avec leur ennemi. "Crève !" hurle-t-il en abaissant violemment son arme. Mais c'est sans compter l'intervention de Kôki, qui s'interpose juste à temps entre Rin et son agresseur. Le coup de couteau que le jeune homme reçoit dans le dos déchire sa veste et sa chemise de part en part, révélant le magnifique tatouage qu'il porte sur le corps. Les voyous tout comme Kenji n'en reviennent pas ! Le salaryman arbore le même emblême que celui de Rin Kashima, mais inversé: un serpent blanc entouré de flammes noires, preuve incontestable de son haut rang parmi les yakuzas. Ses assaillants comprennent enfin leur erreur, mais trop tard: le fait que l'on essaye d'attenter à la vie de son ami a réveillé le côté sombre de la personnalité de Kôki, dont le sourire cruel et le regard acéré n'ont rien à envier au serpent qui orne son dos. Avec une rapidité et une violence inouies, il a tôt fait de se débarrasser de ses agresseurs sous les regards horrifiés de l'assistance. Mais lorsque le jeune homme devenu complètement berserk ramasse à terre un couteau avant de s'élancer vers le chef des voyous qui tient Kenji en otage, Rin se poste entre lui et sa future victime. "....Kôki. Cela suffit." prononce le kambu calmement, en regardant son ami droit dans les yeux. Et grâce à son intervention, le salaryman reprend enfin le contrôle de lui-même. A cet instant, l'oncle Sudô arrive à son tour avec ses propres hommes, si bien que les minables petits voyous finissent par décamper sans demander leur reste.
Une fois le calme revenu, Rin enlace Kôki en l'enveloppant dans son manteau, puis s'excuse auprès de son oncle de lui avoir fait perdre son temps en l'entraînant dans cette affaire. Mais au contraire, Sudô est plutôt content, car ainsi il a pu assister à un spectacle qu'il n'avait pas eu l'occasion de voir depuis longtemps: le Serpent Blanc en pleine action ! Il enjoint néanmoins à son neveu d'emmener Kôki et de veiller à ce qu'il se repose. Tandis que Rin entraîne avec lui le jeune homme blessé au dos, Sudô se penche cette fois sur Kenji toujours affalé par terre après la peur terrible qu'il vient d'éprouver, et le kambu plus amusé que véritablement en colère lui fait réaliser comme c'était stupide d'essayer de porter la main sur Kôki: le jeune yakuza aurait pu y laisser la vie ! Mais désormais empli d'une crainte respectueuse à l'égard du salaryman, Kenji demande à Sudô qui est Kôki en réalité. Le kambu raconte alors que jadis, il y avait dans le clan deux hommes que l'on surnommait Le Serpent à Deux Têtes de Kirioka. Le Serpent Noir représentait l'action, le Serpent Blanc la tranquillité. Néanmoins quand le Serpent Blanc se voyait forcé d'agir, il devenait aussi terrifiant qu'un dragon. Des deux serpents il était le pire et le plus craint, car dans sa manière de se battre on ne décelait pas la moindre hésitation, pas une once d'humanité tandis qu'il devenait berserk jusqu'à ce qu'il ait éliminé tous ses ennemis.
Seulement, la folie meurtrière du Serpent Blanc représentait également un danger pour son équipier. Le Serpent à Deux Têtes ne possédant qu'un seul corps, si l'un mourait, l'autre le suivrait dans la mort immanquablement. Voilà pourquoi Kôki a préféré démissionner du clan avant que ses accès de violence démente ne coûtent la vie à son bien-aimé. Cette cicatrice que Rin porte au visage, n'est-ce pas le jeune homme lui-même qui la lui a jadis infligée, un jour que Rin tentait de l'arrêter alors qu'il avait pêté les plombs et s'aprétait à s'élancer pour affronter simplement armé d'un couteau un adversaire armé d'un revolver ? A cet instant, Kôki avait eu le douloureux pressentiment que tôt ou tard, son ami finirait par perdre la vie à cause de lui. Pas une seule fois le jeune homme n'a éprouvé de l'hésitation à mettre en danger sa propre existence, mais Rin représente tout pour lui, et il ne pourrait supporter de le perdre. Alors, tandis qu'une fois en sécurité dans l'appartement de Rin, celui-ci s'empare de son corps après avoir soigné sa blessure, que les serpents blanc et noir s'entremêlent, Kôki demande au kambu de lui faire une promesse: celle que si jamais Rin venait à mourir, où qu'il soit, il revienne le tuer de sa main, afin que leurs âmes puissent demeurer ensemble éternellement....
|
- Smile Killer , page 153. Mr Michihara, cadre d'élite, travaille dans une maison d'édition. Il a sous ses ordres le jeune Tamaki Junya. Bien qu'entré dans la société il y a déjà deux ans, ce dernier ne cesse d'accumuler les gaffes mais réussi toujours à s'en sortir sans se faire disputer grâce aux sourires radieux qu'il distribue sans compter. Michihara seul reste insensible à son charme et se pose des questions sur la personnalité de Tamaki: malgré ses efforts, le travail du jeune homme n'a pas grande valeur; pense-t-il toujours pouvoir s'en tirer ainsi en s'octroyant les faveurs des autres par un sourire ? De drôles de bruits courent également sur les relations que Tamaki entretient avec les auteurs dont il a la charge, ce qui irrite de plus en plus Michihara, sans qu'il en comprenne la raison. Mais à la suite d'une autre bévue du jeune homme, Michihara va enfin découvrir le drame qui se cache sous son visage rieur....
Concernant les oeuvres de Shinano Oumi, voir également Be Boy Zips 16 chap.4.
- Romans d'Horreur -
- Manga Fantastique et Horreur -
- Artbooks Fantastique et Horreur -
- Romans Yaoï -
- Mangas Yaoï -
- Artbooks Yaoï -
- Be Boy Zips -
- Be Boy LUV -
- Cartes Postales -
- Service VPC -
- News et Potins -