|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| |||||||||||||||
| |||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
| |||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
| ||||||||||||||||||||||||
|
|
| ||||||||||||||||||||||||||
|
|
| ||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
| ||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
| ||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
| |||||||||||||||||||||||
* Love Mode 1 -----------------* Love Mode 2------------------- * Recipe----------------- * Ze 6
* Love Mode 3 -----------------* Love Mode 4------------------- * Ze 1- ------------------ * Ze 7
* Love Mode 5 -----------------* Love Mode 6------------------- * Ze 2 ------------------- * Ze 8
* Love Mode 7 -----------------* Love Mode 8------------------- * Ze 3 ------------------- * Ze 9
* Love Mode 9 -----------------* Love Mode 10----------------- * Ze 4
* Love Mode 10 - 2ème partie ------* Love Mode 11-------- * Ze 5
|
- Dolce , p.101: Reiji est tombé amoureux de Naoya, ils vivent désormais ensemble; cela aurait du suffir à rendre le garçon heureux. Et pourtant, ces derniers temps, de plus en plus de pensées égoïstes viennent malgré lui traverser son esprit: comme ces chocolats que le lycéen est en train de dévorer, qu'après en avoir goûté un on ne peut plus s'arrêter de manger, de jours en jours son désir pour son ami va croissant. Mais sans doute le businessman ignore-t-il que son jeune amant est assailli par de si irrépressibles pensées. Car ce soir encore, enfilant son costume tout en conversant au téléphone avec son secrétaire, Reiji s'apprète à partir travailler. "Ne va pas au bureau.... Ce soir, reste auprès de moi...." Voilà les paroles que cet après-midi, Kiichi a conseillé de prononcer à Naoya. De temps en temps, il est bon que ce dernier fasse quelques caprices, et nul doute que câliné par quelqu'un d'aussi mignon que le jeune homme, Reiji ne pourrait que craquer ! A moins que, si le lycéen timide n'ose vraiment pas essayer cette méthode, Kiichi se débrouille pour l'introduire en guise de "petit en-cas" dans le bureau du businessman, comme il l'avait fait le soir de l'anniversaire de Reiji ?
Rien que de se souvenir de cette nuit brûlante passée au B&B Club, des caresses et des assauts de son ami, Naoya écarlate sent subitement son corps s'enflammer. En sueur, il commence à avoir du mal à respirer, tandis que ses esprits deviennent de plus en plus vaporeux. Reiji finit par remarquer l'état anormal dans lequel se trouve son jeune compagnon et croit tout d'abord que ce dernier ne se sent pas bien; mais avisant soudain la boîte de chocolats à l'enseigne du Blue & Boy sur la table basse, aux trois-quart vide, il ne tarde pas à comprendre ce qui s'est passé ! Tandis que le businessman s'enquiert de la provenance de ces friandises, Naoya lui explique comment au retour de l'école il a par hasard rencontré Kiichi, qui lui a offert ces chocolats en lui recommandant de les manger en dessert ce soir au dîner.
Tout en parlant, le lycéen sent son état empirer rapidement. Se demandant que faire, par crainte que son compagnon ne remarque la véritable nature de son trouble, Naoya se lève en chancelant, bredouillant qu'il va se coucher. Mais ses jambes ne sont déjà plus capables de le porter et tandis qu'il s'effondre sur le sol, Reiji a juste le temps de se jeter entre le jeune homme et la table basse afin de lui éviter une chute douloureuse. Cependant, alors qu'il sent contre son bassin la chaleur du corps de son ami, le désir qui torture Naoya se fait d'un coup si insoutenable qu'il finit par s'enfuir en courant. S'élançant à sa suite, Reiji le retient par le bras, mais découvrant les larmes de honte qui viennent mouiller le visage douloureux de son jeune amant, bouleversé, il le plaque soudain contre la porte de la chambre. Caressant d'une main l'objet des souffrances de Naoya, Reiji lui administre un long et profond baiser. Puis, une fois que le lycéen s'est un peu calmé, le businessman s'efforce de le rassurer en lui expliquant que son excitation est due aux chocolats qu'il a mangé tout à l'heure, qui contiennent un puissant aphrodisiaque. Tout va bien, Naoya n'a pas perdu la raison, il ne doit pas pleurer ainsi. Néanmoins, jusqu'à ce que ne disparaisse totalement l'effet de la substance, Reiji sait bien que le jeune homme va devoir encore verser beaucoup de larmes. Et entraînant Naoya dans leur chambre, s'étendant avec lui sur le lit, il se met en devoir de le soulager de son mal. Puis, tandis que le businessman l'embrasse tendrement, le jeune homme passe les bras autour de son cou, lui murmurant à l'oreille d'une voix à peine audible ces paroles qu'il rougit d'oser prononcer, auxquelles bien sûr, comme Kiichi l'avait prévu, Reiji ne peut qu'acquiescer en souriant.
Le businessman reste donc la nuit entière auprès de Naoya, jusqu'à ce que le lendemain matin, tous deux soient réveillés par l'arrivée inopinée du médecin, venu leur apporter d'autres chocolats. Avec un visage rayonnant et satisfait, le rusé Kiichi s'excuse de sa méprise: par mégarde, il s'est trompé de boîte et a fini par remettre au lycéen les chocolats aphrodisiaques que lui avait demandé un ami. "J'espère que vous ne les avez pas mangés ?" ajoute-il malicieusement. Mais répondant qu'il a jeté la boîte, Reiji furieux ordonne à son frère de s'en aller sur-le-champ. Connaissant mieux que personne le caractère de Kiichi, il devine parfaitement que ce dernier a fait exprès de se tromper. "Comment ? Tu mettrais ton grand frère venu gentiment te rendre visite dehors sans même lui offrir une tasse de thé ?" réplique le médecin sans se départir de sa bonne humeur. "Quel toupet ! s'exclame Reiji. Alors que tu débarques à l'improviste à 5 heure du matin !"
Tandis que les deux frères se disputent ainsi, Naoya a si honte qu'il ose à peine lever les yeux vers le visage du médecin; et pourtant, le matin de ce jour, tout en mangeant les véritables chocolats apportés par Kiichi, l'un joyeux, l'autre renfrogné et le troisième honteux à se cacher sous terre, c'est ensemble que les trois compères burent une tasse de thé.
- Remedy , p.117: Tourmenté par une forte fièvre, Naoya est couché, malade. Pour Reiji, celà ne fait aucun doute, le jeune homme a attrapé la grippe. Tandis que le businessman s'empresse d'appeler Kiichi afin que le médecin vienne au plus vite, Naoya se souvient. Deux ans se sont écoulés depuis la dernière fois qu'il a été grippé. A ce moment, il était encore seul et abandonné de tous, maigre comme un passe-lacet. Il travaillait alors comme garçon à tout faire dans un night-club miteux, où il était traité durement, chargé de toutes les basses besognes. Et forcé de gagner lui-même sa vie pour subvenir à ses besoins, malgré les premiers symptômes de la maladie, il n'avait pas le moindre instant pour dormir. Tard dans la nuit, lorsque l'adolescent peut enfin rentrer à son studio, c'est pour remarquer qu'on vient de lui couper l'électricité pour défaut de paiement des factures. Pour comble de malheur, il ne lui reste plus un seul médicament. Naoya se sent pourtant de plus en plus mal, et bien qu'il n'ait déjà pas grand chose dans l'estomac, voilà que la nausée le prend.
Etendu misérablement sur le tatami froid, Naoya se demande s'il va mourir ainsi, seul et sans secours; et tandis qu'il lève les yeux vers la photo de sa famille défunte posée sur le buffet, l'adolescent en vient à se demander si ce ne serait pas d'ailleurs mieux pour lui. Oui, la mort lui serait plutôt une délivrance.... Et prenant la photo entre ses mains, Naoya au désespoir ne peut plus contenir ses larmes. "Pourquoi...? demande-t-il aux siens. Pourquoi avez-vous tous péris en me laissant comme seul survivant...!? Revenez près de moi, restez à mes côtés rien que maintenant.... Maintenant seulement, je vous en supplie...."
Tandis qu'à cause de la fièvre le jeune homme se retrouve plongé dans cet horrible cauchemar d'il y a deux ans, dans son sommeil Naoya verse encore des larmes, répétant désespérément ces mots, "Restez près de moi...." Mais cette fois, quelqu'un lui répond. Essuyant sa joue mouillée, caressant ses cheveux, Kiichi apaise Naoya d'une voix douce: Reiji et lui ne vont pas le quitter, alors que le jeune homme se rassure et dorme tranquillement. Entendant ces paroles à travers ses rêves, Naoya en éprouve un indicible réconfort....
Deux jours passent, et fidèle à sa promesse, Kiichi ne quitte pas le chevet du jeune homme, au grand dam de Reiji. Jusqu'à quand son grand-frère a-t-il l'intention de s'éterniser dans son appartement ? Alors que la fièvre de Naoya est déjà tombée ! "Lors d'une grippe, c'est la convalescence le moment le plus crucial, tu ne le savais pas ?" répond le médecin avec humour, faisant manger des tranches de fruit à son jeune patient. "Quoi !? C'est le début qui est crucial !!" rétorque Reiji consterné. Il voudrait être seul avec Naoya et voit bien que son aîné - comme d'habitude - se moque de lui. Mais Kiichi, qui lui aussi veut s'occuper du jeune homme, clôt le bec à son jeune frère en le traitant d'insolent. Pendant ce temps, l'objet de cette dispute demeure silencieux à contempler la rixe du médecin et du businessman, honteux d'en être ainsi la cause. Mais bientôt, sa gêne fait place à un sourire radieux. Certes, rien ne vaut une bonne santé; mais traité avec tant de soin et de tendresse, ce jour-là pour la première fois, Naoya se dit que de temps en temps, attraper la grippe ne s'avère pas désagréable....
- Crazy for you , p.125: Une année au moins a passé. S'éveillant au milieu de la nuit, Reiji soucieux s'allume une cigarette. A ses côtés, Naoya endormi pousse un léger gémissement. Les yeux du jeune homme sont encore rouges de toutes les larmes qu'il a versées durant leur étreinte, et ramenant les couvertures sur son corps frêle, Reiji s'en veut de n'être pas parvenu à se contrôler, bien qu'il en ait eu l'intention. Mais c'est à chaque fois la même chose: en fin de compte il finit toujours par se laisser aller tandis qu'entourant son cou de ses bras minces, Naoya s'efforce de supporter la violence de ses assauts, lui répétant combien il l'aime. Le businessman a beau faire pleurer et pleurer son jeune amant, ça ne lui suffit jamais tant il l'a dans la peau. Au point d'être effrayé par la simple idée de le perdre, Reiji est absolument fou de Naoya.
La construction du gigantesque parc d'attractions du Groupe Haïtani, la société du grand-père du jeune homme, vient enfin d'être achevée. Le soir précédent l'inauguration, tandis que Naoya visite joyeusement les différents manèges en compagnie de Wataru, Reiji se tient auprès du vieux P.D.G. Naoya a bien grandi depuis la dernière fois que son grand-père l'a vu: il a repris du poids et des couleurs, ses cheveux ont poussé; il n'a plus rien à voir à présent avec l'adolescent malingre et famélique qu'il était autrefois, et à cette constatation, Mr. Haïtani ne peut que remarquer combien Reiji doit prendre grand soin du jeune homme. A ces paroles, le businessman ne peut réprimer un léger sentiment de culpabilité. Dans sa tête, il lui semble entendre la voix moqueuse de Kiichi: "Bien sûr que Reiji prend soin de Naoya ! Ce dernier s'est fait enlevé par des cambrioleurs, il est tombé dans la rivière, mais Reiji s'occupe soigneusement de lui au point de le faire pleurer ! Aaah ah ah !!" Toussotant pour dissimuler sa gêne, le businessman demande au vieil homme la raison pour laquelle il l'a invité à venir lui aussi. Mr. Haïtani lui fait alors remettre par son secrétaire une carte bancaire au nom de Naoya, enjoignant Reiji de la donner à son petit-fils dès que l'occasion s'en présentera. S'il tentait de la lui remettre lui-même, le vieil homme sait parfaitement que le lycéen refuserait ce cadeau; mais si c'est Reiji qui joue les intermédiaires, sans doute le garçon finira-t-il par accepter l'argent que veut lui léguer son grand-père malade. Mr. Haïtani insiste auprès du jeune businessman sur le fait qu'il s'agit de sa toute dernière requête; ainsi, comprenant que c'est là les dernières volontés du vieil homme avant de mourir, Reiji ne peut qu'accepter gravement.
Pendant ce temps, ne se doutant de rien, Naoya inaugure la grande roue avec Wataru. Vu de si haut, le paysage nocturne est magnifique. Mais quel dommage qu'il ne puisse l'admirer en compagnie de Reiji ! A ces mots prononcés à voix haute par le lycéen, malgré son jeune âge le petit garçon ne peut s'empêcher de remarquer quelque peu jaloux combien le comportement du petit-fils de son père adoptif est différent selon qu'il se trouve face à lui ou à reiji Aoé. Eludant cette observation, Naoya réplique au garnement vert de peur au point de ne pas vouloir lui lâcher la main que si ce dernier a tellement le vertige, rien ne l'obligeait à monter dans la grande roue ! Ce à quoi Wataru répond qu'il veut absolument monter dans chaque attraction conçue par son père adoré. "Alors, si on faisait encore un tour ?" plaisante Naoya malicieusement. "Espèce de méchant ! Idiot !" s'écrie le petit garçon rouge de honte et terrorisé !
Trois jours après cette excellente soirée passée au parc d'attractions, parvenait chez les Aoé la nouvelle du décès de Mr. Haïtani. Le jour des funérailles, Naoya s'y rend accompagné de Reiji. Alors que tous deux s'apprètent à s'en aller, le jeune homme chargé de l'éducation de wataru s'élance soudain à la suite de Naoya afin de le retenir: à présent va avoir lieu l'incinération du vieux businessman, alors il souhaiterait que le lycéen reste auprès du petit garçon. A cette requête, Naoya est pris d'hésitation: lui aussi s'inquiète beaucoup pour Wataru et souhaiterait demeurer près de lui; mais si en une telle conjoncture lui, le véritable petit-fils de Haïtani, traîne trop souvent autour d'un héritier fils seulement par adoption, la position de Wataru risque de devenir désavantageuse et peu crédible. Malgré tout, l'éducateur insiste: depuis la mort du vieux P.D.G., l'enfant pourtant d'habitude si violent dans l'expression de ses sentiments n'a plus versé une seule larme, ce qui s'avère particulièrement inquiétant; mais nul doute qu'auprès de Naoya, Wataru pourra enfin s'épancher, donner libre cours à la souffrance qui l'étreint. S'inclinant profondément devant le jeune homme, l'éducateur le conjure donc de rester, le suppliant encore et encore. Alors, Naoya finit par se laisser convaincre.
Un peu plus tard, c'est donc seul que Reiji se rend à la résidence familiale Aoé où vit toujours son frère avec Haruomi. Tandis qu'il explique à Kiichi les raisons de l'absence de son jeune compagnon, le médecin ne cache pas sa déception. Lui qui pensait avoir enfin l'occasion d'utiliser son nouveau siège de bain à deux places "spécial obsédé" en compagnie de Naoya. Consterné, Reiji ordonne à son secrétaire Shûhei Kashima d'apporter encore une fois du sel béni afin d'exorciser ce démon ! Pendant ce temps à des kilomètres de là, le lycéen et Wataru se trouvent dans la grande roue du parc d'attractions. C'est déjà le quatrième tour qu'ils effectuent, silencieux, encore vêtus de leur costume de deuil. "Durant combien de tours encore comptes-tu rester là-dedans ?" demande le garçonnet à Naoya qui lui tient la main. Et ce dernier répond: "Jusqu'à ce que tu craques et que tu fondes en larmes." Tandis que le petit garçon arbore un visage stupéfait, le lycéen remarque avec un sourire triste comme le parc est rempli de monde cette après-midi; il est vrai que lorsque ils étaient venus visiter le parc avec le vieux Mr. Haïtani trois jours plus tôt, on était le soir et l'endroit était fermé au public. A la mention de cette soirée si joyeuse au cours de laquelle même son père adoptif d'ordinaire à la mine si dure avait tant souri, Wataru ne parvient plus à contenir la douleur qui le submerge. Il éclate enfin en sanglots, sans lâcher la main de Naoya.
Le soir, Reiji reçoit un coup de fil de son jeune amant, l'avertissant que ce dernier va passer la nuit aux côtés de Wataru à la résidence Haïtani. Le businessman s'en doutait, mais il ne peut s'empêcher d'exhaler un soupir, mécontent. Laissant là Kiichi qui lui propose malicieusement de dormir avec lui cette nuit si jamais son cadet se sent trop seul - scandalisant Haruomi au passage, Reiji préfère rentrer à son appartement, où assis devant un verre de whisky, il se met à ressasser des pensées douloureuses. Quoi qu'il advienne, dans les relations humaines un jour la "fin" finit toujours par arriver, sans que quiconque y puisse faire quoi que ce soit. Voilà pourquoi il désire garder l'être aimé le plus souvent possible auprès de lui, et juste un peu, encore un peu plus longtemps.... C'est donc d'un regard empli d'inquiétude que Reiji contemple, serrée dans un tiroir, la carte bancaire remise par Mr. Haïtani pour Naoya, cette fortune que le vieux PDG a léguée à son petit-fils et qui signifie peut-être l'émancipation de ce dernier; et qui sait, une future séparation....
Cinq jours s'écoulent, et Naoya n'est toujours pas rentré auprès de Reiji, bien qu'il soit venu chercher son cartable et des vêtements de rechange. Celà ne manque pas d'inquiéter les proches du businessman dont son secrétaire Shûhei, tandis qu'à mesure que le temps passe, Reiji se sent de plus en plus irrité malgré ses efforts pour paraître calme et indifférent. Cependant, le soir de ce cinquième jour, en rentrant du bureau il a la surprise de tomber nez à nez avec Naoya. Le jeune homme l'accueille avec un sourire, content d'avoir pu le voir avant de s'en aller. Découvrant le sac de voyage que son compagnon tient en bandoulière, le businessman n'a aucun mal à deviner que Naoya va encore repartir chez les Haïtani. Gêné, le lycéen acquiesce, expliquant que les employés de la résidence lui ont demandé de rester encore un peu auprès de Wataru. Tournant la tête vers son bien-aimé pour le regarder en face, Naoya commence à lui demander si vraiment ça ne le dérange pas qu'il y aille, mais Reiji ne le laisse pas achever sa phrase. Attirant violemment le jeune homme dans ses bras, Reiji à bout de nerfs s'empare de ses lèvres, tandis que ses mains ne tardent pas à se glisser sous ses vêtements. Si le businessman ne peut plus contenir un désir impatient provoqué par pratiquement une semaine d'abstinence forcée, Naoya lui aussi sent malgré lui une langoureuse chaleur l'envahir. Bien que bredouillant sans conviction qu'il n'ont pas le temps, qu'on va bientôt venir le chercher, il ne parvient pas à résister aux caresses brûlantes de Reiji. Jusqu'à ce que ce soit le businessman lui-même qui finisse par le lâcher et le pousser loin de lui. "Si tu ne veux pas, prononce ce dernier sombrement, repousse-moi au moins avec un peu plus de conviction." Et sur ces mots Reiji se détourne, enjoignant le jeune homme de partir et de faire attention. Encore troublé, Naoya acquiesce, mais ne manque pas de jeter un regard inquiet vers son compagnon qui lui tourne le dos. Ce dernier serait-il en colère ?
La nuit venue, au-dessus de la résidence Haïtani, le tonnerre commence à gronder. Occupé à lire dans sa chambre en pyjama, Naoya dit à Wataru qu'en effet, la météo a prévu pour cette nuit des pluies violentes accompagnées d'orage. A ces mots, le petit garçon livide répond d'une voix si blanche que le jeune homme finit par lui demander si par hasard il n'aurait pas également peur de l'orage. Ecarlate, le garçonnet proteste avec vigueur, néanmoins Naoya insiste, lui assurant que s'il a peur Wataru peut rester dormir avec lui. Si bien que, aussi honteux que vexé qu'une autre de ses petites faiblesses ait été découverte, l'enfant finit par s'enfuir en courant, traitant Naoya d'idiot et de méchant ! Entrant justement dans la pièce à ce moment-là, l'éducateur de Wataru doit bien constater que le garçonnet est à nouveau plein de vie. Mais resté seul, Naoya pousse un profond soupir, tournant son regard vers la vitre par laquelle on peut voir la pluie et les éclairs.
A des kilomètres de là, debout à la fenêtre de son appartement, Reiji fait exactement la même chose. Dans sa tête, résonnent encore les paroles de Naoya: "Vraiment, ça ne vous dérange pas que j'y aille ?" "Ne pars pas", pensait alors le businessman très fort, mais sans parvenir à prononcer ces mots à voix haute. Tandis qu'il se fait ces réflexions, Reiji entend soudain du bruit derrière lui, une clé qui tourne dans la serrure, la porte qui s'ouvre.... A la résidence Haïtani, alors que l'orage se fait de plus en plus virulent, Wataru honteux mais vaincu par la peur se décide enfin à aller dormir chez celui qui est devenu comme son grand frère; mais il est trop tard, la chambre est déjà vide. Naoya est de retour à l'appartement qu'il partage avec Reiji, trempé comme une soupe pour s'être déplacé sous la pluie battante. Et tandis que le businessman lui demande ce qu'il fait ici, le jeune homme répond qu'il était trop préoccupé pour dormir.
Au-dehors, l'orage gronde de plus belle. Naoya, la voix brisée, demande à Reiji s'il est en colère, si parce qu'il a eu l'air de repousser ses avances cet après-midi, son compagnon est furieux contre lui. Mais Aoé, après un instant de silence, finit par répondre par une autre question: "C'est pour me demander ça que tu es revenu sous un pareil mauvais temps ?" Et sur ces mots, Reiji prend Naoya dans ses bras, lui répétant encore une fois qu'il n'est pas en colère: il refusait seulement de laisser le jeune homme aux Haïtani. Rougissant de cette déclaration provenant d'une personne d'habitude si peu démonstrative, Naoya sert lui aussi très fort le businessman, se blotissant contre son épaule. "Tant mieux...." prononce-t-il les yeux pleins de larmes, mais heureux et soulagé de constater combien son compagnon tient à lui.
A cet instant où les deux amants se pressent dans les bras l'un de l'autre, la raison finit par les abandonner. Sous la douche où se tient le jeune homme afin de se réchauffer de son périple sous la pluie glaciale, lui et Reiji s'embrassent passionnément, font l'amour avec une ardeur décuplée par ces quelques jours d'abstinence mais surtout la crainte d'une séparation. Puis, cependant que l'orage s'est enfin calmé et qu'une nuit paisible s'étend sur la ville, Naoya se met en devoir d'appeler Wataru afin de s'excuser d'être parti ainsi sans prévenir. Tandis que le garçonnet furieux peste qu'inquiet il a cherché le jeune homme dans toute la résidence, Reiji s'empare soudain du téléphone: "Si tu as retrouvé ton énergie au point de brailler si fort, plus besoin de se faire du souci pour toi, lance-t-il à Wataru. Je récupère Naoya ! Terminé." Et sur ce message laconique, sans plus de cérémonie le businessman coupe la communication. Puis, il se décide à remettre à son jeune amant la carte de compte bancaire confiée peu avant sa mort par le vieux Haïtani, expliquant que le PDG a même réglé la totalité des frais de scolarité de son petit-fils.
"Pourquoi...." marmonne le garçon mécontent. "Je lui avais pourtant dit je ne sais combien de fois que je ne voulais pas d'héritage." Reiji répond qu'il n'y a rien d'embarrassant à posséder de l'argent, et puisqu'il s'agit des dernières volontés du vieil homme, Naoya se doit de l'accepter. Ensuite, il sera libre d'utiliser ou non cette fortune, comme bon lui semble. Tristement, le jeune homme acquiesce, mais son poing se crispe tandis qu'il s'adresse douloureusement à Reiji: même si à présent il a de l'argent, s'il est en mesure de subvenir seul à ses besoins, ce dernier lui permettra-t-il de continuer à vivre auprès de lui ? Car Naoya aime le businessman de tout son coeur et n'a pas de souhait plus cher que de rester toujours à ses côtés, ou jusqu'à ce que Reiji lui-même n'ait plus besoin de lui. Puisque personne ne peut prévoir l'avenir, de toutes leurs forces, le lycéen comme le businessman désirent rester aux côtés de leur bien-aimé, garder auprès d'eux la personne qui leur est chère, de manière à n'avoir aucun regrêt. Alors, souriant, avec une franchise qui lui est peu coutumière en amour, Reiji ose enfin répéter ces paroles déjà prononcées autrefois: "Toute la vie durant, reste auprès de moi...." Pour toute réponse, Naoya se jette à son cou.
Ainsi ce chapitre, qui clot pour ainsi dire l'histoire de "Love Mode" vu que le volume 11 ne contient pratiquement que des retours en arrière, se termine par ces mots, qui peuvent s'appliquer aussi bien au passé douloureux de Reiji qu'à celui de Naoya:
- Sensei ni furéta waké ("La raison pour laquelle j'ai touché le professeur"), p.163: Seï Shibuya est un lycéen au caractère bien trempé, détestant les contraintes et les entraves. Pratiquement chaque nuit, il fait donc le mur pour quitter en cachette l'internat de garçons où il loge et se rendre en ville afin de rencontrer sa petite amie - ou plutôt sex friend . L'une de ces nuits où il revient de son équipée secrète, alors qu'il se tient devant l'internat, Shibuya a soudain la surprise de trouver une fenêtre allumée. Pas de doute, c'est la chambre de Mr. Okabé; que fait donc le professeur debout à une heure pareille ? Grimpant aux branches de l'arbre qui lui permet de s'évader de sa chambre du 3ème étage, prenant bien garde de ne pas se faire repérer, Shibuya en profite pour jeter un coup d'oeil chez le professeur. A travers la fente des rideaux, il assiste alors à une scène qui le fige de stupeur: assis sur son lit en pyjama, pantalon et sous-vêtements baissés, Okabé s'adonne tranquillement à des plaisirs solitaires. Quel choc pour Shibuya ! Certes, lorsqu'on est un homme, c'est une chose que l'on fait tous un jour ou l'autre, mais il s'agit de la première fois que le jeune homme contemple cet acte exécuté par un autre, en tant que spectateur.
Le lendemain, tandis qu'il aide Mr. Okabé pour le déménagement d'un bureau, il n'est donc pas étonnant que Shibuya ne parvienne plus à détacher de l'enseignant son regard intense et scrutateur. Avec son visage doux et une manière d'être témoignant de sa bonne éducation, Kyôsuké Okabé a tout à fait l'air d'un fils de bonne famille. Jeune professeur fraîchement diplômé, ses cours sont pourtant bien expliqués et faciles à comprendre. Très apprécié des élèves comme des autres professeurs, c'est un être lumineux attirant irrésistiblement la sympathie, que l'on ne peut s'empêcher d'aimer.
Après que tous deux aient fini de ranger la pièce, offrant un café à son élève, Okabé le remercie chaleureusement. Shibuya se contente de répondre quelque peu froidement que cela fait simplement partie de ses fonctions de délégué de classe, cependant le professeur enchaîne avec une question qui ne manque pas de le surprendre: avec son physique séduisant, Shibuya doit plaire beaucoup aux jeunes filles, n'est-ce pas ? Tout en se demandant ce qui prend à Okabé tout à coup, le lycéen répond vaguement qu'il ne remporte pas particulièrement de succès, mais profite que le sujet en soit arrivé là pour demander à son tour au jeune homme s'il a une petite amie. Riant, Okabé répond négativement, expliquant que sinon il n'aurait pas pu se plier à la sévérité de la vie en internat. En son for intérieur, Shibuya se dit que voilà la raison pour laquelle le professeur est contraint de se consoler lui-même par des plaisirs solitaires. Mais soudain, d'autres pensées lui viennent à l'esprit: de quelle façon cet homme fait-il l'amour ? Quelle nature lascive et luxurieuse peut bien se cacher derrière ce visage d'apparence si pur ? Et quelle tête ferait Okabé s'il venait à lui dire qu'il l'a vu l'autre nuit dans une posture aussi honteuse ? "Voilà qui serait intéressant...." songe Shibuya, arborant un léger sourire rusé. Mais à ce moment, le professeur pousse un cri: sensible depuis toujours à une trop grande chaleur, il vient de se brûler la langue avec son café. "Quel manque de classe...." soupire dans sa tête le lycéen consterné. Pourtant son sang se met subitement à bouillir tandis qu'il observe Okabé contempler la brûlure de sa langue dans une glace. Sous l'effet de la chaleur, cette langue est si rouge....
La nuit venue, alors que le lycéen se trouve avec sa petite amie épuisée par une étreinte plus torride que d'ordinaire, cette dernière lui demande si aujourd'hui il s'est passé quelque chose: Shibuya n'est vraiment pas comme d'habitude ! Le regard perdu dans le lointain, ce dernier répond qu'il n'y a rien, la fille se fait des idées. Néanmoins une fois de retour dans l'enceinte de l'école, juché entre les branches de l'arbre dressé devant l'internat, Shibuya ne peut s'empêcher de s'arrêter au niveau de la fenêtre de son professeur, jetant un coup d'oeil en direction des rideaux tirés. Cette nuit encore apercevra-t-il Okabé ? Mais à ce moment, les rideaux s'ouvrent brusquement tandis que le jeune homme apparaît à la fenêtre, scrutant la nuit au-dehors, sans doute alerté par quelque bruit. Aussi surpris l'un que l'autre, élève et professeur se retrouvent ainsi nez à nez !
Passant par la fenêtre, Shibuya mécontent de s'être fait pincer se retrouve donc dans la chambre de Okabé, qui ne manque pas de le réprimander sévèrement: non seulement il est formellement interdit de quitter l'internat sans permission à partir de 9 heure, mais qu'adviendrait-il si en faisant son va et vient à travers sa fenêtre le lycéen venait à tomber !? Sa chambre étant située au 3ème étage, ce serait probablement la mort assurée ! Sourd à ces arguments, Shibuya se contente de répondre qu'il n'est pas aussi bête pour commettre la maladresse d'une chute mortelle, et Okabé protestant, il contre-attaque en posant à son tour une question: que fait le professeur encore debout à 3 heure du matin ? Ah, est-ce que par hasard il serait un adepte des plaisirs solitaires ? A ces mots le feu monte aussitôt aux joues de l'enseignant surpris au plus haut point. Il tente bien de protester, mais Shibuya lui avoue alors sans détour qu'il l'a vu l'autre nuit, par hasard, à travers l'écartement des rideaux alors qu'il rentrait d'une de ses escapades nocturnes tout comme aujourd'hui. Seul... sur son lit... le professeur paraissait éprouver tant de plaisir.... Criant le nom de Shibuya, Okabé tente de le faire taire. La mine rusée, le lycéen a beau lui assurer qu'il n'a pas à avoir honte, c'est un acte tout naturel pour un homme, l'enseignant demeure contrit et pétrifié de honte. Shibuya le rassure en promettant de ne rien dire à personne, mais seulement si le professeur consent en échange à lui montrer à nouveau le visage qu'il faisait à ce moment-là ....
Stupéfait par un tel chantage, bien sûr Okabé refuse: il lui est impossible de faire une chose pareille, bredouille-t-il géné. Alors, mû par une impulsion soudaine, Shibuya enlace l'enseignant, s'empare vivement de ses lèvres et l'entraîne avec lui sur le lit. Okabé s'avère incapable de résister à ses baisers comme à ses caresses, et tandis qu'il s'abandonne aux mains de son assaillant, ce dernier se prend à se demander: "Pourquoi est-ce que je fais celà ?... Alors que d'ordinaire, toucher un homme ne me procurerait que du dégoût.... Mais votre visage, dans ces moments-là, apparaît si beau...."
Un peu plus tard, lorsque Shibuya qui l'a enfin lâché est assis sur le bord du lit en lui tournant le dos, Okabé en larmes lui demande à son tour pourquoi, pourquoi le lycéen a-t-il fait une chose pareille ? Tournant son regard vers ce jeune homme au visage en pleurs caché derrière ses bras, étendu nu sur ce lit, à peine revêtu d'une veste de pyjama ouverte, Shibuya sent à nouveau cette espèce de rage sourde et inexpliquée remonter en lui. Ecartant brutalement les bras du professeur, il se penche au-dessus de lui, lançant d'un sourire ironique qu'il n'y a aucune raison particulière à ses actes. A quoi Okabé s'attendait-il, qu'espérait-il donc ? demande le lycéen en riant. Ce n'est qu'une simple brimade, juste une méchante taquinerie ! A ces paroles, le visage de l'enseignant se fait d'un coup très triste et ses larmes se mettent à couler de plus belle, silencieuses mais douloureuses. Voyant cela, Shibuya ne peut s'empêcher de ressentir un pincement au coeur, qui se change rapidement en dépit et en irritation, bien qu'il ignore pourquoi. "Non.... répète-il pour se convaincre lui-même. Il n'y a aucune raison particulière à mes actes.... Il n'est pas censé en avoir...." Et ne cherchant pas davantage à savoir ce qui le pousse à agir ainsi, sans se préoccuper du regard éploré et interrogateur ni des appels inquiets d'Okabé qui crie son nom désespérément, Shibuya glisse ses bras sous les jambes du professeur, s'empare de son corps avec rage et violence, et toute l'indélicatesse d'un débutant....
Au petit matin, lorsqu'il s'éveille, Shibuya découvre Okabé déjà levé et revêtu de son costume impeccable. "Retourne dans ta chambre avant que les autres élèves ne se réveillent", ordonne le professeur d'une voix absolument inchangée par rapport à d'habitude. "Comment ! Vous n'avez rien d'autre à me dire ?" lance le lycéen d'un air toujours aussi sûr de lui bien que légèrement étonné. A cet instant, Okabé qui jusqu'à présent lui tournait le dos se retourne afin de le regarder en face. "Dépêche-toi de partir", répète l'enseignant de son beau visage mélancolique. Puis il ajoute avec un sourire: "Tu ne veux tout de même pas que je te fasse une déclaration d'amour qui te laissera une pénible impression ?" Shibuya n'en croit pas ses yeux. Le visage souriant d'Okabé lorsqu'il prononce ces paroles est si fort, si beau.... A ce moment, le lycéen comprit douloureusement que lui-même n'était encore qu'un gamin. La raison pour laquelle il a touché à Okabé. C'était... probablement... parce que....
|
- So long - Last rain , page 3: Le tout dernier volume de la série Love Mode est encore une fois un retour en arrière, celui que les fans ont longtemps réclamé et attendu: l'histoire contant le passé de Reiji et Takamiya en Angleterre, avec enfin la révélation de l'identité du mystérieux personnage Shiki.
Voilà déjà quatre ans qu'à l'âge de 19 ans, Reiji Aoé est parti faire ses études aux Etats-Unis. Un jour qu'il se trouve au téléphone avec son frère aîné Kiichi, ce dernier se plaint que le jeune homme ne soit pas une seule fois revenu au pays depuis son départ. A présent ce sont les vacances, mais cette fois encore son cadet lui annonce qu'il n'a pas du tout l'intention de rentrer au foyer paternel. L'étudiant en médecine propose donc que ce soit lui qui aille rejoindre son frère en Amérique, mais Reiji lui apprend qu'il ne s'y trouve déjà plus, il est actuellement en voyage. A ces mots, Kiichi explose: pendant que lui passe son temps à trimer comme une bête sans un instant de repos, son cadet multiplie les voyages d'agrément ?! Ou se rend-t-il cette fois ? En Italie !? En Allemagne !? A Bali !? Sans se préoccuper de ces plaintes, Reiji s'excuse brièvement, assurant que sitôt qu'il aura décidé d'un endroit où se fixer, il contactera son frère à nouveau. Et sur ce, il coupe la communication. Mais debout seul dans son bureau, Kiichi ne croit pas un mot de cette promesse: Reiji a beau répéter cela à chacune de leurs conversations, le futur médecin sait bien qu'en fait il n'a jamais essayé de se fixer où que ce soit....
Pendant chaque période de longues vacances, Reiji passe donc celles-ci à voyager sans but d'un pays à l'autre. Peu lui importe la destination, du moment qu'il puisse éprouver quelque peu un sentiment de liberté.... Lui qui plus tard est condamné à succéder à son père à la tête du groupe Aoé....
Cette fois, son errance conduit le jeune homme à Londres. Tandis qu'il s'avance tranquillement son bagage à la main sur le chemin de l'hôtel, une petite fille qui arrivait en sens inverse trébuche soudain sur une pierre, aspergeant de crême glacée la veste noire de Reiji. L'enfant se met aussitôt à pleurer bruyamment, tandis que le jeune homme sent monter en lui une bouillante colère: sa veste badigeonnée de glace est dans un état lamentable, c'est plutôt lui qui aurait des raisons de pleurer ! (Reiji, comme on s'en souvient, n'aime pas beaucoup les enfants !) Il n'a cependant pas le temps de rouspéter qu'il entend soudain un rire derrière son dos tandis qu'une voix le traite d'imbécile; et l'instant d'après, un petit lapin en peluche surgit juste sous son nez, lui assurant en japonais qu'il ne doit pas se mettre en colère. D'abors surpris au plus haut point d'entendre parler en ces lieux sa langue maternelle, Reiji ne l'est pas moins en découvrant le propriétaire de la marionnette, une belle jeune fille au sourire malicieux, étrangement revêtue d'une longue robe à dentelles façon 19ème siècle.

Afin de consoler la petite fille en larmes, par l'intermédiaire de sa marionnette-lapin, l'inconnue annonce qu'elle va lui montrer un tour de magie formidable. Elle tend alors son ombrelle à l'enfant, qui en l'ouvrant se voit littéralement arrosée d'une pluie de fleurs ! Puis, sous le regard stupéfait de Reiji, tandis qu'autour d'eux commencent à s'attrouper les passants intéressés, la jeune fille au look victorien entâme joyeusement son magic-show. Alors qu'elle réalise sous les yeux d'un public enthousiaste performance après performance, Reiji reste là à contempler le spectacle, avec tout le stoïcisme du Japonais typique qui ne marche pas. Selon lui, il n'y a que des étrangers pour s'amuser ainsi de ces tours de passe-passe ! Mais soudain, la magicienne tend la main vers lui, demandant au "grand jeune homme au type asiatique" s'il voudrait bien lui prêter un billet de banque afin qu'elle puisse réaliser son numéro suivant. Bien que surpris, Reiji s'exécute. La jeune fille glisse alors le billet garanti sans trucage dans son chapeau, claque des doigts, et voilà dans un jet de flammes l'argent métamorphosé en une myriade de bonbons colorés que l'inconnue s'empresse de répandre en pluie sur la foule émerveillée ! Même Reiji se montre ébahi face à cette pluie de bonbons, dont un vient atterrir dans sa main. Mais tandis qu'il demeure là, dubitatif, le jeune homme se remémore tout à coup son argent, et relevant la tête, c'est alors qu'il remarque que la magicienne s'est déjà volatilisée avec son billet de dix Livres ! "Ah ah ah ! Tu t'es fais avoir !" rigole un vieux monsieur dans son dos. Reiji en écume de rage ! C'est vrai, il s'est fait roulé comme un imbécile !!
Alors que l'après-midi touche à sa fin, c'est d'une humeur massacrante - au point d'effrayer les gens sur son passage ! - que le jeune homme parcourt les rues du centre-ville. Aujourd'hui, ne serait-ce pas son jour de malchance ? Après l'accident survenu à sa veste et sa mauvaise rencontre du matin, il s'est rendu pour déjeuner dans un pub, où la nourriture s'est révélée mauvaise à en frémir d'horreur ! (Si vous voulez faire un régime sans craindre de succomber, allez passer vos vacances en Angleterre !) Rien que de s'en souvenir, Reiji en a encore la nausée, mais ce n'est pas tout: en marchant sur le trottoir, il a posé le pied sur une crotte de chien, puis s'est fait souffler le taxi qu'il voulait prendre par une petite vieille ! Reiji n'en peut plus ! Il n'a qu'une hâte, pouvoir enfin se reposer à l'hôtel dans lequel il a réservé une chambre.... Tandis que le jeune homme chemine ainsi en soupirant, il vient à passer à côté de deux garçons occupés à se disputer: le plus jeune, un adolescent blond de type anglo-saxon, reproche éploré à son compère de ne pas oser lui avouer franchement qu'en réalité il s'est lassé de lui. Son interlocuteur, un beau jeune homme aux cheveux clairs, s'apprète à protester - bien que sans doute le garçon ait raison - lorsque soudain il aperçoit Reiji. Voilà qui tombe à pic, et gratifiant le nouveau-venu d'un sourire des plus lumineux qui fait frémir Reiji de peur, l'inconnu s'avance droit vers lui, lui pose une main sur l'épaule en lançant joyeusement: "Te voilà enfin ! Je t'ai attendu si longtemps !"
Etonné de tomber encore sur un Japonais, le voyageur mécontent réplique à cette tirade en demandant à cet importun son identité sur un ton plutôt réfrigérant. Cependant, se penchant vers lui, l'autre jeune homme le supplie à voix basse d'accepter juste un moment d'entrer dans son jeu; ce que Reiji refuse catégoriquement ! Mais ce n'est déjà plus nécessaire. "Est-ce que par hasard cette personne ne serait pas Shiki ?" demande l'adolescent dont l'inconnu tente de se débarrasser, désignant Reiji. Ainsi, continue-t-il d'une voix blanche, la rumeur était vraie, celle qui disait que le véritable petit ami de Katsura, l'homme dont il est réellement amoureux, est un superbe Japonais aux cheveux noirs.... A ces mots, Reiji incrédule réalise qu'il est tombé en pleine querelle d'un couple gay ! Néanmoins il n'a pas le temps de s'interroger davantage: traitant en hurlant Katsura de con, le jeune garçon furieux lève une main vengeresse.... qui vient frapper le malheureux Reiji ! Cette fois, c'est le comble !! Lui qui n'était pour rien dans toute cette histoire, le voilà réduit à l'état de loque, les cheveux hirsutes, le visage couvert de griffures, pour avoir subi les foudres de l'adolescent jaloux ! Katsura a beau se confondre en excuse, Reiji ne veut rien entendre, lui intimant l'ordre au contraire de disparaître au plus vite ! "De la gnôle !!" rugit le jeune homme en son for intérieur. Il n'y a qu'un seul moyen d'oublier tous ces incidents: picoler jusqu'à en tomber ivre-mort !!
Hélas, ses malheurs ne devaient pas s'arrêter là.... Une fois Reiji parvenu à l'hôtel, c'est pour apprendre qu'aucune chambre ne lui a été réservée, on ne trouve son nom nulle part; et comble de malchance, pas moyen de lui en dénicher une autre, l'établissement est déjà totalement plein ! Décidément, il ya des jours comme ça où rien ne va plus, où l'on ferait mieux de rester coucher.... Tandis que Reiji se morfond ainsi affalé sur le canapé du salon de l'hôtel sans plus avoir la force de se lever, Katsura, qui l'a suivi, lui propose de lui indiquer un endroit où le voyageur pourra passer la nuit. Mais quand, Reiji demandant où se trouve cet endroit, l'autre jeune homme répond "Chez moi" avec son sourire rayonnant, son interlocuteur se méprend et décide de mettre sans tarder les choses au point: Reiji n'a pas du tout le même penchant sexuel que Katsura; et si jamais par quelque incident que ce soit le jour vienne où il prenne un homme pour partenaire, aucun doute que Katsura ne correspondra pas du tout à ses goûts ! Entendant cela, le jeune homme se met à rire - en fait, il avoue lui-même que Reiji n'est pas vraiment son genre - et s'empresse de dissiper le malentendu en expliquant que son logis est un B&B ( Bed and Breakfast : l'un de ces petits hôtels fort courants en Angleterre, rien à voir bien sûr avec le B&B - Blue and Boy Club du père de Reiji !). Pour s'excuser des problèmes qu'il lui a causé, Katsura promet au voyageur de lui faire une ristourne sur le prix de la chambre. Certes, son auberge est située plutôt dans la campagne, mais le jeune homme assure qu'il s'agit d'un lieu vraiment très agréable.

Finalement, Reiji se laisse convaincre - d'ailleurs il n'a pas trop le choix ! Tandis que durant le trajet il ne manque pas de soupirer de se trouver ainsi compressé dans une Austin Mini plutôt étroite pour deux garçons de leur taille, son compagnon lui demande son nom puis se présente à lui: il se nomme Katsura Takamiya, et s'étonne avec amusement de l'air épuisé de son passager. Heureusement ils ne tardent pas à arriver à l'auberge, où Reiji doit bien reconnaître que Katsura avait raison: grande maison entourée d'une végétation luxuriante sur fond de campagne anglaise, les lieux ressemblent au décor idyllique d'une carte postale.... C'est absolument superbe ! Annonçant qu'il va garer la voiture, Katsura lance à Reiji les clés de la maison, l'enjoignant à entrer toujours sans l'attendre. Le voyageur trouve cela bien imprudent de confier ainsi ses clés à un inconnu, mais se décide finalement à entrer après avoir préféré sonner d'abord poliment à la porte. Néanmoins à peine Reiji a-t-il fait quelques pas dans l'habitation, se demandant si celle-ci est déserte, qu'il entend des pas derrière lui, et un beau jeune homme paraît, ses longs cheveux noirs trempés, tout juste vêtu d'un peignoir de bain. Sitôt que les deux jeunes gens se retrouvent face à face, ils restent chacun se dévisager un moment, visiblement aussi surpris l'un que l'autre: Reiji doit avoir remarqué que les traits de ce jeune homme ne lui sont pas inconnus, mais son étonnement se change bientôt en colère lorsqu'il entend Katsura appeler le nouveau-venu Shiki ! Celui-là même à cause duquel Reiji s'est pris une raclée avec l'adolescent de tantôt !

Un moment plus tard, alors que tous trois se retrouvent attablés devant une tasse de thé, le dénommé Shiki n'en peut plus de rire après avoir entendu le récit de la mésaventure de Reiji avec Katsura et son soupirant. Quel idiot de se laisser coller ainsi un gnon pour une histoire pareille ! "Imbécile ! Imbécile !" rigole Shiki en tapant familièrement sur l'épaule du voyageur. Ce dernier, vexé, va pour se mettre en colère, lorsque soudain ces paroles lui rappelle quelque chose. "Imbécile ! Imbécile !" Il est certain d'avoir déjà entendu cela quelque part.... Tandis que Reiji s'interroge à voix haute, Shiki brandit alors une marionnette-lapin, lançant malicieusement: "C'est un peu trop tard pour t'en apercevoir !" Reiji n'en revient pas ! Shiki n'est autre que la magicienne qu'il a rencontré le matin !!? Cependant son étonnement fait vite place à une autre réaction plus terre à terre: "Rendez-moi mon argent !" rugit-il furieux. Mais sans se départir de son calme et de son sourire, Shiki répond par l'intermédiaire de sa marionnette: "Ne dis pas des choses aussi mesquines. C'est celui qui s'est fait piquer son fric, l'imbécile !..." Et tandis que Reiji excédé commence à trembler d'une rage de plus en plus difficile à contenir, sur un ton de commandement, Shiki ordonne au malheureux Katsura - qui ne comprend rien à la dispute de ses deux compères - de lui servir une autre tasse de thé. Une fois le jeune homme parti à la cuisine, Reiji demande sur un ton cassant: "Mais enfin, qu'est-ce que vous êtes au juste !?" Néanmoins il ne s'attendait certainement pas à la réponse que lui renvoie cet étrange androgyne au visage moqueur, croisant nonchalamment les jambes: "Je suis le PAPA (en français dans le texte) de Katsura !"
Le voyageur entâme donc un séjour épuisant, bien loin des vacances paisibles qu'il était censé goûter, à l'auberge de Katsura et Shiki. De bonne heure le matin, ce dernier vient le réveiller en hurlant, tambourinant avec fracas sur une poêle à frire: ce jour-là c'est au tour de Reiji de préparer le petit déjeuner, et criant qu'il a faim, s'affalant sur son lit en l'écrasant de tout son poids, le bel androgyne ordonne au jeune homme de se lever sur-le-champ pour préparer la bouffe. Ici celui qui ne travaille pas n'a pas à manger, et ce n'est pas parce que Reiji est un client qu'il va déroger à la règle ! Et pourtant, en dépit des manières autoritaires et un poil insolentes de son hôte, le jeune homme ne parvient pas à détester ce dernier, finit toujours par lui céder: car Shiki, avec ses longs cheveux noirs, lui rappelle irrésistiblement son frère Kiichi tel qu'il était autrefois....

Tandis qu'il se fait ces réflexions, Reiji jette un coup d'oeil à la fenêtre: il aperçoit alors Katsura qui vient juste de rentrer d'une virée nocturne, en pleine embrassade avec le jeune homme qui l'a raccompagné chez lui. Encore un amant différent de celui de la veille ! "Comme ce genre de scène est donc lourde si tôt le matin...." soupire Reiji scandalisé. Mais à peine Katsura a-t-il pénétré dans la maison que lui aussi se met à protester : "Comment ? Et le déjeuner ? Aoé, qu'est-ce que ça veut dire ?" Déjà à bout, Reiji explose: "La ferme ! Je n'ai rien à donner à bouffer à un mec qui rentre après avoir découché !" Cependant personne ne prête attention à son accès de mauvaise humeur. "Ce matin, moi, je mangerai bien japonais", lance joyeusement Takamiya. "Pour moi ce sera des toasts à la française", ajoute Shiki. Reiji en tremble de colère, outré d'être ainsi traité comme une bonne, lui, un client, et de plus le riche héritier du groupe Aoé ! Mais qu'est-ce que c'est que ces deux-là ?! Cet homme excentrique aux cheveux longs qui doit bien avoir dans les trente ans, et Takamiya, cet homosexuel qui dès le matin gratifie l'assistance d'une scène de baiser avec l'un de ses nombreux amants, sont-ils réellement père et fils ?
Le voyageur se remémore ce jour de son arrivée à l'auberge où Shiki s'était présenté comme le "papa" de Katsura. Qu'entendait-il donc par ce mot: le sens de "père" ? "Beau-père" ? Ou encore.... "patron " !?!! ("Papa" est en effet le surnom affectueux que donnent souvent les femmes entretenues à leur "bienfaiteur".) Bouh ! Reiji ose à peine y songer, et observant sa mine aussi soucieuse que perplexe, ses deux compères remarquent avec amusement que c'est un jeu d'enfant de deviner ce qu'il est en train de s'imaginer ! Ce jour-là Shiki avait également expliqué à Reiji le fonctionnement de l'auberge: la préparation des repas se fait à tour de rôle, chacun est prié de faire soi-même son ménage et sa lessive, et c'est 10 Livres la nuit ! Et pourtant, en dépit de toutes ces contraintes, Reiji habitué d'ordinaire aux hôtels de luxe a fini par rester !
Une après-midi que Katsura et lui sont en train de mettre du linge à sécher, le jeune homme aux cheveux clairs ne manque pas de s'en étonner: voilà bientôt dix jours que Reiji demeure à l'auberge; c'est bien la première fois qu'un client reste aussi longtemps ! "Ca ne m'étonne pas...." ne peut qu'acquiescer Reiji résigné. Mais ce n'est pas la seule chose qui surprend Katsura: Aoé n'a pas l'air de se préoccuper le moins du monde du fait qu'il soit homosexuel. Cette fois encore, son compagnon opine: non seulement à New York où Reiji vit depuis quatre ans les couples gays sont nombreux, mais il ya surtout son propre contexte familial ! (Son père vit avec un homme - Nishiki, son frère entretient une tendre relation avec son garde du corps Haruomi, et Shôgo possède de plus le B&B, club d'hôtes pour riches homosexuels - de quoi avoir les idées larges !) Tandis que rien que de songer à tout cela le jeune homme ne peut s'empêcher de faire la grimace, il se fait soudain administrer une tape par un petit lapin: "Oh là ! Pourquoi tu fais une tête pareille ?" demande la peluche. "Et si je brûlais cette marionnette !?" vocifère Reiji en retour. Shiki est sorti pour prier Katsura de préparer du thé, profitant de l'occasion pour demander à leur client bougon si ce dernier n'aurait pas du feu. Et avant que le jeune homme ait pu lui prêter son briquet, approchant son visage du sien, Shiki allume sa cigarette directement à celle de Reiji. C'est la première fois que le voyageur admire de si près les traits fins du bel androgyne, et saisi de stupeur, il ne peut dissimuler un certain trouble. "Ce serait quelqu'un de si bien si seulement il n'ouvrait jamais la bouche...." soupire le jeune homme en regardant Shiki s'éloigner.
Les jours passant, Reiji réalise qu'en fin de compte il apprécie beaucoup cette existence gaie et pleine de vie dans la campagne anglaise, bien différente de celle qu'il menait à New York ou au Japon. Mais voilà, un soir, en découvrant l'espèce de bouillie qu'on lui sert en guise de dîner, le voyageur ne manque pas de lancer la remarque que les repas se font de plus en plus maigres de jours en jours. Shiki lui explique alors que leur budget pour la nourriture a atteint le fond: en dépit des apparences, en fait, Katsura et son compagnon ne sont pas riches du tout ! Quant au loyer payé par Reiji, il a déjà été tout dépensé pour régler diverses dettes, dont celle au bistrot ! Takamiya doit bien recevoir des honoraires pour l'une de ses traductions, mais il faudra attendre encore un peu avant leur versement. Reiji n'en revient pas: ses deux compères ne sont quand même pas en train de lui dire qu'il va leur falloir ingurgiter cette bouillie pendant quelque temps !? Mais il ne s'attendait certainement pas à la réponse qui s'ensuit: leur record de consommation de bouillie aux trois repas de la journée doit être de cinq jours ? calcule Takamiya le sourire aux lèvres. "En faisant varier le goût et l'assaisonnement, on devrait pouvoir tenir au moins une semaine", surenchérit Shiki. A ces mots Reiji se lève, protestant avec vigueur ! Alors, puisqu'il n'y a rien d'autre à faire, Shiki propose d'enfiler sa robe "belle époque" pour aller plumer un autre idiot de touriste japonais - mais là encore, vexé, Reiji n'est pas du tout d'accord ! Heureusement, Katsura finit par avoir une idée raisonnable: pourquoi ne pas se présenter à l'établissement de Mr. Brown ?
Sitôt dit, sitôt fait. En dépit des vagues inquiétudes de leur client, qui ose à peine imaginer en entendant les propos de ses compagnons - "boîte", "bien payés", "piano", "Shiki y sera toujours le bienvenu" - de quel genre d'établissement il peut bien s'agir, Katsura et Shiki décident de mettre leur projet à exécution. Fort heureusement les craintes de Reiji n'étaient absolument pas fondées, il s'agit d'un bar-restaurant plutôt chic et tout ce qu'il y a bien sûr de plus honorable. Tandis que Takamiya, habillé d'un costume noir, interprète un morceau au piano, Shiki, lui aussi sobrement vêtu d'une redingote, distrait les clients par divers tours de cartes. Reiji lui aussi s'est fait entraîner de force par ses deux camarades, et le voilà bon gré mal gré serveur, un serveur qui n'arrête pas de tirer la gueule ! Néanmoins il ne peut s'empêcher de remarquer l'aisance et l'agilité avec laquelle Shiki manipule les cartes: l'androgyne lui paraît si différent à présent du jeune homme excentrique et déluré qu'il doit supporter chaque jour. En fait, lorsque ses deux camarades ont parlé de "boîte", à cause de l'accoutrement que portait Shiki lors de leur première rencontre, Reiji pensait qu'il s'agissait d'un club de travestis ! Tandis qu'il avoue ceci à Katsura, ce dernier lui explique que le cosplay-show auquel s'est livré Shiki dans le jardin public n'est qu'un passe-temps; en réalité son métier véritable est prestidigitateur. En effet, alors que le public applaudit avec enthousiasme la prestation de Shiki, Reiji ne peut que contempler ce jeune homme si plein de grâce et d'élégance avec admiraton. "En vérité, il est pourtant si séduisant lorsqu'il n'ouvre pas la bouche...."

La soirée aurait pu s'achever ainsi parfaitement quand soudain paraît Mr. Brown, le propriétaire des lieux. Ce dernier - un petit homme grassouillet d'un certain âge - semble avoir une attirance prononcée pour Shiki, ne manquant pas de le tripoter à la moindre occasion. Bien que tendu, le jeune homme s'efforce d'abord de supporter ces familiarités avec une patience relative, mais quand le vieux bonhomme, s'encanaillant, lui met carrément une main aux fesses, cette fois c'en est trop ! Et sous les regards horrifiés de Reiji et surtout Katsura, d'un virulent coup de poing, il envoie le pervers voler dans le décor !
C'en est désormais fini de leurs gages pour le travail de la soirée, et tandis que les trois compères rentrent chez eux à pieds sous la clarté lunaire, Shiki furieux ne cesse de pester qu'il aurait du administrer à Mr. Brown une plus substancielle correction. "Je pense que c'était suffisant ? Tu lui as cassé le nez !" objecte Katsura, qui a eu bien du mal à calmer la rage de son compagnon. Mais n'empêche, pas d'argent signifie rien à manger, hormi la triste bouillie qui les attend à la maison. Katsura pousse un soupir résigné, lorsque soudain Reiji prend la parole, annonçant qu'il a trouvé de la nourriture: pour compenser la perte de leur salaire, il s'est servi à la cuisine du restaurant ! Le jeune homme a à peine prononcé ces paroles que ses deux compères se précipitent vers lui d'un air des plus réjoui, s'emparant du lourd paquet qu'il portait dans les bras: celui-ci contient du pain et du fromage, du rosbeef, du vin, et même du caviar ! Soudain ragaillardi, Shiki laisse éclater sa joie: "C'est parti ! Ce soir, on va faire la fête ! On va piccoler jusqu'à plus soif !!" clame-t-il dans la rue en brandissant une bouteille tout en attrapant par le cou Reiji scandalisé.
Si Shiki dans son état normal est déjà difficile à supporter, que dire une fois ivre ! Après un copieux dîner, las de servir de victime aux plaisanteries d'un ivrogne, Reiji lance à Takamiya un regard noir des plus éloquent ! Ayant compris, le jeune homme se lève et s'approche de Shiki, lui signifiant avec douceur qu'il est temps pour lui d'aller dormir. L'écoutant, Reiji songe avec ironie que c'est peine perdue: Katsura n'a aucune chance d'être obéi en s'adressant à une pareille tête de mûle aussi gentiment; mais à sa grande surprise, docile, Shiki accepte d'aller se coucher sans faire d'histoires. Alors que les deux compagnons s'éloignent, Reiji remarque soudain que la veste de Shiki est restée sur le canapé.
Tout en le soutenant, Katsura conduit son ami jusqu'à sa chambre, où il entreprend de le coucher. Une fois que tous deux se retrouvent seuls, Shiki et Takamiya se montrent soudain beaucoup moins gais qu'ils ne l'étaient devant Reiji. "Tu es tendre, Katsura", prononce le bel androgyne avec un sourire mélancolique tandis que son compagnon lui ôte ses chaussures pour le mettre au lit. "Aujourd'hui, quand je t'ai vu jouer du piano en portant ce costume, cela m'a rappelé ce jour d'autrefois. A ce moment-là aussi, tu étais très beau...." Sur ces paroles énigmatiques, Shiki attire Katsura à lui en l'entourant de ses bras, et tous deux échangent un baiser. Juste à ce moment, Reiji venu rapporter la veste de Shiki apparaît dans l'encadrement de la porte, assistant malgré lui à cette scène intime.
Un peu plus tard, après avoir fini de coucher son ami, Takamiya retrouve le jeune homme dans le couloir. "N'étiez-vous pas censés être père et fils ?" demande Reiji de but en blanc. "Shiki est mon parent, répond tranquillement Katsura, le parent qui m'a élevé. Pour parler plus exactement, il s'agit de mon oncle du côté maternel." Takamiya se met alors en devoir d'expliquer à son interlocuteur sceptique que ce baiser que Shiki et lui ont échangé tout à l'heure est pour eux une sorte de coutume: bien qu'ils ne l'aient jamais fait devant Aoé, d'habitude ils s'embrassent ainsi très souvent quand ils se trouvent à la maison. Reiji acquiesce, mais d'après l'expression de son visage, Katsura voit bien qu'il ne croit pas un mot de ses propos. Il lui en fait la remarque, ce à quoi le voyageur se contente de répondre qu'il n'a pas l'intention de s'immiscer dans la vie privée d'autrui. Katsura insiste pourtant afin de le convaincre de la véracité de ses dires. "J'aime Shiki, prononce-t-il avec conviction. En tant que membre de ma famille. Et c'est justement parce qu'il est toute ma famille que je l'aime plus que n'importe qui au monde, et je désire prendre soin de lui. Aoé, ne peux-tu comprendre un tel sentiment ?" Mais cette fois, le visage grave, Reiji acquiesce avec un véritable assentiment tandis qu'il songe encore une fois à son cher frère Kiichi. Il sait ce qu'éprouve Takamiya, il ne le comprend que trop bien....
Profitant que Shiki soit plongé dans le sommeil, Katsura invite Reiji dans sa chambre afin de lui montrer son album de photos: sur toutes ces dernières, on peut voir Shiki et son petit neveu familièrement enlacés, joue contre joue, et contemplant ces différents clichés parfois plutôt équivoques, Reiji est bien forcé d'admettre que depuis leur plus jeune âge échanger des baisers est une véritable habitude chez les deux compères, au point que cela puisse prêter à confusion. Riant, Katsura avoue qu'Aoé est la première personne à qui il ose montrer cet album. Puis, il lui présente une photographie dans un cadre qui se trouvait sur son bureau, la même que celle trônant sur la table de nuit de Shiki: il s'agit de la photo de mariage de ses parents, où figure également un garçonnet d'environ 10 ans - Shiki, le jeune frère de sa mère. Mme Takamiya, de santé fragile, est décédée sitôt après avoir mis Katsura au monde. Ce sont donc son père et son jeune oncle qui ont élevé ce dernier, avec toute la difficulté que cela pouvait comporter pour deux hommes seuls d'assumer la charge d'un nourrisson. Le père de Katsura était pianiste de jazz, et avisant la photographie, Reiji ne peut que constater combien le jeune homme lui ressemble comme deux gouttes d'eau. "En effet, opine Takamiya, et cela devient plus flagrant d'années en années. Au point que lorsqu'il est ivre, Shiki me confond avec mon père", ajoute-il tristement.
Quand il avait 10 ou 11 ans, le père de Katsura - Keiichirô - a fini par mourir lui aussi, victime d'un accident, et jamais le jeune homme ne pourra oublier l'état de dépression dans lequel se trouvait Shiki ce jour-là. Assis devant le piano de son défunt beau-frère, en larmes, il déplorait le caractère éphémère de ce lien qu'on nomme "famille": sa soeur, Keiichirô, ses propres parents, tous sont morts les uns après les autres, plus jamais il ne pourra vivre avec eux.... Entourant Shiki de ses bras, Katsura enfant avait fait de son mieux pour tenter de le réconforter, lui assurant qu'il serait toujours là pour lui, qu'à la place de son père il interprèterait pour lui au piano tous ses morceaux préférés, conjurant son jeune oncle d'arrêter de pleurer. Jusqu'à ce jour jamais Katsura n'avait vu Shiki dans un tel état, et il en avait ressenti une vive inquiétude. Ces bras qui le serraient lui donnaient le sentiment que le jeune homme se raccrochait à lui, et plus que le chagrin de la mort de son père, le désespoir de Shiki l'emplissait d'affliction, ainsi que d'une peur irraisonnée.
Depuis ce jour, Katsura et Shiki ne se sont jamais quittés, et puisqu'ils étaient seuls au monde, qu'ils représentaient tout l'un pour l'autre, leur lien est devenu plus profond, plus étroit que celui de n'importe quels parents et enfants ordinaires, que s'ils étaient frères ou même amis. Ensemble ils ressentent comme une chose naturelle cette complicité qui, vue par des yeux étrangers, peut paraître dangereusement trop grande. Comme si l'un et l'autre s'efforçaient réciproquement de combler leur propre solitude.... Néanmoins, au fur et à mesure que Katsura prend de l'âge, il sent qu'un subtil changement est en train de s'opérer chez son compagnon: certains jours comme aujourd'hui où Shiki est ivre, à travers le contact de ses bras, de sa chaleur, le jeune homme a parfois l'impression que vient se déverser un sentiment surpassant l'amour que l'on porte à un membre de sa famille, même dont on est très proche. Est-ce intentionnel ? Est-ce inconscient ? Takamiya l'ignore. Simplement, les bras de Shiki qui l'enlacent sont si chauds, comme s'il lui demandait quelque chose, et dans ces moments-là, Katsura en éprouve véritablement de la peur. Bien sûr, il est probable que si Shiki lui demandait de coucher avec lui, s'il ne s'agit que d'une relation charnelle , il pourrait exaucer son désir, mais de ce point de vue "charnel" seulement....

Tandis que Reiji écoute silencieusement Takamiya lui faire part de ses doutes, une scène du passé qui ne cesse de le hanter depuis le jour où il a rencontré Shiki lui revient encore une fois en mémoire. Adolescent, il n'avait pas pu supporter le mauvais traitement infligé par son propre père à son frère aîné. Car cette fois, en plus des insultes habituelles d'"inutile" et de "parasite", Shôgo avait vraiment exagéré: "Tu désires être libre ? avait ricané le ténébreux businessman. Alors, tu n'as qu'à mourir sur-le-champ. Si tu veux couper les ponts avec moi, c'est le seul moyen que tu possèdes: mourir." Furieux, Reiji avait dirigé une lame contre son père, et s'était fait battre comme plâtre en retour. Après cette altercation, les deux frères s'étaient retrouvés seuls dans le parc de la résidence, étendus dans l'herbe tandis qu'une pluie abondante commençait à se déverser sur eux. Et pourtant, ni l'un ni l'autre ne bougeaient....
Kiichi n'arrive pas à comprendre la réaction de son cadet: ce n'est pourtant pas la première fois que leur père l'insulte ainsi, il ne fallait guère y prêter attention. Reiji a beau invoquer les terribles paroles que Shôgo a prononcé aujourd'hui, Kiichi ne peut admettre qu'il ait pris ainsi sa défense, d'une manière aussi virulente: diriger un sabre contre leur père, et ramasser une si violente correction.... "Alors que ce n'étais pas à toi que ces paroles étaient destinées.... Que tu es bête, Reiji.... Vraiment, quel idiot...." L'eau qui se déverse des prunelles de Kiichi tandis qu'il prononce ces mots n'est-elle qu'une conséquence de la pluie ? Etendu sur le corps de Reiji, sans rien ajouter, le jeune homme enfoui sa tête dans son cou, profondément ému que son jeune frère l'aime autant. L'adolescent lève une main pour serrer son aîné dans ses bras, mais il se ravise, la laissant retomber sur l'herbe. Les gouttes de pluie qui venaient les frapper à cet instant étaient glaciales, mais le corps de Kiichi, lui, était si chaud.... Goûtant ce bien-être, Reiji avait fermé les yeux....
Etre tout l'un pour l'autre.... Et cette impression d'avancer à cloche-pied sur une fine corde raide, au-dessus d'un gouffre sans fond et entouré de ténêbres, dans un équilibre précaire.... Se remémorant cette scène et ce qu'il avait ressenti alors, Reiji doit reconnaître qu'il comprend douloureusement les tourments de Takamiya. "S'il s'agit d'une relation uniquement charnelle , alors je pense que je serais capable de coucher avec lui...." avait dit ce dernier. Oui, tout est là: Aoé lui aussi serait sans doute capable d'étreindre Kiichi si celui-ci le lui demandait.... Cependant.... "Cependant, Takamiya, malgré tout, l'amour que tu portes à Shiki reste celui que l'on éprouve pour un parent, n'est-ce pas ?"
A cette question - probablement identique à celle que se pose Reiji lui-même à propos de ses sentiments pour son frère - Katsura perdu dans ses sombres pensées relève soudain la tête pour contempler l'autre jeune homme avec stupéfaction. Mais souriant, il finit par acquiescer. "Oui, je l'aime en tant que famille", dit-il. Et rien que le fait de prononcer ses sentiments à voix haute, Takamiya paraît se sentir soulagé, comme si le fait d'avoir éclairci ses idées lui avait ôté un gros poids de la poitrine. "Et puis, poursuit Reiji, rien ne prouve que Shiki va te sauter dessus. Ce ne sont après tout que tes propres suppositions ?..." Et plaisantant, Aoé conseille à son nouvel ami de cesser de se faire autant de mouron. Sinon, avec ses cheveux fins, Katsura risque de se retrouver chauve avant l'âge !
Pendant que les deux garçons discutent ainsi, ils ne se rendent pas compte du temps qui passe, et la nuit fait bientôt place à un soleil radieux. Ouvrant le buffet afin de préparer le petit déjeuner, Takamiya constate que la veille, ils ont déjà consommé sans modération tous les aliments dérobés par Reiji. "Tant pis ! Ce matin, ce sera donc de la bouillie !" clame Katsura joyeusement, d'un naturel plutôt optimiste. Qu'il fasse ce qu'il veut. Reiji, lui, préfère jeûner et aller se coucher de ce pas. (Qui dort dîne ?) A ce moment, Shiki en pyjama débarque dans la cuisine, et surpris de voir ses deux compères encore en tenue de la veille, il se demande si par hasard ils n'auraient pas piccolé jusqu'au matin. Reiji lui répond négativement, mais à la façon dont le contemplent ce dernier et Katsura, le nouveau-venu ne manque pas de s'interroger. Que se passe-t-il donc ? S'excusant, Takamiya lui explique alors que Aoé a finit par les surprendre en train de s'embrasser, mais Shiki prend la nouvelle plutôt du bon côté: "Alors, dorénavant, plus besoin de se gêner !" Et sur ces mots, en guise de bonjour, Shiki effleure des lèvres celles de Katsura. "Désolé mais devant moi vous serez priés de vous abstenir !" grogne Reiji choqué en leur tournant le dos. "Quoi, tu es jaloux !?" lance Shiki en se pendant encore plus étroitement au cou de Takamiya.

Les jours passent, et Katsura ayant enfin touché le salaire pour sa traduction, les trois compères peuvent enfin prendre un véritable repas. C'est avec extase qu'ils admirent les plats préparés par Reiji, qui doit bien avouer que jamais jusqu'à ce jour il n'avait cuisiné avec autant d'émotion ! C'est éblouissant, à pleurer de bonheur ! Tandis qu'ils se régalent après ce régime forcé à la bouillie, Takamiya se rappelle soudain que le lendemain, c'est l'anniversaire de Reiji: il a vu sa date de naissance lorsqu'en arrivant dans l'auberge, le voyageur lui avait montré son passeport. Shiki explique que l'une des règles de leur maisonnée consiste à fêter sans faute les anniversaires. "On va bien s'amuser, demain !" ajoute le jeune homme avec un sourire ne laissant présager rien de bon pour le pauvre Reiji. Et en effet, alors que la nuit venue ce dernier dort profondément et bien tranquillement dans son lit, à peine les aiguilles de son réveil indiquent-elles trois heures du matin qu'explose dans sa chambre une volée de serpentins. "Happy birthday !!" Réveillé en sursaut, Reiji découvre Shiki qui le toise juché sur son lit. "La fête commence !" annonce ce dernier.
Traîné de force dans la salle à manger, les épaules et les cheveux couverts de confettis et de serpentins, Reiji retrouve également Katsura qui l'invite à s'asseoir. La table est déjà mise, il y a du Champagne et même un gâteau ! "Non mais vous savez l'heure qu'il est.... Il est trois heure !?... Trois heure du matin !!" Mais sans se préoccuper des grommellements du bougon mal réveillé, Shiki demande à Katsura de se mettre au piano. "Pourquoi s'enthousiasmer ainsi pour l'anniversaire d'un autre ?..." soupire Aoé consterné. Ce qui lui vaut de se faire traiter d'idiot par Shiki. "C'est important, un anniversaire !" proclame fermement le jeune homme scandalisé en pointant un doigt sur le front de Reiji, comme pour bien lui faire rentrer ces paroles dans la tête. "Dans une année, c'est le jour le plus important !" Puis, tandis que Takamiya égrène la mélodie au piano, Shiki et lui entâment en choeur joyeusement la chanson "Happy birthday to you". Ils trinquent ensuite à la santé de Reiji, qui a bien du mal à partager la joie exubérante de ses deux compagnons. Mais il reste véritablement pensif lorsque, lui tendant sur une assiette sa part de gâteau, Shiki le gratifie d'un sourire en disant: "Tiens, je te sers en premier ! Car aujourd'hui, tu es le Roi." Le Roi .... En son for intérieur, le jeune homme acquiesce, bien que ces mots innocents revêtent pour lui un autre sens, plus douloureux, lui qui a été désigné comme futur héritier d'un gigantesque empire....

Un peu plus tard, après ce festin nocturne, Reiji trouve encore des raisons de ronchonner: Shiki a beau prétendre qu'il est le roi, n'empêche qu'il le laisse faire tout seul la vaisselle ! "Normal, c'était ton tour", répond nonchalamment le bel androgyne. "Réveillé en sursaut en plein milieu de la nuit, tiré du lit, forcé de faire la vaisselle.... C'a été le meilleur de mes anniversaires !" clame Reiji mécontent. - "Ne boude pas.... N'aurais-tu pas l'esprit un peu étroit ?" - "C'est vous deux qui me faites devenir ainsi !" Aoé fulmine, mais plutôt amusé par son accès de colère et son tempérament "soupe-au-lait", s'excusant, Shiki décide de lui faire une faveur. Et dans le but avoué de lui rendre sa bonne humeur, il approche doucement ses lèvres de celles de Reiji, y déposant un baiser léger comme ceux qu'il échange si souvent avec Katsura. Mais à sa déception, loin de se réjouir de son initiative, Aoé paraît encore plus sombre qu'auparavant. "Eh bien, ça ne t'as pas plu ?" s'étonne Shiki. - "Je ne suis pas un gosse, réplique l'autre jeune homme. Tu crois qu'un baiser comme celui-ci peut guérir ma mauvaise humeur ?" Et sur ces mots, plaquant Shiki contre l'évier, Reiji s'apprète à lui administrer un véritable baiser.... avant d'être soudain impromptueusement interrompu par Katsura revenant du bain.
"Vous deux, depuis quand entretenez-vous une telle relation ?" demande ce dernier stupéfait en découvrant ses deux compères ainsi enlacés. Mais après un instant de silence confus, Shiki quitte brusquement les bras de Reiji pour se pendre au cou de son neveu. "Katsura, Reiji me fait subir du harcèlement sexuel ! J'ai eu peur...." - "Un moment ! Depuis le début c'est toi qui a tout manigancé !" rugit Aoé la figure cramoisie. - "Et pourtant tu t'es pris très au sérieux", réplique Shiki en ricanant. - "Quoi !?" Tandis que l'étrange jeune homme lui adresse un sourire aussi malicieux qu'enjôleur, Reiji livide a l'impression que la foudre vient de lui tomber en plein dessus. Quelle honte ! Le voilà piqué au vif de s'être ainsi laissé prendre au jeu de Shiki. Cependant, ce dernier annonce sur un ton léger que si Reiji s'applique à faire des efforts, il est possible qu'un jour il soit disposé à répondre à ses avances. "Alors, que vas-tu faire ? Tu veux essayer de me draguer, pour voir ?" Après un instant de silence lourd de réflexion, contre toute attente, Aoé vexé finit pourtant par acquiescer. "Très bien. J'accepte ton défi !!" Takamiya, qui buvait tranquillement un verre de lait à côté de lui, en crache aussitôt le contenu, s'en mettant plein la figure ! Comment ? Aoé se serait converti !? Mais se tournant vers Shiki le regard étincelant, Reiji prévient ce dernier que puisque c'est ainsi, quoi qu'il advienne il va lui faire la cour ! Et l'androgyne moqueur peut être certain que tôt ou tard, Reiji lui arrachera ces mots: "Je t'aime" ! "Bah, répond Shiki visiblement heureux, essaye si tu peux...."

Un peu plus tard dans la journée, alors que Reiji et lui se retrouvent seuls à faire le ménage, Katsura n'en revient toujours pas d'un tel dénouement; mais le plus surpris des deux, ce n'est autre que Reiji lui-même ! Et pourtant, lorsque Takamiya, le visage grave, lui demande s'il est réellement sérieux, le jeune homme acquiesce: en fait, avant de prononcer ces paroles de la nuit dernière, il n'en avait pas vraiment encore pris conscience, mais maintenant, il doit bien reconnaître que Shiki le préoccupe indubitablement. Katsura, le voyant si solennel, ne peut s'empêcher de plaisanter, proclamant en ouvrant les bras: "Bienvenue dans l'univers gay, un monde plein de joie !" Mais l'instant d'après il redevient sérieux, proférant que du moment qu'il s'agisse d'Aoé, il est disposé à lui donner Shiki; mais cependant, à la condition expresse qu'il lui promette de le rendre heureux. Car son jeune oncle a beau paraître désinvolte et insouciant, il n'a pas l'air de plaisanter vis à vis de Reiji, et plus que tout au monde, Katsura désire que Shiki soit enfin heureux - lui qui a bien du mal à se remettre de la mort de son beau-frère Keiichirô, dont il était secrètement amoureux. Mais Reiji est persuadé que nul autre que lui n'est davantage en mesure de comprendre les sentiments de Takamiya; alors, comme l'exige son ami, il prononce gravement ce serment: "Je ferais le bonheur de Shiki. Je te le promets."
L'été s'achève pour faire place à l'automne. Au Japon, à la résidence Aoé, pour la première fois depuis bien longtemps Kiichi reçoit une lettre de son frère, l'avertissant de son déménagement en Angleterre. En fin de compte Reiji a pris la décision de quitter son appartement à New York pour venir s'installer dans la maison de Reiji et Takamiya. Le matin qu'il s'en revient ainsi à l'auberge avec tous ses bagages, le jeune homme n'a même pas le temps de ranger ces derniers que Shiki l'appelle à grands cris pour la préparation du déjeuner. C'est le tour de Reiji, il n'y coupera pas ! Mais si Katsura quant à lui s'applique à aider le malheureux débordé entre la bouffe et ses cartons de déménagement, il n'en est pas de même pour Shiki, qui se contente de rester tranquillement assis sur sa chaise à lire un magazine tout en donnant des ordres à tout le monde. Reiji a beau protester contre une telle paresse, Shiki réplique par le prétexte que trois hommes autour du fourneau ne feraient que se gêner, ajoutant avec un sourire charmeur que si Reiji désire vraiment lui arracher une déclaration d'amour, qu'il commence par se comporter comme un type prévenant et surtout se montre habile en cuisine. Que répondre à cela ? "Shiki a gagné", lance Katsura dans le dos de Reiji furibond. Mais ce dernier n'est pas du genre à se laisser faire: si c'est ce qu'il veut, Shiki va voir ce dont il est capable, et pas plus tard que ce soir !
Reiji se surpasse donc en préparant le dîner, concevant des plats aussi beaux que savoureux à en faire baver Shiki tandis que Katsura a même prévu une bouteille de bon vin. Néanmoins il y a une raison particulière à tout ce zèle, et quand Aoé apporte le gâteau garni de bougies qu'il a lui-même confectionné, le bel androgyne se montre vraiment heureux que ses amis n'aient pas oublié son anniversaire. Bonheur qui se change en émotion profonde quand son "prétendant" se met au piano afin de lui interpréter son morceau préféré - "Carpenters" - en guise de cadeau. Pour lui faire cette surprise, Reiji n'a cessé de s'entraîner durement et en secret sous la houlette de Takamiya. "Que c'est maladroit !" rigole Shiki avec sa franchise habituelle, n'empêche qu'il se jette au cou de l'apprenti-pianiste, fou de joie....

L'hiver finit par arriver, n'apportant aucun changement dans le quotidien des trois compères, chaque jour s'écoulant dans la joie et la bonne humeur. Reiji était si heureux qu'il commençait à croire que cette existence de rêve pourrait se poursuivre éternellement. Jusqu'à ce funeste instant. Voilà déjà plusieurs jours qu'une neige épaisse ne cesse de tomber, recouvrant l'auberge d'un manteau blanc. A l'intérieur de l'habitation, malgré le feu qui crépite dans la cheminée, il fait un froid glacial, qui n'est pas pour plaire au frileux Shiki. Tandis que ce dernier se demande jusqu'à quand il va continuer de neiger ainsi, il allume la télévision. C'est l'heure du journal télévisé, et la présentatrice annonce un accident d'avion: "Un petit appareil s'est écrasé, avec à son bord cinq personnes en comptant le pilote. Les passagers étaient tous des touristes japonais. Hélas, les secours n'ont retrouvé aucun survivant...." Assis sur le sofa occupé à étudier sur son ordinateur portable, Reiji relève la tête en entendant cette nouvelle, mais une expression d'horreur se fige bientôt sur son visage lorsque s'affiche sur l'écran le nom des victimes: Shôgo Aoé - Yukihiko Kashima - Kiwa Kashima....
Oui, les jours se succédaient, si paisibles, si joyeux, qu'il en avait fini par oublier le lourd carcan qui l'enchaîne. Son père, cet homme terrible, est mort ....!? Mort .... Comme une litanie ces mots ne cessent de résonner dans la tête de Reiji, même lorsque sous le regard inquiet de Shiki, il se précipite sur le téléphone pour appeler les siens au Japon. C'est Haruomi qui lui répond et confirme hélas la terrible nouvelle: l'avion de Shôgo s'est écrasé en pleine mer, et en plus du businessman figurent probablement au nombre des victimes ses deux fidèles secrétaires, Yukihiko et Kiwa Kashima. Cependant, comme pour l'instant on ne connaît rien dans le détail, Kiichi et Shûhei sont en ce moment-même en train de se rendre sur les lieux de l'accident. Mais d'après ce qu'on leur a dit, il sera probablement impossible de récupérer les corps....
La neige a enfin cessé de tomber, mais c'est le coeur lourd que Reiji se résoud à faire ses bagages pour retourner au Japon. Quand Shiki ouvre la porte de sa chambre afin de l'avertir que Katsura est en train de préparer la voiture pour le conduire à l'aéroport, avant que le jeune homme ne reparte, Reiji l'appelle. Cependant les mots lui restent en travers de la gorge. "Je ne veux pas rentrer au Japon. Si je m'en vais, je suis certain que je ne pourrais plus jamais revenir ici." Mais Reiji n'ose prononcer ses craintes à voix haute, et souriant à son ami qui le dévisage d'un air si inquiet, il le remercie simplement de tout ce qu'il a fait pour lui jusqu'à maintenant. Ignorant ce que signifie réellement pour Reiji la mort de son père, tapotant ses épaules, Shiki tente de l'exhorter à reprendre courage. Mais songer qu'il contemple peut-être pour la dernière fois le beau visage de son ami ne parvient pas à lui remonter le moral, bien au contraire. Même Takamiya se fait du souci tant Reiji paraît abattu, et tandis que dans son Austin Mini il conduit le jeune homme en direction de l'aéroport, il lui demande si ça va. Reiji acquiesce. En fait, contrairement à ce que doivent s'imaginer ses deux camarades, il n'éprouve pas une once de chagrin vis à vis de la mort de son père. Seulement, il se sent comme un condamné à mort se dirigeant vers le peloton d'exécution....
De retour au Japon à la vieille résidence familiale, Reiji retrouve enfin son frère qu'il n'a pas revu depuis plus de quatre ans. Tandis qu'ils demeurent ainsi, face à face, le visage empreint de gravité, Kiichi finit par lui sourire, lui souhaitant la bienvenue à la maison. Reiji lui rend son salut, puis sans rien ajouter se tourne vers Shûhei pour lui adresser quelques mots de réconfort: le jeune homme vient de perdre dans l'accident deux êtres chers, son propre père Yukihiko et sa tante Kiwa; nul doute que ça a du être très dur pour lui. Puis, le regard vide, c'est d'une voix presque mécanique et sans pouvoir regarder son cadet dans les yeux que Kiichi lui fait son rapport sur la situation: en fin de compte, hormi celui du pilote, on n'a pas retrouvé les corps des disparus; les funérailles se feront donc à cercueils vides. Mais d'abord, il va leur falloir conclure les formalités avec l'avocat de la famille et les pompes funêbres. Kiichi, lui, sait mieux que quiconque ce que la mort de Shôgo signifie pour Reiji, Reiji qui a du accepter de force cette succession par sa faute, afin de le sauver. Voilà pourquoi dans de telles circonstances il ne peut se réjouir de ses retrouvailles avec son frère.

Lors de l'ouverture du testament, pas de surprise: Shôgo lègue comme il l'avait décidé tous ses biens et toute sa fortune à son fils cadet Reiji. Tandis qu'il entend cette sentence morne et indifférent, le jeune homme se prend à se demander comment il a bien pu croire qu'il pourrait continuer ainsi de vivre heureux auprès de Takamiya et Shiki ? Peu après la visite du notaire, Kiichi se charge quant à lui des formalités avec l'entrepreneur de pompes funêbres; mais lorsque ce dernier lui demande qui sera selon la coutume le "maître de deuil", il répond tristement son jeune frère. "En tant que nouveau chef de famille...." ajoute Kiichi sombrement en son for intérieur. C'était la volonté - ou plutôt un caprice - de Shôgo, mais le jeune homme n'oubliera jamais que c'est aussi pour que lui-même puisse être enfin libre que Reiji a accepté de se sacrifier....
Un peu plus tard, prenant le thé avec Tamaki son amie de longue date, Kiichi fait part à cette dernière des dispositions qu'ils ont prises: en fin de compte les funérailles de Shôgo et celles de ses deux secrétaires ne se dérouleront pas en commun, car Reiji a jugé que ce serait bien mieux pour Shûhei. Les obsèques des Kashima auront donc lieu le lendemain, et celles de Shôgo, le jour suivant. Kiichi ajoute avec un léger sourire que si Mr. Kambayashi, le père de Tamaki et vieil ami de Shôgo, veut bien venir brûler sur sa tombe un bâton d'encens, nul doute que l'âme du terrible businessman pourra reposer en paix. Normalement ç'aurait été à son concubin le moine bonze Nishiki de lui faire cette ultime offrande, si Shôgo ne l'avait pas entraîné avec lui dans la mort. (Nishiki était donc le quatrième passager de l'avion.) Reposer en paix .... Mr. Kambayashi a beau avoir appris la nouvelle du drame à sa fille, comme on n'a pas retrouvé les corps, Tamaki n'arrive toujours pas à croire à la mort de Shôgo et de ses accolytes. Cet accident ne serait-il pas une mise en scène, et en réalité tous sont encore bien vivants quelque part ? Kiichi aussi y a pensé, et c'est cela qui le fait le plus bouillir de rage: s'écraser en avion, comme par hasard tous les quatre , et à l'étranger ! Quel genre de magouille a bien pu encore manigancer Shôgo, cela, le jeune homme l'ignore, mais bien sûr il doit se moquer complètement de l'embarras causé à sa famille par sa disparition. Et rien que d'y songer, Kiichi a bien envie de trucider son père pour de bon !! Mais reposant son bol de thé sur la table, le futur médecin ajoute douloureusement que si quelqu'un désire tuer Shôgo encore davantage que lui, c'est bien Reiji. Même un meurtre ne l'appaiserait pas tant son jeune frère hait leur père....
Assis dans l'ancien bureau de Shôgo, Reiji balance rageusement la pile de classeurs et de documents qui s'entassent devant lui pour s'allumer une cigarette. "Je suis épuisé...." soupire-t-il en se laissant aller dans son fauteuil. En plus de la résidence Aoé et de divers biens immobiliers, son père possédait on ne sait combien d'entreprises, plus des clubs de rencontre comme le B&B !? Et l'on veut qu'il succède aussi à ces clubs particulièrement douteux ? Pourquoi lui ?.... Alors qu'en fait, il sait parfaitement que son père se fichait complètement de la pérénité de son nom.... C'est comme si Shôgo était mort exprès pour faire en sorte de l'enchaîner encore davantage.... Tandis qu'il se morfond ainsi, Reiji repense à ce jour en Angleterre où il avait été très malade: tout en le soignant, Shiki lui avait repproché de n'avoir rien dit à personne au point de se retrouver cloué au lit avec une fièvre de cheval. Quel idiot ! Jouer les poseurs même dans des circonstances pareilles ! "Lorsque tu souffres, dis-le: "Je souffre". Il n'y a aucun mal à ça", lui avait assuré gentiment Shiki. Mais maintenant, songe mélancoliquement Reiji, même s'il voulait faire part de sa douleur à son ami, ce dernier ne peut plus l'entendre....
Juste au moment où le jeune homme se fait cette réflexion, le téléphone se met à sonner. A peine a-t-il déccroché que Reiji rejette violemment le combiné et s'élance hors du bureau. Sans écouter les interrogations pressantes de Shûhei qui lui demande où il va, Aoé s'engouffre dans sa voiture pour se rendre à un hôtel. Tandis qu'en sueur et à bout de souffle il en parcourt le jardin intérieur, regardant partout, une voix le hèle tout à coup depuis la galerie surplombant la cour. Relevant la tête, il découvre Shiki, qui se réjouit que le jeune homme soit venu aussi vite. Reiji n'en croit pas ses yeux ! Jamais il n'aurait imaginé que tous deux se seraient revus ainsi au Japon ! Mais hélas, alors que Shiki s'apprète à descendre l'escalier de la galerie, il se fait soudain heurter par deux gamins occupés à se disputer pour un jouet. Violemment poussé, il dévale l'escalier pour atterrir plusieurs mètres en contrebas tandis que sa tête vient heurter brutalement le sol dallé. Shiki perd conscience, et durant un long moment, c'est le trou noir. Lorsqu'il entrouvre enfin les paupières, c'est pour découvrir Reiji à genoux auprès de lui qui, complètement paniqué, hurle aux badeaux attroupés d'appeler du secours. Levant péniblement une main, Shiki attrape le bras du jeune homme, le conjurant de ne pas appeler d'ambulance: il aurait bien trop honte....
Finalement, bien que terriblement inquiet, Reiji se laisse convaincre et ramène son ami jusqu'à sa chambre d'hôtel. Après l'avoir mis au lit, il insiste néanmoins: Shiki a perdu connaissance pendant un temps relativement long; ne serait-ce pas plus prudent de se rendre à l'hôpital pour un examen approfondi ? Cependant le jeune homme refuse, adjurant Reiji en plaisantant de ne pas faire une tête pareille: on dirait un nouveau marié qui s'inquiète pour sa jeune épouse malade ! Rouspétant d'abord que ce n'est vraiment pas le moment de faire de l'humour, le visage de reiji redevient soudain grave et triste tandis qu'il demande à son ami la raison pour laquelle il se trouve au Japon. Shiki se contente de répondre qu'il avait le sentiment qu'il fallait coûte que coûte qu'il rencontre le jeune homme. Tandis qu'il tente de se redresser sur son lit, le visage douloureux, Reiji lui enjoint de ne pas se relever, de demeurer ainsi. Puis, il se penche lentement sur son ami, s'empare pour la première fois de ses lèvres. "Comme je m'en doutais, on dirait que tu es vraiment déprimé, Reiji...." prononce Shiki doucement. Mais il ne le repousse pas, et tous deux passent ensemble une nuit tendre et brûlante. "Shiki.... C'est la première fois que je me laisse câjoler par quelqu'un.... Quelle douce ivresse...." songe Reiji en serrant dans ses bras le corps de son amant endormi, lui qui depuis son adolescence multiplie les aventures sans jamais avoir été réellement amoureux....
Un peu plus tard, alors que les deux jeunes gens demeurent paisiblement étendus dans les bras l'un de l'autre, Reiji lance à son bien-aimé que jamais il n'aurait imaginé que ce dernier lui aurait cédé aussi facilement. Mais toujours aussi moqueur, Shiki lui rétorque: "Naïf gamin ! Ne crois pas parce que nous avons couché une fois ensemble que je t'appartiens !..." A ces mots, Reiji remarque alors le cadre posé sur la table de nuit, où l'on voit Shiki enfant, sa soeur aînée et surtout son beau-frère, le splendide Keiichirô Takamiya; sans doute faudra-t-il encore bien du temps pour remplacer ce dernier dans le coeur de son ami. Mais à la grande surprise de Reiji, Shiki prononce des paroles rassurantes qui suffisent à le combler de joie et d'espoir: "Je t'attendrais en Angleterre avec Katsura. Alors dépêche-toi de régler ces affaires ennuyeuses, et rentre à la maison." Le sourire de Shiki est si lumineux lorsqu'il prononce ces mots.... Reiji acquiesce, confiant. Oui, il rentrera, il rentrera sûrement - quel que soit le temps nécessaire - à cette maison où il a été si heureux.

Deux jours plus tard, une photo de lui et de ses deux amis précieusement rangée dans la poche intérieure de sa veste, sur son coeur, Reiji prend part aux funérailles de son père. Le lendemain de leur nuit passée ensemble, Shiki était déjà reparti pour l'Angleterre, aussi subitement qu'il était venu, conformément à son caractère impulsif et volontaire. Aoé avait bien proposé de l'accompagner à l'aéroport, mais le jeune homme avait assuré que ce n'était pas nécessaire. "Au lieu de ça, inquiète-toi plutôt de tes débuts en tant que chef de famille," avait conseillé Shiki avant de le quitter. Puis, serrant le bras de Reiji, il lui avait demandé avec une étrange gravité de rester toujours ami avec Katsura, souhaitant que dans le futur, ce dernier aussi puisse trouver le bonheur. Bien qu'intrigué de cette requête, Reiji avait acquiescé, demandant cependant à son bien-aimé ce qui lui prenait tout à coup. Mais Shiki s'était contenté de répondre "Je compte sur toi" avant de monter dans le taxi qui devait l'emporter vers l'aéroport.
"Mes débuts en tant que chef de famille?..." répète pensivement le jeune homme en laissant son regard errer autour de lui sur les personnes venues assister aux funérailles de Shôgo, les visages tristes et mornes de Tamaki et de son père Mr. Kambayashi, de Kiichi et Haruomi.... C'est vrai, il lui faut en passer par là, il est le maître de la famille Aoé à présent. Montant sur le podium, Reiji s'approche donc du micro afin de remercier tous les gens venus aux obsèques de son père malgré cette journée glaciale; mais tandis qu'il parle, son esprit, lui, reste ailleurs. "Oui, je rentrerais sûrement en Angleterre. Et pour ce retour aussi, dès maintenant, je dois faire de mon mieux."
Le soir, alors que la cérémonie achevée Reiji rentre enfin à la résidence, Shûhei lui annonce qu'on le demande au téléphone, un appel international. "Probablement Shiki ou Takamiya," songe aussitôt le jeune homme. Ordonnant à Shûhei de lui faire passer la communication dans sa chambre, Reiji ajoute qu'il peut se retirer, nommant le garçon "Kashima" au lieu de l'appeler par son prénom comme il le faisait d'ordinaire. D'abord surpris, Shûhei acquiesce, souriant malgré sa tristesse de cette profonde marque de confiance: en le nommant ainsi, Reiji lui signifie qu'il le reconnaît en dépit de son jeune âge comme digne successeur de son père; c'est à lui à présent d'assumer la lourde et honorable charge de secrétaire attitré de la famille Aoé, comme Yukihiko et Kiwa avant lui et tous les Kashima depuis plusieurs générations.
Une fois dans sa chambre, Reiji s'empare du combiné posé sur le bureau, et c'est avec amusement que comme il s'en doutait, il reconnaît la voix de Katsura. Probablement, durant sa vie entière, Reiji n'oubliera jamais cet instant, ces paroles effroyables prononcées par son ami tandis qu'il lui demandait les raisons de son appel: ".... Aoé.... Shiki est.... mort.... Aoé.... Shiki est.... mort...." - "Ah !? Qu'est-ce que tu racontes ? Tu rêves tout éveillé, Takamiya ?" réplique le jeune homme nullement disposé à croire à une pareille nouvelle. Cependant, la voix entrecoupée, Katsura poursuit sa douloureuse tirade: "Ce matin.... quand je suis allé le réveiller.... il ne respirait plus.... Son corps.... était devenu tout froid...." Partagé entre l'horreur et l'incrédulité, Reiji se rappelle alors les dernières paroles prononcées par Shiki: "Tu resteras toujours ami avec Katsura, n'est-ce pas ? Je voudrais que dans le futur lui aussi puisse trouver le bonheur...." Shiki savait-il à cet instant qu'il allait mourir ? Il désirait plus que tout le bonheur de son neveu, mais comment Katsura pourrait-il être heureux alors qu'il vient de perdre l'être qui lui était le plus cher ?... Le souvenir de ces mots ne peut que briser le coeur de Reiji....

En Angleterre, c'est sous une pluie battante qu'ont lieu les funérailles de Shiki. Il y a beaucoup de monde à l'enterrement; apparemment le jeune homme était très apprécié par son voisinage, et chacun déplore le décès d'un garçon encore si jeune. En ce qui concerne les causes de cette mort inattendue, il s'agirait d'une hémorragie cérébrale survenue après un violent choc à la tête. Avant d'aller dormir, le jeune homme paraissait aller très bien, mais au matin, on l'avait découvert ainsi, plongé dans le sommeil pour l'éternité.... Indifférents à ce qui se passe autour d'eux, Reiji et Katsura demeurent immobiles devant la sépulture couverte de fleurs. Ni l'un ni l'autre n'ont de parapluie, et l'eau qui se déverse sur eux vient se mêler à leurs larmes. Les yeux marqués de cernes profondes, Reiji s'en veut à mort. Lorsque Shiki a fait cette chute terrible, même en l'y traînant de force, il aurait du l'emmener à l'hôpital. Au lieu de cela, se fiant aux paroles rassurantes de son ami, heureux que ce dernier l'accepte dans ses bras, il flottait sur un petit nuage. Accaparé par lui-même, par ses désirs et ses propres tourments, Reiji en avait fini par oublier la douleur de Shiki, par l'étreindre sans se demander s'il allait réellement bien. A cause de sa négligence, c'est comme si c'était lui qui l'avait tué !
"Takamiya, frappe-moi", demande Reiji en larmes. "Frappe-moi, insulte-moi, roue-moi de coups et de reproches ! Bats-moi jusqu'à ce que je m'écroule à terre, moi qui ai laissé mourir Shiki !" Mais Katsura ne fait pas un geste, ne lui accorde même pas un regard. A la fin il s'en va, sans mot dire, laissant Reiji seul avec sa douleur; Reiji qui s'effondre en hurlant sur la tombe de Shiki.
Trempé jusqu'aux os, Takamiya monte dans la chambre de son jeune oncle, et avisant sur le lit la marionnette-lapin de ce dernier, il se remémore la dernière conversation qu'il a eue avec Shiki. Le jeune homme venait juste de revenir du Japon, et épuisé après ce long voyage, il s'était effondré sur son lit. "Katsura, et si on s'embrassait ? avait-il proposé soudain. Ce soir ce sera peut-être la dernière fois que nous nous embrassons." - "Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que par hasard il se serait passé quelque chose entre toi et Aoé ?" avait demandé Takamiya intrigué. - "C'est un secret !" avait répondu Shiki en riant, ajoutant de son lumineux sourire: "Je t'aime, Katsura...." Ces paroles tendres résonnent encore dans la tête de Takamiya alors qu'il reste là à fixer le lit où se tenait encore son jeune oncle plein de vie il n'y a pas si longtemps. Dehors, la pluie continue de tomber à verse. Lentement, le jeune homme s'approche cette fois du piano, pose doucement sa main sur le bois du clavier. Combien de fois Shiki lui a-t-il demandé de jouer, comme lors de l'anniversaire de Reiji, et bien avant encore. Son morceau préféré était l'une des mélodies des Carpenters, un air doux mais un peu triste qu'il ne se lassait pas d'écouter.
Tandis que des larmes viennent couler silencieusement sur ses joues, Katsura se met au piano. "Doux et Triste.... Ce morceau, ne trouves-tu pas qu'il ressemble à Shiki ?" demande-t-il à Reiji debout derrière son dos. "Et Shiki, c'est moi.... C'est moi qui...." Son ami a beau ne lui faire aucun reproche, Reiji quant à lui ne se pardonne pas. "Pourquoi je ne l'ai pas fait examiner par un médecin ! Si on était allé à l'hôpital comme on aurait dû, Shiki serait peut-être encore en vie !!" Pas de doute, il est entièrement responsable. Et pourtant loin de faire retomber sur lui son désespoir, Katsura conjure son ami de cesser cet amer repentir. Il n'est pas nécessaire que Reiji s'excuse, ni qu'il s'épanche en remords. Au contraire, cela ne ferait que fâcher Shiki. Ainsi, brandissant la marionnette-lapin sous le nez de Reiji en lui faisant prendre une posture affligée, Katsura lui prête sa voix: "Je suis triste. Shiki est mort, je suis triste, je me sens seul." "De simples expressions de chagrin suffisent, explique Takamiya. Ce qui est arrivé n'est la faute de personne, Aoé. Alors, toi aussi, pleure tout ton saoûl docilement...." A travers les larmes qui baignent son visage le jeune homme sourit en prononçant ces mots. Alors, pour la première fois, Reiji prend pleinement conscience du drame, lui qui se lamentait sur sa culpabilité: il a perdu Shiki, cet être merveilleux, à tout jamais. Encore une fois, il se rappelle les dernières paroles prononcées par le jeune homme: "Tu resteras toujours ami avec Katsura, n'est-ce pas ?" Une larme vient s'écraser sur le petit lapin en peluche que Reiji tient à la main. "Oui.... acquiesce-t-il comme en réponse à la requête de Shiki, posant son autre main sur l'épaule de Takamiya en pleurs. Je t'en prie, fais que nous le restions...."
La dernière conversation qu'échangèrent Reiji et Katsura au sujet de Shiki fut la suivante:
" - ....Aoé.
- ....Quoi ?
- Le visage de Shiki endormi.... était si paisible, profondément beau.
- ......
- Le soir où Shiki est rentré du Japon, il paraissait véritablement comblé.
- Je pensais que désormais il m'appartiendrait....
- Oui.
- Mais en fin de compte, Dieu me l'a enlevé....
- C'est vrai.... Mais, Aoé, je t'assure que Shiki avait l'air parfaitement heureux.... Je suis sûr qu'il l'était !
- ....C'est vrai ?"

C'est ainsi que s'acheva ce bienheureux rêve. Bientôt, tâchant de se libérer de la hantise du passé, Reiji et Katsura reprirent chacun leur existence et leurs occupations quotidiennes. "Il ne faut pas que je pense" se disait Aoé comme un leitmotiv, et afin d'éviter de se retourner de façon à pouvoir continuer à vivre, il s'immergea totalement dans son travail, sa nouvelle fonction de PDG. Après le drame, Takamiya continua de lui sourire comme si de rien n'était, et lorsque tous deux trouvaient un peu de temps libre, Reiji et lui se rencontraient pour boire un verre, mais en évitant mutuellement de parler de Shiki. Et puis le temps passa, jusqu'au jour où Takamiya rencontra Izumi, un garçon tout à fait ordinaire, qui disait détester les homosexuels, élevé dans un foyer tout aussi commun. "C'est peut-être justement pour cela que je suis tombé amoureux de lui...." avait avoué un jour Katsura à Reiji. Mais ce dernier ne pouvait s'empêcher d'être inquiet pour son ami: sa rencontre avec Izumi avait été le fruit du hasard, un malentendu de la part de Takamiya qui avait confondu le lycéen avec l'"Izumi" du B&B Club.
En ce temps-là Aoé croyait fermement qu'une histoire d'amour avec un "gamin" ne pouvait absolument pas marcher. Jusqu'au jour où ce gamin toujours en train de brailler et qui le considérait d'ordinaire comme son ennemi juré lui avait téléphoné en plein milieu de la nuit: c'était l'anniversaire de la mort de Shiki, et comme chaque année à cette date Katsura sombrait dans une douloureuse mélancolie; ignorant tout de cette histoire, Izumi l'avait surpris avec un visage si triste, abîmé dans ses pensées.... Changement infime dans la manière d'être de son compagnon, et pourtant le garçon avait été capable de déceler sa souffrance, s'en était inquiété au point de se résoudre à demander conseil à Reiji ! "Un de ces jours, je pense que ce serait bien d'aller en Angleterre en emmenant Izumi", avait dit Katsura un peu plus tard au businessman. Et cette décision plus que tout prouve à Aoé que désormais, tout ira bien pour son ami: après avoir rencontré l'amour de sa vie, Takamiya rit comme un bienheureux.
Tandis qu'il se tient debout dans la rue, songeur, cinglé par la pluie, les paroles prononcées jadis par Shiki résonnent encore dans la tête du businessman: "Reiji, tu resteras toujours ami avec Katsura, n'est-ce pas ? Je voudrais que lui aussi dans le futur puisse trouver le bonheur...." - "Il l'a trouvé, Shiki" prononce le jeune homme à voix haute, levant les yeux vers le ciel, en réponse au voeu de son amour défunt. Mais tandis qu'il demeure ainsi immobile sous la pluie battante, une voix l'appelle tout à coup, et se retournant, Reiji découvre le visage joyeux de Naoya, son amour bien vivant. "Oui, songe Aoé un sourire aux lèvres, tous ces souvenirs de jours pluvieux, si tristes au départ, ont fait place peu à peu à des souvenirs heureux: il pleuvait le jour où il s'était fait battre par son père pour avoir défendu Kiichi, puis celui de l'enterrement de Shiki, mais aussi le jour de sa rencontre avec Naoya, ainsi que celui où Reiji lui a fait sa déclaration, et celui encore où le jeune homme avait fui la riche demeure Haïtani pour venir le retrouver....
"Vous êtes de bonne heure, Aoé-san...." lance Naoya ravi d'avoir ainsi rencontré son ami par hasard sur le chemin du retour. Cependant Reiji ne le laisse pas achever sa phrase: sans se préoccuper qu'ils se trouvent en pleine rue et que n'importe qui peut les voir, ému, il s'empare des lèvres chaudes de son jeune amant. La pluie. Tristement, tendrement, elle évoque le souvenir des êtres que Reiji a aimés. Tout comme le bruit de cette pluie, que son bonheur dure éternellement....

- Epilogue , p.166: Nous sommes à la fin du mois de juillet, qui correspond au Japon à la période de Obon , durant laquelle les âmes des défunts ont la possibilité de retourner sur Terre. A l'occasion des vacances d'été, Reiji, Katsura, Naoya et Izumi sont venus passer quelque temps en Angleterre, logeant dans cette ancienne auberge où vivait jadis Takamiya. Tandis que Reiji et ce dernier vont se recueillir sur la tombe de Shiki, les deux étudiants restent seuls à la maison. Quand Izumi, qui s'est levé tard, descend enfin pour déjeuner sur la terrasse, il ne manque pas de pester contre l'absence des deux compères, qu'il croit partis faire du tourisme: où Takamiya et Reiji ont-ils bien pu aller ? Lui aussi aurait bien voulu sortir visiter la région ! Mais lorsque Naoya, tout en lui servant son thé, lui demande l'air de rien si "ça a été si violent la veille" pour que son compagnon de voyage soit resté au lit si tard, aussi surpris que rouge de confusion, Izumi en laisse tomber son sandwich. En effet, il avait bien besoin d'une grasse matinée, après la nuit éprouvante que lui a fait passer le brûlant Takamiya ! Ce n'est pourtant pas exactement ce qu'entendait Naoya: en fait, ce dernier voulait simplement évoquer le mal du décalage horaire, responsable qu'il soit souvent difficile de trouver le sommeil quand on vient d'arriver dans un pays étranger. Izumi rougit encore plus de sa méprise: Naoya est parfois si "innocent"; par moment ses propos complètement dénués de sous-entendus peuvent engendrer d'embarrassants quiproquos ! Et contemplant son compère d'un oeil inquisiteur, Izumi meurt d'envie de lui demander si quelqu'un comme lui couche vraiment avec Reiji Aoé. Mais comment oser poser une question aussi directe et indiscrète à un "ingénu" tel que Naoya ?
Tandis qu'Izumi se prend ainsi la tête dans ses dilemnes pleins de confusion, sous le regard inquiet de son camarade qui se demande quelle genre de crise est en train d'assaillir le garçon, un rire léger se fait soudain entendre. Un jeune homme aux longs cheveux noirs apparaît alors et s'avance vers les deux compères, le corps baigné d'un rayon de lumière éblouissant. "Vous avez l'air de bien vous amuser, tous les deux ! lance-t-il joyeusement. J'aimerai bien me mettre de la partie." Et tandis qu'aveuglés par la puissante lumière accompagnant l'arrivée de l'inconnu - ainsi que surpris d'entendre parler le japonais alors qu'ils se trouvent en Angleterre, les deux garçons lui demandent son identité, le jeune homme se présente comme Shiki, l'oncle de Katsura.
Un peu plus tard, les trois jeunes gens se retrouvent assis dans le salon devant une tasse de thé. Shiki se met à leur raconter des souvenirs d'événements cocasses arrivés jadis à Katsura, à faire pleurer Izumi de rire ! Si les histoires contées par cet étrange jeune homme ont convaincu l'étudiant que ce dernier n'a pas menti sur son identité, il doit néanmoins avouer qu'au premier abord, il est difficile d'admettre qu'un être aussi jeune et aussi beau que Shiki puisse être l'oncle de Takamiya. A cette remarque d'Izumi, Naoya lui aussi acquiesce. Depuis son apparition, il ne cesse de contempler Shiki fixement, comme si, plus sensible qu'Izumi à ce genre de phénomène, il avait pressenti sa véritable nature. Le jeune homme finit par s'en apercevoir, et en plaisantant compare le garçon à un chat, ces petits félins qui restent souvent ainsi à regarder fixement un point, immobiles. Néanmoins, posant sa tasse, Shiki se lève l'instant d'après, annonçant qu'il est temps pour lui de s'en aller.
"Hein !? Déjà ? s'étonne Izumi. Vous pourriez au moins attendre jusqu'au retour de Takamiya et Reiji...." Mais à cette aimable proposition, le jeune homme donne une bien étrange réponse: "Impossible ! Pour l'instant il n'y a aucun signe que ces deux-là soient près de rentrer." - "Vous allez partir sans les rencontrer ?" demande Naoya, désolé. - "Oui, répond Shiki. A présent vous êtes là. Je pense n'avoir plus de raisons de m'inquiéter...." - "Mais quand même ! insiste Naoya éperdu. Si vous êtes venu pour les voir, ce serait mieux que vous les rencontriez !" A ces mots, Shiki qui s'apprétait à disparaître s'arrête net, stupéfait. Et réalisant que Naoya l'a percé à jour, il lui adresse un doux et triste sourire, lui disant: "Tu es vraiment un garçon bien. Dis à ces deux-là de ma part que je suis très heureux là-bas, que je ris beaucoup.... Alors.... de se tranquilliser.... et d'être heureux à leur tour...."
En revenant du cimetière, Reiji et Katsura découvrent Naoya et Izumi profondément endormis sur le canapé du salon. Tandis que le traducteur, les trouvant si mignons appuyés ainsi l'un contre l'autre, s'empresse d'aller chercher joyeusement son appareil photo et une couverture, Reiji avise soudain les tasses de thé sur la table: pourquoi y en a-t-il trois ? A cet instant, Naoya ouvre lentement les yeux, et découvrant son bien-aimé auprès de lui, il se demande un moment si ce qu'il vient de vivre n'était pas un rêve. ".... Non, conclut-il bientôt. Je suis certain que je n'ai pas rêvé...." Alors, le garçon s'adresse à Reiji, lui disant: "Aoé-san, je viens de rencontrer Shiki...." Et puisque ni Reiji ni Takamiya n'avaient jamais parlé à leurs deux jeunes amants de leur défunt compagnon, nul doute que Reiji croira l'histoire de Naoya, qu'il a réellement rencontré le fantôme de Shiki - histoire que pourra confirmer Izumi sitôt qu'il sera réveillé, et se réjouira des voeux de bonheur de son amour perdu, tout comme d'apprendre que ce dernier est heureux. Mais l'auteur n'en dit pas davantage, concluant le récit par ces mots en anglais:
- They lived happily ever after.
- Romans d'Horreur -
- Manga Fantastique et Horreur -
- Artbooks Fantastique et Horreur -
- Romans Yaoï -
- Mangas Yaoï -
- Artbooks Yaoï -
- Be Boy Zips -
- Be Boy LUV -
- Cartes Postales -
- Service VPC -
- News et Potins -