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* Love Mode 1 -----------------* Love Mode 2------------------- * Recipe----------------- * Ze 6
* Love Mode 3 -----------------* Love Mode 4------------------- * Ze 1- ------------------ * Ze 7
* Love Mode 5 -----------------* Love Mode 6------------------- * Ze 2 ------------------- * Ze 8
* Love Mode 7 -----------------* Love Mode 8------------------- * Ze 3 ------------------- * Ze 9
* Love Mode 9 -----------------* Love Mode 10----------------- * Ze 4
* Love Mode 10 - 2ème partie ------* Love Mode 11-------- * Ze 5
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Intrigue: Ryûseï Kitamura, jeune Maître Kotodama qui a été élevé en-dehors du clan Mitô, vit actuellement sous la protection de Yashiro Genma pour lequel, officiellement ou dans l'ombre, il se charge de tâches embarrassantes. Celles-ci consistent entre autres à faire disparaître les cadavres des hommes d'affaires véreux ou autres yakuzas que les membres du clan Mitô ont été payés pour exécuter par la magie du Kotodama. Le soir-même où Kotoha a détruit toute une aile de la résidence de Waki par la faute des jumeaux, Genma charge justement Ryûseï de la besogne ingrate d'enterrer un mort sur le terrain d'un immeuble en construction. Les Maîtres Kotodama n'avaient-ils pas reçu pour consigne d'éviter d'utiliser leur "art" durant la période de maintenance des Kamis ? peste le jeune homme, tout en se disant avec ironie que les habitants du futur immeuble ne se douteront certainement jamais de ce qui est enfoui sous leurs pieds ! Et inutile d'espérer pour ses travaux d'enfouissage une quelconque aide de son Kami Moriya ! Avec ses allures de jeune cadre d'élite et son complet-veston impeccable, le fier Kami refuse catégoriquement d'effectuer toute tâche requiérant un effort physique, rétorquant que ce genre de travail n'entre pas dans ses attributions !
Tandis que Ryûseï reste seul sur le
chantier, Moriya étant parti lui chercher des cigarettes dans
leur voiture, le jeune homme est soudain attaqué par un
inconnu portant un casque de moto et armé d'une barre de fer.
Pour avoir cru que c'était son Kami qui revenait en entendant
des pas derrière lui, Ryûseï n'a pas le temps de
parer le coup, qui l'atteint à la tête. Puis, son
forfait accompli, le motard s'enfuit sans demander son reste. En
voyant la moto bondir hors du chantier comme si son conducteur avait
le diable aux trousses, Moriya pressent immédiatement qu'il
vient de se passer quelque chose de grave. Vite, il se
précipite vers l'endroit où il avait laissé son
maître, pour retrouver celui-ci affalé sur le sol, du
sang s'écoulant de sa blessure à la tête. Les
jours de Ryûseï ne sont néanmoins pas en danger,
comme en témoigne la façon dont il jure contre son
agresseur; et quand son Kami lui demande s'il a une idée de
son identité, si le jeune homme répond
négativement, cela ne l'empêche pas de deviner tout au
moins les raisons de cette attaque: pour que son agresseur soit venu
l'assaillir spécialement
à cet
endroit, c'est qu'il savait l'y trouver, alors nul doute que cela a
un rapport avec Genma et son business douteux !
Décidément, peste Ryûseï, ce n'est pas son
jour de chance: d'abord il fait des kilomètres pour se rendre
chez Waki pour apprendre finalement que la maintenance des Kamis est
annulée, ensuite on lui donne la tâche ingrate
d'enterrer le cadavre d'un type assassiné, et pour parachever
le tableau, voilà qu'un inconnu lui fend le crâne
!
Moriya a beau conseiller à son maître de se calmer pour ne pas aggraver sa blessure, cela ne fait que mettre le jeune homme encore plus en rogne. Il finit néanmoins par se montrer raisonnable en ordonnant à son Kami de le soigner au plus vite. "Que préférez-vous ? demande alors Moriya. Que j'entre un doigt en vous ou que je le fasse en utilisant ma bouche ?" Bien sûr, il ne faut comprendre aucune connotation sexuelle dans cette question, qui fait simplement allusion au contact de muqueuses nécessaire à la guérison de Ryûseï; pourtant, dans la bouche de ce Kami au visage grave et au regard pénétrant, ces paroles revêtent étrangement un sens terriblement lascif, ce que ne manque pas de lui faire remarquer son maître. "Si cela vous déplaît, réplique Moriya, cela ne me dérange pas que vous transfériez vos blessures sur moi en utilisant l'art du Kotodama ?" Mais à cette proposition, redevenant brusquement sérieux, le jeune homme reprend sévèrement son Kami: "Moriya ! Combien de fois faudra-t-il que je te le répète !? Je n'utiliserai jamais le Kotodama, quoi qu'il advienne." - "Quelle tête de mûle vous êtes", profère Moriya. - "La ferme ! ordonne Ryûseï, obligeant le Kami à se pencher sur lui en le tirant par sa cravate. Laisse tomber et dépêche-toi de m'embrasser !"
Tandis que penché sur son maître
le Kami s'empare de ses lèvres, ce qui a pour effet
immédiat de faire disparaître toutes ses blessures, il
se prend à songer: "Une fois seulement il a fait usage du
Kotodama devant moi. Qu'il soit blessé, qu'il se vide de son
sang, il garde toujours le silence, ravalant ses paroles de rancoeur.
Par refus de son pouvoir, jamais il n'utilise le Kotodama. Mon
Maître...." Une fois lancé, Moriya semble ne plus
vouloir s'arrêter, même après que
Ryûseï soit totalement rétabli, si bien que ce
dernier se voit obligé de le rappeler à l'ordre: "Eh
là.... Jusqu'à quand comptes-tu m'embrasser ?...
demande le jeune homme. Je n'ai pas vraiment envie d'être
violé dans cet endroit ?" - "Alors dans la voiture ? A moins
que vous ne préfériez que nous allions à
l'hôtel ?" - "Qu'est-ce que tu me chantes avec ton air
sûr de toi !? Espèce de satyre !"
proteste
aussitôt Ryûseï, feignant d'être
scandalisé. - "S'il y a quelqu'un qui n'est pas en mesure de
me traiter de satyre, c'est bien vous. N'avez-vous pas pour coutume
de coucher avec n'importe qui du moment que vous en retiriez du
plaisir ?" - "N'humilie pas les femmes
qui te désirent."
C'était la devise de ma mère," répond
Ryûseï, son visage se fendant d'un sourire. -
"Précepte bien commode, pas vrai ? réplique Moriya, lui
souriant en retour. A moins que cette ligne de conduite ne fasse
votre fierté ?"
Aux yeux de Moriya, Ryûseï est un jeune homme intrépide et insouciant, un brin fruste et vulgaire; et pourtant, il sait aussi se montrer délicat, doux envers les femmes, encore plus tendre avec ses proches. Il n'a pas changé, depuis leur première rencontre....
Les pensées du Kami le ramènent quelques années dans le passé. Son ancien maître venait de mourir, et comme l'exigeait la coutume, il se présenta devant Waki afin d'être ramené à l'état de "papier blanc", sa mémoire et sa conscience actuelles effacées, situation semblable à la mort. Pourtant Moriya ne pouvait se résoudre à accepter ce destin, et il l'avait fait savoir, amer, au Marionnettiste: "Mais je ne veux pas retourner à l'état de papier blanc. Jusqu'à ce jour, j'ai servi mon maître en travaillant bien davantage que ne le doit un Kami ! Et même maintenant, je suis convaincu que je pourrais me rendre bien plus utile que n'importe quel autre Kami. Pourquoi quelqu'un comme moi devrait-il disparaître !?" Le moins que l'on puisse dire, c'est que Moriya n'avait pas une piètre opinion de lui-même ! Mais sans se laisser émouvoir par les récriminations de sa créature, le Marionnettiste lui répondit simplement: "Parce qu'actuellement, tous les Maîtres Kotodama sont pourvus de Kamis. Navré pour toi, Moriya." Tête basse, le Kami serra les dents, horrifié par ces paroles qui signaient sa condamnation à mort. Mais soudain, comme si un fait lui revenait subitement en mémoire, le rusé Waki laissa échapper une exclamation pensive: "....Aah, mais si, il y en avait encore un ?.... Un Maître Kotodama dépourvu de Kami.... Débrouille toi tout seul pour le convaincre de t'adopter et si tu y parviens, je respecterai ta volonté et renoncerai à te faire disparaître."
C'est ainsi
qu'après cette entrevue porteuse d'espoir, Moriya s'en
était allé sonner à la porte de
Ryûseï Kitamura, bien décidé à faire
de lui son nouveau maître. Mais quelle n'avait pas
été sa stupeur en découvrant l'allure du jeune
homme qui vint lui ouvrir: avec sa mine revêche, ses cheveux en
bataille - et pour tout vêtement un caleçon,
Ryûseï était bien loin de correspondre à
l'image que l'on est en droit d'attendre d'un Maître Kotodama !
De plus, ce que la porte ouverte laissait voir de son appartement mal
rangé dénotait une existence débauchée,
comme le prouvait la présence d'une jeune fille en
sous-vêtements, ne laissant planer aucun doute sur ce que
l'occupant des lieux faisait avant qu'un importun ne vienne sonner
à sa porte. "C'est ce gamin qui va devenir mon maître ?"
s'était dit le fier Kami, plutôt mécontent.
N'empêche qu'il n'avait pas vraiment le loisir de faire la fine
bouche s'il voulait continuer à vivre, alors ravalant ses
préjugés, il s'était adressé à
Ryûseï avec une politesse digne de l'élite des
Kamis dont il se veut l'emblême: "Enchanté de vous
rencontrer. Je me nomme Moriya. Je me suis permis de venir vous voir,
parce que je souhaiterais que vous deveniez mon maître."
Au même moment, alors qu'au bureau de sa société Genma était fort occupé à "tourmenter" Himi avant de se mettre au travail, il avait soudain reçu un coup de téléphone de Waki l'informant qu'il venait de donner un Kami à son protégé. Et si Genma était resté comme deux ronds de flan à cette nouvelle, que dire de Ryûseï en entendant l'entrée en matière de Moriya ! "Votre maître ?" avait répété le jeune homme sans comprendre ce que lui voulait ce visiteur. - "Oui, avait acquiescé Moriya, ou si vous préférez que je m'exprime autrement, je souhaiterais devenir votre propriété." Inutile de dire que Ryûseï pigeait de moins en moins ! Peut-être ce bel inconnu était-il en train de postuler pour devenir l'esclave maso de Ryûseï ? avait déduit avec amusement la compagne de ce dernier. Et Moriya ne fit qu'ajouter à la confusion des deux jeunes gens quand, s'efforçant de clarifier la situation, il ajouta qu'il voulait servir Ryûseï en tant que "Kami", ce terme signifiant également "divinité" en japonais ! "Genma ne vous a donc rien appris ? finit par s'étonner Moriya, réalisant que le jeune homme ignorait totalement de quoi il voulait parler. Pas même au sujet des particularités de la famille Mitô ?" - "Genma.... dites-vous ?" répéta Ryûseï, pour qui ce nom n'avait d'abord rien évoqué. - "Je veux parler de Yashiro Genma, qui est votre employeur et aussi le propriétaire de votre logement."
Jugeant qu'il valait mieux mettre au plus vite au courant celui destiné à devenir son maître afin de justifier sa venue, tandis que Ryûseï s'habillait, Moriya se mit en devoir de lui faire les révélations qui s'imposaient sur sa famille et ses pouvoirs. "Kotodamatsukaï , Kotodamashi , Maître Kotodama .... Dans le clan Mitô, c'est ainsi que l'on nomme les gens capables de concrétiser dans la réalité les paroles qu'ils prononcent, commença-t-il donc d'une voix monocorde. Les mots utilisés provoquent généralement le malheur d'autrui. Et si les paroles employées par le Maître Kotodama vont jusqu'à provoquer la mort, elles reviennent vers lui sous forme de graves blessures. C'est là que j'interviens: mon rôle est en effet de préserver la vie du Maître Kotodama que je sers en recevant ces blessures à sa place. Car je suis un Kami, un être à forme humaine constitué de papier conçu par le Marionnettiste. Votre père appartenait à une branche éloignée du clan Mitô et ne possédait pas un très grand pouvoir, poursuivit Moriya. Comme il était déjà marié, sa liaison avec votre mère était illégitime, mais tous deux ont rompu au bout d'un an. Après cette séparation, votre mère a réalisé qu'elle était enceinte et vous a mis au monde en secret un an plus tard. Jusqu'à son décès survenu il y a quatre ans, elle vous a élevé seule, par ses propres moyens...." - "Eeeh, c'est la première fois que j'entends cette histoire, s'exclame cyniquement Ryûseï, une fois l'exposé du Kami terminé. Vous êtes bien renseigné, dites donc. Vous avez spécialement enquêté sur moi !?" Mais bien que surpris de s'entendre décliner son pedigree par un inconnu, le jeune homme ne s'attendait guère à la réponse qu'il reçut en retour: "Non, ce n'était pas nécessaire. Vous et votre mère avez toujours fait l'objet d'une surveillance. Il était possible que vous ayiez hérité des pouvoirs d'un Maître Kotodama. Alors pour protéger les secrets de leur famille, le clan Mitô ne pouvait se permettre de vous laisser agir à votre guise en pleine nature." Furieux de cette révélation, Ryûseï en tremblait de rage ! "....Toujours sous surveillance...? Depuis quand.... Par qui...!?"
C'est ainsi que
peu de temps après cette discussion, Moriya ayant satisfait sa
curiosité, Ryûseï se retrouva assis dans le bureau
de Yashiro Genma. "Alors ? Je suppose que Moriya t'a tout
raconté ?" demanda ce dernier en s'allumant une cigarette,
sans s'émouvoir du regard mécontent que le jeune homme
dardait sur lui. Et si à la question de Genma,
Ryûseï avait acquiescé en résumant
grossièrement ce que le Kami lui avait appris, il ne cacha pas
qu'il ne comprenait rien à cette situation saugrenue et que
devoir se charger de Moriya ne représentait pour lui qu'un
embarras. "Ne dis pas que tu ne peux pas comprendre,
s'empressa de corriger Genma, mais plutôt que tu ne le
veux
pas, je me trompe ?" - "....Vous étiez au courant, n'est-ce
pas...? demanda en retour Ryûseï, la tête basse. De
tout.... Depuis le début.... Et c'est pourquoi le jour
où...." Le jeune homme ne finit pas sa phrase, incapable de
poursuivre tant l'évocation d'un certain
événement de son passé réveillait en lui
de terribles souvenirs. Mais sans répondre directement
à sa question, Genma se contenta de lancer: "On te donne
à l'oeil un de nos précieux Kamis. Prends-le et sois-en
reconnaissant. Les Kamis sont indispensables aux Maîtres
Kotodama." - "J'ai pas besoin de ces machins-là ! Et c'est
quoi, au juste, ces "kamis" !? Ils ont pourtant l'air tout à
fait humains ?!" - "Tu n'as qu'à te dire que Moriya est ton
colocataire ou tout ce que tu voudras d'autre." - "Et vous croyez que
j'y parviendrais !? s'écria Ryûseï, dont la
colère ne faisait que croître face au flegme de son
interlocuteur. Cette famille Mitô est donc si éminente
que ça !? Pourquoi devrais-je faire sagement leurs quatre
volontés !?" - "En vérité, ce n'est pas la
famille Mitô ni même le chef de leur clan qui
détient les rênes du pouvoir, répondit Genma
pensivement, tirant une bouffée de sa cigarette. C'est celui
qui fabrique les Kamis et tient de ce fait la vie des Maîtres
Kotodamas entre ses mains. Le Marionnettiste, cet homme capricieux et
insondable - Waki. ....En outre, ajouta Genma dans un sourire, si tu
refuses Moriya et que tu deviennes un jour l'ennemi à abattre
pour le clan Mitô, ce sera à moi que reviendra la
tâche d'utiliser le
Kotodama sur toi." Et Genma n'eut pas
besoin de préciser sa pensée, Ryûseï avait
compris qu'il s'agissait là d'une menace
informulée....
C'est ainsi que contraint et forcé, Ryûseï se vit dans l'obligation de garder auprès de lui l'étrange inconnu venu sonner de bon matin à sa porte. A peine fut-il rentré à son appartement après sa visite à Genma que l'accueillant avec la déférence et l'allure impeccable d'un majordome modèle, Moriya lui remit un document de la part de Waki: le mode d'emploi et les précautions à prendre quant à l'usage de son nouveau compagnon, tout à fait comme si Ryûseï avait fait l'acquisition d'un nouvel appareil ménager ! Néanmoins le jeune homme eut à peine le temps d'y jeter un oeil consterné que son téléphone portable se mit à sonner: une voix de femme retentit alors à l'appareil, réclamant une aide d'urgence. Répondant à cet appel pressant, Ryûseï se rendit donc à un night-club situé dans le quartier des plaisirs où la gérante, qui le connaissait bien, l'accueillit avec un soulagement visible: l'un de ses employés étant subitement tombé malade, il lui fallait un remplaçant de toute urgence, voilà pourquoi elle avait contacté Ryûseï. Mais si ce dernier fut ravi de lui rendre ce service, ce qui l'irritait, en revanche, c'était la présence dans son dos de ce grand pendard indésirable ! "....Eh, quel besoin avais-tu de venir aussi ?" demanda le jeune homme avec mauvaise humeur, sans même se retourner. - "Un Kami se doit de rester toujours aux côtés de son maître," répondit Moriya, catégorique. QUOÂAAA !? Cela voulait dire que Ryûseï allait devoir se coltiner ce parasite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?! "Dans ce cas, tu n'as qu'à aider aux cuisines toi aussi !!" s'écria le Maître Kotodama excédé. Il donna ainsi à son Kami une volée d'ordres concernant les tâches à accomplir avant que ce dernier, sans se départir de son calme, lui avoue qu'il ne comprenait pas grand chose à ses instructions pour n'avoir aucune expérience dans le domaine culinaire. "Les Kamis ne sont donc bons qu'à guérir les blessures !?" s'exclama en retour Ryûseï exaspéré. - "Navré, mais je n'ai aucun goût pour le travail manuel."
C'est ainsi que
faute de lui trouver une tâche plus utile, Moriya se retrouva
debout derrière le bar à essuyer les verres. Et inutile
de dire qu'avec son allure stylée, sa classe et sa
distinction, il ne tarda pas à susciter l'intérêt
de la gent féminine, qui vint se rassembler autour de lui
telles des mouches autour d'un pot de miel, avides d'adresser la
parole à ce nouveau barman. Parmi les habituées du
club, il y avait aussi la jeune fille avec qui Ryûseï
avait passé la nuit, et à peine eut-elle aperçu
Moriya qu'elle clama à qui voulait l'entendre: "Eeeh ? Mais
c'est l'homme que j'ai rencontré chez Ryû-chan, celui
qui souhaite devenir son esclave ?" Quel vent glacial se mit à
souffler dans le bar à cette déclaration ! - que
Ryûseï s'empressa de démentir, avant que de
drôles de bruits ne viennent à courir à son sujet
!
Le jeune homme ayant averti son amie, nommée Tomako, qu'un client venu spécialement pour la voir l'attendait dans l'arrière-salle, celle-ci finit par sortir avec son visiteur dans une ruelle située derrière le club. Il s'agissait du petit ami attitré de Tomako, et à peine s'étaient-ils retrouvés en tête à tête que ce dernier lui fit une violente scène de jalousie: non seulement la jeune fille avait refusé la veille de venir au rendez-vous qu'il lui avait donné, mais il avait appris qu'elle s'en était allée passer la nuit chez un autre homme ! Tomako eut beau protester qu'elle était allée dormir chez Ryûseï, son ami d'enfance, parce qu'elle avait râté le dernier métro pour rentrer chez elle, que Ryûseï et elle étaient comme frère et soeur et qu'il ne s'était rien passé entre eux, l'homme ne voulut rien savoir. Persuadé que sa petite amie le trompait, il mit soudain un terme à ses explications en la giflant brutalement. Seulement, il n'eut pas plus tôt accompli ce geste qu'une main ferme se posa sur son épaule: "....On ne frappe.... PAS LES FEMMES...!" rugit Ryûseï en assenant à l'homme un vigoureux coup de poing qui l'envoya voler dans les poubelles. Il se pencha ensuite vers la jeune fille pour examiner sa joue rougie, l'engageant à vite rentrer dans le club afin d'y appliquer de l'eau froide avant que sa joue ne se mette à enfler. Mais tandis que Tomako commençait à s'éloigner pour suivre son conseil, Ryûseï la rappela soudain: "Ah, Toma ! Je suppose que je dois m'excuser. Pardon d'avoir frappé ton petit ami." Sa déclaration arracha un sourire à la jeune fille en dépit de sa douleur: à voir l'air mauvais qu'il arborait en prononçant ces mots, comment croire une seule seconde que Ryûseï regrettait sincèrement son geste ?
Mais si le jeune homme s'imaginait que la brute avait son compte, il se trompait lourdement ! Tomako n'eut pas plus tôt quitté la ruelle qu'il se releva, une bouteille vide à la main. "Tomako est à moi !" rugit-il en s'élançant vers Ryûseï, abattant son arme improvisée de toutes ses forces. Après s'être protégé du coup en levant un bras, furieux, Ryûseï contre-attaqua en enfonçant son poing dans l'estomac de son adversaire. "....Quand on est un homme, un vrai.... ON NE BAT PAS LA FEMME QU'ON AIME !! BOUGRE DE SALIGAUD !!" Et cette fois le coup qu'il lui porta fut si puissant que l'homme s'effondra sans risque qu'il se relève à nouveau ! Avant de regagner les cuisines, Ryûseï prit néanmoins la peine de parler à la brute pour lui donner cet avertissement: "Ne porte plus jamais la main sur Tomako, tu m'as bien compris !? Je ne suis vraiment qu'un simple ami d'enfance pour elle, il n'y a jamais eu de relation amoureuse entre nous. C'est clair !?"
Si
Ryûseï était parvenu à parer le coup que
l'homme allait lui assener sur la tête, en se brisant, la
bouteille lui avait néanmoins fait plusieurs entailles au
bras. Afin de ne pas inquiéter Tomako, il s'en alla vite laver
cette blessure dans les lavabos, où Moriya ne tarda pas
à le rejoindre. Sur le point de congédier le Kami avec
mauvaise humeur, le jeune homme se rappela soudain les paroles que ce
dernier avait prononcées lors de leur première
rencontre: "Mon rôle en tant que
Kami est de préserver la vie du Maître Kotodama que je
sers en recevant ses blessures à sa place." Voilà justement l'occcasion idéale de
vérifier la véracité de ses dires. "Moriya,
appela donc Ryûseï, tu m'as bien dit que tu étais
un Kami. Peux-tu réellement guérir les blessures ?
Faisons un essai. Guéri-moi donc ça, pour voir." Sur
ces mots, il leva le bras afin de montrer ses coupures. Mais les
choses n'étaient pas si simples, comme Ryûseï s'en
aperçut quand le Kami déclara en retour: "D'accord.
Alors je vous prierai de bien vouloir prononcer la formule permettant
de me tranférer votre blessure." - "....Atttends un peu.
Pourquoi est-ce que je devrais utiliser le Kotodama rien que pour
guérir une blessure !?" - "Pour nous, les Kamis, expliqua
Moriya, il existe deux façons d'opérer la
guérison. La première est que notre maître nous
transfère lui-même sa blessure par une formule Kotodama
telle que par exemple "Blessure, déplace-toi." La
seconde...."
Mais Ryûseï prit d'un soudain
accès de colère ne laissa pas son Kami continuer.
"....Plus jamais je n'utiliserai le Kotodama !" s'exclama-t-il,
livide, avant de darder sur Moriya un regard sombre et
menaçant: "Et toi, si tu veux rester mon Kami, ne me demande
plus jamais d'employer le Kotodama." Après avoir
observé son maître un moment, intrigué par cette
phobie que ce dernier semblait éprouver vis à vis de
son pouvoir, Moriya finit par acquiescer sans poser de questions.
"D'accord. Dans ce cas, utilisons le second moyen de guérison.
Que préférez-vous ? Le doigt ou la bouche ?" - "Hein ?
Eh bien, disons.... la bouche ?" répondit Ryûseï,
bien qu'ignorant à quoi son compagnon faisait allusion. Mais
il n'eut pas plus tôt fait son choix que se rapprochant de lui
jusqu'à le plaquer contre le miroir des lavabos, Moriya se
pencha sur lui pour s'emparer de sa bouche. Et au
moment où
le Kami glissait sa langue entre les lèvres de son
maître afin d'avoir contact avec celle de ce dernier, la
blessure disparut subitement du bras du jeune homme pour
réapparaître sur son propre bras, comme le laissa voir
la déchirure de sa manche. Ryûseï en resta
longtemps tétanisé, lui qui jusqu'à cet instant
n'avait pas vraiment cru à toutes ces histoires d'être
artificiel fait de papier et de pouvoirs magiques -
incrédulité à laquelle venait s'ajouter le choc
d'avoir pour la première fois été
embrassé par un homme ! Mais paraissant ignorer le trouble qui
agitait son maître, sa tâche accomplie, Moriya se
contenta de demander: "Êtes-vous.... satisfait, Maître
Ryûseï ?"
Son travail achevé, une fois de retour chez lui attablé devant son plateau-repas, Ryûseï se mit en devoir de jeter un oeil au mode d'emploi des Kamis afin de comprendre pourquoi Moriya s'était vu contraint de l'embrasser. Il y découvrit qu'en effet, s'il s'obstinait à ne pas vouloir employer le Kotodama, il était condamné à subir un contact intime avec son Kami à chaque fois qu'il aurait besoin que ce dernier le guérisse. Quand Ryûseï demanda à Moriya pour quelle raison un simple contact physique superficiel ne suffisait pas pour déclencher la guérison, ce dernier répondit que si le seul fait de se toucher faisait disparaître le moindre petit bobo, il deviendrait alors difficile à maître et Kami de sortir ensemble à l'extérieur par crainte de provoquer une panique dans la foule en exhibant invonlontairement leurs pouvoirs. En outre, précisa Moriya, ce geste d'unir des parties intimes de leur corps est également un symbole de la confiance que voue le Kami à son maître. Si Ryûseï fut loin d'être convaincu par ces explications, il ne tarda pas à avoir un autre sujet de préoccupation que les motivations douteuses des créateur de Kamis. "Tu ne manges pas, Moriya ?" s'étonna-t-il en remarquant soudain que son Kami n'avait pas touché à son plateau-repas. - "Non, répondit succintement l'intéressé, car les Kamis n'ont pas besoin de se nourir." - "QUOI, C'EST VRAI !? Alors et les toilettes !? Si tu ne manges pas, tu ne rejettes pas de déchets ? C'est cool de pouvoir couper aux frais de nourriture ! Et du sang, tu n'en as pas, n'est-ce pas ?! Et du sperme ? Tu en as ?" Livide face à cette volée de questions outrageusement indiscrètes mettant à mal son standing, Moriya scandalisé se contenta d'inviter son maître, s'il désirait de plus amples détails sur sa constitution physique, à consulter illico son mode d'emploi ! Si le jeune homme trouva à cette réponse peu amène que son Kami n'était vraiment pas drôle, il n'insista pas et invita Moriya à aller se coucher en prévision d'un lever aux aurores le lendemain. Moriya eu beau insister pour que son maître prenne la peine avant de s'endormir de lire en détails son mode d'emploi, Ryûseï s'en alla se coucher après avoir laissé à son colocataire de quoi passer confortablement la nuit sur le sofa. "Bonne nuit, Maître Ryûseï," finit par lancer Moriya résigné en soupirant, avant d'éteindre la lumière. Mais une fois la pièce plongée dans le noir, à l'abri des regards sous sa couverture, Ryûseï quitta l'expression insouciante qu'il affichait jusqu'à présent. Car après avoir vu sa blessure au bras disparaître comme par enchantement suite au baiser échangé avec le Kami, il lui était désormais impossible de continuer à nier une réalité qu'il s'était toujours efforcé d'ignorer....
Le lendemain
matin, Ryûsei s'en était donc allé à son
travail flanqué de Moriya, laissant entendre à son
coéquipier Kazuo Takewaki, afin d'expliquer la présence
de ce jeune homme aux allures de cadre, qu'il s'agissait d'un homme
de main de leur patron Genma. Quant au dénommé Kazuo,
surnommé Také, s'il arborait désormais une
figure sympathique, Ryûsei expliqua à son Kami qu'il
était autrefois un délinquant très violent que
la police avait placé en réinsertion sous ses ordres,
en liberté conditionnelle. Si Kazuo confirma de bonnes
grâce ces propos, il ne manqua pas d'ajouter que personne ne
lui avait jamais flanqué de correction comme celle que lui
avait administré Ryûsei durant sa période
probatoire, et que si lui n'était pas un ange, la
réputation de bagarreur de son coéquipier n'est plus
à faire ! Tout en discutant, les trois compères se
mirent au travail. Il s'agissait de vider le contenu d'un appartement
dont l'occupant était décédé, objets
personnels et mobilier compris, tâche physique digne de
déménageurs qui ne fut pas sans étonner Moriya.
Také se mit alors en devoir de lui expliquer que Ryûsei
et lui étaient en quelque sorte les "gros bras" de la
société de Genma, s'occupant aussi bien de
débarrasser un appartement dont l'occupant aurait prit la
fuite sans payer son loyer et en abandonnant ses meubles, que de se
charger de liquider le fond de commerce laissé par un
boutiquier défunt à la place de sa famille. Avec son
peu d'enthousiasme pour les travaux manuels, Moriya n'allait pas
avoir grand chose à faire dans cette histoire, mais
devançant sa future réticence, Ryûsei parvint
à lui dénicher une tâche à sa mesure:
celle de cocher sur la liste des objets ceux qui pourront être
vendus au recyclage. "J'espère au moins que ça, c'est
dans tes cordes ?" lança le jeune homme avec une pointe de
cynisme en se retournant vers son Kami. Dévisageant son
maître un instant, Moriya finit par acquiescer, non sans noter
pour lui-même que contrairement à ce qu'il aurait cru,
Ryûsei faisait preuve d'un grand sérieux dans son
travail.
En fin d'après-midi, tandis que les trois compères, leur besogne achevée, repartaient dans leur fourgonnette, leur route croisa celle d'un enfant s'en revenant de l'école, chargé d'un lourd cartable et d'un sac à provisions. Klaxonnant pour attirer l'attention du gamin, Ryûsei eut à peine quitté le véhicule que l'écolier se précipita dans ses bras. Tout en contemplant la scène en riant, Také expliqua à Moriya qu'il s'agissait de son petit frère, Ryûji. Ce dernier adorait Ryûsei, qu'il connaissait depuis sa petite enfance, et se proclamait tout comme son aîné l'un des plus grands "fans" du jeune homme. Réfléchissant froidement à cet aveu, Moriya en déduisit une autre des qualités de son nouveau maître: celle de se faire aimer des autres, qualité en outre indispensable à un être destiné à commander à autrui. Car bien que cela ne lui plaisât guère, dans leur relation l'Humain resterait le maître, le Kami le valet; c'était l'une des règles fondamentales de ce monde, contre laquelle on ne pouvait rien....
Le soir venu, tandis que Ryûsei
était en train d'avaler son dîner, un gigantesque
travesti mal rasé fit soudain irruption dans son appartement.
Ce n'était autre que Lily, meilleure amie de Shôko la
défunte mère du jeune homme, venue en catastrophe aux
nouvelles suite à ce que lui avait appris Tomako. L'amie
d'enfance de Ryûsei avait en effet raconté à qui
voulait l'entendre que ce dernier vivait désormais en
concubinage avec un homme aux tendances masochistes, car ignorante de
l'existence des Kamis, comment aurait-elle pu interpréter
autrement la curieuse relation maître/esclave unissant
Ryûsei et Moriya ? Epouvantée par cette nouvelle, Lily,
qui s'était depuis longtemps auto-proclamée
"mère de substitution" du jeune homme, avait donc
décidé d'aller voir par elle-même ce qu'il en
était avant de mettre, si nécessaire, le holà
à la situation. Car vu l'absence de morale quasi-totale de
Ryûsei dès qu'il s'agissait d'affaires situées
"en-dessous de la ceinture", elle se demandait avec inquiétude
de quel genre de mauvais garçon ce dernier avait pu
s'enticher. Tandis que Lily se tenait ainsi au-dessus de
Ryûsei, son énorme pied chaussé d'une chaussure
à talon menaçant de lui broyer les bourses, prête
à le sermonner avec sévérité, Moriya que
son maître avait envoyé faire des courses revint soudain
à l'appartement. Et à peine eut-elle posé les
yeux sur le
nouveau-venu
qu'avant même de lui avoir parlé, séduite par son
allure et sa beauté, Lily s'empressa de réviser son
jugement. "Eh, mais c'est qu'il est drôlement bel homme !"
s'exclama le travesti, comprenant mieux à présent
pourquoi Ryûsei, qui malgré sa bisexualité
assumée préférait quand même nettement les
femmes, avait tout à coup décidé de se mettre en
ménage avec un homme. Afin d'éviter des questions
indiscrètes quant à sa relation avec Moriya,
Ryûsei parvint tant bien que mal à entraîner Lily
hors de son domicile, en lui proposant d'aller ensemble prendre un
verre dans le bar gay où travaillait le travesti. Deçue
que Moriya ne les accompagnât pas, Ryûsei ayant
prétendu que son compagnon ne tenait absolument pas l'alcool,
Lily eut tout de même le temps de lui glisser une carte de
visite du Club Butterfly, invitant le Kami à s'y rendre
dès que le coeur lui en dirait.
Laissant Moriya à la maison,
Ryûsei s'était donc offert une petite sortie en
boîte, et vu son succès aussi bien auprès des
messieurs que des dames, il ne tarda pas à se faire une
conquête en la personne d'un jeune travesti. Quittant le Club
Butterfly en cachette de la sévère Lily, le couple alla
se réfugier dans une ruelle adjacente au bar gay afin d'y
goûter quelques ébats, mais alors que tous deux
commençaient à peine à profiter de leur
escapade, ils furent soudain interrompus par l'arrivée
inopinée de Moriya. "Vous n'étiez donc pas parti
prendre un verre, Maître Ryûsei ?" demanda le Kami, sans
s'émouvoir le moins du monde de la situation embarrassante
dans laquelle il venait de découvrir son patron, et encore
moins soucieux du dérangement causé ! Mais il n'en fut
pas de même pour tout le monde, et surpris au plus haut point
par cette apparition inattendue, de saisissement, le travesti
infligea une morsure à son partenaire à un endroit que
nous ne nommerons pas. "Toi alors.... gémit Ryûsei
plié en deux. C'est malin ! Qu'est-ce que je vais faire, moi,
si ça ne fonctionne plus !?" - "Si vous le désirez, je
peux guérir votre blessure," répondit Moriya
pragmatique, sans la moindre once de remord. Ryûsei peu
enchanté
par sa
proposition ne lui donnant aucune réponse, le Kami en profita
pour lui exposer les raisons de sa venue: en partant
précipitamment, le jeune homme avait oublié son
téléphone portable, qui depuis n'avait cessé de
sonner. Ignorant tout du fonctionnement de ce genre d'objet, Moriya
avait donc jugé préférable de l'apporter
à son maître, utilisant pour le retrouver la carte
offerte par Lily. "C'est quand même pas difficile, tu n'avais
qu'à l'éteindre !" s'exclama Ryûsei,
excédé par un tel manque de sens pratique. Et sans
laisser le temps à son Kami de réagir, il se redressa
brusquement et l'attira à lui pour s'emparer de ses
lèvres, ce qui eut tôt fait de guérir sa honteuse
blessure. "Aaah, ça va mieux. Enfin j'ai plus mal à la
queue," lança ensuite le jeune homme, soupirant d'aise. -
"Votre vulgarité n'a pas de limites," répliqua Moriya
consterné, s'efforçant sans succès de dissimuler
le choc provoqué par ce baiser volé. - "Tu comprends,
maintenant, ce que j'ai éprouvé hier soir ? Hein ?
Moriya !" - "Ce que j'ai compris, c'est surtout pourquoi on dit que
vous êtes dépourvu de morale !"
"Maître Ryûsei était un être vulgaire et extraverti, cela je l'avais compris au premier regard, continue de songer Moriya, toujours plongé dans ses souvenirs. Mais peu à peu, je découvrais également son humanité, sa gentillesse, sa force, et aussi... ses tendances à se mettre volontairement en danger."
C'est ainsi
qu''un soir, en revenant à leur appartement, le Kami
découvrit le jeune homme tout éclopé, une
balafre sanglante lui barrant le torse et le ventre. "Salut.... Tu es
en retard...." lança nonchalamment Ryûsei, amusé
par la stupeur qu'il lisait sur le visage de son compagnon. "Je vous
ai laissé seul à peine quarante minutes pour aller
faire les courses ! Qu'avez-vous donc fabriqué pendant ce
temps-là !?" - "Bah, je suis tombé sur une bande de
mecs en train de s'en prendre à une femme. Ça m'a mis
en rogne, et pendant que je les rossais, l'un d'eux a sorti un
couteau." - "Seriez-vous donc idiot !?" s'exclama Moriya,
consterné par l'obstination du jeune homme à vouloir
jouer les chevaliers servants même au mépris de sa
propre vie. - "Bien sûr, que je suis idiot. Car il faut
l'être pour avoir accepté de vivre avec un type comme
toi, pas vrai ?" Et sur ces paroles pleines d'autodérision,
alors que Moriya se penchait sur lui, Ryûsei en profita pour
lui voler un autre baiser....
La blessure de son maître guérie, Moriya le laissa seul le temps de réparer les dommages causés à son propre corps de papier et de changer de vêtements. Quand le Kami revint dans la chambre quelques minutes plus tard, ce fut pour trouver le jeune homme profondément endormi, étendu sur son lit sans même avoir pris la peine de se vêtir. "Au début, je pensais qu'il mettrait davantage de réticence à m'accepter", songea Moriya, couvrant Ryûsei de sa couette avant d'aller s'étendre à son tour sur le canapé. "Même quand on travaille sous les ordres de Genma, ce doit être difficile de croire à des êtres tels que les Maîtres Kotodama et les Kamis, dont l'existence défie le sens commun. Et encore plus dur à avaler de s'entendre dire que le sang de tels êtres coule dans vos veines. Et pourtant, il fait usage de ma personne sans doute ni hésitation. Est-ce à cause de son manque de morale ? Du sang de sa lignée ? S'il en était ainsi, il ne devrait montrer aucun scrupule à utiliser l'art du Kotodama. Mais ce qui est le plus étrange, c'est qu'il n'éprouve nulle peur à l'idée d'être blessé. La manière dont il provoque ses blessures confine au masochisme. Il m'utilise pour guérir ses plaies, mais chaque fois, immanquablement, c'est pour se réveiller ensuite au beau milieu de la nuit victime d'horribles cauchemars."
Bien qu'il commençât à
cerner un peu mieux la personnalité de son maître, sous
bien des aspects, Ryûsei demeurait une énigme pour
Moriya. Mais alors même que le Kami méditait à ce
sujet, Ryûsei qui ne cessait de gémir depuis un moment
se réveillait en sursaut. En nage, le jeune homme demeura
quelques instants prostré sur son lit, avant de se
décider finalement à se lever. "Je vais fumer une clope
sur la terrasse", expliqua-t-il à son compagnon, ce dernier
s'étonnant de le voir debout à pareille heure. Inquiet,
Moriya ne tarda pas à aller le rejoindre sur le toit de
l'immeuble, où il découvrit le jeune homme assis sur le
sol froid, plongé dans un état d'abattement manifeste.
"...Moriya," commença faiblement Ryûsei, le Kami ayant
signalé
sa
présence en prononçant son nom. - "Oui ?" - "Je ne suis
vraiment qu'un parfait crétin. A quoi ça sert que tu
guérisses mes blessures si cela ne fait que me meurtrir
davantage ?..." - "Je ne saisis pas le sens de vos paroles," avoua le
Kami dérouté. - "...Je parle de la raison pour laquelle
je refuse absolument d'utiliser le Kotodama." - "Parce qu'il y a une
raison ?" - "C'est parce que j'ai tué." A cet aveu, même
un être aussi froid que Moriya ne put dissimuler sa surprise,
surtout connaissant la gentillesse de Ryûsei et son acharnement
à vouloir protéger autrui. Mais comme pour
lui-même, le jeune homme poursuivit sur un ton douloureux: "En
utilisant le Kotodama, j'ai tué ma propre mère."
Afin que Moriya comprenne mieux dans quel contexte le drame s'était déroulé, Ryûsei se mit à évoquer son passé, en commençant par sa petite enfance. A ce moment déjà, il se présentait comme le défenseur de ces dames, toujours prêt à défendre sa jeune amie Tomako contre les caïds de bac à sable. Bien qu'il se disputât souvent avec sa mère quant à cette manie de se bagarrer, c'était en réalité Shôko qui l'avait involontairement incité très tôt à agir ainsi: "Sois gentil avec les filles. Ne donne pas d'occasion aux autres de te mépriser parce que tu viens d'une famille monoparentale," lui répétait-elle sans arrêt. Mais le sujet sur lequel la jeune femme se montrait la plus sévère était la politesse, en particulier la politesse verbale. Jamais elle ne cessait de répéter à son rejeton que même pour plaisanter il ne devait pas dire de paroles méchantes, et surtout ne jamais prononcer les mots "Crève !" ou "Je vais te tuer !" en direction d'un être humain. Pour appuyer ses exortations, elle prétendait que du moment que c'était Ryûsei qui les prononçait, le contenu de ses paroles se réalisait, comme c'était arrivé un jour quand le garçonnet avait accidentellement tué un chien errant argneux rien qu'en lui criant "Meurs !" Et les années eurent beau s'écouler, Shôko ne cessa de poursuivre sur le même credo.
L'immeuble du
quartier des plaisirs dans lequel se trouvait situé le night
club de la jeune femme était géré par une
société immobilière dont le PDG n'était
autre que Yashiro Genma. A chaque fin de mois, ce dernier venait
lui-même récolter l'argent du loyer, flanqué
comme de coutume de son fidèle secrétaire Himi, dont
Ryûsei ignorait alors la véritable nature. Aux yeux du
collégien, avec sa figure sévère et son costume
noir, Genma n'évoquait rien d'autre qu'un yakuza, voilà
pourquoi il avait bien du mal à se montrer poli envers lui. A
cette époque, Ryûsei ne s'était pas posé
de question sur le fait qu'un PDG vint lui-même chercher
l'argent d'un loyer. Pourtant, à bien y
réfléchir, ce rituel peu banal aurait dû lui
mettre la puce à l'oreille: nul doute que membre tout comme
lui de la famille Mitô, avec en commun le drame de n'avoir pas
été lui non plus reconnu par son père, Genma
avait deviné que l'adolescent possédait le don
dangereux du Kotodama. S'il se rendait en personne chaque mois au
club de Shôko, c'était en réalité pour
garder le garçon à l'oeil.
Et puis les années passèrent, jusqu'à ce jour fatidique de la violente dispute qui avait éclaté entre la mère et le fils. Pour avoir passé sa vie à travailler d'arrache-pied pour élever seule son unique enfant, Shôko avait fini par tomber gravement malade. Cela ne l'avait pas empêchée de se porter garante pour une amie qui l'avait aidée dans le passé, avec pour conséquence que son établissement était désormais menacé de saisie. Ryûsei n'en revenait pas d'une telle naïveté et d'un tel manque de bon sens ! Après avoir tant trimé, sa mère risquait à présent de tout perdre. Et le pire, c'était que bien que visiblement trahie, Shôko refusait de croire en la malhonnêteté de son amie et osait encore espérer que cette dernière allait lui rembourser sa dette ! "Mais ouvre donc les yeux, vieille folle !" avait fini par lâcher le jeune homme exaspéré. - "Combien de fois t'ai-je dit de ne pas dire de gros mots !" avait répliqué Shôko, renversant le verre d'alcool qu'elle venait de se verser dans son indignation. Néanmoins Ryûsei n'était pas décidé à en rester là. "Même la mort ne suffit pas à guérir les idiotes dans ton genre ! Tiens, c'est une idée: si tu passais l'arme à gauche pour tout recommencer à zéro...!" Le jeune homme n'eut pas le temps d'achever sa phrase qu'une gifle l'atteignit en plein visage. "En voilà une façon de parler à sa mère, fils indigne ! explosa Shôko. Quel prétentieux ! Sache que tu es encore un siècle trop jeune pour pouvoir me faire la morale ! Arrête un peu de jouer celui qui s'est fait tout seul ! C'est quand même moi qui me suis ruinée la santé pour t'élever jusqu'à ce jour !!" A ces mots, de cynique, Ryûsei se fit amer. "....Puisque tu en parles, est-ce que je n'ai pas cessé de te répéter que c'était inutile que tu te tues à la tâche ?" rappela-t-il sombrement. "Ne t'avais-je pas dit qu'au lieu d'aller au lycée, il valait mieux que je cherche tout de suite du travail ? Je savais bien.... que tu n'aurais pas pu continuer indéfiniment ce job douteux !" - "Jusqu'à leur majorité, les enfants restent la propriété de leurs parents ! rétorqua Shôko impatientée, exhalant un soupir. Contente-toi de te taire et de faire ce que je te dis."
Visiblement, la
mère de Ryûsei ne comprenait pas du tout à quel
point ce dernier s'inquiétait pour elle, et cela ne laissait
pas d'irriter le jeune homme. Voilà pourquoi, sa langue finit
par fourcher: "Ce n'est pas moi qui ait choisi de naître !
explosa-t-il. N'est-ce pas toi qui n'en a fait qu'à ta
tête en me mettant au monde et en m'élevant !? Tu te
plains que tu t'es détruit la santé, que tu t'es
épuisée à la tâche, mais crois-tu donc que
moi-même je n'ai pas souffert ?!! Si tu avais songé un
peu à ton bonheur, tu n'avais qu'à m'abandonner ou
à me placer dans un orphelinat tant que je n'étais
encore qu'un enfant ! Après tout, je ne suis qu'un
bâtard que tu as eu accidentellement avec un client, pas vrai
!?" Cette fois ce ne fut pas une gifle mais une assiette qui vint
s'écraser contre le crâne de Ryûsei, mettant fin
à sa tirade enflammée. Tandis que du sang
commençait à s'écouler de la blessure
provoquée par les éclats de porcelaine, il posa son
regard sur Shôko, dont le visage exprimait alors une telle
fureur muette que le jeune homme en fut confondu. Involontairement,
il avait dépassé les bornes, mais sa propre
colère ne s'était pas apaisée pour autant.
Voilà pourquoi, de regrêt et de rage, sa langue fourcha
une seconde fois: "Ah.... J'en ai vraiment ma claque....
murmura-t-il, avant de frapper dans un meuble de toutes ses forces.
PUISQUE C'EST AINSI, FAIS COMME BON TE SEMBLE ! VAS-Y, CONTINUE DE TE
BOURRER D'ALCOOL OU D'AUTRES SALOPERIES, ET DÉPÊCHE-TOI
DE CREVER...!"
"Dépêche-toi de
crever...." répéta
Ryûsei, poursuivant son récit. "Après avoir
craché ces mots, j'ai quitté le bar à toute
vitesse. Ma mère, elle, ne dit rien. J'étais tellement
remonté que je me suis mis à arpenter le quartier comme
un fou, sans même savoir où j'allais. C'est ainsi que
j'ai fini par m'apercevoir que les gens que je croisais me
dévisageaient curieusement.... Ça me mit encore plus en
rogne, et j'allais leur crier "C'est un crime d'avoir du sang qui
coule de la tête ?"... quand soudain, par hasard, je vis mes
mains et mes bras. Et je remarquai pour la première fois
qu'ils étaient en sang, couverts de profondes entailles.
....Parce que je venais d'utiliser le Kotodama.... Eperdu, je suis
retourné au bar en courant de toutes mes forces. Ma
mère gisait sur le sol, et déjà elle ne bougeait
plus. Une seule parole... D'un seul mot prononcé par
inadvertance, j'avais fini par tuer ma propre mère.... Mais
j'eus beau répéter que c'était ma faute, que
c'était moi qui l'avait tuée, personne ne me crut. Il
n'y avait personne pour me faire des reproches, pour me
juger...."
Cet accident terrible fut le point de départ du comportement masochiste de Ryûsei. Car peu importe à ses yeux qui incarnerait le bras de la justice, il souhaitait recevoir le juste châtiment de ses actes, désirait qu'on le tue à son tour pour mettre fin à sa terrible souffrance. le jeune homme conta ainsi à Moriya comment un jour, avisant des yakuzas qui descendaient d'une luxueuse voiture, il s'était emparé d'une pièce de monnaie et avait entrepris de rayer la belle peinture rutilante sous le nez même des propriétaires du véhicule. La réaction ne s'était pas faite attendre. Hélas, si comme prévu les bandits l'avaient passé à tabac, ils n'avaient pas été jusqu'à le tuer. Et alors que le jeune homme gisait en sang abandonné sur un chantier désert, il vit soudain se pencher sur lui la silhouette familière de Yashiro Genma. "Si tu meurs ici, tu me mettras dans l'embarras, lança froidement le jeune PDG. Il y aura une personne de moins sur ma liste d'embauche." Mais au son de cette voix, une lueur se fit dans l'esprit de Ryûsei, et comme s'il comprenait instinctivement que cet homme-là serait celui qui le croirait enfin, articulant avec peine, il se mit à répéter ce qu'il n'avait cessé désespérément de clamer depuis le décès de Shôko: "J'ai... tué ma mère.... Elle est morte.... par ma faute.... parce que je lui ai dit.... de se dépêcher de crever.... Elle est... morte...." - "Alors pas de doute, tu as mal agi. A présent te voilà toi aussi un assassin. Il t'est impossible de réparer ta faute. Jusqu'à l'heure de ta mort, tu vivras dans la douleur et les regrets. Ce sera ça, ton châtiment." Et à l'annonce de cette sentence qui prouvait que Genma avait cru à ses propos, Ryûsei sentit un flot de sentiments l'envahir; les remords sincères, la peur, le désespoir, tous ces sentiments qu'il n'avait pu exprimer jusqu'à ce jour et qui avaient menacé de l'étouffer, et il fondit en larmes sous le regard attentif de celui qui allait l'aider et devenir son patron. Oui, il souffrirait en vivant pour toujours avec ses regrets. Mais il jura également de ne plus jamais faire usage du Kotodama.
"Puisque ma
mère y tenait tellement, poursuivit Ryûsei pour conclure
son récit, je ne quittai le lycée qu'une fois mon BAC
en poche. Ensuite, l'oncle Yashiro m'ayant plusieurs fois
proposé de me prendre à son service, j'acceptais
finalement qu'il me trouve un travail. Ce n'est pas pour autant que
j'oubliais ce que j'avais fait, le crime que j'avais commis, mais en
m'immergeant dans le quotidien, le sentiment de culpabilité
que j'éprouvais vis à vis de ma mère
menaçait moins de m'étouffer comme auparavant. Et c'est
alors que tu es arrivé. "N'oublie pas. N'oublie pas le crime que tu as
commis." J'eus l'impression que
c'était ce que me disait ton regard rivé sur moi.
Après notre rencontre, quand enfin l'oncle Yashiro m'eut tout
expliqué.... sur la famille Mitô, sur les Maîtres
Kotodama, enfin, je compris pourquoi il m'avait dit jadis: "A
présent te voilà toi
aussi un assassin." Pour la
première fois je réalisais que nous appartenions
à la même famille, alors que tout ce que je lui devais
aurait dû me le faire comprendre depuis longtemps.... Quant aux
Kamis, après avoir entendu cette histoire puis que tu aies
guéri mes blessures plusieurs fois, je finissais enfin par
croire à leur existence. Cependant...." Pour la
première fois depuis le début de son récit,
Ryûsei releva enfin la tête. "Moriya, sincèrement,
il m'est impossible de devenir ton maître."
Le jeune homme
avait prononcé ces mots en souriant, ignorant ce que sa
décision impliquait pour le Kami. Mais c'était mal
connaître Moriya que de croire qu'il allait acquiescer sans se
battre, ainsi, les premiers instants de stupeur passés, il se
mit à exiger une explication. "Pourquoi !? s'insurgea-t-il
d'un ton acerbe. Quelle sont vos raisons !?" Pour Ryûsei,
c'était l'évidence même, mais il entreprit de
s'expliquer patiemment: "Je n'ai pas l'intention d'utiliser le
Kotodama, ce qui implique que je n'ai pas l'usage de ta personne.
Voilà pourquoi je ne peux pas devenir ton maître.
Continuer à te laisser guérir mes blessures sans rien
offrir en échange, c'est un peu comme s'abaisser à une
aventure sexuelle sans lendemain." - "Mais quand même...! Et si
moi, je vous disais que je désire rester auprès de
vous...?" En posant cette question, Moriya se remémora son
entrevue avec Waki. "Débrouille
toi tout seul pour le séduire et le convaincre de t'adopter.
Si tu y parviens, je respecterai ta volonté et renoncerai
à te faire disparaître. Seulement, tu n'aura qu'un mois
pour agir. Mais pour un être aussi éminent que
toi, avait ajouté le
Marionnettiste d'un ton railleur, faisant allusion à la haute
idée de lui-même que possédait le Kami,
ce ne doit pas être bien
difficile de t'approprier un ou deux Maîtres Kotodama
?" Dans ce pari conclu avec Waki,
Moriya avait mis en jeu sa propre mort, mais cela, il se gardait bien
de l'avouer à Ryûsei, ne voulant surtout pas que ce
dernier le gardât par pitié. Silencieux, le jeune homme
réfléchit à la demande du Kami, à
l'expression de son désir de rester auprès de lui.
"Pour parler franc, avoua-t-il finalement à l'issue de cette
réflexion, c'est dur pour moi de t'avoir à mes
côtés.... Le fait que tu sois un Kami ne fait que
rouvrir de force cette blessure dont je souhaite tant qu'elle se
referme. ....Mais bon, ne dit-on pas qui sème le vent
récolte la tempète ?" ajouta le jeune homme comme pour
lui-même, se remémorant les paroles de Genma lui
assurant qu'il souffrirait toute sa vie en guise de châtiment.
"....Te garder à mes côtés n'est peut-être
qu'une autre forme de ma punition.... Moriya, je ne peux pas devenir
ton maître. Mais si tu désires quand même rester
près de moi, ça ne me dérange pas de te garder
en tant que colocataire. C'est tout. Le sujet est clos !"
Et sur cette sentence définitive, se
relevant du sol de béton où il se tenait prostré
depuis le début de son histoire, Ryûsei, tête
basse sous l'effet d'une grande lassitude morale, passa près
de Moriya sans même le regarder. "Il n'y a rien à faire,
songea le Kami, incrédule face à son propre
échec. Quoi que je dise ou fasse, impossible de remuer son
coeur. Et tout ça parce que je suis un Kami. Pour cette raison
seule, il ne m'appartiendra jamais." Serrant les poings, Moriya ne
put néanmoins s'empêcher de faire une dernière
tentative. "Et vos blessures ? lança-t-il à
Ryûsei. Vous allez bientôt en provoquer d'autres,
n'est-ce pas ? Qui va s'en occuper ?" A cette remarque plus que
pertinente, le jeune homme gratifia le Kami d'un pauvre sourire.
"Alors que je ne peux pas devenir Maître Kotodama, tu ne
voudrais tout de même pas être le seul à servir en
tant que
Kami ? Mais je
reconnais que les baisers échangés avec toi
n'étaient pas désagréables. Si on s'embrassait
une dernière fois ?...." Et sur ces mots, enlaçant
Moriya, Ryûsei lui tendit ses lèvres pour un ultime
baiser. Qui fut le premier à fermer les yeux ? Qui fut le
premier à enrouler sa langue autour de celle de son partenaire
? La seule certitude qu'eut Moriya en cet instant, c'était que
la langue du jeune homme qui remuait lascivement contre la sienne
était terriblement chaude.... Ce baiser n'avait aucun sens....
Aucune règle ne l'avait imposé, aucune mission.... Son
seul but était le plaisir physique.... Et bien que
Ryûsei refusât catégoriquement de devenir son
maître, de lui donner son coeur, il se donnait tout entier
à ce baiser, avec une facilité déconcertante....
Comme s'il n'était qu'une méchante putain....
Quelques jours plus tard, un soir, Ryûsei se rendit au bureau de son patron afin de remettre à Genma son rapport mensuel de comptabilité. Le businessman ne manqua pas de s'étonner de cette promptitude peu coutumière, mais un coup d'oeil au rapport suffit à lui faire comprendre que celui-ci était probablement l'oeuvre de Moriya. "Je me disais aussi que tu me le remettais bien vite, pour une fois. Tu dois être content, Ryûsei, qu'on t'ait donné un si bon Kami." - "Vous savez, je n'avais rien demandé ! rappela le jeune homme sardonique. Et puis ça ne change rien à ma décision, je n'ai pas du tout l'intention de le garder pour moi !" - "Je pense pourtant qu'il te serait bien utile pour tout ce qui est secrétariat et comptabilité ?" Cela, même s'il se gardait bien de le reconnaître à voix haute, Ryûsei n'aurait su le nier. Quelques heures plus tôt, horrifié par la manière brouillonne et incomplète dont son maître et Také tenaient leur paperasserie, avec sa franchise habituelle, le Kami n'avait pu s'empêcher de leur en faire la remarque. A moitié pour se venger de ses commentaires désobligeants et à moitié par embarras, Ryûsei avait répliqué à Moriya que s'il n'était pas content du résultat, il n'avait qu'à rédiger le rapport comptable lui-même; mais ceci fait, il avait été ébloui par la rapidité et le professionnalisme avec lesquels le Kami avait rectifié le document. Car en fait, tant qu'on ne lui demandait pas de jouer les gros bras ou de faire la cuisine, Moriya se révélait le bras droit idéal, capable de faire le ménage et maîtrisant des logiciels tels que Word et Excel. Pour parachever son CV, il avouait même être particulièrement doué pour jouer du piano ! "Il est si compétent que moi-même, j'aurais bien voulu l'avoir dans les bureaux de ma boîte," conclut Genma tandis que Ryûsei revivait sa cuisante découverte. Et contre toute attente, même le discret Himi osa prendre la parole pour épauler son homologue Kami: "....Je pense que Moriya fait tout ce qui est en son pouvoir pour vous plaire, ne serait-ce qu'un petit peu. Car sans notre maître, nous, les Kamis, n'avons aucune raison d'exister."
A cette
intervention, Ryûsei se mit à dévisager
pensivement l'être à l'apparence de jeune homme debout
en face de lui. "Et dire que durant tout ce temps je croyais que Himi
était simplement le secrétaire particulier de l'oncle
Yashiro, songea-t-il, alors qu'en réalité, lui aussi
était un Kami... Et pourtant, quelle énorme
différence entre lui et Moriya !" Autant Himi apparaissait
doux, paisible et soumis, aveuglément dévoué
à Genma, autant Moriya campait un Kami autoritaire au verbe
tranchant et au caractère bien affirmé, qui ne se
forçait à obéir à un maître que
parce qu'il n'avait pas le choix. Rien que d'imaginer la comparaison,
Ryûsei ne put réprimer un sourire, convaincu d'avoir
tiré le mauvais numéro ! "Aaah, vous avez bien de la
chance, tonton.... lança-t-il à Genma en exhalant un
soupir. Quitte à recevoir un Kami, j'aurais
préféré qu'on m'en donne un comme Himi. De
caractère comme d'apparence, il est tout à fait mon
genre...." Néanmoins le jeune homme homme ne termina pas sa
phrase, car à sa tirade, l'oncle Yashiro s'était
subitement levé. "Tu m'as donné envie.... de prendre un
verre...." articula péniblement le businessman, avant de
poursuivre d'un visage effrayant: "Bois avec moi, Ryûsei. Je
vais te faire boire JUSQU'À VOMIR." Ses paroles contenaient
une telle menace que cloué sur place, le jeune homme en
blêmit. "POURQUOI
!?" se demanda-t-il, surpris par cette
réaction inattendue. Ryûsei ignorait encore qu'oser
regarder son cher Kami avec convoitise équivalait pour Genma
à une déclaration de guerre !
Pendant que son
maître faisait à son patron un rapport mensuel qui
risquait de lui coûter cher, Moriya se trouvait quant à
lui au Club Butterfly où Lily l'avait
réquisitionné comme pianiste remplaçant. Le Kami
n'avait pas menti au sujet de ses dons pour le piano. Tout le temps
que ses longs doigts fins égrenèrent les notes de
musique, les visages dans la salle restèrent tournés
vers sa silhouette grave et élégante. Les conversations
s'étant tues, les clients du night club l'écoutaient
religieusement. Lily lui-même en fut tout
émoustillé, et une fois le concert achevé, se
rendit dans les vestiaires pour faire part au musicien de son
admiration. "J'en suis encore toute remuée, Moriya-chan...! Au
point de vouloir que tu viennes jouer ici tous les soirs et non plus
occasionnellement ! Ah, tu as dû en faire pleurer, des femmes,
avec ton doigté extraordinaire !" - "Navré, mais jamais
je n'ai touché une femme," répondit Moriya avec une
franchise désarmante, qui rappela soudain au travesti ce que
Tomako lui avait raconté tantôt: "Mais oui, j'avais
oublié.... Tu es le PARTENAIRE PASSIF MASO de Ryû-chan."
Affirmation qui ne manqua pas de faire sursauter un Kami aussi fier !
"Monsieur Ryûsei et moi n'entretenons pas de relation de ce
genre, corrigea-t-il en se retournant vers le travesti, contenant
avec peine sa colère. Je souhaite seulement qu'il devienne mon
maître." - "D'accord, mais dit de cette façon, cela ne
signifie qu'une chose: QUE TU POSTULES POUR DEVENIR SON ESCLAVE
SEXUEL. Alors ? Que se passe-t-il réellement entre vous ?
demanda Lily, devenant soudain sérieux. De son
côté, Ryûsei prétend que tu n'es rien
d'autre pour lui que son colocataire. Mais qu'en est-il de toi ? Tu
n'es pas amoureux de lui ?" - "....Je veux qu'il devienne mien,
répondit Moriya avec une détermination farouche. Et
c'est tout." - "MAIS, ESPÈCE DE CRÉTIN, s'écria
en retour Lily incrédule, C'EST JUSTEMENT ÇA QUE L'ON
APPELLE "L'AMOUR" !!"
Quand Moriya rentra finalement à
l'appartement après s'être fait vertement tancer par le
travesti pour son manque de bon sens quant aux affaires de coeur, ce
fut pour découvrir un ivrogne affalé sur le plancher,
entre la table du salon et le canapé sur lequel il venait de
vomir copieusement. "Moriya.... De l'eau...." gémissait
Ryûsei à fendre l'âme. Décidément,
ce n'était pas un jour de chance pour le Kami ! "A l'instant
où vous avez appris que je savais jouer du piano, se mit-il
à pester tout en lavant les vêtements souillés de
Ryûsei, vous m'avez envoyé de force jouer dans ce night
club. Et à présent que je rentre épuisé
à la maison, vous voudriez que je dorme sur CE CANAPÉ-LÀ !? " - "....Moi-même.... s'efforça de
répondre le jeune homme d'une voix pâteuse, figure-toi
je n'ai pas picolé parce que j'en avais envie.... Tout est la
faute.... de l'oncle Yashiro.... Ouuuh...." La voix de Ryûsei
s'achèva dans un gémissement tandis qu'à demi
nu, il s'appuyait sur le couvercle des toilettes. Comprenant qu'il
n'en tirerait rien de plus ce soir, Moriya entreprit de le mettre au
lit en le soutenant jusqu'à sa chambre. Mais trop ivre pour
mettre un pied devant l'autre, le jeune homme finit par
trébucher, entraînant le Kami dans sa chute.
Heureusement qu'ils étaient déjà parvenus
jusqu'au lit où ils s'effondrèrent sans mal ! Etendu
sur le corps de Ryûsei, Moriya s'empressait de se relever
quand, mû par les vapeurs de l'ivresse, ce dernier tendit un
bras et le ramena brusquement contre lui. "Pardon.... murmura le
jeune homme les yeux clos. Si ça ne te dérange pas....
tu peux dormir ici.... avec moi...." Et sur ces mots, Ryûsei
blottit la tête de son compagnon au creux de son épaule.
Nullement habitué à être traité de
manière si intime, de saisissement, le Kami en demeura
quelques instants confondus. Immobile, il laissa son maître le
serrer contre lui, et ce n'est que lorsqu'il vit
Ryûsei
bien endormi qu'il se libéra doucement de son étreinte.
"Depuis que Maître Ryûsei m'a conté son histoire,
songea Moriya en contemplant le visage du dormeur, il se montre de
plus en plus confiant vis à vis de moi. Comme ce soir par
exemple, en m'exposant sa silhouette sans défense, en
recherchant auprès de moi chaleur et caresses." Penché
sur le jeune homme, Moriya approcha lentement ses lèvres des
siennes, avant de renoncer finalement à lui voler un baiser,
prétextant l'odeur désagréable de l'alcool.
"Pourtant, je n'éprouve pour lui aucun sentiment s'apparentant
à de la tendresse. Par conséquent, ce que je ressens
n'est pas ce que l'on appelle "amour"." Tandis que le Kami,
après avoir consciencieusement couché son maître,
s'installait dans un fauteuil pour y passer la nuit, la nature de ses
sentiments pour Ryûsei continua de perturber son esprit
engourdi par la fatigue. "Ça ne peut pas être de
l'amour...." se répéta-t-il comme pour se convaincre
lui-même, avant de sombrer à son tour dans le
sommeil....
Le lendemain
soir, à l'heure du dîner, Také vint confier aux
deux compères son petit frère Yôji. Il venait de
déccrocher un job d'électricien, très bien
payé mais l'obligeant à travailler de nuit, et ne
pouvait par conséquent s'occuper de l'enfant à son
retour de l'école. "La demande est en plein boom en ce moment
alors ça paye bien, expliqua Ryûsei une fois son ami
parti, Moriya s'étonnant que Také ait choisi un job
à l'horaire si tardif. Mais en fait, même s'il n'ose pas
le dire, tout irait mieux si notre boîte lui versait un salaire
un peu plus important." - "Mais non, je vous assure, intervint le
garçonnet embarrassé. Mon grand-frère dit
toujours que nous vous devons beaucoup." Pour toute réponse,
Ryûsei serra Yôji dans ses bras, ignorant que le Kami
l'observait du coin de l'oeil. Mais quand l'enfant
s'émerveilla à voix haute de l'épaisse
couverture de fourrure venue subitement garnir le canapé,
Ryûsei comme Moriya furent bien en peine d'expliquer ce luxe
soudain !
Un peu plus tard, après le repas, les deux compères entreprirent de raccompagner Yôji jusqu'à chez lui. "Dis, Yôji, tu es sûr que tu ne veux pas rester pour la nuit ? insista Ryûsei le visage grave, comme s'il avait un mauvais pressentiment. Demain c'est dimanche et je ne travaille pas. On n'a qu'à envoyer un mail à Také et tu rentreras demain matin. Je ne crois pas qu'il se mettra en colère, tu sais ?" - "Oui, répondit l'enfant, mais quand mon grand frère rentrera, s'il n'y a personne pour l'accueillir, il va sûrement se sentir bien seul. Je préfère l'attendre à la maison." Ryûsei n'insista pas davantage, comprenant la décision de l'enfant motivée par son affection pour son frère. Mais alors que Yôji et lui s'avançaient main dans la main, le garçonnet s'arrêta soudain et se retourna pour jeter à Moriya un regard interrogateur. "Pourquoi est-ce que vous marchez derrière ?" demanda-t-il. - "Mais oui, vient marcher avec nous !" intervint Ryûsei malicieusement, sans laisser le temps au Kami de répondre. "Allez, donne ta main !" L'enfant ayant joint sa voix à celle de son maître, Moriya pris au piège fut bien en peine de refuser ! Mais tandis que la main chaude de Yôji serrait la sienne, il eut le sentiment de comprendre enfin pourquoi Ryûsei paraissait si heureux lorsqu'il se trouvait en compagnie du garçonnet.... Quelques rues plus loin, la sonnerie du portable du jeune homme vint cependant interrompre la marche de la petite troupe. C'était un appel de Genma, qui souhaitait parler à Moriya. Tandis que Ryûsei prêtait son portable au Kami, Yôji lui assura qu'il n'était pas nécessaire de l'escorter plus avant: ils venaient d'arriver devant la supérette située juste devant l'immeuble où ils vivaient son frère et lui, et souhaitait en profiter pour acheter le pain du lendemain. Après avoir pris congé des deux compères, Yôji entra donc dans la supérette où il avait coutume de faire ses achats. Mais à peine avait-il commencé à parcourir les rayons qu'un autre client attira son attention, un homme qui portait un grand sac en bandoulière....
Quant à
Moriya, Yashiro l'avait appelé par l'intermédiaire de
Ryûsei afin de lui transmettre un message de Waki:
"Je m'ennuie, viens donc me faire ton
rapport de mi-parcours" , c'est en ces
termes froids et laconiques que son créateur l'avait
"invité" à lui rendre visite. Bien sûr,
impossible de repousser une requête du Marionnettiste, et une
fois chez ce dernier, Moriya n'avait pu lui cacher que sa tentative
pour faire de Ryûsei son maître attitré n'avait
guère progressée en quinze jours. "Qu'est-ce qui
t'arrive, Moriya ?" avait demandé Waki d'un air moqueur,
nonchalamment appuyé sur son coffre d'ébène
comme de coutume, une coupe de saké à la main. "Il ne
te reste plus que deux semaines, sais-tu ? Au train où vont
les choses, dans quinze jours, tu ne seras plus qu'une poupée
de papier. Vu ce qui s'est passé auparavant, on peut dire que
tu es un Kami qui n'a vraiment pas de chance avec ses maîtres,
Moriya." Avec son regard pénétrant et plein de malice,
Waki avait l'air d'un démon, au point que même quelqu'un
d'aussi peu impressionnable que Moriya se sentait oppressé par
sa présence. D'autant que les propos du Marionnettiste lui
rappelaient de bien pénibles souvenirs. Son maître
précédent, ne le considérant que comme un objet
dépourvu d'âme et de sentiments, l'avait
abandonné dans une cave malpropre semblable à une
cellule, ligoté par des liens magiques. Pour lui faire
guérir ses blessures, l'homme n'utilisait que le Kotodama, ne
touchant jamais directement son Kami. Car selon ce Maître
Kotodama, il était inutile qu'un être constitué
de papier possédât une personnalité propre.
Pourtant, l'homme ayant fini par découvrir par un infime
concours de circonstances qu'il lui serait peut-être profitable
d'utiliser les compétences de Moriya, il lui avait finalement
confié des tâches telles qu'on en donne à un
être humain. Du travail de bureau essentiellement, mais aussi
satisfaire les désirs de sa maîtresse. Attirée
par la beauté du Kami, celle-ci n'avait pas tardé
à exiger de lui qu'il vienne dans son lit, requête que
malgré sa bonne volonté Moriya n'avait pu se
résoudre à accepter, s'attirant inévitablement
les foudres de la jeune femme. Ordres absurdes, sévices,
brimades, insultes.... Voilà ce que lui avaient apporté
ses années de service auprès des êtres humains.
Jusqu'à ce qu'enfin, vieux et malade, l'homme qui se disait
son maître se décide enfin à passer dans l'autre
monde, non sans l'avoir une dernière fois accablé
d'injures: "Si tu es vraiment un Kami, guéri donc le corps de
ton maître ! ESPÈCE DE BON À RIEN...!!" De cette
longue et pénible expérience, Moriya en était
sorti amer et désabusé, son point de vue sur la
relation Maître/Kami terni à jamais. "Les êtres
humains sont-ils donc si éminents que ça !?"
ruminait-il encore tandis que son entrevue avec Waki achevée,
il s'en retournait à pieds à l'appartement.
L'Humain est le maître, le Kami
le valet. C'est la règle fondamentale de notre monde, contre
laquelle on ne peut rien. "Mais ce
n'est pas pour autant que je vais baisser les bras, se jura Moriya
dans une rage froide. Je refuse de finir de cette façon. Je
m'en vais leur prouver que j'ai autant de valeur qu'un être
humain."
Mais comme si le Kami n'avait pas suffisamment
de soucis comme ça, une surprise de taille l'attendait
à la maison. Car à peine eut-il poussé la porte
de l'appartement qu'il dût assister à une scène
dont il se serait bien passé: profitant de l'absence de
Moriya, Ryûsei avait organisé dans sa chambre une petite
partie de jambes-en-l'air ! "Je te répète que je suis
désolé !" s'excusa le jeune homme, une fois
douché et sa partenaire renvoyée chez elle, tandis que
le Kami en colère changeait les draps du lit. "Tu m'avais dit
que tu rentrerais tard." - "Et c'est pour ça que vous avez
ramené une fille ?" répliqua Moriya
ulcéré. - "Reconnais que depuis que tu as
débarqué dans ma vie, j'ai été
forcé à l'abstinence, s'expliqua Ryûsei avec
embarras. Alors quand cette fille m'a abordé dans la rue juste
à point nommé, j'ai dit oui !" Si Moriya était
déjà énervé par la
légèreté du comportement de son maître,
que dire de la fureur dans laquelle le plongea cet aveu ? Ainsi ce
n'était même pas l'une de ses nombreuses petites amies
que Ryûsei avait introduite dans l'appartement, mais une fille
facile ramassée sur le trottoir, une
catin qu'il
pelotait de ces mêmes doigts qui un peu plus tôt tenaient
la main pure d'un enfant ? "C'EST MINABLE !" Mû par une rage
incontrolable, Moriya saisit le jeune homme par le bras et le jeta
violemment sur le lit tout juste refait. "QU'EST-CE QUE TU FOUS...!"
s'insurgea Ryûsei à son tour. Mais le comportement
inhabituel du Kami eut tôt fait de calmer sa propre
colère naissante. Non seulement Moriya venait de le rejoindre
sur le lit, pesant sur lui de tout son poids, mais jamais encore il
ne l'avait vu arborer un air si grave et déterminé. "Du
moment qu'on vous donne du plaisir, peu importe qui sera votre
partenaire !?" demanda sévèrement le Kami, son regard
franc planté dans celui de Ryûsei. Dans ce cas, moi je
vais vous donner un plaisir tel que plus jamais vous n'aurez envie de
pêcher des filles dans la rue, Maître
Ryûsei...."
(à suivre dans le volume 6)
.
-
Chapitre supplémentaire:
Sekaï no Chûshin
wa ("Le Centre du Monde,
c'est..."), page 181: Dans la vaste résidence de style
traditionnel héritée de son père, Yashiro Genma,
installé dans un fauteuil, fumait pensivement une cigarette
quand l'arrivée de Himi vint interrompre sa méditation.
"Vous avez dessoûlé, Genma ?" demanda le Kami en
souriant, posant un plateau de thé sur la table du salon. -
"J'étais loin d'être aussi bourré que
Ryûsei," répondit le businessman évasivement. -
"N'était-ce pas un peu cruel de votre part de le forcer
à boire autant ?" A ce reproche, Genma sursauta, pas
très fier de lui-même. Quelques heures plus tôt,
en effet, il avait versé un grand verre de vodka pure à
Ryûsei, nullement habitué à avaler des alcools
aussi forts. Néanmoins il avait une excuse à son geste
impulsif et puéril: le jeune homme avait osé contempler
son Kami avec envie, provoquant chez lui une soudaine flambée
de jalousie. "....Aujourd'hui, on peut dire que tu as
été verni...." proféra Genma du bout des
lèvres, après un discret coup d'oeil à son
compagnon. - "Qu'est-ce que vous entendez par là ?" s'enquit
ce dernier. - "Ryûsei n'a-t-il pas dit qu'il te trouvait
à son goût physiquement, que tu étais son genre
?" - "Hein ? Vraiment ? répondit Himi embarrassé. Je
n'y ai pas du tout prêté attention. ....Ce qui m'a fait
davantage plaisir, expliqua-t-il, baissant modestement les yeux,
c'est qu'il ait dit que quitte à recevoir un Kami, il aurait
préféré qu'on lui en donne un comme moi. Car
à ce moment, j'ai pensé.... que j'étais
peut-être devenu un sujet de fierté pour vous, ne
serait-ce qu'un petit peu."
Avec sa
timidité et son manque de confiance en lui, Himi n'imaginait
visiblement pas le quart du dizième de l'ampleur des
sentiments que son maître éprouvait pour lui, au point
de toujours douter à ce sujet. Emu par sa modestie, Genma
reposa sa tasse de thé et lui tendit la main, l'invitant
à venir s'assoir sur ses genoux. "Mon Kami. Mon Himi à
moi tout seul," se répéta mentalement le businessman,
enlaçant l'être de papier. Pressant le front contre la
poitrine de Himi, Genma profita qu'il ne pouvait voir l'expression de
son visage pour lui faire un aveu brûlant: "Si jamais tu
appartenais à un autre Maître Kotodama que moi, sois
certain que je ferais tout pour t'avoir. Même si pour cela je
devais tuer mon rival, je t'enleverais à lui et je te ferais
mien. Tu n'appartiens qu'à moi seul, conlut Genma d'un ton
sans réplique, avant de mordre le têton de son amant
à travers le tissu de sa chemise comme pour mieux appuyer ses
paroles. Pour toute réponse, Himi prit tendrement le visage de
son maître entre ses mains pour l'obliger à lever la
tête vers lui. "Genma...." murmura-t-il, avant de s'emparer
lui-même de ses lèvres, invite à un
échange plus tendre....
A quatre pattes
sur le sol, à demi-nu, le Kami ne tarda pas à
goûter l'intensité de la passion de Genma, plus habile
comme toujours à la prouver par des actes que par des paroles.
"Peu m'importe que ce soit de l'égoïsme, que ce soit une
erreur, pensait le businessman avec fièvre. Du moment que je
puisse te serrer dans mes bras, que je puisse te posséder,
pendant des années et des années, je resterais
complètement fou de toi." La première vague de plaisir
atteinte, Genma retourna dans ses bras le corps sans force de son
amant afin qu'ils puissent échanger un baiser. "Sans aucun
rapport avec la raison et la logique, mon univers va continuer
à tourner autour de Himi. C'est lui, le centre de mon
monde...."
|
Intrigue:
"Je vais vous donner un plaisir tel que
plus jamais vous n'aurez envie de pêcher des filles dans la
rue." A peine eut-il prononcé
ces mots que Moriya se jeta maladroitement sur le corps de
Ryûsei. Ce dernier tenta bien de protester, mais rivant sa
bouche à la sienne, le Kami s'empressa de le faire taire.
Hélas, pour n'avoir jamais été sollicité
sur le plan sexuel par son
ancien
maître, il n'était pas vraiment un expert dans l'art
d'étreindre un être humain. Tout à la tâche
qu'il s'était fixé de donner du plaisir à son
partenaire, Moriya ne se rendait pas compte qu'au contraire, il lui
infligeait de la douleur. Jusqu'à ce que n'y tenant plus,
Ryûsei se mit à crier: "Moriya ! Mes boules...! Tu es en
train de me les broyer ! Enlève ta jambe, imbécile !" A
ces cris, le Kami le lâcha enfin, au grand soulagement du jeune
homme. Mais nullement fâché, Ryûsei ne tarda pas
à arborer un sourire malicieux: "...C'est quoi cette
façon de s'y prendre pour donner
du plaisir ? railla-t-il. Si c'est
vraiment ce que tu veux faire, commence donc par me tailler une
pipe." A cette requête, Moriya blêmit. Le jeune homme
ignorait ce qu'il lui demandait là.... Où plutôt
l'inverse, il ne le savait que trop ? Mais bien que conscient du coup
volontairement porté à sa fierté, résolu
à satisfaire son maître quoi qu'il lui en coûta,
le Kami se décida finalement à obéir, se doutant
bien que Ryûsei faisait exprès de le défier
ainsi. "Les êtres humains sont vraiment stupides,
proféra Moriya mécontent, tout en faisant glisser de
ses hanches le caleçon de son partenaire. Exposer ainsi l'un
de leurs points faibles juste pour la promesse d'obtenir du plaisir,
au risque de se le faire trancher d'un coup de dents." Bien
sûr, il faisait allusion à ce qui avait
déjà faillit arriver à Ryûsei avec un
autre amant, peu après leur rencontre. "Même une
bête sauvage ne ferait jamais cela." - "Eh oui, c'est
ça, un être humain, pas vrai ?" Provoquant, Ryûsei
écarta les jambes, et ce fut avec une satisfaction triomphante
qu'il contempla Moriya s'emparer de son sexe en dépit de toute
sa réticence. "Un piège tendu par une bête
lascive, pestait le Kami intérieurement. Il expose son
bas-ventre en faisant semblant d'être prêt à
être dévoré, attendant avec impatience l'instant
crucial où son adversaire s'apprètera à mordre
dans l'appât."
Tandis que Moriya s'affairait entre ses
jambes, Ryûsei peinait à contenir sa joie, ravi d'avoir
réussi à retourner la situation à son avantage
et de plus soumis son assaillant. Jusqu'à ce que soudain, son
téléphone portable se mit à sonner. "Surtout
n'arrête pas, Moriya," ordonna le jeune homme en s'emparant de
l'appareil. - "...Vous allez vraiment pouvoir parler ?" demanda le
Kami, railleur. - "Ça, ça dépendra de
l'habileté de ta technique...." Néanmoins à
peine eut-il prit la communication que Ryûsei
eut tôt
fait d'oublier toute envie de s'envoyer en l'air. L'appel provenait
de son ami Také, qui lui expliqua qu'en rentrant de son
travail nocturne, il n'avait pas trouvé son petit frère
à la maison. Quand Ryûsei assura qu'il avait pourtant
raccompagné le garçonnet, sinon jusqu'à la porte
de son appartement, du moins jusque devant la superette toute proche,
cela ne fit qu'accroître la panique de Také: impossible
que Yôji soit parti quelque part tout seul en pleine nuit, et
le pire, c'est qu'il ne trouvait même nulle trace de son retour
à la maison. Pour le jeune homme, une seule conclusion
s'imposait donc: son petit frère avait été
kidnappé ! "Také, calme-toi ! l'enjoignit Ryûsei,
bien que guère plus rassuré. Tu as été
voir à la superette !? Tu as cherché autour de la
maison !?"
Fou d'inquiétude, Ryûsei quitta
précipitamment son domicile pour aller aider son ami à
rechercher l'enfant. Eperdu, tout en
avalant au pas
de course les kilomètres le séparant de l'appartement
de Také, il se remémorait les dernières paroles
échangées avec Yôji, qui préférait
rentrer pour pouvoir accueillir son grand frère à son
retour du travail, se rappelait encore sa petite main qu'il avait
tenu dans la sienne tout le long du chemin, le sourire du
garçonnet quand il l'avait remercié de l'avoir
raccompagné, son adieu de la main.... Comme pour confirmer le
mauvais pressentiment qui asssaillait Ryûsei, une ambulance le
dépassa soudain en hurlant....
Un peu plus tard, averti par Také, le jeune homme rejoignit son ami à l'hôpital. Suivant le conseil de Ryûsei, ce dernier avait cherché autour de son appartement, et c'est ainsi qu'il avait fini par retrouver Yôji derrière le garage à vélos, baignant dans son sang.... Visiblement passé à tabac par un inconnu.... Laissant Také dans la salle d'attente de l'hôpital dans un état de prostration bien compréhensible, Ryûsei se dirigea vers la chambre de Yôji, bientôt rejoint par Moriya. Tous deux éprouvèrent un choc en découvrant dans quel état se trouvait l'enfant, placé sous assistance respiratoire et plongé dans un profond coma. Qui avait bien pu faire une chose pareille, et surtout pourquoi ? Horrifié, tout ce que Ryûsei pouvait faire était serrer les poings d'impuissance et de rage, et veiller Yôji en compagnie de Také et Moriya....
Trois jours
s'écoulèrent. Venu aux nouvelles chez le fils de sa
défunte amie, Lily ne pouvait que clamer son impatience et son
irritation: malgré le temps passé à chercher des
indices, l'enquête de police piétinait. Aucune trace du
criminel, pas même l'ombre d'un simple témoin ! La seule
personne capable d'expliquer cette agression n'était autre que
Yôji lui-même, et le petit garçon restait
désespérément plongé dans le coma. Pour
pouvoir demeurer auprès de lui, Také avait
arrêté de travailler, et Moriya s'était mis en
devoir de le remplacer comme assistant de Ryûsei. Face au drame
qui se jouait autour de lui, le Kami n'avait pas tardé
à oublier ses préoccupations personnelles, et comme si
l'angoisse quant au sort de l'enfant ne suffisait pas, une autre
inquiétude était venue se greffer à la somme de
ses soucis: si en apparence Ryûsei se comportait comme
d'habitude, souriant et plaisantant avec ses amis, la nuit en
revanche, l'insomnie le prenait encore plus souvent
qu'auparavant.
Seul sur la terrasse de l'immeuble où
ses pas le menaient invariablement, Ryûsei se laissait aller
à la douleur, et surtout à la violente colère
qu'il éprouvait contre lui-même. "....Qu'est-ce que j'ai
fait.... se reprocha-t-il pour la énième fois,
grinçant des dents. Pourquoi.... Pourquoi....! Je n'aurais
dû repartir qu'après l'avoir vu rentrer en
sécurité dans son appartement ! J'aurais dû
rester auprès de lui jusqu'au retour de Také ! Je
n'aurais jamais dû le laisser seul ! Un enfant si jeune....
Alors que Také me l'avait confié ! Mais qu'est-ce que
je foutais, à ce moment-là !?" Ryûsei se
souvenait parfaitement de ce qu'il faisait, et c'est justement ce qui
exacerbait sa culpabilité et son dégoût de
lui-même: pendant que Yôji subissait les coups de son
agresseur, il
était en
train de s'envoyer en l'air avec une inconnue, puis de s'amuser
à soumettre Moriya. "Yôji.... Pardonne-moi...."
gémit-il, se laissant lentement glisser sur le sol froid. Le
jeune homme ignorait que, comme lors de cette nuit où il lui
avait avoué avoir accidentellement tué sa mère,
le Kami s'était levé à sa suite et observait de
loin son accès de désespoir. "Le jour du drame, songea
Moriya tristement, nous avons commis la même erreur. Pourtant,
vous croyez que vous seul êtes fautif. Vous assumez seul le
poids de notre erreur, sans même faire mine de vous tourner
vers moi. Prostré, la tête basse, vous essayez seul de
supporter la souffrance. Sans jamais me regarder.... Maître
Ryûsei, que suis-je donc pour vous...?"
Puisque Moriya ne semblait pas en mesure pour
l'instant d'aider le jeune homme sur le plan émotionnel, il
décida tout au moins de faire quelque chose pour sa condition
physique. Lily s'étant plainte la veille que son
protégé mangeait trop de viande et pas du tout de
légumes, le Kami prit les choses en main, et c'est ainsi qu'au
petit déjeuner le lendemain matin, Ryûsei eut la
surprise de trouver sur la table un assortiment de compléments
alimentaires et de boissons vitaminées. "Comme Mr.Lily l'a
également souligné, votre alimentation n'est pas assez
équilibrée," expliqua sentencieusement Moriya face
à la mine peu emballée de son
compagnon. -
"C'était pas une raison.... protesta le jeune homme,
sidéré par le nombre et la variété des
flacons de vitamines. Je n'ai pas spécialement envie de vivre
vieux. Si je peux mourir en bouffant ce que j'aime, je serais
content. Allez,
Moriya, allons travailler." Mais alors que Ryûsei saisissait
déjà la poignée de la porte, comme
inspiré par une idée soudaine, il s'arrêta.
Quelques secondes d'un lourd silence s'écoulèrent,
comme si le jeune homme hésitait à prononcer à
voix haute la question cruciale qui lui trottait dans la tête.
Mais finalement, il se lança: "Moriya, est-ce qu'il est
possible à un Kami.... de guérir les blessures de
quelqu'un d'autre que son maître ?" Sidéré, le
Kami en perdit la voix et resta là à fixer le dos de
Ryûsei, l'incrédulité se peignant sur son visage.
Si bien que mû par son silence, Ryûsei se retourna, le
dévisageant d'un air grave. "Pourquoi est-ce en ces
circonstances seulement que vous vous décidez enfin à
me regarder droit dans les yeux ?" demanda mentalement Moriya,
blessé jusqu'au plus profond de lui-même; mais tout ce
qu'il prononça à voix haute, ce fut: "....Vous
êtes un homme cruel, Ryûsei....."
De son côté, pour avoir passé plusieurs jours au chevet de son petit frère sans pratiquement manger ni dormir, sans compter l'angoisse qui le rongeait, Také dépérissait à vue d'oeil. Une infirmière compatissante, craignant qu'il ne faille l'hospitaliser à son tour, parvint à le convaincre de rentrer chez lui se reposer, promettant de l'appeler si survenait un changement. La mort dans l'âme, le jeune homme quitta donc l'hôpital et se dirigea vers son logis d'un pas traînant. Alors qu'il passait devant la superette où Yôji avait coutume de faire ses achats, il surprit une conversation entre deux lycéens: "Tu sais que c'est tout près d'ici qu'un gamin d'école primaire s'est fait attaquer l'autre jour ? demanda l'un à son camarade. J'ai entendu dire que le coupable était Moriyama de la classe D. Tu crois que c'est vrai ?" - "Sérieux !?" s'étonna l'autre garçon. - "Bah, au début il paraît que ce sont les filles qui ont répandu le bruit pour déconner, mais il a réagit en assurant que c'était vraiment lui le coupable." - "Mouais. Ça, tout le monde peut le dire rien que pour se vanter." - "Sauf que là il s'agit de Moriyama, pas vrai ? Ce mec n'a jamais été très clair. Il est même carrément glauque ! A donner la nausée !" - "Si c'est vraiment lui le coupable, ça craint !" Alors qu'ils avançaient tout en devisant, les deux lycéens ne remarquèrent pas que le malabar chauve qu'ils venaient de croiser s'était arrêté net, une expression terrifiante sur le visage....
"Moriya, je ne peux pas devenir ton
maître. Et t'utiliser comme Kami alors qu'il m'est impossible
de devenir Maître Kotodama ne serait pas très
réglo, pas vrai ?"
N'était-ce pas ce que Ryûsei avait expliqué
à Moriya il n'y a pas si longtemps ? Cette résolution
avait visiblement fondu comme neige au soleil face au danger couru
par un être cher. Mais qu'importe, talonné par un
sentiment d'injustice autant que par une sourde jalousie, le Kami
décida de profiter de la situation en poussant son avantage.
"Cet enfant compte donc tellement pour vous !? Au point que vous
osiez me demander à moi de guérir les blessures de
quelqu'un d'autre...!?" - "Tu ne peux pas faire ça ?"
Regardant à son tour le jeune homme droit dans les yeux,
Moriya prit son temps pour lui répondre, cherchant
soigneusement les meilleurs mots susceptibles de l'amener à
son but. "....Si vous me l'ordonniez en tant que maître
légitime, je vous répondrais "Vos désirs sont
des ordres". Car nous, les Kamis, ne pouvons nous dérober aux
injonctions de notre maître. Nous le guérissons en
recevant ses blessures. Nous assumons tout avec lui, que ce
soit ses crimes,
sa douleur, son sentiment de culpabilité, du moment qu'ils lui
appartiennent. Et sachant cela vous me demandez de guérir une
blessure ? Ce serait m'utiliser en tant que Kami. Êtes-vous
pleinement concient du sens de votre requête, Ryûsei ?"
Qu'allait répondre le jeune homme, Moriya ne le saura jamais,
car au moment où ce dernier ouvrait la bouche, son
téléphone portable se mit soudain à sonner. A la
déconfiture du Kami, Ryûsei interrompit leur discussion
pour répondre. Cependant Moriya n'eut pas l'occasion de se
lamenter longtemps de ce mauvais hasard venu compromettre son plan
juste au moment où il croyait toucher enfin au but, car
à peine eut-il échangé quelques mots avec son
interlocuteur que Ryûsei se rua hors de
l'appartement....
Pendant que les deux colocataires discutaient, Také avait en effet abordé les deux lycéens qui devisaient sur l'agression de son petit frère, et c'est ainsi qu'il avait appris où il pourrait trouver le dénommé Moriyama. Une fois en présence de ce dernier, il avait commencé à lui rendre la monnaie de sa pièce, mais la police était intervenue, emmenant tout le monde au commissariat. Mais si en face de Také, Moriyama avait avoué un léger sourire aux lèvres qu'il était bien l'agresseur, face aux inspecteurs qui l'interrogeaient, il va de soi qu'il tint un tout autre credo: "Non, ce n'est pas moi, proclamait le lycéen à l'allure d'élève modèle, en piteux état après s'être frotté à Také. Pour quelle raison aurais-je fait une chose pareille ? C'est lamentable de porter ainsi la main sur un enfant. Tout ce que j'ai dit, c'est: "Ça vous en boucherai un coin si je vous disais que c'était moi ?" Parce que cela m'avait mis en colère d'être subitement traité de criminel. La rumeur qui court à mon sujet n'est que simple méchanceté, Monsieur l'inspecteur. Tout le monde est jaloux parce que j'ai des bonnes notes."
Entre un lycéen d'apparence bien sous
tous rapports et un ancien délinquant, la police n'avait pas
été longue à trancher, et c'est finalement
Také qui s'était retrouvé
incarcéré pour coups et blessures sur la personne de
Moriyama. Tel était le contenu de l'appel que Ryûsei
avait reçu de Genma. Accouru en hâte dans les bureaux de
son parent en compagnie de Moriya, le jeune homme ne pouvait que
s'indigner contre une telle injustice. "POURQUOI TAKÉ A
ÉTÉ ARRÊTÉ !? hurla-t-il, frappant
violemment le bureau de Genma. IL A À PEINE
ÉGRATIGNÉ CE TYPE ! ET PUIS QUI VOUS DIT QUE CE N'EST
PAS VRAIMENT LUI LE COUPABLE !?" - "Ce n'est pas à moi qu'il
faut dire ça, répondit Yashiro avec don flegme
habituel. D'ailleurs pour être franc, il paraît que les
flics eux-mêmes soupçonnent la culpabilité du
gamin. - "Mais alors, pourquoi...!?" Ryûsei comprenait de moins
en
moins une
situation qui frisait l'incohérence, cependant Himi s'empressa
d'éclairer sa lanterne: "Le père du jeune Moriyama est
un député, en plus l'un des plus influents. Il ne doit
pas être très difficile pour lui d'exercer des pressions
d'un haut afin que la police étouffe l'affaire." -
"Réfléchis un peu, surenchérit Genma.
D'ordinaire un crime impliquant un enfant est une véritable
aubaine pour les médias. Alors comment se fait-il qu'on n'ait
pas du tout parlé de cette affaire dans les infos, à
ton avis ?" En effet, en y repensant, le jeune homme devait admettre
que ce silence des médias s'avérait plutôt
étrange. "Ryûsei, poursuivit Yashiro, pour "ceux d'en
haut" également il serait probablement ennuyeux que l'affaire
éclate au grand jour. Takewaki va sans doute être
libéré sans tarder, alors prend ton mal en patience et
tiens-toi tranquille." Mais les conseils de son parent, loin
d'appaiser le jeune homme, ne firent qu'exacerber son indignation.
Cette passivité résignée et cette soumission
à la loi des puissants allaient à l'encontre des
valeurs que sa mère lui avait inculqué, bafouaient son
sens aigu de la justice ! "Pourquoi.... Est-ce que ce n'est pas le
monde à l'envers !? proféra-t-il, incrédule.
Connaître l'identité du criminel et ne pas
l'arrêter.... Dans ce cas.... qu'en est-il des sentiments de
Také ?.... De ceux de Yôji !? Vous voudriez qu'ils
rentrent bien sagement chez eux sans faire d'esclandre, après
tout ce qu'ils ont enduré !? N'est-ce pas normal d'être
châtié quand on a commis un crime !? Peut-on permettre
que des atrocités pareilles restent impunies !? NE ME FAITES
PAS RIRE...!" Face à cette explosion de rage bien
légitime, Genma, Himi ni Moriya ne surent que répondre.
Ryûsei avait raison, mais que pouvaient-ils faire ?
Si l'état critique dans lequel se
trouvait Yôji minait déjà sérieusement le
moral de Ryûsei, que dire de la déprime dans laquelle le
plongèrent les révélations de Genma ?
Egaré face à la cruauté du monde, il n'avait
plus goût à rien, pas même à la nourriture,
à la grande inquiétude de Moriya. Ce dernier avait
pourtant acheté la viande dont raffolait le jeune homme, mais
en dépit de ses exortations, Ryûsei s'obstinait à
ne pas manger, à peine conscient de la présence du Kami
à ses côtés. "Et voilà. Maître
Ryûsei sombre encore une fois dans son univers sombre et
morbide, seul, complètement indifférent à ma
personne," songea tristement Moriya, habitué à
présent à ce regard vide et cette attitude apathique.
Il ne pouvait pourtant laisser
Ryûsei
s'isoler complètement du monde extérieur, il fallait au
moins qu'il mange. Alors, saisissant les baguettes, il s'empara d'un
morceau de viande et l'approcha de la bouche du jeune homme. "Mangez,
Maître Ryûsei, ordonna-t-il fermement. Sinon cela fera
750 Yens de perdus." Réagissant à sa voix (ou au prix
du steack ?), Ryûsei se décida enfin à ouvrir la
bouche, mordant dans le morceau de viande qu'il mâcha et avala
consciencieusement. Stupéfait d'être parvenu à
lui tirer une réaction et encouragé par son
succès, Moriya lui tendit une autre bouchée. Mais le
fait de voir ainsi le jeune homme obéir à ses ordres et
tendre vers lui une bouche avide ne tarda pas à provoquer chez
le Kami une émotion à laquelle il ne s'attendait
guère, si bien qu'il préféra renoncer. "Pour le
reste, veuillez continuer tout seul," lança-t-il à
Ryûsei, lui tendant la barquette de
nourriture. -
"Qu'est-ce qui te prend, Moriya ? Je te trouve bien froid tout
à coup, répondit le jeune homme, quittant soudain son
état léthargique. Au point où on en est, tu
pourrais me faire manger jusqu'au bout." - "Ce sont les enfants qui
veulent qu'on les fasse manger, vous n'êtes plus un
bébé, rétorqua Moriya avec mauvaise humeur. A
moins que vous preniez plaisir à ce genre de jeu ?" - "L'amour
n'existe pas, Moriya," répliqua Ryûsei dans un soupir,
sentant un reproche quant à ses moeurs douteuses dans les
paroles du Kami. Mais comme si cette affirmation cynique avait
touché un point sensible, sur le point de s'éloigner,
Moriya s'arrêta net. "....L'amour ?
répéta-t-il d'une voix rêveuse, sans se retourner
vers le jeune homme. Je suis sincèrement désolé,
Maître Ryûsei, mais l'amour existe. C'est simplement vous
qui ne le voyez pas." Et sur ces mots, Moriya quitta la pièce
en refermant brutalement la porte, faisant sursauter son compagnon au
moment-même où celui-ci recommençait à
sombrer dans l'apathie. "....Moriya ?" appela Ryûsei
incrédule, réveillé par cette réaction
inattendue....
Au même moment, dans la vaste demeure des Moriyama, le fils du député affrontait les foudres de son père. "ESPÈCE DE CRÉTIN FINI...!! hurlait le politicien en frappant le lycéen déjà bien amoché par Také. Tu n'es donc pas capable de te tenir tranquille !? As-tu une idée de tous les efforts qu'il m'a fallu déployer pour dissimuler ce que tu as fait à cet enfant !?" - "Yoshinari.... Excuse-toi auprès de ton père...." enjoignit la mère de Moriyama, qui avait visiblement goûté elle aussi à l'accès de violence du député. - "La famille Moriyama n'a jamais engendré de criminel, lança sentencieusement le fils aîné, qui assistait également à la scène. Voilà l'inconvénient d'avoir reconnu le fils d'une maîtresse." - "J'ai décidé que tu irais étudier quelque temps à l'étranger, reprit le député, s'adressant au lycéen. Jusqu'à ce que ta destination soit fixée, je ne veux plus que tu mettes un pied hors de cette maison ! COMPRIS ?!!" Pour sa décharge, on ne pouvait pas dire que Yoshinari Moriyama ait grandi dans un foyer chaleureux. Etait-il déjà pervers de naissance ou était-ce sa situation précaire de fils illégitime d'un homme despotique et violent qui avait peu à peu déformé sa personnalité ? Nous ne le saurons jamais. Tandis qu'il demeurait affalé sur le sol de sa chambre, abreuvé de reproches par son père et son demi-frère, Moriyama ne disait mot, réfléchissant à sa situation. "Comment en suis-je arrivé là ? se demandait-il, tête basse et saignant pitoyablement du nez. Pourquoi ? Depuis quand ? Quelle en a été la cause ?" Pas tout à fait normal comme le disaient ses camarades de classe, l'adolescent semblait peiner à reconsituer les événements. Jusqu'à ce qu'enfin, il se remémore sa rencontre fortuite avec Yôji, qui l'avait surpris alors qu'il s'adonnait au vol à l'étalage. "Aah, c'était donc ça ? Tout est la faute de cet enfant, conclut Moriyama dans son esprit perturbé. ....Si seulement il avait pu mourir."
Exacerbant le désespoir des uns et des
autres, la nuit finit par tomber sur la ville. Pour une fois, la
terrasse sur le toit de l'immeuble où vivaient les deux
compères n'abrita pas le vague à l'âme de
Ryûsei mais celui de Moriya, venu s'y réfugier en
hâte afin de dissimuler le trouble qui s'était
emparé de lui. "Pourquoi a-t-il fallu que j'en vienne à
éprouver un tel sentiment, s'interrogeait le Kami avec
amertume, se remémorant sa déclaration d'amour à
peine voilée à Ryûsei. Alors que jamais je n'ai
désiré éprouver cela, surtout pas pour quelqu'un
comme lui. Cet aveu m'a échappé. Alors qu'il ne
m'aimera probablement jamais en retour. Mais bon, tant pis." Ses pas
ramenèrent Moriya à l'endroit où il avait
laissé Ryûsei, qui n'avait pas bougé d'un
pouce de son
canapé. "Je ne veux plus vous
voir recroquevillé sur vous-même." Pour rendre son énergie et sa joie de vivre au
jeune homme, le Kami savait qu'il ne lui restait qu'une seule chose
à faire, ainsi, après l'avoir observé
tristement, il fit part à Ryûsei de sa décision:
"Allons à l'hôpital, Maître Ryûsei. comme
vous le désirez, je vais guérir les blessures de
Yôji." A cette déclaration à laquelle il ne
s'attendait guère, le jeune homme releva prestement la
tête: "...Tu es sûr, Moriya ?" demanda-t-il, n'osant y
croire. - "L'hôpital est peu fréquenté durant la
nuit, c'est le moment ou jamais," répondit évasivement
le Kami, ajoutant en lui-même: "Du moment que la
guérison de ce petit être entraîne votre propre
salut...."
C'est ainsi que
moins d'une heure plus tard, Ryûsei et Moriya se
retrouvèrent au chevet de Yôji. S'il n'était plus
sous assistance respiratoire, le choc qu'il avait reçu
à la tête était tel que le garçonnet
demeurait plongé dans un profond coma. "Yôji,
prononça doucement Ryûsei, comme si l'enfant pouvait
l'entendre. Moriya va guérir tes blessures. Také aussi
attend ton réveil avec impatience, alors ouvre vite les yeux."
Mais au moment où humain et Kami allait mettre leur projet
à exécution, du bruit se fit soudain entendre à
l'extérieur de la chambre, attirant leur attention. "Une
infirmière ?" supposa Ryûsei tandis que la porte
s'ouvrait lentement. Cependant quand celle-ci livra passage non pas
à une dame en blanc mais à un adolescent à
lunettes, les deux compères ne dissimulèrent pas leur
étonnement. "Il n'a pas l'air d'être un médecin,
remarqua Ryûsei. Qui êtes-vous donc ?" A cette question,
le garçon qui jusqu'alors avançait comme un somnambule
prit enfin conscience qu'il n'était pas seul dans la
pièce. De saisissement, il poussa un cri muet et laissa tomber
l'objet qu'il tenait à la main. Un cutter....
L'adolescent était bien sûr Yoshinori Moriyama, parvenu à échapper à la surveillance de ses parents pour se rendre à l'hôpital où gisait sa victime. Devinant sans peine le méfait qu'il s'apprétait à commettre, Ryûsei et Moriya l'entraînèrent de force dans un coin discret derrière les jardins de l'établissement. "Qu'est-ce que tu étais venu faire dans cette chambre !? hurla Ryûsei en jetant violemment le lycéen à terre, serrant le cutter dans son poing. Qu'avais-tu l'intention de faire à Yôji en apportant cette lame !? SALAUD !" Mais nullement effrayé d'avoir été pris la main dans le sac, Moriyama ne tarda pas à lever sur les deux inconnus un regard arrogant: "Et vous, qui vous-êtes ? demanda-t-il. Vous n'êtes pas de la police ? ....Ah, j'y suis, s'exclama-t-il dans un sourire moqueur. Vous êtes sans doute des amis de ce chauve qui m'a frappé ?" Mais à ces propos, Ryûsei comprit enfin à qui il avait affaire: "....Toi, tu ne serais pas le môme appelé Moriyama !?" - "Et alors ? rétorqua le lycéen, dans une attitude de plus en plus insolente. Vous allez me frapper à coups de poings, vous aussi ? Allez-y ? Et tant pis si vous vous faites arrêter à votre tour !" - "Qui parle de coups de poings ?" répliqua Ryûsei, dont la colère avait fait place peu à peu à une rage froide. Et sur cette tirade, il assena à Moriyama un violent coup de pied dans l'estomac. "Pour un moins que rien comme toi, les pieds suffisent, connard."
Plié en deux par la douleur,
secoué par des quintes de toux, il fallut un long moment
à l'adolescent pour retrouver son souffle. Ce fut cet instant
que choisit Moriya pour intervenir à son tour et poser la
question qui le tenaillait: "Pourquoi avez-vous tabassé cet
enfant ?" - "Pourquoi ....? répéta Moriyama, comme si
c'était l'évidence-même. Ce gosse....
Après avoir vu ce que j'avais fait, il a osé me faire
la morale...! "Il ne faut pas mettre
les produits dans son sac avant de les avoir
payés," a-t-il dit. Et alors,
qu'est-ce que ça pouvait faire !? Tout le monde pratique le
vol à l'étalage !! poursuivit le lycéen avec une
fièvre croissante, un sourire mauvais aux lèvres. Ce
gosse m'avait tellement foutu en rogne que je l'ai suivi, puis je
l'ai frappé par derrière et il est tombé
à terre. Quand je lui ai donné un coup de pied au
visage, son nez s'est mis à pisser du sang qui a giclé
sur moi. Ça m'a rendu fou de rage alors je l'ai
piétiné. Il s'est mis à vomir, c'était
dégoûtant. On peut dire que je me suis bien
marré !
....Mais au bout d'un moment, il a arrêté de bouger.
J'ai eu un peu la trouille en pensant qu'il était
peut-être mort, mais finalement, il a survécu.
Apparemment ses blessures n'étaient pas si grave que
ça.... J'avoue que je suis un peu déçu. ....Oui,
je suis déçu.... soupira Moriyama tête basse,
passant sans lien logique autre que la violence à un tout
autre contexte. Pourquoi me frappe-t-il.... Je fais pourtant de mon
mieux, même à l'école." Moriyama
n'éprouvait visiblement aucun remord pour toutes les
souffrances qu'il avait infligées, seuls importaient à
ses yeux les sévices que lui-même avait reçu de
son propre père, qu'il n'avait pas hésité
à reproduire sur plus faible que lui sous un prétexte
fallacieux. De haine, Ryûsei serra si fort le poing que ses
ongles entâmèrent sa chair et du sang commença
à goutter sur le sol, ce qui n'échappa pas à
Moriya. Néanmoins, devenu indifférent à ce qui
se déroulait autour de lui, le lycéen poursuivait ses
jérémiades, apparemment trop content de pouvoir enfin
vider son sac: "Même s'il a étouffé l'affaire, ce
n'était que pour sa sécurité personnelle. Papa a
toujours été froid envers moi.... Alors qu'au
début, je ne faisais que mon vol à l'étalage
habituel.... Tout ça à cause de ce mioche...."
En s'appitoyant à ce point sur
lui-même, osant faire de Yôji le vrai méchant de
l'histoire, Moriyama était allé trop loin. Le Kami
devina le drame, mais trop tard, il se déclencha avant qu'il
ne puisse intervenir. "TAIS-TOI !" hurla Ryûsei, de toute la
force de son âme. Un cri capable de détruire le monde et
tout son contenu. Et ce fut la première fois que Moriya,
abasourdi par une telle puissance, entendit Ryûsei invoquer le
Kotodama, jetant de rage et de haine tous les préceptes
inculqués par sa mère aux orties. "NE DIS RIEN, N'OUVRE
PAS LA BOUCHE, CESSE DE RESPIRER ! MEURS....! CRÈVE !!!" Et
l'effet ne se fit pas attendre: un jet de sang fusa du nez et de la
bouche du lycéen qui s'écroula, la gorge
tranchée. Mais à peine eut-il accomplit sa
vengeance que
Ryûsei dût en subir le contrecoup. Touché aux
mêmes organes que sa victime bien que de manière moins
fatale, il s'effondra à son tour dans les bras de Moriya.
"MAÎTRE RYÛSEI...!" Au sang qui s'écoulait des
blessures de son compagnon, le Kami devina qu'il lui fallait faire
vite s'il voulait avoir une chance de le sauver, mais tandis qu'il
pressait ses lèvres contre celles de Ryûsei afin que
leurs langues se touchent, il découvrit avec horreur que le
jeune homme refusait de desserrer les dents. "Ouvrez la bouche,
ordonna Moriya pris de panique. Vous voulez donc mourir !?" Mais
alors qu'il tentait de force de lui desserrer la mâchoire, une
main tremblante s'éleva soudain pour écarter la sienne.
"Ça ira.... comme ça.... prononça
péniblement Ryûsei. Inutile.... de guérir.... mes
blessures.... Je subis.... mon châtiment.... alors.... pas la
peine.... de me guérir.... Je l'ai tué.... Moi....
Koto.... dama.... J'ai dit.... "Crève".... Alors.... que
je.... m'étais.... juré.... de ne plus.... en faire
usage.... Ça m'est.... insupportable.... Je suis un....
assassin.... Ma mère.... doit être.... furieuse contre
moi.... J'en suis.... sûr.... Elle ne.... me le.... pardonnera
pas...."
Tandis que des larmes venaient rouler sur ses
joues, Ryûsei se remémora le visage de sa mère
tel qu'il l'avait vu pour la dernière fois, cette expression
sévère et furieuse qu'il n'était jamais parvenu
à oublier, entendit à nouveau ces paroles malheureuses
qui avaient scellé le destin de Shôko. "En ce monde, il
est des mots qu'il ne faut jamais prononcer," songea tristement le
jeune homme, avant de poursuivre à voix haute: "Pardon....
Maman.... C'est ton fils indigne.... qui te demande.... de lui
pardonner.... Pardon...." Sentant avec horreur Ryûsei lui
échapper, Moriya lui saisit vivement la main et la serra
très fort dans la sienne. "Vous n'avez rien fait de mal !
assura-t-il avec force. Le bon droit était de votre
côté ! Si vous dites que ceci est un châtiment,
Moriyama n'a fait que recevoir la juste récompense de ses
actes. Vous vous êtes seulement substitué à la
loi pour le juger ! Et ses actes sont tels qu'il a amplement
mérité son châtiment !" - "Mais ça ne....
change rien au fait.... répliqua faiblement Ryûsei,
qu'il est interdit.... de tuer...." - "Moi je vous pardonne !
s'exclama Moriya avec force, quittant sa réserve
coutumière pour donner libre cours à ses sentiments.
Peu importe le crime que vous commettiez dans le futur, je vous
pardonnerais encore ! Même si vous commettez des erreurs, je
vous pardonnerais toujours ! Vous n'avez rien fait de mal ! Ce n'est
pas votre faute ! Si tous les autres êtres humains, et
même si vous-même refusez de vous pardonner, je serais le
seul à vous absoudre....! Alors je vous en prie, vivez !!
Utilisez-moi, Maître Ryûsei !!" Le jeune homme accueillit
cette tirade pleine d'un amour non formulé avec un sourire
ému. "....En voilà.... des propos....
incohérents...." remarqua-t-il, amusé. Levant
péniblement une main, il la posa sur le cou du
Kami pour l'attirer vers lui, et l'espace d'un instant, Moriya crut
que Ryûsei allait accepter la guérison qu'il lui
offrait. Hélas, ignorant les lèvres de son compagonon,
le jeune homme se contenta d'effleurer sa joue en prononçant
son prénom puis de le serrer contre lui. "....Mori....ya....
Par....don...." Et sur ces dernières paroles d'adieu, certain
d'avoir fait le bon choix, Ryûsei se laissa sombrer dans les
ténèbres, sans regret. Tandis que la vie
s'échappait du corps de celui qui avait refusé de lui
appartenir, Moriya demeura un long moment à contempler son
visage, désemparé. "....Maître Ryûsei....
En agissant ainsi, jusqu'au dernier moment vous m'avez
repoussé jusqu'au bout. ....Vous êtes vraiment.... un
homme horrible...." acheva le Kami dans un sanglot, pressant le corps
inanimé contre lui. "Adieu, Maître
Ryûsei...."
La nuit laissa la place à un matin
radieux. Réveillé par les rayons du soleil qui
baignaient sa chambre d'une lumière dorée, Ryûsei
ouvrit lentement les yeux. Et après avoir émergé
des brumes du sommeil, perplexe, sa première pensée fut
de s'étonner d'être toujours en vie. Avisant par terre
le mode d'emploi des Kamis, il le ramassa et se mit à le
feuilleter pensivement. Alors, quand il entendit grincer la
poignée de la porte, il songea naturellement qu'il s'agissait
de Moriya. Voilà pourquoi le jeune homme fut plutôt
surpris de voir brusquement débouler dans sa chambre Lily et
Tomako, les larmes aux yeux. "RYÛCHAN ! C'EST UN MIRACLE !"
s'exclamèrent en choeur la serveuse et le travesti.
"YÔJI EST...!" Les deux nouveaux
venus n'eurent
pas le temps de s'expliquer davantage que le petit garçon
apparut à son tour dans l'encadrement de la porte. Un miracle,
en effet. Enfin sorti du coma, non seulement Yôji se portait
désormais comme un charme mais il ne conservait pas la moindre
trace de ses blessures. "Monsieur Ryû !" s'exclama-t-il,
lançant à son ami un sourire rayonnant. Fou de joie,
Ryûsei s'élança vers lui pour le serrer dans ses
bras. "Yôji...!! Quel soulagement...!" soupira-t-il en pressant
l'enfant contre son coeur, sous le regard ému de Lily et
Tomako. "Pardon, demanda le jeune homme. Tu as été
courageux, Yôji. Je suis vraiment, vraiment soulagé.
Merci.... Merci de tout coeur d'avoir retrouvé la santé
et de rire à nouveau...."
Cette triste affaire réglée, le
premier soin de Ryûsei fut de se rendre chez son patron afin de
le remercier. "On m'a dit que vous vous êtes occupé des
formalités de l'hospitalisation de Yôji, et aussi de
bien d'autres choses encore, prononça le jeune homme en
s'inclinant. Je vous en suis profondément reconnaissant !" -
"Je ne te dis pas le grabuge chez les médecins quand ils ont
découvert qu'un patient plongé dans le coma la veille
encore avait guéri complètement de ses blessures en
l'espace d'une seule nuit, répondit Genma en soupirant.
Réfléchissez un peu plus, la prochaine fois !" -
"Pardon." - "Il paraît que tu as utilisé le Kotodama,
Ryûsei, poursuivit gravement le businessman. Te souviens-tu de
ce que je t'avais dit autrefois ?" Ryûsei s'en souvenait, elles
étaient restées gravées dans sa mémoire
et lui avaient permis de continuer à vivre jusqu'à ce
jour, ainsi il n'eut aucun mal à citer les paroles de son
bienfaiteur: "A présent te
voilà toi aussi un assassin. Il t'est impossible de
réparer ta faute. Jusqu'à l'heure de ta mort, tu vivras
dans la douleur et les regrets. Ce sera ça, ton
châtiment. Je m'en souviens mot
pour mot. Pas
une seule fois je ne les ai oubliées." - "Dans ce cas tant
mieux. Car c'était les dernières volontés de
Moriya: que tu continues à vivre encore longtemps." - "Ses
dernières volontés ? s'étonna Ryûsei.
Qu'est-ce que ça veut dire ?" - "L'existence d'un Kami dont
son maître n'a pas besoin n'a aucune valeur. On le renvoie donc
à l'état de papier blanc, c'est une des lois de ce
monde." - "De papier blanc ?" répéta le jeune homme,
que ces explications rendaient de plus en plus perplexe. - "Dans
notre langage humain, cela signifie "cadavre".... En un mot, conclut
Genma sentencieusement, Moriya que tu as repoussé va mourir,
transformé en une insignifiante poupée de
papier."
En effet,
après avoir sauvé Ryûsei et Yôji, Moriya
avait regagné la demeure étrange du Marionnettiste, qui
n'avait pas manqué de s'étonner de ce retour
anticipé. "Il te reste encore dix jours avant la date
limite.... rappela Waki. Et pourtant tu renonces, jamais je ne
l'aurais imaginé. Toi qui avait refusé avec tant
d'obstination de retourner à l'état de papier blanc et
avait quitté ces lieux si plein de confiance en toi,
voilà comment tu me reviens ? N'être même pas
parvenu à t'approprier un gamin d'à peine deux
décennies ! J'avoue que tu me déçois.
Finalement, tu ne vaux pas grand chose." - "Inutile d'en rajouter,
vos sarcasmes ne me touchent pas, répondit le Kami, nullement
ébranlé par les moqueries de son créateur. Mon
existence ne fait qu'empoisonner la vie de cette personne. Et comme
je ne suis pas utile à mon maître, la raison veut que je
retourne à l'état de papier blanc...." - "Bah, c'est
vrai...." acquiesça Waki. Puisque Moriya semblait
réellement décidé à abandonner sa vie, il
dégaina lentement le sabre qu'il tenait à la main et le
brandit devant lui. "Les fleurs se changent en poussière, les
sirènes en bulles et les Kamis en papier blanc,
prononça sentencieusement le Marionnettiste. Tout retourne un
jour à son état originel, s'éparpillant en
beauté.... ....Bien. As-tu un dernier souhait à
formuler ?" - "Je voudrais tirer moi-même ma
révérence," répondit simplement Moriya
après quelques instants de réflexion.
Voilà qui
était bien digne d'un être ayant
désespérément tenté d'échapper
à sa condition, de s'affranchir des lois que d'autres lui
avaient imposé. Insoumis jusqu'au bout, Moriya s'empara
vivement du sabre de Waki. "L'Humain est le maître, le Kami le
valet. C'est la règle fondamentale de notre monde, contre
laquelle on ne peut rien, récita-t-il mentalement. Et
pourtant, pas une seule fois je n'ai considéré mon
Maître Kotodama précédent comme mon seigneur.
Servir cet humain incompétent ne m'a apporté que de la
souffrance. Même au moment de sa mort, je n'ai pas
éprouvé la moindre émotion. Mais grâce
à ma rencontre avec Maître Ryûsei, j'ai appris
pour la première fois à regretter, à
chérir la vie d'un être humain." Tandis que le visage
souriant du jeune homme lui revenait en mémoire, Moriya se
remémora cette nuit où Ryûsei lui avait
avoué combien il lui était pénible de l'avoir
à ses côtés, tel un symbole vivant de son crime
d'autrefois. "Vous êtes la première et l'unique personne
pour qui j'ai éprouvé de l'amour. Je ne veux plus vous
voir baisser la tête, recroquevillé sur vous-même.
Pour que vous puissiez un jour sourire à nouveau d'un visage
insouciant, je vais vous protéger de moi. Pour vous, je vais
disparaître de ce monde."
Ajustant la lame
du sabre contre son cou sous le regard grave de Waki, Moriya
s'apprétait à se donner le coup fatal pour le bien de
celui qu'il aimait quand soudain, un cri s'éleva dans la salle
de cérémonie. "ATTENDEZ UNE MINUTE !!" Tandis que la
porte s'ouvrait à la volée, Ryûsei se jeta sur
Moriya pour le protéger de la lame, saisissant le sabre
à main nue. "Maî.... Maître Ryusei....?"
bredouilla le Kami incrédule. Quant au jeune homme, conduit en
ces lieux par Genma, il songea avec soulagement qu'il s'en
était fallu d'un cheveu pour qu'il n'arrive pas à temps
- tout en pestant intérieurement d'avoir mal à la main
! "Que voilà une apparition chevaleresque," lança Waki
en s'avançant vers les deux compères. - "C'est vous le
Marionnettiste ?" lui demanda Ryûsei. - "Qu'es-tu venu faire
ici, gamin ?" demanda Waki en retour, un peu piqué par la
manière cavalière avec laquelle le nouveau-venu
s'adressait à lui. - "Disons que je suis venu dans l'intention
de régler cette affaire une bonne fois pour toutes, ou pour
mettre les choses au clair, si vous préférez." Et sur
ces mots, saisissant Moriya par sa cravate, Ryûsei se dressa de
toute sa hauteur devant Waki, annonçant d'une voix ferme: "Je
garde ce mec, alors à partir de ce jour je compte sur vous !"
Cette déclaration plongea le Kami dans une telle stupeur qu'il
doutait d'avoir bien entendu. "....Qu'est-ce qui vous prend, tout
à coup.... bredouilla-t-il en dévisageant le jeune
homme. Vous qui avez refusé de m'utiliser alors même que
vous alliez mourir, pourquoi dites-vous cela à présent
!?" - "Peut-être parce que tu m'as ramené à la
vie. Mais pour parler franc, j'aurais été ravi de
mourir. Je pensais que ça m'aurait délivré du
devoir de racheter ma faute, que j'aurais enfin trouvé
l'apaisement. Néanmoins, ajouta Ryûsei dans un sourire,
je me suis réveillé. Cette vie que j'avais
abandonné, tu l'as récupérée pour moi. Et
tu as également guéri les blessures de Yôji.
Ça m'a causé un bonheur fou, merci. Mais comme c'est
pas du tout mon genre de recevoir sans rien offrir en échange,
Moriya, je vais le devenir, ton fichu Maître Kotodama." Sur ces
paroles, Ryûsei tendit au Kami sa main ensanglantée.
"Mes péchés, ma souffrance, mon sentiment de
culpabilité, tu es censé porter tout ça avec
moi, pas vrai ? J'ai décidé de combattre ma douleur et
vivre ma vie jusqu'au bout. Voilà pourquoi je veux que tu
restes vivre à mes côtés, Moriya." Telle
était la résolution de Ryûsei, si insouciant, si
fruste, et pourtant si plein de générosité. Emu,
le Kami mit un genou en terre et saisit la main tendue. "Vos
désirs sont des ordres," répondit-il sobrement,
courbant le front sur la paume ensanglantée de son
Maître en guise de respect.
Son sabre
à présent devenu inutile, Waki le
récupéra au sol d'un geste plein de
dextérité. "Moi qui pensais enfin pouvoir contempler
une neige de confettis.... soupira le Marionnettiste, feignant
d'être déçu de ce dénouement heureux. Mais
bon, une promesse est une promesse, n'est-ce pas ? Pour avoir pu te
permettre de conduire ce gamin jusqu'ici, tu dois disposer de
beaucoup de temps libre, Genma." - "Pas autant que vous,"
répliqua le businessman du tac au tac. Tout en
s'éloignant d'un pas tranquille, Waki énonça
mentalement ce qu'il avait retenu de cette histoire: "Malgré les entraves, les séparations et
les mauvais coups du sort, instinctivement, un Kami choisit toujours
son véritable maître. Surpassant mes intentions
premières, tel un dieu. ....Je
vais vraiment finir par m'ennuyer...." conclut-il à voix
haute.
Mais totalement
indifférents au vague à l'âme du Marionnettiste,
Ryûsei et Moriya continuaient de goûter leurs
retrouvailles. "....Donc, me voilà devenu officiellement ton
maître.... proféra le jeune homme, un sourire malicieux
aux lèvres. Mon premier ordre est que tu me guérisses,
Moriya." - ".....Je suppose que vous n'avez pas l'intention
d'utiliser le Kotodama pour transférer vos blessures sur moi,"
répondit le Kami, tout en priant Ryûsei de ne pas trop
tirer sur sa cravate. - "Plus jamais je n'utiliserais le Kotodama,"
assura fermement le jeune homme. - "Bah, la méthode des
baisers non plus n'est pas si désagréable...." Et sur
ces mots, devinant ce que son maître attendait de lui, Moriya
s'empara de ses lèvres....
A partir de ce jour, fidèle à sa promesse, Ryûsei ne fit plus l'usage du Kotodama. Même lorsqu'on lui infligeait de graves blessures, il ne cherchait pas à se défendre ni à se venger par ce moyen, gardait bouche close, ravalant les paroles fatales qui pouvaient lui monter aux lèvres. Trois années s'écoulèrent ainsi depuis les événements qui le lièrent à Moriya, et il continuait de tenir bon....
L'histoire de la rencontre entre maître
et Kami achevée, nous voilà de retour à
l'instant présent, sur le chantier où après
avoir enfoui secrètement un cadavre selon les directives de
Genma, Ryûsei s'est fait agressé par un motard. La
blessure n'étant que superficielle, d'un simple baiser Moriya
n'a eu aucun mal à la guérir. "D'années en
années, je trouve que ta façon d'utiliser ta langue se
fait de plus en plus érotique," remarque le jeune homme,
essuyant le sang séché sur son visage. - "Je suis
pourtant encore loin d'avoir atteint votre niveau de
lascivité," répond le Kami. - "QU'EST-CE QUE TU ME
CHANTES LÀ !? s'insurge Ryûsei vexé. Si tu veux
qu'on tire les choses au clair ici, je suis partant, tu sais !?" -
"Ça ne me dérange pas, mais n'avez-vous pas dit tout
à l'heure que vous refusiez d'être violé ?" -
"Qui te parle d'aller aussi loin, crétin ! C'est parti pour
une
séance de
tripotage, juste histoire de tirer un coup !" - "....Ce que vous
pouvez être vulgaire...." - "Ah, la ferme !" Mais même
s'il ne manque jamais de protester contre le manque de
délicatesse dont son maître fait preuve dans ses propos,
Moriya ne saurait décliner l'invitation de Ryûsei, aussi
impatient que ce dernier d'apaiser le désir que leur baiser
à éveillé en lui. "....Comme c'est chaud...."
murmure le Kami quand après de brûlants attouchements,
le sperme du jeune homme vient se répandre dans ses mains. "Ce
liquide à l'intérieur de vous me réchauffe le
corps à chaque fois.... A cet instant seulement, j'ai
l'impression de devenir un peu humain...." Réflexion
rêveuse qui ne manque pas d'arracher cette conclusion à
son partenaire: "Je savais bien que c'était toi le plus lascif
de nous deux...."
L'aube se lève sur le chantier, annonçant aux amants qu'il est bientôt temps pour eux de vider les lieux. "Aah.... soupire Ryûsei, fumant une dernière cigarette avant la route. On dirait bien qu'il va faire beau aujourd'hui encore." - "Maître Ryûsei, nous ferions mieux de partir avant que des gens n'arrivent, lui rappelle Moriya, le jeune homme n'étant décidément pas pressé de bouger. - "Ah oui ? Aah.... on peut dire que ç'a été une nuit mouvementée...." - "Vraiment ? En ce qui me concerne, je l'ai trouvée très intéressante." - "Toi, je m'en doute ! continue de fulminer Ryûsei. Ah, 'fait chier ! J'aimerais bien qu'il arrête de nous manipuler comme si on était ses larbins, CE FICHU MARIONNETTISTE !" Quant au Kami, s'il ne dit mot tout s'éloignant en compagnie du jeune homme, sous son masque d'apparente indifférence, un seul désir lui trotte dans la tête: "Blessez-vous, versez votre sang encore et encore.... Car à chaque fois, je me ferais un devoir et une joie de vous étreindre."
- "Lune de
Miel", page 117: En fin
d'après-midi, quand Raïzô rentre de son
école de cuisine tout heureux à l'idée de
retrouver enfin son petit ami, une surprise de taille l'attend
à la porte. "Bienvenue, Raïzô, l'accueille son Kami
à l'apparence d'adolescent. Que désires-tu ? Manger ?
Prendre un bain ? Ou alors.... moi ?" Pour toute réponse,
Raïzô ne parvient qu'à lâcher un violent
saignement de nez. Il faut dire qu'il y a de quoi être
ému ! Presque entièrement nu, Kon n'arbore pour tout
vêtement qu'un ravissant tablier en dentelle, ce qui lui donne
une allure des plus sexy ! "KON !? QU'EST-CE QUE C'EST QUE CETTE
TENUE ?...." s'exclame le pauvre Raïzô, bouleversé,
tandis que son ami s'efforce de calmer l'hémorragie
jaillissant de ses narines. - "Mm ? Asari est venu ici aujourd'hui
dans la matinée. C'est lui qui m'a fait cadeau de ce tablier,
en disant que si je t'accueillais dans cette tenue à ton
retour, tu serais certainement ravi. ....C'était une mauvaise
idée ?" demande Kon, un peu inquiet, plantant
ses grands yeux
sombres dans ceux du jeune homme. Comment résister à un
regard aussi craquant ? Le Kami est si mignon en cet instant que
Raïzô ne peut que se jeter sur lui pour le prendre dans
ses bras. Tandis qu'il embrasse passionnément son petit ami,
pour une fois, le jeune homme n'a pas à craindre les habituels
regards indiscrets. Kon et lui vivent désormais en couple dans
un appartement suite à l'incident survenu quelques jours plus
tôt, quand Kotoha mis en rage par les jumeaux Seiji et Tsukito
avait à moitié détruit la résidence de
Waki. Durant tout le temps que dureront les réparations,
voilà donc tous ses bruyants habitants séparés.
Ôka et Bénio en ont profité pour prendre des
vacances, Konoé et Kotoha sont retournés vivre à
la résidence-mère du Clan Mitô, seul Waki est
demeuré sur place, sans doute pour protéger ses secrets
de Marionnettiste.
C'est la première fois depuis leur rencontre que Kon et Raïzô ont l'occasion de goûter une telle intimité, et inutile de dire qu'ils ont bien l'intention de profiter au maximum de cette lune de miel forcée. Mais hélas, un point de discorde ne tarde pas à venir troubler le bonheur de leur vie commune: malgré tous ses efforts pour éveiller la passion chez son amant, Kon a remarqué que ce dernier hésitait toujours autant à lui faire l'amour jusqu'au bout, se limitant la plupart du temps à des attouchements superficiels. Normal, quand on pense à la différence de carrure entre eux deux, car si le Kami arbore l'apparence d'un frêle adolescent japonais, Raïzô le métis tient son physique de son côté américain, grand, robuste et bien membré de surcroît. C'est la raison pour laquelle, craignant de blesser son petit ami en l'étreignant trop souvent, le jeune homme ose à peine le toucher et se force à l'abstinence, brisant involontairement l'harmonie de leur couple.
Ce
jour-là encore, le tablier offert par Asari a beau avoir
produit son petit effet, Kon voit ses efforts pour vaincre la
réticence de Raïzô tourner courts. "....Dis, notre
partie de sexe de tout à l'heure t'a vraiment rassasié
? demande-t-il d'un air bougon tandis que son partenaire
s'apprète déjà à se rhabiller. Pourquoi
est-ce que tu n'entres pas en moi ?" - "Mais, on l'a fait hier,
répond le jeune homme embarrassé. Alors je me suis dit
que si on recommençait déjà aujourd'hui, tu
aurais mal.... Mon pénis est tellement gros.... Tu as toujours
l'air de souffrir quand nous faisons l'amour." - "Combien de fois
faudra-t-il que je te le répète ! Je suis un Kami, pas
un être humain ! réplique Kon irrité. Même
si tu dois forcer pour entrer en moi, je ne vais pas me mettre
à saigner, et je vais guérir presque aussitôt !"
- "Mais moi, je ne veux pas forcer, s'obstine le métis,
détournant la tête. Et encore moins te faire mal !" -
"Tu dis ça, n'empêche que tu bandes encore à
moitié !!" - "Euh.... C'est une illusion d'optique." Et sur
ces mots, Raïzô s'empresse de cacher des deux mains son
caleçon gonflé. - "C'est pourtant moi qui te l'affirme,
tu peux aller jusqu'au bout !?" s'obstine Kon, de plus en plus
agacé par l'entêtement de son partenaire. - "Non merci
!" Cette fois c'en est trop. Le Kami en a vraiment assez de
l'abstinence dévouée de Raïzô; loin de le
réjouir, elle ne fait que provoquer sa colère.
"CRÉTIN FINI ! IDIOT ! T'ES VRAIMENT LE PIRE DES NULS !" Quand
l'annonce d'un mail sur son téléphone portable
l'interrompt brusquement au milieu de sa tirade, Kon
préfère s'enfuir, mettant fin de lui-même
à la scène de ménage qui s'annonçait.
Demeuré seul, Raïzô qui ne s'attendait pas à
pareille dispute a bien du mal à assimiler ce qui vient de se
produire. Mais des propos de Kon, il est tout de même parvenu
à déduire une chose. "Le
pire des nuls." Cela signifie-t-il que
depuis le début, l'adolescent n'est pas satisfait de sa
manière de faire l'amour ?
Jusqu'à ce jour, Raïzô s'est évertué à traiter son Kami de la façon la plus douce possible, prenant bien garde à ne pas le blesser durant leurs étreintes, à ne lui donner que du plaisir. Pas un seul instant le jeune homme n'avait douté que c'était là la meilleure manière de faire l'amour. Comment aurait-il pu imaginer que ses tendres égards ne faisaient que plonger son partenaire dans l'insatisfaction ? Qu'il lui manquait une bonne dose de technique !!? Le lendemain, Raïzô ne s'est toujours pas remis de sa cuisante découverte. Perdu dans ses réflexions amères, à l'école de cuisine il en brûle ses préparations, oublie ses achats chez les commerçants du quartier. La journée a été rude pour lui, pourtant, le jeune homme n'est pas encore au bout de ses peines. Tandis qu'il remarque à voix haute qu'il a oublié d'acheter du lait, Kon qui l'a entendu se propose d'aller lui-même en acheter à la supérette du coin où justement il avait l'intention d'aller faire un saut. Néanmoins, Raïzô refuse aussitôt. "Il fait déjà nuit, ce serait trop dangereux pour toi, explique-t-il. Si tu as des courses à faire, il vaut mieux que ce soit moi qui m'en charge." La même prévenance, la même erreur.... "Et voilà, tu recommences.... profère Kon, sombre et triste. Si tu agissais comme il te plaît, pour une fois ?" Et sur cette sentence, il s'éloigne, tournant le dos à son bien-aimé qui s'aperçoit, mais trop tard hélas, qu'il vient de commettre un nouvel impair. "Alors qu'il y a si peu de temps encore, nous étions si proches l'un de l'autre, soupire mentalement le jeune homme, tête basse. Mais à présent, je ressens une telle distance entre Kon et moi...." Un peu plus tard, tandis que le couple se retrouve au lit, le Kami tournant obstinément le dos à son compagnon, Raïzô ne parvient toujours pas à trouver le sommeil. "Je croyais que quand deux personnes venaient à s'aimer d'un amour réciproque, ensuite il ne leur restait plus qu'à nager dans un bonheur perpétuel. Mais je me trompais, n'est-ce pas, grand-mère ?.... interroge le jeune homme en pensée, invoquant comme souvent l'aïeule décédée qui avait été son guide dans la vie. Pour ne pas briser le lien qui nous unit et que notre amour perdure, il est nécessaire de faire des efforts.... Cependant.... Que puis-je donc faire pour devenir un partenaire convenable ?"
Le lendemain en
fin d'après-midi, alors qu'il s'apprète à
rentrer chez lui en traînant des pieds, Raïzô croit
trouver la solution à son problème en passant devant
une librairie: dans la vitrine, s'alignent des manuels pratiques
destinés à ceux désirant justement
améliorer leurs performances au lit. Après en avoir
acheté un destiné aux gays, Raïzô va
s'assoir sur un banc du parc afin de le consulter tranquillement. Il
ne tarde pas à refermer l'ouvrage en exhalant un soupir, le
feu aux joues: si son existence chez les Mitô a
considérablement décoincé le jeune homme, il
n'est pas encore tout à fait mûr pour ce genre de
lectures ! Raïzô n'a cependant pas le loisir de poursuivre
son étude plus longtemps, tandis qu'une voix moqueuse retentit
soudain dans son dos, le faisant violemment sursauter: "Qu'est-ce que
tu lis de si passionnant, au point de t'être
arrêté en ces lieux ?" De saisissement, Raïzô
fait tomber son livre par terre. "Mr. ASARI !?" s'exclame-t-il,
stupéfait. Car c'est bien le séduisant doyen des Kamis
qui se tient debout près de son banc, apparaissant comme
toujours là où on l'attend le moins. "Je viens d'aller
rendre une petit visite à Kon...." commence Asari dans un
sourire, mais il ne poursuit pas sa phrase, se contentant de glisser
vers le sol un regard lourd de sous-entendus. Intrigué,
Raïzô baisse les yeux à son tour, avant de passer
successivement d'une pâleur mortelle à un rouge
cramoisi: le livre qu'il a malencontreusement lâché est
tombé bien à plat, exhibant son titre racoleur: "Manuel
de l'Amour entre Hommes: Apprenez toutes les techniques !!" Quelle
honte pour lui de s'être laissé surprendre à lire
un bouquin pareil !
Encouragé par Asari, Raïzô finit par lui raconter ses problèmes de couple et sa décision de faire des efforts afin de devenir un amant parfait. N'osant contempler en face le visage de son interlocuteur tant sa honte est vive, il attend avec anxiété les réflexions moqueuses qui ne vont certainement pas manquer de fuser de la part d'un Kami à la langue aussi acérée; mais contre toute attente, Asari lui adresse un sourire plein de gentillesse, allant même jusqu'à le complimenter: "On voit que tu prends réellement bien soin de Kon. Merci." Etonné, le jeune homme relève brusquement la tête pour dévisager son interlocuteur; c'est alors que lui reviennent en mémoire les paroles prononcées par le doyen des Kamis au début de leur rencontre, quand ce dernier n'apparaissait encore devant lui qu'affublé de son maque de Renard: "Cet enfant n'éprouve pas le moindre désir de prendre soin de lui-même. C'est pourquoi, à sa place.... tu te dois de prendre grand soin de Kon." "C'est normal de prendre soin de la personne que l'on aime, répond fièrement Raïzô dans un sourire béat, oubliant temporairement sa gêne. - "Bien parlé ! réplique Asari. Alors dépêche-toi de rentrer à la maison au lieu de rester glander ici ! Il est possible qu'il soit parti à ta rencontre." - "Compris !" Se levant d'un bond, le jeune homme s'empare de son sac et s'apprète à filer quand soudain, interloqué par les dernières paroles prononcées par le Kami, il se fige pour lancer à ce dernier un regard interrogateur. "Quand je suis allé jusqu'à votre appart', s'explique Asari, je l'ai trouvé dans l'entrée assis à t'attendre, perdu dans ses pensées. N'oublie pas que quand tu n'es pas là il n'y a personne pour lui tenir compagnie, il doit se sentir bien seul." - "Je rentre ! Le plus vite que je peux !" Désireux d'abréger au plus tôt l'attente de son jeune amant, Raïzô va pour s'élancer, mais encore une fois, Asari le retient: "Eh, Raïzô ! appelle-t-il, tendant le manuel amoureux distraitement oublié. Quand tu auras lu ton manuel, grouille-toi de bien assimiler tes cours en ne lésinant pas sur les travaux pratiques ! Bon courage, toutou maladroit !" OUIN !! Rouge de honte, Raïzô prend ses jambes à son cou. C'était décidément trop beau qu'Asari contienne plus longtemps sa malice !
Durant cette discussion, la nuit a fini par
tomber et les étoiles s'allumer dans le ciel. Tandis qu'il
avale les kilomètres au pas de course, Raïzô se
rappelle les paroles douces-amères prononcées par Kon
l'été passé: "Je
voudrais tellement que mon corps te donne satisfaction. Car s'il te
rendait fou de désir et de passion, jamais tu ne
m'abandonnerais, pas vrai ? S'il en était ainsi, tu resterais
mon maître pour toujours ?"
"Cette fois c'est à mon tour de faire de mon mieux ! proclame
Raïzô intérieurement. Pour qu'il continue de
m'aimer ! Pour qu'il reste mon Kon à moi tout seul !" Fort de
cette résolution, à bout de souffle, le jeune homme
arrive enfin devant l'immeuble qui abrite son appartement. Il
était temps. Kon est justement aux prises avec un
homme ivre,
occupant lui aussi de l'immeuble, qui lui reproche de rester assis
sur les marches devant l'entrée. L'adolescent ne génait
pourtant personne, et nullement effrayé, ne se prive pas pour
le faire remarquer au poivrot. Mal lui en prend. Bien
décidé à faire payer son insolence à ce
gamin, ce dernier s'élance les bras tendus, prêt
à lui administer une raclée. C'est à cet instant
que Raïzô intervient: stoppant net l'inconnu dans son
élan en attrapant sa tête de sa grande main, saisissant
Kon de l'autre, il se met à beugler à l'agresseur des
paroles lourdes de menace - qui ne sont en fait que des noms de plats
en français ! Cependant, le poivrot l'ignore, et croyant qu'il
a affaire à un étranger et peu commode de
surcroît, s'empresse de s'excuser et de vider les lieux sans
demander son reste.
"Dis, demande Kon une fois le couple en sécurité dans son appartement, qu'as-tu dit au type de tout à l'heure ?" - "Langoustines panées aux pistaches, Marinade d'amandes Roquetoe".... répond le jeune homme, s'efforçant de reprendre son souffle. Après je sais plus.... Ce sont les noms des plats que je viens de préparer en travaux pratiques.... Mais là n'est pas la question, ajoute Raïzô en se tournant vers le Kami d'un air furieux. Pourquoi tu parles à des ivrognes !?" - "C'est lui qui m'a abordé le premier. J'étais juste assis tranquillement quand il s'est mis à me sortir n'importe quoi !" - "Voilà pourquoi je ne cesse de te répéter de ne jamais sortir seul après la nuit tombée, c'est trop dangereux !...." - "Tu me fais donc si peu confiance !? rétorque le Kami en détournant les yeux. C'est ni plus ni moins que de la surprotection." - "Mais, Kon, réplique Raïzô avec tout le sérieux dont il est capable, tu es tellement mignon que c'est normal que je m'inquiète ! Qu'est-ce qui va t'arriver si un type louche t'aborde et t'entraîne de force quelque part !? La ville est dangereuse, tu sais !" Entendant cette réponse à laquelle il ne s'attendait guère, Kon en reste comme deux ronds de flan. "Ah, c'était donc ça ...." soupire-t-il, éberlué, tandis que ses épaules s'affaissent de soulagement.
Quelques instants plus tard, alors que les
deux garçons, chaussures et blousons ôtés, se
retrouvent assis côte à côte sur le canapé
du salon, Kon entreprend de s'expliquer: "Vois-tu.... commence-t-il,
hésitant, je n'ai pas cessé de me demander pour quelle
raison tu ne voulais pas me laisser sortir seul. Peut-être
parce que ça ferait du grabuge si je venais à
rencontrer l'un de mes anciens clients comme c'est déjà
arrivé ?.... Ou peut-être parce que ça
t'ennuierait que l'on vienne à découvrir que je suis
différent des êtres humains ? ....Voilà ce que je
croyais." - "Mais tu te trompes ! proteste aussitôt
Raïzô. Je t'assure que je me faisais simplement du souci
parce que je t'aime et que tu comptes énormément pour
moi !" - "...Oui, acquiesce le Kami pensivement, c'est vrai que
depuis le début.... tu as toujours agis comme ça. Je
passe vraiment pour un con...." ajoute-il à voix basse,
fâché contre lui-même d'avoir provoqué ce
malentendu. Mais ceci posé, Kon n'est pas le seul à
faire son mea culpa, car baissant les yeux d'un air
embarrassé, Raïzô lui présente à son
tour ses excuses. "Mm ? Mais de quoi ?" demande le Kami
interloqué. - "Jusquà maintenant.... avoue le jeune
homme, de plus en plus honteux, j'ai été
complètement nul au lit, n'est-ce
pas ? Pardon." A
peine a-t-il bredouillé ceci que se retournant afin que Kon ne
voit pas son visage, il se met à proclamer avec feu: "MAIS
À PARTIR DE CE JOUR, TU VERRAS, JE FERAI DE MON MIEUX POUR
T'ASSOUVIR ! ALORS JE T'EN PRIE, NE ME DÉTESTE PAS !...." -
"Euh, je ne t'ai jamais trouvé nul au lit ?" profère
Kon, n'y comprenant rien. - "QUÔA !? s'exclame
Raïzô, se retournant d'un bond. Mais pourtant, l'autre
jour...." Et la larme à l'oeil, il répète
à son amant ce que ce dernier lui avait dit la dernière
fois qu'ils avaient tenté de faire l'amour. "Ce n'est pas de
gros nul que je t'ai traité, corrige Kon, mais de chiant, bien
que j'ai été interrompu par l'annonce d'un mail sur mon
portable." - "Ah bon...?" (NDT: La
méprise de Raïzô n'est compréhensible que
dans la langue originale du manga: "dohetare" ("épuisant,
chiant") amputé de la syllabe "re" que Raïzô n'a
pas entendu à cause du portable donne donc "doheta" qui
signifie "nul, maladroit".) Face au
regard interrogateur de son compagnon, cette fois c'est au tour du
Kami de rougir en détournant les yeux. "C'est vrai, quoi.
Alors que moi je voudrais que tu viennes toujours en moi,
prétextant que tu ne veux pas me faire mal, trois fois sur
cinq tu ne vas pas jusqu'au bout. Avoir mal, ce n'est pas seulement
ressentir de la souffrance, mais du plaisir aussi ! Mais toi, tu
n'arrêtes pas de te contenir ! Ça te satisfait d'agir
comme ça !? Et ce n'est pas tout ! Alors qu'au début de
notre liaison c'était toi qui était toujours le premier
partant pour faire l'amour, ces derniers temps, si ce n'est pas moi
qui attaque, tu n'essaieras même pas de me sauter dessus.
Ça ne t'arrive jamais d'avoir tellement envie de coucher avec
moi que plus rien d'autre ne compte !? reproche Kon avec amertume.
Conduis-toi donc comme une bête de temps en temps !
ESPÈCE DE....!!" Cependant Raïzô ne laisse pas le
Kami continuer, lui plaquant la main sur la bouche en guise de
baillon. "Si tu continues de dire des trucs aussi mignons, je
t'assure que je vais vraiment finir par me changer en bête...?"
avertit le jeune homme. - "Vas-y, idiot...!" rétorque Kon en
se jetant à son cou.
Raïzô
ne se le fait pas dire deux fois. A peine le temps d'aller
jusqu'à la chambre et d'ôter sa chemise, il se jette sur
le corps offert. "Raïzô.... Raïzô.... Ça
suffit.... Entre en moi...!" gémit Kon, mit au supplice par de
brûlants préliminaires. Pourtant, bien que peinant lui
aussi à se contenir, le jeune homme l'exorte à la
patience. "Pas encore.... Courage.... J'ai déjà
entré quatre doigts...." Fort de sa lecture du manuel pour
gays acheté plus tôt, Raïzô ne lésine
pas sur les caresses préparatoires. La sensation est
déjà insoutenable, mais rien que de voir ce que son
amant est en train de lui faire s'avère un véritable
supplice pour Kon ! Au point que lorsque son partenaire se
décide enfin à le lâcher et lui accorder un peu
de répit, il ne peut que retomber sans force sur le lit,
à bout de souffle. Et les hostilités ne font encore que
commencer ! "Je t'aime...." prononce Raïzô en s'emparant
doucement des lèvres du Kami. Puis, relevant son amant avec
précaution, il l'engage à venir s'assoir sur ses
genoux, afin que ce dernier n'ait pas à supporter son poids.
Un peu hagard après les tortures endurées, Kon
acquiesce sans protester à sa requête. Mais quand
Raïzô se décide enfin à
pénétrer en lui, malgré sa résolution et
tout ce qu'il a pu dire auparavant, il ne peut s'empêcher de
serrer les dents. "Ah....! Comme il est.... long !" gémit-il,
se cambrant dans les bras de son partenaire. - "Pardon.... Tu as mal
?" demande Raïzô avec inquiétude. - "Ça....
ira...." - "Kon.... Si tu savais comme je suis heureux.... avoue le
jeune homme, les yeux clos. Je me sens tellement bien que je crois...
que je vais me mettre à pleurer." Pour toute réponse,
Kon se tourne à moitié pour attraper son amant par le
cou et le gratifie d'un coup de langue sur les lèvres. "Par
moments, tu me fais penser à un chat," plaisante
Raïzô tout en commençant à donner des coups
de hanches. - "Je suis.... un Kami !" proteste Kon aussitôt
d'une voix entrecoupée de gémissements. - "C'est
exact.... Tu es mon Kami. Mon adorable Kami à moi tout
seul...."
Un peu plus tard, le couple se repose, Kon étendu sur le lit, Raïzô assis en tailleur un verre à la main. "Dis, la prochaine fois, où est-ce que nous ferons l'amour ? demande soudain Kon tout à trac. Sans doute dans un endroit où on ne l'a pas encore fait... La cuisine ?" Surpris par cette question aussi crue qu'inattendue, Raïzô manque s'étouffer avec sa boisson ! - "Ahahah, où tu voudras !" répond-il néanmoins, rigolant pour tenter de cacher son trouble. Si le Kami éprouve tant de désir pour sa personne, le jeune homme est résolu à faire tout ce que voudra ce véritable challenger de l'amour à la curiosité insatiable !
- "Que la
lumière soit", page 153:
L'homme à l'origine n'est qu'un animal. Konoé en est
profondément convaincu, surtout lorsqu'il contemple son jeune
maître Kotoha. Ce jour-là, comme chaque matin,
l'adolescent ne s'éveille qu'appâté par l'odeur
de la nourriture, dévore instinctivement son beignet à
la crème poussé par la faim, même si un mouvement
imperceptible de son sourcil indique au Kami qu'il n'apprécie
pas ce qu'il lui a apporté. C'est que Kotoha, qui
déjà n'avale pratiquement que des sucreries, est devenu
drôlement difficile depuis qu'on l'a habitué à
l'excellente cuisine de Raïzô ! N'empêche qu'il
dévore avidement son petit-déjeuner, sans se
préoccuper de la crème qui gicle sur sa figure. "Eh
là, Kotoha, s'exclame Konoé scandalisé, la
crème coule, attention !" Du doigt, il récupère
le liquide avant qu'il ne se répande sur le pyjama de son
protégé. Mais en voyant ce doigt tendu recouvert de
crème sucrée, Konoha ne peut s'empêcher de le
porter à sa bouche. "....Eh, je ne t'ai jamais demander de le
lécher...." proteste le Kami, saisi d'un mauvais
pressentiment. Car une fois repue, sans signe précurseur, la
bête sauvage entre aussitôt en chaleur. "Konoé....
soupire Kotoha, soulevant les pans de sa veste de pyjama sous
laquelle il ne porte rien. ....Mon zizi s'est gonflé...." Sur
ces mots, il se pend au cou de son Kami et s'empare de ses
lèvres, frottant lascivement son corps contre le sien, son
sexe humide contre son ventre, ses minuscules têtons
dressés
contre sa robute
poitrine. Si d'ordinaire l'adolescent ne parle pratiquement pas,
emporté par son désir, dans ces moments seulement il se
met à abreuver son partenaire de propos indécents,
d'autant plus obscènes qu'il s'exprime dans un vocabulaire
enfantin. Mais si comme toujours Konoé se plie sans broncher
à ses caprices en attendant que se calme cette explosion de
libido, quand Kotoha lui ordonne soudain de pénétrer en
lui, le Kami sent son sang se glacer. Son maître est quand
même un peu jeune pour s'adonner à ce genre
d'étreinte ! Déjà que l'un de ses
compères l'avait un jour traité de pédophile....
"Attends ! s'exclame donc Konoé tandis que Kotoha lui
lèche langoureusement le visage. Calme-toi...." Mais
l'adolescent n'est déjà plus en état d'entendre
raison, et pour obliger son Kami réticent à lui
céder, il n'hésite pas à utiliser l'art du
Kotodama ! "ENTRE EN MOI
!" Soumis aux effets de la magie,
Konoé ne peut se dérober plus longtemps, pratiquement
violé par cette jeune bête sauvage au corps
élancé qui se déhanche sur lui en
répétant son nom. Mais quand l'adolescent lève
vers lui un regard embué de larmes en le suppliant de le
serrer fort dans ses bras, touché au coeur, c'est de son
propre gré que le Kami obéit cette fois à son
maître. Que faire d'autre que le presser amoureusement contre
lui ? Un dernier baiser, et vaincu par la fatigue et la tension
nerveuse, Kotoha finit par se rendormir. "....Toi alors.... soupire
Konoé en le soutenant. Tu es vraiment impossible...."
Un peu plus tard, alors qu'il revient de la
salle de bain, le Kami n'en revient toujours pas de ce que
l'adolescent l'a forcé à faire. De son plein
gré, jamais il n'aurait eu la perversité de coucher
avec un garçon aussi jeune ! "Il a utilisé le Kotodama
en toute connaissance de cause, lui souffle sa voix
intérieure, achevant de le plonger dans la déprime.
Est-ce que récemment il aurait acquis de curieuses
connaissances ?.... Ou serait-il subitement devenu porté sur
l'érotisme ? C'est peut-être moi qui a eu tort en ne
répondant pas à ses avances ? J'ai peut-être trop
gâté Kotoha ces derniers temps !? Je ne me souviens pas
lui avoir donné une éducation aussi
dépravée.... Enfin, si.... peut-être...." Le Kami
est soudain tiré de ses méditations lugubres par le
bruit d'une
poignée de porte. "Tiens ? Mr. Konoé ?" s'étonne
derrière lui une voix joyeuse. "Qu'est-ce que vous faites
là ? Je vous croyais parti à la résidence
principale du clan Mitô avec Kotoha...? Ah, je sais, vous aussi
vous êtes venu apporter des provisions à Mr. Waki ?" Se
retournant, Konoé découvre le visage radieux de
Raïzô, accompagné comme toujours de son petit ami
Kon. Le Kami les dévisage un instant en plissant les yeux,
comme ébloui. Mais comme s'il ne pouvait supporter plus
longtemps cette vision, brusquement, il se détourne.
"PARDONNEZ-MOI ! s'exclame-t-il, portant la main à ses yeux.
L'HOMME QUE JE SUIS À PRÉSENT N'EST PAS DIGNE DE
CONTEMPLER DES ÊTRES AUSSI PURS ET HONNÊTES QUE VOUS...!
MOI, L'ADULTE DÉPRAVÉ...!!" Inutile de dire que son
étrange diatrybe enflammée laisse ses deux visiteurs
pantois !
Laissant Raïzô avec Konoé,
Kon se rend dans les appartements du Marionnettiste, seul endroit de
la résidence épargné par la fureur de Kotoha,
sans doute en raison de son éloignement. "Waki ?"
appelle-t-il, sa boîte à repas sous le bras. Ne recevant
pas de réponse, le Kami adolescent pénètre dans
la pièce, où il a la surprise de trouver son
créateur endormi. Directement sur le sol, avec quelques
coussins en guise d'oreiller. Craignant qu'il n'attrape froid,
n'écoutant que son bon coeur, Kon pose sa boîte à
terre pour aller chercher une couverture. Mais aussi doucement qu'il
en recouvre le corps de Waki, cela suffit pour lui faire ouvrir les
yeux. "Kon, souffle le Marionnettiste sans se lever de sa couche, te
voilà devenu capable d'agir de manière
bien adorable.
Cela fait à peine dix jours que je ne t'ai pas vu, et je
décèle à présent tant d'humanité
dans ton regard. C'est grâce à Raïzô,
n'est-ce pas ? Alors qu'il n'est pas Maître Kotodama, qu'il
n'est qu'un être humain ordinaire. Qu'est-ce qui te plaît
autant chez lui, Kon ? Son visage ? Son corps ? Sa
personnalité ? Si un Maître Kotodama sans Kami venait
aujourd'hui te réclamer à moi, que ferais-tu ? Il n'y
en a pas, c'est juste une supposition, s'empresse d'ajouter le
Marionnettiste en voyant la peur assombrir les traits du Kami. Mais
choisirais-tu quand même Raïzô ?" Tandis que Kon
prend le temps de la réflexion, Waki prie en son for
intérieur: "....Vais-je encore
une fois assister à un miracle ? Pouvoir contempler l'espoir ?
Faites un miracle, redonnez-moi
l'espérance...." Lui qui semble
depuis de si nombreuses années imposer secrètement un
test à tous ses Kamis - peut-être en rapport avec
l'inconnu qui dort dans son précieux coffre
d'ébène ? - n'est cependant pas déçu par
la réponse de Kon: "....Si Raïzô venait à
mourir, je pense que je me mettrais à pleurer.... Voilà
pourquoi je considère Raïzô comme mon maître.
Parce que je l'aime, c'est lui que je préfère, et donc
que je choisirais." - "....J'ai vraiment eu raison de te
créer, Kon," répond Waki satisfait.
Ignorant la dévotion que vient d'avouer son petit ami, Raïzô s'est quant à lui rendu dans la cuisine afin d'y ranger les quelques provisions qu'il a apporté à Waki. C'est ainsi qu'il apprend de la bouche de Konoé que Kotoha et lui n'ont en fait jamais quitté le toit de Waki. "Notre chambre n'a pas été trop endommagée, explique le Kami face à l'étonnement du jeune homme. Et surtout Kotoha n'était pas du tout emballé par l'idée de retourner au clan Mitô." - "Alors qu'il s'agit de sa propre famille ?" demande Raïzô décontenancé. - "Justement parce qu'il s'agit de sa propre famille, souligne Konoé sardonique. Bah, disons qu'il y a eu pas mal d'embêtements dans le passé." A cette mention, l'imagination fertile de l'élève-cuisinier se représente aussitôt une famille très ancienne dont l'histoire n'est qu'une succession d'amours et de drames sanglants, comme celle du roman "Le Clan Inugami" de Seishi Yokomizo (enquête menée par le célèbre détective Kosuké Kindaichi, sortie en France chez Gallimard sous le titre "La Hache, le Koto et le Chrysanthème" - NDT). Et quand Raïzô en fait la remarque à Konoé, ce dernier avoue malgré lui qu'il n'est pas très loin de la vérité ! "C'est donc ça ?.... soupire le jeune homme tout en continuant son rangement. Alors les relations familiales chez les Mitô doivent être particulièrement difficiles sous bien des aspects." Commentaire qui laisse un instant le Kami sans voix: Raïzô, par discrétion sans doute, n'a pas cherché à en apprendre davantage, et pourtant il semble déjà avoir cerné le problème d'une famille qu'il ne connaît même pas !? "Dis donc, tu as quel âge !? Certainement pas celui d'acquiescer à tout sans broncher !? Ou plutôt, ça fait déjà un petit moment que j'ai remarqué ça chez toi, mais est-ce que tu n'aurais pas une faculté de compréhension surdéveloppée ? Tu acceptes tout sans problème, ce qui nous concerne, ce qui concerne Kon, l'homosexualité, le fait que nous soyons des Kamis constitués de papier malgré notre apparence humaine. Serais-tu un surhomme dépourvu des doutes, des hésitations et des états d'âmes propres à ton espèce !? Et est-ce que tu es gay !? Non, bi !?" - "Euh...."
Bombardé
par ce flot de questions, Raïzô s'efforce néanmoins
d'y répondre de son mieux, expliquant que tout ce qui pourrait
choquer ou effrayer d'autres personnes, lui n'y accorde pas beaucoup
d'importance. Cette faculté de ne plus s'étonner de
rien lui vient d'un événement survenu dans sa petite
enfance. A cette époque, il passait tout son temps à
parcourir la campagne, cherchant des scrarabées durant
l'été, partant à la cueillette de fruits et de
champignons en automne. C'est ainsi qu'un jour, en rentrant de ses
pérégrination, il avait soudain entendu du bruit
provenant d'un vieux temple inoccupé. Intrigué,
l'enfant avait jeté un coup d'oeil à
l'intérieur, mais ce qu'il y avait découvert l'avait
cloué sur place: Hiroshi et Kazuyuki, deux adolescents de son
village, en train de jouer à la bête à deux dos !
Ce fut la première rencontre de Raïzô avec le sexe,
et en plus version homo ! "....Quel souvenir pénible
ç'a dû être pour un gamin," commente Konoé,
livide. - "....J'en ai été tellement
sidéré que le soir, j'en ai parlé à ma
grand-mère, et voici ce qu'elle m'a dit: "Je comprends que tu
ais été surpris, Raïzô, cependant,
même si c'est devenu plus rare de nos jours, sache
qu'autrefois, l'homosexualité était chose courante.
Voilà pourquoi cela ne doit pas t'étonner outre mesure.
C'est à présent une coutume tombée en
désuétude, mais quand ton grand-père
était jeune, il m'a raconté qu'un groupe de
garçons de son âge se réunissait pour faire un
tas de vilaines choses." Et la grand-mère de se lancer
même dans une description enthousiaste des "vilaines choses"
que faisaient ces jeunes gens, usant d'un vocabulaire imagé
auquel - heureusement - le petit Raïzô ne comprit goutte.
Mais pour finir, elle avait fait promettre à l'enfant de ne
parler à personne de la relation qu'entrenaient Hiroshi et
Kuzuyuki, ce qu'il accepta de bonne grâce, comprenant
déjà la nécessité de garder le
secret.
"....Je vois.... acquiesce Konoé une
fois l'histoire terminée. "Moeurs de la société
villageoise" et "Culture amoureuse dans le Japon d'autrefois". C'est
vrai que l'homosexualité était très courante
dans les moeurs de jadis." - "C'est ce que m'a dit ma
grand-mère. Et c'est sans doute pour ça que je n'ai
jamais pensé que Kon et moi ne devrions pas avoir de liaison
ensemble rien que parce que nous sommes des garçons. ....Et en
ce qui concerne les Humains et des Kamis.... poursuit le jeune homme,
répondant à l'autre question de Konoé, quand
j'ai vu ma grand-mère morte, je me suis dit que l'âme
existait réellement. Son visage endormi avait beau
refléter la paix, je voyais clairement qu'il manquait quelque
chose, qu'elle était devenue une chose inanimée dure et
froide. Quand les gens meurent et que leur âme s'en va, ils
deviennent semblables à des poupées.... voilà ce
que j'ai pensé. Pour qu'un Humain puisse vivre comme un
être humain, il lui faut absolument posséder une
âme. Tout ceci n'est que mon avis personnel basé sur des
sensations diffuses, pourtant, je sens que Kon possède lui
aussi une âme. Il est là, sous mes yeux, il me touche,
il bouge - en un mot, même s'il n'a que l'apparence
extérieure d'un être humain, il vit. Alors, tout va bien
!" achève Raïzô, tournant vers Konoé un
visage radieux. Les Kamis auraient une âme ? Le jeune homme
ignore ce que ses paroles représentent pour son interlocuteur,
être artificiel lui aussi. Oser y croire serait probablement un
excès d'optimisme, de la naïveté. Voilà
pourquoi Konoé, un sourire légèrement moqueur
aux lèvres, répond ironiquement: "....Je trouve que tu
as l'esprit trop ouvert." - "Hein, vous croyez ?" demande le jeune
homme tandis que le rouge lui monte aux joues. - "C'était pas
vraiment un compliment...." assure le Kami, consterné par
cette manie de tout prendre au positif. Mais sans s'offusquer,
Raïzô ne tarde pas à lui donner une nouvelle raison
de pousser les hauts cris: "Ah ! Ça me revient !
s'exclame-t-il tout à coup.
Dans mon
village de campagne, il y avait une famille dont l'une des
ancêtres avait épousé un dieu-dragon ! Si l'on
peut épouser un dragon, alors pourquoi pas un Kami ?!" - "TU
CROIS À CES LÉGENDES DU JAPON MÉDIÉVAL !?
s'exclame Konoé en se retournant brusquement vers
Raïzô. NON, LÀ N'EST PAS LE PROBLÈME ! TU AS
L'INTENTION D'ÉPOUSER KON !???" Un lourd silence s'installe
tandis que les deux compères se dévisagent, l'un livide
d'incrédulité, l'autre rouge de honte d'avoir
involontairement avoué son désir secret. "Euh, du flan
! Je vais faire du flan pour Mr. Kotoha !" Et sur ces mots, plus
rayonnant que jamais, Raïzô se détourne prestement
pour s'en aller cuisiner. "C'est ça, dérobe-toi, songe
Konoé en lui glissant un regard en coin. N'empêche que
tu ne nies pas !" Mais aussi déroutant que lui paraisse le
comportement du jeune homme, il doit bien s'avouer qu'il lui
plaît. "Tu as bien de la chance, Kon...." ajoute le Kami d'un
air rêveur, tandis que pour la première fois depuis le
début de cette discussion, un sourire dépourvu d'ironie
vient se glisser sur ses lèvres.
Dans un monde clos, sombre et exigu, s'introduisit un jour un minuscule rayon de lumière. Oui, claire et aveuglante, que la lumière soit, que la lumière soit, que la lumière soit....
Laissant
l'élève-cuisinier s'affairer à ses fourneaux,
Konoé s'en retourne dans la chambre de Kotoha, où il
fait grand jour à présent. L'adolescent dort toujours
profondément, serrant un vêtement contre son visage tel
un gros bébé. Exhalant un soupir résigné,
Konoé vient s'assoir près de lui sur le bord du lit.
"Pff, quand tu dors ton visage est le même que quand tu
étais petit," rigole le Kami en admirant le visage endormi de
son maître. Cependant, tandis que de pénibles souvenirs
lui reviennent en mémoire, ses propres traits ne tardent pas
à s'assombrir. "Kotoha, il fait clair, ici, pas vrai ? demande
tout bas Konoé en se tournant vers la fenêtre
d'où se déversent à flots les rayons d'un soleil
radieux. Je me rappelle ce moment où toi et moi avons fui
cette cage silencieuse et dépourvue de sentiments, abandonnant
tout, afin que tu n'ais plus jamais à verser de larmes. Ce
jour où je t'ai sorti du coeur des
ténèbres...."
(A suivre dans le volume 7)
- "Amour toujours rime avec Plaisir", page 187: Quelques jours se sont écoulés depuis que Ryûsei a accepté de devenir le maître de Moriya. N'ayant plus rien à lire alors qu'il se trouve au toilettes, en désespoir de cause, le jeune homme se met à compulser le mode d'emploi des Kamis, et c'est là qu'il fait une importante découverte: "En cas de fièvre ou de blessure légère, le transfert du mal par Kotodama ou par léger contact de muqueuses sera suffisant pour obtenir la guérison , lit-il à haute voix. Mais dans le cas de lésions internes et de blessures extrêmement graves, une fusion de plus grande ampleur des muqueuses, impliquant donc une union corporelle plus profonde, deviendra nécessaire".... "Une union corporelle plus profonde ? répète Ryûseï en éclatant de rire. Ça veut dire faire l'amour avec quelqu'un alors même qu'il erre entre la vie et la mort ? Quelle blague, je n'imagine pas du tout Moriya faire une chose pareille !" Une fois sorti du lieu d'aisance, Ryûsei pose néanmoins la question à son Kami, juste pour en avoir le coeur net. Et il blêmit en entendant la réponse: "JE L'AI FAIT, assure Moriya comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Seulement, vous ne vous en souvenez pas." - "....Aah.... Ainsi.... Quand j'étais en train de mourir après avoir utilisé le Kotodama, ça veut dire que TU T'ES UNI À MOI POUR ME RAMENER À LA VIE...?" Quel choc pour Ryûsei, lui qui n'a jamais eu que des partenaires masculins passifs ! Moriya s'en doute bien, voilà pourquoi il rétorque tout en poursuivant ses tâches ménagères: "Maître Ryûsei, je pense qu'il existe certaines choses qu'il vaut mieux ignorer." Pourtant, le jeune homme n'en démord pas, il veut savoir ! Qu'a donc fabriqué le Kami avec son corps pendant qu'il était inconscient ? Voilà pourquoi, comprenant qu'il n'aura pas la paix tant qu'il n'aura pas craché le morceau, Moriya se met en devoir de tout lui raconter dans les moindres détails.
"Je vois,
acquiesce Ryûseï dix minutes plus tard, une fois le
récit du Kami achevé. En bref, tu as violé mon
cadavre...." - "Ce n'était pas un viol de cadavre,
réplique fermement Moriya. Bien qu'il était faible,
votre pouls battait." - "Pendant que j'avais perdu connaissance, TU
M'AS TRIPOTÉ par devant et par derrière...." - "Simple
traitement médical ! J'ai agi ainsi seulement parce que je
n'avais pas le choix, Maïtre Ryûseï...." - "Dis....
Sais-tu comme c'est horrible pour moi ? J'ai déjà
pénétré des mecs, mais en ce qui me concerne,
C'ÉTAIT LA PREMIÈRE FOIS QUE JE ME FAISAIS EMMANCHER !"
- "....Maître Ryûseï !" Alors-même que se
déroule cette joûte verbale, Ryûseï
entraîne Moriya jusqu'au lit et grimpe à califourchon
sur ses genoux. "Pourquoi est-ce que vous nous déshabillez ?
demande le Kami un peu inquiet, craignant une vengeance à ses
dépends. Et c'est quoi, cette posture ?..." - "Mm ? Figure-toi
que tu as éveillé ma curiosité, répond le
jeune homme, un sourire malicieux aux lèvres. Je brûle
de savoir comment tu fais l'amour." - "Ah !?" - "Allez, montre-moi
comment tu bandes." - "Si vous voulez voir ça, répond
le Kami, exhalant un soupir, il faut d'abord que vous m'en donniez
l'envie." - "Tss ! N'oublie pas ce que tu m'as dit un jour, Moriya:
"Je vais vous donner un plaisir tel que
plus jamais vous n'aurez envie de pêcher des filles dans la
rue." Oserais-tu revenir sur tes
paroles ? Et depuis que tu as débarqué chez moi, ajoute
Ryûsei, achevant d'enfoncer le clou face au
silence de son
compagnon, côté érotisme ma vie en a pris un
sacré coup. Tu sais que si je ne tire pas un coup très
bientôt ça va devenir mauvais pour ma santé ?
Pour une fois, je vais te laisser prendre le dessus, alors, je compte
sur toi." Soulagé d'apprendre que ce n'est pas lui qui va
passer à la casserole, Moriya change aussitôt de ton
pour entrer dans le jeu de son maître. "Savez-vous comment on
appelle ce que vous êtes en train de faire ?" demande-t-il,
souriant à son tour d'un air narquois. - "Ça ? Du
harcèlement sexuel, bien sûr," répond
Ryûsei en riant. - "Vous avez vraiment des passes-temps
douteux." - "Qu'est-ce que ça peut foutre ? J'ai
accepté d'être ton maître toute ma vie durant,
alors ce ne serait vraiment pas juste que tu refuses de me servir de
partenaire !"
Même quand il s'agit de nouer pour la
première fois une liaison charnelle avec son Kami,
Ryûsei se montre aussi grossier qu'orgueilleux - mais, c'est
aussi ce qui plaît chez lui à Moriya, ainsi ce dernier
accepte de bonne grâce de se plier à ses désirs.
"....C'est drôlement bon...." commente le jeune homme, tandis
que le Kami lui fait une phellation. "Encore un peu et je vais
jouir...." Seulement Moriya ne l'entend pas de cette oreille.
Saisissant d'une main le sexe de son maître, il se met soudain
à le serrer avec force. "Désolé, vous allez
devoir attendre encore un peu, Maître Ryûsei,
annonce-t-il." - "Ne serre pas comme ça ! Tu me fais mal !
proteste Ryûsei, grimaçant de douleur. - "Vous adorez
avoir mal, pourtant ? Vous qui passez votre temps à
rechercher
volontier les blessures." - "Ce n'est pas la même chose...!"
Cependant les protestations du jeune homme tournent court, tandis
qu'il sent soudain les doigts de son partenaire enduire d'une sorte
de crème les parois de son anus. "C'est un onguent que nous,
les Kamis, utilisons pour guérir nos propres corps," explique
Moriya. - "Ah !? Eh.... Un instant ! Il n'y a pas
d'ingrédients douteux dans ton truc, j'espère !?" -
"Justement si, répond le Kami l'air de rien. Dans le cas
où un être humain absorberait le produit par ses
muqueuses, cela provoquerait certainement chez lui une forte
stimulation. Et il paraît que son corps deviendrait
particulièrement réceptif au plaisir, savez-vous ?"
Comme pour simplement vérifier cette hypothèse, Moriya
enfonce davantage ses doigts dans le corps de son maître. Et la
réaction ne se fait pas attendre: brusquement saisi de
frissons, Ryûsei ne peut se retenir d'éjaculer.
"Comment, vous avez déjà joui ? clame Moriya, feignant
la surprise. On n'en était encore qu'aux doigts, pourtant ?" -
"Moriya.... Salaud....!" crache Ryûsei, le souffle court, bien
conscient que son amant se moque de lui. - "Allons allons, vous
n'allez pas vous contenter de si peu, Maître Ryûsei ?"
rétorque le Kami, goguenard.
Changement de
position. Etendu sur le lit, jambes écartées,
Ryûsei attend avec anxiété de subir
l'étreinte de Moriya. Ses préparatifs achevés,
ce dernier commence à pénétrer le corps de son
maître, doucement tout d'abord puisque c'est la première
fois qu'il le fait alors que le jeune homme est conscient. "....C'est
chaud...." murmure le Kami, un fois entré en ce corps
différent du sien. Quant à Ryûsei, qui
s'attendait à quelque chose de plus douloureux, il se montre
plutôt rassuré. "....Ah !... Je m'attendais à
pire.... Si c'est que ça, je crois que ça ira...."
Commentaire qui amène sur le visage de Moriya un sourire qui
ne présage rien de bon. "Ne me sous-estimez pas ?
profère-t-il. Ce n'est que le commencement." Et sur cet
avertissement, avant même que Ryûsei ait pu en saisir le
sens, d'un violent coup de hanche le Kami achève sa
pénétration. Comprenant un peu tard qu'on n'exige pas
à la légère l'étreinte d'un homme,
Ryûsei blêmit sous le choc, mais le harcelant de ses
coups de boutoir, Moriya ne lui laisse pas le temps de céder
à la peur. "Crétin....! articule péniblement le
jeune homme entre deux cris. Si tu.... continues comma ça....
tu vas.... me déchirer...!" - "Cela n'a aucune importance, que
je sache ? répond le Kami sans ralentir la cadence. Si vous
êtes blessé.... je me ferais un plaisir de vous
guérir.... autant qu'il le faudra." - "Idi....ot ! Là
n'est pas.... le problème...!!" Mais tandis qu'une vague de
plaisir vient le submerger, Ryûsei devient bientôt
incapable de protester davantage....
Un peu plus tard,
le couple se repose, assis côte à côte sur le lit.
Son oreiller placé dans son dos, Ryûsei fume une
cigarette d'un air boudeur, tournant ostensiblement la tête du
côté opposé où se trouve son compagnon !
"Pourquoi faites-vous une tête pareille ? demande le Kami avec
malice. C'est pourtant vous qui m'avez invité au lit. Je n'ai
fait que satisfaire vos désirs ?" - "OUAIS, JE SAIS !"
répond Ryûsei, bougon. - "Vous comptez aller à la
"pêche aux filles", Maître Ryûsei ?" - "Pas
possible. Je ne sens plus mon cul." S'il reconnaît avoir
lui-même provoqué sa mésaventure, pourquoi
Ryûsei a-t-il de plus en plus l'impression de s'être fait
avoir ?
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