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Yuki
Shimizu
* Love Mode 1 -----------------* Love Mode 2------------------- * Recipe----------------- * Ze 6
* Love Mode 3 -----------------* Love Mode 4------------------- * Ze 1- ------------------ * Ze 7
* Love Mode 5 -----------------* Love Mode 6------------------- * Ze 2 ------------------- * Ze 8
* Love Mode 7 -----------------* Love Mode 8------------------- * Ze 3 ------------------- * Ze 9
* Love Mode 9 -----------------* Love Mode 10----------------- * Ze 4
* Love Mode 10 - 2ème partie ------* Love Mode 11-------- * Ze 5
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Intrigue:
Quand une femme Maître Kotodama met un enfant au monde, la
fatalité veut qu'elle perde son pouvoir en le transmettant
à son bébé. Mais le jour où Yukino
Mitô, chef du clan Mitô, donna naissance à un
garçon, elle ne perdit pas seulement son pouvoir, mais
également la vie. Quand il vint au monde, les cris
poussés par ce nourisson non désiré
détruisirent la résidence de son clan et firent
trembler la terre. On lui donna le nom de Kotoha, et c'était
le plus puissant Maître Kotodama apparu sur Terre depuis son
grand-père Rikiichi Mitô. Un enfant qui devint un
garçonnet adorable mais étrange, dont le Kami
Konoé venait de se voir confier la charge, alors que
jusqu'à quelques jours encore il avait oublié son
existence. Tout avait débuté ce fameux
après-midi où il venait de se quereller avec Asari.
Depuis quelque temps, Konoé avait remarqué que le doyen
des Kamis n'était pas à prendre avec des pincettes,
mais ce jour-là, sa mauvaise humeur avait battu des records.
Peu enclin à se faire embrôcher par des nagitanas durant
sa sieste tout non-humain qu'il était, Konoé avait
décidé qu'il était grand temps de prendre des
mesures pour endiguer la violence d'Asari et s'était donc
rué chez Waki. "Ah, Konoé ! Tu tombes à pic !
avait lancé le Marionnettiste comme s'il l'attendait. Je
souhaiterais que tu fasses une petite commission pour moi." - "Aah !?
Tu as plaqué ton job de Marionnettiste et commencé
à vendre des nouilles ?" avait répliqué le Kami,
coupé dans son élan vengeur. C'est alors qu'arborant un
sourire énigmatique, Waki lui avait parlé du petit
garçon qui vivait reclu dans le coin le plus reculé de
la résidence en raison de l'ampleur de ses pouvoirs
destructeurs. "....Kotoha ? ....Tu
veux parler de
l'enfant mis au monde par Yukino il y a quatre ans ?
répéta Konoé, fouillant sa mémoire.
Ouais, je me souviens qu'on s'était bien querellé
à son sujet à l'époque: son pouvoir était
beaucoup trop puissant pour un bébé, personne ne savait
quoi en faire." - "Il est inutile de demander à un nourrisson
de contenir sa voix, acquiesça Waki. Après l'avoir
pouponné deux jours, même Takamitsu son propre
père a eu les tympans crevés. Si bien qu'à la
fin c'est Shirahazé, la Kami de Yukino, qui a
élevé Kotoha à la place de ses parents. Mais
hier, poursuit le Marionnettiste, je l'ai ramenée à
l'état de papier blanc et réduite en cendre. Elle avait
été si durement traitée que son corps
était en lambeau. Et je n'avait plus de reliques de la
Shirahazé originelle en stock pour pouvoir la réparer
encore."
Ces paroles lui rappelant le triste sort des Kamis laissa Konoé pensif, lui faisant complètement oublier le but de sa visite. Quand un Maître Kotodama meurt, son cadavre est stocké pour servir à fabriquer des Kamis à son image, ses restes étant utilisés pour la maintenance jusqu'à ce que celle-ci ne soit plus possible, la Marionnette étant trop abîmée ou plus aucun os n'étant disponible. Le retour à l'état de papier blanc devient alors inévitable, signifiant la mort pour le Kami. Mais ignorant les pensées moroses de sa créature, Waki poursuit son récit, lâchant la conclusion dans un sourire rayonnant: "C'est la raison pour laquelle je compte sur toi pour prendre soin de Kotoha, Konoé !" Durant une minute le Kami ne réagit pas, doutant d'avoir bien entendu. Avant de s'exclamer, pris de panique: "MOI !? MAIS POURQUOI !?" - "Tu es libre, que je sache," répondit Waki amusé. - "ET ASARI !? SI QUELQU'UN A DU TEMPS LIBRE C'EST BIEN CE MEC-LÀ !" - "Jouer les nounous ? Plutôt mourir !" Voilà ce qu'il m'a répondu." Et à ces mots prononcés en imitant le ton catégorique d'Asari, Konoé fut soudain convaincu d'avoir découvert la cause de l'humeur exécrable de son camarade. Cependant, le Marionnettiste poursuivit ses explications: "Takamitsu a dû être hospitalisé pour un cancer.... Ce qui signifie que ce fardeau de Kotoha ne compte actuellement plus aucun allié ici à la résidence Mitô. Si tu ne lui apportes pas à manger, il est condamné à mourir de faim. Aah.... Le pauvre...." achèva Waki en soupirant. - "Le plus à plaindre, c'est moi...." songea piteusement Konoé, avec la sensation cuisante de s'être fait avoir.
Mais puisque ce
n'était pas dans son genre de laisser mourir de faim un enfant
que nul être humain ne pouvait approcher,
résigné, Konoé accepta la requête du
Marionnettiste et s'en alla porter son repas au jeune Kotoha
Mitô. Après avoir traversé de longs couloirs
plongés dans une pénombre presque totale, il parvint
à une porte barricadée et lourdement bardée de
fer, comme celle d'une prison où serait retenu un criminel
particulièrement féroce. Le malaise qu'il avait
commencé à éprouver en mettant les pieds dans
cette aile de la résidence ne fit que s'accroître quand
il découvrit la minuscule chambrette dans laquelle Kotoha
vivait reclu depuis quatre ans. Murs fissurés,
complètement vide à l'exception du futon posé
sur le sol et une petite malle d'osier contenant des vêtements,
ce lieu désolé était indigne d'abriter un
être humain, encore moins un enfant ! Cependant le Kami n'eut
pas le temps de s'indigner davantage car émergeant soudain de
la couette sous laquelle il dormait, un petit garçon leva sur
lui un visage interrogateur. A peine son regard se posa-t-il sur la
frimousse de l'enfant que durant une fraction de seconde,
Konoé se crut ramené des années en
arrière, au temps où vivaient encore Rikiichi et sa
fille Yukino, tant Kotoha ressemblait physiquement à sa
mère. Jusqu'à ce que des gargouillis sonores le
ramènent d'un coup à la réalité et au but
de sa visite. "Ouais, t'as faim, hein ? Tiens, voilà ta bouffe
!" Après avoir posé le plateau devant l'enfant, qui
s'empare aussitôt avidement d'une boulette de riz, Konoé
se met en devoir de lui annoncer une pénible nouvelle: "Euh,
dis, commence-t-il, hésitant, à partir d'aujourd'hui ce
n'est plus Shirahazé qui apportera tes repas, mais moi." A
cette nouvelle, Kotoha se raidit, ses yeux s'aggrandirent de stupeur.
Durant un instant, il remua les lèvres, sur le point de dire
quelque chose, mais finalement, il garda le silence. Et ce fut ainsi
le lendemain, et le surlendemain.... "Moi qui pensais qu'il
pleurerait et qu'il piquerait une crise de nerfs...." soupira
Konoé, tout à la fois étonné et
soulagé que l'enfant paraisse si peu ébranlé par
la disparition soudaine de son ancienne nounou.
Le Kami n'allait cependant pas tarder à apprendre que s'occuper d'un gamin de quatre ans ne s'avère pas de tout repos. Il ne suffisait pas de le nourrir, cela signifiait aussi faire face à tout un tas de désagréments, dont l'inévitable pipi au lit ! Asari avait vraiment eu le nez fin en refusant cette tâche ingrate ! Et à propos de nez, Konoé s'aperçut bientôt que l'odeur nauséabonde flottant dans la chambre ne provenait pas uniquement de la literie souillée, mais de Kotoha lui-même ! "....Dis donc, toi, je te trouve plutôt crad' ? grommela-t-il en soulevant l'enfant par le col de son kimono. Tu es sûr que tu te laves régulièr...." Mais le Kami n'achèva pas sa phrase, blêmissant face à sa propre sottise. Bien sûr, un gamin de quatre ans ne se lave pas tout seul, et puisque personne à part lui n'était en mesure de l'approcher, il est évident que depuis la disparition de Shirahazé personne ne s'était occupé de l'hygiène corporelle de Kotoha ! Vite, jugeant qu'il était temps de prendre des mesures d'urgence, Konoé plongea l'enfant dans un baquet d'eau chaude. Ce bain achevé, alors qu'il essuyait le petit corps, le Kami remarqua soudain un drôle de colifichet passé autour du cou du garçonnet. "C'est quoi, ce collier ? Une simple ficelle !? s'étonna-t-il. Comment ça s'enlève, ce truc.... Mais, impossible de l'enlever !? ....Tant pis, laissons-le en place. C'est Shirahazé qui lui a mis ça ?" Tandis qu'il se mettait en quête de vêtements de rechange pour Kotoha, l'étrange ficelle finit par lui sortir de la tête. Konoé apprendrait sa cruelle fonction bien assez tôt....
Une fois
lavé et nourri, le petit garçon finit par s'endormir
dans le giron du Kami. "Eh voilà, je ne peux plus bouger...."
pesta ce dernier intérieurement. Mais le visage endormi de
l'enfant, la chaleur de son corps ne tardèrent pas à
l'émouvoir malgré lui. "Les bébés serrent leurs poings car ils
tiennent leurs rêves au creux de leurs
mains.... Où ai-je entendu
ça déjà ? se demanda Konoé en baillant,
à son tour gagné par le sommeil. Des rêves pour le futur ...? Quels que soient les rêves que peut nourrir
Kotoha, son futur à lui est déjà tout
tracé, songea le Kami en soupirant. Le plus puissant
Maître Kotodama de la famille Mitô devient le chef du
clan. Il sera Maître Kotodama.... l'être capable de faire
s'accomplir les paroles les plus maléfiques. Le plus fort des
Maîtres Kotodama, ajouta Konoé en appuyant sur la joue
rebondie de l'enfant. Alors qu'il ne sait même pas encore
parler correctement...." A cet instant, Konoé eut comme une
illumination. "....Mm ? Attendez une minute.... Au fait, je ne l'ai
pas entendu prononcer UNE SEULE parole ? Et je ne l'ai même
jamais entendu rire ! Peut-être ne le fait-il que quand il est
seul...!?"
Afin d'en avoir le coeur net, Konoé enfila son Kakuremino, cet étrange costume composé d'un kimono blanc et d'un masque de renard conçu par Waki et censé rendre invisible son porteur. Ainsi attifé, il se rendit chez Kotoha dans le but de l'observer secrètement. Peine perdue. A peine se pencha-t-il dans la pièce que le garçonnet tourna la tête vers lui et se mit à le dévisager de ses grands yeux. "Il me voit !? s'exclama mentalement Konoé, blêmissant sous son masque. C'est carrément impossible, et pourtant il me voit bel et bien...! Hiii ! C'est un animal !?" Le Kami ne s'avoua pas vaincu pour autant, essayant une seconde tactique. Mais il eu beau chatouiller Kotoha sous les bras, ce qui aurait eu raison d'un enfant normal, ce dernier demeura sans aucune réaction. Bon. Troisième essai: la frayeur. Saisissant le garçonnet à bras-le-corps, Konoé le lança très haut dans les airs avant de le rattraper dans ses bras. Une fois revenu de sa surprise, Kotoha se blotit contre la poitrine du Kami, mais s'il avait visiblement eut peur, cela n'avait pas suffit à lui arracher un cri. Drôlement coriace, le moutard ! Qu'à cela ne tienne, Konoé avait encore un tour dans son sac. Si ni les chatouilles ni la frayeur ne suffisaient à faire parler Kotoha, qu'en serait-il de la gourmandise ? Il tira donc de sa poche un sachet de succulents gâteaux. "Tu veux les manger, Kotoha ? demanda le Kami en montrant les friandises à l'enfant. Alors, tu dois me dire: "Donne-les moi, s'il te plaît" . Si tu ne le dis pas, je ne te les donnerais pas." Si cette fois Konoé obtint une réaction, ce ne fut pas celle espérée ! Kotoha n'essaya même pas de parler, se contentant de fixer l'objet de sa convoitise en salivant abondamment et pleurant à chaudes larmes. Si bien que le Kami finit par avoir pitié du malheureux et lui donna les gâteaux sans insister davantage.
Tandis que le
petit garçon dévorait ses sucreries, son régal
de toujours, Konoé s'étendit sur le tatami. "Qu'est-ce
qui me prend de m'acharner comme ça ?..." s'interroge-t-il,
perplexe, lui qui au départ avait pourtant pris comme une
corvée son rôle imposé de nounou. "Kotoha,
pourquoi tu ne parles pas ? demanda-t-il enfin, se tournant vers
l'enfant agenouillé à ses côtés. En fait,
je ne te l'ai pas dit jusqu'à présent.... mais je suis
victime d'une malédiction lancée par un démon
très méchant. Si ce mauvais sort n'est pas rompu, je
vais finir par mourir. Tu sais ce que ça veut dire, "mourir" ?
Je ne pourrais plus te parler comme je le fais maintenant. Mon corps
va devenir tout froid et tout dur et je ne bougerais plus. Si je
meurs, je vais disparaître et tu ne me verras plus jamais. Mais
si tu prononces une parole - même une seule, achèva le
Kami tandis que l'enfant l'écoutait attentivement, la
malédiction sera levée et je serais sauvé...." A
peine eut-il prononcé ces mots que Konoé se redressa
brusquement en se tenant le cou, hurlant de douleur comme s'il
souffrait le martyre. "GWWWAAAHHH !! TROP TARD...! JE MEURS...!!" Et
sur ce dernier cri pitoyable, poussant la comédie jusqu'au
bout, il s'effondra lourdement sur le sol sous le regard
épouvanté de Kotoha. "Facile pour un Kami qui n'a ni
pouls ni battements de coeur de se faire passer pour mort, rit
Konoé intérieurement. ....Alors, que vas-tu faire,
Kotoha ? Je vais finir par mourir, tu sais ?"
Après être demeuré
quelques instants tétanisé, Kotoha se pencha sur le
Kami et se mit à le secouer de ses petits bras pour tenter de
le réveiller. N'obtenant aucune réaction, il courut
vers la porte de la chambre afin d'aller chercher du secours, mais
dû vite réaliser qu'il était bien trop petit pour
atteindre la poignée. Que faire ? Prit de panique, le
garçonnet tournait la tête de tous côtés,
cherchant désespérément un moyen d'aider son
compagnon. En désespoir de cause, il retourna s'agenouiller
à ses côtés et se mit à le frapper de ses
poings, mais peine perdue, Konoé continuait de ne montrer plus
aucun signe de vie. Il n'y
avait donc que
le son de sa voix qui pouvait rompre la malédiction ? Alors
que Kotoha hésitait, lui revinrent soudain en mémoire
les paroles de son ancienne nounou: "Vous devez me le promettre,
Maître Kotoha. Même si je venais à
disparaître, vous ne devez jamais.... Jamais ouvrir la
bouche...." Shirahazé, pourtant si douce, avait gravement
insisté sur ce point, et l'enfant avait depuis tenu sa
promesse. Mais à présent cela signifiait perdre
Konoé ? Se retrouver encore une fois tout seul ? Des larmes de
détresse ne tardèrent pas à venir mouiller les
joues de Kotoha, détresse qui se mua bientôt en un
brûlant désespoir. De toutes ses forces, il se mit
à hurler, d'une voix qui vibrait de tout le pouvoir du
Kotodama et força Konoé à ouvrir les yeux. Mais
trop tard. Quand le Kami remarqua enfin le rayonnement émit
par la ficelle que l'enfant portait au cou, celle-ci s'était
déjà resserrée d'un coup sec, mettant fin au
hurlement destructeur. Le col de son kimono déchiré
tant la ficelle magique l'étranglait avec force, incapable de
respirer, Kotoha s'effondra sur le sol....
"KOTOHA !" Epouvanté par ce qui venait
de se produire, Konoé se précipita vers l'enfant
inconscient et le prit dans ses bras. Mais quand il voulu
s'élancer au-dehors avec son précieux fardeau pour
chercher du secours, il se heurta soudain à un champ de force
qui l'empêcha d'emporter Kotoha hors de la zone où on
l'avait confiné. "UN KEKKAÏ !? s'indigna le Kami
incrédule. Ils veulent emprisonner ce gosse au point d'en
arriver là !? LES ENFOIRÉS !!" Laissant l'enfant dans
sa chambre puisqu'il ne
pouvait pas
l'emmener, c'est seul que Konoé se rua chez le Marionnettiste.
"WAKI ! hurla-t-il, saisissant violemment son créateur par le
col de son kimono. ENLÈVE IMMÉDIATEMENT LA FICELLE
ENROULÉE AUTOUR DU COU DE KOTOHA ! QU'EST-CE QUI T'A PRIS DE
FAIRE UN TRUC PAREIL À UN GOSSE DE CET ÂGE !?" Face
à la fureur de Konoé, Waki ne s'émut pas, ne se
départit même pas de son éternel sourire moqueur.
D'ailleurs, d'un coup de sabre vif comme l'éclair il n'eut
aucun mal à obliger le Kami à le lâcher. "C'est
de l'éducation, Konoé," expliqua ensuite calmement le
Marionnettiste. - "Mais c'est pas un chiot !? protesta le Kami, tout
en demeurant à bonne distance cette fois. C'est ça ton
éducation, le forcer à obéir par la douleur et
par la peur !?" - "C'est justement parce qu'il possède la
force d'une bête féroce incontrôlable qu'il est
nécessaire de l'éduquer tant qu'il n'est encore qu'un
enfant. D'accord, c'est moi qui ai fabriqué cette ficelle,
mais celui qui m'a demandé de la lui passer autour du cou,
sache que c'est Takamitsu, son propre père. Et puis, acheva le
Marionnettiste pour tâcher de convaincre son interlocuteur
indigné, tant que Kotoha n'ouvre pas la bouche, la ficelle ne
lui fait rien. D'ailleurs même s'il parle, elle lui serre le
cou durant un instant puis se détend aussitôt. Kotoha ne
risque donc pas d'en mourir. Ce n'est qu'attachée et
enfermée dans une cage qu'une bête féroce peut
vivre au milieu des humains, pas vrai ?" Cependant, nullement
convaincu par cet argument qu'il jugeait fallacieux, Konoé
explosa de plus belle. "TU DÉRAILLES !! AUSSI PUISSANT QUE
SOIT SON POUVOIR, KOTOHA EST UN ÊTRE HUMAIN !! EN PLUS.... UN
ÊTRE HUMAIN SI PETIT !?"
La violente colère animant sa créature ne fit qu'élargir davantage le sourire de Waki. "Pff, eh-là eh-là, en si peu de temps tu t'es drôlement attaché à lui, lâcha cyniquement le Marionnettiste. Alors que jusqu'à pas longtemps encore, tu avais complètement oublié l'existence de Kotoha." - "Ouais, je ne le nie pas, acquiesça le Kami. Mais après l'avoir vu et appris dans quelles conditions il vit, comment pourrais-je rester indifférent !?" - "Si je lui enlève la ficelle, avertit Waki, Kotoha pourra encore moins qu'avant quitter son aile de la résidence, vois-tu ? Il sera voué à vivre dans la solitude la plus totale." - "JE RESTERAIS AVEC LUI, répliqua Konoé avec force. Comment pourrais-je laisser ce marmot tout seul ?!" Puis il ajouta, tandis que lui revenaient des paroles qu'il avait un temps oubliées: "Comme me l'a ordonné mon ancien maître Rikiichi, à partir d'aujourd'hui je vivrai en tant que Kami de Kotoha. Fidèle à ma mission, je le protégerai contre toutes les calamités qui pourraient le menacer. Alors enlève cette ficelle, Waki, conclut Konoé, abandonnant son ton acide pour se faire implorant. Je t'en prie, retire-lui ça...."
Comme le
Marionnettiste n'était pas un mauvais bougre en dépit
de ce qu'il voulait laisser paraître, il finit par
accéder à la requête de sa créature.
Satisfait, Konoé fit donc son baluchon pour
déménager chez Kotoha, se mangeant au passage les
commentaires railleurs d'Asari. "Notre seul et unique maître
était censé être Rikiichi, reprocha le doyen des
Kamis, faisant allusion au défunt grand-père de Kotoha.
Je trouve que tu lui as vite trouvé un remplaçant." -
"Je ne fais qu'obéir aux ordres de ce maître,
répondit gravement Konoé sans même se retourner.
Je n'ai pas envie d'attendre qu'il soit trop tard et éprouver
une deuxième fois les même regrets." Qu'était-il
arrivé au maître des deux Kamis ? Une profonde
mélancolie se peignit sur les traits d'Asari. Mais
après avoir gardé le silence un instant, il finit comme
toujours par détendre l'atmosphère devenue lourde par
une de ces plaisanteries dont il avait le secret: "Mieux vaut ne pas
jouer les grands hommes au coeur noble dans un accoutrement pareil,
lança-t-il, faisant allusion à l'allure
négligée de rônin de son compère. Au lieu
d'impressionner, ça donne seulement froid dans le dos." -
"LAISSE TOMBER !" Mais tandis que Konoé vexé se
décidait enfin à se tourner vers lui, Asari lui jeta un
sachet dans les mains. "Tiens ! Voilà mon cadeau d'adieu. Je
te souhaite bon courage, lança-t-il en s'éloignant,
gratifiant l'autre Kami d'un signe de la main. Une fois seul,
Konoé intrigué ouvrit le sachet et son visage se fendit
d'un sourire quand il y découvrit des petits pots de
crème glacée. Bien sûr, ce n'était pas
pour lui - qui n'a pas besoin de se nourrir - mais pour Kotoha,
cadeau qui prouvait le bon coeur d'Asari bien qu'il ait refusé
de s'occuper personnellement de l'enfant. A cet instant, Konoé
eut l'impression fugace de quitter un endroit où il se serait
trop longtemps attardé, laissant là le passé
pour marcher enfin vers le futur. Rikiichi était mort, et rien
ne le ramènerait à la vie. Mais si Asari continuait de
s'abîmer dans les regrets de cette perte, lui avait
désormais trouvé son rédempteur en Kotoha. Quand
il avait fait semblant de mourir devant l'enfant pour tenter de le
faire parler, jamais il ne se serait douté que cela
entraînerait pareilles conséquences. Kotoha savait
parfaitement qu'il souffrirait s'il émettait le moindre son,
pourtant, il avait crié de toutes ses forces. Afin de le
protéger, malgré son pauvre petit corps. "Voilà
pourquoi c'est désormais à moi de te protéger,
Kotoha," promit Konoé intérieurement.
Quand son
baluchon à la main le Kami pénétra dans les
appartements du garçonnet, ce dernier qui l'avait cru mort eut
du mal à en croire ses yeux. A peine remis de sa
pénible expérience dont témoignait la cruelle
marque de strangulation autour de son cou, Kotoha se leva sur ses
jambes flageolantes et courut se jeter dans les bras de Konoé.
"En voilà, un accueil chaleureux !" rigola le Kami en serrant
contre lui l'enfant en pleurs. "Maintenant que Waki a retiré
ton collier, tu vas pouvoir parler autant que tu voudras. Si tu me
disais quelque chose, pour voir, Kotoha ?" Tandis que son petit
maître hésitait encore, Konoé dû
l'encourager à prononcer ce qu'il brûlait visiblement de
dire. Mais il eut un coup au coeur en entendant les paroles qui
sortirent enfin de la bouche de l'enfant: "La m....
malédic....tion. Elle est rom.... pue ? Le contre.... sort....
a fonctionné ? Tu.... vas rester.... avec moi ?" A ces
questions, Konoé réalisa soudain l'intensité de
la peur qu'il avait infligée à ce gamin innocent,
comprit les raisons du soulagement que Kotoha avait
éprouvé à le revoir. "Les Kamis sont-ils eux aussi dotés d'un
instinct maternel ? Jusqu'à ce qu'elle s'effondre sous les
yeux-même de Kotoha, Shirahazé ne l'avait jamais
quitté," lui avait
raconté Waki peu de temps auparavant. "Qu'est-ce que j'ai fait
!" rugit mentalement Konoé, furieux contre lui-même. En
pensant jouer la comédie, il avait en effet involontairement
reconstitué les circonstances exactes de la fin de
Shirahazé. Il ne fallait donc pas s'étonner que Kotoha
ait préféré crier tout en sachant qu'il allait
le payer de sa propre souffrance plutôt que de voir encore un
être cher périr sous ses yeux, lui qui avait
déjà perdu sa nourrice quelques jours plus tôt.
Voilà pourquoi, s'efforçant de cacher son
trouble,
Konoé prit l'enfant par les épaules et lui
répondit: "....Grâce à toi, qui a fait de ton
mieux pour faire entendre ta voix, cette fichue malédiction
est partie pour de bon ! Alors non seulement je ne vais pas mourir,
mais je vais rester tout le temps.... tout le temps auprès de
toi. Si jamais tu as mal, ajouta le Kami, relevant enfin la
tête pour gratifier son protégé d'un sourire
engageant, si tu es triste ou que tu te sens seul, appelle-moi. Mon
nom, c'est Kono.... é.... tchoum !..." Pris d'un brusque
éternuement, le Kami n'acheva pas de prononcer son nom, si
bien que l'enfant n'en saisit que la moitié. "Ko.... no ?
répéta-t-il, hésitant. Kono !" - "Bah.... Va
pour "Kono" !"acquiesça néanmoins Konoé, tout en
soulevant Kotoha dans ses bras. C'est à cet instant qu'il se
rappela soudain le cadeau remis par Asari. "Ah, mince, les glaces....
Il faut les manger avant qu'elles fondent."
Sitôt dit, sitôt fait. S'emparant
d'un pot de crème glacée à la vanille et d'une
cuillère, Konoé entreprit de les faire goûter
à l'enfant. "Allez, Kotoha, fais "ah"." Comme sa nouvelle
nounou le lui demandait, le petit garçon ouvrit grand la
bouche. Et quand ses lèvres se refermèrent sur cet
aliment doux et sucré qu'il n'avait encore jamais
goûté, une telle émotion s'empara de lui
que les larmes
lui montèrent aux yeux. "C'est bon, Kotoha ? demanda
Konoé en riant de sa surprise. Tu aimes la glace ?" - "J'aime
!" Le sourire que lui retourna l'enfant était si rayonnant
qu'ému face à cette toute première manifestation
de joie, le Kami dut détourner précipitamment la
tête. "Il a sourit...! Ça craint...!! Je suis en train
de prendre goût à jouer les papas poule...!"
Mais question éducation des jeunes enfants, Konoé avait encore beaucoup de choses à apprendre. C'est ainsi que quelques pots de glace plus tard, Kotoha se plaignant de maux de ventre, il dut faire appel aux bons offices d'Asari. "Pas étonnant qu'il ait mal au ventre, reprocha le doyen des Kamis, toisant son comparse d'un air sévère. Après s'être enfilé toutes ces glaces en même temps, c'est normal." - "Il a profité que je l'ai quitté quelques instants des yeux pour tout manger ! se défendit Konoé, livide. ET PUIS PEU IMPORTE, FILE-MOI VITE CETTE BOUILLOTTE !" - "C'est une dette que tu me payeras cher, Konoé," répliqua sournoisement Asari, mécontent d'avoir été dérangé. "Mais tu n'a pas vraiment besoin d'utiliser une bouillotte pour le guérir, ajouta-t-il ensuite en soupirant. Ça marchera sûrement aussi bien si tu utilises tes pouvoirs, tu sais ?" A cette remarque, Konoé sursauta. "Ah ! Mais oui ! Je suis un Kami !" se rappela-t-il subitement. Et sur ces mots, devant son compagnon consterné par un tel manque de sens pratique, il s'empara des lèvres de Kotoha, ce qui lui coûta une entaille au doigt mais guérit l'enfant. "Alors ? Tu n'as plus mal au ventre ? demanda joyeusement Konoé à Kotoha stupéfait en lui caressant la joue. Sa joie fut cependant de courte durée quand il remarqua l'expression du visage d'Asari, qui s'était visiblement régalé à le voir embrasser sur la bouche un gamin de quatre ans ! "HOMO À LOLITAS !" lâcha le doyen des Kamis de son sourire diabolique. - "C'EST PAS VRAI ! répliqua Konoé outragé. Ne dis pas des trucs si malsains à entendre !" Néanmoins Konoé se radoucit vite tandis que blottit dans ses bras, le petit garçon se laisser gagner par le sommeil. "Bah, Kotoha est guéri, c'est tout ce qui compte."
La vie se
poursuivit ainsi, paisiblement. Konoé remarqua cependant que
suite à l'influence de Shirahazé qui avait
élevé Kotoha jusqu'à l'âge de quatre ans,
ou suite à un traumatisme provoqué par la ficelle
magique de Waki, même libéré de cet artefact,
Kotoha ne devint pas plus bavard pour autant. "Bien sûr je n'ai
pas à m'en faire pour s'en avenir, songea le Kami, un jour
qu'il réfléchissait au problème pendant que son
protégé faisait la sieste. Mais il y a quand même
une énorme différence entre ne pas pouvoir parler et ne pas
vouloir
. Bah, pour l'instant ça n'a pas d'importance, qu'il fasse
comme bon lui chante. Car le temps viendra bien assez tôt ou
bon gré mal gré, il sera forcé d'ouvrir la
bouche. Et ce dans un futur pas si lointain.... quand il lui faudra
utiliser le Kotodama...."
Et en effet les années
passèrent, bien que le temps parut ne pas exister dans l'aile
de la résidence où vivaient reclus le Kamis et son
jeune maître Kotodama. Kotoha devint un joli garçon
à l'allure éthérée, vivant portrait de sa
mère Yukino, un bishônen au plus
pur sens du terme. Dix ans s'étaient écoulés
depuis sa première rencontre avec Konoé, mais bien
qu'il comptât désormais quatorze ans bien sonnés,
Kotoha continuait de montrer un comportement puéril. C'est
ainsi qu'un soir où son Kami lui apportait son dîner,
à peine l'adolescent entendit-il le son de sa voix qu'il
s'élança pour se précipiter dans ses bras,
entièrement nu, car un instant plus tôt il se trouvait
encore sous la douche ! "IDIOT, ATTENDS...! hurla le Kami, dont la
nature d'être de papier lui faisait craindre l'eau par dessus
tout. VA VITE T'HABILLER ! ...ET SURTOUT ESSUIE-TOI AVANT ! SINON TU
VAS FINIR PAR ME TREMPER MOI AUSSI ! TU VEUX ÊTRE PRIVÉ
DE GLACE AU DESSERT !?" La menace fit mouche. Tandis que
Kotoha
retournait sagement s'essuyer dans la salle de bain, Konoé
encore sous le choc se laissa mollement glisser sur le sol en
tatamis. "Ah.... Ça craint.... Je me sens vraiment tout
ramolli," soupira-t-il, affaibli par des pluies torrentielles qui
n'en finissaient pas. "Nous, les Kamis, avons beau avoir l'air
parfaitement humains, notre corps est constitué à 100 %
de papier, ce qui fait que l'humidité persistante de la saison
des pluies nous est particulièrement néfaste. La
seconde moitié du mois de juillet est déjà bien
entâmée.... Cette maudite saison des pluies n'en finira
donc jamais ?" Konoé fut soudain interrompu dans ses
réflexions maussades par la voix de Kotoha, qui continuait
malgré son âge de l'appeler par le sobriquet enfantin de
"Kono". "Mm ? répondit vaguement le Kami sans même se
retourner. Si tu as fini de t'habiller, mange ton repas." Mais
inquiet pour la seule personne qui partageait sa vie, l'adolescent
n'obéit pas et vint s'agenouiller à ses
côtés, le dévisageant. Puis, avant que
Konoé ait pu émettre la moindre protestation, il leva
vers lui son petit visage et pressa doucement ses lèvres
contre les siennes. "Ça va mieux ?... demanda ensuite Kotoha
avec espoir. La magie de guérison.... a fonctionné ?"
Bien que sachant ce geste inutile, Konoé en fut
profondément touché. C'est pourquoi, se forçant
à sourire et avoir l'air bien portant, il répondit
nonchalamment à son jeune maître: "Ça a
marché, ça a marché ! Merci."
La magie de guérison .... Kotoha l'appelait ainsi car depuis sa plus tendre enfance, chaque fois qu'il se blessait ou était pris d'un accès de fièvre, Konoé le guérissait en utilisant son pouvoir de Kami par l'intermédiaire d'un baiser sur la bouche. L'enfant avait donc finit par croire que c'était ce contact des lèvres qui provoquait le retour de la santé, et traumatisé par la perte de la Kami Shirahazé qui lui avait servi de mère et était "morte" sous ses yeux, chaque fois que Konoé avait l'air de se sentir mal, il avait pris l'habitude d'appliquer lui aussi à ce dernier la "magie de guérison". Car il ignorait toujours que son seul ami n'était pas un véritable être humain mais un être constitué de papier, et n'agissait que mû par une pure et tendre affection. "Pure, c'est à voir...." songea néanmoins le Kami quand il se réveilla au beau milieu de la nuit et trouva l'adolescent dans son lit, l'enlaçant durant son sommeil. "....Il est encore venu se faufiler en cachette dans mon futon...." soupira Konoé consterné. Mais alors qu'il déplaçait doucement le corps de Kotoha pour le remettre dans son propre futon étendu près du sien, le kimono de l'adolescent se défit à moitié, dévoilant un corps gracile et appétissant. Kotoha écartait les jambes dans son sommeil, et pour ne rien arranger, il agrippa fermement le kimono du Kami. Après l'avoir contemplé quelques instants, perturbé malgré lui par cette scène lascive d'abandon confiant, Konoé s'empressa de ramener la couverture sur le corps de son protégé pour ne pas céder à la tentation. "Ce n'est pas vanité de ma part.... soupira-t-il en son for intérieur. Ce gosse m'aime vraiment. Pas étonnant, dans cet univers clos et si petit...." Alors qu'il s'apprétait à se recoucher, Konoé avisa soudain l'étrange papillon évoluant dans la chambre, enveloppé d'un halo de lumière telle une luciole. "Waki m'appelle ?" devina-t-il aussitôt.
Konoé se
rendit donc dans les appartements de son créateur,
intrigué par ce que ce dernier pouvait bien lui vouloir en
pleine nuit. Mais quand le Kami entra dans la pièce principale
où trônait comme toujours le Marionnettiste devant son
coffre d'ébène, il fut surpris de trouver là
deux autres personnes qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. "Ce que
je te veux ? répondit Waki à la question du Kami. A
voir réunis ici Takamitsu, chef de clan suppléant, et
Shôi.... c'est l'évidence-même, Konoé. Nous
allons aborder le sujet du tout premier travail de Kotoha, notre
futur nouveau chef." - "Aïe.... Je pense qu'il est encore un peu
petit pour lui faire utiliser le Kotodama...." répondit
Konoé, pas du tout emballé par cette idée. - "A
son âge, je travaillais déjà," répliqua
sèchement Shôi, tandis que son père Takamitsu
enchaînait: "Actuellement, le seul Maître Kotodama en
activité est Shôi. A présent que nous manquons en
plus de Kamis, le fardeau est devenu beaucoup trop lourd pour une
seule paire." Par "paire", le chef de clan faisait bien sûr
allusion au couple indivisible formé par un Kami et son
Maître Kotodama, à savoir ici Asari et Shôi. Si
Konoé comprenait parfaitement la situation, d'autant plus
pénible que ce travail intensif risquait de coûter la
vie à Asari en raison de son grand âge, il ne parvenait
pas cependant à accepter l'idée qu'on fasse de Kotoha
un assassin. Il fit donc de pitoyables tentatives pour
détourner ses maîtres de leur projet: "Kotoha ne lit pas
encore très bien les kanjis difficiles et les noms des gens,
bien que je fasse de mon mieux pour les lui enseigner...."
lança-t-il, prenant un faux air embarrassé. - "On lui
rédigera les formules en gros caractères,"
répliqua aussitôt Shôi, balayant les espoirs du
Kami. Et comme pour enfoncer le clou, Waki ajouta: "Si son
éducation est insuffisante, nous avons aussi la
possibilité de lui trouver un professeur particulier. Dans une
branche secondaire de notre clan, il y a justement deux jeunes gens
presque du même âge que Kotoha, qui fréquentent
actuellement une école d'apprentissage. Leur pouvoir n'est pas
très puissant, mais ils vont prochainement venir ici chercher
leur Kami. On pourrait faire d'une pierre deux coups, pas vrai ?" -
"Waki...." De plus en plus inquiet tandis qu'on le menaçait en
plus de lui retirer la garde de Kotoha, Konoé allait pour
protester, mais le Marionnettiste l'arrêta net. "Konoé,
qu'est-ce que tu es ? demanda sournoisement Waki. Un Kami, que
je sache ? Or, les Kamis n'existent que par rapport à leur
maître. La logique veut qu'un Kami inutile soit rendu à
l'état de papier blanc. Tu ne fais pas exception à la
règle, vois-tu, Konoé ? Et cette règle veut
également que le plus puissant Maître Kotodama du clan
Mitô en devienne le chef. Quelle raison y aurait-il de ne pas
utiliser ses compétences, alors que son pouvoir surpasse celui
de tous les autres membres du clan ? Je comprends l'attachement que
tu portes à ton maître, Konoé. Néanmoins,
si l'on continue dans cette voie, toi-même tu ne serviras
jamais à rien." Comment faire pour se sortir de ce mauvais pas
? Acculé, par peur d'être enlevé à Kotoha,
Konoé trouva vite la solution: "....Il suffit que je me rende
utile, hein ? rétorqua-t-il, plein de défi. OK, puisque
vous êtes prêts à aller jusque là je vais
le faire ! Je vais vous en mettre plein la vue avec mon pouvoir de
Kami ! Tout ce que vous désirez c'est alléger la charge
qui pèse sur Shôi et Asari, pas vrai ? Dans ce cas, je
vais travailler avec eux. Quand on double le nombre de Kamis pour
recevoir les blessures, les dommages que chacun reçoit
diminuent en proportion, n'est-ce pas ?"
C'est ainsi que quelques minutes plus tard, sa
proposition approuvée à l'unanimité,
Konoé se retrouva dans une sorte de temple dressé dans
le jardin de la résidence, saucissonné par une
étrange bande de papier made in Waki. "Quel dévouement
! Là, tu forces mon admiration, Konoé," s'exclama le
Marionnettiste, visiblement enchanté par la tournure
qu'avaient pris les événements. - "En échange,
tu m'as promis que tu attendrais que Kotoha grandisse encore un peu
avant de le faire travailler. Alors c'est pas grand chose,"
répliqua Konoé, plein de détermination. "Surtout
que dans ma grande mansuétude, je t'ai largement
entouré de formules magiques protectrices. Eh bien, bon
courage." - "Heureusement pour moi qu'Asari n'est pas là
aujourd'hui," prononça Konoé, songeant que son vieil
ennemi n'aurait pas manqué de se gausser de son apparence peu
seyante. - "S'il avait été là, nous n'aurions
pas obtenu ce résultat," répondit Shôi, arrivant
sur ces entrefaits dans son costume officiel de Maître
Kotodama. "C'est ce que je me suis dit, alors je me suis
débrouillé pour l'éloigner." - "....Ainsi c'est
ce que vous vouliez depuis le début ? demanda Konoé,
conscient d'avoir involontairement fait le jeu de ses maîtres
qui dès le départ
n'avaient qu'un
seul but, le faire assister Shôi à la place de son Kami
attitré. Si Asari l'apprend, pas de doute, ça va
barder." Car le doyen des Kamis avait beau être très
ancien, ce n'est pas pour autant qu'il était prêt
à se laisser mettre sagement au rancard ! Livide, Konoé
le voyait déjà ivre de vengeance s'il venait à
apprendre que son maître tentait de l'épargner, ses
nagitanas acérés à la main, prêt à
montrer à tous qu'il était encore loin d'être
devenu une fiote ! Konoé en tremblait d'avance, c'est pourquoi
il insista auprès de Shôi: "Surtout promettez-moi de ne
rien dire à Asari quoi qu'il advienne...." - "J'avais
l'intention de garder le secret depuis le début,"
répondit le jeune homme, ne pouvant lui non plus
réprimer un frisson. Satisfait, Konoé s'appréta
donc à remplacer de son mieux son aîné Kami.
"Quelle importance d'avoir un secret, du moment que grâce
à lui je puisse protéger un être qui m'est cher
?" songea-t-il dans un sourire, tandis que d'une voix forte,
Shôi commençait à lancer ses lugubres
incantations....
La séance de Kotodama achevée, une fois rhabillé et réparé, Konoé reprit le chemin de son coin retiré de la résidence, rien dans son apparence ne trahissant ce qui venait de se produire. "Voilà dix ans que j'élève et que je sers Kotoha, songeait-il, convaincu d'avoir agi au mieux, et il est toujours aussi peu bavard. Son pouvoir de Maître Kotodama a beau surpasser celui de n'importe qui, les rares fois où il ouvre la bouche, c'est soit parce qu'il s'inquiète pour moi, soit pour parler de ces fameuses "glaces" qu'il adore. Et comment pourrait-il en être autrement, à rester confiné tout le temps dans cet univers exigu et clos en ma seule compagnie ? Sans jamais goûter aux rayons du soleil.... Sans jamais sentir le vent sur sa peau ni l'odeur de la pluie.... Le chant des oiseaux, la fraîcheur de la neige, le bleu du ciel.... Il ignore tout de la réalité, ce malheureux enfant emprisonné à cause de son pouvoir...."
Quand
Konoé réintégra enfin les appartements de
Kotoha, il faisait déjà jour, et en
pénétrant dans sa chambre, il trouva l'adolescent assis
dans son lit. "Tu es réveillé, Kotoha ?" demanda le
Kami dans un sourire, s'agenouillant auprès de lui. Pour toute
réponse, ravi de sa présence, Kotoha se jeta à
son cou. "Il n'y a qu'un seul moyen pour lui de sortir d'ici, songea
Konoé tout en serrant affectueusement son
protégé dans ses bras. Apprendre à
contrôler lui-même son pouvoir, et utiliser le Kotodama."
Mais alors que le Kami se faisait ces réflexions, conscient
qu'il ne pourrait pas éternellement retarder
l'inéluctable, l'adolescent s'écarta soudain pour le
dévisager. Puis, cédant à une impulsion, Kotoha
l'embrassa sur les lèvres. "Eh là ! protesta
Konoé en rougissant un peu. Arrête de me sucer la poire
au moindre prétexte ! Je vais très bien, maintenant."
Sur ces mots il repoussa vivement Kotoha, qui demeura à le
dévisager sans mot dire. "....Qu'est-ce qu'il y a ?" demanda
Konoé, surpris par sa moue mécontente. La
réponse ne se fit pas attendre: pour se venger d'avoir
été repoussé, Kotoha saisit son bras à
deux mains et le mordit de toutes ses forces ! A cet instant, inutile
de dire que Konoé bénit sa condition de Kami qui
l'empêchait de ressentir la douleur ! Mais bon, il pardonna
volontier à son pupille capricieux, tandis que son esprit
continuait de s'interroger sur ce qu'il convenait de décider
pour son bien: "Je veux le tirer d'ici. En même temps je sais
que cela va sûrement le blesser. Qu'est-ce qui est le mieux
pour lui ? Rester enfermé sous ma protection ? Le laisser
sortir tout en sachant qu'il sera blessé par ce qu'on lui fera
faire ? Mes sentiments m'empêchent de surmonter cette
contradiction. Quelle est la bonne réponse...?"
Plus tard dans
l'après-midi, deux visiteurs firent leur apparition dans le
jardin de la résidence. "Wah, pas de réseau pour les
portables !? s'exclama l'un, surpris de découvrir son
téléphone hors service. C'est dire si on s'est
enfoncé dans la montagne !" - "Et qu'est-ce qu'il fait
chaud...." renchérit son compagnon, en nage. Tout en pestant
contre cette convocation à la maison-mère du clan
où ils n'avaient encore jamais mis les pieds, les deux jeunes
gens se dirigèrent vers l'aile retirée où vivait
Kotoha. Puis, sans hésitation, ils
pénétrèrent dans ses appartements, où ils
trouvèrent le futur chef de la famille Mitô
occupé à lire. "....Eeh, c'est toi Kotoha ? souffla
l'un des inconnus admiratif tandis que l'adolescent levait vers eux
un joli visage interrogateur. C'est ainsi que Kotoha rencontra pour
la première fois ses turbulents cousins, les jumeaux Seiji et
Tsukito. Et attirés comme on le sait par les bishônen , ces
derniers trouvèrent immédiatement leur futur chef
à leur goût. "Je sens qu'on va bien s'entendre, ô
notre futur Maître," lança gaiement Seiji tandis que son
frère et lui s'agenouillaient près du jeune
garçon. "Mm ? Qu'est-ce qu'il y a ? Notre futur maître
n'a pas de commentaire à faire ?" s'étonna-t-il
ensuite, surpris de l'absence de réaction de Kotoha, qui se
contentait de les dévisager sans mot dire. - "Ah, ce doit
être la stupeur de nous voir, il en reste figé de
saisissement, supposa Tsukito. Que fait-on, Seiji ?" - "Pas la peine
de le demander, c'est tout vu, Tsukito !" - "N'est-ce pas ? Alors,
amusons-nous, Kotoha." Et sur ces mots, les deux adolescents se
resserrèrent encore plus étroitement autour de leur
jeune cousin. Tandis que l'un des jumeaux glissait une main dans
l'échancrure de son kimono et que l'autre lui écartait
les jambes, les pupilles de Kotoha se dilatèrent sous l'effet
de la peur. "...Kono...." appela-t-il d'une voix faible,
espérant de toutes les forces de son âme que son Kami
viendrait à son secours....
Au même moment, Konoé se trouvait chez Waki et s'étonnait justement de ne pas voir paraître les jumeaux. "Ne devais-tu pas leur remettre leur premier Kami ? demanda-t-il à son créateur. C'était pourtant aujourd'hui qu'ils devaient venir ?" - "Je vois que ça te préoccupe beaucoup, Konoé, répondit nonchalamment le Marionnettiste en sirotant une coupe de saké. Bah, c'est vrai qu'ils vont aussi devenir les professeurs particuliers de ton adorable petit maître. Le "papa poule" que tu es se fait du souci ?" - "Arrête de parler comme Asari ! répliqua Konoé vexé. Je suis juste son Kami, pas son père !" - "Bah, pas la peine de t'inquiéter. Ils doivent être en train de sympathiser, à l'heure qu'il est." - "Ah ?"
Mû par un
mauvais pressentiment, Konoé quitta aussitôt le
Marionettiste pour se ruer chez Kotoha. Il était temps !
Immobilisé et baillonné, l'adolescent était en
train de subir un examen détaillé de son anatomie !
"Ooh, que sa peau est blanche !" sifflait l'un des jumeaux,
admiratif. - "Et vise-moi ces petits têtons ! Tous roses, c'est
trop mignon !" répondit son frère en riant. - "On
dirait une poupée." - "Et en bas, il est comment ?" Cependant
Seiji et Tsukito n'eurent pas le temps d'aller au bout de leur
investigation, tandis qu'une voix furieuse retentissait soudain dans
leur dos. "QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ LÀ, VOUS DEUX !? HEEIIN
!?"
Une fois Kotoha libéré et les jumeaux dûment rossés par Konoé, tout ce petit monde se retrouva assis autour de Waki, qui s'esclaffa au récit de cette mésaventure. "IL N'Y A PAS DE QUOI RIRE ! s'exclama le Kami indigné. HORS DE QUESTION QUE CES CHIENS ENRAGÉS DEVIENNENT LES PROFS PARTICULIERS DE MON GAMIN ! FICHEZ-MOI LE CAMP AU PLUS VITE !" - "Mais, proteste aussitôt les jumeaux de concert, on nous a dit de nous occuper de notre futur chef. N'était-ce pas normal de comprendre par là qu'il s'agissait de le réconforter en usant de notre corps ?" - "QU'EST-CE QUE C'EST QUE CES SALADES ?! s'indigna Konoé de plus belle, n'en revenant pas de la tournure d'esprit des deux lascars. Dans quel roman porno avait vous été pêcher une idée pareille !?" Cependant, après avoir écouté les doléances des uns et des autres en silence, Waki s'adressa directement à Kotoha: "....Eh bien ? Qu'en dit la victime ?" - "....C'est vrai que j'ai été surpris.... répondit l'adolescent de son air éternellement ailleurs. Mais quand je l'ai appelé.... Kono est venu...." Kotoha avait visiblement pardonné leurs "familiarités" à ses deux cousins, et comment aurait-il pu en être autrement, alors que ces derniers venaient de lui offrir un pot de son met favori ? "On voulait juste te taquiner un peu, Kotoha," lança Seiji, une main posée sur l'épaule de l'adolescent. - "Elle est bonne, cette glace ?" demanda à son tour Tsukito. - "CESSEZ DE L'AMADOUER !" s'écria Konoé, scandalisé par ces méthodes douteuses. Et sur ces mots, il arracha le pot de glace des mains de Kotoha. "QUANT À TOI ! CE N'EST PAS PARCE QU'ILS T'APPÂTENT AVEC DE LA BOUFFE QUE TU DOIS LEUR PARDONNER SI FACILEMENT ! TU DOIS RÉAGIR AVEC PLUS DE COLÈRE !" Mais de la rancoeur, le jeune garçon n'avait que faire. Tout ce qu'il comprenait, c'est que son fidèle Konoé venait de lui retirer sa glace, et la réaction ne se fit pas attendre, de grosses larmes lui montèrent aux yeux. "Aah, il le fait pleurer !" s'exclama Seiji, faussement indigné. - "Kono , t'es un méchant !" renchérit Tsukito en étouffant un rire. - "LA FERME ! TAISEZ-VOUS, LES JUMEAUX ! Dépêchez-vous d'aller chercher votre Kami et dégagez !" Tandis que Konoé poussait déjà Seiji vers la sortie, resté un peu en arrière, Tsukito se retourna vers Kotoha. Un sourire malicieux aux lèvres, il lui lança un bonbon avant de prendre congé d'un signe de la main. Un peu consolé par ce petit cadeau de la perte de sa glace, l'adolescent s'empressa de le manger avant une autre confiscation....
Tandis que Konoé les guidait le long
des couloirs obscurs vers la salle mystérieuse où le
Marionnettiste donnait vie aux Kamis, Seiji se tourna vers son
frère pour lui demander à voix basse: "Ce bonbon que tu
lui as donné.... C'est bien ce que je crois ? C'est pas un peu
trop fort pour un gamin ?" - "Aucune importance, répondit
Tsukito amusé. Voyons la chose comme un signe de rapprochement
? - "C'est sûr qu'avec ça, il va se sentir bien. Que
va-t-il faire, à ton avis ?" - "Se consoler tout seul, je
suppose ?" - "Que j'aimerais être là pour voir ça
!" Mais si cette conversation énigmatique avait d'abord
égayé les jumeaux, la porte noire laquée qu'ils
voyaient se profiler au bout du couloir se chargea de les ramener
à la dure réalité. Tout en ces lieux
leur paraissait
si aberrant, à eux qui avaient grandis en dehors du clan
Mitô.... Cette résidence traditionnelle cachée au
fin-fond des montagnes, ce kekkaï souterrain,
cet enfant emprisonné.... Et le plus incroyable, ces
humanoïdes constitués de papier.... Comment de telles
choses pouvaient-elles exister vraiment ? Mais indifférent au
trouble des deux compères, Konoé les convia
sévèrement à presser le pas. "C'est la porte en
face, indiqua-t-il. Au fond de cette salle, Waki est en train de
préparer votre Kami. Dépêchez-vous d'y aller pour
qu'il puisse achever la cérémonie de don." Mais
même pressés de la sorte, les jumeaux n'étaient
pas décidés à bouger, ayant d'un coup perdu de
leur superbe et de leur insolence. "J'veux pas y aller," soupira
Tsukito. - "Je veux rentrer à la maison," renchérit
Seiji sur le même ton découragé. - "QU'EST-CE QUE
VOUS ÊTES VENUS FOUTRE ICI, ALORS !? s'insurgea Konoé,
que les deux lascars mettaient décidément dans tous ses
états. Si ça vous déplaît tant que
ça, vous auriez dû partir beaucoup plus tôt !" -
"Tu sais, Kono...." commença Tsukito en se tournant vers le
Kami. - "Nous ne sommes que des êtres humains normaux," acheva
Seiji. - "Vraiment ? répliqua Konoé d'un ton acide.
Parce que vous croyez que même pour plaisanter les humains
normaux se jettent sur une personne du même sexe qu'ils
viennent de rencontrer pour la première fois pour une
séance de pelotage ? Bande de salopards, en osant vous
comparer à eux vous offensez les humains sains de corps et
d'esprit ! Et ne m'appelez pas "Kono" !".
Si les jumeaux, mouchés pour le coup, n'insistèrent pas dans cette voie, ils enchaînèrent avec une question qui ne laissa pas de décontenancer le Kami: "C'est vraiment vrai que vous n'êtes pas un être humain ?" - "Quoi ?" répéta Konoé hébété. - "Prouvez-le en vous ouvrant un bras devant nous comme Terminator, proposa Tsukito. Là, on voudra bien vous croire." - "Ouais, ou le ventre, surenchérit Seiji. Harakiri, seppuku." - "Vous rêvez ? La seule personne pour qui je consens à avoir mal est Kotoha, répondit le Kami en soupirant, exaspéré par tant de culot. - "C'est vrai qu'il a beau avoir l'air toujours dans la lune avec son physique de poupée, c'est quand même le futur chef de notre clan," acquiesça Seiji. - "Et vous qui êtes son serviteur attitré, ça doit vous gonfler d'orgueil, hein ?" demanda Tsukito, un brin railleur. - "Mon dévouement à son égard n'a rien à voir avec son rang ni ses capacités, répondit Konoé avec franchise. Un jour, Kotoha a mis sa vie en danger pour moi, alors en tant que Kami je me suis juré de le protéger contre tous les malheurs qui pourraient le menacer. Un point c'est tout." - "Comme c'est classe !" s'exclama Tsukito, faussement admiratif, avant d'ajouter en riant: "....Et pourtant, nous n'avons eu aucun mal à l'assaillir, votre Kotoha ?" - "Vous n'avez même rien remarqué du tout quand nous lui avons donné sa dose tout à l'heure au moment de le quitter," ajouta Seiji avec malice. - "JE NE VOUS PERMETS PAS DE ME FAIRE LA LEÇON....!!" Le Kami allait à nouveau laisser exploser sa colère quand soudain, l'une des paroles prononcée par les deux insolents retint son attention. "....Mm ? Attendez un peu.... Qu'est-ce que vous venez de dire, à l'instant ?" - "QU'ON LUI A DONNÉ SA DOSE !!" répondirent les jumeaux en choeur. Et blêmissant sous le coup, Konoé ne fit ni une ni deux, il planta là les deux lascars pour réintégrer le plus vite possible les appartements de Kotoha. "Quelle rapidité !" soufflèrent les jumeaux estomaqués.
Laissés
seuls, Seiji et Tsukito reprirent lentement leur chemin vers la porte
laquée menant à la salle secrète de Waki.
"Dis.... interrogea Seiji, comment tu crois qu'il sera, le Kami qu'on
va nous confier ?" - "Aucune idée.... répondit son
frère. Et je ne me fais pas d'illusions. Après tout,
nous ne sommes que ces "demies-portions
de jumeaux râtés" ?"
Tsukito répétait là les paroles de leurs
grands-parents, que ces vieillards acides et médisants
n'avaient cessés de leur jeter avec mépris depuis leur
plus jeune âge. Car à cause de leur gemellité,
leur pouvoir de Maîtres Kotodamas s'était
retrouvé divisé en deux, avec pour résultat que
s'ils essayaient de l'utiliser individuellement, la magie ne
fonctionnait pas. Dans cet univers perverti du clan Mitô
où la valeur d'un être humain dépendait
exclusivement du pouvoir qu'il avait reçu à sa
naissance, pas étonnant que Seiji et Tsukito se soient
retrouvés tout en bas de l'échelle. Et quand ils
l'avaient rencontré pour la première fois, Waki avait
selon eux enfoncé le clou: "Ce n'est qu'ensemble que vous
formez un être complet.... Vu l'étendue de votre
pouvoir, un seul Kami sera suffisant. Vous n'aurez qu'à vous
le partager, deux frères comme vous qui s'entendent si
bien.... Après tout, n'est-ce pas là votre
spécialité ?" Si avec son sourire rusé et ses
airs mystérieux le Marionnettiste avait fait une impression
désagréable aux deux lascars, après ce qu'il
leur avait dit, ils avaient moins de raison que jamais de lui faire
confiance. "Au pire, si le Kami qu'on nous donne ne nous plaît
pas, poursuivit Tsukito, peut-être pourrons-nous
l'échanger ?" - "Comme un colis défectueux ?"
s'étonna son frère. - "Après tout, nous n'avons
aucun droit de refuser ce don ? Bien que personnellement, si j'avais
le choix, j'aimerai bien un préado mignon et
délicieusement sexy. J'aurais un plaisir fou à faire
son éducation sexuelle." - "Tsukito, t'as toujours
été sadique," remarqua son frère en
riant.
Pendant ce temps, courant de toute la vitesse de ses jambes, Konoé se ruait chez son jeune maître. S'il ignorait ce qu'était cette "dose" que les jumeaux avaient bien pu lui administrer, il n'en était pas moins convaincu qu'il lui fallait rejoindre le garçon au plus vite ! Et en effet, quand le Kami pénétra enfin dans la chambre, il trouva ce dernier à genou sur le sol, plié en deux. "KOTOHA ! s'écria Konoé en se précipitant vers lui. Qu'est-ce qui t'arrive !? Tu souffres ?" - "....J'ai....mal...." répondit l'adolescent avec peine. - "Tu as mal !? Où as-tu mal, hein !? Dis-le moi !!" Mais si le Kami imaginait le pire, il ne s'attendait certes pas à la réponse que lui donna Kotoha en levant vers lui un visage larmoyant: "J'ai mal.... au zizi...." D'un coup, la lumière se fit dans l'esprit de Konoé, comme s'il venait d'être frappé par la foudre. "Cette dose qu'ils lui ont donné, C'ÉTAIT UN APHRODISIAQUE !? LES SALES GOSSES !! JE VAIS LES ÉTRANGLER ! POUR SÛR, JE VAIS LEUR TORDRE LE COU !!" Néanmoins il avait plus urgent à faire pour l'instant, car dans son dos, Kotoha continuait de gémir pitoyablement, pressant son sexe entre ses mains déjà trempées de sperme. C'est dire s'il était fort, cet aphrodisiaque ! Espérant que son pouvoir de Kami suffirait à calmer les effets du poison, Konoé pris Kotoha dans ses bras et s'empara de ses lèvres. Mais peine perdue. Une fois ce genre d'ardeur réveillée, impossible de l'apaiser par ce moyen, car il ne s'agissait ni d'une blessure ni d'une maladie. "Ta température ne redescend pas ?.... demanda-t-il à l'adolescent. Tu as encore mal ?" - "Non.... répondit Kotoha en secouant la tête. Mais le liquide.... ne s'arrête pas.... Ça.... ça me chatouille...." - "QUE QUELQU'UN VIENNE À MON AIDE...!!!" supplia mentalement Konoé, que cette situation embarrassait au plus haut point. Et livide, il se mit à crier à son jeune maître: "Frotte le ! Dès que tout sera sorti tu te sentiras tout de suite mieux ! Tu t'es déjà caressé, quand même !?" beugla le Kami tout en se demandant à part lui pourquoi il lui fallait administrer des cours pareils.
Mais à
peine eut-il lancé ce conseil qu'il comprit son erreur.
Comment Kotoha aurait-il pu songer s'adonner à de telles
pratiques, élevé dans son cocon dans la pureté
la plus totale ? Si l'adolescent ignorait tout des jeux sexuels
auxquels s'adonnaient déjà la plupart des
garçons de son âge, c'était de sa faute à
lui, Konoé, qui avait totalement négligé cet
aspect de son éducation. Sous le choc de cette
découverte, le Kami crut un instant qu'il allait se trouver
mal. Ce n'était pourtant pas le moment de flancher, car levant
vers lui un visage baigné de larmes et crispé
d'incompréhension, Kotoha l'appelait, implorant son aide.
Résigné, Konoé ramena donc l'adolescent sur ses
genoux, bien que l'idée de pratiquer sur lui ce genre
d'attouchements ne l'enchantât guère. Tandis que son
Kami commençait à manier son sexe, Kotoha se pressait
contre lui, serrant convulsivement le tissu de son kimono. Quant
à Konoé, tout en amenant peu à peu son jeune
maître à la jouissance et la libération, il
gardait un visage fermé et grave, ne laissant rien
transparaître des tourments qui l'agitaient. Jusqu'à ce
que, enfin soulagé, Kotoha sombre dans un profond sommeil,
laissant son Kami seul avec ses tourments. Sous bien des aspects,
cette expérience avait été un grand choc pour
Konoé. Car non seulement il venait de découvrir que son
maître, qu'il considérait jusqu'alors comme un enfant ou
un animal sauvage, était enfin devenu adulte, mais
lui-même avait dû prendre une part active dans son
initiation. Tandis que lui revenaient en mémoire l'expression
langoureuse qu'arborait Kotoha victime de ses premières
chaleurs, il pressentait qu'entre eux rien ne serait plus jamais tout
à fait comme avant. Une seule chose lui apportait de la
consolation: pendant que son maître dormait, il avait quand
même trouvé le temps de régler leur compte
à ces maudits jumeaux !
Trois années s'écoulèrent, sans changement notable. Respectant le pacte passé avec Waki et Takamitsu visant à épargner Kotoha, Konoé continuait depuis ce temps de remplacer en cachette Asari auprès de Shôi. "Asari est actuellement en cours de maintenance, expliqua le jeune homme tandis que le Kami et lui se préparaient à officier dans le petit temple devenu leur lieu de rendez-vous. Waki va faire exprès de le garder plus longtemps. C'est le moment ou jamais de faire ce que nous avons à faire, Konoé." - "Ah là là, soupira le Kami. Cette nuit encore c'est reparti pour l'adultère ?" Si Shôi n'était pas plus emballé que lui à l'idée de tromper son partenaire attitré, il s'efforça de n'en laisser rien paraître, se contentant de répondre froidement: "Si tu es assez détendu pour tenir des propos futiles avant le "travail", ce ne sera pas nécessaire de t'entourer de ruban protecteur. Ça m'arrange, on gagnera du temps." - "Quôa !? s'exclama Konoé livide, se retournant d'un bond. S'il me reste des traces sur le corps après avoir reçu tes blessures, nos partenaires ne vont pas manquer de se douter de quelque chose ! protesta-t-il avec vigueur. Franchement ! A force de fréquenter Asari, tu commences à devenir aussi soupe-au-lait !" Vexé, Shôi ne prit pas la peine de répliquer mais commença à incanter. "Que les blessures et les calamités que m'apporteront dès cet instant l'usage du Kotodama...." - "ATTENDS, JE TE DIS !!"
Un peu plus
tard, dans l'aile de la résidence réservée au
Marionnettiste, ce dernier se penchait sur le doyen des Kamis:
"Asari, la maintenance est terminée pour aujourd'hui,
annonça-t-il. Tu peux partir." Après avoir ouvert
lentement les yeux, Asari se leva de la stèle où il
était étendu et commença à se rhabiller.
Mais le visage grave, il se résolut à poser la question
qui le préoccupait depuis quelque temps: "....Waki,
répondez-moi franchement, quelle est mon espérance de
vie ? Combien de temps encore me reste-il à vivre ?" Baissant
les yeux, le Marionnettiste garda un instant le silence, mais ne
pouvant décemment cacher la vérité, il se
décida à répondre au Kami, bien que demeurant
dans le vague: "Je regrette, mais bientôt je n'arriverais plus
à te restaurer. Il va falloir te résigner à
disparaître, Asari." - "Vous alors, vous êtes champion
pour remonter le moral," rétorqua le Kami dans un sourire,
bien que reconnaissant envers son créateur de sa
franchise.
Au même moment, la séance de Kotodama achevée, Konoé réintégrait ses pénates. "Asari ne va sûrement pas tarder à se douter de quelque chose, songea le Kami en soupirant, mais bientôt je n'arriverais plus non plus à tromper Kotoha." Enfin, en attendant que ses manigances avec Shôi soient découvertes, il s'efforcerait de continuer à donner le change. "Tu as fini de manger, Kotoha ? demanda Konoé d'une voix qu'il espérait ferme tout en poussant la porte de leur logement. Mais à peine eut-il jeté un oeil dans la chambre qu'il se figea net en découvrant qui se trouvait à l'intérieur. "Salut ! lança gaiement Seiji. - "Ça faisait longtemps, Kono !" ajouta Tsukito. - "MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ LÀ, VOUS DEUX !?" s'écria Konoé avec colère, n'ayant toujours pas pardonné aux jumeaux ce qui s'était produit des années plus tôt. - "Ce qu'on fait là ? Cela va de soi, Kono. Hein, Tsukito ?" - "Nous sommes bien sûr venus pour la séance de maintenance de notre adorable Kami Hatsuhi, pas vrai, Seiji ?" - "DANS CE CAS ALLEZ SAGEMENT L'ATTENDRE DANS LES APPARTEMENTS DE WAKI OU LE SALON DE LA RÉSIDENCE PRINCIPALE !!" - "Eeh, mais on s'ennuie, là-bas," répliqua Seiji. - "On voulait s'amuser avec Kotoha," ajouta Tsukito. Rien ne pouvait énerver davantage Konoé, qui craignait d'avance le mauvais tour que les jumeaux seraient capables de jouer à leur petit cousin. Quant au principal intéressé, il restait totalement indifférent à la conversation, se contentant d'engloutir sans méfiance les douceurs que lui avaient apportés les deux lascars. Toujours égal à lui-même, si physiquement l'adolescent à présent âgé de dix-sept ans avait grandi, mentalement en revanche il ne semblait guère avoir évolué, ce que ne manqua pas de faire remarquer Seiji: "Depuis qu'on l'a rencontré l'année dernière, Kotoha a encore grandi, mais à l'intérieur de lui, il n'a pas du tout changé depuis notre première rencontre. Maître Kotoha, futur chef du clan Mitô, aime toujours autant les glaces, les gâteaux, et "Kono", acheva le jeune homme en chantonnant comme s'l fredonnait une comptine. - "J'vous ai déjà dit de pas m'appeler comme ça !" répliqua le Kami, faisant des efforts surhumains pour garder son calme. - "Ouais, mais tu sais que si on t'appelle "Konoé", il nous mord ?" répliqua Seiji. - "Un maître qui ne connaît même pas le nom de son propre Kami, ça craint !" remarqua Tsukito. - "Peu importe. Qu'il continue de m'appeler "Kono" si ça lui chante...." répondit le Kami, ajoutant en son for intérieur: "Car de toutes manières, que ça me plaise ou non, le jour où il m'appellera "Konoé" finira bien par arriver. Et ce jour se rapproche inexorablement...."
Néanmoins ce n'était pas encore
ce soir-là que le Kami entendrait son prénom dans la
bouche de son jeune maître. "Kono !" s'exclama Kotoha en
s'élançant dans les bras de Konoé, une fois ce
dernier de retour dans leur chambre après avoir
raccompagné les jumeaux. "....Combien de fois faudra-t-il que
je te le répète !? grogna le Kami, à
moitié étourdi sous la violence du choc. Essuie-toi
correctement les cheveux ! Sinon tu vas me mouiller moi aussi ! Ah
là là, je t'avais pourtant dit de
les couper, vu
que tu n'es pas fichu de prendre soin de toi !" Mais tout en faisant
ces remontrances à son protégé, Konoé
s'emparait d'une serviette et lui essuyait soigneusement sa longue
chevelure argentée, à la grande joie de Kotoha.
Pourquoi se priver d'un contact qui le ravissait tant, allant
jusqu'à provoquer une réaction à la hauteur de
son entrejambe ? Et remarquant cet enflement soudain sous le kimono
de Kotoha, Konoé songea avec lassitude qu'il n'était
pas encore au bout de ses peines. "Maintenant va continuer à
te sécher toi-même dans la salle de bain, ordonna-t-il
pour mettre fin à cette scène embarrassante. Et
ensuite.... Ça aussi
.... N'oublie pas d'y
remédier." Se levant, le Kami allait pour s'éloigner
quand l'adolescent le retint par son vêtement. "Kono.... Tu me
le fais ?" supplia-t-il. Mais tranchant net ses espoirs de
volupté à deux, Konoé l'envoya paître d'un
bon coup sur la tête. "Dépêche-toi d'aller le
faire pendant que je déroule ton futon !"
Mais si Konoé feignait la colère face aux avance de Kotoha, en lui-même, il lui fallait reconnaître qu'elles ne le laissaient pas totalement indifférent. Jamais il n'avait oublié qu'il avait été involontairement l'initiateur de son jeune maître, ni le visage langoureux que ce dernier arborait en jouissant de ses caresses. Cependant, un être droit et intègre comme Konoé ne pouvait aisément porter la main sur un garçon qu'il élevait depuis son plus jeune âge, et ce même si ce dernier en personne l'en suppliait. Le Kami se rappelait encore les explications qu'il avait données à Kotoha le lendemain des événements pour tenter de lui faire comprendre ce qui lui était arrivé: "Le fait que ton machin se soit dressé est la preuve que tu es en train de devenir adulte. Mais quand on le manie comme je l'ai fait hier, il guérit aussitôt. Alors la prochaine fois qu'il se dressera, rends toi dans la salle de bain ou aux toilettes et pétris-le. Et prend bien garde à ce que personne ne te voie, surtout ? C'est un truc qu'il faut faire en cachette !" S'il avait écouté bien sagement ces recommandations, sans s'interroger outre-mesure, ces explications achevées Kotoha s'était contenté de se jeter contre la poitrine de son protecteur. A la chaleur de ces bras qui l'enlaçaient, Konoé avait pris conscience de la foideur de son propre corps, rappel douloureux du fait qu'il n'était pas humain....
La nuit
était tombée que le Kami ressassait encore des
pensées moroses. Ses pas l'avaient conduit dehors, sur la
terrasse surplombant le jardin, où brillait déjà
une lune décroissante. Des bruits et des protestations
étouffées provenant des buissons alentours ne
tardèrent pas cependant à tirer Konoé de sa
mélancolie. Intrigué, il descendit dans le jardin de
quelques pas, et quelle ne fut pas sa surprise en découvrant
les jumeaux accompagnés de leur Kami Hatsuhi, dont la
séance de maintenance venait juste de se terminer. "Qu'est-ce
que vous comptez faire dans un endroit pareil !? protestait le Kami
au physique d'adolescent. Si jamais quelqu'un venait à passer
par ici...!" - "Pas grave, pas grave, répondit Seiji avec
malice, tandis que son frère immobilisait Hatsuhi dans ses
bras. On en aura vite fini." - "Là n'est pas le
problème !" Et comme pour confirmer les craintes d'Hatsuhi,
Konoé ne put s'empêcher d'intervenir: "Vous, là !
Attendez d'être rentrés chez vous pour faire ce genre de
choses ! Et d'ailleurs qu'est-ce que vous foutez encore ici ?"
Honteux d'avoir été surpris en pleine séance de
pelotage, Hatsuhi s'empressa de se libérer de
l'étreinte de ses maîtres avec perte et fracas. "Mais
quoi, c'est pas très cool de penser que le corps de notre
précieux Hatsuhi vient de subir les attouchements d'un autre
homme," expliqua Seiji à Konoé, une cuisante marque de
baffe sur la joue. - "Il nous faut donc lui apposer notre marque
à nouveau," complèta Tsukito. - "Cessez d'employer des
termes aussi dégoûtants ! C'était juste une
maintenance ! protesta le jeune Kami scandalisé. Rentrons !"
Et sur ces mots, sans attendre le cosentement des jumeaux, il tourna
les talons, aussitôt rejoint par Seiji. "OK. Ainsi nous
continuerons notre petite sauterie dans la voiture," acquiesça
joyeusement ce dernier. Avec deux gabarits pareils, Hatsuhi
n'était pas au bout de ses peines ! Le pleignant
sincèrement, Konoé s'adressa à Tsukito
resté en arrière: "N'y allez pas trop fort avec
Hatsuhi, hein, vous deux ?" - "Comment ? Nous n'avons aucune raison
de lui faire du mal, répondit le jeune homme en riant. Au
contraire, nous n'arrêtons pas de le cajoler. Il nous est
énormément précieux. Mais comme il est mignon,
on finit toujours par avoir envie de lui faire un tas de trucs
érotiques. En tant qu'homme, vous aussi, Kono, vous devez
comprendre ça ?" - "Tu crois ? En plus, je ne suis pas un
homme mais un Kami," répondit Konoé, exhalant un soupir
exaspéré. - "Quoi ? Pourtant, Kotoha est tellement
mignon.... Si c'est comme ça, lors de notre prochaine visite,
nous avons l'autorisation de lui donner une autre dose, alors ?" -
"TU VEUX MOURIR !?" Ne comprenant rien à la plaisanterie,
Konoé ne marche pas, il court ! Mais cessant soudain de le
taquiner, Tsukito enchaîna sur cette remarque: "Si notre
présence vous inquiète tant, vous pourriez facilement
nous interdire l'accès à la résidence. Pourquoi
ne le faites vous pas ? C'est ce que je ne parviens pas à
comprendre, Konoé." - "Même si vous n'êtes que des
chiens enragés libidineux, quand vous êtes là,
l'univers de Kotoha s'élargit un peu, avoua gravement le Kami.
Du moment que ce soit pour son bien, je suis prêt à la
boucler. Seulement, ajouta-il néanmoins, si jamais vous portez
pour de bon la main sur lui, sache que je n'hésiterai pas
à vous faire disparaître !" - "Aha ! Nous ne ferions
rien de tel, répondit franchement Tsukito. A présent,
nous appartenons tout entiers à Hatsuhi. Et Seiji et moi
sommes fidèles en amour !"
Un peu rassuré par ces propos, une fois
le trio parti, Konoé se décida à regagner ses
appartements du sous-sol. Un coup d'oeil discret à
l'intérieur de la chambre lui apprit cependant que son jeune
maître ne dormait pas encore et s'adonnait à ces
caresses érotiques auxquelles le Kami lui avait
recommandé de se livrer chaque soir. Konoé allait
rebrousser chemin, peu désireux de se trouver près de
l'adolescent durant cette scène embarrassante, quand soudain
ce qu'il entendit le cloua sur place. "Kono.... Kono...!"
gémissait inlassablement Kotoha tout en se caressant. La
scène dura longtemps, jusqu'à ce qu'au bord des larmes,
il finisse par jouir dans sa main. Mais si pendant tout ce temps
Konoé s'était retiré dans le couloir, avec ses
sens aiguisés comme ceux d'un animal, Kotoha finit par
déceler sa présence. "Kono...?" appela-t-il doucement
en se redressant sur son futon. Découvert, le Kami se
décida à entrer dans la pièce. Il demeura
quelques instant immobile, à contempler l'adolescent de son
regard triste, tandis que ce dernier le fixait de ses prunelles
claires. Quand il s'agenouilla
enfin
auprès de Kotoha, sans mot dire, Konoé se contenta de
lui essuyer chastement la main. L'adolescent profita néanmoins
qu'il se soit penché sur lui pour se pendre à son cou,
cherchant de ses lèvres une bouche
désespérément close. "Kotoha est incapable de
cacher ses sentiments, songea douloureusement le Kami. Par ses
regards, ses gestes, il ne cesse de me répéter qu'il
m'aime. Il me voue son amour de toutes les forces de son corps."
Comme pour confirmer ses craintes, sa joue pressée contre la
sienne, Kotoha lui murmura doucement à l'oreille: "Kono.... Je
t'aime. Je t'aime...." Mais sans même l'enlacer en retour,
Konoé décida qu'il était grand temps de mettre
un terme à cette situation équivoque. "Kotoha....
commença-t-il, ôtant de ses épaules les bras
frêles qui le serraient. Tu comptes énormément
pour moi. Tu m'es plus précieux que n'importe quoi ou
n'importe qui au monde. Et si tu le désires, je resterais pour
toujours auprès de toi. Ne peux-tu pas t'en contenter ?
N'est-ce pas suffisant ?" Tandis que le Kami le regardait droit dans
les yeux, Kotoha leva sur lui un regard plein
d'incompréhension. "Je t'aime," répéta-t-il,
éploré, tentant de transmettre par ces simples mots
toute l'étendue de ce qu'il éprouvait. Ne parvenant pas
à comprendre pourquoi son seul ami le repoussait, les yeux de
l'adolescent ne tardèrent pas à se mouiller de larmes.
Pourtant, le Kami demeura désespérément sourd
à ses déclarations. Et afin d'y mettre un terme, il
posa doucement sa main contre la bouche de son jeune maître.
"Ne dis plus ça, Kotoha, ordonna-t-il d'une voix mal
assurée. Ne dis plus jamais que tu m'aimes...."
"Car si tu attends de moi un sentiment
identique au tien, je ne pourrais pas te le rendre, ajouta Konoé mentalement. En fait, si tu le souhaites vraiment, je pourrais au
moins te donner mon corps. Néanmoins ce serait
malhonnête. Je ne veux pas que tu en viennes à croire
que les règles de ce monde perverti sont justes. Que tu
regrettes de t'être lié d'amour à moi, quand
viendra le jour où tu vivras enfin dans la lumière.
Alors, ne dis plus que tu m'aimes...."
Cependant
Konoé et Kotoha n'étaient pas les seuls à
entretenir une relation de plus en plus difficile. Si au lit tout
allait bien entre Shôi et Asari, dans la vie de tous les jours,
un silence gênant s'était peu à peu
installé entre eux. Car l'un comme l'autre avait quelque chose
à cacher à son partenaire. Asari n'avait pu se
résoudre à avouer à son maître sa mort
prochaine. Quant à Shôi, sentant venir cette
disparition, il faisait en secret tout pour la retarder en utilisant
le robuste Konoé pour son travail de malédictions au
lieu de son Kami attitré. Mais si l'un et l'autre faisaient
semblant de ne rien voir, au fond, tous deux se doutaient bien qu'ils
se mentaient mutuellement. Cette nuit-là, après une
étreinte passionnée, Asari fut le premier à
tenter de rompre le silence. "Dis, Shôi, tu es sûr que tu
n'as rien à me dire ?" commença-t-il, tout en
continuant de tourner le dos à son compagnon. - "Tu me
demandes de te livrer mes impressions sur notre acte charnel, genre
"C'était bon" ou "Tu as été formidable" ?"
demanda le jeune homme en retour pour tenter d'esquiver une
explication pénible. - "SI TU ME DIS UN TRUC PAREIL, JE
T'EXPLOSE !" protesta vivement Asari. Mais aussitôt
après, contemplant la ficelle à voeu qu'il portait
à l'auriculaire, il murmura d'une voix bougonne: "Si tu tiens
tant que ça à te défiler, tu pourrais au moins
trouver une réplique plus convaincante, benêt !" -
"Asari ?" - "Rien." Le Kami ayant apparemment renoncé,
Shôi n'insista pas davantage, bien que cela lui en coûta
de continuer à mentir. De toute manière le temps filait
irrésistiblement, cruellement, rapprochant le moment fatal des
aveux....
Asari n'était d'ailleurs pas le seul
dont les jours étaient comptés. Atteint d'un cancer
depuis plusieurs années, Takamitsu, le père de
Shôi et Kotoha et actuel chef du clan Mitô, sentait lui
aussi venir sa fin. C'est ainsi qu'un jour, ses pas
l'entraînèrent dans la salle où l'on "remisait"
dans des coffres en fer les cadavres des membres de la famille, qui
servaient au Marionnettiste à fabriquer les Kamis. "C'est rare
de te trouver perdu dans tes pensées, Takamitsu, surtout dans
un endroit pareil," remarqua Waki, surpris de découvrir
l'homme d'âge mûr planté devant les coffres
mortuaires. Bien que ce lieu lui soit d'ordinaire
réservé, le Marionnettiste arborait un sourire
engageant, si bien que Takamitsu finit par lui confier ce qu'il avait
sur le coeur. "Moi qui suis incapable d'utiliser le Kotodama, je ne
pourrais jamais reposer en ce lieu où sont entreposées
toutes les dépouilles des membres de la famille
Mitô...." prononça-t-il avec regret; et il ajouta pour
lui-même, songeant à son
épouse
défunte: "Parce que je ne possède aucun pouvoir, je ne
pourrais même pas dormir auprès d'elle. On ne me le
permettra pas. Je n'ai pas les qualités requises." Mais
devinant sans peine ce qui tourmentait son vieil ami, Waki s'empressa
de le rassurer: "Allons, les squelettes ne vont certainement pas se
plaindre parce qu'un seul humain sans pouvoir se sera trouvé
mêlé à eux, lança-t-il avec humour. Ce
n'est pas un crime tout de même que d'exaucer un dernier voeu."
- "Dans ce cas, c'est mon désir le plus cher....
répondit Takamitsu, retrouvant le sourire. Je vais
bientôt mourir, Waki." Le Marionnettiste acccueillit la
nouvelle sans faire de commentaire, seul son visage s'assombrit
imperceptiblement. Combien de membres de la famille Mitô
avait-il vu périr, lui qui paraissait sans âge ?
Et en effet, à peine une semaine plus tard, par une belle journée ensoleillée Takamitsu fut enfermé dans un tiroir de métal avec les autres défunts du clan. Comme un malheur n'arrive jamais seul, ce décès tragique et prématuré scella le destin de Kotoha. L'hiver de ses dix-sept ans, il accéda officiellement à la fonction de chef de la famille Mitô. Alors même qu'il continuait d'ignorait à quelles tâches maudites s'était dévolu son clan....
(à suivre dans le volume 8)
- Chapitre
hors-série: "Ferme les
yeux" , page 173: "Fermer les yeux permet d'ignorer ce qu'on ne souhaite
pas voir." Depuis un certain temps
déjà, cette maxime était devenue une
nécessité pour Asari, doyen des Kamis parvenu au terme
de sa longue existence. Tandis que son nouveau maître
Shôi Mitô psalmodiait ses malédictions qui
allaient entraîner la mort d'un être humain, le Kami le
regardait faire, avant de fermer les yeux. "Ne rien voir."
Contempler le retour du mauvais sort lacérer le corps du jeune
homme lui devenait en effet de plus en plus pénible, bien que
en sachant qu'il ne souffrirait pas
longtemps et
qu'un baiser suffirait à guérir ses blessures. Tous
deux avaient déserté temporairement la résidence
Mitô perdue dans les montagnes pour élire domicile dans
un immeuble de la ville. La nuit tombait, et tandis que son
maître qu'il venait de guérir enduisait de crème
réparatrice les entailles qu'il avait reçues sur son
propre corps, Asari demanda: "Dis, Shôi, le nombre de demandes
d'utilisation du Kotodama n'a pas baissé ces derniers temps ?"
Au ton et au visage mélancolique de son compagnon, le jeune
homme devina sans peine ce que ce dernier tentait d'insinuer; mais
encore une fois, il tenta de se défiler: "Cela signifie sans
doute que le monde a enfin retrouvé un semblant de paix ? Et
puis je ne manque pas d'argent au point de compter exclusivement sur
ce travail pour subvenir à mes besoins. Même si je
finissais par ne plus avoir à utiliser le Kotodama, ce n'est
pas moi qui m'en plaindrais."
Explication qui, si elle ne parvenait pas à convaincre complètement Asari, avait au moins le mérite d'être à peu près plausible. D'un regard morne, le Kami contempla la cravate qu'il venait d'aider Shôi à ôter. Et soudain, mû par une impulsion, il se jeta sur le jeune homme alors que celui-ci lui tournait le dos. "Asari !? Qu'est-ce que tu...." Mais avant que Shôi n'ait eut le temps de réagir, son compagnon lui avait déjà lié les mains dans le dos et l'avait renversé sur le lit ! "....Pourquoi tu m'attaches ?" demanda Shôi, surpris de ce comportement inhabituel. - "Ne pose pas de question inutile, répondit Asari en se penchant sur lui. Tu es quand même capable de comprendre sans que j'aie besoin de te faire un dessin, non ? Tiens, et si je te bandais aussi les yeux ?" Sur ces mots, le Kami ôta ses lunettes à son maître, l'empêchant ainsi de distinguer clairement. Mais connaissant mieux que personne le caractère soupe-au-lait de son amant, Shôi devina sans peine qu'il venait de passer en mode sadique car quelque chose n'allait pas. "....Asari, tu es en colère contre moi ?" s'enquit donc le jeune homme, vaguement inquiet. Pour toute réponse, le Kami afficha un large sourire qui n'augurait rien de bon. - "....Je te l'ai déjà dit et répété, insista Shôi: si tu es mécontent de quelque chose, tu dois me le dire franchement.... Sinon, comment veux-tu que.... je le sache...."
Mais nullement
disposé à écouter, Asari fit taire son
maître d'un baiser. Profitant que Shôi soit
immobilisé, il lui fit l'amour en prenant l'initiative, menant
le jeu avec fougue au mépris de sa propre douleur. "Asari...."
gémit le jeune homme, tandis que son partenaire lui offrait un
plaisir insoutenable. "Quoi ? Tu n'en peux déjà plus ?
Tu vas jouir, Shôi ? s'étonna faussement Asari en
léchant son visage. Si tu veux que je t'accorde la
délivrance, fais-toi mignon et supplie-moi." Néanmoins
à peine eut-il proféré ses exigences que le Kami
réalisa qu'il avait poussé son partenaire au bout de
ses limites. Se libérant d'un coup du lien qui l'entravait,
exalté par des caresses qui n'avaient fait qu'aiguillonner son
appétit, Shôi saisit le corps d'Asari dans ses bras et
termina de manière vigoureuse ce que son amant capricieux
avait commencé....
Leur acte
consommé, maître et Kami reposaient dans les bras l'un
de l'autre. Cette intimité qu'ils avaient partagé le
temps d'une étreinte n'avait pourtant pas suffit à les
convaincre de se parler, chacun continuait de garder pour lui ses
secrets et ses angoisses. "Fermer les
yeux permet d'ignorer ce qu'on ne souhaite pas voir. Même si en
agissant ainsi, mensonge et réalité paraissent ne faire
plus qu'un, fermons les yeux et faisons semblant de ne rien voir.
Afin de ne pas perdre ce qui nous est cher." L'heure de vérité viendrait bien assez
tôt, mieux valait en attendant profiter du mieux possible du
temps qu'il leur rester à passer ensemble....
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Intrigue:
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