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* Love Mode 1 -----------------* Love Mode 2------------------- * Recipe----------------- * Ze 6
* Love Mode 3 -----------------* Love Mode 4------------------- * Ze 1- ------------------ * Ze 7
* Love Mode 5 -----------------* Love Mode 6------------------- * Ze 2 ------------------- * Ze 8
* Love Mode 7 -----------------* Love Mode 8------------------- * Ze 3 ------------------- * Ze 9
* Love Mode 9 -----------------* Love Mode 10----------------- * Ze 4
* Love Mode 10 - 2ème partie ------* Love Mode 11-------- * Ze 5
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Intrigue: Dans une autre résidence appartenant au vaste clan Mitô, un Maître Kotodama donne ses ordres à son Kami: "Je vais me coucher, Himi. Déshabille-toi vite." La même voix grave et sensuelle, teintée d'orgueil, que Himi avait entendu la première fois qu'il a rencontré celui qui allait devenir son nouveau maître. Tremblant à la fois de honte et de désir, le Kami a beau faire quelques efforts pour fuir, il ne peut s'opposer à l'impérieux Genma Mitô. Rien que d'être ainsi serré dans les bras de Genma, de sentir son odeur, suffit à enflammer le corps du jeune homme en dépit de la honte que ses propres désirs lui inspirent. Mais à force de supplications, Himi parvient quand même à convaincre son Maître de ne pas l'étreindre jusqu'au bout cette nuit-là, car le lendemain est le jour de sa visite annuelle de maintenance, et il ne veut pas que son créateur puisse découvrir sur son corps les marques des attentions assidues de son Maître. Mais même sans pénétrer en lui, Genma sait parfaitement comment tourmenter son Kami, dont il connaît les faiblesses sur le bout des doigts. Et tandis que son Maître Kotodama l'oblige à avouer à voix haute le plaisir qu'il ressent quand il lui caresse les tétons, Himi se prend à penser combien il aime Genma, en dépit de toutes les choses honteuses que ce dernier ne cesse de lui infliger....
L'automne est enfin là. Automne des Arts, de l'appétit retrouvé après la chaleur éprouvante de l'été japonais, saison riche en tous points de vue. Mais dans le cas des Kamis, comme Asari l'explique à Raïzô, l'automne est la période de l'année où ceux de son espèce doivent se soumettre à une séance de maintenance entre les mains de Waki, leur créateur. Bien sûr, s'empresse de préciser le doyen des Kamis devant l'air dubitatif de l'homme de ménage, cette séance n'a rien à voir avec une visite médicale telle que Raïzô doit probablement l'imaginer. Ce jour-là, ce sont les Kamis qui vivent ici, à la résidence principale, dont la maintenance est effectuée, mais le lendemain, ce sera au tour des membres du clan Mitô vivant hors de ces murs de venir en amenant chacun leur Kami respectif. Tandis qu'Asari donne ces explications, un grand fracas se fait soudain entendre alors que réapparaissent dans la maison Waki et Konoé. "SALAUD, WAKI ! Je t'avais pourtant bien dit de me laisser ma barbe !" rugit le Kami, furieux de s'être réveillé après sa séance de maintenance avec un menton rasé de frais. - "Navré, mais j'étais vraiment lassé de te voir porter ce bouc," répond le Marionnettiste en riant. Bougonnant des paroles inintelligibles qui sont probablement autant d'insultes pour son créateur, convaincu d'être défiguré, Konoé retourne auprès de son maître Kotoha attablé dans la cuisine en compagnie de Kon, Asari et Raïzô. Mais loin de montrer du soulagement de voir son précieux Kami lui revenir en parfait état de marche et même s'en fichant pas mal qu'il ait perdu sa barbe, Kotoha préfère rester concentré sur la dégustation de sa crème glacée. "C'est fou ce que tu es aimé, Konoé !" ne peut s'empêcher de railler Asari. Arrivant à son tour avec Bénio, Ôka explique à Raïzô que de temps en temps, Waki pratique des améliorations sur ses Kamis selon ses propres caprices. Voilà pourquoi chaque année, cette séance de maintenance ne plaît pas beaucoup à certains Maîtres Kotodama. A peine a-t-il entendu ces mots que l'homme de ménage pris de panique se précipite vers Kon pour l'examiner, craignant que l'adolescent, qui a déjà passé la visite, ait été customisé selon les goûts de Waki sans qu'il ne s'en soit aperçu ! "En ce qui me concerne, lance Asari fièrement, hors de question que je laisse qui que ce soit faire ce qu'il veut de ma personne, même s'il s'agit de Waki !" Inutile de dire que vu son caractère, chacun le croit sur parole !

Le lendemain, comme prévu, d'autres Maîtres Kotodama du clan Mitô se rendent donc à la résidence avec leur Kami. Genma est le premier à arriver avec Himi, et en découvrant que l'homme est venu en personne à sa convocation au lieu de dépêcher l'un de ses serviteurs pour accompagner son Kami, Waki ne cache pas sa satisfaction. "C'est ce que je fais d'ordinaire, non ? répond Genma de son habituel ton bourru. Mais laissons-là les formules de politesse, dépêchez-vous de l'examiner." Venu avec Kon et Waki accueillir les visiteurs, Raïzô quant à lui sent son sang se glacer en entendant le nom de Genma: n'est-ce pas l'homme qui faisait travailler Kon pour de l'argent avant qu'il ne devienne le Maître de l'adolescent ? Vite, mû par un pressentiment de danger, l'homme de ménage s'empresse de vider les lieux en emportant son précieux Kami sous le bras ! Amusé de cette fuite dont il comprend sans peine les raisons, Waki reporte cependant son attention sur ses visiteurs, engageant Himi à le suivre pour qu'il puisse l'examiner. Il entraîne donc le Kami tout au fond de la résidence, au-delà de cette porte qui dissimule l'un des plus grands mystères du clan Mitô. Seul le Marionnettiste et ceux à qui il a donné sa permission connaissent l'existence de ce lieu, sanctuaire des Kamis où il répare et donne vie à ces êtres de papier. "On dirait bien que Genma te voue toujours une aussi grande passion, Himi, remarque Waki un sourire aux lèvres. Mais moi, je ne déteste pas un tel imbécile." Si par pudeur, Himi préfère ne rien répondre, le Marionnettiste sait bien que d'autres membres de son clan n'apprécient guère qu'un Maître Kotodama tisse avec son Kami un tel lien d'amour.
Après une course effrénée, Raïzô se décide enfin à déposer Kon dans un fauteuil dans une chambre de l'étage, le plus loin possible de Genma. "Qu'est-ce qui te prends, tout à coup !?" s'exclame l'adolescent qui n'a rien compris à cette fuite aussi subite qu'inattendue. Tu m'as fait sursauter !" - "J'ai.... J'ai eu si peur...." répond Raïzô à bout de souffle, à genoux auprès de son Kami. L'homme qu'il vient de voir est le fameux Genma, et à l'instant où la voix basse de cet homme a résonné à ses oreilles, il en a eu la chair de poule ! Bien que ce soit la première fois qu'il rencontre en chair et en os celui que Konoé surnomme péjorativement "le businessman véreux", pour une raison que le jeune homme ignore, c'est Genma qui lui avait proposé de venir vivre et travailler à la résidence Mitô. Raïzô devrait lui en être reconnaissant, lui qui était pour ainsi dire à la rue et sans le sou, mais il ne peut cependant oublier que c'est également cet homme qui employait Kon pour guérir des chefs yakuza blessés en échange d'argent. Bien sûr, à cette époque Kon n'avait pas encore de maître attitré et ne désirait rien tant que de se sentir utile, mais à présent, par instinct de possession, Raïzô ne saurait admettre que l'on offre à nouveau de telles "missions" à son Kami. "C'est fini, je ne permettrais plus que cela arrive. Je ne te laisserais plus recevoir les blessures d'autres personnes ! jure l'homme de ménage sous le regard désemparé de l'adolescent. Tu es d'accord ?" Comment résister à un regard si inquiet et implorant ? Troublé, Kon ne peut qu'acquiescer - et il ne l'a pas plus tôt fait que soudain ragaillardi, Raïzô se jette brusquement sur lui pour le serrer dans ses bras ! "TU ES SI MIGNON ! JE T'AIME !!" Ces cris de joie résonnent jusqu'à l'autre bout de la résidence, Raïzô faisant montre d'un enthousiasme tellement immodéré qu'à l'étage inférieur, Asari et Konoé amusés ne perdent pas une miette des tendres ébats qui s'ensuivent. Puis, alors que Konoé s'en va coucher Kotoha qui décidément ne semble déployer sa vitalité que lorsqu'il s'empiffre de glace, Asari finit par se lever lui aussi, jugeant que le moment est venu pour lui de rentrer auprès de son propre maître.
En traversant le salon, le doyen des Kamis passe près de Genma, posté devant la porte du sanctuaire qu'il n'a pas le droit de franchir à attendre patiemment le retour de Himi et Waki. Inhabituellement grave, Asari demande soudain au businessman tout en lui tournant le dos: "Je suppose que tu continues de tenir ta promesse ? Car si jamais tu faisais pleurer Himi encore une fois.... tu peux être sûr que je te tuerais, petit ?" Paroles lourdes de menaces auxquelles répond le silence de Genma, tel un acquiescement informulé. Les yeux mi-clos, le regard dérivant au loin, le voilà soudain ramené dans le passé, ce passé que plongé dans un état léthargique tandis que Waki examine son corps, Himi revoit lui aussi. "Jamais je n'oublierais ce jour où pour la première fois il avait prononcé mon nom," songe le Kami, revivant la scène avec une incroyable netteté: alors qu'il se tenait à genoux devant la baie vitrée donnant sur le jardin de la résidence, peu après le décès de son précédent maître, un jeune homme d'une grande beauté s'était soudain présenté devant lui, le tirant de sa morne rêverie par ses appels. "Himi ? "Himi", c'est bien ton nom ? avait demandé l'inconnu d'un ton un peu bourru. Alors, répond-moi !?" - "....Genma....sama...?" Le jeune homme avait acquiescé brièvement, comme s'il était en colère. Cela se passait un soir d'automne, il y a seize ans....

Nous voilà donc revenus seize années plus tôt. Seima Mitô, le Maître Kotodama de Himi, vient de décéder en faisant promettre à son Kami que quoi qu'il advienne, celui-ci protégera sa maison, le seul bien qu'il laisse. Seima a pourtant un fils, Genma, mais il l'a brutalement chassé de la résidence avec sa mère douze ans auparavant en prétendant que ce n'était pas son enfant. Pas étonnant dans ce cas que maintenant qu'il est devenu un jeune homme, Genma ne verse pas une larme en apprenant la mort de son père, préfèrant même porter le nom de famille de sa mère, Yashiro, plutôt que celui de l'homme qui l'a renié. Et pourtant, bien que peu lui importe la disparition de Seima Mitô, Genma est décidé à prendre la succession de ce dernier, ce qui ne manque pas de surprendre Chidori, jeune fille qui est son bras droit dans l'affaire qu'il a monté pour subsister. Si Genma préfère garder le silence et ne pas donner d'explication à sa partenaire, il se remémore l'entrevue qu'il a eu quelque temps plus tôt. Convoqué à la maison-mère du clan Mitô, il y avait fait la connaissance de l'étrange Marionnettiste. "Yashiro Genma.... "Yashiro" . Je vois que tu portes le nom de ta mère, et pour un fils de Seima, tu as plutôt belle figure," avait lancé Waki avec son franc-parler habituel - Waki aussi jeune seize ans auparavant qu'il l'est aujourd'hui, comme si le temps n'avait pas de prise sur lui. "J'ai appris que malgré ton âge tu gagnais bien ta vie ? Que tu fais le commerce de terrains que tu obtiens à des prix dérisoires en utilisant l'Art du Kotodama pour ensuite les revendre au plus offrant. Ma foi, c'est une bonne idée, mais naturellement tu dois le payer de ta personne." Waki faisait bien sûr allusion au fait qu'en utilisant ses pouvoirs pour son "business" alors qu'il n'a pas de Kami, Genma devait recevoir lui-même le contre-coup de ses sortilèges et se blesser souvent. Mais sans répondre, d'un ton suspicieux, le jeune homme s'était mis à son tour à questionner cet inconnu qui paraissait si au courant de ses faits et gestes: "Pourquoi m'avoir convoqué dans cette baraque louche ? Qu'est-ce que vous m'voulez !?" Et Waki amusé de la mine bourrue de son interlocuteur n'avait pas été par quatre chemins: "Tu ne voudrais pas posséder un Kami ? Si ça ne te dérange pas de reprendre celui de ton père, je veux bien te donner Himi, le Kami qui servait Seima ?"
Himi, ce mince jeune homme à la beauté gracile et éthérée qu'autrefois Genma avait aperçu aux côtés de son père.... Bien que stupéfait par la proposition du Marionnettiste, comment laisser passer une chance pareille ? Fort du consentement de Waki, Genma s'était donc rendu à la demeure de Seima Mitô prendre possession de son héritage, et c'est là qu'assis à la porte ouverte sur le jardin, il avait trouvé le Kami, seul depuis la mort de son maître à passer ses journées à rêver. "Himi ? "Himi", c'est bien ton nom ? Alors, répond-moi !?" - "Genma....sama...?" Himi n'avait plus revu le fils de son défunt maître depuis qu'enfant Genma avait été chassé de la résidence, il ne fallait donc pas s'étonner qu'il aie quelque difficulté à le reconnaître. Mais ignorant le trouble et la surprise du Kami, le jeune homme s'était agenouillé auprès de lui et d'un geste brusque, avait plaqué sa main contre la poitrine de Himi. "Qu'est-ce que vous faites !? Lâchez-moi !" avait crié le Kami effrayé. - ".... Arrête de bouger.... Je ne sens pas la température de ton corps." - "Bien sûr, car je suis un Kami ! avait répliqué Himi, scandalisé d'une telle impolitesse. - "Un être chargé de recevoir les dommages et les blessures à la place d'un Maître Kotodama.... prononça Genma, récitant sans doute les explications de Waki. Physiquement semblable en tous points à un Humain, mais fait de papier." Et si le comportement effronté de ce jeune homme impudent ne laissait pas d'outrager Himi, le rappel de sa condition de forme de vie non-humaine n'était pas pour le réconforter. Quand il parvint enfin à se libérer des mains inquisitrices de Genma, ce fut pour lancer à ce dernier un regard plein de colère et de ressentiment. "Ne t'oppose pas à moi, avait alors proféré Genma. Tu veux que je te laisse cette maison, n'est-ce pas, Himi ? J'ai reçu la permission de ce Marionnettiste nommé Waki. A présent tu es à moi." Néanmoins si Waki avait consenti à céder Himi à Genma, c'était uniquement si ce dernier acceptait de se plier à deux conditions: premièrement, le jeune homme devait accepter en tant que Maître Kotodama de se charger de toute mission que serait sans doute amenée à lui confier la maison-mère du clan Mitô; deuxièmement, Waki souhaitait que Genma exauce le voeu de Himi, et pour cela succède à son père et revienne vivre dans la résidence de ce dernier, car les dernières volontés de Seima étaient que son Kami reste veiller sur sa maison. Un être artificiel tel qu'un Kami ne peut sans doute pas hériter, voilà pourquoi, de cette manière détournée, en le donnant au véritable héritier Waki permettait à Himi d'accomplir le dernier souhait de son maître.
Genma sort finalement de sa rêverie pour revenir au temps présent. Il a déjà fait tous les préparatifs de son déménagement, alors laissant sa collaboratrice occuper son appartement le temps qu'elle finisse de régler certaines affaires en cours, il décide de s'en aller pour intégrer la demeure de son père. Alors que le jeune homme descend l'escalier extérieur de cette vieille maison qui de toute façon doit être rasée d'ici dix jours et comporte plusieurs appartements, il croise soudain son voisin de pallier, un jeune père de famille qui tient dans ses bras son fils âgé de deux ou trois ans, aux cheveux étrangement blonds pour un Japonais. Ce voisin souriant et amical apprend à Genma que lui et sa famille partiront quant à eux le lendemain, après avoir décidé d'aller vivre à la campagne. Le jeune père de famille et son enfant prénommé Raïzô font de chaleureux adieux à Genma, et en les voyant si heureux et unis, le jeune homme ne peut s'empêcher de remarquer douloureusement le contraste entre cette relation père-fils idéale et celle qu'il avait avec son propre père. "Sors d'ici, Genma !! Tu n'es pas mon fils !!" C'est sur ces paroles cruelles que Seima Mitô les avaient jetés à la rue lui et sa mère douze ans plus tôt. Mais à présent, Genma tient enfin sa revanche. "Salaud, tu vas voir. A partir d'aujourd'hui, tout ce que tu chérissais m'appartient !"

Pendant ce temps, agenouillé dans la véranda donnant sur le jardin comme il en a l'habitude, Himi revit en pensée sa première entrevue mouvementée avec son nouveau maître. "Sa main était si chaude que j'ai bien cru qu'elle allait me brûler," murmure-t-il, posant sa propre main à l'endroit où l'avait touché Genma. Cependant un visiteur vient bientôt le tirer de sa rêverie. Il s'agit du docteur Namaï, médecin traitant du défunt Seima Mitô, venu à la résidence pour demander au Kami d'utiliser ses pouvoirs afin de guérir un enfant grièvement blessé. Si Himi accepte de se charger de ce travail, il avertit néanmoins le médecin que c'est la dernière fois, car à présent que son maître est décédé, il n'a plus besoin des services de Namaï et pense avoir déjà suffisamment remboursé les honoraires qu'il lui devait. Pressé par le docteur, Himi entreprend donc de transférer sur son propre corps les blessures de l'enfant en lui touchant simplement la langue. Le garçon devait néanmoins souffrir de graves lésions internes car l'effet du transfert se révèle plutôt violent, même pour un Kami. Ses vêtements lacérés, Himi s'effondre sur le sol, sur le point de perdre connaissance, quand il remarque soudain au-dessus de lui une silhouette familière: dressé de toute sa hauteur, Genma le toise d'un air plutôt mécontent. Le nouveau-venu ne fait pourtant aucun reproche au Kami et se tourne vers le docteur Namaï afin de lui demander des explications sur la scène à laquelle il vient d'assister: de quel droit un homme qu'il ne connaît pas utilise-t-il son propre Kami ? Finalement, c'est Himi penaud et confus qui s'efforce de répondre: comme son maître Seima était gravement malade mais ne disposait pas de l'argent nécessaire à ses soins, à la place du versement d'honoraires, Himi s'est proposé de guérir pour le compte du docteur Namaï divers patients gravement blessés (les Kamis ne peuvent pas guérir les maladies, seulement les blessures, sinon Himi aurait été capable de sauver son maître).
"Charlatan, crache Genma au médecin après que le Kami lui ait fourni ces explications. C'est bien ce que vous êtes, n'est-ce pas ? Car si vous n'utilisiez pas Himi, vous seriez incapable de guérir la moindre blessure. Si c'est là que réside toute votre habileté, votre bras ne vous sert à rien." Furieux que l'homme ait visiblement abusé de la pauvreté et de l'impuissance de Himi pour le faire travailler à son propre profit, ce qui devait s'avérer pour lui très lucratif vu qu'il ne lui amenait que des patients dans un état pratiquement désespéré, Genma décide d'infliger au médecin un terrible châtiment: utilisant la magie du Kotodama, il brise le bras droit de celui qu'il juge comme un incompétent, allant jusqu'à ordonner à tous les os de ce bras, doigts et ongles y compris, de se tordre et de se casser ! Le paisible Himi n'en revient pas, jamais il n'avait assisté à une telle débauche de cruauté ! Et pourtant, laissant libre cours à sa rage, Genma ne compte pas en rester là: il a beau ordonner au médecin de ne plus jamais s'approcher de Himi, l'existence des Kamis ne doit pas se répandre parmi le commun des mortels; alors pourquoi ne pas exécuter carrément le médecin afin d'être sûr qu'il ne révèle jamais le secret ? Effrayé par ces propos, Himi décide d'intervenir afin d'éviter le pire: "Arrêtez !" crit-il à son nouveau maître tandis que près de lui Namaï se tord de douleur. Son attention détournée de sa victime, le visage de Genma n'a pourtant rien perdu de son expression féroce alors même qu'il se retourne vers son Kami, couvert de coupures sanglantes suite au sort qu'il vient de jeter. Himi en reste tétanisé, tandis que se tend bientôt vers lui une main avide. "Il ne faut pas. Il ne faut pas qu'il m'attrape. Je dois m'enfuir. Car si jamais, si jamais il m'attrape...." Mais trop tard, la pitoyable tentative de fuite du Kami est vouée à l'échec, il ne peut échapper à l'étreinte des bras puissants qui viennent de le saisir. Genma l'attire contre lui, écrase sa bouche contre la sienne, ce qui a pour effet de guérir instantanément toutes ses blessures.
".... Qu'est-ce que vous faites !? proteste Himi lorsque le jeune homme lui permet enfin de reprendre son souffle. Je pouvais guérir des blessures aussi légères sans qu'il soit nécessaire de m'embrasser...." Mais Genma ne l'écoute pas: chavirant le Kami sur le sol, il commence à lui arracher ses vêtements déjà en partie déchirés. Devinant sans peine ce que son nouveau maître s'apprète à faire, Himi le supplie en criant d'arrêter, tente encore une fois de lui échapper. Mais lorsqu'après lui avoir lié les mains derrière le dos à l'aide de sa chemise pour l'empêcher de se débattre, Genma lui écarte brusquement les jambes, cette fois Himi a le sentiment cuisant qu'il va mourir de honte. Car en dépit de la violence dont son maître fait preuve à son égard, il ne peut s'empêcher de le désirer, et cela se voit. "....Ne regardez pas.... Je vous en prie, ne regardez pas...." gémit le Kami en tremblant, détournant pudiquement son visage en feu. - "La ferme ! Combien de fois devrais-je te le répéter !? Désormais, tu es à moi !" Sur ces mots, Genma ôte lui aussi ses vêtements, avant de se pencher sur le corps ouvert devant lui, à sa merci, impuissant. Vaincu, Himi ne cherche plus à fuir; la tête tournée sur le côté, il se contente d'attendre, les dents serrées. Tout au plus émet-il de faibles protestations du bout des lèvres, peu concaincantes. "Je vous en supplie, Genma-sama.... Je ne veux pas.... Je ne veux pas.... Non.... N...." Mais tandis que Genma commence à pénétrer en lui, Himi se retrouve bientôt incapable d'élever le moindre son de voix....
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Alors qu'il inflige à son Kami cette étreinte forcée, l'attention de Genma est détournée par les gémissements du docteur Namaï. Ces geignements horripilent le jeune homme au plus haut point, ainsi il finit par crier au médecin de s'en aller s'il ne veut pas qu'il lui brise également le bras gauche, ou pire, le fasse disparaître définitivement ! Ravalant ses sanglots, le médecin ne peut qu'obtempérer, s'efforçant de traîner après lui le futon où git l'enfant blessé mais à présent hors de danger, comme le lui a ordonné Genma. Quant à Himi, étendu sur le sol dans une position des plus inconfortable, il serre les dents de douleur, les yeux clos. "J'ai mal, songe-t-il. J'ai chaud. Je ne peux plus bouger. Pourquoi ? Pourquoi tout cela m'arrive-t-il...!? Est-ce une forme de châtiment ?" Le corps du Kami est si contracté que Genma ne parvient même pas à entrer complètement en lui. Se retirant, il se met à manier son sexe pour envoyer une giclée de sperme sur l'anus de son partenaire avant d'y glisser les doigts, afin de préparer un peu mieux à le recevoir cet organe récalcitrant. Sous le choc, Himi ouvre grand les yeux pour suivre les gestes de son nouveau maître avec horreur, nullement habitué à recevoir un tel traitement ! Quelle honte pour ce garçon aux allures sage et chaste de jeune seigneur du Japon féodal de se voir manipuler de manière aussi rude ! Seima Mitô ne lui avait-il jamais fait l'amour ? En tout cas, certainement pas avec la détermination impatiente de Genma ! Et tandis que prisonnier des bras vigoureux du jeune homme, Himi sent peu à peu sa conscience lui échapper, le voilà revenu dans le passé, alors qu'il parcourait les allées du jardin traditionnel de cette résidence en compagnie de son ancien maître. "Himi. Les fleurs de cerisier au printemps, les lucioles en été, les feuilles rouges d'érable en automne, et en hiver, la neige. Toutes les saisons de ce jardin te vont si bien, Himi, ma si jolie poupée." Seima vouait à son Kami une véritable adoration, et il n'aimait rien tant que s'étendre dans la véranda, la tête posée sur les genoux de Himi, la porte-fenêtre ouverte sur le jardin. "Il me suffit que tu sois auprès de moi, Himi, je n'ai besoin de rien d'autre." Mais si cette existence paisible semblait convenir à Seima, au fond de lui, même quelqu'un d'aussi docile que Himi ne pouvait s'empêcher de désirer autre chose, de connaître une existence différente de cette vie passive et monotone....
Quand le Kami se réveille enfin, la journée est déjà bien avancée. L'esprit encore embué, Himi demeure un moment appuyé sur ses coudes à contempler le jardin à travers la porte vitrée, néanmoins les marques sur son corps nu ont tôt fait de lui rappeler ce qui vient de se passer. "Combien de fois devrais-je te le répéter !? Désormais, tu es à moi !" Sur cette affirmation, Genma l'avait embrassé avant de lui imposer son étreinte.... Pétri de honte au souvenir des attouchements qu'il vient de subir, pas étonnant que prostré sur lui-même, Himi éprouve plus que jamais de la frayeur envers son nouveau maître. Au point de sursauter lorsque le voyant réveillé, ce dernier lui adresse la parole. Genma est si violent et impérieux, que va-t-il lui faire cette fois ? Sans le quitter des yeux, la première impulsion de Himi en découvrant le jeune homme auprès de lui est donc de s'écarter vivement. Mais à peine a-t-il esquissé un mouvement de fuite que ce que son maître a expulsé en lui se met à couler le long de ses cuisses, situation consternante pour le Kami inexpérimenté et qui achève de le plonger dans le désarroi. Le tirant par un bras, Genma finit par l'entraîner dans la salle de bain où il se met en devoir de le laver. Mais comme toujours ses gestes sont brusques et maladroits, ainsi loin de réconforter Himi, les attentions de son maître ne font que l'apeurer davantage. Quand après l'avoir lavé jusque dans ses parties les plus intimes Genma attire son Kami dans ses bras pour lui administrer un baiser, Himi ne peut s'empêcher de lui mordre les lèvres jusqu'à en faire couler un filet de sang. Défi bien dérisoire qui, loin de décourager Genma, n'a pour effet que de l'échauffer. "Ne fais rien d'inutile, avertit le jeune homme, renversant la tête du Kami en arrière en le tirant par les cheveux. Car au bout du compte, c'est toi qui aura mal ? Himi." Et sur ces mots, Genma reprend son baiser interrompu, avant de recommencer à tourmenter son malheureux partenaire. "Pourquoi.... Pourquoi faites-vous.... cela ?" demande tristement Himi, qui décidément n'arrive pas à comprendre ce qui pousse son maître à agir ainsi avec lui. "Êtes-vous en colère contre moi parce que j'ai utilisé mes pouvoirs de Kami contre de l'argent...? Maître Seima ne travaillait pas, et pourtant il refusait que je sorte de la résidence afin d'aller gagner de quoi subvenir à ses besoins ou même payer ses traitements quand il est tombé malade. Mais tout.... tout ce que j'ai fait.... c'était pour lui." Ignorant les notions d'amour et de plaisir, Himi aux côtés de Seima Mitô n'a appris que celle de dévouement. Voilà pourquoi il a tant de mal à interpréter la passion de Genma, ne voyant dans ses étreintes ardentes qu'une forme de punition. Il ne s'attend donc pas à la flambée de jalousie que le rappel de tout ce qu'il a fait pour son ancien maître allume dans le coeur du jeune homme. "Cesse de dire que c'était pour mon père !" ordonne Genma, cinglant. Et sur ces mots il s'enfonce violemment en Himi, qu'il se met à marteler rageusement de ses coups de boutoir. "Maintenant qui est ton maître, Himi !? Allez, Dis-le !? Himi !" Soumis à cette pression, le Kami est bien forcé de satisfaire le désir de possession absolue de Genma. "Gen.... ma.... sa.... ma.... Je vous.... appartiens...."

Quelques heures plus tard, quand Himi s'éveille tandis qu'au-dehors tombe le crépuscule, il a la surprise de découvrir Waki penché au-dessus de lui. Alors qu'il se redresse sur son lit pour regarder autour de lui d'un air égaré, il reconnaît bientôt les appartements du Marionnettiste, ménagés dans la maison-mère du clan Mitô. Si le Kami se demande bien ce qu'il fait là, l'arrivée de Genma dans la chambre coupe court à toutes les questions qu'il s'apprétait à formuler. "Eh ! C'est bon, je peux le ramener maintenant ?" demande le jeune homme à Waki, sans remarquer le tressaillement d'effroi que provoque chez Himi son apparition. Mais avant que le Marionnettiste ait le temps de répondre, une voix mécontente s'élève dans la pièce: "Je ne suis pas d'accord, Waki." Sous le regard ébahi de Genma, un mystérieux jeune homme se matérialise soudain devant lui. "Pourquoi cèdes-tu Himi aussi facilement à ce stupide morveux !? demande le nouveau venu - Asari bien sûr - au Marionnettiste dans son habitule dialecte d'Ôsaka. Il a beau être capable d'utiliser l'Art du Kotodama, ce n'est qu'un crétin qui ne sait même pas comment on doit traiter un Kami !?" - "Quoi !? s'insurge aussitôt Genma vexé. Qui t'es, toi, qui surgit ainsi de nulle part ? Tu cherches la bagarre !?" Mais ignorant complètement le jeune homme, Asari continue de s'adresser à Waki seul, s'étonnant que ce dernier n'ait même pas pris la peine d'enseigner à Genma l'existence du Kakuremino , ce costume qui permet aux Kamis de devenir invisibles aux yeux de tout membre du clan Mitô. Quant à Himi, d'après les propos de ses trois compères, il commence à entrevoir ce qui lui est arrivé. Waki se met cependant en devoir de lui fournir quelques explications: après avoir été manipulé un peu trop "rudement", il a fini par perdre lourdement conscience dans la salle de bain, si bien que pris de panique et ne sachant que faire, Genma s'est empressé de ramener le Kami chez son créateur, seul à savoir comment le soigner. "Bah, c'est bien joli de s'envoyer en l'air, mais il y a une limite, la prochaine fois mieux vaudra que vous y alliez mollo...." conseille le Marionnettiste, sans remarquer combien ses paroles crues prononcées devant tout le monde mettent cruellement à mal la pudeur du timide Himi. "Genma t'a laissé dormir avec ce qu'il avait éjaculé en toi, avant de remettre ça dans la salle de bain. Pas étonnant que ton corps de Kami ait finit par prendre l'humidité, il y avait bien de quoi perdre connaissance." - "Pitoyable", renchérit Asari furieux contre Genma, qui dans son désir empressé de soumettre Himi à ses quatre volontés n'a même pas eu la présence d'esprit de songer que les êtres de papier et les liquides en tous genres n'ont jamais fait bon ménage !
Mais si le doyen des Kamis en veut au jeune homme qu'il juge indigne de se voir confier l'un des siens, il en a tout autant après son créateur. "Toi aussi tu es un crétin, Waki ! lance donc Asari avec sa franchise coutumière. Si tu pensais un peu aux sentiments de Himi !" - "Hein ? Mais c'est justement parce que j'y ai pensé que j'ai donné Himi à Genma, proteste le Marionnettiste. Et grâce à cela, il a pu tenir sa promesse envers Seima. Tu es satisfait, n'est-ce pas ? Himi." A cette question, le visage du Kami n'affiche que doute et affliction; heureusement, l'intervention de Genma lui évite de répondre: le tirant brusquement par le bras, son maître impatienté l'exhorte à se lever pour partir. "On rentre ! Tu peux bouger maintenant, n'est-ce pas ?" Puis Genma se tourne vers les deux autres pour lancer d'un ton sans réplique cet avertissement: "Himi m'appartient ! Et je ne permettrais à personne de se mêler de tout ce qui le concerne !" Néanmoins cette tirade, si elle amuse beaucoup Waki car elle ne montre que trop les sentiments passionnés de Genma, reste sans effet sur le redoutable Asari, qui prononce à son tour dans le dos du jeune homme: "Veille à ne plus rien faire qui fasse pleurer Himi ? Si tu ne veux pas le regretter !" Sur ces mots, remettant son masque de renard, Asari disparaît comme il est venu; et si Genma le connaissait tant soit peu, il saurait que cet avertissement lourd de menaces n'est pas à prendre à la légère....
Une fois tous deux sortis de la maison-mère, tandis que Genma l'entraîne dans la nuit, Himi entend à nouveau résonner dans sa tête les dernières paroles de Seima: "Quoi qu'il advienne, protège au moins cette maison. Je t'en conjure, Himi ? Je ne laisse que cette demeure...." Le visage douloureux, le Kami lève les yeux pour contempler la silhouette de son nouveau maître, qui le précède de son pas résolu, sans lui avoir lâché la main depuis leur départ. "Lié par la magie du Kotodama contenue dans les derniers mots de Maître Seima, je vais sûrement devoir subir encore une fois l'étreinte de cet homme bestial. Il va me dévorer, s'amuser de mon corps comme si j'étais un jouet.... Dans cette demeure semblable à une cage...."

Au même moment, Waki se souvient de l'entrevue qu'il avait eu avec Himi juste après la mort de Seima. Agenouillé dans la chambre du Marionnettiste, la boîte contenant les cendres de son défunt maître posée à côté de lui, le Kami avait fait part à son créateur de son désir de ne pas retourner à l'état de "papier blanc", sa mémoire effacée, comme c'est d'ordinaire l'usage quand un Kami vient de perdre son maître Kotodama. Seima avait supplié instamment Himi de veiller sur sa demeure, première et dernière mission qu'il lui ait jamais confiée, voilà pourquoi il avait tant à coeur de l'accomplir. "Dans ce cas, Himi, tu accepterais de devenir la propriété de Genma ?" avait demandé Waki en retour, proposant le seul moyen d'exaucer le voeu du Kami. Et dans son for intérieur, le Marionnettiste ne pouvait que s'étonner de l'évolution et des changements qui s'opéraient parfois chez ces poupées de papier qu'il avait fabriquées de ses mains, être artificiels capables de choisir à leur gré de vivre ou de mourir. ".... Jusqu'à quel point es-tu en mesure d'évoluer, et que vas-tu me montrer ? songeait Waki un sourire aux lèvres en dévisageant Himi. Vas-tu me redonner espoir....?"
Un peu plus tard, Genma et Himi sont finalement de retour à la demeure traditionnelle léguée par Seima. Alors qu'il se déshabille pour se mettre au lit, Genma se tourne vers Himi pour l'engager à se coucher avec lui, mais comme ce dernier refuse de bouger, craignant la suite des événements, le jeune homme use encore de violence pour l'obliger à venir près de lui. Geste malvenu après toutes les maladresses qu'il a déjà commises et qui ne fait que déclencher chez son Kami un nouvel accès de frayeur. Recroquevillé sur le futon, le visage enfoui entre ses mains, Himi supplie Genma de ne pas le toucher, gémit qu'il ne sent pas capable de supporter son étreinte encore une fois, d'une voix à peine audible et si misérable que Genma en reste décontenancé. Car en réalité, il n'avait pas du tout l'intention de lui faire quoi que ce soit, explique-t-il à Himi en l'enveloppant dans l'épaisse couverture, tel un rempart protecteur entre leurs deux corps. Comme le Kami paraissait se sentir encore un peu mal, Genma avait jugé qu'il valait mieux le coucher au plus tôt, c'est la raison pour laquelle il l'avait forcé à se mettre au lit. "Pourquoi t'effrayer ainsi à l'avance ?" demande le jeune homme, s'étendant près de Himi et l'entourant de ses bras par-dessus la couette. "Après toutes ces choses horribles qu'il m'a faites, comment veut-il que je ne sois pas effrayé ?" réplique Himi mentalement. Il n'ose cependant avouer le fond de sa pensée à son maître, se contentant de lui demander de le lâcher. Mais comme il pouvait s'y attendre, Genma lui adresse un "non" catégorique ! "Je te promets de dormir bien sagement, alors supporte-moi au moins comme édredon !" Et ainsi réduit à l'impuissance par la voix de son jeune dominateur, cette nuit, Himi sentit que son corps et son coeur devenaient peu à peu prisonniers de Genma....

Le lendemain, quand en fin d'après-midi Genma revient à la résidence après sa journée de travail, il remet à Himi une enveloppe contenant le titre de propriété de la maison. Mais davantage que par ces documents qu'il devrait pourtant être heureux de se voir offrir, l'attention du Kami est attirée par le bras de son maître, entouré d'un bandage trempé de sang. "Ah, ça ? C'est parce que j'ai utilisé le Kotodama pour mon travail," explique Genma nonchalamment. Himi se souvient alors des paroles prononcées par Waki lorsqu'il l'avait mis au courant des activités de son nouveau maître: auprès de Genma, Himi aura enfin l'occasion de servir en tant que Kami, contrairement à l'existence vide et inutile dans laquelle l'avait confiné Seima, qui n'utilisait jamais ses pouvoirs de Maître Kotodama. A peine Himi s'est-il rappelé ceci qu'il remarque soudain que la main de Genma se tend déjà vers lui. Sursautant, il a aussitôt un mouvement de recul, faisant naître au coin des lèvres du jeune homme un sourire narquois. "....Comment ? Tu vas guérir ma blessure, n'est-ce pas !? Monsieur le Kami ?" Et sur ces mots, Genma saisit violemment le menton de Himi. "Fais-le avec ta bouche, et de toi-même." Ecarlate, Himi jette à son maître un regard éperdu, néanmoins, malgré sa honte, il accepte docilement de faire ce qui lui est demandé. Car il doit se soumettre au code de conduite des Kamis, dont la mission consiste à recevoir les blessures de leur maître par contact charnel, même si cette façon de procéder peut porter atteinte à leur pudeur. S'approchant lentement de Genma, Himi lui offre donc ses lèvres, qu'il entrouvre afin de le laisser s'emparer de sa langue. Seulement, vu le tempérament du jeune homme, ce baiser délicat et hésitant se change vite en un baiser "à la française" des plus voluptueux ! Quand Genma consent enfin à le lâcher, la respiration haletante, Himi se trouve dans un état déjà proche de la pâmoison ! "Ne fais pas cette tête pour si peu, lance Genma moqueur en se léchant les lèvres, on croirait que je t'ai violé !" Et sur ces paroles, de sa voix fière et sauvage, il invite le Kami à aller dormir, se proposant comme la nuit précédente de lui servir d'édredon.
Sous la clarté tamisée d'une lampe, Maître Kotodama et Kami se retrouvent donc dans leur chambre à coucher. Assis complètement nu sur le futon, Genma ordonne à Himi qui se tient timidement debout en face de lui de se dévêtir entièrement. "...Pourquoi ?" demande le Kami plein d'appréhension. - "C'est clair: parce que je veux te contempler et te toucher. Grouille-toi ! Ou alors tu préfères que je te plume moi-même avant de t'empaler de force encore une fois !?" - "Je vais me déshabiller ! répond aussitôt Himi, galvanisé par cette menace que Genma est parfaitement capable de mettre à exécution. Je vais me dévêtir, alors.... ne me faites rien.... s'il vous plaît...." Les joues en feu, sans oser les yeux vers son maître, Himi ôte donc un à un tous ses vêtements avant de venir s'assoir auprès de lui, bien qu'en restant à bonne distance. Mais le tirant par un bras, Genma a tôt fait de corriger cette réserve, chavirant Himi sur le matelas et l'emprisonnant sous lui. "Hi !.... Vous aviez dit que vous ne me feriez rien...!" s'exclame Himi tandis que Genma commence à lui mordiller l'oreille. - "Si tu te tiens tranquille, je ne t'empalerais pas, promet le jeune homme. Alors tais-toi, et laisse moi te caresser tout mon saoûl."
Si cette nuit-là Genma tint parole, même sans aller jusqu'au bout de son étreinte, il connaissait d'autres moyens de torturer son Kami. Livré entre ses mains expertes, tout le corps pétri de caresses, léché, mordillé, Himi finit par se réveiller au petit matin, emprisonné au creux des longs bras virils de son maître. Et chaque jour, le même rituel devait se reproduire: après avoir passé la journée seul, abandonné dans sa cage à appréhender avec effroi la venue du soir, Himi guérissait parfois les plaies de Genma quand celui-ci revenait blessé, avant de passer la nuit serré entre ses bras. Ce n'est pas qu'il était mécontent de pouvoir enfin trouver son utilité en tant que Kami, mais Himi avait le pénible sentiment que le jeune homme exigeait de lui davantage qu'une simple relation de Maître à Kami. Et ne pouvant en comprendre les raisons, lui qui n'avait jamais connu l'amour, Himi ne pouvait qu'en être effrayé....

Un soir semblable à tous les autres où Himi attend le retour de Genma, il a la surprise de le voir arriver en compagnie d'une jeune fille qui lui est inconnue. Mais ce n'est pas tout: Genma porte à l'abdomen une blessure sanguinolente, visiblement bien plus grave que celles dont il souffre d'habitude. Vite, une fois son maître étendu sur le futon, Himi s'allonge sur lui afin de le soulager de cette plaie. Mais quand celle-ci refermée Genma refuse obstinément de le lâcher, prêt à poursuivre leurs baisers et leurs attouchements, furieux, Himi le repousse violemment avant de se précipiter hors de la chambre. "Pourquoi mon maître ne veut-il jamais écouter ce que je lui dis !? s'insurge le Kami consterné, une main contre sa bouche encore brûlante du contact de celle de Genma. Lorsqu'une blessure est très grave, je comprends qu'il soit nécessaire d'unir nos corps étroitement. Mais la blessure de tout à l'heure n'était finalement pas aussi grave qu'elle en avait l'air, il n'était donc pas nécessaire que nous nous embrassions aussi longtemps...!! J'ai beau lui dire non, il refuse de consentir à m'écouter. Tout le temps, et à la moindre occasion, il ne me fait que des choses horribles !! Tout à fait comme.... Oui. Exactement comme s'il me haïssait.... Voilà pourquoi il me maltraite...."
Après avoir erré au hasard dans les couloirs de la résidence, Himi finit par déboucher dans l'entrée, où il a la surprise de découvrir assise la jeune fille inconnue. Tandis que cette dernière lui demande des nouvelles de Genma, Himi s'excuse de l'avoir ainsi laissé attendre dans le vestibule, manquant à toutes les règles de politesse. Mais face à l'embarras de son hôte, la jeune fille lui adresse un sourire radieux. "Ah, c'est pas grave, assure-t-elle. Guérir les blessures de votre maître devait passer en priorité." - "Hein ?" - "Vous êtes Himi le Kami, n'est-ce pas ? J'ai entendu parler de vous par Yashiro." A cet aveu, Himi ne dissimule pas sa surprise: déclarant que le secret de l'existence des Kamis ne devait pas se répandre dans le monde, Genma Yashiro n'a-t-il pas réduit en miettes le bras du docteur Namaï, allant jusqu'à menacer de le tuer afin de s'assurer de son silence ? Et pourtant, il a révélé le secret à cette jeune fille.... Celle-ci ne tarde pas à se présenter comme étant Chidori Namikawa, partenaire de Genma dans son entreprise de vente et revente de terrains. Exprimant son soulagement à Himi qui heureusement était là pour soigner son ami, Chidori se met également en devoir de lui donner des explications sur ce qui s'est passé: s'il arrive fréquemment que Genma soit blessé en utilisant l'Art du Kotodama, cette fois, la jeune fille craint que tout ne soit arrivé par sa faute à elle. Chidori avoue être en effet l'unique héritière d'une famille de yakuzas, et bien qu'elle ait coupé les ponts depuis longtemps avec les siens, il arrive que de temps en temps des bandits d'autres clans viennent s'en prendre à elle. Pour avoir appris que l'affrontement que se livraient depuis quelque temps le clan de ses parents et une bande rivale avait enfin cessé, elle a manqué de prudence. C'est ainsi qu'alors que Chidori rentrait tranquillement de son travail, elle s'est fait attaquer par un yakuza armé d'un couteau. Genma qui se trouvait heureusement près d'elle a eu juste le temps de s'interposer et de recevoir le coup à sa place.
"Je suis vraiment désolée de ce qui est arrivé à Yashiro à cause de moi, soupire Chidori, son histoire achevée. - "....Quand on est un homme, c'est tout à fait normal de protéger une femme," répond Himi intimidé. - "Oui, mais en général les hommes n'y parviennent pas. Si Yashiro en est capable, c'est parce qu'il est fort. Et surtout, il est terriblement gentil." - "....Gentil ?" répète Himi, qui a du mal à en croire ses oreilles. - "Oui, acquiesce Chidori, étonnée du trouble de son interlocuteur. Vous ne trouvez pas que c'est quelqu'un de doux ?" Ces mots laissent le Kami rêveur. "Gentil" est un terme dont il n'aurait certes jamais songé à qualifier Genma ! A cet instant ce dernier pénètre à son tour dans l'entrée, changé et débarbouillé du sang qui le couvrait. S'adressant à Chidori ravie de le revoir en parfaite santé, il se propose de la raccompagner chez elle de peur qu'elle ne soit victime d'une autre agression. Tandis que s'élançant vers son ami et soulevant son pull la jeune fille s'extasie sur la disparition miraculeuse de sa blessure, Himi les observe du coin de l'oeil. "Et surtout, il est terriblement gentil." Malgré l'indifférence qu'il est censé éprouver pour son maître, les paroles de Chidori lui serrent étrangement le coeur. "....Envers moi, jamais il ne s'est montré gentil...." déplore-t-il intérieurement.

Le lendemain matin, Genma fait part à Himi d'une importante nouvelle: désormais, il souhaite que chaque jour son Kami l'accompagne au travail. Au cas où un incident se produise subitement comme la veille au soir, le jeune homme juge en effet qu'il serait infiniment plus commode d'avoir Himi toujours sous la main. Car question danger, il n'a rien à envier à Chidori tant il y a de gens qui lui en veulent et seraient ravis de le faire disparaître ! Himi passe donc la journée suivante au bureau de Genma, puis, en fin d'après-midi, tous deux s'apprètent à rentrer à la maison quand soudain le jeune homme arrête son van devant une boutique. "Je reviens tout de suite, attends-moi ici un moment !" ordonne-t-il au Kami en quittant le véhicule. Resté seul, tout en observant les rues à travers la vitre, Himi se laisse submerger par la mélancolie qui ne l'a pas quitté durant toute cette journée. "Pourquoi est-ce que je me sens si déprimé.... se demande-t-il, amer. Parce que c'est la première fois que je viens dans une ville aussi grande ? Ou parce que je sens que la pluie va bientôt se mettre à tomber ? Au travail Maître Genma se montrait si sérieux et efficace. Ce n'était plus le Maître Genma sombre et ombrageux dont je ne cesse d'avoir peur. Alors que quand nous sommes seuls, à moi.... il ne fait que ces choses...."
Tandis que Himi se remémore tristement les attouchements érotiques que son maître lui inflige chaque nuit, il est brusquement tiré de ses pensées par un homme qui tape à la vitre. Il s'agit du propriétaire de la boutique devant laquelle est garé le van, qui demande à ce que le véhicule gênant soit déplacé. Seulement, Himi ne sait pas conduire, alors pressé par le commerçant mécontent, le voilà contraint de quitter la protection du van pour s'en aller à la recherche de Genma. "Que faire...." se demande le Kami, qui a vécu en reclu durant de nombreuses années et n'a aucune idée de l'endroit où peut se trouver son maître dans cette ville immense. Quand un peu plus tard Genma revient finalement à son véhicule et a la stupeur de le découvrir vide, saisi d'une vive inquiétude, il s'élance aussitôt à la recherche de Himi. Ses craintes sont fondées car à force d'errer dans ce monde pour lui inconnu, le Kami a fini par se perdre, alors même qu'une violente averse se met à tomber. "Que faire.... continue de se demander Himi frigorifié. Me perdre alors que j'étais censé chercher Maître Genma, je suis vraiment trop bête. Je dois rentrer au plus vite.... Sinon je vais me faire gronder par Maître Genma.... Vite.... Je dois rentrer...." Mais Himi tout engourdi a beau s'exhorter à bouger, la pluie si néfaste aux êtres de son espèce commence déjà à avoir raison de lui. A la fin, vaincu par le froid et l'humidité, il s'effondre sur le trottoir gorgé d'eau où il demeure là, étendu, livré aux assauts de la pluie battante. "Je vous demande pardon.... Maître Genma.... Pardon...."

Pendant ce temps, à la résidence principale du clan Mitô, Waki écoute tomber la pluie tout en sirotant son saké, nonchalamment appuyé comme de coutume contre son précieux coffre d'ébène. "Après la pluie vient l'été, encore la pluie puis vient l'hiver...? Pour chaque changement, la pluie ne manque jamais de tomber. Je me demande bien ce que l'averse d'aujourd'hui va nous apporter comme changements...." Debout à côté de son créateur, Asari l'observe d'un air morose. "Tu es ivre ? finit-il par demander, intrigué d'entendre Waki s'exprimer ainsi. Ou alors tu as le blues ?" Mais éludant la question, Waki répond par une autre interrogation: "Au fait, ces derniers temps, je ne vois plus Konoé." - "Aah, acquiesce Asari. Ce crétin est allé donner sa pitance au petit fauve." Ce "petit fauve" est bien sûr Kotoha, alors âgé de 4 ans, auquel Konoé s'évertuait déjà à inculquer quelques notions de bonnes manières. "Et toi, Asari ? demande ensuite le Marionnettiste. Tu ne veux toujours pas voir Shôi ? A cause de ce qui s'est passé avec Rikiichi ?" A cette question, le visage du Kami se fait encore plus sombre. Tournant le dos à Waki, il quitte la pièce sans répondre. Resté seul, un sourire mélancolique aux lèvres, Waki se blottit encore davantage contre son coffre de bois noir, qui contient le corps inanimé d'un mystèrieux Kami. "....Tenir à quelqu'un, s'attacher.... L'homme est vraiment une créature stupide.... Pas vrai.... Rikiichi ?...."
Dans les limbes de son inconscience, une voix puissante et familière parvient aux oreilles de Himi. "C'est pas vrai ! Tu es complètement trempé !? Mais combien de temps es-tu resté allongé sous la pluie !?" Réagissant à ces cris, le Kami murmure dans son demi-sommeil: "....La voix de Maître Genma.... Il est furieux.... Pardonnez-moi.... Ne soyez pas.... si en colère...." - "Je ne suis pas en colère !" répond aussitôt Genma en soupirant, soulagé que Himi revienne peu à peu à lui. - "Mais votre voix.... elle me fait peur...." - "Désolé ! C'est la seule façon de parler dont je sois capable !" Guidé par le son de cette voix bourrue, Himi sort enfin de sa torpeur; et quand il ouvre les yeux, c'est pour se découvrir avec surprise dans un lieu inconnu, son maître debout auprès de lui, un sèche-cheveux à la main. Tout en finissant de sécher son Kami, Genma lui explique que tous deux se trouvent à présent dans un love-hotel. Comme Himi était complètement trempé lorsqu'il a fini par le découvrir gisant sur le bord de la route, parant au plus pressé, le jeune homme l'a emmené dans cet établissement qui par chance se trouvait juste en face. S'agenouillant pour se mettre au même niveau que le Kami, assis par terre emmitouflé dans une robe de chambre, Genma s'efforce de lui parler en dominant le ton naturellement agressif de sa voix: "Himi. Ne t'avais-je pas dit de m'attendre, que je n'en avais pas pour longtemps ?" - ".... Alors que je vous attendais, quelqu'un m'a dit qu'il voulait qu'on déplace la voiture.... explique Himi, penaud. Je suis donc sorti pour partir à votre recherche.... et c'est là que je me suis perdu...." - "Tu m'en diras tant !" Genma ne laisse pas Himi continuer; cédant à une impulsion, il l'attire brusquement dans ses bras. "Je t'ai cherché partout, croyant que quelqu'un t'avait enlevé. Et quand je t'ai enfin retrouvé, tu gisais sur le sol sans connaissance. Tu es trop faible ! achève le jeune homme, le visage déformé par la vive inquiétude qu'il vient d'éprouver. Ne me fais plus jamais une peur pareille, idiot !"

Tandis que son maître le serre étroitement contre lui, Himi remarque à travers sa chemise comme sa peau est glacée. Cela lui fait comprendre comme Genma a dû le chercher longtemps, au point que son corps d'ordinaire si chaud soit à présent complètement frigorifié. Confus et troublé que le jeune homme ait été saisi d'une telle panique suite à sa disparition, blotti en sécurité contre sa poitrine, Himi lui demande encore une fois sincèrement pardon. Mais il ne s'attendait certes pas à la réaction que sa soudaine docilité allait provoquer chez son maître. "Si tu te sens vraiment coupable envers moi, laisse-moi t'étreindre !" Et sur ces mots, avant que Himi ait eu le temps de répondre, Genma le soulève à bout de bras avant de le précipiter sur le lit ! "Ce sera la première fois que je vais te faire l'amour dans un lit," remarque-t-il, grimpant à son tour sur le matelas. Et tandis que penché sur son partenaire il entâme les préliminaires, ce dernier se met comme toujours à protester: "Arrêtez ! Pourquoi faut-il toujours que vous en arriviez là...!" - "C'est pourtant clair, répond Genma du tac au tac: parce que j'en ai envie." - "Je ne comprends pas !" Les bras immobilisés, Himi ferme les yeux, les dents serrées, résigné à devoir subir un autre viol. Cependant à sa réaction, Genma s'arrête net. "....Cela te répugne au point d'en trembler de dégoût !?" gémit-il, le visage douloureux. Blessé d'être encore une fois si ostensiblement repoussé, le jeune homme se redresse sur le lit, où il demeure assis, frustré et malheureux. Quant à Himi, soulagé d'avoir pu éviter le pire, il décide de profiter de ce renoncement pour exposer enfin à son maître le fond de sa pensée: "....Puisque vous n'êtes même pas blessé, je ne comprends pas pourquoi nous devrions physiquement nous unir.... Je ne suis pas un être humain.... Et de plus, je suis un Kami de modèle masculin. Pourquoi m'infligez-vous sans cesse toutes ces choses honteuses ? Cela m'échappe complètement...." - "Tu me demandes pour quel motif je t'impose ces actes érotiques ? répète Genma avec lassitude et incrédulité. N'es-tu pas capable de le découvrir par toi-même !?" - ".... Parce que vous me détestez ?" essaye Himi timidement. - "Crétin ! s'exclame Genma consterné. C'est pourtant évident: je fais tout cela parce que je t'aime !"
Le Kami était loin de s'attendre à une telle réponse, il en reste tétanisé. ".... Je ne vous crois pas...." sont les premiers mots qui lui viennent naturellement à la bouche. Car son maître ne semble-t-il pas prendre un malin plaisir à faire justement tout ce que lui déteste ? Et que dire de la brutalité avec laquelle il lui a imposé son étreinte la première fois ? Mais nullement repentant de ses actes, Genma s'en explique facilement: les sentiments qu'il éprouve pour Himi sont si forts que lors de leur première rencontre, il n'en pouvait plus de vouloir lui faire l'amour; et d'ailleurs, le Kami a beau se plaindre de ses caresses, ne finit-il pas toujours par en éprouver de la jouissance ? A cette remarque, le feu monte brusquement aux joues de Himi. "Alors, et Mlle Chidori ?" demande-t-il honteux en détournant la tête. - "Chidori ? Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ? interroge Genma, surpris. - "Vous lui avez parlé des Kamis et même des activités du clan Mitô, n'est-ce pas ? Cela ne montre-il pas, Maître Genma, que Mlle Chidori est particulière à vos yeux ?" - "C'est vrai que j'ai toute confiance en elle, reconnaît le jeune homme, et qu'elle me plaît en tant qu'être humain. Comme c'était nécessaire pour mon travail, je lui ai expliqué comment j'utilisais le Kotodama. Mais le seul être que j'aie jamais désiré du plus profond de mon coeur, c'est toi, maintenant et toujours, Himi." A cet aveu que son maître a prononcé en plongeant dans le sien son regard franc, le Kami ressent soudain une étrange douleur dans la poitrine, trouble qui lui est inconnu. Détournant les yeux, complètement désemparé, il ne sait que répondre et se contente de demeurer à genoux sur le lit, immobile. Jusqu'à ce que posant sa main sur son bras, Genma se penche doucement sur lui pour enfouir son visage dans son cou. "Cesse d'avoir peur de moi.... Apprend à m'aimer, Himi. Déjà quand j'étais tout gamin, depuis l'instant où je t'avais vu pour la première fois, je te désirais."
Genma raconte alors à Himi comment douze ans plus tôt, en partant pour l'école en compagnie de sa mère, il a un jour aperçu près de son père dans le jardin un jeune homme qui lui était inconnu. Un corps mince aux membres graciles, un visage fin aux longs cils, de courts cheveux noirs. Bien qu'il n'était encore qu'un enfant, la grande beauté de l'inconnu l'avait frappé, alors sans pouvoir détacher les yeux de la silhouette arrosée par une pluie de pétales de fleurs de cerisier, Genma avait demandé à sa mère de qui il s'agissait. Mme Mitô lui avait ainsi répondu que le jeune homme n'était pas un être humain mais Himi, un Kami, poupée de papier qui s'avérait plus précieuse que sa propre famille aux yeux de Seima. Mais après cette première rencontre, en cachette Genma ne cessa plus d'observer de loin Himi et son père: le Kami demeurait tout le temps auprès de Seima, et jamais ce dernier ne le laissait seul, ne fut-ce qu'un instant. Comment faire pour l'aborder dans de telles conditions ? Ayant renoncé à toute vie sociale, Seima vivait pour ainsi dire comme un ermite dans un bâtiment séparé du reste de la résidence, au fond du jardin, seul avec sa "poupée", sans jamais mettre les pieds hors de son refuge. C'est tout juste si Genma le voyait une fois par an, ainsi l'on pouvait affirmer que son père n'était pour lui qu'un parfait étranger. Pourtant, jamais il n'avait éprouvé envers lui de sentiments violents comme la rancune et la haine. Jamais, jusqu'à ce fameux matin de neige d'il y a douze ans. C'était la seconde fois que la neige se mettait à tomber cet hiver, et en découvrant les flocons par la fenêtre à son réveil, le petit garçon s'était habillé en hâte pour sortir dans le jardin. Quelle n'avait pas été sa surprise en y retrouvant Himi ! Habillé de vêtements bien trop légers pour le froid ambiant, il se tenait sur le bassin dont l'eau de la surface avait gelé, mais pour une fois, il était seul !

Tandis que Genma s'approchait doucement, remarquant sa présence, Himi s'était retourné. "Qui êtes-vous ?" avait demandé le Kami de son expression morne et triste. - "Vous n'avez pas froid dans cette tenue ?" avait à son tour demandé l'enfant, un peu intimidé de pouvoir enfin contempler de près ce si beau visage. Mais sans lui répondre, Himi avait insisté pour savoir qui il était et comment il avait fait pour pénétrer dans cette propriété privée, ce qui n'avait pas manqué de surprendre Genma, vexé que le Kami ne connaisse même pas son identité. Cependant il n'eut pas le temps de se présenter à lui: trop mince pour supporter le poids de deux personnes, la couche de glace céda soudain, précipitant les deux compères dans l'eau glacée du bassin. Quand tous deux parvinrent enfin à remonter à la surface, trempé, Genma était couvert de sang. "Est-ce que ça va ?" demanda Himi à l'enfant qui claquait des dents, frigorifié. "Vous saignez." Genma eut beau répondre d'un ton bourru qu'il n'avait rien, que sa blessure n'était pas grave, n'empêche qu'il souffrait d'une profonde entaille à la main droite, et cela fit germer une idée dans l'esprit de Himi. ".... Je vais la guérir," prononça-t-il. Alors, s'agenouillant aux pieds de l'enfant, il lui demanda de fermer les yeux. Etonné, Genma n'eut pas le temps d'obéir ni de comprendre ce qui lui arrivait que le Kami unit ses lèvres aux siennes pour un profond baiser, qui eut aussitôt pour effet de guérir instantanément toutes ses blessures. Quand Himi le lâcha enfin, il resta là à le dévisager, sans pouvoir prononcer une parole, jusqu'à ce qu'une voix cinglante vienne subitement rompre le charme. "Qu'est-ce que vous fabriquez....!?" Vêtu d'un simple kimono laissant voir son corps efflanqué, Seima venait d'apparaître devant les deux compères, et quelle ne fut pas sa fureur en découvrant ce que son Kami avait fait. "Eloigne-toi de mon Himi !!" hurla-t-il alors à son fils.
"....Cet enfant, c'était vous ?" demande Himi, le récit de Genma achevé. - "Tu ne le savais pas ?" - "J'ai vécu en reclu avec Maître Seima dans sa gentilhommière, s'excuse himi. Alors comme il m'avait formellement interdit de rencontrer les membres de sa famille...." - "Mon père te portait un attachement obsessionnel, explique Genma. Au point de serrer mon cou de ses propres mains en m'accusant de t'avoir blessé, avant de me jeter hors de la maison avec ma mère." - "Je voulais.... une fois au moins essayer de guérir une blessure.... prononce Himi, navré d'apprendre ce qui est jadis arrivé par sa faute. Car pas une seule fois Maître Seima ne m'a utilisé en tant que Kami." - "Mouais, n'empêche que mon père et toi vous deviez passer votre temps à vous envoyer en l'air, pas vrai ?" A cette remarque inspirée au jeune homme par une irrepressible jalousie, Himi émet aussitôt de vives protestations. "NON, NOUS NE LE FAISIONS PAS !" s'insurge-t-il, avant d'ajouter, les joues en feu: "De pareilles choses...! Excepté vous, Maître Genma, personne ne me les avait jamais faites !" - "....Tu es sérieux ?" Apprendre que personne pas même son père n'avait jamais touché le corps de Himi avant lui ne fait qu'attiser les flammes dans le coeur de Genma. Saisissant brusquement le Kami pour l'attirer à lui, il le renverse sur le lit avant de s'étendre sur lui, l'emprisonnant dans ses bras. "Maintenant j'ai terriblement envie de te faire l'amour ! Laisse-moi t'étreindre." Car malhabile à s'épancher par des paroles, l'union charnelle est le seul moyen que le jeune homme connaisse pour exprimer sa passion. Hélas, même le fait d'avoir appris que son maître l'aime depuis toujours n'est pas suffisant pour soumettre un être aussi têtu et timide que Himi. "Im.... Impossible...." bredouille-t-il, détournant les yeux. - "Si tu arrêtais un peu de me repousser, laisse-moi pénétrer en toi !?" - "Non." - "Pff.... Tant pis ! peste Genma, résigné. Dans ce cas je vais me contenter de baisers. A condition que tu me les donnes de toi-même. Et si tu refuses, je te viole sur-le-champ ! ajoute le jeune homme, voyant que son partenaire s'apprète à élever une autre protestation. Alors, que choisis-tu ?" Malgré sa honte, vaincu, Himi pose une main sur l'épaule de son maître, se redressant pour approcher son visage du sien. "Maître Genma, vous êtes horrible," prononce-t-il avant de s'emparer de ses lèvres, sans remarquer comme ses paroles manquent désormais de conviction. Mais faisant preuve d'une tendresse et d'une patience qui lui sont peu coutumières, cette nuit-là Genma tint sa promesse et se contenta de couvrir son Kami de baisers. Tandis qu'il l'embrassait ainsi, Himi sentit le corps glacé du jeune homme se réchauffer contre lui, et bientôt cette chaleur commença à le brûler à son tour....

Quelques jours plus tard, un matin, une mauvaise surprise attend Himi et Genma alors qu'ils s'apprètent à quitter leur domicile pour se rendre au bureau: glissée dans une porte, une bien inquiétante missive est adressée à Genma Yashiro, qu'à peine après l'avoir lue le jeune businessman s'empresse de chiffonner et de jeter rageusement sur la pelouse. S'il ne paraît pas se préoccuper outre mesure du contenu de cette lettre anonyme, il n'en va pas de même pour Himi lorsqu'il découvre l'unique mot griffonné sur le papier: "Korosu" , "Je vais te tuer". Un peu plus tard, lors de la pause déjeuner au bureau de la société de Genma, Himi profite qu'il se trouve seul avec Chidori pour lui parler de la lettre de menace reçue le matin. Son maître a beau ne pas prendre cette affaire au sérieux, le Kami quant à lui ne peut s'empêcher de ressentir un sombre pressentiment. Cependant à peine a-t-il parlé de la lettre anonyme à la jeune fille que celle-ci étale devant lui une bonne demi-douzaine de missives du même genre: "Je vais te faire la peau", "Crève", "Yashiro, je jure que je vais te buter", voilà les doux mots qu'on peut y lire, dont l'un est même accompagné d'une lame de rasoir ! Ces lettres-là ont été expédiées directement au bureau, et bien que Chidori semble penser qu'il n'est pas nécessaire de prendre trop au sérieux de simples menaces écrites, Himi ne peut que sentir ses craintes se renforcer. Sur ces entrefaites, Genma revient dans la pièce et comprenant l'objet de la discussion, se met à gronder son Kami. "Tu te prends encore la tête pour des trucs pareils, Himi ? Je t'ai pourtant dit de ne pas t'inquiéter !" Mais alors que le jeune homme s'apprète à quitter seul l'immeuble pour se rendre à la banque, nullement rassuré, Himi s'empresse de se lever pour le suivre. "Maître Genma ! Je vous en prie, emmenez-moi avec vous. Même si c'est peu probable, si jamais il devait vous arriver quelque chose...." - "Toi, tu restes ici bien sagement ! Et surtout ne va pas glandouiller tout seul dehors, compris !?" Et après avoir lancé ces ordres d'un ton sans réplique, Genma s'en va en plantant là le malheureux Himi, sous le regard amusé de Chidori. "Il est encore préoccupé par le fait qu'après qu'il vous ait quitté des yeux un instant, vous vous êtes soyez et il vous a retrouvé sans connaissance. En réalité, c'est Yashiro le plus anxieux !" commente la jeune fille en riant.
Il n'empêche que le refus de son maître de l'emmener avec lui rend le Kami bien triste. "....Alors que j'existe pour protéger Maître Genma," soupire-t-il à voix haute, ce qui ne manque pas d'impressionner Chidori. "Ouwaah.... Entre vous deux c'est vraiment le big love...." A ces mots, écarlate, Himi s'empresse de nier avec véhémence. "Pardon, s'excuse Chidori en avisant son air troublé. La bonne entente entre un Maître Kotodama et son Kami, c'est vraiment formidable." - "Nous, les Kamis, expose Himi, comme s'il s'efforçait de relativiser sa relation avec Genma, nous n'existons que pour notre Maître Kotodama. Notre rôle est de le protéger, de faire tout notre possible pour son service, de tout accepter de sa part. Dès le départ, nous sommes conçus dans ce but. C'est plutôt vous, Mlle Chidori, qui vous entendez vraiment très bien avec Maître Genma, ajoute Himi avec un sourire un peu triste. J'étais fermement persuadé que vous et lui étiez amoureux." - "Hein ? Mais non, pas du tout ! proteste la jeune fille. D'ailleurs j'ai la phobie des hommes." Chidori raconte alors au Kami comment jadis elle s'est faite agressée par des voyous appartenant à un clan de yakuzas rival de celui de ses parents, souvenir horrible qu'elle s'efforce toujours désespérément d'oublier. Depuis cette agression, sa peur des hommes est si forte qu'il lui est même pénible ne serait-ce que de les approcher. Mais avec Genma, c'est différent, explique-t-elle à Himi navré d'apprendre sa triste histoire; car Chidori a parfaitement compris que son collègue de travail n'est pas du tout attiré par les femmes. Le fait de savoir qu'il n'y a aucune chance pour que Genma jette son dévolu sur elle, il lui est donc très facile d'être auprès de lui. Même la présence de Himi ne lui cause aucun malaise, et ce parce que la jeune fille a compris que le Kami n'est préoccupé que de Genma. "C'est parce que je suis un Kami, affirme Himi, rougissant à nouveau. Je le chéris uniquement en tant que Maître Kotodama, ça n'a rien à voir avec un sentiment amoureux." - "Oui.... Mais n'empêche. Ce doit être vraiment bien de penser à quelqu'un au point de risquer sa vie pour lui. Au début, explique Chidori, j'avoue que je ne comprenais pas très bien pourquoi Yashiro désirait posséder un Kami au point de s'embarrasser spécialement de toutes ces histoires de succession. Cela avait beau être commode pour guérir les blessures quand il utilisait l'Art du Kotodama, jusqu'à présent il avait réussi à s'en passer et tout allait bien quand même. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de faire tout ça rien que pour se procurer un Kami ? Voilà ce que je me demandais.... Mais quand je vous ai vu, Himi, j'ai fini par être convaincue. Voilà ce que désirait tant Yashiro: quelqu'un pour qui il compterait plus que n'importe quoi au monde. Et lorsqu'une personne est plus précieuse à vos yeux que n'importe quoi d'autre et même que votre propre vie, cela, c'est une incroyable forme d'amour."
La journée s'écoule, tandis que Himi ne parvient pas à s'ôter de la tête les paroles de Chidori. Pour lui, la jeune fille se trompe, son dévouement envers Genma n'est nullement motivé par l'amour, il s'efforce simplement de remplir sa mission. En outre, son véritable maître est censé rester Seima, même s'il est à présent décédé. "Apprend à m'aimer, Himi" l'avait presque imploré Genma quelque temps plus tôt. A ce moment, n'avait-il pas utilisé le Kotodama pour voir exaucer son souhait ? Himi l'ignore. La seule chose dont il est certain, c'est que bien qu'au début il avait une peur terrible de Genma, sans qu'il se soit rendu compte de l'évolution de ses sentiments, ce dernier occupe désormais une si grande place dans son coeur....

Le soir, en revenant à la résidence, une autre pénible surprise attend maître et Kami: leur logis a été vandalisé, les carreaux du porche brisés, le contenu de poubelles renversé devant l'entrée. Voilà qui montre bien que le mystérieux auteur des lettres anonymes n'est pas disposé à s'arrêter à de simples menaces.... Les deux compères n'ont pas le choix, les voici contraints de loger à l'hôtel. Car comme Genma l'explique à Chidori le lendemain, l'habitation est construite dans un style si ancien qu'il faudra du temps pour réparer les dégats. Mais dans un certain sens, ce déménagement forcé a du bon: au moins dans un hôtel ils seront davantage en sécurité, sans compter que Himi a l'air de préférer dormir dans un lit plutôt que dans un futon - remarque non dénuée de sous-entendus qui, si elle fait bien rire Chidori, plonge le pudique Kami dans la confusion ! Se retournant discrètement vers son maître pour l'observer en secret, Himi se remémore ce qui s'est passé entre eux la veille, peu après leur arrivée à l'hôtel. "Embrasse-moi vite, Himi", l'avait pressé Genma, désignant son bras ensanglanté en dépit d'un bandage. "Aujourd'hui encore tu vas guérir ma blessure, n'est-ce pas ?" - "Quand vous êtes blessé, vous devriez me le dire plus tôt...!" avait répondu Himi consterné. Mais il avait acquiescé à ce que le jeune homme lui demandait et lui avait tendu ses lèvres, à genoux près de son lit dans une attitude de soumission; et bien que l'entaille du bras de Genma disparut rapidement pour se transférer sur la main de Himi, il n'arrêta pas ses baisers pour autant.
Ce soir encore, alors que son maître le ramène à l'hôtel dans son van, assis près de lui, Himi ne manque pas de s'interroger sur son comportement: bien que Genma ait renoncé à le forcer à s'unir physiquement à lui, leurs baisers durent de plus en plus longtemps. Pourtant, si Genma faisait en sorte que ce soit Himi qui reçoive directement les contresorts au moment où il utilise le Kotodama, il s'en tirerait dès le départ sans aucune blessure et cela lui éviterait bien des souffrances. Mais lorsque le Kami lui en pose la question, la réponse du jeune homme est claire et directe: grâce à ce prétexte de mission de "guérir les blessures", il est plus facile pour Himi de consentir à l'embrasser. Et puis, Genma doit bien avouer que ça ne lui plairait pas beaucoup que Himi soit le seul à recevoir les contrecoups douloureux de ses sorts, et depuis quelque temps, il en est même arrivé à ne plus vouloir lui transférer ses blessures. Cet aveu plus tendre que Genma ne paraît l'avoir réalisé plonge Himi dans le désarroi. De plus en plus, il se sent envoûté par les douces paroles de son maître, puissantes comme un sortilège. "Vous êtes horrible, Maître Genma," est tout ce qu'il trouve à répondre d'une toute petite voix peu convaincante, qui ne fait qu'arracher à son maître un léger rire amusé....
Un peu plus tard, dans l'hôtel où les deux compères ont loué un petit appartement, Genma enjoint Himi d'aller se coucher sans l'attendre, car lui-même a encore du travail à terminer. Mais tandis qu'obéissant le Kami s'apprète à gagner la chambre, le jeune homme n'oublie pas de lui faire cette recommandation: "Himi ! Si jamais tu dors en portant tes vêtements, tu peux être sûr que JE TE VIOLE , vu ?" avertit Genma l'air de rien, sans même lever le nez de l'écran de son ordinateur portable. Cependant Himi connait trop son maître pour savoir qu'il vaut mieux ne pas lui désobéir. "J'ai compris ! Je dormirais nu !" s'exclame-t-il donc en s'enfuyant dans la chambre tandis que ses joues s'empourprent. Mais une fois claquée la porte derrière lui, Himi se prend à s'interroger: même si son maître s'obstine à traiter sa bouche sans ménagement, radouci comme l'est Genma à présent, le Kami ne pense pas qu'il irait jusqu'à le violenter. Ou est-ce trop optimiste de sa part de penser ainsi ? Même une fois couché, ces réflexions continuent de lui trotter dans la tête, l'empêchant de trouver le sommeil. Quand tout à coup, la porte de la chambre s'ouvre et Genma s'avance lentement dans la lumière tamisée de la pièce. Fermant les yeux, Himi s'empresse de faire semblant de dormir tandis que son maître vient s'assoir au bord de son lit. Tirant doucement la couverture, Genma constate que son Kami lui a obéi et s'est couché nu comme il le lui avait demandé. Il se penche alors sur lui, lui murmurant à l'oreille: "Himi. Si vraiment tu ne veux pas, ouvre les yeux." Si Himi sursaute d'abord au contenu de ce susurrement à peine audible, lentement, il choisit d'abaisser les paupières. C'est le signe qu'il permet enfin à son maître de lui faire toutes ces choses qui lui causent tant de honte et tant de frayeur. Mais à présent, livré aux mains de Genma, Himi n'a plus si peur, supportant les caresses les plus osées en gardant les yeux clos. ".... ça va aller ? demande le jeune homme. Si tu n'ouvres pas vite les yeux, je vais finir par entrer en toi ?" Cette menace, Himi la sent déjà contre sa chair, alors il se décide à entrouvrir les paupières. Pourtant même ce regard fiévreux qu'il dirige vers son maître ne saurait être pris comme un refus. "....Finalement, referme les yeux, prononce Genma. Accepte juste de devenir encore un peu plus mien...." En guise d'acquiescement, Himi lui tend docilement ses lèvres....
Plus tard, dans les limbes de son sommeil, Genma entend une voix: "....Himi. Himi.... Je ne te laisserais à personne." Bientôt, l'image de Seima apparaît. Serrant dans ses bras le corps inerte du Kami, l'homme a plus que jamais l'air d'un dément. "Ceci est ma poupée, Genma. Et tu t'imagines que je vais la céder à quelqu'un comme toi ?!!" Saisi par cette vision, Genma se réveille en sursaut. Néanmoins ce n'était qu'un rêve. Blotti contre son épaule, Himi dort toujours aussi paisiblement. "....Que peut faire un mort...!" gronde-t-il rageusement entre ses dents, tout en se redressant doucement pour ne pas réveiller son compagnon. N'empêche qu'ébranlé par l'image saisissante de son père, le jeune homme ne peut s'empêcher de ressentir un vague malaise, tel un sombre pressentiment.

Le lendemain matin, tout en observant du coin de l'oeil Genma qui se prépare pour aller au bureau, Himi sent que quelque chose a changé. Ce début de matinée paraît semblable à tous les autres, et pourtant, après ce qui s'est passé entre eux cette nuit, il est convaincu qu'un changement s'est inévitablement produit, sans pouvoir encore se représenter lequel. En arrivant peu après dans l'immeuble où son maître a domicilié le siège de sa société, descendant de voiture, Himi se propose de partir en avant afin de déverrouiller le bureau. "Attends, Himi. N'y va pas seul," l'arrête aussitôt Genma. - "ça va aller." Mais Himi n'a pas plus tôt prononcé ces mots qu'il se fait percuter par un homme, qui vient de lui planter un grand couteau de cuisine dans le flanc. Tout en s'effondrant, malgré l'aspect négligé de son agresseur, le Kami n'a aucun mal à le reconnaître. "Pourquoi.... Docteur.... Namaï...." - "Je voulais me venger, mais j'ai beau avoir commis divers actes malveillants dans ce but.... je ne parviendrais jamais à me sentir soulagé tant que je ne l'aurais pas tué !! gémit le médecin en larmes, son bras droit désormais inerte pendant à son côté. Par ta faute, crie-t-il en se tournant cette fois vers Genma, je ne peux plus exercer ma profession de médecin !!" Fou de rancoeur, l'homme dont la vie est désormais brisée n'a plus rien à perdre alors il s'élance vers Genma, brandissant son couteau de sa main valide. Criant le nom de son maître, Himi a juste le temps de se précipiter pour le protéger de son corps et recevoir le coup à sa place. Encore une fois, la lame s'enfonce dans sa chair de papier, dans son dos, à l'emplacement du coeur. C'est alors que le Kami entend un léger bruit de déchirure au fond de sa poitrine. Mais Genma quant à lui est sain et sauf, et fou de rage que le médecin ait osé par deux fois blesser son précieux compagnon, il lance une incantation qui prend la forme d'un cri meurtrier. Namaï recule de frayeur, mais trop tard: tandis qu'il reçoit le sort de plein fouet, il se retrouve bientôt réduit à une flaque de sang. Le Kotodama n'a pas non plus épargné Genma, victime comme c'est l'usage du contrecoup de son sortilège. Mais l'agresseur est à présent définitivement hors d'état de nuire, Himi et lui sont en sécurité.
"Genma-sama...." prononce tristement le Kami, levant vers son maître un visage inquiet: malgré tous ses efforts pour le protéger, il est désolé que le jeune homme ait été blessé quand même, mais heureusement aucune des entailles qu'il porte sur tout le corps ne parait aussi grave que celles qu'aurait pu lui infliger Namaï. "Pour une fois.... je suis vraiment heureux que tu sois fait de papier...." prononce Genma dans un souffle. Cédant à son soulagement de voir son maître sain et sauf, Himi se jette à son cou pour l'embrasser, de sa propre initiative, ce qui n'est pas sans causer de la surprise chez Genma. "Il ne me serait jamais venu à l'esprit que tu puisses te faire poignarder en me protégeant, avoue le jeune homme, ses plaies aussitôt refermées sous l'effet du baiser. Ne commet pas trop d'imprudence." - "C'est à moi de dire ça", réplique Himi. Mais à cet instant, le flot de larmes qui se met à couler sur son visage l'empêche de poursuivre. Fait étrange s'il en est, car le corps d'un Kami est censé ne pas receler la moindre goutte d'élément liquide. Tandis qu'il contemple sans comprendre les goutelettes qui viennent s'écraser dans ses mains, lui reviennent en mémoire les paroles de Chidori: "Lorsqu'une personne est plus précieuse à vos yeux que n'importe quoi d'autre et même que votre propre vie...." "....Aah, c'était donc ça ? songe le Kami, comprenant enfin le mystérieux changement qu'il avait senti s'opérer en lui. Ce sentiment que j'éprouve, c'est l'amour ?"
Malgré ses larmes, le visage de Himi est radieux, reflétant toute l'émotion que lui inspire la découverte de ce nouveau sentiment. L'expression de son visage est si poignante, lui qui d'ordinaire affiche un air si froid et indifférent, que Genma en reste stupéfait. Et à cet instant, tombant d'on ne sait où, une pluie de pétales de fleurs en papier commence à se répandre sur le couple. "....Qu'est-ce que c'est que ça...? De la neige.... de papier...? s'étonne Genma en tendant les mains. D'où vient-elle ?" Mais sans répondre, Himi qui a compris se penche sur son maître pour lui donner un baiser d'adieu. Tandis que la pluie de pétales se fait de plus en plus dense, son corps devient transparent, puis le Kami disparaît, détruit par l'excès de blessures qu'il a reçu. Les mains toujours tendues vers les pétales, Genma ne parvient pas à réaliser ce qui est en train de se produire. "....Hein...?....Himi...?" appelle-t-il, appuyé contre le mur du parking. Mais devant lui, posée sur le sol, ne subsiste qu'une petite poupée de papier, au buste fendu en deux, de l'être sublime et tant aimé qu'avait été Himi....

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Intrigue: Après la disparition de Himi, le premier réflexe de Genma est de se ruer chez Waki. "IL A SUBITEMENT DISPARU SOUS MES YEUX...!! crie le jeune homme hors de lui au Marionnettiste. EN UN INSTANT, SANS QUE J'Y COMPRENNE QUOI QUE CE SOIT, SOUS UNE PLUIE DE MORCEAUX DE PAPIERS BLANCS SEMBLABLES À DES PÉTALES DE FLEURS ! HIMI A DISPARU...!!" Mais face à la panique de Genma, Waki demeure aussi calme et décontracté que si son compagnon lui annonçait le temps qu'il fait. "Qu'est-ce que tu racontes, Genma ? répond-t-il nonchalamment. Himi n'a pas disparu, tu le tiens en ce moment-même dans ta main gauche." Face à la stupeur de Genma, Waki lui explique alors que cette petite poupée de papier est le véritable Himi, retourné à l'état de "papier blanc" parce son noyau, les matériaux enfouis au coeur de la poupée, a été détruit lorsque le Kami a été poignardé. Atterré, Genma se laisse glisser sur le sol. En dépit des explications du Marionnettiste, il ne comprend toujours pas, pas plus qu'il ne parvient à se faire à l'idée que son bien-aimé puisse être cette petite poupée en lambeaux. Waki se met donc en devoir de lui expliquer que lorsque un Kami n'a plus de Maître Kotodama et perd temporairement son utilité, en attendant de lui trouver un nouveau maître, le Marionnettiste le plonge dans l'inconscience et le ramène à cette forme de poupée, beaucoup moins encombrante que son aspect humain. Mais lorsque le noyau d'un Kami est atteint, comme c'est le cas de Himi aujourd'hui, il devient alors lui-même incapable de conserver sa forme humaine. En un mot, Himi est mort. Car même si leur longévité est de loin supérieure à celle des humains, les Kamis ne sont pas immortels et peuvent être tués.
Si Genma
reçoit un choc à cette nouvelle, il ne peut accepter
cette fatalité. Perdre son Kami, alors qu'enfin il avait
obtenu son amour ? "Est-ce qu'il n'y a rien à faire !? demande
Genma avec force. Vous êtes le Marionnettiste après
tout...!? Faites revenir Himi...!!" Waki s'attendait bien sûr
à cette requête. "Bah, si tu y tiens tant que ça,
répond-t-il un sourire aux lèvres, je vais ressusciter
Himi une nouvelle fois." - "C'est possible...!?" sursaute
aussitôt Genma, qui ne s'attendait vraiment pas à ce que
le Marionnettiste lui donne une réponse positive. - "Oui, car
il me reste encore des fragments de la "source" de Himi". Sur ces
mots, Waki ouvre l'un des nombreux tiroirs qui couvrent tout un pan
de sa chambre, dont il tire un pot au sceau brisé portant le
nom de "Himi". S'emparant de l'objet, il explique à Genma que
ce pot contient les restes, fragments d'os, cheveux et autres, du
Maître Kotodama qu'avait été Himi de son vivant,
au temps où il était encore un être humain. "Un
jour viendra où toi aussi, tu finiras rangé dans un de
ces tiroirs," achève Waki en gratifiant Genma d'un de ses
sourires les plus radieux. Tel est donc le destin des Maîtres
Kotodama après leur mort, devenir à leur tour Kamis
pour protéger les générations suivantes.
Néanmoins tout ceci importe peu à Genma. "Je me fiche
bien de ce que vous ferez de mes restes après ma mort,
lance-t-il à Waki. Si vous me rendez Himi tel qu'il
était avant, je veux bien faire n'importe quoi !" - "Ce n'est
qu'une poupée de papier avec une apparence humaine. Que se
passera-t-il si je prends tes paroles pour argent comptant ?"
réplique Waki avec malice. - "Il suffit,
dépêchez-vous de ramener Himi !! profère le jeune
homme, le visage menaçant. Sinon, je vous tuerais en utilisant
le Kotodama." Genma est très sérieux, il
n'hésitera pas à mettre sa menace à
exécution; mais loin d'impressionner le Marionnettiste, cela
ne fait que lui arracher un rire satisfait. "Ah ah ah ! Tu me menaces
?! Alors je n'ai pas le choix, plaisante-il. Je vais ressusciter
Himi. Et ce ne sera plus le Kami de quelqu'un d'autre, cette fois, il
appartiendra à toi seul."
Comme la poupée contenant le noyau est si abîmée que Waki aura besoin de temps pour la restaurer complètement, durant l'attente, il ordonne à Genma de travailler pour lui en tant que Maître Kotodama. Il demande donc à Asari de se matérialiser et de remettre au jeune homme le "Carnet d'Enma" (d'après le nom du Dieu des Enfers), qui contient la liste des personnes sur lesquelles doit être lancé un mauvais sort aujourd'hui. Un Maître Kotodama du nom de Takamitsu est seul à la résidence pour effectuer tous ces "travaux", nul doute que cela le soulagera d'obtenir cette aide inespérée. Mécontent de toutes ces manigances auxquelles adore se livrer le Marionnettiste, Asari élève aussitôt une protestation: il préfèrerait mourir plutôt que de servir un Maître Kotodama qui n'est pas le sien, alors qui protégera Genma des blessures qu'il recevra inévitablement au cours de ses "travaux" ? Genma répond aussitôt lui-même à cette remarque: il n'a besoin de personne. Son Kami est Himi, et il ne veut nul autre pour le remplacer. Sa réponse franche fait sourire Waki, de même qu'elle provoque une nouvelle fois sa satisfaction. "Je ne déteste pas ce genre d'idiots," profère-t-il avant de partir se mettre au travail. "Je n'ai qu'un seul Kami." "Je n'ai qu'un seul Maître." "Je ne désire qu'un seul être et nul autre, à jamais." Asari ne saurait contredire Genma, car telle est la fatalité du lien d'amour entre un Kami et son Maître Kotodama. Quant au jeune homme, tandis qu'il contemple l'une des minuscules pétales de papier nichée au creux de sa main, seule chose qui lui reste de son bien-aimé, lui reviennent en mémoire les images de son terrible sacrifice. "Himi. Himi. Himi........ Peu importe la gravité de mes blessures, le sang que je vais verser, la souillure que ce sang va m'infliger.... Peu m'importe, du moment que tu me reviennes.... Pour que tu reviennes entre mes bras, je risquerais même ma vie. Alors, rendez-moi Himi.... Rendez-moi mon Himi...."

Quelques heures se sont
écoulées. Quand Asari vient chercher Genma dans le
bâtiment isolé où il s'est retiré pour
officier, il le retrouve couvert de blessures sanglantes. Mais
qu'importe pour le jeune homme l'état dans lequel il se
trouve: à peine Asari lui annonce-t-il que la ressurection de
Himi vient d'être achevée et que Waki lui demande de
venir le rejoindre qu'il prend tout juste le temps de panser ses
plaies avant de se précipiter dans les appartements du
Marionnettiste. Là, au fond de cette chambre, un
enchaînement de passages conduit à un endroit où
seuls Waki et ceux bénéficiant de son autorisation
peuvent pénétrer, le Sanctuaire des Kamis. C'est dans
ce lieu étrange baigné d'une ambiance intemporelle et
mystique que Genma retrouve le Marionnettiste, qui porte le corps
inanimé de Himi dans ses bras. Genma n'en croit pas ses yeux !
Néanmoins Waki lui explique que tel qu'il est à
présent, bien qu'il ait retrouvé une apparence humaine,
le Kami n'est encore qu'une simple poupée de papier. Pour
qu'il s'éveille à la vie, il lui faut le nom d'un
Maître Kotodama ainsi que du sang. Le nom peut être celui
de n'importe quel Maître Kotodama existant ou ayant
existé, mais il est cependant plus indiqué d'appliquer
le nom du maître que le Kami va servir, cela rendra plus
profond le lien unissant les deux êtres. Himi portait
jusqu'à présent le nom de Seima, nom du père de
Genma, comme cela était inscrit sur la tête de la
poupée que le jeune homme a récupéré.
Mais à présent, Waki lui a attribué directement
le nom de Genma, il ne reste plus à ce dernier qu'à
donner son sang pour achever la
résurrection. Genma ne se fait pas prier: alors
qu'il serre dans sa main la lame du sabre que lui tend Waki, le sang
vient s'écouler jusqu'à la poitrine nue du Kami
étendu sur un matelas. A l'instant où ce sang humain
vient toucher la peau artificielle, le Marionnettiste enfonce d'un
coup la lame dans le corps de Himi, faisant pénétrer le
liquide à l'intérieur. Puis, une fois la lame
ôtée, la blessure infligée au Kami
disparaît comme par enchantement, sous les yeux d'un Genma
estomaqué par cette cérémonie. "Ensuite il
suffira que son Maître Kotodama prononce son nom pour qu'il
s'éveille, explique le Marionnettiste. Au bout de combien
d'appels va-t-il ouvrir les yeux ?.... Cela dépend
désormais de ton Kotodama, Genma." Et après avoir
lancé ces mots dans un sourire, tandis que le jeune homme
commence à appeler Himi, Waki s'éloigne, son rôle
achevé. ".....Tout cela pour une
simple poupée de papier à l'apparence humaine
...." prononce-t-il ironiquement,
répétant ses propres paroles de tantôt.
Néanmoins tout dans son comportement et dans ses actes montre
qu'il attend quelque chose de bien précis du lien unissant un
Maître Kotodama et son Kami, car c'est sur la force de cette
relation que Waki fonde un certain espoir, lui dont le passé
nous est encore inconnu....
Perdu dans les limbes de l'inconscience, telle une goutte d'eau qui fait des cercles de plus en plus larges en tombant à la surface d'une rivière, Himi entend une voix se répercuter dans sa tête comme un écho. ".....J'entends....une voix. .....Quelqu'un appelle..... "Himi"...? Est-ce que c'est un nom....? ......Est-ce que....c'est moi qu'on appelle....? C'est moi....? C'est mon nom ?" Tandis que l'appel résonne encore plus fort dans son subconscient, Himi ouvre brusquement les yeux, pour découvrir penché sur lui un jeune homme qui le contemple d'un air inquiet. "Tu me reconnais, Himi....?" demande ce jeune homme alors que le Kami le dévisage, encore égaré. Mais bientôt, un sourire radieux vient détendre ses traits. "Enchanté de faire votre connaissance, mon Maître," lance joyeusement Himi en se redressant. Et à ces mots, une horreur et une surprise sans nom viennent se peindre sur le visage de Genma. Aussitôt lui revient en mémoire cette vision qu'il avait vue en rêve, celle de son père serrant entre ses bras le corps inerte de Himi. "Ceci est ma poupée, Genma. Et tu t'imagines que je vais la céder à quelqu'un comme toi ?!!" En cet instant, alors que Himi ressuscité s'adresse à lui comme à un inconnu, Genma a l'impression d'entendre le rire dément de son père Seima.

A peine avise-t-il les blessures que porte son maître que Himi se rapproche de lui et s'empare de ses lèvres afin de le guérir grâce à son pouvoir. Mais à ce geste spontané, Genma est désormais convaincu que ce n'est pas le véritable Himi qui se trouve devant lui, Himi qu'il devait menacer pour qu'il se donne à lui et même pour qu'il lui tende simplement ses lèvres. C'est ainsi qu'une fois de retour dans les appartements de Waki, le jeune homme lui fait part de son mécontentement: "C'EST QUOI, ÇA !? DONNEZ-MOI LE VÉRITABLE HIMI !!" Soucieux, Waki s'avoue à voix basse qu'il se doutait que les conséquences de la resurrection du Kami ne conviendraient pas à Genma. Néanmoins il se met en devoir d'expliquer à ce dernier qu'il s'agit bien du véritable Himi, seulement il ne se rappelle plus rien de ses maîtres précédents, pas plus Genma que son père Seima. Car la perte totale de tous ses souvenirs est une conséquence inévitable quand un Kami revient à la vie après être retourné à l'état de "papier blanc", il est désormais comme une feuille vierge sur laquelle il faudra écrire une nouvelle histoire. Genma est atterré. Dans ce cas, cette resurrection n'est-elle pas dépourvue de sens ? Même si l'apparence extérieure du Kami est identique à celle qu'il possédait avant, si son esprit lui-même est différent, dépourvu de la mémoire qui avait forgé sa personnalité, alors il va de soi pour le jeune homme que ce n'est plus Himi. Waki a beau assurer que le Kami est tel que Genma le désirait, ce dernier proteste qu'il se trompe, pour finir par s'exclamer, hors de lui: "Jamais je n'ai voulu une telle contrefaçon !!"
Debout à
deux pas de là sous la protection d'Asari, Himi ne ressent que
désespoir: il vient à peine de s'éveiller
à la vie, et son maître, sa seule raison d'exister, le
rejette déjà.... Près de lui, Asari
élève la voix pour prendre sa défense, mais Himi
ne parvient même pas à entendre ses paroles tandis que
résonne dans sa tête la sentence de Genma:
"Jamais je n'ai voulu une telle
contrefaçon." Une
contrefaçon.... Est-ce lui que son maître qualifie de ce
terme ? Cela signifie-t-il qu'il ne veut pas de lui, qu'il ne
l'acceptera pas comme Kami ?
La nuit est tombée quand Genma réintègre la résidence héritée de son père, flanqué de son Kami amnésique qu'il s'est finalement résolu à emmener avec lui. Les lieux n'évoquent absolument rien à la mémoire de Himi, lui qui pourtant a vécu plusieurs dizaines d'années dans cette vieille maison, seul avec Seima. "....Euh, mon Maître, interroge-t-il bientôt afin de rompre le silence pesant, est-ce que vous vivez seul ici ?" Mais il n'a pas plus tôt formulé cette question que Genma, dont l'exaspération ne fait que croître, lui crie avec colère: "Arrête avec tes "Mon Maître", ça me donne la nausée ! Tu as même oublié mon nom ? demande le jeune homme tandis que le Kami s'excuse tristement. C'EST "GENMA" ! TANT DE FOIS POURTANT TU L'AS PRONONCÉ JUSQU'À CE JOUR...!!" A cet instant, une voix surprise s'élève dans le dos des deux compères. C'est Chidori, qui était morte d'inquiétude après avoir trouvé le parking où Genma gare d'ordinaire son véhicule couvert de sang. Comme le jeune homme ne répondait pas au téléphone, pressentant un drame, elle a fini par accourir à la résidence en espérant avoir des nouvelles. La jeune fille ne cache pas son soulagement de retrouver son meilleur ami sain et sauf, ainsi que Himi. Mais quand elle se tourne vers ce dernier, c'est avec stupeur qu'elle découvre que le Kami embarrassé ignore désormais qui elle est.
Plus tard, agenouillé dans la
véranda s'ouvrant sur le jardin traditionnel comme il en avait
l'habitude jadis, Himi se remémore sa conversation avec
Chidori. Une fois mise au courant de la situation, la jeune fille
n'en revenait pas que Himi ait pu ainsi tout oublier de son existence
passée tout en conservant la mémoire des gestes de la
vie quotidienne. Selon elle, cet état ne relevait pas de
l'amnésie, mais était plutôt comparable à
celui d'un ordinateur dont on aurait effacé le contenu du
disque dur pour ne conserver que les données système
qui lui permettent de fonctionner. Néanmoins, Himi s'excusant
encore une fois de cet état de
fait contre lequel il ne pouvait rien, Chidori lui avait
assuré que cette situation n'était au fond pas si
grave: bien sûr elle avait été attristée
quand le Kami lui avait demandé subitement qui elle
était, mais ce que Himi a oublié, il suffira qu'il
l'entre à nouveau dans sa mémoire. Tout ce qui compte,
c'est que Genma et lui soient sains et saufs. Chidori est vraiment
une jeune fille douce et épanouie, songe à
présent Himi avec une pointe d'amertume. Face à elle,
son maître ne laisse plus transparaître la moindre trace
d'irritation. Himi voudrait tellement que Genma le regarde avec
autant de sérénité qu'il contemple
Chidori....
Alors que le Kami se fait cette
réflexion, il sent soudain la présence du jeune homme
auprès de lui. Dans l'obscurité, Genma le toise de
toute sa hauteur, d'un regard si empreint de tristesse et de
mélancolie que Himi en a un coup au coeur. Tout en
répétant son nom, le Maître Kotodama s'agenouille
à ses côtés. Prenant le visage du Kami entre ses
mains, il promène tendrement ses lèvres sur ses joues
avant de rechercher sa bouche. Mais s'il ne repousse pas son
maître, avant d'aller plus loin Himi ne peut s'empêcher
de poser la question qui le préoccupe: "Genma-sama.... Mlle
Chidori.... est-elle votre petite amie....?" En guise de
réponse, d'un geste rageur Genma tire brusquement les cheveux
noirs qu'il caressait amoureusement un instant plus tôt. "Tu as
vraiment tout oublié.... Himi." Et sur ces mots, le jeune
homme s'empare brusquement des lèvres du Kami. Ses caresses se
font bientôt plus pressantes, ce qui ne manque pas d'effrayer
Himi, vierge à nouveau. En dépit du dévouement
qu'il éprouve envers Genma, aussi timide et pudique
qu'autrefois car telle est sa nature, il ne peut se résoudre
à faire ce que son maître attend de lui. Jusqu'à
ce que d'une voix tranchante, Genma
coupe net ses protestations: "NE TE REFUSE PAS À MOI, HIMI !!"
A ce ton impérieux, le Kami sursaute, s'immobilisant. Mais
d'autres injonctions ne tardent pas à fuser:
"Déshabille-toi", "Tes jambes ! Plie les genoux et
écarte-les !" ordonne Genma coup sur coup. Et bien que les
commandements de son maître mettent sa pudeur à rude
épreuve, Himi doit vite admettre qu'il est bien implacable d'y
contrevenir. Quand Genma s'étend sur lui et
pénètre son corps, cette sensation nouvelle lui cause
d'abord une peur atroce. Mais prisonnier de ses bras, Himi n'entend
bientôt plus que cette voix à la fois triste et
brûlante qui ne cesse de répéter son
nom....
Genma a fait
l'amour à Himi une partie de la nuit durant. "Himi....
Himi...! Souviens-toi de moi !" n'a cessé de prononcer le
jeune homme telle une incantation destinée à faire
ressurgir la mémoire perdue du Kami, comme si l'union de leurs
deux corps pouvait produire ce miracle. A présent,
épuisé par tous les événements de cette
journée éprouvante, Genma dort profondément,
mais éveillé, Himi décide d'obéir
à sa requête. C'est ainsi qu'il se lève et
commence à parcourir à demi-nu les couloirs noirs et
déserts de la résidence.... Un peu plus tard, Genma
finit par s'éveiller, et surpris de ne pas trouver son Kami
à ses côtés, il pressent immédiatement un
drame. Vite, il saute sur ses jambes et commence à rechercher
Himi dans toute la maison. Comme celle-ci s'avère
désespérément vide, le jeune homme
s'élance finalement sans même prendre la peine de se
chausser dans le jardin recouvert par la neige. C'est là qu'il
découvre enfin Himi, immergé dans l'eau glaciale du
bassin. Epouvanté, Genma se précipite à son tour
dans l'eau et saisit dans ses bras le corps artificiel
frigorifié. "Pourquoi...!?" s'exclame-t-il en serrant contre
lui son Kami inerte. Car à ses yeux, il ne fait aucun doute
que Himi a tenté de se suicider....
De longues heures plus tard, lorsque Himi émerge enfin d'un sommeil sans rêves, il est d'abord étonné de se retrouver étendu dans un lit à l'intérieur d'une chambre alors qu'il gisait dehors d'après ses derniers souvenirs. Cette pièce ne lui est pas inconnue.... Les appartements de Waki ? A peine le Kami a-t-il réalisé où il se trouve qu'il remarque la présence de Genma assis à son chevet, Genma qui garde la tête basse, la mine plus défaite que jamais. "Genma.... sama.... Pardonnez-moi.... prononce Himi tristement. J'ai eu beau faire de mon mieux, je ne suis pas parvenu à me rappeler mon existence antérieure...." A cet aveu, Genma se souvient soudain des mots qu'il n'avait cessé de répéter tout en courbant Himi sous ses assauts: "Souviens-toi de moi !" Dans son innocence et son désir de plaire à son maître, le Kami avait donc pris cet ordre au pied de la lettre ? "J'ai essayé de toutes mes forces de me souvenir, poursuit Himi. J'ai parcouru toute la maison à la recherche d'indices, l'intérieur comme l'extérieur. N'y aurait-il pas quelque chose que j'aurais déjà vu auparavant ? Un lieu ou un objet qui évoquerait ne serait-ce qu'un peu quelque chose à mon coeur ? Qui réveillerait en moi le passé et le souvenir de Maître Genma ?" Mû par le souhait émis par le jeune homme, Himi avait fini par arriver au bord du bassin, aux berges rendues glissantes par la neige encore fraîche. Tandis qu'il contemplait mornement son reflet dans le miroir liquide, le Kami avait glissé malencontreusement, se retrouvant plongé dans l'eau jusqu'aux épaules. A cet instant, il s'était remémoré la conversation échangée avec Chidori quelques heures plus tôt: la jeune fille avait raconté à Himi tout ce qu'elle savait de sa vie passée, entre autres qu'autrefois Genma et lui étaient tombés dans ce bassin lors de leur première rencontre, un jour d'hiver et de neige comme celui-ci.
Si
Himi avait été humain, sa chute dans l'eau glaciale
aurait peut-être provoqué le déclic susceptible
de lui rendre la mémoire; mais dans le cas du Kami, même
cette répétition brutale d'une expérience
antérieure s'était révélée vaine.
"....Rappelle-toi.... Rappelle-toi...!" s'était-il
ordonné, frappant son front de ses poings rageurs. "Je
n'arrive pas à me souvenir de quoi que ce soit !! Et pourtant
je le dois, sinon Maître Genma va finir par me détester,
et par m'abandonner...." Désespéré, Himi
s'était alors laissé glisser encore plus
profondément dans l'eau, en dépit des dommages que le
liquide allait inévitablement infliger à son corps de
papier. "Je n'ai jamais voulu une telle contrefaçon !" avait
crié furieusement Genma à Waki, ainsi, Himi
s'interroge: "Que dois-je faire pour pouvoir devenir le "Himi" que
vous souhaitez...? Pour parvenir à retrouver la mémoire
? Il n'y a rien en moi, rien dans mon coeur. Mes souvenirs ne
remontent qu'à l'instant où je vous ai vu lors de mon
éveil. J'étais heureux de vous entendre prononcer mon
nom. Mon coeur avait bondi de joie et d'orgueil, de dévouement
et d'amour respectueux.... Mon Maître...."
Assis au chevet du Kami, qui a failli périr indirectement par sa faute la nuit-même de sa résurrection, Genma a écouté son récit en silence, de plus en plus abattu comme en témoigne la courbure de son dos. "Genma-sama.... Je n'ai que vous au monde.... prononce Himi suppliant en tendant une main vers le jeune homme. Il n'y a que vous qui existez dans mon coeur.... Es-ce impossible entre nous ? Suis-je un fardeau trop lourd à porter ? Ne puis-je donc pas devenir votre Kami ? Je ferais n'importe quoi, promet Himi en serrant entre ses doigts le tissu du pantalon de Genma. Quoi qu'il advienne, je ferais tout pour
vous
protéger même en échange de ma vie. Alors, je
vous en supplie, gardez-moi près de vous.... Gardez-moi
auprès de vous, je vous en prie.... Genma-sama...." Himi
arbore en cet instant un air si malheureux que voilà Genma
pris d'un grave dilemne. Mais détournant les yeux, il finit
par conclure en se prenant la tête dans les mains: "Oui, mais
tu penses probablement ainsi uniquement parce que mon nom a
été gravé en toi !? C'est juste ce qu'on appelle
un phénomène d'empreinte. Tu n'éprouves pas de
véritables sentiments pour moi !"
Genma croit qu'en quelque sorte Himi a été "programmé" pour l'aimer, mais il va de soi que le Kami ne comprend rien à ses arguments. Le jeune homme n'a cependant pas le temps de s'expliquer davantage, car une voix vibrante de rage retentit soudain dans la pièce: "....J'ai toujours pensé que tu n'étais qu'un crétin, mais jamais je n'aurais cru que tu étais bête à ce point-là. ESPÈCE DE MOINS QUE RIEN !!" Sur ces mots Asari s'avance en brandissant le sabre de Waki - heureusement au fourreau - dont il frappe Genma au visage, avec une telle force que le dos du jeune homme vient violemment heurter le bois du shôji. Horrifié, Himi quitte aussitôt son lit pour venir se placer entre son maître et l'autre Kami. "Quest-ce que vous faites !? Arrêtez, Asari !" - "Ne te mets pas en travers de mon chemin, Himi, répond Asari avec froideur. Tu pourrais être blessé, tu sais ? Pousse-toi." - "....Non, je ne bougerais pas." Bras écarté, bien décidé à protéger Genma quoi qu'il lui en coûte, Himi lève vers son aîné un visage résolu: si Asari veut blesser Genma, il devra d'abord le tuer, dit éloquemment son regard sombre. Face à une telle détermination, Asari s'adresse à Genma: "Les Kamis sont comme les Humains, explique-t-il, ils ont des apparences physiques et des personnalités diverses. S'il y en a qui se vouent corps et âme à leur maître, d'autres s'appliquent juste à faire correctement leur travail sans excès de zèle. L'ancien Himi était prêt à faire n'importe quoi pour son maître. Et c'est pourtant pour toi qu'il est retourné à l'état de papier blanc, Genma ? A l'origine, Himi appartenait à ton père Seima.... Jusqu'à l'instant de son retour à l'état de papier blanc, Seima était censé être son seul et unique maître. Et pourtant, alors que tu n'étais qu'un homme ordinaire pour lui, Himi ne t'a-t-il pas protégé en risquant sa vie de Kami ?! Pourquoi ne parviens-tu pas à comprendre cela !?"
Au plaidoyer d'Asari, Genma relève
brusquement la tête, sidéré. En esprit, il revoit
la scène du sacrifice d'Himi et se dit qu'en
réfléchissant bien, il était inutile que le Kami
lui serve de bouclier comme il l'avait fait: même si le jeune
homme avait été touché par son assaillant, Himi
aurait pu ensuite guérir ses blessures sans problème.
Néanmoins il avait consenti à se sacrifice de sa propre
volonté, comme si tel avait été son souhait, et
en disparaissant avait adressé à Genma son premier et
dernier sourire. Genma lui avait avoué auparavant combien il
désirait son amour.... Alors le "Himi" d'aujourd'hui ne
serait-il pas la réponse à ce désir ? Par sa
"mort", Himi avait pour but de rompre son dernier attachement
à Seima afin de renaître en n'appartenant
désormais qu'à Genma ? C'est ce que ce dernier commence
à croire.... Il est cependant tiré de ses
réflexions par l'arrivée inopinée de Waki. "Si
ce Himi-là te déplaît à ce point,
laisse-le ici et va-t'en, Genma," proclame le Marionnettiste. "Il a
beau avoir ressuscité avec la même apparence qu'avant,
il ne conserve aucun souvenir de toi. Ce n'est pas le Himi que tu
désires, pas vrai, Genma ?
Bien que j'en sois désolé pour lui.... je vais le
ramener à nouveau à l'état de papier blanc !"
Sur ces mots, le Marionnettiste saisit brusquement la poignée
du sabre que tient Asari, l'ôtant du fourreau en un
éclair. Comprenant ce qu'il s'apprète à faire,
Asari lui crie d'arrêter, mais en vain, Waki plonge sa lame
vers la poitrine du Kami. Un horrible bruit de chairs
déchirées se fait entendre, du sang se met à
couler. Le sang de Genma, qui s'est jeté sur Himi au moment
où la lame de Waki allait le pourfendre et l'a
arrêtée de son bras. "Qu'est-ce.... qui vous prend !?
s'insurge le jeune homme, serrant les dents de douleur. QUI VOUS
PERMET DE TOUCHER À CE QUI M'APPARTIENT !?" -
"...."Ce qui
m'appartient" ? Je croyais que ce
n'était pas ton Himi ? rétorque Waki avec cynisme. Que
tu ne voulais pas d'une contrefaçon ?" - "....Ouais, c'est
exact, répond Genma. Je n'ai pas besoin d'une vulgaire copie.
Pour moi n'est véritable que ce que j'ai moi-même
choisi. Alors ce
Kami-là est Himi ! Mon
Himi."
Que dire de l'émotion qui saisit Himi à cette déclaration. S'il était humain, nul doute qu'il fondrait en larmes. Enfin, son maître s'est décidé à l'accepter tel qu'il est.... Quant à Waki et Asari, ils ne prennent même pas la peine de dissimuler leur consternation face à un tel revirement: si c'était pour arriver au bout du compte à une telle conclusion, Genma aurait pu leur éviter bien des soucis avec ses caprices, c'est ce qu'on appelle faire beaucoup de bruit pour rien ! Mais peu importe à Genma et à Himi les soupirs de lassitude de leurs amis. Une fois de retour à leur maison, ils s'enlacent, pressés de se donner l'un à l'autre à présent que les voilà soulagés d'avoir enfin reconnu leur amour mutuel. A peine ses lèvres entrent-elles en contact avec celles de Himi que Genma se retrouve guéri de sa blessure au bras. Le jeune homme ne tarde pas à étendre son Kami sur le sol de la véranda, aspirant à une union plus intime encore. Une seule chose continue de l'ennuyer: Genma aimerait bien que Himi cesse de lui appliquer le suffixe de politesse "sama" à chaque fois qu'il prononce son nom, ce genre d'égard ne convient pas du tout à sa personnalité. "Mais.... Alors comment dois-je vous appeler...?" demande Himi tandis que son maître dénoue son kimono. - "Genma tout court, c'est bien suffisant." - "....Genma...?" A peine Himi a-t-il répété timidement ce nom que ses yeux s'aggrandissent de surprise: pour la première fois, Genma le ténébreux lui adresse un sourire rayonnant....
Seize ans ont passé depuis, et devenu
un homme d'âge mûr, Genma Yashiro songe que jamais il
n'oubliera cet instant où pour la première fois Himi
avait prononcé son nom. Alors qu'il attend que Waki
achève la séance de maintenance de son Kami,
Raïzô s'adresse soudain à lui pour lui proposer de
venir prendre une tasse de thé au salon. L'homme de
ménage doit s'avouer qu'il est terriblement tendu face
à l'atmosphère oppressante qui se dégage de
Genma, mais prenant son courage à deux mains, il se
décide à lui parler: c'est Genma qui par
l'intermédiaire de sa société lui a
proposé de venir travailler logé au pair chez les
Mitô, et le jeune homme lui en exprime toute sa reconnaissance.
"Je suis vraiment heureux d'être venu vivre ici !" ajoute
Raïzô dans un sourire. Son visage jovial rappelle
aussitôt à Genma le petit garçon qu'il a connu
des années plus tôt. De caractère solitaire,
Genma jeune n'avait jamais eu l'intention de fréquenter autrui
plus que nécessaire, mais à partir du jour où
son voisin
du dessous, un
jeune père de famille doux et amical, l'avait découvert
gravement blessé pour avoir utilisé sans protection la
technique du Kotodama, bon gré mal gré Genma avait
commencé à tisser des liens avec la famille Shichikawa.
Tous deux cuisiniers, les parents de Raïzô tenaient un
petit restaurant, ainsi le garçonnet et son père
venaient de temps en temps apporter à leur jeune voisin des
denrées qu'ils avaient confectionnées. Un jour, Mr.
Shichikawa avait même avoué à Genma que
Raïzô n'était pas réellement son fils, son
épouse avait déjà cet enfant quand ils
s'étaient mariés. Et pourtant, l'enfant lui
était vite devenu aussi précieux que s'il avait
été de sa chair, tant il était mignon et
adorable. Quelle différence entre ce jeune père de
famille modèle et le propre père de Genma, qui n'avait
pas hésité à les jeter dehors sa mère et
lui en prétendant qu'il n'était pas son fils !
Malgré son désir de solitude, il n'est donc pas
étonnant que Genma se soit pris de sympathie pour Mr.
Shichikawa.
Seize ans se sont écoulés depuis que Genma a quitté le petit immeuble où il vivait avant d'emmenager dans la résidence de son père, et pour être franc, il avait fini par oublier la famille Shichikawa. Jusqu'à ce jour où Himi lui avait parlé de cette maison que l'Etat s'apprétait à saisir, vieille habitation de type traditionnel qui correspondait à celle que Genma recherchait pour l'un de ses clients, et dont le propriétaire portait le nom de Shichikawa. A la mention de ce nom, les souvenirs étaient aussitôt remontés à la mémoire de Genma et il avait eu le désir de faire quelque chose pour celui qu'il avait connu enfant et que l'on s'apprétait à exproprier, Raïzô n'ayant pas les moyens de payer les frais de succession après le décès de sa grand-mère. Néanmoins, il ne peut se résoudre à avouer au jeune homme qu'en réalité ils se sont déjà rencontrés dans le passé, et préfère mettre le bienfait qu'il lui a prodigué en lui trouvant un nouveau foyer et un travail sur le compte de Himi: "Mon Kami trouvait vraiment très triste que tu perdes ta maison, alors il voulait faire quelque chose pour toi. C'est pour cela que je t'ai proposé pour travailler ici." - "Hein !? Ah bon !? Alors il faudra que plus tard je remercie aussi cette personne !" Cependant Raïzô a autre chose à transmettre à Genma que ses remerciements, ainsi après quelques instants d'hésitation, il aborde le sujet qui le préoccupe le plus: en dépit de sa reconnaissance envers le businessman, il le prévient qu'il ne laissera plus Kon accepter les "travaux" que celui-ci pourrait lui proposer; quand Genma aura besoin des services d'un Kami sans maître, Raïzô l'enjoint donc à faire appel à un autre que Kon. A peine le jeune homme a-t-il proféré ceci que Himi dont la séance de maintenance vient de se terminer vient les rejoindre dans le salon. Waki l'a-t-il légèrement customisé ? - le Kami paraît encore plus beau qu'avant, plus adulte et serein. Tout en se levant pour partir, Genma donne sa réponse à Raïzô: "Fais comme bon te semble en ce qui concerne Kon. Il t'appartient déjà, non ? Waki m'a tout raconté. ....Tu as déjà perdu ta famille et ta maison, mais même si dans le futur tu venais à subir encore d'autres pertes, souviens-toi que ton Kami restera jusqu'au bout auprès de toi. Alors, prends-en bien soin. Et puis, encore une chose.... Tu es au courant ?"......
Quelques minutes
plus tard, Genma et Himi quittent la résidence pour regagner
leur voiture. "Vous êtes vraiment gentil, Genma, de lui avoir
enseigné tout cela," prononce le Kami le sourire aux
lèvres, faisant allusion à la conversation que son
maître pourtant peu bavard vient d'avoir avec Raïzô.
- "Il n'y a vraiment que toi et Chidori pour me qualifier de
"gentil", répond le businessman en bougonnant. - "....Pourtant
vous êtes vraiment quelqu'un d'une grande gentillesse,"
surenchérit Himi en contemplant son maître avec
tendresse. "Himi", c'est le nom que vous m'avez donné,
songe-t-il avec nostalgie, le nom qui détermine ce que je
suis. Votre Kami...." Mais embarrassé par ce regard plein
d'amour, Genma ne trouve rien de mieux à dire pour cacher sa
confusion que d'engager Himi à monter vite dans la
voiture....
Au même moment, dans la
résidence, Waki pousse un soupir de soulagement. "Ouf....
Terminé les séances de maintenance pour aujourd'hui."
Enfin il va pouvoir prendre le temps de siroter un bon verre de
saké, mais quand il demande à Raïzô de lui
en apporter une bouteille, le jeune homme se retourne vers lui le
visage livide, bouleversé de ce que vient de lui apprendre
Genma. "....Mr. Waki. Est-ce vrai que les Kamis versent des larmes
peu avant de retourner à l'état de papier blanc ?" -
"Mm ? C'est vrai, pourquoi ? répond le Marionnettiste à
la question de Raïzô. Les Kamis ne pleurent qu'une seule
fois dans toute leur existence, et ce au moment de retourner à
l'état de papier blanc. Des fragments de papier se mettent
alors à tourbillonner tels des pétales de fleurs
blanches. C'est vraiment très beau...." ajoute Waki
rêveur, imaginant la scène avec ravissement.
Raïzô se souvient avoir demandé à Kon
quelque temps plus tôt si des êtres comme les Kamis
étaient capables de pleurer, et d'un air un peu triste, Kon
avait répondu: "....Si jamais tu venais à mourir, je
pense que je pleurerais." A ce moment, Raïzô n'avait pas
compris le sens de ces paroles, mais à la lumière de ce
que lui a appris Genma, il réalise à présent que
sa propre
mort
entraînera également la "mort" de son Kami. A cause de
ce lien qui les unit, son cher Kon si doux et si fort
disparaîtra.... Comment s'habituer à cette idée ?
En larmes, le jeune homme quitte Waki pour se précipiter dans
sa chambre, où Kon se tient debout devant la fenêtre.
"....Raïzô ? Tu as mal quelque part ?" s'étonne le
Kami, surpris de voir son maître arborer une expression si
douloureuse. Pour toute réponse, l'homme de ménage le
prend dans ses bras. "Kon...! Je t'aime.... Je t'aime...."
répète-il inlassablement en serrant son Kami contre
lui. Et quand Kon répond simplement mais avec
sincérité qu'il l'aime lui aussi, cela ne fait que
provoquer chez Raïzô un nouvel accès de larmes.
"OUIIINNN !! Je te promets de vivre longtemps et de prendre toute ma
vie durant bien soin de toi !!"
.
Chapitre 2, page 115: Le soleil se lève sur le deuxième jour des séances de maintenance à la résidence de Waki. Dans la chambre qu'il partage avec Kon, Raïzô dort profondément, son Kami blotti entre ses bras, lorsqu'il est peu à peu tiré de son sommeil par deux voix qui chuchotent: "...Dis, ils dorment tous les deux complètement à poil, dit la première voix, ça veut dire que cette nuit ils se sont envoyés en l'air, pas vrai ?" - "Sûrement," répond l'autre. Ouvrant les yeux, Raïzô découvre penchés au-dessus de lui deux visages qui lui sont inconnus. Quand un troisième individu fait à son tour irruption dans la pièce en criant après les deux autres, de saisissement, l'homme de ménage se redresse si brusquement dans son lit qu'il fait glisser sa couverture. Seulement, le malheureux a oublié qu'il ne porte rien sur lui et il expose ainsi aux yeux de tous sa nudité ! "Eeeh ! souffle l'inconnu aux longs cheveux bruns. En bas aussi il est tout blond !" - "N'est-ce pas ce qu'on appelle un zizi du matin maxi-taille ?" souffle l'autre jeune homme avec admiration. Quant à Raïzô, qui ne comprend rien à la situation sinon qu'il vient accidentellement d'exhiber son impressionnante anatomie anglo-saxonne, il ne tarde pas à pousser des cris de pucelle outragée: "OUUIIIIN !! QUI ÊTES- VOUS !??"
Quelques minutes
plus tard, une fois tout le monde réuni dans la salle à
manger, les deux jeunes hommes se présentent à
Raïzô: ils se nomment Seiji et Tsukito Mitô et sont
les cousins de Shôi, Ôka et Kotoha. Ces séduisants
jumeaux présentent ensuite l'adolescent qui s'était
précipité dans la chambre à leur recherche comme
étant Hatsuhi, leur Kami. Mais occupé à
éplucher des pommes de terre dans la cuisine la larme à
l'oeil, l'homme de ménage tourne le dos aux deux lascars sans
paraître les écouter tant il a du mal à se
remettre de son réveil en fanfare du matin. Excepté Kon
qui le contemple avec sollicitude, personne ne semble compatir
à sa "mésaventure". "Quand tu vas au plumard, mets un
caleçon !" l'avertit Konoé sentencieusement.
Décidément, chaque jour Raïzô apprend
à ses dépends qu'il est bien difficile d'avoir une vie
privée quand on vit chez les Mitô ! Néanmoins
l'homme de ménage n'est pas le seul à voir les jumeaux
comme des éléments perturbateurs: Konoé non plus
ne semble guère ravi de leur présence, leur reprochant
d'être venus semer la pagaille dans la résidence si
tôt le matin. Seiji et Tsukito donnent pour explication
à leur arrivée un peu trop matinale la peur de l'
"affluence" en ce second jour de maintenance des Kamis: d'autres
membres du clan Mitô doivent également venir
aujourd'hui, ainsi les jumeaux ont jugé plus sûr de
venir rapidement afin de passer dans les premiers. Ôka
s'empresse néanmoins de les détromper: il n'y aura
finalement pas autant de visiteurs que prévu, car les gens de
sa propre lignée ne viendront pas cette fois. Sa soeur
aînée Kureba se trouve en effet en Allemagne et sont
petit frère Yugi en France, et tous deux ne rentreront au
Japon qu'à la fin de l'année. (Ôka n'est donc pas
la soeur de Shôi et Kotoha comme on pouvait le penser mais leur
cousine, ce qui n'avait pas été précisé
dans la série jusqu'à présent.)
Alors que les jumeaux ne cachent pas leur dépit de s'être levés de si bonne heure pour rien, Raïzô se tourne vers Ôka pour lui demander si son frère et sa soeur sont également Maîtres Kotodama. La jeune femme acquiesce et se propose de lui montrer une photo, ce que l'homme de ménage accepte avec joie. "Voici un cliché pris au début de cette année, la dernière fois que nous avons été tous réunis, explique Ôka en lui tendant un cadre. Nos Kamis sont eux aussi très photogéniques, n'est-ce pas ?" A peine a-t-il jeté un coup d'oeil à la photographie que Raïzô se retrouve sans voix: il connaissait la passion de Ôka pour le cosplay, mais ignorait qu'on trouvait aussi cette manie de se déguiser chez ses frères et soeurs ! Tandis que les six personnages de la photo posent devant un décor rappelant fort Ôsaka, non seulement il s'avère impossible de distinguer les Kamis des Humains, mais également les filles des garçons ! (On peut quand même déduire que le grand jeune homme déguisé en Lestat le Vampire doit être la soeur aînée de Ôka et la Claudia qu'il porte dans ses bras, son Kami femelle; que l'adolescent habillé en Sherlock Holmes est le petit frère et la religieuse, son Kami mâle !)
"Seules deux
autres personnes doivent encore venir aujourd'hui....
réfléchit Konoé à voix haute. Je crois
qu'il s'agit de Moriya et Ryûsei ?" A cet instant, Kotoha
encore tout ensommeillé et revêtu d'un pyjama trop grand
pour lui fait son apparition dans la salle à manger. Lui qui
adore les glaces recherche aussitôt sur la table sa
denrée favorite. Mais quand il découvre les pots vides,
le choc achève de le réveiller. "Désolés.
Nous les avons toutes mangées," lance gaiement Tsukito. Si les
jumeaux paraissent ignorer quelle catastrophe ils sont sur le point
de déclencher pour s'être laissés aller à
leur gourmandise, Konoé, lui, le sait et blêmit en
sentant la colère froide qui monte chez son maître.
"Hiiii !! Kotoha ! Kotoha ! Calme-toi !!" supplie-t-il pris de
panique alors qu'un pouvoir écrasant commence à
émaner du corps du garçon. Mais une autre voix fait
bientôt écho à la sienne, et à peine
Kotoha l'entend-t-il que l'aura glaciale qui avait déjà
commencé à congeler Tsukito et Seiji se dissipe
aussitôt: "Kotoha-san, appelle joyeusement Raïzô,
votre petit déjeuner est prêt. Je vous ai
préparé un flan pour le dessert." - "....Et la
glace...." demande l'adolescent tristement. - "Il n'en reste plus,
mais j'irais en racheter, promet Raïzô. Ah, et que
voulez-vous que je vous prépare pour le goûter ? Un baba
au rhum ou de la glace au caramel salé ?" - "De la glace !"
répond bien évidemment Kotoha, adressant à
Raïzô le plus beau des sourires. Les jumeaux en ont le
souffle coupé ! "Oooh ! Terrible ! s'exclame Seiji admiratif
en posant ses deux mains sur les épaules de l'homme de
ménage. C'est surprenant ! Jamais je n'aurais cru que
quelqu'un d'autre que Konoé soit capable d'apprivoiser cette
bête enragée !" - "Tu es un héros",
renchérit Tsukito. Il va sans dire que Raïzô ne
comprend rien à ces éloges dont il fait l'objet, pas
plus qu'il ne comprend encore pourquoi les jumeaux qualifient Kotoha
de "bête".
A ce moment, réveillé et amené par Kon, Waki apparaît à son tour dans la pièce. "Eh bien, eh bien. Je vois que vous avez sympathisé avec Raïzô, lance le Marionnettiste en découvrant l'homme de ménage entouré des jumeaux. Les séances de maintenance sont bien animées, cette année." Apercevant Hatsuhi, Waki se dirige aussitôt vers lui et prenant le menton délicat du Kami entre ses doigts, l'oblige à lever la tête. "Est-ce que les jumeaux prennent bien soin de toi, Hatsuhi ?" demande-t-il. - "Ils sont trop bêtes et cela m'ennuie, répond le Kami. J'aimerais bien que ce soient eux qui passent en maintenance à ma place, ils en ont grand besoin." - "Comme c'est méchant, souffle Tsukito en entendant ces mots. Alors que nous te chérissons tant." - "Quand la maintenance sera terminée, tu seras châtié !!" ajoute Seiji en faisant un geste qui ne laisse plâner aucun doute sur le contenu de la punition. - "VOUS ALLEZ LA BOUCLER, CRÉTINS !!" crie le Kami rouge de honte. Mais l'instant d'après, les jumeaux s'agenouillent devant Waki en étalant à ses pieds des présents. Raïzô n'en croit pas ses yeux: deux caisses de homards, ainsi que plusieurs bouteilles d'alcools aussi fins que chers ! "Nous comptons sur vous pour la maintenance d'Hatsuhi !!" s'exclament en choeur Tsukito et Seiji. Et la valeur des cadeaux qu'ils lui ont apportés arrache à Waki un sourire rayonnant. "Aah, d'un coup je me sens l'envie d'accéder à la moindre de vos requêtes," déclare le Marionnettiste. Face à cette expression de bonne volonté, les jumeaux ne se font pas prier: ils demandent aussitôt à Waki d'upgrader Hatsuhi par une foule de détails d'ordre physiques et sexuels destinés à augmenter sa séduction, réclamant des têtons roses et l'emplacement de nouveaux grains de beauté ! "Mais vous allez vous taire, les deux idiots !" peste le Kami écarlate tandis que Waki l'entraîne déjà avec lui.
"Eh oui, la
maintenance de Waki dépend aussi de l'argent qu'on
possède," lance sentencieusement Ôka avant de
réintégrer sa chambre avec Bénio. - "QUÔAA
!? s'écrie aussitôt Raïzô
épouvanté. Mais quand Kon a passé à la
maintenance, moi je n'ai rien donné à Mr. Waki...!"
L'homme de ménage craint d'avoir commis par ignorance une
impolitesse, néanmoins son Kami s'empresse de le rassurer:
"Mon corps n'a pas spécialement été
amélioré, tu sais ? D'ailleurs tu as eu tout le temps
de le vérifier par toi-même la nuit dernière, non
?" ajoute Kon, baissant la tête en rougissant. - "....Oui,"
acquiesce Raïzô au bout d'un instant, s'empourprant
à son tour. Et à les voir ainsi face à face
à se contempler éperdus d'amour, une seule et
même phrase monte aux lèvres des jumeaux:
"L'EXEMPLE-MÊME DU COUPLE D'AMOUREUX IDIOTS !" Quant à
Konoé, il se dit que Raïzô a bien de la chance que
Kon ait pu éviter toute customisation abusive, lui que Waki a
arbitrairement "défiguré" en lui rasant son bouc !
Tsukito ne manque d'ailleurs pas de lui rappeler cette
mésaventure, mettant celle-ci sur le compte du
désintéressement de son maître à son
égard. "La ferme, les jumeaux !! En tant que comédiens
de doublage à succès, vous, vous ne manquez pas
d'argent !!" - "HEIN !? Vous êtes jumeaux !? s'étonne
Raïzô, qui l'ignorait encore. Et en plus comédiens
de doublage ?!?" - "Yes, répond Tsukito à la
première question, mais comme nous ne sommes pas nés du
même oeuf, nous ne nous ressemblons pas." - "Tous les deux,
nous sommes de vrais doubleurs-idoles, continue Seiji. Nous incarnons
des personnages de dessins-animés, de jeux vidéo....
Nous participons à des émissions radio, enregistrons
des CD, participons à des conventions.... Ah, et ces derniers
temps nous sortons aussi beaucoup de CD dramas." - "CD drama ?"
répète Raïzô, ignorant de quoi il s'agit. -
"Comment dire, c'est comme un film dont il n'y aurait que le son
?...." tente d'expliquer Seiji. - "J'ai sur moi un échantillon
que notre agence nous a remis hier, intervient Tsukito. Ça te
dirait de l'écouter ?" - "Bien sûr !" répond
l'homme de ménage ravi. Plein d'impatience, il place donc sur
ses oreilles le casque du baladeur CD prêté par Tsukito.
Mais le malheureux manque avoir un coup de sang quand des
gémissements et des cris de plaisir se font soudain entendre,
le récit commençant tout de go par une scène
d'amour des plus chaude ! Car le CD n'est autre qu'une compilation
d'histoires de Boys Love, avec l'un ou l'autre des jumeaux dans le
rôle du héros actif et dans celui de leur partenaire
passif, leur Kami Hatsuhi ! Chaque court récit laisse la place
à un autre d'une lascivité encore plus
débridée, mettant par exemple en scène un
professeur livré aux mains d'un de ses élèves,
un jeune noble ruiné contraint de se "marier" avec un homme
riche pour sauver sa famille, en passant bien évidemment par
l'inévitable Sheik arabe et son insoumis favori du harem
!
"Alors ? Quelles
sont tes impressions après avoir écouté un CD de
Boys Love ?" demande gaiement Tsukito à Raïzô. -
"C'est très divertissant, pas vrai ?" renchérit son
frère. Jamais l'homme de ménage n'avait entendu pareil
enregistrement, pas étonnant qu'il ait besoin d'un petit
moment pour s'en remettre ! Pourtant, en rendant leur baladeur aux
jumeaux, il ne manque pas de les complimenter: "Votre jeu est
vraiment percutant, tous les deux. J'en ai encore le souffle
coupé." - "Normal, répond Seiji avec fierté,
nous avons voué nos vies au métier de doubleur." - "Au
fait, intervient Konoé en se levant de table avec Kotoha, j'ai
appris que vous alliez prochainement jouer dans un programme
spécial ? Bah, bonne chance." - "Hein ? Comment es-tu au
courant ?" s'étonne Tsukito. - "Konoé, tu ne serais pas
par hasard l'un de nos groupies !?" ajoute Seiji. - "Pas fous, non ?!
J'ai lu ça sur internet !" proteste immédiatement le
Kami, offensé que l'on puisse croire qu'il est fan des
jumeaux. Cependant la nouvelle qu'il vient de formuler
intéresse grandement Raïzô, qui devine
aussitôt de quel genre de programme
télévisé il s'agit. "C'est un feuilleton de
super-héros, n'est-ce pas !? demande-t-il enthousiaste.
Où les bons se battent contre les sociétés du
crime...." - "Oui, mais les rôles que nous avons sont ceux des
méchants qui passent leur temps à tourmenter le
malheureux héros," explique Tsukito. - "Les Commandants
Jumeaux des Ténèbres," complète Seiji. Si
Raïzô se montre dépité, il lui faut
reconnaître qu'au fond il s'y attendait: les deux frères
ne jouent que des rôles de méchants, et cela leur va
à ravir !
Mais bientôt un fait se présente
à l'homme de ménage: quand on interprète ce type
de rôle, on est régulièrement amené
à prononcer des phrases du genre "Crève" ou "Je vais te
tuer"; puisque tout ce que les Maîtres Kotodama prononcent
finit par se réaliser, n'est-il pas malaisé pour les
jumeaux de formuler de tels dialogues ? A cette question,
inhabituellement sérieux, Tsukito et Seiji échangent un
regard lourd de sens, avant de répondre à
Raïzô que dans leur cas déclamer de telles phrases
ne présente aucun risque pour autrui: sans doute parce qu'ils
sont jumeaux, quand ils parlent individuellement, ils sont incapables
d'utiliser l'art du Kotodama. Pour déclencher leur pouvoir, il
leur faut parler exactement en même temps, voilà
pourquoi ils ne possèdent qu'un seul Kami pour eux deux. Cette
gemellité qui avait affaibli leur pouvoir en le divisant en
deux leur avait vallu dès leur plus jeune âge
d'être placé au ban de leur famille,
considérés comme des bons à rien. Pas
étonnant qu'on leur ait donc
attribué le Kami le plus faible. Néanmoins,
quand ils avaient pour la première fois rencontré
Hatsuhi, Tsukito et Seiji avaient été frappés
par la grande force de caractère de ce Kami d'aspect pourtant
si frêle. "Qu'est-ce qui vous démoralise autant ? avait
demandé Hatsuhi en prenant la main de chacun des jumeaux. Vous
voilà enfin reconnus. Vous possédez suffisamment de
pouvoir pour qu'on m'ait donné à vous, alors vous
devriez être fiers ! Ne croyez pas d'avance ce que disent ceux
qui vous qualifient de "faiblichons" ! Ce qu'on raconte sur vous se
révélera-t-il vrai ou inexact ? A partir de maintenant,
tout dépendra de vous. Si votre pouvoir de Maîtres
Kotodama est réellement faible, alors il vous suffira de
rechercher le moyen de l'utiliser avec le maximum
d'efficacité, pas vrai ? En plus, ajouta le Kami en gratifiant
ses nouveaux maîtres d'un sourire engageant, tous les deux,
vous avez vraiment de bonnes voix ! Savez-vous qu'on tombe en extase
rien qu'en les écoutant ? J'ai de quoi être fier
d'être votre Kami."
Aussi stupéfaits qu'impressionnés par les paroles d'encouragement d'Hatsuhi, Seiji et Tsukito étaient restés un moment à le contempler, sans voix. Mais bientôt, ils s'étaient précipités sur lui pour le serrer dans leurs bras ! Le Kami avait raison: il n'existait pas une seule carrière possible pour les jumeaux, eux qui avaient toujours souhaités plus que tout faire un jour la fierté de leurs proches. Pour peu qu'ils le souhaitent et qu'ils consentent à faire des efforts, s'offriraient à eux une multitude de choix....
Après avoir entendu l'histoire de ses nouveaux amis, Raïzô leur assure que c'est finalement une chance pour eux que leur pouvoir de Maîtres Kotodama soit aussi faible. "Quand on y réfléchit bien, c'est plutôt rassurant. Même si vous prononcez par mégarde des paroles méchantes, elles restent sans aucun effet," explique-t-il à l'étonnement des jumeaux. C'est bien la première fois qu'on leur dit une chose pareille ! Cependant leur surprise laisse vite place à un sourire rayonnant. "N'est-ce pas ? acquiescent-ils en choeur. Ah, tu es vraiment quelqu'un de bien ! Tu t'appelles Raïzô, c'est ça ? En fait Asari nous a déjà parlé de toi. Nous voulions à tout prix faire ta connaissance. Sais-tu qu'il t'appelle "le gentil toutou maladroit" !?" - "QUÔA !?" Quel choc pour le pauvre Raïzô d'apprendre qu'on l'a affublé d'un surnom pareil - même s'il est parfaitement mérité ! "Asari-san, vous êtes horrible !" s'écrie-t-il comme si le doyen des Kamis pouvait l'entendre. Mais il comprend aussi d'un coup pourquoi Asari est rentré si vite la veille au soir en compagnie de Shôi, car connaissant l'incapacité des jumeaux à tenir leur langue, il devait se douter que ceux-ci iraient raconter à l'homme de ménage tout ce qu'il leur avait raconté !
La
journée s'écoule paisiblement, jusqu'à 15 h de
l'après-midi. La pendule de la salle à manger ne tarde
pas à sonner l'heure du goûter, mais quand Kotoha quitte
sa chambre pour venir à table, c'est pour y trouver les
jumeaux déjà installés devant des coupes de
glace désespérément vides. "Désolé
! On a aussi mangé ta part," lance Seiji, l'air pas le moins
du monde navré. - "C'était très bon, la glace au
caramel," ajoute cruellement Tsukito. Tous deux prennent visiblement
un malin plaisir à tourmenter le malheureux Kotoha en le
privant de son aliment favori. Mais alors qu'un blizzard mordant
commence à s'élever du corps de l'adolescent, c'est sur
Raïzô que Konoé décharge sa colère en
l'attrapant par la gorge: "Pourquoi n'en as-tu pas
préparé en plus grande quantité, crétin
!?!"
.
Nous voilà
en fin d'après-midi, le soleil commence à
décliner. Quelque peu apaisé par la promesse de
Raïzô de lui confectionner une autre glace, Kotoha est
finalement parvenu à maîtriser sa rage et s'en est
retourné dans sa chambre. Mais il n'arrête pas de bouder
depuis, ce qui commence à ennuyer son compagnon Kami.
"Jusqu'à quand as-tu l'intention de faire la tête,
Kotoha ? demande Konoé tout en travaillant sur son ordinateur
portable. S'il s'agit de ta glace, Raïzô t'a pourtant bien
dit qu'il t'en ferait une autre ? Alors qu'est-ce qui ne te
plaît pas ? J'arrête pas de te répéter que
tu devrais exprimer à voix haute ce que tu penses, alors vas-y
?" Après quelques instants d'hésitation, l'adolescent
se décide finalement à parler, bien que ses propos ne
manquent pas de plonger le Kami dans le désarroi:
"....Konoé. Tu ne me fais.... plus rien qui me donne du
plaisir.... Auparavant.... dans un moment pareil, tu m'aurais
embrassé...." - "Ne change pas de sujet en passant de la
bouffe à l'appétit sexuel, rétorque le Kami avec
lassitude. Voilà pourquoi les autres te traitent de
"bête". Néanmoins Konoé se résoud à
accéder aux désirs de son maître, et se penchant
sur l'adolescent étendu sur son lit, il lui demande d'ouvrir
la bouche et de tirer la langue. A quoi Kotoha s'attendait-il ? A
recevoir enfin un baiser, bien sûr. Néanmoins c'est un
cube de caramel que son Kami lui dépose sur la langue. "Si ta
bouche s'ennuie tellement, tu n'as qu'à bouffer un caramel."
Par son comportement négligeant, Konoé ne se doute pas
qu'il vient de faire grimper le niveau de stress de Kotoha à
60 % de sa capacité maximale, et qu'un rien suffira
désormais pour que le fauve qui sommeille en lui vienne
à se libérer !
Mais dans une autre partie de la résidence, Waki vient enfin annoncer aux jumeaux que la maintenance d'Hatsuhi est terminée. Cela lui a pris presque toute la journée, car après toutes les "améliorations" qu'ont demandé les maîtres du Kami, il lui a fait subir une séance complète. A peine ont-ils appris la nouvelle que les deux lascars se lèvent brutalement de table. Tandis que Seiji se jette sur Hatsuhi et l'entraîne avec lui dans le couloir, Tsukito glisse discrètement à Waki un billet de 10 000 Yens: "Laissez-nous deux heures." Satisfait d'avoir bien gagné sa journée, indifférent à ce qui va à présent arriver au malheureux Kami, le Marionnettiste demande à Raïzô de lui préparer un luxueux repas de filets de langoustes et de saké tiède, repas amplement mérité !
Une fois obtenue
la "bénédiction" de Waki, les jumeaux s'enferment avec
leur Kami dans une chambre inoccupée attenante à celle
de Ôka, qui n'a aucun mal à deviner ce que ces derniers
vont y faire. "HATSUHI ! crie Seiji le premier en prenant la
tête du Kami entre ses mains. Waki a beau nous avoir
assuré que tout allait bien, je suis quand même inquiet
!!" - "Parfaitement, acquiesce son frère. Ce serait ennuyeux
qu'il t'ait customizé en cachette dans des endroits que l'on
ne voit pas. Si nous devons vérifier, autant le faire au plus
vite." - "Attendez...! proteste aussitôt Hatsuhi en reculant
contre la fenêtre. Tsukito. Seiji. Qu'avez-vous l'intention de
faire...!?" - "Pourquoi as-tu l'air si inquiet, Hatsuhi ?" demande
Seiji tandis que son frère et lui laissent négligemment
glisser leurs vestes à terre. - "Je vous préviens....
Si vous me faites subir ici des trucs érotiques, je ne vous
pardonnerais pas !" - "Mais non, mais non. C'est juste une
FOUILLE-AU-CORPS !" répondent en choeur les jumeaux, tirant
brusquement sur la fermeture éclair du blouson du Kami.
Voilà bon gré mal gré Hatsuhi livré
à demi-nu entre les mains avides de ses maîtres, qui ne
tardent pas à le faire fondre de leurs baisers. Sous le
prétexte d'une fouille corporelle en règle, ils en
profitent pour lui infliger de brûlantes tortures
érotiques. Mais lorsque Seiji s'apprète à
pénétrer en lui, cette fois Hatsuhi leur rappelle avec
force son avertissement: "Si vous me faites l'amour ici, je ne vous
pardonnerais pas !" - "Chut, l'enjoint Tsukito en lui glissant deux
doigts dans la bouche. Si tu élèves trop la voix,
quelqu'un pourrait venir voir ce qui se passe, tu sais ? A moins que
tu préfères le faire sous le regard de spectateurs ?
Personnellement, ça ne me
dérange pas." Ne pouvant répondre ainsi
baillonné, Hatsuhi pétris de honte secoue
vigoureusement la tête. "Alors, je n'ai pas le choix, poursuit
Tsukito. Si cela pose problème qu'on entende le son de ta
voix, je me vois dans l'obligation d'entraver ta mignonne bouche." Et
sur ces mots, Tsukito ôte ses doigts de la bouche d'Hatsuhi
pour les remplacer par son pénis. Harcelé d'un
côté par Seiji et de l'autre par son frère,
Hatsuhi oublie bientôt réticence et pudeur. Après
que tous trois aient atteints en même temps le sommet du
plaisir, les jumeaux apaisent leur kami à bout de force en
l'embrassant tendrement....
Le soir venu, au moment du dîner, Raïzô sert enfin à Kotoha le dessert qu'il lui avait promis: un assortiment impressionnant de crèmes glacées de toutes sortes, glace au caramel salé, sorbets, et jusqu'à un gâteau fourré de crème glacée. "Quelle chance, Kotoha...." souffle Konoé soulagé, couvert de morsures après que son maître ait passé sa mauvaise humeur sur lui. "Rempli toi la panse jusqu'à la crise de foie !" Mais alors que Kotoha emporte son festin pour aller le dévorer dans sa chambre, des bruits de pas précipités se font soudain entendre dans le couloir: furieux après ce que lui ont fait subir les jumeaux, Hatsuhi s'enfuit sans même prendre la peine de se rhabiller ! "Attends, Hatsuhi !" crie Seiji lancé à sa poursuite. - "Oui, attends, insiste Tsukito. Tu sais bien que tu ne peux pas rentrer seul ? Tu ne sais pas conduire." - "LA FERME ! JE NE VOUS CONNAIS PAS !!" En courant ainsi après le Kami, Seiji bouscule malencontreusement Kotoha posté sur sa trajectoire. Et ce qui devait arriver se produit: l'assiette échappe des mains de l'adolescent et voilà l'assortiment de glaces répandu sur le parquet. Livide, Konoé retient son souffle. Et la réaction ne se fait pas attendre. "MA GLAAAAACE !!" hurle Kotoha en laissant exploser sa frustration et sa fureur. Son pouvoir est si grand que les murs de la moitié de la résidence se fissurent tandis que toutes les vitres volent en éclats ! Sans compter les ultrasons produits par le verre en se brisant qui rendent Raïzô complètement sourd, jusqu'à ce que Kon le guérisse d'un baiser.
"C'est pas vrai,
souffle Ôka en arrivant sur les lieux du cataclysme avec
Bénio. Même démis de ses fonction, on voit bien
que Kotoha est l'ancien chef du clan Mitô. J'en avais
déjà entendu parler, mais son pouvoir de destruction
est réellement terrifiant." Mais à présent qu'il
a laissé évacuer son stress, Kotoha est redevenu
lui-même, un adolescent frêle et apathique tristement
accroupi sur le sol à fixer les vestiges de son dessert.
Après tout ce qui lui est arrivé durant ce jour,
même l'énième promesse de Raïzô de lui
préparer encore une autre glace ne parvient plus à le
réconforter. Et au bout d'un moment, finit par arriver le
maître des lieux. "Aah, il va falloir encore une fois tout
reconstruire ? constate Waki, sans s'émouvoir outre mesure de
l'état pitoyable de sa demeure. KONOÉ. Je compte sur
toi pour tout remettre en ordre." - "Quoi ? Mais ce sont les jumeaux
qui sont les responsables ?!!" proteste le Kami en sursautant
à son nom. - "Peut-être, mais c'est Kotoha qui a tout
détruit.... C'est normal que ce soit toi qui paye." - "MAUDITS
JUMEAUX !! REVENEZ...!!" Mais il est trop tard, Seiji et Tsukito sont
déjà partis, alors selon la décision de Waki,
tous les frais de ravalement furent attribués à la
charge de Konoé. Et à la nuit tombée, quand un
autre Maître Kotodama du clan Mitô vint pour la
séance de maintenance avec son Kami, ce fut pour apprendre
qu'il s'était déplacé pour rien, les
séances étant suspendues durant toute la durée
des travaux. Quant à Raïzô, jamais il n'osa
demander à combien de millions de Yens s'élevait le
montant des dégâts !
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Chapitre Bonus: "L'Esclave de l'Amour", page 183: "Du jus de tomate.... s'étonne un jour Chidori en trouvant une boîte vide de ce breuvage sur le bureau de Genma. C'est quand même pas Yashiro qui a bu ça ?" - "Si, lui répond Himi. Comme je trouvais qu'il ne mangeait pas suffisament de légumes ces derniers temps, je lui ai fais boire du jus de tomates avec son déjeuner." - "Il a horreur de ça mais parce que c'est vous qui lui en avez donné, il l'a bu sans rechigner. Ah ah !" Si le comportement docile qu'adopte Genma quand il se trouve avec son Kami amuse beaucoup Chidori, il n'en est guère de même pour Himi, plongé dans le désarroi: encore une fois, il vient de servir à son maître quelque chose qu'il n'aime pas et cela le tourmente, même si Genma ne se plaint jamais. Voilà déjà deux mois qu'Himi a ressuscité et que Genma l'a accepté en tant que Kami. Les jours s'écoulent si paisiblement que la souffrance éprouvée lors des premiers jours de sa nouvelle vie paraît n'avoir jamais existé. Néanmoins, parfois, le Kami ne peut s'empêcher d'être inquiet, de douter. Convient-il réellement à Genma tel qu'il est à présent ? Qu'aurait-fait l'ancien Himi dans telle ou telle situation ? Il est tellement frustrant pour le Kami d'avoir tout oublié de Genma, ses goûts alimentaires, ce qu'il déteste, ses habitudes. Et puis.... il y a aussi la nuit, quand tous deux se retrouvent seuls dans l'intimité de leur chambre. Parfois, son maître demande à Himi des choses déroutantes qui mettent à mal sa pudeur, alors que Genma lui assure qu'il aimait cela auparavant.

Une nuit que Genma lui avait fait
passionnément l'amour, pressé tout contre lui, Himi
avait osé demander: "....Genma, est-ce que je parviens
à vous donner du plaisir.... même tel que je suis
à présent ?...." - "Bien sûr, sinon je ne te
ravagerais pas comme je le fais, avait répondu Genma,
étonné de cette question. Qu'est-ce qui te prends tout
à coup de me demander un truc pareil, idiot !" - "....Tant
mieux...." avait soupiré Himi soulagé. Mais tout en
étendant doucement son Kami sur le fûton, Genma avait
demandé à son tour: "Et toi, Himi ?" - "Comment ?" -
"J'ai remarqué que plutôt que de te tenir à
l'envers ou de monter sur moi, c'est dans cette posture que tu te
sens le plus à l'aise." A cette remarque, le feu monte aux
joues de Himi quand il comprend que son maître fait allusion
aux positions durant l'acte sexuel. "Est-ce que je me trompe ?"
insiste Genma,
si bien que le
Kami finit par bredouiller, baissant les yeux sous l'effet de la
honte: "Ah.... Moi.... Du moment que ce soit vous qui me
l'infligiez.... je suis heureux de tout ce que vous me fai...."
Néanmoins Himi n'a pas terminé sa phrase que son
maître lui clot les lèvres d'un baiser.
Pénétrant à nouveau en lui, Genma lui fait
l'amour encore une fois, encore plus fort, tant les
déclarations si pudiques qu'il parvient à arracher au
Kami ont le don de l'enflammer....
Rien que de se remémorer cette brûlante scène d'amour, Himi en a le feu qui monte aux joues. Bien sûr, son trouble n'échappe pas à Chidori. "Himi, tout va bien ? demande-t-elle. Vous êtes tout rouge !" - "Hein !? Heu, oui, ça va, je vais bien !!" s'empresse-t-il de répondre paniqué. On dirait bien que même les Kamis ne sont pas immunisés contre cet amour qui rend idiot !
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