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* Love Mode 1 -----------------* Love Mode 2------------------- * Recipe----------------- * Ze 6
* Love Mode 3 -----------------* Love Mode 4------------------- * Ze 1- ------------------ * Ze 7
* Love Mode 5 -----------------* Love Mode 6------------------- * Ze 2 ------------------- * Ze 8
* Love Mode 7 -----------------* Love Mode 8------------------- * Ze 3 ------------------- * Ze 9
* Love Mode 9 -----------------* Love Mode 10----------------- * Ze 4
* Love Mode 10 - 2ème partie ------* Love Mode 11-------- * Ze 5
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Intrigue: Raïzô John Shichikawa, jeune homme au coeur pur un peu maladroit et naïf, vient de perdre sa grand-mère, le seul parent qui lui restait au monde, ainsi que sa maison dont il n'avait pas de quoi payer les frais de succession. Mais bien que sans abri et sans le sou, doté d'une personnalité optimiste et d'un courage qui le pousse malgré les malheurs à aller de l'avant, Raïzô n'est pas du genre à s'appitoyer sur lui-même. C'est ainsi que ses études secondaires achevées, le jeune homme monte à Tôkyô la capitale afin d'intégrer l'école de cuisine dont il a réussi le concours d'entrée, tout en cherchant un travail afin de payer ses études et subvenir à ses besoins. Grâce à l'entremise d'un certain Genma, Raïzô se fait finalement embaucher comme homme de ménage dans la luxueuse résidence de style ancien de la famille Mitô. Six jeunes gens vivent dans cette maison: tout d'abord Waki, le maître des lieux, un séduisant trentenaire plutôt cool qui ne quitte jamais son kimono et passe son temps à siroter du saké; puis Ôka Mitô, l'élégant dandy aux airs un brin pervers "d'initiateur", toujours affublé de sa copine Bénio, une jeune fille timide aux allures de poupée qui ne semble vivre que pour servir Ôka. Vient ensuite Konoé, le loubard mal rasé aux cheveux hérissés, renfrogné et bourru, toujours en train de ronchonner pour une raison ou pour une autre; le seul qui semble avoir quelque ascendant sur lui est Kotoha Mitô, le jeune frère de Ôka, un splendide adolescent aux cheveux argentés mais à la personnalité puérile qui passe son temps à dévorer des crèmes glacées. Mais il y a surtout Kon, un garçon d'environ le même âge que Kotoha et doté d'une étrange beauté sombre avec son visage fin aux cheveux et aux prunelles noires. Malgré la mine maussade de ce garçon à l'air peu amical, Raïzô ne peut empêcher son coeur de faire un bond dans sa poitrine sitôt qu'il pose les yeux sur lui.
En voyant débarquer ce provincial encore revêtu de son uniforme de lycéen et qui en dépit de son nom japonais a toute l'apparence physique d'un anglo-saxon, les membres du clan Mitô ne sont pas tous très emballés à l'idée de devoir le garder chez eux. Konoé surtout se montre particulièrement récalcitrant, surtout qu'il n'a pas l'air d'apprécier le mystérieux Genma. Mais à la joie que montre Kotoha lorsque Raïzô lui apprend qu'il sait cuisiner n'importe quoi et jusqu'aux crèmes glacées qu'il adore, pour faire plaisir à son ami, le loubard se décide finalement à accepter le nouveau-venu. Le soir-même Raïzô entâme donc ses fonstions d'homme de ménage de la famille Mitô, et il va vite s'apercevoir que ce n'est pas de tout repos ! D'abord, malgré son luxe la résidence a tout l'air d'une maison hantée, et en le guidant jusqu'à la chambre qu'ils vont partager ensemble en dépit de la vastitude de l'habitation et du grand nombre de pièces qu'elle semble contenir, Kon avertit le jeune homme que tant de choses dangereuses y rôdent qu'il ferait mieux de s'en aller de cette maison tant qu'il en est encore temps. Cependant avec sa naïveté coutumière (et davantage occupé à admirer Kon qu'à l'écouter), Raïzô ne prend pas cet avertissement au sérieux et répond qu'il n'a pas peur des fantômes, tout simplement parce qu'il n'a pas le don de double vue.
Une fois installé, désireux de faire bonne impression, le jeune homme prépare pour sept personnes un excellent repas. Mais alors qu'il parcourt la résidence pour appeler à table les convives, personne ne semble très décidé à venir manger: Waki préfère visiblement siroter du saké plutôt que mastiquer de la nourriture, et quand Raïzô se rend dans la chambre de Ôka, il trouve ce dernier avec Bénio dénudée sur ses genoux en pleine séance sado-maso ! Quant à Konoé, il refuse purement et simplement de prendre un repas, affirmant qu'il ne le peut pas sans en donner clairement la raison. Souffre-t-il d'une allergie ? Ou bien le loubard est-il un boxeur contraint de perdre du poids ? se demande l'homme de ménage intrigué. Seul Kotoha accepte de faire honneur à la nourriture pourtant si soigneusement préparée, se jetant littéralement sur son bol de riz. C'est ainsi qu'à manger trop goulûment il se mord le palais, blessure que Konoé s'empresse de guérir d'un profond baiser avant d'emmener le jeune homme en le portant dans ses bras. Raïzô n'en croit pas ses yeux ! Ôka et Bénio, passe encore; mais ne vient-il pas de voir à l'instant deux hommes s'embrasser ?!? Cependant le malheureux n'est pas encore au bout de ses surprises: tandis qu'il se morfond ainsi dans la salle à manger, Raïzô se retrouve soudain nez à nez avec un homme étrange, vêtu d'un kimono blanc et affublé d'un effrayant masque de renard ! S'exprimant dans un japonais d'Ôsaka paraissant dater du sècle dernier, cet inconnu qui se présente comme Le Renard s'efforce de son mieux de consoler le malheureux homme de ménage, déprimé car pratiquement personne n'a voulu goûter à sa cuisine. Et tandis que le Renard, admirant la dextérité avec laquelle Raïzô manie ses baguettes, lui fait remarquer son bonheur d'avoir été élevé avec tant de soin par ses proches, le jeune homme se remémore soudain les mots de sa grand-mère, qui l'a toujours encouragé tout en l'enjoignant à ne pas en faire trop: quoi qu'il arrive et malgré ses échecs, la vieille dame avait affirmé qu'elle aimerait toujours son petit-fils pour lui-même, et rien que l'évocation de ce souvenir suffit à remonter chaleureusement le moral du jeune homme. D'accord, cette première journée de travail ne s'est pas aussi bien passée qu'il l'espérait; cependant, résolu à se montrer digne de l'éducation que lui a donnée sa chère grand-mère, Raïzô est prêt à redoubler d'efforts !
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Le lendemain matin, levé de très bonne heure afin de faire la lessive, Raïzô a la surprise de retrouver Konoé dans le salon, déjà occupé à travailler sur son ordinateur portable. Quand l'homme de ménage demande au loubard quel est son métier, ce dernier répond qu'en gros il est une sorte de consultant. Mais avisant ce qui est inscrit sur l'écran de l'ordinateur, Raïzô sent son sang se glacer en découvrant dans quel secteur d'activité Konoé officie: "Maudissons gaiement notre prochain ! Nous vous aidons à venger vos rancoeurs. Depuis l'assassinat par malédiction jusqu'à l'envoûtement amoureux, nous nous chargeons de tout. Confidentialité totale garantie !" dit la page d'accueil du site internet de Konoé ! Cependant Raïzô n'a pas le temps de s'enquérir davantage sur cette activité peu commune que le loubard commence à grommeler sur l'aspect étrange de ses vêtements. Vaguement conscient de son aspect peu reluisant, l'homme de ménage explique qu'il n'y peut pas grand chose: il lui est impossible de changer de tenue car à dire vrai, il n'a plus rien d'autre à se mettre ! Après le décès de sa grand-mère, pour payer les frais Raïzô a dû vendre pratiquement tout ce qu'il possédait, et ne lui restent à présent que ses vêtements les plus miteux. Konoé a beau hurler d'un air menaçant, cela ne changera rien au fait que le jeune homme n'a pas un sou en poche.... Heureusement, arrivant à son tour dans le salon en compagnie de Kon, Waki vient au secours du malheureux Raïzô en se proposant de lui fournir l'argent nécessaire à l'achat d'une nouvelle garde-robe, et dans la foulée, propose au provincial fraîchement débarqué de sa campagne les services de Kon pour le guider dans la capitale.
C'est ainsi qu'un peu plus tard, l'homme de ménage et son guide quittent la résidence Mitô pour aller faire du shopping à Tôkyô. Raïzô en est absolument ravi, car jamais il n'aurait pensé que ce garçon apparemment si inamical aurait accepté de l'accompagner. Mais alors que tous deux arpentent les rues de la ville côte à côte, avisant les regards et les commentaires moqueurs des passants, le bel entrain du jeune homme retombe vite. Avec douleur, il se rappelle ce drame survenu quelques années plus tôt, alors qu'il n'était encore qu'au lycée: sa petite amie l'avait quitté uniquement parce que lorsqu'ils sortaient ensemble, tout le monde les regardait sans cesse au point qu'elle n'en puisse plus supporter la honte. Raïzô avait ressenti un grand chagrin de cette rupture, car il aimait beaucoup cette jeune fille et avait été réellement très heureux quand celle-ci lui avait fait la première sa déclaration d'amour. Même si à l'époque le garçon n'était pas habillé de façon ridicule, en raison de ses cheveux blonds et de son physique anglo-saxon, il attirait toujours inutilement l'attention sur lui, surtout qu'il vivait à la campagne où les gens ont peu l'occasion de voir des étrangers.... A présent Raïzô s'est depuis longtemps habitué à ce que les gens se moquent de lui, néanmoins il ne peut supporter qu'uniquement parce qu'il marche à ses côtés, un adolescent aussi beau que Kon devienne lui aussi un sujet de moqueries. Voilà pourquoi, s'arrêtant soudain, il annonce à son compagnon qu'il va poursuivre son chemin seul.
Pourtant, même après que l'homme de ménage lui ait exposé ses raisons, Kon assure qu'il n'éprouve aucune honte à se trouver avec lui. Il refuse de le laisser continuer seul, au contraire: plus vite ils seront arrivés au magasin, et plus vite Raïzô sera débarrassé de sa gêne en revêtant une tenue normale. Et sur ces mots, prenant le jeune homme ému par la main, le bel adolescent l'entraîne avec lui. Mais tandis que leurs achats terminés, Raïzô est occupé à se changer dans les toilettes du centre commercial, un événement étrange se produit: un homme en noir à la mine patibulaire qui a tout l'air d'être un yakuza s'avance devant le garçon, assis dans le hall à attendre son compère, lui posant une bien étrange question: "Eh, toi, tu es un Kami , n'est-ce pas ?" A peine a-t-il entendu ces mots que Kon en reste pétrifié de terreur ! Heureusement Raïzô sort des toilettes juste à ce moment-là, arborant fièrement sa nouvelle tenue. Aussitôt Kon saisit l'homme de ménage par le bras pour le tirer à sa suite en courant, désirant visiblement fuir la présence de ce sinistre homme en noir au plus vite ! ".... Waki...! Waki, que dois-je faire....!?" appelle mentalement dans sa course l'adolescent bouleversé.

Le soir venu, tout en cuisinant, Raïzô s'inquiète du comportement étrange de Kon qui n'a pas quitté la chambre de Waki où il s'est précipité dès leur retour. Mais à l'heure du dîner, une agréable surprise l'attend, car pour une fois tous les habitants de la résidence se sont réunis ensemble dans la salle à manger, attirés par la délicieuse odeur d'un ragoût de crabe. Les convives vont-ils enfin faire honneur à sa cuisine ? Mais c'est sans compter un événement imprévu: soudain pris de frissons, Bénio et Konoé sentent venir un danger, et le drame ne se fait pas attendre. Tandis qu'un éclair illumine la pièce, une rafale de vent coupant arrache le bras de Konoé - bras qui se retrouve précipité dans le ragoût ! Horrifié, Raïzô pris de panique crie d'appeler une ambulance, jusqu'à ce que Konoé lui-même l'enjoigne de reprendre son sang-froid: en fait, à part l'homme de ménage, les autres convives ne semblent pas du tout ébranlés par ce qui vient de se passer, et la stupéfaction de Raïzô atteint son comble quand il voit Konoé remettre son bras en place et les chairs se reconstituer comme si de rien n'était ! Et puis comment se fait-il qu'avec une telle blessure le jeune homme n'ait pas perdu une seule goutte de sang !? "Je suis un Kami , explique finalement Konoé. Je n'ai pas de sang dans mes veines." - "Kami ....? Vous voulez dire un dieu...?" interroge Raïzô estomaqué. - "Non, pas "kami" de "dieu", "kami" de "papier" (en japonais les termes "dieu" et "papier" sont des homonymes se prononçant tous deux "kami", mais ils ne s'écrivent pas avec le même caractère kanji.). Un être de papier cent pour cent fibre naturelle, un Kami."
Raïzô reste bouche bée de cette révélation, car d'où que l'on regarde, Konoé ne diffère pourtant en rien d'un humain ordinaire. Mais comment ne pas croire à ses paroles après la scène à laquelle il vient d'assister ? Le problème est que maintenant que l'homme de ménage est au courant de son petit secret, Konoé se voit obligé de le faire taire en l'envoyant dans l'Au-delà ! Heureusement, Waki se décide à intervenir, assurant à ses comparses que Raïzô saura tenir sa promesse de ne rien dire à personne. Et d'ailleurs, qui croirait une histoire pareille ? A présent assuré d'avoir la vie sauve, l'homme de ménage se risque à poser les questions qui le tourmentent: "Quest-ce qu'un Kami ? Pourquoi le bras de Konoé a-t-il été subitement arraché tout à l'heure ?" , et conscients de lui devoir quelques explications, les six compères s'empressent de satisfaire sa curiosité: depuis des siècles, la famille Mitô regroupent des maîtres en Kotodama, l'art d'invoquer le pouvoir qui réside dans chaque mot. Les Mitô utilisent ce pouvoir non pour guérir les malades ou pour protéger la paix du monde comme le croit d'abord naïvement Raïzô, mais pour assassiner par envoûtement, maudire, provoquer des maladies, en gros, rendre les gens malheureux ! C'est la raison pour laquelle ils travaillent la plupart du temps soit pour satisfaire une vengeance, soit pour des chefs de clan yakuza. Seulement, lorsque les paroles de malédiction envoyées à la future victime sont particulièrement mauvaises, elles ont toutes les chances d'être retournées à l'envoyeur en guise de représailles, surtout si la victime bénéficie de la protection d'un Onmyôji (Maître du Yin Yang) comme c'était le cas tout à l'heure. En un mot, utiliser l'art du Kotodama équivaut également à risquer sa vie, et c'est là qu'interviennent les Kami: leur rôle est de protéger le Maître Kotodama en encaissant physiquement à leur place tous les renvois de mauvais sorts. Quand le Maître Kotodama est blessé, explique Ôka, joignant le geste à la parole, il a deux moyens pour se guérir en transmettant la blessure au Kami qui lui est attaché: soit en effectuant cette transmission par l'art du Kotodama, soit par contact de muqueuses, comme la bouche ou le sexe. Et à cette explication, Raïzô a le sentiment d'avoir enfin compris pourquoi il a trouvé si souvent les occupants de cette maison en train de s'embrasser, voire en bien plus embarrassante position !
Bénio protége Ôka Mitô, et Konoé est le Kami de son jeune frère Kotoha. Mais Kon, qu'en est-il de lui ? Est-il Kami ou Kotodama ? Quand Raïzô pose timidement cette question et que Waki répond que l'adolescent est un Kami, l'homme de ménage en déduit aussitôt que logiquement, Waki est le maître Kotodama de Kon, ce que le séduisant trentenaire s'empresse de réfuter: il se présente alors comme le "père" de Kon, celui qui crée et donne vie aux Kami ces êtres de papier, le Marionnettiste. Cette explication fournit à Raïzô un aperçu des liens de pouvoir régissant la famille Mitô, avec tout en haut de l'échelle Waki, ensuite les Maîtres Kotodama Ôka et Kotoha, à l'échelon suivant les Kami Bénio, Konoé et Kon, et pour terminer lui, Raïzô, le malheureux homme de ménage ! Cependant Waki ajoute une remarque qui n'est pas sans laisser le jeune homme perplexe: depuis l'époque de leurs ancêtres, il est coutume d'adjoindre au Maître Kotodama un Kami du même sexe, afin sans doute d'éviter que leurs relations ne deviennent trop "crues"; un homme avec un homme, une femme avec une femme. Mais dans ce cas, pourquoi est-ce que Ôka ne possède pas un Kami de sexe masculin comme son frère Kotoha ? Non, ça ne veut quand même pas dire que.... "Je ne me souviens pas t'avoir jamais dit que j'étais un homme ?" prononce malicieusement l'aîné des frères Mitô quand Raïzô, livide, tourne enfin son regard vers lui. Alors Ôka, avec sa grande taille et son allure de dandy, serait une femme ??? C'est vrai qu'elle a beau être désespérément plate, elle porte un prénom féminin. Mais quand l'homme de ménage songe à toutes les fois où il a surpris Ôka et Bénio en situation lascive, avouons qu'il y a de quoi en tomber le cul par terre ! "T'en fais pas... C'est pas de ta faute si tu n'as rien remarqué", soupire Konoé compatissant.

Après que Waki ait averti ses comparses de prendre garde car un homme louche rôde actuellement dans la ville, la conversation se clôt là et chacun repart dans sa propre chambre, excepté Kon qui reste assis perdu dans ses pensées. Kotoha pour Konoé, Ôka pour Bénio.... Mais lui, en tant que Kami, n'a personne à protéger, et cela le remplit de tristesse ainsi que d'un poignant sentiment d'inutilité. L'adolescent est finalement tiré de sa rêverie par Raïzô, qui s'inquiète de le voir avec une mine si défaite et craint un instant qu'il ne soit malade. Au visage rayonnant qu'arbore le jeune homme lorsque Kon lui assure qu'il va bien, le Kami en reste déconcerté: malgré toutes les révélations étranges qu'il vient d'encaisser d'un coup, Raïzô a vraiment des nerfs d'acier de prendre les choses avec une telle bonne volonté, allant jusqu'à s'inquiéter d'un être qui n'est même pas humain. En fin de compte, encore une fois tous les petits plats que l'homme de ménage a confectionné ont été perdus, n'empêche qu'il est soulagé d'avoir appris que ce n'était pas parce qu'ils le détestaient que certains membres du clan Mitô ne voulaient pas goûter à sa cuisine, mais simplement parce que les Kami ne peuvent pas s'alimenter comme des Humains.
Lorsque Konoé a été victime d'une attaque magique tout à l'heure, de nombreux plats ont été brisés et une pagaille monstre règne désormais dans la salle à manger, alors afin de se rendre un peu utile, Kon se met en devoir d'aider Raïzô en ramassant les débris. Mais lorsque ce dernier enjoint l'adolescent d'arrêter, protestant que c'est son travail de faire ça, inexplicablement ses propos mettent Kon dans une rage folle: "Ah, d'accord !? Excuse-moi de t'avoir dérangé !!" hurle-t-il avant de s'enfuir de la pièce en courant. "Je voulais seulement lui faire comprendre qu'il risquait de se salir, de se couper avec les débris...." murmure Raïzô en restant fixer la porte par laquelle le Kami a disparu, complètement déconcerté par cette réaction de colère si vive à laquelle il ne s'attendait pas. Mais ignorant les soucis que son comportement excessif cause au jeune homme, Kon se précipite chez Waki, comme toujours lorsqu'il a l'esprit troublé, et trouve ce dernier en pleine conversation téléphonique: un client lui demande d'effectuer un certain travail, et Waki répond que si Kon est d'accord pour se charger de cette affaire, en ce qui le concerne il ne fera rien pour l'en empêcher. Levant la tête vers l'adolescent, Waki l'interroge donc pour savoir s'il accepte de remplir ce travail: "Pas la peine de me le demander...." répond le Kami en se jetant dans les bras de son créateur, avant d'ajouter pour lui mentalement: "Car de toute façon, il n'y a rien d'autre que je puisse faire...." Sur ces entrefaites, Raïzô lancé à la poursuite de Kon arrive à son tour et se fige sur place en découvrant le garçon ainsi blotti contre le corps du Marionnettiste, qui dévisage quant à lui le nouveau-venu avec un sourire difficile à analyser....
Un peu plus tard, prenant sa douche, Raïzô ne parvient toujours pas à s'expliquer le choc qu'il a ressenti en voyant Kon serrer ainsi Waki dans ses bras. Déprimé, sans s'apercevoir que ce sont là les prémices de l'amour, il ne cesse d'exhaler de bruyants soupirs. Mais quand le jeune homme sort finalement de la cabine de douche complètement nu et trempé, il a la surprise de se trouver encore une fois nez à nez avec le Renard, accroupi sur le carrelage juste au niveau de ses hanches. "WOUAH !! ENORME !!" s'exclame l'étrange créature masquée en admirant la virilité de Raïzô. Et quel choc pour l'homme de ménage de se retrouver ainsi dans le plus simple appareil face à ce masque effrayant ! Son hurlement de terreur résonne dans toute la résidence endormie - sans pour autant mettre en émoi ses autres habitants apparemment habitués.... "Pas la peine de pleurer, profère le Renard, étonné de cette réaction de pudeur excessive tandis que Raïzô se jette en sanglotant sur sa serviette de bain. Quand on possède des bijoux de famille aussi impressionnants, il n'y a pas de quoi en avoir honte." Cessant cependant de plaisanter, le Renard en vient au but de sa visite: expliquant à l'homme de ménage qu'il a une faveur à lui demander, il lui met dans la main une petite boîte ronde. "Qu'est-ce que c'est ? De la crème ?" interroge Raïzô intrigué. Le Renard explique alors qu'il s'agit d'un onguent spécial réservé à l'usage des Kami. Il a remarqué que le jeune homme semblait beaucoup se préoccuper du bien-être de Kon, alors que ce dernier, quant à lui, ne fait absolument aucun cas de sa propre personne. Voilà pourquoi le Renard souhaiterait que Raïzô prenne soin de Kon pour deux. Comment refuser une telle requête ? Le coeur serré, Raïzô acquiesce aussitôt. Néanmoins, ce ne fut pas ce soir-là que le jeune homme pu exécuter sa promesse, car bizarrement, Kon ne revint pas à la chambre qu'ils partageaient tous les deux....

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Le lendemain matin doit avoir lieu la cérémonie de rentrée des classes à l'école de cuisine que Raïzô va intégrer, néanmoins, le jeune homme ne peut se résoudre à partir sans savoir ce qui est advenu de Kon. Alors qu'il commence à paniquer après avoir fouillé en vain toute la résidence, il tombe enfin sur Konoé, qui porte sur l'épaule ce qui ressemble à un grand sac enveloppé d'un drap. Avec son manque de patience coutumière, le loubard finit par crier à l'homme de ménage de ne pas s'inquiéter, assurant que Kon reviendra bientôt, avant de hurler à Raïzô de se dépêcher de se rendre à l'école tout en l'expédiant hors de la résidence d'un bon coup de pied au derrière ! Le jeune homme piteux n'a pas le temps de se relever qu'il tombe nez à nez avec Ôka, comme toujours accompagnée de Bénio. Vêtue comme un aristocrate, l'aînée des Mitô qui s'apprétait justement à se rendre à son travail lui propose de le déposer à l'école en passant. Avant d'avoir pu placer un seul mot, le malheureux Raïzô se retrouve donc assis dans l'un des deux pousse-pousses tirés à une vitesse phénoménale par Shirosuké et Kurosuké, les deux serviteurs de Ôka, mystérieusement apparus de nulle part ! Mais personne ne remarque que dans leur dos, un sinistre homme en noir contemple la petite troupe avec grand intérêt, certain d'avoir atteint la bonne destination....
Pendant ce temps, dans la résidence, Konoé jette violemment sur un lit le fardeau qu'il portait tantôt, puis arrache le drap, révélant le corps nu et entièrement recouvert de blessures de Kon. "Jusqu'à quand as-tu l'intention de continuer à faire ça !?" crie le loubard furieux à son homologue Kami. - ".... Jusqu'à ce que je ne devienne plus que cendres...." répond lentement l'adolescent, le regard perdu dans le vague. Cependant Konoé repart à la charge: Kon est-il réellement satisfait de recevoir ainsi pour de l'argent les blessures de mafieux qui ne sont ni ses maîtres, ni absolument rien pour lui ? Selon le loubard, Kon agit exactement comme une prostituée, qui écarte les jambes pour n'importe qui du moment qu'elle reçoive de l'argent. Ces paroles mettent le garçon dans une rage folle: hurlant de toutes ses forces à l'autre Kami de la fermer, il lui intime l'ordre de sortir de la chambre !
De son côté, Raïzô a enfin réussi à convaincre Ôka d'arrêter son cortège en prétextant qu'il a oublié quelque chose à la maison. Avant de le quitter pour continuer sa route avec Bénio, la jeune fille remet cependant une carte de visite à l'homme de ménage en lui enjoignant de prendre contact avec elle si jamais il se passait quelque chose, ajoutant qu'à n'importe quel moment, elle fera tout son possible pour l'aider. Ôka partie, à peine a-t-il jeté un coup d'oeil à la carte afin d'apprendre quelle profession peut bien remplir - en dehors de Maître Kotodama - l'aînée des Mitô, que Raïzô decouvre avec un effroi aussi absurde que campagnard.... qu'il existe réellement en ce monde des agences de détectives privés ! (De plus l'agence de Ôka et Bénio se nomme Yûri - comme le terme par lequel on désigne le genre inverse de Yaoï - un nom plutôt bien choisi pour un couple de filles homosexuelles !)
Konoé étant parti à son tour, Kon reste seul, prostré sur son lit et pratiquement incapable de bouger en raison de toutes ses blessures. Quand il entend la porte de la chambre s'ouvrir, il croit tout d'abord que le loubard est revenu pour le gratifier d'un autre sermon, ainsi quel n'est pas son effroi en découvrant soudain l'inconnu au costume noir - celui-là même que Raïzô et lui ont rencontré la veille - qui se tient en souriant dans la pièce: "Je t'ai enfin trouvé, Kami-sama." Se précipitant hors de la chambre du plus vite qu'il en est capable, Kon se dirige aussitôt vers celle de Waki, l'appelant de toutes ses forces ! Hélas le Marionnettiste n'est pas là, et le garçon se retrouve bientôt immobilisé par son assaillant. Waki et Konoé ne sont pas très loin pourtant, toujours présents dans la résidence, mais tandis qu'ils discutent, ils n'entendent pas ce qui est en train de se passer dans une autre partie de la vaste demeure: Konoé demandant à Waki jusqu'à quand il a l'intention de laisser Kon poursuivre ses actes inconsidérés, le Marionnettiste répond que depuis que le garçon lui a fait part de son voeu de trouver un sens à son existence, il ne peut plus se résoudre à l'empêcher de "travailler". De son côté, Raïzô est enfin de retour à la résidence, et quelle n'est pas sa stupeur alors qu'il se met en quête de son cartable qu'il a négligemment oublié, de découvrir sur le parquet des traces de sang....
Dans la chambre de Waki, pas du tout disposé à se laisser faire, Kon se défend de son mieux, si bien que son assaillant finit par l'empêcher de bouger en le clouant au sol en lui transperçant les deux mains à l'aide de son couteau. Geste particulièrement cruel, car si un Kami ne saigne pas, il ressent la douleur tout comme un être humain. Mais l'homme aussi porte une très grave blessure au flanc qui le fait atrocement souffrir, voilà pourquoi il poursuit le garçon depuis la veille avec un tel acharnement: en recevant la blessure sur son propre corps, seul un Kami est en mesure de le sauver d'une mort prochaine. S'il paye ensuite le prix de sa guérison à Genma le mystérieux entremetteur, le yakuza est persuadé que ce dernier pardonnera le forfait qu'il s'apprète à commettre en soumettant Kon par la force; et d'ailleurs, l'homme ne comprend pas pourquoi les Kami ont immédiatement volés au secours de son vieux chef malade quand ce dernier leur a présenté sa requête, mais refusé la sienne alors que sa blessure à lui s'avère beaucoup plus grave. Le yakuza avoue n'avoir aucun goût pour les garçons, mais ajoute finalement que la beauté du Kami suffira à lui faire oublier ce détail.

Tenant Kon à sa merci, l'homme s'apprète donc à l'étreindre, quand soudain un puissant et fulgurant coup d'épaule le projette sur le côté. En un tour de main, Raïzô qui vient de surgir dans la pièce libère le Kami du couteau qui l'entravait et l'emporte dans ses bras ! Quand l'adolescent incrédule tourne son regard vers lui et remarque sur le visage de l'homme de ménage une expression déterminée telle qu'il ne lui a encore jamais vue, saisi d'un soulagement indicible, il se blottit contre son épaule. Et tandis que Raïzô quitte la chambre pour emmener Kon dans un lieu plus sûr, Waki fait à son tour son apparition. Un katana à la main, furieux de ce que cet intrus a fait à son "fils", le Marionnettiste montre enfin son vrai visage, celui d'un tueur froid et sans pitié, bien loin de celui du jeune homme calme et nonchalant qu'il affiche d'ordinaire. Surtout lorsqu'il remarque que le yakuza a osé souiller l'un des précieux meubles laqués de sa chambre, son visage se peint soudain d'une expression de sombre cruauté. "Konoé. Appelle Genma. Dis-lui de venir récupérer le cadavre," dit-il au Kami qui vient d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Acquiesçant, Konoé sort aussitôt de la pièce, refermant la porte coulissante derrière lui. Bientôt, les protestations effrayées du yakuza pris au piège laissent place à un sinistre hurlement....
Pendant ce temps, dans la chambre que partagent Kon et Raïzô, l'homme de ménage a couché l'adolescent dans son lit après avoir enduit ses blessures de l'onguent que lui avait fourni le Renard, se demandant néanmoins avec inquiétude si ces soins seront suffisants. Les cris d'agonie qui parviennent soudain à ses oreilles depuis l'autre bout du couloir font bientôt sursauter Raïzô, provoquant chez lui une réaction de surprise et de panique bien compréhensible; cependant, son compagnon lui assure que d'ici peu de temps, le jeune homme finira par s'habituer à tout: aux derniers cris d'un mourrant, au sang, aux blessures.... "Impossible !" proteste aussitôt Raïzô, cependant Kon ne le laisse pas poursuivre: avisant la blessure que l'homme de ménage a reçu à la main en s'élançant à son secours, prenant sa langue entre ses deux doigts, le Kami guérit sans difficulté cette entaille en la recevant sur sa propre main. A la stupéfaction se peignant à ce geste sur le visage de Raïzô, Kon explique qu'il peut guérir les blessures de n'importe qui par contact avec une muqueuse, même de ceux qui ne sont pas Maître Kotodama. "D'ailleurs, ajoute le garçon cyniquement, en ce moment je ne suis bon qu'à ça." Il raconte ainsi que la veille au soir, Genma l'entremetteur lui a transmis la requête d'un homme gravement blessé qu'il souhaitait voir guérir. Finalement, Kon a reçu les blessures de ce vieux yakuza puis d'une autre personne, voilà pourquoi son corps se trouve dans un tel état à présent.
Ces explications provoquent chez Raïzô une tristesse indicible, lui qui s'est juré de veiller sur le bien-être de Kon. ".... Pourquoi fais-tu cela....? demande-t-il, accablé. Il ne faut pas, Kon.... Si tu continues, un jour tu finiras par en mourir....?" Mais loin de le toucher, ces propos ne font qu'irriter l'adolescent, qui rétorque que les Kami ne peuvent pas mourir: même leur corps lacéré, déchiré en morceaux, tout au pire ils ne font que se changer en cendres. Kon assure qu'il préfère encore disparaître à jamais que de vivre ainsi sans pouvoir être utile à quoi que ce soit ! Car quand il soigne quelqu'un, on lui montre de la reconnaissance et il reçoit même de l'argent. Qu'y a-t-il de mal à cela !? "Ceci est mon travail !" achève le garçon rageur. De par sa nature de Kami, c'est son destin de recevoir des blessures; et s'il ne peut même plus assumer cette fonction, alors que lui reste-il ? Son existence n'aurait plus aucune signification, sa vie plus aucune valeur ! Mais lorsque sa tirade pleine de rage achevée, Kon lève à nouveau les yeux vers son compagnon, il découvre avec stupeur que le visage de Raïzô est couvert de larmes. En entendant le garçon parler avec autant de dédain de sa personne, l'homme de ménage a enfin compris ce qu'essayait tantôt de lui faire comprendre le Renard, et pourquoi il lui a demandé de veiller sur Kon. Avec douleur, Raïzô se rappelle la mort de sa grand-mère, le seul parent qui lui restait au monde, et son désespoir après l'avoir perdue. Voilà pourquoi il assure à Kon que peu importe qu'il soit inutile, que sa vie n'ait aucun prix. Il ne faut pas avoir de pensées aussi pessimistes. Tout ce qui compte, c'est que le garçon vive heureux auprès de ceux qui l'aiment. Car la vie en elle-même est déjà quelque chose de merveilleux.... Dérouté par les paroles de Raïzô, Kon essaye encore de protester qu'il est différent, qu'il est un Kami, qu'il n'y a pas une étincelle de vie dans son corps de papier, néanmoins le jeune homme refuse d'en démordre: "Et pourtant tu bouges ! Tu parles !? s'exclame-t-il. Même si ce ne sont pas des être humains, est-ce que les objets et les animaux ne sont pas dignes que l'on prenne soin d'eux !?" A la fin, complètement ébranlé par ce point de vue auquel il n'ose adhérer, ne pouvant supporter d'en entendre davantage, Kon préfère quitter la chambre pour se diriger, comme toujours quand il a l'âme en peine, vers celle de Waki....

Au même moment dans la chambre du Marionnettiste, couvert du sang de sa victime ce dernier accueille les envoyés de Genma venus débarrasser le corps, mécontent que l'entremetteur ne se soit pas déplacé en personne comme il l'avait exigé. Waki annonce cependant aux deux sbires qu'il a un message à leur confier pour leur chef: à partir d'aujourd'hui, plus jamais Kon ne prendra de clients; de plus, si Genma n'est pas capable de se faire obéir de petits voyous comme le yakuza qui vient de leur causer tous ces problèmes, Waki et les Mitô refuseront désormais toute proposition de travail de sa part ! Parvenant à l'entrée de la chambre à cet instant, Kon ne perd pas une miette de ces paroles, et lui qui était persuadé que Waki seul parvenait à le comprendre, que jamais son créateur ne l'empêcherait de travailler, en reçoit un choc de taille, comme si son univers déjà précaire était sur le point de s'effondrer. Mais le Kami n'est pas le seul à avoir le moral au plus bas: affalé dans leur chambre, Raïzô est tellement déprimé qu'il ne montre même pas une once de surprise à l'apparition du Renard, déçu d'avoir râté son effet ! Profitant de la présence de l'étrange créature qui a l'air d'en savoir long sur les Kami, l'homme de ménage demande s'il est vraiment si grave pour Kon de ne pas avoir de Maître Kotodama à servir, ce à quoi le renard répond que malheureusement, "Kotodama" et "Kami" sont deux existences allant de paire. Si, dépourvu de maître Kotodama, un Kami n'est pas utilisé de quelque façon que ce soit, il finit par retourner à l'état de "papier blanc", comme une feuille vierge, sa mémoire s'effaçant peu à peu jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus aucun souvenir. Dans le monde des humains, on apellerait cela un coma irréversible. A ces mots, plus inquiet que jamais, Raïzô se rappelle les mots prononcés par Kon tout à l'heure: "J'aimerais mieux encore disparaître que ne pouvoir rien faire du tout ! Si je ne peux pas travailler, mon existence n'a aucun sens !" Pourtant l'homme de ménage refuse de voir cet être qui lui est cher disparaître à jamais, mais que peut-il faire ? La réponse ne tarde pas à surgir dans son esprit, et sans hésiter, il prend soudain une grave résolution.
En fin d'après-midi, diverses questions réglées, Raïzô se lance à la recherche de Kon qu'il finit par retrouver tristement appuyé contre un arbre du jardin. Le Kami commence déjà à avoir l'air d'un pantin sans aucune vitalité, il est grand temps d'agir ! Kon sort néanmoins de sa torpeur lorsque l'homme de ménage appelle son nom, et avoue à ce dernier qu'il n'a cessé de penser aux paroles que Raïzô lui a dites tantôt: sans doute avait-il raison, tout ce qu'il a fait jusqu'à présent n'a été qu'une erreur, et c'est sans doute également pour cela que même Waki ne veut plus qu'il accepte de "travail". Que se passerait-il si son cher créateur venait finalement à lui annoncer qu'il n'a plus besoin de lui ? se demande le garçon avec amertume. Mais Kon n'a pas plus tôt prononcé ces mots que pris de panique, Raïzô le soulève brusquement dans ses bras: "Tout ira bien ! Je ne le laisserais pas faire !!" s'exclame-t-il avec force, et courant jusqu'à la résidence avec le Kami sur son épaule, Raïzô vient se planter devant Waki: "Je vous en prie ! Donnez-moi Kon !" L'homme de ménage ne se rend pas compte qu'il a formulé sa requête comme s'il s'agissait d'une demande en mariage, et si celle-ci amuse beaucoup Waki qui accepte aussitôt, en revanche elle provoque une véritable crise de colère chez l'intéressé, mort de honte !

Un peu plus tard, à nouveau seul avec Kon dont l'irritation ne s'est toujours pas apaisée, Raïzô tente de lui expliquer qu'en réalité, il voulait simplement demander à devenir son Maître Kotodama. Après tout, ne dit-on pas que si l'on dispose d'un "Mana", d'un "Nom Véritable", il est possible de réaliser la cérémonie ? Alors, sortant de sa poche le bout de papier sur lequel il a inscrit le résultat de ses recherches sur la façon de devenir Maître Kotodama, l'homme de ménage commence aussitôt le rite de sacrement: "Mon nom est Raïzô, de mon vrai nom Raïzô John Shichikawa. Quel est le tien ?" - ".... Kon," répond le garçon troublé. Répétant le prénom du Kami, Raïzô l'embrasse doucement sur le front, scellant ainsi le contrat. Façon de procéder peu orthodoxe, bien loin de la manière officielle, ne peut s'empêcher de remarquer Kon. Quant à savoir qui a appris à Raïzô cette cérémonie, c'est bien sûr son mystérieux confident, le Renard, qui en ce moment-même se tord de rire dans la chambre de Waki. "Il m'a vraiment cru ! Mignon, non ?" lance-t-il en riant au Marionnettiste. - "Comme d'habitude, tu as des passe-temps d'un goût douteux. Pauvre Raïzô...." - "Ce serait plutôt à moi de te dire cela, réplique aussitôt le Renard d'un ton ironique, ôtant soudain son masque pour révéler un visage d'une rare beauté. Car en ce qui me concerne, jamais je ne pourrais boire du saké dans une chambre pareille." En effet, si la chambre de Waki a été débarassée du cadavre qui y gisait, les murs et tout le mobilier sont restés aspergés de sang, ce qui ne semble pas le moins du monde déranger le nonchalant occupant de cette pièce !

Le temps passe, et voici venir la saison des pluies. Bien qu'il soit à priori devenu le Maître Kotodama de Kon, Raïzô ne cesse de se faire rouspéter par le garçon, pour la simple raison qu'il s'obstine à le traiter comme un humain. C'est ainsi qu'un soir qu'il pleut à verse, l'homme de ménage rentre des courses en portant son jeune compagnon dans ses bras de peur qu'il ne soit mouillé et n'attrape un rhume, comme si cela était possible pour un Kami ! Mais si Kon se montre apparemment irrité de tous ces égards, ce n'est pas tant en raison de leur inutilité que de la gêne de se voir traiter "comme une princesse", ainsi que se plaît à lui répéter malicieusement Waki. Cependant, si Konoé s'obstine à répéter que Raïzô est vraiment un âne d'avoir cru un seul instant qu'un Kami pourrait prendre froid, Ôka prend bientôt la défense du jeune homme: par leur nature fondamentale d'êtres de papiers, les Kami sont plus que quiconques sensibles à l'eau; en un sens, Raïzô a donc agi convenablement. A ces mots, l'homme de ménage remarque enfin l'état d'apathie anormal dans lequel se trouvent Bénio et Konoé: si l'été rend certains humains anémiés et pantelants, les Kami, eux, souffrent du mal de la saison des pluies !
Un peu plus tard, tout en préparant le dîner Raïzô discute tranquillement avec le Renard, se demandant quand est-ce qu'il parviendra enfin à s'habituer aux bizarreries de la famille Mitô, quand soudain quelqu'un vient sonner à la porte de la résidence. Qui cela peut-il bien être à une heure aussi tardive ? S'empressant néanmoins d'aller ouvrir, Raïzô tombe nez à nez avec un homme jeune d'aspect sévère arborant complet-veston et lunettes, et qui paraît de plus de fort méchante humeur ! "Donnez-moi Asari !" ordonne aussitôt cet inconnu d'un ton impérieux. - "Asari ?" Croyant qu'il s'agit de praires (l'un des sens de ce mot en japonais), l'homme de ménage tend finalement le bol de coquillages qu'il tient à la main. Bien sûr, il y a méprise, et balançant le bol à la figure du malheureux Raïzô qui se retrouve trempé comme une soupe, le nouveau-venu commence à arpenter d'un pas décidé les couloirs de la résidence, continuant d'appeler "Asari" à tue-tête. Finalement, il tombe nez à nez avec Konoé qui a réussi à se traîner hors de sa chambre, attiré par le bruit. Quelle n'est pas sa surprise de se trouver soudain face à cet intrus, qu'il présente à Raïzô comme étant Shôi Mitô, Maître Kotodama et actuel chef de la famille Mitô, le frère aîné de Ôka et Kotoha ! Mais ignorant aussi bien le Kami que l'homme de ménage, Shôi continue d'exiger qu'on lui rende Asari, qui selon lui ne peut se trouver qu'en cet endroit. "Asari...? Alors c'est une personne ?" répète Raïzô, comprenant enfin. - "Oui. C'est moi." Sursautant à cette voix, Raïzô se retourne pour découvrir avec stupeur le Renard qui se tient juste derrière lui. Ainsi, Asari était le nom de son mystérieux confident ? Mais apparemment, l'homme de ménage est le seul à pouvoir le voir. Ce n'est que lorsque Asari ôte son étrange masque de renard, révélant un visage d'une beauté troublante, que Shôi aussi bien que Konoé s'aperçoivent enfin de sa présence. "Asari !!? Depuis quand es-tu là !? s'écrie le loubard en faisant montre d'une surprise exagérée, comme s'il avait vu le Diable en personne ! - "Mm ? Depuis deux ou trois mois ?" Et sur ces mots, le jeune homme ouvre la porte de la chambre dans laquelle il a élu domicile, dont le désordre ambiant démontre sans conteste ses paroles. En fait, il squattait précisément la chambre voisine de celle de Kotoha et Konoé, et s'entendant visiblement très mal avec le Kami, Asari ne peut s'empêcher de se moquer ouvertement de ce dernier, qui ne l'a même pas remarqué depuis tout le temps qu'il s'est amusé à rôder dans cette résidence !
Laissant Shôi avec Asari, Raïzô et Konoé s'en vont rendre compte à Waki des événements de la soirée. Mécontent, le loubard proteste que le Marionnettiste aurait quand même pu les avertir de la présence d'Asari dans la maison, car qui aurait pu s'en apercevoir tant que ce dernier portait le Kakurémino confectionné par Waki ? Ce vêtement mystérieux composé d'un kimono blanc et d'un masque de renard rend invisible son porteur en l'enveloppant d'un kekkai, sorte de barrière magique. Seulement, il n'est efficace que contre les membres de la famille Mitô, ce qui explique qu'une personne ordinaire comme Raïzô ait pu voir Asari malgré son déguisement. Néanmoins le Kakurémino a parfaitement rempli son office en ce qui concerne Shôi, à qui il a fallu un temps fou pour parvenir enfin à découvrir la retraite du jeune homme, Asari étant parvenu à convaincre Waki de ne pas lui révéler sa présence en ces lieux. Soulagé d'avoir enfin retrouvé son bien-aimé, l'aîné des Mitô saisit Asari dans ses bras, l'embrassant avec fougue; néanmoins quand il veut aller plus loin, glissant une main sous la chemise du jeune homme, ce dernier l'arrête net, se dégageant de ses bras. "Pourquoi me repousses-tu ? proteste Shôi d'un ton amer. Alors que jusqu'à maintenant tu ne m'avais pas repoussé une seule fois...." - "Si j'ai couché avec toi, c'était juste en passant ." Et après avoir prononcé ces paroles cruelles, Asari explique froidement que lorsque tous deux s'enlaçaient pour qu'il puisse en tant que Kami guérir les blessures de Shôi, il se disait que cela s'avérerait trop pénible pour le jeune homme s'ils s'arrêtaient en chemin, voilà pourquoi il le laissait l'étreindre jusqu'au bout. "C'était juste de la pitié, de la compassion. Sans cela, pas une seule fois je ne t'aurais permis de me faire une chose pareille."
Bien que les propos d'Asari plongent Shôi dans un profond désarroi, il ne peut se résoudre à abandonner la partie si facilement et revient à la charge. "Nous nous sommes fait une promesse ! rappelle-t-il, éperdu. De mon côté, je l'ai tenue scrupuleusement !" - ".... Mais elle ne vaut plus rien ? réplique Asari ironiquement. Car n'as-tu pas décidé que tu n'utiliserais plus l'art du Kotodama ? Allez, c'est le moment propice.... Libère-moi...." Shôi ne s'attendait pas à une telle requête; désespéré, il n'ose croire que son ami veuille ainsi s'éloigner de lui. Mais lorsque, continuant de serrer sa main, il va pour tenter de le raisonner encore, Raïzô ouvre soudain la porte de la chambre, annonçant qu'il est l'heure de passer à table. On peut dire que l'homme de ménage a le don d'arriver au mauvais endroit au mauvais moment ! Cependant cette intervention tombe à pic pour Asari, qui en profite pour se libérer de la main de Shôi. Et ce faisant, l'anneau de ficelle qu'il portait à l'auriculaire, comme ceux que l'on noue pour sceller une promesse enfantine, glisse soudain de son doigt pour venir tomber aux pieds du malheureux Shôi. Resté seul dans la chambre, immobile et sans réaction, le Maître Kotodama se contente de regarder s'éloigner les silhouettes des deux compères. Néanmoins ces derniers ne vont pas bien loin: vaincu par la fièvre, Raïzô qui ne cesse d'éternuer depuis qu'il a reçu le bol de coquillages rempli d'eau salée sur la tête, s'effondre soudain sur le sol....

Un peu plus tard, une fois Raïzô mis au lit, Kon avec son habituelle moue boudeuse ne peut s'empêcher de le traiter d'idiot: l'homme de ménage craignait que le Kami ne prenne froid, et finalement c'est lui qui a fini par attraper un rhume ! Raïzô en est le premier étonné, car s'il y a quelque chose chez lui dont il peut être fier, c'est bien son inaltérable bonne santé ! Tandis que le Kami quitte la chambre pour aller demander à Waki que faire dans un tel cas, Asari demeure seul aux côtés du jeune homme, qui en profite pour lui demander si comme il le pense, il est bien le Kami de Shôi. Asari acquiesce, ajoutant cependant qu'il est actuellement en fugue. Pourtant, selon l'avis de Raïzô, Asari a beaucoup de chance: car Shôi n'est-il pas venu le chercher ? C'est si bon d'avoir quelqu'un qui vous cherche et attend votre retour.... Avec une nostalgie teintée de regret, Raïzô se rappelle le temps où quand il restait seul à pleurer après que les autres enfants du village se soit moqués de lui à cause de son physique d' "étranger", sa grand-mère lui prenait la main pour le ramener avec elle à leur maison. A présent, le jeune homme n'a plus personne, ni parent, ni foyer.... Voilà pourquoi, quelle que soit la raison qui l'ait poussé à partir, il assure à Asari qu'il ferait mieux de rentrer chez lui, tant qu'il a encore une maison où quelqu'un l'attend. Et à ces paroles, Asari ne peut qu'acquiescer, lui qui a toujours compris mieux que quiconque l'homme de ménage et la tristesse qu'il dissimule sous sa jovialité....
Alors que Kami et Humain s'entretiennent ainsi, Kon fait à nouveau irruption dans la pièce: pas la peine de déranger Waki, il sait déjà ce qu'il faut faire pour guérir son nouveau maître, il aurait dû y penser plus tôt. C'est ainsi qu'afin de transférer sur son propre corps la maladie, Kon superpose ses lèvres à celles de Raïzô, lui administrant un long et profond baiser. Mais quand le garçon s'éloigne enfin pour observer le résultat, c'est pour s'apercevoir que loin de faire tomber la fièvre, son geste a plutôt eu l'effet inverse: le malheureux homme de ménage semble encore plus mal en point qu'auparavant ! Un sourire en coin, Asari se doute bien de ce qui a fait monter la température de Raïzô, mais il n'en souffle mot à Kon, s'amusant de le voir ainsi pécher par ignorance. Néanmoins le visage d'Asari ne tarde pas à se rembrûnir tandis que ses pensées reviennent subitement vers Shôi. Ce dernier se tient en ce moment-même dans la chambre où vivait secrètement le Kami, qu'il n'a pas quitté depuis leurs pénibles retrouvailles. Debout dans le noir, le jeune homme ne cesse de fixer l'anneau de fil qu'il a ramassé sur le sol, en état de choc. "Libère-moi...." Ces paroles d'Asari résonnent encore dans sa tête tandis qu'il serre au creux de sa main ce précieux anneau qui symbolisait leur serment....
D'ordinaire, bien qu'ils partagent la même chambre, Kon dort dans l'unique lit de la pièce et Raïzô sur le parquet dans un sac de couchage. Néanmoins, à cause de sa fièvre, pas question de faire dormir le jeune homme par terre. Raïzô a beau protester que grâce aux soins de Kon il se sent déjà beaucoup mieux, ce dernier refuse absolument de le laisser quitter le lit, et puisque son maître refuse également de voir l'adolescent coucher à sa place dans le sac, Kon finit par lui proposer de partager le lit. Après tout, il est assez grand pour deux, et en tant que Kami, Kon ne risque pas d'attraper le rhume de Raïzô ? En dépit d'une gêne qui a encore toute les chances d'augmenter sa fièvre, le jeune homme passe donc sa première nuit aux côtés de l'adolescent, nuit durant laquelle il a bien du mal a fermer l'oeil ! Et le lendemain matin, Raïzô a une nouvelle raison de se réjouir quand Kon vient lui servir au lit un bol de kayu, bouillie de riz qu'on fait manger aux malades. Même si le garçon ne l'a pas cuisinée lui-même et s'est contenté de réchauffer une préparation instantanée, ce geste plein de gentillesse suffit à mettre Raïzô aux anges. Il remercie le Kami avec tant de chaleur et une joie si spontanée que même ce dernier en ressent un certain trouble. "Merci." Un seul mot, l'expression de la reconnaissance. Voilà tout ce à quoi aspirait le coeur de Kon, si désespéré de se sentir inutile....

Mais si comblé d'égards par l'adolescent, l'homme de ménage a toutes les raisons de se sentir heureux, il n'en est pas de même pour tout le monde: non seulement les autres occupants humains de la maison doivent se contenter des plats tous prêts du supermarché au lieu de la délicieuse cuisine de Raïzô, mais à l'heure du petit déjeuner, tous finissent par élire domicile dans sa chambre où l'ambiance est plus cordiale, ne pouvant se résoudre à partager leur repas avec Shôi et Asari tant ces deux-là répandent autour d'eux une atmosphère à couper au couteau ! En effet, seuls dans la salle à manger, l'un assis avec raideur sur le canapé, l'autre appuyé contre l'encadrement de la porte, on ne peut pas dire que les relations soient au beau fixe entre le Kami et son maître. Ni l'un ni l'autre ne prononce une parole, jusqu'à ce que finalement Asari soit le premier à rompre ce silence tendu: "Hier soir, je t'avais pourtant dis de t'en aller, Shôi." Mais l'aîné des Mitô ne veut pas partir, du moins pas tant qu'Asari refusera de le suivre, voilà pourquoi il annonce fermement qu'il ne bougera pas ! Avec son calme habituel, le jeune homme essaye encore de le raisonner: du moment que Shôi n'utilise plus l'art du Kotodama, il n'a plus besoin de ses services, sa présence devient donc inutile à ses côtés. "Si tu me promettais de revenir avec moi si jamais j'utilisais à nouveau mon pouvoir en tant que Maître Kotodama, tu peux être sûr que je le ferais, autant que tu voudras !" réplique aussitôt Shôi d'un ton enflammé. Néanmoins même cette affirmation ne suffit pas à faire fléchir la volonté d'Asari. Impassible, il répond simplement que si jamais son ancien maître décidait de reprendre du service, il demanderait à Waki de lui procurer un autre Kami. Car en ce qui le concerne, il refuse de demeurer plus longtemps celui de Shôi. Et il va sans dire que ces paroles d'une franchise cruelle plongent l'autre jeune homme dans un profond désarroi. ".... Tu me l'avais dis.... prononce-t-il d'une voix blanche. Que tu deviendrais mon Kami.... Que tu resterais auprès de moi.... En affirmant que c'était le Destin qui nous avait réuni, ne m'avais-tu pas fais une promesse !?"
Shôi se rappelle ce jour où encore enfant, il s'était retrouvé cloué sur un lit d'hôpital grièvement blessé après son premier "travail" en tant que Maître Kotodama. Lorsqu'il avait demandé à son père pourquoi il lui fallait utiliser ce pouvoir malgré la souffrance qui devait l'attendre chaque fois en retour, ce dernier s'était contenté de répondre que c'était son destin en tant que membre de la famille Mitô, qu'il devait l'accepter sans conditions. Blesser d'autres gens pour être blessé soi-même comme prix de son crime.... Le coeur tendre de Shôi ne pouvait se résoudre à accepter une telle chose ! Mais tandis qu'en larmes il se lamentait ainsi sur son lit, Asari avait soudain fait son apparition, se présentant comme son Kami, bien qu'il appartenait autrefois à son grand-père: Rikiichi Mitô, le plus puissant Maître Kotodama de la famille, possèdait des pouvoirs si grands qu'il lui fallait trois Kami pour lui seul ! Alors que jusqu'à présent, en dépit de ce que ça lui en coûte physiquement, Shôi quant à lui n'a jamais voulu utiliser les services de ces êtres de papier. "Qu'est-ce qu'il y a ? demande Asari tandis que le garçon se détourne de lui d'un air boudeur. Tu ne veux pas des affaires usagées de ton grand-père ? Et pourtant ceci est ton destin, tu dois l'accepter." Pratiquement les mêmes paroles qu'avait prononcées son père ! Mais voilà, Shôi ne croit pas en des valeurs aussi abstraites que le destin ou la fatalité, et il s'empresse de le faire savoir à Asari. "Tu préfères les formes concrètes ? Pas de problème." Et sur ces mots, le jeune homme relie son auriculaire à celui de Shôi par un "Fil Rouge du Destin", comme le font les enfants pour sceller une promesse. Mais voilà, Shôi n'est plus vraiment un enfant, et un poil vexé, il lance aussitôt une formule magique: "Qu'Asari soit lié par ce fil ! Que plus jamais il ne puisse l'ôter jusqu'à l'heure de sa destruction !" Grâce au pouvoir du Kotodama, la promesse est scellée, le Kami est désormais lié à Shôi irrémédiablement. Le voilà pris à son propre piège, il a eu tort de sous-estimer l'héritier des Mitô ! Fier de son oeuvre, le garçon dévisage Asari d'un air de défi, mais loin de se montrer offusqué, ce dernier sourit au contraire, avant de lancer en plaisantant: "Comment ? Ainsi je te plais au point que pour me lier tu utilises le Kotodama ?" Devenant subitement écarlate, Shôi n'avait pu prétendre le contraire, et depuis ce jour, le Kami et lui ne s'étaient plus quittés.
"Tant que tu utiliseras l'art du Kotodama, je resterais à tes côtés et je te protégerais. Néanmoins en échange, tu devras devenir un homme bien dont je puisse être fier !" En esprit, Shôi devenu adulte revoit encore le visage lumineux d'Asari lorsqu'il prononçait ces paroles; mais tout est fini à présent, et assis prostré dans le salon de la résidence Mitô, le jeune homme ne peut que rester plongé dans ses souvenirs, tandis qu'inquiets, Konoé et Raïzô l'observent à la dérobée. "Quels souvenirs romantiques", s'extasie l'homme de ménage après avoir entendu l'histoire de la rencontre entre Asari et Shôi. "Tu parles, ça me donne froid dans le dos ! réplique le loubard, qui décidément n'apprécie pas beaucoup l'autre Kami. Ce pervers d'Asari l'a eu en se servant de son charme. De telles paroles ne pouvaient qu'être aussi fatales que du poison à un gamin en pleine puberté !" Konoé ignore que Asari se trouve en ce moment dans son dos, et il va sans dire que cette remarque n'est pas du tout à son goût ! "Konoé.... Il me semble que tu n'est pas en mesure de critiquer autrui !? Espèce de PEDOPHILE HOMO !! Qui donc a porté la main sur Kotoha alors qu'il était encore si JEUNE...." Ces paroles bien placées d'Asari prononcées avec son éternel sourire bienveillant font à Konoé un effet foudroyant ! Il s'effondre sur le sol sous les appels inquiets de Raïzô, et il lui faudra 30 bonnes minutes pour se remettre - de ce qui est en plus la vérité !
La journée s'écoule, et 6 heure du soir finissent par sonner sur la vieille horloge du salon. Shôi n'en a toujours pas bougé, et venant se planter devant lui, Konoé mécontent insiste pour qu'il emmène Asari d'ici au plus vite, lui reprochant de ne pas être capable de tenir les rênes de son propre Kami. Néanmoins l'aîné des Mitô se contente de le dévisager sans mot dire, ce qui exacerbe encore davantage la colère du loubard. L'ambiance ne va pas être très gaie ce soir encore au dîner, ainsi à peine arrivée dans la cuisine avec Bénio, s'excusant, Ôka demande à Raïzô de lui monter son repas dans sa chambre. Au même moment, dans celle de Waki qui lui aussi a préféré rester dîner chez lui, Asari fait part au Marionnettiste de son désir qu'il fabrique rapidement pour Shôi un nouveau Kami. "Et ensuite ? demande Waki gravement après un instant de silence. Tu vas retourner à l'état de papier blanc ?" Cela équivaut à la mort, mais tristement, Asari acquiesce: comme de toute façon il ne sert plus à rien, il préfère encore retourner à l'état de cendre. A peine a-t-il prononcé cette phrase terrible que le Kami sursaute en entendant grincer les lames du parquet: Shôi apparaît dans l'encadrement de la porte, arborant un visage furieux. Prévoyant une nouvelle scène, Waki s'empresse de vider les lieux au plus vite, soupirant qu'il n'est même plus tranquille chez lui pour déguster son saké !

"Laisse-moi retourner à l'état de cendre !? Qu'est-ce que tu as donc dans la tête, Asari !! Disparaître, cela veut dire mourir !?" s'écrie Shôi consterné. - "Oh, arrête un peu de gueuler", rétorque l'autre jeune homme avec indifférence en détournant la tête. Mais à cet instant, Asari sent soudain un frisson glacial lui parcourir le dos: un danger est sur le point de survenir, guidé par une puissante volonté de tuer. Qui est-ce qui leur envoie cette terrible magie ? Le Kami l'ignore, car trop de possibilités s'offrent à son esprit. Néanmoins il est sûr d'une chose: s'il encaisse cette force de plein fouet, c'en est fini de lui. "Bah, tant pis.... acquiesce le jeune homme mentalement, un sourire résigné sur les lèvres. Finalement je vais pouvoir mourir en te protégeant, Shôi...." Tandis que la force magique s'engouffre déjà dans la pièce, Asari se dresse donc devant son ancien maître afin de lui servir de bouclier. Mais c'est sans compter la volonté de Shôi, qui lui n'est pas du tout disposé à voir son bien-aimé se sacrifier ! Attrapant Asari par la main, il le tire brusquement derrière son dos, avant de s'exclamer d'un ton impérieux: "Calamité ! Viens à moi !!" Et grâce à l'invocation du Kotodama, la puissante force magique vient frapper l'être humain plutôt que le Kami, qui la reçoit de plein fouet ! Jusqu'à ce que le corps lacéré de profondes entailles, Shôi vienne s'effondrer aux pieds d'Asari.
Pris de panique face à des blessures aussi graves, le Kami se penche vivement sur son maître, approchant ses lèvres des siennes afin de recevoir les dommages physiques sur son propre corps. Néanmoins, Shôi l'arrête d'un geste. "Ce n'est pas.... la peine.... articule le jeune homme péniblement. Tu vas te salir.... et te blesser.... Dorénavant.... j'assumerais seul les blessures...." Eperdu, Asari gifle violemment Shôi afin de le faire taire, tant il est furieux que même après ce qui vient de se produire, ce dernier cherche encore à l'épargner. Attirant brutalement son maître à lui, il superpose ses lèvres aux siennes, l'appelant en son coeur de toutes ses forces. Le pouvoir du Kami ne tarde pas à agir, hélas, son effet s'avère insuffisant: le sang s'est arrêté de couler, mais les plaies sont toujours là. Shôi a beau lui assurer que cela suffit, c'est déjà bien que l'hémorragie soit arrêtée, Asari refuse d'abandonner ! Alors puisqu'un contact par baiser ne suffit pas, il entreprend aussitôt une union plus intime de leurs corps. Pourtant, même cet acte ne produit pas davantage d'effet: les entailles qui recouvrent le corps de son maître refusent désespérément de se refermer. Au bord des larmes, Asari ne sait plus quoi faire.... "Pourquoi.... se lamente-il. Pourquoi alors que nous sommes si profondément unis, tu ne guéris pas !! Tu aurais dû te procurer au plus vite un autre Kami.... Car moi, je suis désormais incapable de te guérir correctement...."
Si Asari s'était sauvé de la maison pour se réfugier chez les Mitô, c'était en fait pour demander à Waki de le "réparer". Hélas, ça n'a pas suffit, et le voilà définitivement incapable de remplir pleinement sa fonction en tant que Kami et de protéger son maître qu'il aime tant pourtant. Il faut dire que malgré son aspect physique, Asari n'est plus tout jeune, il a déjà appartenu au grand-père de Shôi auparavant; si un Kami ne vieillit pas au sens propre du terme, à force de recevoir les blessures de ses deux maîtres successifs, son pouvoir ainsi que la qualité de la matière dont il est constitué se sont peu à peu dégradés. "Asari, ce n'est pas de ta faute.... assure Shôi en prenant le visage de son bien-aimé entre ses mains pour l'embrasser tendrement. Je n'ai cessé de te surmener. C'est moi le responsable." Car Shôi était si heureux lorsque le jeune homme lui avait fait la promesse de rester à ses côtés et de le protéger tant qu'il utiliserais l'art du Kotodama, qu'il avait abusé de son pouvoir, affligeant sans cesse des blessures à son Kami. "Mais c'est fini, je ne veux plus que tu sois blessé..... Dorénavant, c'est moi qui te protégerais", promet Shôi en serrant Asari dans ses bras. Alors, ne dis plus jamais que tu veux être réduit en cendres....! Restes à mes côtés.... Ne me quitte pas.... Reste avec moi...." Tandis que Shôi prononce cette requête comme une litanie, se raccrochant désespérément à Asari, ce dernier ne peut s'empêcher de remarquer comme son maître se comporte parfois comme un enfant. Il se blottit néanmoins contre son épaule, souriant avec une douce satisfaction. ".... Tu sais que je ne te servirais plus à rien ?" avertit encore Asari. - "Je m'en fiche ! répond Shôi aussitôt. Cela me suffit du moment que tu restes auprès de moi jusqu'à ma mort." - "Imbécile.... Jusqu'à ce que je ne devienne plus que cendres, je te chérirais...." Et forts de cette déclaration d'amour, ne pouvant contenir davantage les sentiments qui les submergent, Asari et Shôi s'enlacent pour de tendres étreintes....
Au même moment dans une autre partie de la résidence, satisfait de son oeuvre, Waki se rend dans la chambre de Ôka et Bénio. Couchée à terre, l'adolescente a dû encaisser le retour de magie que sa maîtresse vient d'envoyer à la demande du Marionnettiste.... sur Asari et Shôi ! "Au lieu de monter cette maladroite mise en scène pour raccomoder ces deux-là en allant jusqu'à me faire utiliser le Kotodama, si tu avais simplement ordonné à Asari de rentrer, tu ne crois pas que l'affaire aurait pu être réglée de manière plus pondérée ? Waki !" - "Mmm ? Peut-être bien, reconnaît ce dernier, mais s'il désirait réellement Asari, je voulais que Shôi me le prouve en risquant sa vie. Sinon, hors de question que je lui donne l'un de mes précieux Kami !" - "Tu es bien tendre envers les Kami, comme toujours...." acquiesce Ôka avec un sourire, et loin d'être un reproche, cette remarque est plutôt à prendre comme un compliment. Ce n'est pas le Marionnettiste qui saurait prétendre le contraire, lui qui est prêt à tuer un être humain avec une rare cruauté dès que se trouve menacée la vie d'un de ses enfants. ".... Bien. Et si j'allais boire quelques rasades ?" lance-t-il en s'éloignant, arborant lui aussi un sourire satisfait.
C'est ainsi que le lendemain, Asari se décida enfin à rentrer en compagnie de Shôi, non sans promettre à Raïzô venu assister à son départ sur le perron de la résidence qu'il reviendra s'y amuser de temps en temps. "Nous tous vous attendrons avec joie !" répond Raïzô ravi en lui adressant de grands signes de la main. Mais à côté de lui, une autre personne n'est pas tout à fait de cet avis ! "ARRETE ! Moi je n'attends personne !!" proteste aussitôt Konoé livide, avant de hurler à l'intention d'Asari: "NE METS PLUS JAMAIS LES PIEDS ICI !!" Jusqu'au dernier moment, le loubard n'est pas parvenu à accepter l'autre Kami, et l'homme de ménage se demande bien pourquoi. Néanmoins ce qui l'étonne encore davantage, c'est ce mot que Asari lui a laissé dans sa chambre: "En cadeau d'adieu, j'emporte ton sac de couchage." Le Kami aurait-il donc l'intention d'aller faire du camping, se demande l'homme de ménage perplexe. "Mais où est-ce que je vais dormir ce soir, moi.... Dans le living ? Sur le sofa ?" Tandis que Raïzô réfléchit ainsi à voix haute, Kon vient bientôt à sa rescousse: "Et si tu dormais encore dans le lit, avec moi ?" - HEIN !? M..m..m..mais...." - "Quoi, ça ne te plaît pas ?" La question ne se pose même pas ! Et nul doute que c'est en prévision d'un tel dénouement que le rusé Asari a fait exprès d'emporter le sac de couchage ! Et c'est ainsi qu'à partir de cette nuit, Kon et Raïzô commencèrent à partager le même lit comme ce jour où l'homme de ménage avait eu de la fièvre. Néanmoins, ainsi blotti dans ce lit étroit aux côtés de Kon, Raïzô est persuadé qu'il ne parviendra plus à trouver le sommeil pendant quelque temps !

- Chapitre supplémentaire: Aï ga Hoshii ("Je veux de l'Amour"), page 191: En trois pages, voici ce que Raïzô a retenu du principe Kami/Kotodama par l'observation des membres du clan Mitô. Par contact de muqueuses, le Maître Kotodama et son Kami s'échangent les blessures. Par exemple, lorsque Kotoha se blesse au pied en heurtant l'angle d'une colonne, Konoé le guérit d'un baiser, manière la plus courante lorsqu'il s'agit de blessures légères. Quant à Ôka et Bénio, quand la jeune femme aux allures de dandy se coupe le doigt avec le bord d'une feuille de papier, sa demoiselle Kami lui propose immédiatement le contact sexuel - et généralement devant tout le monde, ce qui n'est pas sans s'avérer dangereux pour la santé du pauvre Raïzô ! (Bien qu'à part lui, ces ébats publics ne semblent déranger personne....) Mais il y a aussi Asari et Shôi. Quand l'aîné des Mitô se blesse à la main, comme tout bon Kami, Asari se propose aussitôt de le guérir et lui demande de se pencher vers lui. Hélas, en lieu et place d'un baiser comme Shôi s'y attendait, Asari enfonce ses deux doigts dans les narines de son malheureux maître, provoquant sur-le-champ un violent saignement de nez ! Certes, la blessure à la main a disparu, mais le traitement lui-même n'est-il pas plus estropiant et douloureux ? Asari n'est décidément pas toujours très tendre avec son maître Kotodama ! Néanmoins par ce geste, Raïzô a appris qu'il existait de nombreuses sortes de muqueuses sur le corps humain, et malheureusement pour Shôi, les parois nasales en font partie !

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Intrigue: Dans une chambre obscure d'un lieu inconnu, debout auprès d'un blessé, une femme lui tient la main avec sollicitude. Il s'agit de son fils, Akimitsu, auquel la femme fait ce serment: "Encore un peu de patience. Je vais te ramener ton Kami."
Pendant ce temps, ignorant tout de ce qui se trame ailleurs, à la résidence où vit la famille Mitô, Raïzô s'éveille pour découvrir Kon allongé sur lui, occupé à admirer ses cils blonds. Quel choc pour l'homme de ménage de voir le visage de celui pour lequel il a eu le coup de foudre dès son arrivée si près du sien, de sentir le poids de l'adolescent sur son propre corps.... Mais depuis que Raïzô a fait à Kon sa déclaration et lui a proposé de devenir son Maître Kotodama, ses ennuis ne font que commencer: car Kon l'embrasse sous prétexte de le guérir pour la plus infime blessure, ignorant tout des tourments qu'il inflige à son nouveau maître. Car l'adolescent croit ne faire que son devoir de Kami en le guérissant, il ne se rend pas compte à quel point Raïzô brûle de désir pour lui ! Ne sachant plus que faire, le jeune homme embarrassé et honteux finit par aller demander conseil à Konoé et Ôka, qu'il sait particulièrement versés dans les choses de l'amour. Mais voilà, un peu trop habitués à exhiber leurs ébats partout dans la maison sous le nez-même de leurs collocataires, ni l'un ni l'autre ne possèdent ne serait-ce qu'une once de délicatesse, et ne voient donc pas où est le problème: si Raïzô désire Kon, c'est simple, il n'a qu'à lui sauter dessus ! Arrivant au beau milieu de cette discussion, Waki va jusqu'à proposer à l'homme de ménage - qui ne sait déjà plus où se mettre - de lui fournir un onguent destiné aux Kamis afin de faciliter ses futurs ébats. Mais quand, relevant la tête, Raïzô découvre la silhouette frêle de Kon derrière le Marionnettiste, il est véritablement pris de panique: Kon a tout entendu !?
Un instant plus tard, Kon et Raïzô se retrouvent seuls dans leur chambre. "Ainsi tu me désires ?" demande l'adolescent avec sa froideur coutumière, tandis que son compère écarlate se répand en excuses. "Pour quelle raison ?" Question qui amène de la part de Raïzô une réponse qui lui paraît évidente: "Parce que je t'aime...." L'homme de ménage n'a pas plus tôt proféré cet aveu que Kon commence à ôter ses vêtements, l'engageant à faire de même: "Tu veux faire l'amour, non ? Je suis d'accord." Le coeur battant, Raïzô finit par se déshabiller et se coucher dans le lit près de l'adolescent. Il n'en revient pas d'un tel dénouement, que Kon ait accepté si facilement de se donner à lui. Néanmoins, perplexe, il ne peut s'empêcher de se demander si ce que tous deux s'apprètent à faire est vraiment bien: dans une relation normale, les choses ne vont pas aussi vite, alors au lieu de le réjouir, l'abandon du garçon lui fait mal au coeur. Kon agit-il ainsi parce qu'il l'aime également ou simplement par devoir, parce qu'il est son Kami ? Alors même que Raïzô enlace l'adolescent, s'efforçant de répondre de son mieux à ses baisers enfiévrés, il ne cesse de se demander que faire.... Kon, dont ce n'est certes pas la première expérience, se montre très entreprenant, au point que malgré lui, le jeune homme sent qu'il va finir par se laisser lui-même aller. Tous deux viennent à peine d'entâmer les préliminaires que Kon, sans égard pour la timidité de son amant, exige qu'il pénètre déjà en lui et qu'il utilise pour ce faire la pommade gracieusement fournie par Waki. Face à la gaucherie et aux hésitations de Raïzô, il va jusqu'à lui prendre lui-même la main pour la glisser entre ses jambes ! Kon ne peut cependant dissimuler sa douleur lorsque les doigts maladroits de Raïzô pénètrent à l'intérieur de son corps. "Tu as mal !?" s'inquiète aussitôt le jeune homme en remarquant ses traits tirés. - ".... Ne t'en préoccupe pas.... Tu veux faire l'amour, non ?"

Ces paroles dénuées de toute tendresse mettent un terme au dilemne de Raïzô en même temps qu'elles le blessent à un point que Kon ne saurait imaginer. Habitué en tant que Kami à offrir son corps sur commande pour guérir des blessés, il n'a pas compris ce que son partenaire attendait réellement de lui, qu'il se donne sous l'influence d'un désir réciproque. Ainsi, quand le jeune homme finit par le repousser en disant qu'il préfère qu'ils en restent là, l'adolescent en est complètement désemparé. "Kon, que ressens-tu pour moi ?" finit par demander Raïzô, qui ne sait comment lui expliquer son refus. - "En quoi est-ce que cela t'importe, maintenant ? demande en retour l'adolescent stupéfait. Je t'ai dit que tu pouvais m'étreindre, alors pourquoi tu ne le fais pas ?" Comment une réponse si froide et rationnelle pourrait-elle convenir à un être aussi sentimental que Raïzô ? Se levant du lit, il se rhabille sans mot dire, sous le regard interrogateur de son amant subitement délaissé, dont l'incrédulité fait vite place à une véritable fureur ! Persuadé que l'homme de ménage s'est moqué de lui, l'adolescent lui fait payer sa désertion avec pertes et fracas, tandis que de part et d'autre des murs de la chambre, chacun grâce à son propre système d'écoute, Konoé et Ôka ne perdent pas une miette de la scène de ménage qui s'y déroule ! "Quel balourd...." soupirent en coeur les deux espions consternés.
Puis, le soir venu, Ôka habillée en général des armées entreprend de punir l'homme de ménage de sa maladresse. La jeune femme a beau comprendre les sentiments de Raïzô, elle lui explique avec colère que pour repousser Kon il aurait au moins pu faire preuve d'un peu plus de tact: qu'est-ce que ça veut dire de s'interrompre ainsi parvenu en plein coeur de leurs ébats ? Ne se rend-t-il pas compte qu'il a blessé l'amour-propre de son partenaire ? Ligoté les mains dans le dos et revêtu de ses seuls sous-vêtements, des épingles à linge lui pinçant les têtons, le malheureux Raïzô doit donc subir le fouet vengeur de Ôka - sous l'oeil d'un Konoé livide qui suggère quand même à la jeune femme d'y aller molo, Raïzô n'est pas habitué à son "enseignement" comme sa copine Bénio ! Et c'est ainsi que pour la première fois de sa vie, l'homme de ménage appris ce qu'on appelle "un jeu sado-maso"....

Le lendemain matin, Raïzô ne s'est toujours pas remis de sa lamentable expérience ratée de la veille, alors tandis-même qu'il fait chauffer au bain-marie le saké demandé par Waki, ses pensées ne cessent d'aller vers l'adolescent: Kon s'efforce toujours désespérément de se rendre utile, que se soit pour guérir les blessures ou satisfaire les désirs charnels de son nouveau maître; mais en réalité, que ressent-il au fond de lui-même ? Quand Kon a prononcé ces paroles, "Je t'ai dis que tu pouvais m'étreindre, alors pourquoi tu ne le fais pas ?" , Raïzô se rappelle que ses prunelles brillaient étrangemment. Des yeux si beaux mais si tristes.... Raïzô lui a avoué qu'il l'aimait, mais cela-même l'adolescent ne semble pas en mesure de le comprendre.... Tandis que l'homme de ménage ressasse ainsi des pensées moroses, l'objet de ses tourments vient soudain le tirer de sa rêverie pour chercher le saké réclamé par Waki. Tendant la main vers la cassserole, Kon se propose d'apporter lui-même les bouteilles, cependant Raïzô l'empêche d'un geste vif d'approcher ses doigts du liquide brûlant. "Attends, c'est dangereux ! s'exclame-t-il. Laisse-moi faire." - "Ne t'ai-je pas déjà dit mille fois de ne pas me traiter comme une personne !? réplique aussitôt le garçon mécontent. Que je me blesse ou que je me brûle, cela ne me fait rien !" - "N'empêche, je ne veux pas !" L'obstination de Raïzô à le considérer comme un être humain suffit à mettre Kon en rage. Il plonge alors une main dans la casserole d'eau bouillante à l'effroi de ce dernier, pour ensuite l'exhiber devant ses yeux. "Regarde. Je n'ai même pas de cloques. Je suis fait de papier !"
A peine Kon les dents serrées a-t-il lancé ces paroles amères qu'il reçoit une gifle de la part de Raïzô, geste dont il ne l'aurait jamais cru capable. Néanmoins l'homme de ménage en a assez de l'entendre se dévaluer ainsi, c'est plus qu'il ne peut en supporter. Alors que tout ce qu'il désire, c'est que Kon vive auprès de lui, souriant et heureux.... Qu'il reste simplement à ses côtés.... "Pourquoi blesses-tu ton corps avec tant d'insouciance ? Pourquoi t'infliges-tu des souffrances inutiles !? Que tu sois un Kami ou un être humain ordinaire, explose Raïzô, cela ne fait aucune différence pour moi ! Ne te l'ai-je pas déjà dit auparavant ? Peu importent ces notions de "valeur" ou d' "utilité" que tu ne cesses de mettre en avant.... Je m'inquiète pour toi parce que tu es toi ! Je te traite précieusement parce que je t'aime, et je refuse que tu te couvres de blessures inutilement...!" Mais loins de réjouir l'adolescent, ces aveux emplis de ferveur passionnée ne font que le plonger dans la confusion la plus totale. "Je ne comprends pas ce que tu dis...." répond-il d'une voix blanche, avant de s'enfuir hors de la pièce. "Je t'aime" se répète-il durant sa course. "Qu'est-ce que cela signifie ? Je l'ignore. Je ne comprends pas. Ces mots n'existent pas. Ils n'existent pas dans mon coeur. Tout ce qui existe en moi, c'est ma mission. Celle de recevoir les blessures à la place de mon maître et de le protéger." Parvenu dans le jardin, l'adolescent s'appuie contre le tronc d'un arbre, son refuge habituel lorsqu'il a du chagrin. "Je refuse que tu te blesses inutilement," poursuit la voix de Raïzô dans sa tête. "Arrête, supplie Kon, cachant son visage dans ses mains. Cesse de proférer des paroles qui me brisent...!" En proie au désespoir, le Kami finit par se laisser glisser sur le sol, où il demeure assis, prostré, jusqu'à ce qu'une femme et un jeune homme apparaissent soudain devant lui. "Tu es Kon, n'est-ce pas ? demande l'inconnue. Que fais-tu en cet endroit, alors que tu es le Kami d'Akimitsu ? Allez viens, Kon. Ton véritable maître t'attend avec impatience."
Au même moment dans la résidence, Konoé a la surprise de découvrir Waki planté à l'entrée de la cuisine, occupé à regarder à l'intérieur d'un air perplexe. Le Marionnettiste explique au nouveau-venu qu'en venant chercher son saké qui n'arrivait pas, il a trouvé Raïzô dans l'état d'abattement impressionnant dans lequel on peut encore le voir en cet instant, pitoyable silhouette larmoyante qui arrache même à quelqu'un d'aussi rude que Konoé une exclamation d'effroi ! Mais tout en prenant dans le frigo une crème glacée destinée bien sûr à Kotoha, le Kami rappelle à Waki qu'ils devaient recevoir de la visite ce soir, et devant le peu d'enthousiasme que montre le Marionnettiste, demande à ce dernier qui est ce visiteur. "Ginka," répond aussitôt Waki. - "Ah !? Qu'est-ce qu'elle vient faire ici ?" demande en retour Konoé sans dissimuler sa surprise. - "Récupérer Kon, probablement ?" "....Récupérer.... Kon ?" A peine entend-t-il ces mots que Raïzô éclate à nouveau en gros sanglots sonores, faisant au passsage sursauter Konoé. Mais à ce moment, une voix familière se fait soudain entendre: "A chaque fois que je viens, je trouve cette maison très animée," remarque Asari, le sourire aux lèvres. Déjà que Konoé a fort à faire avec les déboires amoureux de l'homme de ménage, il n'avait pas vraiment besoin de voir surgir son pire ennemi !

Quelques instants plus tard, une fois Raïzô un peu calmé, assis décemment à table devant un bon bol de thé chaud, Asari tente de rappeler à son souvenir ce qu'il lui avait déjà appris plus tôt: un Kami n'existe que pour un Maître Kotodama. "En un mot, explique Konoé, cela signifie que Kon avait à l'origine un Maître Kotodama qu'il était censé servir." - "Mitô Akimitsu, soupire Waki, arrivant à son tour. C'est le fils de Ginka, qui devait venir ici aujourd'hui. Elle souhaite que Kon sauve la vie de son fils. En plus, sans même me saluer, elle vient d'emmener Kon de son propre chef." - "QUÔA !? Qu'est-ce que ça veut dire ?" Mais si Konoé se montre scandalisé par de tels agissements, que dire de l'effet que la nouvelle de l'enlèvement de son bien-aimé provoque chez Raïzô ? Tétanisé, une inquiétude sans nom vient soudain lui serrer le coeur....
La nuit est déjà tombée lorsque Ginka et son homme de main parviennent à leur propre résidence, munis de la malle dans laquelle ils ont enfermé leur frêle prisonnier. A peine l'a-t-on fait sortir de là que Kon est conduit par ses ravisseurs dans la chambre où git Akimitsu, que Ginka lui enjoint immédiatement de guérir. Hélas, un coup d'oeil au blessé suffit à lui faire admettre son impuissance: il est trop tard pour intervenir, Akimitsu se trouve dans un état désespéré. ".... Je ne peux pas le guérir...." avoue donc Kon péniblement, baissant les yeux. Réponse qui ne saurait bien sûr convenir à la mère du malheureux, qui abandonne d'un coup son calme apparent pour gifler violemment le Kami. "JE NE TE PARDONNE PAS !! hurle-t-elle, le visage baigné de larmes. C'est parce que tu n'es pas arrivé à temps que Akimitsu s'est retrouvé dans un tel état !! Je t'ordonne de le guérir...! Compris !!?"

Durant ces nuits qu'il partageait avec Raïzô, éveillé, Kon restait souvent de longs moments à contempler le jeune homme. Il les entendait, ces bruits légers qu'émet un être doué de vie: la respiration de Raïzô, les battements de son coeur, sa température corporelle.... En posant la tête sur la poitrine de son compagnon endormi, Kon pouvait sentir sa chaleur. Et plus que tout, il appréciait ces cheveux et ces cils dorés, si différents des siens.... Mais à présent, l'adolescent se retrouve privé de cette chaleur humaine qui le réconfortait tant. Enchaîné par une menotte serrée autour de sa cheville, il git sur le sol de la chambre d'Akimitsu, où ses ravisseurs l'ont enfermé.
Pendant ce temps à la résidence, après avoir entendu que Kon aurait dû appartenir au Maître Kotodama Akimitsu Mitô, Raïzô demande à Asari s'il sait ce qui s'est passé: Akimitsu a-t-il été grièvement blessé ? Tout en composant un message électronique sur son portable, Asari acquiesce, précisant que selon son point de vue, Akimitsu ne peut s'en prendre qu'à lui-même de ce qui lui est arrivé: nouvellement devenu Maître Kotodama, il aurait dû attendre patiemment l'arrivée du Kami qu'on lui avait affecté avant de commencer à exercer; mais au lieu de cela, il a utilisé son pouvoir en dépit du bon sens sans Kami pour le protéger, et s'est par conséquent auto-détruit. Néanmoins la véritable responsable de ce drame est Ginka, qui n'a cessé de faire pression sur son fils: elle aussi officiait jadis en tant que Maître Kotodama, et dotée de grands pouvoirs, fondait de grands espoirs sur Akimitsu. "Dans ce cas, s'étonne Raïzô, Mme Ginka devait-elle aussi posséder son propre Kami ? Pourquoi ne demande-t-elle pas à ce dernier de guérir son fils ?" Interrogation logique, à laquelle Asari se met en devoir d'expliquer qu'une fois qu'elles mettent un enfant au monde, les femmes Maître Kotodama perdent tous leurs pouvoirs qui sont alors transmis à leur progéniture. Par conséquent, elles sont dans l'obligation de restituer au Marionnettiste le Kami dont elles n'ont plus besoin, Kami qui retourne à l'état de "papier blanc", sa mémoire effacée et plongé dans le sommeil, avant de rejoindre finalement un nouveau maître sans se rappeler le précédent.
Dans une autre pièce de la maison, en dépit de la retenue que sa maîtresse lui inspire, Bénio ose demander à Ôka si toutes deux ne devraient pas faire quelque chose pour venir en aide à Kon. Mais attirant la jeune fille avec elle sur le lit de sa chambre, Ôka répond que cette fois, elles n'interviendront pas. "Je suis désolée pour Kon, assure-t-elle, mais je ne veux pas t'utiliser dans cette affaire. Tu n'appartiens qu'à moi seule. Et je ne ferais jamais appel à tes services pour une histoire dans laquelle Ginka est impliquée. Compris ?" Bien sûr, docile comme à son habitude, Bénio ne saurait désobéir à sa chère maîtresse. Cependant il y a une bonne raison pour que Ôka préfère se tenir à l'écart: sa demoiselle Kami a beau avoir tout oublié de son précédent Maître Kotodama, Ôka sait quant à elle qu'il s'agissait de Ginka; voilà pourquoi un désir de possession exclusif ainsi qu'une jalousie à l'égard d'une personne que Bénio a sans doute aimé, font qu'elle refuse de mettre la jeune fille en présence de son ancienne maîtresse.

C'est ce que de son côté Asari s'efforce d'expliquer à Raïzô, afin de lui faire comprendre que cette fois il ne pourra pas compter sur l'aide de Ôka. Waki non plus ne paraît pas très bouleversé par ce qui vient d'arriver, ainsi on peut en déduire que lui non plus ne bougera pas le petit doigt. "Comment...? Mais Kon va revenir, n'est-ce pas !? s'exclame Raïzô qui commence à se sentir envahi par la panique. Quand il aura guéri les blessures de Mr. Akimitsu, il va bien finir par rentrer...." Mais le jeune homme n'a pas plus tôt prononcé ces mots qu'il réalise enfin ce que ceux-ci impliquent: si Kon parvient à guérir Akimitsu, probablement restera-t-il à ses côtés pour être son Kami comme cela était prévu à l'origine. L'adolescent n'a cessé de désirer servir un Maître Kotodama, et quand l'homme de ménage avait demandé à Waki de lui donner Kon, il avait réellement l'intention de devenir ce maître tant attendu par son bien-aimé. Hélas, Raïzô doit bien reconnaître qu'il ne possède aucun pouvoir, il ne peut donc devenir un véritable Maître Kotodama comme Akimitsu. Voilà pourquoi, aussi pénible cela lui soit-il, le jeune homme en vient à se dire qu'il est certainement préférable pour Kon d'appartenir à Akimitsu. Car le garçon est un Kami, un Kami qui depuis des lustres recherche désespérément une raison d'exister. "N'empêche, en vérité, je ne veux pas renoncer à lui !" s'écrie malgré tout Raïzô en se pelotonnant sur le sol, pris d'une nouvelle crise de larmes d'impuissance. - "Dans ce cas, sourit Asari, fais preuve d'audace et va récupérer Kon. Regarde ! Voilà les renforts." Car un hôte inattendu vient d'arriver et s'avance dans le couloir pour rejoindre les deux compères, Shôi, le chef de la famille Mitô, l'air plus renfrogné que jamais ! Prévenu de la situation par le message envoyé par son Kami, il représente néanmoins un allié de poids. "Allez, Raïzô ! ordonne Asari sur un ton impérieux. Nous allons récupérer Kon ! Tu l'aimes, non !? Alors montre-lui que tu es sérieux !" Ainsi exorté et fort du soutien de ses amis, le courage revient à l'homme de ménage qui, résolu, se décide enfin à se lever pour suivre Asari et Shôi.
En un autre lieu, dans la chambre de Waki, ce dernier enchaîne les coupes de saké, nonchalamment appuyé comme à son habitude contre son grand coffre d'ébène, tandis que debout à ses côtés, Konoé le toise d'un regard désapprobateur. "Qu'est-ce qu'il y a ? finit par demander le Marionnettiste. Tu as l'air de vouloir me dire quelque chose." - "Pas spécialement, grommelle le jeune homme aux cheveux hérissés. Je me disais seulement que pour un mec qui autrefois avait complètement pêté les plombs quand l'un de ses précieux Kami s'était fait kidnapper au point de se précipiter à son secours avec la fureur d'un démon, aujourd'hui, je te trouve bien calme. Te serais-tu assagi avec l'âge ?" - "C'est possible," répond évasivement Waki en souriant. Cependant Konoé repart à la charge: ".... Pour quelqu'un qui avait l'air de tant chérir Kon, tu te comportes plutôt froidement à son égard." - "J'en ai assez, explique le Marionnettiste. Car quoi que je fasse, en fin de compte, il ne sera jamais à moi." Car Waki a appris autrefois à ses dépends qu'il n'est que le Marionnettiste: quelle que soit l'étendue de l'amour qu'il déploie lors de la création d'un Kami, invariablement, celui-ci choisit de le quitter pour appartenir à un Maître Kotodama. Waki a beau garder cette triste constatation pour lui-même, Konoé sait d'expérience ce qui fait souffrir son créateur: "Il n'y a que pour lui que tu aies jamais pêté les plombs, Waki...." songe le jeune homme en contemplant pensivement le coffre laqué, si précieux pour le Marionnettiste qu'il avait taillé en pièces le yakuza qui avait osé le souiller d'un crachat. "Kon a presque les cheveux de la même couleur que les siens . Je pensais que le fait de ne pas avoir remis Kon à l'état de papier blanc après qu'il ait perdu tout endroit où aller et de l'avoir gardé à tes côtés avait une signification pour toi. Mais visiblement, je me trompais. Tu n'as pas changé d'un poil, Waki." Qu'y a-t-il donc dans le mystérieux coffre noir, si long que l'on pourrait y coucher un être humain, qui occupe tout un côté de la chambre du Marionnettiste ? Probablement le corps inerte d'un Kami, un Kami qui était le seul être dont Waki ait jamais été amoureux. Et puisque rien ne semble pouvoir décider son créateur à bouger, Konoé n'a plus qu'à souhaiter bonne chance à Raïzô....
Pendant ce temps, à la résidence de Ginka, malgré les liens qui l'entravent, Kon est parvenu jusqu'à la grande porte-fenêtre de la chambre d'Akimitsu, qu'il tente d'ouvrir. Peine perdue, celle-ci est vérouillée, et à peine l'adolescent a-t-il fait cette pénible constatation que l'on tire violemment sur sa chaîne pour le ramener au centre de la pièce. La maîtresse des lieux et son homme de main viennent de reparaître dans la chambre, et Ginka ne cache pas son mécontentement face à cette pitoyable tentative d'évasion qui d'avance était vouée à l'échec. "Je te quitte des yeux un court instant et voilà que tu essayes d'en profiter pour t'enfuir.... Alors que ton propre maître ne peut même pas marcher.... D'accord.... Brisons à toi aussi les jambes. Voilà un châtiment qui convient parfaitement à un Kami inutile." Et sur ces mots, brandissant une lourde statue, Ginka l'abat cruellement sur la jambe du garçon, la lui brisant net à hauteur de la cheville. Puis, à nouveau seul dans la chambre avec Akimitsu, Kon vient s'assoir à califourchon sur son corps inerte enroulé de bandages. "Waki.... Que dois-je faire ?" demande-t-il mentalement à son créateur. A cet instant, Kon se souvient des paroles que Waki lui avait adressées en lui apprenant la disparition du maître qu'il devait servir: "Alors que tu venais juste de naître en ce monde, te voilà inutile, Kon. Qu'est-ce que je vais faire de toi ?..." "Inutile" répète l'adolescent. "Parce que je ne suis pas arrivé à temps pour sauver Akimitsu ?" C'est ce que lui laissaient entendre les paroles furieuses et amères de Ginka quand elle lui avait ordonné de guérir son fils. "Si ses blessure étaient guérissables, je ne demanderais pas mieux que de le soigner, se lamente le Kami au bord des larmes. Mais je ne peux pas...! Je n'en ai pas le pouvoir."

Se redressant, Kon jette un coup d'oeil à sa cheville brisée et son pied tordu en un angle inhabituel. "Voilà un châtiment qui convient parfaitement à un Kami inutile," avait proclamé Ginka. "Et si je me la coupais carrément ? s'interroge l'adolescent en massant sa jambe douloureuse. Si grâce à une telle punition, ils acceptaient tous de me pardonner...." Mais à peine cette horrible résolution a-t-elle germée dans l'esprit de Kon qu'une main s'empare soudain de la sienne, l'empêchant de tenter d'aggraver ses blessures. "Arrête, Kon ! Cela suffit.... Pourquoi faut-il toujours que tu te tortures toi-même...!?" Et se retournant, Kon découvre avec stupeur le visage rayonnant de Raïzô. "Je suis venu te chercher, annonce gaiement ce dernier. Tu rentres avec moi ?" Quelle question ! Sur le point de fondre en larmes, Kon tend vers le jeune homme des bras désespérés. Mais à cet instant de bonheur suprême, il ouvre brusquement les yeux. Tout ceci n'était qu'un rêve, et quand le Kami se relève du sol où il gisait pour jeter des regards éperdus dans la chambre, c'est pour la trouver désespérément sombre et vide. "Raïzô...." Rampant vers la porte-fenêtre aux rideaux tirés, Kon plongé dans un état d'abattement indicible n'a désormais pour le réconforter que le souvenir du visage rieur de son ami, comme espoir que de le voir surgir, comme dans son rêve, entre les rideaux de cette porte-fenêtre....
Au même moment, après avoir absorbé les médicaments prescrits par une clinique psychiatrique - preuve irréfutable qu'elle souffre de problèmes mentaux, ce qui explique ses actes - Ginka s'adresse à son garde du corps, qui est en réalité une femme: "Pourquoi Akimitsu n'est-il pas encore guéri ? C'est étrange. Il n'arrive même plus à parler.... Alors qu'il est.... mon héritier.... Si seulement Kon était arrivé plus tôt auprès de lui.... Rien de tout ceci ne serait arrivé...." Tout en se lamentant, voilà Ginka ramenée quelques années en arrière, à l'époque où Akimitsu venait juste de devenir Maître Kotodama. Qu'elle était fière alors de son héritier, qui ce jour-là devait recevoir enfin son propre Kami, et pleine d'impatience, Ginka avait alors demandé à Akimitsu de vite accomplir devant elle son premier travail. Inquiet et embarrassé, le jeune homme avait essayé de lui faire entendre qu'il vaudrait tout de même mieux avant de lancer un sortilège attendre l'arrivée de Kon censé l'assister, néanmoins Ginka lui avait assuré que tout se passerait bien: non seulement le Kami ne devait plus tarder, mais surtout, avec les puissants pouvoirs qu'Akimitsu avait hérités de sa mère, il était peu probable qu'il lui arrive quelque chose de mal. Hélas, Ginka aurait dû garder à l'esprit que plus un Maître Kotodama est puissant, plus il se met en danger en utilisant ses pouvoirs. N'osant désobéir à sa mère, Akimitsu avait pourtant finit par céder et commencé à lancer ses sortilèges. C'est ainsi que se produisit l'inéluctable: son Kami n'étant pas posté auprès de lui pour encaisser le coup à sa place, il dû recevoir le retour de sort sur son propre corps, terrible vague d'énergie aux lames coupantes qui devait lui infliger des dommages irréversibles. Ginka ne put qu'assister impuissante au drame tandis que son fils se faisait tailler en pièces sous ses yeux, les deux jambes sectionnées, pour finir par baigner dans une mare de sang. Cela n'aurait pas dû se passer comme ça. Pour elle, c'était inconcevable. N'empêche que la femme a beau en rejeter la faute sur Kon, c'est elle par son orgueil maternel qui est la véritable responsable de l'accident. ".... Akimitsu va guérir.... Il va guérir...." répète Ginka en se remémorant ces horribles souvenirs. Mais à cet instant, retentit dans la pièce une voix familière qui déclare sur un ton tranchant: "Même le Kami le plus puissant ne peut guérir les morts. Akimitsu est décédé depuis longtemps."
Stupéfaite de voir débarquer cet instrus dans le salon de sa maîtresse, la garde du corps de Ginka se lève aussitôt pour l'affronter, néanmoins, un simple ordre de ce dernier suffit à l'immobiliser grâce au pouvoir du Kotodama. Ginka quant à elle reconnaît immédiatement Shôi Mitô, chef du clan auquel elle appartient, et ne manque pas de s'indigner qu'en dépit de son rang il ait osé s'introduire ainsi chez elle sans y être invité. Mais Shôi s'empresse d'expliquer qu'il en a reçu la permission, et ce du propre mari de Ginka ! "Je ne sais plus quoi faire, avait avoué l'homme en remettant lui-même à Shôi les clés de sa maison. Mon épouse est devenue complètement folle. Elle se trouve actuellement dans notre résidence secondaire. Je vous en supplie, apportez-lui la paix.... Je m'en remets à vous, qui êtes le chef de notre clan. Libérez ma femme.... du souvenir de notre fils...." A genoux aux pieds de Shôi, désespéré, l'époux de Ginka lui avait fait cette poignante requête. Comment le jeune homme aurait-il pu refuser ? "Oublie ! ordonne donc Shôi, mettant tout son pouvoir de Maître Kotodama dans ses paroles. Que de la mémoire de Ginka s'efface totalement le souvenir d'Akimitsu !" Le sort lancé vient frapper la femme en plein milieu du front sous le regard éperdu de sa garde du corps tandis qu'en contre-partie, Shôi reçoit une profonde entaille à la main. Inconsciente, Ginka s'effondre sur le canapé....
Pendant ce temps, dans la chambre d'Akimitsu, Kon git toujours à l'endroit où il s'est effondré. A demi-inconscient, il ne cesse d'entendre dans sa tête la voix de Raïzô qui l'apelle. "S'il est au courant de la situation dans laquelle je me trouve, que va-t-il me dire, cette fois ?" se demande le Kami, les bras repliés sous sa tête en guise d'oreiller. Derrière ses paupières closes, le visage du jeune homme lui apparaît bientôt, si sincère lorsqu'il avait prononcé ces mots peu de temps auparavant: "Je m'inquiète pour toi parce que tu es toi ! Je te traite précieusement parce que je t'aime, et je refuse que tu te couvres de blessures inutilement...!" "Qu'est-ce que cela signifie, "Je t'aime" ? s'interroge Kon comme il le fait souvent. Plusieurs fois déjà, son ami lui a fait entendre qu'il n'attachait aucun prix aux notions de "valeur" et d'"utilité", seule la notion d'amour revêt de l'importance à ses yeux. L'homme de ménage s'était montré si heureux et reconnaissant quand, le jour où il avait été malade, Kon lui avait confectionné de la bouillie de riz. "C'était la première fois qu'on me disait merci, se souvient l'adolescent. Et chaque fois que je ferme les yeux, j'entends ta voix." Abaissant les paupières, Kon est sur le point de glisser à nouveau dans l'inconscience quand soudain, les rideaux de la porte-fenêtre s'écartent brusquement devant lui. "Kon ! Je t'ai trouvé, Kon !!" Un flot de lumière s'engouffre alors dans la pièce, éclairant la silhouette de Raïzô. Kon n'en croit pas ses yeux ! "Si c'est un rêve, je vous en prie, faites que cette fois je ne me réveille pas...." implore-t-il, se redressant pour se blottir dans les bras de son ami....

Profondément soulagé, tout en serrant l'adolescent dans ses bras, Raïzô lui demande s'il va bien, s'il n'est pas blessé. Ce à quoi, avec son manque de délicatesse coutumier, Kon répond qu'on lui a seulement éclaté la jambe droite ! Pris de panique à cette annonce, l'homme de ménage veut aussitôt l'emmener auprès de Waki afin de le faire soigner au plus vite. Néanmoins, le visage toujours enfoui dans le creux de l'épaule de Raïzô, Kon ne semble pas décidé à bouger tant il désire prolonger ces bienheureux instants. "Kon ? Tu as mal !?" s'inquiète Raïzô tandis que le garçon le serre encore plus fort dans ses bras. Mais ignorant la question, ce dernier se contente de répondre: "....Ceci n'est pas un rêve.... Tout à l'heure.... j'ai rêvé que tu venais me chercher.... Mais lorsque j'ai ouvert les yeux, tu n'étais pas là, et je ne sais pourquoi, je me suis senti terriblement triste.... Jusqu'à ton arrivée, je n'ai cessé de me dire que ce serait bien si mon rêve de tout à l'heure pouvait se réaliser." Ignorant quelle vive émotion saisit son ami à cet aveu plus tendre que lui-même qui l'a pourtant prononcé n'en a conscience, Kon poursuit en son for intérieur: "A l'origine j'aurais dû devenir le Kami d'Akamitsu et en tant que tel, je me devais de guérir ses blessures.... Personnellement, si cela était en mon pouvoir, moi aussi je souhaitais le guérir.... Je le souhaitais.... Mais je ne peux guérir un mannequin. Je ne peux guérir quelqu'un qui est déjà mort." Blotti contre Raïzô, l'adolescent laisse libre cours à son chagrin. Ainsi, depuis le début, le corps enroulé de bandages auprès duquel Ginka l'avait conduit n'était en réalité qu'un mannequin, tel qu'on en voit dans les supermarchés.... Illusion navrante destinée à nourrir les espoirs d'une mère éplorée....
En quittant la résidence secondaire de Ginka, Shôi retrouve Asari qui l'attendait près de leur voiture et lui annonce que la femme est finalement repartie auprès de son époux. La main du jeune homme saigne encore en dépit du bandage de fortune qu'il s'est confectionné, châtiment pour avoir effacé de la mémoire de Ginka le souvenir de son fils. Shôi s'étonne néanmoins que cette blessure soit si légère par rapport à l'incantation qu'il a lancé, il en vient donc à s'interroger sur sa réelle efficacité. Au même moment, dans l'automobile qui la reconduit chez elle, Ginka fredonne une chanson d'un air égaré, les yeux entourés d'énormes cernes noires. Bien qu'elle repris connaissance après le sort envoyé par Shôi, cette fois, elle semble avoir perdu ce qui lui restait de raison, à la tristesse de sa fidèle garde du corps. Tout en conduisant, celle-ci se remémore l'incident survenu quelque temps plus tôt: alors qu'elle se trouvait dans un magasin de vêtements en compagnie de sa maîtresse, Ginka s'était soudain jetée sur un mannequin qu'elle avait pris pour son fils disparu. La garde du corps avait eu beau tenter de la raisonner en lui rappelant qu'Akimitsu était mort, le mannequin sans jambes évoquait tant à Ginka l'image de son fils mutilé au moment de son décès qu'il avait fallu céder et la laisser emporter le mannequin. Mannequin qu'après s'être réfugiée dans sa résidence secondaire, loin des siens, Ginka s'était mise à soigner comme s'il s'agissait réellement du jeune homme....
Finalement, conclut Asari, personne n'a rien pu faire pour Ginka Mitô, ni son époux, ni ses proches: ne pouvant accepter le décès de son fils, son âme s'est irrémédiablement brisée. "Quel ennui d'avoir dû se mêler de cette histoire," grommelle le Kami. En guise de dédommagement pour tout le dérangement causé, il espère au moins que le mari de Ginka s'est montré financièrement généreux avec leur chef de clan, pensée bien terre à terre en dépit de la gravité des événements et qui ne manque pas de scandaliser Shôi ! Car après tout, poursuit Asari, qui est-ce qui va devoir guérir la blessure du Maître Kotodama ? C'est lui-même, en dépit de son corps usé de Kami très ancien ! Mais coupant court à ces commentaires bougons, Shôi assure à Asari qu'il n'aura pas à la soigner: car n'a-t-il pas promis à son bien-aimé que désormais, lui seul recevrait les blessures ? Promesse bien étrange de la part d'un Maître Kotodama à son Kami, mais preuve d'amour irréfutable à laquelle Asari ne saurait résister ! "Tu es vraiment classe, Shôi," prononce le Kami en se pendant langoureusement à son cou, avant d'ajouter en riant qu'à cause de cette promesse, afin que la blessure de son maître ne soit pas tranférée sur son propre corps, ils ne pourront plus faire l'amour d'ici quelque temps. Shôi n'avait certes pas pensé à ça ! Tandis que Asari taquine ainsi son amant, qui en cet instant peine plus que jamais à conserver son air stoïque, Raïzô assiste à toute la scène, les yeux ronds tant les manières et les propos du Kami lui paraissent osés. Pauvre campagnard naïf qu'il est, l'homme de ménage ne s'habituera donc jamais aux audacieuses démonstrations d'amour des membres du clan Mitô, qui décidément se soucient peu du lieu ou du moment ! "Shôi, regarde. Il est raide comme un piquet !" s'exclame Asari, amusé de la gêne qu'il a - volontairement ? - provoquée chez Raïzô. Ce dernier porte sur son dos Kon inconscient, alors, un sourire satisfait aux lèvres, Asari propose à ses amis de tous rentrer à la maison.
Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque Kon s'éveille enfin, pour se retrouver dans le décor familier de sa chambre. Assis à son chevet, Raïzô n'a cessé de le veiller depuis qu'il l'a ramené à la résidence, bien qu'épuisé par les événements de ces dernières 24 heures, le jeune homme ait finit par s'endormir à son tour. Il dodeline de la tête dans son sommeil, la penche d'un côté puis de l'autre, comme si elle était montée sur ressorts, pour finalement se réveiller en sursaut. Raïzô découvre alors l'adolescent hilare penché sur lui. "Toi alors.... On dirait un jouet !..." remarque Kon, le visage illuminé d'un sourire radieux. Il est si rare de le voir sourire - et encore moins rire ! - c'est dire combien cette vision met à Raïzô du baume au coeur. "Comment va ta jambe ? Tu n'as plus mal, n'est-ce pas ? demande l'homme de ménage, s'efforçant de cacher son trouble. Pendant que tu dormais, Mr. Waki l'a remise en place. C'est incroyable comme il lui a été facile de la guérir ! Quelle chance que tu sois un Kami !" Bien sûr Raïzô ne pensait pas à mal en lançant joyeusement cette affirmation, mais à ces paroles, le visage de Kon s'assombrit. D'accord, profère-t-il, c'est bien de pouvoir guérir aussi facilement; mais si cette faculté ne vous aide pas à vous rendre utile, alors selon lui elle n'a aucun intérêt. "Mais pourtant tu as fait de ton mieux ? proteste aussitôt l'homme de ménage, désolé d'avoir involontairement rappelé à Kon son complexe d'inutilité. Car en fait tu le savais, n'est-ce pas ? Qu'Akimitsu n'était déjà plus de ce monde. Et bien que tu avais compris qu'il ne s'agissait que d'un mannequin, tu n'as rien dit et tu as joué le jeu, afin de protéger le coeur et la raison de la mère d'Akimitsu. Je pense que toi seul était capable d'un tel acte, et tu peux en être fier." Prenant les mains de Kon dans les siennes, Raïzô poursuit de son ton le plus convaincant, pressant son front contre celui du Kami: "N'importe qui d'autre aura beau prétendre que ce que tu as fait était inutile, moi je te féliciterais en te couvrant de fleurs. Tu es vraiment quelqu'un de très doux, et le Kami le plus fort que je connaisse !"

Jamais encore Kon n'avait reçu de tels compliments, et de saisissement, il en reste complètement décontenancé ! Raïzô est bien le seul a lui avoir jamais parlé comme ça. "Bien qu'il ne soit pas capable d'utiliser l'art du Kotodama, songe l'adolescent en dévisageant son ami d'un air incrédule, ses paroles ont toujours beaucoup d'effet sur moi. Elles pénètrent en moi et résonnent dans mon coeur, m'imprègnent. D'abord elles me serrent le coeur, puis je finis par les accepter. Mon Maître Kotodama, Raïzô...." A voix haute, Kon répète le prénom du jeune homme, tandis que ce dernier réalise avec une émotion mêlée de stupeur que c'est la première fois que l'adolescent l'appelle ainsi par son prénom. Cependant Raïzô n'est pas au bout de ses surprises, car levant vers lui son petit visage rond, mû par une impulsion, Kon s'empare soudain de ses lèvres. Peu habitué à de telles démonstrations de la part du Kami, une seule réaction s'impose à l'homme de ménage: la panique ! "Kon !? Qu'est-ce qui te prends !? s'exclame-t-il après être parvenu à se libérer pour reprendre son souffle. Pourquoi tu m'embrasses, tout à coup !?" - ".... Que te dire, se contente de grommeler le garçon d'un air boudeur. J'ai eu envie de le faire, alors je l'ai fait ! Il ne fallait pas ?" - "HEIN ? MAIS NON, AU CONTRAIRE !" proteste aussitôt Raïzô, de plus en plus paniqué. Mais à cet instant, une idée vient s'imposer à son esprit; quelque chose qu'il n'ose espérer, mais que pourtant il ne peut s'empêcher de demander à son ami: "Kon. Est-ce que tu serais tombé amoureux de moi ?" La réponse ne se fait pas attendre, tranchante bien qu'au fond prévisible: "Je n'sais pas." Face à la déception de Raïzô, Kon s'empresse d'expliquer qu'il ignore réellement quel sens le jeune homme donne à ce mot "aimer", car lui-même n'a eu que rarement l'occasion d'éprouver un tel sentiment envers un objet précis. "Ce mot, interroge Kon, toi, quel sens lui donnes-tu ?"
Un instant pris au dépourvu, tout en réfléchissant, Raïzô s'efforce de répondre de son mieux à la question: aimer, selon lui, c'est s'apercevoir soudain que l'on pense sans arrêt à une personne, vouloir être auprès d'elle, et lorsqu'on se trouve en sa compagnie, en éprouver une vive joie mais aussi se sentir terriblement ému, troublé, avoir le coeur battant.... C'est aussi souhaiter entendre le son de la voix de cette personne, désirer la toucher, prendre soin d'elle comme s'il s'agissait de son bien le plus précieux.... Et pourtant ressentir l'envie irrépressible de l'embrasser, de la serrer dans ses bras.... Difficile à exprimer, mais pour Raïzô, en gros c'est cela, l'amour. "S'il en est ainsi, répond Kon, moi aussi, je ressens tout cela. Ton visage rieur et ta chevelure dorée, je les trouve si beaux que j'ai envie de les toucher. Et depuis que je t'ai rencontré, je me rends compte que c'est à toi que je pense le plus souvent. De tels sentiments, c'est cela qu'on appelle "aimer" ? Dans ce cas, je crois que je t'aime."
Quel choc pour Raïzô d'entendre enfin l'aveu tant désiré ! "Que faire ?... se demande-t-il, ému, en enfouissant son visage dans ses mains. Là maintenant, j'ai terriblement terriblement TERRIBLEMENT envie de le SERRER TRES FORT !!" Alors, tandis que Kon le contemple d'un air étonné, cédant à son impulsion, le jeune homme le saisit vivement dans ses bras. Tous deux s'effondrent mollement sur le lit où Raïzô demeure étendu immobile, à presser l'adolescent contre son coeur secoué de violentes palpitations. "Son coeur, comme il bat fort, s'étonne Kon en lui-même. C'est le son d'un être vivant.... et sa chaleur." Ainsi prisonnier des bras de son bien-aimé, loin de chercher à se dégager, le Kami se blottit encore davantage contre lui, frottant sa joue contre son T-shirt pour mieux goûter la chaleur de son corps. "Il.... Il est trop mignon," souffle Raïzô, qui sent irrésistiblement le désir s'éveiller en lui. Il hésite pourtant à tenter d'aller plus loin, et de peur de brusquer Kon, se demande bien comment à présent il convient d'agir ! Mais à la fin, prenant son courage à deux mains, c'est avec une timidité maladroite qu'il demande au Kami la permission de l'embrasser. Bien sûr, l'adolescent accepte, alors tous deux échangent un baiser d'abord timide et hésitant, puis de plus en plus hardi et profond, jusqu'à ce que le feu éveillé par ce baiser achève de faire voler leur réserve pudique en éclats. ".... Raïzô.... J'ai chaud...." soupire Kon, haletant. Relevant sa chemise, il dévoile alors sa poitrine nue, et à peine a-t-il aperçu ses deux têtons roses dressés sous l'effet du désir que l'homme de ménage se lance à l'assaut ! De sa bouche, il inflige à Kon de vibrantes tortures telles que ce dernier n'en a jamais goûté jusqu'à maintenant. Mais rien qu'à voir le visage enfiévré de plaisir de son jeune amant, Raïzô sent bientôt une tension insoutenable à l'entrejambe de son pantalon. Kon ne tarde pas à remarquer sa gêne et lui enjoint de se déshabiller afin d'être plus à l'aise. Tandis que le jeune homme obtempère en commençant par ôter son T-shirt, l'adolescent s'attaque lui-même à son sous-vêtement afin de vérifier si Raïzô est blond même jusqu'en dessous de la ceinture. Horrifié par ce geste audacieux, Raïzô crie à Kon d'attendre, de ne surtout pas augmenter son excitation en le touchant, mais trop tard: à peine a-t-il écarté le caleçon de l'homme de ménage que le Kami reçoit une grosse giclée de sperme en pleine figure ! Mais ce n'est pas tout: quel choc pour Kon de découvrir la chose monstrueuse que dissimulait le sous-vêtement de Raïzô, un pénis digne d'un métis au sang d'anglo-saxon, d'une longueur et d'une épaisseur inconcevables pour un Japonais ! "UN TRUC AUSSI ENORME NE POURRA JAMAIS RENTRER, CRETIN !!" s'écrie le Kami rouge de honte face au spectacle d'une virilité aussi impressionnante, repoussant d'un coup de pied son malheureux amant. Et sur ces mots, Kon s'enfuit de la chambre en claquant la porte derrière lui, porte contre laquelle il reste cependant appuyé, ne sachant plus que faire: car s'il s'est sauvé, ce n'est pas tant par colère que pour dissimuler sa honte, comme en témoigne sa figure empourprée jusqu'aux oreilles !

Pendant ce temps, dans la chambre où le pauvre Raïzô s'est effondré à genoux sur le sol pour donner libre cours à son chagrin d'avoir été encore une fois éconduit, deux visiteurs font bientôt leur apparition. Ecoutant à travers les murs comme à leur habitude, Konoé et Ôka n'ont pas perdu une miette de tout ce qui s'est passé ! Si Konoé prend la défense de Kon, qui même s'il n'est plus vierge ignore absolument tout des choses de l'amour et de ce que c'est que d'être désiré ardemment, Ôka quant à elle reproche à l'adolescent d'avoir fuit ainsi: selon elle Kon n'aurait pas dû se sentir effrayé par un problème de "taille", car le corps d'un Kami est si souple qu'après les préliminaires appropriés, même le "machin" de Raïzô rentrerait sûrement. Tandis que la jeune femme promet d'appliquer ce soir à Kon l'un de ces "châtiments" dont elle a le secret, Konoé, lui, se contente de souhaiter bonne chance à l'homme de ménage. En tout cas, l'un et l'autre semblent s'accorder à penser que le malheureux n'est pas encore prêt de conclure !

Le lendemain de sa mésaventure avec Kon, mû par le désespoir et le dépit, Raïzô a demandé à Waki la permission de retourner chez lui à la campagne. Il n'a mis personne d'autre au courant de sa décision, c'est donc avec stupeur que Konoé apprend de la bouche de Ôka que l'homme de ménage s'en est allé très tôt le matin-même. Si le Kami au look de loubard se demande bien qui désormais va faire à manger à son jeune maître Kotoha, il s'interroge également sur ce qui a poussé leur ami à une telle extrémité. "Quoi d'autre que ça répond Ôka en faisant bien sûr allusion à l'expérience amoureuse contrariée de Raïzô. Je comprends parfaitement qu'il ait eu envie de rentrer sa campagne natale. Alors qu'enfin il avait appris que son amour était partagé et qu'il allait conclure, être repoussé uniquement pour une histoire de TAILLE, se faire éjecter hors du lit à moitié cul nu, pour finir par être fuit et ignoré...." Ôka insiste bien sur chacun de ses propos, sachant que Kon qui vient d'arriver n'en perd pas une miette, debout dans l'encadrement de la porte. "Alors, que vas-tu faire, Kon ? demande ironiquement Konoé en se tournant vers le garçon, resté tétanisé en apprenant ainsi le départ précipité de Raïzô. Il est possible qu'il ne revienne plus jamais, tu sais ?" Le loubard n'a pas plus tôt prononcé ces paroles cruelles destinées à faire réagir le jeune Kami qu'un couteau de cuisine vient soudain fendre l'air pour se planter dans le mur près de lui, après avoir frôlé son cou ! Konoé livide voit alors surgir devant lui son pire cauchemar, Asari ! "Cesse de faire des reproches à ce pauvre Kon comme s'il était le seul responsable", lance le doyen des Kamis, avant d'ajouter, posant une main apaisante sur la tête de l'adolescent: "Ne fais pas attention à ce que dit cet idiot." - "Asari ! Qu'est-ce que tu fous encore ici !?" réplique Konoé avec colère. - "J'y suis parce que ça m'amuse de voir combien ma présence t'est désagréable." - "RETOURNE À LA MAISON-MÈRE !!" Mais tandis que ses deux amis se chamaillent ainsi comme à leur habitude, seules les premières paroles prononcées par Konoé résonnent encore à l'oreille de Kon: "Il est possible qu'il ne revienne plus jamais, tu sais ?" Avec amertume, le garçon revoit les événements de la veille, toutes les tentatives de Raïzô pour lui parler, et lui qui n'avait cessé de fuir en lui tournant le dos. Pour finir, comme le visage de son ami était malheureux ! Malheureux mais résigné.... "Raïzô", appelle Kon en esprit. Si son corps artificiel renfermait des larmes, il en pleurerait de remords....
Pendant ce temps à des kilomètres de là, une fois de retour dans sa région natale où règne une chaleur étouffante, le premier soin de Raïzô est d'aller se recueillir sur la tombe de sa grand-mère. Après y avoir déposé des fleurs et des offrandes de nourriture, il s'agenouille devant la sépulture pour prier tandis que s'élève la fumée du bâtonnet d'encens. "Grand-Mère. Est-ce que tu t'amuses bien au Paradis ? A chaque fois que je pense à toi, je me remémore ce jour d'autrefois. Ce petit village de montagne. Les propos échangés à voix haute par ces femmes qui pensaient qu'une personne âgée dure d'oreille ne pouvait les entendre, et qu'un enfant ne pourrait en comprendre le sens - bien qu'elles n'avaient probablement pas en disant cela de mauvaises intentions...." C'est un souvenir qui remonte à l'époque où Raïzô venait juste d'emmenager chez sa grand-mère, Sato Shichikawa. Alors qu'enfant il se promenait avec cette dernière, en chemin ils avaient rencontré deux femmes du village. "C'est lui le petit-fils de Mme Sato ?" avait demandé l'une des femmes, après qu'elle et sa compagne se soient éloignées à peine de quelques pas des deux autres promeneurs. On dirait vraiment un étranger." - "Normal, c'est parce que son fils Shô a épousé une étrangère. Mais tous deux viennent de décéder en ne laissant que cet enfant. Quel malheur...." - "Sans compter du lourd fardeau que cela représente pour une personne de cet âge. Ce ne doit pas être facile pour Mme Shichikawa." Il n'était pas venu à l'esprit des deux commères que le petit garçon qui écoutait de loin leurs propos était déjà capable d'en saisir la teneur. A partir de ce jour, afin de ne pas représenter un fardeau pour sa grand-mère, le seul parent qui lui restait au monde, il avait décidé de tout faire pour se rendre utile, de ne pas ménager sa peine. C'est ainsi que Raïzô avait pris l'habitude de s'atteler aux tâches ménagères, ce qui lui est devenu si utile à présent et lui a permis de se faire embaucher au pair chez les Mitô. Bien sûr, sa grand-mère Sato avait mieux que quiconque compris ses efforts, alors un jour que son petit-fils était tombé malade, elle l'avait pressé d'oser lui dire pour une fois ce qui lui ferait plaisir, promettant de réaliser n'importe lequel de ses désirs. A cette demande, l'orphelin n'avait formulé qu'un seul souhait: celui que sa grand-mère ne le laisse pas seul, qu'elle demeure toujours à ses côtés. Pourtant à ce moment déjà, au fond de lui Raïzô savait que c'était impossible, que vu son grand âge, Sato finirait tôt ou tard par le quitter....
Et maintenant, devenu adulte, voilà le jeune homme de retour à son point de départ, seul au beau milieu de cette campagne d'un vert éblouissant dont il n'a plus l'habitude et qui lui blesse les yeux, avec ses champs et ses collines qui s'étendent à perte de vue. ".... J'ai vraiment l'impression d'être seul dans l'univers," soupire-t-il, en nage après la longue marche qu'il a fourni sous un soleil de plomb, sur ce chemin désert où l'on croise rarement un être humain. À cet instant, à travers son regard embrouillé, Raïzô aperçoit soudain une silhouette au loin. "Ah ! Enfin quelqu'un après deux heures de marche ! En plus, ce n'est pas une personne âgée." Mais à peine le jeune homme s'est-il fait cette réflexion qu'il sursaute en reconnaissant cette silhouette familière. Un garçon menu aux courts cheveux noirs, vêtu d'un bermuda et d'un T-shirt rayé, portant comme lui un sac à dos. "K.... Kon !? Comment est-ce possible !? Pourquoi est-il ici !?" Raïzô dérouté va pour s'élancer vers le nouveau-venu, quand brusquement ce dernier lui balance son sac à la figure. "....Pourquoi...? s'exclame le garçon d'une voix furieuse. Pourquoi m'as-tu abandonné sans rien me dire ? Crétin...!" Alors que saisi par l'expression douloureuse de son ami, qu'il croyait le détester, le jeune homme ne sait sur le moment que lui répondre, le ciel orageux se couvre soudain d'épais nuages noirs. Tandis que retentit le grondement du tonnerre, la pluie se met à tomber, si violente et si drue que Raïzô, oubliant d'un coup les circonstances de ces retrouvailles embarrassantes, entraîne Kon par la main afin de le mettre à l'abri. Tous deux parviennent finalement à trouver refuge dans un petit temple de bois bâti au bord du chemin, juste avant que l'orage ne se déclenche pour de bon.

Une fois à l'abri, le premier soin de Raïzô est de se jeter sur le garçon pour lui essuyer la tête et les épaules: pris de panique, l'homme de ménage craint en effet que le Kami au corps de papier ne fonde sous l'effet de la pluie - tel un bonhomme de neige au soleil ! "Je ne vais pas fondre, imbécile !" proteste Kon, endolori par la vigueur avec laquelle le frictionne Raïzô. - "Hein ? Mais pourtant je sais que les Kamis sont faibles à l'eau," rétorque ce dernier. - "Ce n'est pas une raison ! Imagine: si je me mettais à fondre pour si peu, ce serait vraiment effrayant !" Ôtant son T-shirt afin de l'essorer, Kon se met alors en devoir d'expliquer que même les humains, à leur manière, sont sensibles à l'humidité qui provoque chez eux rhumes et états de lourdeur. Si les Kamis sont certes davantage sensibles à l'élément liquide au point de se sentir mal facilement en restant trop longtemps dans un bain, leur résistance à l'eau n'est en réalité pas tellement différente de celle des humains ordinaires. "C'est vrai ? se réjouit Raïzô, soupirant de soulagement à ces explications. Ouf !...." Mais tandis que le garçon a l'occasion de constater encore une fois combien son ami s'inquiète sincèrement pour lui, toujours aussi prévenant, l'homme de ménage lui tend l'un des T-shirts de rechange qu'il transporte dans son sac: même si l'on ne risque pas de fondre, ce n'est pas pour autant très agréable de porter des vêtements mouillés !
Tandis que la pluie au-dehors semble ne devoir jamais s'arrêter, à l'intérieur de leur refuge, les deux jeunes gens n'ont plus qu'à s'assoir en attendant que passe l'averse. "Tout de même, quel hasard extraordinaire, s'exclame Raïzô. Et dire qu'à quelques minutes-près, nous aurions très bien pu ne pas nous rencontrer. - "Impossible, rectifie Kon, je connaissais exactement ta position. Je me suis rendu à cet endroit précis parce que j'étais certain de t'y rencontrer." A la stupéfaction de Raïzô qui soupçonnait probablement encore quelque forme de magie, Kon tire alors de sa poche un petit moniteur GPS: grâce au micro-émetteur fixé au sac à dos du jeune homme, il ne lui a pas été difficile de le suivre à la trace tout le long de son trajet. Ce genre de technique d'espionnage est l'un des passe-temps favoris de Ôka (qui comme l'on s'en souvient dirige avec Bénio une agence de détectives privés), et c'est Asari qui a conseillé à l'adolescent de l'utiliser à son propre usage. Kon se souvient comment ce matin, alors qu'il se morfondait dans la chambre qu'il partageait avec Raïzô et à présent désertée, le doyen des Kamis était venu l'y retrouver, pour lui apporter comme toujours aide et conseils: "Comment, tu n'as pas cessé de fuir Raïzô, et maintenant tu le regrettes ? Si tu te fais du souci, alors tu ferais bien de te lancer à sa poursuite. Nous, les Kamis, devons toujours demeurer aux côtés de notre Maître Kotodama." Si grâce aux encouragements d'Asari, qui l'a exorté à réagir, Kon est à présent parvenu à retrouver Raïzô, pour autant sa douleur n'en a pas été apaisée tant le brusque départ du jeune homme l'a effrayé. "....Pourquoi es-tu parti sans rien me dire ? demande le garçon ainsi, les bras serrés autour de ses genoux dans une attitude de tristesse enfantine. Bien que tu sois un humain ordinaire, parce que tu es devenu mon Maître Kotodama, nous sommes censés rester tout le temps ensemble, tu sais ? Et pourtant tu es parti en m'abandonnant.... Pourquoi ? Parce que je n'ai cessé de te fuir ?.... Ou parce que.... tu n'as plus besoin de moi...?" - "C'est faux ! proteste aussitôt Raïzô avec véhémence. Je t'assure que tu fais erreur, ce n'est pas du tout cela !!" Le jeune homme a beau nier vigoureusement, le Kami arbore un visage si malheureux qu'il rend dérisoires toutes les explications que son ami pourrait lui fournir. Ce visage qui exprime toute l'inquiétude qui l'a rongé jusqu'à ce qu'il vienne dans cette campagne et rencontre Raïzô, la crainte d'avoir été abandonné.... "Kon.... Pardon." C'est finalement tout ce que le jeune homme parvient à articuler face à une telle détresse. Prenant le petit visage blême entre ses mains, il l'embrasse tendrement sur le front. "Je suis désolé de t'avoir obligé à venir jusqu'ici.... Je t'aime, Kon. Pardon...."
Bien que tous deux n'osent se regarder, intimidés par l'intimité de cet endroit exigü, Kon entoure de ses doigts la main de Raïzô, comme s'il craignait que ce dernier ne disparaisse encore. L'homme de ménage finit néanmoins par expliquer que s'il est retourné dans son pays natal, c'était pour accomplir un pélerinage sur la tombe de sa grand-mère. "...Alors, tu vas revenir à la résidence ?" demande Kon, sans pourtant oser lever les yeux vers son ami. - "Bien sûr ! J'avais l'intention de rentrer dans le courant de cette journée-même. J'ai dû me séparer de ma maison et de mes terres. Dans ce village, je n'ai désormais plus aucun endroit où habiter." Avec mélancolie, Raïzô songe que jusqu'au décès de sa grand-mère, jamais il n'aurait imaginé qu'il pourrait tout perdre en quelques instants. Après avoir quitté le lycée, il avait l'intention de monter à la capitale pour entrer dans une école de cuisine; puis, son diplôme en poche deux ans plus tard, de rentrer dans sa région natale afin d'y déccrocher un travail. Et cette fois, c'est lui qui aurait pris soin de sa grand-mère ! Tels étaient ses projets pour l'avenir, jusqu'à ce qu'il découvre sa grand-mère effondrée sur le sol, ce jour terrible où il neigeait. Pris de panique, Raïzô qui revenait du lycée avait aussitôt appelé une ambulance, mais la vieille dame l'avait conjuré de se calmer et de ne surtout pas pleurer. Car elle affirmait être au contraire heureuse que sa vie s'achève maintenant, avant que son esprit et son corps ne soient dégradés par l'âge au point d'être réduite à passer ses journées étendue dans son lit, fardeau éprouvant pour son petit-fils. "Raïzô, merci d'être devenu mon enfant. J'ai été heureuse de vivre avec toi.... D'avoir vécu assez longtemps pour connaître ce bonheur.... Raïzô.... Je serais fière de toi.... à jamais...." Telles avaient été les dernières paroles de Sato avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience. Bien sûr, en dépit du souhait de la vieille dame, le malheureux lycéen ne pouvait accepter de la laisser mourir ainsi. La chargeant sur son dos, sans prendre la peine de se chausser dans sa panique, il s'était mis à parcourir à vive allure les rues enneigées afin d'aller à la rencontre de l'ambulance déjà en chemin. Mais Raïzô avait eu beau hurler, supplier sa grand-mère de ne pas mourir au point de s'irriter la gorge, dans son dos, il avait senti le petit corps se raidir....
Aujourd'hui encore, le souvenir de ce jour funeste est resté vif dans le coeur de Raïzô, au point que rien que de se le remémorer suffit à faire couler abondamment ses larmes. Il demeure ainsi immobile, plongé dans ses pensées amères, jusqu'à ce que la voix de Kon prononçant son nom le ramène enfin à la réalité. Afin de chasser ses souvenirs tristes, Raïzô demande alors à son compagnon s'il arrive aux Kamis de pleurer, eux dont le corps ne renferme normalement pas de larmes; et à sa grande surprise, le garçon acquiesce. "Si tu venais à mourir, je pense que je pleurerais." Tandis que le jeune homme demeure tétanisé de cet aveu, Kon poursuit, avec aux lèvres l'un de ces sourires tendres qui éclairent si rarement son visage: "Alors que jusqu'à maintenant pas une seule fois je ne m'étais réjoui d'être un Kami, aujourd'hui, pour la première fois, j'en suis heureux. Parce qu'ainsi, je ne mourrais pas avant toi. Je ne te laisserais pas tout seul." Quelles autres paroles pourraient réconforter le coeur de Raïzô, lui qui a perdu déjà tant d'êtres chers dans sa courte vie ? Tandis que Kon serre encore plus fort sa main qu'il n'a pas lâchée, appuyant sa tête contre l'épaule du jeune homme, ce dernier enfouit son visage dans son autre main, étouffé par l'émotion. "Grand-mère, appelle-t-il en esprit, donnant libre cours à ses larmes. Le garçon dont je suis tombé amoureux n'est pas un être humain. Néanmoins, c'est un Kami très doux et tendre. Un Kami qui m'est très précieux. Mon Kami, que j'adore...."

Il fait nuit lorsque l'averse s'arrête enfin, et c'est sous un ciel magnifique piqueté d'étoiles que main dans la main, le couple peut enfin quitter son abri. Si Kon et Raïzô demeurent un moment immobiles à admirer la voûte des cieux, la nécessité les ramène bientôt à une dimension plus terre à terre: le dernier bus de la journée est passé depuis longtemps, plus moyen de rentrer à la capitale ! "Qu'est-ce qu'on fait, on rentre à pieds ? Ou alors on passe la nuit à l'hôtel pour ne revenir que demain ?" Etonné par cette proposition surprenante vu qu'ils se trouvent en ce moment perdus en pleine campagne, bien loin de la ville la plus proche, Raïzô regarde cependant dans la direction que lui indique son ami. C'est alors qu'il découvre une route transversale menant au Pink Château , un luxueux et étrange love-hotel. Qui se serait attendu à trouver pareil établissement en un lieu si éloigné de la civilisation ! "Mais, je n'ai pas assez d'argent sur moi !" proteste l'homme de ménage en rougissant. - "Moi j'en ai," répond Kon. Et sur ces mots il tire de sa poche une énorme liasse de billets de 10 000 Yens qu'il dépose dans les mains de Raïzô, véritable petite fortune dont Asari l'a pourvu "au cas où" ! Mais même avec une telle somme entre les mains, ce n'est pas pour autant que le timide jeune homme oserait pénétrer dans un établissement dont la fréquentation lui semble si honteuse. "Dis, ça te répugne tant que cela de passer la nuit là-bas ?" demande alors Kon, qui a saisi le trouble de Raïzô et lève vers lui son visage innocent. Comment refuser sa proposition sans craindre de le vexer ? Finalement, vaincu, Raïzô se voit contraint de céder.
Un moment après, le couple se retrouve donc dans la chambre qu'on lui a attribuée. Un love-hotel, où vont généralement les adultes pour abriter leurs amours coupables. Quel honte d'avoir mis les pieds dans un endroit pareil ! En un mot, le genre d'endroit où l'on vient pour s'aimer, et Raïzô s'y trouve à présent avec Kon, dans une intimité pleine de promesses ! Tandis que le Kami s'en va prendre une douche, le jeune homme s'efforce de manger un sandwich en guise de dîner, mais il lui faut vite reconnaître qu'il est en cet instant si tendu que la nourriture ne passe pas.... Si le malheureux savait qu'au moment-même, à la résidence Mitô, Kon et lui font l'objet de paris ! "Je parie 1000 Yens que cette fois encore ils n'arriveront pas à conclure !" annonce Konoé. - "Et moi 1000 Yens qu'au contraire, cette nuit Raïzô deviendra enfin un "homme" !" renchérit Asari. Quant à Ôka, elle hésite encore à se prononcer !....

Tandis qu'après avoir pris sa douche à son tour Raïzô se brosse les dents, il songe que c'est la première fois qu'il s'apprète à passer la nuit dans un love-hotel avec la personne dont il est amoureux. Rien qu'à cette pensée il sent les battements de son coeur s'accélérer, palpitations si violentes qu'elles lui coupent presque le souffle. Mais si le jeune homme est heureux de cette situation au point d'éprouver déjà une sensation lancinante au niveau du bas-ventre, lucide, il sait qu'il ne peut espérer à 100 % voir son amour se concrétiser ce soir, en raison du cuisant refus qu'il a essuyé peu de temps auparavant. D'ailleurs, Kon a proposé de venir dormir à ce love-hotel de manière si détachée que cela ne laisse nullement présager que lui-même désire avoir une relation charnelle avec son compagnon. "Bah, tant pis.... soupire Raïzô résigné, une larme au coin de l'oeil. C'est déjà bien de pouvoir dormir auprès de lui." Optimiste, il veut croire qu'en faisant preuve de patience, l'adolescent finira bien par accepter leur union physique un jour....
Cependant l'homme de ménage n'a pas plus tôt pris cette sage résolution qu'alors qu'il revient dans la chambre, la scène qui s'y déroule balaye d'un coup toutes les convictions qu'il vient de se formuler: complètement nu, penché sur le lit sur lequel il s'appuie d'une main, Kon est occupé à se passer tranquillement de la pommade dans un endroit qu'on ne saurait nommer. "KON, QU.. QU.. QU.. QU'EST-CE QUE TU FAIS !!???" s'exclame Raïzô écarlate, pris d'un brusque saignement de nez face à cette pose innocemment provoquante. Mais lui-même nullement conscient du trouble insoutenable qu'il provoque chez son partenaire, le garçon explique simplement qu'il s'efforce grâce à l'onguent destiné à guérir les blessures des Kamis d'assouplir et d'habituer son corps, sans cela l'anatomie impressionnante de Raïzô ne rentrera jamais ! A ces mots, le jeune homme ne dissimule pas son embarras: ainsi, Kon a vraiment l'intention de faire l'amour avec lui ce soir. Tandis que ses joues s'empourprent, à genoux sur le lit, Raïzô hésite néanmoins à agir, si bien que lassé de sa timidité et de sa maladresse, Kon lui-même décide de passer à l'attaque. "Tu m'aimes, non !? s'exclame-t-il en se jetant sur son compère pour lui arracher son caleçon. Alors fais-moi l'amour !" - "WHAAAA !! Pourquoi as-tu changé d'avis subitement !? crie Raïzô tout en s'efforçant de protéger sa vertu. N'est-ce pas parce que tu as peur de coucher avec moi que tu me fuyais !?"
A cette réplique, c'est au tour de Kon de rougir et de se troubler. "Ah, ça.... marmonne-t-il, détournant la tête d'un air embarrassé. Il faut dire que j'ai éprouvé une telle surprise. C'était la première fois que je voyais un pénis d'une taille pareille... Et après.... quand j'ai reçu ton sperme en pleine figure.... j'ignore pourquoi, mais je me suis senti terriblement honteux.... Alors tu vois, si je t'ai fui, ce n'est nullement parce que j'avais peur ou que j'en étais venu à te détester ! Seulement, l'espace d'un instant.... je ne savais plus du tout comment me comporter...." Cet aveu prononcé, Kon vient doucement se blottir dans les bras de Raïzô, enlaçant son large dos, enfouissant son visage dans le creux de sa poitrine. "Pardon," murmure-t-il d'une toute petite voix. Et après être demeuré ainsi un moment, l'adolescent ne tarde pas à remarquer qu'encore une fois, les battements du coeur de son bien-aimé se font assourdissants à son oreille. "Oui.... C'est parce que je suis terriblement tendu," explique Raïzô. Et décidé cette fois à aller jusqu'au bout quoi que ça lui en coûte, Kon le paraît tout autant. C'est pourtant lui qui le premier lève le visage vers son ami pour réclamer un baiser, tendre coup d'envoi. Puis, le lâchant, avec des gestes lents Raïzô ose enfin faire glisser le peignoir des épaules du Kami, révélant un corps juvénil mais superbe. "Tu es tellement beau...." murmure-t-il à Kon intimidé. Saisissant délicatement l'adolescent par les bras, de la langue il commence à caresser ses mamelons avant de descendre vers son entre-jambes, avec à coeur de ne pas brusquer son jeune partenaire, de prendre son temps pour lui donner du plaisir. "Dis...Kon, prononce Raïzô en prenant entre ses doigts le pénis de son amant, est-ce que les Kamis éprouvent eux aussi du plaisir quand on les caresse à cet endroit ?" - "Comme nous ne sommes pas des êtres humains, même quand nous jouissons, nous n'éjaculons pas. Mais notre pénis se dresse et je pense que nous sommes effectivement capable de connaître l'orgasme...."
Il n'en fallait pas plus pour décider Raïzô: plongeant la tête entre les jambes de l'adolescent, il entreprend immédiatement de vérifier si ce que ce dernier a dit est vrai ! "Mon corps te plaît ? demande Kon le plus sérieusement du monde après ces préliminaires. Tu crois qu'il te divertira ? Que tu en deviendras fou ?" Questions plutôt directes et dénuées de romantisme qui ne manquent pas de déconcerter Raïzô ! Mais tandis que tête basse, le Kami reprend la parole, le jeune homme ne tarde pas à comprendre pourquoi ce dernier insiste tant sur ce point: "Comme tu ne pratiques pas l'art du Kotodama, explique Kon, je n'ai pas à guérir tes blessures. Tout ce que je peux faire pour toi en tant que Kami, n'est-ce pas uniquement demeurer à tes côtés ? Voilà pourquoi j'espère sincèrement que mon corps te procurera du plaisir, qu'il te rendra fou de passion. Car ainsi, tu ne pourras plus te passer de moi, n'est-il pas vrai ? Tu resteras mien à jamais ?..." Kon réalise-t-il qu'il est en train de prononcer là la plus fervente des déclarations d'amour ? Probablement pas, suppose Raïzô. La manière innocente dont il les énonce de diminue pas pour autant la valeur de ses paroles, c'est pourquoi, mû par une émotion difficile à contenir, le jeune homme saisit le Kami dans ses bras. "Prononcés dans la situation actuelle, mes mots n'auront sans doute aucune force de persuasion, néanmoins je t'assure que je t'aimerais même si nous ne pouvions pas faire l'amour ! Sincèrement et de tout coeur, je t'aime, et je te jure que toute ma vie durant je prendrais soin de toi !" Kon ne désirait rien tant que d'entendre ces paroles. Néanmoins son bien-aimé a beau lui assurer que même s'ils ne pouvaient avoir d'union charnelle il l'aimerait tout autant, l'adolescent est cette fois bien décidé à passer le pas avec Raïzô. Voilà pourquoi, lorsqu'après d'autres caresses préliminaires le jeune homme lui sussurre d'une voix brûlante "Je voudrais pénétrer en toi" , Kon acquiesce, tout aussi impatient....
Un peu plus tard, à bout de souffle et en sueur, les deux amants retombent épuisés sur le lit après une étreinte torride. Si l'onguent destiné aux blessures des Kamis les a aidés à s'unir physiquement, recevoir en lui le membre impressionnant de Raïzô a quand même été une épreuve pour Kon en dépit de tout le plaisir qu'il en a reçu. Ainsi, une fois ses esprits retrouvés, le premier soin du jeune homme est de vérifier si ses assauts empressés et un peu maladroits n'ont pas blessé l'adolescent. Mais ce faisant, il ne lui vient même pas à l'esprit de se retirer d'abord du corps de son amant, pas étonnant que la vue qui s'offre alors à lui ne fasse que rallumer ses ardeurs ! "Imbécile...." profère Kon en détournant son visage aux joues empourprées de honte face à la posture ouvertement lascive que lui a fait prendre involontairement son partenaire. Cela ne l'empêche pourtant pas d'entourer à nouveau de ses bras le dos large de Raïzô, docile à l'expression de son désir.... Puis, le lendemain matin, après une dernière visite à la tombe de la grand-mère du jeune homme, le couple rentra main dans la main à la résidence Mitô. Ils n'y avaient pas plus tôt mis les pieds que leurs amis commencèrent à les accabler de questions indiscrètes, avides de connaître les résultats de leur pari !

Chapitre 5 bis, "Se noyer dans la nuit" : La nuit-même où l'amour de Raïzô connu son accomplissement, dans la résidence de Waki, les autres Habitants des lieux vaquent à leurs propres occupations nocturnes. Etendu sur son lit, le jeune Kotoha dévore l'une de ses crèmes glacées favorites, ce qui n'est pas du tout du goût de son compagnon. "Combien de fois t'ai-je dit de ne pas manger de glace avant de dormir !!" vocifère Konoé furieux. Car non seulement l'adolescent a la figure toute barbouillée de glace, mais en mangeant il en a en plus répandu partout sur les draps ! Mécontent de se voir confisquer son dessert, Kotoha décide aussitôt de se venger, et ce d'une manière bien particulière: baissant brusquement le pantalon de pyjama du Kami, il saisit son pénis dans sa bouche complètement gelée. "C'EST FROOIIIIIID...!!!!" Un hurlement retentit dans la nuit, cri déchirant qui parvient sans peine jusqu'à la chambre de Ôka. Assise dans un fauteuil, la jeune femme travestie en homme est justement en train de "torturer" comme à son habitude sa petite amie Bénio. "Maîtresse Ôka.... A l'instant.... vous n'avez pas entendu quelque chose...?" demande la jeune fille Kami en entrouvrant ses prunelles embrumées de fièvre, jusqu'à ce que la main glissée entre ses jambes lui arrache à son tour un gémissement langoureux. "Tu es une méchante fille, Bénio, de te laisser ainsi distraire, profère Ôka, déjà prête à infliger la punition qui s'impose. Cette nuit, tu peux t'attendre à ce que je te fasse réellement pleurer, tu sais ?" - "....Du moment que ce soit vous, Maîtresse Ôka.... alors je suis d'accord...."
Tandis que de leur côté ses amis se donnent du bon temps, Asari quant à lui se tient assis à la fenêtre de sa chambre, face à la porte. Il attend, patiemment, car il sait bien que comme chaque fois qu'il fugue pour venir s'amuser chez Waki, son maître Shôi va venir lui-même le chercher. Et en effet, silencieux et discret comme de coutume, le jeune héritier de la famille Mitô ne tarde pas à faire son apparition sous le regard amusé de son Kami. "Tu vas être mouillé par la rosée du soir", prononce Shôi en se penchant sur Asari pour refermer la fenêtre dans son dos. - "Tu t'inquiètes facilement, Shôi, répond le Kami malicieusement en profitant de cette proximité pour se couler dans ses bras. Alors que toi-même, tu me mouilles si souvent." - "Asari...." Comme toujours, le pudique jeune homme ne peut qu'être scandalisé par les propos si crus de son compagnon. Mais tout en répliquant que la blessure que son maître a reçu tantôt à la main gauche doit être à présent guérie, se faisant câlin et provoquant, Asari n'a d'autre idée en tête que de l'entraîner au lit, et tout aussi impatient après plusieurs jours de sevrage forcé, le jeune homme ne se fait pas prier ! Tandis que le couple s'enlace dans l'intimité de cette chambre où règne une agréable pénombre, assis à califourchon sur le corps de son maître, Asari s'abandonne aux mains caressantes de Shôi. "Tu as l'intention de me faire l'amour en gardant tes lunettes ?" s'étonne-t-il cependant. - "Je veux te voir", répond Shôi avec franchise, son regard aigu admirant le beau corps dressé au-dessus de lui, corps que pourtant il doit déjà connaître sur le bout des doigts. - "Coquin...."
Un peu plus tard, après leur union, alors qu'à son côté repose son amant endormi, Asari remarque la profonde entaille que ce dernier porte encore à la main. "Dorénavant, moi seul assumerait les blessures...." avait proclamé Shôi afin d'épargner le corps usé de son Kami si ancien. "Et le résultat, prononce Asari à voix haute, ému au souvenir de cette promesse, n'est-ce pas que tu portes encore cette plaie ? Âne...." Mais le Kami n'a pas plus tôt proféré ces paroles que d'une main, Shôi saisit sa nuque pour l'obliger à se pencher vers lui. "Cette blessure n'est rien comparée à la douleur que j'éprouverais à te voir blessé." - "Shôi.... Tu étais réveillé ?" - "Ce serait trop dommage de dormir, je ne le peux pas," répond le jeune homme avec l'un de ses rares sourires aux lèvres, ses traits détendus et sa chevelure ébouriffée ôtant soudain toute sévérité à son visage. Stupéfait par cet aveu plein de tendresse, Asari finit par lui rendre son sourire, se penchant pour l'embrasser sur son maître et amant. "Combien de temps pourrons-nous encore demeurer ensemble ?" se demande le Kami en son for intérieur. En cet instant il n'a qu'un souhait, qu'on lui accorde de pouvoir continuer à goûter ce bonheur juste encore un peu, encore un peu plus longtemps....

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