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* Love Mode 1 -----------------* Love Mode 2------------------- * Recipe----------------- * Ze 6
* Love Mode 3 -----------------* Love Mode 4------------------- * Ze 1- ------------------ * Ze 7
* Love Mode 5 -----------------* Love Mode 6------------------- * Ze 2 ------------------- * Ze 8
* Love Mode 7 -----------------* Love Mode 8------------------- * Ze 3 ------------------- * Ze 9
* Love Mode 9 -----------------* Love Mode 10----------------- * Ze 4
* Love Mode 10 - 2ème partie ------* Love Mode 11-------- * Ze 5
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- I'm Hungry (suite), p.3 : Resté seul dans le débarras, Haruomi n'en revient pas que Kiichi ait accepté de se soumettre au pervers à cause de lui. Rageur, faisant fi de sa propre souffrance, il arrache avec les dents le couteau demeuré planté dans son épaule, bien décidé à se sortir de là pour porter secours à son ami. Pendant ce temps à l'étage, Kiichi se trouve livré aux mains du cruel Miyamoto, toujours aussi obsédé par ses cheveux. Afin que le jeune homme ne cherche pas encore une fois à s'enfuir, le professeur lui favorise un liquide dans les yeux destiné à lui faire perdre momentanément la vue. Devenu aveugle, Kiichi demeure étendu sur le lit, immobile et passif comme un cadavre. Plongé dans les ténèbres, les caresses de son agresseur lui font l'effet d'une colonie d'insectes visqueux rampant sur son corps, lui donnant la nausée; mais le jeune homme préfèrerait mourir plutôt que de laisser échapper une plainte ou un gémissement.
Encore une fois, Miyamoto fantasme sur ses longs cheveux, et celà suffit à faire jouir le pervers. En esprit, Kiichi entend les paroles prononcées jadis par sa mère: "Tu vas laisser pousser tes cheveux ! Quoi qu'il advienne, tu ne dois absolument jamais les couper ! Car toute ton existence durant, tu vivras comme si tu étais une fille !" Désespérée par l'indifférence de Shôgo qui ne l'a épousée que pour avoir un successeur, la jeune femme avait tenté de faire passer son enfant pour une fille auprès de son époux, afin que ce dernier ne l'abandonne pas. Car tant qu'elle n'aurait pas donné au maître de la famille Aoé un héritier mâle, ce dernier serait bien forcé de rester auprès d'elle. Après le décès de sa mère, Kiichi avait fini par couper sa longue chevelure, mais après lui avoir brisé l'épaule, son père était venu le voir dans sa chambre de malade, rappelant au jeune homme qu'il lui appartient totalement: il lui interdit de se couper une seule mèche de cheveux sans sa permission, et même de mettre un pied hors de la résidence. Ainsi Kiichi a fini par détester sa chevelure, n'en prenant aucun soin car celle-ci symbolisait en quelque sorte sa sujetion à son tyran de père. C'est à ce moment que son frère Reiji a commencé à s'occuper de sa coiffure: l'adolescent n'avait jamais vu sa mère excepté en photo, et si lui ressemble désagréablement à Shôgo, il ne peut s'empêcher de remarquer combien avec ses longs cheveux son aîné ressemble à leur mère défunte. Aussi, par amour pour Reiji qui retrouve en lui l'image de la mère qu'il n'a pas connu, Kiichi finit par se faire une raison et même trouver un certain réconfort dans le port des cheveux longs. Retrouvant sa bonne humeur, il proposa à son frère étonnament habile de prendre soin désormais de sa chevelure, que Reiji seul semblait réellement apprécier.
Néanmoins, que ce soit de son corps ou de sa propre existence, Kiichi n'a jamais été libre d'en disposer à sa guise. Alors, tandis que Miyamoto le manipule tel une poupée brisée, il se dit que peu lui importe ce qui va se passer à présent. Que l'homme le souille autant qu'il le voudra, car de toute manière, où qu'il aille et quoi qu'il advienne, ce corps appartient à son père. Mais au moment où Miyamoto est sur le point de violer le jeune homme, il reçoit soudain un violent coup sur la tête qui le laisse assommé. Quelqu'un tire Kiichi du lit par le bras, et ce dernier a la surprise de découvrir Haruomi, blessé et en sang mais plus que jamais prêt à tout. Remarquant le regard aveugle et le corps couvert d'odieux suçons de son ami, bouleversé et tremblant, Haruomi est sur le point de fondre en larmes. "Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'as pris de faire une chose pareille.... Pourquoi ?" répète-il désespérément. Prenant son visage entre ses mains, Kiichi s'efforce de le rassurer: il arrive encore à distinguer quelque chose, et d'ailleurs sa cécité n'est que temporaire d'après ce qu'a dit Miyamoto.
A ce moment, ce dernier se relève soudain, la figure dégoulinante de sang. Comment un misérable "chien" comme Haruomi a-t-il osé se mettre en travers de sa route ? Et brandissant le balai avec lequel l'adolescent l'avait frappé quelques instants plus tôt, il s'apprète à le lui briser sur la tête. Mais malgré sa vue défaillante, Kiichi n'a rien perdu de ses réflexes, et poussant son ami pour le protéger, il reçoit le coup à sa place. Le choc est violent, le bois vole en éclats. A peine voit-il gicler le sang du jeune homme que Haruomi perd complètement ses esprits. Il ne sent même plus ses blessures, et avec une rapidité fulgurante, il attrape Miyamoto par un bras, puis le bat avec toute la violence d'une bête enragée, le laissant quasiment mort. Puis, portant Kiichi sur son dos, Haruomi entreprend de l'amener loin des lieux de leur terrible réclusion.
Mais la neige au-dehors est épaisse et profonde, la ville la plus proche se trouve à des kilomètres, sa progression est lente et difficile. Après de vains efforts, l'adolescent à bout de forces finit par s'effondrer sur le sol enneigé. Tandis que son ami glisse à terre, une tache de sang coulant de sa blessure à la tête s'étend peu à peu sur le tapis blanc. Encore une fois, Haruomi revoit en esprit Tien-Li blessé, grinçant des dents devant son impuissance. Tout comme son frère, il voudrait tellement aider Kiichi, et serrant son ami dans ses bras, il l'appelle, prononçant des paroles en chinois. Mais à ce moment, le jeune homme ouvre enfin les yeux, et demandant quelle est cette langue, tend la main vers le visage d'Haruomi en larmes. A travers ses sanglots, le garçon ne peut que demander inlassablement pourquoi, pourquoi Kiichi a fait tout celà, allant jusqu'à le protéger de son corps, et l'embrassant sur la joue, lui aussi les yeux mouillés de larmes en dépit de la fermeté de son caractère, Kiichi lui demande pardon. Puis, malgré ses mains et son épaule en sang, Haruomi serra étroitement son ami dans ses bras tandis que tous deux demeuraient étendus dans la neige, afin de le réchauffer de son corps. Impuissant, c'est l'unique chose qu'il pouvait encore faire pour l'aider. Et plus tard, lorsque les secours arrivèrent enfin, Haruomi serrait encore très fort Kiichi entre ses bras....

Deux jours plus tard, lorsque Haruomi reprend enfin connaissance, il se trouve couché dans un lit d'hôpital. A peine éveillé, ses premières paroles sont pour demander des nouvelles de Kiichi. L'infirmière lui répond que le jeune homme va bien: il porte une blessure au globe occulaire, cependant il a déjà repris conscience, il n'y a plus de souci à se faire concernant son état. Ces mots emplissent le coeur d'Haruomi d'un bienheureux soulagement. Plus de raison de s'inquiéter, enfin... Kiichi est sain et sauf.... Un instant plus tard, Reiji apparaît dans la chambre. Se remémorant les paroles du lycéen qui lui avait fait la requête de rester le plus souvent possible auprès de son frère et de le protéger, Haruomi lui demande pardon: c'est à cause de lui si Kiichi a été blessé. Mais Reiji lui assure que ce n'est pas seulement de sa faute, et dans sa tête, repense au chantage exercé par son père: "Que vas-tu faire ? Abandonner ton frère à son triste sort ?... Ou me succéder, à moi que tu hais au point de vouloir me tuer ?" Lorsque Shôgo lui avait posé cette grave question, le lycéen n'avait pu choisir Kiichi sur-le-champ, et peut-être que s'il n'avait pas eu cet instant d'hésitation, son frère aurait pu être secouru plus rapidement. Voilà pourquoi Reiji se sent en partie responsable de ce qui s'est passé et ne peut faire de reproche à Haruomi. Ce dernier a agi comme il le fallait, faisant de son mieux dans une situation critique, ainsi, Reiji lui exprime sincèrement toute sa reconnaissance. Puis, souriant, l'adolescent ajoute que le petit frère d'Harumi se faisait beaucoup de souci; il appelle donc Shûhei, qui entre timidement dans la chambre.
A peine le petit garçon a-t-il prononcé des voeux de prompt rétablissement à son frère adoptif, s'efforçant désespérément de sourire, que son visage se trouble. Au bord des larmes, hésitant, il est sur le point de demander à Haruomi si ce dernier le déteste, mais l'adolescent ne le laisse pas continuer, posant affectueusement une main sur la tête du garçonnet. "Merci, Shûhei", prononce Haruomi en souriant, et ces simples mots comblent l'enfant de joie. Haruomi vient de se rendre compte à quel point il a été idiot. Malgré toute l'affection que lui témoignait Shûhei, s'attachant obstinément à Tien-Li, il n'a cessé de repousser le petit garçon. Shûhei est Shûhei, il peut l'aimer pour lui-même sans être forcé d'oublier Tien-Li. L'adolescent n'avait même pas réalisé une chose aussi simple, et remarque à présent qu'il s'est vraiment conduit comme un imbécile.
Pendant ce temps, dans la chambre de Kiichi, ce dernier se trouve avec Yukihiko Kashima, qui lui apprend que Haruomi vient juste de reprendre connaissance. Le jeune homme ne répondant rien, le secrétaire lui demande pourquoi il ressent une telle colère: est-ce pour avoir été habilement manipulé pour les besoins du plan de Shôgo ? Ou bien parce qu'à cause de lui, il a été décidé que son frère Reiji deviendrait le successeur du groupe Aoé ? Furieux, Kiichi lance avec violence un fruit à travers la pièce, qui vient s'écraser contre le mur près de la tête de Yukihiko. Le jeune homme se tourne enfin vers le secrétaire, le toisant avec colère et mépris; mais nullement ébranlé, Yukihiko lui transmet un message de la part de son père: lorsqu'il sortira de l'hôpital, Kiichi pourra faire ce que bon lui semblera, que ce soit entrer ou sortir de la résidence, aller en classe... Il dispose désormais d'une liberté totale, et Shôgo lui donnera tout l'argent qu'il voudra. Mais loin de se réjouir de ces paroles, Kiichi demande qu'est-ce que tout celà signifie: s'agit-il d'une récompense pour avoir correctement joué son rôle dans tout ce qui s'est passé ? Son père a beau lui promettre sa liberté, nul doute que dès que l'occasion s'en présentera, il tentera encore une fois de l'utiliser, et le jeune homme en a vraiment assez d'être traité comme un objet !
Cependant, ignorant ces récriminations, Yukihiko déclare que quoi qu'il fasse, Kiichi appartiendra toute sa vie durant au groupe Aoé, il est un membre indispensable de cette famille. "Afin de tenir Reiji à votre merci ?" demande le jeune homme ironiquement. Mais Yukihiko répond aussitôt négativement: "Non, tout est pour Maître Shogo...." A ces mots, Kiichi s'empare d'un couteau posé près de sa corbeille de fruits, et contemplant l'objet, remarque que Yukihiko est décidément toujours du côté de son père: lui aussi est capable de traiter sans aucun état d'âme les gens comme des objets. Néanmoins, que le secrétaire se rappelle ceci: les objets aussi sont habités d'une âme ! Et sur ce, sous le regard inquiet de Yukihiko qui craint un instant que le jeune homme n'intente à sa vie, Kiichi tranche d'un coup sec sa longue natte brune. Le secrétaire n'en revient pas ! Mais acquiesçant, il répond: "Je graverais vos paroles dans mon esprit."
En sortant de la pièce, Yukihiko tombe nez à nez avec Haruomi. A la manière dont le contemple le garçon, le secrétaire devine que ce dernier a tout entendu, et lui lance en souriant que ce n'est pas bien d'écouter aux portes. S'éloignant, Yukihiko conseille à son fils adoptif d'attendre un peu avant d'aller voir Kiichi, car ce dernier n'aimerait sans doute pas beaucoup être vu dans un état de faiblesse. Sur le point de frapper à la porte de la chambre, Haruomi se ravise donc, se contentant de prononcer tristement le nom de son ami.
Le soir venu, à la résidence Aoé, nonchalamment allongé dans sa chambre la tête posée sur les genoux de Nishiki, Shôgo satisfait fait part à son jeune amant des événements de ces derniers jours. Reiji s'est enfin décidé à prendre sa succession. N'est-ce pas ce que souhaitait Nishiki ? Ce dernier avait souvent suggéré que son "maître" se devait d'avoir un héritier, bien qu'en fait, Shôgo lui-même se moquât complètement que son empire s'effondre à sa génération. Ironique, le business-man plaint le sort du malheureux Reiji, mais que ne ferait-il pas pour Nishiki, qui s'acharne à repousser ses sentiments ? Le jeune homme désemparé n'a pas le temps de répondre que Shôgo lui demande s'il se souvient de Miyamoto, cet homme qui s'était moqué de lui un jour qu'ils se trouvaient dans un temple. L'ancien ministre de la Culture avait alors raillé le "bon goût" de Shôgo en contemplant son protégé: non seulement le jeune homme lui permettait d'assouvir son penchant sexuel, mais aussi son goût pour la Cérémonie du Thé ?! Aoé n'avait pas supporté ces remarques grossières pleines de sous-entendus: comment Miyamoto peut-il se permettre de faire de tels commentaires en dépit de leurs fantasmes pervers à lui et à son fils ? Ainsi le ténébreux business-man s'est fait une joie de le prendre au piège et de l'écraser.
Et sur ces mots, Shôgo montre à Nishiki un magazine où l'on voit Miyamoto et sa maîtresse en pleine séance de SM, ajoutant que si Haruomi n'y avait pas été aussi fort, le fils Miyamoto figurerait lui aussi sur les photos compromettantes de ce scoop. Horrifié, Nishiki demande à son maître pourquoi il a fait une chose aussi terrible, mais Shôgo répond aussitôt que c'est bien naturel: peu importe de qui il s'agisse, il n'aura aucune pitié envers celui qui ose blesser son jeune amant. "Alors que celui qui me fait le plus de mal.... c'est vous !..." remarque douloureusement le jeune homme tandis que Shôgo commence à tourmenter son corps. "Et pourtant, ne suis-je pas tendre ? Déteste-moi encore davantage, Nishiki...." lance amoureusement Aoé. Car quels que soient les sentiments de son bien-aimé à son égard, il ne le lâchera jamais.
Au même moment à l'hôpital, tandis que dans un lit auprès du sien le petit Shûhei est plongé dans un profond sommeil, Haruomi ne parvient pas à s'endormir. Tout à coup, il entend la porte de sa chambre s'ouvrir, et a la surprise de voir apparaître Kiichi. Puisque son ami ne venait pas lui rendre visite, le jeune homme est venu lui-même à sa rencontre. Enjoignant Haruomi à le suivre, tous deux montent sur la terrasse de l'hôpital, où tombent lentement des flocons de neige. Sous les protestations de l'adolescent, Kiichi ôte le pansement couvrant son oeil droit et qui le gêne. Il avoue avoir été très étonné de la présence de Shûhei. Depuis quand le petit garçon et Haruomi sont-ils devenus aussi proches ? Mais Haruomi assure regretter sincèrement d'avoir blessé l'enfant à cause de ses sentiments égoïstes. Tristement, il se décide enfin à conter à Kiichi les événements dramatiques qui l'ont conduit à se vendre au père de ce dernier: l'existence de son frère jumeau Tien-Li, sa blessure par un yakuza.... Pensant que ce serait le meilleur moyen de l'aider, il a confié son frère blessé ainsi que l'argent donné par Shôgo à un homme de leur connaissance; mais en faisant celà, Haruomi se demande s'il ne voulait pas simplement se sentir libéré.
Depuis leur enfance, leur propre mère n'avait cessé en les battant de reprocher à ses fils leur jemellité: c'est parce qu'ils sont deux qu'aucun homme ne reste jamais longtemps avec elle, un seul enfant lui suffisait largement ! Ainsi, malgré son amour pour son frère, Tien-Shué n'avait pu s'empêcher de penser que s'il avait été seul, sa mère l'aurait aimé, que la vie aurait été sans doute beaucoup plus facile. Il n'a cessé de souffrir à cause de Tien-Li, ce dernier lui a été un fardeau lourd, désagréable, ennuyeux.... "Et pourtant chéri ?" ajoute Kiichi un doux sourire aux lèvres. "C'est celà, les parents, les frères et soeurs. Combien qu'on les trouve souvent ennuyeux et désagréables, on ne peut pas s'en passer, et finalement c'est très bien comme ça." En son for intérieur, Haruomi sait parfaitement que son ami a raison, mais il n'empêche qu'il se trouve dégoûtant d'avoir eu de telles pensées vis à vis de son jumeau. Il se voit comme un être mauvais et faible.
Tandis que l'adolescent s'abîme dans de sombres réflexions, tendant la main vers les flocons de neige, Kiichi remarque comme celle-ci est belle. "Tien-Shué, la Neige du Ciel, c'est ton véritable nom", lance-t-il joyeusement en se retournant vers son ami. Entendant pronocer ce nom chinois, l'adolescent a un coup au coeur. Jusqu'à présent, seul Tien-Li l'appelait ainsi, lui qui porte un prénom assorti au sien: Tien-Shué et Tien-Li, la Neige et la Foudre du Ciel.... Il est vrai que chaque jour était une souffrance pour Haruomi: par son comportement insouciant du danger, son frère ne cessait de lui causer embarras et inquiétude, et pourtant.... pourtant comme l'assure Kiichi, il l'aimait énormément. Tien-Li était sa seule famille. Et réalisant enfin son erreur, Haruomi laisse enfin couler les larmes longtemps ravalées. En vérité, à présent qu'il a failli perdre son frère, il regrette sincèrement avoir un jour souhaité être seul. Si seulement il n'avait jamais eu une pensée pareille ! Tandis que son ami laisse libre cours à son chagrin, répétant à travers ses sanglots qu'il voudrait voir Tien-Li, Kiichi le serre tendrement dans ses bras. "Eh bien, allons le voir" déclare-t-il à Haruomi.
Ainsi, un matin avant l'aube, les deux jeunes gens se rendent à l'immeuble du quartier misérable où vivaient auparavant les jumeaux. Mais en pénétrant dans l'appartement, Haruomi trouve celui-ci totalement vidé de son mobilier et désert, à peine quelques taches de sang sur le tatami témoignent que son frère s'y trouvait encore quelque temps plus tôt. Alors qu'il redescend tristement dans l'entrée, Kiichi lui tend un message qu'il a découvert dans la boîte aux lettres. Ecrit en chinois, il provient du patron du restaurant à qui Haruomi avait confié Tien-Li. L'homme explique qu'il a fait soigner l'adolescent, néanmoins il s'avère plus judicieux pour eux deux de se cacher quelque temps. Assurant à Tien-Shué de ne pas s'inquiéter, qu'il prendra bien soin de son frère, il lui conseille de ne pas chercher à les retrouver d'ici un bon moment. Car on ne sait jamais d'où le danger pourrait venir, Tien-Li s'étant fritté à des yakuzas.
Abattu, Haruomi s'assoit sur les marches de l'escalier. En gros, cette lettre lui demande de ne pas venir voir son frère, ce qu'il désire pourtant tellement.... Mais tant pis, se dit-il, ça ira. Rien que de savoir que Tien-Li est vivant et en bonne santé lui est déjà un grand soulagement. L'adolescent est néanmoins bien triste, alors, s'appuyant sur ses épaules, Kiichi dépose doucement un baiser sur ses lèvres. Puis il se met à rire, plaisantant que son ami est vraiment cousu de points faibles: c'est si facile de lui voler un baiser ! Et bien sûr, encore trop jeune pour songer concrètement à l'amour, Haruomi n'y comprend rien à rien.
Alors que le soleil levant commence à baigner la ville de sa lumière dorée, Kiichi enfin libre de ses faits et gestes le contemple, immobile, se demandant à voix haute où son ami et lui pourraient aller à présent. Le regard du jeune homme est si triste alors qu'il fixe l'horizon.... Alors, résolu, Haruomi lui fait une promesse: "Je te protégerai. Où que tu sois, quoi qu'il advienne, je te protégerai de toutes mes forces." Se retournant, Kiichi lui adresse en guise de réponse un mystérieux et envoûtant sourire.
Quelques années ont passé. Tien-Li, qui a survécu à sa blessure, fait désormais partie d'une bande de voyous, du genre que l'on charge d'exécuter de basses besognes. Un soir que dans son appartement délabré le jeune homme entreprend de laver le sang dont il est couvert, l'un de ses camarades vient frapper à sa porte. Un certain Kido a du travail pour eux, une affaire qui requiert plus que jamais sa coopération. Cependant, avant même de savoir de quoi il s'agit, Tien-Li refuse aussitôt, lançant nullement impressionné par son visiteur qu'il déteste les yakuzas. C'est bien normal, vu ce qui lui est arrivé dans son adolescence, sa terrible blessure à la jambe faite par un membre de l'un de ces groupes mafieux. Néanmoins Hirô, un autre de ses camarades, insiste avec instance: non seulement mieux vaut ne pas contrarier Kido, mais il s'agit vraiment d'un "travail" qui promet d'être très lucratif, et seul quelqu'un d'aussi habile que Tien-Li sera capable de réussir un tel coup. Pour appuyer ses propos, Hirô montre soudain une photo à son compère, où l'on voit Kiichi - et surtout Haruomi. N'est-ce pas étonnant combien ce garçon ressemble à Tien-Li ? Ne seraient-ils pas par hasard des jumeaux qu'on aurait séparés dans leur jeune âge ? Pétrifié de stupeur, Tien-Li ne répond rien. Bien sûr, il a immédiatement reconnu son frère Tien-Shué dont il est sans nouvelles depuis si longtemps....
Le lendemain à la résidence Aoé, comme chaque matin vers 7 heure, Kiichi réveille Haruomi d'un baiser sur la bouche; mais à peine le jeune homme essaie-t-il d'aller plus loin que son ami proteste: il doit se lever et tout préparer avant que Kiichi ne parte en cours. Décidément, malgré tous ses efforts, Haruomi n'est pas du tout décidé à se laisser manger, et Kiichi encore une fois ne peut que rester scandalisé face à ce manque total de sensualité. De ce fait, tous deux ne sont toujours pas amants ! Mais Kiichi promettant de faire bien sagement ce que dit Haruomi si seulement ce dernier consent à montrer un peu de volupté et donc à l'embrasser de lui-même, le réfrigérant jeune homme finit par s'exécuter. Qui pourrait résister à l'invitation d'un tel visage ?
Reiji, quant à lui, vient tout juste de rentrer à la maison après avoir passé une nuit blanche, sans doute chez une copine comme celà lui arrive souvent. Déclinant la proposition de Shûhei - à présent adolescent - qui lui demande ce qu'il prend au petit déjeuner, le jeune homme se dirige immédiatement vers sa chambre. Se lançant à sa suite, Shûhei toujours plein d'entrain transmet à Reiji un message de son père Yukihiko Kashima: ce dernier enjoint le futur chef de la famille Aoé de ne point rentrer trop souvent au petit matin et de s'occuper ne serait-ce que de temps en temps des affaires de la maison. Quel culot, répond aussitôt Reiji, alors que Yukihiko est en ce moment-même en train de s'amuser à Las Vegas avec Shôgo et Kiwa ! Officiellement, Aoé et ses deux accolytes se sont rendus dans cette ville pour affaire , mais connaissant son père, le jeune homme n'a aucun mal à deviner que ces trois-là mijotent encore quelque chose de louche. Et d'ailleurs, pourquoi serait-ce lui qui devrait s'occuper de diriger la maison lorsque tous trois sont absents ? Mais à peine a-t-il prononcé ces mots que le visage de Reiji s'assombrit; la réponse est évidente: parce que combien que celà lui pèse, c'est lui, l'héritier . Ecrasant sa cigarette d'un geste rageur, le jeune homme s'enfouit sous ses couvertures, tournant le dos à Shûhei désemparé. Mais rien n'est de la faute de l'adolescent, et Reiji le sait bien. Devinant sans le voir son air abattu, afin de signifier au jeune garçon qu'il ne lui en veut pas d'avoir juste transmis le message de son père - ce message qui ne fait que rappeler à Reiji le poids écrasant de ses futures responsabilités - ce dernier enjoint Shûhei de vite partir pour l'école avant qu'il ne soit en retard. L'adolescent acquiesce en rougissant, toujours touché de cette gentillesse que Reiji dissimule sous ses dehors froids et inamicaux.
Un peu plus tard, dans le CDI de l'université, Kiichi s'apprète à manger son déjeuner lorsque soudain une jeune fille se penche sur son épaule, s'extasiant sur le contenu aussi abondant qu'appétissant de son bentô , sa boîte-repas. C'est vraiment encore Haruomi qui a cuisiné tout ça !? L'étudiante se nomme Tamaki, et c'est la fille de M. Kambayashi, un ami de Shôgo (le vieil homme membre du B&B Club qui avait fait la cour à Naoya et apparaît dans les volumes 4 et 5 de Love Mode). Elle est venue rendre à Kiichi les notes qu'il lui avait prêtées, et ne peut s'empêcher de remarquer combien le jeune homme s'immerge dans ses études, restant même déjeuner dans la salle de documentation. Kiichi répond évasivement en demandant des nouvelles de M. Kambayashi, ce qui provoque encore davantage l'étonnement de Tamaki: son père est allé à Las Vegas avec le père de Kiichi !? Vraiment, quelles relations parent-enfant réfrigérantes, tous deux ne se disent absolument rien.... Mais goûtant une boulette de la boîte-repas et s'extasiant sur le goût délicieux, la jeune fille décide finalement de s'inviter le soir-même chez les Aoé. Tamaki voudrait également revoir Shûhei, qu'elle n'a pas rencontré depuis longtemps et auquel elle semble s'intéresser. La bouffe d'Haruomi et un beau p'tit mec, celà suffit à son bonheur ! Elle viendra à la résidence à sept heure, Kiichi peut déjà préparer le saké ! Une fois seul, le jeune homme ne peut retenir un soupir. Décidément, en quelque occasion que ce soit, Tamaki se montre aussi volontaire qu'un garçon ! Mais contemplant d'un air soucieux le contenu de son bentô, Kiichi se dit qu'il est normal que Haruomi soit devenu aussi habile en cuisine, car trois années se sont déjà écoulées depuis qu'il est venu vivre à la résidence Aoé.
De son côté, tandis que son ami est en cours, Haruomi parcourt à moto les quartiers pauvres de la ville où se parquent les émigrés chinois, cherchant désespérément à avoir des nouvelles de son frère. Il demande après Tien-Li à chaque personne susceptible de l'avoir rencontré, aux commerçants chez lesquels il aurait pu travailler, mais comme chaque fois depuis trois ans, ses recherches sont vaines. Cependant, absorbé par sa quête, Haruomi a fini par en oublier l'heure, et lorsqu'il arrive enfin à l'université tandis que le jour commence à décliner, il ne manque pas de se faire enguirlander par Kiichi. Mais ce dernier devine parfaitement ce que faisait son garde du corps; ce qui l'irrite surtout, c'est de songer que ce n'est que quand lui-même ne se trouve pas avec lui que Haruomi peut agir librement.
Tandis que les deux jeunes gens discutent, ils ne remarquent pas que trois personnes les observent depuis une fourgonnette. Assis sombrement à l'arrière, Tien-Li écoute ses deux camarades plannifier l'enlèvement de Kiichi. C'est alors qu'il apprend de la bouche de Hirô que son frère Tien-Shué est devenu garde du corps du fils aîné Aoé, qu'il ne quitte pratiquement jamais d'une semelle, vivant dans la même luxueuse résidence. Quelle existence dorée, par rapport à celle que doivent endurer Tien-Li et ses amis ! Le plus jeune des trois voyous, frappé d'une telle ressemblance entre le garde du corps et son aîné, ne peut s'empêcher de demander encore une fois s'il n'y a réellement aucun lien de parenté entre eux, ce qui commence sérieusement à énerver Tien-Li. Quelle raison aurait-il de connaître un type pareil !! clame-t-il les dents serrées. Non, ce jeune homme qu'il contemple à travers la vitre n'est pas le Tien-Shué qu'il connaissait. De sa main tremblante, Li serre nerveusement l'étoffe de son jean à l'endroit de sa blessure à la jambe. Cet inconnu au visage souriant n'est certainement pas le Tien-Shué qu'il désirait revoir ...!
Le soir venu, sous la douche à son appartement, Tien-Li se remémore sa conversation avec Kido. Le yakuza désire confier pour mission au jeune homme et à ses camarades d'enlever Kiichi Aoé et de le lui amener à un certain endroit . Mais sans lui faire le moindre mal, car son client le veut aussi beau qu'auparavant. Kido ne sait pourquoi, ce jeune bourgeois paraît toujours extrêmement sur ses gardes (normal, Kiichi s'est déjà fait enlever plusieurs fois !), de plus le garçon qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Tien-Li ne le quitte jamais hormis pendant les cours à la fac, ce qui s'avère extrêment gênant. Jamais des hommes à l'allure de yakuzas comme Kido et ses sbires ne parviendraient à l'approcher. Par contre, s'il s'agit de quelqu'un comme Tien-Li qui possède le même visage que son garde du corps, nul doute que Kiichi ne se méfiera pas et se laissera aborder. Pour ce rapt, Kido offre un million de yens à chaque membre de l'équipe, qui n'auront qu'à procéder à leur façon , du moment qu'ils ne blessent pas l'otage. Mais que le monde est injuste, quand même.... ironise le yakuza. Bien que le garde du corps et Tien-Li possèdent le même visage, l'un savoure la vie dans une résidence de millionnaires, tandis que l'autre doit se contenter de mener l'existence minable d'un petit voyou.
Ces paroles mortifient Tien-Li, et l'insistance de Hirô qui demande encore une fois si vraiment l'autre garçon n'est pas son frère n'est pas pour arranger les choses. Rien que de se souvenir de cette scène, assis sur le lit miteux de son appartement délabré, de rage et de dépit le jeune homme en écrase sa canette de bière. "Je ne te pardonnerais jamais. Je ne te laisserais pas être heureux" prononce Li en chinois d'un air aussi emprunt de haine que d'incrédulité. Et enfonçant ses ongles dans sa jambe qui porte encore la cicatrice profonde d'un impact de balle, il ajoute: "Il faut que tu sois malheureux, que tu connaisses la souffrance que j'ai endurée. Cette chaleur et toutes ces belles choses qui t'entourent, cette personne qui t'est chère, je vais tous les détruire.... Car tu as le devoir de souffrir comme moi j'ai souffert !"
Le lendemain, comme chaque matin, Haruomi dépose en moto Kiichi devant la fac. Avant de le quitter, il dit à son ami qu'il viendra le chercher dans l'après-midi, mais Kiichi répond que ce jour-là ce ne sera pas nécessaire: il rentrera avec Tamaki, cette dernière lui doit bien ça après la bacchanale dans laquelle la jeune fille les a entraînés la veille au dîner. Rien que de s'en rappeler, Haruomi en a encore des sueurs froides, et c'est de justesse qu'il a pu éviter la gueule de bois ! Mais surtout, Kiichi s'est dit que s'il se débrouille pour rentrer par ses propres moyens, son ami aura ainsi tout le loisir de poursuivre tranquillement ses recherches. Une fois seul, l'aîné des fils Aoé continue donc paisiblement son chemin jusqu'à l'entrée de la cour de l'université. C'est alors qu'il se retrouve soudain face à face avec un individu encapuchonné, qui lui lance une parole en chinois. Tandis que le vent se met à souffler, écartant légèrement la capuche, Kiichi demeure pétrifié de stupeur en découvrant le visage de ce jeune homme au regard dur et pénétrant. Et son attention détournée par cette vision, il n'a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive qu'une fourgonnette surgit à vive allure, un autre inconnu en ouvre précipitamment la portière et se saisissant de Kiichi, l'entraîne en un tour de main dans le véhicule.
C'était censé être une matinée ordinaire semblable à toutes les autres, la routine dans son quotidien. Mais ce 18 juin, à 8 heure 50, kiichi devait encore une fois être enlevé. Et cet instant fut le commencement de cinq journées dont le jeune homme se souviendrait éternellement....

Vers trois heure de l'après-midi, tandis que Reiji après sa nuit blanche se trouve encore couché, il est soudain réveillé par Tamaki: en se rendant à la fac, la jeune fille a découvert sur le trottoir le cartable et les lunettes brisées de Kiichi, et craint fort qu'il ne soit arrivé quelque chose de grave à ce dernier. Il ne s'est pas montré aux cours de toute la matinée, par contre des étudiants ont vu un jeune homme faire monter de force dans un véhicule un garçon ressemblant à Kiichi. Il n'y a pas de doute, celui-ci a encore été enlevé ! Les révélations de Tamaki plongent Haruomi dans la frayeur et le désarroi: lui qui avait juré à son ami de le protéger quoi qu'il advienne.... Et Reiji n'est pas moins inquiet pour son précieux frère aîné. De son côté, Shûhei a essayé de joindre en urgence Shôgo et ses deux bras droits à Las Vegas, mais sans succès. Reiji est d'ailleurs persuadé que même si son père était au courant de la situation, il ne lèverait pas le petit doigt pour Kiichi; en outre, qu'est-ce qui prouve que ce n'est pas Shôgo lui-même qui a une nouvelle fois plannifié cet enlèvement ?
Exaspérée par des relations père-fils aussi mauvaises, Tamaki finit par s'emparer à son tour du téléphone afin d'appeler son cousin Kô, commissaire principal au bureau de police, auquel elle demande d'organiser des recherches. Et pour s'assurer de la totale coopération du commissaire déjà débordé de travail, la rusée jeune fille s'adonne à un de ces petits chantages qu'elle garde toujours en réserve en cas de besoin: si son cousin n'accède pas à sa requête, il peut être certain que des photos compromettantes où on le voit en compagnie de sa petite amie mineure - une lycéenne de 16 ans ! - seront distribuées dans tout le commissariat ! Bien sûr, effrayé, Kô s'empresse d'accepter de mettre en oeuvre tous les moyens dont il dispose pour rechercher Kiichi. Les jeune gens sont assurés à présent de la collaboration de la police, mais que faire ensuite ? demande Tamaki à Reiji. D'un sourire cynique, le jeune homme répond aussitôt que puisqu'il est le futur chef de la famille Aoé, alors il va se faire un plaisir d'utiliser toute la puissance dont dispose cette dernière. Il ordonne donc à Haruomi de faire appeler un certain Hiruma, du service d'information et de renseignements spéciaux qu'utilise à des fins occultes la société de son père. Cette fois, Reiji est bien décidé à agir au plus vite: il faut absolument qu'ils retrouvent Kiichi avant qu'il ne lui arrive quelque chose. Il leur faut prendre des mesures, avant de ne pouvoir que regretter !
Pendant ce temps, dans l'appartement d'un immeuble où ils ont emmené leur otage, Tien-li et ses deux accolytes Hirô et Kôji attendent la venue de Kido. Ce dernier les a prévenus qu'il serait en retard, mais quelle fierté pour des petits voyous d'avoir réussi un kidnapping que n'avaient pu réaliser des pros comme les yakuzas.... Et tout celà, grâce à Tien-Li ! Dans la pièce à côté, celui-ci s'occupe de garder Kiichi, étendu sur un lit baillonné et les mains menottées derrière le dos. Incroyablement calme et nullement effrayé par son ravisseur qui joue nerveusement avec son couteau, le jeune homme fixe inlassablement Tien-Li, au point que pour le voyou celà en devienne exaspérant. Pourquoi ce fils de bourgeois le regarde-t-il comme ça ? Son visage n'est pas si extraordinaire, Kiichi a d'ailleurs l'occasion de contempler tout son saoûl la même figure chaque jour jusqu'à en être lassé ? Pour toute réponse, le regard de kiichi se fait encore plus insistant, si bien que Tien-Li déjà irrité d'avoir face à lui l'être pour lequel il croit que son frère l'a abandonné finit par péter carrément les plombs. Son couteau toujours à la main, il frappe le jeune homme au visage, déchirant le baillon et lui entaillant légèrement la joue. Pourtant, Kiichi n'élève pas une plainte, continue de le dévisager de son oeil noir et inquisiteur. Alerté par le bruit, Hirô survient heureusement dans la chambre, et s'indigne aussitôt du comportement de son complice: Kido avait dit de lui remettre l'otage sans lui faire le moindre mal ! Mais au son de la voix de son camarade, Tien-Li semble reprendre enfin ses esprits. Prétextant qu'il va s'acheter des cigarettes, il quitte la pièce, afin surtout de sortir se calmer les nerfs. Kiichi a cependant entendu Hirô appeler "Tien-Li" ce jeune voyou impulsif, et obtient ainsi la certitude que comme il s'en doutait déjà, ce dernier n'est autre que le frère jumeau d'Haruomi.
Un moment plus tard, tandis qu'il soigne la joue entaillée de Kiichi, Kôji s'étonne du calme qu'affiche le prisonnier: normalement, un otage, ça proteste et ça se débat ! Kiichi répond qu'il en a simplement assez, qu'ils sont donc ennuyeux, tous ces enlèvements ! Il n'a aucun mal à imaginer ce qui va se passer par la suite: sans doute, explique le jeune homme en soupirant, ses ravisseurs vont le livrer aux mains d'un quelconque pervers qui fera de lui ce que bon lui semble, filmant en plus la scène dans le but d'en faire une vidéo porno ? Ah.... Quelle misère.... Avec sa naïveté puérile, le jeune Kôji prend la plaisanterie au sérieux, remarquant tristement combien la vie est dure, même pour les fils de riches ! Mais alors que les deux garçons discutent ainsi sur un ton familier, Kôji finit par recevoir un bon coup sur la tête de la part de Hirô. Qu'est-ce que c'est que ces façons de sympathiser avec le prisonnier !?
Observant ses ravisseurs, Kiichi évalue froidement la situation. Ces trois petits voyous - qui visiblement ne sont que des amateurs - ont-ils réellement plannifié seuls cet enlèvement ? D'après ce qu'il peut en déduire des paroles de Hirô, le jeune homme doit être livré sans blessure à un certain Kido. Sans blessure signifie-t-il que la possession de son corps est une fois de plus le but de ce kidnapping ? En outre, pour que même de jeunes voyous acceptent de travailler pour lui, ce Kido ne peut être qu'un yakuza. Apparemment, des trois complices, Tien-Li est le seul à posséder une arme. Si Kiichi essaye dès à présent, pendant que ce dernier est absent, il est possible qu'il réussisse à fuir.... Néanmoins, il ne parvient pas à se décider à tenter l'évasion. Trop de choses le préoccupent encore au sujet du frère d'Haruomi.
Pendant ce temps, à la résidence Aoé, grâce à l'aide de la police, Tamaki, Reiji et Shûhei apprennent que l'on a retrouvé le portefeuille de Kiichi dans le quartier de Tsurumi. Par téléphone, Reiji s'empresse de communiquer à Haruomi cette précieuse information, ainsi que la marque et la description de la voiture utilisée par les ravisseurs. Aussitôt, le jeune homme enfourche sa moto pour se rendre au lieu indiqué, espérant de toute son âme que son ami soit sain et sauf. Arrivé à Tsurumi, Haruomi s'arrête un moment dans une rue afin de consulter son plan de la ville. C'est alors qu'il surprend derrière lui une bien curieuse conversation: sorti de l'immeuble à la recherche de son camarade, Kôji vient à la rencontre de Tien-Li en le hélant par son prénom, soulagé de l'avoir enfin trouvé. Et tandis que ce dernier, déjà énervé et en plus mécontent de n'avoir pas pu acheter de cigarettes, proteste que ce n'était pas la peine de venir spécialement à sa recherche, Haruomi reconnaît aussitôt la voix de son frère disparu. Stupéfait, en se retournant il voit les deux compères pénétrer dans l'immeuble, où il entreprend donc de les suivre discrètement.
Kôji explique à Tien-Li que Kido les a à nouveau contactés: si tous trois ne se trouvent pas réunis au moment de lui remettre l'otage, le yakuza menace de ne pas leur donner la récompense promise. Néanmoins, Tien-Li s'en fiche complètement. Ce n'est pas pour l'argent qu'il a accepté de tremper dans cette affaire. Et à la question de Kôji qui lui demande quel est sa motivation, le jeune homme se contente de répondre ce mot: Fûchô . Mais si Kôji ne comprend pas un mot de chinois, il n'en est pas de même d'Haruomi. Fûchô .... la vengeance. Haruomi a peine à croire ce qu'il vient d'entendre: d'après les propos de cette énigmatique conversation, ce serait son jumeau qui aurait enlevé Kiichi ? Non, c'est impossible.... Quittant le hall de l'immeuble, assailli par le doute, le jeune homme passe soudain devant un parking où il ne tarde pas à découvrir une 4WD noire, le véhicule utilisé par les ravisseurs d'après les informations de Reiji. Sur le point de défaillir, Haruomi s'appuie contre un mur, livide, se passant une main sur les yeux comme pour ne pas voir la terrible réalité. Il doit sûrement se tromper, le coupable du rapt de son ami ne peut pas être son frère, tout celà n'est qu'un horrible cauchemard....
A ce moment, Tien-Li est revenu à l'appartement, où il se fait disputer par Hirô. Kido ne va plus tarder à présent. Mais le jeune voyou demeure impassible, indifférent à l'excitation qui agite ses deux compagnons. L'observant avec sa sagacité habituelle, Kiichi lui demande la raison pour laquelle il fait tout celà. Pour toute réponse, Tien-Li adresse à son prisonnier un léger et mystérieux sourire. Alors, le visage de Kiichi se fait plus dur, tandis qu'il lance sur un ton acerbe: "Penses-tu qu'il n'y a que toi qui sois malheureux ?" Dérouté, Tien-Li n'a pas le temps de l'interroger sur le sens de ces paroles que soudain, la sonnette de l'entrée retentit. Kido est enfin là, et s'empressant d'aller lui ouvrir, Kôji a à peine le temps de s'étonner de ce que seul le bras droit du yakuza soit venu qu'il reçoit une balle en pleine poitrine. Puis, c'est au tour du malheureux Hirô, dont les cris alertent heureusement Tien-Li et Kiichi.
En bas de l'immeuble, Haruomi est en train d'avertir Reiji depuis une cabine téléphonique lorsque soudain, un bruit de vitre brisée attire son attention ainsi que celle des passants. Dans la chambre au troisième étage, l'homme de main de Kido menace Tien-Li de son pistolet muni d'un silencieux. S'abritant derrière Kiichi, le jeune voyou met au défi le yakuza de tirer si peu lui importe d'infliger des blessures à son précieux otage. Et tout en parlant, Tien-Li se rapproche irrésistiblement de la fenêtre, dont il ouvre la vitre coulissante pour reculer sur le balcon. C'est ainsi qu'il entend le ronronnement du moteur d'un camion venu stationner juste en-dessous. A cet instant, le "nettoyeur" de Kido appuie sur la détente de son pistolet, une balle vient érafler la joue du jeune homme. Le yakuza est assez habile pour le tuer sans mettre en danger la vie de l'otage, et il ne fera pas de quartier ! Le canon de l'arme pointé sur lui, Tien-Li ressent tout à coup une peur violente, réminiscence de celle éprouvée lors d'une situation semblable quand il n'était qu'adolescent - toutefois celà ne l'empêche pas de prendre sa décision. Tandis que l'homme de main presse encore une fois la détente, il saute par-dessus la rembarde du balcon et se jette dans le vide, entraînant Kiichi dans sa chute, pour atterrir violemment sur le toit du camion à l'arrêt en contrebas.
Les passants se mettent à hurler, tandis qu'alarmé le conducteur du poids lourd s'élance afin de vérifier si les deux garçons sont encore vivants. Mais sautant à terre, Tien-Li en un clin d'oeil l'assomme d'un coup de pied, s'engouffre dans la cabine et fait démarrer le véhicule en trombe, cependant que Kiichi inconscient demeure étendu sur le toit. De toute la vitesse que ses jambes le lui permettent, Haruomi se lance à la poursuite du camion, criant à son frère de s'arrêter. Mais sitôt qu'il aperçoit son jumeau de l'autre côté de la vitre - Tien-Shué qui prononce encore le nom de Kiichi - empli d'une rage haineuse, Tien-Li ne fait que pousser davantage la vitesse du véhicule. Pourquoi a-t-il fallu qu'après tant d'années de séparation, tous deux se rencontrent de cette façon ? N'y aurait-il pu avoir de plus agréables retrouvailles ? Désespéré et impuissant, tandis que le camion s'éloigne, Haruomi ne peut que hurler en vain le prénom de son ami....

7h58, la nuit est déjà tombée. Tandis que dans l'immeuble la police enquête sur les lieux du drame qui a coûté la vie à Kôji et Hirô, à la résidence Aoé, Reiji gifle violemment Haruomi. Le garde du corps vient de lui apprendre que le coupable de l'enlèvement de Kiichi n'est autre que son propre frère jumeau ! Tamaki s'efforce de calmer le jeune homme, lui assurant que puisque l'on connaît la marque et le numéro d'immatriculation du camion qui a emporté l'otage, la police ayant dressé des barrages, on ne tardera certainement pas à l'arrêter. "Mais si avant que le véhicule ne soit découvert Kiichi venait à tomber du toit !?" objecte aussitôt Reiji hors de lui. Ce à quoi Tamaki répond que jusqu'à présent, aucune nouvelle n'est parvenue annonçant qu'une personne était morte en faisant une chute sur l'autoroute.
Tandis que les deux jeunes gens disputent ainsi, une voix timide s'élève soudain: celle de Shûhei, qui affirme plein de conviction que quelqu'un d'aussi intelligent et d'aussi chanceux que Kiichi pourra certainement être sauvé ! Bien que ces propos n'aient a priori aucun fondement concret, ses camarades doivent bien reconnaître que le garçon a raison, kiichi est du genre à se sortir de toutes les situations ! Un peu à l'écart, moins optimiste, en son for intérieur Haruomi s'adresse à son frère. "Pourquoi as-tu visé Kiichi, Tien ?... Je t'en supplie, ne lui fais pas de mal.... Car c'est quelqu'un de très précieux pour moi...."
10h02. Tien-Li au volant de son véhicule volé a réussi à franchir les barrages de police pour s'arrêter en un endroit retiré à la périphérie de la ville. Alors que le jeune voyou descend du camion, épuisé par sa longue fuite et surtout par sa blessure - la balle de revolver qu'il a encore une fois reçue dans la jambe juste avant de se jeter du haut du balcon de l'appartement, Kiichi saute soudain du toit du camion pour atterrir derrière lui. Rapide comme l'éclair, le jeune bourgeois féru d'arts martiaux envoie son ravisseur au tapis, en profitant pour récupérer la clé des menottes qui lui entravent les poignets, que par chance Tien-Li avait sur lui. Kiichi n'est pas content du tout: non seulement on l'a fait tomber du troisième étage, mais quand il a repris connaissance, c'était pour - quel choc ! - se retrouver sur le toit d'un camion en pleine course ! Si jusqu'à présent "l'otage" s'est plutôt tenu tranquille, à présent il est bien décidé à montrer qu'il n'a rien d'un fils à papa faible et pleurnichard !
Néanmoins, après avoir raillé son ravisseur surpris en lui lançant qu'il ne récolte que ce qu'il a semé, Kiichi, au lieu de s'enfuir, s'agenouille auprès de lui afin d'examiner sa blessure. Tandis qu'il fait à Tien-Li un pansement de fortune pour arrêter le sang, il remarque alors une vieille cicatrice, celle d'une autre blessure par balle plus ancienne. Le jeune homme conseille au voyou de se faire soigner par un médecin au plus vite, cependant Tien-Li ne veut rien entendre, et tirant son couteau, il le plaque contre la gorge de Kiichi, le sommant de ne pas le toucher une seconde fois. A ce moment la sirène d'une voiture de police se met tout à coup à retentir; on ne tardera pas à retrouver leur trace. Alors, se redressant malgré sa souffrance et tirant son prisonnier par la main, Tien-Li se met en devoir de quitter cet endroit aussi vite qu'il le peut. Encore une fois, Kiichi tente de le raisonner: avec sa jambe blessée, comment le jeune voyou espère-t-il fuir !? Mais Tien-Li lui ordonne de se taire: s'il fait du tapage ou commet toute autre action louche, il le tuera sans hésitation ! Et observant son ravisseur, tremblant de fièvre, couvert de sang mais encore plein de hargne, Kiichi ne peut s'empêcher de le comparer à une bête sauvage qui, bien que blessée, continue de menacer ceux qui s'approchent impudemment.
Kiichi et Tien-Li poursuivent donc lentement leur périple, à pieds, empruntant des ruelles et des chemins détournés situés en rase-campagne. Mais pour le jeune voyou, la progression se fait bientôt de plus en plus difficile, tandis qu'il traîne péniblement sa jambe ensanglantée. Et pour comble de malheur, voilà qu'il se met à pleuvoir ! Heureusement, Kiichi avise soudain pas très loin du lieu où ils se trouvent une petite église qui a tout l'air d'être abandonnée. Il est plus de minuit lorsque les deux jeunes gens y parviennent enfin. Sitôt à l'intérieur, Kiichi commence à fouiller un peu partout à la recherche de quelque chose qui pourrait être utile, ce qui provoque encore une fois la colère de Tien-Li: qu'est-ce que c'est que ce comportement, un otage ça ne doit pas déambuler à sa guise !? Mais Kiichi n'a que faire de ces sempiternels coups de gueule; puisqu'il a pu trouver des serviettes neuves dans un carton oublié dans la remise, il propose à Tien-Li de refaire son pansement. D'ailleurs, le jeune voyou a à peine le temps de protester faiblement qu'il finit par perdre connaissance, vaincu par la fièvre et la perte de son sang.
En proie au délir, Tien-Li se retrouve plongé dans un univers glacial où viennent l'assaillir les souvenirs les plus terribles de toute sa vie: abandonné dans un appartement délabré dans lequel commencent à s'entasser des ordures nauséabondes, il se voit adolescent en train d'agoniser suite à sa blessure à la jambe laissée sans soins; maigre et déshydraté, seul, le garçon appelle désespérément son frère avec ce qui lui reste de force. Où Shué est-il parti ? Pourquoi ne revient-il pas ? Epouvanté par cette vision d'horrible et angoissante solitude, Tien-Li finit par hurler le nom de Shué, ce qui le réveille en sursaut. Ouvrant les yeux d'un air égaré, il découvre avec surprise Kiichi penché au-dessus de lui. C'est déjà le matin, et non seulement son "otage" l'a veillé toute la nuit durant, le recouvrant de sa propre veste, mais le jeune homme a de plus laissé à portée de main son arme à son ravisseur. "Tu ne serais pas un peu idiot ? Pourquoi n'as-tu pas fuit ?" demande Tien-Li la tête basse, peu habitué à ce genre d'égard.
Kiichi se contentant de répondre qu'il ne pouvait tout de même pas abandonner un blessé, le jeune voyou proteste de plus belle: comme si c'était le moment de jouer les bons samaritains ! Le fils de bourgeois ne comprend donc pas dans quelle conjoncture il se trouve ? Kiichi vient de se faire enlever, et pourtant, il trouve le moyen de prendre soin de son ravisseur ! Pour Tien-Li, ça n'a aucun sens. Son expérience lui a montré que pour chaque être humain, personne ne compte plus finalement que soi-même. Sa mère, le patron du restaurant chinois, jusqu'à son propre frère Shué, tous ont fini par partir en l'abandonnant. Comme tous les autres, sitôt que les choses vont se gâter, que sa vie sera mise en danger, Kiichi finira de toute façon par le trahir à son tour; alors, mieux vaut qu'il laisse tomber un déchet comme lui et s'enfuie dès maintenant au plus vite sans demander son reste. Néanmoins, calme et résolu, Kiichi assure à Tien-Li qu'il restera auprès de lui; il ne fuira pas, ne s'en ira pas en le laissant tout seul. "Et puis, ajoute le jeune homme avec un doux sourire, ne suis-je pas ton otage?" Complètement dérouté, Tien-Li demeure interdit d'entendre de telles paroles. "Je resterais auprès de toi" , vient de dire son étrange prisonnier; alors qu'il sait bien que ceci est absolument impossible.
Le 19 juin, 5h11 du matin. A l'extérieur de l'église, la pluie ne cesse de tomber à verse. Celà s'avère plutôt une aubaine selon le jeune voyou, car ainsi il sera plus difficile à la police de les rechercher. Mais ce qui l'inquiète davantage, ce sont les yakuzas: ces derniers ne vont certainement pas lui pardonner de s'être sauvé en emmenant leur précieux otage. Cependant, tandis que Kiichi continue de prendre soin de lui, Tien-Li commence à s'apercevoir d'une chose étrange: sa jambe le fait beaucoup souffrir, il se trouve aux abois, pourchassé, dans une situation des plus périlleuse; et pourtant, il se sent si calme.... Le jeune voyou se demande bien pourquoi.... Sur cette interrogation, Tien-Li finit par s'endormir, rassuré par la présence de Kiichi à ses côtés. Néanmoins, sitôt qu'il le voit à nouveau plongé dans un sommeil fiévreux, le jeune bourgeois commence à éprouver une sourde inquiétude. Sans bruit, il finit par quitter l'église, laissant le blessé seul.
A des kilomètres de là, l'aube commence à poindre au-dessus de la résidence Aoé, bien que le ciel demeure obscurcit par une pluie battante. Tandis que Haruomi se morfond assis sur le plancher, mort d'inquiétude pour son frère et son ami, Reiji quant à lui fume cigarette sur cigarette. Ils ont appris que le camion utilisé par Tien-Li dans sa fuite a été découvert par la police, mais rien de plus; l'enquête ne montre aucune progression, on ignore toujours ce qu'ont pu devenir Kiichi et son ravisseur, alors qu'une journée entière s'est déjà écoulée. Cette longue attente se fait d'heure en heure de plus en plus insupportable, et à la fin, n'en pouvant plus, l'héritier Aoé finit par quitter le bureau, annonçant qu'il va se laver un peu la figure. A peine est-il sorti que le téléphone se met tout à coup à sonner. Aussitôt Haruomi s'empresse de décrocher, pour entendre avec la plus vive stupéfaction la voix de Kiichi ! Ce dernier, entendant les exclamations de son ami, ne peut s'empêcher de remarquer comme les jumeaux se ressemblent jusque dans leur voix. Indiquant à Haruomi l'endroit où il se trouve afin qu'il vienne le chercher, le jeune homme l'enjoint d'apporter avec lui une trousse de secours : Tien-Li a reçu une balle dans la jambe, et vu sa situation, il s'avère impossible de le conduire à l'hôpital, où la police ne tarderait pas à venir l'arrêter. Même après que Kiichi ait racroché, Haruomi n'a pas le loisir de se réjouir de ce que son ami soit sain et sauf, terrifié de ce qu'il vient d'apprendre: encore une fois, c'est à la jambe que son frère a été blessé !?
Pendant ce temps, dans l'église abandonnée, Tien-Li ouvre enfin les yeux. Irrité de s'être par mégarde encore endormi, tandis qu'il demande à Kiichi l'heure qu'il peut bien être à présent, n'obtenant pas de réponse le jeune voyou réalise soudain qu'il est tout seul dans le bâtiment. Pris de panique, malgré sa douleur à la jambe Tien-Li se précipite au-dehors, mais là non plus, nulle trace de son compagnon. Rageur, il se remémore les paroles réconfortantes prononcées à peine une heure plus tôt par Kiichi: quel idiot d'y avoir cru et de s'en être réjoui ! Qu'attendait-il d'un type pareil, un fils de bourgeois, un parfait étranger ? Alors que depuis le début il était censé savoir qu'il finirait comme toujours par être trahi ! Pourquoi.... Pourquoi...!! De douleur plus que de colère, Tien-li serre les poings et les dents, essayant en vain de contenir ses larmes qui viennent se mêler à la pluie. Mais à ce moment, il entend soudain une voix qui l'appelle, et se retournant, il n'en revient pas de découvrir Kiichi. Un sac à la main, le jeune homme a profité du sommeil du blessé pour aller téléphoner et faire quelques courses, et s'étonne de le trouver ainsi debout sous la pluie.
Ne pouvant contrôler l'émotion et le soulagement qui le submergent en découvrant que Kiichi ne l'avait pas abandonné comme il l'avait cru, s'élançant vers le jeune homme, Tien-Li le tire violemment par sa chemise pour l'attirer dans ses bras. Il a agit avec tant de vigueur que déséquilibrés, les deux jeunes gens finissent par tomber allongés sur l'herbe haute trempée par la pluie. Etendu sur Kiichi, Tien-Li le serre désespérément contre lui, le suppliant de lui permettre de rester ainsi ne serait-ce qu'un instant. Mais dans son coeur, à Dieu le jeune voyou demande de lui donner à jamais cet être hors du commun....

Un peu plus tard, trempés comme des soupes, les deux jeunes gens sont de retour à l'intérieur de l'église. Tien-Li est assis sur un banc, complètement abattu, tandis que Kiichi lui essuie les cheveux ainsi que les larmes qui ne cessent de couler des yeux du jeune homme, mêlées à l'eau de pluie. Réalisant combien cet événement l'a traumatisé, Kiichi prend surtout le soin d'expliquer à Tien-Li que Haruomi ne l'a pas abandonné comme ce dernier le pensait: après avoir été contraint de se séparer de son jumeau, Shué a énormément regretté de l'avoir laissé et n'a cessé de le rechercher. Il n'a jamais eu l'intention d'abandonner son frère, seulement, à ce moment-là, impuissant, il n'avait pas le choix....
Le 19 juin au soir, 9h03. A la résidence, Shûhei se précipite vers Reiji, un fax à la main: le bureau de renseignements spéciaux du Groupe Aoé a découvert des informations sur le yakuza Kido dont kiichi leur a parlé au téléphone, l'homme qui a plannifié son enlèvement. Les deux garçons n'ont pas le temps de mettre à profit ce qu'ils ont trouvé que Shôgo fait soudain son apparition, flanqué comme toujours de son fidèle bras droit Yukihiko Kashima. Reiji s'étonnant de son retour précipité de Las Vegas, le ténébreux business-man explique que Tamaki, fille de son vieil ami Kambayashi, est venue le chercher spécialement à l'aéroport. Il s'agit d'une affaire grave, et la jeune fille voulait être sûre que Shôgo rentre bien immédiatement à la maison sitôt son arrivée au Japon - explication provoquant la déception de Mr. Kambayashi qui croyait que c'était lui que sa chère fille était venue accueillir à l'aéroport.
Comme l'on pouvait s'en douter, Shôgo connaît parfaitement le yakuza Takatsugu Kido, un homme qui n'appartient à aucun groupe mafieux en particulier et loue ses services pour de l'argent. Grâce au fax qu'a reçu Shûhei, Shô apprend que ces derniers temps, Kido s'est allié à un certain Tanokura de la banque Niwa. Lisant ceci, le business-man comprend alors le fin mot de toute cette affaire: c'est lui-même qui a fait renvoyer Tanokura - sans doute quelque cadre véreux - de son poste à la banque Niwa un mois plus tôt, et nul doute qu'afin de se venger, ce dernier a engagé Kido pour enlever le fils aîné de Shôgo. Mais Aoé n'est pas du tout décidé à se laisser faire, et en guise de contre-attaque, il ordonne à Yukihiko de montrer une certaine chose à toutes les personnes de l'entourage de Tanokura - ses amis, ses relations, ses voisins, sa famille, et même aux employés de la banque où il travaillait ! Le banquier vénal va apprendre de la manière la plus concrète ce qu'il en coûte d'oser s'opposer à Shôgo Aoé, sans doute pire que n'importe quel yakuza !
"Comme d'habitude, il n'a aucune pitié !" soupire Mr. Kambayashi scandalisé. Mais Reiji, lui, contemple son père d'un air sévère, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de ce dernier. En fin de compte, remarque le jeune homme, une nouvelle fois peu importe le sort de Kiichi. Shôgo réplique qu'un idiot sans capacité d'apprentissage ferait mieux de laisser cette affaire à la police. Cette fois Reiji s'est pas mal débrouillé, mais pense-t-il pouvoir résoudre cette situation critique tout seul ? Si son frère aîné est si précieux pour lui, pour une fois le jeune homme ferait bien d'essayer de le sauver par ses propres moyens. Si Reiji n'en est même pas capable, il devrait comprendre qu'il n'est nullement qualifié pour montrer les crocs à son père. Et sur ces mots, Shôgo quitte la pièce, laissant son héritier ruminer sa rage et son anxiété. Reiji ne comprend qu'une chose: en fin de compte, kiichi a encore une fois été sacrifié au nom des intérêts du Groupe Aoé !
Pendant ce temps, dans l'église abandonnée, Tien-Li raconte à Kiichi se qui s'est passé trois ans plus tôt, après que son frère soit parti en le laissant. Combien de temps s'était-il écoulé alors que l'adolescent attendait désespérément le retour de Shué qui ne revenait pas ? Finalement, ce fut le patron du restaurant Kôrinrô qui découvrit le garçon à moitié agonisant, et lui assurant qu'il allait l'emmener chez un médecin, il l'emporta hors de l'appartement. A ce moment Tien-Li pensait avec soulagement que tout allait s'arranger, qu'il allait enfin être secouru. Bercé par le balancement du véhicule, il finit par s'endormir durant le trajet, mais à son réveil, il se trouvait seul dans la fourgonnette à l'arrêt, le Chinois avait disparu. Et lorsqu'en titubant le garçon parvint à sortir du véhicule, c'était pour se retrouver abandonné au beau milieu d'une décharge publique ! Les paroles de cet homme qui paraissait si gentil et à qui il faisait confiance disant qu'il allait lui faire voir un médecin n'étaient que mensonge. Peu après, Tien-Li apprit que le Chinois avait fermé boutique et s'était volatilisé on ne sait où (emportant bien sûr tout l'argent que Shué lui avait confié pour qu'il prenne soin de son frère, fait que le jeune homme ignore). Tien-Li ne leur pardonnera jamais, ni à sa mère qui l'a abandonné, ni à ce type qui l'a trahi et traité comme un déchet. Il s'est juré qu'un jour, il les retrouvera et leur fera la peau.
"Et Tien-Shué ? Si vous vous retrouvez face à face, lui aussi tu le tueras ?" ne peut s'empêcher de demander Kiichi. Car il est probable que son garde du corps ne va plus tarder à arriver à présent. En effet, Haruomi vient juste de garer sa moto devant l'église; à peine Kiichi a-t-il achevé sa phrase que le jeune homme ouvre la porte du bâtiment. Tien-Li se retourne, abasourdi. "Si jamais tu le rencontres, que feras-tu ?" Cette question continue de résonner dans sa tête tandis que lui et son frère demeurent à se dévisager sans mot dire, avec une incrédulité mêlée de stupeur, sous le regard triste et inquiet de Kiichi. Les trois jeunes gens ignorent qu'au même moment, quelqu'un d'autre a découvert leur refuge et s'apprète à y mettre le feu. Ainsi Tien-Li et Tien-Shué n'ont pas le temps d'échanger une parole que soudain l'une des vitres de l'église vole en éclats. Une bouteille emplie de liquide inflammable et pourvue d'une mèche préalablement allumée vient s'écraser sur le sol, explosant dans un jet de flammes. Aussitôt le réflexe de Haruomi est de se précipiter vers Kiichi pour le protéger, tandis que Tien-Li le regarde faire d'un oeil morne. Ce n'est plus son nom que Shué appelle, ce n'est plus lui qu'il essaye désespérément de sauver. Dans l'église aspergée d'essence, l'incendie se propage à une vitesse incroyable, mais peu importe à Tien-Li complètement indifférent. Il a désormais perdu tout désir de vivre, se contentant de serrer son couteau replié dans sa main. Mais au-dehors, son forfait accompli, l'homme qui a arrosé d'essence les murs extérieurs du bâtiment s'apprète à s'en aller, satisfait. Il s'agit bien sûr du "nettoyeur" de Kido.
Le 20 juin, 2h35 du matin. Le "quelque chose" que Shôgo a ordonné de distribuer à l'entourage du banquier Tanokura a du faire son petit effet car ce dernier, effrayé, s'empresse de téléphoner à Kido afin d'annuler leur contrat. Aoé est déjà au courant de tout, et si jamais son fils venait à être tué, qui sait quelles mesures de représailles pourrait prendre un homme aussi terrible ? Cependant, le yakuza refuse d'annuler la demande: quand il se charge d'un contrat, il a pour principe d'aller jusqu'au bout, à son client d'en assumer les conséquences, ce problème ne le concerne pas ! Et sur ces mots, Kido amusé coupe la communication, laissant le banquier véreux complètement paniqué.
Dans l'église emplie de fumée, Haruomi et Kiichi quant à eux tentent désespérément de trouver un moyen de sortir. La porte du bâtiment a été soigneusement bloquée de l'extérieur, leur seule chance est désormais d'essayer de passer par l'une des hautes fenêtres. Hélas, le feu se propage à une telle vitesse qu'ils s'aperçoivent bientôt qu'ils n'en ont plus le temps: le toit est sur le point de céder, et avant que le plafond ne s'effondre, Haruomi crie à son ami de vite aller se réfugier sous les poutres les plus épaisses. Avant de courir se mettre à l'abri, les deux jeunes gens appellent Tien-Li qui ne bouge toujours pas, immobile au milieu des flammes et de la fumée, indifférent au danger qui le menace. Il n'a plus rien en ce monde, alors peu lui importe de mourir: c'est ce que semble dire le regard douloureux qu'il tourne lentement vers son frère. Néanmoins, bien qu'inquiet de son comportement anormal, Haruomi n'a pas l'intention de le laisser périr. Tandis que le toit s'effondre avec un craquement sinistre dans une volée de débris et de flammes, il se jette sur Tien-Li pour le protéger de son corps, recevant sur le dos les lourdes poutres enflammées. Son jumeau est ainsi sain et sauf, mais Haruomi, gravement blessé à la tête, est en sang. Ordonnant à Kiichi qui veut se précipiter pour l'aider de rester à l'abri là où il se trouve, le jeune homme tente de se redresser péniblement. Le toit continue de craquer, menaçant de s'effondrer à nouveau à tout instant, cependant il ne bouge pas, bien décidé à couvrir Tien-Li.
"Qu'est-il en train de faire ?" se demande plusieurs fois le jeune voyou, qui a peine à croire ce qui est en train de se produire: Tien-Shué lui fait rempart de son propre corps ! Le sang qui coule des blessures de son frère et vient tomber sur son visage est si chaud .... "Va-t-en !" finit par crier Tien-Li à Tien-Shué, le répétant plusieurs fois et de plus en plus fort en tentant de le repousser. "Laisse-moi et dépêche-toi de t'enfuir ! ce n'est pas moi que tu es venu sauver !" Néanmoins Haruomi refuse obstinément de bouger, continuant de recevoir les pierres tranchantes qui se détachent du toit. Et avec un sourire plein de tendresse et de résolution, il répète à son jumeau qu'il ne partira pas. Cette fois, Shué s'est juré de secourir Tien-Li quoi qu'il arrive. Il a tant regretté de l'avoir laissé seul autrefois, d'avoir cru à ce bout de papier laissé dans sa boîte aux lettres par le Chinois, lui disant de ne pas chercher à revoir son frère jusqu'à ce que l'affaire avec les yakuzas se soit calmée. Mais plus tard, en se rendant au Kôrinrô, l'adolescent avait trouvé le restaurant fermé. Le voisin lui appris que le propriétaire avait plié bagages déjà un mois plus tôt en laissant entendre qu'il avait réussi à se procurer une grosse somme d'argent. En un clin d'oeil, Tien-Shué avait compris ce qui s'était passé: l'homme avait abusé de sa confiance; mais peu lui importait l'argent à ce moment, tellement inquiet pour le sort de son frère. Qu'était-il devenu ? Où se trouvait-il à présent ? Depuis tout ce temps, Haruomi n'a cessé de le rechercher, et il vient enfin de le retrouver. Tien-Li est vivant, et il a enfin pu le voir ! Tien-Li, son frère jumeau.... Tout ira bien.... Car cette fois, il parviendra à le sauver....
Haruomi ferme les yeux, tandis que le sang qui coule abondamment de ses blessures continue de se répandre sur le visage de son frère. "Idiot.... Shué.... Quel idiot !..." répète Tien-Li en larmes en soutenant de ses bras le corps de son jumeau. Au-dehors, étouffés par les craquements de l'incendie, retentissent tout à coup des voix et les sirènes de voitures de police. Mais Kiichi ne les entend pas. Contemplant les jumeaux, une peur panique s'empare soudain de lui d'ordinaire si calme en voyant dans quel état se trouve Haruomi, visiblement déterminé à se sacrifier. Tandis que l'incendie fait rage de plus belle, le jeune homme se met à crier le nom de son ami, suppliant que quelqu'un vienne à leur secours....
Un peu plus tard, les trois jeunes gens furent finalement sauvés par les pompiers, puis envoyés à l'hôpital.
Le 21 juin, 3h27 de l'après-midi. Alors que Kiichi, qui n'a pas été blessé et n'a fait qu'avaler un peu de fumée, est assis dans la chambre où dorment les jumeaux inconscients, quelqu'un frappe soudain à la porte. C'est Tamaki, qui ne trouvant pas le jeune homme dans sa propre chambre, pensait bien le découvrir ici. Kiichi demandant comment se passent les choses à la résidence, Tamaki lui explique que comme d'habitude, Shôgo et ses sbires sont en train de régler l'affaire dans l'ombre. Quant à Reiji, fâché par le comportement de son capricieux frère aîné qui encore une fois n'en a fait qu'à sa tête, il boude ! Mais dès le lendemain, traîné par Shûhei, nul doute qu'il viendra tout de même lui rendre visite. Kiichi remercie la jeune fille sincèrement: c'est grâce à ses multiples interventions que les choses ont pu s'arranger pour le mieux. Tamaki répond que pour que quelqu'un de si habitué aux agressions que Kiichi se laisse enlever aussi facilement, elle se doutait qu'il devait y avoir quelque importante raison.
Néanmoins, s'il a été facile de s'assurer du silence des médias et du personnel de l'hôpital, il n'en est pas de même en ce qui concerne la police. D'après Kô, le cousin commissaire de Tamaki, les jumeaux ne pourront éviter un interrogatoire, ce qui risque de s'avérer particulièrement mauvais pour Tien-Li. On aura beau prétexter que les deux blessés n'ont pas encore repris connaissance, que les visites sont interdites, celà ne pourra pas marcher éternellement. Ainsi, Tamaki demande à Kiichi ce qu'il compte faire à ce sujet. Mais contemplant Haruomi pensivement, avec un doux et triste sourire, ce dernier se contente de répondre: "Bah.... Je pense que nous n'avons plus qu'à nous en remettre au Ciel...." Le jeune homme ignore que dans le lit derrière lui, à moitié caché par un rideau, Tien-Li a ouvert les yeux et a entendu toute la conversation.
C'est ainsi que le nuit venue, levé et habillé, après être resté un moment auprès de son frère endormi, le jeune voyou s'apprète à quitter discrètement l'hôpital. Mais à peine a-t-il fait un pas hors de la chambre qu'il tombe nez à nez avec Kiichi ! "Tu as l'intention de fuir avant l'arrivée de la police ? Sans même me dire au-revoir.... Quel type sans coeur !" lance malicieusement le jeune homme. Tien-Li n'a pas le temps de lui demander comment il a deviné ce qu'il voulait faire que Kiichi interrompt sa question en lui assurant qu'il n'a pas besoin d'être autant sur ses gardes, car cette nuit les infirmières n'effectueront pas de tour de garde dans sa chambre. Comment Kiichi le sait-il ? Tout simplement parce qu'il a pris soin de demander à quelqu'un (Tamaki bien sûr !) de se livrer pour lui à un petit chantage. Néanmoins, le jeune homme ajoute qu'il aurait quand même préféré que Tien-Li attende avant de s'en aller que Haruomi ait ouvert les yeux. Mais Tien-Li refuse: ça ira, le peu de temps qu'il a pu passer avec son frère lui est amplement suffisant pour avoir tout compris; car à l'instant où Tien-Shué s'est penché sur lui en souriant, le protégeant de son corps et refusant obstinément de bouger malgré les graves blessures qu'il recevait, rancune, colère, haine, tristesse, à cet instant, tous ces pénibles sentiments ont été balayés. Puis, ne restait plus que le regret, et....
N'osant mettre un nom sur le sentiment qui habite son coeur, Tien-Li tourne un regard mélancolique vers ce jeune homme si beau et si étrange qui lui semble irradier dans la pénombre de la chambre. "Toi aussi, tu m'as beaucoup aidé", finit-il par avouer à kiichi. "Qu'est-ce qui te prend, tout à coup !?" répond ce dernier, surpris et amusé. Ce n'est d'ordinaire pas le genre de Tien-Li de dire merci. Mais le jeune voyou, des plus sérieux, s'adresse à Kiichi d'un ton grave, en l'appelant pour la première fois par son prénom: "Un jour, si jamais il t'arrive quelque chose, je te protégerai au péril de ma vie." Stupéfait, Kiichi n'a pas le temps de proférer une parole que Tien-Li l'attire dans ses bras, renouvelant son serment, mais cette fois en chinois. Cette étreinte ne dure qu'un bref instant. Sans rien ajouter, le jeune voyou disparaît en un éclair par la porte de la chambre restée entrouverte. Pendant un moment, Kiichi demeure immobile à fixer cete ouverture, se disant que ce serait si bien de partir avec Tien-Li. Mais c'est impossible, car son coeur appartient à Haruomi; il l'a choisi dès le premier jour où tous deux se sont rencontrés.
S'approchant du lit de son garde du corps toujours inconscient, Kiichi dépose doucement un baiser sur ses lèvres. C'est alors que prononçant son nom, Haruomi ouvre enfin les yeux. Kiichi n'en revient pas: il l'embrasse et son bien-aimé se réveille, on n'est quand même pas dans un conte de fées ! remarque-t-il ironiquement. Se prenant la tête dans ses mains, sans doute à bout de nerfs malgré son calme apparent après tout ce qui s'est passé durant ces quelques jours, le jeune homme tente de cacher à son ami son visage douloureux. Il n'y a pas de raison de faire une tête pareille, tente-il de se convaincre lui-même tandis que Haruomi, inquiet, écarte son bras afin de caresser son visage, puisque les jumeaux sont tous les deux sains et saufs.... Pourtant, Kiichi a les yeux emplis de larmes, et explique les raisons de son trouble par le fait que son ami ne se réveillait pas. Sur ces mots, il échange un tendre baiser avec Haruomi, comme tous deux l'ont souvent fait depuis qu'ils vivent ensemble; mais cette fois, Kiichi refuse de s'arrêter là. "Faisons l'amour, Haruomi, supplie-t-il d'un air profondément triste. Ici, maintenant.... Même si tes blessures doivent se réouvrir, que ton sang coule, quoi qu'il advienne.... Car si ce n'est pas maintenant, après il sera trop tard...." Et dans son for intérieur, Kiichi ajoute pour lui-même: "De façon à ce que mon coeur ne soit pas attiré ailleurs...."
Bien que dérouté, le regard que lui lance le jeune homme est si triste que Haruomi n'a pas le courage de le repousser. Alors, se déshabillant, Kiichi le rejoint sur le lit d'hôpital, prend soin d'effectuer lui-même toutes les caresses préliminaires avant de s'accroupir sur le corps de Haruomi. Ce dernier le regarde faire sans mot dire. Est-ce vraiment la douleur de cette première étreinte qui fait verser tant de larmes à Kiichi ? Son ami s'inquiétant, le jeune homme lui assure qu'il pleure seulement parce qu'il l'aime. Mais nul doute qu'en dépit de ses sentiments pour Haruomi, Tien-Li a laissé une profonde empreinte dans son coeur, un sentiment qui n'est ni de l'amour, ni de la passion, et pourtant si intense et profond, si doux....
- Nakushita mono. Nokotta mono. Kono té ni aru mono. ("Ce que j'ai perdu. Ce qui m'est resté. Ce que je possède."), p.209 : Le temps a passé. Ses blessures guéries, Haruomi est rentré de l'hôpital pour reprendre son existence quotidienne à la résidence Aoé, comme si rien n'avait changé. Il lui faut continuer à vivre, même sans Tien-Li à ses côtés. A la nuit tombée, tandis que le jeune homme revient de la salle de bain où il s'est un peu attardé, perdu dans de tristes réflexions, il a la surprise de trouver Kiichi installé dans sa chambre, nonchalamment étendu sur son futon dans une tenue des plus négligée. Haruomi lui demandant ce qu'il fait là, Kiichi répond joyeusement "Une beuverie !" Et le jeune homme a tout prévu pour celà, depuis la gigantesque bouteille de saké jusqu'au calamar grillé destiné à servir d'amuse-gueule ! Les vieux serviteurs de la résidence se sont absentés pour le travail, Reiji est chez l'une de ses petites copines, quant à Shûhei, il passe la nuit à l'école pour préparer on ne sait quel événement. Haruomi et Kiichi se retrouvent donc seuls ce soir à la maison, il ne leur reste plus qu'à picoler pour tuer l'ennui !
"Néanmoins tu bois trop," proteste le garde du corps en ôtant la bouteille des mains de son ami. Mécontent, sur un ton de reproche Kiichi explique son envie de s'enivrer par l'insatisfaction de son désir sexuel: depuis qu'Haruomi et lui ont fait une seule fois l'amour à l'hôpital, il ne s'est plus rien passé entre eux; du coup il lui faut bien trouver autre chose pour compenser ! Mais cessant bientôt de plaisanter, le jeune homme finit par demander d'un air triste: "Est-ce que mon corps ne t'a pas plu ?" Haruomi répond aussitôt qu'il n'en est rien, seulement, n'ayant pas compris les véritables raisons de ses larmes et les attribuant à la douleur, il ne veut pas faire pleurer son ami comme la dernière fois. Cependant, avec un doux sourire, Kiichi lui assure qu'il ne pleurera plus désormais. Alors qu'Haruomi se tranquillise, et se lance à l'attaque sans aucune modération.
La pleine lune resplendit au-dessus de la forêt de bambou entourant la résidence tandis que Haruomi et Kiichi font l'amour, pour la seconde fois. Et bien que s'appliquant tout d'abord à des gestes tendres et patients, comme le lui a enjoint son ami le robuste garde du corps ne tarde pas à se laisser aller. Si bien que quelques heures plus tard, étendu sur le futon d'Haruomi, Kiichi se retrouve incapable de faire un mouvement. "Je suis fatigué.... J'ai soif, je veux prendre un bain, et je ne veux pas bouger !" lance-t-il sur un ton impératif à Haruomi, qui bien sûr n'irait rien refuser à sa capricieuse princesse . Alors qu'il porte dans ses bras Kiichi jusqu'à la salle de bain, ce dernier ne manque pas de s'étonner de ce changement dans l'attitude de son ami: autrefois, Haruomi le portait à califourchon sur son dos sans aucune once de romantisme; mais à présent le garde du corps paraît avoir beaucoup mûri.
Haruomi ne dit rien, mais contemplant un instant pensivement le beau visage de Kiichi, il finit par demander au jeune homme: "Penses-tu que ce soit bien que je sois ainsi heureux ?" "Moi seul, en ayant laissé Tien-Li ?" ajoute-il en son for intérieur. "Bien sûr, lui répond Kiichi sans hésitation. Tous les êtres humains ont le droit au bonheur. Et toi, tu as tellement lutté." Et devinant sans peine les pensées qui torturent encore son ami, le jeune homme ajoute en souriant: "Il va sûrement te pardonner." A ces mots, Haruomi dévisage son ami d'un air empli de stupeur. Ce qu'il a perdu, son frère jumeau. Ce qui lui est resté, les cicatrices dans son dos de son sacrifice pour Tien-Li. Et ce qu'il possède à présent, son bien-aimé Kiichi. Tombant à genoux sur le sol de la galerie, donnant libre cours à des larmes longtemps refoulées, Haruomi serre le jeune homme très fort contre lui. Le bonheur, il le tient déjà entre ses bras....
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- Himitsu no Hanazono ("Jardin Secret"), p.3: Le premier chapitre de ce volume 10 est encore un retour en arrière, mais cette fois ayant Jin pour personnage central. Cette histoire raconte sa rencontre avec le mystérieux prince aux yeux violets évoquée dans le volume 7, un jeune homme dont on dit qu'il aurait été le seul amour de l'hôte, ce qui a causé bien de la jalousie et de l'inquiétude à Katsuki avant qu'il ne devienne son petit ami.
Des années avant l'histoire principale, lorsque Jinnaï Kuniaki était encore jeune et Shôgo Aoé patron du B&B Club, Yukihiko Kashima vient un jour confier au charismatique hôte numéro 1 les instructions concernant un client classé dans les Special VIP . Il s'agit d'une demande adressée directement par l'intermédiaire du directeur Aoé, sans même passer par le manager du club, ce qui augure que ce client doit être une personnalité des plus éminentes. Et en effet, Jin ne va pas tarder à apprendre que ce special VIP n'est autre qu'un prince, venu en secret au Japon car il désire être "souillé". Ainsi, Yukihiko recommande à Jin de ne pas hésiter à employer les grands moyens, c'est-à-dire le style sado-mazo. L'hôte se rend donc au luxueux hôtel où s'est retranché Sharif Fas Muhammad, 19 ans, le sixième fils du roi d'un petit pays arabe. Là, Jin est introduit auprès d'un jeune homme délicat d'une grande beauté, aux traits androgynes et aux longs cheveux noirs, qui le contemple de ses étranges et magnifiques prunelles violettes. Un prince qui le supplie timidement les joues écarlates de le souiller sur-le-champ !
Voilà des paroles qui contrastent grandement avec la silhouette éthérée et l'air effrayé du jeune homme. Jin ne manque pas de le remarquer, demandant à Sharif si dès à présent et dans l'état où il se trouve, ce dernier est vraiment disposé à aller jusqu'au bout. Mais le prince ne disant rien et se contentant de baisser la tête, l'hôte interprète son silence comme une réponse affirmative, prenant soin néanmoins de l'avertir qu'il ne fera pas de quartier. Jin tire alors de la malette que lui a remis Yukihiko l'attirail du parfait sado-mazo pour en harnacher Sharif livide, qui continue à trembler de peur mais se laisse faire sagement. Cependant, lorsque Jin fier de son oeuvre demande au jeune homme comment il se sent, à sa grande surprise ce dernier lui répond "très mal", et finit par répandre le contenu de son estomac sur les genoux de l'hôte !
Un peu plus tard, tandis que Jin revient de sa douche, Sharif s'excuse en pleurant: en fait, il était si tendu qu'avant leur entrevue il a vidé trois bouteilles d'alcool ! Néanmoins l'hôte n'est pas en colère. Jamais il ne se serait douté qu'il aurait lui-même été souillé avant d'avoir "souillé", mais le caractère pur et innocent du jeune homme lui plaît, jamais il n'a eu affaire à un tel client. Ainsi, afin de le consoler, il serre tendrement Sharif dans ses bras. Hélas, quelques secondes ne se sont pas écoulées que la sonnette d'entrée retentit accompagnée de violents coups frappés à la porte. Lorsque Jin va ouvrir, non seulement le nouveau-venu refuse de se nommer, mais d'un air hautain et sur un ton des plus autoritaire, il ordonne à l'hôte de disparaître sur-le-champ. Puis, l'inconnu se précipite vers Sharif en lui demandant ce qui a bien pu lui passer par la tête: profitant de son absence, le prince introduit dans sa chambre un type dont on ne sait rien, au mépris de son rang et de sa position. Alors que le jeune homme va bientôt devenir prêtre, et un prêtre chrétien comme en témoigne la croix qu'il porte autour du cou !
Se rhabillant, Jin tente d'intervenir en lançant à l'inconnu - que Sharif nomme Faï - que s'il continue de piquer de telles crises de colère, le jeune homme va finir par le détester. Mais Faï lui réplique furieux que tout ceci ne le regarde pas, lui réitérant l'ordre de disparaître au plus vite. C'est mal connaître Jinnaï Kuniaki ! De son sourire aussi cynique que charmeur, l'hôte répond qu'au contraire, cette affaire le concerne, puisque le prince est son client ! Et administrant sur ces mots au nouveau-venu un bon coup de poing dans l'estomac, il enveloppe Sharif dans une couverture afin de l'emporter avec lui en un lieu plus tranquille. Jin ne rendra le jeune prince que lorsque leur "rendez-vous" sera terminé, et en dépit de ses protestations, immobilisé par la douleur, Faï ne peut que crier impuissant le nom de Sharif.
Tandis que Jin l'enlève, toujours un peu malade, Sharif finit par perdre conscience. Dans ses rêves, il se revoit enfant. Son père le roi lui avait annoncé que si à l'âge de 20 ans il n'avait pas trouvé une fonction qu'il puisse remplir, il devait se rendre auprès du Cardinal de son pays et devenir un serviteur de Dieu. Alors que le petit garçon se demandait que faire, Faï, son cousin aîné de deux ans, lui avait offert cette croix que Sharif porte toujours autour du cou. Sans doute jugeait-il que la prêtrise convenait parfaitement au caractère paisible et doux de son cadet. Mais en entrant dans les Ordres, le jeune homme serait-il libéré de son attachement pour Faï ? Un jour, Sharif n'a pas pu résister à la tentation de l'embrasser; à partir de cet instant, le comportement de son cousin a radicalement changé à son égard: Faï s'est mis à le traiter froidement, et s'est empressé d'aller demander au roi son oncle la permission de partir étudier à l'étranger afin de s'éloigner de lui. Sharif n'a appris la nouvelle qu'en entendant parler les gens autour de lui, et lorsqu'il s'est rendu auprès de son cousin afin de s'enquérir de la véracité de ces propos, ce dernier ne l'a même pas regardé, se contentant de répondre que celà ne le concernait pas, qu'il allait tâcher d'oublier ce que Sharif avait fait. Pourquoi ? ne cesse de se demander le jeune homme. Pourquoi Faï le repousse-t-il ? Est-ce parce qu'il croit que Dieu ne le leur pardonnerait pas ? A moins que....
Lorsqu'il reprend connaissance éveillé par un doux parfum de fleurs, Sharif se retrouve couché dans un lit en un lieu qui lui est inconnu. Se redressant, il a la surprise de découvrir à l'intérieur même de la chambre un magnifique jardin de roses. A peine le prince a-t-il fait quelques pas dans ce décor idylique que Jin fait son apparition, lui expliquant qu'ils se trouvent au Blue and Boy Club, ce mystérieux jardin secret où tout est permis.... Un moment plus tard, l'hôte et son noble client se retrouvent attablés dans le jardin devant un assortiment de plats typiquement japonais que Sharif dévore avec régal, surtout les taïyaki, ces sortes de friands au poisson. En venant au Japon, il souhaitait en goûter au moins une fois, mais comme Faï disait qu'il ne devait pas manger ce genre de cochonneries....
Rien que de prononcer le nom de son cousin, Sharif fond en larmes. Est-ce que vraiment tout aurait été bien mieux s'il n'avait pas fait une chose pareille, s'il ne l'avait pas embrassé ? Quand il était enfant, aucun membre de sa famille n'a jamais traité le jeune prince avec froideur, ni ses parents le roi et la reine accaparés par leur fonction, ni ses cinq frères beaucoup plus âgés que lui. Néanmoins, personne ne lui portait d'intérêt non plus, excepté son cousin Faï. C'est ce dernier qui le soignait quand Sharif était malade, il était toujours auprès de lui. Et comme l'hôte s'en doutait déjà, le prince finit par lui avouer qu'il est amoureux de Faï, voilà pourquoi il doit être souillé; car si Sharif reste aussi "propre" qu'il l'est à présent, il n'a aucune chance que son cousin, qui n'oserait jamais le souiller lui-même, accepte ses sentiments. Le jeune homme en larmes paraît si malheureux que Jin, pourtant d'ordinaire plutôt insensible, le serre encore une fois dans ses bras, touché par son désespoir. Embrassant tendrement ses cheveux, il promet de faire ce que Sharif lui demande, si ne serait-ce qu'un instant, son corps peut guérir ce coeur tourmenté....
Au même moment, dans sa luxueuse chambre d'hôtel, Faï demeure prostré sur le canapé, mort d'inquiétude. Lui qui traitait ce plat de "cochonnerie", il s'était finalement décidé à aller acheter pour son cousin les taïyaki que ce dernier désirait tant goûter. Et c'est justement en profitant de son absence que Sharif a fait venir Jin dans leur suite. Où peut bien se trouver le jeune homme à présent ?
Au B&B Club, Sharif est étendu sur un lit, livré aux mains de Jin. Comme le jeune homme, dont c'est la toute première expérience, est vraiment effrayé, avec une tendresse et une patience qui lui sont peu coutumières, l'hôte fait de son mieux pour le rassurer. Sharif n'a pas à avoir peur, il lui suffit de fermer les yeux et de jouir de ses caresses. Le prince fait ce que Jin lui dit, et tandis que son esprit commence à être emporté au loin, les yeux clos, il se prend à imaginer que c'est Faï qui le tient en cet instant entre ses bras....
Sharif goûte donc une brûlante nuit d'initiation dans les bras de Jin, l'homme d'un pays inconnu qu'il a "acheté" afin de le souiller. Lui qui pensait auparavant que faire l'amour avec une personne du même sexe constituait un terrible péché, non seulement le jeune homme n'en ressent aucune culpabilité, mais il doit en plus avouer avoir éprouvé davantage de plaisir à cette étreinte qu'il ne l'aurait imaginé. Ainsi, Sharif s'excuse auprès de Jin: ce dernier s'est comporté en gentleman en le traitant avec une grande douceur par égard pour son corps inexpérimenté, et le jeune homme lui en est reconnaissant, en même temps qu'il éprouve du regret pour les propos qu'il a tenus devant l'hôte: le prince réalise à présent combien prétendre que se faire étreindre par Jin le souillerait était impoli, et juste avant de perdre conscience, il lui demande sincèrement pardon. Le serrant contre lui, surpris par ces paroles auxquelles il ne s'attendait pas, Jin se sent de plus en plus attiré par la personnalité droite et honnête de son jeune client; au point qu'il commence à éprouver l'envie de ne plus jamais le laisser repartir.
Le lendemain matin pourtant, l'hôte raccompagne Son Altesse à sa suite où l'attend un Faï furieux qui arbore un visage des plus effrayant. Il a passé la nuit assis sur le canapé à attendre le retour de son cousin, épluchant une montagne de pommes pour passer le temps, et rien que de voir sa mine sombre, Sharif en reste pétrifié sur place. Lorsque son cousin lui demande s'il a couché avec cet homme et que le prince lui répond affirmativement, de rage, Faï enfonce brutalement dans la table basse le couteau qu'il tenait à la main. Cependant, Sharif reste calme et demande tristement: "Est-ce vraiment si mal que ça de coucher avec quelqu'un ?" "Bien sûr !" lui répond son cousin hors de lui, et en particulier pour une personne qui s'apprète à entrer en religion ! Néanmoins Sharif rétorque aussitôt qu'il ne va pas aller au monastère, il n'en a pas envie. A ces mots Faï n'y comprend plus rien: le prince priant chaque jour avec tant de ferveur, il était persuadé que ce dernier n'avait pour ambition que de devenir prêtre. Mais il s'agit en fait d'un malentendu: certes, Sharif est animé d'une foi profonde, mais s'il éprouvait tant de joie d'avoir reçu cette croix, ce n'est pas tant pour ce que représente l'objet lui-même que de l'avoir reçu des mains de Faï !
Troublé, le prince se remémore le jour où son cousin lui a fait ce cadeau. La veille de son anniversaire - il allait avoir 7 ans - était née sa petite soeur tant attendue. Le roi, qui n'avait que des fils et désirait plus que tout avoir enfin une fille, avait éprouvé une joie immense à la naissance de sa première princesse. Au point que lorsque Sharif avait été voir sa petite soeur, il avait découvert accroché au berceau du bébé la croix richement ornée que son père était censé lui offrir en cadeau. Tout à son bonheur, le roi se fichait à présent complètement de l'anniversaire de son sixième fils, et de tristesse, Sharif était parti en courant se réfugier dans le jardin du chateau, où il avait fait une chute. Et comme toujours, c'est Faï qui était venu à sa rencontre. Ce dernier venait de rendre visite avec sa mère au nouveau-né, et lui aussi n'avait pas manqué de remarquer que c'était finalement le bébé qui avait reçu le présent destiné à son cousin. En voyant le petit garçon aussi triste et aussi blessé, afin de le consoler, Faï lui avait alors offert sa propre croix, un objet pourtant très précieux pour lui, en disant: "Moi en tout cas, c'est toi que je préfère." Et ce bijou, modeste en comparaison de celui incrusté de pierreries fait confectionner par le roi, reçu des mains de son cousin adoré avait suffit à combler Sharif de bonheur. Mais ce n'est que bien plus tard qu'il devait apprendre que cette croix était pour Faï tout ce qui lui restait de son père.
Son cousin lui a fait don de ce qu'il possédait de plus précieux, voilà pourquoi Sharif aime tant cet objet, néanmoins ce n'est pas pour autant qu'il désire entrer en religion. Cependant, Faï continue de faire la sourde oreille, proférant qu'il n'est pas trop tard, si Sharif se repent dès à présent, Dieu pourra encore lui pardonner son erreur. Mais loin de le convaincre, ces paroles insensibles ne font que provoquer les larmes du jeune homme. Le prince aime Faï, rien de plus, rien de moins. Pour lui il ne s'agit ni d'une erreur, ni d'un péché, et peut importe si Dieu ne peut le lui pardonner. Ainsi, Sharif demande à son cousin pourquoi est-ce que ce dernier s'acharne à ce point à ignorer ses sentiments, alors qu'en ce qui le concerne, bien que différent, son amour est aussi noble et aussi sacré que celui qu'il éprouve pour Dieu. Sharif voudrait tant que Faï cesse de détourner les yeux de sa personne, qu'il le regarde bien en face sans jouer les ignorants lorsqu'il lui avoue et lui répète encore et encore combien il l'aime....
Un moment plus tard, tandis que Son Altesse est aux toilettes, Faï se retrouve seul avec Jin. L'hôte ne manque pas de lancer à son compère si têtu que par égard pour une telle assiduité, il pourrait répondre ne serait-ce qu'une fois à l'amour de son jeune cousin. Ah.... Le malheureux prince.... Qu'est-ce qui peut bien l'attirer chez un type aussi rigide et coincé ? Mais irrité, Faï ordonne à Jin de se taire. Qu'est-ce qu'un hôte peut comprendre à leur situation ? Sharif et lui ne sont plus des enfants; s'il se passait quelque chose entre eux et que celà venait à se savoir, ajoute-il douloureusement, il serait impossible de réduire l'affaire à une simple erreur. Dans leur pays, surtout pour des membres de la famille royale, c'est ainsi que les choses se passent. "Et pourtant, c'est vous que le prince a choisi," surenchérit Jin. "Plus que la joie de servir Dieu, allant jusqu'à se faire souiller par un homme inconnu d'un lointain pays étranger, il a choisi de rester auprès de celui qu'il aime." Il s'agit sans aucun doute d'un mensonge, mais l'hôte ajoute afin de rassurer Faï que les sentiments de Sharif à son égard s'avèrent si fermes que même dans ses bras, le jeune homme n'a pas pu aller jusqu'au bout. Faï répond qu'il l'a compris tout de suite, rien qu'en voyant le visage de son cousin. Lui qui a toujours été auprès de Sharif, qui a toujours tant pris soin de lui....
Puisque le jeune Arabe paraît disposé à écouter, Jin lui explique encore qu'en amour, il n'y a ni supériorité ni infériorité. Qu'y a-t-il de mal à s'aimer entre hommes ? Nul doute que Dieu dans Sa grande bonté n'hésite pas à fermer les yeux de temps en temps. Alors peu importe les notions de morale ou de péché: si deux êtres s'aiment sincèrement, qu'ils s'enlacent sans se préoccuper de rien. L'hôte est persuadé qu'il s'agit du moyen le plus simple et le meilleur pour parvenir au bonheur. Pensif, Faï écoute ces arguments sans mot dire, mais nul doute que les paroles de Jin commencent à faire leur chemin dans son esprit et à ébranler ses résolutions.
Plus tard, en fin d'après-midi, l'hôte et son client sont de retour à l'immeuble du B&B Club, dans cette pièce magnifique ressemblant à s'y méprendre à un jardin. Là, Sharif se livre à un étrange pique-nique: tout en s'empiffrant des taïyaki qu'il adore, il se met en devoir de noyer ses désillusions dans l'alcool. Et en le voyant enfiler verre sur verre, Jin n'a qu'une inquiétude: pourvu que cette fois Son Altesse ne lui vomisse pas dessus ! Mais loin de le consoler, l'ivresse ne fait qu'immerger davantage le jeune homme dans son désespoir. Il se voit vraiment comme un idiot: imposer ses sentiments à Faï, le plonger dans l'embarras par ses pleurs, pour finalement être encore repoussé ! A peine a-t-il prononcé ces mots que Sharif recommence à verser des larmes amères, que Jin essuie tendrement de ses doigts. "Dans une telle situation, il ne faut surtout pas pleurer", lui recommande l'hôte. "Sinon, vous vous faites attraper par le méchant bonhomme." Et sur ces paroles, Jin administre au prince un long et profond baiser, si langoureux et en maintenant si fort le jeune homme contre lui que ce dernier n'a bientôt plus d'autre choix que de se laisser aller. Néanmoins, bien qu'il puisse sans doute à ce moment, fort de sa domination écrasante, faire de Sharif ce que bon lui semble, l'hôte n'en profite pas: tout ce qu'il désirait, c'était faire avaler au prince certains comprimés qui ne tardent pas à le plonger dans un profond sommeil. Et tandis que Sharif, qui commence déjà à sombrer dans l'inconscience, a à peine le temps de demander à Jin ce qu'il lui a fait avaler, ce dernier répond en le baisant au front: "Je viens à l'instant de te jeter un sort."
"Allons, ferme les yeux. Tu feras certainement un merveilleux rêve...." entend prononcer Sharif dans les limbes de la nuit. "....Un rêve? Même si ce n'est que le temps d'un rêve, je n'ai qu'un seul désir.... FaÏ...."
Tandis que le jeune homme ouvre lentement des yeux mouillés de larmes, à peine éclairée par la lueur diffuse d'une lampe de chevet, il découvre penchée au-dessus de lui la figure sévère de son cousin. Vraiment, quel sortilège: Sharif ferme les yeux, et quand il les rouvre, Faï se trouve là, auprès de lui ! Tendant la main, le prince s'accroche désespérément à l'objet de son désir, répétant à son cousin combien il l'aime, et lui demandant pardon. Il sait parfaitement que ses sentiments plongent Faï dans l'embarras, mais il n'y peut absolument rien. Au bord de la crise de nerfs, Sharif qui ne parvient plus à se contenir prend le visage de son bien-aimé entre ses mains, et le conjurant encore une fois de lui pardonner, il tente de l'embrasser. Mais son cousin l'arrête net, traitant le prince d'idiot: réduire ainsi à néant tous ses efforts ! Et sur ces mots, avant que Sharif n'ait le temps de s'interroger sur leur sens, c'est Faï lui-même qui s'empare passionnément de ses lèvres, se jetant pratiquement avec lui sur le lit. Lui non plus ne se sent plus capable de contenir un désir si longtemps refoulé; ainsi, après de longues embrassades, avant d'aller plus loin il avertit le jeune homme qu'il lui est impossible de l'étreindre avec douceur. Mais trop heureux que son cousin accepte enfin de répondre à son amour, Sharif lui assure que ça lui est complètement égal: peu importe qu'il lui fasse mal ou qu'il le traite horriblement, et tant pis si cette nuit doit être leur première et leur dernière nuit passée ensemble.... Du moment que durant ces quelques heures, Faï l'emplisse et le comble de son corps et de son être.... Et tandis que les deux jeunes gens s'abandonnent enfin à une brûlante et maladroite étreinte, les bras passés autour du cou de Faï, Sharif lui promet que si jamais Dieu se mettait en colère à cause de ce qu'ils sont en train de faire, il est décidé à en subir le châtiment pour eux deux, à tout assumer seul. Cette déclaration pleine d'amour et de ferveur exacerbe le désir de Faï, qui en redouble encore d'ardeur....
Au petit matin, les deux amants encore couchés sont réveillés par l'arrivée inopinée de Jin. A les voir ainsi enlacés dans le même lit, ce dernier n'a aucun mal à comprendre ce qui s'est passé, et se montre absolument ravi que ces deux turbulents cousins aient enfin pu se réconcilier. En fait, c'est l'hôte lui-même qui est venu la veille remettre à Faï la clé du "Jardin Secret" qui lui permettrait de pénétrer dans la chambre où repose Sharif au B&B Club, accompagnant ce présent de ces mots: "Cette nuit, si le coeur vous en dit, vous n'avez qu'à vous en servir." Quelle douce et attirante proposition prononcée par la bouche de ce démon tentateur !... Mais finalement, Faï doit être reconnaissant envers Jin pour la façon dont il les a aidés Sharif et lui; ainsi, il va s'efforcer d'oublier que l'hôte l'a frappé tantôt. Tandis qu'il le lui dit, Jin amusé l'en remercie, satisfait, mais plus encore de constater en découvrant le visage radieux de Sharif que son "sortilège" a bien fonctionné.
Et ce jour-là, ne lui laissant que ce visage souriant empli de bonheur, le prince finit par repartir pour son pays, accompagné de son précieux bien-aimé. Il est probable que c'est loin d'être un avenir uniquement radieux et sans nuages qui les attend. Néanmoins, connaissant la personnalité de Sharif et son caractère persévérant, Jin ne s'inquiète pas trop: car il est persuadé que ce dernier parviendra à la longue à faire changer son trop rigide cousin, grâce à la force de cet amour qui ne craint même pas Dieu. Tandis que l'hôte se fait ces réflexions, debout dans le jardin de la résidence Aoé où il est venu faire son rapport et depuis lequel il peut apercevoir dans le ciel l'avion qui emporte au loin son jeune client, Yukihiko Kashima vient soudain l'aborder. En le voyant, Jin comprend aussitôt que son patron doit encore être occupé par l'une de ces fameuses conférences qui l'accaparent si souvent, de même que quelques jours plus tôt, lorsque le secrétaire s'était chargé à la place de Shôgo de lui confier cette mission. Lui qui était spécialement venu en rendre compte au directeur du club ! Mais bah, avec Shôgo, il n'y a rien à faire.... Et puis, se dit l'hôte en contemplant les lieux tout en avançant à la suite de Yukihiko, cet endroit également est un jardin secret. Aujourd'hui encore, il y flotte un parfum d'immoralité....
- Kimi to Itsumadémo ("Avec toi pour toujours"), p.73: Izumi Sakashita, qui vient de réussir ses examens de fin d'année au lycée, entrera dès le printemps prochain dans une I.U.T. Jugeant que le garçon est désormais suffisamment grand pour se débrouiller seul, sa mère a donc décidé de lui laisser la maison et de partir enfin rejoindre son époux, contraint de vivre seul à Kyôto à cause de son travail. Ravie de partir retrouver son bien-aimé, un seul regret assaille Mme Sakashita: celui de ne plus pouvoir rencontrer le beau Takamiya, dont elle est une fan ! Néanmoins, le jeune traducteur est devenu une source de soucis pour Izumi, car ces derniers temps, il a remarqué que Takamiya se comporte de manière plutôt étrange: si le jeune homme avait été dans son état normal, à peine aurait-il appris qu'Izumi allait désormais vivre seul qu'il se serait précipité la bouche en coeur afin de l'inviter à venir habiter chez lui. Le garçon était sûr presque à 100% que Takamiya lui ferait cette proposition, mais contre toute attente, ce dernier ne lui a rien dit, ce qui s'avère plutôt bizarre. De plus, quand Izumi se rend à son appartement, depuis quelque temps le traducteur n'est jamais là. Mais il y a pire encore: lorsque l'étudiant et son amant se retrouvent dans le même lit, ce dernier n'essaye même plus de le toucher, et connaissant les ardeurs de Takamiya, voilà qui est vraimant - mais vraiment ! - très étrange !!! Bien que le jeune homme continue de répéter à Izumi de tendres paroles d'amour, il ne l'a pas étreint depuis la veille de la cérémonie de fin d'études, qui a eu lieu déjà deux semaines auparavant....
"Mais pas de malentendu ! s'écrie le garçon en pénétrant dans l'appartement de son ami grâce à son double de clé, rougissant de ses propres pensées honteuses. Ce n'est pas que j'aie envie de faire l'amour avec lui ! Et non, je ne suis pas en manque !!" A peine a-t-il proféré ces paroles que retentit dans son dos la voix de Takamiya, demandant à qui le garçon est en train de s'adresser (visiblement au lecteur). Mais Izumi s'étonnant qu'il ne lui ait pas ouvert alors qu'en fait il se trouvait chez lui, le traducteur avoue ne pas avoir entendu la sonnette de l'entrée: se sentant un peu fatigué, il a fini par s'endormir à sa table de travail. Tout en observant son ami du coin de l'oeil, Izumi s'empresse d'aller préparer quelque chose à boire. Une fois seul dans la cuisine, il a plus que jamais la conviction que quelque chose ne va pas avec Takamiya: il a maigri, son visage est même émacié. Ne souffrirait-il pas d'une maladie grave ? Le cancer ou le sida !? Cette idée lui apparaît si effrayante qu'Izumi refuse même d'y songer ! Mais lorsque l'étudiant revient dans le salon en apportant le thé qu'il a préparé, il découvre son ami tristement assis sur le canapé; le regard perdu dans le lointain, il paraît si mélancolique....
De plus en plus inquiet, la nuit venue, Izumi décide de profiter du sommeil de Takamiya pour appeler en cachette Reiji Aoé. Le businessman n'est-il pas le meilleur ami du traducteur ? Lui seul est peut-être en mesure de l'éclairer et lui donner des conseils. Mais Izumi a beau expliquer à Reiji toute la situation, ce dernier se contente de lancer qu'en cette période de l'année, Takamiya se comporte toujours de façon bizarre, enjoignant l'étudiant à ne pas s'en préoccuper. Et sur ce, sans rien ajouter davantage, l'inamical Aoé coupe la communication. Izumi n'arrive pas à y croire ! Mais qu'elle idiot d'avoir songé à demander conseil à un type pareil ! peste-il contre lui-même. Cependant, à son appartement, couché dans son lit tandis que repose entre ses bras le corps inanimé de Naoya, Reiji lui aussi arbore un visage étonnamment triste. "Tâche de trouver le bonheur," lui avait dit un jour Takamiya. Mais Reiji pourrait à son tour adresser les mêmes paroles à son ami.
Au petit matin, encore endormi, le jeune traducteur entend une voix résonner dans sa tête: "Katsura, réveille-toi ! C'est le matin, j'ai faim !" Entrouvrant les yeux, Takamiya découvre penché au-dessus de lui un jeune homme aux longs cheveux rattachés en queue-de-cheval, qui lui adresse un sourire aussi lumineux que les rayons du soleil matinal dans son dos. Shiki.... Mais hélas, l'illusion s'estompe vite, pour laisser place au visage mécontent de Izumi. L'aspect de ce dernier est si effrayant avec le drap qui lui couvre la tête tel un revenant et ses traits las après la nuit blanche qu'il a passée que sursautant, Takamiya manque en avoir une attaque ! Pendant toute la nuit, Izumi n'a fait que se triturer la cervelle, en vain; alors, décidé à tirer enfin toute cette histoire au clair, prenant son ami par les épaules, il lui demande de but en blanc s'il y a quelque chose qui lui cause du tourment.
D'abord surpris, Takamiya est néanmoins ravi que le garçon se fasse ainsi du souci pour lui, bien qu'Izumi gêné affirme le contraire. Alors, le traducteur lui avoue que c'est pour lui qu'il a entreprit de faire des efforts. Tout d'abord, en apprenant à se contrôler et à supporter l'abstinance: la dernière fois que tous deux ont fait l'amour, on ne sait à quels jeux Takamiya aime se livrer, mais il a fallu à Izumi trois jours pour se remettre ! Et si le traducteur a maigri, c'est parce que ces derniers temps il se rend régulièrement au gymnase, ce qui explique ainsi ses absences répétées: Izumi s'étant plaint qu'il était lourd, le jeune homme a jugé qu'il était temps pour lui de perdre quelques kilos. Ecarlate, l'étudiant n'en croit pas ses oreilles ! Le fait que son ami ne le touchait plus, sa maigreur, tout était en fin de compte de sa faute ! S'il le pouvait, de honte Izumi se cacherait dans un trou !
Cependant, sans mot dire, Takamiya passe les bras autour du cou de son jeune amant. Ce serait tellement bien si tous deux pouvaient rester éternellement ainsi enlacés.... "Qu'est-ce que tu racontes !?" s'exclame Izumi scandalisé de cette phrase prononcée au conditionnel. "Bien sûr que nous allons rester toujours ainsi !" ajoute-il catégorique. C'est de la faute du traducteur si le garçon est devenu homosexuel, donc ce dernier a le devoir d'assumer ses responsabilités et de prendre soin de lui toute sa vie durant ! Et quoi qu'il arrive, de le rendre heureux ! Takamiya n'a pas à s'inquiéter: même lorsqu'il sera devenu très vieux, Izumi promet de s'occuper de lui jusqu'à son dernier souffle.
"Toute la vie...." Entendant cette expression à laquelle il n'attribuait plus de sens depuis le décès du mystérieux Shiki, Takamiya ne peut dissimuler sa surprise et son trouble. Il est si heureux d'entendre ces paroles dans la bouche de son bien-aimé que le jeune homme sent les larmes lui monter aux yeux. Et transporté de joie, se jetant sur Izumi et l'étendant sur le canapé en lui bouchant la vue d'une main afin que le garçon ne remarque pas ses prunelles humides, Takamiya l'embrasse passionnément, longuement.... L'étudiant finissant par demander pourquoi son ami lui cache ainsi la vue, le traducteur répond qu'il est à présent si heureux qu'il arbore un visage qu'il ne peut montrer à Izumi. Ainsi, il lui demande de garder les yeux clos un moment. Mais tandis que Takamiya lui administre un autre langoureux baiser, le garçon finit par entrouvrir les paupières, et rougissant, prononce qu'en effet le jeune homme affiche en cet instant un visage bien sensuel. "C'est parce que celà fait deux semaines que je me retiens !" répond le traducteur tout guilleret.
Et sur ces mots, se jetant littéralement sur Izumi, Takamiya commence immédiatement les hostilités. En manque lui aussi, l'étudiant réagit à ses caresses encore plus ardemment que d'habitude, mais une fois achevés les préliminaires, c'est avec la violence d'un loup affamé que son amant s'empare de son corps. Complètement dominé, Izumi proteste sans force: le traducteur lui avait pourtant promis que désormais il s'efforcerait de se contrôler ! Mais en cet instant, le jeune homme n'est déjà plus en état d'entendre raison....
Après cette étreinte brûlante, les deux amants demeurent étendus sur le canapé. Caressant les cheveux de son bien-aimé à bout de force, Takamiya lui répète tendrement combien il l'aime, se rappelant les paroles réconfortantes prononcées par ce dernier: Izumi lui a promis de prendre soin de lui, jusqu'à son dernier souffle. Pour le jeune homme, ce sont des mots qui relèvent du miracle, qu'il pensait ne jamais entendre de toute sa vie. Tandis que le traducteur se fait ces réflexions, il reçoit soudain un appel de Reiji, qui lui raconte comment Izumi lui a téléphoné en pleine nuit, mort d'inquiétude; mais à la manière réjouie dont lui répond Takamiya, le businessman en déduit que ça n'a pas l'air d'être trop grave. Ce à quoi, aux anges, le traducteur lui rétorque que c'est le contraire: loin d'aller mal, il se sent trop heureux à présent !
Néanmoins en son for intérieur, Takamiya est bien obligé de reconnaître que Izumi et Reiji avaient raison: en fait, il se sentait nerveux. Car en apprenant que son petit ami allait désormais habiter seul, tout en éprouvant de la joie à l'idée qu'il allait peut-être pouvoir vivre à nouveau avec une personne qui lui est chère, en même temps, l'angoisse lui est venue de subir encore une fois ce terrible sentiment de perte. Comme lorsqu'il avait fini par perdre son bien-aimé Shiki.... Mais tout va bien à présent, grâce à l'assurance d'Izumi, et afin de rassurer Reiji, Takamiya lui annonce que la prochaine fois qu'il se rendra en Angleterre, il pense emmener le garçon avec lui. C'est en ce pays qu'autrefois, encore adolescent, le traducteur a fait ses études en compagnie de Reiji et Shiki. Avec Izumi, il voudrait se rendre sur cette terre emplie de souvenirs; puis, son souhait est que tous deux vivent heureux ensemble à tout jamais....

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