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© Sôta Narazaki

 

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- Index des Titres et des Auteurs -

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Sôta Narazaki

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--------------------------------------------- * Sono Mé dé Kataré

 

 

© Sôta Narazaki

Sono Mé dé Kataré

("Dis-le moi avec les Yeux")

 

Auteur: Sôta Narazaki

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Le volume, premier manga de l'auteur aux Editions Biblos/Libre, contient deux longues histoires indépendantes l'une de l'autre.

Sono Mé dé Kataré ("Dis-le moi avec les Yeux"), page 3: Sanjô, étudiant en économie et gestion à l'université, a remarqué que depuis quelque temps son regard croisait souvent celui d'un garçon de la même section que lui. Intrigué par cet étrange jeune homme brun qui ne sourit jamais mais tourne régulièrement vers lui son intense regard scrutateur, regard amplifié encore par ses lunettes aux longs verres rectangulaires et aux épaisses mointures noires, Sanjô a mené son enquête et découvert que l'inconnu s'appelle Katsuyuki Morino. Bien qu'étudiant la même matière, les deux élèves n'appartiennent pas au même cursus et n'ont donc jamais eu l'occasion de se retrouver ensemble ni de s'adresser la parole; pourtant, depuis qu'il s'est renseigné sur l'identité de Morino, Sanjô a la curieuse impression que tous deux se croisent de plus en plus souvent. Le jeune homme a cependant d'autres soucis en tête pour se préoccuper outre mesure de cet étrange garçon. En effet, depuis qu'il a remarqué les sentiments amoureux qu'il éprouve pour son meilleur ami Tsuchida, rien ne va plus pour lui: grand, brun, toujours affublé d'un sourire amical, Tsuchida possède une de ces personnalités lumineuses qui rend populaire auprès des autres élèves et fait qu'on ne puisse s'empêcher de l'aimer. Mais si Sanjô se montre très touché de la gentillesse et la prévenance dont son ami fait toujours preuve à son égard, il sait que ce n'est que de l'amitié et n'ose imaginer comment Tsuchida réagirait s'il venait à lui avouer son amour.

Par peur d'être rejeté et méprisé, Sanjô s'est donc résolu à garder secret ses sentiments. Mais un jour qu'il se retrouve seul dans une pièce de la fac où Tsuchida a laissé ses vêtements avant d'aller à son club de sport, il ne peut résister à la tentation de serrer contre lui le sweet de son ami, encore imprégné de sa chaleur et de son odeur. Bien que conscient de se conduire comme un idiot, le vêtement pressé contre son visage, Sanjô va jusqu'à ouvrir sa bringuette et commence à se masturber. Hélas, l'étudiant a malencontreusement oublié qu'il se trouve dans un lieu public, c'est ainsi que la porte de la salle s'ouvre soudain pour livrer passage à Katsuyuki Morino ! La stupeur de ce dernier en découvrant la scène est presque aussi grande que l'embarras de Sanjô, bien que le nouveau-venu s'efforce de n'en rien laisser paraître. Mais quelle n'est pas leur surprise à tous deux en réalisant qu'ils connaissent chacun leurs noms respectifs, bien que ne s'étant jamais parlés auparavant ! Cependant Sanjô n'a pas le temps de demander à Morino comment cela se fait qu'il sache son nom que le brun taciturne aux airs d'intellectuel tend soudain la main vers le pantalon qu'il n'a toujours pas pris la peine de relacer. De la main puis de la bouche, malgré les protestations de son camarade, il entreprend de porter à son terme l'acte que Sanjô avait laissé en suspens. Après avoir joui, honteux et confus, l'étudiant pris en faute demeure assis sur le sol, la tête enfouie dans ses bras croisés. C'est alors que Morino lui fait cette déclaration: "....Sanjô, je ne dirais à personne ce que tu faisais ici tout seul. Mais la prochaine fois, ce sera à ton tour d'agir comme je l'ai fait. Ce ne serait pas juste que toi seul éprouve du plaisir, pas vrai ? Demain, je prendrais contact avec toi."

Un chantage, voilà ce que c'est ! Mais jugeant qu'il n'a pas le choix, Sanjô accepte finalement de se plier à la volonté de Morino. Le lendemain, alors que tous deux se croisent dans le couloir à midi, il le suit sans protester, plantant même là Tsuchida qui l'avait pourtant invité à déjeuner, à la totale incompréhension de son ami. Sanjô acccompagne Morino dans une salle de cours rarement utilisée où personne ne vient jamais et qu'il utilise souvent pour lire ou faire ses devoirs au calme. Mais alors que Sanjô s'efforce de le faire jouir sans y parvenir tant est flagrant son manque de bonne volonté, Morino lui lance cet avertissement: "....Tsuchida est beau, n'est-ce pas ? Si tu ne veux pas que celui que tu aimes apprenne ton secret, mets-y davantage du tien. Car je te solliciterai encore les jours suivants, jusqu'à ce que je sois totalement satisfait." Sanjô n'en revient pas ! Lui qui pensait qu'après avoir cédé une fois à Morino, tous deux en seraient quitte et l'affaire en resterait là. Mais à quoi pense donc ce binoclard, sous son visage désagréablement inexpressif !? Décidément Sanjô le comprend de moins en moins, surtout après que Morino lui vole un baiser au moment de se séparer, sous prétexte de sentir le goût de sa bouche.

La première explication qui vient à l'esprit de Sanjô quant aux agissements de Katsuyuki Morino à son égard est que ce dernier a recours au chantage parce que personne ne veut sortir avec lui. Bien que séduisant dans son genre, peut-être a-t-il mauvais caractère ? Mais plus il l'observe à la dérobée dans divers endroits du campus, plus Sanjô doit admettre qu'il est dans l'erreur: toujours entouré de jeunes gens de son âge et de jolies étudiantes qui cherchent à attirer son attention, Morino paraît loin d'être détesté. Les jours passant, Sanjô remarque en outre que tout en demeurant assez froid et distant en apparence, Morino se montre de plus en plus prévenant avec lui: il l'aide à effectuer diverses tâches, lui paye son déjeuner, et semble de plus parfaitement au courant de ses goûts culinaires pour l'avoir soigneusement observé. Quand on se livre au chantage, pourtant, on ne s'embarrasse guère d'ordinaire du bien-être de sa victime ?

Un jour que Sanjô se morfond dans le bureau de Mr. Ono pour lequel il officie comme assistant, Tsuchida entre soudain dans la pièce, en quête du professeur. "Comment, c'est toi, Tsuchida ?" soupire Sanjô en reconnaissant son ami. Inutile de dire que son ton où perce la déception n'échappe guère à ce dernier ! "....Tu pensais que c'était Morino ?" demande en retour Tsuchida vexé. Il a vu juste. Si Sanjô est bien le premier à s'étonner de sa propre réaction, il doit s'avouer qu'il a été déçu en ne voyant pas entrer son étrange maître-chanteur. Néanmoins, cela n'explique pas comment Tsuchida a deviné à qui il s'attendait. "....Pourquoi crois-tu que je pensais que c'était Morino...?" demande donc Sanjô à son ami. - "Eh bien, répond l'autre jeune homme embarrassé en détournant la tête, parce que depuis quelque temps, on te voit souvent avec lui...." Morino et Sanjô n'appartenant pas au même cercle d'étudiants et n'ayant pas vraiment eu l'occasion de lier connaissance, Tsuchida ne s'explique guère cette soudaine amitié - et Sanjô lui-même s'avère bien incapable de lui fournir la moindre explication. Mais bien que mécontent de s'être visiblement fait voler sa place de meilleur ami de Sanjô, Tsuchida se résoud à ne pas l'ennuyer davantage avec ses questions et finit par quitter la pièce.

Resté seul, Sanjô se replonge dans le cours de ses pensées momentanément interrompues: il est vrai que vu que Morino et lui sont souvent ensemble, aux yeux des autres, ils doivent passer pour de bons amis. Car qui pourrait soupçonner la vérité ? "....Si je lui disais que ça m'est égal qu'il raconte tout à Tsuchida, réfléchit l'étudiant, Morino mettrait-il fin à notre relation actuelle ?..." A l'instant-même où Sanjô se fait cette réflexion, la porte du bureau s'ouvre une seconde fois, pour livrer cette fois passage à Morino en personne. Passant langoureusement les bras autour du cou de Sanjô, le jeune homme insiste pour qu'il lui dise ce dont il a discuté avec Tsuchida, qu'il vient de voir quitter la pièce. A la fin, excédé par les questions pressantes de son camarade ainsi que par le trouble inexplicable qui l'a involontairement saisi au contact de ses mains, Sanjô lui crie avec force: "Assez.... Tu peux raconter tout ce que tu veux, mais arrête.... d'agir ainsi...!" Morino en reste tétanisé, à fixer l'autre jeune homme d'un air ébahi. Alors regrettant de s'être montré quelque peu brutal, Sanjô essaye de lui dire qu'il souhaiterait simplement avoir une discussion avec lui sans qu'il n'y ait plus question entre eux de chantage, qu'il voudrait repartir avec lui sur de nouvelles bases, seulement l'autre étudiant n'est déjà plus en état d'entendre quoi que ce soit. "....Mon contact t'est encore plus odieux que le fait que Tsuchida apprenne tes agissements ?..." articule-t-il avec peine, avant de laisser éclater sa colère: "Je ne veux pas mettre fin à notre liaison...!" rugit Morino en saisissant violemment Sanjô par les épaules, menaçant, avant de le serrer soudain dans ses bras. "Peu importe la raison invoquée, et même si je dois utiliser la force.... je veux te toucher, Sanjô !" Et sur cette tirade enflammée, Morino s'empare des lèvres d'un Sanjô complètement déboussolé par cette débauche de colère et de passion chez un garçon qu'il croyait peu enclin à exprimer des sentiments si violents, mais aussi par ce qui ressemble bien à une brûlante déclaration d'amour !

Qu'aurait-il répondu s'il en avait eu le temps ? Nul ne le saura jamais, car à cet instant précis, Tsuchida fait irruption dans la pièce. Croyant à tort que Morino était en train d'essayer de violer son ami, il se jette sur lui, fou de rage, et il faudra l'intervention ferme de Sanjô pour l'empêcher de frapper Morino. "Est-ce que ça va ? demande Tsuchida inquiet. Tout à l'heure, après que je sois sorti, j'ai vu Morino qui entrait dans cette pièce.... J'ai bien fait de revenir...!" Quant à Morino, il se contente de tourner le dos aux deux compères, sans rien dire pour sa défense. Avant de partir, sans même le regarder, il s'adresse à Sanjô: "....Sanjô, j'accepte ta proposition de tout à l'heure. Arrêtons d'agir comme nous l'avons fait jusqu'à maintenant. Je ne dirais rien à propos.... de tu sais quoi. Cela suffit." Et sur ces mots, Morino quitte la pièce sous le nez de Sanjô médusé. "Cela suffit" , a-t-il dit ? Est-ce que cela signifie que tout est fini entre eux ? Alors que Sanjô avait décidé d'entâmer enfin une relation sérieuse avec lui.... Désorienté, il entend à peine les propos exagérément inquiets de Tsuchida, qui se préoccupe de sa santé au point de lui proposer de se rendre à l'hôpital. Et pour ajouter encore au trouble de l'étudiant, alors qu'il lui assure que Morino ne lui a réellement rien fait de mal, voilà que son ami le prend soudain dans ses bras: "Tant mieux, je suis soulagé qu'il ne t'ait rien fait. Car je t'aime, Sanjô. Et je suis heureux d'avoir pu te protéger...."

Il y a quelques semaines à peine, à cette déclaration exauçant son amour qu'il croyait jusqu'alors à sens unique, Sanjô aurait hurlé de joie. Seulement depuis, il a fait la connaissance de Katsuyuki Morino, qu'il a appris à apprécier et qui a pris au fil du temps une place de plus en plus grande dans son coeur. Bien sûr, ce dernier a eu recours au chantage pour l'aborder, mais Sanjô ne peut que lui pardonner quand il repense au regard intense avec lequel le contemple Morino, qui l'observe depuis si longtemps au point de le connaître si bien. De son vieil ami Tsuchida qui lui a contre toute attente déclaré sa flamme ou de son étrange maître-chanteur qui a finalement décidé de le libérer et de prendre ses distances, lequel de ses soupirants Sanjô va-t-il choisir ?....

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Kimi ni Koï suru Amaï Toki ("Le doux instant où je tomberai amoureux de toi"), page 89: Parce qu'il appartient à la "génération computers", Masumi Yasuhara, employé dans une société fabriquant des jouets, s'est vu confier la charge par son chef de bureau de mettre à jour la base de données de l'entreprise. Le problème est que malgré sa jeunesse, Masumi s'y connaît encore moins en informatique que son supérieur: pour lui CSS, XHTML et PHP, tout cela c'est du chinois ! Son collègue de bureau, le jovial Kajigawa, s'empresse néanmoins de le rassurer: le jeune homme n'aura pas à assumer seul la tâche qu'on lui a confiée, car l'entreprise permet à ses employés dans le cas de gros travaux dans son système informatique de faire appel aux services d'un expert. Arrivant à cet instant, Yamamoto, un autre employé de leur service, le genre cadre d'élite avec son allure impeccable et ses lunettes, leur donne hélas une mauvaise nouvelle: Akiba et sa clique, les jeunes informaticiens qui ont coutume de venir les assister en cas d'intervention sur le site internet de leur société, viennent d'achever la création d'un jeu vidéo et se trouvent à présent réduits à l'état de "légumes". Résigné à devoir se débrouiller seul, Masumi se demande donc comment il va faire pour mener à bien son travail quand le lendemain, contre toute attente, l'ingénieur dont il avait tant besoin se présente au bureau. Il se nomme Yoshirô Togashi, et quelle allure il a ! Masumi et ses collègues ont déjà eu l'occasion par le passé de se faire aider par des SE (System Engineer), et chaque fois ils ont eu affaire à des jeunes gens du même type que Akiba et ses amis: crades, mal rasés, surmenés et négligés - voir obèses pour passer le plus clair de leur temps derrière un clavier d'ordinateur. Pas étonnant que la venue de ce séduisant playboy provoque aussitôt un vrai tumulte dans le service de Masumi et ses collègues, éveillant la convoitise de ses membres féminins ! Et Masumi a beau ne pas être une femme, lui-même ne peut s'empêcher d'être troublé en présence du nouveau-venu.

Yoshirô Togashi ne tarde cependant pas à mettre le jeune salaryman mal à l'aise. A la moindre occasion, il se colle à lui, s'appuie sur son épaule, lui prend la main... Sous le prétexte de mieux se comprendre afin de travailler ensemble plus efficacement - Togashi s'y connaissant autant en vente de jouets que Masumi en langage informatique et en programmation - l'ingénieur ne cesse de venir visiter l'employé à son bureau, y passant sans faute une fois tous les deux jours. Togashi n'a donc rien d'autre à faire ? se demande Masumi irrité. Sans compter que l'ingénieur a beau venir s'entretenir souvent avec lui pour lui demander conseil, il n'a pas l'impression que leur travail a progressé d'un pouce, si bien que Masumi finit par se demander si Togashi a vraiment l'intention de faire équipe avec un néophyte comme lui, et même par douter des compétences de l'informaticien. Pourtant, une heure avant la présentation du projet que le jeune employé doit effectuer devant ses supérieurs lors d'une réunion de comité d'entreprise, Togashi finit par lui remettre le document tant attendu en ayant même pris la peine de l'imprimer en vingt exemplaires. Surpris autant que soulagé, Masumi se voit forcé de réviser son jugement sur Togashi: au fond, c'est quelqu'un de bien qui s'est efforcé d'alléger son travail en venant lui expliquer directement les termes techniques que le jeune homme ne comprenait pas. Masumi est si content que quelqu'un se soucie ainsi de sa personne (ce n'est pas comme ses collègues, toujours prêts à lui refiler le "sale boulot" !), qu'il accède avec joie à la requête de Togashi quand ce dernier, fan de trains électriques, lui demande s'il ne pourrait pas lui dénicher parmi les restants de stock de son entreprise un vieux modèle introuvable pour n'être plus commercialisé depuis des années. Comme le visage de Togashi rayonne quand Masumi lui promet de faire tout son possible pour lui trouver ce jouet ! Et ceci lui fait soudain prendre conscience d'un fait: lorsqu'il se trouve avec lui, Togashi arbore une personnalité complètement différente de celle qu'il affiche face aux autres personnes du bureau; de l'ingénieur séduisant et poli mais peu bavard et un peu froid, le voilà qui devient d'un coup un jeune homme aux manières impulsives et familières, voire carrément puériles !

Intrigué par ce changement de comportement, Masumi décide de s'en ouvrir à son ami et collègue Kajigaya, et à peine lui explique-t-il la situation que la réponse ne se fait pas attendre: selon l'autre employé de bureau, il ne fait aucun doute que Yoshirô Togashi est amoureux de Masumi ! Même si Kajigaya dit cela en partie pour plaisanter, il reconnaît en même temps que cela l'arrange: une fois les deux plus beaux garçons de leur service couplés ensemble, cela lui fera moins de rivaux et il aura plus de chance de succès auprès de la gent féminine ! Mais vu que Togashi et lui sont tous deux des hommes, Masumi n'imagine pas un seul instant que Kajigaya puisse avoir raison. Voilà pourquoi il tombe des nues lorsqu'un soir que l'ingénieur et lui se retrouvent seuls au bureau et qu'il lui remet le train tant convoité, mû par une impulsion, Togashi s'empare soudain de ses lèvres. Puis, prétendant avoir remarqué que Masumi est amoureux de lui, il l'étend sur le sol et entâme de brûlants préliminaires. Ce n'est qu'en remarquant les larmes sur le visage de Masumi que l'ingénieur se rend compte de sa méprise et se décide enfin à le lâcher. "Ne me touchez pas ! Je ne vous aime pas !" lui crie l'employé en le repoussant violemment. Et si en cet instant Masumi se sent misérable, ce n'est pas tant d'avoir subi les attouchements d'un autre homme que d'en avoir joui, ce qu'il ne comprend pas....

Après ce qui s'est passé ce soir-là, les jours suivants, Togashi ne vient plus rendre visite au bureau à Masumi ni ne lui téléphone plus. Si au début le jeune homme en avait conçu du soulagement, ce sentiment ne tarde pas à laisser place à de l'irritation: l'ingénieur aurait quand même pu l'appeler pour s'excuser !? rouspète Masumi intérieurement. Résultat, au boulot, le salaryman tire une face de carême, que ses collègues de travail ne tarde pas à remarquer et à mettre judicieusement sur le compte d'une solitude liée à l'absence de Yoshirô Togashi. Mais un jour, en quittant le bureau, Masumi tombe nez à nez avec l'ingénieur, qui hésitait justement devant l'immeuble à monter pour lui rendre visite. Malheureux comme un chien, Togashi lui demande pardon pour ce qu'il a fait et promet de ne plus recommencer. Et Masumi a beau prétendre son désintéressement, quand l'ingénieur lui avoue son amour à mots couverts pour ne pas l'embarrasser davantage, il ne peut empêcher son coeur de battre à cent à l'heure !

Si suite à cette courte entrevue les deux jeunes gens recommencent à se voir au bureau pour les besoins de leur travail, l'atmosphère s'est sensiblement modifiée entre eux. Une gêne s'est installée: sentiment de culpabilité pour Togashi, trouble irrepressible pour Masumi; maintenant qu'il sait que l'ingénieur est épris de lui, l'employé ne peut s'empêcher de rougir à chaque fois que son visage se trouve un peu trop près du sien, de devenir maladroit en sa présence. Si ça ce n'est pas de l'amour, qu'est-ce d'autre ? En outre, Masumi réagit de cette manière pratiquement depuis sa première entrevue avec Togashi, alors il ne faut pas s'étonner que ce dernier en ait conclu qu'il l'aimait. Mais décidément obtus, Masumi est encore incapable de comprendre ce que lui-même ressent. S'il reconnaît qu'il a pu avoir un comportement portant à méprise, reconnaît même que depuis sa rencontre avec l'ingénieur il nage en pleine confusion, il se montre incapable d'avoir une conversation avec Togashi à ce sujet sans blesser involontairement le jeune homme par sa balourdise. Avec pour résultat que les déboires sentimentaux de Masumi finissent par rejaillir sur l'efficacité de son travail: Togashi lui avait confié un CD-Rom contenant un projet pour le site de sa société, l'avertissant de n'utiliser qu'une certaine partie du programme, l'interface n'ayant pas encore été testée dans sa totalité. Mais trop préoccupé par l'informaticien lui-même que par ses conseils, l'avertissement finit par sortir de la tête de Masumi; c'est ainsi qu'il laisse le CD-Rom à ses collègues du service clientèle en oubliant de leur transmettre la consigne. L'inévitable ne tarde donc pas à se produire: c'est le bug généralisé dans le système informatique du service, impossible désormais de traiter les commandes des clients ! Si accouru en hâte à la demande de son bien-aimé, Togashi parvient à résoudre le problème en moins de dix minutes, cet incident oblige Masumi à se remettre en question: il est grand temps qu'il s'efforce de voir clair en lui-même, d'analyser ses sentiments.... Après tout Togashi a peut-être raison: sans doute est-il depuis leur première rencontre amoureux de lui sans s'en être aperçu ? L'informaticien se montrant de plus en plus réticent à se retrouver seul avec lui, l'employé commence à se demander si Togashi ne s'est pas résigné à voir son amour non payé de retour, alors peut-être est-il déjà trop tard.... Mais si Masumi veut tenter de raccomoder les choses, il lui faut faire vite, car à la fin de la semaine, Togashi aura achevé de mettre à jour le système informatique de l'entreprise et tous deux perdront l'occasion de se revoir....

© Sôta Narazaki / Libre

 

 

 

 

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