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-------------------------------------------- * Kanrakukyû
-------------------------------------------- * Tarantula
-------------------------------------------- * Sono Udé dé Boku o Daïté
-------------------------------------------- * Usotsuki na Koïbito
-------------------------------------------- * Watashi o Mamotté
-------------------------------------------- * El Diablo
-------------------------------------------- * Kusé ni narisô
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Intrigue: La France, au Moyen-Âge. Dans un château surnommé "le Dôme du Plaisir", un jeune seigneur aussi beau que cruel règne sur un harem composé de jeunes hommes choisis pour leur beauté dont il s'empare des corps tour à tour. Mais la chasse à l'homme auquel il se livre sur ses terres ne le satisfait plus, et ne trouvant pas en ses contrées de nouveaux "mignons" à ajouter à sa collection, ce châtelin s'apprète à envoyer son armée envahir les territoires des seigneurs voisins. Sentant la menace, l'un de ces suzerains décide d'envoyer le plus vaillant de ses fidèles sujets, le preux chevalier Roland, afin d'éliminer le seigneur perverti. Néanmoins ce n'est pas uniquement dans ce but que le jeune homme a accepté cette dangereuse mission: il espère retrouver Olivier, un mercenaire qui était autrefois son meilleur ami mais l'a outrageusement trahi. Non seulement Olivier a séduit la jeune fille que les parents de Roland lui avaient choisi pour fiancée, mais il s'est de plus vendu à l'ennemi et officie à présent en tant que bras droit et favori attitré du maître du Dôme du Plaisir.
Le chevalier est finalement capturé par le cruel seigneur, qui justement commençait à s'ennuyer de ne plus trouver de nouveaux esclaves; et trouvant Roland tout à fait à son goût, il décide d'en faire l'un de ses mignons. Afin de le présenter comme participant à la prochaine "Fête d'Amour" qu'il donnera en l'honneur d'un invité de haut rang, le châtelain pervers se met en devoir de "préparer" le chevalier à supporter la cérémonie par l'intermédiaire d'objets sexuels de plus en plus volumineux. Mais malgré toutes les humiliations qu'on lui fait subir, Roland grâce à sa grande force d'âme ne se laisse pas départir de sa fierté et de son amour-propre. Seulement, il n'arrive pas à comprendre comment quelqu'un d'aussi bon et droit que l'était jadis Olivier a pu tomber aussi bas au point de prendre part à toute cette infâmie. Il ne parvient pas à reconnaître en cet homme son ancien ami.
Mais le chevalier ignore encore que si le mercenaire se montre si docile envers le cruel châtelain, c'est à cause d'un contrat passé avec ce dernier, dont la rupture entraînerait de lourdes conséquences: en échange de la soumission du bel Olivier, le tyran renonce à envahir les terres de son plus proche voisin, qui n'est autre que le seigneur auquel Roland a juré fidélité. Pour garantir la paix au pays de son ami, Olivier s'est en quelque sorte sacrifié. Bien sûr, il aurait été plus rapide pour lui de tuer le maître du Dôme du Plaisir quand il en a eu l'occasion; mais bien que haïssant les actes de ce dernier, il n'avait pu se résoudre à l'abandonner: car le mercenaire a compris combien ce jeune seigneur se morfondait dans la solitude; né pourvu à la fois de la richesse, du pouvoir et de la beauté, l'amour lui faisait cependant défaut. Mais il y a une chose néanmoins qu'Olivier refuse de permettre, c'est que son maître fasse tuer Roland. Jadis, s'il a séduit la fiancée du chevalier, c'était pour épargner à son ami de souffrir, car il savait parfaitement que la jeune fille couchait avec n'importe qui. Hélas, le seigneur ne tarde pas à remarquer l'amour qu'Olivier porte en secret à Roland, et après les avoir vu s'étreindre passionnément pendant la "Fête de l'Amour", fou de jalousie, il ordonne l'exécution du chevalier....

- Bumeï Bonnô ("Désirs Secrets"), p.31 : L'Inde, au 19ème siècle. Suite à la décadence de l'Empire de Mugal, les petits royaumes qu'il régissait se dressent les uns contre les autres, plongeant le pays dans le désordre et la confusion. C'est le moment que choisit le grand Empire Britannique pour commencer son invasion. Alors que presque tous les fiefs se retrouvent annexés, le clan du Rajah Bimbisallah continue de résister courageusement. La colonisation de ce petit royaume est confiée au jeune capitaine Eroll, bel oficier d'élite zellé et sûr de lui, qui a déjà fait capturer et exécuter comme rebelles un grand nombre de ces résistants défendant désespérément leur pays. Afin de venger les siens, Bimbisallah décide de s'occuper personnellement de l'Anglais, et un jour s'en vient seul à sa rencontre. A peine tous deux ont-ils échangé quelques paroles que le Rajah est frappé par l'orgueil et le caractère obtus de ce jeune officier, qui prétend que les Indiens ne sont pas dignes de diriger ce pays, qu'ils ont d'ailleurs eux-mêmes plongé dans le chaos, alors que les Anglais vont y créer un ordre nouveau. Voilà le type d'être humain que Bimbisallah déteste le plus au monde, et il compte bien faire payer à Eroll son insolence et tous les crimes qu'il a commis. Et tandis que le capitaine, pointant son révolver, se moque des armes primitives que brandit le troublant Hindou, ce dernier se lance à l'attaque, souple et rapide comme un jaguar, son tatouage écarlate en forme de fleur de lotus flamboyant sur son front.
En deux temps trois mouvements, Eroll est ainsi capturé sans avoir rien pu faire. Une fois conduit au palais de Bimbisallah, le peuple réclame aussitôt son exécution, mais le Rajah refuse: une mort rapide par décapitation serait trop douce pour ce jeune officier pourri d'orgueil; si ce dernier croit ainsi aveuglément en la supériorité de son pays, les Indes aussi ont développé une culture brillante, dont l'une des plus éminentes expressions est le Khamasûtra, l'art et la technique de faire l'amour. Si Eroll peut résister à la douleur comme il l'a prouvé, qu'en sera-t-il de la sensation contraire, du plaisir ? Bimbisallah ordonne donc à ses hommes de soumettre Eroll aux différentes positions du Khamasûtra, sans aller jusqu'à l'étreindre eux-mêmes mais en utilisant un ringam , sorte de pénis artificiel. Mais bien qu'il sente peu à peu le contrôle de son corps lui échapper, la volonté de l'Anglais reste ferme, et il espère bien s'évader à la première occasion et faire regretter à son ennemi de l'avoir laissé en vie. Néanmoins, pourquoi le jeune homme se sent-il si blessé des paroles de Bimbisallah, lorsque ce dernier affirme que le capitaine n'a de beau que son apparence ? En officier d'élite, jusqu'alors il avait affronté avec calme et sang-froid n'importe quelle situation. Mais face au regard intense de ce Rajah qui le raille en faisant de lui un objet d'exhibition, Eroll se sent il ne sait pourquoi complètement désemparé.
Le temps passe, et un jour le jeune officier est découvert à l'agonie. Quelqu'un a versé du poison dans son eau, un habitant du palais qui souhaitait sans doute venger ses camarades exécutés par l'Anglais. En larmes, Eroll demande à Bimbisallah, qu'il croit être responsable de cette tentative d'assassinat, si c'est de cette manière peu glorieuse qu'il a l'intention de le tuer. Mais l'Hindou, fou d'inquiétude, avoue à son prisonnier qu'il n'a jamais songé à le faire mourir. Après avoir tant humilié le jeune homme, séduit par sa force de caractère, il craint à présent de le perdre, et c'est avec une grande tendresse que le Rajah se met à le soigner trois jours et trois nuits durant, allant jusqu'à goûter lui-même l'eau avant de la lui faire boire. Finalement, après avoir longtemps erré péniblement entre la vie et la mort, Eroll survit au poison grâce aux bons soins de son troublant ennemi; mais plus que jamais, il se demande quelles sont les motivations de Bimbisallah pour le conserver ainsi en vie: quel est son dessein ? A-t-il l'intention de l'utiliser dans un but précis ? Mais tristement, le Rajah répond à ces questions qu'il n'est pas un homme aussi ignoble que celà. Et quelque temps plus tard, après avoir montré à Eroll convalescent un exemple de l'art de son pays - un magnifique ciel étoilé reconstitué dans une chambre à l'aide de bougies et de minuscules miroirs - l'Indien remet son prisonnier à l'armée anglaise, sans avoir jamais porté la main sur lui. Hélas, initié incomplètement au Khamasûtra sans avoir jamais été "satisfait", le corps du capitaine ne cesse de le faire souffrir. Est-ce vraiment ce que Bimbisallah voulait: qu'il passe le restant de ces jours avec ce corps infâme ? Ne pouvant pardonner à son ennemi cette honte qu'il continue de subir même après sa libération, Eroll fait concentrer l'assaut de ses troupes sur le petit clan du Rajah. L'Anglais n'aura pas de repos tant qu'il ne tiendra pas le jeune roi rebelle à sa merci, qu'il ne l'aura pas fait sien....

- Tsuitengoku ("L'Enfer des Déchus"), p.63 : De toutes les nouvelles contenues dans ce recueil, il s'agit sans doute de la plus difficile à comprendre pour les non-japonisants. Ainsi, afin de bien montrer que chez Minami Mégumu, malgré un érotisme sans cesse poussé à l'extrême, les histoires ne sont jamais superficielles, voici un résumé complet de ce drame érotico-historico-mystique:
Le Japon au 17ème siècle, à l'époque de la répression du Christianisme (interdit en 1613). Dans une résidence où un jeune Goté (tenancier de maison close) de Maruyama, le quartier des plaisirs à Nagazaki, s'adonne à la persécution des Chrétiens en compagnie d'autres samouraïs, un jeune homme d'une grande beauté est un jour amené captif. En dépit de la douceur de son visage et de la faiblesse de sa constitution, ce prisonnier fait preuve d'une force de caractère incroyable: malgré la torture et les litres d'eau qu'on l'a obligé à boire, il refuse obstinément de livrer les noms et le refuge de ses camarades. C'est la spécialité du Goté de faire parler ce genre d'individus coriaces. Parfaitement conscient que rares sont les Chrétiens capitulant sous l'effet de la douleur, il préfère se charger cruellement de torturer leur coeur, et cette fois, il exécutera son travail de bourreau avec un rare plaisir. Car le prisonnier n'est pas seulement beau: avec sa longue chevelure d'un noir de jais, il émane de lui un charme des plus envoûtant, symbole vivant de la tentation. Sitôt qu'il en aura fini avec ce Chrétien, le Goté l'enverra dans son bordel de Maruyama, le paradis de la chair corrompue, et grâce aux services de ce nouveau prostitué, compte bien faire de sa maison close la plus côtée de tout le quartier des plaisirs.
Proférant que l'initiation à laquelle il va procéder à présent appartient aux mystères de son commerce, après s'être fait apporter divers instruments érotiques, le Goté demande aux samouraïs de s'en aller. Mais avant de faire quoi que ce soit à son prisonnier, il lui conseille néanmoins de renoncer rapidement à sa foi, car le gouvernement a bien l'intention d'exterminer les Chrétiens jusqu'au dernier. S'il accepte, il parlera en sa faveur. Le jeune homme aux longs cheveux noirs sait gré à son ennemi de sa gentillesse, mais décline l'offre sans hésitation: jamais il ne se rendra. Alors, devant son entêtement, le Goté commence son initiation. Tandis qu'il lui fait subir des sévices sans pour autant le brutaliser, le jeune homme demande à son bourreau pourquoi il commet de tels actes, alors qu'il n'appartient même pas aux brigades du gouvernement. A cette question, le Goté se fait soudain violent, expliquant que c'est son plaisir le plus savoureux de faire trahir leur dieu à des Chrétiens fanatiques comme son prisonnier. Car il hait Dieu !
Les tortures sexuelles se poursuivent, mais malgré sa honte, le jeune homme refuse d'abjurer. Néanmoins, son attitude courageuse et ses réactions toutes neuves (personne ne l'avait encore jamais embrassé) séduisent le jeune Goté de plus en plus, au point que ce dernier décide finalement de ne pas le livrer à la prostitution dans son bordel quand il en aura fini avec lui: il fera de son prisonnier son bien-aimé, et lui-même lui appartiendra. Et d'ailleurs, le jeune homme n'a pas l'air de détester autant qu'il le prétend ce qu'il est en train de lui faire subir. Pourquoi son dieu ne vient-il pas à son secours, alors que le corps que le Chrétien lui a voué est livré au déshonneur ? Ce à quoi le jeune homme répond que Dieu ne sauve que les âmes: même si son corps est souillé, son esprit demeure pur et inébranlable. Pourtant, son bourreau affirme qu'il y a des êtres dont l'âme n'a pas pu être sauvée, et lui-même en fait partie. Le Goté aussi était Chrétien jadis, mais il a perdu la Foi suite à l'expérience traumatisante vécue dans son enfance: sa soeur aînée était une jeune fille pure et d'une grande piété, ainsi quand les sbires du gouvernement étaient arrivés à leur résidence pour les persécuter, elle avait refusé d'abjurer en dépit de toutes les menaces. Alors, malgré toutes les supplications de son cadet qui appelait Dieu à son aide de toute son âme, la jeune fille s'était faite violer sous ses yeux.
Jamais le Goté ne pourra pardonner à Dieu de n'avoir pas sauvé sa soeur, et il est bien décidé à persécuter tous les Chrétiens afin de leur faire comprendre la vanité de leur Foi. Mais même l'étreinte qu'il fait subir à son prisonnier après de longs jours de préparation ne parvient pas à le faire abjurer, au contraire: assurant qu'un jour Dieu guérira les blessures de son coeur, même plié sous sa volonté le jeune homme essaye de ramener son bourreau vers la Foi. Finalement, vaincu, le Goté décide de libérer le Chrétien, réalisant qu'il est inutile de le torturer plus longtemps, il ne cédera jamais. C'est la première fois que quelqu'un lui résiste ainsi, et il finit par accompagner le jeune homme jusqu'à sa retraite. Là, dans ce village caché dans la forêt où se sont réfugiés les Chrétiens, est creusée une profonde fosse entourée d'une palissade, appelée "l'Enfer de la Chair". On y jette les anciens adeptes du Christianisme que les samouraïs du gouvernement ont torturé pour leur faire abjurer leur Foi avant de tenter de les rallier à leur camp en les faisant haïr Dieu. Ces êtres - pour la plupart des femmes - restent enfermés dans cette fosse jusqu'à ce qu'ils décident de revenir vers leur religion, mais les malheureux paraissent déjà avoir perdu la raison. En les contemplant, le Goté réalise que son ancien prisonnier est lui aussi dans son genre un être terrible, voilà pourquoi il n'avait pas cédé sous ses lascives tortures.
Mais malgré la requête de ce jeune homme qui espère encore le ramener vers la Lumière, le Goté refuse de croire à nouveau, et se retrouve donc précipité dans la fosse de la main-même de ce religieux fanatique et intolérant. Parmi les femmes, il a alors la douloureuse surprise de retrouver sa soeur. Finalement, elle aussi a fini par se laisser sombrer en Enfer, tout comme lui. Mais en haut de la fosse, contemplant les deux jeunes gens qui se caressent sans plus se soucier de notion d'inceste, le chef des Chrétiens se rappelle soudain les paroles du Goté, qui avait promis de faire de lui son bien-aimé en le serrant dans ses bras, en le touchant de ces doigts qui caressent à présent une autre personne. Il ne veut pas le céder à quiconque, ce troublant ennemi n'appartient qu'à lui seul. Alors, en larmes, le jeune homme finit par se jeter lui-même dans la fosse, lui que ni la douleur ni aucune autre forme de tortures n'était parvenue à faire tomber, vaincu par l'amour. Et c'est ainsi qu'un nouvel Archange finit par chuter dans les abîmes de l'Enfer.
- Cantarella , p.97 : La France, au 19ème siècle. Afin d'enquêter sur la mort suspecte de son père, un riche homme d'affaires, le jeune Richard s'en prend à son amant japonais, Seishû. Au courant de tout ce que lui faisait subir le vieil homme, Richard reproduit sournoisement les mêmes jeux érotiques, allant jusqu'à lui faire un lavement à l'absinthe, tout en se demandant pourquoi un être aussi beau et aussi fier que Seishû se soumettait ainsi aux fantasmes pervers d'un vieil homme. Mais le Français n'a pas le temps d'aller jusqu'au bout que son beau-frère Thomas survient soudain dans la pièce, alerté par le comportement étrange de son cadet ce jour-là. Cependant pour Richard, Thomas tombe à pic car il avait justement deux mots à lui dire à lui aussi: comment se fait-il que l'héritage laissé par son père ait été divisé en trois parties égales ? N'est-ce pas étrange que Thomas, l'enfant amené avec elle par la seconde épouse du vieil homme lors de son remariage, ainsi que le concubin japonais héritent de la même part que lui, fils unique et légitime ? Pointant un pistolet sur son beau-frère, Richard affirme savoir parfaitement que Thomas et Seishû ont chacun versé du poison à son père: d'après le médecin, bien que due à une faiblesse cardiaque, la mort du vieil homme était plutôt étrange. Ainsi, afin de découvrir qui des deux jeunes gens avait le plus intérêt à faire mourir son père, Richard enchaîne lui-même ces derniers au mur d'une pièce de la résidence.
Plus tard, lorsqu'ils se retrouvent seuls, Thomas demande à Seishû s'il va bien, puis si c'est lui qui a tué le vieil homme - s'il est vrai que ce dernier a bien été empoisonné. Mais le jeune Japonais répond qu'il n'a rien fait, bien que Thomas soit libre de croire ou pas les allégations de quelqu'un comme lui. Thomas n'a pas le temps de l'interroger sur le sens de ces paroles que Richard vient leur rendre visite, apportant des objets qui leur appartiennent afin de décorer la pièce, notamment une petite boîte laquée très précieuse à Seishû et dont il refuse de révéler le contenu. N'écoutant pas les protestations de Thomas qui lui demande combien de temps il va continuer ce jeu stupide, Richard annonce au Japonais qu'il a enquêté sur lui: autrefois, pour des raisons commerciales, le père du Français a séjourné quelque temps au Japon, et il paraît que la femme que le vieil homme fréquentait pendant son séjour est morte d'une façon étrange. Il s'agissait de la soeur aînée de Seishû, et recommençant ses tortures érotiques, Richard exige encore une fois des explications. A la fin, le jeune Japonais finit par raconter toute l'histoire: sa soeur était une Geïsha, et celle-ci décédée subitement durant son "travail", lorsqu'il était venu chercher le corps, Seishû avait remarqué des traces de strangulation autour de son cou. Comme le coupable était un étranger de rang élevé, cette mort fut classée comme un accident et lui fut remis une grosse somme d'argent. Néanmoins...
"Tu n'as pas pu pardonner à cet homme et l'a poursuivit jusqu'ici, afin d'accomplir ta vengeance !" continue Richard. Mais Seishû affirme aussitôt qu'il se trompe: il est vrai qu'au début, c'est ce qu'il avait l'intention de faire; mais lorsqu'il a compris que le vieil homme regrettait sincèrement son geste, il a fini par renoncer à cette idée. A cet aveu, Richard comprend enfin pourquoi son père a divisé sa fortune en trois parts égales; car à cause de lui, les trois jeunes gens ont perdu chacun un être cher: Richard et Thomas, leur mère, et Seishû, sa soeur aînée. Toutes trois mortes accidentellement de strangulation pendant l'acte amoureux. En donnant à chacun la même part d'héritage, le vieil homme souhaitait réparer tant que possible son crime. Cependant, Richard n'est toujours pas convaincu: pourquoi quand il a su que le vieil homme se repentait, Seishû n'est pas retourné au Japon, et le laissait tous les soirs faire ce qu'il voulait de son corps ? Etait-ce pour le faire mourir d'une crise cardiaque et obtenir plus vite l'héritage ? Et sur ces mots, Richard recommence à tourmenter Seishû, tandis que Thomas se détourne en se bouchant les oreilles. Son cadet s'amuse beaucoup de cette réaction pleine de pudicité: voilà bien un aspirant-pasteur !
Le jeune Japonais, encore une fois poussé à bout, finit par avouer que le vieil homme était impuissant, alors il n'aurait jamais pu le faire mourir d'une crise cardiaque pendant l'acte sexuel. Pourtant, Richard est parfaitement au courant que quelqu'un étreignait le Japonais tous les soirs à la place de son père, qui jouissait du spectacle. Mais Seishû assure ignorer de qui il s'agissait, car il n'avait plus ses esprits à cause des effets de l'absinthe. Cependant, tandis qu'il se demande comment Richard peut être au courant de tout celà alors qu'il n'était pas présent, Seishû finit par être persuadé que le complice de son père n'était autre que Richard lui-même. Ainsi, ce serait lui qui l'étreignait chaque soir en profitant de son ivresse ?
Plus tard, à nouveau seuls, Thomas avoue à Seishû qu'afin que son beau-père ne tue plus aucun de ses partenaires, il lui a versé un médicament aux effets paralysants, et c'est celà qui a rendu le vieil homme impuissant. Quant à Seishû, il avoue avoir fait boire à ce dernier une drogue aphrodisiaque, espérant que le vieil homme tenterait de l'étrangler: le jeune Japonais souhaitait au début en guise de vengeance discréditer le vieil homme aux yeux de la société; mais pour celà, il lui fallait des preuves lui permettant de révéler l'affaire. Ainsi, chacun a fait boire au défunt une substance aux effets opposés, et c'est sans doute celà qui a provoqué la crise cardiaque. Tandis que les deux jeunes gens discutent à ce sujet, Seishû offre un verre de vin à Thomas, dans lequel il ne tarde pas à avouer qu'il a mélangé l'un des comprimés que contient sa précieuse boîte. Est-ce seulement un aphrodisiaque, ou du poison ? Persuadé que Thomas le déteste et le trouve répugnant en dépit de ses airs bons et vertueux de futur pasteur, le Japonais, qui l'aime depuis longtemps en secret, ne peut plus supporter qu'il l'évite. Bien que Thomas dénigre les plaisirs de la chair, il veut lui faire découvrir le sang bouillonnant qui se cache sous sa peau cuivrée. Mais tandis que Thomas finit par l'étreindre, subissant les effets de la drogue, Seishû fait une découverte surprenante, la véritable identité de ces bras qui, chaque soir, après les sévices infligés par le vieil homme, le serraient si tendrement et l'avaient rendu si heureux. C'était pour ne pas perdre la chaleur de ces bras que Seishû avait renoncé à sa vengeance et n'était pas rentré au Japon. Persuadé qu'il s'agissait de Richard, il avait néanmoins tant espéré que son amant inconnu soit Thomas, et voilà que ce rêve se réalise ! Thomas avoue enfin que lui aussi l'aime depuis toujours, mais effrayé par l'idée que l'on puisse tuer quelqu'un rien qu'en faisant l'amour, il avait préférer renoncer aux plaisirs charnels pour entrer en religion. Et pourtant, lorsque son beau-père devenu impuissant lui avait demandé d'étreindre Seishû devant lui, Thomas n'avait pas pu résister à la tentation.
Richard revient encore une fois dans la pièce où il tient les deux jeunes gens prisonniers, et les découvrant enlacés, se montre scandalisé: son père est à peine enterré depuis quelques jours que Thomas est déjà en train de le remplacer auprès de son amant ? Quant à Seishû, est-il si attiré par l'argent qu'il lui faille déjà un autre protecteur ? Et bien décidé à leur montrer le caractère superficiel de leurs sentiments, qu'ils ne pensent en fait qu'à se duper l'un l'autre, Richard affirme avoir versé un poison très puissant, nommé Cantarella, dans la carafe de vin qui se trouvait dans la pièce et dont tous deux ont bu. Il possède l'antidote, mais la dose pour une personne seulement. Seishû est celui dont la chaîne est la plus longue, ainsi Richard l'exorte à venir chercher le précieux liquide s'il désire être sauvé. En effet, le Japonais se précipite et s'empare de la fiole sans hésitation, mais la tend aussitôt à Thomas, sous le regard stupéfait de son beau-frère. Cependant le futur pasteur refuse de prendre l'antidote et le fait boire de force à Seishû, qui lui-même n'en avale qu'une partie et lui fait absorber le reste par l'intermédiaire d'un baiser. Ainsi, en ayant bu chacun la moitié, s'ils meurent ou s'ils survivent, ce sera ensemble. Mais ému de leur geste qui prouve la sincérité de leur amour, Richard avoue que tout ceci n'était qu'une plaisanterie: le poison Cantarella n'existe plus depuis de nombreux siècles. Néanmoins triste, il annonce aux deux jeunes gens qu'il lui faudra un peu de temps pour qu'il se décide à les libérer.
Car Richard aussi aime secrètement Seishû, mais doté du caractère de son père, comme lui il n'a jamais pu se résoudre à avouer ses sentiments avec simplicité. C'est en observant l'intérieur de la chambre du vieil homme par un trou ménagé dans le mur qu'il a appris le manège étrange auxquels se livraient chaques soirs son père, Seishû et Thomas. Mais ayant remarqué avec quelle tendresse ce dernier traitait son amant, le touchant comme s'il manipulait ce qu'il y a au monde de plus précieux, Richard est persuadé que Seishû sera heureux auprès de son beau-frère. Bien que lui-même ne se sente pas capable de renoncer à son amour et demeure empli de regrets....
- L'Amour wa Anata no Mono ("L'Amour est Tien"), p.127 : Moins dramatique que les autres, d'un érotisme moins poussé pour laisser davantage de place aux sentiments, cette histoire sensible et tendre qui clot le volume est sans conteste la meilleure du recueil. L'histoire se déroule en Angleterre au 19ème siècle, sous le règne de la Reine Victoria. Cecil Crompton, fils unique d'une riche famille bourgeoise, s'est vu contraint de succéder très jeune à son père, un homme d'affaires renommé. Depuis, accablé par le travail, il n'a plus un instant pour s'amuser et encore moins pour penser au mariage. Sa mère juge néanmoins qu'il est grand temps que Cecil songe à fonder une famille, et bon gré mal gré, finit par lui choisir une fiancée, une demoiselle de la riche famille française Champollion. Mme Crompton semble ne plus se souvenir de ce qu'a fait jadis à son fils une personne de la même nationalité ! Mais Cecil, lui, n'a pas oublié, et depuis ne peut plus supporter les Françaises ou Français quels qu'ils soient. C'est donc complètement abattu par l'initiative de sa mère, ne sachant comment faire pour s'y soustraire, qu'il quitte la maison en larmes. Tandis que le jeune homme erre dans les rues de la ville vêtu d'une tenue négligée peu digne de son âge et de sa condition, il heurte soudain une personne qui arrivait en face de lui et tombant en arrière, se retrouve précipité dans la boue. Aujourd'hui n'est décidément pas son jour de chance, et à peine a-t-il bredouillé des excuses au splendide gentleman qui essaye de le relever que Cecil fond en larmes, incapable de prononcer une parole de plus.
Finalement, l'inconnu emmène Cecil à l'endroit où il loge afin de le faire prendre une douche et lui prêter des vêtements. Mais une fois débarbouillé et bien habillé, le gentleman a une surprise de taille en découvrant quel joli minois se cachait sous la boue. Un peu gêné par tous les égards dont l'entoure l'autre jeune homme, Cecil demande à son hôte ce qu'il pourrait faire pour lui en retour. Le gentleman, qui se prénomme Luis (il allait dire "Louis" mais se reprend de justesse), apprenant à quelle éminente famille appartient celui qu'il a recueilli, s'exclame que le fils Crompton est bien différent de ce qu'il imaginait. Mais sans s'expliquer sur ces paroles énigmatiques, pour répondre à la proposition de Cecil, Luis demande à ce dernier s'il ne voudrait pas l'engager comme domestique. A ces mots, le jeune bourgeois se montre des plus surpris: Luis n'a pas du tout l'air d'un valet qui cherche du travail; au contraire, avec son physique et son élégance, sa façon de s'exprimer, il donne plutôt l'impression d'un gentleman habitué à se faire servir ! Cependant Luis s'obstine à proposer ses services, car il a le sentiment qu'on ne peut vraiment laisser Cecil livré à lui-même: il souhaiterait réellement rester près de lui comme domestique et prendre soin du jeune homme.
Cecil ne sait d'abord que répondre à cette requête, mais soudain, il lui vient une idée: si Luis désire tellement lui venir en aide, alors, qu'il se fasse passer pour lui et rencontre à sa place la jeune fille avec laquelle sa mère essaye de le fiancer. A ces mots, Luis comprend d'un coup la raison pour laquelle le jeune bourgeois pleurait lorsqu'ils se sont bousculés: c'est à cause de cette entrevue forcée ! Se défiler est pourtant si simple: il suffit de rencontrer un moment la demoiselle et si celle-ci ne lui convient pas, de refuser poliment !? Pourquoi se mettre ainsi dans tous ses états ? Mais Cecil avouant que pour quelqu'un de son caractère ce n'est pas aussi facile, Luis se décide finalement à accepter, malgré le caractère insolite de cet échange d'identités qui lui rappelle la vieille histoire "Le Prince et le Pauvre".
Sitôt dit, sitôt fait, et afin de prouver son savoir-faire auprès des dames et sa distinction, Luis entraîne Cecil dans un café chic où il entreprend de lui faire une démonstration. Appuyé seul au bar tout en observant de loin son nouvel ami, le jeune bourgeois discute avec le barman qui l'avertit de prendre garde, car en ce moment un escroc sévit dans la ville: un Français qui s'en prend aux jeunes hommes et aux jeunes filles riches et les trompant grâce à son charme ravageur, en profite pour leur extorquer des objets de grande valeur. Cependant, bien que Cecil paraisse une proie de choix - et soit dit en passant particulièrement vulnérable, il se contente de répondre qu'en ce qui le concerne il se trouve bien loin de toutes ces histoires de coeur. Bien qu'il porte aujourd'hui la tenue élégante prêtée par Luis, radicalement différente de ses vêtements frustres de tous les jours, sous cette apparence il est resté le même, un jeune homme discret et complexé qui souffre d'un handicap qu'il n'oserait avouer à quiconque. Luis, lui, est différent: sociable et distingué, il est capable de devenir ami rapidement avec n'importe qui. Nul doute qu'il tiendra parfaitement son rôle en remplaçant Cecil, substitution d'autant plus aisée que ce dernier vivant quasiment retiré du monde, peu de gens connaissent le visage du fils Crompton. Un fait cependant ne manque pas d'attirer l'attention du jeune bourgeois: au moment de quitter le luxueux café et régler l'addition, s'apercevant qu'il a oublié son portefeuille dans sa propre veste, force lui est de laisser Luis payer à sa place. Mais comment se fait-il que quelqu'un qui se prétend valet en quête d'emploi puisse posséder autant d'argent ?
Le lendemain matin, jour de l'entrevue tant redoutée, quand il se lève Luis a la surprise de trouver Cecil déjà tout habillé: puisque Luis va prendre sa place en jouant les bourgeois, alors lui-même se fera passer pour son valet, rôle que Cecil prend déjà très à coeur: il a déjà préparé les vêtements que portera le jeune homme, son petit déjeuner, et lui a même ciré ses chaussures ! En fait, Cecil se rend compte qu'il a des dispositions pour la fonction de domestique, prendre soin de quelqu'un lui plaît énormément. Un peu plus tard cependant, c'est avec appréhension qu'il attend dans un café le retour de son ami parti à l'entrevue avec sa promise dans la luxueuse résidence qui jouxte l'établissement. La jeune fille que Cecil a pu apercevoir était extrêmement belle, et Luis tardant à revenir, se demandant ce que ces deux-là peuvent bien se raconter, il ne peut s'empêcher de ressentir une cuisante jalousie. "Quel idiot.... soupire-t-il, maussadement appuyé au bar. Alors que c'est moi qui lui ait demandé de faire ça...." Tandis que le jeune homme se morfond ainsi, un homme vient l'aborder soudain. A sa façon de parler, Cecil comprend aussitôt qu'il s'agit d'un de ces Français dont il a si peur et le voilà subitement au bord de la panique. L'inconnu demandant s'il est seul, Cecil répond négativement, expliquant qu'il attend son maître actuellement en rendez-vous. A ces paroles l'homme est des plus surpris, car d'où qu'on le regarde, le garçon élégant qu'il a en face de lui n'a pas du tout l'air d'un domestique. Mais s'obstinant à prétendre le contraire, Cecil s'excuse de sa maladresse quelque peu inamicale par la nécessité actuelle de se méfier des Français, à cause des méfaits de cet escroc qui sévit en ce moment dans la ville. A cet aveu, l'homme se présente justement comme le policier venu spécialement de France afin d'enquêter à ce sujet, et donnant à Cecil une carte de visite, il lui recommande de prendre contact avec lui si jamais le jeune homme apprenait quelque chose.
Un peu plus tard, enfin, Cecil prend avec Luis le chemin du retour. Ce dernier raconte qu'il a dit à la jeune fille qu'il lui donnerait sa réponse concernant les fiançailles le surlendemain, car s'il l'avait repoussée dès leur première rencontre, cela aurait tout de même paru un peu étrange.... Soulagé, Cecil remercie son ami sincèrement d'avoir si bien arrangé les choses; mais lorsque Luis lui demande la raison pour laquelle il refusait l'idée-même de cette entrevue, le jeune homme est bien forcé d'avouer sa phobie des Français. Aveu auquel Luis ne dissimule pas sa surprise, cependant il devine que là encore, Cecil doit avoir une excellente raison. A-t-il eu à souffrir par la faute d'une personne de cette nationalité ? S'arrêtant au bord du pont que tous deux étaient en train de traverser, bien qu'hésitant, le fils Crompton acquiesce: au fond, ce qui lui est arrivé jadis, ce n'était pas grand chose. Mais pour lui.... Se troublant, Cecil ne peut bientôt plus retenir d'amères larmes. S'efforçant de le consoler, Luis l'entoure de ses bras, puis s'empare de ses lèvres.... Jusqu'à ce que perdant soudain l'équilibre suite à une maladresse de Cecil, les deux jeunes gens enlacés basculent par-dessus le parapet du pont et se retrouvent la tête la première précipités dans la Tamise !
Un peu plus tard, enfin de retour au domicile de Luis, le premier soin des deux baigneurs trempés et frigorifiés est de prendre une douche réconfortante. Sous le prétexte de laver son ami, Luis se fait bientôt de plus en plus hardi, malgré les protestations de Cecil qui lui conjure d'arrêter. "Je ne te déteste pas, explique tristement le jeune homme, mais je ne veux pas te décevoir...." Ignorant ces paroles, Luis peu disposé à calmer ses ardeurs poursuit ses caresses brûlantes, mais bientôt, il commence à comprendre ce que voulait dire Cecil en assurant que sa tentative était vaine: malgré tous les efforts déployés par Luis, le corps de son ami ne réagit pas, et il doit bien se rendre à l'évidence, Cecil souffre de frigidité.
Un peu plus tard, alors que le jeune bourgeois est déjà couché, Luis vient soudain le rejoindre et se glisse avec lui sous les draps. "Ce n'est pas bon de finir ainsi la journée sur une mauvaise impression, profère Luis. Et quoi de meilleur pour chasser les idées noires que de s'endormir la main dans la main ?" Emu de cette gentillesse, Cecil en a les larmes aux yeux tant il craignait que son ami, déçu qu'il ne puisse répondre à ses caresses, ne le méprise à cause de son handicap. C'est donc avec un sentiment de bien-être que rassuré, entouré des bras de Luis, le jeune homme entreprend de lui parler de sa vie comme ce dernier le lui demande: Cecil raconte ainsi comment ses parents ont rapidement divorcés, son père s'étant sauvé de la maison avec une autre femme; comment, alors qu'il était encore très jeune, propulsé brusquement au rang de chef de famille il a été contraint de prendre la succession des affaires paternelles.... Et depuis tout ce temps, Cecil n'a réellement fait que travailler, tant ses activités d'administration et de gestion ne lui laissaient que peu de répit. Sans compter, ajoute-il à l'attention de Luis incrédule, que complexé par sa frigidité, appréhendant plus que tout le mariage, il a inconsciemment finit par adopter une attitude de repli sur lui-même. A ces mots, Luis serre Cecil encore plus fort dans ses bras, lui faisant la promesse qu'à partir de ce jour, il lui rendra peu à peu tout ce qu'il a perdu. Et le jeune bourgeois ignore pourquoi, lorsque Luis lui parle ainsi, il a l'impression que tout ce qu'il dit peut réellement se réaliser....

Avant de s'endormir, à son tour Cecil demande à son ami de lui parler de lui, mais à sa grande surprise, celui-ci refuse, promettant néanmoins de tout lui raconter bientôt. Y aurait-il quelque chose dont Luis ne peut lui parler ? Tout en se posant cette question, le jeune homme remarque soudain le pendentif qui orne le cou de son compagnon, un riche bijou où se trouve gravé le nom de Champollion ! Comment un tel objet est-il arrivé en sa possession ? Peut-être que la demoiselle Champollion que Luis a rencontré aujourd'hui à sa place le portait, mais aurait-elle réellement offert un bijou d'une si grande valeur à un homme qu'elle rencontrait pour la première fois ? A cet instant, Cecil se remémore tout à coup les avertissements du barman au sujet de cet escroc français qui détrousse les jeunes gens riches en les trompant. Ce n'est pas possible, ce ne peut être Luis !.... songe Cecil horrifié. Et pourtant, lorsqu'il y réfléchit, il doit bien s'avouer qu'il ne sait absolument rien du jeune homme. Bien que ce dernier ait demandé au fils Crompton de l'embaucher comme domestique, ses manières sont beaucoup trop distinguées pour un simple valet, de plus il ne semble pas manquer d'argent. Luis parle un anglais parfait, mais cela non plus ne prouve pas sa nationalité, car avec un bon entraînement, il est possible même pour un Français d'obtenir un accent correct. Afin d'en avoir le coeur net, Cecil prend la décision de se rendre dès le lendemain chez ce policier rencontré tantôt afin de lui demander davantage d'explications. Et s'il s'avère que Luis est réellement l'escroc recherché, alors, loin de songer à le dénoncer, Cecil le préviendra du danger qu'il court de se faire bientôt prendre et l'incitera à s'enfuir au plus vite.
C'est ainsi que le lendemain, le jeune homme se rend à l'adresse indiquée sur la carte de visite remise par le policier français et une fois en sa présence, se met en devoir de lui demander, à titre d'information, les particularités physiques de l'escroc qu'il recherche. Rien de plus facile, la réponse ne tarde pas: fermant à double tour la porte du salon où tous deux conversaient, l'homme avoue fièrement à Cecil que cet escroc se trouve juste devant ses yeux ! Et sur ces mots, il se précipite sur le jeune bourgeois, qu'il croit toujours être un domestique comme Cecil s'était présenté à lui auparavant. En tant que valet, l'escroc suppose que sa victime ne possède pas d'argent, en revanche son corps paraît valoir un grand prix et il s'en contentera largement ! Ligotant Cecil, l'homme tente donc par la force de le soumettre à sa volonté, mais tout comme Luis la veille, il doit vite déclarer forfait: malgré sa technique qu'il croyait irrésistible, le corps de Cecil ne réagit pas. Mais alors que l'escroc fou de rage commence à s'impatienter, on entend soudain un fracas épouvantable dans la maison, et la porte du salon s'abat au sol, cédant sous les assauts des policiers. L'escroc est vite maîtrisé par ces derniers tandis que Luis, qui les a guidés jusqu'ici, se précipite vers son ami pour le libérer. En état de choc, Cecil demeure cependant sans réaction, indifférent comme un instant plus tôt lorsqu'il se trouvait livré aux mains du pervers à ce qui se passe autour de lui. Il faudra un certain temps avant que Luis parvienne enfin à le faire revenir à la réalité à force de lui répéter que tout va bien, de lui assurer qu'il est en sécurité désormais. Luis s'excuse également d'être arrivé si tard pour secourir son ami: après l'avoir suivi, étonné de le voir partir on ne sait où de si bon matin, il a du s'arrêter en chemin pour avertir la police.
Tandis que Luis s'apprète à quitter la maison pour ramener Cecil à son propre domicile, l'escroc se met à vociférer en les voyant passer devant lui. Explosant, Luis lance furieusement à ce dernier qu'il ne le laissera plus commettre ces actions honteuses par lesquelles il souille l'honneur des Français ! Les Français.... Ces mots éveillent à nouveau de pénibles souvenirs dans le coeur de Cecil, et une fois de retour chez Luis, il se décide enfin à lui raconter ce qui lui est arrivé jadis: quand il était enfant, il avait une gouvernante française, mais cette dernière ne s'était pas contentée de lui enseigner ses leçons; à moitié pour s'amuser, elle avait entreprit "d'initier" le corps du jeune garçon, tout en lui recommandant de ne rien dire à personne. En outre, Cecil apprit bientôt qu'il n'y avait pas qu'à lui que cette femme prodiguait de telles caresses: sa gouvernante était également la maîtresse de son père, et c'est avec elle que ce dernier s'est enfui, cause de sa frigidité et de tous ses malheurs ! En raison de la grande beauté de Cecil, des années plus tard encore, tant de gens ont désiré s'approprier sa personne, mais fondant en armes, le jeune homme proteste qu'il n'est pas une poupée: pour lui, être aimé seulement pour son physique ne revêt aucun sens, il a un coeur, et en a plus qu'assez d'être traité comme un jouet ! Voilà pourquoi, en cachant sa belle apparence sous des vêtements inélégants et négligés, le jeune homme s'est mis à vivre pratiquement comme un ermite.
Après avoir entendu ce récit, sachant ce qu'a fait subir à son ami cette gouvernante française à laquelle il faut ajouter l'escroc de tout à l'heure, Luis prononce tristement qu'il n'a désormais plus d'espoir de faire accepter ses sentiments. Car, il l'avoue enfin, lui aussi est français en réalité. Cependant, le jeune homme ajoute que même s'il est vrai que la beauté de Cecil l'a lui aussi envoûté, il aime encore davantage sa personnalité. "Oui, je sais.... répond Cecil. Je l'ai su dès notre rencontre. Car à ce moment-là, sans te préoccuper de l'état pitoyable dans lequel je me trouvais ainsi tout dégoulinant de boue, tu m'as recueilli." Après un tendre baiser - et bien que Luis serait tenté de s'appliquer dès maintenant à guérir Cecil de sa frigidité, il juge préférable de se coucher sagement pour un sommeil réparateur après tous les événements de cette journée éprouvante. Surtout que le lendemain, il leur faudra aller donner la réponse à Mlle Champollion pour les fiançailles. Avant de s'endormir, Luis répète néanmoins à son ami combien il l'aime, lui promettant de faire désormais son bonheur....
Et pourtant, le lendemain matin, c'est seul que Cecil se réveille dans son lit. Luis est parti en lui laissant simplement un petit mot, lui disant de ne pas oublier d'aller donner sa réponse à Mlle Champollion. Le coeur lourd, Cecil dirige donc ses pas vers la demeure de la riche famille française, décidé à tout avouer à la jeune fille au sujet de l'échange d'identité auquel il s'est livré et à s'excuser. Mais soudain, tandis qu'il parcourt les jardins, Cecil aperçoit sur un balcon son ami en compagnie de la demoiselle; et à cette vue, il croit aussitôt tout comprendre: sans doute la jeune fille a-t-elle plu à Luis, et elle-même ne doit pas être indifférente à ce dernier au point de lui avoir offert ce précieux médaillon au nom de sa famille. Est-ce afin de lui faire savoir la nouvelle de leur prochaine union que Luis a demandé à Cecil de venir ici aujourd'hui ? "Je me dois de les féliciter.... songe le jeune homme en tremblant. Mais moi.... Moi aussi j'aime Luis...." Et sur ce constat amer, Cecil fond en larmes. Il ignore encore qu'il ne s'agit bien sûr que d'un malentendu: Luis se prénomme en réalité Louis Champollion, il est le fils aîné de cette éminente famille, ce qui explique qu'il possède ce fameux médaillon gravé à ses armes. Jugeant qu'il était grand temps d'enfin tout avouer à Cecil, en le faisant venir à la résidence il souhaitait simplement lui présenter sa soeur cadette, espérant ainsi, tous mystères dissipés, pouvoir repartir avec lui sur de nouvelles bases. Son bien-aimé consentira-t-il à lui pardonner de lui avoir caché sa véritable identité et surtout de s'être livré à toutes ces manigances dignes d'un vaudeville ?

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- Taïyôten no Shinden ("Le Temple de l'Empereur du Soleil"), page 3: Du temps de la Rome Antique, sous le règne de l'empereur Héliogavalus, le pays a atteint le sommet de la débauche et de la décadence. Entassant dans leurs palais des ressources et des esclaves ramenés des colonies du monde entier, la domination écrasante de ce peuple conquérant dont la gloire paraissait alors inébranlable permet à ses seigneurs de mener une existence marquée par le luxe et l'épicurisme. Messalah, un jeune Romain d'une grande beauté, est chargé par l'empereur Héliogavalus de lui dénicher de nouveaux esclaves susceptibles de lui plaire, de jeunes hommes qu'il est chargé "d'éduquer" afin qu'ils soient dignes d'être présentés à Sa Majesté. Celui d'entre ces esclaves qui aura la chance d'attirer l'attention du souverain verra sa vie métamorphosée, car en tant qu'amant impérial, il pourra posséder richesse et honneurs. Ce jour-là, dans le groupe d'esclaves que reçoit Messalah, figure un jeune homme complètement différent des autres paysans apeurés: Dulg, un Germain aux longs cheveux blond platine et au caractère bien trempé qui grince des dents de rage de s'être ainsi fait prendre. Comme les serviteurs de Messalah l'ont trouvé au Colisée, sans doute ne s'agit-il que d'un gladiateur sans aucune éducation; néanmoins l'homme possède un physique si admirable qu'ils n'ont pu s'empêcher de l'amener à leur maître.
En effet, le Germain plaît à Messalah qui, sans écouter les protestations de ses serviteurs l'avertissant que ce barbare indocile est sans doute dangereux, décide d'entreprendre lui-même son éducation. Enchaîné au mur des appartements de Messalah, Dulg refuse cependant ce que le jeune Romain s'apprète à faire de lui: Messalah lui assure qu'en devenant l'amant de l'empereur, il pourra vivre dans le luxe, posséder des tas d'esclaves et tout ce qu'il désire, mais est-ce qu'ainsi il pourra détenir le bonheur ? Messalah, lui, ne lui paraît pas heureux du tout. Quant à Dulg, plutôt qu'une existence pareille, il préfère mille fois vivre pauvre mais réchauffé par la chaleur d'une personne dont il serait amoureux.

Furieux, Messalah lui assène un coup de fouet. Le gladiateur n'a aucun droit de choisir, et personne ne peut s'opposer aux volontés de l'empereur ! Dans le but de l'humilier, le Romain s'approche un peu trop près de son prisonnier. Ainsi, croisant brusquement les jambes autour de son corps, le robuste Dulg l'attrape, le menaçant de lui briser les reins si le jeune homme refuse de lui ôter ses chaînes. Messalah s'exécute, trouvant la force malgré la douleur de proférer des menaces à l'encontre de son agresseur: que le barbare ne pense pas s'en tirer comme ça ! Mais Dulg, nullement impressionné, prenant le visage de son ravissant geôlier entre ses doigts, lui conseille de s'inquiéter plutôt de lui-même. Certes, Messalah possède vraiment une remarquable beauté, néanmoins pour Dulg, il n'est qu'une créature pourrie de l'intérieur. Que le Romain se rassure, il ne va pas le tuer, cependant il va se faire un de voir de lui enseigner à son tour le dépit que l'on ressent à être étreint de force. Et malgré les appels et les protestations de Messalah, Dulg s'empare de son corps.
Un peu plus tard, inquiet et assailli par le remord, le gladiateur enveloppe doucement le jeune homme dans sa toge. Jamais il n'aurait pensé que ce dernier était encore vierge, ainsi il s'excuse d'avoir traité Messalah de créature pourrie et corrompue: avec une beauté comme la sienne, Dulg était pourtant certain que le Romain devait lui aussi se vautrer dans la luxure et la débauche. Epouvanté, Messalah explique que l'empereur lui a formellement interdit de s'unir avec qui que ce soit. Si jamais le souverain venait à apprendre ce qui vient de se passer, pour lui, ce serait la fin.... De plus, Dulg lui-même pourrait parler.... Réalisant cela, afin de se garantir son silence, Messalah décide sans tarder d'empoisonner le jeune gladiateur. Seulement, élevé dans un pays rude où le froid règne, Dulg se révèle incroyablement robuste, à peine le poison parvient-il à lui donner de la fièvre. Et finalement, comprenant à quel point le Germain - qui dans son délire prononce de douces paroles, comme quoi il désire emmener un jour le jeune homme dans son pays où il le réchaufferait en le serrant dans ses bras - semble tenir sincèrement à lui, Messalah troublé n'a pas le coeur de tuer son prisonnier et lui fait boire un antidote.
Les jours passent, et si Dulg n'est pas du tout disposé à se laisser éduquer par la force du fouet, en revanche, il est prêt à obéir avec joie s'il s'agit d'une requête de son bien-aimé. Au fur et à mesure qu'ils deviennent plus proches, Messalah en vient à parler à son amant de l'empereur: quatre ans auparavant, ce dernier est venu à Rome depuis la Syrie et s'est emparé du pouvoir. En outre, il a introduit dans le pays le culte de Baal, un dieu solaire assoiffé de sang humain. Le jour de la fête de ce dieu, on le vénère donc en arrachant la chair d'hommes vivants. Les temples des autres divinités quant à eux se sont vus profanés, les tombeaux sacrés saccagés par les armées de l'empereur, tandis que sombrait dans le chaos l'ordre établi par la vieille Rome. Et depuis ce temps, les gens vivent dans la crainte du jour où leur sera demandé d'offrir en sacrifice leurs enfants, le pays se trouve plongé dans un climat de terreur et de guerre. "Cet empereur est fou...." murmure Dulg. "Oui, mais ce fou possède tous les pouvoirs", ajoute Messalah. Et à présent, la cité de Rome vit recouverte du nuage ténébreux du dieu Baal.
Quant à la personnalité de l'empereur lui-même, lorsque Dulg demande à son ami s'il s'agit d'un type brutal, Messalah répond que c'est plutôt l'inverse: Héliogavalus se maquille et imite les manières d'une prostituée, s'ennorgueillant d'être plus beau que n'importe qui. Et malgré cela, il nourrit les bêtes qu'il élève avec les organes mâles tranchés du corps des criminels, exécute des gens en les faisant périr étouffés sous des pétales de roses. En dépit de son apparent raffinement, l'empereur est un être capable de commettre sans sourciller les actes les plus abominables. Nul ne sait pourquoi il a interdit à Messalah de connaître l'amour, de même qu'il s'avère impossible de prévoir sa volonté et ses accès de férocité, et Héliogavalus n'en paraît que plus sinistre. Néanmoins, il est possible de s'attirer ses faveurs. L'empereur n'accorde aucune importance au fait que l'on soit un homme ou une femme, un noble ou un paysan; au contraire, rien ne lui plaît davantage que de se faire aimer avec brutalité par des hommes frustres et vigoureux. Actuellement, son favori est un ancien esclave nommé Hiéroclès, mais d'après ce que Messalah a pu voir, Dulg est bien supérieur à cet homme. Si le gladiateur en avait le désir, il deviendrait sans mal le conquérant de cet empire dépravé.
Quant à Messalah, lui-même est parfaitement conscient que même si l'empereur ne découvre pas sa liaison avec le Germain, ses jours sont comptés, car les souverain le hait. Cependant Dulg n'a aucun mal à interpréter les raisons de cette haine: Messalah possède une grande beauté, trop grande sans doute par rapport à celle de l'empereur; Héliogavalus en est jaloux, voilà pourquoi il interdit au jeune homme de s'unir à quiconque. Cela ne peut pourtant continuer ainsi, et assurant à son bien-aimé qu'il le rendra heureux, Dulg l'enjoint à s'enfuir avec lui en Germanie. Mais d'un air désespéré, Messalah refuse: on voit bien que le gladiateur ne connaît pas l'empereur; toute résistance est absolument inutile.
Quelque temps après cette discussion, Messalah se précipite dans la chambre de son amant, prêt à défaillir. Il vient d'assister à un sacrifice au dieu Baal, où il a vu un enfant se faire dépecer et rôtir à la broche sous ses yeux (heureusement l'auteur nous fait grâce de ce passage), les mains trempées de sang de l'empereur.... Pétrifié d'horreur, le jeune homme ne peut en dire davantage et se jette dans les bras de Dulg. Ce dernier lui propose encore une fois de s'enfuir avec lui, lui assurant qu'avec sa force, il est certain de parvenir à l'emmener sain et sauf en Germanie. Mais tremblant et résigné, Messalah s'obstine à refuser: selon lui toute tentative est perdue d'avance, il ne réussiront jamais à quitter Rome.

Hélas, le bruit devait finir par parvenir aux oreilles de l'empereur que son serviteur Messalah a en charge un homme magnifique. Le jeune homme a beau assurer à Son Altesse que cet esclave n'est pas encore prêt à lui être présenté, Héliogavalus insiste pour le voir lors du banquet de ce soir. Le moment venu, alors que la fête bat son plein, Dulg ne manque pas de s'étonner de la richesse et l'abondance des plats proposés, mets délicats et raffinés venus de toutes les colonies romaines. Cependant Messalah, en entendant évoquer les sacrifices humains, n'est pas dupe: sous leurs habits luxueux et leurs ornements de fleurs et de pierres précieuses, tout le monde pense la même chose, "la prochaine fois ce sera mon tour". Et pour la première fois, le jeune homme se dit que Dulg a raison, ce n'est pas une vie. Surtout pour lui: frappé de l'interdiction d'une chose aussi importante que d'être aimé, moins que quiconque il ne lui est permis de vivre comme un être humain.
Peu après que l'empereur ait fait son entrée, Dulg se fait remarquer en prenant la défense d'un esclave qu'un noble voulait faire mutiler pour avoir brisé un bol. De la façon dont Héliogavalus a alors arrêté les yeux sur son ami, Messalah comprend aussitôt que dès le lendemain, ce dernier sera appelé dans la chambre impériale. Ainsi, bien que prétendant que peu lui importe que Dulg ne puisse plus rester à ses côtés - depuis le début leur liaison était vouée à s'achever ainsi - une fois qu'ils se retrouvent seuls le jeune homme supplie le Germain de l'étreindre une toute dernière fois, avec tendresse comme il le préfère. Après cette nuit de passion, serrant son bien-aimé dans ses bras, Dulg tente de le réveiller afin de lui soumettre son plan d'évasion. Mais hélas, Messalah ne répond pas, le corps en feu, en proie à une violente fièvre. Désespéré de perdre Dulg et ne pouvant supporter de retourner à sa morne vie sans amour, le jeune homme a décidé de mettre fin à ses jours en absorbant du poison.
Après un pénible lavage d'estomac, Messalah finit par être sauvé, mais l'empereur est désormais au courant qu'il a désobéi à ses ordres et s'est uni avec un esclave. Pour le punir, Héliogavalus le jette aux mains des jeunes esclaves que Messalah lui-même avait "éduqués", l'avertissant que si jamais il tentait encore une fois de se suicider, Dulg serait immédiatement mis à mort. Un peu plus tard, le souverain prononce la même menace mais cette fois à l'intention du gladiateur: si jamais ce dernier tente de lui résister, il tuera Messalah. A peine se trouve-t-il un moment auprès de l'empereur que Dulg ne tarde pas à réaliser qu'en dépit de l'épais maquillage couvrant le visage d'Héliogavalus, il a affaire à un enfant (l'empereur n'a que 18 ans, il est monté sur le trône à l'âge de 14 ans), un enfant qui s'amuse en brisant ses jouets. Comment est-il possible que la grande Rome qui possède des centaines d'armées avec lesquelles elle a écrasé des peuples aussi résistants que les Germains se soumette ainsi au bon vouloir d'un gamin capricieux ? Dulg comprend également qu'Hélio désire plus que tout être aimé, mais probablement n'est-il aimé par personne, voilà la raison pour laquelle il veut faire subir la même chose à Messalah.
Sachant désormais à qui il a affaire, Dulg va feindre la soumission à ce jeune empereur, en attendant que se présente l'occasion propice à secourir Messalah, préparant en secret tout ce qui sera nécessaire à leur fuite vers la Germanie. De son côté, livré à la jalousie et à la cruauté de son souverain, Messalah n'a plus qu'un seul souhait, que celui qui lui a enseigné ce qu'était la joie puisse un jour être heureux, même loin de lui, même s'il doit le perdre pour toujours. Mais bientôt, ne pouvant plus supporter les regards mélancoliques de Dulg dont il se doute bien qu'il pense toujours à son rival, Héliogavalus décide de sacrifier Messalah au dieu Baal sous les yeux du gladiateur de la manère la plus horrible et la plus humiliante qui soit. Ignorant qu'en fait Dulg attend patiemment son heure, n'imaginant même pas que ses dévoués esclaves pourraient un jour oser se rebeller et signer son arrêt de mort....

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- Yûwaku no Amaï Wana ("Le Doux Piège de la Tentation"), page 3: Bien que les noms des personnages diffèrent, il s'agit clairement d'une transposition dans l'univers Yaoï du fameux tandem Hercule Poirot - Hastings des romans d'Agatha Christie. Léonor Duvier est un jeune détective français aussi célèbre et talentueux que - tel son homologue belge - affublé d'un épouvantable complexe de supériorité. Complexe que doit supporter tant bien que mal son ami et assistant Sir Gilbert Craven, un jeune lord anglais fort riche qui, pour "tuer le temps" et ne pas tomber dans l'oisiveté, le suit partout dans ses différentes enquêtes. Gilbert aurait pourtant des tas de raisons de tourner en bourrique et planter là l'égocentrique détective: non seulement Léonor ne cesse de lui rappeler avec un brin de condescendance que l'esprit du jeune homme est loin de s'élever à la hauteur du sien, mais il a tendance à traiter ce dernier un peu comme son homme à tout faire, l'obligeant à écrire à sa place les lettres de refus aux nombreuses demandes d'enquêtes que le détective reçoit chaque jour et qu'il juge indignes de son intelligence supérieure ! Pour ne rien arranger, Léonor a également une manière bien "française" de témoigner démonstrativement son affection, qui n'est pas sans dérouter le malheureux Gilbert: un peu obtus, le jeune lord - qui a un faible prononcé pour les jolies femmes - est incapable de remarquer le tendre sentiment qu'il inspire à son ami. Pourtant, malgré tous les soucis que ce dernier lui cause, Gilbert désire plus que tout protéger Léonor; voilà pourquoi il s'applique à demeurer auprès de lui: bien qu'ignorant la nature de ce dévouement, il serait prêt à endurer n'importe quoi du moment qu'il puisse se rendre quelque peu utile à son ami.
Un jour que sous prétexte de redresser la cravate de Gilbert, le troublant détective se lance dans une énième tentative de séduction, la femme de chambre vient soudain annoncer une visite: il s'agit de Mme Ridgeway, une dame du monde fort élégante dont le jeune lord ne manque pas d'admirer la beauté, à l'irritation de Léonor. La jeune femme explique qu'à cause de problèmes financiers, elle se voit contrainte de se séparer de ses bijoux. Mais puisque si elle les mettait en vente ici, en Angleterre, le bruit de sa faillite se répandrait bien vite dans la cruelle bonne société, elle souhaiterait les faire convoyer jusqu'à une bijouterie en Amérique, mission dont elle aimerait charger le célèbre Léonor Duvier. Et à la grande surprise de Gilbert, alors qu'il ne s'agit que d'une bête affaire de transport de bijoux nullement susceptible de convenir aux talents d'un être aussi narcissique, Léonor accepte aussitôt la mission. Alors, après avoir brièvement montré le contenu de sa mallette blindée, Mme Ridgeway la vérouille d'un tour de clé; cette clé sera convoyée dans un envoi séparé en Amérique, de façon à ce que personne ne puisse ouvrir la mallette jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à destination. Ce n'est pas que la jeune femme n'a pas confiance en Léonor, cependant elle juge que mieux vaut prendre le maximum de précautions.
Un peu plus tard, la dame partie, lorsque Léonor demande à son ami ce qu'il pense de leur visiteuse, Gilbert lui répond comme il s'y attendait que voilà une jeune femme intelligente et astucieuse, ainsi que fort belle ! Le détective pousse un profond soupir, consterné: encore une fois le jeune lord n'a pas les yeux où il faut, ne remarque rien de ce qu'il faudrait voir. Car comment se fait-il que quelqu'un qui prétende avoir de gros problèmes d'argent puisse être vêtue et parée à la toute dernière mode ? L'astuce de la coquetterie féminine qui se débrouille toujours pour s'en sortir indemne même dans les situations les plus critiques ne saurait expliquer une si coûteuse élégance.... Réfléchissant sans vraiment comprendre où son ami veut en venir par là, Gilbert vexé réalise néanmoins que ce dernier est encore en train de le jauger négativement. Mais vu qu'il s'agit d'une mission davantage physique qu'intellectuelle, le jeune homme assure qu'il pourra être utile au détective, ce que Léonor s'empresse d'acquiescer: "Gilbert, tu ne vas quand même pas me laisser partir tout seul en Amérique ? supplie Léonor en lui prenant les mains d'un air implorant. Alors qu'il se pourrait bien que cela devienne un voyage dangereux.... Je compte tellement sur toi...." Incapable de s'opposer aux désirs du détective, Gilbert, le coeur battant, finit par accepter de l'accompagner. En guise de remerciement, avant qu'il n'ait pu faire un geste, Léonor lui saute au cou et lui plaque un gros baiser sur la joue, s'exclamant: "Gilbert, je t'aime !" Décidément, il faudra encore du temps avant que le jeune homme, confus mais résigné, parvienne à s'habituer à la manière française d'exprimer avec effusion ses sentiments !
Tandis que commence le long voyage des deux compères vers l'Amérique, le détective a maintes occasions de prouver que les missions physiques ne lui conviennent guère. A peine a-t-il posé le pied sur la passerelle légèrement instable du navire qu'il doit se raccrocher à Gilbert, terrorisé: il a une peur bleue des voyages en bateau ! De même, à peine le navire a-t-il quitté le quai que voilà Léonor terrassé par le mal de mer ! Néanmoins ces points faibles de son ami procurent un certain sentiment de bien-être au jeune lord, car dans ces moments-là, enfin Léonor se repose entièrement sur lui. Ce n'est que trois jours après leur départ, durant lesquels il est resté cloué au lit, que le détective semble enfin guéri de son malaise. Gilbert n'a cessé de le veiller jour et nuit, ce dont Léonor lui est sincèrement reconnaissant. Sous prétexte de remercier le jeune lord, c'est l'occasion pour le détective de tenter à nouveau un rapprochement; mais hélas, une fois encore, gêné et trouvant ces effusions exagérées, Gilbert le repousse. Comme c'est étrange.... Le jeune homme se montre en même temps si dévoué et si distant.... Léonor a beau déployer tous ses charmes, ceux-ci ne semblent avoir aucun effet sur Gilbert; alors, comme d'habitude, le détective s'excuse en attribuant son comportement trop familier à son éducation française, mais chacun de ses échecs lui procure davantage d'irritation....

Le soir venu, bien qu'il soit d'une humeur massacrante, Léonor accompagne son ami à la fête organisée par le capitaine. Là, tandis que Gilbert admire les belles dames selon son penchant habituel, son attention est rapidement détournée par la vue d'un homme dans la foule des invités d'aspect beaucoup moins reluisant que les clients habituels de ce genre de paquebot réservé à des passagers aisés. On pourrait attribuer son allure négligée à la fatigue du voyage, mais tout de même, ce type a tout le physique d'un malfrat. Heureusement que Léonor et lui sont les seuls à connaître l'existence de la mallette aux bijoux ! remarque Gilbert. Cependant son ami le contredit aussitôt: les secrets sont rapides à être divulgués, surtout par la bouche d'une femme.... Cette mysoginie galopante du détective va encore avoir l'occasion d'empirer lorsqu'au beau milieu de leur conversation, une belle jeune fille vient les aborder lui et Gilbert. Elle se présente comme Elsa Miller, et supposant que pour deux hommes seuls le voyage doit être passablement ennuyeux, elle leur propose gentiment sa compagnie. Un instant plus tard, se levant brusquement de table où il tirait jusqu'alors la tronche tandis que Gilbert devisait avec la jeune fille, Léonor s'empresse de décliner son offre avec un regard mauvais: "Moi, j'aime rester seul en tête à tête avec lui" lance-t-il froidement sous le regard choqué de Gilbert, qui craint un gênant malentendu. Et s'excusant qu'il est tard, prétendant que les voix haut perchées et les odeurs de vernis à ongles lui ont donné mal au coeur, Léonor entraîne son ami par le bras hors du salon.
Soudain inquiet que le mal de mer n'ait assailli à nouveau le détective, Gilbert renonce à s'indigner du comportement malpoli de ce dernier et s'empresse, un bras passé autour de ses épaules, de reconduire Léonor jusqu'à leur chambre. Mais arrivé là, c'est une surprise terrible qui les attend: la cabine a été mise complètement sens dessus-dessous ! La mallette est toujours là, grâce à la prévoyance de Léonor qui l'a attachée au pied du lit avec une chaîne, mais des traces montrent bien qu'on a essayé de la forcer. Pas de doute: quelqu'un est au courant pour le convoi et tente de voler les bijoux ! Néanmoins, à la surprise de son ami, Léonor conserve un calme imperturbable: le coupable ne pourra pas s'enfuir, puisqu'ils se trouvent sur un bateau ! Et d'ailleurs, assure le détective avec un mystérieux sourire, tout se déroule comme il l'avait prévu. Mais il n'en dit pas davantage, si bien qu'encore une fois, Gilbert a l'humiliante sensation que Léonor s'octroie à lui seul le privilège de tout comprendre de la situation, et par là-même se donne le droit de le traiter comme un enfant. Par moment le détective dépasse vraiment les bornes, et le soir, une dispute finit par éclater entre les deux compères: malgré la réticence de Léonor, Gilbert a fini par se laisser séduire par la jeune Elsa; le détective reproche à son ami d'accorder trop facilement sa confiance à une inconnue simplement parce qu'elle est jolie. Pourtant, si Gilbert ouvrait correctement les yeux, il serait en mesure de découvrir la personne digne de lui, affirme Léonor (en parlant bien sûr de lui-même !). Mais cette fois-ci, il a été trop loin pour le jeune lord dont la patience a déjà été si souvent mise à rude épreuve. Alors, afin de prouver qu'il a raison et que Gilbert ne décèle pas la réalité, le détective propose qu'ils agissent chacun de leur côté durant quelque temps, libres l'un et l'autre de faire ce que bon leur semble.
Gilbert ne se le fait pas dire deux fois et s'empresse d'inviter Elsa à passer la soirée avec lui - une personne douce et gentille, pas comme cet égocentrique et narcissique Léonor ! Mais voilà, bien malgré lui, durant tout le repas le jeune lord ne cesse de se demander ce que son ami peut bien faire pendant ce temps. Le détective a beau posséder une intelligence remarquable, dès qu'il s'agit d'agir à la force de ses bras, c'est une autre histoire ! Il est même arrivé que profitant que Gilbert l'ait quitté des yeux, Léonor ait failli se faire attaquer par des hommes entreprenants ! Non, décidément, il ne peut s'empêcher d'être inquiet, et s'excusant auprès d'Elsa, qui a bien entendu remarqué que le jeune homme était sans cesse dans la lune, Gilbert finit par prendre congé pour retourner à la cabine. Etrangement, Léonor ne s'y trouve pas. L'heure est pourtant tardive.... Mais tandis que Gilbert se fait cette réflexion en continuant d'attendre avec une impatience mêlée d'appréhension, le détective finit par paraître, soutenu par un gentleman inconnu. Léonor n'a pas l'air bien, et son nouveau compagnon l'aide à s'étendre sur son lit avant de prendre congé en lui baisant la main. "Qu'est-ce que ça veut dire ! Qu'est-ce que c'est que ce type !" Gilbert a beau repousser toutes les tentatives de séduction de son ami, curieusement, il ne supporte pas que d'autres hommes approchent ce dernier, cela provoque chez lui une irritation qu'il ne s'explique pas. Surtout que bien que séduisant, ce gentleman qu'il vient de rencontrer arbore un visage à l'expression rusée qui n'est pas pour lui plaire, ainsi Gilbert s'empresse de vérouiller la porte à double tour sitôt l'inconnu parti.
Tandis que le jeune homme demande à Léonor ce qui s'est passé, ce dernier raconte qu'on a essayé de le tuer en faisant tomber sur lui un vase de fleurs. "Qui a bien pu faire une chose pareille !" s'exclame Gilbert inquiet. Mais sur un ton moqueur, Léonor conseille à son ami de se soucier plutôt de lui-même en prenant bien garde à sa Miss Elsa, à qui le jeune homme accorde déjà une confiance aveugle en gobant naïvement tous ses mensonges. Quant à ce gentleman au regard pervers qui déplaît tant au mylord, c'est ce dernier qui vient de lui sauver la vie, parce que monsieur Gilbert était trop occupé avec sa demoiselle pour s'inquiéter de lui. Les deux compères recommencent donc à se disputer, jusqu'à ce que furieux, Gilbert quitte précipitemment la chambre en claquant la porte. Et pourtant, sitôt qu'il se retrouve seul, le détective arbore un mystérieux sourire satisfait: voilà tous les acteurs en scène, tout fonctionne selon son plan. En faisant exprès de mettre Gilbert en colère, il sait bien que ce dernier ira se réfugier auprès de Elsa, qui ne va pas tarder à dévoiler son jeu. Léonor soupçonne en effet Mme Ridgeway d'avoir conçu un plan machiavélique, s'octroyant l'aide de complices pour mener à bien une escroquerie à l'assurance: la mallette qu'elle a confié au détective contient en réalité des copies fausses de ses bijoux ! Cette dame va bientôt regretter d'avoir choisi le redoutable Léonor Duvier pour l'exécution de cette mission de pacotille ! Néanmoins, même s'il a d'ores et déjà percé le mystère, le danger est loin d'être écarté, et à présent qu'il se trouve séparé de Gilbert, le détective risque gros. Mais Léonor a confiance en son ami. Il sait que quoi qu'il arrive, Gilbert reviendra toujours à temps pour le sauver....

© Minami Mégumu / Hanaoto - Léonor, un personnage tout en contraste à la personnalité difficile à cerner. Avec ses tendances narcissiques et son inclination à dire tout ce qu'il pense sans se préoccuper de l'amour-propre des autres, on pourrait le voir comme un type odieux; et pourtant, c'est en réalité un être ultra-sensible qui dissimule sous ses grands airs un passé pénible lié à sa famille et à la Révolution Française. Sa mauvaise langue, qui blesse souvent son ami et assistant Gilbert, provient surtout d'une maladresse à exprimer ses sentiments avec simplicité.
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Intrigue: Cette histoire est inspirée de la vieille légende chinoise Saiyûki ("Voyage vers l'Occident"), bien sûr pas le manga de Kazuya Minekura ni le dessin-animé qui en a été tiré, mais la véritable histoire inspirée de la vie du moine bouddhiste Xuan Zang, personnage réel qui voyagea jusqu'en Inde à la recherche de Sutras. Trois compagnons le protégeaient durant son périple, le Singe, le Cochon et le Démon des Eaux (Dragon). Cette légende très ancienne compilée au 16ème siècle dans un recueil par Wu Cheng'en a inspiré de nombreux dessin-animés et mangas, dont les plus célèbres sont sans conteste les adaptations qu'en ont fait Kazuya Minekura et bien sûr Akira Toriyama en reprenant le personnage du Roi Singe, Son Goku, pour Dragon Ball . Voici à présent la version que donne de Saiyûki Minami Mégumu:
Sanzô, un jeune moine de haut rang, a été chargé par l'Empereur d'une importante mission: se rendre au temple de Tenjiku afin d'aller chercher un document religieux sur lequel est inscrit un Sutra particulièrement bénéfique. Voyage long et périlleux, surtout pour un moine d'apparence frêle et gracile comme Sanzô. Heureusement, le jeune homme est accompagné durant ce périple par trois gardes du corps chargés de le servir et de le protéger, trois suivants qui malgré leur apparence humaine, sont en réalité des divinités déchues: jadis, ils occupaient une place importante dans le Royaume Céleste, mais pour avoir abusé de leur position et s'être abandonné à l'orgueil et au crime, la divinité bouddhiste Kannon, figure par excellence de l'amour et de la compassion, leur a infligé en guise de châtiment d'escorter le jeune moine. Il y a Hakkai, l'insolent qui passe son temps à draguer tous les êtres de belles apparence qu'ils soient filles ou garçons, puis Sagojô, jeune homme délicat au charme désuet de princesse des temps anciens qui cache sous ses airs doux et sage un penchant pour le cannibalisme, et enfin le bouillant Son Goku, le fameux Roi Singe (qui a inspiré Akira Toriyama pour créer le héros de Dragon Ball ), guerrier de légende aussi naïf et enthousiaste que bagarreur et perpétuellement préoccupé par son estomac. Celui-ci s'avèrant particulièrement difficile à contrôler, Kannon lui a placé une sorte de diadème autour du front, grâce auquel Sanzô sera à même de contenir son comportement belliqueux !
Le voyage des quatre compères se poursuit paisiblement, simplement troublé par les perpétuelles disputes de Goku et Hakkaï, doté chacun d'un caractère bien trempé au point qu'ils ne cessent de se prendre le bec à tout propos. Jusqu'à ce qu'un jour, leur chemin croise celui d'un jeune homme de belle apparence qui tente de s'approcher de Sanzô afin de lui offrir des fruits. Tandis que cet inconnu très attiré par la beauté du moine commence à le serrer d'un peu trop près, Son Goku qui fait preuve à l'égard de son maître d'un dévouement un peu trop zélé, assomme l'importun d'un grand coup de son bâton magique ! "C'est un monstre," explique le guerrier tandis que ses compagnons l'abreuvent de reproches, scandalisés de son geste exagéré. Néanmoins les autres ne veulent rien entendre, et selon Hakkaï, en traitant cet innocent jeune homme qui git à présent inconscient de monstre, Goku ne cherche qu'un prétexte pour excuser sa violence inconsidérée. Malgré la puissance du coup, l'inconnu est encore en vie, alors si l'un des trois immortels consentait à lui donner un baiser afin de lui donner un peu de force vitale, il pourrait s'en remettre et survivre. Hakkaï séduit par le jeune homme dès le départ est le premier à se proposer pour cette tâche, néanmoins Sanzô refuse, car pour s'être jadis nourris de substantes interdites - comme de la chair humaine - Hakkaï et Sagojô sont désormais impurs. C'est donc à Son Goku de réparer lui-même les conséquences de ses bêtises, et bien que persuadé que laisser vivre ce jeune homme inconnu n'apportera rien de bon, il finit par s'exécuter, forcé d'obéir à la requête de son maître. Mais tandis que le guerrier applique ses lèvres contre celles de sa victime, Sanzô ressent soudain une irritation qu'il ne s'explique pas. C'est pourtant bien lui qui a ordonné à son suivant d'agir ainsi ?
Alors que ses trois compères et lui repartent enfin, le jeune moine n'arrive pas à cacher sa mauvaise humeur, dont la cause n'échappe pas à Hakkaï, versé plus que quiconque dans les choses de l'amour: selon lui, Sanzô est torturé par le désir charnel, car il a beau être moine, il n'en est pas moins humain, et pour un homme jeune et en pleine force de l'âge comme leur maître ce doit être particulièrement difficile de conserver chasteté et virginité. Son Goku s'insurge aussitôt contre les propos de son camarade: pour lui Sanzô est un saint homme, dont le périple initiatique ne saurait être souillé par des considérations aussi futiles ! D'ailleurs leur rôle à tous trois en tant que suivants n'est-il pas de veiller attentivement à ce que personne, homme, femme, ou démon, ne puissent s'approcher du jeune homme et tenter de le dévoyer ? "C'est vrai," songe Sanzô en écoutant amèrement cette conversation: en tant que moine, il lui faut remplir cette mission importante que lui a confiée l'Empereur, en tentant de se chasser de l'esprit tout ce qui pourrait le détourner de son but. Et pourtant, Sanzô doit bien se l'avouer, cela fait déjà un bon moment qu'il ressent un sentiment bien loin de la simple affection d'un maître à son suivant pour l'intrépide Son Goku....

La nuit venue, alors que les quatre compères font halte pour dormir dans un temple abandonné, l'humeur de Sanzô ne s'est pas améliorée d'un poil: plus que jamais, il se montre irrité de la prévenance de Goku à son égard, car il a beau savoir que le guerrier n'agit ainsi que par préoccupation de son bien-être, il est si pénible pour le jeune homme d'être ainsi entouré des soins attentifs de celui qu'il n'a pas le droit d'aimer.... Mais en s'éveillant au beau milieu de la nuit et surpris de ne pas trouver Goku à son côté, Sanzô se lève et par la porte entrouverte assiste à une scène qui le pétrifie de stupeur et de désespoir: le guerrier se trouve au-dehors en compagnie du jeune homme rencontré plus tôt, qui pour le remercier de lui avoir sauvé la vie, n'a rien trouvé de mieux que de lui offrir son corps. Saisi de violents tremblements, Sanzô a beau se faire entendre qu'il doit faire cesser ces ébats immédiatement, car même si ce n'est que temporaire, en tant que son suivant Goku se doit de respecter l'abstinence des moines, il ne parvient pas à bouger. Mais soudain, un curieux changement se produit chez l'autre jeune homme: tandis qu'il aspire la force vitale de Goku par l'intermédiaire de son sexe, lui poussent bientôt des cornes et une queue ! C'était bien un démon comme n'avait cessé de clamer le guerrier ! Et une fois qu'il se sera débarrassé de ce garde du corps gênant qui tantôt l'avait empêché d'approcher le magnifique prêtre, il compte bien dévorer ce dernier ! Hélas pour lui, le démon ignore complètement à qui il a affaire ! On ne se débarrasse pas aussi facilement d'un guerrier comme Son Goku qui, tirant son bâton magique de son oreille où il le cache réduit à une taille minuscule, a tôt fait de réduire en bouillie son assaillant ! Puis, se tournant fièrement vers son maître, le guerrier lui lance qu'il a pu constater par lui-même qu'il avait raison au sujet de ce jeune homme: il s'agissait bien d'un monstre, ses prunelles mordorées et magiques n'ont pas leur pareille pour détecter le mal sous toutes ses formes.
Mais au lieu de le complimenter comme il s'y attendait, Sanzô ne fait qu'accabler Son Goku de reproches: qu'était-il en train de faire avec ce démon à l'instant !? Ce à quoi le guerrier répond simplement qu'il n'avait pas spécialement envie d'étreindre ce monstre, mais puisque celui-ci ne montrait pas sa véritable apparence et que s'il l'avait tué sous cette forme humaine Sanzô l'aurait puni en l'accusant de meurtre, il n'a eu d'autre choix que de faire semblant de se soumettre à ses caresses afin que le démon ose enfin se montrer sous son vrai jour. Son Goku a néanmoins remarqué une chose qui n'est pas sans lui arracher des soupirs de tristesse: son maître ne s'en prend qu'à lui, alors qu'il aurait pourtant bien des raisons d'enguirlander un obsédé comme Hakkaï. "Vois ça comme du favoritisme, répond froidement le jeune moine en lui tournant le dos. Et si ça ne te plaît pas, pourquoi tu ne t'en irais pas ?" En son for intérieur, Sanzô se dit que ce serait la meilleure chose à faire, car il ignore combien de temps encore il pourra réfréner cet amour qui va finir par le rendre fou. Néanmoins, Goku répond qu'il lui impossible de partir: tant qu'il portera sur le front le diadème apposé par la déesse Kannon, il n'aura d'autre choix que de servir Sanzô.
Quelques jours s'écoulent, et tout en poursuivant leur voyage, les quatre compères finissent par arriver au temple de Gosôkan sur le Mont Manju. Celui-ci est dirigé par un Elfe très puissant du nom de Chingenshi et recèle un trésor inestimable, l'arbre qui fournit les Ninjinka: il s'agit d'un fruit dont on ne peut en récolter que trente tous les dix-mille ans et qui a la forme d'un bébé; celui qui mange un seul de ces fruits magiques obtiendra une espérance de vie de quarante-sept mille ans ! L'Elfe Chingenshi étant contraint de s'absenter mais ayant senti grâce à ses pouvoirs la venue prochaine de Sanzô et sa troupe, il ordonne à ses domestiques de servir des Ninjinka au jeune moine, mais surtout de veiller à ce que les suivants de ce dernier n'y touchent pas ! Hélas, à peine a-t-il aperçu ces fruits en forme de bébé contenus dans une grosse noix qu'effrayé par ce qui lui paraît du cannibalisme, Sanzô ne peut se résoudre à en manger, et c'est Son Goku, motivé par son habituelle gloutonnerie, qui finit par s'emparer des précieux fruits qu'il distribue également à ses compagnons. Un sacrilège, car les Ninjinka ne sont offerts qu'à des hôtes de marque ! Furieux, les domestiques de Chingenshi commencent à gronder les trois voleurs tout en les accablant d'insultes. Mais lorsque une servante traite finalement Son Goku de singe stupide, c'est la goutte d'eau: de rage, le guerrier s'empare de son bâton magique dont il brise l'arbre sacré ! Effrayés par ce qui vient de se passer, les trois compères décident de quitter le temple au plus vite avant le retour de son propriétaire, emmenant avec eux Sanzô, qui ne comprend rien à ce départ précipité. Mais de retour chez lui et apprenant ce qui est arrivé à son précieux arbre, Chingenshi fou de rage a tôt fait de rattraper les fuyards: alors qu'il avait accueilli les voyageurs en amis, ces derniers ont enfreint toutes les lois de l'hospitalité ! Il veut qu'on lui rende son arbre, et en dépit de la puissance de Son Goku, l'Elfe n'a aucun mal a faire prisonnier toute la petite troupe.

Ligotés chacun contre un arbre dans le jardin du temple de Gosôkan, les quatre compères passent en jugement devant Chingenshi. Ce dernier connaît parfaitement les antécédents de Son Goku et la manière dont le guerrier a été chassé du Ciel, et constate avec mépris que sa pénitence terrestre n'a en rien guéri son caractère violent et sa stupidité. En cet instant encore, Goku ne parvient toujours pas à réaliser la gravité de ses actes: dévorer goulûment des fruits si rares puis briser l'arbre sacré ! Mais ce crime odieux n'appelle qu'un seul châtiment, les mille morts ! Sur ces mots, Chingenshi fait apporter une gigantesque marmite emplie d'huile bouillante dans la clairière, avant de s'approcher de Sanzô: l'Elfe sait que le moine est la réincarnation de la divinité Kinzenshi; il a suivi assidûment l'entraînement et l'enseignement des prêtres, et de plus n'a encore jamais connu l'amour charnel. Les occupants de ce temple avaient l'habitude de se nourrir des fruits de l'arbre sacré afin de conserver leur immortalité, mais nul doute que s'ils dévorent la chair d'un être aussi pur que Sanzô, ils pourront concerver jeunesse et éternelle longévité. Alors que les domestiques de Chingenshi s'apprètent à accomplir la terrible sentence de leur maître sous les protestations effrayées du jeune moine, Goku s'insurge contre le traitement infligé au corps si pur de Sanzô. Pourquoi Chingenshi s'en prend-il à son maître ? Après tout, c'est lui-même, Son Goku, qui a volé les fruits magiques et brisé l'arbre, il estime donc que c'est à lui d'entrer dans la marmite d'huile le premier. C'est ainsi qu'ôtant ses vêtements selon la volonté de l'Elfe afin de ne pas souiller la mixture, sous les regards admiratifs de l'assistance en découvrant son superbe corps de guerrier, Goku plonge sans hésitation dans le liquide bouillant.
Après avoir laissé la mixture mijoter quelques minutes, les serviteurs de Chingenshi remarquent avec stupeur qu'il ne reste rien dans la marmite, pas même les os, qui ont dû fondre à cause de l'épouvantable chaleur. Sagojô a beau assurer à Sanzô que Goku connaît parfaitement la technique des 72 Transformations, qu'il a certainement agi avec un plan en tête et a dû se changer en pierre ou autre afin de ne pas être brûlé, le jeune moine horrifié est assailli par un désespoir insupportable. Il ne peut admettre l'idée que Goku meure, cela ne se peut pas.... Le guerrier n'avait-il pas fait le serment de le protéger, depuis ce jour où Sanzô l'avait secouru alors qu'il gisait emprisonné sous une montagne, châtié pour avoir mis le Royaume Céleste à feu et à sang ? Et maintenant, voilà Goku disparu, mort sans doute au fond de cette marmite.... En larmes, Sanzô se penche sur le récipient: "Attends-moi au Paradis, prononce-t-il, résolu et serein. Je vais tout de suite te rejoindre, alors attends-moi...." Et sur ces mots, sous les appels effrayés des deux suivants qui lui restent, Sanzô s'apprète à se jeter lui aussi dans la marmite. Epouvanté, Hakkaï ne peut admettre que Son Goku les ait ainsi abandonné et consente à ce que leur maître se sacrifie à son tour. "Idiot ! commence-t-il à crier. Âne bâté ! SINGE STUPIDE !!!" Et s'il y a bien une insulte que ne peut supporter Son Goku, c'est bien celle-là, car c'est bien connu, il n'y a que la vérité qui blesse ! Le guerrier ne l'a pas plus tôt entendue qu'il se dresse hors de la marmite, terrorisant au passage les serviteurs de Chingenshi qui s'enfuient aussitôt sans demander leur reste ! Sanzô est tellement soulagé de retrouver son garde du corps vivant qu'en s'avançant vers lui en larmes, il trébuche et manque de tomber dans l'huile bouillonnante. Heureusement Goku le rattrape juste à temps, et serré dans les bras de son bien-aimé, le jeune moine peut enfin goûter quelques instants de bonheur. La peur d'avoir perdu Goku lui a fait comprendre une chose: les sentiments qu'il ressent envers le guerrier ne se résument pas à un simple désir charnel comme il le croyait au départ, il s'agit d'un amour passionné et sincère.
Expliquant qu'il n'a pas été tué en se jetant dans la marmite pour s'être transformé en clou, Son Goku libère ses deux autres compagnons. Mais si tout le monde est sain et sauf, le problème n'est pas réglé pour autant, car Chingenshi n'est pas disposé à renoncer à sa vengeance. Il défie donc Goku en combat singulier, à l'effroi de Sanzô: car l'Elfe est le plus puissant des Esprits de la Terre, même la déesse Kannon n'oserait s'attaquer à lui, et d'ailleurs n'a-t-il pas déjà battu Goku une fois ? Mais sage et apaisant, Sagojô s'empresse de rassurer le jeune moine: cette fois, le combat sera différent. Car en l'affrontant tantôt le guerrier a eu l'occasion d'observer les techniques de son adversaire, il sait désormais comment les contrer. Mais surtout, à présent, Goku a la plus importante des raisons de ne pas perdre: la protection de son maître bien-aimé ! Et en effet, Goku qui semble soudain une toute autre personne, plus agile, plus souple, plus féroce - un vrai singe ! - déjoue avec une aisance incroyable toutes les attaques de Chingenshi, prenant un plaisir visible au combat. Si bien qu'à bout de souffle et sentant que l'affrontement s'il se prolonge ne va pas tourner en sa faveur, l'Elfe demande une trève et propose de négocier: si Goku parvient à rendre à l'arbre sacré brisé en deux et à moité arraché du sol son état initial, il lui pardonnera et laissera repartir la petite troupe. Rien d'impossible pour quelqu'un comme Son Goku, qui trouve immédiatement le moyen de guérir l'arbre: l'eau magique de la déesse Kannon. Bien sûr, ce n'est pas un liquide qu'on obtient facilement, mais plein de ressources et s'embarrassant peu des moyens ou de la manière, Goku est persuadé qu'il parviendra à s'en procurer. Et sur cette promesse, appelant Kinton son nuage magique et recommandant à l'Elfe de prendre bien soin de Sanzô jusqu'à son retour, le guerrier part en quête de l'eau de Kannon. En le regardant s'éloigner, Chingenshi remarque à Sanzô comme il a de la chance d'avoir un tel homme à ses côtés: quoi qu'il advienne, il peut être certain que Son Goku le protégera....
Et c'est ainsi que quelque temps plus tard, après avoir ressuscité l'arbre sacré sans encombre, les quatre voyageurs s'apprète à reprendre leur chemin. Bouillant d'impatience de repartir, Goku est tout à fait égal à lui-même, enthousiaste dans l'espoir de vivre bientôt de nouvelles aventures. "Apparemment, il n'a pas remarqué mes sentiments," songe Sanzô en esquissant un sourire triste. Néanmoins le jeune moine se dit qu'au fond c'est mieux comme ça: peut-être que lui-même finira par vaincre ses sentiments déraisonnables, par retrouver un coeur paisible et détaché digne d'un religieux. Pourtant, à la manière dont Sanzô réagit en voyant Goku flirter avec Chingenshi, nul doute que ses bonnes résolutions ne vont pas durer bien longtemps ! D'autant plus que le voyage qui les conduit au temple Tenjiku est encore fort long, maître et garde du corps auront à n'en pas douter de nombreuses occasions de conclure!

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