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© Reiichi Hiiro

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- Index des Titres et des Auteurs -

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Reiichi Hiiro

------------------------------------* Punch Drunk Babies 1

------------------------------------* Punch Drunk Babies 2

------------------------------------* Punch Drunk Babies 3

 

 

© Reiichi Hiiro

Punch Drunk Babies

 

Auteur: Reiichi Hiiro

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 3

 

 

Intrigue: De bon matin, alors qu'il est en train de faire son jogging, Kyôhei s'effondre sur le sol, victime d'anémie. Affamé, il reprend néanmoins sa course jusqu'à ce qu'il passe soudain devant un sushiya (restaurant spécialisé dans la préparation des sushis, cuisine à base de poisson cru). Attiré malgré lui par tous les plats appétissants exposés dans la vitrine, c'est comme en transe que Kyôhei finit par entrer dans le restaurant, où un jeune homme aux cheveux clairs d'une très grande beauté lui souhaite la bienvenue. Mais ce qui captive Kyôhei, c'est surtout la vue de la nourriture, et toujours plongé dans un état second, il s'assoit au comptoir et passe sa commande sous le regard interrogateur du jeune cuisinier. Cependant, une fois servi, Kyôhei reprend tout à coup ses esprits, et après moult hésitations, il finit par jeter violemment à terre la boule de riz surmontée de poisson sans même avoir avalé une bouchée. Ouf ! C'était moins une ! soupire-t-il, soulagé d'avoir pu résister à la tentation. Mais derrière lui, le jeune cuisinier est furieux, et avant d'avoir compris ce qui lui arrive, Kyôhei reçoit dans la figure un vigoureux crochet du droit. Avant de perdre conscience, à peine a-t-il le temps de se dire qu'il a déjà fait l'expérience de ce coup de poing.

Lorsque Kyôhei reprend connaissance quelques heures plus tard, il apprend que le jeune cuisinier, Yûya Miné, a décidé de quitter le restaurant, malgré les protestations de son patron qui lui assure qu'il ne lui en veut pas d'avoir frappé un client, ce n'était pas de sa faute. Entendant ces paroles, Kyôhei se relève d'un bon et s'élance vers le jeune homme, lui aussi opposé à ce que ce dernier abandonne son travail à cause de lui. Mais Yûya répond froidement qu'il n'a pas le moindre remord de l'avoir frappé; seulement, lors de son embaûche dans ce restaurant, il avait fait la promesse de s'en aller si jamais il lui arrivait de porter la main sur un client. Et sur ces mots le jeune homme quitte le sushiya sa valise en main, Kyôhei sur ses talons. Ce dernier, confus, s'efforce alors d'expliquer qu'il est sur le point de passer l'épreuve pour devenir boxeur professionnel, mais dépassant le poids réglementaire dans sa catégorie, il est à présent au régime. Il n'a rien avalé depuis la veille, et complètement affamé, il s'est retrouvé malgré lui attablé au restaurant tel un somnambule, un sushi sous le nez. Mais sur le point de le manger, c'est là qu'il a enfin repris ses esprits: s'il succombait à la tentation, tous les efforts qu'il a fait jusqu'à présent seraient réduits à néant; voilà pourquoi sur une impulsion il a jeté à terre la nourriture, sans songer sur le coup à ce qu'éprouverait celui qui l'avait cuisinée.

Kyôhei s'excuse sincèrement de son geste auprès de Yûya, mais ce dernier, lui tournant toujours le dos, se contente de répondre que le fait que le sportif mange ou non ne changera rien: s'il n'est pas capable d'éviter le coup de poing d'un amateur, il n'a aucune chance de réussir le test de boxeur professionnel. Mais Kyôhei est persuadé que Yûya n'est pas un simple amateur comme il le prétend: huit années auparavant, dans le club qu'il fréquentait, il se rappelle le jeune boxeur qui lui avait assené un incroyable crochet du droit. C'est en désirant prendre sa revanche qu'il s'est mis à pratiquer sérieusement la boxe, mais si au début il lui en voulait de l'avoir humilié, à présent Kyôhei éprouve plutôt de la reconnaissance envers Yûya, indirectement grâce auquel il est devenu ce qu'il est aujourd'hui. En y réfléchissant bien, le jeune cuisinier se souvient lui aussi de ce collégien qu'il avait rossé autrefois: tandis que ce gamin le regardait se battre, il avait tenu des propos déplaisants et avait fini par monter sur le ring, sans casque; devant tant d'assurance, Yûya avait pensé qu'il s'agissait d'un boxeur confirmé et n'avait pas retenu son coup, envoyant d'une seule droite le malheureux au tapis. Mais à présent, le cuisinier ne veut plus entendre parler de la boxe, et il regrette bien de l'avoir jadis pratiquée.

Yûya veut s'en aller sans demander son reste, mais Kyôhei décidément collant revient encore une fois à la charge: le jeune homme travaillait logé au pair dans le sushiya, où va-t-il habiter maintenant ? Navré que le cuisinier ait perdu son emploi par sa faute, Kyôhei invite donc ce dernier à venir loger chez lui; ce n'est pas grand, mais il y a de la place pour deux ! Toujours aussi glacial, Yûya refuse, rétorquant qu'il préférerait camper dehors plutôt que d'être à la charge du jeune boxeur. Mais ce dernier ne se fâche pas pour autant et continue d'insister: il est clair que le cuisinier ne possède pas de quoi se payer l'hôtel; quant au camping, de nos jours même pour un homme c'est devenu trop dangereux, particulièrement pour un jeune homme avec un aussi joli visage que Yûya: nul doute que les rôdeurs du coin n'en feraient qu'une bouchée ! Ces paroles mettent en rage le cuisinier, il a horreur de ce genre de plaisanterie ! Voyant que du coup il n'est plus sur ses gardes, Kyôhei, le prenant par surprise, lui assène un vigoureux crochet du droit dans l'estomac, lançant qu'il n'est plus le gamin inexpérimenté qu'il était autrefois !

Le souffle coupé, Yûya perd immédiatement connaissance. Durant son inconscience, il revoit des passages douloureux de sa vie. A cause de sa beauté, dès son enfance il a du subir les persécutions sexuelles d'adultes pervers, et c'est dans le but de se protéger qu'il a appris la boxe. Alors qu'il commençait à guérir de son traumatisme et était enfin parvenu à s'en sortir, tout avait basculé le jour où le propriétaire du restaurant renommé dans lequel il travaillait lui avait demandé son corps en échange de la nomination au poste de vice-cuisinier en chef. Horrifié, Yûya avait fini par se mettre hors de lui, administrant une bonne correction au patron du restaurant. Finalement, la boxe qui était censée le protéger avait eu pour effet de lui ravir son travail. Si seulement il était de ces gens qui utilisent sans états d'âme leur corps pour manipuler les autres et réussir dans la vie ! en vient-il à songer parfois....

A son réveil, Yûya a la surprise de se retrouver couché dans un futon (couette japonaise) en un lieu inconnu; mais grâce à la photo posée pas loin de lui, il ne lui faut qu'un instant pour découvrir à qui appartient cet appartement. Kyôhei ne tarde pas à reparaître dans la chambre, toujours aussi gai et amical: s'il n'avait pas assommé le cuisinier pour l'amener chez lui de force, ce dernier aurait vraiment campé dehors tel un S.D.F. Encore une fois, le jeune boxeur renouvelle sa proposition d'héberger Yûya jusqu'à ce qu'il trouve un nouveau travail. Le cuisinier demeure néanmoins très méfiant, car jusqu'à présent, tous ceux qui l'ont traité avec gentillesse n'avaient qu'une idée derrière la tête: abuser de lui. Ainsi Yûya demande à Kyôhei pourquoi ce dernier viendrait ainsi en aide à un inconnu ?

A cette question, le jeune boxeur se fait tout à coup très sérieux et mélancolique. Il explique qu'abandonné à l'âge de cinq ans, il a grandi dans un orphelinat sous la protection du boxeur professionnel Shimoyanagi, lui aussi élevé dans le même foyer. C'était un homme profondément bon qui traitait tout le monde avec générosité, au point d'être souvent moqué par les orphelins, bien que tous l'adoraient, et surtout Kyôhei. C'est sans doute de lui que le jeune homme tient cette personnalité ouverte et philanthrope qu'il possède à présent. Prenant en main le cadre posé près de son lit, Yûya contemple la photo où l'on voit Kyôhei posant joyeusement auprès de son ami boxeur; mais étrangement, la partie droite de la photo a été déchirée. Kyôhei, de plus en plus triste, explique au cuisinier intrigué que jadis l'un de ses camarades de l'orphelinat figurait aussi sur la photo. Tous deux ont commencé la boxe en même temps, et il pensait que ce serait pour lui un excellent rival jusqu'à ce que ce garçon, Minami Hiyama, ait cruellement trahi tous ceux qui croyaient en lui. Non seulement son ami Kyôhei, mais aussi toutes les personnes de leur gymnase. Car sitôt après avoir réussi le test pour devenir boxeur professionnel, Minami a abandonné son propre club pour intégrer le riche gymnase Jôjima, sans aucune reconnaissance pour tous les bienfaits qu'il avait reçu.

Mais ce n'est pas tout: à cause d'un coup de poing assené à la tempe par Minami lors d'un match, Shimoyanagi, ce boxeur qui avait tant fait pour eux, se trouve désormais plongé dans un coma végétatif. Shimoyanagi avait des problèmes à la tête, et Minami, qui assistait à ses entraînements, connaissait parfaitement ce point faible. Jamais Kyôhei ne pourra lui pardonner ce qu'il a fait à leur mentor, et il s'est juré d'obtenir lui aussi une licence de boxeur professionnel pour pouvoir écraser sur un ring son ancien camarade. Hélas, la priorité pour Kyôhei n'est pas pour l'instant de devenir plus fort mais bel et bien de perdre du poids ! Car étant beaucoup plus grand et massif que Minami, il lui faut se maintenir dans la même catégorie que lui s'il veut avoir l'occasion de l'affronter. Yûya comprend enfin pourquoi le sportif est au régime, et finalement ébranlé par la droiture de son caractère et sa détermination, il décide de l'aider et se propose de lui préparer dès le lendemain des repas allégés. Mais en échange, Kyôhei doit tout faire pour réussir son examen ! Ravi, le boxeur lui saute au cou ! Et serré dans ses bras, Yûya a la surprise de constater que pour la première fois, le violent spasme de rejet qui parcourt son corps d'ordinaire quand un homme le touche ne vient pas l'assaillir. Quel type étrange, ce Kyôhei.... Et c'est à partir de ce jour que débute leur curieuse existence commune.

 

© Reiichi Hiiro / Biblos - Kyôhei et Yûya

 

 

Le lendemain comme promis, Yûya prépare à son nouvel ami un menu de régime qui se révèle contre toute attente incroyablement délicieux. Grâce encore une fois à la jovialité de Kyôhei qui lui présente ses voisins, un couple d'amoureux dont la jeune fille (en fait un transsexuel), la très mignonne Ayamé, a la manie de se promener dans les couloirs en tenue légère tout comme Charlotte de Maison Ikkoku , le jeune cuisinier ne tarde pas à retrouver un nouveau travail. Car ce voisin de palier n'est autre que le fameux Masamuné Kita, un chef renommé en cuisine japonaise possédant son propre restaurant. Il accepte aussitôt de prendre Yûya à l'essai, et doit bien vite reconnaître que le jeune homme, élevé seul par un père cuisinier terriblement sévère, est incroyablement doué, au point que celà paraisse étrange qu'il soit ainsi au chômage. Bien que se doutant que Yûya cache un passé pénible, Masamuné renonce à lui poser des questions et finit par l'embaûcher à plein temps, tandis que le jeune homme lui arrache la promesse de le renvoyer immédiatement si jamais il venait à frapper un client ou l'un des autres employés.

Néanmoins tout se passe bien, et en réalisant combien les clients du restaurant apprécient sa cuisine, la confiance que lui vouent Masamuné et son chef-cuisinier, Yûya goûte un bien-être qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps. Sa vie avec Kyôhei y est également pour beaucoup, et auprès de ce jeune sportif si spontané et généreux, Yûya a l'impression que la lourde armure dont il s'était entouré est en train de se démanteler peu à peu, pièce après pièce. Depuis sa rencontre avec Kyôhei, quelque chose en lui a changé, et lorsqu'il y réfléchit, c'est la première fois qu'il cuisine pour quelqu'un qui n'est pas un client. Mais Yûya désire tellement voir le visage joyeux de Kyôhei quand il mange ses petits plats, et il se demande bien pourquoi.... De son côté, le jeune boxeur se pose la même question, intrigué par le tendre attachement qu'il éprouve chaque jour davantage pour Yûya. Il voudrait que leur existence commune dure toujours, seulement, comme il est orphelin, il interprète son amour pour le jeune homme comme celui qu'on doit éprouver pour un membre de sa famille.

Le jour de fermeture du restaurant de Masamuné, suite à la proposition de ce dernier, Yûya se rend au gymnase pour assister à l'entraînement de son ami. Tandis que résonnent dans l'immense salle le fracas des coups de poing de Kyôhei contre un sac de sable, il réalise avec étonnement combien ce dernier possède une puissance de frappe phénoménale. Avec une telle force, il ne devrait avoir aucun mal pour se qualifier lors de l'épreuve pour obtenir la licence de professionnel. Oui, mais si seulement il parvenait à toucher son adversaire, explique aussitôt Miyako, une jeune femme à la fois secrétaire et entraîneuse du gymnase. Kyôhei est un attaquant, et il ne sait comment réagir face à un boxeur qui se bat en restant sur la défensive. On a beau lui expliquer ce qu'il doit faire dans un cas pareil, Kyôhei - qui avoue lui-même ne pas être très intelligent - est du type de ceux qui apprennent avec leur corps plutôt qu'avec leur tête. Et ce n'est pas dans un gymnase aussi pauvre que le leur, qui n'a pas les moyens de s'offrir des entraîneurs renommés et ne compte plus dans ses rangs de boxeur professionnel depuis l'accident tragique survenu au regretté Shimoyanagi, que Kyôhei pourra faire des progrès. En fin de compte, Miyako doit avouer qu'elle comprend plus ou moins les sentiments de Minami qui les a abandonnés pour le gymnase Jôjima sitôt sa licence de pro obtenue. Ce n'est pas dans un boxing club tel que le leur qu'il aurait pu devenir fort.

Ebranlé par ce qu'il vient d'apprendre, et inquiet de voir le si courageux et motivé Kyôhei s'acharner à frapper dans le vide, Yûya finit par monter sur le ring et prendre la place de son adversaire. Lui va se charger de montrer directement au boxeur ses défauts afin qu'il puisse les corriger. A l'étonnement de tous, le cuisinier se montre incroyablement compétent, au point que Miyako, Kyôhei, et même le vieux directeur du gymnase finissent par le supplier de venir travailler au club pour entraîner le futur boxeur professionnel. Cependant Yûya refuse d'abandonner son emploi de cuisinier, c'est là la voie qu'il a choisie, mais finit tout de même par accepter de consacrer malgré son planning chargé une heure par jour à l'entraînement de son ami.

Un jour, après avoir surpris Kyôhei dans tous ses états pour avoir vu par mégarde Yûya nu sous la douche, Miyako découvre qu'il est amoureux de son ami et va s'efforcer de le lui faire comprendre. Le jeune boxeur n'arrive pas en effet à faire le point sur ses sentiments: c'est la première fois qu'il est véritablement amoureux de quelqu'un, et en plus il s'agit d'un garçon ! Mais s'il déclare sa flamme à Yûya, maladroit comme l'est le jeune boxeur, parviendra-t-il à faire accepter à son ami ses sentiments ? Quant à Yûya, à cause du traumatisme qu'il a subi et l'empêche de se laisser toucher par quiconque, homme ou femme, réussira-t-il à entrevoir que Kyôhei est différent de tous ceux qui l'ont courtisé jusqu'à présent et ne visaient que son corps ?

 

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© Reiichi Hiiro / Biblos - A gauche: l'Ombre et la Lumière, Minami et Yûya. A droite: Minami pendant un match. Le troublant Minami Hiyama est un boxeur de talent invaincu depuis ses débuts professionnels, placé pour l'instant au 9ème rang national mais qui ne fait que grimper dans les classements. Il était jadis le rival et meilleur ami de Kyôhei avant de devenir l'ennemi à abattre. Tous deux ont grandi dans le même orphelinat, bien que Minami avait toujours sa mère. Cette dernière faisant de fréquents séjours en prison, son fils était pendant ce temps placé à l'orphelinat où il a passé la moitié de son enfance, jusqu'à ce qu'il soit en âge de se débrouiller seul. De ce fait, Minami a toujours pensé qu'en n'ayant vraiment plus ses parents, Kyôhei était beaucoup plus heureux que lui. Blessé par l'indifférence de sa mère et par la cruauté des adultes qui l'ont malmené, c'est pour devenir physiquement aussi bien que moralement plus fort que le jeune homme a commencé la boxe; et pour gagner un combat, il n'hésite pas à s'exposer et laisser volontairement son adversaire le blesser, afin de lui laisser croire qu'il a l'avantage et ainsi découvrir son point faible. Minami et Yûya se ressemblent beaucoup: indépendamment de leur volonté, tous deux possèdent ce quelque chose qui attire irrésistiblement. Mais si Yûya s'obstine à rejeter celà, Minami quant à lui vit en utilisant ce charme pour son propre profit. Ainsi, il est devenu l'amant et le concubin du beau et redouté Masato Jôjima, ancien boxeur invaincu et directeur du célèbre gymnase du même nom, qui en échange d'étreintes torrides lui fournit des adversaires à sa mesure. C'est pour avoir commis une infidélité envers Jôjima que Minami s'est vu tatouer en guise de punition le scorpion rouge qu'il porte sur la poitrine, emblême de la société de son sponsor et signe que le jeune homme lui appartient totalement.

 

 

© Reiichi Hiiro

Punch Drunk Babies 2

 

Auteur: Reiichi Hiiro

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 3

 

 

Intrigue: Si le premier volume était centré sur l'histoire de Kyôhei et Yûya, ce second opus est quant à lui consacré à Minami.

- Blood Angel , page 3 : Chiaki Mayumura, ami de longue date du business-man et ancien boxeur Masato Jôjima, est le médecin attitré du boxing club de ce dernier. Pour avoir vécu une jeunesse difficile entre un père ivrogne laissant son épouse s'échiner seule au travail, et un grand-père médecin talentueux mais sans diplôme ne soignant que des gens du "Milieu", Chiaki s'est juré de vivre avec droiture dans le respect des règles et de la légalité. Voilà pourquoi quand un jour le jeune boxeur Hayato Izumi, 16 ans, vient lui faire sa déclaration, le médecin refuse catégoriquement de sortir avec lui: le garçon étant mineur, ce serait un délit ! Néanmoins, afin que l'adolescent ne soit pas trop blessé, Chiaki lui promet que lorsqu'il aura atteint l'âge de 18 ans, si Hayato l'aime encore à ce moment-là, il reconsidérera la question, et ce simple espoir comble le garçon de joie !

Arrivé en retard à cause de cette discussion à la réception destinée à fêter le succès du boxing club Jôjima et surtout de son étoile montante Minami Hiyama, Chiaki y retrouve ses vieux amis, Ryûichi Muratsubaki - secrétaire particulier et manager de Masato lorsqu'il était boxeur, à présent celui de Minami - ainsi que le charismatique Masato Jôjima lui-même. Tous trois appartenaient jadis au club de boxe de la prestigieuse université K., où en tant qu'élite on les surnommait "le Corbeau à Trois Ailes", et même à présent, lorsque ces hommes superbes se trouvent réunis ensemble, les regards se tournent irrésistiblement vers eux. Hitomi la soeur de Masato est venue spécialement féliciter son cadet, puis c'est au tour de Minami d'apparaître à la réception. Aussitôt, hommes et femmes, jeunes et vieux, tous les invités se ruent vers le boxeur considéré comme une véritable idole. Mais cet enthousiasme n'est pas du goût de tout le monde, particulièrement de Yamazaki, boxeur pourtant placé au premier rang du classement national mais boudé par le public et contraint de faire tâpisserie dans un coin de la salle. Chiaki ne tarde pas à remarquer celà, à quoi Masato se contente de répondre que le ranking n'a aucune importance: il est clair qu'il y a une grande différence de charme et de personnalité entre Yamazaki et Minami. Voilà pourquoi il compte faire concourir le jeune homme plutôt que son aîné au match pour le titre de champion du Japon. Masato ne veut pas d'un champion qui soit uniquement fort; ce qu'il recherche, c'est un sportif pourvu d'un puissant charisme, et il pense avoir trouvé son idéal en Minami.

Le médecin ne trouve rien à redire aux allégations de son ami: il doit lui aussi reconnaître que Minami possède en lui quelque chose d'assez fort pour changer l'existence d'autrui. Ainsi Chiaki se souvient de sa première rencontre avec le jeune homme douze années auparavant. Un jour qu'encore étudiant, il s'était rendu chez son grand-père afin de lui demander de l'argent pour les faire subsister lui et sa mère, Chiaki était tombé par hasard dans le jardin sur un jeune garçon en nage en train de sauter à la corde. Voilà trois mois que sitôt l'école finie, cet enfant de onze ou douze ans vient s'entraîner ainsi chez le vieux Mayumura. Quand on l'avait amené au cabinet de ce médecin six mois auparavant, Minami se trouvait dans un état pitoyable: il souffrait de malnutrition et d'après les blessures qui couvraient tout son corps, avait subi des traitements violents de la part d'adultes. Officiant au noir, le médecin n'était pas en mesure de faire cesser ces mauvais traitements; tout ce qu'il pouvait faire, c'est entraîner l'enfant de façon à ce que son corps puisse les supporter. Jamais le vieil homme n'aurait pensé que Minami aurait continué cet entraînement avec tant d'assiduité; apparemment, celà semble beaucoup lui plaire. Néanmoins l'intègre Chiaki s'insurge: il s'agit de maltraitance sur enfant ! Pourquoi son grand-père ne peut-il rien faire pour y mettre fin ?! Mais ce dernier explique calmement que pour le garçon comme pour les hommes qui l'ont brutalisé, il s'agit de leur travail, donc il ne peut se permettre d'intervenir.

A ce moment-là, Chiaki n'avait pas compris le sens de ce que son grand-père entendait par "travail", mais il devait avoir l'occasion de l'apprendre quelques jours plus tard. En exécutant une course pour le vieux médecin - porter à sa mère des médicaments destinés à Minami - le jeune homme se rend à la résidence Yamauchi, où il ne tarde pas à s'égarer dans le vaste jardin. C'est alors qu'entendant soudain une voix gémissant lascivement, caché derrière un buisson, l'étudiant assiste à une scène qui le pétrifie d'horreur: dans une pièce de la résidence aux portes grandes ouvertes sur le jardin, quatre hommes sont en train de tourner une vidéo porno à caractère pédophile, dont "l'acteur" principal n'est autre que Minami. Voilà donc le "travail" dont parlait le vieux Mayumura ?! Ce n'est ni plus ni moins que des sévices sur mineur, et aussitôt Chiaki veut se précipiter pour faire cesser ce cauchemard ! Avant d'être cloué sur place, figé de stupeur par l'expression du visage de Minami. Il rit ! Et avec ce regard rusé et provocateur qu'il possède déjà et lui permettrait plus tard de manipuler qui bon lui semble et obtenir tout ce qu'il désire. Au point que même le corps de l'honnête et droit Chiaki finit par réagir à cette scène lascive. Comment le jeune homme a-t-il fait ensuite pour remettre les médicaments et rentrer chez son grand-père ? Il ne s'en souvient plus très bien.

D'après ce que lui avait alors expliqué le vieil homme, le propriétaire de cette résidence "Yamauchi" était un réalisateur de films pornos pédophiles, et il s'avérait fréquent qu'il tourne directement chez lui. La mère de Minami était la compagne de cet homme. Heureusement, une année plus tard, les activités sordides de Yamauchi finirent par être découvertes, ainsi les Hiyama mère et fils quittèrent la résidence et disparurent de la vie de Chiaki et de son grand-père. Pourtant, la scène à laquelle il avait assisté alors est aujourd'hui encore imprimée sur la rétine du jeune homme, où elle ne cesse de brûler, aussi nette qu'autrefois. Depuis sa rencontre avec Minami, Chiaki est bien forcé de reconnaître que son penchant sexuel s'est inversé: son corps ne réagit plus désormais qu'à celui des hommes, et pour quelqu'un d'aussi respectueux des règles que le jeune médecin, ce n'est pas sans poser quelques problèmes de conscience, une entorse au code de bonne conduite qu'il s'est fixé. Il ne sait comment son ami est parvenu à apprivoiser le jeune homme, mais ce Minami Hiyama qui a changé sa vie se trouve à présent sous la domination de Masato, et en contemplant l'attroupement autour du jeune boxeur submergé par une foule de fans, Chiaki en vient à se demander si le business-man n'est pas en train d'essayer de fabriquer de ses propres mains un second Masato Jôjima. C'est lui qui a tiré Minami de la fange sanguinolente dans laquelle le garçon vivait pour l'élever jusqu'à ce monde éblouissant, et son ascension ne fait que commencer....

 

© Reiichi Hiiro / Biblos - Minami et Masato

 

Le lendemain, Chiaki et Minami se rendent au cimetière sur la tombe du vieux docteur Mayumura, dont c'est l'anniversaire de la mort. Voilà déjà six mois que le petit-fils du médecin a retrouvé le jeune sportif, que le vieil homme n'avait jamais cessé de chercher après que ce dernier ait disparu avec sa mère; bien sûr, Mayumura a entraîné ensuite d'autres personnes, mais Minami était de loin le meilleur. C'est grâce au vieil homme qu'il a jadis commencé la boxe, le sport offrant la possibilité de devenir l'homme le plus fort du monde, le rêve du garçon maltraité. Cependant, lorsque Chiaki ajoute pensivement qu'il n'aurait jamais pensé que l'enfant que recherchait son grand-père et l'Ange Rouge que cherchait de son côté Masato n'étaient en fait qu'une seule et même personne, Minami lui demande de quoi il veut parler. Son amant ne lui a jamais rien dit au sujet de cet "Ange Rouge". En fait, tout est arrivé lors du dernier match disputé par Masato: lui, le charismatique empereur invaincu du club de boxe des étudiants, s'était retrouvé à terre dès le premier round ! Minami encore adolescent assistait à ce match, et désespéré de voir son idole sur le point de perdre avant même de s'être vraiment battu, inconsciemment, il avait fini par s'élancer vers le bord du ring. "Vous ne pouvez pas perdre ! C'est impossible, il ne faut pas que vous perdiez !!" avait-il crié à Masato gisant sur le sol le visage couvert de sang. Et sur le point de perdre conscience, à travers ses paupières à peine entrouvertes, le jeune boxeur aperçut cet "Ange", un Ange rouge et sanglant. Il se releva péniblement, afin de répondre à l'appel de l'Ange, et bien que Minami fut aussitôt ramené à sa place par les hommes du service de sécurité, Masato renversa la situation et remporta haut la main le second round, vainqueur par K.O. Puis, il se retira définitivement du monde de la boxe, à jamais invaincu.

 

© Reiichi Hiiro / Biblos - L'Ange Rouge

 

Même à présent, Minami n'a pas encore compris pourquoi Masato a abandonné la compétition: après avoir terminé l'université, il aurait aisément pu obtenir une licence et s'imposer dans le monde de la boxe professionnelle ! Cet étudiant était le seul sportif que le jeune homme ait jamais admiré: non seulement redoutable et puissant, avec sa beauté, sa personnalité et sa carrure imposante, Masato Jôjima possédait la majesté d'un véritable empereur. Pour Minami, il était son Charisma . Chiaki, lui, sait parfaitement ce qui s'était passé alors, et s'empresse d'éclairer le jeune homme: juste avant ce fameux match, Masato venait de perdre la personne qu'il aimait. Elle s'appelait Aya, et la mère du jeune bourgeois étant trop occupée pour prendre soin de lui, c'était cette jeune femme qui l'avait élevée. Masato l'aimait plus que tout, et en y repensant à présent, Chiaki se rend compte que les sentiments qu'éprouvaient ce dernier à l'égard de sa gouvernante étaient proches davantage de l'amour que l'on porte à une amante que de l'affection filiale. Hélas, juste au moment de mourir, Aya avait fini par trahir Masato, d'une seule et unique parole: car lorsque le jeune homme se tenait auprès de la mourante, ce n'est pas son prénom que celle-ci avait prononcé, sa toute dernière parole avant de s'éteindre, mais celui de son fils, Ryûichi. Ce même Ryûichi Muratsubaki qui est actuellement le secrétaire (l'esclave et le souffre-douleur) de Masato.

En découvrant le visage stupéfait qu'arbore Minami à cette révélation, Chiaki comprend que le jeune homme ignorait tout de cette histoire. Mais quel mal y a-t-il à ce qu'une mère prononce le nom de son enfant au moment de mourir ? s'étonne Minami. Le médecin poursuit son récit, expliquant qu'en fait, Masato était persuadé que Aya l'aimait plus que n'importe qui d'autre, même que son propre fils; et c'est aussi pour elle qu'il s'évertuait à demeurer le meilleur dans tous les domaines. Voilà pourquoi, dépouillé par le décès et la "trahison" de Aya de toute sa combativité, l'Empereur invaincu avait fini par se retrouver à terre en un seul round, achève Minami pensivement. "Oui, mais Masato s'est relevé, parcequ'il a vu un Ange rouge", s'empresse d'ajouter Chiaki.

 

© Reiichi Hiiro / Biblos - Masato Jôjima, l'Empereur des clubs de boxe étudiants.

 

Un peu plus tard dans la journée, le médecin se retrouve au lit avec Itsuki Kitô, un beau jeune homme à l'aspect androgyne qui était son sempaï à l'université. Ni l'un ni l'autre n'ayant pour l'instant de petit ami, ils se retrouvent ainsi de temps en temps pour faire l'amour et se confier l'un à l'autre. Itsuki est un être particulièrement sensible et clairvoyant, qui sait observer et n'a aucune difficulté à deviner et comprendre les sentiments des autres. Ainsi, il avait depuis longtemps remarqué l'amour de Hayato pour Chiaki, bien avant que l'adolescent ne fasse au médecin sa déclaration. Le garçon paraît vraiment sincère, alors Itsuki conseille à son ami de sortir avec lui, mais Chiaki proteste: Hayato n'a que 16 ans ! Pourtant, Itsuki pense qu'il est temps et sans doute mieux pour eux deux que le médecin et lui cessent de se lécher mutuellement leurs blessures. Le jeune homme envie énormément Chiaki qu'une personne lui ait dit qu'elle l'aimait. Le médecin répond que Itsuki devrait lui aussi enfin se déclarer à l'être dont il est amoureux, mais le bel androgyne ne peut s'y résoudre, car l'homme qu'il aime étant hétéro, il n'imagine que trop bien le résultat. Et pour ne rien arranger, cet être auquel il ne cesse de penser depuis plus de sept ans n'est autre que Ryûichi Muratsubaki, cet homme qui continue encore aujourd'hui de rembourser auprès de Masato le "crime" commis jadis par sa mère défunte. Itsuki est convaincu que l'ancien boxeur ne libérera jamais Ryûichi, qu'il ne lui permettra jamais d'être heureux.

Quant à Minami, une fois de retour à l'appartement qu'il partage avec Masato situé au sommet de l'immeuble de la Scorpio Corporation, suite à ce que lui a appris Chiaki, il commence à s'interroger sur sa relation avec le business-man. Lui qui pensait qu'il s'agissait d'une simple liaison basée sur l'intérêt et le profit ! Mais le jeune homme a beau y réfléchir, il ne comprend pas en quoi son amant voit en lui un Ange. Lui qui a connu l'Enfer sous toutes ses formes, contraint dès son plus jeune âge à se prostituer. Et pourtant, Minami doit bien reconnaître que Masato est différent de tous les hommes avec lesquels il a couché: ces derniers ne lui avaient jamais fait ressentir que de la douleur et de la souffrance, tandis que Masato ne lui offre que du plaisir, un plaisir sans limite qui commence à l'effrayer et sur lequel il n'ose encore mettre un nom. Mais cependant, alors que jusqu'à présent il n'y avait eu pratiquement aucun dialogue entre eux, Minami va commencer à ouvrir peu à peu son coeur à Masato, à se dépouiller de son masque d'insensibilité et d'indifférence pour laisser transparaître enfin quelque peu ses sentiments....

 

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© Reiichi Hiiro / Biblos - Itsuki, qui était à l'université avec Chiaki, Ryûichi et Masato, est un jeune homme passionné par les étoiles; il a du cependant renoncer à son rêve de devenir astronome et travaille à présent dans un bar gay. Croyant que ce bel androgyne et le docteur Chiaki sont amoureux l'un de l'autre parce qu'ils couchent ensemble, le jeune boxeur Hayato lui voue une jalousie sans bornes, mais c'est le malheureux Ryûichi que Itsuki aime désespérément depuis plus de sept ans, sans avoir jamais osé se déclarer.

 

 

- Kizuato ("Cicatrice"), page 103 : A la fin du chapitre précédent, alors qu'il s'était égaré dans l'immeuble de la Scorpio Corporation où il devait rencontrer Chiaki, Itsuki a assisté malgré lui à une scène tragique: pour avoir inscrit le boxeur de premier rang Masaru Yamazaki au match pour le titre de Champion du Japon, comme le voulait le bon sens, et non Minami comme l'exigeait Masato, ce dernier a violemment frappé au visage son manager et secrétaire. Malgré tout, Muratsubaki refuse de rompre le contrat qu'il vient de conclure: Yamazaki a travaillé tellement dur pour arriver au rang où il se dresse à présent, Masato devrait songer un peu plus aux autres boxeurs de son club plutôt qu'uniquement à son favori. Heureusement, Minami arrive à point nommé, et comme il se moque du titre de Champion du Japon, seul celui de Champion du Monde l'intéresse, l'affaire finit par se régler d'elle-même. Mais bouleversé après avoir assisté à cette querelle, après avoir ramassé sur le sol les lunettes brisée de Ryûichi, Itsuki finit par rentrer chez lui, oubliant complètement son rendez-vous avec le médecin.

Le jeune homme se rend compte à quel point les relations entre Masato et Muratsubaki n'ont pas évolué depuis autrefois, et pourtant, cette expression qu'arborait Ryûichi, lui qui d'ordinaire ne s'oppose jamais à Masato.... Une seule fois auparavant Itsuki a surpris cette lueur dans ses yeux, lorsqu'à l'université, Ryûichi avait supplié Masato de le laisser pratiquer lui aussi la boxe, non pas en tant que manager, mais en tant que combattant. Le regard du jeune homme à ce moment était celui de quelqu'un aimant profondément la boxe, et charmé par ces yeux, Itsuki était venu à la rescousse de son camarade, suppliant à son tour Masato et lui proposant de lui servir de manager à la place de Ryûichi. Il voudrait tellement que ce dernier le contemple avec un regard aussi plein de passion que celle qui l'enflamme pour la boxe.

Le lendemain, donnant rendez-vous à Chiaki dans le bar où il travaille, Itsuki lui tend la paire de lunettes brisées qu'il a ramassées, demandant à son ami de les rendre à Ryûichi. Tandis que le jeune homme explique au médecin ce qui est arrivé la veille, ce dernier n'est pas du tout surpris: Muratsubaki a toujours pris très au sérieux tout ce qui concerne la boxe, il lui est donc impossible de fermer les yeux sur le favoritisme injuste de Masato. Mais Chiaki comprend mieux à présent pourquoi le business-man s'est rendu en Thaïlande: il recherche le chemin le plus court pour faire de Minami le champion du monde de boxe, et contraint de sauter l'étape du titre du Japon, sans doute vise-t-il à présent celui de Champion d'Extrême-Orient. Et même ceci n'est probablement qu'une étape visant à confronter Minami à Wiza Shisuô, classé 5ème au rang mondial, dont le père Shindam Shisuô était jadis Champion du Monde et l'idole de Masato quand ce dernier était étudiant. Ce jeune champion thaïlandais n'a que 18 ans mais depuis ses débuts n'a jamais perdu un combat, à chaque fois vainqueur par KO. Puissant et rapide, comme son père c'est un véritable génie !

A ces paroles, Itsuki ne peut s'empêcher de ressentir de l'inquiétude pour Minami: ce dernier a-t-il vraiment des chances de vaincre contre un tel adversaire ? Il est encore jeune, pourquoi se presser ainsi ? Ce à quoi Chiaki répond que l'existence de Minami Hiyami en tant que boxeur s'avère très limitée, et Masato lui aussi s'en est probablement aperçu: il désire que son poulain remporte le titre mondial avant que le corps de ce dernier ne soit complètement mis en pièces. En tant que médecin traitant de Minami, Chiaki connaît bien les faiblesses de son patient: si jadis son grand-père a parfaitement aguerri le corps de Minami dans le but d'en faire un boxeur, chez un être humain il y a des particularités physiologiques qu'on ne peut absolument pas renforcer grâce à un entraînement. Sur le point d'en dire davantage, Chiaki sursaute soudain en se rendant compte qu'il est en train de trop parler: les données concernant un athlète relèvent du secret professionnel. Mais dès qu'il s'agit de Itsuki à qui il voue toute confiance, il finit toujours par laisser sa langue aller, ainsi, le médecin recommande à son ami de surtout garder le silence concernant tout ceci. Puis, Chiaki conseille à Itsuki de rendre lui-même ses lunettes à Ryûichi, car voilà une occasion inespérée de le faire venir chez lui et lui avouer enfin ses sentiments.

Cependant le jeune homme s'écrie qu'il ne peut pas faire cela: si Muratsubaki apprend qu'il est gay, il risque désormais de refuser de le voir et même de lui parler. Il est vrai qu'à cause de certains événements qui se sont déroulés dans le passé, Ryûichi éprouve du ressentiment envers les homosexuels; néanmoins Chiaki est persuadé que le manager n'a pas l'esprit aussi étroit pour ranger dans le même sac Itsuki et les sales types qu'il a du affronter autrefois dans cette lamentable affaire. Toutefois, afin de rassurer Itsuki qui décidément a une peur bleue de se lancer, Chiaki finit par lui promettre de demander à Ryûichi en ayant l'air de rien ce qu'il pense de l'amour entre gens du même sexe. Mais en arrivant à son appartement, perplexe, le médecin réalise qu'il s'est peut-être engagé un peu à la légère. Comment aborder un tel sujet avec le manager ? D'autant plus que ce dernier n'a sans doute pas envie que lui reviennent en mémoire de pénibles souvenirs.

Arrivé dans le couloir qui mène à son logis, Chiaki découvre soudain son jeune soupirant Hayato assis par terre. Il avait complètement oublié qu'il avait promis à l'adolescent de l'aider à étudier, et celui-ci, décidément d'une patience et d'une ténacité à toute épreuve, l'attend ici depuis la veille au soir ! Le faisant finalement entrer chez lui, Chiaki a tout à coup une idée lumineuse: afin de pouvoir aborder avec le manager le sujet délicat qui l'intéresse, il décide d'utiliser Hayato et demande ainsi à ce dernier de lui faire une déclaration d'amour devant Muratsubaki. Bien que surpris d'une telle requête, le jeune boxeur est disposé à accepter, mais en échange, exige malicieusement que le médecin lui donne un baiser sur la bouche ! Chiaki n'a pas le choix: s'il veut s'assurer la collaboration d'Hayato, il est obligé de céder. Alors, il lui administre un baiser si long et si profond que l'adolescent finit par perdre connaissance ! C'était la première fois qu'Hayato embrassait quelqu'un, et ignorant complètement le timing pour reprendre sa respiration, il a bien manqué étouffer ! Le jeune boxeur vient de faire l'expérience qu'un véritable baiser ne consiste pas simplement à superposer ses lèvres à celles de l'être aimé.

 

© Reiichi Hiiro / Biblos - Le docteur Chiaki et l'encombrant Hayato

 

Le lendemain, au gymnase, Minami n'a pas l'air très en forme. Tandis qu'il insiste pour continuer son entraînement en dépit des protestations de son entraîneur, arrive soudain Muratsubaki: remarquant aussitôt que le jeune homme a de la fièvre, le manager l'envoie se reposer dans sa chambre. Quittant la salle de sport, Ryûichi pensif se demande s'il s'agit d'un hasard: à l'époque du drame qui l'a frappé quelques années plus tôt, Minami avait également de la fièvre. Oui, un jour où, comme à présent, Masato s'était absenté pour affaire.... Mais à ce moment des souvenirs si terribles affluent à la mémoire du manager que ce dernier ne peut réfléchir davantage. Alors qu'il se dirige vers l'infirmerie, Ryûichi tombe justement sur Chiaki aux prises avec Hayato. Comme convenu, le jeune boxeur fait devant le nouveau-venu une déclaration enflammée au médecin, qui joue celui qui ne sait comment réagir. Mais Muratsubaki, bien que surpris, préfère les ignorer et passer son chemin. Tandis que Chiaki lui crie d'attendre un moment, il s'arrête néanmoins pour avertir le médecin que Minami ne se sent pas bien, et l'enjoint donc d'aller lui rendre visite.

Chiaki n'a pas besoin d'examiner le jeune boxeur pour comprendre la cause de sa maladie: c'est tout simplement parce que Masato n'est pas là. Depuis sa petite enfance, sitôt que la personne qui se trouvait d'ordinaire auprès de lui devait s'absenter, Minami a toujours été victime de ces brusques poussées de fièvre. Ainsi, lorsque sa mère devait partir et que la maladie le prenait, le garçon était confié à la clinique du grand-père de Chiaki. Masato sera rentré d'ici quelques jours, ainsi le médecin pense que même en laissant Minami tranquille, il finira par aller mieux. Chiaki réussit cependant à convaincre Muratsubaki de lui accorder un peu de temps, et sous prétexte de lui demander conseil, il pose au manager la question qui le préoccupe tant: qu'est-ce que ce dernier pense de l'homosexualité ? Et catégorique, Ryûichi répond qu'en ce qui le concerne, il n'éprouve aucune attirance pour les hommes, peu importe de qui il s'agisse. A ces mots, Chiaki se souvient qu'en effet, lors de la fameuse affaire, il paraît que le corps du manager n'avait pas réagi même quand Minami, à qui d'ordinaire personne ne résiste, s'était mis de la partie.

Cette dramatique histoire s'est déroulée lorsque Minami Hiyama concourait encore au Championnat des Débutants. A ce moment il y avait au gymnase un boxeur du même rang que lui du nom de Matsuoka. Tandis que Minami, avec sa force écrasante, enchaînait les victoires au championnat, Matsuoka avait subi une pitoyable défaite dès son premier match. Se mettant dans la tête que s'il avait été vaincu, c'était parce qu'il n'avait pas affronté l'adversaire adéquat, le boxeur avait éprouvé une vive rancune à l'égard de Muratsubaki, qui faisait parti du comité de sélection et avait choisi son adversaire pour cette confrontation. Ainsi, avec l'aide de quelques camarades, il avait enlevé et séquestré le manager, lui faisant subir des sévices sexuels. Chose surprenante, Minami également avait pris part à cette affaire qui, si elle était révélée au grand jour, aurait provoqué un scandale risquant de mettre un terme à sa carrière de sportif. Mais probablement avait-il agi ainsi dans le but de tester Masato - son pouvoir et son influence. Et en effet, utilisant la puissance occulte de la famille Jôjima, le business-man était parvenu à étouffer complètement l'affaire.

Néanmoins, tout ceci a au moins appris une chose à Chiaki: n'ayant pas cédé aux provocations de ses agresseurs, même de Minami, Muratsubaki semble réellement n'éprouver aucun désir charnel. Tandis qu'il lui en fait la remarque, Ryûichi proteste que le médecin se trompe: ce n'est pas qu'il ne ressente pas de désir physique, seulement il n'éprouve aucun intérêt pour quelqu'un dont il n'est pas amoureux. La discussion évoluant dans le sens qu'il souhaitait, Chiaki peut enfin poser la question qui lui tient à coeur: "Alors, si jamais il existait un homme qui soit sincèrement amoureux de toi, que ferais-tu ?" Ce à quoi Ryûichi répond aussitôt que que ce soit par un homme ou par une femme, il n'a pas le droit d'être aimé. Le médecin ne peut pas comprendre ce que c'est que de ressentir comme un crime le simple fait d'être aimé par quelqu'un. Alors, puisque lui a le droit d'éprouver des sentiments, le manager conseille à Chiaki d'accepter ceux de Hayato Izumi. Et sur ces mots, Muratsubaki quitte l'infirmerie pour s'en retourner travailler.

Une fois seul, le médecin demeure plongé dans ses pensées. Qu'est-ce que celà signifie, pour Ryûichi ce serait un crime qu'il soit aimé ? Voilà qui complique sérieusement les choses. Et oubliant complètement la présence d'Hayato, il ne peut s'empêcher de prononcer ses préoccupations à voix haute, ajoutant qu'il ne va néanmoins pas renoncer, puisqu'il fait tout celà pour Itsuki. A ces paroles, l'adolescent sent son coeur se briser. Ainsi, c'est encore pour cet Itsuki que le médecin lui a demandé de jouer cette comédie devant le manager, qu'il a même accepté de l'embrasser ?! C'est vraiment horrible ! Et persuadé désormais que Chiaki n'a jamais eu l'intention de répondre à son amour, le jeune boxeur s'enfuit, en larmes. Il ne s'agit pourtant que d'une méprise, mais n'ayant pas eu le temps de s'expliquer, le médecin soupire douloureusement que voilà un souci de plus sur ses épaules....

Dans la soirée, les yeux encore rougis par toutes les larmes qu'il a versées, Hayato se décide enfin à aller parler à Itsuki. Tandis que tous deux se rendent dans un café, il avoue au jeune homme les sentiments si forts qu'il éprouve pour le médecin, s'écriant que personne ne lui voue davantage d'amour que lui. Mais Itsuki dissipe bien vite le malentendu en expliquant que bien qu'ils couchent ensemble, il n'y a jamais rien eu d'autre entre Chiaki et lui qu'une profonde amitié, avouant dans la foulée que c'est du manager Muratsubaki qu'il est désespérément amoureux. Et tous deux tourmentés par le fait de ne pas être considérés comme des objets d'amour par les êtres pour lesquels ils soupirent, Itsuki et Hayato ont plus que quiconque des raisons de se comprendre. Encouragé par le plaidoyer du jeune garçon, réalisant que cette situation n'a que trop duré, Itsuki prend enfin la décision de se déclarer à Ryûichi. Il choisit donc la nuit suivante pour donner rendez-vous au manager, le seul moment de la journée où il se sent vraiment lui-même, lui qui a toujours été passionné par les étoiles. Hayato a appris au jeune homme que n'importe qui éprouve de la frayeur à l'idée de faire part à l'être aimé de ses sentiments, mais aussi que si on ne fait pas l'effort de les exprimer, celà n'aboutit à rien, aucune histoire d'amour ne peut commencer.

Quand Itsuki a rencontré Ryûichi pour la première fois, c'était au printemps de son entrée en deuxième année à l'université. De nombreux cercles ou clubs avaient alors organisé une fête commune de bienvenue pour les nouveaux élèves. Itsuki appartenait quant à lui au club d'astronomie, et obligé lors de cette soirée par des sempaïs du club d'athlétisme à se travestir en fille, il avait commencé à être victime de la part de ces brutes de harcèlement sexuel. C'est à ce moment que Ryûichi était venu à son secours, se faisant copieusement rosser; car en tant que boxeur, le jeune homme n'avait pas le droit d'utiliser ses poings dans une querelle. Cependant, Itsuki avait appris plus tard que Ryûichi n'était pas un combattant mais seulement le manager du club de boxe; s'il se qualifiait lui-même de boxeur, c'est parce qu'il l'avait toujours été dans l'âme. Il faudra l'intervention de Itsuki, insistant auprès de Masato pour remplacer son sauveur dans ses fonctions de manager, bien que contraint par là-même de quitter le club d'astronomie, pour que Ryûichi puisse enfin pratiquer ce sport qui le passionnait depuis toujours.

Si cette soirée où Ryûichi lui a porté secours a fait naître un tendre amour dans le coeur de Itsuki, au fil du temps les sentiments du jeune homme n'ont cessé de grandir inexorablement. Il ignore hélas que la soumission de Muratsubaki à l'égard de Masato cache un triste secret, la raison pour laquelle dès sa naissance le manager n'avait pas le droit d'aimer ou d'être aimé par quelqu'un. Car le père de Ryûichi n'est autre que Toshimichi Jôjima lui-même, le propre père de Masato ! Mme Jôjima, après avoir mis son fils au monde, avait songé qu'il serait bon que son dernier-né ait quelqu'un pour le seconder, et que ce serait encore mieux si ce bras droit avait un lien de sang avec Masato. Elle avait donc ordonné à son époux, qui n'était entré dans la famille Jôjima que par adoption et lui devait obéissance, à elle l'héritière légitime, de faire un enfant avec une autre femme. Ryûichi n'est donc venu au monde que pour servir Masato, si ce dernier n'existait pas, il ne serait même pas né ! Voilà pourquoi il se doit de rester l'esclave dévoué du business-man, tel un objet dénué de volonté propre, n'ayant pas le droit d'être aimé même de sa propre mère - amour que lui prodiguait néanmoins secrètement Aya et que ne cesse de lui reprocher Masato jaloux.

Si autrefois Ryûichi osait encore affirmer sa volonté, comme lorsqu'il avait supplié son demi-frère Masato de le laissser pratiquer la boxe, au fil du temps celle-ci a fini par l'abandonner. Ou plutôt, il a scellé tout au fond de lui-même ce à quoi il aspirait plus que tout au monde, son désir d'être aimé. A présent, seul Itsuki a peut-être une chance de libérer Ryûichi de ce cruel destin décidé par ses parents avant même sa naissance, de ramener son coeur à la vie afin de lui rendre enfin son humanité....

 

© Reiichi Hiiro / Biblos

 

 

 

 

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