Roman

Manga

Zips

LUV

B Rash

Artbook

DVD

Jeux

Mises à jour ->

Le Manga Yaoï

<- Shopping

Pages à Thèmes

Index

Haru o Daiteita

des titres et auteurs Yaoi

Love Mode

Kizuna

Service VPC Yaoi

© Yamané Ayano / Libre

..

Page 1 - Page 2 - Page 3 (Youka Nitta) - Page 4 (Tsubaki Enomoto) - Page 5 - Page 6 (Yuki Shimizu) - Page 7 (Piyoko Chitosé) - Page 8 (Shinano Oumi) - Page 9 - Page 10 - Page 11 - Page 12 - Page 13 (Yamané Ayano) - Page 14 (Kano Miyamoto) - Page 15 (Reiichi Hiiro) - Page 16 (Minami Megumu) - Page 17 (Moka Azumi) - Page 18 (You Higashino) - Page 19 (Ann Mihashi) - Page 20 (Maïa Tori) - Page 21 (CJ Michalski) - Page 22 (Haruka Minami) - Page 23 (Takamuré Tamotsu) - Page 24 (Yonézô Nekota) - Page 25 (Saika Kunieda) - Page 26 (Mika Sadahiro)- Page 27 (Sôta Narazaki) - Page 28 (Kaoru Uchida)- Page 29 (Takashi Kanzaki) - Page 30 (Jinko Sôma) - Page 31 (Fumi Yoshinaga)

- Index des Titres et des Auteurs -

..

.

Yamané Ayano

---------------------------------------------- Finder no Hyôtéki

---------------------------------------------- Finder no Ori

---------------------------------------------- Finder no Sekiyoku

---------------------------------------------- Finder no Ryoshû

---------------------------------------------- Finder no Shinjitsu

---------------------------------------------- Ikoku Irokoï Romantan

---------------------------------------------- Crimson Spell 1

---------------------------------------------- Crimson Spell 2

---------------------------------------------- Crimson Spell 3

---------------------------------------------- Crimson Spell 4

 

 

© Yamané Ayano

Finder no Sekiyoku

("You're my love prize of one wing")

 

Auteur: Yamané Ayano

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 5

 

- Naked Truth (p.3): Un soir qu'il revient à son appartement en compagnie de ses deux meilleurs amis afin d'y organiser une petite bouffe, Akihito Takaba, jeune photographe indépendant, a l'horrible surprise de retrouver son logis complètement sens dessus-dessous. Visiblement, un cambrioleur est passsé par là ! Vite, le premier soin du jeune homme est de vérifier si on ne lui a pas subtilisé ses précieux appareils photos - à vrai dire seuls objets de valeur qu'il possède - mais par chance, rien n'a été volé: étrangement, l'intrus s'est contenté de mettre la pagaille en se livrant à une fouille minutieuse de l'appartement. L'instigateur de cette tentative de cambriolage n'est autre que Fei-Long, le jeune chef de la mafia chinoise. Ce dernier recherche en effet toujours le fameux CD-Rom accidentellement tombé entre les mains d'Akihito (voir volume 1) et qui contient de précieuses informations pour son business. Apprenant par ses hommes de main que l'objet est resté introuvable en dépit de leurs efforts, le Chinois ne cache pas son mécontentement et sa contrariété: car Akihito, qui détient probablement le CD-Rom, est le protégé et l'amant d'Asami, son rival de toujours ! Ce charismatique yakuza est allé jusqu'à risquer sa peau en s'aventurant dans le repaire de la mafia chinoise afin de délivrer le photographe que Fei-Long avait fait capturer. Etait-ce à cause des informations confidentielles que contiennent le CD-Rom, ou parce que son jeune amant lui est très précieux ? En tout cas, Fei-Long est convaincu d'une chose: en utilisant la personne d'Akihito pour réaliser ses desseins, peut-être parviendra-t-il à entraver les actions d'Asami....

C'est ainsi qu'une semaine plus tard, tandis que Akihito déjeune tranquillement dans un restaurant donnant sur le port, Fei-Long se présente devant lui. Une peur horrible saisit le jeune photographe à la vue de celui qui peu de temps auparavant a failli lui ôter la vie, mais cette peur atteint réellement son paroxysme lorsque le splendide Chinois lui demande nonchalamment des nouvelles de ses deux meilleurs amis. Justement, Akihito est en communication avec eux depuis son portable et apprenant que ces derniers l'attendent au bateau destiné à des prises de vue où soi-disant il leur a donné rendez-vous, le photographe comprend immédiatement que ses deux compères ont été attirés dans un piège. Jamais il ne leur a demandé de l'attendre sur ce yacht ! Tout est l'oeuvre de Fei-Long, et dans le coeur de Akihito la peur laisse bientôt place à la colère. Le regard lourd de menaces avec lequel ce photographe ose le dévisager en lui ordonnant de ne pas faire de mal à ses amis plaît beaucoup à Fei-Long: il reconnaît bien là le jeune homme qui n'avait pas versé une seule larme en dépit des tortures qu'il lui avait infligées après l'avoir enlevé quelque temps plus tôt. Néanmoins cette fois la situation est différente: si Akihito sait faire preuve de courage quand il s'agit de sa personne, supportera-t-il que l'on touche à ses amis ? Ainsi, s'il veut que ces derniers puissent rentrer tranquillement chez eux sans être mêlés à toute cette affaire, Fei-Long engage le jeune homme à coopérer et à lui remettre sans tarder les fameux documents malencontreusement tombés entre ses mains.

A ces mots, Akihito comprend enfin qui a fouillé son appartement et pourquoi. Cependant, il s'empresse d'avouer qu'il ne possède plus le CD-Rom: comme le contenu lui paraissait malsain, ayant trait à des activités mafieuses, il l'a effacé avant de restituer simplement le support et sa boîte à Asami. Et pourtant, le jeune homme a beau lui faire cet aveu désemparé, Fei-Long refuse de lâcher prise: d'accord, Akihito n'a plus les documents; mais nul doute que s'il suppliait Asami, vu le lien qui existe entre eux, le yakuza accepterait de livrer une autre copie de ces informations à son amant ? Et en procédant habilement, cette affaire pourrait ainsi être réglée entre eux trois, Asami, Fei-Long et Akihito, sans qu'il ne soit nécessaire d'y mêler des innocents. "Il m'est impossible de faire cela !" proteste le jeune photographe épouvanté. Mais le Chinois ne veut rien entendre. "Cela n'a rien à voir avec ta volonté," rétorque Fei en se levant de sa chaise pour se pencher sur le jeune homme et lui glisser à l'oreille: "Si tu ne te procures pas les documents.... tes amis mourront." Puis, après avoir proféré ces menaces, le chinois s'éloigne en annonçant à Akihito qu'il reprendra contact avec lui la nuit-même....

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Le soir venu, assis exactement au même endroit que le matin dans le même restaurant du bord de mer, Akihito fixe d'un air morne son téléphone portable. Prendre contact avec Asami et le supplier comme le lui a suggéré Fei-Long ? Le photographe n'est pas du tout convaincu que cette démarche serve à quelque chose. Cependant il n'a pas le choix, c'est donc d'une main tremblante qu'il se résoud finalement à déplier son téléphone portable et à composer le numéro de son amant, afin de demander à le rencontrer. Un peu plus tard, la mort dans l'âme, Akihito se rend donc à l'hôtel Schlaton Bay où le yakuza loue actuellement une chambre. Comme il s'y attendait, à peine lui a-t-il fait part de sa requête qu'Asami se met en devoir de la repousser: "Pourquoi serait-ce à moi de sauver tes amis ?" rétorque-t-il comme si c'était l'évidence-même. - "Je.... Je comprends.... répond Akihito, tête basse. Je suis venu en m'attendant à ce refus.... Mais si je n'ai pas ces informations, mes amis vont être exécutés.... Je t'en prie, donne-moi ces documents !!" Et sur ces mots, le jeune homme s'agenouille brusquement aux pieds d'Asami dans une attitude implorante, geste désespéré auquel le yakuza ne s'attendait certes pas de la part d'un garçon aussi fier et ne manque pas sur le coup de le désemparer ! Mais se reprenant vite, Asami redevient l'instant suivant aussi froid et cynique qu'à l'ordinaire, et annonçant à Akihito qu'il n'accorde pas plus de prix à ses suppliques qu'à la vie des deux otages, il lui ordonne de se relever sur-le-champ. Néanmoins si son attitude vis à vis de la détresse du jeune homme venu requérir son aide peut paraître cruelle, Asami attire également son attention sur le fait que Fei-Long ne tirerait aucun profit du meurtre des deux amis d'Akihito: par cette menage qu'il ne mettra jamais à exécution, nul doute que le Chinois ne cherche qu'à se moquer de lui !

Même si le jeune photographe s'y attendait, cette indifférence désinvolte dont fait preuve le yakuza face à ses problèmes le déçoit plus qu'il ne saurait l'avouer. "Quel idiot j'ai été d'avoir osé espérer ne serait-ce qu'une seule seconde que quelqu'un comme toi accepterait de me venir en aide ! s'exclame le jeune homme les yeux remplis de larmes. Je ne te demanderais plus rien !" Mais tandis qu'il se dirige vers la sortie, Asami lui barre soudain le passage. Sans se départir de son calme, le yakuza demande si Akihito sait quel est le contenu de ces données informatiques que convoite l'organisation de Fei-Long. Cette liste de noms que le jeune homme a pu lire sur le CD-Rom avant de l'effacer, il s'agit en fait d'une liste de marchands et de revendeurs du marché noir. Si ces informations venaient à tomber entre les mains de Fei-Long, chef d'un groupe mafieux rival, que se passerait-il ? Nul doute que la plupart de ces gens perdraient la vie.... Voilà pourquoi Asami presse Akihito de faire un choix: serait-il capable de sacrifier tous ces gens même s'ils travaillent pour la mafia dans le but de sauver simplement ses deux amis ? Bien sûr, épouvanté, le jeune homme répond qu'il ne saurait prendre une décision aussi grave. Ainsi, pensant qu'il a compris la leçon, Asami lui conseille de ne plus se préoccuper de Fei-Long, qui prend déjà Akihito pour le petit ami de son rival et risque encore une fois d'attenter à sa vie.

En dépit de toutes les sages raisons que lui oppose le yakuza, Akihito ne peut néanmoins se résoudre à abandonner ses deux camarades: après tout, c'est par sa faute s'ils ont été entraînés dans toute cette histoire, alors il estime qu'il est de son devoir de tenter quelque chose pour les sauver ! Asami a beau protester que ce ne serait que faire le jeu de l'ennemi, le jeune homme ne veut rien entendre. Néanmoins le yakuza l'avertit qu'il ne peut le laisser partir pour rencontrer Fei-Long et ainsi se jeter dans la gueule du loup. "Tu trembles, murmure Asami en se penchant sur Akihito. En réalité, tu es terrorrisé." - "....Oui, j'ai peur, avoue le jeune homme en laissant enfin couler ses larmes. Contrairement à toi, je ne suis pas habitué à de telles situations. Alors c'est bien normal, espèce d'idiot ! Qu'est-ce que ça veut dire, que tu ne me laisseras pas partir ! Alors que quoi qu'il m'advienne, mon sort te serait bien égal !..."

Que d'amertume dans les paroles d'Akihito.... Néanmoins Asami ne le laisse pas poursuivre, obstruant sa bouche d'un baiser. Si gêné - et prévoyant ce qui va suivre, le photographe s'empresse de détourner la tête, avec sa brutalité coutumière qui ne souffre aucun refus, le yakuza ne tarde pas à le précipiter sur le lit. Asami prétend que si Akihito n'y prend pas garde, leurs ennemis finiront par croire qu'il est son mignon attitré, mais, n'est-ce pas déjà le cas ? Toutes ces choses qu'au lit Asami exige de lui et que le jeune homme accepte d'accomplir sans broncher.... "Tu as beau te montrer obstiné, je devine immédiatement le moindre de tes désirs," sussurre le yakuza un sourire aux lèvres, emprisonnant sous lui sa victime impuissante et soumise. Mais tandis qu'Asami lui fait l'amour, Akihito remarque avec stupeur que ce dernier ne se comporte pas comme à l'ordinaire: moins violent, il se fait plus patient et plus tendre, prend le temps de se retirer de lui pour se répandre en baisers et en caresses. Aiguisant ainsi les désirs de son partenaire en lui infligeant une impatience irritante, Asami s'amuse à le pousser à bout ! "Je refuse de continuer comme ça.... songe Akihito en larmes, complètement vaincu. Comme si je tombais dans un piège, je commence à sombrer dans les ténèbres qui émanent de cet homme...."

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

La nuit se poursuit tandis que Asami ne laisse aucun répit à Akihito. L'esprit embué, le jeune homme ne parvient même plus à se rappeler la raison qui l'a poussé à venir chez son amant, et chaque fois qu'il tente d'y réfléchir, le yakuza reprend ses assauts avec encore plus de virulence, comme s'il souhaitait à tout prix empêcher Akihito de penser. Jusqu'à ce que soudain, le portable du photographe se mette à sonner. C'est un appel de Kô, l'un des des deux amis d'Akihito, qui s'étonne que ce dernier ne soit toujours pas venu au lieu de leur soi-disant rendez-vous. Apparemment, ni Kô ni son compère Takato n'ont encore réalisés qu'ils ont été pris en otages, surtout que Fei-Long et ses sbires, loin de les maltraiter, les ont conduits à un luxueux bar chinois réservé aux gens chics. S'imaginant que Akihito est en retard à leur rendez-vous à cause de son travail, Kô est sur le point de demander à son ami qui sont ces mystérieux chinois qui attendent eux aussi sa venue avec grande impatience, mais soudain Fei-Long lui ôte son téléphone des mains. Aux gémissements que pousse Akihito à l'autre bout du fil - car Asami prend un malin plaisir à torturer son amant alors qu'il se trouve en pleine conversations téléphonique ! - Fei-Long devine sans peine que le jeune homme se trouve au moment-même avec le yakuza. C'est parfait, tout se déroule selon ses plans: inquiet pour ses amis, Akihito s'est rendu chez Asami afin de tenter d'obtenir les documents. C'est donc un sourire satisfait aux lèvres que Fei déclare au photographe qu'il l'attendra dans ce bar chinois jusqu'à quatre heure du matin. Et sur ces mots, il coupe la communication, puis rend son portable à Kô en lui assurant que son ami Akihito ne va plus tarder à les rejoindre. Kô et Takato, vu le physique et l'allure de Fei-Long, ont d'abord pris ce dernier pour l'un des top-models avec lesquels travaille leur ami photographe; néanmoins, plus fûté que son compère, Takato commence à se poser des questions: depuis que le Chinois a mis les pieds dans cet établissement, bizarrement, l'atmosphère s'y est modifiée, comme si sa présence provoquait une tension chez les autres occupants des lieux. Et puis il y a aussi tous ces hommes en noir qui entourent Fei-Long, visiblement ses gardes du corps, ce qui laisse à penser que ce mystérieux jeune homme n'est pas quelqu'un d'ordinaire....

En se réveillant au milieu de la nuit, de gros cernes noirs sous les yeux suite à sa nuit mouvementée, Akihito tente de se lever pour aller aux toilettes, mais se rend vite compte qu'il ne tient même plus debout ! Tandis qu'Asami amusé l'aide à marcher jusqu'à la salle de bain, le jeune homme lui claque la porte au nez, furieux de se retrouver par sa faute dans un tel état. Toujours pantelant, Akihito demeure quelques instants appuyé contre la porte, mais quand enfin il relève la tête et découvre son image dans la glace au-dessus du lavabo, il reçoit un choc: son corps est entièrement recouvert de marques rouges, stigmates des baisers enflammés de son amant ! Akihito ne peut que détourner la tête à ce spectacle tant il se sent honteux. "Qu'est-ce.... que je suis en train de faire.... se reproche-t-il, furieux contre lui-même. Je pensais peut-être qu'en utilisant mon corps je parviendrais à mes fins ?.... Me pendre au cou d'Asami comme si je réclamais son aide.... De son corps, Asami n'a fait que me réconforter comme si j'étais un enfant. Et c'était ce que je souhaitais qu'il fasse. Quel type minable je suis...." Ouvrant le robinet de la douche, Akihito laisse la pluie chaude inonder son visage, idéale pour dissimuler ses larmes....

Un peu plus tard, lorsque douché et un peu calmé le jeune homme revient dans la chambre à coucher, il demande au yakuza ce que celui-ci fabrique dans cet hôtel: ce n'est certainement pas spécialement pour y rencontrer son amant que Asami a loué une chambre en ces lieux ? Quand Asami répond qu'il loge à l'hôtel pour son travail, Akihito ne peut s'empêcher de remarquer qu'en fait, tout chef yakuza qu'il est, Asami ne mène pas une vie très différente de celle des businessmans ordinaires, contraint de déménager d'une chambre d'hôtel à une autre selon ses rendez-vous d'affaire du moment. Mais tout en discutant l'air de rien avec son amant, en son for intérieur, Akihito continue de se demander comment faire pour amener Asami à lui céder et à lui remettre les documents. Finalement, il ramène le sujet de la conversation sur Fei-Long, s'étonnant de ce que ce dernier ait choisi de refaire son apparition maintenant, alors que plus de deux mois se sont écoulés depuis l'affaire du CD-Rom et de l'enlèvement de Akihito. Le jeune homme devine qu'une rivalité sans bornes oppose le Chinois à Asami, et même s'il ignore les raisons d'un tel antagonisme, remarque qu'il faudra bien un jour que les deux mafiosi règlent une bonne fois pour toutes leur différent. Voilà pourquoi, puisque Fei-Long et ses sbires seront au bar chinois Rokumei jusqu'à quatre heure du matin, Akihito engage Asami à s'y rendre - espérant bien sûr que grâce à cette intervention, ses deux amis seront sauvés. Cependant le jeune homme n'a pas plus tôt émis cette proposition d'une voix pâteuse qu'il s'effondre sur le lit, vaincu par le sommeil. Les événements pénibles de cette journée ajoutés à ces moments intenses d'intimité avec Asami ont fini par avoir raison de sa résistance. "...Tu as beau avoir fait de ton mieux, il m'est impossible d'intervenir, prononce Asami en recouchant Akihito, bien que ce dernier ne puisse l'entendre. Navré mais tu dois renoncer." Une fois vêtu de pied en cap d'un de ses habituels costumes noirs, Asami appelle l'un de ses hommes et lui ordonne d'amener sa voiture devant l'hôtel afin qu'ils se rendent à un certain rendez-vous. Puis, après un dernier regard en direction du dormeur, le yakuza quitte la chambre pour s'enfoncer dans la nuit. Et lorsque un peu plus tard Akihito s'éveille enfin de son sommeil de plomb, c'est pour réaliser avec horreur que l'heure limite de l'ultimatum lancé par Fei-Long est passée depuis un moment !

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Minuit passé. Confortablement installé dans sa grosse berline noire qui file dans la nuit à vive allure, soucieux, Asami ne peut s'empêcher de s'interroger sur les motivations de Feï-Long: à quoi pense donc le jeune Chinois ? Croit-il réellement qu'il suffit de menacer les amis de Akihito pour forcer Asami à lui remettre les précieux documents qu'il convoite ? Cela semble peu probable.... Alors, quel est son but ? Le yakuza est soudain tiré de ses réflexions par son chauffeur, qui lui annonce qu'un véhicule les suit. Aussitôt, Asami saisit son portable afin d'ordonner à ses hommes de main postés dans une autre voiture de barrer la route au gêneur. Mais rien n'y fait: à peine celui-ci est-il mis hors-course qu'un autre véhicule prend aussitôt le relais. "Ils ne doivent pas nous suivre. Continuez de rouler jusqu'à ce qu'on les ait semés définitivement," ordonne Asami à son chauffeur.

Au même moment, à son Q.G., Feï-Long reçoit la nouvelle qu'Asami a quitté son hôtel; le yakuza a remarqué qu'il était suivi, ainsi le filer jusqu'à sa destination risque de s'avérer difficile. Cependant le jeune homme n'écoute ces informations que d'une oreille distraite: Akihito ne répond toujours pas aux multiples appels qu'il n'a cessé de lui envoyer, et déçu, il doit s'avouer qu'il pensait que le photographe lui serait davantage utile. A présent, Feï-Long réalise que ses deux otages ne lui servent plus à rien. Alors tandis que leur ravisseur les toise d'un air menaçant, Kô et Takato semblent de plus en plus inquiets sur le sort qui les attend....

3H15 du matin. Enfin, Asami est parvenu à semer ses poursuivants afin de pouvoir rencontrer en secret l'homme avec lequel il avait rendez-vous. Il s'agit d'un Chinois et membre de la Pègre, qui ne cache pas son soulagement de voir arriver enfin le chef yakuza. Soulagement de courte durée lorsque cet homme, nommé Chô, apprend que Feï-Long qui a mis sa tête à prix se trouve en ce moment-même au Japon: pour lui, cela ne fait aucun doute que le jeune chef de la mafia chinoise est à sa recherche, ainsi il demande à Asami de hâter les préparatifs de sa fuite vers l'Europe. Apparemment, Chô a vendu des informations au clan d'Asami au détriment de celui de Feï, c'est la raison pour laquelle l'homme a dû fuir la Chine et d'inévitables représailles qui signifient ni plus ni moins qu'un assassinat. Mais entendant ces propos, Asami pense avoir enfin compris ce que son pire ennemi a dans la tête: en réalité, Feï-Long s'en fiche complètement du CD-Rom et des données qu'il contenait, tout ce qu'il souhaitait était que Asami le mène à sa proie. "Dans ce cas, jamais je n'aurais dû venir ici cette nuit, se reproche le yakuza, désormais conscient d'avoir mal évalué la gravité de la situation et par trop manqué de prudence. Mais le pire selon lui est que Feï-Long pense à présent que Akihito Takaba a de la valeur et qu'il peut l'utiliser pour destabiliser son rival. "Jamais je n'aurais dû laisser Takaba seul...." s'en veut Asami, saisit d'un sombre pressentiment....

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Pendant ce temps à l'hôtel, Akihito ne cesse de pester contre Asami: nul doute que son ténébreux amant avait versé un somnifère dans la canette de jus d'orange qu'il lui avait donné après sa douche, afin de s'assurer que durant son absence, le jeune homme n'aille pas au rendez-vous que lui avait donné Feï-Long. A présent l'heure est passée, alors en désespoir de cause, Akihito essaye de joindre le Chinois via son portable. Par l'historique des messages, il remarque alors avec effroi toutes les vaines tentatives de ses amis pour l'avoir au téléphone au cours de la nuit, mais il a beau tenter de joindre Feï-Long, personne ne répond à ses appels. "Ca.... Calmons-nous...." Livide, Akihito tente désespérément de se rappeler les événements survenus avant qu'il ne perde connaissance sous l'effet du somnifère. Il se souvient ainsi qu'au cours de la nuit, le yakuza avait reçu un message. Pendant qu'Asami prenait sa douche, curieux comme tous les reporters, Akihito en avait bien sûr profité pour lire le contenu de la missive imprudemment abandonnée sur la table de chevet. Le jeune homme en déduit que son amant a pris une chambre dans cet hôtel spécialement pour y attendre un rendez-vous avec l'un de ses contacts d'affaires. Dans ce cas il doit se trouver à l'adresse indiquée sur la lettre, et toujours dans le but de convaincre le yakuza de traiter avec Feï-Long pour sauver ses amis, Akihito décide donc d'aller l'y retrouver sur-le-champ.

Hélas, à peine le photographe a-t-il pris cette résolution que des coups insistants se font entendre à la porte de sa chambre: depuis le couloir, des hommes qui se présentent comme des envoyés de Feï-Long lui ordonnent d'ouvrir au plus vite. En dépit de son appréhension, Akihito ne peut qu'obéir, et à peine a-t-il ouvert la porte qu'il se retrouve nez à nez avec trois imposants mafiosi armés jusqu'aux dents qui font irruption dans la pièce. Pointant le canon de son revolver sur la tempe du jeune homme, l'un des hommes le somme de lui révéler immédiatement l'endroit où se trouve Asami. Akihito protestant qu'il ne sait rien, les Chinois le mettent en contact téléphonique avec leur chef: Feï-Long reconnait qu'il en a sans doute trop demandé au photographe en lui ordonnant de lui ramener les documents détenus par Asami, néanmoins, comme il est tout de même parvenu à destabiliser le yakuza au point de lui faire baisser sa garde, Feï décide de donner une seconde chance à Akihito de sauver ses deux compères, et ce bien que l'heure de l'ultimatum soit passée: nul doute qu'après la nuit "mouvementée" qu'ils ont goûté ensemble, Asami a dû laisser échapper quelques informations qui sont certainement parvenues aux oreilles de son amant; le Chinois enjoint donc Akihito de lui dire tout ce qu'il sait, en particulier l'endroit où se trouve le yakuza en cet instant. "Tu n'as quand même pas passé la nuit pendu à son cou à pleurer et supplier qu'il vienne à ton aide ?" achève Feï d'un ton cynique, son interlocuteur paraissant si surpris qu'il soit au courant de ses ébats.

A ces mots, chez Akihito la honte laisse aussitôt place à la fureur: lançant au téléphone une volée d'imprécations contre son ennemi, il le somme de lui dire immédiatement ce que sont devenus ses deux camarades. Si l'un des hommes de main de Feï-Long le fait taire d'un bon coup de crosse de revolver sur le crâne, le jeune homme voit cependant son voeu exaucé tandis que retentissent dans l'écouteur les voix de Kô et de Takato. "Pardonne-nous, Akihito....!" - "On a essayé de s'enfuir mais on a échoué !!" s'exclament en choeur les deux prisonniers. Mais à peine le photographe a-t-il pu s'assurer que ceux-ci sont en vie et en bonne santé que Feï-Long reprend son portable: "Si je te tiens en mon pouvoir, de toute façon Asami va bien finir par reparaître à l'hôtel. Désormais je n'ai plus besoin d'eux." - "A.... Attendez....! s'insurge Akihito. Même si je sais quelque chose, tant que je n'aurais pas la garantie que Kô et Takato me seront rendus sains et saufs, je ne dirais rien....!" - ".... Je m'en doutais.... acquiesce le Chinois en laissant échapper un rire amusé. Tu as une idée de la destination d'Asami ? Très bien, alors je vais libérer immédiatement l'un de tes amis." - "Qu'est-ce que vous racontez, libérez-les tous les deux ensemble !!" proteste vivement Akihito, scandalisant au passage les hommes de Feï, ulcérés que l'on ose s'adresser à leur vénéré chef avec une telle autorité. "Vous voulez connaître au plus vite l'endroit où se trouve Asami, n'est-ce pas !? Si ce n'était pas le cas, vous n'auriez pas besoin de vous livrer à tous ces pourparlers !!" A cette remarque, Feï-Long doit reconnaître qu'Akihito n'est pas aussi stupide qu'il le pensait. Accédant à sa requête, il ordonne donc à ses hommes de placer Kô et Takato dans un taxi. Tandis que les deux jeunes gens voient enfin se profiler un espoir de libération, un doute cuisant saisit Akihito. "Que faire.... se demande le jeune homme. Si je parle, ces types vont sûrement faire du mal à Asami.... Mais d'un autre côté, en cet instant, je n'ai pas vraiment le choix...." Finalement, la mort dans l'âme, Akihito se résoud à divulguer l'adresse inscrite sur la missive reçue tantôt par le yakuza: Hôtel Tôhô, chambre 3073. "Par ma faute, Asami court à présent un grand danger...." s'en veut le photographe, mais il ne peut rien faire, sinon appeler son ami dans son coeur de toutes ses forces....

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Un peu plus tard, grâce aux renseignements qu'ils ont enfin obtenus, les hommes de Feï-Long débarquent en force à l'hôtel Tôhô où sont censés se trouver Asami et Chô. Mais la chambre est vide, ces derniers ont déjà évacué les lieux et tentent de s'enfuir par l'escalier de secours. "Comme je m'en doutais, ils m'ont suivis," soupire Asami, s'emparant de son propre revolver. Pendant que ses propres hommes s'occupent des Chinois, il conseille à son compère apeuré de ne pas s'éloigner de lui tandis que tous deux vont s'efforcer de quitter l'hôtel. Néanmoins l'ennemi a anticipé leur tentative. D'autres mafiosi sont déjà postés au bas de l'escalier de secours, si bien qu'à peine les fuyards pointent-ils le bout de leur nez que des balles viennent leur siffler aux oreilles. Chô avait pensé que si un homme de l'envergure d'Asami se trouvait avec lui, les Chinois n'oseraient pas se montrer trop audacieux, mais c'était sans compter sur la rancoeur tenace que porte Feï-Long au yakuza. Effrayé, jugeant que mieux vaut encore réintégrer sa chambre d'hôtel vu que toutes les issues sont bloquées, Chô finit par se précipiter dans l'ascenseur sans écouter les protestations d'Asami qui lui recommande de ne pas bouger. Car cernés de tous côtés, aux yeux du yakuza leur seule chance de salut est d'ouvrir une brèche chez leurs assaillants en se débarrassant des hommes qui bloquent la sortie de secours. Ceci fait en un tour de main, Asami contacte ses hommes afin de les avertir que Chô descend en ascenseur pour tenter de regagner sa chambre. Peut-être est-il déjà trop tard, mais s'il est encore en vie, Asami demande à ses sbires de protéger de leur mieux son compagnon.

Trop tard, il l'est en effet. Au Q.G. de la mafia chinoise, Feï-Long reçoit déjà la nouvelle que Chô a été éliminé. Nouvelle qui ne lui fait ni chaud ni froid, car tout ce qui l'intéresse, c'est le sort d'Asami. Mais là, c'est une autre affaire: leur clan a déjà perdu cinq hommes dans l'affrontement, ainsi son homme de main tente de lui faire comprendre que puisqu'ils ont atteint leur but avec l'assassinat de Chô, mieux vaut en rester là plutôt que de s'attaquer davantage à un yakuza aussi redoutable. Feï ne répond rien, cependant il n'est pas encore disposé à lâcher prise: il ne peut en effet se résoudre à rentrer à Hong-Kong sans avoir eu la satisfaction de voir le visage dépité de son vieil ennemi.

A l'hôtel Tôhô où le calme est enfin revenu, Asami et ses hommes ont finalement découvert le cadavre de Chô étendu dans une mare de sang. Penché sur son ami qu'il était censé protéger, le yakuza entend à peine les excuses formulées par ses sbires, qui malgré leur empressement à exécuter les ordres de leur chef n'ont pu arriver à temps pour empêcher le meurtre. "Feï-Long, prononce Asami, le regard brûlant d'un désir de vengeance. Je vais t'enseigner ce qu'il en coûte de me mettre en colère...."

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

A l'hôtel d'Asami, les Chinois ayant évacué les lieux, Akihito reste seul avec un homme de main chargé de le surveiller. Tout juste revêtu d'un caleçon, assis sur son lit, le photographe commence à en avoir plus qu'assez de cette situation, d'autant plus que le bandit n'arrête pas de le mater. "Vous n'avez jamais vu un homme à poil ?" finit par demander Akihito impatienté. Le bandit répond alors avec mépris qu'il a beau obéir sans discuter aux ordres de son chef, il se demande bien pourquoi on l'oblige ainsi à monter la garde auprès d'un prostitué dégoûtant. "Vous m'en direz tant !" réplique aussitôt Akihito vexé, s'empressant de faire remarquer au bandit que son si précieux boss lui aussi n'a pas manqué de se payer une tranche de ce prostitué dégoûtant quand il en a eu l'occasion. Mais à ces mots, à la grande surprise du photographe, l'homme réagit de manière violente. "La ferme !! Ne dis pas de mensonges !! hurle le Chinois en pointant son arme sur le prisonnier. Maître Feï-Long ne prendrait jamais pour partenaire un déchet tel que toi. Je ne te permet pas de salir le nom de cet être si fier et si noble !!" Akihito n'en croit pas ses oreilles ! "Fier et noble...." Fier, Feï-Long l'est sans aucun doute ! Mais les propos du garde ainsi que son indignation exagérée ont laissés entrevoir à Akihito que l'homme éprouve certainement plus que de la dévotion envers son chef bien-aimé. Afin de l'énerver et lui faire perdre tous ses moyens, Akihito entreprend donc de lui décrire tout ce que Feï-Long lui avait fait lorsqu'il l'avait séquestré quelque temps plus tôt, donnant force détails croustillants: "Votre si merveilleux Maître Feï-Long, il m'a immobilisé avec des menottes et m'a fait prendre une posture honteuse.... Puis, après avoir réduit en miettes ma fierté mâle.... il a enfoncé son sexe en moi jusqu'à ce que j'en perde connaissance.... Comme technique de torture, je vous assure que c'est bien plus efficace que les coups de poings et de pieds.... Même du point de vue d'un homme, Feï-Long est irresistiblement beau.... Ne me dites pas que vous-même n'avez jamais tenté d'imaginer de quelle manière il étreint un homme ?...."

Pour illustrer ses propos, Akihito écarte les jambes dans une posture des plus provocante. Mais ses paroles ont fait mouche: scandalisé, livide, le bandit n'arrive plus à cacher son trouble et l'excitation qui monte en lui. "Décidément, je ne suis entouré que de pervers...." jubile le rusé photographe intérieurement. Ainsi le bandit a beau protester avec un manque flagrant de conviction que son chef n'a que peu d'intérêt pour les plaisirs de la chair, de plus en plus tentateur, Akihito repart à l'assaut: "Alors, pour quel genre de choses Feï-Long montre-t-il de l'intérêt ?" Pourtant la réponse qu'il reçoit n'est pas sans lui causer une vive stupeur: "Maître Feï-Long n'a d'intérêt que pour cet homme prénommé Asami.... Cette fois encore, il n'a agit que dans le but de le provoquer...." Sur cet aveu, poussé à bout par les provocations du prisonnier, le Chinois commence à défaire son pantalon afin de calmer sur lui ses ardeurs, oubliant dans son empressement fébrile de le tenir en joue. Il n'en fallait pas plus à Akihito. Profitant de l'imprudence de son adversaire, de quelques coups il a tôt fait de le mettre KO puis de s'emparer de son revolver.

Quelques instants plus tard, rhabillé, Akihito est occupé à ligoter le Chinois sans connaissance lorsqu'un autre yakuza fait soudain irruption dans la pièce. Il ne s'agit heureusement que du videur du club Shion, l'un des fidèles gardes du corps d'Asami. Le malabar conduit le photographe au bar chic qui servait de Q.G. à la mafia chinoise, et rien que l'aspect extérieur des lieux suffit à deviner que s'est déroulé là un terrible affrontement. A l'intérieur, c'est la même vision cataclysmique: tables et chaises renversés, bris de verre, impacts de balles où que se porte le regard.... Mais si plusieurs des hommes de Feï-Long ont pu être capturés par la troupe d'Asami débarquée ici en représailles, leur chef quant à lui a vidé les lieux depuis longtemps ! Tandis qu'Asami ordonne à ses sbires de surveiller les quais et les aéroports afin de ne laisser aucune chance de fuir à son ennemi juré, Akihito avise les cadavres qui jonchent le sol. "L'affrontement a été rude.... Tout ça parce que j'ai parlé ?..." se demande le jeune homme, saisit d'un vague malaise. Sa droiture le pousse néanmoins, une fois mis en présence d'Asami et avoir constaté avec soulagement que ce dernier est sain et sauf, de lui avouer avec franchise que c'est lui, Akihito, qui l'a vendu. Le regard froid et menaçant que lui lance alors le yakuza le fait reculer instinctivement. Jamais encore Asami ne l'avait regardé de cette façon.... Akihito saisit enfin la gravité de son geste, de cette trahison dont il n'avait pourtant pas le choix. "Et merde...! Vas-y, étripe-moi..." exorte-il mentalement, tête basse et tremblant d'appréhension. Saisissant le jeune homme par sa chemise, Asami le tire violemment à lui. "Tu viens là de contracter une énorme dette envers moi. Désormais je n'ai plus du tout envie de te rendre ta liberté. Et si je t'entraînais au fin fond de la perdition avec moi ?..." Et sur cette sentence, Asami s'empare des lèvres de Akihito pour un baiser plein de fougue et de violence. La langue emprisonnée dans la bouche de son amant, le jeune homme a l'impression qu'il va la lui déchiqueter. Mais quand le yakuza le lache enfin, l'expression de son visage ne s'est pas radoucie pour autant, bien au contraire, au point que Akihito effrayé se sente obligé de détourner la tête. Qu'entend Asami par les paroles qu'il vient de lui déclarer ? Qu'a-t-il l'intention de faire d'Akihito, lui qui a déjà tellement bouleversé le cours de son existence ? Penaud, le photographe est sur le point d'évoquer leur étrange et dangereuse liaison quand son portable se met à sonner. Impatienté, il se résoud à répondre, et quel n'est pas son soulagement en entendant la voix de Kô ! Ce dernier et Takato, qui ont finalement été libérés sains et saufs, se trouvent actuellement quelque part en ville et demandent à leur camarade de les rejoindre. La communication coupée, c'est d'un air gêné que Akihito se tourne vers le yakuza pour lui avouer avec hésitation qu'il doit partir car ses amis l'attendent. Mais bouillant toujours d'une colère froide contre son jeune amant, Asami se contente de lui faire signe de ficher le camp d'un mouvement du menton.

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Vexé de ce dédain, Akihito finit cependant par quitter le restaurant devasté. Tandis qu'il parcourt les rues de la ville en direction de l'endroit où lui ont donné rendez-vous ses amis, dans sa tête, il ne cesse de ressasser des pensées moroses. "Je ne t'appartiens pas !" Voilà ce qu'il brûle de lancer à Asami. Et en même temps, au fond de lui, il doit bien reconnaître que le fait que le yakuza le considère comme sien n'est pas pour lui déplaire.... Des appels enjoués finissent néanmoins par tirer le jeune homme de sa rêverie. Ravis que leur camarade soit lui aussi sain et sauf, Kô et Takato l'accueillent chaleureusement dans leurs bras. En larmes, Akihito leur demande pardon. Il est tellement désolé d'avoir malgré lui entraîné ses amis dans ses démêlés avec la Mafia. Kô lui assure pourtant que ce n'est pas grave: non seulement ils n'ont pas vraiment été maltraités, mais dans le restaurant chic où ils étaient retenus en otage, on leur a fait manger des plats chinois savoureux et coûteux, si bien qu'il leur a fallu un bon moment pour réaliser qu'ils avaient été kidnappés ! Mais plus sérieux que son camarade, Takato continue cependant de s'inquiéter pour Akihito et voudrait savoir si tout s'est également arrangé pour lui: il ne fait aucun doute pour le jeune homme blond que selon son habitude de chasser les meilleurs scoops, le photographe a encore fourré son nez dans une affaire dangereuse. Si Akihito reconnaît franchement que son ami a raison, il s'empresse de le rassurer, expliquant que les deux clans avec lesquels il s'est retrouvé impliqué sont à présent bien trop occupés à se tirer dans les pattes pour se soucier de lui. Le jeune homme n'aspire désormais qu'à une chose: rentrer tranquillement chez lui.

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Mais Akihito n'a pas plus tôt pris cette sage décision qu'il voit soudain une longue automobile noire passer sur la route au bord de laquelle il se tient avec ses deux compères. Vitres fumées, pas de plaque d'immatriculation. Serait-ce Feï-Long ? Saisi de stupeur, le photographe regarde le véhicule s'éloigner, mais finit par se reprendre et faire comme si de rien n'était. Ce serait vraiment une trop grande coïncidence que cette auto noire dissimule justement le Chinois en fuite qu'Asami et ses hommes recherchent si activement. "Et puis de toute manière, même si c'était le cas, mieux vaut tâcher d'oublier cette histoire et ne plus se mêler des affaires des yakuzas !" tente de se faire entendre Akihito. Mais quand il découvre sur les poignets de Kô les marques laissées par la bande adhésive avec laquelle il était ligoté, le jeune homme réalise que ça ne va pas être aussi facile de faire comme si tout ce qui s'est passé ne le concernait plus. Après tout, le voilà directement impliqué dans la lutte acharnée que se livrent les clans de Feï-Long et Asami. Pour preuve, le Chinois ne l'a-t-il pas utiliser comme appât pour débusquer son rival ? Il y a de grandes chances pour qu'une telle situation se reproduise, et Akihito refuse que l'on s'en prenne encore une fois à ses proches. Et puis il y a Asami.... Le jeune homme en a vraiment assez d'être considéré comme un objet lui appartenant. Il est grand temps de prendre lui-même les choses en main, et pour commencer, il lui faut rembourser au yakuza le prix de son involontaire trahison. Voilà pourquoi, confiant le sac contenant ses précieux appareils photos à ses amis, Akihito les quitte soudain pour courir dans la direction prise par la longue voiture noire, déterminé à coincer les Chinois quoi qu'il arrive. "Je ne te laisserais pas t'enfuir, Feï-Long...!!"

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Suivie de près par le taxi dans lequel est monté Akihito, l'automobile noire finit par s'arrêter dans un parking souterrain. Embusqué devant l'entrée, le photographe n'est plus si sûr de lui à présent: si cette voiture renferme bien Feï-Long et ses sbires, il s'apprète à se fourrer encore dans de sales draps ! Pour se redonner courage, Akihito tente de se faire entendre que cette situation n'est pas si différente de celles où il traque une célébrité: il n'a qu'à vérifier en s'approchant subrepticement qui sont les occupants de la voiture, et ensuite, s'il s'agit bien de Feï-Long, ne lui restera qu'à remettre la suite de l'affaire entre les mains d'Asami. Dissimulé par les piliers qui soutiennent le toit du parking, le jeune homme parvient finalement à s'approcher discrètement du véhicule, entourés d'hommes en noir venus accueillir son principal occupant. Et quand il voit en descendre la silhouette tant redoutée de Feï-Long, inutile de dire que le coeur battant à tout rompre, son premier soin est de vite retourner se cacher ! "Aaaah.... Si seulement j'avais apporté mon appariel photo à zoom, gémit Akihito en son for intérieur, je n'aurais pas eu besoin de m'approcher autant...." Les bandits ont probablement l'intention de se cacher dans cet immeuble jusqu'à ce que l'affaire se calme un peu, avant de tenter de fuir vers la Chine. Doit-il vraiment les dénoncer ? En proie au doute, Akihito s'efforce de peser le pour et le contre: s'il ne dévoile pas la planque des Chinois, ces derniers vont pouvoir rentrer tranquillement dans leur pays; en revanche, s'il révèle l'endroit à Asami, cela ne fera qu'entraîner un nouvel affrontement inutile. Et pourtant, songe le photographe, ce serait bien dommage de laisser filer l'ennemi sans rien tenter pour l'arrêter, après tout le mal qu'il s'est donné pour suivre Feï-Long jusqu'ici....

Finalement, Akihito décide d'envoyer à Asami un SMS codé: s'il ne parvient pas à déchiffrer le sens de ce message qui lui indique la cachette des Chinois, alors l'affaire en restera là. Tant pis si le yakuza ne comprend pas ses indications, en lui offrant ce renseignement, le jeune homme estime avoir remboursé sa dette. Mais alors qu'il termine d'envoyer son message, l'attention d'Akihito est bientôt attirée par des éclats de voix: les bandits l'ont repéré, grâce aux caméras de surveillance installées un peu partout dans le parking. Vite, sans perdre de temps il se met à courir en direction de la sortie, évitant grâce à sa souplesse et son agilité tous ceux qui tentent de lui barrer le passage. Hélas, alors qu'il n'est plus qu'à quelques mètres de l'issue, les rideaux de fer du parking achèvent de se refermer juste sous son nez. Pris au piège, sans autre espoir de salut, Akihito n'a plus d'autre ressource que de pointer sur ses poursuivants le revolver subtilisé un peu plus tôt à l'homme de main qui le gardait. Mais si la vue de l'arme a pour effet de tenir momentanément les bandits à distance, Leur chef en personne ne tarde pas à faire son apparition. "Ooohh.... Voilà qui est intéressant.... remarque ironiquement Feï-Long. Alors que nous en avions déjà fini avec toi, tu viens toi-même te jeter entre nos griffes. Quel petit rat bien imprudent.... Et tu as été jusqu'à te munir d'une arme.... Ton courage inutile a de quoi faire peur." Nullement ébranlé d'être ainsi tenu en joue, Feï s'avance vers Akihito. "Allez, vas-y, tire, si tu en as le cran." Tandis que le Chinois lui désigne sa propre poitrine, sûr de lui et serein, Akihito quant à lui blêmit, sa main qui tient le revolver se met à trembler. "Uh.... Comment est-ce que je pourrais tirer, rumine-t-il. Alors que jusqu'à aujourd'hui, je n'avais même jamais touché un objet pareil...." Mais Feï-Long sait déjà que Akihito serait incapable de tuer quelqu'un, même pour se défendre. Comme il s'est suffisamment approché du photographe, un seul coup de pied fulgurant lui suffit pour à la fois le mettre KO et le désarmer.

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Et voilà comment Akihito se retrouve à nouveau prisonnier, seul avec Feï-Long dans la salle de surveillance de l'immeuble. Les deux bras immobilisés d'une seule main par le Chinois, qui possède une force physique impressionnante en dépit de son aspect éthéré, le photographe ne tarit pas d'insultes à l'égard de son ravisseur. "Quelle énergie.... souffle Feï amusé. Surtout après un échange aussi vigoureux avec Asami...." Akihito devenant écarlate sur le coup de la surprise, Feï lui avoue que lorsque tous deux s'étaient parlés la nuit dernière au téléphone, surprenant les gémissements d'une voix lascive et suppliante, il n'avait pas eu de mal à deviner ce qui se passait dans cette chambre d'hôtel entre le photographe et le yakuza ! "En tant que jouet sexuel d'Asami, tu aurais mieux fait de te tenir tranquille au lieu de foncer dans le danger. Tu tiens donc tant que ça à lui plaire ?" - "Vous plaisantez !? s'insurge immédiatement Akihito. ça n'a rien à voir avec lui. Alors que vous avez pris mes potes en otage, je n'allais quand même pas me retirer sagement sans riposter ? Pour vous je ne suis peut-être qu'une larve, mais j'ai moi aussi ma fierté...!" - "Ta fierté...? Où se trouve-t-elle donc ? Avec ton corps qui se réjouit de plier sous les assauts d'un homme...!" Et sur ces mots, Feï-Long baisse violemment le pantalon d'Akihito. "Tu tombes à pic, déclare le Chinois, voilà bien longtemps que je n'ai pas goûté à ton corps. Et si je t'essayais à nouveau ?...."

Après sa nuit de passion avec Asami, qui ne lui a pratiquement pas laissé de repos, l'étreinte de Feï-Long se révèle une véritable torture pour le corps déjà malmené d'Akihito. "De quelle manière Asami fait-il l'amour...? demande bientôt le Chinois, sans se soucier des gémissements de douleur de sa victime. Si tu me le dis, alors j'arrêterais...." Mais quand il arrive enfin à arracher à Akihito l'aveu que même après plusieurs "coups", la virilité d'Asami reste ferme, cela plonge Feï-Long dans une rage froide. Fou de jalousie, lui qui éprouve toujours des sentiments pour Asami bien qu'il le croie responsable de la mort de son père et son frère adoptifs, Feï au lieu de le lâcher ne fait que redoubler d'ardeur en maltraitant le corps du malheureux Akihito. Mais même ainsi meurtri et humilié, le jeune homme n'a rien perdu de sa morgue. "Alors, vous avez terminé ?" demande-t-il sur un ton méprisant tandis que Feï-Long rajuste ses vêtements d'un air satisfait. - "....En effet.... répond le Chinois dans un sourire. Et puisque tu ne m'es plus d'aucune utilité, tu vas me faire le plaisir de mourir en guise d'avertissement pour Asami." Terrifié, Akihito croit sa dernière heure venue en voyant Feï-Long pointer sur lui son revolver. Mais à cet instant, une voix calme et familière se fait soudain entendre dans la pièce: "Maintenant ce n'est plus seulement ton visage, ton caractère aussi est devenu effeminé ?" raille Asami, braquant son propre revolver sur le Chinois. Contrarié par l'irruption de cet intrus, Feï tourne son regard vers Asami, et tous deux se dévisagent un moment en silence. "Je ne me souviens pas t'avoir invité, finit par déclarer Feï-Long. Un seul rat me suffit.... A moins que.... C'est ça que tu ne sois venu chercher ?" Et sur ces mots Feï-Long s'empare d'Akihito, pointant sur sa tempe le canon de son pistolet. "Te servir d'un otage comme bouclier.... prononce Asami sans se départir de son calme. Te voilà réduit au rang de ces petits voyous minables que l'on trouve un peu partout." - "Tu plaisantes, répond Feï, piqué. Je n'ai pas besoin de ça.... Je te le rends." Et sur ces mots, le Chinois précipite violemment Akihito vers Asami, qui s'empresse de le recevoir dans ses bras. Mais ce faisant, il abaisse inconsciemment son arme, et c'est justement ce que souhaitait son ennemi. "Tu m'as plutôt bien eu lors de notre précédente confrontation, remarque Feï, alors je tenais absolument à venir te saluer. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, c'est moi qui remporte la victoire."

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

Asami a juste le temps de jeter Akihito à terre avant que les coups de feu ne partent. Une balle vient se ficher dans l'épaule du yakuza, tandis qu'une autre lui traverse la jambe. "Asami !... Tu as été touché !?" s'écrie Akihito en se redressant, horrifié de voir son amant ployer un genou à terre. Un flot de sang coule des blessures d'Asami, mais il en faut plus que ça pour venir à bout de lui ! Réagissant au quart de tour, il tire à son tour deux balles sur Feï-Long, dont l'une lui arrache son revolver et l'autre vient le toucher au ventre. Mais si les deux bandits se retrouvent à présent aussi mal en point l'un que l'autre, remarquons qu'aucune de leurs blessures n'est fatale, ils n'ont pas vraiment essayé de se tuer. Les larmes aux yeux, Akihito voudrait bien porter secours à Asami, hélas ses mains liées derrière son dos le mettent dans l'incapacité de faire quoi que ce soit. "Fiche vite le camp d'ici...." lui ordonne le yakuza, repoussant le jeune homme d'une main ensanglantée. Mais si Asami ne parvient même plus à tenir debout, il n'en est pas de même pour Feï-Long qui, profitant de l'impuissance de son ennemi, se saisit à nouveau d'Akihito. "Avoir l'esprit accaparé par un tel gamin.... Ne crois-tu pas que tu te conduis bien trop imprudemment...?" Bien sûr, nullement décidé à se laisser enlever sans résister, Akihito se démène du mieux qu'il peut. Un vigoureux coup de poing dans l'estomac a néanmoins tôt fait de le calmer. "Je l'emporte avec moi, annonce Feï-Long à Asami. Je le chérirais à ta place."

Fou de rage, le yakuza voit le Chinois s'éloigner en emmenant son jeune amant inconscient. Si en réunissant ses dernières forces, Asami parvient quand même à se redresser pour s'élancer à sa suite, sa jambe blessée le fait terriblement souffrir et lorsqu'il achève enfin de grimper l'escalier qui mène au toit de l'immeuble, il est déjà trop tard. Depuis l'hélicoptère qui l'emporte au loin avec Akihito, Feï-Long lance un regard plein de défi à son rival: "Nous n'allons pas en rester là. Viens donc à Hong-Kong, si tu l'oses !"

( Naked Truth - À suivre dans le volume 4)

© Yamané Ayano / Biblos

 

- Love Surprise (p.133): Ce petit chapitre humoristique, publié à l'origine dans un fasicule offert en cadeau dans un numéro du magazine Be Boy Gold, se déroule quelque temps avant les événements décrits dans le chapitre précédent. Dans un restaurant traditionnel de la capitale, Akihito accompagné de Kô, Takato et quelques autres amis ont organisé une petite fête pour le Nouvel An. Il est minuit cinq, lorsque Kô, évoquant la carrière de photographe de son ami, lui demande soudain s'il lui arrive de prendre des photos de starlettes en maillot de bain et - pourquoi pas ?- dans le plus simple appareil. Bien sûr, le jeune homme s'empresse de répondre négativement: s'il lui arrive parfois de réaliser des clichés d'actrices ou d'idoles durant des interviews, il n'est pas du genre à les espionner jusque dans leur piscine privée comme le font certains paparazzis ! Néanmoins ses amis ne le croient pas si sage, alors afin de vérifier si Akihito ne dissimulerait pas quelque liaison croustillante avec une beauté célèbre, ils décident de passer en revue le répertoire téléphonique de son portable. En effet les lascars ne tardent pas à y découvrir un prénom féminin, dont ils déduisent aussitôt qu'il doit s'agir de celui de la petite amie d'Akihito. Indifférent aux plaisanteries de ses amis, le photographe a beau protester que le seul prénom féminin qu'il a mémorisé dans son portable est celui de sa mère, Yoshida, le garçon qui lui a subtilisé son téléphone, ne veut rien entendre: il connaît déjà le prénom de la mère de son camarade et celui qu'il vient de découvrir dans le répertoire est différent. Il en déduit que Akihito tente de cacher sa nouvelle conquête à ses potes et décidant que c'est là l'occasion idéale de faire connaissance, Yoshida compose le numéro pour souhaiter à la mystérieuse inconnue une bonne et heureuse année.

Seulement c'est une voix d'homme qui répond, alors quand Yoshida déclare dérouté à ses compagnons qu'il a pourtant composé le numéro d'Asami-chan qui figurait en tête du répertoire d'Akihito, sous le coup de la surprise, ce dernier manque s'étrangler avec sa bière ! Vite, Akihito arrache le portable des mains de Yoshida et se bouchant le nez pour modifier sa voix, s'excuse en prétendant s'être trompé de numéro avant de couper la communication. Puis, consterné par ce qui vient de se produire, il donne libre cours à sa colère contre Yoshida: un numéro top secret qu'il avait eu tant de mal à se procurer, et classé au niveau le plus élevé sur la liste rouge ! Réveiller un chef yakuza en pleine nuit pour lui souhaiter la bonne année ! Sans compter que grâce au journal des appels entrant, Asami n'aura aucun mal à découvrir qui vient de l'appeler ! De dépit, Akihito en roule par terre ! Ses amis quant à eux ne comprennent absolument rien à sa réaction exagérée, et au fond c'est bien normal: si "Asami" est effectivement le nom de famille du yakuza, en japonais selon la façon dont on l'écrit en kanjis, c'est également un prénom féminin. Yoshida et Kô supposent donc simplement que le numéro était celui d'une fille que le photographe n'a pas encore réussi à "tomber", et que puisque c'est un homme qui a répondu au téléphone, les chances d'Akihito de conclure avec cette Asami s'avèrent plutôt minces !

 

© Yamané Ayano / Biblos

 

2H13 du matin. La fête bat son plein dans le restaurant, où les jeunes gens un peu éméchés ont entâmé une partie de strip-poker. Assis à côté de Kô qui préfère s'empiffrer, Akihito quant à lui a décidé de noyer ses soucis dans la bière. Cependant, loin de le réconforter, l'alcool a pour effet inverse de le plonger dans un spleen dans lequel viennent ressurgir tous les déboires qu'il a pu avoir avec Asami. "Je suis traité comme un jouet...! s'exclame le jeune homme d'une voix avinée en tapant du poing sur la table. Moi aussi j'ai des droits ! ....Chaque fois que je me rappelle Asami, j'sais pas pourquoi, ça me met en rogne.... Mais cette année au moins, je m'en vais lui montrer comme je suis un mec redoutable !" Et sur ces mots, Akihito s'empare de son téléphone. C'est ainsi qu'à des kilomètres de là, Asami est encore réveillé par la sonnerie de son portable, dont ne tarde pas à sortir une sinistre voix caverneuse: "Ohohohohoh.... Je sais tout. Ton ventre est couvert de poils noirs. Je te surveille sans cesse...." Irrité par cette plaisanterie d'un goût douteux, Asami coupe la communication, à la consternation d'Akihito qui décide de le rappeler sur-le-champ ! "Qu'est-ce que tu me veux," prononce le yakuza d'une voix dont le calme ne fait qu'attiser la rancoeur du jeune homme complètement ivre. "Ecoute ce que j'ai à dire jusqu'au bout !" tonne Akihito. Il se lance alors dans l'énumération de toutes les récriminations qu'il a contre le yakuza, qui non seulement lui confisque ses appareils photos à chaque fois qu'il tient un scoop alléchant sur le Milieu, mais s'obstine à le traiter comme un gamin en dépit de tout ce qu'il inflige au lit à son corps ! Heureusement, avant que Akihito ne rentre dans les détails, Kô et Takato s'empressent de lui confisquer son portable. "Allo ? Excusez-le. Akihito a visiblement un peu trop bu," explique Kô au téléphone.

2H44. Relégué dans l'arrière-boutique avec la tenancière du restaurant, Akihito regarde à la télévision un film dont la happy end lui arrache des larmes. Un verre de vin chaud à la main, le jeune homme ne dessoûle pas. Le voilà à présent pétri de remords d'avoir disputé Asami tout à l'heure au téléphone, si bien que s'emparant encore une fois de son portable sous le regard consterné de ses amis, il décide d'appeler pour s'excuser. Ailleurs, en ville, à force d'être dérangé si souvent durant son sommeil, le yakuza a fini par renoncer à dormir. Il se trouve sous la douche lorsque le téléphone se met à sonner et s'il n'en est pas surpris outre mesure, il ne peut réprimer un soupir de lassitude. "....Fiche-moi la paix", prononce Asami en décrochant le combiné, avant que ne lui parvienne une voix larmoyante ponctuée de gémissements et de sanglots: "....Tu es méchant.... lance Akihito. Les OVNI qui ont envahi la Terre, le Japon qui a la forme d'un hippocampe, le loyer qui va augmenter à partir de ce mois-ci, tout est de ta faute. Mais tout à l'heure, c'est moi qui ait mal agi - snif ! Je l'admets - snif ! " Et sur ces mots, le jeune homme coupe la communication sans rien ajouter, laissant son interlocuteur dans l'incompréhension la plus totale....

 

© Yamané Ayano / Biblos - "Méchant... snif !..."

 

4H32 du matin. Après la bière et le vin chaud, Akihito est passé au saké, ce qui a eu pour effet de faire remonter en flèche son moral. Torse nu et couvert de décos du Nouvel An japonais, il a l'air si cocace que ses amis songent fort à le prendre en photo dans cette tenue pour la lui montrer plus tard. Mais à présent, le jeune homme se sent bien, alors soupirant d'aise, il décide de faire partager son bonheur à Asami. Ce dernier est assis dans un fauteuil de son appartement, à lire tranquillement son journal en fumant une cigarette. Avant même d'avoir décroché, il devine déjà d'où provient l'appel qui fait sonner le téléphone posé à ses côtés. "....Où est-ce que tu es en train de boire, espèce d'ivrogne ?" demande donc le yakuza.

L'aube se lève sur la ville quand les huit jeunes gens se décident enfin à mettre fin à la fête et à quitter le restaurant. Ivre-mort, Akihito ne tient même plus debout, si bien que ses amis sont obligés de le soutenir pour le faire avancer, le traînant presque. Comme Kô n'habite pas très loin de chez le photographe, il se propose de le raccompagner en le portant sur son dos. C'est à ce moment que s'arrête soudain devant la petite troupe une luxueuse BMW noire, dont descend un homme d'une grande beauté à l'allure impressionnante. "....Je vais ramener celui-là...." prononce-t-il simplement en désignant Akihito. Et chargeant le corps inerte du jeune homme sur son épaule, il l'installe dans la voiture avant de repartir aussi vite qu'il est venu, sans donner la moindre explication. Abasourdis par l'arrivée inattendue de cet imposant personnage, les autres garçons en restent cois, immobiles à regarder s'éloigner le véhicule qui emporte leur ami. "....Cet homme n'est pas n'importe qui, remarque quant à elle la tenancière du restaurant. J'ai l'oeil vif, on ne peut pas me tromper."

Et c'est ainsi qu'un peu plus tard, quand son vin cuvé Akihito se réveille enfin, il a la stupeur de se découvrir au lit avec le yakuza, dans une posture des plus éloquante ! "...Hein !? Asami...! Co.... Comment est-ce que j'en suis arrivé là !?" s'exclame le jeune homme, qui dans son esprit encore tout embrumé par une nuit de débauche n'arrive plus à recouper les événements. Mais sans répondre à ses interrogations, Asami se contente de l'embrasser. "Maintenant, moi aussi je passe un joyeux Réveillon...." déclare-t-il, ravi de sa petite vengeance. - "Est-ce que c'est une façon de démarrer la nouvelle année ?!..." proteste vivement Akihito consterné.

 

---

© Yamané Ayano / Biblos

 

- Beikudo Sweet Mégané ("Beikudo Douces Lunettes"), p.151. Misaki Mikami, un séduisant jeune cadre d'allure sévère et plutôt réfrigérante avec ses lunettes étroites et son costume impeccable, est chef du département business de la grande société de distribution "Marukoshi". Comme c'est lui qui décide des produits qui seront mis en vente par sa boîte, il n'est donc pas étonnant que Mikami soit largement sollicité par divers fabriquants de vêtements. Mais parmi tous les représentants de commerce qu'il doit se coltiner chaque jour, aucun n'est plus horripilant que Ryôtarô Fujiya, le démarcheur de chez "Fukukichi", une société spécialisée dans la création de lingerie masculine. Mikami a beau répéter à cet enquiquineur que pour l'instant "Marukoshi" n'a pas prévu d'élargir sa gamme dans ce type de produit, l'enthousiaste Fujiya n'est pas du genre à se décourager pour autant, revenant régulièrement à la charge dans le bureau du cadre exaspéré. Et un jour, non content de lui servir son barratin habituel, afin de lui prouver le style et la qualité de son produit, voilà t'y pas que le jeune homme va jusqu'à essayer son nouveau modèle de slip juste sous le nez du businessman ! Cette fois-ci c'en est trop ! Mis dehors par les agents de la sécurité, de retour chez "Fukukichi", Fujiya ne manque pas de se faire enguirlander par son patron: Misaki Mikami a la réputation d'être quelqu'un de difficile, il faut se montrer très prudent quand on a affaire à lui, et notamment éviter les séances de streap improvisées ! Le jeune représentant doit absolument réparer sa bévue; son chef de service lui ordonne donc de tout faire pour se mettre dans les bonnes grâces de Mikami et obtenir une entrevue avec ce cadre influent, afin de déccrocher le contrat de distribution tant convoité.

 

© Ayano Yamané / Biblos

 

C'est ainsi que quelques jours plus tard, rencontrant par hasard Mikami à un arrêt de bus, Fujiya lui propose en guise d'excuse de l'inviter à déjeuner. Le businessman refuse aussitôt: il a horreur de ces rendez-vous qui dégénèrent vite en repas d'affaires. Mais lorsque, bousculé par un passant, Fujiya laisse malencontreusement tomber à terre sa mallette qui s'ouvre sous le choc en répandant sur la chaussée tout son contenu (une belle collection de slips !), Mikami n'hésite pas à lui porter secours en l'aidant à ramasser tous ses échantillons de marchandise, râtant son bus par la même occasion. Néanmoins, à ce geste, Fujiya a compris que sous ses dehors effrayants, le businessman est quelqu'un de très bien, serviable et gentil. Dès lors, plus sûr de lui, son comportement change du tout au tout ! Et après avoir insisté pour amener lui-même Mikami à son bureau en le faisant monter avec lui sur son scooter, c'est avec un sourire des plus malicieux que Fujiya prend congé en renouvelant son invitation à déjeuner. Malgré lui, Mikami sent qu'il est désormais en train de marcher au pas du jeune homme, sur une voie quelque peu dangereuse....

 

© Ayano Yamané / Biblos

 

Cependant le businessman n'est pas au bout de ses surprises: le même jour à la pause de midi, un présent de la part du jeune représentant de chez "Fukukichi" est déposé au bureau de son département, et ce qu'il contient rempli Mikami de stupeur: des charlottes aux fraises de la pâtisserie "Manpukudô" ! Comment Fujiya a-t-il fait pour découvrir son péché mignon ? Et le soir, alors que Mikami s'apprète à rentrer chez lui sous une pluie battante en se reprochant de n'avoir pas pensé à préparer un parapluie, il découvre justement l'objet de ses souhaits dans son casier, un parapluie publicitaire au logo de "Fukukichi" - ainsi qu'un sachet contenant l'un de ces fameux slips bien sûr également made in Fukukichi, "pour vous changer au cas où vous seriez trempé" ! A la fin, vaincu par tous les efforts déployés par Fujiya pour attirer son attention, Mikami accepte de lui accorder une entrevue. Celle-ci a lieu dans un restaurant, en compagnie du supérieur du jeune représentant. Hélas, au moment où l'affaire semblait en bonne voie, Mikami acceptant enfin d'étudier le dossier des sous-vêtements "Fukukichi", les choses tournent mal: afin de s'assurer du total appui du cadre, le patron de Fujiya a cru bon de glisser dans le présent destiné à Mikami plusieurs grosses liasses de billets de banque. Il ignorait que ce dernier est du genre incorruptible, et offensé, le businessman quitte les lieux sur-le-champ. Fujiya qui ignorait tout des manigances de son chef s'élance aussitôt à sa suite, souhaitant lui aussi lui offrir son propre cadeau; cependant Mikami qui a eu sa dose de tentatives de corruption pour aujourd'hui repousse le sac violemment, avant de s'apercevoir qu'il ne contenait que d'innocentes pâtisseries. Fujiya arbore un air si triste en voyant ses gâteaux fichus, renversés à terre.... Même le lendemain, au bureau, Mikami ne parvient pas à ôter l'expression de son visage de son esprit....

Mais le soir, en rentrant chez lui, le cadre a l'occasion de rencontrer à nouveau le jeune homme, occupé à chercher à quatre pattes devant l'arrêt de bus ses lentilles de contact. Mikami se met encore une fois en devoir de l'aider, néanmoins les lentilles restent introuvables; alors, puisque Fujiya ne voit quasiment rien sans ces dernières, le businessman se propose à son tour de le raccompagner jusqu'à son domicile. Mais un peu plus tard, en arrivant devant l'habitation, il a une surprise de taille: ce n'est autre que le magasin "Manpukudô", sa pâtisserie préférée ! Invitant Mikami à monter jusqu'à sa chambre, Fujiya lui explique qu'autrefois, son frère aîné et lui se sont affrontés dans une bataille culinaire afin de savoir qui des deux allait prendre la succession de la pâtisseie familiale. Fujiya ayant été vaincu, il a du se résoudre à choisir un autre métier, et depuis ce temps, il ne cuisine plus de gâteaux que pour les personnes qu'il aime. (Le jeune homme ne le dit pas à Mikami, mais alors qu'il n'était encore que lycéen et travaillait à l'occasion dans la pâtisserie de ses parents, il avait un jour mêlé un gâteau qu'il avait confectionné lui-même aux autres douceurs en exposition dans la vitrine du comptoir; et celui qui avait acheté à sa grande surprise ce gâteau maladroit n'était autre que Mikami, déjà un habitué du magasin à cette époque ! C'est toujours avec une émotion intense que Fujiya se remémore ce souvenir qui le console de la déception de n'avoir pas pu prendre la succession du "Manpukudô", et voilà pourquoi il est tellement attaché au businessman....) A cette déclaration, Mikami comprend enfin que les gâteaux que le jeune homme avait tenté de lui offrir la veille et qu'il avait malencontreusement renversés avaient été cuisinés de la main-même de Fujiya. Alors, afin de réparer son geste, il demande timidement à son hôte s'il ne voudrait pas faire des pâtisseries pour lui encore une fois. Bien sûr, Fujiya ravi acquiesce aussitôt, ignorant que cette séance de cuisine improvisée va vite prendre un tour inattendu....

 

© Ayano Yamané / Biblos

 

- Koï suru Babyleaf ("Amour, Jeunesse et Couronne de Laurier"), p.180. Comme à chaque tome de "Finder", l'auteur nous gratifie pour clore le volume d'un chapitre de "Koï suru Shokubutsu", cette histoire où deux lycéens qui ne s'entendent pas découvrent par hasard que leurs propres pères entretiennent une liaison. Cette fois, il s'agit d'un retour en arrière décrivant la première rencontre des deux hommes d'âge mûr et le début de leur longue histoire d'amour.

La première fois que Keiichirô Mizuno, fils d'un grand avocat, rencontra celui qui allait devenir le grand amour de sa vie, ce fut lors d'une réception où son père l'avait emmené. Fils d'un politicien, Hiyama venait d'intégrer la même université que lui après avoir obtenu la première place lors du concours d'entrée, alors à peine le jeune homme s'était-il montré dans la salle de réception que tous les journalistes présents s'étaient regroupés autour de lui pour l'interviewer. De jalousie, le père de Mizuno en avait été ulcéré, lui qu'un antagonisme opposait depuis longtemps au père de Hiyama: comment se faisait-il que malgré son intelligence, Keiichirô n'était pas parvenu à vaincre le fils de son ennemi ? En fait, afin de répondre aux attentes de son père, depuis le lycée déjà Keiichirô s'était efforcé de surpasser Hiyama, premier au classement national des élèves d'élite; mais il avait dû chaque fois se contenter de la seconde place, et battu avec une sacrée longueur d'avance ! Non, Keiichirô était bien forcé de le reconnaître, il n'était pas de taille à lutter contre le fils Hiyama.

 

© Ayano Yamané / Biblos

 

Peu de temps après la réception, à l'université, les deux jeunes gens devaient finalement faire connaissance, Hiyama saisissant la première occasion de faire le premier pas. Contrairement à ce que Keiichirô pensait d'un garçon à qui tout réussissait dans la vie, Hiyama se révéla être quelqu'un de très bien, amical et pas du tout guindé, qui immédiatement se mit à lui témoigner une vive sympathie. Mais loin de réconforter Mizuno, ces sourires insouciants dont le gratifiaient son nouvel ami ne faisaient que le démoraliser encore davantage, lui qui ne parvenait pas à se défaire d'un fort complexe d'infériorité. Pourtant, quand quelques mois plus tard arriva le jour de la publication des résultats de fin de trimestre, l'inespéré se produisit enfin: Mizuno avait battu Hiyama, qui se retrouvait à son tour relégué à la 2ème place. Keiichirô n'en crut pas ses oreilles quand on lui annonça la nouvelle, cependant il n'eut pas le loisir de s'en réjouir, tant la légéreté avec laquelle Hiyama prit sa "défaite" ne laissa pas de le désemparer: souriant, l'étudiant paraissait s'en soucier comme de sa première chemise, avouant même qu'il pensait bien que son ami finirait par le détrôner un jour. "Pourquoi ris-tu ? Tu n'es donc pas vexé que je t'aies battu...? demanda Mizuno dépité. Ou alors, tu te fiches du résultat des examens ? Finalement, c'est moi qui passe pour un con, moi qui ait fait tant d'efforts afin de me mesurer à toi...." Inutile de dire que Hiyama ne comprit rien à la réaction de son camarade, qui aurait dû au contraire se réjouir d'avoir obtenu la première place. Mais à peine lui en eut-il fait la remarque que Mizuno explosa: ainsi, pour Hiyama comme pour tant d'autres étudiants, les années passées à l'université n'étaient rien de plus qu'un amusement en attendant le passage à la vie active ? Et lui qui croyait que Hiyama envisageait ses études de manière aussi sérieuse que lui ! Et sur ces mots, furieux, Mizuno s'en était allé en tournant le dos à son rival, laissant ce dernier complètement désemparé. De retour chez lui, si le jeune homme avait enfin eu le droit à de chaleureuses félicitations paternelles, il devait s'avouer qu'il n'en éprouvait pas de satisfaction pour autant: davantage que sa première place, c'était Hiyama qui occupait l'esprit de Mizuno, et le remord d'avoir déversé sur son ami une colère injustifiée acheva de mettre son moral au plus bas.

Quelques jours plus tard, à la fac, Keiichirô devait cependant apprendre une autre nouvelle bouleversante: Hiyama avait subitement décidé de quitter son université actuelle pour partir étudier en Angleterre. Pour Mizuno, il ne fit aucun doute que lui-même était la cause du départ précipité de son ami ! Le soir venu, quand à bout de souffle il parvint enfin à intercepter Hiyama sur le chemin du retour, ce dernier lui expliqua que ce départ pour l'étranger était en fait prévu depuis longtemps: ses parents souhaitaient l'envoyer dans une prestigieuse école anglaise, mais comme sa vie dans son actuel campus universitaire lui plaisait énormément, il avait jusqu'alors refusé de partir. "Alors.... Tu as l'intention de fuir en m'abandonnant la première place du classement...? prononça Mizuno bouleversé d'un ton amer. L'autre jour, je reconnais que j'en ai sans doute trop dit.... Mais pour moi, la vie dans une université où tu ne seras plus va perdre tout son sens. Il n'est plus nécessaire désormais que je m'applique à satisfaire la vanité de mon père.... Je.... vais arrêter mes études...."

Mizuno n'eut pas plus tôt prononcé ces mots qu'il se mangea un violent coup de poing dans la figure ! "Qu'est-ce qui te prends de dire des trucs pareils, Mizuno...! s'exclama Hiyama furieux. N'est-ce pas toi qui m'a dit tantôt de penser à mes études sérieusement ?! Grâce à tes paroles, j'ai ouvert les yeux. Je me suis rendu compte que j'étais quand même un peu vexé d'avoir été battu. Voilà pourquoi j'ai décidé de partir étudier à l'étranger...!!" Se penchant sur son ami, Hiyama le prit par les épaules. "Mizuno, je vais partir en Angleterre et y étudierais de mon mieux, puis, quand je serais redevenu l'homme capable de répondre à tes attentes, je te promets de revenir...! Jusqu'à ce moment, attends-moi, Mizuno...!!" Et sur ces mots, les deux jeunes gens s'étaient jetés dans les bras l'un de l'autre pour une chaleureuse première étreinte. "Je suis heureux d'avoir un rival tel que toi...!" - "Oui.... Moi aussi.... Je t'aime.... Hiyama...!" avait alors avoué Mizuno les larmes aux yeux.

 

© Ayano Yamané / Biblos

 

Près de trente ans se sont écoulés depuis, et c'est encore avec nostalgie que les deux pères de famille se rappellent leur toute première déclaration d'amour. Toujours aussi peu sûr de lui, l'évocation de ce souvenir et de ses tourments sentimentaux d'étudiant provoque toujours autant de gêne chez Keiichirô Mizuno, que son amant prend un malin plaisir à taquiner ! Mais à présent, ce sont leurs fils à tous deux qui attendent les résultats de leurs examens de fin de trimestre. Et si Takahiro Hiyama s'avère intellectuellement le digne successeur de son père, on ne peut en dire autant de Ayumu Mizuno, playboy déluré bien loin de l'image d'élève modèle de son timide géniteur ! "Aaaah, zut...!! Hiyama m'a battu !" s'exclame le jeune homme consterné lors de la publication des résultats. Mais selon les autres élèves de la classe, Mizuno n'est pas vraiment qualifié pour considérer Hiyama comme un rival, alors qu'au classement il y a plus de 300 personnes entre eux ! Car si Hayama se maintient dans les meilleurs élèves, Mizuno figure pratiquement dans les derniers ! Mais ce qui inquiète surtout l'étudiant, c'est qu'avec des performances aussi minables, il ne peut espérer intégrer la même prestigieuse université que son éminent petit ami. "A moins de demander à mon père de m'y faire entrer par voies détournées ?" réfléchit tout haut le rusé Mizuno, scandalisant au passe l'honnête Hiyama !

 

© Ayano Yamané / Biblos - S'ils sont eux aussi amants, Takahiro et Ayumu sont bien loin d'entretenir une relation aussi fleur bleue que leurs géniteurs !

 

 

.

© Yamané Ayano

Finder no Ryoshû

("Prisonnier de l'Objectif")

 

Auteur: Yamané Ayano

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 5

 

- Naked Truth 2ème partie: Hong-Kong (p.3): Hong-Kong. Après son altercation violente avec Asami, c'est dans un fauteuil roulant que Feï-Long grièvement blessé est ramené dans son pays natal, au désespoir de son jeune domestique Tao. Quant à Akihito, il passe désormais ses journées enfermé dans une cage. Assommé durant son enlèvement, il avait repris connaisance dans la cale d'un navire, mais voilà trois jours qu'après avoir débarqué il est confiné dans cette sorte de cave ou d'entrepôt, et Feï-Long n'est toujours pas venu lui rendre visite. Le chef de la mafia chinoise est pourtant la seule personne qui pourrait lui fournir des détails sur sa situation. D'après les gens qu'il a pu voir et qui ne parlent pas sa langue, le jeune homme devine qu'il se trouve probablement à Hong-Kong, fief des Serpents Blancs. Pourquoi Feï-Long l'a-t-il emmené dans cet endroit ? se demande-t-il avec angoisse. Et qu'est-il advenu d'Asami, blessé par balle pour lui avoir fait rempart de son corps ? "Asami s'est retrouvé dans une situation critique par ma faute.... se reproche Akihito amèrement. C'est moi qui ait inutilement semé les graines de ce conflit.... Asami.... Qu'est-il donc devenu.... Je veux vite rentrer au Japon...." Mais le temps passe, et rien ne vient consoler Akihito dans sa réclusion. Son seul visiteur quotidien est Tao, chargé de lui apporter ses repas. Mais à chaque fois que le photographe tente de le questionner, le garçonnet fait la sourde oreille, si bien que Akihito finit par en déduire à tort qu'il ne parle pas japonais. Quant à lui-même, sa connaissance du chinois se limite à des mots tels que "bonjour", "panda" et "nouilles", ce qui ne risque guère de l'aider durant son séjour forcé à Hong-Kong !

Non seulement Tao se montre peu coopératif, mais Akihito remarque un soir que le gamin va désormais jusqu'à manger son repas. Vu le peu qu'il lui laisse, le prisonnier risque de finir par mourir de faim ! Si Tao agit de la sorte, c'est à cause de sa loyauté indéfectible envers Feï-Long: depuis son retour du Japon, son maître ne mange pratiquement plus tant il peine à se remettre de ses blessures, alors le garçonnet ne voit pas pourquoi il devrait nourrir son ennemi. Mais au bout de quelques jours de ce manège, en allant porter au prisonnier ce qu'il a daigné lui laisser de sa pitance, Tao se fige d'horreur en pénétrant dans l'entrepôt: Akihito git dans sa cage, blême et inanimé. Aurait-il déjà trépassé ? Pris de panique, Tao s'élance vers le jeune homme et se met à le secouer. C'est justement ce qu'attendait Akihito, qui se relève d'un bond et saisit le garçon par les épaules. "Ramène-moi Feï-Long ! ordonne-t-il vivement. Feï-Long, Feï-Long ! Tu as compris, n'est-ce pas ?!" Mais pour toute réponse, Tao mord Akihito au bras, le contraignant ainsi à le lâcher. "A cause de toi Maître Feï a été blessé.... Je te déteste !! Crève !" Et après avoir lancé cette tirade dans un japonais plus que douteux, le garçonnet s'enfuit sans demander son reste.

Au même moment, cloué au lit par la gravité de ses blessures, Feï-Long pense à Asami comme il n'a cessé de le faire depuis son retour, revoit l'expression de son visage tandis que le yakuza blessé le regardait s'éloigner en hélicoptère. "Que suis-je donc allé faire au Japon ?... s'interroge le jeune Chinois. Pourquoi faut-il que je reste à ce point préoccupé par Asami ? A l'instant-même où il est apparu devant mes yeux, j'ai pressé la détente sans la moindre hésitation. Car comme d'habitude, il me dévisageait de son regard paraissant chargé à la fois de mépris et de pitié.... Cela m'a mis hors de moi, si bien que j'ai agi de façon aussi basse...." Consterné par ses propres actes, Feï-Long se laisse retomber sur ses oreillers en exhalant un profond soupir. C'est alors que Tao pénètre dans la chambre, venu apporter à son maître son médicament. Remarquant aussitôt qu'encore une fois ce dernier n'a pas touché à son repas, le garçonnet ne dissimule pas son inquiétude. "Si vous ne mangez pas, vous n'irez jamais mieux.... Tout le monde se fait du souci pour vous," plaide-t-il, avant de demander en hésitant: "Euh.... Maître Feï.... Le Japonais enfermé dans l'entrepôt.... qui est-ce ?" A cette question que Tao brûlait de poser depuis un moment déjà, Feï-Long se rappelle subitement l'existence de Akihito, qui à cause de ses soucis et de sa maladie lui était complètement sortie de la tête. S'il engage Tao à ne pas se préoccuper de leur "invité", lui-même se demande ce qu'il va bien pouvoir faire du bouillant photographe.

C'est ainsi qu'un peu plus tard, Feï-Long fait amener Akihito dans sa chambre. "Est-ce bien raisonnable de ne pas m'avoir enchaîné ?" raille le photographe, qu'on a pris la peine de laver et vêtir de frais avant de le présenter devant son ravisseur. - "Cela ne me pose pas de problème particulier," répond Feï-Long avec aux lèvres un sourire confiant. Mais d'après ce qu'il peut juger de l'état du blessé, Akihito n'en est pas aussi convaincu. "Maintenant qu'il est gravement blessé, c'est le moment ou jamais...! réfléchit-il à part lui. Si nous nous battons, j'ai peut-être une chance de gagner ?" Feï-Long a-t-il deviné l'idée venant de traverser l'esprit du photographe ? Si c'est le cas, il n'en laisse rien paraître. "Comment trouves-tu Hong-Kong ?" se contente-il de demander, comme s'il avait simplement convié Akihito à un voyage d'agrément. - "Hong-Kong, hein.... Je n'en ai vu que les murs de la cale d'un bateau et les murs de votre entrepôt, mais c'est vraiment un endroit formidable ! répond le jeune homme avec cynisme. Bien que je ne vous avais pas demandé de m'emmener, je ne regrette pas le voyage, et la bouffe est délicieuse ! ....Bien que votre petit larbin mange pratiquement toute ma ration. Tant que vous y êtes, ce serait encore mieux si j'avais mon passeport. Il est rangé dans le placard de ma chambre, ça ne vous dérangerait pas d'aller me le chercher ? ....Oh, et puis.... ajoute Akihito, peinant de plus en plus à masquer sa colère, ....C'est quoi ce tatouage à mon poignet droit !?" - "....C'est le signe que tu m'appartiens," répond Feï-Long laconiquement. - "Ah oui, et depuis quand ?" rétorque le photographe indigné. - "Tant que tu porteras cette marque, tu ne pourras pas me fuir. Où que tu ailles ici à Hong-Kong, tu seras traité comme ma propriété." - "Je m'en fiche, de Hong-Kong, proteste vivement Akihito, renvoyez-moi au Japon !" - "Pas question. Je n'ai pas l'intention de lâcher un trésor de guerre aussi chèrement acquis. ....Tu as vu ? La tête que faisait Asami tandis qu'on s'éloignait.... prononce rêveusement Feï-Long, souriant de contentement à ce souvenir. Rien que pour contempler ce visage crispé par la contrariété, ça valait le coup que je vienne au Japon.... Fufufu...."

Mais si la vision de son ennemi impuissant amuse beaucoup Feï-Long, il ne ricane pas longtemps, ses traits se contractent bientôt sous l'effet de la douleur. "Est-ce que vous n'auriez pas perdu l'esprit ? s'enquiert Akihito consterné. Agir comme vous l'avez fait au point d'être si grièvement blessé.... Moi qui pensait qu'un boss de la mafia était un mec sérieux et imposant, je vous trouve contre toute attente bien puéril. Si j'appelais Asami et qu'on se donnait rendez-vous quelque part ? Vous pourriez engager des pourparlers de paix en buvant un café ?" Mais à la tête que fait le Chinois à cette proposition, Akihito comprend vite que ce dernier n'entend guère la plaisanterie. "Comme visiblement tu n'a pas bien compris la situation, je m'en vais t'expliquer les choses clairement.... commence Feï-Long, sa beauté rendant encore plus menaçante l'expression de son visage. Ne fais rien qui pourrait froisser mon humeur. Car je pourrais te vendre à l'un de ces hommes semblables à des porcs qui n'aimeraient rien tant qu'avoir dans leur lit un garçon tel que toi. Avili par la drogue, en tant qu'esclave sexuel tu passerais ta vie entière à subir les étreintes d'hommes repoussants. A moins que tu ne connaisses une fin prématurée et misérable après avoir été contaminé par l'une de ces maladies sexuellement transmissibles.... Et au dernier instant de ton existence, ce que tu désireras.... ce ne sera pas Asami, mais de la drogue."

Tout en prononçant ces paroles terribles, Feï-Long fixe Akihito de son regard intense et inquisiteur. Quant au photographe, le souffle coupé, il est devenu subitement livide. "....Feï-Long ne plaisante pas...." se dit-il, le corps secoué de tremblements incontrôlables. Frayeur bien légitime qui n'échappe pas au Chinois. "....Viens par ici," ordonne-t-il alors à Akihito en lui tendant la main. Avec hésitation, le jeune homme s'exécute, mais à peine s'apprète-il à poser sa propre main sur celle de son ravisseur que ce dernier le saisit par le poignet et l'attire brusquement à lui. "Tu n'as pas à t'inquiéter.... assure Feï-Long. Si tu fais sagement ce que je te dis.... tout ira bien pour toi.... Tu as compris ?" Sans répliquer, le photographe se contente de serrer les dents, saisi d'une rage impuissante. "Montre-toi enjôleur afin de t'octroyer mes faveurs.... l'engage Feï-Long en prenant son menton entre ses doigts. Tu sais comment tu dois t'y prendre ?... Pas vrai...?" Du doigt, le Chinois effleure doucement les lèvres d'Akihito. Pas la peine de lui faire un dessin, le jeune homme a parfaitement compris ce que son ravisseur attend de lui. Mais même si sa fierté doit en prendre un coup, il réalise également qu'il est bien incapable de s'opposer à Feï-Long. Voilà pourquoi Akihito se penche docilement sur le corps du blessé afin de le faire jouir de sa bouche, seul plaisir qu'il puisse actuellement lui donner dans son état. "....Que vais-je devenir...?" se demande Akihito avec angoisse, épiant du regard Feï qui le contemple d'un air satisfait.

Quelques jours se sont écoulés. Bien que Akihito ait enfin été tiré de sa cage, ce n'est pas pour autant qu'il peut se qualifier de libre. Parfois, dans la journée, on l'envoie aider le jeune domestique Tao dans ses tâches quotidiennes, et le soir, il est invité à rejoindre Feï-Long dans sa chambre. Mais que ce soit pour prendre un bain ou aller aux toilettes, le jeune homme demeure soumis à une étroite surveillance. Sinon, en dehors de ces brèves périodes de liberté surveillée, Akihito reste enfermé dans la chambre exigue et sombre qu'on lui a attribuée, dont le mobilier se compose d'un simple lit auquel on l'a attaché par une chaîne. D'après ce qu'Akihito a pu voir de la configuration des lieux, excepté les appartements privés de Feï-Long, tous les étages supérieurs de l'immeuble dans lequel il est retenu prisonnier constituent le repaire de la mafia chinoise. Vu la disposition de l'endroit, il lui serait donc extrêmement difficile de s'enfuir. Tandis que le photographe mène cette existence de reclu, un jour il est surpris d'entendre du grabuge à son étage. Soulevant la trappe ménagée dans la porte de sa chambre et avisant l'un des hommes de Feï-Long, Akihito tente d'apprendre de lui ce qui est en train de se passer, mais en vain.

En fait, tout ce remue-ménage est du à l'arrivée dans l'immeuble d'un hôte inattendu: un séduisant jeune homme blond aux allures de gentleman traverse nonchalamment les couloirs de l'étage les mains dans les poches, totalement indifférent aux bandits chinois qui l'entourent de toutes parts et pointent leurs armes sur lui ! C'est Michaël Arvatov, l'un des gros bonnets de la mafia russe. Avec une confiance en lui frisant l'insolence, il pénètre sans même y avoir été invité dans les appartements de Feï-Long. "Qu'êtes-vous venu faire ici ? demande le Chinois sans s'émouvoir de cette irruption. Vous devez bien vous douter que vous ne ressortirez pas d'ici facilement...." - "Ne soyez pas autant sur vos gardes, répond Michaël de son sourire le plus charmeur. Aujourd'hui je suis seulement venu prendre de vos nouvelles. J'ai entendu raconter que le chef de la mafia de Hong-Kong avait été grièvement blessé par balle durant un affrontement avec Asami...." - "C'était inutile de faire tout ce chemin, répond ironiquement Feï-Long. Navré de vous décevoir, mais je suis loin d'être aussi mal en point que vous l'espériez...." - "Il paraît qu'on vous a tiré dessus après que vous ayez vous-même fait spécialement le voyage jusqu'au Japon. Et uniquement pour vous débarrasser d'un seul ennemi. N'est-ce pas un comportement par trop imprudent ? Cela a dû destabiliser vos hommes." - "....Vous aussi, vous devez déplorer la perte d'un de vos subordonnés les plus compétents, Arvatov...." rétorque Feï, sous-entendant que mafias russe et chinoise ont également eu l'occasion de s'affronter récemment. Sans répliquer, Michaël vient se poster derrière le fauteuil de son ennemi et pose une main sur le dossier. "Feï-Long.... commence-t-il, se décidant enfin à en venir au but principal de sa visite. Il me serait certes fort commode que votre clan et celui du Japonais en viennent à se détruire l'un l'autre. En revanche, je trouverais vraiment dommage qu'un certain contrat que vous détenez se retrouve sans propriétaire, à la merci du premier venu. Si vous n'y prenez pas garde, ce Japonais finira par vous ravir les meilleurs morceaux.... Ainsi je profite de cette occasion pour réitérer ma demande: que diriez-vous de nous céder ce fameux contrat ?.... Je ne voudrais pas voir votre admirable visage déformé par l'amertume d'une défaite...." Mais si par son assurance et ses sous-entendus Michaël pensait désarçonner Feï-Long, il en est pour ses frais tandis que ce dernier l'envoie galamment sur les roses. "....Pour tout ce qui concerne les affaires, veuillez envoyer l'un de vos subordonnés, répond le Chinois avec mépris. Je prendrais alors note de votre demande et y réfléchirais. Merci de votre visite...."

Le soir venu, Feï-Long fait venir Akihito dans sa chambre afin qu'il lui donne son plaisir quotidien. Mais alors que le photographe s'active entre ses jambes, le Chinois lui assène soudain un grand coup de sa pipe à opium sur la tête. "....Que tu es donc maladroit.... Tu ne me donnes aucun plaisir...." reproche-t-il. - "Je.... Je n'y parviens pas.... répond Akihito à bout de souffle. Et n'est-ce pas plutôt parce que c'est vous qui n'avez pas envie de faire l'amour...?" - "....Tu es maladroit parce que tu te laisses distraire par des pensées inutiles...." Sur ces mots, Feï-Long s'empare de la ceinture de son kimono afin d'en bander les yeux de son partenaire. "Comme ça, tu concentreras ton esprit sur tes lèvres seules...." lance-t-il en faisant un noeud serré. Sa vision ainsi entravée, Akihito reprend sa besogne, et force lui est de reconnaître que le fait de ne plus voir lui fait appréhender son acte de manière encore plus crue. "Ça me dégoûte.... rumine-t-il. Et ce n'est pas étonnant: un acte de cette nature n'a aucun sens quand c'est deux hommes qui le commettent, surtout s'ils n'éprouvent pas l'un pour l'autre la moindre once d'amour.... Feï-Long est froid. Il est pratiquement l'exact contraire d'Asami...." Mais à peine Akihito se fait-il cette réflexion qu'il lui faut réviser son jugement. La main passée dans ses cheveux se crispe soudain tandis que soupirs et gémissements lascifs se font entendre.... Le coeur battant tout à coup la chamade, le photographe risque un oeil par-dessus son bandeau qui a fini par glisser: les yeux clos, son visage à l'expression langoureuse tourné sur le côté, Feï-Long s'abandonne sans retenue aux délices du plaisir. Mais si Akihito est finalement parvenu à son but, il n'avait pas prévu que l'image de la jouissance de son splendide ennemi produirait sur son corps un effet aussi embarrassant.

"....Que t'arrive-t-il ?..." demande Feï-Long tandis que son partenaire se rassoit brusquement sur le lit en masquant précipitemment son entre-jambes. - "Ri.... Rien du tout...." bafouille Akihito écarlate. Mais un sourire enjôleur aux lèvres, Feï-Long vient malicieusement se coller tout contre lui et pose une main sur son épaule. "....Fufufu.... Contempler mon visage aurait-il éveillé le désir en toi ?" - "Vous.... Vous vous trompez, pervers !" proteste vivement le jeune homme. Mais ignorant son trouble, Feï-Long se penche davantage sur lui pour murmurer doucement à son oreille: "Je suis surpris.... Akihito.... On ne t'a rien enseigné, n'est-ce pas...? Est-ce que par hasard je t'aurais volé à ton propriétaire alors que tu étais encore en phase d'initiation...? Fufufu, voilà qui est intéressant...." - "Initiation, voler.... Pourquoi vous autres mafieux n'avez que ces mots là à la bouche...? demande le jeune homme, sentant l'irritation monter en lui. Ce n'est pas parce que vous retenez quelqu'un par la force que vous pouvez affirmer que cette personne vous appartient...! Cela ne vous arrive donc jamais de bâtir une relation basée sur la confiance avec votre partenaire afin qu'il reste naturellement à vos côtés ?" - "....Tu voudrais que je te fasse la cour...? réplique Feï-Long amusé tout en obligeant Akihito à se retourner vers lui. N'oublie pas que tu es mon prisonnier. Pourquoi aurais-je besoin de cajoler comme une femme un être qui m'appartient avant de l'étreindre ?... Ne me dis quand même pas que pour avoir une relation physique avec un homme, tu exiges quelque chose d'aussi absurde que l'amour...?" - "Ar.... Arrêtez de dire n'importe quoi...." proteste Akihito honteux qu'on puisse le prendre pour un fleur bleu, d'un ton néanmoins peu convaincant. - "Pour un homme, écraser un autre homme sous son corps signifie dénigrer et mépriser son partenaire, poursuit Feï-Long, se penchant sur Akihito en l'étendant sur le lit. Asami.... Même cet homme pense ainsi. Car t'a-t-il jamais dit qu'il t'aimait...?" Tandis que Feï-Long le dévisage, chez Akihito la stupeur laisse bientôt place au désarroi. "C'est faux, Asami n'est pas comme ça...." Sur le point de protester, Akihito ravale ses paroles. Car bien qu'il s'en défende, il ne peut s'empêcher de penser que Feï-Long a peut-être raison....

Un peu plus tard dans la soirée, c'est d'un pas chancelant que le photographe quitte enfin la chambre de Feï-Long. Epuisé et quelque peu démoralisé par la conversation qu'il a eu avec le Chinois, il peut à peine marcher, ainsi Yô, l'homme de main chargé de sa surveillance, est pratiquement obligé de le porter pour le ramener jusqu'à sa chambre. Bien que froid et peu loquace, ce jeune Chinois séduisant se montre plutôt prévenant envers le prisonnier. Il lui propose ainsi de l'emmener prendre une douche, ce que Akihito refuse tant il a hâte d'aller se coucher. "....Combien de temps encore faudra-t-il que je reste ici...?" demande-t-il à Yô alors que ce dernier lui attache sa chaîne à la cheville. Si le bandit reste d'abord silencieux, il se décide finalement à répondre: "Qui peut le dire.... A partir de demain, le boss sera absent et je pense qu'il n'aura bientôt plus le loisir de s'occuper de toi. Alors si tu te tiens tranquille, il est possible qu'on te laisse bientôt rentrer chez toi." - "Bientôt, mais quand...." soupire le photographe une fois seul dans la pièce. Se laissant tomber sur son lit, il ramène rageusement sur lui sa couverture. "Que tous les mecs qui m'enchaînent et qui m'enferment aillent rôtir en Enfer !" s'exclame-t-il avec mauvaise humeur.

Le lendemain matin, à son réveil, Akihito se met à cogner sur la porte de sa chambre afin que quelqu'un l'amène aux toilettes. N'obtenant pas de réponse et ayant la surprise de trouver sa porte non vérouillée, il décide finalement d'y aller tout seul. Quelques minutes plus tard, alors qu'il s'apprète à quitter la salle de bains, le photographe entend les bribes d'une conversation animée. Intrigué, il jette un oeil dans le couloir, pour découvrir trois des sbires de Feï-Long en grand conciliabule dans un coin de l'étage. "Depuis hier, les hommes de mains sont bizarrement sur le qui-vive...." remarque Akihito songeur, ignorant bien sûr la visite inopinée d'un des chefs de la mafia russe. "De quoi peuvent-ils bien parler...?" S'il comprenait le chinois, il apprendrait qu'un conflit menace de s'envenimer, que le fameux contrat sur les casinos convoité par Michaël Arvatov a enfin été localisé, et aussi qu'il est fort probable que Yô soit un espion, bien qu'on ne soit pas encore parvenu à découvrir à la solde de quel clan. Mais alors qu'ils devisent ainsi, les bandits remarquent soudain la présence de Akihito. Ils ont beau savoir que le prisonnier ne parle pas le chinois, cela énerve passablement les trois hommes d'être ainsi épiés par celui qu'ils qualifient de Japonais répugnant. Ainsi, s'emparant d'Akihito, ils l'entraînent dans une ruelle en bas de l'immeuble dans le but avoué de lui faire payer très cher son indiscrétion.

Néanmoins c'est mal connaître le photographe, peu enclin à se laisser tabasser sans réagir. A peine reçoit-il un premier coup qu'il se relève d'un bond pour frapper avec force son assaillant. Mais aussi rompu aux bagarres que soit Akihito, ses adversaires sont trois et des bandits déloyaux et dénués de scrupules. Maintenu par les bras par deux des Chinois, il se retrouve vite en mauvaise posture tandis que celui qu'il a osé frapper braque sur lui son revolver, écumant de fureur. Mais alors que Akihito terrorisé se protège le visage de son bras, sur le point de tirer, l'homme avise soudain le tatouage de serpent qu'il porte sur le poignet. Instant d'hésitation décisif qui permet à Yô d'intervenir pour mettre fin au lynchage. "QU'EST-CE QUE VOUS FABRIQUEZ, VOUS AUTRES ! s'exclame-t-il en apparaissant à l'entrée de la ruelle. "Ce garçon est un précieux otage ramené par le chef. Alors pour votre propre bien, vous feriez mieux d'éviter tout acte inconsidéré !"

Tout en bougonnant que leur boss ferait bien de droguer et de vendre ce gamin insolent au plus vite, les trois bandits finissent par décamper. Le coeur encore palpitant, Akihito est conscient de l'avoir échappé belle. "Si ça continue comme ça, je vais finir par y passer, souffle-t-il en son for intérieur. La dernière fois que je me suis fait capturer, par chance Asami était venu à mon secours, mais...." A cet instant, le jeune homme se remémore tout à coup les paroles de Feï-Long: "Asami t'a-t-il jamais dit qu'il t'aimait...?" "....Rien que pour moi seul, Asami irait-il jusqu'à se rendre à Hong-Kong, en plein territoire ennemi...? s'interroge Akihito. Cela m'étonnerait qu'il vienne s'exposer à un tel danger.... Car après tout, il n'en retirerait aucun profit.... Je dois me débrouiller par mes propres moyens...."

Se redressant péniblement, Akihito s'apprète à suivre Yô qui lui recommande de ne pas traîner dans les parages, quand soudain son attention est attirée par un bout de tissu émergeant d'une poubelle renversée dans l'affrontement. "C'est ma chemise.... remarque le jeune homme en se penchant pour la ramasser. Ce Feï-Long, jeter ainsi à la poubelle sans permission les affaires d'autrui...." Mais Akihito change soudain d'expression quand il avise les taches sombres dont le tissu est maculé. "Elle est.... tachée de sang.... Celui d'Asami...." Il revoit alors cette image terrible du yakuza à l'épaule transpercée d'une balle pour avoir voulu le protéger, entend sa voix lui ordonnant de fuir sans se préoccuper de lui. Tandis qu'il réalise le sens de ce sacrifice, le jeune homme s'avère bientôt incapable de contenir ses larmes. "Ne mens pas, Feï-Long, profère-t-il en pensée, serrant la chemise ensanglantée entre ses doigts. Asami est différent de toi.... Je rentre.... Au Japon.... Auprès d'Asami...." Et sur cette décision prise comme dans un état de transe, Akihito commence à avancer d'un pas chancelant, se souciant peu à cet instant qu'il soit pieds nus....

A peine a-t-il fait quelques pas que le jeune homme se met à détaler comme un lapin, au nez et à la barbe de Yô et même de Tao, descendu dans la ruelle pour sortir les poubelles. Il court du plus vite qu'il le peut, sans même se retourner, et ce n'est qu'après un long moment, une fois parvenu en plein centre ville, qu'Akihito s'arrête enfin pour reprendre son souffle et jeter un oeil derrière lui. Si effrenée qu'ait été sa course, il ne tarde pas à découvrir que Yô est tout de même parvenu à le suivre. C'est ainsi que le photographe décide de s'engager dans les allées d'un marché en plein air, où il a plus de chance de passer inaperçu au milieu des amoncèlements de cageots de victuailles. Mais à peine a-t-il semé son poursuivant que Akihito tombe nez à nez avec le propriétaire de l'étal derrière lequel il s'est caché. Pas besoin de comprendre le chinois pour deviner à sa mine soupçonneuse que le marchand le prend pour un voleur à la tire. Akihito n'a cependant pas le loisir de s'expliquer: car dès que l'homme aperçoit son poignet, le voilà qui sort de sa poche une liasse de billets, saisi d'une intense frayeur. Dérouté par ce comportement inattendu, le photographe ne tarde pas à comprendre qu'il est dû à son tatouage: à cause de cette marque, la mafia locale ayant coutume de racketter les commerçants, l'homme a tout simplement pensé que Akihito était un émissaire dépêché par les Serpents Blancs pour récupérer sa rançon du mois.

Suite à cet incident, Akihito réalise enfin la gravité de l'avertissement de Feï-Long quand il lui avait affirmé qu'il ne pourrait pas fuir avec ce tatouage: où qu'il aille, il sera pris pour un membre de la mafia. En outre, Hong-Kong n'étant pas une île bien grande, n'importe où il risque de tomber sur l'un des sbires de Feï-Long, il ne peut donc se fier à personne. Pas même à la police, qui doit sans aucun doute compter son lot d'agents corrompus ! Sans compter que parvenir à convaincre autrui qu'il a réellement été kidnappé par la mafia est loin d'être gagné d'avance. "Tout le monde doit se faire un sang d'encre à mon sujet.... se dit tristement Akihito, songeant à ses amis. ....Et moi-même j'ignore ce qui est arrivé à Asami.... Je dois rentrer.... et vite...." Tandis que le jeune homme se morfond ainsi accoudé à la rembarde d'un quai après avoir erré une journée entière dans la ville, Tao aperçoit sa silhouette solitaire en revenant du marché. Mais à peine reconnaît-il le fuyard qu'il pousse un cri d'horreur en voyant ce dernier enjamber la rembarde et s'appréter à sauter ! A la mine déprimée qu'affichait le jeune homme, pas de doute pour Tao qu'il est en train de tenter de se suicider ! Alors lâchant précipitemment son sac de friandises, il bondit vers Akihito et l'attrape par sa chemise juste au moment où il allait se jeter dans la mer. Tiré si violemment en arrière, le photographe retombe lourdement sur le pavé. "IL.... IL NE FAUT PAS MOURIR...!!" crie le garçonnet en se campant fermement devant Akihito. Mais une fois revenu de sa stupeur, ce dernier baisse la tête d'un air découragé. "....Je n'avais pas l'intention de me tuer, répond-il du bout des lèvres. Même si c'est à la nage, je voulais rentrer au Japon." - "QUOÂ !? s'indigne Tao à cette déclaration. Vous êtes idiot ou quoi !? Vous n'arriveriez même pas à nager jusqu'à Taïwan qui est sur le chemin ! Vous vous feriez immédiatement écrabouiller par un bateau !"

Mais Tao a beau crier, Akihito demeure prostré sur le sol, tête basse, dans un visible état d'abattement. Si bien que voyant qu'il est inutile de continuer de le raisonner, le garçonnet reprend d'une voix plus douce: ""Il va bientôt faire nuit. Rentrons vite, Akihito." - "....Je ne veux pas revenir auprès de Feï-Long," répond le photographe avec lassitude. - "Pourquoi ?" A cette question posée si innocemment par le petit domestique, Akihito sent subitement remonter en lui toute sa rancoeur. "Tu ne comprends donc pas !? s'exclame-t-il hors de lui. Ton boss m'a enlevé pour me conduire jusqu'à Hong-Kong ! Rien que pour servir d'avertissement à un type nommé Asami ! Il a dit que bientôt il allait me vendre, en me regardant comme si je n'étais qu'un misérable insecte ! Et toi, avant qu'il ne décide de t'en faire autant, tu ne crois pas qu'il vaudrait mieux pour toi partir d'ici et te trouver un foyer ordinaire !?"

Le caractère effrayant de ces paroles cause un choc à Tao. Pourtant, d'un air buté et boudeur, il prend aussitôt la défense de son maître bien-aimé: "Maître Feï fait seulement semblant d'être méchant à cause de sa situation, mais en réalité, moi je sais que c'est quelqu'un de très gentil...." - "Alors va donc le dire à ton gentil Maître Feï ! crie Akihito excédé. Que c'est mal de kidnapper les gens !" - "Vous ne savez rien.... rétorque Tao, serrant très fort ses poings tremblants. Rien de maître Feï.... De la difficulté de diriger le clan. Ce n'est pas un métier qu'on peut laisser tomber facilement. Et l'autre jour, quand il est parti au Japon, il s'est même fait tirer dessus.... VOUS NE SAVEZ RIEN DU TOUT, ALORS ARRÊTEZ DE DIRE DU MAL DU MONDE OÙ VIT MAÎTRE FEÏ...!" Ne pouvant plus longtemps contenir ses larmes, Tao éclate en sanglots au grand désarroi de Akihito. A voir le petit garçon si bouleversé, le voilà pris de remords d'avoir en quelque sorte déchargé sa colère sur lui. "....Dis.... Je regrette.... prononce-t-il alors en lui prenant doucement la main. J'en ai trop dit. Ne pleure pas...."

Au même moment, dans un autre coin de la ville, alors qu'il cherche toujours Akihito au volant de sa voiture, Yô reçoit un appel. "...... Oui. Il a l'air plutôt secoué de ce qui lui est arrivé mais il va bien, répond le Chinois à son interlocuteur. ...... ...... Je sais.... Mais en tout cas, maintenant, il m'est impossible de l'emmener. J'ai besoin d'encore un peu plus de temps. Comme je vous l'ai raconté tantôt, les relations entre les Serpents Blancs et la mafia russe de Macao sont en train de s'envenimer à cause du contrat sur les casinos.... Ils n'ont aucune raison de se battre contre vous maintenant.... Si possible, ce serait mieux de trouver un moyen de régler l'affaire de manière pacifique...." - "....Si tu m'avais rapporté ces faits auparavant, rien de tout ceci ne sereait arrivé," répond le mystérieux interlocuteur, dont on peut déduire que c'est pour lui que Yô travaille comme espion. - "Ou.... Oui.... Mais jamais il ne me serait venu à l'esprit que Feï-Long irait jusque là.... ....Et je vais sans doute outrepasser mon rôle en vous disant cela, mais cette histoire n'est pas du domaine des guerres de clan, c'est plutôt un problème privé vous concernant uniquement Feï-Long et vous. Alors personnellement, je ne peux rien y faire...." - "....Transmet ce message à Feï-Long, Yô, coupe la voix à l'autre bout du fil: si Takaba ne m'est pas rendu sain et sauf, je ferais en sorte que tout ce qu'il a accompli durant ces sept dernières années soit réduit à néant." - "..... Compris.... Asami-san, acquiesce Yô, peu rassuré. Je vous recontacterai bientôt."

Asami.... C'est donc pour lui que travaille l'homme de main chinois. Malgré la gravité de ses blessures, le yakuza n'est pas mort après son affrontement avec Feï-Long. Il se trouve même déjà à Hong-Kong, où tapi dans l'ombre, il attend son heure. "Un problème privé...? répète-il songeur. Être contraint de se battre maintenant pour une affaire vieille de sept ans, ça me fait bien rire. Sept années plus tôt, j'ai tenté d'ouvrir une nouvelle route vers le marché noir chinois en incitant Feï-Long à prendre la tête des Serpents Blancs, mais tout a mal tourné.... J'ai été surpris quand j'ai appris la nouvelle qu'à sa sortie de prison, Feï-Long avait reconstitué le clan des Serpents Blancs dissout durant son absence.... Mais jamais je n'aurais imaginé qu'il reparaîtrait devant moi de cette façon et sous la forme d'un ennemi.... Le temps est peut-être venu de mettre une bonne fois pour toutes les choses au clair. Si Takaba ne revient pas, alors.... cette fois.... à Hong-Kong...." Tandis qu'il contemple le panorama de la ville depuis sa fenêtre, Asami ne formule pas le reste de sa pensée. Son air résolu ne laisse cependant planer aucun doute sur la conduite qu'il compte adopter: si le moindre mal est fait à l'amant qui lui a été ravi, l'affaire risque fort de se terminer dans un bain de sang....

Une fois réconcilié avec Akihito, Tao se met en devoir de partager avec lui son sac de friandises, le jeune homme n'ayant rien avalé depuis la veille. C'est à ce moment que Yô les découvre enfin alors qu'il passe sur les quais avec sa voiture. Passablement énervé d'avoir dû rechercher le fuyard toute la journée durant pour le retrouver finalement en train de pique-niquer comme si de rien n'était, l'attrapant par la peau du cou, il entreprend de le ramener à la base des Serpents Blancs manu-militari. "Non non non, je ne veux pas rentrer," pleurniche Akihito d'une voix geignarde en lançant vers le Chinois un regard implorant. Après avoir tenté de se libérer par la force, il essaye à présent de prendre l'homme de main par les sentiments ! Mais peine perdue, le réfrigérant Yô n'est pas du genre à se laisser émouvoir par des yeux de pucelle brillants de larmes. "ET MERDE ! JE ME PLAINDRAIS À MON AMBASSADE !" proteste Akihito en désespoir de cause. - "Si je te laisse t'enfuir, on me coupera la tête, répond Yô imperturbable. Alors s'il te prenait l'envie de me refaire un coup pareil, la prochaine fois soit sûr que je te ferais faire tes besoins dans un pot de chambre pour bébé !"

A peine le Chinois a-t-il proféré cette menace tout en reconduisant le photographe vers sa chambre qu'un autre homme de main vient l'avertir que le boss souhaite qu'il se présente devant lui au plus vite. Feï-Long aurait-il déjà découvert le double-jeu de Yô ? Mais en arrivant dans la salle de réunion flanqué de Tao et Akihito, le Chinois a la surprise de trouver celle-ci bondée. Tous les sbires de Feï-Long semblent avoir été spécialement convoqués, et étrangement, une ambiance désagréable et tendue règne dans la pièce. Le chef des Serpents Blancs, qui trône dans un fauteuil à haut dossier au fond de la salle entouré de deux gardes du corps, ne tarde pas à prendre la parole: "Durant mon absence, un document très précieux a été dérobé dans ma chambre. Le contrat d'exclusivité sur la gestion des casinos de Macao. Ce fameux contrat que les Russes cherchent depuis quelque temps à s'approprier.... Puisqu'il vient de disparaître à cette période précise, je refuse de crouire que la mafia russe n'a rien à voir dans ce vol. L'un d'entre vous a-t-il des connections avec elle ? On dirait bien qu'il est devenu impératif que je fasse une enquête à ce sujet...."

Tandis que Feï-Long darde sur ses hommes un regard acéré, des murmures consternés s'élèvent dans la salle. Un homme ne tarde pas à prendre la parole à voix haute, l'un de ceux contre qui s'était battu Akihito juste avant de s'enfuir: "....Puisque vous en parlez, ces derniers temps Yô disparaît plutôt souvent. Est-ce que ce ne serait pas pour prendre contact avec quelqu'un en secret ? Il est aussi le seul à pouvoir entrer et sortir à sa guise de la chambre du boss au milieu de la nuit...!" Sitôt cette accusation proférée, tous les regards se tournent vers le petit groupe constitué par Yô, Tao et Akihito, à l'inquiétude de ce dernier qui n'a rien compris de ce qui s'est dit jusqu'à présent car la discussion s'est tenue en chinois. "Yô, venez par ici.... ordonne bientôt Feï-Long. Et montrez-moi les paumes de vos mains." Sans discuter, l'homme de main s'exécute. Tandis qu'il les présente à son chef, l'un des gardes du corps envoie alors le rayon d'une lampe sur ses paumes ouvertes. "....Vous êtes innocent.... déclare Feï-Long suite à cet examen. Comme le document qui nous concerne a été imprimé dans une encre spéciale, par l'exposition à cette lumière noire, nous saurons immédiatement qui y a touché. Ce n'était certes pas très sûr de laisser traîner un aussi précieux document dans ma chambre, mais j'espérais que le traître tomberait dans le piège.... Fufufu.... Allez, que ceux qui désirent prouver leur innocence se présentent devant moi...."

 

---

© Yamané Ayano / Libre - "On se croirait dans Le Parrain."

 

Un à un, les hommes de Feï-Long commencent donc à défiler devant lui, certains étant même prêts à se mettre carrément à poils afin de prouver leur bonne foi ! "Jamais je ne ferais quoi que ce soit pour vous trahir, Chef," jure un autre mafioso en s'agenouillant devant Feï-Long et lui prenant respectueusement la main. "....Eh là, mais qu'est-ce que c'est que cette cérémonie ? s'étonne Akihito qui n'a toujours rien capté. Que c'est malsain." - "En agissant ainsi, Maître Feï est en train de renforcer la cohésion du clan," s'extasie Tao les yeux brillants. - "Peuh ! On se croirait dans Le Parrain". Mais le comportement suspect de l'homme qui se tient devant lui attire bientôt l'attention de Tao: celui-là même qui vient d'accuser Yô en pure perte croise ses mains dans son dos, les frottant nerveusement l'une contre l'autre. Serait-ce lui qui aurait dérobé le document ? Le garçonnet commence à en être convaincu quand tout à coup, des cris se font entendre à l'autre bout de la salle. "AAAH, LÂCHEZ-MOI...!!" hurle l'un des bandits, brutalement plaqué à terre par ses comparses après être sorti positif du test du rayon lumineux. "L'énorme somme d'argent qu'on m'a proposé m'a tourné la tête.... tente-il de s'excuser. Mais jamais je n'ai eu l'intention de trahir.... Et d'ailleurs je ne suis pas le seul ! Deux autres hommes ont fait la même chose que moi...!"

Il s'agit sans aucun doute du trio avec lequel Akihito avait eu maille à partir le matin-même pour avoir malencontreusement surpris leur conversation. Mais réalisant que pour tenter de sauver sa peau, le traître qui a été pris n'hésitera pas à donner ses complices, celui qui avait accusé Yô tire discrètement un revolver de sa ceinture. N'ayant plus rien à perdre et déterminé à s'enfuir, le voilà prêt à provoquer un vrai carnage. Mais c'est sans compter sur la vigilance et le courage de Tao, qui se jette sur lui pour le ceinturer avant que l'homme n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit. "Attention !" crie le garçonnet, attirant du même coup l'attention sur le second traître. Fou de rage d'avoir été découvert, ce dernier se débarrasse de son faible assaillant d'un puissant coup de poing qui l'atteint à la tête. Après un vol plané de plusieurs mètres, Tao retombe inerte sur le sol sous le regard efffaré de Akihito. Si celui-ci n'a rien compris à ce qui se passe, ce qu'il sait en revanche, c'est qu'un homme robuste vient de frapper un enfant sous ses yeux ! A son tour fou de colère et malgré les liens qui lui entravent les bras derrière le dos, il se jette de toutes ses forces contre le bandit et lui assène un puissant coup de boule dans le côté. Hélas, si l'homme est un instant déséquilibré, cela ne suffit pas à l'envoyer au tapis. Alors après avoir frappé Tao, il s'acharne cette fois sur Akihito dans sa rage de voir ainsi sa fuite compromise par deux gamins. "Arrête de me gêner, sale mioche...! hurle-t-il tout en assenant à sa victime coup sur coup. Tu me sors par les trous de nez !! Crève !!" Il braque alors son revolver sur Akihito étendu à terre, qui croit sa dernière heure arrivée en entendant partir le coup de feu. Mais en voyant avec horreur le sang gicler et une masse sombre s'effondrer devant lui, le photographe comprend vite que c'est son assaillant qui a été touché, abattu par Yô avant qu'il n'ait eu le temps de tirer sur lui.

Quelques heures plus tard, Feï-Long et Akihito se retrouvent à l'hôpital au chevet de Tao. "Cette nuit, pour plus de sûreté tu resteras hospitalisé, annonce le chef des Serpents Blancs au petit garçon qui vient juste de reprendre connaissance. Car tu as vraiment été frappé très violemment." - "Pardonnez-moi de vous causer tout ce tracas," répond Tao d'une voix faible. - "Tu n'as pas à t'excuser.... le reprend doucement Feï-Long. C'est toi qui m'a sauvé la vie. Mais promets-moi de ne plus jamais faire quelque chose d'aussi dangereux." - "Oui.... Et merci à toi aussi, Akihito," ajoute Tao en adressant un sourire au jeune Japonais, blessé lui aussi bien que moins sérieusement. Jugeant qu'il est temps pour eux de partir et laisser le garçonnet se reposer, Feï-Long se lève et tend une main vers Akihito pour l'engager à le suivre. Seulement, à peine lui a-t-il effleuré l'épaule que, comme s'il avait été rudement poussé, le jeune homme s'effondre à genoux sur le sol. "Akihito ?" Surpris, Feï-Long se penche sur son compagnon, mais alors qu'il l'aide à se relever, il devine aussitôt à son regard éteint et son manque de réaction que quelque chose ne va pas. Un peu plus tard, dans la voiture qui les ramène au repaire des Serpents blancs, Akihito n'est toujours pas sorti de son mutisme, si bien que feï-Long commence réellement à s'inquiéter. "....Est-ce que ça va...?" finit-il par demander au photographe, qu'il n'a cessé d'épier du regard. - "....Non, ça ne va pas.... se décide enfin à répondre le jeune homme avec aigreur. Abattre quelqu'un avec une telle facilité.... Je n'arrive pas à le croire...." - "Si Yô n'avait pas tiré, c'est toi qui aurait été abattu," fait remarquer sévèrement Feï-Long. Néanmoins cela ne suffit pas à faire accepter à Akihito le drame qui s'est déroulé sous ses yeux. "....Pourquoi fallait-il que je me retrouve dans une situation aussi critique," déplore-t-il sombrement. - "Pourquoi es-tu toi-même intervenu ? demande Feï-Long en retour. Il y avait plein de monde autour de toi. Rien ne t'obligeait à prendre une initiative si imprudente." - "....Mais, c'est parce que ce type avait frappé Tao...." répond tristement le jeune homme. - "....Pourtant tu n'avais rien à gagner en agissant ainsi." - "Perte ou profit ? Il ne me vient même pas à l'esprit de réfléchir à de telles choses avant d'agir. Et qu'en est-il de vous ? demande Akihito en relevant enfin la tête pour jeter au chinois un regard accusateur. Que ressentez-vous après qu'un être qui vous est précieux a été blessé ? Un homme est mort devant vous et cela semble vous être complètement égal.... Tout à fait comme si vous n'éprouviez aucun sentiment." S'il est un instant ébranlé par l'affirmation de son prisonnier, Feï-Long ne réplique pas et se contente de détourner tristement les yeux, avant de s'abîmer dans ses pensées....

Un peu plus tard, une fois de retour à la base des Serpents Blancs, Yô demande la permission à son chef d'envoyer directement Akihito se coucher au lieu de le laisser dans sa chambre à sa disposition comme tous les soirs. Néanmoins, bien que le jeune homme soit blessé et épuisé après la journée éprouvante qu'il vient de vivre, Feï-Long refuse cette requête pleine de sollicitude: "J'ai besoin de lui alors laissez-le ici. Je pense qu'il lui reste encore suffisamment de force pour me tenir compagnie pendant que je bois." A cette annonce Akihito blêmit, incrédule. Feï-Long ne peut-il donc lui accorder ne serait-ce qu'un moment de répit ? Une fois Yô sorti de la pièce, le Chinois s'installe confortablement dans un fauteuil pour siroter le verre d'alcool fort que lui a servi Akihito. "....Il boit seul ?.... Quel type solitaire...." songe ce dernier, posté un peu en retrait près de la table du bar. Cependant la manière dont le jeune homme le dévisage n'échappe pas longtemps à Feï-Long. "....Qu'est-ce que tu regardes ?" demande le Chinois en dardant sur Akihito son intense regard inquisiteur. - "Ri.... Rien de spécial...." répond le photographe, détournant précipitemment les yeux. Mais Feï-Long continue de l'observer avec insistance, ce qui commence franchement à lui taper sur les nerfs. "....Tu sais que les vêtements chinois te vont plutôt bien ? finit par lancer Feï-Long, un brin d'amusement dans la voix. Et si je faisais de toi l'un de mes valets ? ....Au fait, il paraît que tu t'es sauvé aujourd'hui.... Tu as enfreint mes ordres...." Sans lâcher son verre, Feï-Long se lève de son fauteuil pour se diriger vers Akihito, qui ne peut réprimer un mouvement de recul. "Tu as dit que ça m'était égal qu'un être qui m'est cher ait été blessé...?" répète le Chinois en enlaçant soudain le photographe. Et à sa démarche chancelante et ses gestes saccadés, Akihito ne tarde pas à découvrir avec stupeur que son compagnon - qui n'a jamais tenu l'alcool - est déjà complètement ivre bien que ce ne soit que son premier verre !

Feï-Long connaissant sa propre faiblesse a-t-il fait exprès de boire afin d'avoir le courage de s'épancher ? Quoi qu'il en soit, l'alcool le rend soudain bien volubile. "Je suis comme toi, Akihito.... prononce-t-il. Il n'y a aucune raison que ça ne me fasse rien. Au contraire, je suis le genre d'être humain à agir sous l'impulsion de mes sentiments.... Nos manières de le faire sont simplement différentes.... Tu comprends, n'est-ce pas. Je ne pardonne jamais à ceux qui me trahissent.... A personne." Comme pour ajouter plus de poids à ses mots, Feï-Long serre encore plus fort le jeune homme contre lui. "Aïe !... Vous me faites mal, lâchez-moi...! Je suis blessé !" rappelle Akihito en faisant de son mieux pour repousser son assaillant. - "Pourquoi me montres-tu les crocs.... Est-ce parce que j'ai blessé Asami...? Si tu t'opposes à moi, je n'aurais qu'une envie, te faire plier à ma propre façon. Alors fais-moi entendre tes cris de jouissance jsuqu'à ce que j'en soit rassasié. Si tu y consens, je te pardonnerais ta fuite d'aujourd'hui...." - "....Vous plaisantez, espèce de.... proteste vivement Akihito, incapable de contenir plus longtemps sa colère. Ne vous imaginez pas que tout marchera toujours comme vous le souhaitez, Feï-Long ! Je commence vraiment à en avoir plus qu'assez de ma faire violer pour servir d'exutoire à votre mauvaise humeur ! J'ignore ce qui vous travaille exactement, mais je suis sûr que vous essayez seulement de tromper par le sexe l'irritation ou l'inquiétude que vous éprouvez du fait que quelque chose ne se soit pas déroulé selon vos souhaits !

A cette déclaration, la surprise se peint un instant sur le visage de Feï-Long, pour laisser place à une expression mélancolique et désabusée. Akihito a vu juste, il ne prend même pas la peine de le nier. Alors lâchant enfin le jeune homme, le Chinois se radoucit et prend doucement son visage entre ses deux mains: "....Je te semble à ce point déprimé...? demande-t-il. ....Alors si tu l'as compris, console-moi.... Akihito...." Sur cette requête, sans attendre la réponse, Feï-Long vide d'un trait le restant de son verre, et s'emparant des lèvres du prisonnier, le force à boire l'alcool directement de sa bouche. Le regard presque éteint, la mine triste, comme mû par un désespoir secret, Feï-Long enlace ensuite Akihito, laisse courir ses mains sur sa peau avec une passion et une tendresse qu'il n'avait jamais montrées jusqu'à présent. "Quel corps lascif.... remarque-t-il tandis que le photographe réagit malgré lui à ses caresses. Tu as sûrement dû combler Asami...? Offre-moi la même chose...." - "Non...." Mais Akihito a beau protester faiblement, le Chinois lui clot les lèvres d'un baiser. Jamais encore il ne l'avait embrassé.... Bien que Feï-Long l'ait plusieurs fois violé, jamais encore il ne lui avait fait l'amour de cette façon-là.... Et bientôt, tandis que ses esprits l'abandonnent peu à peu, Akihito revoit soudain devant lui l'image d'Asami. Quel regard aigu avait le yakuza lorsqu'il le contemplait quand ils faisaient l'amour ! Ce souvenir seul suffit à enflammer encore davantage le corps d'Akihito. "Asa.... mi...." Tandis que dans son esprit confus passé et présent se mêlent, il s'abandonne à l'étreinte enfiévrée de Feï-Long, qui songe sans nul doute au même homme en cet instant....

Le lendemain matin, c'est avec délices que Akihito profite d'une bonne douche que l'a emmené prendre Yô. Mais si le jeune homme est plutôt en forme en dépit de tout ce qui s'est passé la veille, il n'en est pas de même pour Feï-Long, contraint de subir au réveil les conséquences de sa cuite du soir ! "Yô, Feï-Long a la gueule de bois, annonce Akihito en quittant la cabine de douche. Comme Tao n'est plus là, qui va prendre soin de lui ?" Sans même paraître étonné que le prisonnier s'inquiète ainsi du bien-être de son ravisseur, l'homme de main l'interroge en retour: "....Il y a plus important, Takaba. Hier, as-tu dormi dans le lit du chef ?" - "Mais, je n'avais pas vraiment le choix, répond Akihito avec surprise. Feï-Long m'avait forcé à prendre part à sa beuverie.... Et puis vous devez bien le savoir, puisque vous étiez posté derrière la porte...." - "Akihito.... Ne deviens pas trop intime avec Feï-Long, avertit Yô soudain grave. Car sinon il ne faudra pas t'étonner qu'il ne veuille plus te laisser rentrer chez toi." - "Je n'y suis pour rien, que je sache ! réplique le photographe irrité. Et qui est-ce qui m'a dit tantôt que je devais me tenir tranquille ! Vous avez un sacré culot de me parler ainsi alors que vous savez parfaitement ce qu'on me fait. Si c'est pour me sortir des trucs pareils, vous n'avez qu'à prendre ma place !"

Sur cette tirade, Akihito ouvre grand les bras pour exposer son corps nu aux regards de l'homme de main qui, sans s'émouvoir, ne trouve qu'une chose à répondre à cet accès de mauvaise humeur: celle d'ordonner au prisonnier d'enfiler ses vêtements. Exaspéré par le flegme imperturbable de Yô, Akihito préfère clore la discussion et entreprend rageusement de s'essuyer les cheveux. Jusqu'à ce que son compagnon lui pose une question plutôt inattendue: "....Takaba, tu veux retourner auprès d'Asami ?" Laissant échapper une exclamation, le jeune homme relève précipitemment la tête. "Au.... Au Japon...." - "....C'était visiblement une question idiote.... constate Yô en voyant les prunelles du prisonnier se charger de larmes. Tant que tu trouveras parmi nous, on ne peut prévoir quand ce climat de tension qui règne entre notre clan et celui d'Asami finira par exploser. Ainsi même moi je souhaiterais que tu sois libéré au plus vite." - "....! Alors, est-ce que ça veut dire que vous allez discrètement me laisser fuir ? demande Akihito plein d'espoir. Si vous faites ça, ma présence cessera une bonne fois pour toutes de vous causer de l'embarras." - "....On voit bien que tu ignores quel est ici le châtiment réservé aux traîtres," répond Yô, un frisson dans la voix. - "Le châtiment.... répète Akihito, baissant tristement la tête. Il est vrai que Feï-Long est quelqu'un d'effrayant, réfléchit-il. Mais hier, il avait l'air plutôt déprimé.... Vous ferait-il vraiment quelque chose de si horrible ? Asami, Asami, il n'a que ce nom-là à la bouche.... Pourquoi Asami le préoccupe donc tant ? Il lui a fait quelque chose ?" - "....Qui sait.... répond Yô, quelque peu effrayé par la perspicacité du jeune homme. Il paraît il y a eu un temps autrefois où tous deux entretenaient de bons rapports. Même maintenant que leurs deux clans s'affrontent, je suppose qu'en fin de compte, ils ne parviennent pas à oublier le passé. Pas même Asami...."

Aux explications de Yô, Akihito ne dissimule pas sa surprise. "....Vous voulez dire.... que tous les deux.... ils étaient amants ?" - "Qui sait...? C'est possible.... répond l'homme de main. Bien qu'à vrai dire, je ne sois pas très au fait de leur vie privée...." Rien que d'imaginer pareille éventualité, Akihito sent une vive douleur lui percer le coeur. "Qu'est-ce que ça veut dire.... songe-t-il. Je n'étais pas du tout au courant. Mais il est vrai qu'au fond je ne sais absolument rien des histoires amoureuses d'Asami.... Et lui n'avait nullement le devoir de m'en parler. Mais connaissant Asami, il n'y a rien d'étrange à ce qu'il ait lié une relation avec un homme.... Ce serait donc ça ?... Feï-Long.... Même de mon point de vue à moi qui suis aussi un homme, je dois reconnaître qu'il est d'une beauté à damner un saint.... Mais dans ce cas.... cette affaire n'a rien à voir avec une guerre des gans. C'est simplement...." Une querelle entre deux anciens amoureux ! Akihito ne va pas jusqu'au bout de sa pensée tant celle-ci lui est pénible, mais c'est bien de cela qu'il s'agit ! Et ce serait donc à cause d'un motif aussi trivial qu'il s'est retrouvé mêlé à cette affaire, jusqu'à être enlevé et conduit de force à Hong-Kong !?

"....S'ils s'aimaient jadis, dites-moi donc pourquoi ils se tirent ainsi dans les pattes...?" demande le photographe à son gardien, aussi consterné que furieux de faire ainsi les frais des querelles intimes des autres. Néanmoins ce que lui apprend Yô lui laisse entendre que l'histoire est en réalité beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît: "....Feï-Long pense qu'Asami est impliqué dans l'assassinat de notre ancien boss. En vérité, si celui-ci a été tué, ce serait plutôt en raison d'une protection insuffisante, mais.... ça ne change rien au fait que l'ancien boss était le père de Feï-Long." Après avoir entendu cette explication, Akihito ne peut s'empêcher d'éprouver de la compassion pour son ravisseur, qui cherche à venger la mort de son père quitte à s'opposer à l'homme qu'il aime encore. Enfin, le photographe commence à entrevoir ce qui a déclenché cette avalanche d'événements.

Plus tard, Yô se rend secrètement au repaire d'Asami, où il lui donne des nouvelles d'Akihito. "Je n'ai pas l'intention de donner Takaba à Feï-Long," tranche le yakuza après l'avoir écouté, avant de faire le point sur la situation: "....Il ne fait que s'amuser de Takaba sans rien demander en échange.... Même après ce que tu viens de m'apprendre, cela ne signifie en fin de compte qu'une chose: que Feï-Long désire que je vienne le récupérer moi-même." - "....Mais, maintenant ? Alors que vos blessures ne sont même pas encore guéries...." proteste Yô, avisant sous sa chemise l'épais bandage qui entoure la poitrine de son chef. - "....Que souhaites-tu que je fasse ?" s'enquiert Asami en retour. Yô évoque alors l'affaire du contrat sur les casinos dont la mafia russe a tenté de s'emparer en allant jusqu'à corrompre des membres du clan chinois. "A ce qu'il m'a semblé, Feï-Long a très mal pris la chose, conclut l'homme de main. C'est dire si ce contrat qu'il a hérité de son père lui est précieux. Si jamais vous parvenez à vous le procurer, cela sera suffisant pour servir de monnaie d'échange contre Takaba. D'après les résultats de mon enquête, Feï-Long possède des coffres loués dans plusieurs banques...." - "Un échange ?..." répète pensivement Asami. Cette idée ne plui plaît guère, car elle l'obligerait à faire intervenir son propre clan pour un problème somme toute d'ordre privé. Alors que si Yô parvenait à emmener Akihito jusqu'à son repaire, l'affaire pourrait être réglée de manière simple et rapide.

"Si vous craignez pour votre vie, je vous garderais sous ma protection et vous entretiendrais jusqu'à la fin de vos jours.... promet gravement le yakuza. ....A moins que vous ne préfériez rester auprès de Feï-Long...?" Tandis qu'Asami le jauge de son regard inquisiteur, Yô hésite, en proie à un dilemne intérieur, torturé par la loyauté qu'il éprouve à la fois pour ces deux chefs charismatiques qu'il sert depuis longtemps. Sa décision prise, il finit néanmoins par déclarer: "....Je n'ai jamais cessé de travailler pour vous. Et je continuerais à l'avenir." Apparemment satisfait de cette réponse et sûr de la loyauté de Yô qu'il a infiltré dans le clan de Feï-Long depuis déjà sept ans, Asami se décide finalement à suivre son conseil. Il ordonne ainsi à l'un de ses hommes de main d'effectuer une enquête plus approfondie sur le contrat sur les casinos et les diverses banques où le document pourrait être caché. Un point continue cependant de préoccuper Yô. "....Que comptez-vous faire de Feï-Long...?" se risque-t-il à demander au yakuza. - "....Croyez-vous que je lui pardonnerais si facilement ?" L'expression menaçante du visage d'Asami ne présage rien de bon, mais en dépit de son inquiétude pour le jeune chef des Serpents Blancs, Yô a choisi son camp. Il ne lui reste plus qu'à espérer que toute cette affaire puisse être réglée vite et bien, avant qu'elle ne dégénère et que le sang ne soit inutilement versé de part et d'autre....

Ignorant totalement les délibérations dont sa personne fait l'objet, Akihito, affublé d'un costume traditionnel chinois, remplace désormais Tao toujours alité auprès de Feï-Long. Un jour qu'il est en train de lui servir le thé, l'un des hommes de main vient soudain annoncer à son chef qu'il y a un appel téléphonique pour lui. Intrigué par la mine inquiète de son sbire, Feï-Long s'empare du combiné, mais il blêmit à son tour en découvrant avec stupeur qui se trouve à l'autre bout du fil. "Asami...." souffle-t-il à voix haute, attirant du même coup l'attention d'Akihito. "Ce précieux document qu'on dit que tu as reçu de ton père se trouve désormais entre mes mains, annonce le yakuza avec une délectation visible, entrant directement dans le vif du sujet. - "....Je vois, répond laconiquement Feï-Long, pas vraiment surpris de la nouvelle. Comme tu ne te montrais pas, j'en étais venu à penser que tu n'avais plus besoin d'Akihito.... Mais apparemment, tu te moques vraiment de sa vie." Sans se laisser destabiliser par cette menace sous-entendue, Asami poursuit, sûr de lui: "Il paraît que Mickaël Arbatov, de la mafia russe, est fort intéressé par ce contrat. Si je le lui remets, pour mon clan aussi cela ouvrira d'intéressants débouchés...." La menace fait mouche, Feï-Long en est mortifié ! "....Asami, songe-t-il une fois la discussion achevée. Il désire récupérer Akihito au point d'aller aussi loin ?... Mais qui lui a fourni les renseignements nécessaires...? Qui essaye encore de provoquer ma chute ?... Décidément, je ne peux plus me fier à personne...."

Tout en se faisant ces réflexions, Feï-Long se retourne pour contempler pensivement Akihito, que le coup de fil du yakuza a bouleversé, bien qu'il n'ait pu en saisir exactement la teneur. Perdu dans ses pensées, le jeune homme sursaute quand il entend le Chinois prononcer son nom. Mais la crainte laisse vite place à la surprise lorsque Feï-Long lui demande l'air le plus sérieux du monde s'il ne voudrait pas rester à ses côtés. "Qu.... Qu'est-ce qui vous prend, tout à coup.... Est-ce une question que l'on pose d'ordinaire à quelqu'un que l'on a kidnappé !?" - "Tu ne veux pas...? insiste Feï. ....On dirait bien qu'Asami souhaite te récupérer à n'importe quel prix. Il croit sans doute pouvoir me destabiliser à présent qu'il connaît mon point faible.... mais s'il s'imagine que je vais céder si facilement, il se trompe lourdement." Akihito n'en doute pas un seul instant, Feï-Long étant de la même trempe et au moins aussi fier qu'Asami. "Quel est donc ce contrat...?" demande-t-il néanmoins, intrigué par les bribes de conversation qu'il a pu saisir. "Il s'agit de ce droit de gestion sur des casinos qui provoque pas mal de remouds depuis quelque temps. J'ignore qui les lui a fourni mais Asami a obtenu des renseignements sur ce document et me l'a subtilisé.... C'était un contrat que j'avais hérité de mon père.... Mais tant pis, je vais devoir y renoncer...." - "Tant pis, dites-vous ?... répète Akihito indigné. Un document pourtant si important pour vous ! Et n'est-ce pas à cause de ce contrat que Tao a été blessé !? Feï-Long.... Vraiment, je n'arrive pas à vous comprendre, finit par avouer franchement le photographe. Cela ne sert à rien de vous entêter ainsi en allant jusqu'à abandonner un bien qui vous est précieux. Ce que vous faites n'a absolument aucun sens ! Ou s'il y en a un, ce n'est que d'assouvir votre vengeance contre Asami, pas vrai ?..."

Akihito a touché dans le mille, Feï-Long qui jusqu'alors gisait avec lassitude dans son fauteuil redresse soudain la tête pour le dévisager. "J'ai appris ce qui est arrivé à votre père, poursuit le jeune homme avec fougue. ....Et que même durant l'autopsie, aucune preuve n'a été découverte permettant d'incriminer Asami.... En réalité, personne ne sait qui l'a tué, n'est-ce pas ? Alors qu'apprendre la vérité vous tourmente depuis si longtemps, pourquoi n'essayez-vous pas de mettre un point final à cette histoire ! Ce n'était pas en me kidnappant que vous alliez obtenir d'Asami une réponse à vos questions !..." Penché sur Feï-Long, Akihito ne tarit pas en tentant de le raisonner, et pourtant le jeune chef des Serpents Blancs ne se fâche pas de cette audace, se contentant seulement de lui demander: "De la bouche de qui as-tu appris cette histoire ?" - "....De l'un de vos hommes de main, répond le photographe, sans toutefois nommer Yô. Mais il n'a fait que répondre à mes questions." - "Il est vrai que le contrat qui m'a été volé est un objet très important pour moi.... avoue Feï-Long après être resté quelques instant songeur. Voilà pourquoi je ne peux me résoudre à me plier aux exigences de quelqu'un qui essaye de me l'enlever tout en sachant ce qu'il représente à mes yeux. Car si je n'y prends pas garde, tout le monde finira par me trahir et me ravir ce qui m'est cher. Akihito, toi tu es franc et honnête. Jamais tu n'irais t'abaisser à une trahison. .....Reste auprès de moi."

Ce-disant, Feï-Long pose doucement sa main sur celle d'Akihito. Mais en dépit de son trouble, le jeune homme lui fait remarquer qu'il s'apprète encore à commettre une erreur. "Pourquoi cherchez-vous à fuir ce qui est le plus important pour vous...!? J'ai beau vouloir rentrer au Japon, ce n'est pas pour cette raison que je vous dit cela: en réalité c'est ce fameux contrat qui compte le plus à vos yeux, pas vrai ? A.... Alors, est-ce qu'il ne serait pas possible de discuter avec Asami ? propose Akihito non sans quelque hésitation. Je.... Moi aussi je vous aiderais à tenter de le convaincre...." - "Discuter ? répète le Chinois non sans une pointe de cynisme. Akihito, tu l'ignores peut-être, mais voilà déjà belle lurette que le conflit entre Asami et moi ne peux plus être réglé de manière aussi simple."

Quoi que le photographe dise ou conseille, Feï-Long trouve toujours une raison de décliner ses propositions. Alors qu'en réalité il suffirait de pas grand chose pour que toute l'affaire s'arrange.... On croirait presque que le Chinois souhaite que cette guerre l'opposant à Asami perdure indéfiniment.... Face à cette course vers l'autodestruction qu'il devine due à un profond désespoir et au renoncement qui en découle, Akihito ne peut bientôt s'empêcher de verser des larmes. "....Vous avez vous-même fait en sorte que les choses atteignent ce point de non-retour.... Pourquoi optez-vous toujours pour la voie qui vous fera le plus de mal...!? reproche Akihito amèrement. Je n'y comprends rien...! Un tel comportement me met hors de moi...!" - "Akihito.... Pourquoi pleures-tu ?" demande Feï-Long stupéfait. - "Si vous étiez mon ami, je vous flanquerais une bonne correction...!" - "Akihito, tu es vraiment quelqu'un de solidaire envers tes proches.... répond Feï-Long, touché que son prisonnier se mette dans un tel état à cause de lui. Je me suis conduis de façon si ignoble envers tes amis et toi. Et malgré cela, tu verses des larmes sur mon sort ? Ce n'était pas pour me venger d'Asami, ajoute-il dans un sourire. Quand je t'ai dit que je souhaitais t'avoir auprès de moi, je le pensais du fond du coeur." - "Feï-Long...." - "Mais tu as raison, il faut mettre un point final à cette histoire.... Je vais te laisser repartir au Japon et accepter de parlementer avec Asami...."

Au même moment, dans sa luxueuse villa de Macao, Mickaël Arbatov reçoit de ses hommes de main un rapport sur la situation à Hong-Kong. "....Un échange entre un otage japonais et le véritable contrat ?... Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? profère-t-il, mécontent. Vous qui étiez infiltrés chez les Serpents Blancs, vous avez mis plusieurs mois à vous emparer d'un faux document, tandis que Ryûichi Asami, lui, a mis la main sur le vrai en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire." Face aux railleries de leur chef, les bandits penauds ne trouvent rien à répondre. Cependant Mickaël n'a pas l'intention de s'éterniser sur l'incompétence de ses espions; s'ils ne sont pas parvenus à lui ramener le contrat, tout au moins peuvent-ils lui fournir quelques renseignements utiles pour la suite des événements. "Ce Japonais nommé Takaba, qui est-ce ? demande-t-il ainsi. Est-ce un homme dont la valeur justifie qu'on l'échange contre un contrat engendrant une fortune se comptant en millions de dollars...?" - "....On ne sait pas exactement, répond le leader des espions. Il semblerait qu'il était l'amant d'Asami au Japon et que Feï-Long le lui aurait volé...." - "....Feï-Long ? Voler un homme...? répète Mickaël que cette nouvelle ne manque pas de plonger dans la perplexité. Voilà qui est curieux, alors qu'il ne daigne même pas poser les yeux sur quelqu'un comme moi. Aah, c'est peut-être parce que son adversaire est ce Ryûichi Asami ? Voilà bien de quoi me rendre jaloux.... Bah, en tous cas voici une chance inespérée de laver mon honneur. Asami, Feï-Long, et entre eux deux, le jeune Japonais nommé Takaba ?... Ça m'a l'air plutôt intéressant...."

Plus tard, dans une salle de billard de la villa où la mafia russe a élu son repaire, Mickaël doit faire face aux reproches de son associé Youri: non seulement il n'est pas parvenu à s'approprier le contrat, mais en plus il s'est attiré l'hostilité des dirigeants de la mafia chinoise à Hong-Kong, le clan des Serpents Blancs. Et tout cela, Youri l'a bien compris, uniquement à cause de son attirance pour Feï-Long, le redoutable chef de gang à la beauté androgyne. "Je ne te comprends pas, confie Youri à son accolyte. Alors que tu as autour de toi nombre des plus belles femmes de toute la Russie. Tu vas finir par déclencher une guerre contre les Serpents Blancs à cause de ton caprice, et eux ne plaisantent pas." Mais face aux reproches du mafioso, Mickaël continue de faire montre d'un calme imperturbable. "....J'ignore jusqu'à quel point tu es au courant mais ne t'en mêle pas, Youri, prévient-il. Car il est extrêmement rare que Feï-Long se montre ainsi au grand jour pour intervenir au premier plan." Si Youri ne réplique pas, il n'en pense pas moins tandis que le saisit une sourde inquiétude: comme d'habitude, Mickaël voit les choses de manière trop optimiste et sous-estime beaucoup trop son adversaire....

Au même moment, tandis que Yô communique avec Asami via son portable, il remarque que quelqu'un le suit: Feï-Long a probablement découvert à présent qu'il est en réalité un espion à la solde de son vieil ennemi, il lui est donc devenu impossible de retourner au repaire des Chinois, ce qui signifie également qu'il ne pourra plus veiller sur Akihito Takaba. Yô avertit ainsi Asami qu'il va disparaître tout en l'engageant à éviter de commettre un acte qui envenimerait le conflit et risquerait de mettre en péril la vie de Akihito. Cependant Yô n'a pas le temps d'achever sa phrase, car à cet instant il réalise qu'il est déjà trop tard pour s'enfuir: dans la ruelle où il s'est réfugié, l'encerclent de toutes part des bandits armés jusqu'aux dents !

De son côté, Feï-Long ne tarde pas à recevoir la nouvelle de la capture de Yô. "Vous devez le forcer à parler par tous les moyens," ordonne-t-il à ses sbires. Debout à ses côtés, Akihito surprend ces paroles dont le ton et la menace contenue ne manquent pas de l'inquiéter. Mais lorsque le photographe demande au Chinois de quoi il en retourne, celui-ci répond aussitôt que cette affaire ne le concerne en rien. En revanche, Feï-Long l'enjoint à venir près de lui car il a une nouvelle importante à lui communiquer: il annonce ainsi à Akihito qu'il sera prochainement échangé contre le contrat volé par Asami. "Quel homme stupide, ajoute Feï-Long pensivement. Après avoir affronté mille dangers pour se procurer ce document, Asami est prêt à le céder pour rien.... Te récupérer est donc sa seule préoccupation ?" Bien sûr, Akihito est content et soulagé d'apprendre que le yakuza va venir le chercher, mais ses sentiments n'en sont pas moins mitigés. "Ce, ce document.... Il a vraiment une si grande valeur que ça ?" demande-t-il au Chinois. - "Il s'agit d'un droit sur la direction des casinos de Macao, presque aussi lucratifs que ceux de Las Vegas, explique Feï-Long. Tu imagines sans peine les richesses qu'ils peuvent apporter. A l'heure actuelle, le droit de direction de ces casinos a été divisé en trois afin d'endiguer le conflit entre les organisations mafieuses cherchant à s'octroyer leurs bénéfices. Le contrat qui nous intéresse est l'un des trois existants. Le document lui-même n'est qu'un bout de papier symbolique, mais.... nombreux sont les clans prêts à tout pour obtenir une partie des droits sur un business engendrant d'aussi importants profits. D'autant plus que c'est un bon moyen de gagner de l'argent de manière en apparence légale," précise Feï-Long ironiquement avant d'ajouter: "Bien sûr, je n'ai pas l'intention de me contenter de me soumettre bien gentiment au bon vouloir d'Asami. Je vais faire préparer ici le lieu de la transaction.... Hong-Kong est une ville où les casinos sont fondamentalement interdits, mais il existe un nombre incalculable de moyens de contourner la loi. Comme par exemple, organiser un casino sur un navire une fois en-dehors de la zone d'interdiction. Effectuer la transaction sur mon bateau-casino.... Voilà qui convient parfaitement à notre affaire. Un navire où il n'y a aucun moyen de fuir. Je me demande comment Asami va faire pour se tirer de là ?"

Si la perspective de cet affrontement amuse beaucoup le chef des Serpents Blancs, inutile de dire qu'il est loin d'en aller de même pour Akihito. "....Ne, ne me dis pas que vous aller encore vous taper sur la tronche...!? s'exclame-t-il consterné. Arrêtez ! Je ne veux pas que ça recommence...!" En esprit, le jeune homme revoit avec horreur Asami blessé et se vidant de son sang. "....Tu es inquiet ? demande Feï-Long à brûle-pourpoit. ....Inquiet pour Asami...?" Si Akihito ne répond pas, l'expression de son visage en dit long. "Je ne sais même pas ce qu'il est advenu d'Asami après qu'il se soit fait tirer dessus.... songe-t-il avec anxiété. ....Qu'en est-il de sa blessure ? Elle n'est sans doute.... pas encore guérie ? Va-t-il réellement venir dans cet état...? Asami irait-il vraiment jusqu'à faire une chose pareille pour moi ? Si comme le dit Feï-Long il est parvenu à mettre la main sur ce contrat qui lui permettrait de gagner énormément d'argent, va-t-il échanger un document d'une telle valeur contre quelqu'un comme moi...? Jusqu'à maintenant Asami a beau être venu plusieurs fois à mon secours, chaque fois cela coïncidait avec ses intérêts.... Et puis.... qu'en est-il réellement.... de la relation entre Feï-Long et Asami ? s'interroge Akihito les joues en feu tandis que son coeur se met soudain à battre la chamade. Qu'éprouve Feï-Long pour Asami ? Et Asami pour Feï-Long ?.... Ah, qu'est-ce qui me prend.... Rien que de penser à cela, c'est la confusion totale dans ma tête.... Asami m'a fait l'amour.... pourtant notre union reste seulement physique, j'ai l'impression que rien d'autre ne passe entre nous.... Bien sûr je ne permettrais jamais à un homme de faire de moi sa propriété. Cependant.... j'aurais bien voulu mieux connaître Asami en tant qu'individu.... Je n'ai pas arrêté de fuir.... A cause des circonstances terribles dans lesquelles il m'avait étreint la première fois.... je n'ai pas cessé de détourner les yeux. J'étais persuadé de savoir déjà quel genre d'homme était Asami, mais en fait je ne savais absolument rien.... Je veux le connaître davantage. Je veux qu'il me sauve. Je veux rentrer au Japon."

Tandis qu'il se fait ces réflexions, en proie à un trouble irrepressible à la pensée de son amant, les larmes finissent par monter aux yeux de Akihito tant il craint désormais de le perdre. Il ne s'est pas rendu compte que Feï-Long n'a pas cessé de l'observer et le toise à présent d'un air mécontent. "Ce visage.... qu'il m'est désagréable, soupire le Chinois en attirant brusquement le jeune homme dans ses bras. Si seulement.... j'avais eu davantage de temps pour te ravir à Asami. Toi, j'aurais pu te garder à mes côtés et t'aimer." - "Dis donc, proteste aussitôt Akihito un brin scandalisé, je ne suis pas un gentil petit chat. Et puis ne m'as-tu pas dit toi-même que l'amour ne pouvait pas exister dans un couple d'hommes ?" - "Peut-être.... est-ce possible qu'il le puisse.... ou peut-être pas.... répond Feï-Long hésitant. On a beau prétendre que l'amour entre hommes n'existe pas, il est sans doute impossible de réprimer le sentiment qui jaillit inconsciemment en nous." Cela, ce n'est pas Akihito qui irait dire le contraire. Mais au-delà de ses déboires sentimentaux, il est surtout très inquiet pour la suite des événements, ainsi il tente encore une fois de raisonner le Chinois. "Feï-Long.... Arrête de te battre avec Asami...." conjure-t-il de son ton le plus convaincant. Mais tout en le serrant à nouveau contre lui, Feï-Long se contente de lui répéter dans un sourire qu'il n'est pas nécessaire qu'il se préoccupe de cette affaire, ce qui n'est point pour rassurer Akihito....

Au même moment, dans un autre coin de la ville, Asami est en train de se faire soigner par l'un de ses lieutenants. Tout en lui refaisant son pansement, l'homme déclare à son patron qu'il n'est pas encore sufisamment remis de ses blessures pour intervenir lui-même dans le conflit les opposant à la mafia chinoise. Tant qu'ils ne sauront pas ce que mijote exactement Feï-Long, il leur faut se montrer prudents, ainsi le yakuza conseille à son chef de les laisser lui et ses hommes se charger de cette affaire. Mais Asami n'est pas le genre à se tenir à l'écart des hostilités, surtout lorsque la vie d'un être auquel il tient est en jeu. "Je dois le vérifier de mes propres yeux, se dit Asami, songeant avec angoisse à Akihito. Ces prunelles insolentes reflétant une volonté inébranlable.... Si jamais il venait à être blessé et à perdre cette force d'âme.... Je ne permettrais jamais que quelqu'un d'autre que moi trouble et fasse changer Takaba.... Il n'appartient.... qu'à moi seul. Et bientôt il sera à nouveau entre mes bras. A présent que le contact avec Yô a été rompu, il devient urgent de contenir les agissements de Feï-Long.... Et vite, tant que Akihito est encore sain et sauf...." A peine Asami a-t-il pris cette résolution d'un visage menaçant qu'il sourit en lui-même: "....Je ressens de l'impatience...? Moi ?" A cause d'Akihito, le yakuza n'est décidément plus tout à fait lui-même; cette constatation ironique n'ébranle cependant en rien sa volonté d'agir. Tendant la canne dont il s'aidait jusqu'à présent pour marcher à son fidèle garde du corps, Asami s'éloigne d'un pas sûr, bien décidé à récupérer son jeune amant par n'importe quel moyen....

Peu de temps avant de se faire prendre, Yô avait rendu visite à Tao à l'hôpital. Remis depuis déjà longtemps de ses blessures, le petit garçon s'étonnait qu'on ne le laisse toujours pas rentrer, ce à quoi l'homme de main avait donné comme explication que leur base étant actuellement en pleine effervescence, mieux valait que Tao reste au calme encore un peu de temps. Si son maître lui faisait parvenir une montagne de jouets et de friandises, le jeune domestique était néanmoins très triste qu'il ne vienne plus lui rendre visite. "Maître Feï est très occupé ?" avait-il demandé à Yô, navré de le trouver avec un moral aussi bas. - "Oui.... Aujourd'hui je suis venu ici à sa demande afin de récupérer quelque chose qu'il t'a confié." A ces mots, sur le visage de Tao la mélancolie avait subitement laissé place à la crainte et à la stupeur. "Qu.... Quoi ? On ne m'a rien confié du tout ?" avait-il répondu aussitôt. - "Allons.... avait insisté Yô. Le chef t'avait demandé de le cacher de façon à ce que personne ne puisse deviner son emplacement, parce qu'il s'agissait de quelque chose de très précieux pour lui, n'est-ce pas ? Toi, tu obéis toujours exactement aux instructions du chef. Voilà pourquoi il t'a confié cet objet." - "....Qu'a dit Maître Feï sur cet objet...?" demande Tao, effrayé tant il se demande s'il peut réellement faire confiance à l'homme de main. - "Qu'il s'agissait d'une clé. "Va chercher cette clé", c'est ce qu'il m'a dit." - "....Quelle clé ? Je ne suis au courant de rien." - "La clé d'un coffre de banque. Afin de renvoyer Akihito Takaba au Japon, le chef a besoin de ce qu'il y a à l'intérieur de ce coffre." - "A.... Akihito ?" - "Oui.... Grâce à cela, il va sans doute pouvoir rentrer chez lui." Si Tao avait encore des soupçons, cette nouvelle avait suffit à venir à bout de ses dernières hésitations. Néanmoins, avant de céder, il avait levé vers l'homme de main un visage implorant: "....Yô. Tu ne vas pas trahir Maître Feï, hein ?.... Hein ?" - "Non...." Pourtant, une fois la clé en main et malgré ses remords d'avoir été contraint de tromper un enfant, c'est à Asami que Yô avait remis le précieux document contenu dans le coffre, document qui trône à présent dans une valise sur le bureau du yakuza. "Mr. Asami. C'est bientôt l'heure fixée pour le rendez-vous," vient lui annoncer l'un de ses hommes. Empoignant fermement la valise, flanqué d'une troupe de sbires en costumes noirs, Asami se met alors en route pour aller récupérer Akihito.

Au même moment, le photographe reçoit de Feï-Long les instructions concernant l'échange qui doit avoir lieu: "Asami va aborder dans un petit bateau le navire-casino dans lequel nous nous trouvons. Akihito, au moment-même où tu monteras à bord du bateau d'Asami, nous procéderons à l'échange contre le document." - "L'échange...? Et ce sera tout...?" demande le jeune homme, peu enclin à croire que la bagarre sera évitée. - "....Si Asami se tient tranquille, je ne tenterais rien contre lui, promet Feï-Long. Je n'ai pas l'intention de perdre mon temps avec ce qui ne me rapportera aucun profit. Surtout que nous sommes sur mon propre navire.... Une fois la transaction achevée, qu'Asami puisse le quitter ou non sain et sauf dépendra uniquement de mon bon vouloir. Il faudrait vraiment qu'il soit idiot ou complètement inconscient pour manigancer quelque chose en un lieu aussi désavantageux pour lui. Fufufu...."

Si Feï-Long tentait ainsi de rassurer Akihito, c'est râté. "Il peut rire, lui.... grommelle-t-il intérieurement, son coeur battant la chamade. Moi, j'ai l'impression que tous mes boyaux vont sortir par ma bouche. Il se peut que j'y laisse ma peau. Si jamais une fusillade éclate, je ne suis pas certain de pouvoir rentrer au Japon vivant. Papa, maman, adieu...." Tandis que le jeune homme se laisse aller à des pensées d'un pessimisme morbide, Feï-Long lui jette des coups d'oeil amusés. "Akihito, pas la peine d'être aussi tendu, lui lance-t-il au bout d'un moment. Je n'ai pas l'intention de faire quoi que ce soit qui puisse te blesser davantage. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai accepté cette transaction." Mais Feï-Long a beau lui clamer sa bonne foi, connaissant l'oiseau, Akihito ne peut s'empêcher de demeurer sceptique. "Impossible de prendre ses propos au pied de la lettre, songe-t-il en lançant vers son compagnon un regard plus que soupçonneux, car c'est le genre de mec dont on ne sait jamais ce qu'il complote derrière son sourire amical." Quant à Feï-Long, il lit la suspicion sur le visage de son prisonnier comme sur un livre ouvert; mais loin de s'en offusquer, il semble au contraire en tirer un malin plaisir. "Nous allons bientôt passer la frontière, annonce-t-il gaiement. Quand nous serons entrés dans la zone maritime de Macao, le casino ouvrira ses portes. Que dirais-tu d'aller t'y amuser, Akihito ?" - "N.... Non merci...! répond le photographe en secouant vigoureusement la tête. Je n'ai pas du tout la tête à ça !"

Mais à cet instant, des coups se font entendre à la porte de la cabine où sont assis les deux jeunes gens. Deux hommes de main ne tardent pas à faire leur apparition, venus annoncer à leur chef qu'Asami vient de monter sur leur paquebot. Assurant que ce serait bien trop dangereux pour Feï-Long d'aller effectuer la transaction lui-même, ses sbires le conjurent de les laisser se charger d'amener Akihito sur les lieux de l'échange, et après un temps d'hésitation, il finit par se laisser convaincre. "...Très bien. Mais récupérez le document coûte que coûte," recommande Feï-Long, avant de se tourner vers le photographe: "Akihito.... C'est ici que nos chemins se séparent, lui annonce-t-il, posant une main sur son épaule. Une fois descendu dans le hall, dès que tu seras libéré, surtout monte vite à bord du petit bateau." Akihito acquiesce, peu rassuré quant à la suite des événements. Tandis que les deux bandits l'entraînent dans le couloir, il ne peut s'empêcher de jeter un dernier regard anxieux vers le Chinois, qui le regarde s'éloigner d'un air grave. "Feï-Long.... Il ne va pas rencontrer directement Asami.... Tant mieux...." songe le jeune homme avec soulagement.

Le prisonnier et ses deux gardes entâment donc le périple qui doit les mener dans le hall de ce luxueux paquebot-casino. L'ascenceur de verre offre une vue d'ensemble de cette vaste salle qu'il surplombe, et à peine est-il monté à l'intérieur qu'Akihito repère aussitôt Asami. Cette vision lui fait perdre d'un coup le contrôle de lui-même. Se plaquant contre la paroi de verre, il se met à appeler de toutes ses forces le yakuza, bien que l'ascenceur soit encore trop haut pour que ce dernier puisse l'entendre. Ceinturé par les deux gardes, le jeune homme est vite forcé à se calmer, néanmoins la vue de son amant a suffit à faire renaître l'espoir dans son coeur. Asami est là, il est réellement venu le chercher.... Akihito avait beau être au courant de l'échange, jusqu'à cet instant il n'avait pas osé croire que le yakuza viendrait en personne en ce lieu confiné contrôlé par ses ennemis. Hélas, si près de la délivrance, le destin devait réserver encore bien des mauvaises surprises à Akihito. Car l'un des deux hommes de main chargés de sa garde n'est autre que le leader des espions aux ordres de Mickaël Arbatov. Alors que l'ascenceur poursuit sa lente descente vers le hall, l'homme abat soudain son accolyte, avant de presser brusquement le bouton d'arrêt puis d'ouverture des portes. Horrifié par ce qui vient de se passer en un éclair, Akihito tétanisé n'a pas le temps de réagir que le traître le tire brutalement dans un couloir. La détonation n'a cependant pas échappé à Asami et à ses hommes, pas plus qu'aux passagers du paquebot. Dans peu de temps, des gens accoureront afin de déterminer l'origine du coup de feu. L'homme doit donc quitter les lieux au plus vite avec son prisonnier, mais c'est sans compter sur la résistance que lui oppose ce dernier. "Lâchez-moi !.... Lâchez-moi !.... proteste vivement Akihito, tentant désespérément de se libérer de la poigne d'acier qui lui enserre le bras. Mais où allez-vous !? Nous devons aller en bas...! Nous étions pourtant presque arrrivés...!!" Exaspéré et craignant d'être découvert, le traître n'a d'autre ressource que de braquer son revolver sur le visage du prisonnier. "Si tu ne te tiens pas tranquille, je t'abats sur-le-champ !" prévient-il. Mais peine perdue. N'en pouvant plus d'être ainsi tiré à hue et à dia, Akihito se met à hurler de toute la puissance de ses poumons le nom d'Asami !

De son côté, Feï-Long reçoit la nouvelle que l'un de ses hommes a été découvert mort dans l'ascenceur et que Akihito a été enlevé. "C'est absurde.... souffle-t-il, chancelant sous le choc. Qui a bien pu.... Personne ne sait où Akihito a été emmené ?..." - "L'un des passagers les a vu descendre au 5ème étage, répond un homme de main. Toutes les cabines sont actuellement en train d'être fouillées." Mais tandis qu'un fait lui revient brusquement en mémoire, Feï-Long sursaute avant de demander, livide: "Et le contrat...? Qu'en est-il d'Asami...!?" - "Euh.... Eh bien.... Il a profité du tumulte pour disparaître à notre vue...." - "CHERCHEZ-LE...!! ordonne le Chinois fou de rage. IL NE DOIT PAS QUITTER CE NAVIRE...!!" Resté seul après le départ de ses hommes, Feï-Long a l'impression d'avoir enfin compris ce qui est en train de se produire, bien qu'il peine à le croire. "Asami.... Tu n'aurais quand même pas l'intention.... de garder à la fois le contrat et Akihito...!? Comme je le craignais, tu ne seras pas apaisé tant que le sang n'aura pas été versé ? Si ce sont là tes intentions, j'en suis désolé pour Akihito, mais je vais devoir...." Feï-Long ne va pas jsuqu'au bout de sa pensée, car il sent tout à coup le canon d'un revolver appuyé contre l'arrière de sa tête. "....Avance lentement sans te retourner, ordonne sévèrement Asami. Un seul geste et je te fais sauter la cervelle." Les traits de Feï-Long se figent, aussi sombres et menaçants en cet instant que ceux du yakuza. Chacun persuadé que l'autre est responsable de la traîtrise, pas un des deux ne se doutent encore qu'ils ont en fait été doublés par un troisième larron....

Naked Truth / À suivre

 

- Kinrô Cameraman Takaba Akihito no Karei naru Ichinichi ("Une Journée Splendide du Laborieux Photographe Akihito Takaba"), p.156. Rien ne va plus pour Akihito alors qu'il officie comme assistant-photographe pour l'un de ses collègues plus âgé, qu'il aide à prendre des clichés d'un politicien. "Takaba, va me prendre une pellicule de rechange !! N'oublie pas de ranger les pellicules terminées. Eh, Takaba, plus haut, le panneau ! Non, pas ce film-là !" Les ordres fusent de toute part, ordres que le jeune homme s'empresse d'exécuter avec une maladresse navrante, s'attirant du coup un tas de commentaires désobligeants de la part de son supérieur. Mais Akihito ne serait certainement pas aussi distrait si un individu indésirable ne trônait pas dans un coin de la pièce. Rien que de sentir le regard de Ryûichi Asami rivé sur lui, qui observe ses moindres faits et gestes, suffit à lui faire perdre tous ses moyens. Et inutile de préciser que de voir le photographe se démener comme un beau diable tout en lui jetant des coups d'oeil paniqués amuse beaucoup le yakuza !

Il était dit dès le matin-même que cette journée devait être épouvantable pour Akihito. Non seulement le journal pour lequel il travaille avait fini par refiler l'interview du politicien qu'il était censé réaliser seul à un photographe plus âgé, mais prétextant que ce serait une expérience profitable pour un jeune d'acompagner un vétéran réputé, l'exécrable Mr. Shinotaké en avait profité pour transformer Akihito en bête de somme en lui faisant porter tout son matériel. Puis, une fois arrivés à la demeure traditionnelle de ce politicien réputé pour ne pas apprécier les journalistes, c'était pour apprendre que celui-ci souhaitait annuler l'interview en raison de la venue inattendue d'un important visiteur. Dans l'espoir que le politicien accepterait peut-être de recevoir leur équipe une fois cette entrevue terminée, Akihito, Shinotaké et la reporter s'étaient mis à faire le pied de grue dans le salon, quand soudain Akihito avait aperçu une silhouette familière traverser le couloir. "A.... ASAMI...!?" Car c'était bien du yakuza qu'il s'agissait, flanqué comme de coutume de ses deux fidèles bras droits à la mine patibulaire. Au courant pour l'avoir longtemps espionné que le patron du Club Shion entretenait des relations occultes avec nombres de personnalités influentes du Gouvernement, cela n'avait pas étonné Akihito outre mesure de voir Asami débarquer ainsi chez un politicien. En revanche, il n'avait pas du tout apprécié que son travail du jour, aussi rébarbatif soit-il, tombe à l'eau à cause de sa venue. "Nous avions pourtant rendez-vous avant vous ! C'est pas juste ! Attendez votre tour comme tout le monde !" s'était écrié le jeune homme en se précipitant vers le yakuza, scandalisant au passage ses hommes de main par son impolitesse ! Si Asami avait été aussi surpris qu'Akihito de cette rencontre fortuite, il avait finalement obtenu du politicien qu'il se soumette à l'interview des journalistes avant leur entretien. Prévenance pour laquelle le photographe avait d'abord éprouvé de la gratitude, avant de soupçonner qu'Asami ne s'est en réalité montré si galant que pour avoir l'occasion de rire à ses dépends !

L'interview achevée, ses collègues proposent à Akihito de l'inviter à dîner vu que c'est grâce à son intervention qu'ils ont finalement pu travailler, néanmoins le jeune homme refuse. "....Dans ce cas, tu viens avec moi ? intervient Asami. Attends-moi un moment." Décidément, le yakuza se montre vraiment gentil aujourd'hui. "Qu'est-ce qui lui prend...?" en vient à se demander Akihito. N'empêche qu'un peu plus tard, le photographe se retrouve assis au comptoir d'un bar chic en compagnie du yakuza, une énorme coupe de glace aux fruits rouges posée devant lui. Car qui pourrait refuser l'invitation d'un homme tel qu'Asami ? Akihito regrette cependant que son amant l'ait vu dans une situation si dévalorisante; pour ne pas perdre la face, il tente donc de donner le change. "Ah Ahahah.... Quelle journée pourrie.... soupire-t-il, jouant les blasés. D'habitude je fais du meilleur boulot, mais aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, mon timing est quelque peu mauvais.... Et le vieux de tout à l'heure n'est pas mon professeur de photographie. Travailler avec mon vrai maître est beaucoup plus drôle et enrichissant." Le ton du jeune homme est néanmoins si peu convaincant que tout en faisant semblant d'entrer dans son jeu, Asami ne peut s'empêcher de le taquiner à demi-mots: "Je vois.... Mais tout de même, accepter de céder ton travail par égards pour un vétéran aussi lamentable. Moi, à ta place, j'aurai repris le dessus quitte à éliminer le gêneur." Le sourire machiavélique d'Asami ne laisse aucun doute quant à la manière dont il élimine ses rivaux ! Mais n'étant pas un yakuza, Akihito s'empresse de lui rappeler qu'il ne peut agir de manière aussi radicale. "La prochaine fois, crache-t-il néanmoins, je ne laisserais pas Shinotaké agir comme bon lui semble, quoi qu'il advienne ! Je ne vais quand même pas me laisser battre par un mec qui n'a pour lui que l'avantage des ans ?!" - "Bien parlé, surtout de la part de celui qui n'est encore qu'un GAMIN pour commander un tel met dans un bar comme celui-ci," réplique le yakuza ironiquement, faisant allusion à la crème glacée que s'est fait servir Akihito.

Il n'en fallait pas plus pour faire tomber le jeune homme dans le piège savamment tendu. Désireux de redorer son image devant un homme aussi beau et plein d'assurance qu'il admire malgré lui, il laisse d'un coup tomber la glace pour commander le même verre d'alcool qu'Asami. Hélas, ses tentatives pour imiter l'élégante manière de boire du yakuza n'ont pour effet que de provoquer l'hilarité à peine dissimulée du barman, si bien que vexé et déterminé à montrer qu'il est lui aussi adulte, Akihito commence à enfiler les verres de bourbon coup sur coup. Et ce qui devait arriver ne se fait pas attendre, au moment de quitter le bar, le jeune homme se retrouve complètement ivre ! "....Eh, Professeur Asami, s'exclame-t-il d'une voix pâteuse, accroché au yakuza alors que tous deux regagnent leur véhicule, vous pensez que j'suis un bleu, pas vrai ?... Un novice inexpérimenté.... Mais vous verrez !... Je vais devenir un journaliste réputé et je dévoilerais au grand jour toutes vos magouilles. Riez, tant que vous le pouvez encore...." - "Mais oui, c'est ça. Allez, monte," ordonne Asami en poussant sans ménagement le photographe dans la voiture. ....Un mauvais garçon au penchant pour l'ivrognerie n'est pas digne de boire en ma compagnie. Un gosse, ça rentre chez soi et ça dort."

A moitié assoupi affalé contre le siège, Akihito se redresse d'un coup à cette remarque et grimpe sur la banquette pour dévisager son compagnon en face: "....Asami.... Pourquoi m'avez-vous invité aujourd'hui ? demande-t-il, les joues empourprées sous l'effet de l'alcool. Parce que j'étais malheureux et misérable ? Alors vous m'avez recueilli, comme un chien ?" Braquant son regard aiguisé sur le photographe, Asami répond, prenant son visage entre ses mains: "C'est parce que je voulais te voir encore davantage te démener pour reprendre contenance. Te débattre avec ardeur pour monter vers les sommets tout en menaçant d'être écrasé par la différence inéluctable entre ton idéal et la réalité. Parfait comme amuse-gueule pour accompagner mon vin, n'est-ce pas ?" - "....Oh, vous, je vous déteste...." Pourtant, en dépit de cette déclaration amère, Akihito ne repousse pas Asami lorsque ce dernier s'empare de ses lèvres puis le fait assoir face à lui sur ses genoux. "Et comme toujours, après vous être bien amusé à mes dépends, ce sera merci et à la prochaine ?..." ironise le jeune homme, devinant ce que le yakuza s'apprète à faire. - "....Alors, que désires-tu ?" - "....Que vous me disiez ce que réellement vous éprouvez pour moi...." Asami ne répond pas. Il se contente de fixer intensément Akihito, qui soutient son regard sans faiblir....

Dans la limousine noire qui file dans la nuit, Asami prépare Akihito à faire l'amour. L'esprit complètement embué par l'alcool, le jeune homme se montre plus docile que de coutume à ses caresses et attouchements brûlants, ce qui se révèle un véritable délice pour le yakuza. Mais ce n'est qu'une fois que tous deux se retrouvent étendus sur son lit, dans l'intimité de son appartement, qu'Asami va enfin jusqu'au bout de son étreinte. Et ce n'est qu'en sentant un corps étranger pénétrer en lui qu'Akihito assoupi recouvre enfin ses esprits. "QUE...! QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ, VOUS...? s'exclame-t-il, subitement dégrisé en découvrant dans quelle situation il se trouve. OUWAH ! ET ICI, C'EST OU !?" - "....Qu'est-ce qui te prends, tout à coup, rétorque Asami, un sourire rusé aux lèvres. N'est-ce pas toi qui voulait connaître ce que j'éprouve pour toi ?" - "HEIN ? QU'EST-CE QUE VOUS RACONTEZ...?" - "....Tu ne te rappelles plus de rien ?..." demande Asami malicieusement, sans pour autant relâcher sa proie. - "QU'EST-CE QUI VOUS A PASSÉ PAR LA TÊTE...!? ME SAOÛLER POUR POUVOIR PROFITER DE LA SITUATION...!" - "Tu t'es enivré de ton propre chef, puis c'est toi-même qui m'a fait des avances. Alors si tu es réveillé, fais ta besogne et remue les hanches !" - "NON MAIS DITES...!"

Mais Akihito a beau protester, la situation étant ce qu'elle est, il ne tarde pas à sagement obtempérer et s'abandonner aux bras d'Asami. Et après cette étreinte torride, alors que le jeune homme git sans forces sur le lit enroulé dans les draps, le yakuza lui fait une soudaine proposition: "Il y a un moyen pour que tu puisses avoir une vie meilleure sans être contraint de te démener ainsi. Et si tu me laissais t'entretenir ? Je t'achèterais un superbe appartement, qu'en dis-tu ?" Il va sans dire que cette offre insultante pour son amour-propre fait bondir Akihito ! "EH LÀ, NE VOUS MÉPRENEZ PAS SUR MON COMPTE !! ÊTES-VOUS EN TRAIN DE ME DEMANDER, À MOI, DE DEVENIR VOTRE AMANT ATTITRÉ !?" Sans même s'apercevoir que le yakuza a dit cela exprès pour le faire marcher, le photographe bondit hors de son lit et enfile prestement ses vêtements. "JE RENTRE ! PROFITEZ-EN POUR VOUS MOQUER DE MOI TANT QUE VOUS LE POUVEZ ENCORE ! CAR TRÈS BIENTÔT JE PRENDRAIS LE DESSUS EN DEVENANT ENCORE PLUS IMPORTANT ET PLUS RICHE QUE VOUS, ET ALORS C'EST MOI QUI VOUS ENTRETIENDRAIS !!" Asami ne répond pas, se contentant d'esquisser un sourire narquois. "Comme c'est parti, une vie entière ne lui suffira pas," murmure-t-il pour lui-même, amusé.

 

 

 

 

- Retour Page d'Accueil -

- Romans d'Héroïc-Fantasy -

- Romans d'Horreur -

- Manga Fantastique et Horreur -

- Artbooks Fantastique et Horreur -

- Romans Yaoï -

- Mangas Yaoï -

- Artbooks Yaoï -

- Be Boy Zips -

- Be Boy LUV -

- Cartes Postales -

- Service VPC -

- News et Potins -