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Yamané
Ayano
---------------------------------------------- Finder no Hyôtéki
---------------------------------------------- Finder no Ori
---------------------------------------------- Finder no Sekiyoku
---------------------------------------------- Finder no Ryoshû
---------------------------------------------- Finder no Shinjitsu
---------------------------------------------- Ikoku Irokoï Romantan
---------------------------------------------- Crimson Spell 1
---------------------------------------------- Crimson Spell 2
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- Naked
Truth (p.5): Tandis que se
déroulent les tragiques événements narrés
plus tôt, Yô, l'espion introduit par Asami dans le clan
des Chinois, se fait torturer par les hommes de Feï-Long. Mais
malgré tous les coups qu'il a reçu, il n'a toujours pas
avoué les raisons de son accointance avec Asami. Quant aux
hommes de main, ils ne parviennent pas à comprendre la
trahison de celui qui avait su gagner la confiance de leur chef
pourtant si exigeant. Yô était si proche de
Feï-Long et le connaissait si bien.... Nul doute que sa
traîtrise a infligée au jeune homme une blessure
cruelle, que les mafieux sont bien décidés à lui
faire sentir dans ses propres chairs.
Alors qu'il subit ainsi les foudres de ses anciens équipiers, la mémoire de Yô le ramène sept ans en arrière, à la prison de Hong-Kong. C'est là, alors qu'il venait d'être incarcéré pour une peine de courte durée, qu'il avait pour la première fois rencontré Feï-Long. En fait, à ce moment déjà, Yô travaillait pour le compte d'Asami et c'était afin de garder un oeil sur le jeune héritier du Clan des Serpents Blanc que son chef l'avait infiltré dans cette prison. Suite à la mort du vieux Ryû, le puissant syndicat de la drogue chinois se trouvait à présent engagé dans une féroce guerre de succession. Raison pour laquelle la direction pénitenciaire soumettait le cadet des fils Ryû à une surveillance étroite, de peur que ce dernier ne trame quelque chose depuis le sein même de la prison. Précaution qui paraissait bien inutile, pourtant, quand on découvrait l'apparence de l'intéressé. Avec sa jeunesse et son visage androgyne, qui aurait soupçonné Feï-Long Ryû d'être un terrible cadre de la Mafia ? Il évitait en plus autant que possible de se mêler aux autres prisonniers, ne se joignant à eux qu'aux heures de bain et des repas, n'ouvrait jamais la bouche et n'avait sympathisé avec personne depuis tout le temps de son incarcération. Le bruit avait donc commencé à courir parmi les détenus qu'en réalité l'héritier des Ryû n'était qu'un débutant sans expérience, effacé et "sans tripes", qui préférait se tenir à l'écart de toute guerre de succession.
Dérouté par ce jeune homme d'aspect si
fragile si peu conforme à l'idée qu'il s'en
était fait, Yô n'avait pourtant pas tardé
à se rendre compte que Feï-Long n'était pas aussi
sans défense que beaucoup le pensaient. Un jour, alors que les
prisonniers procédaient à leurs ablutions quotidiennes
dans la salle de bain commune, l'un des détenus s'en
était prit à lui, attiré par sa beauté.
Persuadé qu'en fait de cadre, Feï-Long n'était
probablement rien de plus que le mignon des vieux dirigeants de son
clan, la brute avait décidé de le violer, convaincu
qu'aucun des gardiens ne viendrait à son secours. Mais
entraîné aux arts martiaux depuis sa plus tendre
enfance, le jeune homme n'avait besoin d'aucune aide. Un seul coup
bien appliqué lui suffit pour se débarrasser de son
agresseur, sous les murmures stupéfaits de l'assistance.
Profitant de la confusion provoquée par cette algarade, un
autre détenu s'était cependant rapproché de
Feï-Long, bien plus dangereux celui-là car armé
d'un couteau. Son comportement louche n'avait heureusement pas
échappé à Yô, qui saisit l'arme au moment
où le détenu allait frapper le jeune homme dans le dos
et la lui renvoya dans la gorge, le blessant grièvement. "Tu
appartiens au Serpent Blanc...? avait demandé Feï-Long,
dévisageant l'inconnu qui venait de lui sauver la vie. Si
c'est le cas, ne te préoccupe pas de moi." Et sur ces mots,
Feï-Long avait commencé à s'éloigner, loin
de témoigner à Yô la moindre reconnaissance.
"L'homme qui vient de vous agresser était probablement un
tueur envoyé par un membre de l'Organisation, s'était
mis en devoir d'expliquer Yô. Suspecté de meurtre,
Yang-Tsui a disparu de Hong-Kong. Vous êtes à
présent le seul gêneur encore en course. Alors, nul
doute qu'on ne tardera pas à vous envoyer un autre tueur...."
Tournant le dos à son sauveur, Feï-Long avait
néanmoins ignoré la mise en garde, se contentant de
répondre laconiquement: "Cela n'a aucune importance."
Suite à cet incident, Yô avait compris que la rumeur était vrai: depuis la mort de son père, l'existence pour Feï-Long était devenue vide de sens, une existence faite de renoncement et du refus de tout ce qui pourrait l'aider à surmonter son chagrin. Yô ne voyait pas du tout comment un homme plongé dans un tel état d'abattement pourrait songer à vouloir prendre le contrôle du Clan du Serpent Blanc, et en était même venu à se demander pourquoi Asami lui avait ordonné de garder le jeune homme à l'oeil. En plus, pour Yô, rien n'était plus loin de susciter son intérêt qu'un être humain dépourvu de la volonté de vivre. Pourtant, Feï-Long avait beau professer une indifférence totale à son sort, il ne pouvait s'empêcher d'entendre les nouvelles qui circulaient autour de lui. C'est ainsi qu'il apprit un jour que le Numéro 3 du Serpent Blanc, dans le but de ressusciter l'Organisation, avait tenté de nouer des contacts avec Asami. Comme si cette nouvelle l'avait subitement rappelé à la réalité, Feï-Long avait profité que lors de l'exécution d'une corvée il se retrouve seul en compagnie de Yô pour l'interroger à ce sujet.
"Tu t'appelles Yô, c'est ça ?....
lança-t-il en guise de préambule. As-tu une idée
de l'identité de celui qui cherche à
m'éliminer...?" - "....Oui, répondit l'homme de main,
une fois revenu de sa surprise de s'entendre ainsi interpeller par le
jeune homme. C'est certainement le Numéro 3 du Serpent
Blanc...." - "....Pourrais-tu l'éliminer ? Il est devenu
nécessaire de le faire disparaître. Yô.... Le
feras-tu ?" Les prunelles de Feï-Long brûlaient d'une
flamme sombre alors qu'il faisait cette requête à celui
qu'il croyait être l'un des siens, et Yô comprit qu'en
fin de compte, ce qui avait fait réagir le jeune homme qui
croyait avoir définitivement fermé son coeur,
n'était autre que le nom d'Asami, ce yakuza responsable de
tous ses malheurs. Mais ainsi revenu à la vie, empli d'une
volonté toute neuve et d'un brûlant désir de
vengeance, Yô trouvait enfin Feï-Long digne de son
intérêt. C'est pourquoi, il lui répondit: "....Je
le ferais, si c'est ce que vous souhaitez...."
Depuis ce moment survenu des années plus
tôt, Yô a toujours été un bras droit
fidèle pour son jeune chef, loyauté que seule sa
promesse ancienne envers Asami est venue entâchée. Mais
ça ne peut pas finir comme ça, songe-t-il avec force.
Le moment n'est pas encore venu pour lui de mourir. C'est pourquoi,
alors que les bandits qui l'ont torturé lui annoncent qu'ils
ont décidé de l'exécuter et de présenter
à Feï-Long son cadavre abject de traître, Yô
réagit aussitôt. Parvenu à se libérer des
menottes qui l'entravaient, et bien que seul face à plusieurs
mafiosi armés de barres de fer, il parvient tant bien que mal
à se débarrasser de tous ses assaillants. S'il sort
blessé de cet éprouvant combat et peut à peine
se tenir debout, Yô est désormais libre de poursuivre sa
tâche. "Boss.... songe-t-il, évoquant Asami. Je suis
votre loyal serviteur.... Je remplirais mes devoirs envers vous en
protégeant Takaba, même si je dois en mourir.... Mais
ceci sera ma dernière mission.... ajoute-il tandis que ses
pensées s'envolent cette fois vers Feï-Long. Et
j'espère que vous me pardonnerez de régler cette
affaire à ma façon...."
Ignorant les tourments qui agitent l'homme de main pris
entre deux feux, Asami et Feï-Long se trouvent enfin
réunis. "Même si tu appelles, lance le yakuza, plein de
venin, en pointant son arme sur la tête de son vieil ennemi, il
faudra un certain temps pour que quelqu'un vienne, vu l'étage
où nous nous trouvons... Je te prierais donc de passer dans la
pièce à côté." Si Feï-Long n'en
revient pas de l'apparition soudaine d'Asami, il comprend en revanche
à quel point il se trouve en mauvaise posture. La salle de
jeux réservée aux VIP où le yakuza l'a fait
entrer est totalement déserte, car seuls ses propres
invités sont d'ordinaire autorisés à y
pénétrer. Et aujourd'hui, son invité
était censé être Asami, bien que dans des
conditions radicalement différentes. Mais coupant court aux
réflexions maussades du jeune homme, le yakuza le plaque
violemment contre une table de jeu, ne cherchant même pas
à dissimuler la rage qui l'habite. "Tu t'es bien fichu de ma
gueule, gronde-t-il, mais je vais te récompenser comme tu le
mérites." - "Et vous, rétorque Feï-Long nullement
effrayé, il faut vraiment que vous soyez devenu
complètement cinglé pour être venu ici si
imprudemment.... Asami...!" - "Où est Takaba ? Fais-le venir
ici immédiatement !" A cette question, le jeune homme ne
dissimule pas sa surprise. "Je l'ignore.... Apparemment, quelqu'un
l'a enlevé alors qu'il gagnait le lieu de la transaction....
Ce n'est pas vous le responsable...?" - "Si tu veux parler de ce qui
s'est passé tout à l'heure dans l'ascenceur, non, ce
n'était pas moi."
Si les deux chefs de gang commencent à comprendre que quelqu'un s'est joué d'eux, Feï-Long n'est pas homme à laisser passer la seconde d'hésitation offerte par l'inquiétude de son adversaire. Pour lui avoir lui-même tiré dessus, il sait que Asami est blessé au genou, et met vite à profit cette faiblesse pour se libérer de sa poigne. Si la douleur provoquée par le coup que lui assène le jeune homme dans la jambe le fait chanceler et l'empêche de le poursuivre, le yakuza n'est pas pour autant décidé à laisser échapper sa proie et tire plusieurs coups de feu dans sa direction. Mais rapide comme un félin, Feï-Long parvient à se mettre à l'abri sans la moindre égratignure. "Trop impatient, hein ? raille-t-il avec jubilation. Apparemment, les blessures que je vous ai infligées ne sont pas encore guéries !!" Et dégainant l'arme qu'il dissimule toujours sous sa tunique chinoise, Feï-Long fait feu à son tour sur Asami, bien que sans plus de succès que ce dernier. "Pour parler franchement, vous m'avez surpris, observe le jeune homme. Je n'aurais jamais pensé que vous iriez si loin juste pour un simple môme." - "Tu plaisantes ? Il me semble que c'est toi qui voulait régler tes comptes avec moi et a utilisé Takaba comme appât dans ce but. Je suis seulement venu régler cette affaire vieille de sept ans." - "Pff, vraiment.... Alors, si ce n'est pas vous qui avez enlevé Takaba, peu vous importe que cette conversation s'éternise ? Pendant que nous discutons ainsi, les chances de le sauver s'amenuisent graduellement.... Les gens qui ont enlevé Akihito n'ont probablement qu'un seul but. Alors veuillez me remettre sagement le contrat, avant que quelqu'un d'autre vienne à s'en emparer. A moins que Akihito ne se trouve déjà entre vos mains et que vous ayez le culot de vouloir vous approprier les deux à la fois ? Même si c'est le cas, je n'ai pas l'intention de vous laisser vous en tirer à si bon compte. D'ailleurs, depuis le début, une transaction si ennuyeuse ne convient pas à un homme tel que vous. Vous auriez mieux fait de récupérer Akihito par la force, quitte à commencer par m'abattre.... Comme il y a sept ans...." - "...Si c'est nécessaire, répond Asami, je me ferais un plaisir de t'exécuter sur-le-champ. Car j'en ai vraiment ras le bol de porter le chapeau pour ton père et de devoir supporter ta rancune de midinette." - "...Oui, acquiesce Feï-Long, bien que vexé par la comparaison. De connivence avec cet homme qui se prétendait mon vrai père, vous m'avez embobiné dans le but de détruire le Serpent Blanc. Mais jamais vous n'auriez imaginé que la pitié dont vous aviez fait preuve à mon égard en me laissant la vie aurait eu de telles conséquences, pas vrai ?.... Je suis à présent le chef du Serpent Blanc. On peut dire que le but que vous poursuiviez à l'époque a été atteint... Huhuhu."
Tandis que Feï-Long déverse ainsi sur lui
toute sa rancoeur, Asami cherche un moyen de mettre un terme à
cette situation sans issue. Avisant un jeton de casino à ses
pieds, il le lance soudain contre l'un des piliers de la salle afin
de détourner l'attention de son adversaire. Surpris par le
bruit, le jeune homme tombe effectivement dans le panneau et fait
feu. Il n'en faut pas davantage à Asami que ces quelques
secondes pour se glisser derrière son ennemi, qu'il
désarme d'un coup de pistolet. Blessé à la main,
Feï-Long tombe à genoux de douleur. Asami se jette
aussitôt sur lui et le plaque violemment à terre, avant
de lui pointer à nouveau son arme sur le crâne, comme au
début de leur affrontement. "Pff.... Tu désirais tant
que ça que je reconnaisse tes talents ?" raille-t-il à
son tour. - "Comment...!?" - "Ton père qui était
censé apprécier ta valeur n'est plus de ce monde. Tu es
devenu ce que je souhaitais, as-tu dit ? Si tous tes actes
jusqu'à ce jour n'ont été dicté que par
ton minable désir de vengeance, je plains tes hommes de main."
Furieux, Feï-Long lance un regard meurtrier à l'homme qui
le regarde de haut. Mais non décidé à
s'arrêter là, Asami plaque le canon de son revolver sur
son cou. "En réalité, tu te moques pas mal du
passé, n'est-ce pas ? N'attise pas davantage ma colère.
Car je connais parfaitement le moyen.... d'obliger des types comme
toi à se tenir tranquilles...."
Sur ces mots, Asami fait glisser lentement le canon de
son revolver le long du dos de son ennemi, avant de le presser entre
ses fesses à travers le vêtement. De stupeur et
d'effroi, Feï-Long devient livide. Jamais personne ne s'est
permis un tel comportement à son égard, lui qui
pourtant n'avait pas hésité à violenter Akihito.
Néanmoins, jouant de sadisme, Asami le rassure vite. "....Mais
je ne le ferais pas.... Tout comme je ne t'ai pas touché sept
ans plus tôt.... lance-t-il en souriant, avant de murmurer
à l'oreille du jeune homme: "Prends soin de toi
toi-même. Je ne suis pas ton papa." Quels propos humiliants !
Feï-Long en tremble de rage ! "Cet homme...! songe-t-il, serrant
les poings. Jusqu'où ira-t-il pour se payer ma
tête...!!" Sa colère décuplant sa force, il se
libère brutalement de l'étreinte d'Asami, qu'il plaque
à son tour violemment au sol, l'emprisonnant sous son poids.
"J'en étais sûr... profère-t-il,
dévisageant son ennemi nullement ébranlé par ce
retournement de situation. Excepté les gens qui vous
rapportent de l'argent ou ceux qui satisfont votre corps, nul n'a
d'intérêt à vos yeux ?... Pourquoi.... Pourquoi
ne m'avez-vous pas laissé mourir quand j'ai reçu cette
balle sept ans plus tôt.... interroge le jeune homme d'une voix
où perce toute son amertume. Pour m'humilier comme vous le
faites à présent...? Vous allez tourner en
dérision même ces quelques années où j'ai
vécu dans la haine que j'éprouve pour vous ?" Mais aux
reproches de Feï-Long, ébranlé par la
détresse du jeune homme, Asami oppose une réponse des
plus inattendue: "Je ne voulais pas te laisser mourir. Es-tu donc
incapable de comprendre quelque chose d'aussi simple ? Libre à
toi d'interpréter à ta façon les
événements du passé, poursuit doucement le
yakuza tandis que Feï-Long continue de le fixer,
incrédule. Mais contrairement à toi, je ne mène
pas ma vie en me reniant moi-même. ....Voilà pourquoi je
t'ai sauvé la vie il y a sept ans.... Si tu veux me tuer,
vas-y. De toute manière tu n'en retireras aucune satisfaction.
Car ce que tu désires vraiment, tu ne l'obtiendras
jamais...."
Bouleversé par les paroles d'Asami,
Feï-Long semble un instant au bord des larmes. "....Ne parlez
pas comme si vous me compreniez.... articule-t-il avec peine. Ne
parlez pas comme si vous saviez tout de moi." Et sur ces mots,
emprisonnant le visage du yakuza entre ses mains, le jeune homme
s'empare de ses lèvres pour un long et profond baiser.
"....Oui, vous avez raison, avoue-t-il ensuite, caressant du bout des
doigts le visage de son vieil ennemi. Cela n'a rien à voir
avec le passé. Je voulais simplement vous faire mien. Vous
pouvez savourer votre victoire, tout s'est déroulé
selon vos souhaits. Mais, Asami, ajoute gravement Feï-Long en se
levant, le fait que vous-même ayez imprudemment mis les pieds
en territoire ennemi afin de reprendre celui qui vous est cher montre
bien que vous n'êtes qu'un homme. ....Je pars à la
recherche d'Akihito, nous poursuivrons cette discussion plus tard. Et
je le retrouverai avant vous." Sur ce, son arme à la main,
Feï-Long s'éloigne, tournant le dos à son
dangereux adversaire. "....Pourquoi faut-il que j'éprouve
pareils sentiments ?.... se demande-t-il en son for intérieur.
Akihito a sans doute raison.... Il est possible que je ne parvienne
tout simplement pas à me détacher d'Asami...."
Pendant ce
temps, ligoté et baillonné, un bandeau sur les yeux,
Akihito n'en mène pas large depuis son enlèvement. Il
ne comprend rien de rien à sa situation, et ce ne sont pas les
voix qu'il entend près de lui qui vont le rassurer, car elles
s'expriment dans une langue qui lui est inconnue. "...Quel âge
peut-il avoir ?" - "Bah.... Dans les dix-sept ou dix-huit ans, je
pense..." - "Mais ce n'est qu'un gamin ? Feï-Long les
préfère comme ça ?" - "Il est terrorisé.
Enlevez-lui son bandeau. Mais prenez garde, il risque de se
débattre." Obéissant à l'ordre donné par
son chef, l'un des hommes de main de Michaël Albertov
libère enfin les yeux d'Akihito. Mais si le Russe pensait en
agissant ainsi rassurer le jeune homme, il se trompait, car la vision
de tous ces hommes blonds postés autour de lui ne fait
qu'accroître encore son désarroi. "Des... Des
étrangers...!? Mais pourquoi...!? Qui... sont-ils !? Où
suis-je donc !? Et où est Asami...!?" Mais loin
d'émouvoir Michaël, la peur qu'exprime le visage de son
prisonnier ne fait qu'aviver son intérêt. "....Hum....
C'est qu'il est mignon ? Mais je n'aime pas la couleur de ses
cheveux. Si je les lui faisait teindre ? Vous, ordonne-t-il à
l'un des bandits. Rendez-lui la parole." - "Il risque de faire des
vagues..." répond l'homme tout en s'exécutant.
Et en effet, un coup d'oeil à ce
géant brun à lunettes suffit à raviver les
souvenirs de Akihito. "....Je me souviens de vous...! Vous
êtiez avec ces types qui ont trahi Feï-Long...! A ce
moment là, j'aurais dû vous dénoncer...!" lance
le jeune homme avec rancoeur, avant que l'homme excédé
ne le fasse taire d'un coup de poing. Le prisonnier jeté
à terre sous la violence du choc, il commence à lui
écraser le visage sous sa semelle, jusqu'à ce que
Michaël mette fin à cette séance de torture. "Que
vous a-t-il dit ? demande le Russe, qui n'a rien compris des propos
d'Akihito qui bien sûr ne parle que le japonais. - "Bah ?
répond évasivement la brute. Dans tous les cas ce gamin
me tape sur les nerfs.... Regardez, ajoute-il en tirant le jeune
homme par un pan de sa veste chinoise, révélant un
buste et un cou recouverts de suçons. Il a beau être un
homme, il a complètement embobiné mon boss avec son
corps. Ce n'est qu'un déchet répugnant." Et sur ces
mots, l'homme lâche Akihito, qui retombe lourdement sur le sol
aux pieds de Michaël. Les propos acerbes du traître n'ont
cependant en rien entâmé l'intérêt du chef
de la mafia russe, bien au contraire. "...Tu me comprends, si je
parle en anglais ? demande-t-il à Akihito. Pourrais-tu.... me
dire
ton nom ?" Mais
ignore-t-il cette langue ou pas, sur le qui-vive, le reporter n'est
visiblement pas décidé à faire un effort. "...
An'ta, daré ?" - "Qui êtes-vous ?" demande-t-il avec
méfiance à ce jeune homme blond qui le toise avec tant
de curiosité et d'insistance. Et ne bavant pas un mot de
japonais, Michaël croit que son prisonnier vient de lui donner
son nom. "Anta Daré ?" répète-il, surpris par
cette dénomination si peu élégante.
Néanmoins son complice Youri, présent depuis le
début de cet échange, s'empresse de corriger sa
méprise: "Michaël. Il te demande qui tu es, toi."
S'imaginant que Akihito parle anglais mais a
volontairement ignoré sa question, le Russe saisit le visage
du jeune homme entre ses doigts pour l'obliger à relever la
tête. "Eh-là eh-là, je te demande comment tu
t'appelles, et je n'aime pas du tout les insolents. Tu m'as compris
?" Si Akihito perçoit le ton sévère de son
interlocuteur, il s'avère cependant incapable de
répondre, car la langue anglaise lui est réellement
inconnue. "Merde.... Qui c'est, ce type...! peste-il en dardant sur
Michaël un regard peu amène. Je ne comprends rien
à ce qu'il raconte." Mais alors qu'il observe son prisonnier,
penché tout près de son visage, l'attention du Russe
est soudain attirée par les traces de baisers sur la peau
d'Akihito. "...C'est Feï-Long qui t'a fait ça ?"
interroge-t-il,
posant le doigt sur l'une de ces marques rouges. Tandis que
l'étranger fait glisser lentement son doigt le long de sa
poitrine, Akihito tressaille; et lorsque le Russe commence à
s'amuser avec son têton, il ne peut s'empêcher de fermer
les yeux sous l'effet du plaisir. "Ahah.... Il réagit,
remarque Michaël amusé. Complètement initié
au plaisir, hein ?" Mais irrité par le comportement de son
associé, Youri se met en devoir d'intervenir.
"....Michaël. Restes-en là. Cette fois, notre but est
censé être le contrat. Tu n'as pas honte de te comporter
ainsi avec un homme ?" - "Toujours aussi coincé, Youri,
rétorque le jeune chef en retour. Ici nous sommes à
Macao. Il n'y a rien que je ne puisse obtenir. Regarde, ajoute-il en
dénudant le buste d'Akihito, qu'il exhibe volontairement vers
son complice. Cesse de penser à des futilités et
amuse-toi. Regarde comme c'est mignon, Tonton ."
Mieux que quiconque Michaël connaît le point faible de son bras droit, et en effet, Youri a beau détourner obstinément les yeux, lorsque les caresses de son chef commencent à arracher des gémissements lascifs à leur prisonnier, il ne peut empêcher son regard de se poser sur le jeune homme. "Comme ce doit être dur de feindre l'indifférence alors qu'il t'intéresse tant" , songe Michaël, observant son complice un sourire au coin des lèvres. Amusé par les efforts pitoyables de Youri pour demeurer stoïque, un brin sadique, le Russe se fait de plus en plus tentateur: "Ce corps, c'est celui qu'on dit que se disputent Asami et Feï-Long. Quelle saveur particulière peut-il bien avoir.... Et si on l'essayait ?" Et sur ces mots, d'un geste brusque Michaël dénude les fesses d'Akihito, faisant pâlir le pauvre Youri ! "....Arrête ton cirque ! proteste ce dernier. J'ai autre chose à faire que de m'amuser avec toi. Michaël, tu ne changeras jamais. Même si tu n'en as pas envie, il faut toujours que tu aies la main légère..." Cependant le Russe ne répliquera jamais à ce reproche, son attention subitement attirée par le poignet d'Akihito. "Regarde, Youri ! s'exclame-t-il. Il porte le tatouage du Serpent Blanc. Est-ce Feï-Long qui l'a marqué ainsi ? ....On dirait bien que c'était vrai qu'Asami et lui se disputent ce garçon. Et cela peut nous servir."
Quant à Akihito que Michaël n'a
toujours pas lâché, s'il ne comprend fichtrement rien
à ce qui se dit autour de lui, il n'a cependant aucun doute
sur le sort que lui réservent les bandits. "....Merde....
Encore ? Je vais encore devoir y passer...? Pourtant, tout à
l'heure, Asami se trouvait tout près de moi. Qu'est-il donc
arrivé...? Ce sont ces types-là qui ont dû
empêcher la transaction.... Et par leur faute, quelqu'un s'est
encore fait tuer.... A tout les coups je vais être vendu, et
à quel autre mec faudra-t-il que je prête mon cul, cette
fois...!?" Mais tout à coup, Akihito se rappelle la menace
proférée par Feï-Long durant sa captivité:
"A la fin des fins, ce que tu désireras ce ne sera plus Asami,
mais de la drogue...." "Non !... Pas ça...!" Terrifié,
d'un coup d'épaule le jeune homme se libère des bras de
Michaël. "Si c'est pour finir camé et servir de
pâture à un quelconque pépé, songe-t-il en
regardant autour de lui d'un air éperdu, cherchant
désespérément un moyen de fuir, je
préfère encore mourir...!!" Encerclé
de toutes parts, sa tentative paraît bien vaine, ce que lui
rappelle aussitôt le chef de la mafia russe: "Allons, pas
d'acte inconsidéré. Tu vois bien qu'il t'est impossible
de fuir." Mais cela, Akihito l'a déjà parfaitement
compris, c'est pourquoi il se met à hurler de toutes ses
forces: "....TUEZ-MOI !!" Jusqu'à ce que l'un des bandits le
fasse taire d'un coup de poing, qui l'envoie valser dans les bras de
Youri. "Eh-là eh-là, ne le frappez pas, ordonne
sévèrement Michaël mécontent. N'oubliez pas
qu'il doit nous servir de monnaie d'échange contre le
contrat." Quant à Akihito, appuyé contre Youri qui a
empêché sa chute, meurtri, la bouche en sang, il ne
tarde pas à lever vers le bandit dressé en face de lui
un visage baigné de larmes. "....Et.... zut... Pourquoi il
m'arrive un truc pareil.... juste au moment où je croyais que
j'allais être libre.... DITES-MOI, MAIS QU'EST-CE QUE JE VOUS
AI FAIT...?!!" Finalement, remué par le visage suppliant du
jeune homme, Youri propose à son chef de l'emmener dans une
autre pièce, afin de ne plus entendre ses
jérémiades. Suggestion que Michaël accepte
aussitôt, désireux de se mettre enfin au travail.
Youri
entraîne donc Akihito dans l'une des cabines du navire,
où il le jette sur un lit. Homme qui se veut raisonnable et
stoïque, le Russe ne nourrit cependant aucune intention malsaine
vis à vis du prisonnier; pourtant, alors qu'il entrave d'une
corde les jambes de ce dernier, son regard est malgré lui
attiré par le corps dénudé du jeune homme, que
personne n'a pris la peine de rhabiller. Allongé ainsi sur le
ventre, les vêtements en désordre et les fesses
exposées, Akihito offre l'image même de la tentation
pour un homme aux penchants refoulés. "Pfff....
Dégoûtant...." se dit Youri tout en se repaissant du
spectacle. "Mais pour un homme.... quelles fesses joufflues...."
C'est ainsi que tout en faisant mine de recouvrir de sa veste
l'arrière-train d'Akihito, Youri en profite pour palper
discrètement l'objet de ses désirs, avalant bruyamment
sa salive. Mais à ce geste, le jeune homme rouvre brusquement
les yeux. "Espèce de sale pervers," lance-t-il, plein de fiel.
Il a eu tort. Vexé d'avoir été percé
à jour, le Russe le saisit par le col et le giffle avec
violence. "Surveille ton language, compris ? rugit-il en japonais,
menaçant. Tu crois sans doute que je ne parle pas ta langue,
mais je ne te permets pas de m'insulter. Surtout que je suis loin
d'être magnanime comme Michaël. Si tu te comportes mal, il
en cuira à Ryûichi Asami." - "A... ASAMI...!?
répète Akihito, livide. Vous avez l'intention de lui
faire du mal !?" Sans répondre, Youri faire taire son
prisonnier d'une autre claque. "Des types comme vous me donnes la
nausée ! profère-t-il en dardant sur le jeune homme un
regard sadique, comme si toute raison l'avait désormais
abandonnée. Des dépravés, voilà ce que
vous êtes ! Essaye encore une fois, pour voir, de me troubler
avec ton regard comme tout à l'heure. Je ne te le permettrai
pas. Allez, c'est ta spécialité, n'est-ce pas ?" Et sur
ces mots, levant une jambe jusqu'au lit, Youri se met à
écraser sous son pied le sexe d'Akihito. "A....
Arrêtez...! Vous me faites mal...!" gémit ce dernier. -
"C'est ton châtiment pour avoir tenté de me
corrompre...." répond le Russe, la respiration haletante,
complètement fasciné par son jeu sado-maso.
Jusqu'à ce qu'une voix familière retentisse soudain
dans son dos et le ramène brusquement à la
réalité: "Qu'est-ce que tu fabriques, Youri ?"
Appuyé contre le chambranle de la porte, Michaël ne cache
pas son mécontentement. "Ce garçon est notre
précieux outil de transaction. Je te prierais donc de ne pas
le blesser...." - "Oui.... Je le sais...." répond Youri,
embarrassé de s'être ainsi laissé aller. -
"Baillonne-le avec du ruban adhésif. Tout ce vacarme
m'ennuie." - "Bien...." Grâce à l'intervention de
Michaël, Akihito est sain et sauf. Mais pour combien de temps
?
Revenons à Asami. Depuis qu'il a
quitté Feï-Long, ce dernier n'a pas perdu son temps,
déployant ses propres hommes de main sur le navire-casino. Et
bientôt, son plus fidèle bras droit, le géant
blond qui lui sert de videur au Shion, vient lui annoncer une
excellente
nouvelle: ils ont capturé un homme qui dit savoir où se
trouve Akihito ! Ce n'est autre que le traître qui a
livré le jeune reporter aux russes,
dépêché par ces derniers afin de négocier
son échange contre le contrat. Une fois le bandit amené
devant lui, Asami, plein d'une haine difficilement maîtrisable,
lui pointe aussitôt son revolver sur le crâne. "Parle !
ordonne-t-il sur un ton sans réplique. Où est Takaba ?"
A la menace qu'il lit dans le regard du yakuza, le bandit qui avait
frappé Akihito perd soudain de sa morgue. "attendez...!
supplie-t-il, livide. Il.... Il y a un téléphone
portable dans la poche de ma veste.... Utilisez-le pour prendre
contact avec mes chefs...!" Se saisissant de l'objet, Asami compose
le numéro préprogrammé. C'est ainsi que lui
parvient la voix de Michaël. "Vous avez pu entrer en contact
avec Asami ?" demande ce dernier, croyant qu'il s'agit de son homme
de main. Après un instant d'hésitation, le yakuza finit
par reconnaître le son de cette voix. "....Michaël...!
souffle-t-il stupéfait. - "...Salut ! Comme ça vous
êtes encore en vie ? lance le Russe gaiement. Vous n'avez pas
été buté par les sbires de Feï-Long, tant
mieux." - "....C'est toi qui a empêché la transaction
?... gronde Asami, nullement d'humeur à plaisanter avec celui
qui est visiblement une vieille connaissance. - "Le mot
"empêcher" ne convient guère, rétorque
Michaël. C'était plutôt imprudent de votre part de
monter sur ce navire pratiquement désarmé. Vous
êtes pourtant censé savoir que le clan de Feï-Long
n'est pas complètement uni. Si vous vous étiez rendu
comme ça au lieu du rendez-vous, vous seriez certainement mort
à l'heure qu'il est. Mais n'ayez crainte, votre
précieux Takaba est en sécurité
entre nos mains."
- "Je t'ai pourtant donné ce que tu voulais, reproche Asami.
Ce n'était pas suffisant ?" - "Certes, répond le Russe,
rien qu'avec les renseignements sur les banques de Macao que vous
m'avez offerts, j'ai de quoi me faire un max de pognon.... J'en suis
satisfait. Néanmoins vous avez utilisé la liste des
banques de prêts que je vous ai fournie pour vous emparer du
contrat, ce qui change tout. Bien que, je dois l'avouer, jamais je
n'aurais imaginé que vous seriez parvenu à mettre la
main sur ce contrat avant moi. Car je le voulais, moi aussi. Vous
pensiez que j'allais me contenter de le regarder me filer sous le nez
en suçant mon pouce ? C'était parfaitement normal que
je vienne mettre mon grain de sel dans cette histoire. Vous saviez
pourtant qu'il était risqué de traiter avec nous. Ce
Takaba a donc tant de valeur pour que vous alliez aussi loin ? Moi,
si vous voulez mon avis...."
Mais Asami s'en
fiche bien de l'avis que peut avoir Michaël sur la question. Si
le Russe semble prendre un malin plaisir à cette conversation,
il n'en est pas de même du yakuza. "As-tu l'intention de me
mettre en colère...?" demande-t-il, la voix lourde de menace.
- "....Vous l'êtes déjà, non ? répond
nonchalamment Michaël. J'en tremble de peur." - "....Passe-moi
Takaba au téléphone. S'il est sain et sauf, je te
remettrais le papelard." - "Entendu. Contrairement à
Feï-Long, moi je suis quelqu'un de raisonnable." Et sur ces
mots, Michaël transmet à son complice Youri le souhait
d'Asami de parler à Akihito. Toujours étendu sur son
lit, ce dernier a fini par sombrer dans un profond sommeil suite
à tous les mauvais traitements qu'il a subi, si bien que Youri
éprouve quelque mal à lui faire reprendre ses esprits.
Jusqu'à ce que le téléphone placé
près de son oreille lui laisse entendre une voix
familière, achevant une bonne fois pour toutes de
réveiller Akihito. "....A.... Asa....mi...?" prononce le jeune
homme incrédule, une fois débarrassé de son
baillon. Inutile de dire que malgré le ton faible de cette
voix, l'entendre procure au yakuza un soulagement indicible . "....Tu
n'as rien...?" demande-t-il après quelques instants de
silence. Emu d'entendre la voix de son amant autant que d'apprendre
que ce dernier s'inquiète pour lui, Akihito peine à
prononcer une parole. Il finit
néanmoins
par bredouiller, le feu au joues: "....Je vais.... bien.... Ne t'en
fais.... pas.... Mais.... tout à l'heure.... quelqu'un a
été tué. Et encore avant, un homme s'est fait
tirer dessus.... Il est.... peut-être mort...." Livide, Asami
garde le silence, comprenant comme cet enchaînement de drames
doit être traumatisant pour quelqu'un qui n'appartient pas au
milieu mafieux: d'avantage que son enlèvement lui-même,
ce sont les meurtres que les bandits ont perpétrés pour
y parvenir qui semblent bouleverser Akihito. Et comme pour confirmer
ses craintes, les paroles suivantes du jeune homme lui brisent le
coeur: "...A.... Asami.... supplie-t-il, des sanglots dans la voix.
Ramène-moi au Japon...!" Mais Akihito ne pourra en dire
davantage: éloignant de lui le portable, Youri le rend
à Michaël. "Vous voyez, lance ce dernier à Asami,
il a l'air en pleine forme. Si je ne l'avais pas
protégé, ça n'aurait pas été le
cas." - "....Où aura lieu l'échange ?"
Une fois les derniers détails
réglés avec le chef de la mafia russe, Asami coupe la
communication. "....Il avait l'air bizarre...." songe-t-il, se
remémorant les propos décousus d'Akihito. Et soudain,
comme s'il ne parvenait plus à contrôler la haine qui
l'habite, Asami brandit son revolver et le pointe sur le
traître chinois. Le coup part, envoyant l'homme à terre
et le tuant probablement sur le coup. Pourtant, le yakuza ne
s'arrête pas là. Il continue de faire feu, criblant de
balles le corps de son ennemi. Car sous l'effet de la rage folle qui
s'est emparée de lui, il n'a plus qu'un désir, faire
payer dans la douleur et le sang tout le mal qui a été
fait à son précieux amant. Même après
avoir complètement vidé son chargeur, il continue
d'appuyer
nerveusement sur
la détente, jusqu'à ce que son fidèle garde du
corps mette fin à cette crise de nerfs en l'entourant de son
bras. "Il est déjà mort," prononce l'homme d'une voix
apaisante. Si Asami reprend enfin le contrôle de
lui-même, horrifié, il n'en revient pas d'avoir ainsi
perdu son sang-froid. "Cachez le cadavre quelque part à
l'arrière," ordonne-t-il, s'efforçant de reprendre
contenance. Il ignore que depuis la salle de surveillance du
navire-casino, le visage grave, Feï-Long n'a rien perdu de la
scène....
Un moment plus tard, accompagné de ses hommes de main, Asami se rend donc à l'une des salles de casino réservées aux VIP, dont les Russes se sont emparés. Néanmoins seul le chef yakuza est autorisé à y pénétrer après avoir confié son arme à un garde, ses sbires, même son fidèle garde du corps, étant invités à demeurer dans le couloir. Assis à une table de jeu, Michaël sirote tranquillement un verre en attendant son invité. "Salut ! Vous prenez place ? lance-t-il gaiement en voyant paraître ce dernier. Que diriez-vous d'une partie de baccarat avec moi ?" Mais nullement dupe de l'apparente jovialité du jeune homme, Asami s'exécute en lui décochant un regard plein de haine. "....Vous sentez le sang.... remarque Michaël une fois le yakuza assis près de lui. Qu'est devenu l'homme que je vous avais envoyé ?" Encore une fois, Asami ne dit mot, se contentant de décocher à son ennemi un regard lourd de sous-entendus. Michaël n'insiste pas, ayant parfaitement compris le sort qu'à dû subir son infortuné messager. Quand Asami glisse une main dans sa poche intérieure, on pourrait craindre un instant qu'il n'en tire un revolver, mais réglo, il n'en sort qu'une cigarette, que le Russe s'empresse de lui allumer. "....Nous sommes sur le bateau de Feï-Long et pourtant vous vous en tirez drôlement bien, souffle Michaël admiratif. Vous avez donc un plan pour vous en sortir sain et sauf ?..." - "Cette nuit, je vais quitter ce navire en emmenant Takaba, répond calmement Asami, ouvrant la bouche pour la première fois. En cas d'échec, je transformerais ce lieu en tombeau en vous faisant à tous sauter la cervelle." - "Allons, ce serait impossible", rétorque Michaël. Et pour confirmer ses dires, d'un simple regard, il fait signe à un homme de main qui vient aussitôt braquer un revolver sur la tête du yakuza. "Navré, profère le Russe, mais d'ici que j'obtienne ce que je désire, je vous prierais de rester sagement ici. Cependant, ne vous méprenez pas. Tout a été arrangé comme je vous l'ai dit tout à l'heure au téléphone. Je veux simplement venir en aide à l'homme merveilleux qui n'hésite pas à s'exposer rien que par amour. Seulement, ce navire est sous le contrôle de Feï-long. Une seule fausse manoeuvre, et...."
Mais Michaël
ne peut achever sa phrase. Le bruit d'un coup violemment
porté, un gémissement, et le rideau de la salle
s'écarte brusquement, livrant passage à celui dont il
vient d'évoquer le nom. "Vous tenez un conceil secret, tous
les deux ? lance Feï-Long, la figure peu amène. Ça
a l'air amusant. Permettez-moi de me joindre à vous." - "Ah
ah, quand on parle du loup on voit sa queue," rigole le Russe, peu
surpris en fin de compte que le chef des Serpents Blancs soit parvenu
à les retrouver. Mais avec l'arrivée de Feï-Long,
les différentes factions se retrouvent au complet, ce qui
n'est pas pour déplaire à Michaël. "Que
diriez-vous d'entâmer une petite partie, tous les trois ?"
propose-t-il, après avoir invité le Chinois à
s'assoir. - "Arrête ton cirque, réplique Feï-Long
en se laissant lourdement tomber sur un fauteuil entre le Russe et
Asami. Rends-moi Akihito, Michaël. A qui as-tu l'intention de le
livrer ? Si tu comptes n'en faire qu'à ta tête en me
tenant à l'écart de la discussion, saches que je ne te
le permettrais pas." - "Quelle horrible façon de
présenter les choses, Feï-Long, rétorque le Russe.
Alors que grâce à moi, le traître qui
sévissait dans ton clan a été
démasqué. En plus, mon intervention a pu empêcher
le massacre de ton cher Ryûichi Asami par tes hommes de main.
Je serais en droit d'espérer de la reconnaissance." -
"....Qu'est-ce que tu me chantes là ?" - "....La
vérité. Mais puisque tu es là, il y a quelques
petites choses que je voudrais te demander. Car je ne comprends
pas.... C'est à Ryûichi que tu es attaché, alors
pourquoi essayes-tu de t'emparer de ce jeune Takaba ? Tu
désires tant que ça attirer l'attention de cet homme ?
En allant jusqu'à entraîner dans cette histoire un
citoyen ordinaire ?"
Feï-Long commence à protester,
néanmoins sans grande conviction, car il sait bien que le
Russe a raison en fin de compte. "Ouvre les yeux, Feï-Long,
poursuit Michaël, sérieux pour une fois. On lit en toi
comme dans un livre ouvert. Asami sait parfaitement qu'au final, tu
ne pourras jamais te résoudre à porter la main sur lui,
c'est pour cela qu'il est monté sur ce navire. C'est le genre
d'homme à utiliser les sentiments d'autrui avant de vous
fouler aux pieds." - "Et en quoi tout ceci te regarde ?" demande
Feï-Long, maussade. - "Cela me regarde dans la mesure où
c'est chez moi que tes larbins viennent pleurer. Et puis, cela
m'intéresse de voir comment votre relation va évoluer
à présent." Inutile de dire que cette
déclaration de Michaël provoque un lourd silence
embarrassé, Asami et Feï-Long évitant même
de se regarder. "....Oulà, c'est quoi ces têtes ?
interroge le Russe hilare. Ne vous méprenez pas. Je voulais
simplement dire que si vous vous unissiez sur le plan professionnel,
ce serait ennuyeux pour moi." - "....Oh, toi !" Conscient que
Michaël s'amuse à leurs dépends, Feï-Long a
bien envie de l'étriper. Mais Asami, calme comme à
l'ordinaire, refuse d'entrer dans son jeu. "Laissons-là les
futilités, lance-t-il au Russe. Si tu veux faire la cour
à Feï-Long, choisis un autre moment." Pourtant, ignorant
sa remarque acerbe, l'intéressé continue de s'adresser
au chef des Serpents Blancs: "....Mais bah, visiblement je n'ai pas
à m'inquiéter. Actuellement Asami ne semble pas
éprouver le moindre intérêt pour toi.... Quelle
insulte ce doit être, qu'il te préfère ce Takaba
qui ne vaut sans doute pas un kopek. Comparé à toi,
Feï-Long, le chef de la mafia de Hong-Kong...." - "Ne parle pas
d'Akihito en te basant sur tes critères, répond le
Chinois, insensible à cette flatterie. Tu n'es qu'un moins que
rien incapable de juger les gens en dehors de l'argent qu'ils peuvent
ou non te rapporter. Et autant te prévenir tout de suite, je
n'ai nullement l'intention de laisser Asami
repartir alors
qu'il m'a dérobé mon contrat. Pas plus que toi, qui m'a
volé Akihito, Michaël. Sitôt que j'aurais
récupéré les deux, tenez-vous prêts, vous
allez souffrir pour l'exemple." - "Eh-là, Akihito Takaba
m'appartient. Il n'est pas à toi," corrige Asami, se tournant
vers Feï-Long pour la première fois depuis le
début de l'entretien. Tous deux se toisent, pleins de jalousie
et d'animosité, sans remarquer que près d'eux
Michaël peine à ne pas éclater de rire. "C'est
trop drôle...!" commente-il à part lui.
Quant à Akihito, ignorant la querelle
dont il fait l'objet, il est toujours étendu dans une chambre
du paquebot, sous la surveillance du peu loquace Youri. Tandis que le
bandit s'emploie à nettoyer son arme, le jeune homme demande
soudain à aller aux toilettes. Comme l'heure où l'on
doit échanger le prisonnier contre le contrat est presque
venue, le Russe accède aisément à sa
requête et lui délie enfin les jambes, non sans
l'avertir qu'il ne tolèrera aucun esclandre. Youri refuse
cependant de laisser seul Akihito dans les toilettes. Tout en vaquant
à ses petites affaires malgré la présence
embarrassante du bandit debout près de lui, le jeune homme
fait une constatation qui n'est pas sans l'inquiéter: il a du
sang dans les urines, conséquence inévitable du violent
coup de pied dans le ventre qu'il a reçu. Et ce géant
blond qui continue de le fixer de son air stoïque, parfaitement
indifférent à sa douleur et à ses peurs !
"Qu'est-ce que vous regardez, vous !.... s'exclame Akihito la larme
à l'oeil, décochant à son gardien un regard
plein de rancoeur. Sortez d'ici ! Espèce de pervers !" Pour
une fois peu enclin à la bagarre, Youri finit par
obtempérer. Enfin seul, tout en se lavant les mains, Akihito
repense à sa brève discussion au
téléphone avec Asami. "Tu n'as rien...?" lui avait
demandé le yakuza. "J'ai l'impression que cela faisait
terriblement longtemps que je n'avais pas entendu la voix d'Asami....
songe le jeune homme. Comme j'ai dû paraître pitoyable en
lui répondant.... Je
suis vraiment un
incapable.... Moi qui croyais que je n'avais peur de rien.... tout ce
que je puis faire à présent, c'est attendre Asami....
Moi qui pensais que jamais je ne lui pardonnerais tout ce qu'il m'a
fait.... maintenant, tout m'est égal, sauf ce qui concerne sa
personne. ....Si jamais les choses se passaient mal et que je venais
à mourir, Asami me ramènerait-il quand même avec
lui ?.... J'ai tellement hâte d'être rassuré....
Je ne veux plus penser à rien. Si seulement je pouvais enfouir
mon visage dans son cou comme je l'avais fait un jour, cela
ramènerait le calme dans mon esprit tourmenté.... et
enfin je n'aurais plus à m'inquiéter de rien. Il pourra
faire tout ce qu'il veut de moi, cela me sera bien égal." Ses
yeux clos envahis par des larmes amères, penché sur le
lavabo, Akihito finit par glisser une main dans son pantalon. "Je
voudrais tant qu'il vienne tout de suite auprès de moi...." se
désole-t-il. Incapable d'empêcher plus longtemps ses
larmes de couler, le jeune homme tente de se consoler comme il peut
par un acte solitaire, accompli dans le souvenir de celui qu'il ne
parvient plus à s'ôter de l'esprit et du coeur.
"Asami...." Tel est le nom qui résonne dans sa tête,
alors même qu'il atteint l'orgasme....
Un peu plus tard, en sortant des toilettes, Akihito n'a toujours pas retrouvé le moral. Il avait presque oublié la présence du Russe, qui s'empresse de le ramener à la réalité par des paroles d'autant plus blessantes qu'elles reflètent l'exacte vérité: "....C'était long. Le fait d'être privé d'Asami t'a mis en manque ?" Youri a-t-il réellement deviné ce que son prisonnier faisait seul dans les toilettes ou s'efforce-t-il seulement d'être désagréable ? En tout cas, vu son présent état d'esprit, ce n'est pas du tout ce qu'avait besoin d'entendre Akihito, qui entre dans une rage folle. "Fermez-la, espèce de.... FACE DE NÔ !!" Serrant le poing, le jeune homme le lance de toutes ses forces vers le visage si insupportablement impassible du bandit. Si seulement il n'y avait pas ce type, il aurait peut-être une chance de rejoindre Asami. Mais il a oublié à qui il avait affaire, un cadre de la mafia surentraîné. Le poing d'Akihito ne rencontre donc que du vent, tandis que Youri se saisit de son bras avant de le plaquer violemment à terre. "Lâ.... Lâchez-moi, espèce de...." commence à protester le jeune homme, maintenu au sol par une force écrasante. Mais il se retrouve bientôt incapable d'émettre le moindre son, alors que le Russe, chez qui l'instinct de meurtre s'est à nouveau réveillé, commence à lui serrer la gorge....
Dans le salon VIP du casino, règne un
silence pesant, à peine rompu par les jurons de Michaël,
qui joue seul au baccarat et se plaint de perdre à chaque coup
contre la croupière. Feï-Long, qui n'est pas au courant
des dispositions qu'ont pris ses deux rivaux concernant
l'échange d'Akihito, ne tarde pas à s'étonner de
les voir aussi calmes et commence à se demander ce qu'ils ont
pu décider à propos du garçon. Quant à
Asami, il ne cesse de consulter sa montre, anxieux du
déroulement des
opérations. Mais bavard comme de coutume,
Michaël relance bientôt la conversation pour plaindre le
pauvre Akihito: en fin de compte, ce dernier s'est simplement
retrouvé de trop dans le conflit personnel que se livrent
Asami et Feï-Long, ce qui ne doit pas être drôle
pour lui. Le Russe enchaîne en lançant sentencieusement
que ce n'est pas bon de trop nier ses sentiments. Il en a d'ailleurs
un parfait exemple dans son entourage, un type qui à force de
refouler ses pulsions a accumulé dangereusement les
désirs inassouvis. "Et voilà le résultat,
termine Michaël, dévoilant son dos couvert de profondes
cicatrices. Vous voyez ces vieilles blessures ?" Est-ce Youri qui a
autrefois blessé son associé dans un de ses
accès de sadisme ? Michaël n'en dira pas plus long, se
contentant de conclure: "Voilà pourquoi, à mon avis,
cela n'apporte jamais rien de bon de refouler ses sentiments. Surtout
que nous, nous possédons le pouvoir de faire ce qui nous
plaît, d'obtenir ce que nous désirons." - "....Tout ce
que je vois, rétorque Feï-Long avec cynisme, c'est que
toi aussi, tu as l'esprit plutôt mal tourné...." -
"....Peut-être, mais avoue que c'est amusant de jouer ainsi aux
cartes tous les trois, entre déviants.... Quel que soit ce qui
nous passionne, en fin de compte, ce n'est qu'un simple jeu de
plateau." Une partie de cartes dont l'enjeu n'est ni plus ni moins
que la vie d'Akihito, semble rappeler le visage pensif
d'Asami....
Justement, au
même moment le jeune prisonnier se trouve en bien dangereuse
posture, aux prises avec ce bandit russe fou qui lui sert la gorge
comme dans un étau. Les gémissements
étouffés du jeune homme finissent heureusement par
tirer Youri de sa transe meurtrière, et c'est avec horreur
qu'il réalise ce qu'il était sur le point de faire.
"....Bon sang ! J'ai failli le tuer...." se morigène-t-il,
livide. De profondes marques rouges strient la gorge du prisonnier,
mais par chance, ce dernier ne semble pas avoir trop souffert. "Va te
changer.... ordonne le Russe à Akihito, se détournant
pour éviter son regard. On sera un peu plus tôt que
prévu mais je vais t'emmener au lieu de l'échange.
Après tout, Michaël lui-même ne va pas se plaindre
si on en finit au plus vite."
C'est ainsi que quelques minutes plus tard, le temps pour Akihito de troquer son costume chinois dépenaillé pour une tenue occidentale, Youri le conduit jusqu'à une porte ouverte dans le flanc du paquebot, où une petite passerelle en bois permet d'accéder à la vedette appartenant à Asami. Là, attend un homme en costume tenant une sorte de gros livre relié de cuir à la main, qui braque aussitôt son revolver sur les nouveaux arrivants. "Vous êtes seul ? demande Youri au yakuza une fois parvenu à deux mètres de lui. Donnez-moi le contrat." - "Akihito Takaba, viens par ici," ordonne l'homme pour toute réponse. Ce n'est que lorsque le jeune homme a traversé la frêle passerelle et se trouve en sécurité derrière son dos que l'envoyé d'Asami se décide enfin à remettre au Russe l'objet qu'il tient sous le bras. "Le contrat...!" souffle Akihito à part lui. Méfiant, sans quitter des yeux le yakuza et baisser son propre revolver, Youri prend la précaution d'ouvrir le volume afin de vérifier qu'il s'agit bien de l'original tant convoité. Mais force lui est de constater que tout est en règle, les Japonais ont tenu parole. Quant à Akihito, si lui-même se retrouve apparemment en sûreté, il n'en est pas plus rassuré pour autant. "Où est Asami...!?" demande-t-il, inquiet de l'absence de son amant. - "Il arrive tout de suite. Rentre à l'intérieur du bateau," répond brièvement le yakuza. Mais malgré son apparente froideur, l'homme de main ne manque pas de remarquer les tremblements de la main qui serre convulsivement son bras. Afin de ne pas prolonger plus longtemps le calvaire du jeune homme, il saisit son portable et appelle Asami, lui faisant part du succès complet de sa mission.
Tout à sa conversation
téléphonique, le yakuza ne voit pas que Youri s'est
arrêté. Presque parvenu au sommet de la grande
passerelle qui longe le flanc du navire, ce dernier n'a pu
s'empêcher de jeter un dernier regard vers Akihito, et la
vision du jeune homme a ramené à la surface ses
instincts meurtriers. "....Maudite créature corruptrice.
....Ne vaudrait-il pas mieux en finir avec toi ?..." A cet instant,
averti par l'instinct du danger, le yakuza remarque enfin le regard
mauvais que le Russe
darde sur
Akihito. Mais il est déjà trop tard, Youri fait feu.
Via son téléphone portable, Asami blêmit en
entendant deux coups de pistolets suivis d'un gémissement.
"Kirishima...!?" s'exclame-t-il, reconnaissant la voix de son
subordonné. "ALLÔ, KIRISHIMA...!?" Mais il a beau
s'égosiller, seul lui répond un silence angoissant.
Quant à Youri, son forfait accompli, il s'éloigne sans
demander son reste, sans même vérifier s'il a bien
atteint son but. Et heureusement, car protégé par le
yakuza qui a eu le temps de lui faire rempart de son corps et s'est
pris les deux balles, Akihito qui n'avait été
qu'assommé dans sa chute reprend bientôt connaissance.
Quelle n'est pas son horreur en découvrant son compagnon
étendu sur lui, inerte et baignant dans son propre sang
!
A la table où se tiennent les trois
chefs mafieux, Asami s'est brusquement levé et pointe un
revolver sur la tête de Michaël. "Je t'avais pourtant
prévenu que je te tuerais s'il arrivait quoi que ce soit
à Takaba...." gronde-t-il, plein de haine. - "Eh-là
eh-là, et moi j'avais demandé qu'on te confisque tes
armes", réplique le Russe. Mais pour une fois, il ne sourit
pas, dépassé par une situation qu'il n'avait pas
prévue. "Je n'ai jamais donné l'ordre de tirer.
C'était censé être une transaction propre et sans
bavures, sans que toi ou moi aient à se salir les mains. Mais
peut-être que Feï-Long ne l'entendait pas ainsi...."
Néanmoins la stupeur et l'anxiété qui marquent
le beau visage du Chinois disent bien que lui non plus n'a rien
à voir dans ce soudain recours à la violence. Mais
heureusement pour le Russe, Kirishima n'est pas mort. Les balles
tirées par Youri lui ont simplement traversé le
côté, et après s'être péniblement
redressé et avoir constaté l'étrange disparition
d'Akihito, il s'empresse de rendre compte à son chef des
événements. "Pardonnez-moi, Boss.... s'excuse-t-il, la
voix entrecoupée par la douleur. On m'a
tiré
dessus et j'ai perdu un moment connaissance.... Takaba a disparu....
Et euh, je ne retrouve pas mon revolver.... Ce n'est quand même
pas lui qui serait parti avec pour...." Kirishima n'en dit pas
davantage, mais horrifié, Asami a compris. Effectivement,
excédé, Akihito s'est emparé de l'arme de
l'homme qu'il croyait mort afin de se lancer à la poursuite de
Youri. "....Non mais c'est quoi, tout ce cirque, peste le jeune homme
en traversant au pas de course les couloirs du paquebot. Ras-le-bol,
de tous autant qu'ils sont ! C'est bien joli de profiter que je me
tienne tranquille, mais y en a marre, cette fois c'est
terminé. Je vais me débarrasser de toi !" Se campant
solidement sur ses jambes, Akihito braque son revolver, tandis qu'au
bout du couloir se profile la silhouette de Youri....
"Hors de question de le laisser s'en tirer à si bon compte...! rugit Akihito en son for intérieur. Je.... Je vais en finir avec ce type...!" Mais Youri a beau être un salaud, le jeune homme ne saurait lui tirer dans le dos, c'est pourquoi il attire d'abord son attention par un cri avant de faire feu. Trois coups partent, résonnant dans les couloirs du paquebot de luxe et faisant fuir les convives assistant à la scène. Le bruit en parvient même jusqu'aux oreilles de Yô, réfugié dans les lavabos afin de panser ses blessures et se reposer un peu, le tirant de sa douloureuse torpeur. Sous la puissance de recul de l'arme, Akihito qui n'avait encore jamais tiré de sa vie est tombé à la renverse. Horrifié par son propre geste, il serait d'ailleurs bien en peine de se maintenir debout. "Je.... Je l'ai touché...?" se demande-t-il, livide, en voyant son ennemi étendu à terre. "Je.... Je l'ai tué...? Moi...?" Un tel accès de tremblements s'empare du jeune homme qu'il en lache son revolver. C'est alors qu'il avise sur le sol le contrat sur les casinos appartenant à Feï-Long. Au même instant, Youri émet un gémissement sourd. Apparemment, le bandit n'a pas encore rendu son dernier soupir. Vite, Akihito réagit enfin et bondit vers le contrat, dont il parvient à s'emparer. Mais au moment où il commence à faire demi-tour pour repartir par où il est venu, il réalise avec horreur qu'une main gantée s'est refermée sur sa cheville, l'immobilisant. "Tu m'as bien eu.... sourit le bandit en tirant sur la jambe d'Akihito pour le faire tomber et l'attirer à lui. Mais on dirait que ton courage s'est refroidi." Certes, le jeune homme n'a plus l'intention de se défendre à coups de revolver, néanmoins ce n'est pas pour autant qu'il compte se laisser faire. Utilisant l'épais contrat comme une arme, il assène à son adversaire un violent coup au visage. "Pour quelqu'un qui a le cou si fin que je pourrais le tordre sans effort...." commente Youri stupéfait. Mais il n'achève pas sa phrase, car cette fois c'est le pied d'Akihito qui vient violemment percuter sa machoire, l'envoyant au tapis. "La ferme, saloperie de pervers !!"
Sur ce, profitant
que son ennemi soit momentanément hors de combat, le jeune
homme se sauve sans demander son reste, emportant le précieux
contrat. Il ignore que le Russe porte lui aussi une arme, et quels
instincts de chasseur sa brève tentative de meurtre a
réveillé en lui. "Je vois.... Tu veux me divertir ?
songe Youri en se pourléchant d'avance à l'idée
du carnage. Chasser des petits animaux comme toi, c'est justement ce
qui m'apporte la jouissance suprême." Se redressant en
dépit de blessures dont il ne paraît pas du tout se
ressentir, son revolver au poing, le bandit se lance donc à la
poursuite d'Akihito, qui a déjà traversé le
couloir et se trouve presque en haut des escaliers. Quelle cible
facile il fait, ainsi en hauteur et à découvert ! Mais
alors que Youri s'apprète à le tirer comme un lapin, il
est soudain stoppé net par une balle qui vient lui labourer
l'épaule. Le coup de feu à été
tiré par Yô qui, fidèle à sa promesse
à Asami, est revenu dans la course pour tenter de sauver le
jeune protégé de son chef. "Fuis, Takaba...." exorte
mentalement l'homme de main tout en demeurant prudemment à
couvert. Si Akihito ne peut l'entendre, inutile cependant de le lui
dire deux fois ! Le jeune homme a déjà achevé de
grimper l'escalier et presque disparu au tournant quand revenant de
sa surprise face à cette intervention imprévue, Youri
se décide à s'élancer à sa poursuite. Il
a beau savoir que l'un des sbires d'Asami se trouve embusqué
pas loin de là prêt à le mettre en joue, rien ne
compte plus pour lui excepté tuer sa proie. Alors que le Russe
tenace s'élance en courant dans l'escalier, Yô quitte
enfin son abri et c'est à son tour de braquer son revolver sur
cette cible facile. "Arrêtez-vous !" crie-t-il, stoppant Youri
dans son élan. Mais à cet instant, l'homme de main est
soudain pris d'un vertige, qui l'oblige à mettre un genou
à terre. Après avoir subi plusieurs heures de tortures,
Yô n'est plus vraiment en état de livrer
combat....
Au même
moment, dans la salle VIP du casino où se tiennent les chefs
des trois mafias, le portable de Feï-Long se met brusquement
à sonner. C'est un appel d'un de ses hommes, qui lui rapporte
le drame qui est en train de se jouer ailleurs sur le bateau.
"....Compris. J'arrive tout de suite," répond le Chinois en se
levant. Après une brève hésitation, sans se
retourner, il lance à l'intention de son vieil ennemi: "Asami,
il paraît qu'ils se trouvent du côté de la poupe."
A cette nouvelle, le yakuza oublie aussitôt Michaël qu'il
menaçait jusqu'ici de son revolver. Quant aux autres bandits
russes, ils ne représentent même pas un obstacle pour
lui tant il est pressé de venir en aide à Akihito. Et
d'aide, ce dernier a grand besoin ! Si le voilà sain et sauf
grâce à son mystérieux sauveur, il réalise
vite que le Russe n'est pas décidé à
lâcher le morceau ! Canardé par son poursuivant qui ne
lui laisse aucun répit, le voilà dans de sables draps !
En désespoir de cause, le jeune homme finit par se
réfugier sur le pont promenade, dont il barricade la porte
à l'aide d'une table à la stupeur des badauds. Akihito
est néanmoins conscient que cela ne lui procurera qu'un maigre
répit: non seulement le pont dispose d'autres voies
d'accès, mais Youri ne s'embarrasse même pas de
chercher, préférant forcer la porte à l'aide de
sa force herculéenne. "Que faire.... s'interroge le jeune
homme terrifié, fuyant devant lui à perdre haleine. Si
ça continue comme ça, je vais finir par me faire
prendre !..." Sa course éperdue finit par amener Akihito
à l'extrémité du pont promenade. Une voie sans
issue qui surplombe la mer nocturne, tandis que scintillent au loin
les lumières de Hong-Kong. "Où peut-il bien
être...?" se demande le jeune homme, tournant la tête de
tous côtés. Et soudain, de toutes ses forces, il se met
à crier le nom d'Asami. Mais tandis que seul lui répond
le murmure du ressac, il finit par baisser la tête de
découragement. "Le bateau est trop vaste, je ne parviendrais
jamais à le trouver..." se résigne-t-il, ravalant
à grand peine ses larmes.
Voilà
pourquoi Akihito éprouve une vive surprise lorsque retentit
soudain au-dessus de lui une voix familière. "TAKABA...!" crie
Asami, jûché trois étages plus haut. Levant la
tête, le jeune homme n'en revient pas d'apercevoir son amant,
enfin ! Hélas son soulagement est de courte durée, car
dans son abattement, il en avait finit par oublier le tueur
lancé à ses trousses. Youri avance lentement vers lui,
revolver au point, avant de tirer presque à bout portant.
Horrifié, de son point d'observation Asami ne peut qu'assister
impuissant à la scène. Son forfait accompli, le Russe
se penche sur le jeune homme étendu à terre et ramasse
le contrat. Eraflé par la balle qui a frappé Akihito,
le document est abîmé et souillé de sang, mais le
voilà à nouveau en sa possession. Pas pour longtemps
cependant, car dans son idée fixe à vouloir
éliminer sa proie, Youri a eu tort d'ignorer la
présence toute proche d'Asami. En dépit de sa jambe
blessée ce dernier n'a pas mis longtemps à descendre
les trois étages qui le séparaient de la poupe du pont
promenade, et comme son ennemi quelques instants plus tôt, il
fait feu tout en avançant, ne laissant à sa victime
aucune chance de se défendre. Un coup, deux coups, trois
coups, tire Asami dans sa rage, jusqu'à ce que le
quatrième coup projette le Russe par-dessus la balustrade,
l'empêchant définitivement de nuire. Le bandit disparu
dans la mer, Asami se tourne enfin vers Akihito. "TAKABA...!"
hurle-t-il en clopinant vers lui. Aussi livide que le jeune homme, il
s'agenouille près du corps inerte, emprisonne dans ses mains
le visage tâché de sang de son
bien-aimé....
Désespérément, Asami
répète le nom d'Akihito, mais pris de panique à
voir ses appels demeurer sans réponse, il se décide
enfin à examiner la blessure qui ensanglante l'épaule
du jeune homme. La balle a-t-elle traversé le coeur ?
Déchirant nerveusement la chemise trempée de sang, le
yakuza se penche un long moment sur le blessé inconscient
avant de rendre ses conclusions. "....La balle.... n'a pas
pénétré dans la chair...." profère-t-il,
peinant à articuler. Tandis qu'Asami exhale un profond soupir,
un tel soulagement se peint alors sur son visage blême que
Feï-Long, qui se tient silencieusement à quelques pas de
lui, peine à reconnaître son dangereux rival. Jamais il
n'aurait imaginé qu'Asami était capable de s'attacher
autant à quelqu'un, d'éprouver une telle émotion
face à l'angoisse d'avoir peut-être perdu un être
aimé. Mais puisque finalement Akihito
n'a rien de
grave, le yakuza entreprend de le ranimer. "Takaba ! Ohé...!"
appelle-t-il en lui tapotant la joue. Péniblement, le jeune
homme finit par entrouvrir une paupière, mais alors qu'il
tente de tourner la tête afin de contempler la personne
penchée sur lui, une telle souffrance lui déchire
soudain l'épaule qu'elle lui arrache un cri. Plaquant une main
contre sa blessure, Akihito roule sur lui-même, se tordant de
douleur. "J'ai mal !.... J'ai.... J'ai été
touché...!?" s'exclame-t-il en contemplant sa main couverte de
sang, blêmissant de panique. Saisi de tremblements, il se
recroqueville sur lui-même, convaincu qu'il ne va pas tarder
à trépasser. Jusqu'à ce qu'une voix calme
légèrement amusée retentisse auprès de
lui: "....La balle t'a seulement égratigné, inutile de
t'inquiéter." Relevant la tête, Akihito découvre
alors le visage d'Asami, qui lui sourit, détendu comme il ne
l'a plus été depuis longtemps.
Bouche bée, le jeune homme reste un
moment à dévisager le yakuza, comme s'il n'en revenait
pas de sa présence. Mais bientôt, oubliant sa douleur
à l'épaule, il se redresse et saisit Asami par le col
de sa veste de ses mains tremblantes. "....A.... Asami...! Pou....
Pourquoi.... Pourquoi.... Pourquoi n'es-tu pas.... arrivé plus
tôt...!!" reproche Akihito d'une voix vibrante
d'émotion, donnant enfin libre cours à ses larmes.
"Alors que je t'attendais...!! Je n'attendais que toi...!!" La voix
coupée par les sanglots, Akihito finit par s'effondrer contre
la poitrine de son bien-aimé, incapable d'articuler une parole
de plus. Emu par cet aveu implicite de confiance totale et par la
détresse du jeune homme, Asami finit par entourer le corps
tremblant de ses
bras
protecteurs. "Pardon...." prononce-t-il simplement. Mais peu
désireux de le laisser s'en tirer à si bon compte, loin
de s'apaiser, Akihito poursuit sur sa lancée: "Moi....
pourtant.... tout ce que je pouvais faire, c'était attendre ta
venue.... Et c'est seulement maintenant que tu arrives... Tu es
horrible...!" - "....Mais tu savais que je viendrais te chercher, pas
vrai...?" rétorque Asami dans un sourire. - "Si.... Si tu ne
l'avais pas fait.... je ne t'aurais jamais pardonné...! Pr....
Prends tes responsabilités.... Espèce de salaud...!"
Vaincu par la tension éprouvée ces derniers jours,
alors qu'il se blottit tout contre le yakuza, les larmes d'Akihito
n'en finissent pas de couler. "Moi aussi, j'ai bien cru que je
n'arriverais jamais à temps.... avoue le yakuza en caressant
tendrement les cheveux du jeune homme. Arrête de me faire
courir partout." Tandis qu'Asami le presse contre son coeur, le feu
monte aux joues d'Akihito, envahi par une merveilleuse sensation de
bien-être. "L'odeur d'Asami.... Tout ceci est-il bien
réel ? se demande-t-il, peinant à croire à son
bonheur. Est-ce que la balle ne m'a pas tué, plutôt...?
Je vous en prie, dites-moi que ce n'est pas un rêve.... Que je
vais enfin pouvoir rentrer à la maison...."
Mais tout à la joie de leurs
retrouvailles, Asami et Akihito en ont oublié l'existence de
Feï-Long, qui ne tarde pas à se rappeler à leur
bon souvenir. "...Asami, intervient le Chinois. Si je te laisse
repartir comme ça, je deviendrais la risée de tous les
clans...." - "....Tu as raison.... répond le yakuza, rouvrant
subitement les yeux. Alors que dirais-tu d'en finir ici et tout de
suite ?" Et sur ces mots, Asami dégaine son revolver pour le
pointer sur Feï-Long, à la grande horreur d'Akihito.
Arrivés en renfort, les sbires du Serpent Blanc saisissent
leur arme à leur tour afin de protéger leur chef, mais
pas assez vite cependant: derrière eux, le garde du corps
d'Asami les tient déjà en joue. Mais peu importe, pour
Feï-Long. Son visage désabusé montre de
manière éloquente qu'il est depuis longtemps
résigné à mourir, du moment que ce soit de la
main d'Asami. Seulement, Akihito ne l'entend pas de cette oreille.
"ARRÊTEZ...!!" hurle-t-il, indigné par ce nouveau
recours à la violence. Et s'arrachant des bras d'Asami, il
vient s'interposer entre les deux rivaux. "ARRÊTEZ, TOUS LES
DEUX...!! VOUS NE CROYEZ PAS QUE ÇA SUFFIT, MAINTENANT...!?" -
"Akihito...." murmure Feï-Long, abasourdi que le jeune homme lui
fasse rempart de son corps
malgré
tout ce qui lui est arrivé par sa faute. Mais faisant preuve
d'une détermination peu commune, malgré la douleur
qu'il ressent à l'épaule, Akihito excédé
par le comportement de ses compagnons n'a pas l'intention de les
laisser s'entretuer. "J'ignore ce qui s'est passé entre vous
autrefois, ce que vous avez sur le coeur...! Cependant.... je
voudrais que vous cessiez de vous tirer dans les pattes en vous
servant de moi...! ....Même moi, j'ai bien compris qu'aucun de
vous n'a vraiment l'intention de supprimer l'autre, pas plus que de
vous accepter réciproquement d'ailleurs.... Non mais c'est
quoi, ce cirque...?" Question lourde de reproches à laquelle
Asami et Feï-Long ne répondent que un silence
embarrassé, bien incapables d'expliquer leur étrange et
complexe relation. Néanmoins, Akihito a déjà
pris la bonne décision pour eux. "Ça.... Ce contrat, on
le rend à Feï-Long.... compris ? Et toi.... Asami.... tu
me ramènes au Japon...!" Vaincus par la
générosité et la sagesse du jeune homme, les
deux chefs mafieux ne cherchent même pas à
protester.
C'est ainsi que quelques minutes plus tard, Akihito embarque sur la vedette d'Asami en compagnie de ce dernier. Tandis que le petit bateau se dirige vers Hong-Kong, debout sur le pont de son paquebot de luxe, Feï-Long le regarde tristement s'éloigner. "....Euh.... Maître Feï-Long, commence un sbire en hésitant, vous êtes sûr que c'est une bonne chose de les laisser partir comme ça ?" - "....Qu'est-ce que vous racontez ? Il est hors de question que je m'en tienne là.... répond sèchement le chef des Serpents Blancs. Je ne suis pas d'humeur à m'en charger maintenant, voilà tout. Vous pouvez vous retirer, je n'ai plus besoin de vous...." - "Ou, oui...." N'osant déranger plus longtemps leur chef, les sbires détalent. Une fois seul, Feï-Long reprend le cours de ses pensées. "Je ne suis pas d'humeur...? répète-il en son for intérieur, surpris de ses propres états d'âme. Qu'est-ce qui m'a pris d'agir de la sorte, en allant jusqu'à impliquer Akihito qui n'avait pourtant rien à voir dans cette histoire.... Akihito.... Si je n'avais pas fait tout ça, notre rencontre aurait peut-être été différente.... Non, c'est probablement faux.... Car s'il n'y avait pas eu le conflit avec Asami, nous appartenons tous deux à ces catégories d'êtres humains voués à ne jamais se rencontrer...."
Alors que le
jeune chef des Serpents Blancs déplore la perte d'Akihito
qu'il avait appris à aimer, il détecte soudain une
présence derrière lui. Se retournant, il
découvre alors un individu dont il avait presque oublié
l'existence. "Yô.... Pourquoi es-tu ici.... Comment as-tu
fait...?" s'étonne Feï-Long, persuadé que ses
sbires avaient depuis longtemps réglé son compte
à l'espion infiltré dans son clan par Asami. - "....Il
me restait une tâche à accomplir...." répond
sobrement l'homme de main. - "....Je te croyais mort.... Pourquoi
n'as-tu pas fuit ? Tu pensais peut-être que j'allais te
pardonner ?" - "....Je ne suis pas venu implorer votre pardon. Mais
je ne pouvais pas mourir ainsi, sans avoir tenu mon serment." -
"Alors dis-moi, qu'est-ce que tu attends de moi ?" En guise de
réponse, Yô tend son arme à Feï-Long.
"....Quitte à mourir, je voudrais que ce soit de votre
main...." - "....Ah là là.... Pas un pour sauver
l'autre...." soupire le jeune homme, lassé de toutes ces
effusions de sang. Néanmoins, il saisit vivement le revolver
et le pointe sur son ancien bras droit: "C'est celà, ta
manière d'en finir ?" - "....C'est la seule qui convienne
à quelqu'un dont vous avez ravi le coeur," répond
Yô un léger sourire aux lèvres. Aveu auquel
Feï-Long ne s'attendait guère et qui achève de
tuer en lui toute velléité de vengeance. "....Tu veux
que je te dise ? Tu es très courageux.... bougonne-t-il,
détournant la tête tout en abaissant son arme. Car en ce
moment, rien ne m'irrite davantage que ce genre de
déclaration.... Le coeur humain est vraiment complexe....
ajoute Feï-Long, les traits radoucis. Qu'est-ce que cela change,
d'avouer son amour...? Surtout à quelqu'un qui ne vous
appartiendra jamais...." Pourtant chaque être humain
découvre un jour quelqu'un qui l'aime. Repoussé par
Asami puis Akihito, Feï-Long se retrouve à présent
bien seul, mais l'on peut espérer qu'avec le temps, il viendra
peu à peu à accepter l'amour de Yô. Tout se
termine donc bien pour lui aussi, d'une certaine façon. Par
contre, on ne peut pas en dire autant pour Michaël Albertov,
dépouillé à la fois de ses espérances
lucratives et de son bras droit, qui observe les deux Chinois depuis
la balustrade d'un des ponts supérieurs. "....C'est
déjà fini ?
Quel dommage....
soupire-il, trop éloigné pour avoir entendu ce qui se
disait en bas. Le contrat est à nouveau entre les mains de
Feï-Long.... Je voudrais bien qu'il m'éclaire sur les
tenants et les aboutissants de toute cette histoire.... Mais bon, je
crois que le moment est venu pour moi de me retirer ?..." A regret,
le Russe s'éloigne de la balustrade, s'arrachant à la
vision des deux objets de ses désirs, le jeune chef des
Serpents Blancs et le contrat. "Bah, nous aurons sûrement
l'occasion de nous revoir.... Feï-Long."
Pendant ce temps, sur la vedette qui se dirige vers le port de Hong-Kong, Asami s'est mis en devoir de panser la blessure d'Akihito. "Tu as mal ?" demande-t-il, une fois sa tâche achevée. Secouant la tête négativement, le jeune reporter fait part à son ami de son soulagement: l'homme de main à lunettes ne portait qu'une blessure superficielle finalement, comme il a pu le constater en montant sur le bateau d'Asami où Kirishima était là pour l'accueillir. "Tant mieux.... soupire Akihito dans un sourire. J'ai vraiment cru qu'il était mort après avoir reçu cette balle.... Alors.... le sang m'est monté à la tête.... et c'est là que je me suis emparé d'un revolver...." Levant sa main au niveau de son visage, le jeune homme découvre avec surprise qu'elle en tremble encore. "....J'ai tiré sur quelqu'un, moi.... C'est drôle que même maintenant ma main ne cesse de trembler... Ah ah !" - "Ne t'en fait pas pour ça...." enjoint Asami en saisissant la main d'Akihito dans la sienne, peu dupe de la nonchalance que tente d'afficher ce dernier. Mais ce faisant, il avise soudain le tatouage qui orne le poignet du jeune homme: un serpent enroulé sur lui-même, l'emblême du clan de Feï-Long. Remarquant le regard stupéfait de son compère, Akihito retire vivement sa main. "...J'ai déjà traqué un tas d'affaires louches avec mon appareil photo, mais jamais je n'aurais imaginé qu'un jour il m'arriverait un truc pareil.... profère-t-il la tête basse, poursuivant sur le mode ironique. Ça a été une précieuse expérience.... Tirer, me faire tirer dessus, j'ai apprécié les deux.... Peut-être que je serais incapable désormais de prendre des clichés sans la moindre hésitation, comme je le faisais autrefois.... Mais.... il faut dire que tant de gens ont été abattus sous mes yeux.... Une fois, je me suis enfui, mais je n'avais nulle part où aller.... Et j'étais incapable de m'opposer à Feï-Long.... T.... Tout ce que je pouvais espérer.... c'était que tu viennes rapidement à mon secours.... J'avais si peur.... Et bien que j'ignorais même si tu viendrais me chercher, je ne cessais de penser à toi...."
La voix d'Akihito
se brise, l'empêchant d'en dire davantage. Mais avec une
tendresse maladroite, Asami l'entoure de son bras pour le presser
contre sa poitrine. "....Jamais je n'aurais renoncé,
murmure-t-il. Nous allons rentrer, c'est tout ce qui compte. Quant
à ce tatouage, je vais immédiatement de le faire
ôter." - "....Asami.... prononce Akihito, dérouté
par les propos de son compagnon et ce qu'ils sous-tendent. Pourquoi
es-tu venu à mon secours ? J'étais devenu un fardeau
pour toi.... Et ta blessure ? Feï-Long t'avais pourtant
tiré dessus...? Tu n'as pas mal quand tu bouges...?" -
"....Inutile de t'inquiéter à ce sujet." - "Montre-la
moi...." Sur ces mots, sans attendre de réponse, Akihito
commence à déboutonner la chemise du yakuza. Et il a un
coup au coeur en découvrant sous le tissu le pansement
ensanglanté, la blessure que son bien-aimé porte
à la poitrine s'étant rouverte alors qu'il se
démenait pour le sauver. Navré, sans prononcer une
parole, Akihito pose doucement sa joue contre le pansement.
Attristé par la douleur du jeune homme, Asami prend son menton
entre ses doigts pour l'obliger à relever la tête, et
découvre alors un visage baigné de larmes.
"Qu'as-tu....à pleurer ?" S'emparant des lèvres
d'Akihito, il le gratifie d'un baiser tendre, qui se fait
bientôt passionné. "A.... Asami...." rougit Akihito,
à bout de souffle. Mais le yakuza ne s'arrête pas
là, et saisissant le jeune homme par la taille, il le fait
asseoir sur ses genoux. "Désolé, mais je ne peux me
contenir plus longtemps, susurre-t-il, le visage enfoui contre son
cou. Car vois-tu, moi non plus je n'ai pas cessé de penser
à toi." Comme pour confirmer ses dires, un gonflement au
niveau de son bassin fait monter le feu aux joues d'Akihito,
stupéfait du désir dont il fait l'objet. Et tandis
qu'Asami déboutonne son propre pantalon et commence à
caresser son sexe à travers
son
sous-vêtement, force lui est de reconnaître que lui non
plus n'est plus en mesure de patienter davantage. "Je te veux tout de
suite.... scande Akihito les larmes aux yeux. Fais-moi sentir que ce
n'est pas un rêve.... Asami...!" - "Je vais te faire l'amour
jusqu'à ce que tes tremblements s'apaisent," acquiesce le
yakuza en le serrant contre lui. Leur désir aiguillonné
par le bonheur d'être enfin réunis, les deux amants ne
s'embarrassent pas de préliminaires. Alors qu'Asami s'empare
du corps d'Akihito pour une brûlante étreinte qui laisse
le jeune homme à demi-évanoui et le marque dans sa
chair - Akihito qui pour une fois est consentant et le couvre de
baisers passionnés, le yakuza songe à part lui: "Tu es
revenu.... Mon Akihito Takaba.... Et cette fois, tu peux être
sûr que je vais t'enchaîner.... afin que tu ne puisses
jamais aimer un autre que moi...."
Un ou deux jours s'écoulent. Comme
promis, une fois à Hong-Kong, Asami a fait ôter du
poignet de son amant la marque que lui avait apposée
Feï-Long. Tous deux se trouvent à présent à
l'aéroport où les attend un jet privé,
entourés des sbires du yakuza, en vue de leur retour au Japon.
Mais alors que Asami commence à grimper la passerelle, Akihito
reste immobile à le contempler, indécis. Du coin de
l'oeil, Asami remarque son hésitation, et soudain, il se
retourne pour adresser au jeune homme
un sourire
radieux. "....Allons, lance-t-il en lui tendant la main, après
m'avoir poussé à aller aussi loin, ta résolution
est prise, non ?" Dérouté, Akihito reste un instant
à le contempler, s'interrogeant sur ce qu'il doit faire.
"....Que vais-je devenir à présent ?
s'inquiète-il. Le type qui se trouve devant moi est devenu
trop important à mes yeux. Impossible de redevenir celui que
j'étais avant.... Mais après tout.... peu importe le
futur, finit par conclure Akihito. Car en cet instant, je suis
incapable de penser à autre chose qu'Asami...." Voilà
pourquoi, tendant à son tour sa main bandée pour saisir
celle du yakuza, Akihito se résoud enfin à monter dans
l'avion, prêt à suivre son amant jusqu'au bout du
monde....
Chapitre spécial: "Paradis
Ephémère": Plongé
dans le sommeil, Akihito fait un cauchemar: il court, court à
perdre haleine dans un univers vide et sans fin, un canon de revolver
braqué sur lui; mais il a beau fuir de toute la vitesse de ses
jambes, il lui est impossible d'échapper à Youri, qui
finit par l'abattre de deux balles dans le dos. Comme s'il avait
été réellement touché tant le rêve
était réel, le jeune homme se réveille en
sursaut, blême et en nage, le souffle précipité.
Son coeur bat douloureusement la chamade, et seule la vision d'Asami
étendu à ses côtés parvient à
apaiser sa terreur. Poussant un profond soupir, Akihito se redresse
et s'apprète à quitter le lit, lorsque une voix
s'élève dans son dos: "Qu'est-ce qui t'arrive ?"
demande le yakuza, qu'il croyait pourtant endormi. - "...Mm ? Rien du
tout. Ça va aller, rendors-toi. Moi je vais prendre une
douche...." Mais Asami ne l'entend pas de cette oreille: saisissant
brusquement le jeune homme par un bras, il le fait retomber sur le
lit. "Qu'est-ce qui te prend, de me tirer comme ça !" proteste
Akihito indigné, et vaguement inquiet. - "....Si tu es
réveillé, que dirais-tu de poursuivre notre
activité de la nuit dernière ?" demande le yakuza en se
penchant sur lui, comme pour confirmer ses craintes. - "Quoi ? Tu
plaisantes ! Je suis couvert de sueur, laisse-moi !" - "De toute
façon tu vas transpirer, rétorque Asami, peu
disposé à lâcher le morceau. Alors c'est du
pareil au même...." - "Non, ce n'est pas pareil !
Lâch...!" Mais Akihito s'avère bientôt incapable
de poursuibre, tandis qu'Asami introduit un doigt dans l'une de ses
parties intimes. "....Parfaitement préparé à me
recevoir, diagnostique le yakuza, espiègle. Comme ça ce
sera facile pour toi de jouir de mon étreinte." Les
dernières protestations du jeune homme se perdent dans le
bruit des pales du ventilateur. De toute manière ses
tentatives pour échapper à son amant trop
empressé étaient d'avance vouées à
l'échec, Akihito finissant toujours par se plier à la
volonté de fer d'Asami. Alors qu'il l'étreint, ce
dernier approche ses lèvres sensuelles à moins d'un
centimètre de celles de son amant. "Tu m'as l'air d'avoir fait
un horrible cauchemar.... susurre-t-il. Mais ne te méprends
pas. C'est ce qui se passe ici et maintenant, la
réalité...." - "Qu.... Qu'est-ce que tu entends par
là ?" interroge Akihito, détournant les yeux en
rougissant. - "Que ça , c'est la réalité." Et
sur ces mots, Asami assène à sa victime un vigoureux
coup de boutoir qui lui arrache un cri....
Un peu plus tard, profitant que son partenaire
ait enfin daigné se rendormir, c'est épuisé et
tout courbaturé que Akihito parvient enfin à s'extraire
du lit. "Aaah.... Salaud d'Asami.... soupire-t-il, les yeux
cernés. Cela fait bien trois jours d'affilée qu'on
passe au lit. A ce rythme, je ne vais pas étaler très
longtemps. En plus...." ajoute Akihito irrité, ouvrant la
porte vitrée de la chambre pour se retrouver dans un
décor paradisiaque. "On est où, ici !!? Il m'avait
pourtant dit qu'il me ramenait au Japon !?" L'endroit que le yakuza a
choisi comme lieu de villégiature durant sa convalescence est
une île des Tropiques, où il a loué une luxueuse
villa bordée de palmiers et flanquée d'une piscine,
avec une vue splendide sur la mer. On est là bien loin de
l'atmosphère enfumée de Tôkyô ! Mais bon,
faisant contre "mauvaise fortune" bon coeur, Akihito ne tarde pas
à se laisser
tenter par l'eau
pure du bassin. Après avoir été cantonné
au lit si longtemps, le jeune homme est ravi de se détendre et
de prendre un peu l'air, dans ce paysage baigné par un soleil
radieux. Alors qu'il fait ainsi quelques brasses, Akihito remarque
soudain par la baie vitrée ouverte qu'Asami s'est enfin
levé. En sous-vêtements, le yakuza est assis sur un
canapé tandis que Kirishima, son homme de main à
lunettes, est occupé à changer son pansement. A cette
vision, rappel du drame qui s'est déroulé il y a si peu
de temps encore, le visage du jeune homme s'assombrit. "Quel
dommage.... Se trouver dans les Tropiques et ne pas pouvoir nager
à cause de sa blessure...." Lui-même, pour pouvoir aller
barboter, a enveloppé sa main bandée d'un sac en
plastique, mais vu l'étendue des blessures d'Asami, ce dernier
ne saurait bien sûr en faire autant !
Quelques instants plus tard, alors qu'il se met en devoir de faire le tour du domaine, Akihito avise soudain le videur du Club Shion, garde du corps d'Asami auquel il a déjà eu si souvent affaire. Posté devant le portail de la villa, le géant campe une présence disuasive pour quiconque tenterait d'y pénétrer. "....Dites, vous n'avez pas trop chaud dans ce costume ? lui demande le jeune homme nonchalament. Ce doit sûrement être cool de passer ses journées entières à contempler la mer, mais pourquoi vous ne venez pas plutôt y nager avec moi ?" Mais figé dans son attitude défensive, tel un garde de Buckingham Palace, le malabar ne dit mot. "C'est pas drôle, geint Akihito en faisant la moue. Asami ne peut pas se baigner, je m'ennuie !! Et puis je croyais que je pourrais enfin rentrer au Japon, alors qu'est-ce que je fiche dans cette île des mers du Sud ?" A la fin, impatienté par le babillage plaintif du jeune homme, le malabar se décide à ouvrir la bouche: "....Peu importe l'endroit du moment que cela favorise la convalescence du boss. Il en a trop fait et sa blessure s'est rouverte.... En outre, il nous faut également finir de régler l'affaire de Hong-Kong, ainsi que te faire confectionner un passeport. ....En somme, tu n'es là qu'en supplément. Tout ce qu'on te demande, c'est de ne pas déranger le boss." Un supplément ? Voilà qui n'est pas pour réjouir Akihito. "JE VEUX RENTRER AU JAPON !!" crie ce dernier haut et fort.
Malgré l'avertissement du garde du
corps, Akihito n'est pas du genre à se tenir longtemps
tranquille. Peu disposé à rester cantonné
à la villa et à suivre le conseil de ne pas
embêter Asami, il finit même par réussir à
le traîner dans la station balnéaire toute proche.
"....Les repas, nous pouvons les prendre dans notre chambre..."
proteste mollement le yakuza tout en suivant le jeune homme le long
de l'allée bordée d'une végétation
luxuriante. - "A force de rester enfermés toute la
journée dans la villa, on va finir par pourrir sur place ! Et
puis il paraît que dans le restaurant de cet hôtel, la
bouffe est succulente !! C'est la dame qui fait le ménage qui
me l'a dit !" Avisant soudain un bananier, Akihito s'y
précipite, appâté par les fruits mûrs, sans
remarquer avec quelle expression tendre et amusée Asami
observe ses faits et gestes. Quand tous deux se retrouvent
attablés
un moment plus tard devant une profusion de plats, le yakuza ne dit
mot, se contentant de regarder son compagnon s'extasier sur les oeufs
sur le plat truffés au foie gras. Posté à
quelques mètres de la table du couple, Kirishima mène
une garde vigilante, à l'étonnement d'Akihito qui
aurait préféré que ce dernier vienne manger avec
eux. Mais Asami prête à peine attention aux propos de
son jeune compère, tant il semble ravi de le voir heureux et
de bonne humeur. Apparemment, ces quelques jours passés au
soleil lui ont fait du bien, le jeune homme ne semble plus se
ressentir de ses cauchemars. Il ne tarde pas cependant à
remettre sur le tapis la question qui lui tient à coeur: quand
Asami se décidera-t-il à le ramener au Japon ? "Quand
aura disparue la trace de cet ignoble tatouage au laser,"
répond le yakuza, fixant nonchalamment son verre. -
"QUÔA...? ET CE SERA QUAND !?" s'écrie Akihito
épouvanté, avant de maugréer dans sa barbe,
boudeur: "C'est comme si ma situation n'avait pas
évolué d'un poil, Feï-Long s'est simplement
changé en Asami...."
Le soir venu, de
retour à la villa, le jeune homme s'observe dans la glace de
la salle de bain. "C'est fou ce que j'ai bronzé en l'espace
d'un seul jour, remarque-t-il. D'ici qu'on rentre, je serais sans
doute tout noir." Mais alors qu'il admire ses épaules
dorées, Akihito avise soudain les marques sur la peau de son
cou, auxquelles il n'avait pas jusqu'ici prêté
attention. "Hein ? Qu.... Qu'est-ce que c'est que ça....
s'étonne-t-il à voix haute. Des traces de doigt...?" Il
se rappelle alors la fois où cet étranger sadique et
à moitié fou avait failli l'étrangler. "Pourquoi
ces marques sont-elles encore visibles...!? Alors que trois jours se
sont écoulés...." - "....Fais voir," intervient Asami,
qui a remarqué le brusque changement d'humeur de son
compagnon. Prenant délicatement entre ses doigts le menton
d'Akihito, il l'oblige à relever la tête et
découvre à son tour les cruelles zébrures.
"....Des marques de strangulation.... Elles ont saigné sous la
peau. ....C'est Feï-Long qui t'a fait ça ?" - "....Non,"
répond brièvement le jeune homme, détournant les
yeux. Et il n'en dit pas davantage, préférant ne pas
réveiller de pénibles souvenirs en s'étendant
sur le sujet. "Ce genre d'hémataume devient beaucoup plus
foncé au bout de deux ou trois jours, explique Asami. Je sais
bien que ces marques ont l'air horribles à voir, mais c'est
justement la preuve qu'elles sont en voie de guérison. Elles
ne vont pas tarder à disparaître. ....Mais, ajoute
gravement le yakuza, relevant le menton d'Akihito afin de scruter son
visage, les souvenirs désagréables ne sont pas aussi
faciles à effacer, n'est-ce pas...?" - "....Serais-tu en train
de me dire.... que tu t'inquiètes pour moi...? rétorque
le jeune homme, aussitôt sur la défensive. Que j'aurais
reçu un choc ? Et c'est pour cette raison que tu m'as
emmené dans cet endroit ?" Asami ne dit mot, mais prenant son
silence pour un acquiescement, Akihito s'exclame, vexé:
"Arrête cette plaisanterie ! Je n'suis pas une fiote !" Et sur
cette affirmation, tournant le dos à son amant soucieux, il
quitte la pièce pour se rendre à la piscine.
Mais s'il a joué les fiers à bras face à Asami, une fois qu'il se retrouve seul, Akihito se montre d'un coup moins sûr de lui. "....Alors c'était ça ?.... songe-t-il, tête basse. Asami s'inquiète pour moi.... Il pense que j'ai subi un traumatisme suite à ce qui s'est passé à Hong-Kong...." Ôtant rageusement son débardeur, Akihito plonge dans l'eau claire, comme pour se refroidir la tête. "C'est vrai que j'ai eu terriblement peur, se force-t-il à reconnaître, mais ce n'est pas suffisant pour qu'un type comme moi perde les pédales. Et il est vrai aussi que quand j'ai reçu cette balle, j'ai bien cru que j'était cuit. Mais je suis en vie. Et bientôt, même mes cauchemars vont finir par...." Akihito n'achève pas sa phrase, saisi par la sensation soudaine qu'une main vient de se refermer sur son pied. N'est-ce pas Youri, là, dans la piscine, qui essaye de l'entraîner vers le fond ? Terrorisé, le jeune homme veut pousser un cri, ce qui a pour conséquence de vider l'air qu'il gardait dans ses poumons. Incapable de réagir, sa noyade est inévitable. Heureusement, étonné de ne pas entendre le moindre bruit, Asami ne tarde pas à remarquer que quelque chose ne va pas. Découvrant une ombre au fond de l'eau, il devine aussitôt le drame, et malgré sa blessure, plonge dans la piscine. "TAKABA !" Alertés par le cri de leur chef, les sbires du yakuza ne tardent pas à accourir à leur tour. Mais trop tard, Asami a déjà tiré de l'eau le jeune homme inconscient, qu'il s'efforce de ranimer par respiration artificielle.
Quelques jours
s'écoulent après cet incident. Dehors, il pleut, comme
pour refléter l'humeur maussade des occupants de la villa.
Tout en servant le thé à son chef, Kirishima,
hésitant, lui demande des nouvelles d'Akihito. "Voilà
déjà trois jours qu'il reste enfermé dans sa
chambre," répond sombrement Asami. - "...Cela fait bizarre de
le voir aussi calme," soupire Kirishima, se rappelant
l'exubérance du jeune homme. Inconsciemment, l'homme de main
vient de traduire à haute voix l'inquiétude de son
chef. C'est ainsi que quelques minutes plus tard, Asami décide
d'aller porter lui-même au reclus son petit déjeuner.
"Allez ! Lève-toi et mange un morceau !" lance-t-il au jeune
homme blotti sous ses couvertures. Je n'ai apporté que tes
plats préférés." A l'entrée de son amant,
Akihito relève lentement la tête. Il a vraiment mauvaise
mine, amaigri et les yeux cerclés de violets. "...Je n'ai pas
faim...." répond-il faiblement. - "Tu mens, rétorque
Asami en s'asseyant sur le bord du lit avec son plateau. C'est parce
que tu ne manges pas que tu as le cafard. A moins que tu veuilles que
je te fasse manger à la petite cuillère ?" - "....Je ne
suis pas malade, réplique aussitôt Akihito vexé.
Si j'en avais envie, je mangerais, et tout seul !" Après
s'être à nouveau pelotonné dans son lit en
prenant bien soin de tourner le dos au yakuza, radouci, Akihito finit
par ajouter: "....Visiblement, je suis encore plus nul que je le
pensais. J'ai juste le spleen, laisse-moi." Mais sans obéir
à cette requête, Asami se penche sur le jeune homme,
effleure son cou de sa main. "Les marques sur ton cou.... Elles n'ont
pas encore disparu.... souffle-t-il. Quelle technique de
strangulation maladroite et vulgaire.... Moi, je n'aurais jamais
serré de cette manière, en me laissant aller à
la force brute." - "....Ah ?" s'étonne Akihito, perplexe face
au tour que vient de prendre la discussion. - "Selon les
manières de procéder, poursuit le yakuza, faisant
glisser ses doigts sur le cou du jeune homme, il est possible de
procurer à sa victime une jouissance difficile à
oublier.... Mais le type qui t'a fait ces marques, par la violence,
n'a obtenu que son propre plaisir. Tout ce qu'il t'a donné,
c'est de la peur." Et sur ces mots, Asami serre brusquement la gorge
d'Akihito, à la grande surprise de ce dernier. "...!? A....
Asami...?" Mais sans se préoccuper des protestations du jeune
homme, le yakuza ne relâche pas sa prise. "Je vais tout
réécrire, annonce-t-il, déterminé. Tout
ce qui s'est passé à Hong-Kong.... Regarde moi,
ordonne-t-il ensuite, se penchant à quelques
centimètres du visage d'Akihito et plongeant son regard
aiguisé dans le sien. ....As-tu peur ?" - "....Non.... Je n'ai
pas peur...." parvient à articuler le jeune homme d'une voix
assurée, en dépit
des doigts qui
enserrent son cou. - "....Et tu as raison. Alors continue de croire
en moi, et en moi seul.... Tu m'appartiens, poursuit Asami, caressant
la poitrine de son protégé. Moi seul ai le droit
d'arrêter ton souffle, de graver mon sceau sur ton corps...." -
"....Peu importe ce que j'aurais à subir, du moment que ce
soit de tes mains...." acquiesce Akihito. Il a désormais
compris les intentions de son amant, qui n'a d'autre but que de le
guérir de son traumatisme. Voilà pourquoi,
écartant lui-même les pans de son peignoire, il l'invite
à venir à lui. "Fais les disparaître les mauvais
souvenirs.... supplie-t-il. Tous.... Et peu importe si tu me tues en
m'étranglant." Mais alors qu'Akihito ferme les yeux, Asami se
penche sur lui pour s'emparer de ses lèvres. "Ce que je vais
t'offrir te comblera tout entier, Akihito...." prononce-t-il
doucement.
Tandis qu'au-dehors la pluie continue de
tomber à verse, Asami étreint donc son
protégé, sans jamais cesser de lui serrer le cou. Le
yakuza avait raison: pour peu que l'on sache s'y prendre, il est
possible de donner énormément de plaisir à son
partenaire lors de ce genre de dangereux jeux sado-maso. Assailli par
une jouissance qu'il peine à supporter, Akihito ne demande
qu'une chose, qu'Asami lui serre le cou encore plus fort ! Ce dernier
ne se fait pas prier, jusqu'à ce que tous deux atteignent en
même temps les sommets du plaisir. "Les marques sur ton cou ne
vont pas disparaître d'ici un moment....
annonce le
yakuza dans un sourire, changeant de position pour se coucher sur le
dos de son amant. Chaque fois que tu les verras, rappelle-toi....
Rappelle-toi mon étreinte...." Et sur ces mots, il s'empare
à nouveau du corps d'Akihito, lui arrachant un cri. "A...
Asami...! crie le jeune homme, complètement dominé.
Plus.... Plus fort.... Ravage-moi.... Je le veux...!" - "Avec
plaisir." Et tout en accédant aux désirs de son
protégé, Asami songe à part lui,
énonçant son propre souhait: "Oublie tout,
vite...."
Le soir venu, à son réveil, Asami a la surprise de trouver le lit vide. Akihito s'est enfin décidé à rompre sa réclusion, et quand le yakuza interroge le gardien de la villa à son sujet, le malabar lui indique la direction de la plage. En effet, Asami y découvre le jeune homme debout au bord de l'eau, le regard rivé sur la mer embrasée par le soleil couchant. Vision aussi paisible que sublime. Mû par son instinct de photographe, Akihito ne tarde pas à former un cadre avec ses doigts, comme s'il allait prendre un cliché. Après l'avoir contemplé quelques instants, hésitant à rompre le charme, Asami s'approche et lui adresse la parole: "Takaba, comme tu n'étais plus dans la chambre, je t'ai cherché partout." - "....Asami." Peu surpris par l'arrivée inopinée de son amant, comme pour lui-même, Akihito lui livre ses pensées à voix haute: "....J'ignorais que j'étais aussi faible.... D'ailleurs, je ne suis plus très sûr de rien. A Hong-Kong.... dans une situation pareille, comment ai-je fait pour ne pas perdre la tête ? Et toi, quel genre d'homme es-tu pour pouvoir ainsi te battre avec Feï-Long comme si de rien n'était ?" A ces questions, le yakuza décide de répondre avec franchise, même si ses propos s'avèrent quelque peu effrayants: "Ceux qui me gènent, je les écrase. Quand on s'oppose à moi, je me venge. Voilà ma méthode. Quant à ce que je désire, je l'obtiens, par n'importe quel moyen. ....Mais pour en revenir à Feï-Long.... je pense avoir définitivement mis les points sur les i, et ce de la manière la plus blessante qui soit pour lui.... Il n'est sûrement pas prêt de revenir montrer les crocs...." A la mention du jeune chinois, Akihito baisse tristement la tête. "Feï-Long.... Il était probablement amoureux d'Asami.... songe-t-il, compatissant. La dernière fois que je l'ai vu, il semblait ne plus avoir du tout l'envie de se battre avec lui...." Sans regarder directement son compagnon, Akihito se décide à poser la question qui lui trotte dans la tête depuis longtemps: "Que... lui as-tu fait ? Est-ce que par hasard tu l'aurais plaqué ?" - "Après avoir un jour tout perdu, Feï-Long est parvenu à se refaire tout seul, commence à expliquer le yakuza, éludant la question. Même si ce qui l'a motivé était son désir de se venger de moi, c'est un homme doté de suffisamment de force pour aller jusque là. Il valait mieux pour lui en finir avec les sentiments futiles." - "Quel type égoïste et odieux, s'indigne Akihito. Ça t'amuse donc tant que ça de te faire des ennemis ? C'est naze."
Asami ne
répond pas, perdu à son tour dans la contemplation de
la mer. "Feï-Long.... continue de songer Akihito, observant son
compère du coin de l'oeil. Etait-ce le coeur d'Asami qu'il
désirait réellement...? Même lui n'est pas
à la hauteur dès qu'il s'agit d'obtenir le coeur de cet
homme.... Au moins, Asami l'a reconnu comme son égal.... Mais
qu'en est-il de moi.... Il m'a secouru quand j'étais en
danger.... et nous avons mêlés nos corps malgré
le fait que nous soyons du même sexe. Néanmoins, jamais
il n'a reconnu ma valeur en tant qu'homme. Il n'y a que lorsqu'il
m'étreint qu'Asami est entièrement à moi. Si je
songeais sérieusement à lui voler son coeur, est-ce que
moi, j'en serais capable ? Ce ne sera sans doute pas une mince
affaire que de faire plier cet homme si arrogant.... Mais si je veux
y parvenir, il me faut réagir. Je dois absolument redevenir
moi-même." A peine Akihito a-t-il mentalement formulé
cette exortation que comme s'il avait lu dans ses pensées,
Asami tire de sa poche un appareil photo. Sous le nez du jeune homme
stupéfait, il fait mine d'essayer de l'utiliser, en vain.
"L'obturateur ne s'ouvre pas.... se plaint-il." - "Normal, il n'est
pas en mode prise de vue," diagnostique aussitôt le jeune homme
en s'emparant de l'engin. "Et voilà !" Tandis qu'il manipule
l'appareil avec enthousiasme, Asami le contemple sans mot dire, ravi
que sa petite
combine ait eu l'effet escompté. Cependant, une fois
l'appareil réglé, le visage d'Akihito ne tarde pas
à s'assombrir. "Pourquoi un appareil photo ? demande-t-il,
méfiant. - "...Parce qu'il me semblait que c'était ce
dont tu avais le plus besoin en ce moment...." répond Asami
dans un sourire. A cette déclaration, son premier moment de
stupeur passé, un sourire épanoui vient illuminer les
traits d'Akihito. Le yakuza le comprend déjà si
bien.... Finalement, lui voler son coeur n'est peut-être pas
une utopie ?
Quelques jours
plus tard, Akihito définitivement remis de ses
mésaventures et doté d'un passeport en règle,
Asami et sa petite troupe atterrit enfin au Japon. "AAAH..... Me
voici de retour, ô ma terre natale !! proclame le jeune homme
avec emphase dans le hall de l'aéroport où
s'achève son voyage. Me voilà ! Bienvenue !!"
L'appareil photo offert par Asami autour du cou, s'étirant
paresseusement, il est ravi de pouvoir enfin se dégourdir les
jambes après toutes ces longues heures passées assis
dans l'avion. "On voit bien que nous avons voyagé en
1ère classe, souffle Akihito à Kirishima. Les
formalités sont déjà finies ? Elles sont toutes
remplies, hein ?!" - "Eh là, Akihito Takaba, le reprend
l'homme de main impatienté par ses cris enthousiastes, cesse
un peu tout ce raffut et monte sagement dans la voit...." Mais
Kirishima n'achève pas sa phrase, car à peine se
retourne-t-il vers le jeune homme qu'il remarque que ce dernier a
déjà pris la poudre d'escampette ! Derrière lui
les autres sbires regardent eux aussi le fuyard s'éloigner de
toute la vitesse de ses jambes, bouche bée, incapables de
réagir
tant il ne
s'attendaient guère à un coup pareil ! "A....
Asami-sama, il s'est sauvé...!" annonce
désemparé Kirishima à son chef. Mais loin de se
montrer contrarié, Asami peine à dissimuler son
amusement. "Bah.... Laissons-le agir à sa guise....
répond-il. Pour l'instant du moins." - "Hein...? Vous en
êtes sûr ?" - "Il me remboursera sa dette, j'en suis
certain. Tout a changé à présent." Et tout en
jetant un dernier regard à Akihito qui continue de courir tout
en le surveillant du coin de l'oeil, inquiet d'une éventuelle
poursuite mais fier de son bon tour, Asami ajoute pour
lui-même: "Quoi qu'il arrive, il va très bientôt
réaliser qu'il n'a plus qu'un seul endroit au monde où
poser ses pénates...."
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