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© Yamané Ayano / Tokumashoten

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Yamané Ayano

---------------------------------------------- Finder no Hyôtéki

---------------------------------------------- Finder no Ori

---------------------------------------------- Finder no Sekiyoku

---------------------------------------------- Finder no Ryoshû

---------------------------------------------- Finder no Shinjitsu

---------------------------------------------- Ikoku Irokoï Romantan

---------------------------------------------- Crimson Spell 1

---------------------------------------------- Crimson Spell 2

 

 

 

© Yamané Ayano

Crimson Spell vol.1

 

Auteur: Yamané Ayano

Références: Chara Comics

Nombre de Volumes: 2 en cours

 

Intrigue: Baldrig est le jeune prince héritier du royaume de Arsveiz. Ce pays est réputé pour sa fabrication d'armes maléfiques, et un jour, pour une raison inexpliquée, une horde de créatures démoniaques prend d'assaut la capitale. Ces monstres étant parvenus à s'introduire jusque dans le palais, guerrier émérite, Bald juge qu'il n'a plus le choix: s'il veut pouvoir protéger sa famille et son peuple, il lui faut utiliser l'épée maléfique à la lame rouge transmise par ses ancêtres. A peine le jeune homme a-t-il brisé le sceau et s'est-il saisi de l'arme qu'il sent une force incommensurable se déverser dans son corps, et grâce à ce fabuleux pouvoir, il n'a aucun mal à libérer le palais puis la ville de tous ses assaillants. Hélas, ce pouvoir a un prix, et à présent, voilà le prince possédé par l'esprit démoniaque prisonnier dans l'épée. Alors, par crainte de blesser les siens, Bald décide la nuit-même suivant la bataille de quitter la capitale. Avant qu'il ne parte, les Conseillers lui remettent un coffret contenant un sceau confectionné en toute hâte par les magiciens du palais, sceau qui permettra tout au moins d'endiguer quelque peu les effets de la malédiction. Muni de ce précieux coffret, Bald fait donc ses adieux à son petit frère Henry en lui enjoignant durant son absence de prendre soin de leurs parents.

Un mois s'écoule tandis que le jeune prince chevauche vers le sud, vers cette forêt lointaine où l'on dit que vit Harvil Phropto, un magicien renommé expert en exorcisme qui, lui, pourra peut-être libérer Bald de sa malédiction. Parvenu au coeur de la forêt, le prince finit par découvrir une maisonnette bâtie au milieu des arbres, à l'intérieur de laquelle s'entassent une foule de grimoires et d'objets étranges. Mais plus étrange encore est l'occupant des lieux, qui n'est pas un vieillard comme le laissait supposer la renommée de son érudition, mais un jeune homme d'une beauté troublante, au visage fin et aux long cheveux argentés. Et à peine Harvil Phropto le Magicien pose-t-il son regard sur Bald qu'il décèle immédiatement les causes et les effets de la malédiction, car grâce à son don de double-vue, il voit l'image de la bête féroce qui se cache sous le visage innocent du jeune prince, détecte l'aura maléfique qui émane de son épée. Voilà un cas qui est tout à fait de son ressort, cependant le magicien a pour principe de demander un salaire proportionnel à la puissance de l'envoûtement à ôter: la malédiction dont souffre Baldrig paraît particulièrement coriace, ainsi Harvil l'avertit d'ores et déjà que le prix de ses services sera extrêmement élevé. Le prince a-t-il de quoi le payer ? Bald répond aussitôt qu'il n'a pas beaucoup d'argent sur lui mais qu'une fois de retour dans son pays, il pourra payer au magicien la somme qui lui conviendra. Néanmoins Harvil s'empresse d'expliquer qu'il ne veut pas d'argent: tout ce qui l'intéresse, ce sont les objets extrêmement rares, les artefacts uniques et difficiles à se procurer. Et en entendant cela, Bald n'a pas de mal à comprendre d'où proviennent tous ces trucs bizarres qui jonchent l'habitation !

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

Après avoir posé ses conditions, Harvil ne cache pas son intérêt pour l'épée qui pend à la ceinture du prince, dont se dégage l'énergie la plus maléfique qui lui ait été donné de sentir depuis longtemps. A cette remarque, Bald se met en devoir de conter à son hôte l'histoire de cette épée: elle a été créée il y a cent ans par plusieurs magiciens de son pays et se transmet depuis de génération en génération au sein de la famille royale, voilà pourquoi il lui est impossible de la céder à Harvil. Grâce à l'élément maléfique contenu dans l'épée, son possesseur est en mesure de vaincre n'importe quel adversaire et quel que soit sa puissance, mais en contre-partie, celui qui utilise l'arme se retrouve ensorcelé. Pour finir, le prince explique qu'il ne pourra pas rentrer dans son pays tant qu'il ne sera pas libéré de la malédiction, mais il réalise bientôt que perdu dans ses pensées, Harvil ne l'écoute pas. "Es-tu fort ?" demande l'instant suivant le magicien, à qui les propos du jeune homme ont donné une idée. Car il y a justement un objet qu'il désire posséder mais qui se trouve actuellement dans un endroit difficilement accessible. Ainsi, Harvil propose au prince un marché: s'il l'aide à parvenir à destination en éliminant grâce à sa force les obstacles qui se dresseront sur sa route, il accédera à sa requête et cherchera un moyen de le délivrer de son envoûtement. Inutile de dire que Bald ravi accepte aussitôt, plein de confiance en ses techniques à l'épée !

Harvil décide finalement que tous deux entâmeront leur quête dès le lendemain matin, alors en attendant le moment du départ, il enjoint le prince à récupérer ses forces durant le reste de la journée. A la nuit tombée, tandis que Bald, épuisé après avoir chevauché un mois durant, prend un repos bien mérité, confortablement installé sur le tapis du salon devant un bon feu de cheminée, Harvil pénètre dans la pièce et s'approche doucement de lui. Ôtant la cape de voyage qui recouvrait le jeune homme, il remarque aussitôt les menottes qui enserrent ses poignets, gravées de symboles destinés à endiguer la malédiction quand le prince est inconscient. Harvil se remémore alors les paroles de Baldrig: "Ne m'approche pas durant mon sommeil, et surtout, ne me touche pas !" Avertissement qui ne donne rien tant qu'envie d'y désobéir ! "Allez, montre-moi...." exorte mentalement Harvil dans un sourire en libérant le dormeur de ses menottes magiques. Et à peine a-t-il brisé le sceau que Baldrig révèle sa nouvelle apparence, celle d'un homme-bête à la peau sombre, aux oreilles pointues et aux pupilles fendues comme celles d'un fauve, dont le corps entier est recouvert de noires arabesques. D'abord amusé d'entendre grogner son nouveau compagnon et mettant cela sur le compte de la mauvaise humeur d'avoir été réveillé en sursaut, Harvil réalise rapidement que le prince ne controle pas cette métamorphose, et manque de chance, la bête est carnivore et ferait volontier son repas du magicien ! Mais juste au moment où son assaillant s'apprète à le dévorer, Harvil parvient à l'immobiliser grâce à son sceptre magique. Il reconnaît à présent avoir sous-estimé la malédiction, la puissance destructrice du prince possédé dépasse tout ce qu'il imaginait: semblable à un torrent de lave, l'énergie enfermée en Baldrig parcourt tout son corps en le brûlant, à la recherche d'une issue par laquelle déverser sa rage. Puisque le magicien va devoir passer plusieurs nuits aux côtés de ce dangereux homme-bête, il va lui falloir trouver un moyen d'apaiser son instinct belliqueux, sinon lui-même finira par se faire tuer avant d'avoir pu récupérer l'arme qu'il n'a pas renoncer à s'approprier.

Après avoir réfléchi un moment sur les mesures à prendre, Harvil décide finalement que le meilleur moyen de dissiper le trop- plein d'énergie qui consumme le corps de Baldrig au point de le rendre fou est de la recevoir lui-même: en étreignant le prince, grâce à l'union de leurs deux corps, l'énergie maléfique viendra nourrir son propre flux magique. Heureusement, même ainsi métamorphosé Bald n'a rien perdu de son physique séduisant, il n'en paraît même que plus sensuel et provoquant, c'est donc avec un plaisir certain que Harvil met son plan à exécution. Immobilisé par le pouvoir du mage, le monstre qu'est devenu le prince est bien incapable de protester ! Puis, après avoir subi l'étreinte torride du magicien, Baldrig se rendort enfin, à bout de forces mais apaisé. Les arabesques noires disparaissent de sa peau tandis qu'il retrouve son état normal, et en le recouchant, Harvil lui remet ses menottes magiques afin qu'à son réveil, le prince ne s'aperçoive de rien. Tandis qu'il contemple le dormeur, un sourire de satisfaction se dessine sur le visage du magicien: certes, l'épée magique lui paraît toujours aussi intéressante, mais il doit s'avouer que Bald et le monstre au corps brûlant qui sommeille en lui revêtent désormais un vif intérêt à ses yeux !

 

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© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

Le lendemain, c'est frais et dispos que Baldrig s'éveille, reposé comme ce ne lui était plus arrivé depuis longtemps. Il n'a absolument aucun souvenir de ce qui s'est passé la nuit dernière, et tout juste s'étonne-t-il de ressentir une étrange douleur dans le bas du dos - sans doute normale lorsqu'on a dormi par terre sur un tapis ? Après un copieux petit déjeuner, le prince et le magicien entâment cependant leur voyage vers l'Est, qui devra les mener à un mausolée nommé Haldaïm. Il leur faudra dix jours de chevauchée à travers les montagnes pour atteindre leur destination, ainsi Harvil juge préférable de partir au plus vite. Tout en faisant route juché sur sa monture qui a plutôt l'air d'un dragon que d'un canasson, le magicien se met en devoir d'expliquer à son compagnon la raison pour laquelle il veut se rendre dans ce mausolée: une très ancienne légende raconte que cinq cent ans auparavant, un mage parvenu au bout de ses forces est décédé dans l'enceinte de Haldaïm; du coup, l'animal-esprit qui l'accompagnait s'est retrouvé sans maître et erre toujours là-bas. Non seulement cette bête magique comprend le langage des humains, mais on dit que de son souffle elle est capable d'embraser une forêt entière et d'assécher un lac en un instant. "Il s'agit probablement d'un vieux dragon, réfléchit Bald après avoir entendu cette histoire. Ce n'est pas dangereux d'aller dans un tel endroit ?" Bien sûr, que c'est dangereux, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle Harvil a souhaité qu'un guerrier aussi puissant que le prince l'accompagne là-bas. Car avec sa manie de collectionner les artefacts et les créatures les plus rares, le mage veut absolument s'approprier l'animal-esprit, persuadé qu'il lui serait fort utile.

Au bout de sept jours de voyage, les deux compères sont obligés de s'arrêter afin de s'acheter d'autres provisions. Une ville se dresse justement pas très loin du campement qu'ils ont établi dans la forêt, cependant, par crainte que sa malédiction ne se réveille et qu'il ne blesse quelqu'un, Baldrig enjoint Harvil de s'y rendre seul. Avant de s'en aller, afin que le jeune homme ne se sente pas trop seul durant son absence qui va durer jusqu'à la nuit, le mage lui confie une lampe magique: celle-ci contient une fée, et lorsqu'on tape sur le verre, la fée en colère se met à briller. Une fois Harvil parti, il va sans dire que Bald s'empresse de libérer la pauvre petite créature, ravie de retrouver sa liberté ! Tandis que la fée volette autour de lui, le prince se met à lui parler du magicien: c'est vrai qu'Harvil est un homme étrange, mais au fond, ce n'est pas un mauvais bougre. Depuis qu'ils voyagent ainsi ensemble, étrangement, Bald a le sentiment d'avoir le coeur plus léger. Il faut dire que depuis qu'il a quitté son pays natal, un mois entier s'est écoulé avant qu'il n'aie à nouveau l'occasion de parler à quelqu'un....

Mais tout en devisant, Baldrig détecte soudain une présence suspecte. Ce n'est pas Harvil, donc il y a de grandes chances pour qu'il s'agisse de démons ou de brigands. Et en effet, à peine quelques secondes plus tard le prince se fait assaillir par une volée de flèches ! Sur ses gardes, il parvient à presque toutes les repousser à l'aide de son épée, sauf une, qui vient se ficher dans son dos. Si cette fléchette n'est pas assez acérée pour lui ôter la vie, la substance paralysante dont elle se trouve enduite ne tarde pas à priver Baldrig de sa capacité de mouvement. C'est alors que surgissant du couvert des arbres, une bande de brigands des montagnes fait son apparition. Irrité de l'insolence du prince qui n'a rien perdu de sa morgue malgré la situation délicate dans laquelle il se trouve, leur chef décide de ne pas se contenter de le dépouiller de ses objets de valeur: ce jeune homme imprudent est probablement le fils de quelque noble des environs, et vu son joli minois, ils pourront le vendre à un bon prix ! Cependant le chef des brigands reporte vite son attention sur la magnifique épée que détient son prisonnier, à la lame couleur de sang: vu sa rareté, de cette arme aussi ses hommes et lui pourront tirer un bon prix !

Mais à peine le brigand s'est-il emparé de l'épée que la folie le saisit: ensorcelé par l'arme assoiffée de sang, son corps se change à moitié en pierre et il se met à abattre ses propres hommes ! Et assistant à cette terrible scène, Bald se met à songer que la légende de son pays était vraie: seul un membre de la famille royale peut toucher cette épée. Mais une fois qu'il a tué tous ses hommes, le chef des brigands se dirige vers le prince, qui ne peut toujours pas bouger. Heureusement, juste au moment où l'homme presque devenu golem brandit la lame au-dessus de sa tête, la malédiction de Bald se réveille: changé en homme-bête, il n'a aucun mal à bloquer le coup que s'apprétait à lui assener son adversaire !

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

Un peu plus tard, de retour de la ville avec ses provisions, en s'approchant de la forêt Harvil sent immédiatement l'odeur de sang qui l'emplit et l'aura maléfique qui s'en dégage. Mais quand il parvient enfin au campement, tout est déjà fini, Baldrig est seul, prostré au milieu de monceaux de cadavres. Comme d'ordinaire, une fois la malédiction rendormie il ne se souvient absolument plus de ce qui s'est passé, et en se voyant ainsi couvert de sang, n'ose imaginer ce qu'il a pu faire durant ses moments d'inconscience. Est-ce vraiment lui qui a tué toutes ces personnes ? se demande-t-il en larmes. Il se fait horreur.... Néanmoins Harvil n'a pas le temps de le consoler, car attirés par l'odeur du sang frais, des démons guettent les deux compères du haut des arbres. A peine une bataille s'est-elle achevée qu'il va falloir en livrer une autre ! Grâce à la magie des flammes purificatrices, Harvil n'a aucun mal à éliminer les premières créatures qui se lancent à l'assaut. Mais il en reste encore beaucoup d'autres, et toujours en proie au désespoir, Baldrig ne semble pas décidé à l'aider. Finalement, impatienté, le mage se débarrasse seul des démons et décide d'emmener le prince dans une maison en ruines qu'il a découvert en lisière de la forêt.

La nuit est complètement tombée lorsque les deux compères se retrouvent assis devant un bon feu de camp, à l'abri des murs de la maisonnette abandonnée. Le moral toujours au plus bas, Baldrig finit par déclarer que cette fois, il pense que le voyage est fini pour lui: "Tu l'ignores probablement, mais je suis un horrible monstre," profère-t-il à l'adresse de son compagnon. Harvil est déjà au courant pour avoir assisté à sa métamorphose, mais bien sûr il ne saurait l'avouer, peu enclin à croire que la relation charnelle qu'il entretient avec le double maléfique de Baldrig serait du goût de ce dernier ! Néanmoins le prince ne supporte plus de blesser ainsi des gens durant ses états d'inconscience, et il craint désormais plus que tout d'attenter à la vie de son nouvel ami. A cet aveu, le mage se met en devoir de lui expliquer que la malédiction dont il souffre n'est pas de celles que l'on peut conjurer aisément: même s'il décidait d'essayer dès maintenant, Harvil est convaincu qu'il n'y parviendrait pas, car quelque chose relie puissamment le sort à sa victime par l'intermédiaire de l'épée. Tout à l'heure, en retrouvant le prince dans la forêt, Harvil a aperçu au-dessus de lui une image l'espace d'une fraction de seconde: celle d'un groupe de vieux magiciens invoquant un cercle magique dont l'épée ensorcelée représentait le centre. Qu'est-ce que cela peut bien signifier ?

En jetant un coup d'oeil à son sac de voyage tout en discutant, Baldrig y découvre par hasard une poupée, probablement cachée là par son jeune frère Henry. Un triste sourire aux lèvres, le prince se rappelle alors qu'il a promis au petit garçon de rentrer à la maison quoi qu'il arrive. Il était sur le point d'oublier sa promesse, il lui faut donc continuer sa route en espérant que tout finira par s'arranger. Emu par le courage et la résignation du jeune homme, Harvil passe soudain une main dans ses cheveux: "Ne t'inquiète pas, je trouverais certainement un contre-sort," promet-il à son tour. Alors, enjoignant à Bald de ne plus se soucier de rien, il l'engage à prendre du repos.

 

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Quelques minutes plus tard, tandis que le prince s'est endormi la tête posée sur ses genoux, Harvil est aux prises avec un gros dilemne. Il a déjà vu un grand nombre de fois le genre d'envoûtement dont souffre son ami; s'il parvient à en découvrir l'origine, il lui sera facile de le conjurer. Mais voilà, parmi tous les démons qu'il a eu l'occasion d'affronter, jamais il n'en a rencontré d'aussi beau que celui que devient Bald une fois transformé, et Harvil doit s'avouer qu'il répugne à perdre ce compagnon secret de ses nuits. Mais d'un autre côté, s'il n'ôte pas la malédiction, le prince n'acceptera jamais de lui offrir sa précieuse épée. Problème délicat, mais comme Bald qui ignore tout de ce tourment intérieur est visiblement épuisé pour s'être démené tout à l'heure dans la forêt, cette nuit le mage décide de le laisser dormir tranquillement. Cependant Harvil n'a pas plus tôt pris cette décision que le visage du jeune homme lui revient en mémoire, son expression quand il lui avait caressé les cheveux. Et le souvenir de ces joues empourprées, de cette gêne pudique, suffit à anéantir d'un coup ses bonnes résolutions. D'un simple geste du doigt, Harvil ôte donc au prince ses menottes, et survient immédiatement la transformation. "Je t'aime aussi quand tu as cette apparence-là, Bald," prononce le magicien tandis que le sublime homme-bête se redresse pour se jeter sur lui. Mais l'immobilisant sans effort, Harvil entâme aussitôt de brûlantes caresses qui ont vite fait de le calmer. Voilà sept nuits qu'il libère ainsi le double de Bald en cachette de l'intéressé, et peu à peu, le démon s'est habitué à ses mains et à son étreinte. C'est donc avec docilité que sans chercher à le tuer, il accepte tout le plaisir que le mage peut lui donner. "L'autre Bald a l'âme si élevée et si pure.... Je ne pourrais sans doute jamais agir ainsi avec lui, déplore Harvil à voix haute sans cesser ses assauts. Pourtant, j'aimerais tant voir l'expression de son visage si je lui faisais l'amour...."

Le lendemain matin, sous les rayons d'un soleil radieux, le magicien est réveillé par un Bald déjà vêtu de pied en cap. "Dépêche-toi de te préparer, on part !" clame-t-il à tue-tête. Encore une fois, le jeune homme a tout oublié des événements de la nuit précédente et s'étonne simplement de la blessure que son compagnon porte au front, morsure infligée par son double bestial durant leurs ébats. "Harvy, pardonne-moi pour hier, prononce Bald, faisant référence à son accès de faiblesse de la veille au soir. Oublie ce que j'ai dit." Et sur ces mots, le prince gratifie le mage d'un sourire aussi lumineux que les rayons du soleil levant qui éclairent son visage. "Encore trois jours jusqu'au mausolée de Haldaïm ! poursuit-il, plein d'entrain et d'un nouveau courage. Diable, dragon, peu importe qui le garde, j'en fais mon affaire ! Je m'en vais te le terrasser en deux temps trois mouvements !"

 

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Après trois derniers jours de voyage, les deux compères sont enfin arrivés à destination. Il s'agit bien d'un dragon comme le supposait Bald qui garde le mausolée de Haldaïm, néanmoins le monstre n'est pas vraiment conforme à ce à quoi les voyageurs s'attendaient: le légendaire animal magique était censé comprendre le langage des humains, or non seulement ce dragon ne semble pas avoir la moindre once de cervelle, mais il ferait bien des deux arrivants son déjeuner ! "Bizarre.... Voilà qui est contraire à toutes les légendes que j'ai entendues...." Tandis que le prince affronte la bête en furie, Harvil s'interroge. Il remarque également que le mausolée est bien plus vaste qu'il ne l'avait prévu et semble recéler d'autres trésors que l'animal-esprit: derrière une lourde porte scellée, il ressent une puissante force maléfique. Qu'y a-t-il donc au fond de ces ruines ?

Mais tandis que le magicien reste là à examiner la porte, indifférent au combat qui se déroule dans son dos, il ne voit pas le dragon foncer tout droit sur lui. Baldrig a juste le temps de pourfendre le monstre de son épée avant qu'il ne blesse son compagnon, et une fois la bête à terre, le prince s'élance vers Harvil qu'il saisit par son col: "Qu'est-ce que tu fabriques à rester planté là comme une nouille ?! C'est dangereux ! Tu veux servir de casse-croûte à ce monstre ?!!" Néanmoins sans se départir de son calme, Harvil jette un coup d'oeil à la bête, qui git immobile sur le sol. "Et toi, pourquoi l'as-tu abattu ?..." demande-t-il au prince, ingrat et mécontent. - "Aaah...!! Zut...!!" Se rendant compte de sa gaffe, pris de panique, Bald se précipite sur le dragon pour lui prendre le pouls ! "Ehoooh, tu vis encore !?" claironne-t-il. Mais le dragon est mort, ce qui n'était pas du tout prévu dans les plans de Harvil, si bien que les deux compères commencent à se disputer: "Je n'avais pas le choix, s'exclame Bald. Si je n'étais pas intervenu, tu aurais été dévoré par ce dragon...!" - "Avec ta stupide force de bourrin, tu lui étais de bien loin supérieur, riposte Harvil. N'es-tu donc pas capable de te modérer un peu ?"

Tandis que Bald et Harvil se disputent, ils ne remarquent pas que soudain une étrange lumière émane de la gueule ensanglantée du dragon. Celle-ci s'élève dans les airs et se matérialise bientôt en un étrange petit animal volant aux allures de lapin angora. "Ah.... Cela fait si longtemps que je n'ai vu le monde extérieur.... prononce l'animal magique. Mon nom est Leezlegbell. Est-ce vous qui m'avez libéré ?" Cependant, alors que les deux compères se chamaillent de plus belle, Baldrig élevant la voix face à un Harvil décidément d'un flegme inébranlable, l'animal réalise bientôt qu'on ne l'écoute pas. "Ehoh, vous m'entendez ? C'est moi qui suis la...." reprend Leezlegbell, avant que Bald ne se retourne vers lui d'un air excédé. "Tu ne voudrais pas la fermer un peu ?" Néanmoins le prince en a assez de crier, conscient que l'expression de sa colère n'a aucun effet sur un être aussi stoïque que Harvil. ".... Très bien, j'ai compris.... De toute façon c'est moi qui ai eu tort. Collecter des babioles bizarres t'est plus précieux que ta propre vie ! Alors continue jusqu'à ce que tu en crèves !" Et sur ces paroles rageuses, se détournant d'un air dédaigneux, Bald quitte le mausolée sous le regard indéchiffrable de Harvil. "Ecoutez ce que je dis !" insiste Leezlegbell, consterné que nul ne lui prête la moindre attention. Mais enfin, Harvil consent à se tourner vers lui, bien que ce soit pour le gratifier de paroles peu aimables: "Qu'est-ce que tu veux, toi, depuis tout à l'heure ? D'où tu sors?" - "Mon nom est Leezlegbell, jadis le suivant de l'archimage Haldaïm." - "Toi...? s'étonne Harvil. Mais le dragon, alors ?...." - "Il s'agissait juste d'un simple dragon affamé," explique l'animal aussitôt. Mais loin de se réjouir d'avoir enfin mis la main sur le véritable objet de sa quête, Harvil saisit le pauvre Leezlegbell par le cou, mû par un accès de mauvaise humeur peu coutumière. "....Tu es complètement différent de ce que disait la légende, il y avait de quoi se tromper. Et à cause de toi, je me suis brouillé avec Bald ! Fais quelque chose !" - "Ce n'est pas de ma faute, répond le lapin volant, encore plus flegmatique que son nouveau maître. Ne passe pas tes nerfs sur moi."

Un peu plus tard, debout à la lisière des ruines, Bald contemple d'un air absent le lac et le paysage alentour. Leezlegbell ne tarde pas à venir le rejoindre afin de l'avertir que son compagnon s'est introduit dans les dangereuses salles du fond du mausolée, sans prêter l'oreille à ses mises en garde. "C'est une TÊTE DE MÛLE ! Laisse-le faire ce que bon lui semble !" rétorque Bald, sa colère réveillée. Mais nullement effrayé, tel une écharpe de fourrure, Leezlegbell vient s'enrouler moelleusement autour de son cou. "Bah, tu l'as dit, acquiesce-t-il. Mais il semble que ton ami ait ses raisons pour agir ainsi, comme toi avec ton épée grâce à laquelle tu m'as libéré." Surpris de ces propos, Bald se préoccupe enfin de demander à son interlocuteur qui il est, alors l'animal se voit contraint de répéter son discours de présentation, pour la troisième fois ! Mais si le prince n'est nullement intéressé par la grande valeur des artefacts et des animaux magiques, en revanche, il est immédiatement conquis par la frimousse craquante de Leezlegbell, qui lui rappelle Luluka, le lapin qu'élève son petit frère Henry. Pas étonnant donc qu'il le rebaptise à l'instant Luluka, ce qui est bien plus facile à prononcer ! Et ravi d'être couvert de caresses par ce jeune homme bien plus sympathique que son compagnon, l'animal-esprit accepte sans broncher son nouveau nom.

 

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De retour dans le mausolée, Bald et Luluka parcourent les vastes couloirs vides à la recherche de Harvil. Ils ne tardent pas à le découvrir étendu sur le sol d'un corridor, sans connaissance, l'épaule entaillée d'une blessure sanglante. Pris de panique, Bald s'élance aussitôt vers lui, mais il ne s'est pas plus tôt penché sur le corps inerte du magicien que se déclenche le piège dissimulé dans le mur. Le prince a tout juste le temps de s'écarter avant de se faire transpercer par les mêmes lames qui ont blessé son ami. "Baisse-toi, Bald !" ordonne alors Luluka. En dépit de ce que laissait croire son apparence mignonne, l'animal-esprit est bien aussi redoutable que le décrivent les légendes, ainsi, d'une puissante projection d'énergie, il n'a aucun mal à détruire le pan de mur avec tous les pièges qu'il renfermait. "J'avais bien dit que cet endroit était dangereux, prononce-t-il ensuite. C'est aussi comme ça que mon maître s'est fait tuer."

Tout danger écarté, Bald examine la blessure du magicien. "Tout va bien, ce n'est qu'une égratignure," constate-il soulagé. Cependant Luluka le détrompe vite: le piège dans lequel Harvil est tombé a été conçu spécialement pour éliminer les magiciens, ainsi ses lames étaient enduites d'un poison très violent qui affecte le système nerveux. Si on le laisse dans cet état, ce poison va souiller peu à peu le flux magique de Harvil, et il finira par mourir. "Quoi ? Il ne faut pas qu'il meure !... s'écrie le prince épouvanté. Je n'ai que lui sur qui compter !... Comment faire pour le sauver !? s'enquiert Bald, levant un visage désemparé vers son nouveau compagnon à fourrure. Dis-le moi, Luluka !" - "C'est simple, répond l'animal. Tu dois fabriquer un antidote et le lui faire boire. Et si tu ne le fais pas rapidement.... ton ami finira comme ça, comme mon ancien maître," conclut Luluka en désignant le squelette qui grimace dans un coin de la pièce !

Il va sans dire qu'une fois Harvil étendu à l'abri dans une chambre du mausolée, Baldrig se met aussitôt à la tâche ! Hélas, il a beau suivre à la lettre les indications de Luluka, il est davantage doué pour terrasser des dragons et monstres de tout poil que pour confectionner des décoctions, et c'est l'échec pour la énième fois.... Ne sachant plus que faire, Bald supplie l'animal de l'aider, si bien que sous les yeux médusés du prince, Luluka se résoud finalement à se matérialiser pour plus de commodité sous une forme humaine, celle d'un beau jeune homme aux longs cheveux roux tressés. Il avertit cependant Baldrig que pour être efficace, la décoction doit être confectionnée par une main humaine (c'est sans doute pour cela que lui-même n'a pu sauver son ancien maître), il l'engage donc à se remettre rapidement au travail.

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

Sous les efforts conjugués des deux apprentis-chimistes, la potion est enfin achevée avec succès. Il était temps, car Harvil ne respire presque plus ! Aspirant une gorgée du breuvage, Baldrig la fait boire au blessé par l'intermédiaire de sa propre bouche. Seulement, il ne se passe rien: toujours inconscient, Harvil ne paraît pas aller mieux. "C'est parce que le médicament a été conçu de manière malhabile, explique Luluka, il faudra sans doute du temps avant qu'il ne récupère. Néanmoins, maintenant, il n'y a plus à s'inquiéter." Pourtant ce n'est pas l'effet douteux du médicament qui a provoqué la surprise de Bald: lorsque ses lèvres se sont unies à celles du mage tandis qu'il le faisait boire, il a soudain été saisi d'une étrange impression. "Quelle est cette sensation...? ne cesse-t-il de se demander. Je connais ces lèvres...?" Intrigué, du doigt, il ne peut s'empêcher d'effleurer la bouche de Harvil. "....Eh ! le gronde Luluka. On ne fait pas des choses incongrues à quelqu'un qui est inconscient !" - "Ce n'était pas mon intention !? se défend Bald, honteux. C'est un mec !"

Ce que le prince a ressenti tout à l'heure n'était-il que le fruit de son imagination ? Le fait est que même en lavant le corps du blessé, trempé de la sueur d'une fièvre persistante, Baldrig ne parvient pas à s'ôter de la tête qu'il connaissait déjà avant le contact de cette peau. Afin d'en avoir le coeur net, il pose doucement sa joue contre la poitrine du magicien - avant de se redresser aussi sec, consterné par ses propres agissements ! "Quel idiot ! A quoi est-ce que je pense...? Je ne dois pas être dans mon état normal...." Alors, pour se soustraire à la vue de ce beau corps qu'il a étrangement l'impression de connaître sur le bout des doigts, Baldrig préfère quitter la pièce, prétextant aller chercher de l'eau. Tandis que Luluka le regarde s'éloigner d'un oeil inquiet, le prince se rend au bord du lac où il s'assoit maussadement. "Jusqu'à présent, sexuellement parlant, je n'ai jamais eu le sentiment d'être gêné par l'abstinence.... réfléchit le jeune homme en soupirant. Est-ce que par hasard, je serais en état de manque...?"

 

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Deux jours se sont écoulés et Harvil n'a toujours pas repris connaissance. Ce sommeil a pour conséquence que Baldrig se retrouve plongé dans un état d'irritation permanente, provoquée par des phénomènes physiques qu'il ne s'explique pas: palpitations, souffle court, étourdissements, sensation de désirs lancinants au creux du corps.... Autant dire qu'en ce moment, il n'est pas à prendre avec des pincettes, alors quand une troupe de serpents géants l'attaque soudain alors qu'il lave les chevaux, les malheureux reptiles en sont pour leurs frais ! Et c'est couvert de sang de la tête aux pieds qu'une fois la nuit venue, son arme sur l'épaule, le jeune homme réintègre le campement à l'intérieur du mausolée, où Luluka ne manque pas de frissonner à son aspect effrayant ! Cependant une journée passe et la nuit suivante, Harvil ouvre enfin les yeux. A peine le mage promène-t-il un regard embué autour de lui qu'il sursaute en découvrant la mine du prince accoudé à son chevet: des arabesques noires sur les bras et le visage, inconsciemment Bald s'est presque transformé en démon ! "Bald...? Qu'est-il arrivé à ton visage...?" s'exclame le magicien sidéré. Cependant le jeune homme n'a absolument pas remarqué les changements survenus sur sa personne, et tandis qu'il se contente de fixer son ami d'un air interrogateur, c'est Luluka qui se met en devoir d'expliquer à Harvil les événements de ces derniers jours, comment Baldrig l'a veillé trois jours durant après qu'il ait - stupidement - failli mourir des suites de sa blessure empoisonnée. "C'est vrai ?... demande Harvil, ignorant de ce qui lui était arrivé. Je suis désolé. Je n'ai pas encore les idées bien clai----" Mais le prince ne le laisse pas achever sa phrase: se précipitant sur le mage, il le plaque violemment contre la table de pierre qui lui servait de lit avant de s'allonger sur lui ! "Qu.... Qu'est-ce qui te prend, tout à coup...!?" s'écrie Harvil, blême d'effroi. - "Pardonne-moi, Harvy, répond Bald avec une impatience non contenue, MAIS TIENS-TOI TRANQUILLE ! Allons, il te suffit de rester immobile un moment, et ce sera vite fini. N'aie aucune inquiétude, quand je rentrerais dans mon pays, j'ai sufisamment de pouvoir pour t'entretenir." - "Qu.... Qu'est-ce que tu me chantes-là ?!"

De plus en plus livide, peu enclin à se faire "manger", Harvil n'ose interpréter les paroles de Baldrig, cependant le regard perçant et avide de ce dernier en dit long sur ce qu'il s'apprète à faire ! Et en l'observant, le mage finit par comprendre que son ami a perdu la maîtrise de lui-même parce que le démon qui sommeil en lui est actuellement en état de manque, délaissé trois jours durant par son amant nocturne plongé dans le coma. "Attends, Bald, ne brusque pas les choses ! s'exclame Harvil pour tenter de l'apaiser. Je viens d'être malade...." Mais le prince ne l'écoute pas, et assis à califourchon sur son corps, commence avec impatience à déchirer ses vêtements - sous le regard d'un Luluka que cette scène étrange ne laisse pas d'intéresser ! Si bien que pour calmer Bald, le mage excédé n'a d'autre choix que de le repousser d'un puissant rayon d'énergie, qui le mantient ensuite prisonnier contre un mur de la pièce. "Si je te laisse m'étreindre alors que tu es en pleine furie instinctive, vu l'état de faiblesse dans lequel se trouve mon corps, je risque d'en mourir, prononce le magicien chancelant en s'avançant vers le jeune homme. Mais toi en revanche, il y a quelque chose que tu peux me donner. Tu vas déverser en moi ce trop-plein d'énergie dont tu n'as pas besoin...."

Le coeur battant, au fond de lui Harvil est heureux que Baldrig le désire de lui-même, jamais il n'aurait pensé que cela adviendrait un jour. Néanmoins il ne s'est pas plus tôt approché du prince toujours emprisonné par des liens magiques que ce dernier achève soudain sa transformation ! Dévoilant ses crocs acérés, le démon toise le magicien de ses prunelles fendues, laissant échapper un grognement sourd et menaçant. En proie à une rage incontrôlable, le Bald noir n'a aucun mal à se libérer des liens qui l'enserrent, d'autant plus que la magie d'Harvil est à présent grandement affaiblie. Le magicien a beau le conjurer de garder ses esprits, le prince bondit pour se jeter sur lui ! Un instant Harvil croit sa dernière heure arrivée, mais son assaillant ne le tue pas: étendu sur son corps, les joues empourprées de fièvre, le démon se contente de mordiller sa peau sans le blesser, affamé non de chair humaine mais de la satisfaction de désirs ardents.

 

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Tandis que Luluka continue d'observer discrètement la scène depuis un coin de la pièce, les deux amants dénudés se donnent l'un à l'autre. Sevré depuis trois jours, Baldrig se déchaîne, au point qu'Harvil qui n'est pas en possession de toutes ses forces peine à suivre ses ardeurs. Et pourtant, grâce au trop-plein d'énergie qui déborde du corps de son amant bestial, il sent que ses pouvoirs magiques lui reviennent peu à peu. "Tu n'en pouvais plus à ce point de m'attendre...?" demande le magicien en étendant doucement sous lui le démon qui se fait docile, égratignant simplement sa peau de ses doigts griffus. Ainsi désiré, Harvil ne déplore qu'une chose: si Bald était en pleine possession de ses esprits, il pourrait alors l'embrasser sans craindre que ce dernier ne lui déchire les lèvres de ses crocs. Mais une fois saisi de l'envie de baiser ces lèvres entrouvertes, tant pis s'il doit en recevoir une blessure, le mage ne peut y résister. C'est donc avec tendresse qu'il se risque à s'emparer de la bouche de son amant....

 

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Le lendemain matin, le soleil est déjà haut dans le ciel quand Baldrig s'éveille enfin - pour découvrir couché à son côté Harvil dans un état encore plus mal en point que la veille, le corps entièrement recouvert d'écorchures et de griffures sanglantes. "Je.... Je ne m'en souviens pas très bien.... bredouille le prince épouvanté, mais est-ce que j'aurais fait quelque chose à Harvy...?" D'après ses maigres souvenirs, il se rappelle avoir cédé à une impulsion et sauté sur le magicien, et craint ainsi d'avoir infligé à son malheureux ami sa fameuse technique spéciale qu'il réserve d'ordinaire à la gent féminine ! Néanmoins Luluka s'empresse de le rassurer: grâce à une technique souvent utilisée par les magiciens pour restaurer leur force magique, Bald n'a fait que partager son incroyable énergie avec Harvil. Et l'animal - qui n'a pas tout compris ce qu'il a vu cette nuit - d'ajouter: "C'est très bon pour le corps. La prochaine fois, fais-le avec moi." - "Avec toi...? répète Bald intrigué. Dans ce cas, il faudra que tu m'expliques concrètement comment procéder." Le prince n'a pas plus tôt prononcé ces mots qu'un rayon d'énergie précipite soudain Luluka contre le mur à l'autre bout de la pièce. Tiré de son sommeil par les propos de l'animal-esprit sur le point de trahir son secret, il s'est soudain redressé, furieux ! "Ce soir, on mange du civet de lapin," déclare-t-il en saisissant Luluka par ses énormes oreilles.

Cependant Baldrig enjoint à son ami d'arrêter de plaisanter pour le ramener au problème qui les a conduits à voyager ensemble: lui-même a rempli sa part du marché en aidant le mage à trouver l'animal magique qu'il convoitait; à présent qu'Harvil semble aller beaucoup mieux, c'est donc à son tour de tenir sa promesse et d'aider le prince à se libérer de sa malédiction. A ce moment, Luluka intervient dans la conversation: s'adressant à Harvil, dont il a parfaitement remarqué qu'il se spécialise dans l'exorcisme, il lui annonce sans prendre de gants que l'envoûtement dont souffre Bald ne peut être rompu par un simple magicien tel que lui. Bien que vexé, Harvil ne saurait prétendre le contraire, mais s'empresse d'ajouter que s'il pouvait trouver un puissant medium qui pourrait visionner dans son entier les circonstances et la cérémonie de création de l'épée maléfique du prince - cette fameuse vision dont lui-même a entrevu un fragment dans la forêt une dizaine de jours plus tôt - il pourrait alors espérer conjurer le mauvais sort. "Aaah.... Quel bon à rien !" soupire Luluka moqueur en apprenant que le mage a besoin d'aide. - "Ma spécialité, c'est la PURIFICATION de bestioles MALEFIQUES et LOUCHES...." rétorque Harvil, déjà prêt à envoyer ses flammes purificatrices sur l'insolent lapin. Mais coupant court à la dispute, Bald propose de se mettre en quête d'un medium comme le mage l'a suggéré. Luluka propose alors qu'ils se rendent à Séléasdil, le pays des magiciens: là vivent un grand nombre de praticiens très puissants, exorcistes, envoûteurs et autres, nul doute qu'ils parviendront à y trouver le medium dont ils ont besoin. Bald a déjà entendu parler de ce pays et trouve l'idée intéressante, néanmoins, sursautant au nom de Séléasdil, Harvil refuse aussitôt. "PAS QUESTION ! Il faut au moins dix jours de chevauchée pour arriver là-bas. Cherchons un autre endroit." - "Qu'est-ce que tu racontes, proteste Luluka. Depuis ce mausolée, où que l'on veuille se rendre, cela prend au moins dix jours.... - "FERME-LA, LAPIN. CECI NE TE CONCERNE PAS." Mais faisant fi du regard menaçant lancé par le mage, Luluka boudeur vient s'enrouler autour du cou de Baldrig: "Tu n'as quand même pas l'intention de m'abandonner ici ? C'est décidé, je viens. AVEC BALD ! " - "Bald est un chevalier, il est incapable d'utiliser tes capacités magiques." Mais toutes les paroles de Harvil n'y pourraient rien changer, aussi irritant soit-il, le prince a déjà adopté l'animal magique et ne saurait s'en séparer !

Plus tard dans la journée, après avoir confectionné une tombe à l'ancien maître de Luluka, les voyageurs s'apprètent donc à repartir. "Ainsi tu vas à Séléasdil, Bald ?" interroge Harvil tandis que le prince se dirige déjà vers son cheval. - "Oui. Je veux au plus vite faire quelque chose pour conjurer cette malédiction, répond le jeune homme, l'expression résolue. En outre, je veux également découvrir pourquoi la famille royale a fait d'une arme aussi répugnante son trésor de famille. Sais-tu où se trouve Séléasdil ?" - "Oui, je le sais.... avoue le mage, détournant les yeux. C'est un endroit qu'il est impossible d'atteindre sans guide." - "Alors, guide-moi." D'abord silencieux à cette requête, le visage grave, Harvil finit par acquiescer. "Ce que je n'ai pas pu faire autrefois, peut-être y parviendrais-je à présent...." prononce-t-il, tandis que derrière lui le prince s'étonne de le voir soudain si sombre et énigmatique....

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

Après dix jours de voyage, la petite troupe est enfin parvenue aux environs de Séléasdil, le pays des magiciens. La nuit précédent leur arrivée en cette contrée, les trois compères trouvent refuge dans une grotte, et là, au lieu de prendre du repos après avoir apaisé les ardeurs du démon de Bald, Harvil se met en devoir de confectionner une amulette. Le lendemain matin, celle-ci achevée, le mage la remet au prince: empli du pouvoir de son concepteur, le bijou est destiné à endiguer la malédiction dont souffre Bald mieux que les menottes, qui ne se révèlent franchement pas très pratiques. Harvil avertit également son ami que Séléasdil a beau être son pays natal, ce n'est pas pour autant qu'ils y seront accueillis à bras ouverts tant il s'agit d'un endroit où les habitants vivent repliés sur eux-mêmes. Néanmoins cela n'a pas grande importance pour Bald: ravi du cadeau censé lui faciliter la vie, il s'empresse de le passer autour de son cou. Mais alors qu'il lève à nouveau les yeux vers le magicien, irrésistiblement, son regard est encore attiré par ses lèvres: pourquoi est-ce que cette bouche aux lèvres pleines lui semble donc si familière ? Il ne parvient décidément pas à s'ôter cette impression de l'esprit. Tout en buvant son café du matin, Harvil sent le regard insistant de son ami rivé sur lui, au point que cela finisse par le mettre mal à l'aise ! "Qu.... Qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça ?" demande-t-il alors, saisi de frissons. - "Mm ? Rien de spécial, répond nonchalamment le prince, avant de gratifier le magicien de son plus beau sourire. Je me disais juste qu'avec quelqu'un comme toi pour allié, je n'ai absolument rien à redouter. Je compte sur toi, Harvy." Mais même cet aveu si candide en apparence n'est pas pour rassurer le mage, qui craint que Bald n'ait comme idée en tête de lui sauter dessus comme la dernière fois !

La tempête fait rage au-dehors quand les voyageurs reprennent leur route, et difficile de voir devant soi tant le vent violent charrie des flocons de neige. Nulle ville ne se profile à l'horizon, le chemin qu'ils suivaient a depuis longtemps disparu, si bien que Baldrig commence à se demander si Harvil sait réellement où il va. Pourtant, le mage continue d'avancer d'un pas sûr, affirmant qu'ils ont déjà pénétré sur les terres de Séléasdil et conseillant par conséquent à son ami de rester sur ses gardes. Hélas, il n'a pas plus tôt proféré cet avertissement que le prince se retrouve subitement pris au piège d'un tourbillon paralysant. Celui qui a lancé ce sort ne tarde pas à faire son apparition: Harlein, mage-guerrier chargé de protéger le pays de toute intrusion, et pour une raison mystérieuse, celui-ci ne cache pas sa colère de voir Harvil de retour à Séléasdil. Le chevalier trouve que ce dernier ne manque pas de culot d'oser revenir ainsi en amenant un être souillé dont se dégage une forte aura maléfique. "Cette fois tu as l'intention de détruire le pays tout entier !? reproche-t-il donc. Si tu fiches le camp immédiatement, je te laisserais filer et ferais comme si je ne t'avais pas vu !!" - "Si je n'avais pas eu quelque chose d'important à y faire, jamais je n'aurais remis les pieds dans ce trou pourri peuplé de cinglés," réplique Harvil sans se départir de son calme, avant d'ordonner à son ancien compatriote de relâcher Bald. Cependant Harlein ne veut rien entendre: en tant que protecteur de ce pays, il ne saurait remettre en liberté une créature aussi potentiellement dangereuse, son devoir est de le ramener en ville et de faire son rapport aux Anciens à ce sujet. Et sur ces mots, tirant sur la corde magique qui enserre son prisonnier avant que Harvil n'ait le temps de réagir, le chevalier disparaît en emportant le jeune homme. "Voilà pourquoi ça ne me disait rien qui vaille de venir ici ! peste le magicien. Rien n'a évolué d'un poil !"

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten - Retrouvailles entre deux vieux camarades....

 

Un peu plus tard, Bald que son ravisseur a emmené en plein coeur de la ville se retrouve exhibé dans une cage sur la place publique tel un bandit de grand chemin. Les habitants de Séléasdil étant tous dotés de pouvoirs magiques, même les enfants ne manquent pas de remarquer l'ombre de la créature maléfique que dissimule le corps du prince, si bien que les badauds venus en masse pour l'observer préfèrent néanmoins rester à bonne distance. Et dans cette foule bruyante et quelque peu effrayée, nul ne remarque une silhouette encapuchonnée: inquiet pour son nouvel ami, Luluka l'a suivi dans l'espoir de lui venir en aide à la première occasion, prenant sa forme humaine pour plus de discrétion. Quant à Bald, scandalisé de la manière dont on le traite et protestant qu'il n'est pas un phénomène de foire, il exige à grands cris qu'on lui fasse rencontrer un responsable sur-le-champ ! Harlein, qui considère le jeune homme comme un démon, vient bientôt lui ordonner de se taire, mais au regard noir lourd de menaces que lui lance soudain son prisonnier, impressionné, le chevalier accepte enfin de lui donner quelques explications: les Anciens de Séléasdil sont actuellement réunis en conseil afin de décider de son sort; Harvil subit en cet instant-même leur interrogatoire serré, ainsi Harlein enjoint le prisonnier de se montrer patient. "Qu'est-ce qui ne va pas au sujet d'Harvy ?" demande Bald, étonné que bien qu'étant de Séléasdil, le magicien doive comparaître lui aussi devant le Conseil. - "Tu n'es pas au courant ? s'étonne le chevalier. Autrefois, Harvil a été banni de ce pays...."

Pendant ce temps, dans la vaste salle de la cathédrale où trônent les Anciens, le magicien doit s'expliquer sur les raisons de son retour: quelle affaire peut bien le ramener à Séléasdil dont il a été chassé dix années plus tôt ? Serait-il par hasard venu réparer le crime qu'il a commis autrefois ? "Réparer un crime ? répète le jeune homme, méprisant. Vous parlez du crime commis par une bande de vieux schnocks qui ont chassé un enfant sans défense sans même écouter ses explications ?" Une rumeur de voix outragées accueille aussitôt cette remarque insolente. Ainsi ce serait la vengeance qui aurait poussé Harvil Phropto à revenir en son pays natal ? Le mage a beau protester, comme jadis, les Anciens se mettent en coolère avant même d'avoir entendu ce qu'il a à leur dire, et il faudra l'intervention du Doyen pour ramener un peu de calme. Celui-ci reconnaît que dix ans plus tôt, en bannissant le garçon, les membres du Conseil ont surtout agi par peur: peur face au pouvoir magique d'une puissance rare dont enfant déjà Harvil était doté. Mais n'était-ce pas naturel, après l'accident terrible qu'un jour ce pouvoir avait fini par provoquer ?

Ceci nous ramène dix années plus tôt. A la mort de ses parents, Harvil avait été recueilli à l'Académie de Magie, dans laquelle tous les enfants de Séléasdil font leurs études. Elève préféré du Grand Maître en raison de l'étendue de ses dons et de sa précocité, cela n'était pas pour lui attirer la sympathie des autres enfants. Tandis que ses condisciples en étaient encore à des exercices de base tels que faire germer des graines de fleurs, Harvil en était déjà aux invocations de créatures d'un autre monde. C'est ainsi qu'après un échec, il avait fini par se retrouver avec une étrange bestiole juchée sur la tête - et impossible à enlever ! Cette mésaventure faisait il va sans dire bien rire ses camarades de classe moins doués, surtout Harlein, qui voyait là comme la juste récompense d'un trop grand pouvoir qu'on ne peut maîtriser. Davantage irrité de l'insolence avec laquelle Harvil répliquait à ses moqueries que jaloux à proprement parler, Harlein ne manquait pas une occasion de se chamailler avec l'autre apprenti-magicien. Comme Harvil était un malheureux orphelin condamné à vivre dans l'enceinte de l'Académie, où il passait le plus clair de son temps à faire le ménage quand il n'y avait pas cours, au lieu de s'amuser comme les autres enfants, ces derniers avaient bien essayé de le plaindre; mais en voyant combien Harvil était populaire auprès des filles de l'école - qui étudiaient dans un bâtiment à part et utilisaient d'ordinaire les garçons comme cible pour essayer leurs nouveaux sortilèges - pas étonnant que la jalousie ait fini par prendre le pas sur la compassion !

C'est ainsi qu'un jour, l'honnête Harlein excepté, trois des quatre garnements qui en voulaient à Harvil décidèrent de lui jouer un mauvais tour. L'Académie de Magie était en ce temps-là pourvue d'une salle aux trésors où l'on conservait une foule d'objets aussi précieux que dangereux à manipuler, dont le moindre n'était sans doute pas l'Oeuf de l'Insecte de l'Espace-Temps. En raison de sa dangerosité, cet oeuf avait été hermétiquement clos par un sceau magique si puissant que l'on disait que même le Doyen du Conseil serait incapable de le briser. Nul doute qu'en dépit de ses incroyables pouvoirs, même Harvil n'aurait aucune chance d'y parvenir, et voilà qui lui rabattrait un peu le caquet ! L'un des garçons étant parvenu à dérober le précieux oeuf, une nuit, les trois apprentis-magiciens imprudents l'apportèrent à Harvil qui travaillait tranquillement dans sa chambre. Enveloppant l'objet dans un tissu afin que le jeune mage ne puisse en dinstinguer la nature, ils lui demandèrent de l'ouvrir en prétendant qu'il s'agissait d'un jeu. D'abord mécontent d'être dérangé dans son travail sous un motif aussi puéril, le réfrigérant Harvil s'était vite laissé convaincre quand on lui avait annoncé que s'il parvenait à venir à bout du sceau de l'objet mystérieux, il recevrait en récompense la bonbonnière surmontée d'un lézard qu'il convoitait depuis longtemps ! (Enfant déjà, il était atteint du virus de la collectionnite aigüe....) Acceptant le challenge, Harvil avait donc concentré ses pouvoirs sur le sceau, qu'il avait réussi à briser avec une facilité déconcertante, libérant par ce geste l'Insecte Spatio-Temporel qui sommeillait dans l'oeuf. Lorsqu'il réalisa enfin quel objet on lui avait demandé d'ouvrir, il était déjà trop tard, et Harvil ne dût son salut qu'à la barrière protectrice conçue par la créature qu'il portait sur la tête alors que ses trois camarades de classe et une partie de l'Académie étaient envoyés dans une autre dimension de l'Espace-Temps, réduits dans ce monde à l'état de simples illusions....

 

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Voilà pour quelle raison les Anciens en veulent tant à Harvil: il a beau clamer que "Tout est de la faute des trois petits morveux qui ont voulu tendre un piège à un garçon pur et innocent comme moi et ont sous-estimé mes pouvoirs" - scandalisant au passage cette assemblée de vieux croûtons par son langage cru - les Anciens ne digèrent pas d'avoir perdu la salle aux trésors qui recelait tant de reliques inestimables et faisait l'orgueil de leur pays. Cependant Harvil met fin aux récriminations des vieux mages en proférant qu'il n'est pas revenu à Séléasdil spécialement pour ruminer le passé. D'ailleurs les Anciens n'ont aucune peine à deviner ce qui l'amène: probablement cette épée maléfique qu'ils ont confisqué à son compagnon et auquel l'arme semble étrangement reliée. Après quelques instants de réflexion, le Doyen se souvient qu'il a déjà ressenti auparavant cette aura démoniaque: c'est exactement la même que celle qui se dégageait d'un démon que l'Archimage Harcélès avait terrassé autrefois. "Harcélès...? répète Harvil avec surprise. Mon maître...?" - "Oui, ton maître.... acquiesce le Doyen. Il est possible qu'il savait quelque chose au sujet de cette épée.... Hélas, Harcélès se trouve à présent dans le bâtiment de l'Académie réduit à l'état d'illusion."

De son côté, Baldrig entend le récit des événements survenus dix ans plus tôt de la bouche de Harlein, qu'il a bien de la peine à croire: qu'est-ce que c'est que cette histoire d'Académie prisonnière d'un insecte spatio-temporel ? Ne la voit-il pas parfaitement depuis sa prison ? Le chevalier explique alors que bien que la plupart des bâtiments soient toujours debout, ils ont perdu des pièces importantes telles que la salle aux trésors et la grande bibliothèque. Et pire que tout, leur maître à tous, l'Archimage Harcélès. A ce moment, Harlein est interrompu dans son histoire par un individu encapuchonné qui lui annonce que c'est l'heure de la relève, avant de lui lancer un sortilège d'assoupissement. Il s'agit bien sûr de Luluka, venu apporter à Bald de la nourriture et des couvertures. Il ne peut hélas rien faire d'autre qu'améliorer son confort, car cette prison étant dotée d'une barrière magique destinée à endiguer les pouvoirs des démons, sa propre magie n'a aucun effet et il lui est donc impossible d'ouvrir la porte de la cage. Mais tout en parlant, Luluka remarque bientôt que le jeune homme n'a pas l'air dans son assiette: le visage blême, il paraît souffrir. "Qu'est-ce qui m'arrive, souffle Bald, pouvant à peine respirer. J'ai mal.... Et c'est comme ça depuis que j'ai entendu le nom de l'Archimage tout à l'heure...." - ".... Harcélès ?" demande Luluka. - "C'est la première fois que j'entends ce nom. Et pourtant.... réfléchit le prince, j'ignore pourquoi, j'ai l'impression de le connaître...." La sensation d'étouffement dont souffre le jeune homme se fait soudain si insupportable qu'il brise la chaîne de l'amulette confectionnée par Harvil qu'il porte autour du cou. Et par ce geste, le démon qui l'habite ne tarde pas à se libérer....

 

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Ignorant de ce qui arrive à son ami, Harvil s'est rendu au pied de la cathédrale qui abrite l'Académie de Magie, les Anciens sur les talons. Le mage est bien décidé à briser la barrière magique qui emprisonne toute une aile du bâtiment et à abattre l'Insecte de l'Espace-Temps, car s'il veut pouvoir libérer Baldrig de sa malédiction, il n'a pas le choix, il lui faut d'abord rencontrer son maître qui dort depuis dix ans dans l'une des pièces de l'école changées en illusion. Quand l'accident est arrivé jadis, Harvil n'était encore qu'un apprenti inexpérimenté, mais à présent, il maîtrise parfaitement ses pouvoirs. Même s'il n'a plus osé utiliser ses talents d'invoqueur depuis la catastrophe et la mort de la larve d'animal-esprit qu'il possédait autrefois, il est persuadé que maintenant, il parviendra à invoquer un esprit puissant et complètement formé. "Depuis le fin-fond de l'Espace-Temps, répond à mon appel, ordonne donc le magicien. Apparaît, Yôgaïshi ! Je t'invoque, ô bête fabuleuse ! Traîne l'Insecte de l'Espace-Temps hors de sa tanière !" Un gigantesque mandala se forme alors dans le ciel, duquel ne tarde pas à surgir un immense rapace revêtu d'une armure. De son cri aigu, l'oiseau n'a aucun mal à briser la barrière magique derrière laquelle se protégeait l'insecte responsable de tant d'ennuis.

Au même moment, pas loin de là, Harlein s'éveille soudain du sortilège de sommeil lancé par Luluka en raison du grondement assourdissant du tremblement de terre déclenché par l'invocation de Harvil. Cependant ce que le chevalier découvre en ouvrant les yeux se révèle bien plus effrayant que le séisme: Bald qui a complètement muté en démon est en train d'arracher sans difficulté les barreaux de sa cage, et une fois libre, son regard se tourne immédiatement vers la cathédrale. Sans écouter les appels de Luluka qui l'exorte à se calmer, le prince bondit avec détermination vers l'antique bâtiment. Au même instant, à l'intérieur, une fois brisée la barrière magique qui l'enserrait, la tour de l'Académie qui était réduite jusqu'alors à l'état d'illusion retrouve enfin son aspect normal. Le temps qui s'y était arrêté depuis dix ans reprend son cours, ainsi l'archimage Harcélès qui restait figé dans l'une des pièces à tailler ses bonzaïs reprend enfin connaissance. Si le maître d'Harvil a l'impression confuse de s'éveiller soudain après un très long sommeil, il ne se doute nullement que ce sommeil a duré toute une décennie ! Mais tout à coup, le sentiment d'être observé le fait se retourner brusquement et relever la tête vers l'une des hautes fenêtres de la tour. "Cette sensation.... Ce n'est pas possible.... ça ne peut pas être lui ...!?" songe le mage stupéfait en dévisageant le jeune homme aux crocs saillants qui l'observe perché à l'une des ouvertures. "Sire Freivang...." prononce Harcélès à haute voix, incrédule, avant de réaliser de lui-même qu'il ne peut s'agir de la personne qu'il croit reconnaître: "Non, je dois me tromper. J'ai éliminé Sire Freivang de mes propres mains.... Alors pourquoi est-ce que maintenant....?" Mais indifférent aux doutes qui assaillent l'archimage, le démon finit par lui adresser un sourire mauvais avant de s'élancer sur lui, toutes griffes dehors ! "....Vous souhaitez que ce cauchemar se répète encore une fois ?!...." s'exclame Harcélès livide en brandissant son bâton.

Pendant ce temps, à l'extérieur, l'oiseau de Harvil est parvenu grâce à ses serres puissantes à extraire l'Insecte Spatio-Temporel de la tour autour de laquelle il s'était lové. Il le précipite aux pieds de son maître, sous les regards admiratifs de la populace abasourdie. "Je ne te tuerais pas.... assure le magicien à l'insecte quand ce dernier, vaincu, vient se pencher piteusement au-dessus de lui. C'est moi qui t'ai fait sortir de ton oeuf, alors je prendrais mes responsabilités. Je te promet de bien m'occuper de toi." C'est ainsi que le légendaire Insecte de l'Espace-Temps vint rejoindre la panoplie des étranges créatures possédées par Harvil. Cependant à peine ce dernier a-t-il réglé cette affaire qu'un jeune homme qu'il ne connaît pas s'élance soudain vers lui pour lui annoncer que Bald - qui a pris d'un coup une mine effrayante - s'est enfui de sa prison et se bat en ce moment-même avec un magicien vêtu de noir. Dévisageant d'abord le nouveau-venu d'un air perplexe, en soulevant sa frange de cheveux et découvrant le curieux symbole en forme de spirale qu'elle dissimulait, le magicien reconnaît enfin Luluka. "Comment, c'est toi, lapin ?" s'étonne-t-il, car lui n'a encore jamais eu l'occasion de voir l'animal-esprit ainsi transformé.

Néanmoins le moment est mal venu pour perdre son temps en explications, car à l'intérieur de la cathédrale, le combat continue de faire rage. Baldrig changé en démon a beau disposer d'une puissance surhumaine, sa force brute ne saurait rivaliser avec les pouvoirs d'un magicien d'une puissance telle qu'elle lui a vallu le titre d'archimage, ainsi l'affrontement ne tarde pas à tourner en sa défaveur. "Encore un être qui souffre, prisonnier d'une ignoble malédiction...." constate Harcélès, avant de poursuivre d'un visage froid dénué de toute compassion: "Peu importe l'ampleur de ta force, tant que tu seras dominé par ton double démoniaque, tu ne pourras rien contre moi. Je vais immédiatement mettre fin à tes souffrances." Et sur ces mots, l'archimage dirige vers son adversaire, à genoux à terre et désormais incapable de se défendre, une volée de rayons meurtriers. Mais à cet instant, un autre rayon d'énergie se dirige quant à lui sur Harcélès qui, prévenu du danger par son sixième sens aiguisé, a tout juste le temps de se protéger de cette attaque en se constituant un bouclier. "Cela m'ennuierait beaucoup que l'on ose se permettre de porter la main sur ce monstre-là, lance Harvil d'un ton impérieux. Il m'appartient, mon Maître ."

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten - Des retrouvailles maître-disciple plutôt mouvementées....

 

Suivant de près Harvil et Luluka, Harlein débarque à son tour dans la pièce et ordonne immédiatement à ses hommes de s'emparer de Bald, cet insolent démon qui a osé montrer les crocs à leur vénéré archimage. Cependant le prince a beau être blessé, ce n'est pas pour autant qu'il est désormais sans ressources, alors bondissant soudain par-dessus les chevaliers qui le menaçaient de leurs armes, il parvient sans peine à se sauver par la fenêtre. Tandis que ses hommes se lancent à la poursuite du fuyard, Harlein s'agenouille respectueusement aux pieds d'Harcélès, son ancien maître. "Seigneur Harcélès, prononce-t-il, je ne pensais pas pouvoir vous revoir un jour vivant. Je souhaiterais avoir le temps de me réjouir de nos retrouvailles après une si longue séparation, hélas, il me faut poursuivre cet individu. Alors sur ce, excusez-moi !" Et après avoir perdu quelques secondes à saluer ainsi courtoisement son maître, Harlein change subitement de registre de langage pour se lancer à la suite de ses hommes en beuglant: "Ne le laissez pas sortir du pays !!" - "Mmm.... Qui est-ce ?... réfléchit quant à lui l'archimage, qui évidemment ne peut reconnaître son disciple, encore enfant la dernière fois qu'ils se sont vus ! Mais après avoir ordonné à Luluka de suivre Bald, Harvil s'avance à son tour vers Harcélès. Bien sûr, avec sa fierté et son mauvais caractère, ce n'est pas lui qui irait jusqu'à se prosterner à ses pieds comme son ancien camarade de classe ! "Mon Maître, il y a quelque chose que je désirerais vous demander, commence-t-il. C'est au sujet de l'épée maléfique nommé Yug Velund...." A peine Harvil a-t-il prononcé ces mots qu'une surprise mêlée d'hostilité se peint soudain sur les traits de l'archimage. Mais après un court silence, ce dernier finit par demander: ".... Qui es-tu ?" Pauvre Harvil ! Lui non plus son vénéré maître, dont il était pourtant le favori, ne l'a pas reconnu !

Après une course effrénée, Bald est finalement parvenu à s'enfuir hors de la ville. Il se dirige vers le nord, ignorant que cette partie du pays est uniquement constituée de falaises abruptes. De ce fait, en dépit de tous ses efforts pour échapper à ses poursuivants, il finit par déboucher dans un cul-de-sac, au bord d'un précipice vertigineux. Les chevaliers qui ont réussi à le rejoindre sont désormais sûrs de leur victoire: à moins de maîtriser un bon sortilège de lévitation, le démon est cuit ! Mais ainsi acculé au bord de la falaise, Bald préfère encore risquer le tout pour le tout plutôt que de se faire reprendre. Il se jette alors dans le précipice, sous les appels effrayés de Luluka....

Baldrig git dans la forêt que surplombe la falaise. S'il a survécu à sa chute vertigineuse grâce à sa transformation en démon, il se retrouve néanmoins dans un état grave. Luluka, qui a repris une apparence humaine, fait de son mieux pour tenter de le secourir, lui apportant de l'eau au creux de ses mains pour soulager sa fièvre. Hélas, sous sa forme d'homme-bête, Bald refuse absolument de se laisser toucher et repousse donc Luluka qui, désespéré, ne sait plus que faire: avec une fièvre pareille, s'il ne boit pas, le jeune homme va finir par mourir ! Néanmoins l'animal-esprit a beau supplier le prince de reprendre son ancienne apparence, ses prières restent vaines. ".... Tu as donc l'intention de mourir ici ? gémit Luluka dans son impuissance. Je ne supporterais pas de perdre encore une fois un maître.... Et quand je me sens seul et triste, je perds tous mes pouvoirs...!" A peine a-t-il éclaté en sanglots que conformément à ses craintes, Luluka devient incapable de conserver pus longtemps son apparence humaine. Vidé de ses forces, il s'effondre sans connaissance sur le corps de son maître bien-aimé....

Au même moment, à Séléasdil, toute la ville est en liesse: non seulement la cathédrale de l'Académie de Magie a réapparu dans son entier et toute sa splendeur, à nouveau pourvue de sa précieuse bibliothèque, mais les trois garnements qui avaient voulu jadis jouer un sale tour à Harvil sont enfin sortis de leur sommeil et ont pu ainsi retrouver leurs parents. Quant à Harcélès l'Archimage, il n'en revient pas d'avoir à son insu été figé dix ans durant dans une autre dimension et de retrouver son disciple préféré adulte, alors que pour lui, hier encore, Harvil n'était qu'un petit garçon de douze ans ! Pourtant nulle autre personne de sa connaissance ne saurait arborer ces cheveux argentés et surtout cette mine boudeuse comme ce n'est pas permis ! Pas de doute, c'est bien Harvil Phropto qui se tient à présent devant lui ! "Maintenant, lance le jeune magicien avec ferté, me voilà devenu plus grand et plus robuste que vous, et je maîtrise désormais à la perfection mes immenses pouvoirs. Je suis un Archimage tout comme vous, valeureux et accompli !" - "Certes, répond Harcélès à cette tirade pétrie d'orgueil bien digne de son ancien disciple. Tu as l'air d'avoir bien progressé durant ces dix ans.... excepté pour ce qui est du caractère ." Mais cessant bientôt de plaisanter, Harvil en vient à aborder le sujet qui le préoccupe: expliquant à son maître la véritable identité de Bald, il lui demande la raison pour laquelle ce dernier a tenté de l'attaquer. A peine a-t-il entendu que Baldrig est en réalité le prince héritier du royaume d'Arsveiz que Harcélès ne dissimule pas sa surprise. "....En effet.... C'était donc ça ? murmure-t-il comme pour lui-même, un doux sourire aux lèvres. Il me semblait bien que ce jeune homme ressemblait à quelqu'un que j'ai connu.... A cet être vénérable.... Freivang Arsveiz...."

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten - Le Roi Freivang, l'arrière-grand-père de Bald

 

Avec nostalgie, l'archimage commence alors à raconter comment un siècle plus tôt, à une époque de troubles où la plupart des royaumes de ce continent s'affrontaient dans des guerres sans fin, il vivait au royaume d'Arsveiz en tant que magicien du palais. En ce temps-là, le roi de ce pays se nommait Freivang. C'était un jeune homme intelligent et sage, clairvoyant et d'une grande bonté d'âme. Rien ne faisait davantage la joie de l'archimage que de servir un tel souverain. Un jour, afin de terrasser l'armée de démons envoyée par un pays ennemi, le Roi réunit sept magiciens extrêmement puissants. Ils accomplirent une cérémonie destinée à invoquer pour le souverain la puissance d'une créature non-humaine, magie d'un niveau très élevé qui devait faire s'incarner dans une épée une divinité diabolique. Mais voilà, parmi les sept mages s'était caché un espion de l'ennemi. A cause de lui la cérémonie échoua, tandis que le Roi, qui avait reçu la malédiction du dieu-démon en son propre corps, fut transformé en un monstre sanguinaire qui dans sa folie tua cinq des magiciens présents.

"L'épée Yug Velund est une lame maléfique qui libére un pouvoir issu de la souffrance du dieu-démon qui y est enfermé par magie pour l'éternité, explique Harcélès en se détournant, bouleversé par le souvenir de ce drame de jadis. Sire Baldrig, qui ne fait désormais plus qu'un avec cette épée, m'a attaqué parce qu'il désirait fuir cette souffrance. Autrefois, à l'issue de la bataille, j'ai dû tuer le roi que j'aimais et respectais plus que tout de mes propres mains.... Harvil, demande donc l'archimage en se tournant vers son élève, quels rapports entretiens-tu avec ce prince ? Si tu continues de vouloir intervenir dans cette affaire, un jour, comme moi autrefois, tu risques d'être amené à prendre une bien pénible résolution. Cette malédiction résulte d'une technique magique très élaborée, tu ne pourras pas en venir à bout tout seul. Mais quand il le faudra, je t'aiderais," conclut Harcélès, posant une main apaisante sur l'épaule de son disciple. Les révélations de son maître ont causé un choc à Harvil, et pas seulement pour avoir appris qu'en dépit de son apparence de jeune homme, le vénérable archimage a en réalité plus de cent ans: Harcélès a beau lui conseiller de ne plus se mêler de cette histoire de peur d'être un jour contraint d'abréger lui-même les souffrances de Bald en mettant fin à ses jours, le prince et lui partagent déjà un lien auquel Harvil se sent incapable de renoncer. Lien d'amitié et de confiance.... Ainsi qu'un lien charnel très profond....

Dans la forêt où il git toujours, étendu sur un tapis de feuilles sèches, Bald reprend enfin connaisssance, et cette fois, sous son apparence humaine. Etonné de se retrouver ainsi en un lieu inconnu, sans souvenir aucun des évènements qui l'y ont conduit, il se demande bien ce qui a pu se passer durant son incarcération à Séléasdil. Tout son corps lui fait mal, surtout sa tête, comme si celle-ci était fendue en deux. Se relevant péniblement tout en serrant contre lui le corps inerte de Luluka, le jeune homme tente de faire quelques pas, saisi d'une crainte sourde au creux du ventre: est-ce que par hasard il aurait attaqué la population de Séléasdil ? Si c'est le cas, songe-t-il amèrement, il n'a plus le droit de continuer à vivre. Même le collier donné par Harvil et censé sceller le démon qui est en lui n'a pas résisté à la force de la malédiction, en dépit de la puissance de son concepteur. "Harvy, où es-tu ? implore mentalement le prince désespéré. Vite.... Viens vite me...." Me secourir ? M'achever ? Baldrig n'achève pas sa phrase, car soudain Harlein et ses chevaliers surgissent devant lui. Ces derniers ne cachent pas leur stupéfaction de découvrir le fuyard encore en vie; certes, ce n'est pas là un démon ordinaire ! Quand l'un des chevaliers demande s'ils doivent ramener leur prisonnier à Séléasdil, Harlein répond néanmoins négativement, car il craint que le démon ne se démène encore dans la ville. A ces mots, Bald déduit alors à tort que ses pires craintes étaient justifiées: il a attaqué des villageois. Résigné à un juste châtiment, en son coeur empli de lassitude, il appelle encore Harvil, qu'il voudrait tant revoir une dernière fois avant de mourir....

"De toute façon, il est mourrant.... profère l'un des chevaliers, s'adresssant à son chef. Que fait-on ? On l'achève afin d'abréger ses souffrances ?" Sans répondre, Harlein s'avance vers le jeune homme, qui s'est effondré au pied d'un arbre. Mais à peine tend-t-il vers lui une main hésitante que Luluka se redresse soudain et assène au capitaine des chevaliers une volée de balles d'énergie - avant de s'évanouir à nouveau, à bout de forces. "Qu.... Qu'est-ce que c'est que ce lapin !?" crient les autres chevaliers consternés. Cependant Harlein leur assure que ce n'est rien, car en vérité cette pitoyable attaque ne lui a pas fait grand mal. A cet instant, Bald sort de son état de torpeur pour lever vers Harlein un regard suppliant. "....Il n'a fait que m'accompagner.... prononce péniblement le prince en tendant au chevalier le corps de Luluka. Je vous en prie.... Ne pourriez-vous pas lui porter secours...?" A cette requête prononcée d'un visage à l'expression si poignante, le chevalier en est complètement désarçonné: en dépit de la situation critique dans laquelle il se trouve, cet étrange démon se soucie davantage du sort de son compagnon animal que du sien ? "...Est-ce réellement le même individu que le démon de tout à l'heure...? s'interroge Harlein, incrédule et perplexe. C'est comme si l'état de possession l'avait quitté.... Mais si on l'abandonne dans cet état, je ne lui donne même pas quelques minutes à vivre.... Et personne ici n'est capable de lancer un sort de guérison de niveau élevé.... Dans ce cas, mieux vaut encore...."

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

En un clin d'oeil Harlein a pris sa décision: concentrant son énergie magique dans une main, il l'applique brusquement contre le front de Baldrig. Juste à ce moment, un puissant tourbillon vient s'abattre sur la forêt: Harvil qui a utilisé les pouvoirs du vent pour léviter vient alors se poser devant les chevaliers médusés. A peine a-t-il aperçu le corps inerte de son ami que le mage se précipite vers lui pour le prendre dans ses bras. Mais il a beau l'appeler, le prince inconscient ne répond pas. Ses traits se sont figés; sa peau a déjà revêtu une pâleur mortelle. "Bald.... Il ne respire plus...!? songe Harvil incrédule en caressant la joue du jeune homme. C'est trop tard.... Son corps s'est déjà raidi..." Les mains tremblantes, le mage repose doucement le corps de son ami sur le sol. Avant même qu'il puisse s'abandonner au chagrin, une rage sombre le saisit. "...Qui est-ce.... QUI A TUE BALD...?!!" explose-t-il tandis que son bâton libère un torrent de flammes. Aussitôt il se précipite sur Harlein, qu'il saisit par le cou. "Brûlé par les flammes dévorantes de l'Enfer, meurs !" prononce-t-il d'une voix sombre et pleine de rancoeur. En cet instant Harvil paraît un tout autre homme, jamais son tempérament plutôt froid n'aurait laissé imaginer qu'il était capable d'une telle fureur dévastatrice ! Mais en dépit de la main embrasée qui serre son cou comme un étau, Harlein trouve encore la force de parler: "A.... Attends.... Il n'est pas encore mort...!! assure-t-il, évoquant Bald. Comme son souffle était si ténu qu'il semblait sur le point de mourir, je l'ai plongé dans un état d'hibernation...! J'ai gelé temporairement toutes ses fonctions vitales, c'est la technique magique dans laquelle j'excelle le mieux. Si on le soigne sitôt après l'avoir ranimé, il pourra certainement être sauvé...."

Ainsi, Harlein n'a jamais voulu faire de mal à Baldrig: au contraire, en faisant hiberner son corps jusqu'à ce qu'apparaise quelqu'un capable de guérir ses blessures, il lui a sauvé la vie ! Tandis que sa rage s'apaise peu à peu, Harvil consent enfin à lâcher le chevalier. Se saisissant du corps de Bald, il s'apprète à l'emporter avec lui. "....Jadis, lance Harlein dans son dos, tu m'as traité de bon à rien pas même capable de faire bourgeonner une graine de fleur, Harvil ! Mais c'était justement cela, mon talent !" Le capitaine des chevaliers n'est pas peu fier de sa capacité à geler les fonctions vitales des être vivants, don magique peu répandu, et peut-être aussi le seul qu'il possède. Mais sans écouter ses vantardises, Harvil n'est préoccupé que du jeune homme qu'il tient dans ses bras. "Bald.... Allez, rentrons, prononce-t-il, comme si le prince pouvait l'entendre. Ne t'inquiète pas, je vais te guérir...." Tout en s'éloignant avec son précieux fardeau, le mage n'est cependant pas sans s'étonner de son propre comportement. "Quand j'ai cru que Bald était mort, réfléchit-il, le sang m'est brusquement monté à la tête.... Dans le futur, si jamais j'étais amené à me battre contre lui, est-ce que, comme mon maître.... je parviendrais à porter la main sur lui...?" Rien n'est moins sûr....

Le soir, alors qu'une nuit étoilée commence à recouvrir la ville de Séléasdil, Bald se réveille enfin pour se retrouver allongé dans le lit confortable d'une auberge des faubourgs. Tandis qu'il promène un regard égaré sur les poutres du plafond, il ne tarde pas à repérer les deux autres occupants de la pièce: Luluka, roulé en boule dans un panier près de son lit, et Harvil, qui lit tranquillement assis à son chevet. A peine le prince a-t-il prononcé son nom qu'abandonnant sa lecture, le magicien se penche sur lui afin de lui demander comment il se sent. "...Aaah.... soupire Bald faiblement. Mon dos...." - "Il te fait souffrir...?" demande Harvil avec inquiétude. Mais un léger sourire aux lèvres, le jeune homme répond qu'au contraire il se sent très à l'aise, depuis si longtemps qu'il n'avait plus dormi dans un lit. Après avoir fait boire son ami, Harvil lui enjoint de se reposer encore un peu: Bald n'a pas l'air de s'en rendre compte, mais il avait mis un pied dans l'entrée de l'Au-Delà. Cependant quand le mage va pour s'éloigner, à sa surprise, le prince le retient par un pan de sa cape. "Tu ne voudrais pas rester encore un peu auprès de moi...?" demande Bald, levant vers Harvil un regard éperdu. Comment refuser une telle requête, d'autant qu'en cet instant, ce jeune homme aux traits juvénils paraît si désemparé et si las ? Acquiesçant, Harvil se rassoit donc à ses côtés, avant de se pencher à nouveau sur lui pour déposer un tendre baiser sur son front. Tandis que le mage lui caresse les cheveux, Bald n'en revient pas de le voir faire preuve d'une telle tendresse à son égard. "...Harvy.... Si tu veux m'embrasser, c'est le baise-main," plaisante le prince afin de dissimuler son trouble, détournant timidement les yeux. - "Je ne suis pas ton serviteur," répond aussitôt Harvil. Et sur ces mots, retournant doucement la main que lui tendait son ami, il y applique ses lèvres aux creux de la paume. "Ce baiser scelle ma promesse, prononce-t-il ensuite sentencieusement. Celle que quoi qu'il advienne, je te libérerais de ta malédiction." - ".... Oui. Je compte sur toi."

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

Tandis que la nuit au-dehors se fait de plus en plus noire, Baldrig finit par se rendormir, la tête délicatement posée sur les genoux d'Harvil. A le voir reposer si paisible, heureux de la joie simple de pouvoir dormir dans un lit, le mage a vraiment le sentiment que son compagnon ne réalise nullement qu'il vient d'échapper de peu à la mort. Cette insouciance doit être un trait de caractère particulier aux gens de haute naissance et trop bien éduqués: ils n'ont aucune conscience du danger au point que c'en est consternant ! Qu'arriverait-il si un être de la pureté de Baldrig venait à se faire trahir par une personne en qui il a toute confiance ? Nul doute que cette expérience laisserait son coeur irrémédiablement souillé. La simple présence de Harvil à ses côtés suffit à le rassurer.... C'est dire combien le prince a placé en lui sa confiance, songe le magicien. Soucieux, il se remémore le Conseil des Anciens de Séléasdil auquel il a assisté en secret: "Cette bête démoniaque est une créature maudite engendrée par un pouvoir magique perverti, avait énoncé l'un des vieux magiciens. Si nous la relâchons dans le monde, cela nuira à la réputation de notre pays." - "Oui, mais si nous la laissons demeurer ici, il est possible qu'un jour elle représente un danger pour les habitants...." - "Il n'y a qu'à demander à Maître Harcélès de sceller ce démon...." Après avoir surpris les propos tenus lors de ce concile, Harvil avait acquis une certitude: il est impossible de prévoir ce que les gens de son pays natal vont faire à son ami; pas plus les Anciens qui l'avaient lui-même banni alors qu'il n'était encore qu'un enfant et cherchent à présent à nuire à Bald, que son propre maître, qui a été jusqu'à tuer Freivang, l'arrière-grand-père du prince, qu'Harcélès aimait et révérait pourtant. "Aujourd'hui, pour la première fois, conclut mentalement Harvil, caressant d'un doigt les lèvres du jeune homme, j'ai pris conscience qu'il n'y a que moi qui suis en mesure de le protéger. Moi qui jusqu'à présent n'avait pas trouvé d'intérêt à exercer mon pouvoir excepté celui de satisfaire ma cupidité, jamais je n'aurais imaginé qu'une seule et unique personne éveillerait en moi le désir de lutter pour elle jusqu'au bout."

Voilà pourquoi Harvil prend finalement la décision de quitter Séléasdil la nuit même, avant que les Anciens n'aient le temps de mettre leurs plans, quels qu'ils soient, à exécution. "Je ne laisserais personne porter la main sur toi.... jure le magicien, enfourchant son cheval en serrant contre lui le prince chaudement enveloppé dans des couvertures. Je ne deviendrais pas comme mon maître. Car avec Bald, je m'avance sur un chemin qui doit nous conduire à surmonter le destin...."

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

 

- Supplément: Tabi no Tochû ("En voyage"), page 181: Quelque temps après avoir quitté Séléasdil le Pays des Magiciens, les trois compères ont finalement atteint une autre contrée. Tandis que Baldrig et Luluka installent le campement, Harvil s'est rendu en ville afin d'acheter de nouvelles provosions. C'est alors que chez l'épicier, il repère une étrange idole conservée dans une vitrine, qu'il reconnaît immédiatement comme un artefact des plus rare. Talonné par sa manie décidément inguérissable de la collectionnite, il décide aussitôt de s'octroyer cet objet. Mais voilà, la statuette n'est pas à vendre, et il faudra au mage user de toutes ses capacités de persuasion - proposant de céder gratuitement à l'épicier les onguents précieux et réputés qu'il confectionne, et même de le libérer du gros furoncle qu'il porte sur le menton ! - avant qu'enfin l'homme excédé se décide à donner satisfaction à ce bien étrange client. Pendant ce temps, au campement que les voyageurs ont établi au bord de la rivière, Bald fait chauffer du café, Luluka sous sa forme humaine pendu à son cou. Depuis un moment déjà, le prince a remarqué qu'une étrange odeur suave se répand peu à peu dans l'air; intrigué, il finit par se lever afin de rechercher sa provenance. Tandis qu'il s'avance parmi les arbres sans avoir pris la précaution d'emporter son épée, Luluka lui remet en mémoire les avertissements de Harvil: celui-ci avait pourtant bien recommandé que Bald ne s'enfonce pas au coeur de la forêt sans armes. Sage conseil, hélas rappelé trop tard. Car à peine le prince s'est-il arrêté un instant pour écouter Luluka qu'une longue tentacule le saisit soudain par le cou. D'autres ne tardent pas à venir s'enrouler autour du reste de son corps, si bien qu'enserré dans un étau de tentacules végétales puissantes, il se retrouve bientôt suspendu au sommet d'un arbre dans lequel a élu domicile une immense fleur d'aspect peu engageant ! Luluka tente bien de venir en aide à son maître, mais une bouffée d'un gaz paralysant a tôt fait de faire échouer sa tentative de sauvetage. "Qu'est-ce que c'est que cette chose !" hurle Bald, qui malgré toute sa force de guerrier ne parvient pas à se libérer. - "C'est une espèce de plante carnivore qui se nourrit de l'énergie sexuelle des Humains, parvient à expliquer Luluka, bien que toujours immobilisé. On l'utilise également comme ingrédient dans la confection de drogues aphrodisiaques." Mais Bald n'a que faire de ces précisions. Tout ce qu'il voudrait, c'est que l'on vienne à son aide, car les tentacules de la plante démoniaque se font de plus en plus hardies ! Elles caresses lascivement son corps, se glissent sous sa chemise et jusque dans son pantalon, arrachant à sa victime les frissons de plaisir d'où elles tirent leur nourriture. Néanmoins le prince ne tarde pas à en avoir assez de devoir supporter cette humiliation. Brusquement le démon en lui se réveille, si bien qu'au coucher du soleil, lorsque Harvil revient enfin au campement alerté par Luluka, Bald a déjà fait son affaire à cette lubrique plante carnivore.

Un moment plus tard, lavé et rafraîchi après sa mésaventure avec ce végétal gluant, Baldrig s'efforce d'éviter des explications embarrassantes en clamant que jamais il n'aurait imaginé qu'on pouvait être attaqué par une plante. En réalité, il a vraiment honte de ce qui lui est arrivé et n'espère qu'une chose: qu'Harvil ne lui demande surtout pas de détails ! Cependant ce dernier est bien trop occupé à étaler fièrement tous les nouveaux artefacts qu'il a découvert dans ce village de campagne où personne ne soupçonnait leur réelle valeur pour se préoccuper de la mésaventure de son ami. Le collectionneur est particulièrement ravi d'avoir pu se procurer cette statuette extrêmement rare que l'on appelle "L'Idole qui dit la Vérité": celle-ci, explique-t-il au prince en lui tendant l'objet, a été créée à une époque reculée par un artisan spécialisé dans la fabrication d'objets magiques qui désirait savoir ce que renfermait le coeur de sa bien-aimée. Et en effet, Bald n'a pas plus tôt saisi la statuette afin de l'examiner que celle-ci se met à déclamer de sa voix artificielle ce que le jeune homme ne voulait surtout pas que le magicien apprenne: "Caressé par une plante démoniaque, j'en ai éprouvé du plaisir mais cela doit rester un secret pour Harvy." Horreur et damnation ! A peine la statuette a-t-elle divulgué son secret honteux que Bald livide et furieux la brise d'une pression de la main ! "CE TRUC EST CASSE, profère-t-il pour expliquer son geste face à un Harvil consterné. On t'a certainement refilé une contrefaçon. Quel dommage." - "....Caressé par une plante démoniaque...." répète quant à lui le magicien, aussi enragé de ce qu'il vient d'apprendre que de voir sa précieuse statuette en morceaux.

Si bien que la nuit venue, Harvil décide de se venger. Utilisant comme ingrédient les tentacules de la plante carnivore, il se met en devoir de fabriquer un puissant aphrodisiaque destiné à obliger Bald à lui rembourser au lit la valeur de l'objet qu'il a volontairement cassé. De ce fait, après avoir absorbé cette mixture, le prince changé en démon se montre plus docile qu'il ne l'a jamais été à ses caresses, le corps littéralement en feu ! Afin que jamais plus une créature lubrique telle que la plante ne puisse souiller son partenaire, le mage va jusqu'à marquer le corps de Bald de son propre sceau pour s'en réserver le monopole. Tandis que le couple s'adonne à ces ébats torrides exaltés par la substance aphrodisiaque, depuis son coin, Luluka les regarde d'un air consterné. "Quelle manière indécente de se comporter avec un prince héritier.... prononce-t-il, scandalisé. Si jamais Bald vient à l'apprendre, Harvy peut s'attendre à passer un sale quart d'heure !...."

 

© Yamané Ayano / Tokumashoten

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© Yamané Ayano

Crimson Spell vol.2

 

Auteur: Yamané Ayano

Références: Chara Comics

Nombre de Volumes: 2 en cours

 

Intrigue: Après avoir emmené le prince Baldrig hors de Séléasdil, Harvil a conduit le jeune homme encore inconscient à l'autel de Haldaïm, sorte de temple primitif ménagé dans une grotte au bord d'un lac. Le magicien s'est rendu en ce lieu sur les indications de son maître Harcélès car ce temple, surnommé "L'Autel qui lit l'Eternité", est réputé pour permettre de visionner des scènes du passé. Grâce à ce procédé, Harvil pense pouvoir analyser le sort insufflé à l'épée Yug Belund dont Bald a hérité. "Ça va aller.... assure-t-il au prince après l'avoir étendu sur l'autel. Tu n'as pas à avoir peur. Il est possible que tu ressentes une impression étrange, mais fie-toi à mon habileté. Je t'assure que tu n'auras pas mal." - "Entendu. Fais comme il te plaira...." acquiesce Bald avec confiance. A cet instant, Harvil se sent soudain observé. C'est la seconde fois qu'il remarque qu'on l'épie depuis que son compagnon et lui sont arrivés dans cet endroit. Pas de doute, quelqu'un cherche à les localiser en utilisant la magie. Avec une facilité déconcertante, le mage s'empresse néanmoins de briser le sortilège de l'espion, et choisissant d'ignorer cette interruption, se prépare à lancer sa propre invocation. "Montre-moi la scène du pacte maudit," prononce-t-il, en appelant aux pouvoirs de l'autel.

Et le résultat ne se fait pas attendre: au-dessus du corps de Baldrig qui porte en lui la malédiction de l'épée, un gigantesque démon apparaît. Celui-là même qu'Harcélès avait invoqué jadis pour venir en aide à son souverain, l'arrière-grand-père du prince. Un long pieu lui traverse la poitrine de part en part au niveau du coeur, parsemé d'écritures magiques qui l'immobilisent et le font cruellement souffrir. Harvil n'a pas besoin de réfléchir bien longtemps pour parvenir à la conclusion qu'il s'agit là du fameux Crimson Spell, le puissant sort de magie noire qui relie désormais le démon à l'épée. Au poignet droit de l'antique créature subsiste encore le symbole du pacte originel passé par Harcélès, une sorte de bracelet magique, avant qu'un mage noir ne transforme ce pacte en sordide malédiction par le biais du pieu ensorcelé. Si ce mage noir connaît la technique de prolongement de la vie tout comme Harcélès, il est fort possible qu'il soit lui aussi encore vivant. "Si je pouvais abattre ce mage et passer au poignet gauche du démon un autre symbole de pacte...." Le démon redeviendrait probablement lui-même en étant libéré de cet horrible maléfice qui le consumme depuis des siècles et l'a plongé dans une folie meurtrière....

Cependant Harvil ne va pas jusqu'au bout de ses réflexions: alors qu'il tourne la tête vers Bald, il remarque enfin que le prince verse des larmes de douleur, recroquevillé sur lui-même. "Mon coeur...." gémit-il, peinant à respirer. Comprenant que le jeune homme est entré en symbiose avec le démon au point de ressentir sa souffrance, le magicien s'empresse de faire cesser cette vision infernale. "Bald, allons, c'est fini." Mais malgré ses efforts pour l'apaiser, il est déjà trop tard, revoir le passé du démon qui sommeille en lui a eu pour effet de faire reprendre au prince l'apparence de la bête maléfique. Que faire dans ce cas-là pour le calmer sinon l'étreindre ? Serrant dans ses bras son compagnon en larmes, Harvil s'empare de ses lèvres, avant de s'étendre avec lui sur la pierre de l'autel. "Oh-oh, fait Luluka, apparaissant à ce moment. Harvy, est-ce que tu ne serais pas en train de porter la main sur Bald sans que cela ait un rapport avec un contrôle d'énergie magique ?" - "La ferme, lapin de malheur." Mais le mage ne tarde pas à sentir un autre regard indiscret, différent de celui de Luluka. Encore une fois, quelqu'un l'observe en secret, et cela commence franchement à lui taper sur les nerfs ! Un coup d'oeil lourd de menaces en direction de l'importun suffit néanmoins à dissoudre le sortilège de l'espion, lui offrant enfin l'intimité qu'il désirait. "Je t'avais bien dit que tu n'aurais pas mal, dit Harvil tandis qu'il pénètre le corps de l'homme-bête. Celui qui te transperce jusqu'au plus profond de ton être, c'est moi, et nul autre, rien d'autre, ajoute-il afin de dissiper dans l'esprit de son compagnon le souvenir terrible du pieu transperçant le coeur du démon. Tant que je serais là, personne ne pourra te tourmenter."

En un autre lieu, l'homme encapuchonné qui tentait d'espionner le prince et ses amis a finalement renoncé à poursuivre son observation. "Que.... Qu'est-ce que c'est que ce mage.... souffle-t-il, estomaqué. Il a littéralement éjecté mon sortilège.... Et bien qu'il soit un homme, il m'a l'air d'entretenir une relation plutôt très intime avec ce prince.... Tant que ce mage demeurera auprès de lui, il risque de représenter un obstacle à l'accomplissement de la volonté de notre Seigneur...." - "Laissez-moi m'en charger, propose alors l'étrange créature hybride qui se tient derrière lui. Cela fait bien longtemps que je n'ai eu l'opportunité de goûter de la chair fraîche." A peine l'homme encapuchonné acquiesce-t-il que la créature se volatilise, pressée de se mettre en chasse de sa proie.

Un peu plus tard, après que Bald ait retrouvé son aspect habituel, Harvil se met en devoir de lui raconter ce qu'il a découvert après avoir utilisé le pouvoir du temple Haldaïm pour remonter le cours du temps. "Jamais je n'aurais imaginé quelque chose d'aussi horrible.... soupire le prince, examinant tristement son épée. Sacrifier ainsi un archidémon afin d'obtenir le pouvoir, ce n'est pas cela, la véritable force." A cet instant, Baldrig avise la colonne de livres que le mage garde auprès de lui. "Mon ancêtre avait utilisé un sortilège si complexe que tu as eu besoin de tant de grimoires pour l'étudier ? Il devait être vraiment terrible, ce danger qu'il a dû affronter...." Si Harvil demeure silencieux, se contentant de siroter son café d'un air distrait, Luluka s'empresse de répondre à sa place: "Bald, ces livres n'ont aucun rapport avec le sortilège de l'épée. Haby les a emportés en guise de cadeau d'adieu du pays des magiciens." - "EMPORTÉS.... TU VEUX DIRE QU'IL LES A VOLÉS !? QU'EST-CE QUI T'A PRIS DE FAIRE UNE CHOSE PAREILLE !" s'exclame le prince scandalisé. - "Ces livres dont le destin était de pourrir recouverts de poussière, moi, j'en ferais bon usage. Les livres eux-mêmes sont ravis. Et puis ils ont beau être luxueusement ornés de fioritures, au fond, ce ne sont pas des bouquins si terribles que ça."

Tout le monde n'est pourtant pas du même avis que Harvil. A Séléasdil, les Anciens de l'Académie de Magie viennent de découvrir la disparition de leur précieuse collection de grimoires secrets et cela les met dans tous leurs états ! Devinant sans peine qui est le responsable du larcin, les Anciens convoquent aussitôt Harlein, le capitaine de la garde. N'ayant pas été capable d'empêcher ce vol, le malheureux en prend pour son grade ! "C'est de ta faute ! lui crie le Doyen de l'Académie. Impossible d'envoyer un incapable comme toi servir dans une Cour !! Ne reviens plus au pays avant d'avoir récupéré les grimoires...!! VA !!" Bani de Séléasdil comme jadis l'avait été Harvil - et par la faute de ce dernier de surcroît - Harlein vient de se trouver un nouveau motif de rancoeur envers son ennemi d'enfance !

A la grotte de Haldaïm, Baldrig et ses compères continuent tranquillement de bivouaquer quand soudain, un vacarme assourdissant se fait entendre au-dehors. Vite, tous trois se précipitent à l'extérieur de la grotte, pour découvrir un homme occupé à affronter une meute de démons mi-dragons mi-loups armé d'un simple bâton ! "Eh, vous ! Vous avez besoin de renfort !?" propose Bald en accourant armé de son épée. - "Oh.... Ooh !? Du monde dans un endroit pareil...!! s'exclame l'homme en se retournant pour sourire aux arrivants, sans cesser de combattre. Pardonnez-moi, Messeigneurs, mais vous n'auriez pas quelque chose à manger ? Quand j'ai trop faim, je n'arrive pas à me battre correctement...." Requête bien singulière quand on pense que l'inconnu lui-même semble sur le point de se faire dévorer ! "Je n'ai pas tout pigé mais quoi qu'il en soit, aidons-le ! lance Bald à ses compagnons tout en se lançant à l'assaut. Harvy, toi tu viens juste d'utiliser une magie de haut niveau. Tu es fatigué, repose-toi." - "Dans ce cas, c'est moi qui te prêterais main-forte," propose Luluka, prenant pour combattre son apparence humaine. A eux deux, ils ont tôt fait d'aider l'inconnu au bâton à se débarrasser de ses assaillants....

Après l'affrontement, Baldrig invite l'homme affamé à partager leur bivouac. Celui-ci se présente comme étant Malus, chevalier errant, et s'il s'attire immédiatement la suspicion de Harvil, qui n'a qu'une hâte, c'est que cet importun débarrasse le plancher, en revanche il ne tarde pas à sympathiser avec le prince. "Au fait, Messire Bald, hésite Malus, contemplant son bienfaiteur, à première vue vous paraissez être un voyageur tout comme moi, mais.... d'après votre allure, vous paraissez être de bonne famille. Pardonnez mon impolitesse, mais ne seriez-vous pas noble ?" Avant que Bald n'ait pu souffler mot, c'est Harvil qui prend la parole pour déclarer, peu amène: "Non, il n'est pas simplement noble. Il appartient à la famille royale d'un certain royaume. La différence de rang entre vous ne lui permet donc pas de se commettre avec un va-nu-pieds de votre espèce. Quand vous aurez fini de bouffer, déguerpissez." - "Eh, eh là...! proteste Bald embarrassé. Cela n'a aucune importance, Harvy. Maintenant je ne suis plus qu'un simple voyageur, avec le ciel pour toit comme vous tous. Alors laissons les égards de côté." A peine a-t-il prononcé ces mots que le jeune homme remarque avec quelle surprise mêlée d'admiration Malus le dévisage. - "C.... C'est vrai ?... Vous êtes d'une famille royale ? répète-il, s'empressant de retourner à son repas afin de cacher un trouble qui rend Harvil de plus en plus mécontent. Je me disais bien, aussi, que vu aviez beaucoup de classe.... Messire, Bald, quel âge avez-vous ?" - "Je viens tout juste d'avoir 18 ans." - "C'est vrai ? 18 ?..." Cette réponse rend Malus soudain rêveur, comme s'il revoyait de doux souvenirs lointains. "Cette région est depuis les temps anciens un lieu où se concentrent d'importantes veines d'énergie spirituelle, reprend-il bientôt, c'est pour cela que les démons y sont si actifs. Alors soyez prudents." - "Oui, merci...." répond Bald, reconnaissant de ce conseil.

La nuit venue, les quatre voyageurs s'étendent autour du feu de camp pour un repos bien mérité. Mais alors que le prince et le magicien dorment à poings fermés, Luluka se réveille soudain, pour découvrir Malus levé et vêtu de pied en cap, un gros baluchon sur le dos. "Chut, souffle le chevalier à la créature magique. J'ai besoin d'argent pour récupérer ma chère épée que j'ai dû laisser en gage. S'il te plaît, ne dis rien." Avant de s'en aller, Malus s'agenouille respectueusement devant Bald: "Votre Altesse d'un pays inconnu.... Portez-vous bien...." Luluka - qui n'a pas tout compris soi-dit en passant - laisse finalement partir le chevalier sans donner l'alarme. Et au petit matin, c'est avec horreur que Harvil découvre que toutes ses affaires ont disparu. Sa collection d'objets magiques rares, les grimoires subtilisés à Séléasdil, et tous ses autres bagages ! Quant à Bald, bizarrement, Malus ne lui a rien pris, ce que le mage met sur le compte de la reconnaissance envers sa générosité, qui l'avait poussé à nourrir le voleur affamé. Quoi qu'il en soit, Harvil peine à contenir sa rage ! "Allons, allons, tente de l'apaiser Bald en lui caressant la tête, comme s'il s'adressait à un enfant capricieux. Tu avais beaucoup de choses précieuses dans tes bagages. Nous allons poursuivre le voleur et les récupérer, d'accord ?" Grommelant qu'il fera payer très cher à Malus son impudence, Harvil utilise sur-le-champ son don de double-vue pour le localiser. C'est ainsi qu'il découvre que le chevalier a pris la direction de l'ouest.

Enfourchant leurs montures, les trois compères se lancent donc à la poursuite du voleur. Un village niché au creux de la forêt se trouve sur leur route, mais à peine en sont-ils arrivés en vue que Harvil arrête brusquement son cheval. D'abord surpris, Bald ne tarde pas à remarquer ce qui a motivé son ami: le village brûle, assailli par une horde de démons mi-loups mi-dragons identiques à ceux qu'ils ont affronté la veille !

Enfermé seul dans une prison, Malus se remémore avec une étrange tendresse emprunte de nostalgie sa rencontre avec le bouillant prince Baldrig, jeune homme respirant la force et la santé. Et d'un coup, voilà le chevalier errant ramené des années en arrière, au temps où il était encore le fidèle servant du jeune prince d'un certain royaume. "Si mon propre prince avait vécu, il aurait environ le même âge que le prince Baldrig ?..." songe-t-il avec émotion. Néanmoins des considérations plus terres à terres s'empressent de ramener le chevalier à la réalité. ".... J'ai faim...." soupire-t-il à voix haute tandis que gronde son estomac.

Au même moment, dans le village en flammes, un rude combat fait rage: à peine entré dans l'enceinte, Baldrig s'est courageusement lancé au secours des habitants, débordés par le nombre et la force de leurs assaillants. Les villageois ont eu beau se battre, ils ne sont même pas parvenus à blesser leur opposants, que nulle arme conventionnelle ne semble pouvoir menacer. Jamais encore ils n'avaient vu ce type de créatures dans la région, ainsi il ne fait pas de doute pour eux qu'ils ont affaire à ces démons dont parlent leurs légendes. Harvil ne tarde d'ailleurs pas à confirmer leurs craintes: non seulement les monstres locaux n'ont pas pour habitude de se réunir en bande pour attaquer les villages, mais l'énergie qui émane de ces créatures lui paraît des plus funeste. Invoquer de si redoutables monstres depuis l'Enfer nécessite une magie de haut niveau que seul un puissant démon possède, mais s'il ne voit pas pour quelle raison l'un de ces êtres irait prendre la peine d'attaquer un petit village aussi reculé, le magicien juge plus prudent de faire évacuer les lieux au plus vite. Bald acquiesce et enjoint les villageois de partir, promettant au vieil homme qu'il a sauvé de retrouver sa petite fille restée dans sa maison. Car lui-même, malgré les sages conseils de son ami, est déterminé à rester pour se battre. Harvil a beau protester que le jeune homme a bien assez de problèmes comme ça pour se mêler en plus de ceux des autres, Bald refuse d'en démordre: "Si vraiment il y a des démons ici, proclame-t-il avec force, je dois user de cette épée pour me battre. Car à l'origine, c'est afin de détruire le mal que j'ai brisé son sceau. Que donne Yug Belund en échange de sa malédiction, si ce n'est justement le pouvoir de vaincre les démons ?.... J'ai beau me trouver bien loin de mon pays, cela seulement ne change guère...."

Baldrig se rappelle ainsi comment des mois plus tôt, son propre royaume avait été assailli par une horde de démons invincibles. Après être facilement venus à bout des gardes, les monstres avaient réussi à pénétrer jusque dans les murs du palais. En tentant de protéger sa vie et celle de son petit frère, le prince héritier n'avait pas tardé à constater par lui-même l'inefficacité des armes conventionnelles. Après être arrivé juste à temps pour sauver la vie de Bald, l'un des soldats du palais lui expliqua alors que contre de tels adversaires, seules de puissantes armes magiques se révèleraient efficaces. Devant l'incapacité de repousser les attaques ennemies, les derniers soldats survivants avaient donc suppliés les deux princes de se sauver pendant qu'eux-mêmes retiendraient les démons le plus longtemps possible afin de couvrir leur fuite. Mais c'était mal connaître Baldrig, qui jamais n'aurait accepté de vivre au prix du sacrifice d'autrui ! Sans hésitation, il s'était élancé dans la pièce où reposait l'épée ancestrale Yug Belund, brisant son sceau afin d'obtenir le pouvoir de libérer son royaume de l'assaut des démons....

Puisque le prince subit désormais la malédiction provoquée par son geste courageux, à ses yeux ce n'est pas rosser quelques démons de plus ou de moins qui changera les choses. Voilà pourquoi, sourd aux protestations de Harvil, il s'élance au coeur de la bataille dans le village dévasté, à la recherche des instigateurs de ce carnage. Bald ne tarde pas à tomber nez à nez avec une sorte de monstre mi-homme mi-squelette de dinosaure, qui s'apprète à dévorer la petite-fille qu'il avait promis de sauver. Si le prince parvient sans peine à éliminer la créature et à rendre saine et sauve l'enfant à son grand-père, un autre démon ne tarde pas à faire son apparition. A peine son regard a-t-il croisé celui de la créature que Baldrig ressent un étrange malaise, soudain paralysé par ces prunelles hypnotiques. Lui aussi sur les lieux, Harvil avertit son ami de ne surtout pas regarder le démon dans les yeux sous peine de tomber sous sa coupe. Néanmoins le prince n'a pas le temps d'appliquer ce conseil qu'un coup assené par le monstre suffit à lui rendre sa mobilité. Furieux, il anéantit son ennemi d'un seul coup d'épée ! Mais hélas, plus il abat de démons et plus celui qui sommeille en lui revient à la surface, sous l'effet conjugué de la rage et de l'excitation du combat. Physiquement, Bald ressemble de moins en moins à un Humain, si bien que le mage remarque bientôt que les villageois commence à être davantage effrayés par leur sauveur que par les monstres qu'il abat ! Avant que le prince ne perde complètement le contrôle de lui-même, il décide donc d'intervenir en l'obligeant à abandonner le combat.

Sans se préoccuper des protestations du jeune homme, Harvil l'enveloppe dans sa cape afin de le soustraire aux regards inquiets des villageois puis l'entraîne de force dans une ruelle déserte. Là, le mage oblige son ami à se calmer et à se rendre compte par lui-même dans quel état il se trouve: sa peau s'est assombrie, des griffes et des crocs lui ont pouusés tandis que tout son corps est désormais couvert d'arabesques noires. C'est la malédiction de l'épée, que Baldrig découvre avec une stupeur mêlée d'effroi. Jamais encore il n'avait assisté à sa propre transformation, car d'ordinaire quand elle survient, il n'est déjà mentalement plus lui-même et n'en conserve ensuite aucun souvenir. Sous le choc de sa nouvelle apparence, Bald est sur le point de se trouver mal. "Quelle est cette forme...? demande-t-il d'une voix aux accents où se mêle le désespoir. Harvy, tu la connaissais...? Tu m'avais déjà vu ainsi ?...." Pour toute réponse, Harvil s'avance lentement vers le prince et le prend tendrement dans ses bras. "....Je vais appaiser la malédiction...." profère-t-il. A peine les deux jeunes gens se tiennent-ils un moment enlacés que le coeur de Bald se met à battre à tout rompre. Ignorant bien sûr que ce n'est pas la remière fois que le magicien le serre ainsi contre lui, il ne parvient pas à s'expliquer le trouble qui l'assaille. "Qu.... Qu'est-ce que ça veut dire. Alors-même que je sens une chaleur envahir mon corps, quelque chose en moi se calme peu à peu.... Est-ce à cause de la magie d'Harvy...? Mais à force de rester si étroitement enlacés, il va finir par entendre les battements de mon coeur...."

Si cette étreinte embarrasse quelque peu le prince, que dire de l'effet qu'elle produit sur Harvil ? Oubliant que le Bald en pleine possession de ses esprits est radicalement différent de celui avec lequel il a passé tant de nuits enflammées, il lui sussurre à l'oreille: "....Bald, écoute-moi. Si jamais ton coeur a lui aussi besoin de secours, je répondrais à ses attentes.... Bien que toi tu ne conserves aucun souvenir, ton corps, lui, se rappelle de tout." Paroles bien énigmatiques pour le prince, mais avant qu'il n'ait eu le temps d'interroger son ami sur leur sens, celui-ci s'empare soudain de ses lèvres, comme pour lui prouver ses allégations. Si le "remède" du magicien fait visiblement son effet - les traces de la malédiction sur le corps de Bald ont complètement disparu - ce dernier ne saurait tolérer qu'on se livre à de telles familiarités sur sa royale personne. Malgré la force avec laquelle le mage le retient dans ses bras, il parvient à l'écarter en tirant sur sa longue chevelure avant de le repousser violemment du plat de la main. "Je.... Je ne te permets pas pareille impolitesse...!!" s'exclame Baldrig, les joues en feu, levant vers son compère un visage furibond. Tandis qu'il s'éloigne en toute hâte, Harvil le contemple d'un air désolé. "Bald...." soupire-t-il, blessé d'avoir été repoussé si brutalement bien qu'il aurait dû s'y attendre.

Quant au prince, sa course éperdue le conduit finalement dans les sous-sols d'un bâtiment en ruines. "Pour.... Pourquoi...!? Qu'est-ce que cela signifie...? Pourquoi Harvy m'a-t-il fait une chose pareille...." s'interroge-t-il, le coeur encore palpitant du baiser passionné qu'il vient de recevoir. Mais à cet instant, une voix familière se fait soudain entendre dans son dos. "....Altesse ?" Et en se retournant, Baldrig a la surprise de découvrir Malus, qui l'observe plein de joie accroché aux barreaux de sa cellule. Mais si le chevalier est ravi de retrouver le prince, il n'en est pas vraiment de même pour ce dernier, qui s'empresse de lui rappeler son forfait: justement, Bald était à sa poursuite afin de récupérer les bagages de son ami magicien indûment subtilisés ! Aux reproches de l'être qui fait l'objet de sa dévotion, contrit, Malus tente d'expliquer sa conduite malhonnête: si son histoire serait bien trop longue à raconter, en bref, tandis qu'il errait sans but après avoir quitté son pays, il a été forcé d'abandonner son épée bien-aimée transmise dans sa famille depuis des générations. Afin de récupérer ce qui représentait l'essence de sa vie de chavalier, il lui fallait réunir une grosse somme d'argent. Voilà pourquoi, en apercevant les somptueux objets magiques dans les bagages de Harvil, il n'avait pu résister à la tentation de mettre la main dessus. Néanmoins Malus affirme regretter profondément son geste. Avec un peu de chance, dit-il à Bald, les fruits de son larcin se trouvent peut-être encore dans la boutique à laquelle il les a revendus. Mais quand le prince demande naïvement si son repentir a conduit Malus à se livrer lui-même aux autorités puisque le voilà en prison, répondant négativement, le chevalier se voit contraint de confesser un autre forfait: il avait si faim qu'il a volé une vache pour la manger rôtie, et c'est ainsi que la police du village lui est tombée dessus.

Scandalisé, Baldrig n'a qu'une chose à répondre: le voleur récidiviste n'a que ce qu'il mérite, qu'il reste donc moisir en prison. Mais alors que le prince commence à s'éloigner, peu enclin à accepter son sort, le chevalier lui lance un appel désespéré: "Attendez ! Je vous en prie, je suis sans attaches, emmenez-moi avec vous en tant que serviteur. Malgré mes modestes forces, vous verrez, je vous serais certainement utile...!" - "Je refuse ! répond Bald, catégorique. Cela irait à l'encontre de mes principes de faire spécialement sortir un petit voleur minable de prison. Restes ici et repens-toi de tes actes." - "Euh, oui. Pardonnez-moi," acquiesce Malus, avant de tenter une toute autre approche: "....Au fait, j'ai remarqué depuis tout à l'heure que vous n'avez pas bonne mine. Vous serait-il arrivé quelque chose ? Je n'en ai pas l'air comme ça mais autrefois, j'ai été le conseiller d'un noble personnage. S'il y a quelque chose qui vous tourmente, confiez-vous à moi et je tâcherais de vous prodiguer mes conseils." La proposition fait mouche. En dépit de sa suspicion, Bald accepte de revenir auprès de Malus tant il a besoin en cet instant de se confier à quelqu'un. "Tu me dis la vérité ? Inutile d'essayer de m'embobiner par de belles paroles," avertit néanmoins le jeune homme. - "Je dis vrai, assure Malus. J'ai beau voler des vaches, je ne mens jamais."

Profitant de l'aubaine d'avoir trouvé une oreille complaisante, le prince tente donc d'exposer au chevalier ses états d'âme confus. "....Très bien, alors écoute. Mon coeur ne veut plus s'arrêter de battre la chamade, cela me déconcerte, j'ignore ce que je dois faire." - "Qu'est-ce que vous entendez par là ?" demande Malus intrigué. - "Tout à l'heure, s'explique Bald en rougissant, l'un de mes compagnons m'a.... m'a volé un baiser." - "Oh oh.... s'exclame Malus d'un air entendu. Les tourments de la puberté ?.... Une jeune fille de votre entourage ?" - "Non, pas une fille.... répond le prince embarrassé. Il m'était déjà arrivé qu'une princesse d'un pays étranger me déclare sa flamme, mais ça, c'est la première fois.... A moins que je me trompe, que ce n'était peut-être pas une déclaration d'amour ? réfléchit tout haut Bald. Dans une situation qui exigeait des mesures urgentes, peut-être.... n'a-t-il pas eu le choix bien que nous soyons du même sexe ? Quand j'y pense, moi aussi un jour j'ai uni mes lèvres aux siennes afin de lui faire boire un médicament.... Est-il possible que ce soit la même chose ? Mais quand même, alors que je me battais contre des démons.... quelle nécessité avait-il de m'embrasser, subitement ? Je suis un prince de sang. Si c'est moi qui le donne, passe encore, mais quelle honte de recevoir un baiser de la part d'un homme de cette façon. Et pourtant, j'en ai eu le coeur qui battait si fort que je ne peux en penser qu'une chose: c'est que je suis fou. Mais j'ai peut-être réagi ainsi parce qu'il n'y a pas longtemps, j'ai regardé ses lèvres d'une manière si lascive.... Alors, que penses-tu que je doive faire ?"

Plein d'espoir, le prince lève vers Malus un regard implorant, ne se doutant pas que ce dernier n'a absolument rien compris à ses propos. Si le chevalier a bien deviné qu'il s'agit de tourments amoureux, il ne lui vient même pas à l'esprit que l'objet puisse en être Harvil et s'imagine donc que Bald est en train de lui parler de Luluka ! Voilà pourquoi, à la demande de ce qu'il convient de faire lorsqu'on reçoit un baiser d'un lapin mâle dont on a contemplé les lèvres avec convoitise, une seule réponse s'impose selon lui: consulter au plus vite un médecin ! Inutile de dire que ce n'était pas du tout ce que souhaitait entendre Bald, résolu pour se venger à laisser le voleur moisir dans sa prison !

Pendant ce temps, dans les ruines de leur village momentanément déserté par les démons, les habitants s'affairent à évacuer les blessés. Perché en haut d'un mur, Harvil les regarde faire, morose. "Tu as l'intention de te tuer en te jetant de là ?" lui demande cyniquement Luluka, qui a vu avec quelle manière brutale Bald l'avait repoussé. Mais le magicien n'est guère d'humeur a apprécier la plaisanterie. "QUI va se suicider !?" rugit-il, avant d'envoyer paître le vieil homme et sa petite fille qui recherchaient le prince pour les remercier de les avoir sauvés - non sans leur conseiller d'évacuer les lieux avant une nouvelle attaque avec les autres villageois. Mais resté seul sur son promontoire, Harvil éprouve soudain une sensation désagréable. Tandis qu'un frisson le saisit, bizarrement, le voilà plongé au fond d'une eau sombre. Et tout à coup, une main griffue surgie de nulle part se tend vers lui, qui lui déchire sa tunique pour plonger dans sa chair et s'emparer de son coeur. Malgré le caractère effrayant de la situation, Harvil ne perd pas le nord et serrant le bras ennemi de ses deux mains, il invoque un sceau magique qui a tôt fait de le détruire. Ce faisant, il dissipe l'illusion mortelle dont il était prisonnier, effort qui le laisse chancelant.

Le mage n'a pas le temps de reprendre son souffle qu'un séduisant démon aux allures d'aristocrate fait son apparition. "Ooh.... Tu es parvenu à briser mon sortilège ? s'étonne ce dernier. Mais quel goût exquis," ajoute-il en se lêchant les doigts. Car si Harvil n'a jamais été vraiment immergé dans l'eau, sa blessure à la poitrine, elle, est bien réelle. "Voilà enfin le chef de la bande ?...." remarque pourtant le mage sans s'émouvoir. Je me disais bien qu'ici ça puait l'archidémon, mais puis-je savoir ce que vous êtes venu faire dans ce village perdu en pleine campagne...?" - "J'aimerai bien me désaltérer du sang frais d'un magicien, répond le démon évasivement, mais.... à mon grand regret, actuellement je n'ai pas faim. Car sur le chemin qui m'a mené jusqu'ici, je me suis bien rempli la panse." - "Ah oui ? Mais si vous avez terminé votre repas, alors plus rien ne vous retient en ces lieux. Je m'en vais vous faire disparaître." - "....Ton compagnon appartient à une lignée au sang noble et pur, déclare soudain le démon, ignorant la menace de Harvil. Nul doute que lui aussi doit avoir un goût exquis. Fufufu !" - "Vous feriez mieux d'abandonner cette idée, vous allez vous faire tailler en pièces, avertit le mage, goguenard. En outre, jamais je ne permettrais à un répugnant démon de porter la main sur un être aussi noble." - "Et pourtant ce sont les ordres de mon maître. Quoi qu'il advienne j'ai l'intention de l'emmener avec moi."

Enfin le démon s'est résolu à dévoiler ses véritables intentions, qui sont de capturer Bald. "....Je la sens.... déclame-t-il. Une odeur de sang corrompu renfermant un immense pouvoir maléfique.... Elle est toute proche. La vision d'un sang noble et pur noirci et corrompu par le mal.... Rien n'exprime davantage la beauté. Et toi aussi, ajoute-il à l'adresse de Harvil, tu es attiré par cette force maléfique. Tant de beauté.... Ces arabesques qui apparaissent sur tout son corps quand il est sous la domination de la malédiction du dieu-démon. Sa peau sombre qui frémit lascivement à chaque fois qu'il tremble sous l'effet du plaisir charnel. Apaiser un démon déchaîné en utilisant pareil procédé, ce n'est pas un exploit dont serait capable un humain ordinaire...?" A ces remarques, furieux, Harvil réalise que Luluka n'était pas le seul à épier ses ébats avec le prince métamorphosé, comme il en avait déjà eu le soupçon. "Il n'y a rien d'étrange à ce que tu sois tombé prisonnier de son charme, poursuit le démon, mais penses-tu qu'un seul magicien puisse être capable de contrôler un tel pouvoir ?" - "....Libre à vous de déclamer vos fantasmes, répond Harvil en brandissant son sceptre, mais c'est à présent aux spectateurs de monter sur la scène. En outre, je ne suis pas un humain "ordinaire". Si quelqu'un veut tenter d'utiliser Bald à son profit, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour l'arrêter. IL EST À MOI !!"

Sur cette tirade, ignorant la mine consternée de Luluka qui le trouve vraiment culoté d'oser prétendre une chose pareille alors que le prince vient juste de repousser ses avances, Harvil se lance à l'assaut. Frappant de toute sa puissance, il envoit sur son ennemi une salve de feu en forme de dragon qui charge. Surpris par cette attaque d'une intensité à laquelle il ne s'attendait guère, le démon tente de fuir en reculant. Peine perdue, Harvil l'immobilise en lui apposant un sceau sacré sur le torse. "Je vais te renvoyer en Enfer !" proclame-t-il. Mais si le magicien paraît sûr de sa victoire, en son for intérieur, c'est loin d'être le cas: car tandis qu'il ressent de plus en plus les effets de la blessure magique infligée à sa poitrine par son ennemi, il perd peu à peu ses pouvoirs. Son propre sort remplira-t-il son office à temps, avant que ses forces ne l'abandonnent tout à fait ? Le sceau purificateur brille d'un éclat aveuglant, prêt à réexpédier le démon d'où il vient. Mais à cet instant, alors que le combat était presque terminé, Harvil chancelle, incapable de maintenir son exorcisme plus longtemps.

"On dirait bien que mon maléfice a fait son effet...." ricane le démon. Tandis que le sceau qui le retient prisonnier perd peu à peu de son intensité, à nouveau capable de bouger, il est bien décidé à faire payer cher au magicien l'impudence d'avoir osé se mesurer à lui. Mais alors qu'il tend sa main griffue, prêt à attaquer, un poignard lancé d'on ne sait où la lui transperce soudain. Jûché sur le toit d'une maison, Harlein, chef des gardes de Séléasdil, vient d'arriver dans le village et contemple d'un air perplexe le duel qui s'y déroule. "Moi qui était satisfait de t'avoir enfin retrouvé.... lance-t-il à Harvil. Que signifie donc tout ceci...? Que fait ce démon dans un endroit pareil...!? Harvil...! Qu'as-tu encore fabriqué !? Ne me dis pas que c'est toi qui l'a invoqué ?!" - "Qu'est-ce que j'en sais, crétin ?" Le mage, qui a d'autres soucis en tête que de répondre aux interrogations du chevalier, l'envoie paître proprement: un coup d'oeil à son torse lui montre que la souillure infligée à son sang par son ennemi s'étend dangereusement, désormais il peut à peine se tenir debout. "Haby, intervient Luluka, il s'agit probablement d'un maléfice qui corrompt le flux magique en utilisant la chair et le sang des démons...! Il vaudrait mieux te purifier au plus vite...!" - "....Je n'ai pas fini de prononcer ma formule d'exorcisme.... répond le magicien, toujours aussi déterminé en dépit de sa souffrance. Je ne le laisserai pas fuir...." - "Ainsi tu n'as pas l'intention de rompre mon sortilège ?... s'étonne le démon. Pourtant je doute qu'il te reste encore suffisamment de force pour m'immobiliser !"

Et pour prouver ses dires, le démon lève un bras afin d'expédier vers Harvil une spirale d'énergie noire. Si le mage dans son état n'aurait pas été en mesure de l'éviter, heureusement Luluka réagit vite et reprenant en un clin d'oeil son aspect humain, il parvient à faire temporairement barrage au maléfice. Hélas, pas pour longtemps. Les flux d'énergie noire ne tardent pas à franchir son bouclier et viennent s'enrouler autour de son bras, lui arrachant un cri de douleur bien que sans le blesser gravement. "I.... Inutile, gémit la créature magique. Ma barrière protectrice n'est pas assez puissante pour l'arrêter.... Si seulement c'était Bald que j'avais à protéger.... J'y mettrai plus de coeur à l'ouvrage." Ignorant le regard noir que lui lance Harvil, Luluka met ses mains en porte-voix pour s'adresser à Harlein: "Eh, vous là-haut...! Vous êtes aussi magicien, je suppose. Puisque vous êtes déjà intervenu dans le combat, ne pourriez-vous pas nous prêter main-forte jusqu'au bout ?" - "Hein, moi ? L'adversaire est un démon qui maîtrise de puissantes techniques magiques, répond le chevalier, peu désireux de s'engager dans un combat perdu d'avance, et qui en plus ne le concerne en rien. Cet être n'a rien de commun avec les monstres qui traînent dans le coin. Engager le combat à la légère serait...."

Cependant Harlein n'achève pas sa phrase car le démon, se moquant bien de son voeu de rester à l'écart, décide cette fois de s'en prendre à lui. Délogé avec perte et fracas du toit où il trônait, le chevalier se voit vite contraint de revenir sur sa décision s'il tient à rester en vie ! Pourtant il n'a pas le temps de riposter que l'ennemi attaque à nouveau, comme si le démon se plaisait à démontrer à ses adversaires son écrasante supériorité. "Fufufu.... ricane-t-il. Peu importe combien vous recevrez de renforts, vous n'êtes pas de taille à vous mesurer à moi. Il y a trop d'écart entre nous !" Mais à peine a-t-il lancé cette tirade pleine d'orgueil que le démon se fige soudain. A l'autre bout de la rue, Bald vient d'apparaître et toise la créature d'un air menaçant. "....Quoi, il en reste encore un ?..." Et sur ces mots, ignorant l'avertissement de Luluka le prévenant que c'est lui la cible de l'ennemi, le prince se lance sans hésiter à l'assaut. Mais le démon n'attendait que cela. Agissant par ruse, il se volatilise au moment où Bald lui portait un coup d'épée pour réapparaître dans son dos. "....Je vous attendais, prince Baldrig, déclare-t-il. Il est vrai que votre célèbre lame représente une menace pour nous, mais.... vous êtes encore inexpérimenté.... Si vos coups ne font pas mouche, cette menace perd son sens...."

Sur cette sentence, immobilisant le prince en lui enserrant le bras, le démon lui applique une décharge d'énergie noire dans le dos, qui a tôt fait de le mettre hors combat. A présent qu'il détient le jeune homme, l'être maléfique considère sa mission comme achevée et s'apprète à disparaître en emmenant sa victime, sans se préoccuper plus longtemps des compagnons de Bald, lorsque soudain il ressent une violente douleur à la poitrine. Cloué sur place, le démon réalise avec terreur que le sceau apposé par Harvil vient juste d'être réactivé ! "Tout est fini pour toi, prononce le magicien. Lâche Bald. C'est moi qui vais t'accompagner." - "Tu rêves, proteste la créature. Mon maître a besoin de ce garçon issu d'un noble lignage...!" - "Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Et cesse immédiatement d'enlacer LES HANCHES DE BALD devant moi, effronté...!!"

Sur ce, fou de colère, Harvil invoque l'insecte temporel qu'il avait vaincu à Séléasdil et l'envoie sur son ennemi. Cela provoque aussitôt une déformation de l'espace-temps, que le mage met à profit pour atteindre le démon et parachever son exorcisme. Puis, il se tourne vers le prince et s'adresse à lui d'une voix grave: "Bald, si jamais cela devient nécessaire, n'hésite surtout pas à me tuer." Effrayé par ces propos lourds de mauvais augures, Baldrig veut se précipiter vers son ami avant que celui-ci ne soit emporté avec son ennemi dans le tourbillon spatio-temporel. Mais dans un éclair aveuglant, la spirale disparaît, laissant la rue terriblement calme et déserte là où se tenaient les deux opposants un instant plus tôt. "HA.... HAVY...!" Désespéré, le prince ne peut que hurler à fendre l'âme le nom du magicien.

Un moment plus tard, en Enfer où le tourbillon a emporté les deux disparus, le démon se présente devant l'un de ses supérieurs pour lui faire son rapport. "....Tu es revenu...? demande ce dernier. Hum.... Et alors ?" - "Pardonnez-moi, répond le démon en s'inclinant, l'enlèvement du prince a échoué.... Mais en échange, je vous ai rapporté un cadeau." - "....Tu as l'air d'avoir livré un rude combat," constate l'homme encapuchonné, à qui 'état d'extrême faiblesse de son subordonné n'échappe guère. - "Oui. Je ne m'attendais pas à recevoir une blessure aussi grave. A mon grand regret, je ne suis plus en mesure de conserver mon enveloppe charnelle plus longtemps. Veuillez transmettre mes adieux au Maître...." Sur ces dernières paroles, le démon se désagrège en une nuée de poussière, finalement détruit par le sortilège de Harvil. Cependant celui-ci n'a guère le loisir de savourer sa victoire: lui aussi gravement touché, il se tient dans l'alcôve où son adversaire l'a entraîné, immobile et silencieux. "Ooh.... Le magicien du prince ?..." souffle le démon encapuchonné en s'approchant du prisonnier. "Ton regard a remarquablement perdu de son éclat," poursuit-il en saisissant entre ses doigts le menton de Harvil afin de scruter son visage à présent inexpressif. "Navré, mais il serait ennuyeux que tu lèves la malédiction qui pèse sur le prince. Néanmoins nous pourrons toujours nous servir de tes rapports intimes avec lui. A l'intérieur de ton corps, une souillure de nature démoniaque ronge et corrompt ton flux magique. Mais afin que plus jamais ton coeur ne se réveille, je vais amplifier cette souillure. Jusqu'à ce que tu ne sois même plus capable de protéger ton précieux prince...!" Aux paroles du démon, le serpent qu'il portait enroulé autour de son cou comme un ornement s'éveille soudain; se jetant sur Harvil, il vient s'enrouler autour de son corps avant de planter dans sa gorge ses crocs acérés emplis de venin....

La nuit tombe sur le village où la paix est enfin revenue. Le vieux Oyozo et sa petite-fille, qui ont réintégrés leur maison, préparent le dîner dans la cuisine tandis que Bald se repose dans une pièce attenante. Prostré sur un canapé, le prince ne prend même pas la peine de retenir ses larmes en dépit des efforts de Luluka pour le consoler. "....Tout est arrivé par ma faute, parce que j'ai laissé Havy tout seul.... se reproche-t-il amèrement. Parce que je me suis disputé avec lui.... Alors que c'est mon rôle d'éliminer les démons...." - "J'ignore d'où vient ce démon et qui il sert, mais c'était toi qu'il visait, explique Luluka. Bien qu'il n'ait pas manqué l'occasion de jouer les poseurs, Haby a agi comme il convenait en empêchant ton enlèvement." - "Mais quand même.... Nous ignorons complètement où il est allé après sa disparition.... Et même s'il est sain et sauf...." - "Je suis sûr qu'il ne te laissera pas tomber, assure Luluka en caressant les cheveux du prince. Haby est comme il est mais moralement, c'est un homme fidèle et loyal."

A peine Luluka a-t-il prononcé ces mots qu'une voix se fait entendre par la fenêtre entrouverte: "Humpf.... Harvil était entravé par un puissant enchantement, il est peu probable qu'il soit parvenu à s'en tirer. Il n'avait pas eu le temps de se purifier." Ouvrant brusquement la fenêtre, Luluka découvre juste en-dessous le chevalier Harlein, nonchalament appuyé contre le mur. "Que faites-vous derrière cette fenêtre...! reproche le lapin magique irrité. Vous auriez mieux fait de vous taire. Moi qui faisait tout mon possible pour consoler Bald !" - "Moi aussi j'ai de la peine pour Harvil, répond le chevalier, mais grand est le crime qu'il a commis ! Les illustres grimoires qu'il a emportés sans prévenir ont fini par brûler dans l'incendie du village...! Il reste bien la tranche de la couverture d'un des volumes.... Mais si je me présente devant eux avec ça, les Anciens vont avoir une crise cardiaque.... J'obligerais Harvil à assumer la responsabilité de ceci !"

Invitant Harlein à entrer dans la maison au lieu de rester dehors à se lamenter, Luluka l'engage également à cesser de pester inutilement contre quelqu'un d'absent, cela devient lassant à la fin. Mais indifférent à la discussion entre ses deux compères, Baldrig continue de se faire des reproches. "Havy.... Si seulement je ne m'étais pas conduit si durement.... A cause de son caractère peu aimable, impossible de connaître le fond de sa pensée, néanmoins il m'a toujours soutenu et toujours prêté sa force.... Il m'était un compagnon si précieux...." A peine le prince s'est-il formulé ce regret en esprit que comme en réponse à ses réflexions, une voix moqueuse vient résonner dans sa tête: "....Fufufu, tu veux le revoir, n'est-ce pas ?...." Surpris au plus haut point, Bald se retourne vivement: "....QUI EST LÀ !?" C'est alors que lui apparaît l'image de Harvil. Dépouillé de sa robe de mage, les bras liés au-dessus de la tête, il paraît sans connaissance tandis que sur sa poitrine, son flanc et son bras gauches, on peut voir les méandres d'une sinistre marque noire. "Eh !... Ha.... HAVY !?" s'exclame Bald, stupéfait par cette apparition inattendue. Mais un autre individu ne tarde pas à se montrer, le démon au serpent qui a enfin rabattu son capuchon, dévoilant son visage. "Mes hommages, Votre Altesse Baldrig Arsveiz.... prononce-t-il sans remuer les lèvres. C'est la première fois que nous nous rencontrons, alors permettez-moi de me présenter: mon nom est Guilé. L'image que vous voyez est une vision envoyée à distance depuis mon château.... Regardez. Comme vous pouvez le constater, votre magicien est actuellement confié à ma garde."

Nullement trompé par le ton faussement révérencieux du démon, Bald vient se planter face à lui, le regard menaçant: "....Si vous faites du mal à Havy, je ne donne pas cher de votre peau. C'est moi que vous voulez, pas vrai ? Je vais venir immédiatement jusqu'à vous. Guidez-moi." - "Parfait, vous me simplifiez les choses. Et tant que vous y êtes, vous feriez mieux de vous dépêcher d'arriver jusqu'à moi.... Car ce magicien.... est empli d'une énergie magique qui m'a l'air succulente. Elle excite dangereusement ma soif instinctive.... Je serais bien capable d'aspirer son énergie jusqu'à la dernière goutte...?" Et sur cette menace, sans quitter Bald des yeux, le démon passe la langue avec délices dans le cou de Harvil, avant de glisser une main dans son pantalon. A ce geste, il ignore pourquoi, un violent frisson vient soudain parcourir le corps du prince, en même temps que son coeur se met à battre très fort. "Qu'est-ce que ça veut dire...? se demande-t-il, serrant sa chemise au niveau de sa poitrine. Quelle est cette chaleur qui monte en moi...? De la colère...? Cela m'est atrocement désagréable.... Que Havy soit touché par ce type.... Touché de cette façon, par un autre que moi...! Pourquoi...."

Une telle rage contracte peu à peu les traits du prince que prévoyant l'esclandre, Luluka l'avertit de ne surtout pas céder aux provocations de l'ennemi. Mais Bald n'entend déjà plus rien, totalement dominé à présent par la jalousie dévorante qui s'est emparée de lui. "....Ne le touche pas...!" rugit-il tandis que dans sa tête, son double bestial fait écho à ses paroles: "Ne le touche pas, il m'appartient !..." Déjà à moitié transformé, Baldrig va pour s'élancer vers le démon quand ce dernier, satisfait de la réaction du jeune homme, s'adresse à lui: "Fufufu.... Mon château se dresse au fin-fond d'une forêt appelée le "Bois de Non-Retour", après que vous ayez franchi les collines à l'ouest à partir de ce village. Je vous y attendrais.... Altesse !" Le démon n'en dit pas davantage. Sûr et certain désormais que le prince viendra sans faute au lieu du rendez-vous, il fait disparaître la vision de lui-même et de son précieux otage....

Après leur confrontation avec le démon nommé Guilé, Baldrig, Harlein et Luluka sont invités à passer la nuit chez le vieux Oyozo, afin de se reposer avant la longue route qui les attend le lendemain. Couché dans son lit, le prince est aux prises avec un cauchemar dans lequel il voit Guilé blotti dans les bras de Harvil, dans le cadre idyllique d'une prairie verdoyante. Pourquoi le magicien paraît-il en si bons termes avec l'ennemi qui l'a enlevé ? Alors que Bald tire sur le manteau de son ami pour tenter de le ramener à la raison, il remarque avec stupeur qu'il vient soudain de prendre l'apparence de son double bestial et se tient désormais devant Harvil, complètement nu. Tandis que le mage s'empare de ses lèvres tout en l'étendant doucement sur le sol, le cauchemar de Bald se change vite en rêve érotique des plus torride ! "Ah !.... A.... Arrête, Havy...!" hurle le prince dans son sommeil, se raccrochant avec force à la veste de Harlein qui l'observait, alerté par ses gémissements. A cet instant, Baldrig se réveille enfin, et c'est le coeur battant à tout rompre, trempé de sueur et haletant, qu'il se redresse brusquement sur son lit. "UN.... UN RÊVE...! s'exclame-t-il, horrifié par la scène qu'il vient de vivre en imagination. Ouh !... Quel rêve.... gémit le jeune homme en enfouissant son visage entre ses mains. Mais qu'est-ce que j'ai en tête, moi...!? Tout est de la faute de ce type, de ce Guilé !...."

Après s'être lamenté de la sorte sur les tours joués par son subconscient, tours qu'il attribue aux attouchements auxquels le démon s'était livré la veille sur le magicien, Baldrig remarque enfin l'individu qui se tient près de lui et lui est inconnu. Mais quand le chevalier lui décline son identité, on ne peut pas dire que le prince, se souvenant d'un coup de leur houleuse première rencontre, soit franchement ravi de le voir à nouveau: "...! Vous ne seriez pas le type qui m'a enfermé dans une cage puis m'a traité avec dérision...?!" - "Je, je n'avais pas vraiment le choix, s'empresse de s'excuser Harlein, peu désireux d'avoir un motif de querelle avec un guerrier aussi dangereux que Bald. Séléasdil n'est pas un endroit où l'on peut aller et venir à sa guise sans permission. Et après tout le tumulte que vous et vos amis avez causé, les Anciens sont très en colère. Avec pour résultat que c'est à présent moi qui suis contraint de payer les pots cassés. C'est la raison pour laquelle je me suis lancé à la poursuite de Harvil, qui a emporté nos précieux grimoires uniquement pour lui servir d'argent de poche durant son voyage." - "Je comprends que vous ayez été injustement chargé de cette basse besogne par vos Anciens, répond Bald, se rembrunissant au nom de son ami, mais je n'ai pas l'intention de me mêler de cette histoire. En outre.... Harvil, le principal responsable, n'est plus ici à présent...."

A peine a-t-il prononcé ces mots que Bald se rappelle soudain l'ultimatim posé par Guilé. Vite, il lui faut rejoindre le château du démon en toute hâte ! "Je dois secourir Havy...!" s'exclame-t-il, déterminé, en enfilant prestement ses bottes. - "Eh, moi aussi je vous accompagne ! le prévient Harlein. Je ne peux pas rentrer les mains vides." A ce moment Luluka redresse la tête, réveillé par le bruit fait par ses deux compères. S'il est utile de se presser, fait remarquer la créature magique, ne convient-il pas de se renseigner d'abord plus en détails sur leur destination ? Sage conseil, cependant le prince a déjà tout prévu. La veille, il a soigneusement étudié une carte de la région, qui lui a appris que l'endroit où Harvil est retenu prisonnier est situé sur un territoire appartenant à l'empire de Zénédoora. Ce pays, voisin de Arsveiz le pays natal de Bald, en est séparé par une barrière magique dressée au niveau de la frontière qui empêche toute intrusion de part et d'autre. Mais comme le village où se trouvent en ce moment Bald et ses amis est situé en une autre zone frontalière, en se renseignant, ils découvriront peut-être un moyen de pénétrer sur le territoire de Zénédoora à partir de cette région.

Sitôt dit, sitôt fait: questionné à ce sujet, le vieux Oyozo apprend à ses sauveurs que le voleur de vaches capturé la veille prétendait justement venir des environs de Zénédoora. Voleur qui bien sûr n'est autre que Malus. Aussitôt tiré de sa geôle et promu au rang de guide de son Altesse, celui-ci ne tarit pas d'éloges et de reconnaissance: "JE N'AI JAMAIS CESSÉ DE CROIRE EN VOUS ! s'extasie-t-il, les larmes aux yeux, alors qu'il prend la route avec ses trois nouveaux compagnons. J'ÉTAIS SÛR QUE VOUS REVIENDRIEZ ME SAUVER, DANS VOTRE GRANDE BONTÉ ET VOTRE MANSUÉTUDE !!" - "....Que les choses soient bien claires, précise Bald: je t'ai fait sortir de prison uniquement parce que tu t'es engagé à nous servir de guide." - "Mais oui mais oui, je sais. Cependant, ajoute le chevalier errant, il est rare que quelqu'un ait à faire à Zénédoora. Car actuellement, plus aucun être humain ordinaire n'est en mesure de s'y rendre. Autrefois, lors de la guerre qui opposa l'Empire à son voisin, il y a eu une confrontation magique très violente, qui a eu pour conséquence de dresser aux frontières un tourbillon de flux magique acéré comme une lame. Du coup, voilà plus de cent ans que plus personne n'entre ou ne sort de Zénédoora." - "....Voilà la récompense d'agissements stupides, conclut sentencieusement Harlein. Il faut toujours que les souverains engagent leurs magiciens dans des batailles inutiles." - "Vous avez raison, acquiesce Malus en se retournant vers le mage-chevalier. Et c'est parce que le pouvoir des magiciens influence grandement l'issue des batailles. En plus, le pays voisin de Zénédoora comptait de nombreux artisans excellant dans la fabrication d'objets magiques. Notamment parce qu'on trouvait sur ses terres un métal Orbel de très bonne qualité. Comment s'appelait ce pays, déjà ? Ar...." - "Arsveiz, complète Bald en se retournant, souriant, vers ses amis. Arsveiz, mon pays natal. Allez, dépéchons-nous, exhorte-il tandis que Malus le contemple avec stupeur. Cela va nous prendre trois jours en longeant les collines avant d'arriver à la frontière. J'ai hâte de rejoindre Havy...!"

Dans une région sombre et désolée, jûché au sommet d'une falaise abrupte, se dresse un sinistre château. Dans ses salles et ses corridors où grouillent des monstres de toutes sortes, Harvil avance à grand peine, chancelant à chaque pas, à la recherche de sa mémoire perdue. "Que m'arrive-t-il.... Il y a quelque chose que je ne retrouve pas.... réfléchit le magicien, toujours en grande partie sous l'effet du maléfice qu'on lui a jeté. J'ai l'impression d'avoir oublié quelque chose de très précieux pour moi.... Mais qu'est-ce que c'était ? Pas moyen de m'en souvenir...." Tandis que le mage frustré se prend la tête dans les mains, luttant de toutes ses forces pour recouvrer sa mémoire, Guilé l'observe debout à quelques mètres derrière lui. Le démon n'en revient pas: non seulement le prisonnier est parvenu à se libérer des liens qui l'entravaient, mais le maléfice qui lui ôtait toute volonté est déjà en train de se dissiper. Quelle puissance.... Guilé ne peut qu'admirer la ténacité et la résistance du magicien humain. Néanmoins, il serait ennuyeux pour lui que ce dernier récupère déjà la pleine possession de ses facultés. Voilà pourquoi, se perçant le bout d'un doigt à l'aide d'un poignard, il dessine sur sa langue un caractère magique en usant de son sang noir avant de glisser celle-ci entre les lèvres de Harvil. Ceci a aussitôt pour effet de raviver brutalement les effets du maléfice dont souffre le mage, qui se retrouve à nouveau réduit à l'impuissance. "....Quelle incroyable force magique tu possèdes.... soupire Guilé en se blotissant contre la poitrine nue de son prisonnier. Excepté le Maître, rares sont les magiciens égalant ma puissance. Après avoir été étreint si souvent par un homme aussi jeune et beau que toi, pas étonnant que même ce prince ait fini par devenir inconsciemment complètement fou de toi. Avoir assisté à vos ébats m'a donné l'envie de goûter moi aussi à ton corps.... Allez.... Enfonce-toi dans des ténèbres encore plus profondes...."

D'un geste, Guilé renforce encore son emprise sur Harvil grâce à son pouvoir, car il ne saurait envisager une union charnelle avec son séduisant prisonnier sans s'assurer d'abord de sa docilité. Pourtant, le fait-même de sombrer dans les ténèbres provoque chez Harvil des résurgences de son passé. "Les ténèbres.... répète-il en esprit. Une bête.... Un regard noble, franc et droit comme le tir d'une flèche, un corps mince et gracieux.... Des lèvres.... douces, et des crocs acérés.... C'est mon.... Quoi.... Qui était-ce, déjà ?...." s'interroge Harvil tandis que lui reviennent fugacement des images de Bald métamorphosé. "....Mais, il n'est.... pas.... là...." ajoute-il à voix haute, seule certitude que lui permette son esprit confus. - "Inutile de t'inquiéter, lui répond Guilé, tu vas tout oublier. Très bientôt, ce prince va devenir la propriété de mon Maître." Tout en parlant, Guilé parcourt de ses lèvres le corps de Harvil, glissant de son torse jusqu'à son entrejambe; mais en dépit de ses efforts pour l'amener au plaisir, force lui est de reconnaître avec dépit que ses caresses n'ont nul effet sur son prisonnier....

Trois jours plus tard, Baldrig, Luluka et les deux chevaliers parviennent enfin à la barrière magique qui les sépare des terres de Zénédoora. Face à la falaise où ils se tiennent se dresse un mur constitué d'un vent si violent que quiconque oserait tenter de le traverser se retrouverait aussitôt précipité dans le ravin en contrebas - si ce n'est taillé en pièces par les puissantes rafales d'énergie magique. A voir l'intensité qu'a conservé cette barrière, jamais on ne croirait que le conflit qui l'a provoquée a eu lieu cent ans auparavant ! "Malus, comment as-tu fait pour traverser ça ?" demande Baldrig perplexe en se retournant vers son guide. - "Ne vous en faites pas, assure le chevalier errant. Le vieux dragon qui niche dans les parages est capable de franchir cette barrière en un seul bond. Du moment que l'on possède cette prunelle de dragon, ajoute-il en tirant un lourd pendentif de sous sa chemise, il est possible de faire appel au vieux dragon. ....Hein ? Qu'est-il arrivé à la couleur de la pierre...?" - "Cet objet, tu ne l'as pas revendu ?" ne peut s'empêcher de railler Bald. - "Je ne le vendrais jamais, répond Malus, un peu embarrassé de se voir rappeler son forfait. On me l'a offert et c'est un objet très précieux pour moi.... Mais la pierre a pris une étrange couleur...."

Comme il s'agit sans nul doute d'un objet magique, Harlein se propose d'examiner la pierre taillée en forme de prunelle fendue de dragon; et en tant que mage de Séléasdil, il ne lui faut pas longtemps pour diagnostiquer ce qui a terni l'éclat du joyau: "....Son pouvoir magique s'est affaibli, conclut-il. C'est parce qu'elle a été exposée à l'énergie maléfique dégagée par les démons. Ma spécialité est les sorts de libération, mais si cela ne nécessite pas un niveau de purification trop élevé...." Bald ne laisse pas le chevalier - qu'il a lui aussi affublé d'un diminutif selon sa manie - achever sa phrase: "Tu es génial, Rein ! Si tu peux le faire, vas-y !" s'exclame-t-il avec enthousiasme. - "Hein !? Gé, génial ?" Jamais encore on n'avait fait un tel compliment à Harlein, qui avait toujours fait partie des derniers de la classe à l'Académie de Magie. Rougissant de plaisir, il ne se fait pas prier et commence donc à purifier le pendentif. Son pouvoir galvanisé par la confiance que lui vouent ses compagnons, il ne tarde pas à rendre à la pierre son éclat d'origine, et à peine celle-ci se remet-elle à scintiller que dans un fracas formidable, atterri devant les voyageurs médusés un gigantesque vieux dragon. "Est-ce vous qui m'avez appelé, Humains ?" demande l'animal, s'adressant à eux par télépathie. - "Bien sûr ! répond Malus tandis que ses compagnons demeurent ébaubis de la rapidité avec laquelle le dragon est parvenu jusqu'à eux. Héros puissant des Temps Anciens, nous avons une requête à vous présenter. Nous souhaiterions que vous nous portiez sur votre dos jusqu'à l'autre versant de cette falaise. Seules vos ailes sont capables de voler à travers ce flux d'énergie tranchant comme une lame."

Vu qu'il a déjà eu l'occasion de louer ses services, Malus ne doute pas un instant que le dragon accèdera à sa requête. Aussi quelle n'est pas sa stupeur quand celui-ci lui répond, catégorique: "Muu.... Pas question." - "Quoi !? Mais pourquoi ?" demande le chevalier. - "Cet Humain qui porte sur l'épaule une bête divine, je sens sur son corps l'odeur de mort de l'un de mes camarades." - "Mm ? C'est de moi que vous parlez...?" s'étonne Bald. - "INUTILE DE FEINDRE L'IGNORANCE ! rugit le dragon en abattant violemment l'une de ses pattes devant les voyageurs, provoquant une pluie de pierres. JE SENS L'ODEUR, JE LA SENS...!" Interrogé par Harlein sur les raisons de cette colère qui agite subitement le vieil animal, le prince devine soudain à quoi celui-ci fait allusion. "Aah, je me rappelle maintenant. Dans le mausolée d'Hardaïm, nous avons terrassé un dragon par erreur. C'était bien triste. Mais j'ai pour principe de ne jamais laisser inutile le sacrifice d'une vie. Comme on me l'a appris à l'école de chevalerie, j'en ai fait une soupe et je l'ai mangée. Quant à ce qui restait, je l'ai enfoui et rendu à la nature." - "QUÔA !!?" Si Harlein est horrifié, que dire de l'expression d'envie qui vient se peindre sur le visage du gourmand Malus à l'évocation d'une succulente soupe de dragon ! "Ooh, que ça m'a l'air bon," soupire-t- il rêveusement, l'eau à la bouche. Quant au vieux dragon lui-même, il en a assez entendu. Avant que ces dingues décident de lui faire subir le même sort qu'à son malheureux camarade, il prend son envol sans demander son reste ! "QU'EST-CE QU'ON VA FAIRE MAINTENANT !? se lamente Harlein. SOUS LE COUP DE LA COLÈRE IL A FINI PAR S'EN ALLER...!? "Ça a l'air bon" .... C'est malin !!"

A la nuit tombée, les quatre voyageurs finissent par établir leur campement dans une clairière, sans être parvenus à traverser la barrière magique. Les voilà dans une impasse, dans tous les sens du terme ! Si ses amis prennent les choses avec philosophie, Bald quant à lui déprime, car il se sent responsable: s'il n'avait pas tué un dragon quelque temps plus tôt, le vieux dragon de la montagne les aurait portés sur son dos et ils seraient actuellement en chemin pour sauver Harvil. "....Allons, cela ne sert à rien de broyer du noir, assure Harlein pour le réconforter. Nous n'aurons qu'à chercher un autre moyen de passer." - "Au fait, Altesse, intervient Malus pour tenter de distraire le jeune homme de ses pensées morbides, l'épée maléfique légendaire que vous détenez.... Ainsi elle existe vraiment." - "....Oui, acquiesce Bald. Elle était scellée depuis des lustres dans la salle au trésor du château, transmise de génération en génération au sein de la famille royale...." - "A Zénédoora, poursuit le chevalier errant, on raconte qu'elle a été créée afin de faire face aux démons ?..." - "Malus, heureusement pour toi que tu n'as pas touché cette épée, dit sentencieusement le prince, faisant allusion à la fâcheuse tendance de son nouveau compagnon à s'approprier les biens d'autrui. Si tu l'avais ne serait-ce que sortie du fourreau, tu serais un monstre à l'heure qu'il est." - "HII.... SA MALÉDICTION EST DONC SI PUISSANTE QUE ÇA ?" - "....A dire vrai, répond Bald dans un sourire mélancolique, moi-même je n'aurais jamais imaginé que je me retrouverais soumis à une aussi puissante malédiction. J'ai beau n'avoir aucun regret, même la nuit il m'est impossible de dormir paisiblement." - "....Vous devez haïr votre ancêtre d'avoir conçu une épée aussi dangereuse ?" demande gravement Harlein. Mais bien que surpris par cette question évoquant un fait auquel il n'avait encore jamais songé, le prince ne tarde pas à secouer la tête négativement. "Non, déclare-t-il. En fin de compte, moi aussi je me suis mis à compter sur cette épée, alors je ne peux pas blâmer mon arrière grand-père. Si tel est mon destin, je ne fuirais pas, même si me voilà désormais contraint d'errer dans les ténèbres. Et je sauverais également mon précieux camarade, quoi qu'il advienne...!" Tandis que Baldrig prononce ces mots, son beau visage empreint d'une inébranlable résolution, Harlein le contemple, stupéfait de la force intérieure qui émane du jeune homme. "Il.... Il rayonne.... souffle le chevalier à part lui. Les êtres de sang royal sont-ils tous ainsi ?..."

La nuit s'est encore épaissie dans la forêt où les voyageurs ont installé leur campement. Tandis que ses compagnons se reposent, Harlein, dont c'est le tour de garde, attise le feu tout en contemplant Bald endormi. "....En effet, ce doit être pénible de ne pas pouvoir dormir sans mettre chaque soir des menottes...." compatit le chevalier, avisant l'objet magique fait de métal précieux ouvragé qui enserre les poignets du prince. Ce dernier gémit dans son sommeil, en proie non pas cette fois à un rêve érotique mais à un affreux cauchemar, dans lequel il est transformé en soupe par un dragon ! Le coeur battant, Harlein se demande à quoi le jeune homme peut bien rêver ainsi, quand son regard est soudain attiré par un rayonnement émanant des menottes....

Quelques secondes plus tard, Malus et Luluka sont réveillés par un fracas épouvantable. Une scène terrible s'offre alors à eux: face à un Harlein livide, Bald se dresse à quatre pattes, métamorphosé en un homme-bête qui laisse échapper des grognements menaçants. "Ah ! Vous alors, vous avez ôté ses menottes à Bald, reproche Luluka scandalisé. On vous avait pourtant averti qu'il ne fallait pas y toucher...." - "J'ai agi sur l'impulsion du moment.... s'excuse le chevalier penaud. Pardon." Cependant Harlein ne mesure que trop tard l'ampleur des conséquences de son acte. S'il se propose d'immobiliser le prince grâce à sa magie tout en engageant ses compagnons à en profiter pour lui remettre ses menottes, il doit vite se rendre à l'évidence que ses pouvoirs ne font pas le poids. Bald transformé n'a aucun mal à se libérer des anneaux magiques dont le chevalier a entouré son corps, autant essayer de ligoter King Kong avec un bout de ficelle ! "Eh, Luluka ! Mais comment faisait donc Harvil pour contrôler ce monstre !?" s'enquiert Harlein, pris de panique tandis que ses pitoyables tentatives pour la maîtriser ne font qu'exacerber la colère de la bête. - "Ah ça, répond malicieusement le lapin volant, même sous la torture, je ne vous le dirais pas.... Oufufu !" Bien sûr, il ne saurait avouer aux deux chevaliers que le seul moyen de calmer Bald quand il est possédé est de lui faire l'amour ! En cet instant, le prince a plus que jamais besoin de Harvil, le seul capable par ses caresses d'apaiser sa rage dévorante. Mais si sous son apparence humaine il peinait à rejoindre son ami, sa transformation en bête lui confère de puissants pouvoirs et de nouveaux talents. Ainsi, grâce à son odorat et son instinct surdéveloppés, Baldrig ne tarde pas à détecter la présence du magicien, même si ce dernier ce trouve à des kilomètres de là....

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Debout sur les remparts du château de Guilé, Harvil semble lancer à son amant un appel muet. Le prince changé en homme-bête sait parfaitement dans quelle direction aller pour le rejoindre, mais voilà, entre lui et l'objet de son obsession, se dresse le puissant mur de vent magique. A peine s'en est-il approché que ses vêtements commencent à partir en lambeaux sous l'effet de la pression ! "Bald, tu ne peux pas aller de l'autre côté !" lui crie Luluka qui l'a suivi. Mais loin de l'arrêter, cet obstacle ne fait qu'exacerber la rage du possédé. Alors il se concentre, faisant jaillir des éclairs noirs de son corps, qu'il ne tarde pas à envoyer sur la barrière en une furieuse pluie crépitante. Le choc magique est tel que tous les environs subissent les effets de l'impact, y compris les amis du prince, stupéfaits de le voir ainsi utiliser un sortilège, lui qui normalement n'est pas magicien. "La superposition des deux sorts a littéralement soufflé la barrière...!" s'écrie Harlein alors que le souffle de l'explosion l'envoie voler dans le décor. Quant à Luluka, ce ne sont pas tant les pouvoirs magiques dont Bald dispose désormais qui l'étonnent que leur intensité: "Qu.... Quelle puissance...! s'exclame-t-il. Les pouvoirs de Bald en tant que démon sont en train de grandir...!?" Mais une fois l'obstacle qui lui barrait la route éliminé, bien qu'épuisé par l'effort, le prince transformé bondit de l'autre côté de la falaise, franchissant la frontière de Zénédoora. Il ignore encore qu'en agissant ainsi, il ne fait que jouer le jeu de ses ennemis. "Fufufu.... Allez, viens...." ricane Guilé tapi dans l'ombre, satisfait d'être parvenu à séparer le jeune homme de son escorte....

Quand Baldrig reprend connaissance, il a la surprise de se retrouver étendu dans une mare peu profonde, au beau milieu d'une bien étrange forêt. Il doit s'agir du fameux Bois de Non-Retour, mais comme le voilà à nouveau humain, le prince ne conserve aucun souvenir de la course effrénée qui l'a amené en ces lieux. A peine a-t-il le temps de jeter un oeil aux alentours en se demandant où il se trouve que se dresse subitement devant lui une monstrueuse créature aquatique. Si elle est dépourvue de nez et d'yeux, elle dispose en revanche d'une bouche bien fournie en dents acérées. Affamé, le monstre se jette sur Bald, qui remarque en tentant de se défendre que son épée a disparu ! Saisi d'horreur à cette découverte, le prince croit sa dernière heure venue, lorsque soudain un puissant jet de flammes vient s'abattre sur la créature, la grillant net. Etonné de ce secours inespéré, Bald se retourne afin de voir à qui il doit la vie, et quelle n'est pas sa surprise en découvrant Harvil ! Heureux de retrouver enfin son ami, le jeune homme s'élance vers lui, sans prêter attention à la marque que le magicien porte sur la joue, signe qu'il subit toujours l'effet du maléfice. L'expression dure et froide avec laquelle Harvil le dévisage aurait pourtant dû lui mettre la puce à l'oreille, mais s'imaginant qu'il est simplement parvenu à s'enfuir, tout à sa joie et à son soulagement, Bald est bien incapable de remarquer quoi que ce soit. Ainsi quelle n'est pas sa stupeur quand loin de l'accueillir à bras ouverts comme il s'y attendait, le magicien l'attaque à coups de sortilèges ! "HA.... HAVY...!! Tu n'es pas dans ton état normal !?" s'exclame Bald, se démenant pour tenter d'éviter les flammes qui pleuvent sur lui. A ce moment, une voix familière vient résonner à ses oreilles: "Fufufu.... Comme vous pouvez le constater par vous-même, il a réellement l'intention de vous tuer, lance Guilé d'un ton railleur. Bienvenu dans le Bois de Non-Retour."

Si Baldrig a enfin compris que son cher compagnon n'est plus qu'une marionnette au service de l'ennemi, cela n'arrange pas ses affaires pour autant. Harvil est redoutable, et déjà épuisé par son exploit d'avoir détruit la barrière magique, le prince peine de plus en plus à éviter ses assauts. "Eh là, si vous continuez à vous contenter de fuir, vous allez finir par vous faire tuer par l'homme qui se tient devant vous, l'avertit Guilé tandis que Bald se précipite derrière l'abri éphémère d'un tronc d'arbre. Allez, je vous offre une épée. Pourquoi ne pas riposter au plus vite ?" Sur ces mots, Guilé fait apparaître une épée devant le jeune homme; mais loin de faire mine de s'en saisir, celui-ci laisse éclater sa colère: "Vous plaisantez !? Je n'ai aucune raison de me battre contre Havy !! Que lui avez-vous fait...!?" Pour toute réponse, Baldrig se retrouve pris au coeur d'une explosion de flammes, assenée par celui-là même qu'il s'efforce d'épargner. "Pour.... Pourquoi agissez-vous ainsi.... demande-t-il à Guilé, de plus en plus faible. Quel est votre but...!?" Mais à cet instant, l'acharnement qu'il met à tenter de détruire sa proie croissant avec la durée de ce combat inégal, Harvil envoie sur Bald une lame de feu qui vient lui traverser le ventre, le mettant définitivement hors d'état de se défendre. "Aah.... Je vous avais pourtant bien dit de riposter au plus vite, soupire ironiquement Guilé tout en apparaissant enfin en chair et en os dans la clairière. Bah, c'était peut-être trop vous demander en effet. Votre Altesse Baldrig, vous êtes celui qui porte en lui l'immense pouvoir d'un dieu-démon. Et parce que vous êtes le réceptacle qui nous permettra de faire revivre notre souverain en ce monde, il serait ennuyeux qu'un exorciste vienne nous mettre des bâtons dans les roues. Vous devez à tout prix rompre ce lien inutile qui vous unit.... Est-ce que vous m'entendez ?..." Mais le prince qui git sur le sol a déjà perdu connaissance et reste sourd à toutes ces explications....

Lorsque Baldrig revient à lui, c'est pour se retrouver prisonnier dans le château des démons, suspendu à un curieux miroir en forme de trou de serrure par des mains griffues qui lui enserrent le cou et les bras. En dépit de sa résistance physique, il reste très mal en point et seul le pouvoir de régénération du démon qui l'habite lui a permis d'échapper à la mort. "Comme vous avez l'air de souffrir, lance Guilé qui se tient devant lui avec Harvil, faussement compatissant. Ce magicien est vraiment un individu cruel. Transpercer votre corps avec une lame d'énergie magique.... Bah, avec le dieu-démon qui vit en vous, vous ne mourrez pas pour si peu, pas vrai ?" Ignorant les sarcasmes de son ennemi, malgré la situation critique dans laquelle il se trouve, Bald ne pense encore qu'à une chose, sauver Harvil. C'est pourquoi, vu que Guilé le tient à sa merci à présent comme c'était son but, il lui demande de libérer son ami. "...Je vous asssure qu'il est déjà libre ? rétorque le démon amusé. A-t-il l'air entravé de quelque manière que ce soit ? Bien que de toute façon, je ne pense pas qu'il revienne un jour à vos côtés, ah ah ah !" A ces paroles la rage de Bald est telle que la bête qui sommeille en lui reprend un instant le dessus, le temps de lancer à son ennemi un regard des plus menaçant. "Ooh, quel regard effrayant, siffle Guilé railleur, nullement impressionné. Je vous ai pourtant dit que je ne lui ferait plus aucun mal. Mais revenons à nos moutons, Altesse. Si je vous ai fait venir jusqu'ici, c'est parce que j'attends de vous que...." Mais à peine Guilé a-t-il entâmé les pourparlers que Bald lui oppose un non catégorique. "JE REFUSE." - "....Je ne vous ai encore rien dit, que je sache," rétorque le démon étonné. - "Il s'agira sûrement d'une sordide histoire de crimes et de maléfices. Je n'ai nullement l'intention de prendre part à vos méfaits." - "....La politesse exige que l'on écoute d'abord une proposition jusqu'au bout avant de donner sa réponse. Alors que je m'apprétais à vous libérer de vos souffrances...." - "JE REFUSE," répète Bald du même ton sans réplique, laissant un instant le démon sans voix. - "Quel entêté.... finit par soupirer Guilé. J'ai horreur d'avoir recours à la torture. ....J'ai trouvé. Qu'est-ce qui est le plus difficile à supporter pour un être de sang royal, à l'esprit fier et hautain, si ce n'est l'humiliation ? Alors pourquoi ne pas vous laisser aux bons soins de mon incube jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Quand vous serez enfin disposé à m'écouter, je mettrais fin à votre supplice."

Sur ces mots, Guilé redonne vie au serpent qu'il porte autour du cou et le tend vers Bald. L'incube à l'apparence de reptile vient s'enrouler autour du corps du jeune homme, se glisse sous ses vêtements pour ramper sur sa peau nue. Et en dépit du dégoût qu'aurait dû normalement lui inspirer ce contact, bien malgré lui le prince en éprouve un plaisir intense, au point de devenir bientôt incapable de résister à la jouissance qui s'est emparée de lui. "A.... Arrêtez...." supplie-t-il, les larmes aux yeux. - "Fufufu, vous me suppliez déjà ? Pourtant il ne fait encore que ramper à la surface de votre corps ?" Mais ce n'est pas tant le supplice en lui-même qui fait souffrir le prince que la honte d'être ainsi exposé dans une situation aussi abominable au regard de Harvil. S'amusant de son humiliation, Guilé a beau lui assurer que le magicien n'est plus en mesure de voir quoi que ce soit, réduit pour ainsi dire à l'état de légume, Bald continue de conjurer désespérément son ami de détourner les yeux. Mais tout en restant sans effet sur le mage, ses suppliques ne font qu'exacerber la malice du démon qui, hilare, ordonne soudain à son incube de passer à la seconde phase de ses assauts. Obéissant sur-le-champ, le serpent vient se glisser dans le pantalon de sa victime pour s'attaquer cette fois à ses parties les plus intimes. "Sa.... Salaud.... Ignoble rebus pervers...! crie Bald fou de rage à Guilé, au bord des larmes tant s'avère violent le plaisir que lui donne l'incube. "....Même enivré par l'aphrodisiaque secrété par mon serpent venimeux, vous trouvez encore le moyen de me tenir tête ? raille le démon. Il est grand temps de vous enseigner comme vous possédez un corps lascif. Tout en prétextant agir dans de bonnes intentions, on a fait de vous l'esclave du plaisir. Même si vous n'en conservez aucun souvenir, votre corps, lui, se souvient." Complètement dominé à présent par la jouissance que lui procure l'incube, incapable de résister plus longtemps en paroles comme en actes, Bald ne songe même pas à demander à son ennemi à quoi ce dernier fait allusion. Pourtant, une vision traverse son esprit en un éclair, dans laquelle il se voit transformé en homme-bête, ployé sous le corps de Harvil. Réminiscence étrange comme il en a déjà vu dans ses rêves....

Une fois Guilé lassé de son petit jeu cruel qui n'a finalement donné aucun résultat, il enferme Baldrig dans une cellule après l'avoir fait soigner afin qu'il ne meure pas. "Je ne peux plus bouger.... soupire le jeune homme en lui-même, allongé sur le sol froid de sa vaste geôle. On dirait bien que la magie d'Havy m'a infligé des dommages importants...." Rien que de songer à son ami, les larmes montent aux yeux du prince. Se voir infliger une séance de torture aussi dégradante en présence du magicien.... "J'ai tellement honte que je vais en mourir.... Je finirais presque par le souhaiter, qu'on en finisse...." Sanglotant tout bas le visage tourné contre la pierre, Bald finit par s'endormir sur cette pensée amère. Mais il n'a plus sur lui les bracelets magiques qui empêchaient sa transformation, et c'est ainsi que quand Harvil vient se poster devant les barreaux de sa cellule plus tard dans la nuit, c'est pour retrouver le prisonnier changé en homme-bête. "Pourquoi.... suis-je ici.... se demande le magicien sans quitter des yeux l'être qui git sur le sol. Car Guilé a eu beau s'évertuer à vider son esprit, le lien qui l'unit à Bald est si fort qu'inconsciemment, ses pas l'ont amené auprès de lui. A peine ses sens aiguisés détectent-ils la présence familière du magicien que le prince transformé se réveille pour s'élancer en grognant contre les barreaux de sa cellule. Durant un long moment, les deux jeunes gens se dévisagent, yeux dans les yeux. "....Il est différent de tout à l'heure...." songe Harvil perplexe. Lentement, il tend une main vers le beau visage au teint basané levé vers lui, qui semble l'implorer du regard. Mais à peine a-t-il esquissé ce geste que l'homme-bête lui déchire brusquement la peau à coups de griffes, avant d'attirer son bras à lui pour en laper voluptueusement le sang. "Douleur et chaleur.... réfléchit le mage au contact de cette langue tiède, luttant contre le vide de sa mémoire. Est-ce cela que je recherchais...?"

Guidé par son subconscient, Harvil se penche vers Bald pour s'emparer de ces lèvres encore tachées de son propre sang. Sans même chercher à le mordre, l'homme-bête accepte son baiser avec délices, ce qui achève de mettre le feu au corps du magicien. Avec fougue, il l'attire encore plus près de lui à travers l'obstacle que représentent les barreaux, pour pouvoir l'embrasser encore plus passionnément, pour pouvoir le toucher et le couvrir de caresses. Répondant à ses désirs, Bald agit à son tour et commence à déchirer de ses griffes les vêtements du magicien. Comme le jeune homme a changé, lui qui un moment plus tôt pleurait de honte sous les caresses de l'incube.... Comment croire qu'il s'agit de la même personne qui à présent lèche avidement la peau et le sexe de Harvil ? "Viens plus.... près...." l'exhorte ce dernier de sa voix hésitante. Et Bald obtempère, certain que chaque ordre de l'homme qui se tient devant lui signifiera pour lui recevoir davantage de plaisir. "Je désire Ba.... d.... ald.... Mais qu'est-ce que c'est...?" réfléchit Harvil, tentant toujours désespérément de se rappeler. Mais comme en réponse à ses attentes informulées, lui tournant le dos, l'homme-bête lui présente son anus. Malgré les barreaux qui gênent leur étreinte, Harvil ne se fait pas prier pour s'emparer du corps offert....

Les deux amants ignorent que dissimulé derrière un pilier à quelques mètres de là, Guilé ne perd rien de la scène. "....Il était censé être complètement sous l'effet du sortilège.... peste-il, mécontent. Ce magicien de malheur ! Décidément il devient absolument nécessaire de briser le lien qui unit ces deux-là...." Le démon n'a pas formulé ses pensées à voix haute, pourtant, en réponse, une voix se fait soudain entendre dans sa tête: "....Néanmoins ce lien très particulier pourra peut-être nous servir." Surpris, Guilé sursaute. "Ah...! Votre Excellence...! prononce-t-il en reconnaissant l'aura maléfique qui se dégage du nouveau-venu, avant de laisser échapper une exclamation de stupeur en découvrant sous quel aspect son maître s'est présenté devant lui. "Mais quelle est cette apparence...!" Car l'archidémon dépourvu de corps qu'il tente de faire revivre a emprunté celui d'un petit garçon visiblement de haute naissance, jeune prince qui ressemble fort au petit frère de Baldrig !

Fin du volume 2

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Concernant les oeuvres de Yamané Ayano, allez voir aussi le artbook Aya

 

 

 

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