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Yamané
Ayano
---------------------------------------------- Finder no Hyôtéki
---------------------------------------------- Finder no Ori
---------------------------------------------- Finder no Sekiyoku
---------------------------------------------- Finder no Ryoshû
---------------------------------------------- Finder no Shinjitsu
---------------------------------------------- Ikoku Irokoï Romantan
---------------------------------------------- Crimson Spell 1
---------------------------------------------- Crimson Spell 2
Yumi
Kayama
---------------------------------------------- Aïjin
---------------------------------------------- Kumo no ué dé Kiss o shiyô
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Intrigue: Akihito Takaba était autrefois un adolescent à problèmes. A présent, le voilà devenu photographe indépendant, de ceux qui traquent sans relâche organisations mafieuses et hommes politiques véreux à la recherche du scoop qui fera leur fortune. Grâce à Mr. Yamazaki, un inspecteur de police qui l'a remis sur le droit chemin quand il était délinquant, Akihito bénéficie souvent d'indications précieuses qui lui permettent de se trouver là où il faut au moment opportun. C'est ainsi qu'il a pu révéler le trafic de drogue se déroulant au Shion, un night club renommé. Hélas, cette boîte appartient au mystérieux Asami, un homme aussi redoutable qu'influent: si officiellement c'est un riche propriétaire immobilier dirigeant un grand nombre de luxueuses boîtes de nuit, sous la surface, la police le soupçonne d'être l'un des gros bonnets de la mafia japonaise ayant trempé dans de nombreuses affaires criminelles. Cependant, c'est un être insaisissable, et aucune preuve n'a jamais pu être présentée contre lui. Même le trafic de drogue découvert au Shion n'a pas suffit à prouver sa culpabilité et l'affaire a été classée sans suite, grâce aux relations puissantes qu'entretient Asami et à de généreux pot de vin. Mais si le scoop découvert par Akihito n'a pas permis de faire arrêter le bandit, en revanche, il a mis le jeune homme dans son colimateur. C'est ainsi qu'un soir, Asami ordonne à ses sbires de le lui amener. Non seulement ce jeune présomptueux a besoin d'une bonne leçon pour lui avoir créé des problèmes, mais surtout, le yakuza voudrait faire avouer à Akihito qui l'a prévenu qu'il allait y avoir une transaction au Shion.
Akihito est donc amené de force devant le séduisant et ténébreux Asami. Ce dernier affirme au jeune homme qu'il ne lui fera aucun mal s'il accepte de révéler gentiment ses sources. Mais contre toute attente, Akihito se révèle plus coriace que prévu: nullement impressionné par le bandit, il parvient à s'enfuir après avoir administré à ses sbires une bonne correction. Acculé sur le toit du bâtiment où on le tenait prisonnier, préférant risquer sa vie plutôt que d'être pris et torturé par des yakuzas, le jeune homme saute dans le vide et réussi à descendre du toit sain et sauf en se laissant glisser le long d'une enseigne au néon. Asami n'en croit pas ses yeux ! Lui qui prenait Akihito pour un gamin se voit grandement impressionné de son courage et son caractère audacieux. Le garçon lui plaît, et se réjouissant d'avance de la chasse à cette jeune bête sauvage, il décide de ne pas en rester là. Laissant courir de fausses informations sur une livraison de drogue devant avoir lieu au port dans un entrepôt désaffecté, il tend un piège à Akihito, qui ne manque pas de tenter de profiter de l'occasion pour obtenir un nouveau scoop. Assommé, le jeune homme se réveille nu et ligoté livré sans défense aux mains d'Asami qui, en guise de torture, lui fait avaler une substance aphrodisiaque....
- Fixer (p.39): Après un premier chapitre plutôt hard qui sert surtout à introduire les personnages, la 2ème histoire du recueil, plus intéressante et développée comme une enquête policière, voit évoluer subtilement la relation entre Akihito et Asami. En pleine période électorale, Akihito Takaba se fait embaûcher comme serveur dans un grand hôtel chic où doit avoir lieu un banquet réunissant les principaux hommes politiques du pays, à la recherche d'un scoop: c'est le moment où les politiciens recherchent des fonds pour leurs partis, et un appareil photo caché dans sa manche, Akihito espère bien surprendre ces financements occultes. Mais rien ne se passe comme prévu: non seulement lors du banquet il retrouve Ryûichi Asami, le riche patron du club "Shion", une sorte de yakuza qui a été son amant, mais en sortant les poubelles, il assiste à l'agression d'un homme qui lui remet un CD Rom avant de perdre conscience, priant le jeune homme de le remettre à Asami. Hélas, comme témoin de cette agression, Akihito est emmené au commissariat et n'a pas le temps de retrouver Asami. Il confie aux policiers les photos qu'il a pu prendre de la scène du crime, mais garde néanmoins le silence au sujet du CD Rom.
Dès le lendemain, le jeune homme se met en quête de son ancien amant afin de lui remettre le disque, mais s'il rencontre souvent Asami au moment où il s'y attend le moins, à présent qu'il le recherche, il s'avère impossible de le joindre. Alors qu'il se fait jeter dehors par les videurs du "Shion", qui ne veulent pas laisser entrer un tel "gamin" dans le club, Akihito est remarqué par les bandits qui ont tiré sur le type dans l'hôtel; ces derniers se sont rendus à l'hôpital afin de l'achever, mais avant, ils ont réussi à lui faire avouer qu'il a remis le CD Rom à un jeune employé. L'un des bandits se fait donc passer pour un serviteur de Asami et tente d'emmener Akihito avec lui, disant qu'il s'excuse pour ce qui s'est passé au "Shion" et va le conduire à son patron. Mais le jeune homme flaire tout de suite l'embrouille et refuse. Il est alors assommé et enlevé, et se réveille un peu plus tard au beau milieu d'un des repaires de la mafia chinoise ! Malgré la torture, il se contente de dire qu'il a jeté le CD Rom par crainte du danger, mais en fait, entre le moment où il s'est fait jeté du "Shion" et sa capture, Akihito a eu le temps de glisser l'objet dans la boîte aux lettres de chez Asami, à son immeuble où il ne vient hélas que rarement.
Tandis que le jeune reporter refuse d'en dire davantage malgré les coups, apparaît soudain Feï-Long Laoban, l'un des principaux chefs de la mafia chinoise, aussi beau que redoutable. En voyant le joli visage d'Akihito, ce dernier ne peut cacher son trouble, mais puisque même face à lui le jeune homme s'obstine à garder le silence, le chinois décide de le violer jusqu'à ce qu'il parle. Drogué à l'opium, Akihito se retrouve donc au lit avec le superbe Feï-Long, à qui il fait aussitôt remarquer qu'il est aussi bestial que Asami. Il semble exister un étrange lien d'amour et de haine entre les deux bandits: tandis que Akihito est sur le point de perdre conscience, Feï lui avoue que c'est Asami qui est le responsable de la profonde cicatrice d'impact de balle qu'il porte sur la poitrine. A chaque fois que cette blessure le fait souffrir, il voudrait que Asami ressente la même chose, et pour celà lui enlever tous ceux qu'il aime. Mais au même moment, Asami se rend par chance à son domicile et découvre le CD Rom dans sa boîte aux lettres. Averti par ses hommes qu'Akihito le recherchait, bien qu'il ait obtenu les documents secrets, il ne peut se résoudre à abandonner le jeune homme et se rend au repaire des chinois, faisant un vrai carnage, afin de le délivrer....
- Love Lesson (p.71): La rentrée des classes en seconde était pour Yûsuké Sakuraï, 15 ans, un moment qu'il attendait avec impatience. Le bus qu'il prend pour aller à son nouveau lycée est rempli de jolies jeunes filles parmi lesquelles il espère bien rencontrer sa future petite amie, mais hélas, il ne fait qu'attirer l'attention d'un obsédé quadragénaire qui profite de l'encombrement du bus pour pratiquer sur lui des attouchements. N'osant protester de peur que les lycéennes remarquent ce qui lui arrive, l'adolescent est finalement sauvé par Takahito Ichijô, un sempaï de Terminale. Le remerciant du bout des lèvres, vexé d'avoir été surpris dans une situation délicate par un élève de son école, Yûsuké s'enfuit en courant. Tandis que dans la cour de l'établissement a lieu la cérémonie d'entrée, maugréant contre le mauvais sort, l'adolescent se réfugie sur le toit du lycée afin de fumer une cigarette pour calmer ses ardeurs. Mais Ichijô l'a suivi, et en tant que chef du conseil des étudiants, son devoir est de dénoncer Yûsuké pour avoir enfreint le réglement qui interdit de fumer dans l'enceinte de l'école. D'un regard malicieux, le rusé sempaï propose alors à Yûsuké un étrange marché: en échange de son silence, il doit accepter que Ichijô l'aide à calmer les ardeurs réveillées par l'obsédé du bus et qui ne seront certainement pas appaisées par une simple cigarette....
- Koï suru Shokubutsu ("Les Végétaux amoureux" - p.87): Hiyama, lycéen, passe son temps à se disputer avec son camarade de classe Mizuno, avec qui il s'entend comme chien et chat. Après une chute pendant un match de football, les deux garçons se retrouvent à l'infirmerie couverts de bleus et d'écorchures; mais s'ils commencent comme d'ordinaire à se prendre le bec, Hiyama annonce bientôt à Mizuno qu'il doit lui parler d'une affaire sérieuse qui les concerne tous les deux: alors qu'il effectuait son job du soir dans un bar-hôtel, le jeune homme a vu dans un coin discret du fond de la salle son propre père assis auprès de celui de Mizuno; sous la table, les deux quadragénaires se tenaient tendrement la main ! Son camarade répond à Hiyama qu'il doit certainement se tromper: l'un étant politicien et l'autre avocat renommé, les deux hommes étaient sans doute en train d'échanger discrètement quelque pot-de-vin. Et puis, si leurs pères étaient gays, les deux jeunes gens ne seraient pas venus au monde ! Mais assailli tout de même par le doute, Mizuno décide d'aller avec Hiyama au bar-hôtel afin d'en avoir le coeur net. Et en effet, les lycéens n'ont pas eu le temps de faire le guet qu'ils aperçoivent les deux hommes d'âge mûr au détour d'un couloir. Ces derniers ont loué une chambre, et se contemplent avec un regard des plus éloquent ! N'en croyant pas leurs yeux (alors qu'eux ne font que se disputer, leurs pères sont amants !), Mizuno et Hiyama décident de louer une chambre près de celle de leurs géniteurs afin de les espionner, espérant en apprendre davantage. Mais finalement, Hiyama préfère renoncer à écouter à travers la cloison ce qui se passe dans la chambre d'à côté: il aime beaucoup son père, et aurait préféré ne jamais connaître son secret. Il se fait tard, et les deux jeunes hommes se résignent à passer la nuit dans cette chambre d'hôtel où il n'y a qu'un seul lit. Cependant, Hiyama ignore que son camarade est lui aussi homosexuel. Bientôt, Mizuno, sentant auprès de lui la chaleur de Hiyama qu'il aime en secret depuis longtemps, ne parvient plus à contenir ses sentiments....
- Riskee Society - God bless my Justice (p.111): La Riskee Society est un organisme secret dirigé par l'Amiral Saéki. Créé par l'Etat, dont seul quelques membres sont au courant de son existence et peuvent faire appel à ses services, il a pour but de recenser et étudier les personnes dotées de pouvoirs surnaturels, les fameux Espers. Si ceux dont les capacités sont faibles ou non dangereuses pour la société peuvent retourner à une vie normale, les gens possédant des pouvoirs incontrolables ou un caractère subversif qui pourrait les pousser à utiliser leur don pour commettre des délits se retrouvent automatiquement enfermés dans le laboratoire, neutralisés à vie. Quant aux meilleurs éléments, après avoir reçu un entraînement spécial, ils deviennent des membres intégraux de R.S. en tant que super-agents secrets. Depuis trois mois, le jeune Akira Tôdô, 20 ans, un Esper qui possède une force et une résistance surhumaines, fait désormais partie de cette organisation. Si dans le civil c'est un acteur en costume qui incarne Force Rouge dans la série des Cosmo-Guerriers , il doit être prêt à quitter ses occupations à tout moment sitôt que son portable lui transmet un ordre de mission. Ses équipiers sont Yûto Miyashita, 11 ans, un élève d'école primaire surdoué qui a le pouvoir de lire dans l'esprit des gens, et surtout Rei Yukimura, 25 ans, un beau jeune homme aussi énigmatique que taciturne qui est aussi le chef du trio. Il est le plus ancien et le plus doué de tous les membres de R.S., et c'est donc lui qui a pour charge de former les jeunes recrues comme Akira. Son pouvoir est également très différent de celui de ses amis: le regard perçant et glacial de Rei lui permet de paralyser ou envoyer au loin un criminel tandis que grâce à ses cinq sens supra-aiguisés, il peut atteindre sa cible même de dos; mais surtout, son organisme a la capacité de se régénérer et le rend invulnérable à n'importe quelle blessure. Car Rei porte en lui le sang d'une race occidentale très ancienne et particulière qui, chassée pendant des siècles (les Vampires ?), se trouve de nos jours pratiquement anéantie. Voilà pourquoi l'entêté Sashima, un scientifique qui est le petit-fils du savant qui s'occupait jadis de Rei, ne cesse de poursuivre ce dernier afin d'obtenir un échantillon de son sang. Un jour, au cours d'une mission, en voulant protéger Rei Akira reçoit une balle en pleine poitrine. Blessé grièvement, malgré sa force, il n'a aucune chance de s'en sortir. Alors, ne voulant pas perdre le jeune homme en dépit de la froideur avec laquelle il le traite habituellement, Rei n'hésite pas à lui injecter le précieux sérum créé jadis à partir de son sang. Et superposant ses lèvres aux siennes, il fait don à Akira d'une partie de sa force vitale....
- Saménaï Yoru o daïté ("Enlaçant cette nuit qui ne fraîchit pas" - p.159): A la fin de chaque manga relié, il est coutume de rajouter une histoire inédite n'ayant jamais paru en magazine. Dans le cas de Finder , l'auteur avait prévu de nous conter le passé liant Feï-Long et Asami, mais par manque de temps, elle avait été contrainte de renoncer, prévoyant néanmoins ce chapitre très attendu du public pour une prochaine fois. C'est donc l'évolution progressive mais inéxorable des liens entre Akihito et Asami qui se trouve ici décrite.
Tandis que le jeune photographe est une fois de plus pourchassé par des bandits pour avoir pris des clichés compromettants, en traversant imprudemment l'autoroute à toute allure, Akihito manque se faire renverser par une grosse automobile noire. Lorsque la vitre arrière s'ouvre, le jeune homme à la surprise de découvrir son pire cauchemar, Asami en personne, assis dans le véhicule. Le yakuza fait monter Akihito, le sauvant ainsi de ses poursuivants, sans néanmoins lui adresser la parole ni même paraître se soucier de sa présence tout le temps du trajet. Une fois de retour à son appartement, le jeune homme commence à se poser des questions. Pourquoi faut-il qu'à chaque moment où il s'y attend le moins il rencontre Asami, et pratiquement à chaque fois qu'il a besoin d'aide ? Et pourquoi le ténébreux yakuza éprouve-t-il le désir de lui faire subir des choses aussi honteuses quand ils sont seuls tous les deux, alors qu'il n'est qu'un garçon ? Mais rien que de se remémorer l'étreinte brûlante de cet amant forcé, Akihito sent son corps s'enflammer. La nuit venue, alors que dehors la pluie tombe à torrents, quelqu'un frappe soudain à la porte. L'ouvrant, le jeune homme est stupéfait de retrouver Asami, trempé comme une soupe. Ce dernier est seulement venu s'abriter un moment et assure qu'il repartira sitôt l'averse calmée; mais le yakuza a beau se tenir tranquille, Akihito ne peut s'empêcher de le dévorer du regard. A la fois tendu, sur ses gardes, et irrésistiblement conscient de la présence de ce dangereux amant....
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- Bodychase (p.3): Lorsqu'il n'est pas en train de traquer les malfrats et autres politiciens véreux à la recherche d'un scoop, Akihito Takaba, jeune photographe indépendant, gagne sa vie en prenant des clichés plus esthétiques et surtout sensiblement moins risqués, par exemple en louant ses services lors de mariages. Un jour qu'il se trouve en plein travail, il reçoit soudain la visite d'un inspecteur de police, Mr. Imamiya: ce dernier s'intéresse fort à Ryûichi Asami, homme très influent dans le Milieu, et compte bien sur la collaboration de Akihito pour entrer en contact avec lui. Le jeune homme a beau prétendre qu'il n'a absolument aucun lien avec un type aussi dangereux, le policier sait déjà grâce à ses indicateurs que peu de temps auparavant, uniquement pour sauver une seule personne, Asami lui-même a été jusqu'à s'introduire dans le repaire de la mafia chinoise, et l'inspecteur reste persuadé que ce garçon si cher au yakuza au point qu'il risque sa propre peau pour lui n'est autre que Akihito. Voilà ce dernier bien embêté: bien qu'il continue de nier qu'il s'agit bien de sa personne dont il est question, cela l'ennuie beaucoup que la police en vienne à s'imaginer qu'il soit peut-être l'un des hommes de main d'Asami - surtout que de son point de vue à lui, le ténébreux yakuza s'intéressait plutôt aux informations qu'il détenait qu'à lui-même quand il lui a sauvé la vie !
Le soir après sa séance de photos, le jeune homme accepte néanmoins d'accorder un entretien à l'inspecteur. Il se trouve que ce dernier est l'ancien coéquipier de Mr. Yamazaki, l'inspecteur qui jadis avait remis Akihito dans le droit chemin et lui fournissait parfois des tuyaux pour ses scoops, mais avait fini par se faire abattre après avoir tenté de tuer le jeune photographe: trop curieux, Akihito avait en effet découvert qu'il s'agissait d'un flic ripoux (voir "Finder" vol.1 chap.1). Selon son ancien coéquipier, Mr. Yamazaki était autrefois un excellent policier mais afin de trouver des fonds pour faire opérer l'un de ses enfants, il avait touché à de l'argent sale, et il est de notoriété publique que lorsqu'on commence à tremper dans ce genre de milieu, il est quasiment impossible d'en sortir ensuite. Akihito acquiesce, avouant que lors de l'affaire Yamazaki il a eu l'occasion de rencontrer brièvement Asami, s'empressant néanmoins d'ajouter que ça ne s'est pas révélé très bon pour lui, un peu comme si ce yakuza lui portait la poisse. Chaque fois que Asami fait son apparition, se dit mentalement le jeune homme, son quotidien s'en trouve bouleversé.... Il s'agit d'un de ces êtres évoluant dans un monde de l'ombre, où raison et sens commun paraissent annihilés. Gardant cependant le fond de sa pensée pour lui, Akihito explique que même s'il voulait se venger de ce que lui a fait ce yakuza, Asami est un adversaire redoutable qu'il s'avère impossible d'approcher facilement, alors si le policier voulait bien lui fournir quelques tuyaux à ce sujet, il en serait grandement reconnaissant. A ces mots, l'inspecteur présente au photographe une carte de membre du Shion, ce club très select appartenant à Asami où se déroulent en secret une foule de transactions illégales. Un objet rare que l'on arrive difficilement à se procurer, que le policier est parvenu à obtenir par l'intermédiaire d'un ami. Qu'est-ce que Akihito dirait d'aller boire un verre au Shion afin d'observer ce qui s'y trame ?
C'est ainsi qu'un peu plus tard, alors qu'il est occupé à travailler dans son luxueux bureau situé en centre-ville, Asami apprend de la bouche de son secrétaire que le gamin dénommé Akihito Takaba se trouve en ce moment-même dans leur club de Shinjuku, amené là par un homme possédant une carte de membre. A cette nouvelle le yakuza ne peut retenir un sourire amusé, supposant que le malheureux garçon doit probablement se recroqueviller dans un coin de la salle après avoir passé commande d'un alcool bon marché ! Et en effet le yakuza a deviné juste: relégué à une table isolée du Shion, Akihito goûte l'impression désagréable de n'être pas du tout à sa place, ce club n'étant fréquenté que par de riches hommes d'âge mûr, célébrités et politiciens de tout poil. Sous prétexte d'aller aux toilettes, l'inspecteur Imamiya l'a laissé pour aller fureter de son côté, et Akihito resté seul avec l'une des hôtesses, celle-ci en profite pour le questionner discrètement. Mais le jeune homme n'est pas dupe, et quand sa compagne lui demande l'air de rien qui les a invités à ce club lui et Mr. Imamiya, il répond aussitôt Ryûichi Asami, ravi de la stupeur mêlée d'effroi que ce nom seul provoque chez l'employée. Puis, prétendant aller voir ce que fait Mr. Imamiya depuis si longtemps aux toilettes, Akihito se lève pour se diriger vers le fond de l'établissement. Car depuis tout à l'heure, il a remarqué des groupes de clients plutôt nombreux disparaître régulièrement dans cette direction. Nul doute que c'est là, tout au fond du club, que se trouvent ces fameuses salles privées réservées aux VIP. Mais en dépit du risque qu'il encourt, Akihito ne peut s'empêcher de se sentir étrangement troublé à l'idée de se tenir en cet instant-même dans l'établissement géré par Asami. Le jeune homme a beau se dire qu'il est plus qu'improbable que le yakuza se trouve actuellement en cet endroit, c'est plus fort que lui, un vibrant sentiment d'excitation ne le quitte plus....

A peine a-t-il mis les pieds dans la partie du Shion réservée aux VIP que Akihito rencontre un homme ivre dans le couloir. Sous prétexte de l'aider, grâce à cette "couverture", il parvient sans encombre jusqu'à la salle des moniteurs fort heureusement déserte, d'où il est possible d'observer les moindres recoins de l'établissement. C'est ainsi que le jeune homme découvre que dans l'un des salons privés, une vente illégale d'armes est en train de se dérouler. Tant pis pour Asami, pas question pour Akihito de fermer l'oeil là-dessus et laisser passer cette aubaine ! S'emparant du mini-appareil photo qu'il cache toujours sur lui au cas où se présenterait l'occasion d'un bon scoop, il se met aussitôt à prendre des clichés compromettants. Mais à cet instant, Akihito découvre avec horreur que l'inspecteur Imamiya s'apprète justement à pénétrer sur les lieux du délit, ignorant complètement quel genre de transaction est en train de s'y dérouler, et ce sans mandat. Les bandits quant à eux sont armés jusqu'aux dents, nul doute qu'il va se faire trouer la peau !
Mais alors que le jeune homme va pour se précipiter au secours du policier, une main de fer le retient soudain par l'épaule, et dans son dos, il découvre avec stupeur Ryûichi Asami en personne ! Tirant Akihito par le bras, le yakuza l'entraîne de force dans une pièce isolée, d'où à travers une glace sans teint ils peuvent observer tout ce qui se déroule dans le salon des marchands d'armes en contrebas. Comprenant que le photographe a tout vu, Asami lui explique que le policier est cuit: au moment où Imamiya découvrira les armes cachées dans la pièce, les traficants lui feront la peau ! Ces hommes sont très dangereux et en voulant intervenir, Akihito ne fera que subir le même sort que son compagnon. Effrayé, le jeune homme réplique qu'en tant que propriétaire de cet établissement, il suffit à Asami d'ordonner à ses employés d'intervenir pour éviter le drame, néanmoins ce dernier refuse: après tout que lui importe la disparition d'un de ces irritants poulets qui passent leur temps à fourrer leur nez dans ses affaires ? Et empoignant fermement Akihito bien décidé malgré le danger à porter secours à l'inspecteur Imamiya, de sa voix grave et suave, le yakuza lui ordonne de rester bien sagement auprès de lui. Cependant Asami a beau s'efforcer de lui démontrer son impuissance, c'est sans compter sur la ténacité et la hardiesse du jeune homme ! Avant que son compagnon n'ait le temps de réagir, il presse violemment l'interrupteur de la sirène d'alarme située sur le mur à ses côtés, et aussitôt les employés du club débarquent dans le salon sur lequel donne cette salle de surveillance: maîtrisé en un tour de main par les videurs du Shion, l'inspecteur est immédiatement emmené loin des traficants d'armes, obtenant ainsi la vie sauve.
Tout étant enfin rentré dans l'ordre, Akihito lance au yakuza mécontent un regard de défi tandis que celui-ci le dévisage en retour de son regard acéré. Et quand cet homme ténébreux tend soudain la main vers lui, durant un instant voilà le photographe saisi par la crainte que sa dernière heure ne soit arrivée. Cependant Asami ne fait qu'arracher un petit objet qui était accroché au revers du col du jeune homme, et qui n'est autre qu'un microphone miniature: à cause du système de brouillage dont est équipé le Shion, ici les micros ont beau n'être d'aucune utilité, n'empêche que la présence de cet objet démontre plus clairement que tout long discours que la police ne fait depuis le départ aucune confiance à Akihito; ils ont manigancé cette enquête au Shion uniquement dans l'espoir que le jeune homme rentrerait en contact avec Asami. Quelle ironie du sort que l'inspecteur ait eu la vie sauve grâce à celui en lequel il refusait de croire ! Mais en dépit du choc éprouvé, cette amère découverte laisse Akihito songeur: davantage que les gens de la police, c'est Asami lui-même qui semble s'appliquer à le protéger et à lui servir de bouclier ? C'est absurde.... Car Asami n'est-il pas qu'un odieux yakuza ? En plus le jeune homme n'a rien à voir avec lui, il ne fait même pas partie de sa bande ! Mais quand relevant la tête, Akihito va pour demander à Asami la raison pour laquelle il se préoccupe tant de lui, prenant son menton entre ses doigts, l'irritant personnage lui répond d'un ton ironique: "Qu'est-ce que tu racontes.... C'est pourtant toi qui est venu jusqu'ici en quête de mon odeur...?" Ecarlate, le jeune homme a beau protester, seul avec sa proie dans cette salle déserte, le séduisant yakuza n'est pas prêt de le laisser repartir de sitôt !....

Intrigue principale: De nombreux fans de Yamané Ayano désiraient connaître les raisons de cet antagonisme visiblement autre que commercial opposant Asami et Feï-Long. C'est chose faite avec ce long retour en arrière, qui nous conte en détails leur rencontre ainsi que la nature de ce lien ambigü unissant le yakuza et le Fils du Dragon.
- Kôrô no Hana ("La Fleur de la Haute Tour" - p.33): De retour à Hong-Kong après l'affaire qui l'a opposé au yakuza Ryûichi Asami au Japon, Feï-Long, jeune chef de la mafia chinoise, goûte un repos bien mérité à sa base où l'accueille avec joie son valet Tao, un jeune garçon attaché à son service personnel. Alors qu'il peigne les longs cheveux de son maître, l'enfant avise soudain la cicatrice d'impact de balle que ce dernier porte sur la poitrine, et tandis qu'il demande à Feï si cette profonde blessure le fait encore souffrir, c'est l'occasion pour le Chinois de replonger sept années dans le passé....

Feï-Long, alors âgé de 20 ans, a été élevé en tant que fils cadet de Maître Ryû, le chef de la famille du même nom qui règne sur la mafia de Hong-Kong. Néanmoins, fils adoptif seulement, il est contraint de travailler pour le gang sous les ordres de son frère aîné Yan-Tsui, quant à lui héritier légitime. Malgré sa délicate apparence androgyne, Feï est pourtant bien meilleur en affaires et physiquement bien plus fort que son aîné, mais par amour pour son père adoptif et par désir de reconnaissance, le jeune homme s'applique à supporter toutes les humiliations, exécutant sans broncher toutes les basses besognes. Cependant Yan-Tsui n'est pas dupe: certains dans l'Organisation commencent à murmurer que Feï pourrait bien devenir le nouveau chef à sa place, et jaloux, voyant son jeune frère comme une menace, Yan-Tsui n'hésite pas à l'obliger à se salir les mains, l'utilisant comme un "nettoyeur" chargé d'éliminer tous les gêneurs se présentant sur son chemin. C'est ainsi qu'un soir, Feï-Long se rend chez l'un des membres du clan des Ryû soupçonné de trahison, qu'il abat froidement. Sa mission remplie, le jeune homme s'apprète à rentrer à sa base quand il doit faire face au chien de la victime, un doberman peu commode qui le mort férocement à la main. Malgré la gravité de la blessure, Feï se contente de la bander comme s'il ne s'agissait que d'une égratignure, car il sait bien que Yan-Tsui est prêt à saisir le moindre prétexte pour l'humilier. En effet, cela ne manque pas d'arriver lorsqu'il se retrouve face à son aîné un peu plus tard: au lieu de le féliciter d'avoir réussi sa mission, avisant le bandage, Yan-Tsui prend un malin plaisir à rappeler au jeune homme que son père ne l'a pas adopté par bonté d'âme et que s'il veut se faire reconnaître, Feï se doit de remplir son travail correctement; en se faisant blesser lors d'une mission aussi simple, c'est sur son frère aîné qu'en retombe toute la honte. Résigné, le jeune homme ne répond rien, habitué depuis longtemps à ravaler sa fierté et sachant parfaitement où est son devoir envers la famille Ryû.
Quand il accompagne ensuite Yan-Tsui auprès de leur père alité, qui n'a plus que peu de temps à vivre, Feï-Long demeure silencieux quelques pas en arrière tandis qu'assis auprès du vieil homme, son aîné lui fait son rapport sur l'élimination du présumé-traître, tout à fait comme si c'était lui qui avait exécuté cette mission. Mais Mr. Ryû est surtout préoccupé par leur dernière transaction en cours, cette nouvelle route d'exportation d'armes de contrebande en direction du Japon: quoi qu'il arrive, il faut absolument que leur gang s'octroie le monopole de cette route très convoitée ! Yan-Tsui rassure son père en lui affirmant que tout est en ordre, les formalités suivent leur cours selon leur plan. Soulagé, Mr. Ryû félicite son héritier pour son excellent travail, avant de reporter son attention sur Feï-Long, aussi surpris que ravi que son père ait daigné se préoccuper de lui. Mais évoquant la blessure que son fils adoptif porte à la main, le vieil homme se contente de l'avertir de ne pas en faire trop, l'enjoignant à laisser Yan-Tsui se charger de tout. Déçu, par ces paroles aussi froides que sévères le jeune homme a décidément la douloureuse conviction qu'en tant qu'être humain, il ne compte pas aux yeux de son père....
Une fois que les deux frères se retrouvent seuls, Yan-Tsui avoue cependant à son cadet qu'il a menti à leur père tout à l'heure au sujet de la route de marché noir vers le Japon, afin de ne pas l'inquiéter: en réalité une autre personne est sur le coup, Tô, un politicien véreux qui était jadis dévoué au clan mais a décidé de faire "bande à part" afin de préserver sa position; Tô discute de l'obtention de cette nouvelle route avec des marchands d'armes dans le dos des Ryû, utilisant pour cela un intermédiaire venu du Japon. Il est fort possible que leur clan soit battu dans cette transaction et sur leur propre terrain, ce que l'on ne saurait admettre; ainsi, pour l'honneur des Ryû, Yan-Tsui ordonne à Feï de retrouver ce Japonais et de lui faire son affaire. Bien sûr, le jeune homme n'a aucun mal à découvrir le repaire du gêneur, et tandis qu'il s'y rend en voiture en compagnie de quelques hommes de main, ces derniers ne manquent pas de s'indigner qu'encore une fois, c'est à leur chef que revient le sale travail alors que Yan-Tsui récolte tous les honneurs: depuis le temps qu'ils servent Feï-Long, ses hommes ont eu l'occasion de reconnaître sa véritable valeur et se disent entre eux que nul autre que lui ne serait plus digne de devenir le successeur du clan Ryû. Quant à Feï lui-même, au fond peu lui importe qui prendra la tête du clan; mais conscient que son père n'en a plus pour longtemps, il ne pourrait supporter que ce dernier quitte ce monde ainsi en continuant de dédaigner son existence.
Arrivés devant l'hôtel où loge l'intermédiaire japonais causant tant de tort à leur clan, les hommes de Feï enjoignent à ce dernier de rester tranquillement dans la voiture tandis qu'ils se chargeront de débusquer le gêneur: après tout leur adversaire est seul, ils n'auront aucun mal à le ramener pieds et poings liés à leur maître. On voit bien qu'ils ignorent encore à qui ils ont affaire ! Quelques minutes plus tard, Feï voit ses hommes de main inconscients précipités sur le bitume, tandis qu'un séduisant inconnu se penche à sa portière. "Quel accueil brutal", lance de son sourire cynique Ryûichi Asami, yakuza de son état. Le Chinois a grandement sous-estimé son adversaire, et afin qu'ils puissent parler calmement, Asami réussit à le convaincre de quitter son véhicule pour l'accompagner à sa luxueuse chambre d'Hôtel. Là, Feï n'y va pas par quatre chemins, il demande au Japonais de cesser ses activités à Hong-Kong: il s'agit du fief du clan des Ryû, fonctionnant selon leurs règles à eux. Cependant Asami n'est pas du tout disposé à laisser quiconque s'interposer dans son travail, encore moins à discuter avec quelqu'un qui lui a envoyé des tueurs. Même pour de l'argent, il n'arrêtera donc pas de servir d'intermédiaire à Tô dans cette affaire de marché noir; en revanche, en voulant à tout prix s'octroyer cette route d'exportation d'armes que brigue Tô, quelque soit la réputation sanguinaire des Ryû, ils peuvent s'attendre à avoir de gros problèmes en se mettant à dos un politicien véreux aussi influent. Feï lui aussi est bien conscient de cela, mais répondant que ce n'est pas lui qui décide, c'est l'occasion pour Asami d'éxercer son humour grinçant: "J'ai entendu dire que le kambu Feï-Long Ryû était un homme puissant à l'esprit tranchant mais en réalité - la bonne blague - je ne vois là qu'un simple garçon de course !"

Piqué au vif, le jeune Chinois se rue sur Asami, le dépossédant de son revolver d'un coup de pied bien appliqué. Un rapide combat s'ensuit, mais en dépit de la vigueur que met Feï dans chacun de ses coups, dès que son adversaire a le malheur d'agripper sa main blessée, sa souffrance est telle qu'il pousse un hurlement de douleur, incapable de se battre plus longtemps. Bien que surpris, Asami profite de ce moment de faiblesse pour maîtriser le jeune homme, le plaquant sur son lit tandis qu'il examine la blessure: enflée, la main de Feï s'est gravement infectée; si on n'en vide pas le pus en la cautérisant, il risque la gangrène ! Et tirant son couteau, chauffant la lame au rouge à la flamme de son briquet, à la grande terreur du Chinois le yakuza joint le geste à la parole et entreprend de vider lui-même la blessure ! Une fois sa tâche achevée et la main de Feï soigneusement bandée, Asami recommande au jeune homme qui a certainement dû beaucoup souffrir ces derniers jours de rentrer rapidement chez lui pour se reposer. Aussi honteux que furieux, Feï quitte l'hôtel en titubant.
Mais une fois de retour à la résidence des Ryû, Yan-Tsui ne manque pas de lui reprocher d'être ainsi rentré au bercail sans le moindre résultat. Feï a beau lui affirmer que Asami a raison, mieux vaut ne pas contrarier Tô, ceci ne fait qu'exacerber la colère de son frère, qui le gifle violemment au point de le précipiter à terre: non seulement son cadet fait davantage confiance à ce Japonais qu'à lui, mais il ose en plus émettre un avis !? Et tout à sa fureur, Yan-Tsui va jusqu'à accuser Feï-Long d'avoir couché avec Asami après l'avoir séduit grâce à son visage féminin ! Il a pourtant répété mille fois à son jeune frère que sa parole était absolue, qu'il ne fallait pas le contredire; et décidé à montrer à Feï ce qu'il encourt si jamais il ose s'opposer à lui, d'un geste rageur, Yan déchire la veste et la chemise du jeune homme, mettant sa poitrine à nu. Un instant dérouté par ce comportement aussi brutal qu'inattendu, Feï-Long n'en revient pas que son frère en soit venu à penser tant de mal de lui, cependant Yan-Tsui n'en démord pas: cet homme qu'il a ordonné à son cadet d'éliminer l'autre jour, n'avait-il pas déclaré qu'après la mort du vieux Ryû il ferait en sorte de placer Feï à la tête de l'Organisation ?
Le jeune homme n'en croit pas ses oreilles, il ignorait réellement tout de cette résolution ! Mais pour Yan, il n'y a pas de fumée sans feu, il reste persuadé que Feï-Long a usé de ses charmes pour tourner la tête de cet homme influent au sein du clan. Voilà pourquoi il a manigancé l'élimination du "traître" de sorte que ce dernier passe dans l'Autre Monde de la main-même de celui pour lequel il éprouvait des sentiments aussi vils. Néanmoins Feï ne laisse pas au Chinois le loisir de poursuivre ses imprécations pleines de ressentiment: il lui cloue le bec d'un puissant coup de poing dans l'estomac. Involontairement, Yan-Tsui a réveillé l'autre côté de la personnalité du jeune homme, son côté sombre, celui du tueur ! "N'en dis pas.... davantage...." articule ce dernier une expression de haine farouche sur le visage, pointant son pistolet sur la tempe de son frère aîné. Cette fois Yan-Tsui a été trop loin, et dévisagé par ce regard acéré et cruel, le voilà soudain saisi d'une peur à vous nouer les boyaux. C'est à cet instant que les employés de la résidence remarquent enfin le drame sur le point de se produire, et accourant en hâte, ils s'empressent de ceinturer le forcené. "Pff.... Tu es parfait comme ça.... ironise Yan-Tsui bien que toujours plié en deux par la douleur. Ce n'est que lorsque le sang te monte ainsi à la tête que tu laisses apparaître ta véritable et cruelle personnalité.... Tu m'appartiens, tu es mon soldat !" Les mains tremblantes, Feï-Long ne se décide toujours pas à lâcher son arme, mais soudain, l'arrivée du vieux Maître Ryû vient mettre fin à son accès de fureur. Attiré par le bruit, le vieil homme se montre scandalisé d'une telle querelle entre frères et intime l'ordre à son fil aîné de se taire et cesser de provoquer volontairement son cadet. Puis, s'adressant à Feï qui tente désespérément de dissimuler aux yeux de son père les lambeaux de ses vêtements déchirés, il lui rappelle que pour quelque raison que ce soit, il lui est formellement interdit de diriger une arme contre son frère aîné. Ainsi, Mr. Ryû décide d'éloigner pour quelque temps son fils adoptif de Yan-Tsui en le reléguant dans un autre bâtiment de la résidence afin qu'il reprenne son sang-froid.
Quelle injustice ! Alors que c'est Yan qui l'a humilié, c'est Feï-Long qui se fait punir ? Furieux, ignorant les injonctions des employés de son père qui tentent de lui rappeler son assignation à domicile, seul et à pieds, le jeune homme quitte la résidence en plein milieu de la nuit. Il a désormais la certitude qu'il ne lui suffit pas d'exécuter les quatre volontés de son frère pour que Mr. Ryû reconnaisse ses mérites. Alors qu'il chemine au hasard, ses pas finissent par le mener à un bar du centre-ville où assis au comptoir, Feï a la surprise de retrouver Asami. S'asseyant auprès de lui, le jeune homme commande un bourbon avant d'avertir le yakuza qu'il ferait mieux de quitter Hong-Kong au plus vite, car Yan-Tsui ne va pas le laisser aller et venir dans son fief à sa guise bien longtemps. "C'est encore toi qu'il va m'envoyer comme tueur ?" demande aussitôt Asami. Mais Feï-Long répond négativement: le voilà pour un moment expédié en vacances forcées. "Je vois. Alors c'est vrai ce que l'on raconte: si Ryû meurt, ce sera la fin de l'Organisation." Déjà le jeune homme est de fort mauvaise humeur, il n'a pas besoin de subir en plus l'humour cynique de ce mafioso étranger ! "Qu'est-ce que vous pouvez comprendre à tout ça !!" rugit-il, reposant violemment son second verre de bourbon sur le comptoir. Mais décidément moqueur, Asami n'est pas disposé à s'arrêter: "Ta main gauche saigne encore. Et ton visage, dans quel état il est ! Tu inspires de la pitié chez les gens qui t'entourent...."

Sans répondre, Feï se contente de lancer à son interlocuteur l'un de ces regards meurtriers dont il a le secret. Mais à cet instant, un inconnu vient aborder le jeune Chinois: il se présente comme l'un des hommes de main de Wan, ce kambu qui a été abattu l'autre jour, et expliquant que le bruit court que c'est Feï-Long qui a été dépêché pour cet assassinat, sortant un couteau discrètement de sa poche, le bandit avertit ce dernier de prendre garde à la vengeance des fidèles de Wan. Sur cette sentence, le mafioso chinois va pour poignarder le jeune homme, avant de comprendre un peu tard qu'il a sous-estimé son adversaire: malgré l'état "pitoyable" - comme le dit si bien Asami - dans lequel il se trouve, Feï-Long n'a rien perdu de sa force ni de son agilité. En un tour de main et quelques coups bien appliqués, il n'a aucun mal à envoyer son agresseur au tapis, nez et dents fracassés. "Ne te moque pas de moi ! Asami !" lance ensuite le jeune homme en se retournant vers le yakuza, signifiant par là qu'il pourrait bien lui faire subir le même sort. Mais à cet instant la tête se met soudain à lui tourner, et ivre-mort, il s'évanouit dans les bras de cet irritant Japonais.
Un peu plus tard dans la nuit, lorsque l'esprit encore embué Feï-Long s'éveille enfin, c'est pour se découvrir couché sur le lit d'Asami dans la chambre d'hôtel de ce dernier. Comprenant pour quelle raison il a perdu connaissance, le jeune homme s'excuse auprès du yakuza qu'il ait encore une fois été forcé de s'occuper de lui. Mais jetant un coup d'oeil éloquent à la chemise en lambeaux de son protégé, Asami se contente de lui lancer cet avertissement: Feï doit comprendre qu'il ne doit absolument pas se montrer à ceux qui ont des raisons de lui en vouloir dans l'état de faiblesse où il se trouve à présent. Nullement vexé, s'approchant de la baie vitrée surplombant la ville, le jeune homme répond d'un air triste et résigné que quoi qu'il puisse lui arriver ça n'a aucune importance, puisqu'il n'est qu'un simple pion au service de son frère. Arrivé à ce point de son existence, Feï se rend compte qu'il a complètement perdu son chemin, il ne sait plus quelle voie il lui convient de suivre. Pourtant, s'empresse de lui faire remarquer Asami, si le jeune homme en avait le désir, il lui serait facile de succéder à Ryû et d'empêcher que les autres kambus ne désertent uns à uns l'Organisation. Pourquoi ne le fait-il pas ? N'a-t-il donc aucune ambition ? ".... Parce que mon père ne me reconnais pas." finit par répondre Feï avec une franchise teintée d'amertume. - "Et après ?"
S'approchant tout près du jeune Chinois, Asami se met à jouer nonchalamment avec ses longs cheveux d'ébène, l'assurant que s'il était à sa place, il ne travaillerait jamais sous les ordres de quelqu'un qui ne songe qu'à l'humilier, mais au contraire, ferait en sorte de le mettre en pièces. Il existe un tas de gens dans le Milieu qui reconnaissent la valeur du kambu Feï-Long. "Tô par exemple, cet homme auquel tantôt j'ai servi d'intermédiaire.... Il te désire...." Et tandis qu'Asami murmure ces mots à l'oreille du jeune homme d'une voix si suave qu'ils semblent signifier bien autre chose que leur sens littéral, Feï en est si retourné que ses jambes se dérobant sous lui, il tombe à genoux sur le sol. Le toisant de son sourire malin, Asami ajoute que si jamais Feï-Long est disposé à rencontrer Tô, il se fera un plaisir de lui servir d'intermédiaire. Cette proposition n'est cependant pas sans provoquer une certaine méfiance chez le Chinois: après tout, pourquoi le yakuza ferait-il ça pour lui ? Mais tandis qu'il entreprend de demander à ce dernier les véritables raisons de sa présence à Hong-Kong, une idée lui traverse soudain l'esprit: selon les ordres de Tô, Asami ne serait-il pas en train de manigancer une guerre de succession visant à détruire le clan Ryû ? Alors refusant du coup d'en entendre davantage, Feï-Long préfère s'en aller sans demander son reste.
Au-dehors, Feï est rattrapé par les hommes de son père qui n'ont cessé de le rechercher depuis le début de son escapade. Ces derniers lui transmettent un message de la part de son frère: Yan-Tsui lui ordonne de rentrer sur-le-champ à la résidence. A cet instant, le jeune homme se remémore soudain les paroles d'Asami: ".... Tu n'as donc pas d'ambition ?" - "Tu m'appartiens, tu es mon soldat" lui avait quant à lui signifié Yan-Tsui. Debout à la croisée des chemins, Feï-Long décide finalement de suivre sa propre voie, comme Asami le lui a suggéré. Jusqu'à quel point peut-il se fier aux paroles de ce mystérieux yakuza ? Feï l'ignore. Néanmoins il y a une chose dont il est certain: mieux vaut encore Asami que Yan-Tsui. "Transmettez ce message à Yan," lance-t-il une fois sa décision prise à l'intention de ses hommes. "Je ne reviendrais plus." Et tandis que le jeune Chinois s'éloigne sans se soucier des protestations des sbires de son frère, il avise soudain près du perron d'un hôtel Asami entouré de ses propres hommes, qui visiblement s'apprète à partir quelque part. Vite, Feï ne perd pas son temps en hésitation, il grimpe dans la voiture aux côtés du yakuza ! L'apparition de ce dernier tombe à pic: en le suivant le jeune homme pourra observer les méthodes de travail d'Asami qui n'a cessé de se moquer de lui depuis leur rencontre, et qui sait, ce sera peut-être l'occasion de se ménager un passage vers l'obtention de cette nouvelle route de contrebande d'armes à laquelle Feï n'a toujours pas renoncé ?
Un peu plus tard, la troupe de mafiosi débarque donc sur les quais devant un entrepôt déserté, à l'intérieur duquel doit avoir lieu une transaction. Soéjima, l'un des hommes les plus fidèles d'Asami, a trahi ce dernier, et sert à présent d'intermédiaire à une bande de bandits chinois ayant subtilisé de la marchandise aux yakuzas, qu'ils se proposent de restituer en échange d'une rançon d'un million. Asami remet donc la valise contenant l'argent au traître, qui a la surprise d'y découvrir un revolver: en fait, son patron a parfaitement compris qu'il y avait anguille sous roche dans toute cette histoire, Soéjima ne l'aurait jamais trahi si seulement les bandits chinois n'avaient pas enlevé sa jeune soeur. Ainsi, après que l'homme aura accompli "ce qui lui reste à faire", Asami lui annonce qu'il pourra rentrer au Japon. A ces mots Soéjima ne cache pas sa surprise: non seulement son patron ne va pas l'éliminer, mais il est prêt à lui pardonner et à le réintégrer dans la bande !? Le yakuza ne se le fait pas dire deux fois: s'approchant du chef des bandits chinois comme s'il allait lui remettre la valise contenant les billets, il abat ce dernier froidement. Une fois cette affaire réglée, Feï-Long qui n'a rien perdu du spectacle n'en revient pas d'une telle générosité: même à cause d'une prise d'otage, lui n'aurait jamais pardonné à quelqu'un qui l'a trahi une fois. Ce à quoi Asami réplique que du moment que les gêneurs - ici en l'occurence les bandits Chinois - soient éliminés, pour lui faire preuve de mansuétude ne pose aucun problème; d'ailleurs en obtenant une seconde chance, Soéjima ravi ne l'en servira que mieux. Et sur ces mots, le yakuza tend sa veste au jeune homme, qu'il l'enjoint de porter afin de cacher sa chemise déchirée. A ce geste délicat et la scène à laquelle il vient d'assister, Feï commence à se demander si contre toute attente Asami ne serait pas un homme plus doux qu'il ne l'aurait imaginé. Le yakuza lui avait pourtant paru si cruel tantôt, quand il lui avait ouvert de force sa blessure infectée à la main....
Mais tandis que les deux kambu discutent ainsi sur les quais, Asami ne tarde pas à remarquer que quelqu'un les observe avec hostilité. Feï explique que ce doit être les hommes de son frère: comme il leur a signifié qu'il ne rentrerait plus à la maison, nul doute que ces derniers rendent le mafioso Japonais responsable de sa défection - ce qui est vrai d'ailleurs - et comptent bien lui faire son affaire. "Tu ne pouvais pas le dire plus tôt !" Et entraînant vivement le jeune homme dans sa voiture, Asami s'empresse de démarrer en trombe sous les tires nourris de leurs poursuivants. Comme ils ne peuvent plus rentrer à l'hôtel où logeait le yakuza, Feï décide de le guider jusqu'à l'une des luxueuses résidences qu'il possède dans la région. Là, enfin tranquilles pour un moment, Asami demande à son compagnon ce qu'il compte faire à présent, bien qu'il suppose déjà que Feï n'a pas l'intention de quitter le clan des Ryû. En effet le jeune homme acquiesce, expliquant qu'il possède pour son propre compte de nombreuses routes de vente d'armes de contrebande vers l'étranger dont son frère ignore totalement l'existence. Ainsi, il voudrait à nouveau engager des pourparlers avec le yakuza au sujet de cette fameuse nouvelle route de marché noir vers le Japon, en proposant cette fois comme monnaie d'échange un accord de coopération laissant en contrepartie le clan d'Asami utiliser ses propres routes. Tant pis si par ce contrat Feï agit en désaccord avec son frère, car à ses yeux rien ne paraît plus nécessaire que cette rupture en ce moment. A cette résolution Asami avoue combien il s'est trompé en prenant le jeune homme pour un enfant gâté qui jamais n'oserait se dresser contre son père, car à présent même lui ne peut s'empêcher d'admirer sa détermination - ce qui ne l'empêche pas d'ôter des mains de Feï le verre de bourbon qu'il venait juste de se verser, lui conseillant d'opter plutôt pour un jus d'orange....

Désireux de connaître la raison pour laquelle Tô qui était si dévoué à son père a entrepris de s'opposer à lui, Feï-Long décide finalement de rencontrer le politicien, entrevue qu'Asami s'empresse d'organiser. Tandis que cette rencontre a lieu dans un entrepôt désaffecté, l'ancien kambu explique au jeune homme qu'il comprend très bien son point de vue et son étonnement: Tô, monté au pouvoir grâce au soutien du vieux Ryû, a toujours fidélement épaulé ce dernier; mais dans le cas présent trop d'intérêts politiques différents sont en jeu, et si le clan Ryû continue d'agir imprudemment comme il le fait, c'est la position de Tô qui se retrouve mise en danger. Le politicien s'étonnant d'avoir pu rencontrer le jeune homme aussi rapidement, lui qui d'ordinaire n'apparaît jamais sur le devant de la scène, Feï en déduit que depuis le début Tô a agit en vue de provoquer leur rencontre. Ce dernier ne nie pas et n'allant pas par quatre chemin, lui fait part immédiatement de sa proposition: il souhaite absolument que Feï-Long prenne la tête de la mafia de Hong-Kong, du moment que le jeune homme s'engage à maintenir de bonnes relations avec son parti politique véreux financé grâce à la contrebande; si Feï accepte, Tô ne lésinera pas sur son soutien afin qu'il succède à son père adoptif. Le politicien s'imagine-t-il que le cadet des Ryû est plus "malléable" que son frère Yan-Tsui ? En tout cas Feï paraissait s'attendre à une telle proposition et s'empresse de signifier à Tô qu'il est inutile de s'attendre à ce qu'il fasse ses quatre volontés. Et sur ces mots, il préfère s'en aller sans donner de réponse claire. "C'est regrettable, mais on dirait bien qu'il vous a pris en grippe...." lance Asami à Tô une fois qu'il se retrouve seul avec ce dernier. Mais s'apprétant lui aussi à partir, le politicien remercie sincèrement le yakuza d'avoir accepté sa requête: inquiet pour son fils, il n'avait d'autre choix que de confier l'affaire à un homme de confiance extérieur à son "milieu"....
Tô est donc le véritable père de feï-Long, mais ignorant tout et croyant simplement que le politicien cherche à l'utiliser, furieux, le jeune homme déverse toute sa rage sur Asami. Combien le yakuza a-t-il été payé pour organiser ce plan machiavélique visant à le faire sortir de l'ombre ? Il n'a pas idée à quel point le vieux Ryû s'est fait du mauvais sang à cause de cette route de marché noir vers le Japon ! Bien sûr Feï n'oserait jamais l'avouer à voix haute, mais il commençait à s'imaginer que Asami s'était proposé de l'aider par amitié, et réalise avec déception qu'en réalité le yakuza n'est sans doute motivé que par l'argent. Mais tandis que les deux compères discutent ainsi tout en se dirigeant vers la sortie de l'entrepôt, des hommes armés surgissent soudain autour d'eux, et ils se retrouvent nez à nez avec Yan-Tsui. Ce dernier se demande bien ce qui a pris à son jeune frère d'agir ainsi à sa guise en faisant fi de tous ses avertissements, mais ajoute cependant qu'il lui pardonnera cet écart de conduite si Feï consent à rentrer sur-le-champ à la maison. Yan n'a pas encore compris qu'il ne s'agit pas d'un puéril acte de rébellion contre son autorité: le jeune homme refuse catégoriquement de rentrer à la résidence, affirmant qu'il compte bien accomplir la tâche qui lui est impartie dans le clan, mais à sa manière. Et inutile d'essayer de le ramener par la force: plus jamais il ne se soumettra aux ordres de Yan-Tsui, et si cela ne lui plaît pas, et bien Yan-Tsui n'a qu'à le tuer !
Bien sûr, Yan n'est pas disposé à laisser impunément bafouer son autorité. Un combat s'engage, durant lequel Feï et Asami n'ont aucun mal à se défaire de leurs adversaires. S'emparant d'une arme, Feï-Long la pointe aussitôt sur son frère, mais c'est alors que s'effondre un chargement de poutrelles métalliques dont le filin a été rompu par un coup de feu. Ces poutres viennent tomber précisément à l'endroit où se tiennent les deux fils Ryû, et Asami a juste le temps de se jeter sur Feï-Long pour l'écarter et lui sauver la vie. Le yakuza n'a cependant pas le loisir de se redresser que profitant qu'il soit à terre, l'un des hommes de Yan se lance à l'assaut muni d'un poignard. Pour éviter que Feï ne soit blessé, Asami n'a d'autre choix que de parer le coup de son propre poing ! Le poignard lui transperce la main de part en part, sous les yeux aussi horrifiés que stupéfaits de son protégé. Mais estimant que les choses sont allées pour l'instant suffisamment loin, Yan-Tsui ordonne à ses hommes d'arrêter le combat. Avant de partir, il avertit néanmoins son cadet qu'il va rendre compte de sa conduite à leur père, conduite qu'il ne va pas tarder à lui faire regretter....

Le soir venu, tandis que dans leur repaire Feï entreprend de bander la blessure d'Asami, il demande à ce dernier pourquoi il l'a couvert au point de mettre sa propre vie en danger. "Bah...." répond le yakuza de son éternel sourire cynique, "Disons que ça aussi, je l'ai fait pour l'argent ?" Faisant exprès de presser la blessure pour se venger du mal qu'Asami lui a fait en le soignant l'autre jour, Feï-Long réplique sur le même ton ironique qu'il a du mal à croire que son accolyte soit un homme pétri de bonté au point de couvrir quelqu'un sans rien exiger en retour, et pourtant, il l'a protégé de son propre corps, allant jusqu'à se faire blesser à sa place ! "Ai-je de la valeur au point que vous fassiez une telle chose pour moi ?" demande Feï que le comportement d'Asami ne laisse pas d'intriguer. Mais éludant la question, le yakuza se contente de lui répondre qu'il a agit ainsi simplement parce que Tô le souhaitait.
Trois jours s'écoulent, sans aucune manifestation de la part de Yan-Tsui. C'est une chance car Asami n'est toujours pas guéri, sa main transpercée lui fait parfois si mal qu'il ne parvient même plus à tenir sa cigarette. "Il a reçu cette blessure pour me protéger...." A chaque fois que Feï-Long repense à cela, il ne peut s'empêcher de ressentir une douce chaleur au creux de la poitrine. C'est la première fois qu'il goûte une telle sensation, lui qui a grandi dans un univers où l'on ne peut faire confiance à personne, et quand ce sentiment se manifeste, le jeune homme ne peut que lever vers le beau yakuza un regard interrogateur, comme s'il essayait de percer son mystère. "Quel idiot.... Qu'est-ce que je suis en train d'attendre d'Asami...." se reproche Feï, dérouté par ses propres émotions. "Je perds la tête...." Et pourtant, le jeune homme a beau se raisonner, le seul fait de penser au yakuza provoque chez lui un trouble certain, au point qu'il en devienne attentif à ses moindres faits et gestes. La nuit-même, en entendant au-dehors un jeune inspecteur de police séduit et corrompu par Asami répéter à ce dernier qu'il ferait n'importe quoi pour lui, le Chinois ne peut dissimuler un vague mécontentement. Lorsque le yakuza revient de son entrevue nocturne, Feï commence donc à le railler à ce sujet: décidément Asami a le bras long, sa capacité de séduction s'exerce même jusque dans la police de Hong-Kong ! Comment a-t-il fait pour apprivoiser cet inspecteur ? A en croire leurs propos, c'est comme si le policier éprouvait pour lui le genre de sentiments qu'on ne saurait ressentir vis à vis d'un autre homme ! Mais répondant à Feï que cela ne le regarde pas, Asami assure qu'il n'y a rien entre cet inspecteur et lui, car il n'a pas pour habitude de mêler travail et amourettes. Le jeune homme continuant pourtant de le dévisager d'un regard suspicieux, amusé par ce qui apparaît de plus en plus comme un accès de jalousie, le yakuza s'empresse d'assurer à Feï qu'il n'a rien à craindre de lui: il a ses propres goûts en hommes, et pour l'instant les chinois à la longue natte brune ne semblent pas faire partie de son tableau de chasse. "Qui vous parle d'une chose pareille !?" rétorque aussitôt le jeune homme, aussi vexé de ne pas correspondre à ses goûts que choqué par l'allusion qu'Asami et lui pourraient avoir une liaison homosexuelle !
Un peu plus tard, couché sur son lit les nerfs sens dessus-dessous, Feï est encore tout retourné de cette conversation: comment songer qu'un être assi fier que lui pourrait un jour se laisser étreindre par un homme....? Et pourtant, quand il repense à ses propres paroles et son étrange comportement de ces derniers temps, lui-même commence à se demander douloureusement s'il ne serait pas tombé amoureux d'Asami. Cependant le jeune homme n'a pas l'occasion de poursuivre davantage l'investigation de son coeur: un grand fracas l'oblige à quitter sa chambre précipitamment pour débouler dans le salon, où il découvre le yakuza occupé à maintenir un homme à terre. Il s'agit d'un des sbires de son frère qui vient juste de s'introduire dans la résidence et se met aussitôt en devoir de communiquer à Feï-Long une terrible nouvelle: le vieux Ryû est en train de mourir, son fils cadet doit rentrer de toute urgence ! Asami a beau assurer au jeune homme qu'il s'agit d'un piège manigancé par Yan-Tsui, qu'en revenant chez les Ryû il ne fera que suivre les plans de l'ennemi, bien que conscient de tout cela, l'annonce de la mort prochaine de son père adoptif plonge Feï-Long dans un état épouvantable: son père étant tout pour lui, que deviendrait-il si ce dernier venait à mourir ? Alors peu lui importe qu'il s'agisse ou non d'un piège, il doit absolument retourner à la résidence. Asami lui répétant encore une fois de reprendre son sang-froid, le jeune homme s'écrie qu'il est parfaitement calme, que jamais le yakuza ne parviendra à comprendre ce qu'il ressent, lui qui est sur le point de perdre la seule personne qui compte pour lui en ce monde. "Ou alors, oserez-vous prétendre que vous allez m'aimer à la place de mon père !?" Et sur cette interrogation désespérée, serrant nerveusement la chemise du yakuza entre ses doigts, Feï-Long laisse enfin libre cours à ses larmes. "Pleurer n'arrangera rien," prononce Asami en caressant le visage du jeune homme. Et afin de l'obliger à se calmer, attirant Feï à lui, il s'empare soudain de ses lèvres....

De retour à la résidence, Yan-Tsui rend compte à Mr. Ryû de la manière dont son frère s'est opposé à lui ainsi que de la présence du Japonais aux côtés du jeune homme: jamais Yan n'aurait pensé que son cadet était suffisamment idiot pour se laisser embobiner par cet habile yakuza. Cependant Mr. Ryû reste convaincu que Feï qui s'est plus que quiconque dévoué pour l'Organisation de les trahira pas: au contraire, en agissant ainsi, il doit certainement avoir une idée derrière la tête. Mais Yan insistant sur le danger que représente selon lui Asami, Mr. Ryû s'empresse de le remettre en place: Yan-Tsui croit-il que son père n'a pas remarqué les sentiments indignes d'un frère qu'il éprouve à l'égard de Feï-Long ? Nul doute que c'est parce que le jeune homme lui-même s'est aperçu de ces sentiments qu'il a fini par quitter la maison. En écrasant Feï, Yan ne faisait que satisfaire en tant qu'homme et non que supérieur hiérarchique son désir de possession. De quel sentiment parle donc le vieux mafioso: d'un amour mêlé d'un désir incontrôlable ou d'une violente jalousie ? Les deux probablement. En tout cas ses paroles plongent son fils aîné dans un profond désarroi. Blêmissant, les larmes montent aux yeux de Yan-Tsui, qui a toutes les peines du monde à se contrôler: depuis son enfance cela a toujours été comme ça, son père a toujours pris la défense de Feï-Long tandis qu'à lui il ne permettait aucun compromis. Yan a fait tout ce qui était en son pouvoir pour tenter de le satisfaire; et pourtant, au lieu de s'en prendre à Feï qui s'est sauvé en le trahissant, c'est lui que le vieil homme accable de reproches !?
Au même moment, dans une autre résidence à des kilomètres de là, Feï-Long furieux parvient enfin à repousser Asami et son langoureux baiser. "Calme-toi", lui enjoint le Japonais en plaquant le jeune homme contre le mur de la chambre. "C'est un piège tendu par l'ennemi." Répondant qu'il a compris, qu'il a juste perdu son sang-froid un instant, Feï demande à Asami de le lâcher. Mais à peine le yakuza s'est-il un peu écarté que profitant de sa liberté, le Chinois va pour se précipiter hors de la pièce. Impatienté, Asami n'a cependant aucun mal à le rattraper par un bras et jetant violemment le jeune homme sur le lit, l'immobilise de tout son poids avant de commencer à défaire ses vêtements: si Feï-Long n'est pas disposé à écouter ses paroles, peut-être ses actes l'obligeront-ils à se tenir tranquille ? "Même les cadres de la mafia se troublent et versent des larmes à la mort de leur père ? Voilà qui est plaisant...." prononce le yakuza avec un sourire, dévisageant le jeune homme de son regard aigü. Et sur ces mots, il entâme ses caresses tandis que Feï, complètement à sa merci, n'a d'autre choix que de s'abandonner à ses mains expertes. "C'est pas vrai.... Moi, jouir entre les bras d'un homme...." peste mentalement le Chinois contre lui-même, sa fierté masculine en conflit avec le plaisir que ressent son corps et les sentiments qu'il éprouve malgré lui pour Asami. Cependant ce dernier, remarquant le conflit intérieur qui agite sa victime, arrête bientôt de tourmenter son corps pour s'asseoir sagement au bord du lit. ".... C'est fini ?" demande Feï-Long en lui jetant un regard interrogateur. "Je n'ai pas l'intention de te forcer", répond simplement le yakuza.
Finalement, honteux de son comportement irresponsable, Feï-Long finit par s'endormir veillé par Asami. Tandis que le yakuza caresse sa longue chevelure, faisant nonchalamment glisser les mèches d'un noir de jais entre ses doigts, le jeune homme se prend à songer combien il se sent bien quand une main caresse ses cheveux, et à peine a-t-il fermé les yeux qu'il se met à rêver de son père adoptif. "Feï.... Tes cheveux sont vraiment magnifiques", avait dit jadis Mr. Ryû à Feï-Long enfant. "Au point que ce serait vraiment dommage de les couper." Et à partir de ce jour, pour faire plaisir à son père, Feï avait décidé de laisser pousser ses cheveux au point qu'ils soient devenus si longs aujourd'hui.... Ouvrant les yeux, le jeune homme ne peut s'empêcher de ressentir une vive inquiétude quant à l'état de santé de son père: peut-être Asami a-t-il raison, la nouvelle de la mort prochaine de Mr. Ryû n'est sans doute qu'un piège combiné par Yan-Tsui, mais afin d'en avoir le coeur net, ne serait-ce qu'un instant, Feï-Long désire à tout prix apercevoir le vieil homme. C'est ainsi que profitant que le yakuza soit occupé à fumer distraitement une cigarette au salon, le Chinois quitte l'habitation en secret sous la pluie battante pour se rendre à la résidence paternelle. Là, afin de déjouer la surveillance des gardes, il décide de s'introduire par l'entrée de service et se retrouve dans les cuisines - où Yan-Tsui l'attendait de pied ferme. "Enfin te voilà, Feï-Long", prononce le kambu en pointant sur le jeune homme son revolver. Je t'attendais. Tu es en retard...." Il s'agissait bien d'un piège, Mr. Ryû se porte aussi bien que le permet sa maladie et se trouve actuellement dans sa chambre à coucher, explique Yan à son cadet. Puis, lui recommandant de ne pas bouger car il serait capable de le tuer sans aucune hésitation, un pistolet dans chaque main, tout en le menaçant Yan-Tsui enlace son jeune frère, affirmant qu'il lui faut à présent inspecter son corps afin de vérifier que cet homme ne lui a rien fait. Livide et épouvanté, Feï demeure cependant immobile, les yeux clos, tandis que Yan commence à déboutonner sa veste. Mais dans son coeur, il appelle de toutes ses forces Asami....

Un peu plus tard, alors que Mr. Ryû assis dans son fauteuil roulant contemple avec nostalgie une photo sur laquelle on le voit en compagnie de ses deux fils enfants, souvenir bienheureux d'une époque révolue, un inconnu pénètre soudain dans sa chambre. Il s'agit bien sûr d'Asami parti à la recherche de Feï-Long, et expliquant au vieil homme qu'à l'annonce de sa mort prochaine, son fils cadet s'est précipité à la résidence, il s'étonne de ne pas trouver ici ce dernier. A ces mots Mr. Ryû ne cache pas sa surprise, ignorant bien sûr que Feï n'a pas eu le temps de parvenir jusqu'à lui. Mais d'après les propos de son interlocuteur, il n'a aucun mal à deviner l'identité de l'intrus et s'empresse de lui demander ce que Tô a l'intention de faire de Feï-Long. Ce à quoi Asami répond que le politicien ne pouvait plus supporter de voir son fils souiller ses mains de sang pour le compte de l'Organisation: si sa chute se poursuit de cette manière, tombant au plus bas, le jeune homme ne pourra bientôt plus éviter un destin tragique. Ainsi, avant que le vieux Ryû ne décède et que Feï ne disparaisse hors de sa portée, Tô a décidé de prendre les mesures qui s'imposent afin de protéger son fils - du moins c'est ce qu'il a expliqué à Asami. A cette révélation, Mr. Ryû baisse tristement la tête: lorsqu'il a accepté jadis de recueillir le fils illégitime de Tô, sa position et celle du politicien n'étaient pas aussi différentes qu'elles le sont aujourd'hui. Mais voilà, tandis que Feï-Long avait rapidement fait preuve de son excellence dans tous les domaines, Mr. Ryû s'était mis à attendre la même chose de Yan-Tsui, et cela a fini par faire naître une rivalité absurde entre ses deux fils. A présent, le coeur de Yan-Tsui est malade au point que même le vieil homme ne peut plus rien pour lui; alors qu'autrefois, Feï et lui s'entendaient si bien.... Au fond, Mr. Ryû éprouve même du soulagement que Feï-Long ait décidé de s'éloigner de Yan.
Après avoir écouté le vieux mafioso en silence, Asami ne peut s'empêcher de lui reprocher sa conduite envers Feï: Ryû a-t-il déjà songé à quel point ce dernier a pu souffrir ? Si le jeune homme, qui fait désespérément tout son possible pour que son père adoptif le reconnaisse et soit fier de lui, entendait ce qu'il vient de dire à présent, comme il en serait déçu.... Mais à cet instant, Yan-Tsui surgit à son tour dans la pièce, pointant son arme sur ses deux occupants. Et accusant Asami d'avoir poussé son frère à se rebeller, il assure qu'il va se faire un devoir d'éliminer tous ceux qui se mettent en travers de sa route, avant de s'adresser à son père: à la fin de sa vie Mr. Ryû souffre de la manière dont ses fils sont en train de se déchirer, mais malgré tout, Yan lui affirme qu'il est inutile de tenter d'éloigner son frère de lui. "Je vais mettre un terme à tes souffrances", ajoute le jeune Chinois d'un sourire doux et triste, dirigeant son arme vers son père. Sentant venir le drame, Asami plonge en un éclair sa main dans la poche intérieure de sa veste afin de saisir son propre revolver, mais hélas, à cause de sa blessure non encore guérie, il ressent soudain une douleur fulgurante qui l'empêche de réagir aussi vite qu'il l'aurait voulu. Un coup de feu retentit dans toute la résidence, parvenant jusqu'aux oreilles de Feï-Long assis sur le sol froid de la remise dans laquelle son frère l'a enfermé. Apparemment Yan-Tsui ne l'a pas violé et s'est contenté de le battre, n'empêche que le jeune homme se trouve dans un triste état. Heureusement, alarmées par ce qui se passe dans la maison, deux jeunes domestiques ne tardent pas à venir le libérer.
Au même moment pas loin de là, Asami vient de tirer sur Yan-Tsui qui s'étonne que le Japonais ne l'ait pas tué sur le coup. Mais entendant soudain des pas et des éclats de voix au détour du couloir, le yakuza laisse là son adversaire et s'empresse de disparaître. En effet Feï arrive en courant l'instant d'après, et se penchant sur son frère, lui demande aussitôt qui l'a mis dans cet état. "Ce.... Cet homme.... parvient à articuler le Chinois. Celui que tu as suivi en allant jusqu'à nous abandonner.... Si seulement ce type n'avait pas existé.... Notre père...." D'après les propos rageurs du mourant, Feï-Long en déduit que c'est d'Asami qu'il veut parler, mais soudain inquiet pour son père, il laisse là son aîné pour se précipiter dans la chambre du vieil homme. Allongé sur le sol la poitrine traversée d'une balle, Mr. Ryû est mourant, mais tandis que son fils adoptif le prend dans ses bras, il trouve encore la force de lui adresser quelques mots: demandant à Feï de pardonner à Yan-Tsui, il assure que tout ce qui vient de se passer est arrivé par sa propre faute. Car bien qu'au courant du comportement violent et jaloux de son fils aîné, par amour pour ce dernier, il n'a pas eu le courage de mettre un terme à ses agissements, et à cause de sa bêtise, c'est Feï-Long qui a cruellement souffert. Alors que Feï a toujours été un fils si tendre et si dévoué.... Mr. Ryû s'en veut de n'avoir pas été capable de lui adresser une seule parole de réconfort et d'encouragement. Néanmoins, même s'il n'y a aucun lien de sang entre eux, il ajoute que Feï-Long est bien son digne fils, l'orgueil de sa vie, et quoi qu'il advienne, personne ne pourra rien y changer.
Après avoir contemplé une dernière fois le beau visage de son fils adoptif, le vieil homme rend son dernier soupir, soulagé d'avoir enfin pu lui transmettre ses sentiments. "C'est moi qui ait été stupide !" se reproche Feï en larmes, regrettant d'avoir agi à sa guise sans essayer de comprendre ce que ressentait son père. Mais il est trop tard à présent, et quittant la résidence, le jeune homme s'en va à pieds sous cette pluie torrentielle qui n'en finit pas de tomber. En cet instant, une seule chose occupe son esprit: ce n'est quand même pas Asami qui, après l'avoir suivi, a abattu son père et son frère ?.... A bout de forces, Feï-Long finit néanmoins par s'effondrer au milieu de la route trempée d'eau, et c'est là que le yakuza le découvre quelques instants plus tard. Tandis qu'il le soulève doucement dans ses bras, entrouvrant péniblement ses paupières lourdes, le jeune homme plonge un regard inquisiteur dans le sien, comme s'il cherchait à sonder les tréfonds de son âme, regard que le Japonais soutien sans mot dire. "Asami.... Tu ne ferais jamais rien qui puisse me faire souffrir...." conclut finalement Feï-Long, et sur cette certitude, il perd connaissance dans les bras de son protecteur.

Asami ramène le jeune homme à la villa qui leur sert de repaire, où il le couche bien au chaud après l'avoir déshabillé et sêché. Mais tandis qu'il reste auprès de Feï à le veiller, le yakuza aperçoit soudain les phares éblouissants d'une voiture à travers la vitre de la chambre: il s'agit de Tô, accouru en hâte dès qu'il a appris la mort du vieux Ryû. A présent, c'est son fils Feï-Long qui va prendre la tête de la mafia de Hong-Kong, mais n'ayant pas prévu que Yan-Tsui adopterait un comportement aussi radical, le politicien ne peut s'empêcher de déplorer que même si tout s'est déroulé conformément à ses plans, les événements se soient enchaînés beaucoup trop vite à son goût. "C'est tout ce que vous avez à dire...? Vous n'êtes pas inquiet pour votre propre fils...?" demande Asami, scandalisé d'entendre des propos aussi froids et matérialistes. ".... Qu'est-ce qui vous prend ? s'étonne Tô. Ne me dites pas que vous vous êtes attaché à lui ? Pour vous, il est censé n'être qu'un élément de business." Mais à ces mots, le visage d'Asami change soudain d'expression, se faisant dur et méfiant tandis qu'il réalise que cet homme ne ressent aucune affection pour son fils. "Après tout, poursuit le politicien, depuis le départ il était convenu que nous détruirions l'Organisation s'il s'avérait impossible de faire de Feï-Long un pion à notre solde. En vous rangeant à ses côtés alors qu'il se trouve en état de faiblesse, qu'avez-vous l'intention d'obtenir de lui ?" Et changeant de ton, Tô s'efforce encore de raisonner Asami: "Ryûichi.... Si quelqu'un peut comprendre mes intentions, c'est bien vous. Et puis, il y a aussi cet idéal grandiose que je m'efforce de mettre en place et qui surpasse même les liens du sang...."
A cet instant, la conversation est subitement interrompue par Feï-Long qui vient d'apparaître dans l'encadrure de la porte, et bien sûr n'a pas perdu une miette des propos échangés par les deux mafiosi. Considérablement affaibli par tout ce qu'il lui a fallu endurer ces derniers jours, le jeune homme parvient à peine à se tenir debout, mais cela ne l'empêche pas de pointer un revolver sur le politicien. "Je ne suis pas un ustensile au service de votre stupide politique !" profère-t-il furieux, ajoutant qu'il ne peut supporter que la mort de son père soit souillée par des préoccupations aussi basses. Puis, Feï ordonne à Asami de se pousser: il ne pense pas avoir commis d'erreur en lui faisant confiance, néanmoins, il lui faut prendre la vie de Tô et menace le yakuza de lui tirer dessus si jamais ce dernier essaye de l'en empêcher. Mais en dépit de cette injonction, Asami ne bouge pas, ordonnant au contraire au jeune homme de baisser son arme: car s'il a entendu toute la conversation, Feï doit savoir à présent que c'est Tô son véritable père; et malgré cela il serait capable de diriger une arme vers lui ? ".... Mon père est mort dans mes bras", répond Feï avec détermination. L'homme qui se trouve ici n'est rien d'autre pour moi que mon ennemi." - "Dans l'état où tu es maintenant, réplique Asami en saisissant son propre revolver, tu vas te faire tuer avant même d'avoir pu tirer...." - "Tu tirerais sur moi, Asami...? Pour protéger cet homme...?" demande Feï-Long d'une voix où perce le désespoir. - "Je ne veux pas t'abattre. Alors baisse ton arme."
Sentant son regard se voiler peu à peu, Feï-Long sait qu'il ne pourra plus tenir debout très longtemps. Peut-il réellement faire confiance à Asami, se demande-t-il ? Asami qui n'a cessé de veiller sur lui jusqu'à cet instant.... Résigné à prendre le risque, le jeune homme abaisse finalement son arme. Mais c'est alors qu'il reçoit une balle en pleine poitrine, tirée par Tô, son propre père ! "Je n'avais pas le choix, explique froidement le politicien au yakuza tétanisé. Après tout, ce n'est qu'un enfant de la Mafia." Tô n'a pas plus tôt prononcé ces mots qu'en rage, Asami lui tire à son tour une balle en plein coeur avant de se précipiter vers le malheureux Feï-Long, qui git sur le sol, baignant dans son sang. L'appelant, il retourne le corps du jeune homme avec précaution, avant de sentir soudain le canon d'un revolver pressé contre sa poitrine. ".... Quel imbécile je suis.... prononce Feï, un sourire ironique sur ses lèvres ensanglantées. Me laisser ainsi complètement dérouter par la chaleur que tu m'as donnée.... Je n'arrive même pas à appuyer sur la détente, tellement je t'.... Je ne te pardonne pas.... Asami...." Et sur ces dernières paroles, le jeune homme perd connaissance dans les bras de celui dont malgré lui il est tombé amoureux. "Ne meurs pas", supplie le yakuza en le serrant contre son coeur....

Lorsque Feï-Long se réveilla, c'était pour se retrouver sur un lit d'hôpital. La balle qu'il avait reçue s'étant logée quelques centimètres à côté du coeur, c'était un vrai miracle qu'il ait pu échapper à la mort. Une chose cependant ne cessait de le tourmenter depuis qu'il avait repris conscience, tandis qu'il passait ses journées couché immobile sur son lit de malade: pourquoi donc Asami l'avait-il épargné ? Alors que Ryû, son père adoptif, Tô, son père légitime, et tous les autres avaient péri, pourquoi fallait-il que lui seul continue à vivre ? Puis, de l'hôpital le jeune homme fut transféré directement au pénitencier, les autorités refusant que soit versée une caution pour sa libération comme c'est généralement le cas pour les grands criminels. Et là encore, passant le temps reclu dans sa geôle, Feï ne cessait de se poser la même question: en l'obligeant à baisser son arme, la véritable intention d'Asami était-elle de l'abattre ? Asami qui sans rien lui dire, le jour-même du drame, avait disparu de Hong-Kong....
Sept ans se sont écoulés depuis ces événements, et Feï-Long en se rendant au Japon a enfin eu l'occasion de revoir Asami.... Perdu dans ses pensées, le jeune Chinois se remémore cette fois les circonstances de ces retrouvailles houleuses, quand soudain il est brusquement tiré de sa rêverie par un bruit de porcelaine brisée: Tao, son jeune domestique, vient pour la énième fois de briser une tasse à thé. Mais alors que le garçonnet désolé de sa maladresse commence à ramasser les morceaux, il se coupe le doigt sur l'un des bords tranchants, ce qui lui vaut la joie de se faire soigner par son maître bien-aimé. Tao lui aussi souhaiterait panser cette blessure qu'il a vu que le jeune homme portait à la poitrine, car selon lui, la douleur disparaît aussitôt quand on a la chance d'être soigné par la personne que l'on aime. "Cette blessure est guérie depuis déjà longtemps, répond Feï amusé. Elle ne me fait plus mal." Et le visage de son maître apparaît si radieux en prononçant ces mots que le jeune garçon en est tout retourné. Mais même si sa blessure est guérie, songe Feï-Long en son for intérieur, il lui reste la cicatrice. "Comme cette trace de blessure qui ne disparaîtra jamais, cet homme ne disparaîtra-t-il jamais de mon coeur ?...."

- Koï suru DNA ("L'ADN amoureuse" - p.153): Cette petite histoire est la suite du chapitre Koï suru Shokubutsu figurant dans le premier volume du manga Finder no Hyôtéki . Takahiro Hiyama (le sportif) et Ayumu Mizuno (le playboy) passent toujours autant de temps à se disputer malgré l'étrange découverte qui les a irrésistiblement rapprochés quelque temps plus tôt: les deux lycéens ont en effet découvert par le plus grand des hasards que leurs propres pères, l'un politicien et l'autre avocat renommé, sortaient ensemble en secret ! Quelle nouvelle quand on sait que leurs rejetons respectifs ont les plus grandes peines du monde à se supporter et même à cohabiter dans la même classe ! Ce jour-là, Hiyama est particulièrement irrité parce que le beau Mizuno a passé la journée à geindre, se plaignant de violents maux de ventre au point de s'attirer la sollicitude de toutes les filles de la classe. S'il a si mal que ça, au lieu de rester là à se plaindre et déranger les autres, Hiyama à bout de patience finit par lancer à son camarade qu'il ferait mieux de rentrer chez lui ! Sans répondre à ces sarcasmes, Mizuno explique au footballeur que sa mère étant partie en voyage organisé, c'est son père qui fait la cuisine en ce moment, et c'est vraiment loin d'être une réussite ! Mais la fin d'après-midi venue, à peine les activités des clubs ont-elles commencé que l'estomac complètement détraqué Mizuno est finalement contraint de se faire hospitaliser, avant d'être ensuite ramené chez lui.
Le soir au dîner, les parents d'Hiyama s'étonnant de voir leur rejeton rentré si tôt du lycée, ce dernier leur explique que l'entraînement de foot a dû être annulé à cause de l'hospitalisation d'un des membres de l'équipe. "Faire tout ce cirque pour un simple mal de ventre ! Quelle plaie, ce Mizuno !" grommelle le jeune homme de mauvaise humeur. Mais il n'a pas plus tôt prononcé ce nom que de saisissement, Mr. Hiyama en laisse tomber son bol de riz ! Ayant peine à dissimuler son trouble, apprenant que Ayumu Mizuno et son propre fils sont "amis", le politicien explique que Mizuno-père et lui-même fréquentaient jadis la même université; mais terriblement occupés tous les deux par leur fonction respective, ces dernières années ils n'ont plus du tout eu l'occasion de se revoir. "Mensonge !" clame Hiyama en son for intérieur. Son père et l'avocat ne se sont-ils pas rencontrés tantôt ? Pourquoi son père éprouve-t-il le besoin de mentir à ce sujet ? Parce que lui et son vieux copain de fac entretiennent réellement une liaison secrète !? Mais ignorant les affreux doutes qui assaillent son rejeton scandalisé, il vient soudain une idée au quadragénaire: Hiyama doit beaucoup s'inquiéter pour la santé de son ami, alors pourquoi ne pas aller lui rendre une petite visite ? Prétexte bidon pour pouvoir s'octroyer un tête-à-tête avec l'avocat, le lycéen n'en a que faire des maux de ventre de son énervant camarade de classe - et qui d'abord n'est même pas son ami ! Cependant Mr. Hiyama ne lui laisse même pas le temps de protester, bien décidé à mettre son projet à exécution sitôt le repas terminé !
Un peu plus tard, lorsque Hiyama père et fils sonnent à la maison des Mizuno, l'avocat surpris au plus haut point de voir son petit ami débarquer chez lui à la nuit tombée les accueille revêtu d'un tablier en dentelle: l'homme n'a pas vraiment compris pourquoi son rejeton était malade, et afin qu'il reprenne des forces, a bien l'intention de lui préparer un bon petit plat ! Laissant les deux quadragénaires tout à l'émotion de leurs retrouvailles (Mr. Hiyama semble particulièrement apprécier le petit tablier que porte Mr. Mizuno et doit déjà l'imaginer avec rien d'autre en dessous !), Hiyama préfère monter à l'étage pour aller voir son camarade alité. Mais à peine a-t-il pénétré dans la chambre du playboy que le lycéen se fige sur place, surpris de découvrir la scène qui s'y déroule: Mizuno était censé être gravement malade, et voilà qu'il le retrouve en galante compagnie, riant aux éclats avec l'air de se porter le mieux du monde ! En fait, le jeune homme avoue qu'après l'injection qu'on lui a faite à l'hôpital, il s'est rapidement senti mieux. Mais ne cachant pas sa joie que son bougon camarade soit venu lui rendre visite, Mizuno s'empresse de renvoyer chez elles les trois filles de leur classe venues prendre de ses nouvelles. Les adolescentes parties, un silence gêné s'installe entre les deux garçons, mais conformément à leur habitude, ils ne tardent pas à se disputer: Mizuno tentant de jouer les indifférents alors qu'en fait il est si content de le voir, Hiyama vexé explique qu'il n'avait pas du tout envie de venir, c'est son père qui a saisi le premier prétexte venu pour se ruer chez son amant. Justement, le lycéen voudrait entretenir son camarade à ce sujet, afin de faire la lumière une bonne fois pour toutes sur la véritable nature de la relation qu'entretiennent leurs géniteurs - si seulement le playboy voulait bien consentir à l'écouter ! Car Mizuno a beau faire de gros efforts pour tenter de cacher son homosexualité, dès qu'il se trouve seul avec Hiyama qu'il aime en secret depuis longtemps, sa nature reprend vite le dessus et il ne peut résister bien longtemps à la tentation de le tripoter !
Excédé, Hiyama se voit finalement contraint de quitter la chambre - non sans avoir préalablement lancé d'un ton cynique que Mizuno a de quoi se réjouir, son cordon bleu de père est en train de lui préparer un dîner ! Cependant le jeune homme n'a pas plus tôt fait quelques pas dans l'escalier qu'il se voit forcé de faire demi-tour: en bas dans le salon, l'ambiance est des plus mielleuse entre les deux quadragénaires, qui, accaparés par leur travail et leur vie de famille, ont si peu l'occasion de se retrouver ainsi en tête-à-tête.... Pris entre deux feux, obligé de choisir entre surprendre deux hommes d'âge mûr dans une scène embarassante et le maniaque de l'étage, Hiyama se résout finalement à remonter dans la chambre de Mizuno. Et une fois encore, à peine arrivé dans la pièce, il surprend son camarade en une bien étrange posture, une photographie de Hiyama à la main qu'il presse amoureusement contre ses lèvres ! Se servir ainsi de sa photo pour assouvir ses fantasmes ! Mais Hiyama est encore loin de se douter à quel point son camarade est un garçon plein de ressources, prêt à utiliser la ruse pour arriver à ses fins: prenant le prétexte de montrer au footballeur sa collection secrète de magazines pornos - car Mizuno a beau être gay, il avoue quand même avoir un faible pour les grosses poitrines ! - Mizuno attend patiemment le moment où excité par ces photos Hiyama se retrouvera sans défense pour passer à l'offensive !

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Intrigue: Sur un luxueux paquebot voguant paisiblement le long de la côte sicilienne, a eu lieu un événement plutôt inhabituel qui n'a pas manqué de piquer la curiosité de ses riches passagers: le mariage traditionnel du bouillant Ranmaru et de la belle Kaoru, un couple de Japonais. Tous deux enfants de yakuzas, Ranmaru, 23 ans, est le troisième fils de l'organisation Ômi tandis que Kaoru, qui a perdu son père, est la seule héritière de son propre clan. Ainsi, afin d'assurer la paix entre les deux gangs rivaux, leurs familles n'ont rien trouvé de mieux que de les marier. Mais voilà, Ranmaru et Kaoru ne sont pas amoureux l'un de l'autre, et inutile d'ajouter qu'ils n'apprécient pas du tout d'avoir été pour ainsi dire mariés de force: possédant tous deux un caractère bien trempé, ils ne sont pas du tout faits pour s'entendre, loin s'en faut ! Et ce qui devait arriver se produit: le soir de leur nuit de noces une violente dispute éclate entre les deux "tourtereaux", ce qui vaut finalement à Ranmaru de se faire jeter hors de la chambre. Décidant d'aller boire un coup au bar afin de se calmer, le jeune homme est soudain bousculé par deux passagers Anglais passablement émêchés et qui s'excusent en plaisantant. Déjà plusieurs fois scandalisé par ce qu'il considère comme un manque de politesse flagrante de la part des étrangers comparé à la courtoisie japonaise, Ranmaru voit là l'occasion idéale de passer ses nerfs sur quelqu'un et commence immédiatement à rosser les deux malheureux anglo-saxons ! C'est alors que faisant son apparition, un jeune homme inconnu intervient pour calmer la bagarre: grand et blond, avec ses allures de gentleman et son visage délicat, cet Italien apparaît comme l'exact contraire du Japonais belliqueux et emporté !

Après avoir mis en fuite les deux Anglais ivres, le nouveau-venu se présente à Ranmaru comme Al Valentiano, avant de l'inviter bon gré mal gré à venir prendre un verre au bar avec lui: fidèle à la réputation des Italiens, Al n'a pas la langue dans sa poche et parle parfaitement le japonais, pour être un fan de la culture de ce pays et y être allé 36 fois. Jamais Ranmaru n'a entendu quelqu'un s'exprimer de manière aussi volubile, mais comme ce séduisant étranger ne tarit pas d'éloge à son égard, louant la façon virile dont il impose sa volonté aux autres en digne fils de yakuza - et surtout la classe admirable avec laquelle il porte son kimono, cela ne manque pas de flatter l'égo de Ranmaru, lui que Kaoru ne cesse de qualifier "d'anachronisme" à cause de sa tenue et ses manières démodées ! Peu familier des étrangers et naïf comme ce n'est pas permis, Ranmaru ne s'est même pas rendu compte que le bel Italien est soudain passé en mode "drague", et abandonnant peu à peu toute méfiance, il finit même par le suivre jusqu'à sa cabine où il s'effondre sur le lit du jeune homme, l'esprit embué par l'abus d'alcool. Mais bien que Al brûle de désir pour ce jeune Japonais au caractère si bouillant qui représente pour lui l'idéal masculin nippon - désir encore enflammé par un kimono en désordre au décolleté aguichant, conscient que Ranmaru vient tout juste de se marier, il se contient et l'engage finalement à regagner la chambre nuptiale. Ce que Ranmaru s'empresse de refuser, alléguant que puisque son "épouse" a osé le tourner en dérision, il ne rentrera pas à leur chambre ce soir (bien sûr il ne dit pas que c'est Kaoru qui l'a jeté dehors), et demande donc à Al de le laisser dormir dans sa cabine pour cette nuit. Il n'en fallait pas davantage à l'Italien pour céder à la tentation: prenant cette requête pour un consentement, il rejoint immédiatement le jeune yakuza sur le lit et entâme une série de caresses de plus en plus audacieuses. A moitié ivre et ensommeillé, Ranmaru se laisse faire avec délices.... Mais lorsqu'il réalise enfin ce qui est en train de lui arriver, il est déjà trop tard, et subissant les assauts du bel Italien, en son for intérieur, il ne peut qu'appeler désespérément à son aide son chef yakuza de père !
Le lendemain matin, quand Ranmaru se réveille enfin, il a la surprise de se retrouver seul dans le lit, Al a déjà quitté la cabine en se contentant de lui laisser un mot sur la table de chevet: voilà qui n'est pas pour mettre le jeune homme de bonne humeur, car comme à son habitude extrêmement à cheval sur la politesse, il lui semblait qu'après ce que Al a eu l'insigne honneur de faire cette nuit à son auguste personne, il aurait au moins pu avoir la courtoisie de le saluer avant de partir ! Tandis que Ranmaru erre dans le couloir, livide et tout courbaturé, il rencontre soudain Kaoru qui était à sa recherche et lui annonce qu'il est déjà l'heure de débarquer. Un instant plus tard, le jeune yakuza, son père, son épouse et toute leur bande de gardes du corps à la mine patibulaire descendent donc la passerelle pour quitter le navire en compagnie de tous les autres passagers, sous les salutations du capitaine. Mais à peine a-t-il jeté un coup d'oeil distrait vers ce jeune officier que Ranmaru reconnaît aussitôt son amant de la veille ! Al Valentino est donc en réalité le commandant du navire, dont la manie est de se mêler aux passagers revêtu d'un costume civil afin - soi-disant - de vérifier par lui-même que tout va bien à bord. Tandis que le jeune Japonais s'élance vers lui en fulminant, l'Italien lui prend les mains sans se soucier le moins du monde des regards intrigués de sa troupe, pour sussurer à Ranmaru d'une expression pleine d'extase que bien qu'en tant qu'homme de la mer il ne puisse rester à ses côtés, cette merveilleuse nuit passée ensemble restera pour lui un souvenir inoubliable !....

Cependant Ranmaru ne devait pas être débarrassé de cet adorateur bien longtemps. Trois jours plus tard, alors que les jeunes mariés et leur clique visitent les unes après les autres les villes les plus célèbres d'Italie, leur périple les conduit à un vignoble dont la visite doit se clôturer par une séance de dégustation gratuite. Mais voilà, passablement émêchés après tous les petits verres qu'ils se sont enfilés, Kaoru et les autres finissent par repartir.... en oubliant Ranmaru sur le bord de la route ! Tandis que le jeune homme s'élance pour tenter de rattraper le car, soudain le lacet de sa sandale se casse et il trébuche sur le sol, se blessant au genou et au pied. Mais bien que furieux d'avoir été ainsi laissé en plan, Ranmaru n'est pas du genre à rester longtemps à se morfondre, ce serait indigne d'un homme qui se respecte. Alors, tout en clopinant, il entreprend aussitôt de rallier à pieds Rome, prochaine destination de leur voyage organisé - ignorant que jusqu'à cette ville il y a plus de 200 kilomètres !
Le jeune yakuza marche ainsi plusieurs heures durant, et ce n'est que lorsque la nuit commence à tomber qu'il s'accorde enfin un peu de repos, s'asseyant sur un rocher au bord de la route, son pied nu en sang. Peu de voitures passent sur ce chemin de montagne, surtout en cette heure tardive, mais à la fin, surpris de découvrir en ces lieux cet étranger au costume si pittoresque, deux jeunes hommes finissent par s'arrêter. Par chance, l'un de ces deux Italiens parle un peu le japonais, et apprenant que Ranmaru a pour projet de se rendre à Rome - à pieds ! - ils se proposent de l'emmener dans leur voiture. Naïf, le jeune yakuza accepte aussitôt, n'imaginant même pas le danger qu'il pourrait y avoir, même pour un garçon, à suivre ainsi des inconnus. Mais quand il va pour monter dans la voiture des Italiens, un grand coup de klaxon retentit soudain derrière lui tandis qu'un autre véhicule vient s'arrêter sur le bord de la route. Et Ranmaru a la surprise de voir en descendre Al Valentino lui-même, qui se précipite aussitôt vers lui pour le serrer dans ses bras: habitant dans les environs, le capitaine a entendu dire par l'un de ses voisins paysan à qui le jeune homme avait demandé son chemin qu'un touriste Japonais errait dans le coin vêtu d'un kimono, alors Al avait immédiatement pensé qu'il pouvait peut-être s'agir de Ranmaru. Le capitaine est vraiment ravi d'avoir pu grâce à cet heureux hasard rencontrer à nouveau son amant d'une nuit, et surtout d'être arrivé à temps pour le soustraire aux mains des parasites qui s'apprétaient à l'embarquer !
Faisant monter le jeune yakuza dans sa propre voiture, Al, visiblement fils de bonne famille, l'emmène à la luxueuse villa de ses parents: il est trop tard pour se rendre à Rome aujourd'hui, alors l'Italien propose au Japonais de rester dormir chez lui cette nuit, puis le lendemain il se chargera de l'emmener jusqu'à son hôtel. En visitant la résidence de la famille Valentino, Ranmaru a l'occasion de vérifier de ses propres yeux que Al disait vrai en évoquant sa passion pour le Japon: la salle de séjour a été conçue dans le plus pur style Japon traditionnel avec même des tatamis en guise de parquet, et ne parlons pas de certains petits objets que nous ne nommerons pas et parfaitement dignes de figurer dans la chambre d'une geisha ! Après que Al ait soigné la jambe blessée du jeune homme, tous deux prennent ensemble un plantureux repas préparé par Martha la gouvernante, avant finalement de monter se coucher. Comme Ranmaru se plaint d'avoir les jambes lourdes pour avoir trop marché ce jour-là, c'est avec joie que Al se propose de lui faire un massage, trop content de pouvoir toucher à nouveau la jolie peau souple du Japonais. Et tandis que le capitaine masse habilement ses membres endoloris, couché sur le lit, Ranmaru avoue combien il apprécie le caractère franc et direct de l'Italien: il commence désormais à comprendre pourquoi Kaoru désire tant vivre une grande histoire d'amour avec un homme blond aux yeux bleus, doux et prévenant tel que Al, qui semble véritablement incarner l'idéal de l'amant romantique. "Et toi, que dirais-tu de vivre une romance passionnée avec moi ?" demande le capitaine d'une voix suave en se penchant sur le jeune homme. "J'aimerais tellement voir comment tu es quand tu es réellement amoureux." Et sur ces mots, la main de l'Italien se glisse déjà sous le kimono en désordre. Mais Ranmaru est bien trop épuisé de cette journée éprouvante pour pouvoir répondre à ses avances; en fait, il s'est même déjà endormi ! Bien que déçu, Al ne peut se résoudre à le réveiller; alors il se contente de déposer un baiser sur la joue du jeune homme, en lui souhaitant une bonne nuit en italien....

Le lendemain, comme promis, Al conduit Ranmaru jusqu'à Rome. Tandis que l'Italien fait le tour des hôtels afin d'apprendre lequel d'entre eux compte parmi ses occupants toute une troupe de mafiosi - Ranmaru ayant malencontreusement oublié le nom de l'hôtel où devait loger sa petite famille, le jeune yakuza reste seul sur la plaza en attendant le capitaine. Toujours revêtu de son kimono, il ne manque pas d'attirer l'attention des touristes, ravis de pouvoir se faire photographier avec un "samouraï". Mais alors que le Japonais bougon peste encore contre tous ces étrangers malpolis, il fait soudain la plus inattendue des rencontres: Ryûji Gondô en personne, le jeune chef du Kuryûkaï, un clan rival de celui de son père. Aussi élégant que présomptueux, Gondô est fou amoureux de Kaoru depuis toujours et n'a pas du tout digéré le mariage de cette dernière avec Ranmaru. Alors, quand il a découvert dans le journal de ce matin une photo du jeune homme avec promesse de récompense pour qui ramènerait l'enfant égaré à son père, le kambu s'est dit que c'était là l'occasion idéale d'humilier Ranmaru et son clan en le ramenant lui-même. Quant à savoir ce que Gondô fabrique en Italie, lorsque son jeune rival lui demande ironiquement s'il n'est quand même pas venu jusqu'ici les poursuivre son "épouse" et lui de son dépit amoureux, le kambu répond qu'il est simplement venu à Rome pour assister à un match de football, affirmation qui provoque immédiatement l'hilarité de Ranmaru: de féroces yakuzas traversant la moitié du globe uniquement pour du foot, on aura tout vu ! Mais ignorant ces sarcasmes, Gondô ordonne finalement à ses hommes de se saisir de cet impudent.
Bien sûr, Ranmaru n'est pas disposé à se laisser faire, parfaitement versé dans l'art du combat. Néanmoins l'intervention aussi soudaine qu'inattendue de Al ne lui en laisse même pas le temps: croyant le jeune homme agressé par une troupe de pervers, le capitaine n'a aucun mal à mettre hors d'état de nuire la bande de yakuzas ! Ranmaru a beau protester qu'il n'est pas une frêle jeune fille et s'avère parfaitement capable de se défendre seul, Al est tellement soulagé que le Japonais ne soit pas blessé qu'il lui baise délicatement la main, avant de l'embrasser sur le front, puis sur la bouche à la stupéfaction de Gondô ! Puis les deux compères repartent de leur côté en laissant là le chef yakuza, planté bouche bée comme une andouille au milieu du trottoir, et ignorant que des individus suspects viennent d'assister à la scène: il s'agit des deux Italiens que Ranmaru avait rencontré la veille au soir, qui se disent en couvant le jeune homme d'un oeil plein d'intérêt que décidément ce dernier plairait sûrement à leur patron....

Al étant parvenu à découvrir l'hôtel où loge la famille de Ranmaru, il ramène finalement ce dernier aux siens, qui l'accueillent avec le plus vif des soulagements. Mais quand le jeune homme va pour leur présenter son bienfaiteur, il remarque soudain que Al est déjà reparti. S'élançant aussitôt à sa recherche, Ranmaru parvient à le rattraper dans le couloir des ascenceurs, bien décidé comme le lui dicte son sens aigü du devoir à rendre par un moyen ou par un autre le bienfait qu'il a reçu. Pourtant ce que souhaite le capitaine, c'est tout simplement rester quelques instants de plus auprès du jeune Japonais; alors, l'entraînant brusquement dans l'ascenceur, il le serre un moment dans ses bras - glissant au passage un papier dans la manche de son kimono - avant de lui déclarer enfin son amour. Ranmaru en est complètement dérouté ! Jusqu'à présent, il mettait cette manie qu'a Al de le toucher à tout propos sur le compte de sa nationalité italienne, mais apprenant que le capitaine désire réellement entretenir une relation amoureuse avec lui, le jeune homme ne sait plus comment réagir. Alors qu'il souhaitait tant que Al devienne son ami.... Mais bien que conscient que Ranmaru venant de se marier, sa déclaration ne fait que le mettre dans l'embarras, Al tente de lui faire comprendre que demander son amitié tout en connaissant les véritables sentiments qu'il nourrit à son égard serait par trop cruel. Alors, attirant le jeune homme à lui, le capitaine lui demande simplement de lui accorder un dernier instant d'intimité, et après il sortira de sa vie définitivement.
Mais tandis que les deux jeunes gens s'enlacent pour un dernier baiser, la porte de l'ascenceur s'ouvre soudain, exhibant encore une fois le couple sous le nez du pauvre Gondô descendu dans le même hôtel. Ce dernier n'en revient pas: lui qui prenait Ranmaru pour un type coincé avec au moins deux siècles de retard sur son époque, se voit bien forcé de réviser son opinion à son sujet en le voyant ainsi flirter avec ce bel Italien. Mais le kambu enchaînant sur des propos plus vulgaires, furieux et blessé dans son amour-propre, Ranmaru ne le laisse pas achever ses moqueries et l'envoie au tapis d'un bon coup de poing avant de s'enfuir en courant. Puis, se tournant vers Al qui s'était lancé à sa poursuite, il lui avoue franchement qu'il ne peut supporter que l'on mette ainsi à mal sa fierté masculine; par conséquent, Ranmaru annonce au capitaine qu'il ne peut continuer à le fréquenter davantage, surtout si ce dernier attend autre chose de sa part que de l'amitié....
Plus tard, le soir venu, Ranmaru s'en va noyer son amertume au bar de l'hôtel. Le jeune homme se voit vraiment comme un minable après la façon plutôt brutale dont il a pris congé de l'Italien, et même la présence protectrice de Kaoru qui, si elle ne l'aime pas en tant qu'époux lui porte cependant l'affection d'une grande soeur pour son petit frère, ne peut rien pour le réconforter. Et l'arrivée impromptue de Gondô toujours prêt à frimer devant Kaoru en humiliant son rival n'est pas pour arranger les choses ! C'est alors que Ranmaru découvre enfin le message que Al avait glissé dans sa manche: "Cette nuit, je serais à Rome...." dit simplement le billet. Finalement, grimpant dans un taxi, le jeune yakuza décide de se rendre à l'adresse indiquée sur le papier, celle d'un bar de la ville. Et à peine a-t-il jeté un coup d'oeil à travers l'une des vitres de l'établissement que Ranmaru troublé découvre en effet le bel Italien accoudé au comptoir, buvant un verre en attendant patiemment la venue de son bien-aimé. Depuis quand attend-t-il ainsi dans ce bar ? se demande le jeune homme le coeur serré. Alors que le capitaine n'est même pas certain que le Japonais vienne le rejoindre.... "Et puis après toutes ces horribles choses que je lui ai dites, qu'est-ce que je suis venu faire ici, moi...."
Ne sachant quelle décision prendre, tiraillé entre sa fierté et son désir de revoir Al, Ranmaru finit par s'éloigner de la vitre. Dans le bar, ayant l'étrange sensation d'être observé, l'Italien se retourne soudain, mais hélas quelques secondes trop tard. Tandis que Ranmaru commence à arpenter le trottoir dans une errance sans but, il se fait soudain aborder par une jeune fille, touriste japonaise tout comme lui: désemparée, celle-ci lui explique que son amie s'est fait une entorse en trébuchant sur l'allée pavée, et pour la reconduire jusqu'à leur hôtel, elle aurait bien besoin du secours d'un homme. La jeune fille implore donc Ranmaru de l'aider, ce que bien sûr quelqu'un d'aussi droit que le yakuza ne saurait refuser. Il reconduit donc les deux touristes jusqu'à leur hôtel, mais une fois parvenus dans leur chambre, celles-ci refusent de le laisser partir: sous prétexte de remercier leur compatriote de son aide, les jeunes filles lui proposent de partager avec elles une bouteille de bon vin. A ce mot de "remercier", Ranmaru sursaute: après tous les bienfaits qu'il a reçu de l'Italien, lui n'a encore rien fait pour lui prouver sa reconnaissance, ce qui représente à ses yeux un grand manquement au code de l'honneur d'un Japonais digne de ce nom. Mais avec un peu de chance, se dit Ranmaru bien décidé à fausser compagnie aux deux jeunes filles le plus tôt possible, peut-être parviendra-t-il encore à rejoindre le capitaine à temps ?....

De son côté, Al n'a pas bougé du comptoir où il est accoudé depuis déjà plusieurs heures: optimiste et serein, jusqu'au bout il veut croire que Ranmaru va venir à son rendez-vous. C'est alors que pénètrent dans le bar les deux jeunes filles de tout à l'heure: non seulement celle qui était censée souffrir d'une entorse va visiblement parfaitement bien, mais à leurs propos, on devine sans peine que toute cette mise en scène n'était en réalité qu'un piège. L'une d'elles ayant perdu tout l'argent de leur voyage au casino, une certaine personne leur avait proposé de rembourser leur dette en échange de leur coopération pour un enlèvement. N'ayant pas vraiment le choix, elles avaient dû se résoudre à accepter sous peine d'avoir de graves ennuis. Cependant, après avoir attiré le jeune homme qu'elles devaient livrer dans leur chambre, elles avaient beau le faire boire pour tenter de le saoûler, il ne s'endormait pas, au point qu'à la fin il leur avait fallu verser une drogue dans la boisson pour parvenir enfin à lui faire perdre conscience. Mais leur méfait accompli, prises de remords, les deux jeunes filles se demandent à présent avec inquiétude ce qui va advenir de cet inconnu. Hélas, il est désormais trop tard pour revenir en arrière. Qui pouvait bien être ce jeune Japonais vêtu d'un kimono ? Et qu'est-ce que ses ravisseurs ont donc l'intention de faire de lui ? Discutant ainsi à voix haute, les deux Japonaises ne remarquent pas qu'assis à quelques mètres d'elles, Al ne perd pas une miette de leur conversation. A ce mot de "kimono", il suppose aussitôt que c'est de Ranmaru qu'il s'agit - sûrement le seul Japonais à s'obstiner ainsi à se vêtir de manière traditionnelle même en visite dans un pays étranger, et comprend avec angoisse qu'il est arrivé quelque chose à son bien-aimé.
A des kilomètres de là, Ranmaru est emmené dans une automobile qui roule vers le port. Ce sont bien sûr les deux Italiens louches qu'il avait rencontrés la veille quand il tentait de rallier Rome à pieds qui l'ont enlevé: ce jeune asiatique exhale un parfum d'exotisme qui plaira certainement à leur patron, bien que l'un des deux ravisseurs répugne à le livrer et le garderait bien pour son plaisir personnel. Le véhicule finit par arriver sur les quais, où se trouve arrimé un luxueux bateau de croisière. C'est là qu'est rapidement transporté le corps inerte de Ranmaru, qui se retrouve étendu sur un lit dans une cabine. Ses ravisseurs décident de lui laisser son kimono, vêtement peu courant qui souligne encore la rareté de cette "denrée de choix" que représente le jeune homme. Mais tandis que les Italiens s'activent ainsi autour de leur victime, celle-ci contre toute attente reprend soudain connaissance: l'esprit embué, souffrant d'un mal de crâne épouvantable, Ranmaru ne réalise pas du tout ce qui lui est arrivé, il croit simplement s'être endormi durant la beuverie à laquelle il a pris part avec les deux touristes japonaises de tantôt. Ainsi, quand l'un des Italiens lui tend des comprimés soi-disant contre la migraine, il les avale docilement sans se poser de questions, alors qu'il s'agit bien sûr d'une nouvelle dose de somnifères destinée à le faire se tenir tranquille un peu plus longtemps.
Au milieu de la nuit, une somptueuse réception bat son plein sur le navire. Gondô le chef yakuza fait lui aussi partie des convives, car le kambu n'est pas venu en Italie pour assister à un match de foot comme il l'avait prétendu à Ranmaru, mais bel et bien pour traiter une affaire. Une fois celle-ci conclue, son interlocuteur, un chef de la mafia locale, lui propose de prendre part à "l'amusement" qui va se dérouler maintenant en cercle privé; un amusement d'un genre particulier , s'empresse de préciser le mafioso à son homologue japonais intrigué. Pendant ce temps, dans la cabine où est étendu Ranmaru, ce dernier a enfin repris ses esprits, mais hélas pour se retrouver en proie à un mal étrange: le souffle court et haletant, il se sent bizarre, comme si son corps se consumait de l'intérieur. En fait, parmi les comprimés destinés à le faire dormir encore un peu, étaient mêlés des cachets aphrodisiaques ! Et tandis que le jeune homme doit subir ainsi cette torture physique qu'il ne s'explique pas, il ignore que dans une salle de cinéma du navire, son image se retrouve projetée sur écran géant, devant une assistance qui ne perd rien du spectacle. Gondô ne tarde pas à rejoindre les convives, public constitué uniquement d'hommes visiblement riches et importants, et quelle n'est pas la stupeur du yakuza en découvrant sur l'écran son rival de toujours, surtout dans une si curieuse situation ! Mais en découvrant eux aussi ce jeune asiatique vêtu de son kimono en désordre, l'enthousiasme des convives est à son comble: voilà sans nul doute une denrée rare et d'un grand prix !

Néanmoins si ses ravisseurs avaient cru que somnifères et drogues suffiraient à s'octroyer la soumission de Ranmaru, ils se sont fourrés le doigt dans l'oeil ! Malgré l'état dans lequel il se trouve, le jeune homme d'une résistance peu commune n'a absolument rien perdu de sa combativité. Ainsi, quand l'un des deux Italiens, le brun qui aurait tant voulu le garder pour lui, tente de le peloter tandis que son complice filme la scène avec une caméra, il se fait envoyer au tapis d'un bon coup de poing dans la figure ! On en viendrait presque à douter que la drogue que le Japonais a absorbée ait réellement fait de l'effet sur lui ! Et pourtant, lorsque l'Italien repart à l'assaut encouragé par son compagnon, cette fois Ranmaru semble sur le point de craquer tandis que son corps réagit en complète contradiction avec sa volonté ferme de résister. La vue de son visage crispé aux joues en feu provoque de vrais remous dans le public de la salle de cinéma alors que s'élèvent de partout des murmures subjugués. Quant à Gondô, livide et aussi raide qu'un cadavre, sa stupeur est indescriptible ! Tandis que le kambu pris de panique demande au mafioso qui l'accompagne ce que signifie tout ce cirque, l'homme lui explique en lui conseillant de se calmer que cette séance est une sorte de réception réservée aux clients VIP. Le garçon que l'on voit sur l'écran est une marchandise, car dans ce pays les jeunes hommes de type asiatique sont très populaires auprès de la clientèle gay. Et pour achever la consternation de Gondô, le mafioso ajoute que si la "marchandise" l'intéresse, il n'a qu'à participer lui aussi aux enchères, ainsi il aura peut-être la chance de pouvoir l'étreindre.
L'E... L'ETREINDRE...!? Scandalisé au plus haut point par les passe-temps d'un goût douteux de ces étrangers, Gondô se demande bien comment Ranmaru a pu se fourrer dans une situation pareille ! Cependant le kambu n'a pas le temps de poser davantage de questions, car autour de lui, les enchères grimpent à une vitesse folle ! Ainsi, ces Italiens ont réellement l'intention de vendre le jeune yakuza !? Ils ignorent que ce dernier est le fils et l'héritier de l'un des puissants dirigeants de la mafia japonaise, et s'ils commettent un tel acte, pense Gondô avec horreur, nul doute qu'en représailles une pluie de sang va s'abattre sur l'Italie ! Alors, sentant de son devoir de faire quelque chose malgré la rivalité qui l'a toujours opposé à Ranmaru, le kambu lève à son tour son bras pour participer aux enchères - ignorant que la transaction se fait en dollars et non en yens, ce qui fait une sacrée différence !
De son côté, Al a finalement abordé les touristes japonaises ayant participé à l'enlèvement de Ranmaru: celles-ci ne savent pas grand-chose, on leur a simplement ordonné d'inviter le jeune homme chez elles puis de l'endormir et pour ce faire, elles l'ont suivi depuis son hôtel jusqu'à la devanture de ce bar. Ignorant complètement où leur infortuné compatriote a été emmené ensuite, elles se rappellent seulement que leur commanditaire avait bien insisté pour que l'affaire soit réglée rapidement de façon à ne pas manquer un appareillage cette nuit à neuf heure. De là, on peut en déduire que le jeune homme est en ce moment conduit quelque part depuis un bateau. Vite, fort de ce renseignement, Al s'empresse de téléphoner à la capitainerie du port, afin qu'on lui communique le nom de tous les navires qui ont quitté Rome dans la soirée à neuf heure, depuis les simples navettes jusqu'aux luxueux paquebots de croisière. Et tandis qu'il attend ce précieux renseignement, rêveusement appuyé dans la cabine téléphonique, le bel Italien ne peut s'empêcher de ressentir une douce chaleur aux creux de la poitrine, heureux d'avoir appris que son bien-aimé s'était finalement rendu à son rendez-vous: bien sûr Al s'en veut d'avoir involontairement, en l'invitant à venir le rejoindre seul en pleine ville, exposé l'imprudent et naïf Ranmaru au danger; mais le jeune homme paraissait si en colère contre lui quand ils se sont quittés tantôt que le capitaine avait pensé que Ranmaru en était venu à le détester pour de bon, que jamais plus il n'accepterait de le revoir. Al désire à tout prix entendre les paroles que le Japonais lui aurait peut-être dites s'ils avaient pu se rencontrer. Coûte que coûte, il lui faut retrouver la trace du jeune homme pour lui porter secours. Mais où peut bien se trouver Ranmaru en cet instant ? Le capitaine arrivera-t-il à temps ?....

- Ikoku Irokoï Romantan: Side Story , page 117: Dans cette petite comédie de 4 pages, Ranmaru raconte à Kaoru une anecdote de son enfance. Un jour quand il avait douze ans, Ranmaru héritier du clan yakuza Ômi s'était fait réprimander pour s'être violemment battu avec son ami Gondô; en dépit des injonctions de sa mère, il avait catégoriquement refusé d'expliquer les raisons de cette querelle. Un peu plus tard, tandis que Ginji, le chef cuisinier de la résidence, entreprend de débarrasser son jeune maître de toute la boue dont il est recouvert, le domestique explique à ce dernier que si Mme Ômi a grondé son fils si sévèrement, ce n'est pas tant pour avoir frappé son ami que pour avoir refusé de raconter ce qui s'était passé. Néanmoins, Ranmaru ne veut rien entendre: il s'agit d'une affaire d'hommes, pas besoin de mêler sa mère à cela ! Sous la promesse de ne rien révéler à personne, Ginji parvient cependant à convaincre le garçon de lui raconter l'histoire: Ranmaru commence alors à lui expliquer comment, sous l'invitation de Gondô, son ami et lui étaient allés épier Kaoru qui prenait son bain. Au départ, Ranmaru n'était pas vraiment d'accord, mais troublé par les charmes de l'adolescente, il était finalement resté contempler le spectacle ! C'est alors que Gondô avait eu un geste plutôt inattendu: mettant subitement la main dans les sous-vêtements de son camarade, il s'était proposé de lui enseigner un jeu qui ferait de lui un adulte ! Mais quand Gondô avait demandé à Ranmaru s'il ressentait du plaisir, trouvant l'expression du visage de son camarade détestable, Ranmaru avait fini par le frapper !
Il va sans dire que cette petite histoire provoque aussitôt une colère froide chez le domestique outré, qui recommande aussitôt à son jeune maître d'arrêter de jouer avec le fils Gondô ! "Non mais, quelle éducation dépravée son père a-t-il donné à cet enfant !?" s'exclame Ginji qui ne parvient plus à contenir la rage qui l'enflamme. Ranmaru a beau être un enfant terriblement mignon, ce n'est pas une raison pour lui faire subir de tels attouchements ! On ne peut permettre cela ! "C'EST LA GUERRE !!" Quelque peu surpris de la réaction exagérée du domestique, afin de le calmer, Ranmaru promet que désormais il ne jouera plus avec Gondô. Néanmoins il ne peut s'empêcher de demander ce qui se serait passé s'il avait laissé faire Gondô, curieux de savoir ce que ce dernier s'apprétait à lui apprendre. "Ginji, si tu le sais, apprends-le moi ! Je préfère que ce soit toi plutôt que cet imbécile de Gondô." Effrayé de cette requête, Ginji recule aussitôt: n'étant que le cuisinier de la résidence, il proteste que ce n'est pas à lui de prendre une telle responsabilité ! Mais finalement, par crainte que le précieux héritier des Ômi ne leur soit ravi par celui d'un autre clan, Ginji, le coeur secoué de violentes palpitations, s'était décidé à enseigner à Ranmaru ce que c'est que d'être un homme....
Tandis qu'avide d'entendre la suite, Kaoru écoute Ranmaru raconter son histoire le coeur battant, le jeune homme achève son récit par l'affirmation que Ginji était de ces hommes sérieux et probres tels que l'on n'en voit plus de nos jours. Mais il ne sait pourquoi, après cette "initiation", le cuisinier a quitté la résidence arborant un visage tourmenté afin de partir en voyage. En Italie, le paradis des gays !

- Koï no Annaïnin ("The Guide of Love"), page 125: Hirotaka Takaoka, professeur à l'université, passe son existence dans son laboratoire entre son élevage de microbes et ses rats. Pas étonnant qu'à presque 30 ans, il soit encore célibataire ! Voilà pourquoi, inquiète, sa mère s'est mise en tête de lui trouver une fiancée. Cependant Takaoka a beau enchaîner avec ennui les rendez-vous avec de riches et belles prétendantes, rien n'y fait, personne ne provoque chez lui le moindre intérêt, il ne songe qu'à rentrer à son labo surveiller la croissance de ses chers microbes. Si bien qu'à la fin, lasse de voir son fils repousser toutes les filles qu'elle lui présente, sa mère décide de le laisser choisir lui-même et pour cela, l'inscrit dans une agence matrimoniale pour gens de la bonne société. Inutile de dire que c'est d'un pas lourd que Takaoka finit par traîner les pieds jusqu'à cette agence le jour du rendez-vous, pas du tout emballé ! A peine arrivé il songe même déjà à tourner les talons, lorsque le jeune employé chargé de l'accueil lui tombe littéralement dessus: Tôru Serizawa, avec sa mine toujours réjouie et son enthousiasme débordant, sera à partir de ce jour son conseiller ! Prenant sa mission de conseiller matrimonial très à coeur, ce jeune homme spontané et bavard s'investit totalement auprès des clients qu'il supervise, n'hésitant pas à s'indigner lorsque certains rendez-vous se passent mal et que ses protégées se font jeter lors d'une entrevue pour des raisons aussi futiles que l'âge ou l'argent. Car c'est aussi un être droit, et à peine l'a-t-il observé quelques minutes que n'ayant jamais eu l'occasion de côtoyer quelqu'un dôté d'une telle personnalité, Takaoka décrète intérieurement que Tôru Serizawa est plus intéressant que ses rats. Voilà pourquoi, afin d'observer ce "phénomène", il décide finalement de continuer à fréquenter l'agence.
Takaoka étant beau, intelligent, pourvu d'un bon poste stable et d'un excellent salaire, Tôru pensait n'avoir aucun mal à trouver une épouse au professeur, certain que les prétendantes n'allaient pas tarder à se bousculer. Mais si en effet les demandes d'entrevue avec cet alléchant célibataire affluent, Takaoka rencontre les différentes jeunes filles avec un manque d'enthousiasme flagrant, si bien que le jeune conseiller doit bien finir par admettre que son client ne sera pas si facile que ça à caser ! En fait, plutôt habitué à cause de son physique avantageux à ce qu'on lui saute dessus sans qu'il ait besoin de demander, Takaoka n'a pas du tout l'habitude de draguer les femmes et se montre à leur égard plutôt réfrigérant. Finalement, se disant que son client sera peut-être plus à l'aise dans une entrevue de groupe, Tôru lui propose de l'inscrire à une soirée pour célibataires organisée par l'agence. Et apprenant que le jeune homme s'y rend lui aussi afin d'encourager les personnes dont il a la charge, Takaoka accepte aussitôt de participer à cette soirée.

Au jour fixé, revêtu du somptueux costume soigneusement choisi par son conseiller, le professeur se rend donc à la réception réservée à des clients de haut rang, et à peine a-t-il mis les pieds dans le vaste salon que tous les regards des convives féminines se tournent immédiatement vers lui. Ainsi dévisagé avec admiration et convoitise, le pauvre Takaoka est bien mal à l'aise, encore plus que lors d'un tête à tête ! Décidément pas du tout fait pour la vie en société, sitôt qu'il retrouve Tôru, il lui fait part de son désir de s'en aller. Néanmoins le jeune homme refuse catégoriquement de le laisser partir, lui recommande de s'exprimer avec amabilité comme ils s'y sont entraînés la veille, avant de le laisser seul avec quatre splendides jeunes femmes. Hélas, alors que chacune rivalise de charme pour séduire le beau professeur, l'affrontement tourne vite à la rixe ! L'une ayant malencontreusement renversé son verre de vin sur le costume de Takaoka, l'autre l'accuse aussitôt de l'avoir fait exprès pour attirer son attention, jusqu'à ce que les insultes se changent en bataille rangée avec jets de boissons à la figure ! Néanmoins, lorsque l'une des deux femmes saisit soudain une bouteille de tabasco, Takaoka juge que l'affaire va trop loin et la lui arrache brutalement des mains. Mal lui en prend car le bouchon n'était pas vissé, le liquide ainsi projeté vient asperger le visage de Tôru qui accourait juste à cet instant pour tenter de calmer la querelle ! Le tabasco lui brûlant aussitôt les yeux, le jeune homme tombe à genoux à terre en gémissant de douleur. Heureusement, dans la confusion générale, Takaoka s'élance à son secours et l'emmène vers les lavabos.
Un peu plus tard, bien que le professeur lui ait soigneusement lavé les yeux, Tôru continue de ressentir une vive douleur, au point qu'il ne parvienne même plus à entrouvrir les paupières. Mais malgré les conseils de Takaoka, il refuse obstinément de se laisser conduire à l'hôpital. A voir ainsi les larmes couler abondamment de ses yeux rougis, le professeur, mû par une impulsion, ne peut s'empêcher de serrer le jeune homme dans ses bras, s'excusant sincèrement que par sa faute il ait eu à subir cela. En fait, ajoute-il, dès qu'il se retrouve en société, les choses finissent toujours par tourner mal. Mais gêné de se trouver ainsi blotti contre l'épaule du séduisant professeur, proférant que celui-ci n'a pas à s'excuser, Tôru finit par prendre la fuite.

Le lendemain, tandis que Takaoka conte sa mésaventure à l'un de ses collègues de travail, ce dernier ne manque pas de s'étonner de son attitude déprimée: le professeur craint tant que son conseiller matrimonial en soit venu à le détester qu'il en a le coeur qui se serre.... N'est-ce pas plutôt inhabituel chez un homme aussi réfrigérant dont on dit qu'il ne porte d'attachement à nul être humain ? En effet, Takaoka lui-même doit reconnaître que cet intérêt ne lui ressemble pas, cependant il n'a pas le temps de s'interroger davantage sur cette étrange tendresse qu'il ressent envers Tôru car au même instant, les yeux encore gonflés suite à sa mésaventure de la veille, l'intéressé se présente en personne à son labo. En employé japonais modèle, Tôru est venu présenter ses excuses d'être ainsi rentré précipitamment l'autre soir en délaissant son client. Une fois parvenu à le faire cesser ses courbettes, Takaoka invite le jeune homme à déjeuner en sa compagnie à la cantine de l'université. Tôru se montre aussitôt ravi, car cela lui donne l'impression d'être revenu à l'époque où il était étudiant, et à sa mine réjouie, le professeur constate avec soulagement que son conseiller ne le déteste pas comme il le craignait. Au contraire, c'est Tôru lui-même qui avait peur que son client après la scène de la veille ne mette plus jamais les pieds à l'agence, ce qui lui causait de grands tracas: normalement, les simples conseillers tels que lui n'ont absolument pas le droit de débarquer comme cela à l'improviste sur le lieu de travail d'un de leurs clients, néanmoins il craignait tant de ne plus revoir le professeur qu'il lui avait été impossible de tenir en place. Le jeune homme prononce cet aveu avec une certaine gêne, baissant les yeux, si bien que pour le rassurer, Takaoka lui promet de passer faire un tour à l'agence dès ce soir quand il aura terminé son travail. Ravi et soulagé, Tôru lui promet en retour d'écumer la base de données de l'agence pour lui dégoter de superbes partenaires dignes de lui !
Le soir venu, le professeur se retrouve donc attablé en compagnie d'une belle jeune femme, mais malgré le charme indéniable de sa partenaire, il ne parvient pas à détacher son regard de Tôru qui se tient un peu plus loin. "C'est vrai que je me suis attaché à lui.... reconnaît Takaoka en son for intérieur. Chaque fois que je le regarde, je ne sais pas pourquoi, je me sens heureux. D'ailleurs, je crois bien que ces derniers temps je ne viens ici que pour voir son visage...." Par politesse, le professeur ne peut cependant ignorer la jeune fille qui se tient à sa table et n'est pas responsable de ses états d'âme, il l'invite donc à l'accompagner dîner en ville. Tous deux quittent ainsi l'agence, sans remarquer le regard déprimé avec lequel Tôru les regarde s'éloigner. Mais même alors qu'il est assis au restaurant, durant toute la durée du repas, Takaoka ne parvient pas s'ôter de la tête l'image du jeune homme; voilà pourquoi quelle n'est pas sa surprise quand, après avoir fait monter sa compagne dans un taxi, il retrouve soudain ce dernier dans la rue. Tôru lui saute littéralement dessus, la mine plus réjouie que jamais, et le professeur remarque aussitôt que son conseiller ne se trouve pas dans son état normal. En effet le jeune homme explique qu'il est parti trinquer avec des collègues de travail, et n'ayant visiblement pas l'habitude de boire, le voilà complètement ivre ! Il n'arrive même plus à tenir debout tout seul, si bien que Takaoka décide finalement de le raccompagner chez lui.
Cependant une fois assis dans la voiture du professeur, après qu'il ait somnolé quelques instants, l'humeur de Tôru change radicalement, devenant aussi sombre qu'elle était gaie un moment plus tôt. "Mr. Takaoka.... Vous qui étudiez les êtres vivants à l'université.... Expliquez-moi.... Dites-moi pourquoi, alors que vous êtes un homme, je suis amoureux de vous....?" Le professeur ne s'attendait certes pas à un tel aveu ! Le visage blême, bouche bée, sur le coup il s'avère incapable de répondre. Mais quand le jeune homme enchaîne en lui demandant en un murmure ce qu'il doit faire, enflammé par ces paupières mi-closes et ces lèvres entrouvertes, Takaoka arrête brusquement la voiture pour se pencher sur Tôru. L'attirant dans ses bras, il tourne vers lui le joli visage en feu pour s'emparer de ses lèvres, avant d'avouer à son conseiller qu'il l'aime lui aussi. Le professeur n'a pas plus tôt prononcé ces paroles que Tôru se pend à son cou, afin qu'ils échangent un baiser plus passionné et plus profond.... Et quelques minutes plus tard, tous deux se retrouvent dans l'appartement de Takaoka, qui se lance aussitôt à l'assaut du corps de Tôru. A présent qu'il a un peu désaoûlé, le jeune homme réalise enfin ce qu'il est en train de faire et un peu effrayé, tente de protester. Néanmoins Takaoka lui susurre qu'il ne le laissera pas s'enfuir. A présent qu'il sait que son mignon conseiller l'aime lui aussi, il meurt d'envie de le mettre sens dessus-dessous !

- Koï no Annaïnin : Bangaïhen ("The Guide of Love : Chapitre Hors-série"), page 159: Le jeune Tôru Serizawa, conseiller matrimonial de son état, a ces temps-ci bien des problèmes: lorsque les parents d'un couple refusent d'accepter leur union, il est devenu courant de plier bagage et prendre la fuite ! Quelle tristesse pour Tôru qui prend son travail très à coeur de voir ainsi deux personnes qu'il a réunies en espérant leur bonheur se livrer à de telles extrêmités, qui gâchent de plus l'harmonie du couple et n'aboutissent finalement qu'à de violentes disputes ! Un jour que cela se produit sous ses yeux pour la énième fois, après avoir réussi à grand peine à raisonner deux de ses clients et à les dissuader de fuir, le jeune homme passablement déprimé et las décide d'aller chercher du réconfort auprès de son petit ami, le séduisant Hirotaka Takaoka, chercheur à l'université. A peine arrivé au laboratoire, le professeur ayant malencontreusement renversé la cage de ses rats, voilà Tôru contraint de l'aider à récupérer Vitamine, Pectine, et autres rongeurs aux doux noms pharmacologiques après lesquels Takaoka court dans tous les sens depuis deux bonnes heures durant ! Mais quel soulagement pour Tôru de retrouver après sa rude journée son bien-aimé égal à lui-même, toujours aussi tendre, beau, intelligent....
Cela fait trois jours que le professeur n'est pas rentré dormir à son appartement pour avoir été débordé de travail, alors se pendant à son cou, Tôru lui demande de son air le plus enjôleur s'il pourra rentrer aujourd'hui, susurrant avoir un tas de choses à lui dire.... Mais à peine le jeune homme a-t-il prononcé ces paroles pleines de tendres sous-entendus qu'il sursaute, effrayé de son propre comportement. Takaoka et lui sont du même sexe; que se passerait-il si les parents du professeur venaient à apprendre leur liaison ? Nul doute que ces derniers feraient tout pour les séparer ! Voilà déjà un moment que le jeune homme s'interroge sur leur relation: Takaoka était l'un de ses précieux clients, et en tant que conseiller, jadis Tôru ressentait une vive satisfaction rien qu'à la vue du bonheur des couples qu'il avait formés. Et maintenant, après être tombé amoureux d'un client au mépris de toutes les règles de son agence, il ne peut s'empêcher de mettre à l'épreuve les sentiments du professeur en lui réclamant toujours plus ? Puisqu'il est un homme, Tôru est effrayé à l'idée de ne pas être en mesure de faire le bonheur de son bien-aimé; en encourageant ce dernier a poursuivre leur liaison, il se trouve même bien égoïste. Takaoka amusé a beau assurer au jeune homme que s'il continue à se torturer ainsi pour rien et à tenter de le fuir il finira par l'enfermer dans une cage comme ses chers rats, Tôru de plus en plus paniqué à l'idée que son compagnon vienne à le détester un jour ne veut rien entendre. A la fin il s'arrache des bras du professeur pour se précipiter en courant hors du laboratoire, criant qu'il va faire ses bagages et quitter leur appartement. ".... Quelle mouche le pique, aujourd'hui ?...." Bouche-bée, Takaoka décidément n'y comprend rien à rien. Jugeant néanmoins que mieux vaut qu'il rejoigne son petit ami au plus vite, il s'empresse donc de quitter l'université pour rentrer à son appartement.
Une fois de retour chez lui, Takaoka découvre le jeune homme agenouillé dans leur chambre, au milieu de ses bagages à moitié faits et de vêtements disséminés pêle-mêle autour de lui. "Oouuh.... Je ne peux pas.... sanglote Tôru après avoir levé des yeux emplis de larmes vers le professeur. Il m'est impossible de vous quitter...." Et le jeune homme enchaîne en avouant sa crainte que si les parents de Takaoka viennent à découvrir qu'il partage sa vie avec un homme, celui-ci ne lui propose de s'enfuir tous les deux - ce qui équivaudrait à gâcher sa vie en laissant tout tomber. Tôru s'adresse à son bien-aimé sur un ton éperdu, comme si tous les doutes et les inquiétudes qu'il éprouve depuis le début de leur relation se déversaient soudain par sa bouche après avoir brisé leur digue. A cause de son travail, le jeune homme a tellement l'occasion de voir des couples se former puis se déchirer qu'il a désormais bien du mal à aborder sereinement sa vie amoureuse. Néanmoins Takaoka assure à Tôru qu'il s'inquiète pour rien. "Tu es encore resté seul à brasser des idées noires.... Allez, viens...." prononce-t-il en ouvrant les bras pour que son cher conseiller vienne s'y blottir. N'empêche qu'en réalisant quels tourments éprouve Tôru à songer que l'on puisse un jour tenter de les séparer, tout en pressant contre lui le jeune homme en pleurs, Takaoka se sourit doucement à lui-même, le visage plein de contentement. Et il avoue bientôt à Tôru que ses sont une exaltation trop forte pour son cerveau après toutes ses nuits blanches. "Je voudrais t'étreindre tout de suite. Vas-tu prendre tes responsabilités ?" Tôru ne se le fait pas dire deux fois ! Voilà déjà une semaine que le professeur et lui n'ont pas fait l'amour tant ce dernier était occupé. Sa bonne humeur revenue, le jeune conseiller commence lui-même à détacher ses boutons....

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Intrigue: Masamichi Asô est un jeune steward de 24 ans qui s'apprète à effectuer son tout premier vol sur une ligne nationale. Il travaille sous les ordres de Yazaki, le jeune et séduisant chef du personnel, que Masamichi a la surprise de retrouver ce matin-là dans le hall de l'hôtel où il est descendu. Tandis que les deux stewards discutent, Masamichi répondant à son supérieur avec animation, tout excité par cette journée de travail, quelqu'un se plaint soudain de ses éclats de voix. Et encore ensommeillé, un homme jeune à l'aspect viril se redresse alors de la banquette où il était en train de dormir. Quatre galons ornent les épaulettes de sa chemise. Surpris, Masamichi a immédiatement le coup de foudre ! Et d'après les propos de Yazaki, il apprend que cet inconnu n'est autre que le fameux commandant Hinohara, pilote d'élite et charismatique dont le charme n'a d'égal que le mauvais caractère, surtout lorsqu'il doit se lever tôt le matin ! Masamichi ne tarde pas à lui plaire également, et remarquant les mains tremblantes et le visage rougissant du jeune steward alors que ce dernier l'aide à passer sa veste, Hinohara comprend aussitôt que cet intérêt est réciproque. Par taquinerie, il se met à appeler Masamichi "Mari-chan" - Mari étant l'autre façon de lire les kanjis qui composent son prénom - et s'empresse d'inviter sa nouvelle conquête au restaurant. Mais gêné, Masamichi décline l'invitation et s'en va précipitamment. Yazaki, qui connaît le commandant depuis fort longtemps, averti ce dernier de ne pas tourmenter son jeune et timide protégé. Hinohara acquiesce, mais son sourire en coin augure assurément du contraire !
Un peu plus tard, l'avion décolle vers sa destination, New York. Toutes émoustillées de faire le voyage en compagnie de deux Apollons tels que Hinohara et Yazaki, les hôtesses passent leur temps à discuter entre elles, laissant la plus grande partie du travail à la nouvelle recrue Masamichi. Lorsqu'il peut enfin prendre un moment de repos, le jeune steward se met à songer rêveusement au beau commandant Hinohara, ses larges épaules, son parfum musqué, sa voix grave et son sourire charmeur. Le jeune homme prend bientôt conscience qu'il est réellement amoureux, ce qui ne lui était pas arrivé depuis fort longtemps. Mais il ignore que Hinohara est bisexuel, ainsi, quand ce dernier lui demande s'il est gay, bouleversé, Masamichi ne sait que répondre. Avec douleur, il se rappelle son premier amour, son meilleur ami et camarade de classe: le lycéen avait déjà une petite amie, qui n'avait pas manqué de remarquer les regards brûlants que lançait Masamichi à son petit copain pendant les cours; elle avait finit par tout raconter à ce dernier qui avait finalement, comme Hinohara, demandé de but en blanc à son camarade s'il était homo. Hésitant, Masamichi s'était quand même résolu à nier; l'autre garçon lui avait alors avoué combien il trouvait les relations entre personnes du même sexe dégoûtantes. Profondément blessé par cette révélation, depuis ce jour Masamichi ne s'est pas remis du choc reçu et fait tout son possible pour cacher son homosexualité, de peur d'être méprisé par les autres, ce qui l'a plongé dans un triste état de frustration. Hinohara est donc la première personne dont il soit tombé amoureux depuis sa lamentable expérience au lycée, et le jeune homme se montre terrifié à l'idée que son cher commandant puisse s'apercevoir de quelque chose.
Tourmenté même dans son sommeil, par manque de repos, le lendemain matin Masamichi commence à accumuler les maladresses pendant son service. Son chef Yazaki interprète celà comme "le mal du décalage horaire", qui frappe souvent les nouveaux membres d'équipage des avions. Et en effet, peu après l'atterrissage à l'aéroport de New York, Masamichi s'effondre dans le meeting-room. Avant de sombrer dans un sommeil proche de l'évanouissement, à peine a-t-il le temps d'apercevoir la silhouette d'un homme qui le retient dans ses bras. Lorsqu'il se réveille enfin, Masamichi a la surprise de se retrouver dans le lit du commandant Hinohara, qui le contemplait dormir, vêtu d'un simple peignoir de bain. Gêné au plus haut point, le jeune homme se lève afin de fuir une nouvelle fois, mais Hinohara l'attrape par l'épaule et le ramène sur le lit. Alors, le commandant repose encore une fois sa question: "Es-tu gay ? Non, disons plutôt, est-ce que tu m'aimes ?" Masamichi ne parvient pas à nier, d'autant plus qu'il sent peu à peu sa raison lui échapper. Néanmoins, il ne sait comment réagir aux caresses du commandant, croyant que ce dernier se moque de lui, jusqu'à ce que son supérieur lui assure qu'il n'a pas de préjugés envers les homosexuels, bien au contraire. Mais le jeune homme continue timidement de le repousser, apeuré, si bien que ne voulant pas le contraindre à quoi que ce soit, Hinohara le lache et lui conseille de s'en aller. A la fin, craignant que cette occasion de voir enfin son amour exaucé ne se renouvelle pas, Masamichi décide de tout avouer: lui aussi désire le commandant, mais comme il est encore vierge, il ignore totalement ce qu'il doit faire. Mais Hinohara, souriant, lui assure que tout ira bien. Tandis que le jeune homme lui raconte le douloureux traumatisme qui l'a conduit à refuser son homosexualité jusqu'à maintenant, le commandant entâme son initiation, lui assurant que si un amour est sincère, même si l'objet en est un être du même sexe, personne n'a le droit de le qualifier de "dégoûtant".
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