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- Index des Titres et des Auteurs -

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Wren Tamaquis

-------------------------------------------- * Honô no Suna

-------------------------------------------- * Daïgishi no Ichizoku

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Nasé Yamato

-------------------------------------------- * Kuchibiru no Yukué

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Yaya Sakuragi

-------------------------------------------- * Néé, Sensei ?

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Kaï Tsurugi

-------------------------------------------- * Sono Yubi no Tadoru Kizu

-------------------------------------------- * Kuro no Kishi

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Naono Bohra

-------------------------------------------- * Yubisaki no Koï

-------------------------------------------- * Three Wolves Mountain

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Sakufu Ajiminé

-------------------------------------------- * Ebisu - Tamon-kun no nayaméru Nichijô

-------------------------------------------- * Oki ni Méshimasu

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© Wren Tamaquis

Honô no Suna

("Sable de Feu")

 

Auteur: Wren Tamaquis

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Voilà deux ans et demi que Haïné Oda, étudiant japonais âgé de 20 ans, rêve de visiter un certain petit royaume d'Arabie, souhait qui finit par se réaliser grâce aux bons offices de son père ambassadeur. Durant les vacances, le jeune homme s'envole donc pour ce pays enveloppé par un désert brûlant, ignorant que son voyage sera loin de se passer comme prévu. Un matin, Haïné ramasse alors qu'il se promène dans le souk une clé en or sertie de diamants. Un blason y est également gravé, qu'il identifie immédiatement comme étant celui de la famille Al Kashmi, la famille royale. Pensant avoir trouvé là le prétexte idéal pour visiter le palais, le jeune touriste décide d'aller lui-même rendre l'objet. Mais à peine introduit dans la place, pris par méprise pour un voleur, Haïné est finalement arrêté par les gardes du palais. Il ne tarde pas à se retrouver en présence du souverain en personne: le Sheikh Ashraf Al Kashmi, homme aussi séduisant que majestueux tout de noir vêtu, aux larges épaules et au teint basané, mais à l'air sévère et peu accomodant. Le roi est accompagné comme toujours du mystérieux Q., magicien du palais à la longue chevelure d'ébène et à la sublime beauté androgyne. A peine Ashraf aperçoit-il l'intrus qu'il est frappé par sa beauté, qui lui rappelle avec délices celle de Q. quand il était plus jeune. Il décide donc de s'approprier Haïné, et pour ce faire, entreprend de l'effrayer. Pour commencer, il détruit d'un coup d'épée le passeport de l'étudiant. Puis Ashraf annonce à Haïné que le châtiment pour avoir osé pénétrer en ces lieux et ainsi souillé l'enceinte du harem est la peine de mort. Quant aux gardes en faction à la porte qui l'ont laissé entrer, ils seront marqués au fer rouge du sceau des criminels et amputés de leur oreille gauche. Haïné s'insurge aussitôt avec vigueur contre cette injustice commise à son égard ainsi qu'à celui des malheureux gardes. Le Sheikh consent alors à lui laisser une seconde alternative: personne ne sera châtié mais en contrepartie, Haïné devra payer sa "faute" en devenant son esclave sexuel.

La mort ou la prostitution, autant dire que le malheureux Haïné n'a pas vraiment le choix ! Déclaré mort dans un accident pour l'état civil, le voilà donc condamné à passer le restant de ses jours dans le harem du Sheikh, qui le marque sur-le-champ à la main de son sceau comme étant sa propriété exclusive au cas où le jeune homme aurait la malencontreuse idée de tenter de s'échapper. Haïné maudit bien en cet instant sa curiosité et son imprudence qui l'ont plongé dans cette lamentable situation, transformant les vacances de ses rêves en cauchemar ! Et le soir-même, Ashraf entreprend de mettre sa sentence à exécution, bien décidé à dompter au plus vite ce chaton sauvage et insolent qui ose montrer les griffes à quelqu'un d'aussi éminent que lui. Mais si entre les mains expertes du Sheikh Haïné ne tarde pas à sentir le contrôle de son corps lui échapper, sa volonté, elle, reste ferme et nullement résolue à la soumission. "Allez griller en Enfer...!!" crit-il au souverain alors-même que ce dernier pénètre en lui. Néanmoins l'expression de cette haine ne fait qu'attiser encore davantage le désir de Ashraf, car maudire son bourreau n'empêche pas le jeune homme de se tordre de plaisir sous ses caresses. Satisfait, le Sheikh est de plus en plus convaincu d'avoir mis la main sur un esclave de grande valeur, mais persuadé également qu'un jour, lassé de lui tenir tête, l'étudiant finira par se soumettre totalement à lui.

Le lendemain matin, tandis que Haïné git à plat ventre sur le lit de celui qui s'est autoproclamé son maître, prostré suite à ce qui lui est arrivé, il reçoit la visite de Q. Le magicien est venu à la demande de Ashraf afin de prendre soin du jeune homme, certainement endolori après sa première nuit passée dans les bras d'un homme. Mais à peine Q. essaye-t-il de le toucher que Haïné qui paraissait pourtant incapable de bouger se redresse brusquement et le repousse avec force. A cet instant, l'ample manteau du magicien s'écarte, révélant à l'étudiant qu'il porte une main gauche artificielle. Face à la stupeur de Haïné, Q. lui raconte alors comment quand il n'avait encore que 12 ans, Ashraf âgé du même âge lui avait tranché la main. Dans ce pays, explique Q., les superstitions populaires veulent que les gauchers soient considérés comme les serviteurs de Satan; ceux qui ne parviennent pas à changer et devenir droitiers sont définitivement perçus comme des enfants du Démon, et si en plus ils attirent les chats noirs, c'est qu'ils sont également les messagers du Dieu de la Mort. Cumulant à lui seul ces trois particularités, Q. a grandi dans les baraquements d'un quartier pauvre où il passait tout son temps à étudier diverses sciences, avant d'être finalement recueilli par le jeune souverain. Seulement, les ministres ne tardèrent pas à voir d'un très mauvais oeil qu'un "enfant du Démon" soit doté des connaissances d'un sage et d'un savant; objet de crainte autant que de dégoût au palais, le moment arriverait inévitablement où les conseillers du roi le ferait assassiner en secret. Voilà pourquoi, devant tous les membres du gouvernement assemblés, Ashraf adolescent avait tranché d'un coup d'épée la main gauche de son ami, faisant ainsi disparaître la cause de tous les maux. Plus personne n'aurait désormais de raison de menacer la vie de Q. et de s'opposer à ce qu'il demeure à ses côtés, et il va sans dire que face à une démonstration d'autorité aussi terrifiante, plus personne ne songea à s'opposer aux décisions du jeune souverain.

"C'est Son Altesse qui m'a tué, et c'est aussi Son Altesse qui m'a ramené à la vie," conclut Q. une fois son récit achevé. Et face à cette ferveur qu'il montre à l'égard de Ashraf, Haïné est désormais convaincu que le magicien est amoureux de son souverain. D'ailleurs le Sheikh ne l'a-t-il pas choisi parce qu'il ressemblait à Q. adolescent ? Comme pour confirmer ses déductions, le magicien lui annonce qu'à partir de ce jour, Haïné devra se laisser pousser les cheveux et porter le même parfum que lui, afin de pousser au maximum cette ressemblance qui plaît tant au roi. Il devra également se glisser dans les bras de Ashraf tel un chaton recherchant des caresses, apprendre à jouer de son corps et de ses hanches afin de donner à son maître un maximum de plaisir. Haïné en est consterné ! Et puis quoi, encore !? Si Q. aime tellement son souverain, lance-t-il au magicien avec colère, il n'a qu'à coucher lui-même avec lui ! Ce doit être facile pour quelqu'un qui passe ses journées aux côtés d'Ashraf ! Mais le jeune homme n'a pas plus tôt proféré ces mots que furieux à son tour, Q. se jette sur lui, répliquant qu'un corps souillé comme le sien ne saurait être digne du roi. Sans s'expliquer davantage sur la nature de cette souillure, le magicien entreprend d'initier l'étudiant aux techniques amoureuses, coupant court à toute discussion. Cependant ses propos n'ont fait que conforter Haïné dans ses certitudes: rendu impur par une mystérieuse souillure, privé des bras de Ashraf dont il est amoureux, Q. utilise le corps de l'étudiant comme un outil lui permettant de s'unir charnellement au roi. Quant à Ashraf, nul doute qu'il étreint Haïné en s'imaginant faire l'amour au magicien....

Les jours passent, bien que réduit à l'état de poupée de chair et de sang, Haïné commence à perdre la notion du temps. Assis sur les genoux du roi enveloppé de fourrures jusque dans la salle du trône face à l'assemblée des ministres, à travers sa semi-conscience, l'étudiant a réellement l'impression d'être déjà mort. Mais alors qu'il git ainsi dans cet état apathique pelotonné dans les bras de son maître, le document que ce dernier est en train de lire attire subitement son attention. Il s'agit de la liste des invités du banquet qui se tiendra le lendemain soir au palais, parmi lesquels figurent nombre de personnalités étrangères dont plusieurs ambassadeurs. En parcourant discrètement la liste des noms des invités japonais, Haïné y découvre avec une stupeur incrédule celui de Takahiko Oda, son propre père ! Aussitôt l'espoir renaît dans le coeur du jeune homme. Enfin, l'occasion vient de lui être offerte de pouvoir s'enfuir du palais ! Sans rien laisser paraître de sa découverte, Haïné commence à tirer mentalement ses plans, révisant en esprit la topographie des lieux. Le soir venu, alors que Ashraf l'étreint, il se montre même docile au plaisir du roi, s'exhortant à la patience: si tout se passe bien, dans peu de temps, il sera libéré de ce rôle d'intermédiaire à la passion qu'il croit exister entre Ashraf et le magicien. Pourtant, le comportement et les paroles du Sheikh ne laissent pas de le déconcerter par moments: depuis l'expérience forcée de cette première nuit passée ensemble, Ashraf traite le jeune homme avec beaucoup de patience et de douceur, allant parfois jusqu'à lui sussurer des mots tendres.

D'ailleurs ce soir, tout en embrassant passionnément son esclave, Ashraf lui avoue combien son doux corps sucré l'empoisonne et le rend chaque jour plus dépendant de leurs étreintes. C'est Haïné et nul autre dont il a besoin, car personne jamais ne lui a fait cet effet là. Tout en prononçant ces paroles troublantes, Ashraf plonge son regard sombre et franc dans celui du jeune homme, lui carresse doucement la joue avant de le presser dans ses bras. Blotti contre la poitrine du roi, baigné par sa chaleur, Haïné sent malgré lui une douce émotion l'envahir peu à peu, émotion dont il a parfaitement décelé la nature et à laquelle il craint plus que tout de se laisser aller: il ne faut pas tomber amoureux de Ashraf, se morigène-t-il; le Sheikh ne le voit pas, seul Q. compte à ses yeux, et à travers sa personne c'est au magicien qu'il adresse ces mots d'amour brûlants. Avant que Haïné ne tombe complètement sous son charme, il lui faut impérativement fuir cet endroit au plus vite ! C'est ainsi que le lendemain soir, profitant de l'absence du Sheikh qui préside son banquet diplomatique, Haïné se glisse hors de sa chambre afin de quitter subrepticement le palais, ignorant encore qu'il s'est complètement fourvoyé sur la véritable nature des liens unissant Q. et Ashraf....

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© Wren Tamaquis

Daïgishi no Ichizoku

("La Famille des Députés")

 

Auteur: Wren Tamaquis

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Kokoro Yoshikawa, jeune bureaucrate issu d'une riche et bonne famille, est voué à une grande carrière politique comme tous les hommes de sa lignée. Avec sa petite taille et son joli visage qui le fait paraître bien plus jeune que son âge réel, on ne peut pourtant pas dire qu'il ait la tête de l'emploi ! Ajoutons qu'il est de plus naïf et romantique - voire carrément nunuche, ce qui fait de lui une cible idéale pour les plaisanteries de ses amis ! Un jour que Kokoro reçoit la visite de Gendô Kurauchi, un jeune homme avec lequel il a passé toute sa scolarité depuis la maternelle et travaille à présent dans le même bureau que lui, les deux fonctionnaires en viennent à parler des femmes: avec son franc parler et son physique avantageux, Kurauchi a toujours beaucoup plu aux filles et accumule les nouvelles conquêtes. Parmi celles-ci, il y a toutes leurs collègues de bureau qui ne cessent de lui demander le numéro de téléphone de Kokoro. Mais connaissant la naïveté de son ami d'enfance, il répond invariablement que ce dernier a déjà une petite amie, par crainte qu'une fille peu scrupuleuse ne tente de lui mettre le grappin dessus uniquement pour sa position élevée et son argent - Kurauchi usant ensuite de son charme pour s'octroyer les prétendantes dépitées. Quand donc viendra le moment où Kokoro, qui lui aussi a toujours eu beaucoup de succès sans jamais oser en profiter, rencontrera le véritable amour ? Puisque la conversation en est venue aux affaires de coeur, Kokoro souhaiterait demander conseil à un garçon plein d'expérience comme Kurauchi au sujet d'un problème qui le préoccupe. Il s'agit d'un problème très personnel, et ce n'est vraiment pas facile d'aborder la question sans craindre de devenir un objet de risée ou passer pour un impuissant. Heureusement, Kurauchi s'aperçoit vite du trouble qui agite son ami. Tandis qu'il le presse de lui conter ce qui le tourmente, Kokoro finit par se lancer, avouant d'une voix à peine audible et rouge de honte que son pénis est encore couvert d'un capuchon comme celui d'un enfant. Dans ces conditions, impossible d'avoir une relation sexuelle avec quelqu'un sans se manger l'humiliation de sa vie en exhibant, à un âge plutôt avancé, le symbole de son pucelage !

Si Kurauchi tente bien de donner quelques conseils à Kokoro pour se débarrasser de son handicap avant de passer à l'acte, il se rend vite à l'évidence que ça ne marchera pas avec son ami, bien trop timide pour pouvoir les appliquer ! Alors quand on entend soudain frapper à la porte et que pénètre dans le salon Hijiri Maki, séduisant quadragénaire, Kurauchi voit là le moyen idéal de se défiler: nul doute que Mr. Maki, secrétaire particulier du père de Kokoro et homme adulte d'une grande expérience, saura mieux aider son ami d'enfance à résoudre son petit problème. Inventant donc une histoire bidon selon laquelle Kokoro se serait amouraché d'une fille et que s'il n'est pas guidé convenablement dans la manière de faire l'amour, le romantique et naïf Kokoro risque d'être traumatisé à vie, Kurauchi demande à Mr. Waki de lui prodiguer ses enseignements, afin qu'il puisse goûter une merveilleuse première expérience sexuelle.

Kurauchi et Mr. Maki sont-ils de mèche ? Quand Kurauchi serre la main au quadragénaire en lui disant qu'il lui confie son ami, leur regard de connivence semble lourd de sous-entendus.... Puis le jeune homme quitte la pièce afin de laisser son aîné acccomplir sa tâche, sans prêter l'oreille aux appels de Kokoro complètement désorienté, mais encore loin de se douter de ce qui l'attend ! Kokoro l'ignore, mais l'irrésistible secrétaire est depuis très longtemps attiré par lui. Le fait d'apprendre qu'une fille tente de s'approprier le fils de son maître - et peut-être uniquement pour son argent - l'oblige donc à sortir le grand jeu ! Tandis que Mr. Maki entâme une lente et brûlante initiation, il ne laisse aucun répit à Kokoro, sans pour autant aller jusqu'au bout, avec une patience confinant au sadisme. Jusqu'à ce que, en larmes, le jeune homme prononce enfin les mots qu'il désirait tant entendre: "Mr. Maki, je ne désire que vous.... Alors.... Je vous en prie.... Prenez-moi...!"

Avis: Un manga qui ne se prend pas la tête, au scénario minimaliste mais qui plaira de ce fait aux non-japonisants. Il rappelle fort "After Five wa Kiss no Amé" de Nabako Kamo (voir page Manga Yaoï 1). Kokoro et Mr. Maki vivent une romance où l'amour physique tient une grande place, du genre de celle d'Asami et Akihito dans "Finder": quoi qu'il fasse et dans n'importe quelle situation, Mr. Maki finit toujours par avoir le dernier mot et Kokoro par passer à la casserole !

© Nasé Yamato / Libre

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© Nasé Yamato

Kuchibiru no Yukué

("A qui iront mes lèvres")

 

Auteur: Nasé Yamato

Références: Super Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Yûsuké Kasahara, en dépit de son doux visage, est un jeune salaryman âgé de 25 ans qui travaille depuis trois ans dans la même société. Son quotidien pourrait être qualifié de paisible et sans histoire si chaque jour, au moment de la pause, son chef de bureau ne l'obligeait pas à l'accompagner dans le fumoir de l'entreprise. Car aller dans ce lieu confiné, le seul dont dispose l'immeuble, l'oblige à rencontrer le beau Sôji Kugayama, l'homme qu'il a pourtant le moins envie de voir ! Si Sôji a fait son entrée dans la société en même temps que Yûsuké, bourreau de travail compétent, on le dit promis à un avenir brillant - d'autant plus qu'il est proche parent du PDG. A voir comme l'ambiance se fait soudain tendue quand les deux jeunes gens se retrouvent en présence l'un de l'autre dans le fumoir, qui se douterait qu'ils sont en réalité amis d'enfance et ont toujours tout fait ensemble ? Car Yûsuké et Sôji ne se sont jamais quittés depuis qu'ils ont fait connaissance au club de baseball de leur collège, intégrant ensuite le même lycée et la même université. Et si Yûsuké a choisi de postuler pour son premier emploi dans l'entreprise où il travaille à présent, c'était encore afin de ne pas être séparé de son meilleur ami.

Un jour pourtant, tout a basculé. Ce fameux jour où Yûsuké avait reçu un carton d'invitation pour le mariage de Sôji. Playboy invétéré, le jeune homme avait jusqu'alors accumulé les conquêtes, mais jamais il n'était parvenu à rester deux mois d'affilée avec la même fille. Alors pourquoi avoir décidé subitement de se marier, âgé d'à peine 22 ans, sans même en avoir préalablement soufflé mot à son meilleur ami ? Si Yûsuké l'avait félicité pour son mariage, s'efforçant d'être heureux que Sôji ait enfin trouvé l'âme soeur, cela ne l'avait pas empêché de se sentir blessé du fait que son ami ne lui ait pas parlé de ses projets. Ainsi que pour une autre raison, qu'il n'ose approfondir.... Voilà pourquoi Yûsuké ressent désormais un sentiment de malaise chaque fois qu'il se retrouve en présence de Sôji et faisait tout son possible pour l'éviter - jusqu'à l'installation de ce maudit fumoir qui a réduit deux ans d'efforts à néant !

De son côté, Sôji n'a pas manqué de remarquer le changement qui s'est opéré chez Yûsuké depuis son mariage: lui jadis si gai et enjoué, le voilà qui traîne à présent une mine sombre et mélancolique. Mais en dépit de ses tentatives pour avoir avec lui une discussion en privé, Yûsuké se débrouille toujours pour esquiver ses invitations, bouleversé à chaque fois que l'anneau nuptial de son ami entre dans son champ de vision. Yûsuké lui-même a beau essayer de se raisonner en se disant qu'avoir souhaité rester toujours aux côtés de Sôji était bien puéril, ce n'est qu'à présent qu'il réalise à quel point les choix qui ont jalonné sa vie ont toujours été orientés selon l'influence de Sôji, jusqu'à sa décision de se mettre à fumer prise uniquement pour pouvoir être assis à la même table que son ami dans les coins réservés aux fumeurs.

Les relations entre les deux anciens complices sont donc loin d'être au beau fixe quand un jour, un compagnon inattendu vient les rejoindre dans le fumoir. Il s'agit de Masahito Okitsu, un garçon peu bavard de deux ans leur cadet qui passait jadis tout son temps en compagnie de Yûsuké et Sôji, composant ainsi le troisième larron de leur petite bande. D'ailleurs, Masahito ne prend même pas la peine de cacher qu'il a postulé dans cette entreprise uniquement pour pouvoir être à nouveau avec ses deux sempaïs préférés. Masahito connaissant mieux que quiconque le lien qui les unissait lui et Sôji, Yûsuké devine que la situation va devenir de plus en plus pénible pour lui qui ne souhaite rien tant moins que de voir se recréer leur trio. Mais afin de cacher son désir de fuir Sôji, il est bien forcé d'accepter lorsque Masahito lui propose d'aller prendre un verre tous les trois après le bureau. Le soir, ils se retrouvent donc dans un bar où ils se mettent à évoquer aussi bien leurs possibilités d'avenir que le bon vieux temps, avant de se rendre à la salle de sport de la ville pour jouer au baseball. Malgré lui, Yûsuké se sent peu à peu envahi par un sentiment de bien-être, comme s'ils étaient revenus des années en arrière, au temps où tout était si simple entre eux, alors il commence à s'interroger sur le bien-fondé de son comportement: "Peut-être devrais-je me tourner davantage vers l'avenir ? se demande-t-il en contemplant le beau visage de Sôji, ignorant que Masahito l'observe du coin de l'oeil. Penser davantage à ce que je vais faire maintenant et abandonner définitivement mes sentiments d'autrefois ?..."

Mais alors que tous trois s'apprètent à continuer leur périple, tandis que Yûsuké demande à Sôji s'il n'est pas malaisé vis à vis de son épouse qu'il traîne ainsi dehors jusqu'à une heure aussi avancée, son ami lui fait une réponse surprenante: peu importe l'heure à laquelle il rentrera, son épouse ne lui fera pas de scène, d'autant plus qu'elle a tendance à rentrer encore plus tard que lui. En fait, voilà déjà plus d'un mois que tous deux ne se sont pas vus ! La jeune femme travaille elle aussi énormément, et dès le départ les époux avaient convenu qu'aucun des deux ne se mêlerait des affaires de l'autre. Si cette nouvelle ne laisse pas de désemparer Yûsuké, elle ne surprend pas Masahito outre mesure, ne faisant que confirmer la rumeur qu'il avait entendu courir parmi leurs camarades d'université: si à l'âge de 22 ans Sôji s'était marié avec une riche fille de bonne famille de six ans son aînée, c'était non seulement pour sceller les bonnes relations entre les sociétés gérées par leurs deux familles, mais aussi pour contenter leurs parents vieux jeu désireux de voir leurs enfants "bien mariés". Ainsi, souhaitant tous deux continuer à vivre librement, Sôji et sa future compagne n'avaient pas trouvé d'autre moyen pour avoir la paix que contenter leurs familles par ce mariage de façade.

Alors, cette union précipitée qui n'a cessé de tourmenter Yûsuké depuis deux ans n'était qu'un mariage arrangé ? Lui qui croyait que son ami s'était trouvé quelqu'un de bien, il réalise enfin comme ce dernier a dû souffrir d'être traité comme un pion par les siens. Mais quand, furieux, Yûsuké somme Sôji de lui dire pourquoi il ne lui avait pas dit la vérité deux ans plus tôt, le jeune homme se contente de répondre que s'il l'avait fait, jamais Yûsuké ne lui aurait présenté ses voeux de bonheur à la cérémonie. Il avait pensé qu'un garçon simple et honnête comme Yûsuké se laisserait berner par une illusion, ce qui serait sans doute mieux pour lui. Mais sa colère, Yûsuké ne tarde pas à la diriger contre lui-même: il n'a rien remarqué, trop choqué pour rien voir, et s'est contenté de fuir, brûlant d'une irrepressible jalousie à la seule pensée que son meilleur ami avait trouvé un être devenu à ses yeux plus précieux que lui. Et depuis tout ce temps, il était demeuré dans l'ignorance, par refus de pardonner à Sôji ce qu'il voyait comme une forme de trahison....

Enfin, après deux longues années, Yûsuké a l'impression que le temps qui lui paraissait figé depuis sa brouille avec Sôji s'écoule à nouveau. N'empêche qu'il continue de se sentir coupable de ne pas avoir su déceler la vérité et soutenir son meilleur ami dans un moment difficile, et cela lui mine le moral. Afin de le dérider un peu, Sôji décide de mettre à profit le projet que la direction de la société lui a confié pour reconstituer leur trio: il s'agit de faire la promotion d'une nouvelle gamme de plats cuisinés, des currys, et comme ses supérieurs lui ont donné carte blanche, il ne tarde pas à louer les services de ses deux vieux amis pour travailler sur le projet. C'est sans doute le dernier moment de liberté que lui accorde la direction avant de le promouvoir à un poste plus important où il se retrouvera les mains liées, ainsi le futur cadre voit là l'opportunité de s'amuser un peu. Yûsuké, Masahito et Sôji commencent donc à chercher pour leur gamme de currys des noms et des slogans plus farfelus les uns que les autres, destinés à attirer l'attention du client dans un marché déjà saturé. Mais travailler ainsi dans la joie et la bonne humeur donne l'impression aux trois compères d'être revenus à l'époque où ils étaient étudiants. D'ailleurs n'était-ce pas à l'origine pour conserver envers et contre tout leurs âmes d'enfants qu'ils avaient tenus tous les trois à travailler ensemble dans la même société ?

Mais un matin, tandis que le trio débat sur les noms à donner à leurs plats cuisinés, Sôji qui remporte la palme des appellations les moins "commercialement correctes" défend ses choix en affirmant qu'il connaît bien la question culinaire, lui qui comme ses deux amis est contraint de se faire à manger tout seul en bon célibataire. Cette déclaration suffit à assombrir à nouveau l'humeur de Yûsuké: quelle tristesse pour son ami d'être obligé de cuisiner alors qu'il a une épouse, lui qui lors de leur scolarité avait toujours trois ou quatre boîtes-repas confectionnées par ses nombreuses groupies prêtes à se mettre sous la dent ! Cependant Sôji ne voit pas les choses du même oeil: selon lui Yûsuké le prend inutilement en pitité, lui qui dès le départ n'attendait rien de cette union. Alors afin que son ami cesse de se tourmenter à ce sujet, désirant repartir avec lui sur de nouvelles bases et lui faire oublier son mariage, il jette alors que tous deux sont seuls dans le fumoir son anneau nuptial dans le cendrier. "Je le portais juste pour la forme, explique Sôji à Yûsuké horrifié par ce geste. Cet anneau n'a aucune signification pour moi. C'est toi qui est le plus précieux à mes yeux."

Le soir venu, alors que tous les autres employés ont déjà quitté le bureau, Masahito surprend Yûsuké couvert de cendres des pieds à la tête accroupi à fouiller la poubelle du cendrier du fumoir. Si le jeune homme prétexte y avoir perdu une pièce de monnaie, Masahito l'oblige vite à dévoiler l'objet de ses recherches: l'alliance de Sôji. Devinant sans peine les raisons qui poussent son sempaï à agir ainsi, Masahito entreprend néanmoins de le raisonner: d'après lui, même si Yûsuké avait été au courant des projets de mariage de Sôji, il n'aurait pas pu l'empêcher de contracter cette union arrangée, car trop d'intérêts étaient en jeu pour que Sôji se permette de refuser ce dont le pressait sa famille. Irrité, Yûsuké répond que cela ne l'aurait pas dissuadé de tout faire pour le soutenir, et premièrement en l'aidant à tisser de bonnes relations avec son épouse. Mais là encore, le lucide Masahito réplique que Yûsuké n'en aurait pas été capable, cela se serait révélé bien trop pénible pour lui. Car Masahito sait, et ce depuis longtemps, que son sempaï est amoureux de Sôji. Yûsuké a beau nier vigoureusement, feignant l'indignation, impossible de berner Masahito....

Tâchant d'ignorer les insinuations de son cadet, après avoir lavé l'alliance, Yûsuké quitte précipitemment l'immeuble en bras de chemise afin de se lancer à la poursuite de Sôji. Quand il le rattrape enfin, il tente de lui rendre l'objet tout en lui conseillant instamment de tout faire pour se rapprocher de son épouse. "Voilà un sermon qui te ressemble bien," répond Sôji sans se départir de son habituel sourire doux et mélancolique. Mais quand Yûsuké lui rétorque qu'il n'essaye pas de lui faire la leçon mais désire simplement son bonheur en tant qu'ami, une profonde tristesse se peint soudain sur le visage du jeune homme. Remerciant brièvement Yûsuké pour ses égards, Sôji s'éloigne tête basse, sans même récupérer son alliance. Yûsuké, surpris de cette réaction, va pour s'élancer à sa suite, quand Masahito arrivé juste à ce moment lui conseille d'en rester là et de lui confier temporairement l'objet. En larmes, Yûsuké devine à l'expression blessée qu'arborait Sôji qu'il a dû commettre une erreur, bien qu'il ne discerne toujours pas laquelle....

Un peu plus tard, alors que Yûsuké broie du noir assis dans le salon de son appartement, il entend sonner à sa porte. Il s'agit de Sôji, venu contre toute attente pour récupérer son alliance. Ce soir pour la première mois depuis longtemps il a trouvé son épouse chez lui en rentrant à la maison, alors après avoir bien réfléchi à ce que lui avait dit son ami, il a décidé de tenter un rapprochement avec elle. Après avoir cherché l'objet en vain, Yûsuké se rappelle soudain qu'il l'a confié à Masahito. Mais alors qu'il tente sur son portable de joindre ce dernier, à sa grande stupeur, Sôji le saisit brusquement dans ses bras. Suppliant Yûsuké de le laisser demeurer ainsi un moment, il lui annonce péniblement qu'il y a quelque chose dont il doit absolument lui parler tant cela lui pèse sur le coeur. Cela concerne la véritable raison de son mariage. S'il est vrai que le projet de cette union provenait des gros bonnets de sa famille, Sôji l'avait accepté avec soulagement, persuadé que s'il contractait même un mariage de pure forme, cela lui permettrait peut-être de ne pas perdre Yûsuké. Yûsuké dont il craignait qu'il en vienne à s'éloigner de lui s'il connaissait la véritable nature de ses sentiments. "Je n'ai jamais cessé de t'aimer, avoue alors Sôji en serrant son ami encore plus fort. Au point qu'un jour, j'aurais fini par t'étreindre de gré ou de force." Sur cet aveu bouleversant, Sôji recommande donc à Yûsuké de cesser de se reprocher de n'avoir pas su l'aider durant ces deux années, car tout est de sa propre faute, Yûsuké lui-même n'a rien fait de mal. "Je suis content de t'avoir tout dit, achève Sôji en déposant un baiser sur le front du jeune homme. Me voici libéré d'un gros poids qui m'oppressait depuis de nombreuses années."

Jamais Yûsuké ne se serait douté que l'amour qu'il s'efforçait tant de faire taire en lui était réciproque. Mais que faire à présent ? Que dire ? Complètement perdu, il n'en a pas la moindre idée. Doit-il avouer son propre amour à Sôji ? N'est-il pas déjà trop tard ? Mais alors que Yûsuké se décide enfin à prendre la parole, retentit soudain la sonnette de la porte d'entrée. Il s'agit de Masahito, qui a remarqué sur sa messagerie que son sempaï avait tenté de le joindre. A voir la tête que font ses deux amis, le jeune homme comprend sans peine qu'il vient d'arriver comme un cheveu sur la soupe et décide de s'en aller sur-le-champ. Cependant Sôji le retient en lui assurant au contraire qu'il tombe à pic, et lui demande de lui restituer son alliance.

Une fois récupéré son bien, Sôji sans retourne chez lui, sans que Yûsuké ait eu le temps de lui ouvrir son coeur. Cela achève de plonger le jeune salaryman dans la déprime et la confusion, si bien que Masahito, qui revenait du supermarché avec des canettes de bière, lui propose de boire ensemble ce soir jusqu'à ce qu'il ne puisse plus penser à rien. Néanmoins, avant, il demande à Yûsuké si au lieu de noyer son chagrin dans l'alcool il ne devrait pas plutôt se lancer à la poursuite de Sôji. "Si vous acceptiez de vous montrer honnête envers vos sentiments, vous pourriez facilement le ravir à son épouse, vous savez ? insiste Masahito avec sa franchise et sa gravité habituelles. Et je suis même persuadé que c'est ce que souhaitait Kugayama-sempaï, c'est pour cela qu'il vous a laissé son anneau.... Vous venez de laisser passer la chance d'inverser le cours des choses." Pourtant, Yûsuké s'obstine à ne rien vouloir entendre et crie à son cadet qu'il se trompe sur toute la ligne, persuadé d'avoir agi comme il convenait en n'avouant pas à Sôji son amour. Sôji sera plus heureux en vivant en ménage avec une femme plutôt qu'avec une personne du même sexe, Yûsuké en reste intimement convaincu malgré la souffrance que cette idée lui cause. Mais en le voyant affalé ivre-mort sur la table du salon quelques heures plus tard, Masahito est quant à lui loin d'être aussi sûr que le jeune homme parviendra à surmonter la perte de son amour. Mais qu'importe. Si Yûsuké souhaite réellement se détacher de Sôji, alors il fera tout pour l'aider dans cette voie après n'avoir pas ménagé ses efforts pour l'aider à concrétiser son amour. Car le moment est bientôt venu pour lui d'arrêter de se sacrifier pour le bonheur de ses amis et de déclarer sa flamme à son sempaï. Mais que fera alors Sôji ? Acceptera-t-il de renoncer définitivement à Yûsuké comme il l'a laissé entendre et de l'abandonner à Masahito ? Rien n'est moins sûr....

 

 

 

 

© Yaya Sakuragi

Néé, Sensei ?

("Dites, Professeur ?")

 

Auteur: Yaya Sakuragi

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Voilà déjà cinq ans que Tomohiko Isa est entré dans l'enseignement, et s'il y a une situation qui peut faire battre le coeur d'un jeune professeur de lycée, c'est bien de recevoir pour la première fois une déclaration d'amour de la part d'un de ses élèves. Mr Isa aurait donc du être heureux en découvrant un soir un petit mot griffonné dans le coin d'une des copies d'examen qu'il était occupé à corriger - si seulement cet élève avait été une délicate adolescente au lieu de Homura, séduisant garçon de Terminale aux larges épaules mesurant au moins une tête de plus que lui ! Et afin d'être seul avec son prof bien-aimé, le lycéen a été jusqu'à rendre copie blanche à son examen ! Alors que le niveau de sa classe est pourtant excellent, quelle pitié pour le pauvre Isa d'être obligé de venir au lycée durant la moitié des vacances d'hiver uniquement pour donner des cours de rattrapage à cause du petit complot de ce soupirant transi.... Quant à Homura, il compte bien mettre à profit l'intimité de cette salle de classe déserte afin de concrétiser son amour. "Dites, Professeur, amusez-vous avec moi ?" propose le jeune homme en entourant l'élu de son coeur de ses bras tandis que ce dernier écrit au tableau. Mais à chaque fois, Isa repousse avec fermeté ses avances, car comment prendre au sérieux les sentiments de quelqu'un qui vous propose de "s'amuser" ?

Néanmoins il y a une autre raison au malaise qu'éprouve le jeune enseignant: car Homura est le petit frère de Kaori, l'étudiante avec laquelle sortait Isa quand il était encore à l'université. Elle fut sa toute première petite amie, mais bien qu'il l'aimait beaucoup, au bout de trois mois de fréquentation Isa n'était toujours pas parvenu à avoir une relation charnelle avec elle. Et bientôt, il lui avait bien fallu reconnaître que le corps féminin lui causait une peur panique, c'est ainsi qu'il avait fini par prendre conscience de son homosexualité. Le jeune homme n'avait pu se résoudre à avouer ceci de vive voix à Kaori, mais comme c'était cette dernière qui lui avait proposé de rompre, pour Isa il ne fait aucun doute que l'étudiante avait compris la véritable raison de sa froideur à son égard. Et Homura, est-il au courant des circonstances de cette rupture ? Si c'est le cas, nul doute que sa déclaration d'amour n'est qu'une mauvaise plaisanterie, le lycéen ne cherche qu'à s'amuser aux dépens du jeune enseignant....

 

© Yaya Sakuragi / Libre

 

Les jours passent, voici venu le matin de Noël. Malgré les refus qu'il essuie régulièrement, Homura ne baisse pas les bras et demande encore à son professeur de sortir avec lui après la classe. Consterné, Isa pousse un soupir de lassitude: pourquoi, alors que le lycéen avoue aimer aussi les filles, gâcher ainsi volontairement sa soirée du Réveillon en allant jusqu'à vouloir après un cours de rattrapage sortir avec son professeur !? Mais tandis que Isa prononce ces mots sur un ton ironique, une expression de tristesse se peint sur le visage de son élève: Homura ne lui a-t-il pas fait sa déclaration ? Il aime le jeune professeur, et pour cette raison désire simplement être auprès de lui.... Homura se souvient encore avec nostalgie de cette période où Isa et sa soeur Kaori sortaient ensemble, et surtout de cette soirée où ils avaient réveillonné tous les trois. Alors qu'il s'agissait de leur premier Noël depuis que les deux étudiants se fréquentaient, Isa avait proféré que ce serait vraiment trop triste de laisser le jeune garçon tout seul à la maison un soir pareil; c'est ainsi que le couple était resté auprès de Homura au lieu de sortir dîner en amoureux. L'enfant qui n'avait personne d'autre avec qui passer le Réveillon (ses parents travaillant à l'étranger, il a été élevé par sa grande soeur) avait été vraiment heureux de cette attention, et aujourd'hui encore, Homura sait gré à Isa d'avoir toujours pensé à lui.

Pourtant cette admiration que le lycéen semble lui porter ne fait que mettre encore davantage le professeur mal à l'aise: car de son point de vue, l'histoire est loin d'être aussi belle que le conçoit Homura. En réalité, depuis le moment où il avait compris qu'il ne pouvait pas coucher avec elle, Isa avait fait tout son possible pour éviter de se retrouver seul avec Kaori, et dans ce but le petit frère de la jeune fille s'était avéré un prétexte idéal. Homura ne semble connaître que les bons côtés du jeune enseignant; cela veut-il dire qu'il ignore les raisons de sa rupture avec Kaori ? Et lorsque le lycéen lui parle sur ce ton doux et nostalgique, Isa finirait presque par croire à sa sincérité.... Jusqu'à ce que lui prenant la main, Homura répète encore sa rengaine: "Dites, Professeur, amusons-nous ensemble...." Entendant cette requête frivole, pas étonnant qu'Isa ne puisse s'ôter de la tête l'idée que son élève ne fait que se moquer de lui.... Ou peut-être Homura le prend-il pour ce genre de gays qui passent leur temps à changer de partenaire ? A moins encore que par ses avances assidues le jeune homme ne cherche qu'à venger sous forme de harcèlement la blessure infligée jadis à sa soeur aînée ?

Le soir, alors que Isa parcourt les rues de Kabuki - le quartier des plaisirs - en compagnie d'un autre professeur, ces interrogations le tourmentent encore inlassablement. Tout en avançant perdu dans ses pensées, il s'aperçoit soudain qu'à quelques rues de là se trouve Nichomé, le quartier des gays et des travestis. Jamais encore Isa n'y a mis les pieds alors qu'il pourrait peut-être y trouver le compagnon de sa vie, et force lui est de reconnaître ironiquement qu'il n'est décidément pas fait pour l'amour. Sur ce point en revanche, Homura est complètement son opposé: avec son beau visage, sa carrure virile et sa manière habile de s'exprimer, nul doute que le jeune homme doit charmer indifféremment filles et garçons et n'avoir aucun mal à se trouver des partenaires. Isa ne peut s'empêcher de sourire en se remémorant le petit garçon mignon et timide qu'Homura était autrefois ! Mais tandis que le professeur se fait cette réflexion, il avise soudain un groupe de jeunes dans la rue. Deux adolescentes entraînent joyeusement un grand jeune homme par le bras, et à peine l'a-t-il aperçut que l'enseignant reconnaît immédiatement Homura. Ce dernier se retourne, et l'espace d'un instant, leurs regards se croisent. Jusqu'à ce que la mine défaite, Isa finisse par se détourner précipitamment. "Quel timing parfait !...." se dit le professeur cyniquement. Il vient d'avoir la confirmation de ses propres yeux que question "partenaires de jeux", Homura n'a décidément que l'embarras du choix. Dire qu'il se sentait presque disposé à céder à ses avances ! Isa a vraiment le sentiment de l'avoir échappé belle, en ayant ainsi failli se laisser manipuler par un gamin de dix ans son cadet.

Le jeune enseignant ignore encore que si lui éprouve des doutes, que peuvent donc être les tourments d'Homura ? Ignorant totalement la manière de déclarer sa flamme à un adulte de 27 ans, craignant d'essuyer un refus, ce dernier n'avait rien trouvé de mieux que de présenter cela comme un jeu: croyant Isa hétéro parce qu'il sortait avec sa soeur, Homura était persuadé que le professeur ne prendrait jamais au sérieux l'amour d'un élève dix ans plus jeune que lui, et un garçon qui plus est. Néanmoins en voyant la froideur avec laquelle Isa le traite le lendemain de leur fortuite rencontre nocturne, lorsque tous deux se retrouvent comme chaque jour seuls dans cette classe de rattrapage, le lycéen juge qu'il est grand temps de dissiper enfin le malentendu....

 

© Yaya Sakuragi / Libre

 

 

 

 

© Kaï Tsurugi

Kuro no Kishi

("Le Chevalier Noir")

 

Auteur: Kaï Tsurugi

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 3 en cours

 

Intrigue: Quelque part en Europe, vers le 17ème siècle. Afin de parfaire son éducation et éviter qu'il ne devienne un enfant gâté, le roi de Aran a envoyé son fils Christein Jérémy auprès du roi Shanon, surnommé le Roi des Mercenaires. Ce dernier a transformé son château-fort en centre d'entrainement où l'on forme soldats et chevaliers, un lieu ouvert à tous, ainsi la plupart des élèves se trouvent issus des milieux populaires. C'est pourquoi Shanon éprouve une certaine appréhension à jeter ce jeune noble à l'aspect encore enfantin parmi ces garçons un peu rudes, d'autant plus que la vie au centre est des plus difficile car il faut gagner soi-même sa ration quotidienne en chassant ou en travaillant aux champs. Chris affirme néanmoins avoir pris sa décision, bien que tout celà soit une idée de son père et que le garçon n'ait en fait qu'une hâte: rentrer chez lui au plus vite ! Tout de même inquiet, le roi Shanon décide de le placer sous la houlette de Jirk O'Brien, un jeune aspirant qui est l'idole de tout le centre: au dernier tournoi national il est arrivé troisième, et ses adversaires étaient des chevaliers chevronnés ! Bien que n'étant pas noble, le bruit court qu'il sera bientôt élevé au rang de Chevalier Noir, ce qui sied parfaitement à l'aspect et la personnalité de ce beau ténébreux.

Chris commence donc une nouvelle existence faite de discipline et de rigueur, chassant, pêchant, apprenant aussi bien le tir à l'arc que le maniement de l'épée, chaque exercice lui faisant prendre conscience de son incompétence et de son immaturité. N'ayant jamais connu ni la faim ni la souffrance, le jeune homme apprendra auprès de Jirk à remercier Dieu de chaque bienfait. Et grâce au futur chevalier et aux nombreux amis qu'il s'est fait au centre, Chris va commencer à prendre goût à cette vie rude mais pleine de moments joyeux. Cependant Jirk se sent au fur et à mesure que le temps passe de plus en plus attiré par Chris, et même s'il ignore comme tous les autres son véritable rang, il pressent que le jeune homme est de haute naissance et qu'il va bientôt le quitter. Chris également voit ce moment approcher avec appréhension: il vient enfin de prendre conscience qu'il ne veut pas être séparé de Jirk, de qui il est lui aussi tombé amoureux sans même s'en apercevoir. Un soir qu'il déambule sous une galerie du château en méditant tristement sur sa condition, le prince est attaqué par un mercenaire chargé de l'éliminer....

 

 

© Naono Bohra

Three Wolves Mountain

("La Montagne aux Trois Loups")

 

Auteur: Naono Bohra

Références: Super Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Kaya Suzuki, homme étrange et taciturne toujours vêtu de noir, vit seul dans le salon de thé-restaurant qu'il dirige. Peu de clients viennent à son établissement, car celui-ci se trouve situé en un lieu plutôt inhabituel, en lisière d'un cimetière au fin fond des montagnes. Mais cette sous-fréquentation n'a aucune importance pour Kaya, car cette activité n'est en fait qu'une façade: sa véritable fonction est Hakamori , le Gardien des Tombes. Comme beaucoup de personnes riches sont enterrées dans le cimetière dont il a la charge, l'endroit est souvent visité par des pilleurs de tombes. Le rôle de Kaya consiste donc à protéger les lieux des profanateurs, qu'ils soient humains, bêtes ou esprits, car nombreuses sont également les âmes errantes à la recherche d'un nouveau corps à habiter.

Une nuit que le jeune homme fait sa ronde quotidienne, revêtu comme toujours de sa longue gabardine noire, attentif au moindre bruit suspect, il détecte soudain une présence parmi les buissons, qu'il cherche aussitôt à identifier. Mais avant d'avoir compris ce qui lui arrive, le voilà précipité dans la rivière par ce qu'il croit être un énorme chien, accompagné d'un jeune garçon qui ne doit pas avoir plus de 17 ans. Furieux et trempé comme une soupe, Kaya se redresse, prêt à se battre.... avant de comprendre que ces "pillards" n'en veulent qu'à son panier-repas ! Stupéfait, comme il a bon coeur sous ses allures réfrigérantes, le Gardien des Tombes ramène finalement les deux lascars chez lui, à son restaurant, où affamés, ces derniers s'empressent d'engloutir une quantité phénoménale de nourriture ! Quant à savoir qui va payer l'addition, c'est une autre affaire....

 

© Naono Bohra / Biblos - RAAAAH....!!!! ça fait du bien....!!!

 

Une fois bête et garçon rassasiés, Kaya ne manque pas de demander une explication. Bien qu'intimidé par le physique de son hôte, séduisant dans son genre ténébreux en dépit de ses airs effrayants, le jeune homme avoue piteusement que cela faisait cinq jours que son compagnon et lui n'avaient rien mangé. Il se nomme Jirô Tsukihara et le plus naturellement du monde présente son énorme chien comme Tarô Tsukihara, son frère aîné, avant de s'apercevoir de sa gaffe. Fort heureusement Kaya fait comme s'il n'avait pas entendu cet étrange propos, se contentant de demander à Jirô la manière dont il compte lui rembourser le prix de ce plantureux repas. Le jeune homme plein de bonne volonté propose aussitôt de travailler dans le restaurant, cependant Kaya refuse: cet établissement est si peu fréquenté qu'il peut assumer tout le service à lui seul; en outre, il ne peut garder dans ce lieu public un chien aussi énorme. Encore une fois, à ces arguments Jirô désorienté fait une bien étrange réponse: son grand frère Tarô ne causera aucun embarras à leur hôte, il est très intelligent et a toujours pris grand soin de lui; c'est d'ailleurs justement parce que Jirô ne peut pas manger de viande crue que tout à l'heure, Tarô s'est résolu à se jeter sur Kaya pour s'emparer de son casse-croûte. Le garçon vient de commettre une nouvelle gaffe en disant cela et son compagnon poilu, scandalisé, lui lance un regard noir; mais finalement, Tarô renonce à jouer les gros chiens plus longtemps et se met à parler: s'excusant auprès de Kaya pour tout ce qui vient de se passer, il promet de rembourser à coup sûr leur dette à lui et son jeune frère; cependant, comme leurs parents les ont chassés de chez eux, il n'ont actuellement aucun endroit où vivre, ainsi, il souhaiterait que Kaya patiente quelque temps.

D'abord surpris d'entendre un "animal" parler, Kaya se reprend vite. L'expression de son visage se fait soudain sombre tandis qu'il s'empare de son arme, menaçant. Prenant les deux frères pour des monstres dévoreurs de cadavres, il leur révèle sa véritable identité d'Hakamori, de Gardien des Tombes, assurant qu'il ne permettra à personne qui que ce soit de dévaster son cimetière. Stupéfait et livide, Jirô sent la panique monter en lui de se voir ainsi soupçonné d'être un vil charognard, mais Tarô, malgré ces paroles offensantes, s'applique à garder son sang-froid: il y a méprise; en dépit de leur nature non-humaine, les êtres de leur espèce vivent et se nourrissent comme les humains. Ainsi, s'excusant encore poliment, il demande à Kaya s'il lui serait possible de garder son jeune frère tandis que lui s'en ira gagner de l'argent. "Comment espères-tu trouver du travail sous cette apparence de bête ? C'est stupide !" remarque l'hakamori. Mais poussant un soupir résigné, il range finalement son arme: puisqu'il n'y a pas d'autre solution, il accepte de faire travailler ces deux étranges visiteurs jusqu'à ce qu'ils aient remboursé le prix de leur repas, leur permettant de rester chez lui également dans le but avoué de garder un oeil sur eux.

Si Jirô se montre heureux et soulagé de cette décision somme toute généreuse, Tarô quant à lui ne dissimule pas sa surprise: Kaya n'a-t-il donc pas peur ? Alors qu'il ignore la nature même des deux créatures qu'il vient d'accepter chez lui ! Mais l'hakamori répond qu'il s'en fiche, ajoutant avec un sourire amer que si les frères Tsukihara veulent le tuer, qu'ils fassent comme bon leur semble, de toute façon il souhaite mourir. Il se moque de savoir à quelle espèce ils appartiennent, ni n'a l'intention de se mêler de leurs affaires. Néanmoins, prenant soudain une expression effrayante comme s'il venait subitement de changer de personnalité, Kaya avertit les deux compères que s'ils ont le malheur de toucher tant soit peu aux tombes, c'est lui qui les tuera sans hésitation ! Tandis que sur ces mots lourds de menace l'hakamori s'éloigne, serrés tremblants dans les bras l'un de l'autre Jirô et Tarô le regardent partir terrorisés. "Alors que ce n'est qu'un Humain, il est aussi terrifiant qu'un loup-garou ! remarque Tarô vexé. Quel type détestable !" - "Mais tellement beau...!" ajoute rêveusement Jirô à l'indignation de son frère, Jirô qui commence à ressentir les effets du coup de foudre qui l'a frappé dès qu'il a posé les yeux sur Kaya....

Les frères Tsukihara commencent donc à travailler au restaurant, et dès le lendemain matin, au moment d'ouvrir l'établissement, Kaya se rend compte qu'il sera bien forcé de compter sur eux: il a pris froid à cause de son plongeon forcé dans la rivière ! C'est donc Jirô intimidé qui s'occupe de servir les clients, pour la plupart des personnes âgées venues visiter la tombe d'un proche, tandis que Tarô se charge de la surveillance du cimetière. Le soir venu, terrassé par la fièvre, Kaya doit encore bon gré mal gré s'en remettre aux soins du jeune homme; l'hakamori a eu beau lui enjoindre de le laisser à son sort, Jirô a insisté pour s'occuper de lui, d'autant plus que c'est de leur faute à Tarô et à lui si leur hôte est tombé malade. Lorsque Kaya demande au garçon la raison pour laquelle il se montre aussi prévenant envers un inconnu, ce dernier entreprend de lui conter son histoire: une fois devenus adultes, les membres de la tribu des Loups-garous doivent "quitter la tannière" pour un voyage initiatique; c'est ainsi qu'il y a peu de temps, subitement chassé de chez lui par son père comme le veut la coutume, Jirô s'est retrouvé à la rue. Si son frère aîné Tarô, lui aussi mis à la porte, l'a finalement suivi afin de lui venir en aide, cela n'a pas vraiment arrangé les choses, vu l'apparence physique de ce dernier. Pas une seule fois depuis qu'ils ont quitté leur foyer les deux frères n'ont été traités convenablement: les gens de la ville, remarquant tout de suite qu'ils n'étaient pas vraiment normaux, les fuyaient, appelaient la police, leur jetaient même des pierres. Comment trouver du travail et subvenir à leurs besoins dans ces conditions ? Peut-être que si le garçon avait été seul au lieu d'être flanqué de son gros loup de frère, il aurait paru moins bizarre, fait remarquer Kaya, sage avis qui était aussi celui de Tarô. Cependant Jirô répond que ça n'aurait rien changé: ses yeux sont tellement étranges (le droit est d'un noir de jais, le gauche d'un brun doré et pourvu d'une pupille fendue comme les fauves) que les gens ne peuvent que se sentir mal à l'aise en sa présence. Voilà pourquoi Jirô désire tant se rendre utile auprès de Kaya, la toute première personne qui se soit montrée bonne envers son frère et lui.

 

© Naono Bohra / Biblos

 

Les jours passent, le paysage se recouvre de neige, et les trois nouveaux compères poursuivent cette vie en communauté: tandis que Tarô couché sur le perron du restaurant fait semblant d'être un bon gros chien de garde, Jirô apprend le métier de serveur sous la houlette de Kaya. Puis, la nuit venue, tous trois s'en vont ensemble faire leur ronde quotidienne dans le cimetière. L'hiver fait bientôt place au printemps, sans que rien ne vienne bouleverser cette existence paisible. Rien, si ce n'était le comportement de Jirô: celui-ci paraît triste et abattu, ne mange presque rien, se trompe dans les comptes du restaurant et ne cesse de casser la vaisselle - ce qui ne fait par ailleurs qu'aggraver leur dette à son frère et à lui ! Au point qu'inquiet que le jeune homme ne soit malade, Kaya vient un jour s'en ouvrir à Tarô. Surpris mais ravi de découvrir un côté mignon dans la personnalité du froid hakamori, le loup-garou promet de parler à son cadet, et le soir-même, pendant que Kaya s'en va seul faire sa ronde, il se rend auprès de Jirô. Maussadement assis dans le noir sur les coussins du salon, le jeune homme paraît plus abattu que jamais, mais la réponse qu'il donne à son frère lorsque celui-ci lui demande s'il lui est arrivé quelque chose est loin de tout ce que Tarô pouvait imaginer: alors que Kaya se montre toujours gentil et souriant avec les clients, au contraire envers jirô, il se conduit avec une totale indifférence, et cela remplit le garçon de tristesse et de solitude. Scandalisé et furieux, Tarô rappelle à son cadet que même chassés de chez eux, ils sont les fiers héritiers du peuple des Loups-garous dont leur père est chef de meute, et non des chiens qui ne vivent que de l'affection de leur maître ! Mais à ces mots, Jirô fond en larmes: il n'y a rien à faire, rien que de songer que Kaya l'ignore et le déteste peut-être, son coeur lui fait mal à en mourir ! Livide, Tarô comprend enfin la véritable nature des tourments de son jeune frère, mais tous deux n'ont pas le loisir de poursuivre cette conversation, car soudain, leur parvient l'odeur du sang !

En effet, pas très loin de là dans le cimetière, l'hakamori est aux prises avec quatre pilleurs de tombes armés de couteaux acérés. Pris par surprise alors qu'il pensait avec inquiétude à Jirô, le jeune homme a été blessé à l'épaule et se retrouve désormais incapable de se défendre. Il ne manque cependant pas de s'étonner cyniquement de l'organisation de ses adversaires, trop bien préparés pour de simples pillards. Ces derniers répliquent qu'à cause de la protection acharnée que Kaya prodigue à ces lieux, il leur est devenu difficile de gagner leur vie, sans compter qu'ils ont perdu nombre de leurs camarades à présent enfermés en prison; alors, les bandits ont décidés qu'il était grand temps d'en finir une bonne fois pour toutes avec le gêneur. Le jeune homme voit donc sa dernière heure venue, mais cela ne l'effraye pas, au contraire. Il va pouvoir mourir, enfin.... Comme il le souhaite depuis la mort de son frère aîné, qui s'est suicidé sans que Kaya alors enfant ait rien pu faire pour lui porter secours, ce qu'il ne cesse encore aujourd'hui de se reprocher. Mais alors que les bandits s'apprètent à l'achever, deux créatures monstrueuses surgissent soudain dans la nuit où brille la pleine lune: un homme gigantesque pourvu d'une tête de loup, et un autre plus petit dont la transformation est incomplète, arborant simplement de grandes oreilles velues et une longue queue touffue, mais dont la force surhumaine n'a rien à envier à celle de son aîné !....

 

© Naono Bohra / Biblos - Si le sombre Kaya défend avec tant d'acharnement ce cimetière perdu dans les montagnes, c'est parce que c'est là que repose Kaï, son frère aîné, inhumé dans l'une des tombes les plus somptueuses que l'hakamori a construite de ses propres mains.

 

 

© Sakufu Ajiminé

Ebisu - Tamon-kun no nayaméru Nichijô

("Ebisu - Le Quotidien tourmenté de Tamon")

Auteur: Sakufu Ajiminé

Références: Be Boy Comics

Nombre de Volumes: 1

 

Intrigue: Tout à commencé avec l'arrivée en cours d'année scolaire au lycée Seiran d'un tout nouvel élève. Interne dans cet établissement depuis déjà cinq ans, ce n'est pas étonnant que, convoqué au bureau du proviseur, Wataru Tamon se voit confier la charge de guider ce nouveau, avec qui il va désormais partager sa chambre, dans sa future existence de pensionnaire. Hélas, à peine le lycéen a-t-il rencontré son nouveau camarade de classe qu'il comprend aussitôt que leur vie en commun ne va pas s'avérer de tout repos: non seulement Masachika Ebisu, 17 ans, a davantage l'allure et le comportement exubérant d'un top-model de men's fashion que d'un élève de Première, mais c'est aussi un fils de bourgeois ultra-gâté élevé avec autant d'égards qu'un petit prince ! C'est bien simple, il ne sait rien faire: ni le ménage, ni la lessive, encore moins s'occuper de sa propre personne ! Il n'est donc pas surprenant que c'est avec une vive appréhension que Itaru Shibazaki, son jeune et dévoué précepteur, se résoud à l'abandonner livré à lui-même dans un internat. Jamais encore Ebisu n'a quitté la luxueuse demeure familiale, et en raison de la vie dorée qu'il a mené depuis sa naissance, le garçon n'a pas manqué de développer bon nombre de défauts qui pourraient plus tard lui porter préjudice. Défauts dont le plus inquiétant n'est autre qu'une totale dépendance vis à vis de Shibazaki ! Le précepteur voudrait bien pourtant que son jeune maître prenne conscience qu'il ne sera pas toujours là pour veiller sur lui: tôt ou tard, il faudra bien que Ebisu apprenne à se débrouiller par lui-même. Mais en sa qualité de simple employé, il y a des choses que Shibazaki n'a pas la possibilité d'enseigner au jeune homme. Voilà pourquoi il a finalement décidé de l'envoyer dans un pensionnat, espérant que l'expérience d'une existence nouvelle et sensiblement plus difficile apprendra à ce garçon sur-protégé de prendre enfin sa vie en main.

Avant de partir en laissant son maître, Shibazaki recommande plusieurs fois si instamment Ebisu à Tamon que ce dernier finit par promettre de veiller sur le jeune homme. Ebisu a beau jouer les poseurs et les indifférents, une fois son protecteur parti, il paraît soudain beaucoup moins sûr de lui. C'est en réalité un solitaire, dont la silhouette triste qui lui tourne le dos n'est pas sans évoquer à Tamon l'image d'un enfant perdu. Alors, spontanément, bien que conscient que ce genre de paroles ne lui ressemble guère, le lycéen assure à son nouveau camarade qu'il n'a pas à se faire de souci: avec un habitué comme lui de la vie en internat à ses côtés, pour Ebisu tout ira bien. Ce dernier, d'abord surpris, acquiesce: il sait désormais qu'il ne sera pas trop dépaysé, pensant avoir trouvé en Tamon un substitut de son cher précepteur. "Tu ressembles à Shibazaki", prononce-t-il avec un lumineux sourire à faire chavirer le coeur de son camarade.

Ebisu a beau être un riche fils de bourgeois, il y a au moins une chose qu'on ne peut lui reprocher: il n'est ni snob ni capricieux comme le sont d'ordinaire les gens de sa condition. Plutôt gai et sociable, il ne tarde donc pas à s'attirer la sympathie de ses autres camarades de classe. Néanmoins Tamon surtout lui plaît beaucoup malgré ses airs froids et son caractère taciturne, ainsi Ebisu n'a pas mis longtemps à reporter sur lui l'attachement et la confiance qu'il avait pour son précepteur: c'est décidé, Tamon sera son meilleur ami, lui qui n'en a jamais eu. Hélas, le jeune homme a une forte tendance à confondre amitié et accaparation.... C'est ainsi que dès son premier jour de classe il déclare la guerre à Toranosuké Hotei, un élève de Terminale qui vient souvent discuter avec Tamon pendant la pause. Cette bonne entente qui existe entre les deux garçons n'est pas du tout à son goût, et afin de les séparer, Ebisu jaloux ne trouve rien de mieux que de faire semblant de perdre connaissance dans la salle de classe. Effrayé, Tamon s'empresse de le conduire à l'infirmerie tandis qu'il se remémore leur conversation de la veille: lorsque le jeune homme, qui a redoublé sa Première pour avoir passé un an à l'hôpital, lui avait dit qu'il ne lui restait plus que six mois à vivre, Tamon avait cru qu'Ebisu se moquait de lui; mais à présent, il commence à se demander si ces propos n'étaient pas la vérité.

 

© Sakufu Ajiminé / Biblos

 

Terrible soupçon heureusement vite détrompé par Mr. Kurobé, le populaire médecin-infirmier de l'école: même s'il est vrai que Ebisu a été soigné pendant une année entière pour une maladie grave, celle-ci est à présent complètement guérie. Furieux et vexé de s'être laissé berné, Tamon quitte l'infirmerie en claquant la porte ! Une fois le lycéen parti, Mr. Kurobé demande à Ebisu couché dans un lit de cesser de jouer sa petite comédie, car il sait bien que le garçon est en parfaite santé: s'il souffre d'une maladie, c'est de celle du bébé douillet qui veut qu'on s'occupe de lui ! Kurobé était le sempaï de Shibazaki à l'université, et le précepteur a pris soin de lui envoyer une note de recommandations récapitulant avec force détails les petites manies de son protégé. Pas la peine donc d'essayer de berner Kurobé par des malaises imaginaires, et si Ebisu veut s'obstiner à jouer les chochottes, il ferait mieux de rentrer tout de suite chez lui ! Honteux et vexé, c'est au tour du jeune homme de quitter l'infirmerie précipitamment. Si Shibazaki s'inquiète pour lui au point de ne pas avoir lésiné sur les recommandations à son sujet, pourquoi l'a-t-il envoyé dans cet endroit ?

Maugréant, Ebisu finit par revenir à son dortoir. Le soir après les cours, lorsque Tamon vient l'y rejoindre, il se rend compte que le lycéen est très en colère. "Cela t'amuse de te moquer de moi ? demande Tamon. S'il y a bien quelque chose que je déteste, c'est que l'on me mente !" A ces mots, Ebisu se montre des plus surpris: menteur dans l'âme, il n'y prête même plus attention lorsqu'il raconte un mensonge, et tel un enfant, n'imagine même pas que cela pourrait causer de l'embarras à autrui. En faisant croire à Tamon qu'il n'avait plus que six mois à vivre, il désirait simplement que ce dernier s'occupe de lui, sans réaliser la gravité de ses propos. Ebisu se rend compte à présent qu'il a blessé celui qu'il souhaitait pour ami, mais comment faire pour réparer ? Nullement habitué à résoudre lui-même ses problèmes, tandis que Tamon s'en va à la cantine en le plantant là, les larmes aux yeux Ebisu ne peut qu'invoquer douloureusement le nom de Shibazaki.

Finalement, incapable de trouver une solution, le jeune homme s'est résolu à se coucher le ventre vide. Mais hélas, ses soucis ne s'arrêtent pas pour autant: la nuit venue un violent orage se déclare, et s'il y a bien quelque chose qu'Ebisu ne supporte pas, ce sont le grondement de la foudre et les éclairs ! Ainsi, quand il revient enfin de la cantine, Tamon découvre son compagnon de chambre terrorisé, roulé en boule sous ses couvertures. Si au début, par peur du ridicule, Ebisu s'empresse de se redresser en fanfaronnant qu'il ne craint pas le tonnerre, l'instant suivant, il se jette dans les bras de Tamon en le suppliant de le laisser dormir dans son lit ! "ce mec est un vrai bébé !" grommelle Tamon en renvoyant le garçon se coucher seul avec perte et fracas. Néanmoins, malgré ses efforts pour tenter d'ignorer l'amas de couvertures criant et gémissant à ses côtés à chaque coup de tonnerre, le lycéen en vient à se demander si jusqu'à maintenant, à chaque orage, son camarade n'allait pas se réfugier dans le lit de son précepteur Shibazaki. Comment ce dernier a-t-il pu avoir l'idée de faire entrer en pension complète un garçon aussi inadapté !? Sans doute pour essayer sur lui un traitement de choc, c'est la seule explication. A la fin, voyant qu'Ebisu est réellement terrorisé, Tamon se résoud en soupirant à venir dormir dans son lit, l'avertissant néanmoins que c'est bien la première et la dernière fois ! Mais, tandis qu'il enlace ce corps chaud qui se serre désespérément contre lui, se disant que décidément son comportement ne lui ressemble pas, Tamon songe également que contre toute attente ça ne lui est pas désagréable de partager son lit avec quelqu'un....

S'il savait que le lendemain matin, arrivé en retard en classe pour ne s'être pas réveillé, le lycéen allait surprendre Ebisu raconter à qui veut l'entendre que c'est lui, Tamon, qui a eu peur de l'orage au point de se pelotonner dans le lit de son camarade jusqu'au petit matin ! Décidément, il devient urgent de faire quelque chose pour guérir de sa maladie ce menteur impénitent ! Résolu à transformer depuis la racine le caractère d'Ebisu, Tamon brûle désormais d'une mission sacrée. Quand donc ses efforts seront-ils récompensés ?....

Avis: Il s'agit du tout premier livre de Sakufu Ajiminé, qui n'a réalisé à ce jour que deux mangas. Hormi le chapitre 5 qui avait paru dans Magazine Be Boy , tous les autres chapitres qui composent "Ebisu" sont issus de Dôjinshis , de fanzines. D'où la grande qualité de ce titre qui n'a pas eu à pâtir des exigences commerciales de l'éditeur, du genre "Il nous faut au moins une scène X par chapitre". En effet, hormi les fantasmes nocturnes de Tamon qui apparaissent vers la seconde partie du livre, lorsqu'il prend enfin conscience de la véritable nature de ses sentiments pour son ami et découvre par la même occasion le désir sexuel, ce manga ne contient pratiquement aucune scène érotique. Normal, car il narre les étapes d'une initiation amoureuse entre deux adolescents. Reste une histoire à la fois drôle et tendre, qui se clot au moment où Tamon et Ebisu se sentent enfin prêts à nouer une relation plus adulte, c'est à dire charnelle. C'est certes un peu dommage que le récit s'arrête là, nous laissant un peu sur notre faim; il n'est néanmoins pas impossible que l'auteur (dont c'est le seul titre paru actuellement chez Biblos) nous livre un jour une suite.

 

© Sakufu Ajiminé / Biblos - Ebisu (à gauche) et Tamon. Contrairement à Ebisu, Tamon est un jeune homme sage et réfléchi, un délégué de classe qui représente le type-même du bon élève. Au fur et à mesure qu'il va devenir plus proche de son ami, la manie que ce dernier a de le comparer sans cesse à son précepteur Shibazaki va provoquer chez lui une irritation constante que Tamon ne s'explique pas. Sans compter que les sempiternelles prises de bec entre Ebisu et son sempaï Hotei qui se disputent sa compagnie lui donnent des migraines épouvantables ! Depuis qu'Ebisu a débarqué dans sa vie, Tamon ne parvient même plus à dormir convenablement ! Et pourtant, lorsque croyant que son camarade le déteste, le jeune homme désespéré songe sérieusement à s'enfuir du lycée, Tamon n'hésite pas un seul instant à se précipiter à sa recherche sous l'orage, en pleine nuit dans cette dangereuse région de montagnes où se dresse leur pensionnat.

 

 

 

 

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