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-------------------------------------Gen
-------------------------------------Guin Saga Gashû

Auteur: Jun Suemi ------------Références: Asahi Sonorama
Nombre de pages: 120-------------------Format: A4 +
Dans la lignée de sa somptueuse trilogie en Ten extrêmement connue pour rendre hommage à l'oeuvre de Yoshitaka Amano, après bien des années Asahi Sonorama décide de retenter l'expérience en se penchant enfin sur le cas d'un peintre non moins célèbre et talentueux, Jun Suemi. Mieux vaut tard que jamais, car paradoxalement à une renommée qui n'est plus depuis longtemps à démontrer, va naître de ce projet le premier recueil de l'artiste à faire véritablement le point sur sa longue carrière de peintre au service de l'illustration et du jeu vidéo (mis à part un unique ouvrage consacré à Wizardry suivi d'un CD-ROM, tous deux édités par Ascii en 1993 et 1996). Que d'oeuvres accumulées en une quinzaine d'années, aussi était-il nécessaire de diviser cette anthologie en deux artbooks distincts mais complémentaires, Gen et Haku , afin de faire la synthèse de ses travaux les plus aboutis et représentatifs de son art, ceci dans une période s'étalant de 1985 à 1998 pour le premier, de 1998 à 2001 pour le second. Ces deux livres, richement ornés d'un lettrage doré à chaud et 100% en couleurs, nous ouvrent alors les portes d'un monde hybride qui fusionne habilement les genres: celui d'un peintre qui a su parfaitement retranscrire l'atmosphère étrange des oeuvres fantastiques qu'il a illustrées en s'appropriant l'univers des écrivains avec lesquels il a collaboré, afin d'en coucher sur la toile sa propre vision.
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Fées électroniques et chevaliers tant habiles dans le maniement de l'estoc que du flingue à neutrons côtoient vampires d'un autre temps et autres docteurs fous, en dansant sur les frontières des époques et des genres comme sans jamais parvenir à se fixer sur la SF, l'Heroïc-Fantasy ou le Fantastique. De beaux ténébreux semblant tout droit sortis du Moyen-Age sauvent de belles demoiselles aux formes généreuses sous un ciel post-apocalyptique, tandis que dans leur ronde, esprits, anges et démons omniprésents et aux traits si proches se mêlent en un tout où il est alors difficile de dissocier créatures des ombres de celles de la lumière...
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Mais si Jun Suemi attache une grande importance au sacré dans son oeuvre, même en conciliant les deux aspects d'un ange déchu (Bien et Mal), Gen est placé sous le signe du mystère et de l'obscurité, dégageant ainsi une sorte de pureté démoniaque. Et pour cause: Hideyuki Kikuchi (Kyûketsuki Hunter D , Darkside Blues ) connu pour ses cités anéanties et figées dans un contexte post-nucléaire, signe en toute logique la préface de cet ouvrage puisqu'il est à l'origine d'un bon tiers des romans qui y trônent (Makaï Toshi, Méphisto et Maôden entre autres), toujours plus sombres et ténébreux. L'artiste a en effet puisé ses mondes nocturnes dans l'essence même des oeuvres écrites de ses contemporains, grands maîtres de la littérature fantastique et de l'Heroïc-Fantasy japonaises, à une époque où ces deux genres étaient particulièrement riches et florissants.
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Ci-dessus: Méphisto le beau ténébreux de Hideyuki Kikuchi, et "Koulon no Ô", hors-série tiré de Yamigarishi, par Baku Yumemakura.
L'univers du père de Vampire Hunter D se retrouve ainsi dans ce recueil comme fusionné à celui tout aussi glauque de Baku Yumemakura (Koulon no Ô , Ayakashi no Ki etc.), enrichi d'une goutte de Fantasy à la Kaoru Kurimoto (Guin Saga ) et des jaquettes de Wizardry dont il a été le principal chara-designer sur PC. Il ne faut pas non plus négliger la présence d'illustrations réalisées pour de grands auteurs américains tels G.R.R. Martin et Mercedes Lackey ayant vu leurs romans traduits au Japon via Hayakawa Shobô et son fameux SF Magazine, qui poursuit son bonhomme de chemin depuis des décennies en mêlant adroitement les genres et les origines littéraires. A l'image de Yoshitaka Amano, lui aussi éminent peintre de la SF japonaise et américaine, Jun Suemi fut ainsi l'un des principaux - et des plus doués - illustrateurs des années 80, affirmation d'ailleurs toujours d'actualité, projettant son ombre sur tous les magazines qui abordent ses thèmes favoris: Shishioh , Dragon Magazine , SF Magazine , Newtype etc. En résulte un bel amalgame de styles: en conservant le meilleur de chaque auteur Jun Suemi est semble-t-il parvenu à nous faire entrevoir ce à quoi ressemblerait l'oeuvre fantastique - artistique et littéraire - parfaite. Un maître du en la matière !
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Ci-dessus: Une illustration de Lodoss War réalisée pour Newtype (poster). A droite, un des seuls romans de Mercedes Lackey, parmi sa longue saga de Valdemar, à avoir fait l'objet d'une traduction japonaise .
Et pourtant son mode de représentation très académique et homogène n'a, à première vue, rien d'exceptionnel. Ses techniques picturales de prédilection, l'acrylique et la peinture à l'huile apposées en pleine pâte, ajoutées à la fibre de la toile confèrent à ses tableaux un volume certain. Cette touche tridimensionnelle faisant ressurgir la matière de sujets qui se détachent sur des fonds lumineux dans des jeux de clair/obscur, assortie aux couleurs rembrunies chères à ce peintre apporte à ses oeuvres un grand réalisme. Doit-on y percevoir également l'influence des grands maîtres de l'art européen, notamment de De la Tour ou du Caravage ? Dans des camaïeux d'ocres sanguinolents, de jaunes et de bruns, ses personnages aux corps souvent dénudés se déhanchent ou s'enchevêtrent tels des damnés dans la fournaise infernale, leur peau mate et bronzée ne se démarquant que face au visage blafard d'un maître des ombres tiré de l'univers de Kikuchi. Sublime paradoxe, leurs visages de madones et le maniérisme de leur pose rappellent pourtant celui des anges de la fin de la Renaissance. Cet érotisme tantôt cru tantôt sous-jacent, très osé à l'époque pour des couvertures de romans, est d'autant plus troublant que les jeunes filles aux poitrines rebondies fixées sur les toiles de Jun Suemi posent telles des modèles asiatiques (d'après les proportions) de nus féminins aux beaux-arts, et sa bonne connaissance en matière d'anatomie associée à son trait très réaliste font de ses créatures des êtres bien plus provoquants que celles, par exemple, de Yoshitaka Amano. On pourrait d'ailleurs attribuer, contrairement à ce dernier, une nette préférence du peintre pour les brunes de type nipponnes !
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Mais il ne faut pas non plus se mettre en tête que Jun Suemi n'est bon qu'à reproduire de jolies minettes à moitié dévêtues. Non, le peintre excelle à tous les niveaux: chevaliers en armure ou méchas évoluant dans des architectures étranges, l'absence presque systématique de décors détaillés au profit d'un milieu nuageux et toujours teinté d'une lumière chaude et sacrée fait que les corps semblent se fondre avec l'espace sans réelle distinction. Ce ciel chargé, qui contribue à l'atmosphère sombre, parfois lugubre, de ses tableaux nous confine dans le monde couvert et intime de Jun Suemi, comme en un cocon de son esprit. Voilà le véritable talent du peintre à créer un univers qui lui est propre tout en restant fidèle aux oeuvres écrites qui lui sont confiées, dans lequel évolueraient les plus grandes figures de la SF. Pénétrez dans cette zone neutre et dès lors, vous verrez que faire se rencontrer Guin le guerrier à tête de panthère et Méphisto sous un même toit paraît très faisable !
Pour clore cet article, un petit mot sur le prix est nécessaire, car 4200 Yens, ça n'est pas donné ! On aurait également aimé voir figurer quelques illustrations en noir et blanc en fin de volume, comme il est couramment d'usage dans ce type de artbook, l'artiste étant aussi à son aise dans les travaux à l'encre. Néanmoins, cet ouvrage qui appelle une suite, Haku , vaut largement que l'on s'y intéresse, puisque la reproduction des tableaux y est d'excellente facture. Vous pourrez donc apprécier à loisir la touche presque palpable de Jun Suemi et vous laissez emporter dans les récits qu'il dépeint, à moins que ça ne soit ses créatures, si réalistes et vivantes, qui sortent simplement du livre ? Personnellement, je ne sais plus trop...

Auteur: Jun Suemi ----------------------------Références: Hayakawa Shobô
Nombre de pages: 144-------------------------------Format: A4+
77 illustrations couleurs et 280 monochromes, voici ce que renferme ce artbook entièrement consacré à Guin Saga , roman fleuve de Kaoru Kurimoto et gros succès de Hayakawa Shobô. Jun Suemi ayant travaillé sur cette épopée des volumes 57 à 87 et hors-séries 10 à 16, vous trouverez ici les reproductions de la totalité des couvertures, en-têtes en couleurs et dessins en noir et blanc mettant en scène des passages du récit. Aussi l'ouvrage est-il réparti en deux catégories: la première, divisée par zones géographiques, nous fait une rapide présentation des personnages à travers des peintures en polychromie et de nombreux zooms, afin d'en apprécier les traits physionomiques ou le traitement minutieux des textures de leurs vêtements et bijoux; la seconde affichant tous les dessins monochromes exécutés au crayon et pinceau, à raison de deux pages d'esquisses par volume.
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Il est flagrant de constater que remplacer Yoshitaka Amano à cette tâche a permis au peintre d'apporter un plus grand réalisme aux protagonistes et au monde de Guin Saga , dans lequel il semble fort à l'aise puisque familiarisé depuis le début de sa carrière avec ce mélange de Fantasy et de Fantastique si caractéristique de son oeuvre, même si les peintures présentées ici ne font pas toujours partie de la fine fleur de son art. Guin Saga se situe en effet dans le temps parmi ses derniers travaux, et sa touche, bien que d'une remarquable qualité, c'est pourtant simplifiée au fil des années, de même que le tracé de ses dessins manque parfois de finesse et de soin en faisant montre d'une nervosité inadéquate lorsqu'il s'agit de dépeindre les traits de visage d'un personnage. La célébrité et la forte demande des éditeurs pour son talent - qui riment souvent avec cadence de travail infernale - y seraient-ils pour quelque chose ?
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Il n'empêche que la vision de Jun Suemi, en faisant écho à celle aussi humaine de Katô Naoyuki - tout premier illustrateur de la série - démontre, contrairement à Yoshitaka Amano, d'une fidélité plus pointilleuse à l'égard des descriptions des personnages du récit, la peau bistre et non dépigmentée de Istvan et Kameron figurant parmi les meilleurs exemples de rectification de la trop grande liberté que s'accordait parfois le dessinateur de Vampire Hunter D. Les héros devenus aussi vivants que des sujets de tableaux issus de l'art européen semblent alors partager l'atmosphère intemporelle et le caractère immortel qui se dégagent de chacun d'entre eux.
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A partir du volume 88 de Guin Saga , Jun Suemi sera relayé par Shinobu Tanno, peut-être afin d'apporter un nouveau regard sur la série, bien que le travail de ce dernier ressemble à s'y méprendre au style de son confrère, au point de respecter au détail près la perception de Jun Suemi tout en adoptant une touche plus douce et plus appliquée. Hommage envers le maître ou simple désire de conserver une certaine continuité dans la représentation du monde de Guin Saga , ces artistes resteront comme deux des figures marquantes ayant oeuvré pour ce célèbre roman, au point d'éclipser légèrement le traitement plus personnel de Yoshitaka Amano sans pour autant renier son génie. Ce artbook contient, je le rappelle, l'intégralité des tableaux de Jun Suemi issus de cette épopée, le fan du peintre comme de l'écrivain aurait donc bien tort de se priver d'une telle anthologie, et ce n'est guère les quelques 3500 yens qui leur en coûteront qui devraient les arrêter... A quand un recueil de Shinobu Tanno...?
Ouvrages relatifs à l'univers de Guin Saga :
Roman Guin Saga Gaiden 3 Yuureisen
Le manga de Kazuaki Yanagisawa
La version américaine des cinqs premiers volumes
Le recueil commémoratif spécial 50ème volume
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