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Ceci est une sélection de recueils d'illustrations ayant pour thème le fantastique et l'horreur. Etant donné le peu d'ouvrages consacrés à ce sujet, et ce malgré d'excellents illustrateurs privés d'anthologie regroupant leurs oeuvres, ces pages font la part belle aux artbooks de Yoshitaka Amano, auteur certainement le plus prolifique et le plus demandé dans ce domaine. Que ceux qui détestent ce dessinateur (et il y en a) nous en excusent ! Prochainement, viendront s'ajouter à cette liste Tarot Card, Katen et Kan Oké, ainsi que les recueils de cartes postales de Vampire Hunter D, dès que nous auront réussi à nous les procurer. En attendant, les fans de Kyûketsuki Miyu tant du manga que des OVAs seront sans doute ravis de retrouver les différents artbooks de leur série fétiche (page 3), et les accros du paddle pourront dévorer les livres dédiés à Parasite Eve ou Devil May Cry (page 3), sûrement l'un des jeux les plus gores des consoles nouvelle génération. Que le cauchemar commence...
-------------------------------------Maten
-------------------------------------Imagine
-------------------------------------Hiten
-------------------------------------Biten
-------------------------------------Mateki
-------------------------------------Kiten
-------------------------------------The Sandman: The Dream Hunters
Voici donc un descriptif des principaux ouvrages regroupant la majorité des travaux de l'illustrateur le plus controversé de ces dernières années. Il serait impossible de couvrir la totalité de ses dessins dans quelques recueils lui étant consacrés tant son oeuvre est immense mais néanmoins inégale. Les éditeurs s'efforcent donc de rassembler ici ses plus beaux chef-d'oeuvres, sans ommettre d'y intégrer ses travaux pour l'animation et ses projets personnels. Plus qu'un illustrateur, Yoshitaka Amano est avant tout un peintre et comme beaucoup d'artistes de génie, il paraît parfois difficile à aborder . Il faut prendre le temps d'examiner son oeuvre pour pouvoir l'apprécier à sa juste valeur, se fondre dans son univers étrange et glauque, mais tout en poésie, où des personnages androgynes au corps de danseuses se contorsionnent dans des fonds d'or et suintant, vous toisant sous leurs paupières de leur regard intense et profond. Un style que l'on déteste absolument ou que l'on adule, mais en tout cas qui ne laisse personne indifférent.

-----Auteur: Yoshitaka Amano-------------- Références: Asahi Sonorama
-----Nombre de pages: 110----------------- Format: A4+
Maten peut être considéré comme le véritable premier recueil d'illustrations proprement dites de Yoshitaka Amano, car il regroupe ses principaux travaux en tant qu'illustrateur de romans de 1981, date à laquelle il débute cette carrière en exerçant son talent sur la série Twilight Worlds dans le journal SF Magazine, jusqu'à la publication de cet ouvrage en 1984. A partir de là, l'artiste au succès grimpant ne cessera d'être demandé et sévira dans les plus illustres maisons d'édition en travaillant sur des thèmes les plus variés: Heroïc-Fantasy, Fantastique, sciences-fiction, conte...
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Ci-dessus, les superbes lavis de Twilight Worlds; ci-dessous, les aquarelles de Chikyû Monogatari ayant servi de couvertures au magazine My Animé. Ces travaux d'une réelle délicatesse démontrent l'habileté de l'artiste à créer des jeux de lumière d'une grande pureté aussi bien par la couleur qu'en noir et blanc.
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Asahi Sonorama, par la diversité des sujets traités par l'artiste, a donc jugé utile de présenter ses peintures sous forme de chapitres à thèmes: Passion, Faërie, Soldier, Battle et Inferno. S'y côtoient, pour ne citer que les plus connus, les fées délicates de Chikyû Monogatari virevoltant sur de lumineux tableaux, les étranges guerriers de Kyûketsuki Hunter D et Elian errant dans les mondes post-apocalyptiques créés par Hideyuki Kikuchi, en bonne entente apparente avec les créatures inquiétantes de Kimaïla et les personnages de Twilight Saga. Séries au succès grandissant, ont également été intégrées au artbook une nouvelle inédite de Kimaïla et de Kyûketsuki Hunter D respectivement intitulées Kimaïla: Kami Hanashi Hen et D-Armageddon , toutes deux superbement illustrées par la Maître Amano sur un enchaînement de petits tableaux et illustrations pleine page et faisant office d'ouverture et de cloture de l'ouvrage. De véritables petits bijoux pour les fans, et une occasion pour les nouveaux acquéreurs de Maten de découvrir ces romans aux valeurs sûres. Enfin, le dernier chapitre propose une sélection des plus beaux dessins noir et blanc de Yoshitaka Amano pour l'illustration intérieure de romans, où trônent en maîtres absolus les somptueux lavis de Twilight Worlds. L'artiste affirme ici sa maîtrise de l'encre autant que de la couleur par ses nombreux jeux d'ombres dans une atmosphère des plus inquiétantes et un monde foisonnant et surréaliste. Les illustrations noir et blanc ainsi présentées font partie de ses plus beaux travaux et sont devenues des références en matière de dessin monochrome.
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Maten étant le tout premier recueil de Yoshitaka Amano, ses illustrations présentent encore ici les influences des peintres et des grands mouvements picturaux européens de la première moitié du XXème siècle, qu'il appréciait tout particulièrement et qui l'on inspiré au début de sa carrière dans la recherche de son style. Parmi ses attirances les plus facilement décelables, on peut citer Mucha et l'Art Nouveau, par le traitement des décors floraux et la chevelure des personnages féminins, mais aussi dans ses portraits en médaillons encadrés de tiges tortueuses et entrelacées. Gustav Klimt et son fameux tableau Le Baiser au fond d'or et de fleurs n'est peut-être pas non plus pour rien dans son engouement grandissant pour les coulis dorés dont il noiera par la suite beaucoup de ses peintures. Ses illustrations noir et blanc quant à elles, notamment celles de Twilight Worlds, présentent quelques gouttes de Salvador Dali de part les mondes Surréalistes qu'il met en scène et dans le traitement anatomique très étrange des créatures hybrides plus que bizarres (les mammifères à pattes d'insectes, par exemple).
Dans un savoureux mélange de Maniérisme, d'Art Nouveau et de Symbolisme, se dégagent déjà de sa peinture les prémisses d'un style qui lui est propre et la petite pointe de génie qui fait le charme de ses plus beaux tableaux. Car on ne peut qu'admettre le fait que ce qui rend les illustrations de Maten si agréables à contempler vient pour l'essentiel de son cru: la grâce des personnages blèmes qui semblent prendre vie et vous toisent de leur regard pénétrant, leur visage de statue de marbre et leur corps musclé de guerrier ou d'androgyne, la présence qu'ils dégagent dans le foisonnement de petits détails où ils forment une sorte d'unité parfaite avec leur environnement. La griffe de l'artiste était née et commençait déjà à se dégager de toutes ces influences maintenant disparues pour voler de ses propres ailes.
-© Yoshitaka Amano-
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Maten est le premier de la trilogie en "Ten" (Maten, Hiten, Biten) éditée par Asahi Sonorama. L'évolution du style de Yoshitaka Amano est nettement décelable dans ces recueils, formant ainsi une sorte d'anthologie de l'oeuvre de l'artiste qui a su mieux que quiconque adapter les mouvements picturaux européens à l'illustration pour leur simple beauté et non plus pour le message qu'ils désiraient parfois véhiculer à l'époque, rendant enfin cette peinture accessible à tous. Ces ouvrages sont incontournables pour tout fan des séries qu'ils contiennent aussi bien que de la peinture d'Amano en elle-même; quoi qu'il en soit, le talent est bien présent et la magie fait le reste. Préparez-vous a pénétrer dans un autre monde et pas des plus banals... le cerveau de Yoshitaka Amano !


Auteur: Yoshitaka Amano-------------------------Références: Shinshokan
Nombre de pages: 112 ----------------------------Format: A4
Deuxième artbook édité par Shinshokan après un petit livre dédié aux lavis de Twilight Worlds, Imagine n'est pas à classer parmi les recueils d'illustrations proprement dits puisqu'il se consacre en majeur partie aux travaux réalisés par Amano pour l'animation jusqu'en 1987.
De Gatchaman à Srungle, en passant par Casshan et Dallos, vous trouverez donc réunis ici les dessins et croquis des Super Héros en collant les plus célèbres d'une époque en plein boom de la sciences-fiction auxquels Amano a prêté son crayon pour leur donner vie. Les fans de Mospeada ne sont pas en reste avec notamment quelques dessins humoristiques sur les différents protagonistes du dessin-animé ainsi qu'une série de tableaux sur le personnage de Yellow Belmont allant de subtiles aquarelles à de violents pastels écrasés sur le papier. Le dessinateur affectionne visiblement ce type de design propre à bon nombre de ses travaux.

© Yoshitaka Amano
En haut, Yellow Belmont de Mospeada; à gauche et à droite, les croquis de Gatchaman et Casshan, réalisés pour ces célèbres séries du studio Tatsunoko.
Parallèlement à ses activités liées aux séries télévisées, Amano a aussi et surtout travaillé en tant que chara-designer sur des films d'animation, ce qui constitue d'ailleurs ses travaux les plus mémorables. Ainsi sont nés le premier film de Kyûketsuki Hunter D tiré du célèbre roman de Hideyuki Kikuchi, et l'étrange Tenshi no Tamago qui reste à ce jour l'oeuvre préférée du dessinateur. Imagine propose d'ailleurs une petite partie des croquis préparatoires réalisés pour ce film, le reste se trouvant dans le Art of Tenshi no Tamago (ouvrage malheureusement épuisé chez l'éditeur), ainsi qu'un grand nombre de chara-design noir et blanc et couleurs des personnages de Vampire Hunter D, du premier jet à leur physionomie définitive. Un must absolu pour les fans du Dampil ! Outre les esquisses propres à la réalisation de ces animés de grande qualité, vous trouverez également les illustrations ayant servi à l'opération marketing et déclinées en produits dérivés lors de leur sortie au cinéma et sur le marché: posters offerts dans les magazines de l'époque, vidéo package, jaquette des CD soundtrack etc.
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Ce artbook ne se contente pourtant pas de faire la synthèse des travaux du dessinateur pour l'animation puisqu'il doit son nom, comme beaucoup de ses livres, à toute une série de tableaux exécutés à l'aquarelle et insérés en début d'ouvrage, dans les tons de l'illustration de couverture. Aucune violence dans le trait, Amano fait ici preuve d'une délicatesse qui se ressent dans la totalité du recueil, notamment par la douceur et l'harmonie des couleurs auxquelles l'aquarelle donne un effet de transparence des plus agréables. Des personnages au regard caressant vous invite dans un monde fourmillant de détails, j'attire plus particulièrement votre attention sur un dessin en double page où se cachent bon nombre de personnages auxquels il a contribué à donner le jour: D, la Jeune Fille et son Oeuf... Amusez-vous donc à les chercher tous, vous verrez que ça n'est pas évident ! Sont également réunies d'autres peintures pour divers domaines: les aquarelles étranges des romans de Kimaïla et Taitei no Ken et celles inquiétantes de Senkoku Majin Gôshôgun, des dessins peu engageants pour les cartes Monster Collection, un poster du film Arion, mais aussi quelques reproductions à tendance Années Folles, voire Art Nouveau comme l'illustrateur l'affectionne tant.
-© Yoshitaka Amano- 
------------------------Ôtori Kou-------------------------------------- Amon
Cî-dessus: Ôtori Kou du roman Kimaïla, déchiré entre son humanité et son côté bestial, et Amon du film Amon Saga, sorti en France chez A.K. Vidéo, assoiffé de vengeance depuis la mort de sa mère dont l'empereur de Valhiss est responsable. Ces deux oeuvres illustrées et chara-designées par Yoshitaka Amano ont bénéficié d'un scénario de Baku Yumémakura (Kimaïla) ou de sa collaboration (Amon Saga). Ci-dessous: Taitei no Ken (roman du même auteur), et Senkoku Majin Gôshôgun.
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Enfin, une partie de cet ouvrage est également consacrée à un domaine abondamment fréquenté à l'époque par Amano et pourtant relativement méconnu du public français habitué à ses travaux les plus sombres: celui des contes pour enfants. La face cachée de l'artiste nous est ainsi révélée à travers des peintures toutes mignonnes et aux couleurs chatoyantes ayant servi à illustrer Pinocchio, Le Petit Chaperon Rouge et bien d'autres où l'humour est omniprésent. Preuve il en est que le dessinateur excelle dans tous les projets qu'il aborde; le livre se clos d'ailleurs sur une BD humoristique de Mugen Wakusei Nomu et une interview de lui et ses principaux collaborateurs où ils n'hésitent pas à se tourner en dérision en se dessinant en SD, voire en hippies jouant de la guitare pour illustrer leurs propos !
Que dire de plus sinon que Imagine, de part son humour léger et ses aquarelles aériennes, est probablement l'un des artbooks les plus agréables à regarder de Yoshitaka Amano ? On nous exhibe ici à loisir un côté du dessinateur que l'on ne suspectait guère tant son palmarès est peuplé de créatures bien moins accueillantes. Faisant parti de ses recueils les moins glauques, Imagine pourrait bien réconcilier ce dessinateur décidément spécialisé dans bien des disciplines avec ceux qui d'ordinaire n'apprécient guère ses travaux, bien qu'aujourd'hui ce livre se face de plus en plus rare. Une pièce de collection à posséder absolument.

--Auteur: Yoshitaka Amano------------------ Références: Asahi Sonorama
--Nombre de pages: 126--------------------- Format: A4+
Même format et même design pour Hiten que son prédécesseur, faisant logiquement suite à Maten après cinq ans d'intervalle et réunissant pour l'occasion les travaux de l'artiste toujours aussi bien fournis et variés pour une période s'étalant de 1984 à 1987.
Rien de bien nouveau donc dans ce recueil où Amano continue d'illustrer des séries déjà bien entamées, telles Kyûketsuki Hunter D, Elian et Kimaïla, si ça n'est quelques projets très prometteurs réalisés entre temps comme le somptueux Tenshi no Tamago en collaboration avec Mamoru Oshii, ou sa relève dans le fastidieux travail d'illustration de la très longue épopée de Guin Saga. D'autres célèbres romans voyaient également le jour à cette époque ou bénéficiaient d'une réédition agréméntée de la patte étrange du dessinateur, dont Arslan Senki, Arabian Night, Elric Saga, et le magazine Shishioh de Asahi Sonorama dont les plus belles couvertures sont signées de la main du Maître.
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Au niveau de la qualité des peintures, il n'y a pas à le dire deux fois, Hiten présente la période artistique de Yoshitaka Amano la plus florissante et la plus représentative de son style de sa carrière. Chaque tableau est un pur chef-d'oeuvre et révèle un soin extrême dans le tracé des visages, chevelures et drapés comme dans l'application délicate de la peinture. Les personnages ont gagné en grâce et en finesse, les parures et l'ornementation des vêtements et décors se font davantage fournies. On ne sait plus où regarder tant la richesse du dessin est troublante d'harmonie, chaque détail s'emboite dans un autre pour en former un troisième, créant une sorte de trame au second plan dans un effet de fond/forme qui donne le vertige.
Yoshitaka Amano s'est définitivement libéré de toute influence artistique et affiche ici un style qui lui est propre avec une maîtrise absolue dans le modelé de ses créatures comme dans l'application de la matière. Les personnages qui prennent vie sous son pinceau arborent ainsi une personnalité bien marquée par le jeu de leur regard chargé d'intensité sous leurs paupières mi-closes; leur charme étrange d'un autre monde et d'une autre époque a créé une sorte de griffe au dessinateur qui de ce fait, est reconnaissable au premier coup d'oeil. Le petit univers de Amano est désormais bien achevé et toute bestiole tordue et autre protagoniste à forme humaine ne semblent jamais éloignées l'une de l'autre et se mélangent à loisir les uns les autres dans un tout foisonnant proche d'un Rococo 100% réinventé et dans un folklore purement fantastique.
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Petit détail plutôt curieux, vous serez peut-être surpris si vous possédez déjà le recueil Mateki (voir l'article correspondant) de découvrir au détour d'une page quelques aquarelles toutes en valeurs de gris arborant le même titre et mettant en scène les mêmes personnages principaux que ce récent ouvrage (on reconnaît aisément Saara parfaitement indentifiable grâce à sa flûte ainsi que la Nymphe dont il est amoureux). Il semblerait que cette nouvelle de Yoshitaka Amano ait été à l'origine publiée chez Hayakawa Shobô dans le SF Magazine de janvier 1987. Reste à comprendre pourquoi ces illustrations d'une grande délicatesse ne figurent pas dans le recueil de cette histoire nouvellement éditée chez Asahi Sonorama, d'autant plus qu'elles auraient été bien plus appréciables que les croquis par lesquels elles ont été remplacées...
Un petit mot également sur la série de tableaux tirés de Tenshi no Tamago. Tout en camaïeus de mauves et de violets, ils mettent en scène La Jeune Fille et son Oeuf dans les différents lieux clés du film dans une atmosphère chaude et colorée, frêle créature errant dans l'immensité de ces décors surréalistes. C'est superbe et très soigné, il est vraiment dommage que le livre d'images dont ils sont issus soit à ce jour épuisé chez Tokuma Shoten. Reste Hiten pour vous en présenter ces quelques vestiges d'une oeuvre majistrale, ainsi qu'une galerie de Art Works incérée comme bonus à la fin du DVD de ce film que je ne saurais que trop vous conseiller. A regarder de préférence en hiver.


Ci-dessus: Tenshi no Tamago et Mateki. Que ce soit par l'utilisation de l'aquarelle diluée à l'extrême ou par celle du pastel sec relativement dense, Amano est passé maître dans les jeux de lumière qui créent une atmosphère unique à ses tableaux.
Hiten est un véritable bijou qui, si vous ne connaissez pas encore l'oeuvre de Yoshitaka Amano, il vous faut vous procurer en priorité afin de découvrir son univers et apprécier son talent dans toute sa finesse. Hiten est incontestablement un des recueils les plus beaux de l'artiste et il serait un crime pour tout fan qui se respecte de ne pas le posséder, d'autant plus que vu le coût des artbooks actuels, il présente un excellent rapport qualité/prix. Hiten est le dernier ouvrage de Yoshitaka Amano à révéler un style homogène et une réelle qualité visuelle égale au fil des pages, le dessinateur ayant opté par la suite pour un crayonné plus nerveux et une touche picturale moins appliquée qui signent son entrée dans les années 90 et une totale remise en question de sa façon artistique de penser.


--Auteur: Yoshitaka Amano------------------ Références: Asahi Sonorama
--Nombre de pages: 176--------------------- Format: B4
Le dernier de la trilogie en "Ten" édité par Asahi Sonorama et longuement introduit par Neil Gaiman, auteur de Sandman également à l'origine de l'adaptation américaine de Princesse Mononoké, réunit les meilleurs travaux de l'artiste des années 90 à 2000. Rappelons que c'est à New-York que Yoshitaka Amano a mis au point une de ses dernières créations, Hero, qui a donné lieu à une exposition sur le Nouveau Continent en 1999 après celle de Think Like Amano en 1998.
Une sélection des oeuvres dévoilées lors de ces deux rétrospectives figure d'ailleurs dans cet ouvrage, Hero faisant office de figure de proue au recueil et présenté par Amano lui-même sous forme d'un petit résumé de son scénario original. Constitué pour l'essentiel de dessins au crayon nerveusement tracés sur des fonds colorés dans des camaïeux de bruns, l'artiste nous fait ainsi découvrir son personnage principal et l'univers fantastique dans lequel il évolue. Think like Amano quant à lui, est inséré au milieu de Biten dans un court chapitre intitulé Mozart et forme un enchaînement de différents tableaux au fond doré sur lesquels viennent se contorsionner des personnages blafards dans des poses à forte connotation érotique. Ces peintures, tout comme Hero, font partie des travaux personnels de Yoshitaka Amano, sans aucun rapport avec des oeuvres romancées. Une curiosité qui nous fait (re)découvrir le monde intérieur et les fantasmes du peintre de l'étrange.
-© Yoshitaka Amano-
Ces quelques toiles de sa collection privée mises à part, Biten accueille en majorité les aquarelles et dessins noir et blanc ayant fait office de couverture de romans et d'illustrations intérieures, notamment celles du magazine Shishioh de novembre 87 à décembre 91 qui monopolisent la première moitié du recueil, ce qui est loin d'être déplaisant étant donné leur grande qualité, particulièrement représentatives de l'évolution du style du peintre au fil des années. Le trait d'Amano est à la fois délicat et nerveux, ses techniques d'application de l'aquarelle riches et variées. L'artiste sait prendre des risques par des compositions parfois pour le moins étranges, mais sans jamais rompre avec une certaine harmonie. Les couleurs lumineuses et employées pures comme motifs vestimentaires s'éclipsent souvent au profit de subtils jeux de transparences des drapés sous l'effet de l'aquarelle. Sa peinture se veut désormais plus dense et plus pure que ses précédents travaux regroupés dans Hiten, avec une prédominance de rouge et de jaune sur fond sombre dans de puissants contrastes colorés. Amano a décidé de chanter la couleur, comme en perpétuel défit d'innover toujours plus dans son style déjà si atypique. Ses propres mots sont d'ailleurs là pour le confirmer et conclure le chapitre Shishioh : " My artistic side is not really satisfied. I want to take more risks, to do something more challenging. Don't listen to others, listen to yourself. Do want you believe in. " Je crois que c'est assez réussi...
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Ci-dessus: Quelques couvertures du magazine Shishioh, histoire de vous montrer les différentes techniques de peinture du Maître Amano.
Faisant suite au curieux Mozart (qui pourrait faire parler bien des psy' ?), arrivent les étranges monochromes de Kimaïla réalisés pour le magazine Nemuki de septembre 96 à juillet 98 et n'ayant jamais été insérées par la suite dans les livres finis, suivis de quelques-uns de Kyûketsuki Hunter D et Guin Saga. Tout ceci n'est qu'un entracte pour louer bientôt le retour de la couleur dans un amalgame de romans les plus variés, dont Taitei no Ken, Historical Romance of Mavars, Elric Saga, Kôya ni Kemono Hoesu, Kimaïla, Arabian Nights, Kyûketsuki Hunter D, Arslan Senki, Guin Saga, Legend of Galactic Heroes, pour ne citer que les plus connus ! Certaines couvertures d'éditions à tirages limités se baladent également dans cet ouvrage, dont celles de D-Enchanted Massacre et de Historical Romance of Mavars, Biten restant donc à ce jour le seul recueil où subsistent encore quelques traces visibles de ces livres aujourd'hui épuisés et introuvables. Enfin, le artbook se termine sur une chronologie des principaux travaux d'Amano jusqu'en 1999, date de publication de Biten et de sa dernière création de l'époque, Hero. Ne me dites pas que vous vous en fichez complètement car je vous le rappelle, Biten est une édition bilingue japonais/anglais, ce qui rend parfaitement compréhensibles les commentaires de Neil Gaiman et de Amano sur sa peinture. Excellente idée qui permet aux non-japonisants de connaître enfin les titres des ouvrages auxquels se rapportent leurs tableaux préférés. Merci Sonorama !
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Biten reste à ce jour le dernier recueil d'illustrations totalement inédit édité par Asahi Sonorama, Kiten ne faisant qu'en regrouper d'autres existant déjà de façon séparée. Reste à aller fouiner du côté d'autres maisons d'éditions et à s'armer de patience en attendant le prochain. Néanmoins, les meilleurs crus demeureront probablement les ouvrages réunissant les oeuvres de l'artiste antérieures à l'an 2000, son style ayant évolué d'une bien étrange façon au risque de devenir parfois indigeste. Espérons qu'Amano se reprenne et accorde à nouveau le soin extrême qu'on lui connaissait envers ses anciens travaux pour nous pondre tout comme avant de merveilleux ouvrages qui chantent le beau et la fantaisie.


-----Auteur: Yoshitaka Amano--------------- Références: Asahi Sonorama
-----Nombre de pages: 128------------------- Format: A4 environ
Mateki constitue un ouvrage à part puisqu'il s'agit d'une nouvelle originale intégralement écrite et illustrée par Yoshitaka Amano, dans la lignée des récits d'autres auteurs qu'il a précédemment illustrés ou des projets auxquels il a collaboré. Mateki nous conte une histoire à la fois fantastique et romanesque, celle d'un monde imaginaire où seul le ciel séparait la Terre du Paradis, où vivaient en paix les créatures les plus variées dans une parfaite harmonie. Mais un jour naquit un terrible démon, des profondeurs les plus reculées et les plus obscures des Ténèbres. Celles-ci recouvrirent alors les Cieux et bientôt, la Terre entière. Toute créature de ce monde fut réduite au silence et le démon, satisfait, s'endormit. Le temps passa lorsqu'un jour, il entendit le son d'une flûte. Les hideuses créatures des Ténèbres furent flattées de cette douce mélodie et se changèrent en tendres êtres ailés. Celui qui jouait de cet instrument s'appelait Saara, et ne s'en séparait jamais. Le démon convoita alors cette flûte...

Ci-dessus "Mateki", illustration tirée du artbook Katen et insérée au début du présent recueil. La différence de style est flagrante entre cette peinture et les autres dessins réalisés pour Mateki. Un oeil exercé y remarquera aisément sa façon de peindre d'il y a quelques années, plus léchée et noyée d'or qui a fait tout le charme de son oeuvre et imposé son style définitif reconnaissable au premier coup d'oeil.
D'un point de vue formel, Mateki se présente sous une luxueuse jaquette en papier précieux recouvrant une couverture rigide, sobre visuellement mais très agréable au toucher. Le livre s'ouvre sur de superbes lithographies en noir et blanc et en couleurs, finalisant certains croquis du recueil et réunies sur la première dizaine de pages. Puis commence l'histoire en elle-même, et là le contraste est des plus déroutants: les illustrations léchées et soigneusement peintes font place à de rapides esquisses illustrant les propos d'un petit récit rédigé sous forme de poème. Il est alors important d'aborder cette oeuvre à la manière d'une succession de croquis et non plus en tant que peintures à part entière afin de pouvoir réellement la comprendre et l'apprécier. Le trait devient extrêmement nerveux, Amano jette sur le papier sa vision de la scène en quelques coups de crayons, simulant les drapés dans de violentes courbes très gestuelles accentuant les compositions circulaires qui lui sont chères. Le modelé des corps des personnages se limitent aux grandes tensions et courbes de leur position, tranchent avec la sérénité de leurs visages qui, même juste esquissés, gardent toujours une extrême douceur et finesse de trait. Amano dessine avec une assurance et une force de travail déconcertantes qui ne laissent aucune place au repentir. Les couleurs vives et violentes sont mises en apposition, parfois rehaussées d'or et ne servent quasiment plus ici que d'indications colorées, afin de souligner par de rapides tâches les éléments essentiels du dessin ou pour le rendre tout simplement plus lisible. Les différents motifs à peine ébauchés ne jouent plus ici le rôle décoratif qu'on leur portait habituellement dans ses précédents travaux et s'intègrent parfaitement au croquis.
©
Yoshitaka
Amano
Saara, toujours la flûte aux lèvres, instrument omniprésent auquel l'ouvrage doit son nom (La Flûte Maléfique) et fortement marqué dans les illustrations par une ligne d'un rouge éclatant qui tranche nettement avec le blanc du papier et le reste du dessin délayé et tout en courbes. Les fans de Final Fantasy reconnaîtront à ce personnage un petit air de Frionel, Butz ou encore Locke, type de design cher à Amano et récurrent dans beaucoup de ses oeuvres.
Ce style mêlant à la fois violence de trait et simplification des couleurs, nous ramène aux travaux du dessinateur réalisés en tant que chara-designer pour l'animation (voir Imagine) et les jeux vidéos, de part son caractère presque informatif.De plus, Amano vient recadrer ses illustrations en les confinant dans des vignettes de différentes tailles, ce qui donne l'impression de suivre l'histoire à travers le storyboard d'un film, nous rappelant entre autre que c'est lui qui a réalisé celui de Tenshi no Tamago . Tout y est montré comme une sorte de découpage technique en différents plans, recadrages et zooms sur certains points importants, les scènes clés mises en pleine page donnent une impression de mise en scène omniprésente. L'histoire se déroule la plupart du temps sans texte sur des dizaines de planches à la manière d'une étrange bande-dessinée silencieuse, ce qui donne une autre dimension au récit; comment alors ne pas se rappeler les succession d'images sans dialogue de Tenshi no Tamago ? Amano a ici habilement lié son expérience d'illustrateur de romans et ses autres travaux en y faisant découler une parfaite unité. Certes, ces croquis contrastent fortement avec ses superbes peintures soignées à l'extrême, foisonnant de détails et de motifs que l'on trouvait dans Maten et Hiten, pourtant il faut se rendre à l'évidence, Mateki respecte parfaitement son style actuel, éthéré et délayé, sans artifices superflus, pour ne garder que les caractéristiques essentielles de son oeuvre passée. On finit néanmoins par tomber sous le charme devant tant d'habileté et de maîtrise, pour peu que l'on accepte de se fondre dans l'histoire; vous vous surprendrer peut-être même, au bout d'un moment, à ne plus être dérangé par cette différence de style, car la beauté et la grâce des personnages se ressentent dès les premières pages. L'essentiel est dit par le dessin et le texte aidant, vous n'aurez aucun mal à suivre leurs péripéties et à vous y attacher. Après tout, n'était-ce pas le but recherché, d'une manière ou d'une autre ?
©
Yoshitaka
Amano
A gauche, une des superbes lithographies présentées au début du recueil et ne faisant pas partie de l'histoire proprement dite. A droite, le croquis ayant servi d'épure au premier dessin et lui intégré au récit. Il est évident que l'on aurait aimé retrouver la qualité de la lithographie dans la totalité de l'ouvrage plutôt que d'en bénéficier seulement en ajout au début du livre, qui ne fait qu'accentuer un peu plus le sentiment d'inachevé lorsque l'on feuillette le reste du recueil.
Certes, Matéki déconcertera les fans les plus ardus de l'artiste (ou peut-être justement pas) tant ce livre fait preuve d'inégalité, et il vous faudra le feuilleter plusieurs fois avant de pouvoir l'apprécier à sa juste valeur. Il n'empêche que pour le prix élevé de l'ouvrage - près de 60 Euros - on peut repprocher à Amano de n'avoir pas apporté un peu plus de finalité à son projet. Mais quand on aime, on ne compte pas...

-------Auteur: Yoshitaka Amano-----------Références: Asahi Sonorama
-------Nombre de pages: 296---------------Format: A4+
Dernier recueil en date de Yoshitaka Amano, cet ENORME ouvrage est en fait un regroupement intégral des illustrations des deux premiers volumes de la trilogie en "Ten" sortis chez Asahi Sonorama, à savoir les artbooks Maten et Hiten vus précédemment, suivis de Katen, livre épuisé depuis longtemps chez son éditeur originel. Pas de différence donc avec les livres d'art analysés plus haut, si ça n'est que certaines illustrations disposées à l'origine à l'envers, en double page coupées par une reliure mal placée ou scannées en tout petit dans un coin se retrouvent ici entières, à l'endroit et parfois en pleine page, ce qui rend enfin honneur au travail de l'artiste. On se surprend même à croire que certains dessins ont été rajoutés pour cette édition, ce qui n'est absolument pas le cas. L'impression de déjà vu n'est donc pas trop marquée et finalement, passé la surprise éprouvée lorsque l'on feuillette pour la première fois l'ouvrage, n'est pas désagréable du tout, d'autant plus que l'on peut noter quelques variantes dans les tonalités de couleurs lors de l'impression d'un livre à l'autre. Celles de Kiten ont tendance à être plus ternes, la luminosité des aquarelles d'Amano qui fait tout leur charme est passée à la trappe et de ce côté je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer plutôt les versions séparées de ces artbooks. Le livre s'ouvre sur Maten puis suivent chronologiquement Hiten et Katen. Les nouvelles de Vampire Hunter D et Kimaïla publiées dans Maten ne sont pas présentes dans cette version, seules leurs illustrations ont été conservées.(Encore une fois préférez Maten, elles y sont bien plus belles.) Si on peut noter un index plus détaillé à la fin du livre, il manque parfois de précisions au niveau de Katen, mais cela n'a pas beaucoup d'importance lorsque l'on sait que la plupart de ces livres sont devenus introuvables.
Pour une analyse plus complète de Maten et Hiten, je vous invite à vous reporter plus haut aux chapitres correspondant; pour ce qui est de Katen, mon but n'est pas ici d'en faire un descriptif approfondi, je vous demanderais donc d'attendre patiemment que j'ai réussi à me procurer l'original afin d'en faire un article complet et significatif. Sachez seulement qu'y sont regroupées les oeuvres de l'illustrateur pour les romans de Rampo Edogawa (superbes), ainsi que quelques couvertures de Vampire Hunter D, Arslan Senki et Guin Saga, dans un style de transition entre ses plus belles illustrations et ses aquarelles éthérées d'aujourd'hui. Sont également présentés quelques uns de ses tableaux les plus étranges, proches de l'abstrait et constitués de grands applats de couleurs d'un goût douteux, rappelant par moment certains mouvements européens du XXe siècle. Je ne vous montrerai pas ici d'illustrations, il m'est impossible d'en scanner quelques exemples sans casser la reliure tant l'ouvrage est lourd et volumineux. (ils ont fixé le prix au Kilo !?) Il vous faudra donc attendre encore une fois le test définitif de Katen pour pouvoir les apprécier.
En bref, Kiten s'adresse essentiellement aux collectionneurs et fans d'Amano, mais aussi et surtout à ceux ne possédant pas encore Maten et Hiten et ayant l'intention de se les procurer. Cette aquisition devient alors très rentable du fait qu'y soit inclus Katen et donc pour le prix de deux artbooks - Kiten est près de 92 Euros - on en a un troisième introuvable neuf. Cette dernière raison vaut pour ma part à elle seule l'achat de ce artbook quelqu'en soit le prix, et probablement pour tous ceux qui comme moi désespéraient de pouvoir un jour dévorer Katen, "l'Amano manquant" de leur belle collection.

Illustrateur: Yoshitaka Amano-------------Références: Vertigo DC Comics
Auteur: Neil Gaiman-------------------------Nombre de pages: 138
Adaptation en japonais: Baku Yumemakura--------Format: A4 environ
Neil Gaiman est officiellement considéré en Amérique comme étant l'un des dix meilleurs auteurs post-modernes de la deuxième moitié du XXième siècle. Maintes fois primé pour bon nombre de ses travaux, ses livres sont désormais considérés comme des classiques de la littérature fantastique américaine, avec notamment Stardust et Neverwhere, ses recueils de nouvelles Smoke and Mirrors, et bien évidemment sa fameuse série The Sandman, longue fable gothic que certains fans n'hésitent pas à qualifier avec justesse de conte pour adultes, tant l'aquisition d'une expérience certaine de la vie s'avère nécessaire pour en saisir toutes les subtilités.
Neil Gaiman est également à l'origine de l'adaptation américaine du film de Miyazaki Mononoké Himé, qui est pour lui l'occasion de s'immerger dans la culture asiatique et d'en découvrir les richesses. L'écrivain se découvre bientôt une passion pour les fables japonaises et le monde mythique dévoilé par les légendes de ce pays et décide alors de transposer un conte classique du Japon, Le Renard, le Moine et L'Empereur des Songes de toutes les Nuits, dans l'univers de Sandman. Le onzième volume des aventures du Roi des Rêves, Sandman: The Dream Hunters, est ainsi né, mais ne fait pas partie de la série proprement dite.
A l'occasion du dixième anniversaire de Sandman et de son onzième tome, Neil Gaiman se voit offrir les services de Yoshitaka Amano pour l'illustration de Dream Hunters, et de là naît un véritable coup de foudre pour sa peinture (se référer à l'avant-propos du artbook Biten pour plus de détails). la prose étrange de Neil Gaiman et les illustrations inquiétantes de Yoshitaka Amano étant parfaitement compatibles et complémentaires, il en ressortira une oeuvre marquante et traduite dans le monde entier. Je m'intéresserai ici à sa version japonaise adaptée avec justesse par Baku Yumémakura qui, en tant qu'écrivain de l'étrange, demeure très familier aux mondes des fables fantastiques japonaises et rend Sandman: The Dream Hunters très proche de son oeuvre en elle-même (notamment d'Onmyôji ).
-© Y. Amano-
Présentée sous forme d'un livre d'illustrations, l'histoire narrée dans The Dream Hunters reste dans la lignée des légendes classiques asiatiques avec son folklore et son inévitable bestiaire fantastique, et comme bon nombre d'entre elles, s'ouvre sur des animaux désireux de se jouer des humains. Cette fois-ci, un blaireau et un renard blanc font un pari: celui qui parviendra à déloger de son temple isolé le jeune moine vivant en ermite dans la montagne gagnera le droit de faire de l'édifice tant convoité une nouvelle tanière pour sa race, où ils pourront enfin vivre sous un toit comme les humains. Mais contre toute attente, alors que le renard se croit malin en adoptant l'aspect d'une jeune fille afin de courtiser l'ermite et le pousser à abandonner sa vie de réclusion, il finit par se prendre à sa propre ruse et son nouveau coeur de femme fait qu'il tombe bientôt amoureux du bonze. Mais les deux êtres que tout sépare ne savent pourtant pas que, loin tous tourments sentimentaux, une bien plus terrible menace pèse sur ce moine qui n'aspire qu'à la sérénité. Car le fortuné Onmyôji de Kyoto (Grand Maître du Yin-Yang), tourmenté par ses peurs les plus profondes et ne trouvant un soupçon de quiétude qu'en manipulant ses sortilèges et en exerçant son pouvoir, a entendu parlé du jeune ermite qui, lui, vit en parfaite harmonie avec lui-même. Sans crier gare, il décide alors d'envoyer ses hordes de démons pour tourmenter à son tour les songes du jeune homme déjà troublé par cette mystérieuse "femme", quitte à le tuer si cela peut lui apporter enfin la paix à lui-même. Mais c'est sans compter sur le renard qui, tandis que les démons se dirigent vers le temple isolé, a eu vent des projets de l'Onmyôji et est bien décidé à sauver celui qu'il a jadis si jalousement envié. Un combat mythique s'engage alors... jusqu'à ce que le mystérieux Roi des Rêves vienne s'en mêler...
-© Y. Amano-

D'un point de vue visuel, de toutes les versions connues de Sandman: The Dream Hunters, son adaptation japonaise reste de loin la plus belle, avec son cadre doré mettant harmonieusement en valeur l'illustration de couverture. Broché comme les précédents ouvrages de cette série sortis en Amérique, rien n'a été laissé au hasard pour nous offrir un livre qu'on ne se lasse pas de contempler et un grand moment de lecture. Pour ce qui est des illustrations intérieures, on n'a pas à le dire deux fois, c'est un pur chef-d'oeuvre. Amano est au top de son talent et signe ici un de ses plus beaux artbooks. The Dream Hunters restera un des romans auxquels il a apporté le plus de soin à agrémenter de son pinceau et un de ses travaux les plus aboutis. L'artiste a su appliquer toutes ses techniques de peinture et adapter sa façon d'apposer la couleur au sujet du dessin pour former un tout harmonieux et une continuité parfaite dans l'ouvrage, figurant les cours d'eau et paysages d'automne par superposition de taches colorées qui accrochent la lumière à la manière des plus beaux tableaux impressionnistes. Amano retranscrit parfaitement l'atmosphère et la majesté de l'art traditionnel japonais et offre un charisme tout particulier au Roi des Rêves en y ajoutant une pointe de fantaisie vestimentaire et de classe. Sublime !
-© Y. Amano-
The Sandman: The Dream Hunters ne possède qu'un seul et unique défaut, et ceci tous les fans ayant lu cet ouvrage s'accordent pour l'affirmer: l'histoire est bien trop courte et laisse le lecteur sur sa faim; le scénario aurait en effet mérité d'être traité à la manière d'un roman classique avec davantage de péripéties. Il n'empêche que ce livre a connu un succès mondial et remporté toutes les récompenses sur son passage: le prix Bram Stoker en 1999 du meilleur comic book et graphic novel, le prix Eisner en 2000 du meilleur comics-related book et une nomination en 1999 pour le prix Hugo du meilleur related Book. Si vous ne maîtrisez pas le japonais, The Sandman: The Dream Hunters étant sortis dans de nombreux pays, il est disponible dans la quasi-totalité des langues les plus courantes: anglais, espagnol, italien, allemand, norvégien, suédois... et... en français !! (enfin !!) De plus à la fin du livre, Amano avait émis le souhait de réitinérer l'expérience sur les prochaines oeuvres de Neil Gaiman. Il semblerait que ce soit à présent chose faite avec la sortie américaine en octobre 2002 d'un nouvel ouvrage intitulé Sandman Journal: Dream et présentant déjà une illustration de couverture du Maître Amano. Affaire à suivre...

-© Y. Amano-

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