
Après les Be Boy Zips, c'est au tour des recueils Be Boy LUV de faire place à une nouvelle collectoin, suite au rachat des Editions Biblos, rebaptisées Libre. Le principe cependant ne change pas, ces livres restent des recueils d'histoires courtes à thème d'environ 300 pages, composé d'environ 8 chapitres. La plupart des histoires finissent chaque fois, mais certaines sont des prépublications de chapitres faisant partie de séries longues. Ce qui est nouveau par rapport aux Zips et aux LUV, c'est qu'ils contiennent parfois un mini roman d'une trentaine de pages. Les Be Boy Phoenix sortent tous les deux mois, à la date du 20 .
-------------- Phoenix 1 (Special 7ème Ciel)
-------------- Phoenix 2 (Les Mal Dégrossis)
--------------------Be Boy Phoenix 1
---© Yaya Sakuragi / Libre-----------------------Thème: "Spécial 7ème Ciel"
- Haru o daïtéita 45 : Flight Control , par Youka Nitta (p.229). Après la première de "Fuyu no Semi" à Hollywood, Kyôsuké Iwaki a dû rentrer rapidement au Japon pour reprendre le tournage du film dont il tient le rôle principal. Une fois les formalités de son propre départ achevées, Katô prend à son tour l'avion pour réintégrer son pays natal. A son arrivée à l'aéroport, il est accueilli par Kanéko, son manager. Les deux jeunes gens ne s'étaient pas revus depuis que la directrice de leur maison de production avait mis temporairement Katô au rencart et en l'apercevant, le manager remarque aussitôt pétris d'admiration comme l'acteur a gagné en beauté et en assurance depuis leur dernière rencontre. "Ce sera très bientôt le moment de votre retour dans le monde du spectacle, annonce Kanéko, et voici un message de la part de notre directrice: "Si tu le peux, fais en sorte de me prouver que ça n'a pas été un long détour inutile ." Katô comprend aussitôt ce que signifient les paroles de la sévère femme d'affaires, qui lui arrachent un sourire entendu. "Que c'est bon.... soupire-t-il. L'air d'ici me picote délicieusement la peau, c'est vraiment agréable d'être de retour au Japon." Et tandis qu'il dévisage l'acteur dont les traits n'expriment que défi et confiance en lui face à la nouvelle carrière qui l'attend, Kanéko ne peut réprimer un frisson. "Il peut y arriver...!!" songe-t-il en frémissant d'avance d'excitation.

Un peu plus tard, tandis qu'Iwaki se repose allongé sur le tatami de sa loge, il est soudain réveillé par les vibrations de son portable. Saisissant l'objet d'un bras encore engourdi par le sommeil, l'acteur déplie son téléphone pour y découvrir un message de Katô. "Je suis de retour, Iwaki-san," tels sont les mots inscrits sur l'écran. Mais après la joie de savoir son ami enfin en un lieu moins éloigné que les Etars-Unis, une expression grave vient se peindre sur les traits d'Iwaki. Car comme Kanéko, il sait ce que signifie le retour de Katô: métamorphosé par les expériences qu'il a vécues durant son chômage, Katô en tant qu'acteur a encore gagné en lustre, en force et en maturité, plus que jamais prêt à affronter à nouveau le public. Le jeune homme va vite redevenir une star qui fait recette, et personne ne saurait mieux pressentir cela que des gens issus comme lui du monde du spectacle tels que Kanéko et Iwaki....

Après un court repos, Iwaki recommence à tourner sous le regard intransigeant du jeune réalisateur Mochimuné. Fidèle à son surnom de Génie Diabolique, le cinéaste ne ménage guère l'acteur, l'obligeant à rejouer la même scène pour la énième fois, au point que même l'équipe technique en vienne à avoir pitié d'Iwaki. "Iwaki-kun. Cela ne suffit pas d'arborer un visage menaçant, cessez de m'obliger à vous le répéter. Je vous ai pourtant déjà expliqué que le personnage de Suô est celui d'un névrosé brutal, lascif et rusé. Que ce soit dans ses expressions, son comportement, en somme dans la moindre partie de son être, vous ne devez pas laisser transparaître ne serait-ce qu'une once de sens commun. Je ne sens pas la folie dans vos yeux, Iwaki. Quel que soit le rôle que vous interprétez, vous n'exprimez que normalité, honnêteté et sincérité. Lorsque cela convient au rôle, c'est parfait. Néanmoins dans celui que vous incarnez aujourd'hui, c'est très ennuyeux. Pour quelle raison croyez-vous que j'ai exigé que vous ne rentriez plus à votre domicile ? Parce que je souhaitais vous voir quelque peu souillé par la fureur. En me débrouillant habilement pour vous séparer de votre compagnon, je pensais que peut-être vous parviendriez à appréhender ce sentiment, mais vous n'avez pas évolué d'un poil. C'est bien dommage."
Son speech achevé, le réalisateur s'apprète à réintégrer son siège lorsque retentit dans son dos la voix vibrante de rage d'Iwaki. "Si c'est pour corriger les erreurs de mon jeu, vous pouvez me dire tout ce que vous voulez.... MAIS CELA VOUS DÉRANGERAIT-IL D'ARRÊTER DE VOUS MÊLER DE MA VIE PRIVÉE ?!!" Nullement démonté par les récriminations de l'acteur, Mochimuné se contente de tourner la tête pour répondre calmement: "La vie privée est une chose précieuse. Ce sont les expériences qui font la richesse du jeu d'un acteur. Enrichir leur art grâce à leurs expériences quelles qu'elles soient, n'est-ce pas ce que les acteurs ont coutume de faire ? Et vous, Iwaki, quel est le pivot de votre existence ? Votre carrière ou votre vie privée ?" Stupéfait, sur le coup Iwaki ne sait que répondre. Le pivot de son existence.... Avec horreur, il réalise qu'il n'y avait encore jamais songé....
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L'acteur réfléchit encore à cette discussion quand le lendemain, il se rend en compagnie de sa manager à un hôtel où il doit enregistrer une interview pour la promotion de "Fuyu no Semi". Katô est déjà dans la chambre où se déroule le tournage, et c'est Kanéko posté dans le couloir qui accueille les deux nouveaux arrivants. En attendant d'entrer à son tour avec Iwaki, Mme Shimizu a le temps d'échanger quelques mots avec le jeune manager. Le moment est bientôt venu où Katô va revenir sur le devant de la scène, et bien qu'il n'appartienne pas à la maison de production pour laquelle elle travaille, Mme Shimizu avoue comme elle a hâte de voir l'acteur reprendre du service. A elle non plus, le fait n'a pas échappé que le Katô revenu des USA paraît d'un niveau bien supérieur à celui qui a quitté le Japon quelques mois plus tôt. Tandis que les deux managers évoquent ainsi avec enthousiasme ce changement prometteur qui s'est opéré chez son compagnon, Iwaki quant à lui suit la conversation d'une oreille distraite. Il faudra que Mme Shimizu, étonnée que l'acteur ne lui réponde pas quand elle lui demande son avis, lui tape sur l'épaule pour qu'il revienne enfin à la réalité. Déboussolé, Iwaki s'excuse de son manque d'attention d'une voix haute quelque peu paniquée, au point que Kanéko soit obligé de l'engager à parler moins fort, rappelant que l'on tourne l'interview de Katô à côté ! Mais Iwaki a l'air épuisé, Kanéko s'en rend bien compte, et apprenant que l'acteur n'a pas quitté le plateau de tournage de son dernier film depuis 48 heures, il le presse de rentrer dans la chambre où se déroule l'interview afin qu'il puisse s'assoir et se reposer un peu.
Confortablement assis dans le salon de cette luxueuse chambre d'hôtel, Katô élégamment vêtu pour l'occasion pose devant la caméra tout en répondant aux questions de la journaliste. "Vous voir jouer dans un drame historique est plutôt inattendu, remarque cette dernière. Mais vous, Mr. Katô, quelles sont vos impressions à ce sujet ?" - "Même si l'époque est différente de la nôtre, répond l'acteur avec aisance, il s'agit d'un drame humain, voilà pourquoi en ce qui me concerne je n'ai ressenti aucune impression de rupture. Au contraire, de tous les rôles que j'ai interprétés jusqu'à présent, c'est le personnage de Kusaka que j'ai le mieux compris et avec lequel je suis parvenu à me sentir en symbiose. Je suis réellement très heureux d'avoir rencontré ce rôle." Sur ces mots, apercevant son bien-aimé qui vient de pénétrer dans la pièce, Katô lui adresse un sourire complice. Lui rendant son sourire, Iwaki vient s'assoir près de lui afin de prendre à son tour part à l'interview. Tandis que la journaliste achève de poser ses questions à Katô, Iwaki se retrouve à nouveau assailli par ses sombres préoccupations, toutes ces interrogations qu'il ne cesse de se poser à lui-même depuis sa discussion avec Mochimuné. "Je ne veux pas me retrouver vaincu par Katô. Dans un sens c'est cette motivation qui m'a soutenu en tant qu'acteur. Et dans le même temps et avec la même intensité, c'est l'amour de Katô qui n'a cessé de me soutenir, moi dont l'équilibre émotionnel est toujours si précaire. Je désire vivre auprès de Katô, c'est ce sentiment qui me gouverne. Et puis il y a ce rôle que j'ai choisi d'accepter dans le but de m'élever en tant qu'acteur. Ce travail ne cesse de me poser la même question: "Qu'est-ce que tu places au-dessus de tout ? Ton amour ou ta carrière d'acteur ?" Quelle ironie...."

Alors même qu'il ressasse ces pensées moroses, le sourire qu'Iwaki continue d'arborer face aux journalistes se fait soudain tendu, son regard se trouble. Aussi infime que soit ce changement de physionomie, il n'échappe pas à Katô, qui pressent tout de suite avec inquiétude que quelque chose ne va pas. Une fois l'interview achevée, alors que les quatre compères attendent de pouvoir monter dans l'ascenseur, le jeune homme prend pour prétexte de demander à Mme Shimizu des détails concernant l'emploi du temps d'Iwaki afin d'éloigner quelques instants les deux managers. Profitant que ces derniers se retrouvent à la traîne, il actionne le bouton de fermeture des portes. "Katô !?" s'exclame Iwaki étonné de ce geste. Mais une fois seul dans la cabine avec lui, Katô le saisit par le cou et s'empare de ses lèvres pour un long et profond baiser. "Mon corps est surexcité à cause de ce retour à la vie active que je n'en pouvais plus d'attendre. Cette nuit, rentre à la maison pour apaiser mes ardeurs.... C'est ton rôle, Iwaki. Peu importe l'heure, je t'attendrais.... D'accord ?" Katô a prononcé cet ordre d'un visage grave et sur un ton qui ne saurait tolérer un refus, néanmoins Iwaki n'est pas dupe: il sait que tout ceci n'est qu'un prétexte pour être auprès de lui et le consoler, car nul doute que quelqu'un d'aussi sensible que son compagnon a parfaitement saisi son subtil SOS.
Il fait déjà nuit quand, après être enfin parvenu à s'arracher à son travail et quitter discrètement le plateau de tournage sur lequel il se trouve confiné, Iwaki rentre à la maison. Dans leur chambre, Katô est déjà couché, nu, attendant la venue de son ami en lisant à la lueur d'une lampe de chevet. "Bonsoir", salue-t-il alors qu'Iwaki pénètre dans la pièce. L'acteur n'ose regarder le jeune homme dans les yeux, de peur que celui-ci ne perçoive les tourments qui l'habitent. Mais le saisissant brusquement par la main, Katô le fait tomber sur le lit. "A toi de choisir, Iwaki, lance-t-il en se penchant sur l'acteur. On le fait au lit ? Ou alors tu préfèrerais un autre endroit ?" Etendu contre les genoux de Katô, Iwaki lève vers lui un regard étonné, incapable de détourner les yeux de son visage grave. "Comment se peut-il qu'il soit aussi mûr.... s'interroge Iwaki, tant la sagacité de Katô pourtant cinq ans plus jeune que lui ne cessera jamais de l'étonner. J'ai honte de moi.... De ne pas être capable de surmonter seul mes problèmes...!!" Pourtant ce dépit n'empêche pas l'acteur de répondre, les lèvres tremblantes: "On le fait au lit, bien sûr."

Etendu sur les couvertures, Iwaki s'abandonne aux caresses brûlantes de Katô, et alors même qu'il goûte cette ivresse, ses pensées recommencent à vagabonder. "Katô me rend heureux non seulement grâce à ses paroles, mais par le seul contact d'un de ses doigts ou de ses lèvres. Peu importent la durée ou la distance qui nous séparent, rien que de penser à lui suffit à me combler. C'est cela qui constitue un obstacle à l'élaboration de l'image que Mochimuné attend de moi. "Ce sont les expériences qui font la richesse du jeu d'un acteur." Les souillures, j'en ai soupé plus qu'à mon tour !! A croire que je ne suis qu'un empoté pour ne pas être capable de les restituer dans mon jeu. "Quel est le pivot de votre existence ? Votre carrière ou votre vie privée ?" Autant l'un que l'autre, répond en lui-même Iwaki à cette question posée tantôt par le réalisateur. Car pour moi, les deux sont indissociables. Du moins, tant que Katô et moi ne serons pas séparés...."
A peine s'est-il fait cette réflexion qu'Iwaki rouvre brusquement les yeux. "Séparé...? D'avec Katô...?" Jamais encore il n'avait osé envisager une telle éventualité. Alors que l'hypothèse d'une séparation s'impose à son esprit dans toute son horreur, Iwaki s'avère incapable de réprimer le gémissement de désespoir qui lui monte à la gorge. Remarquant le changement qui vient de s'opérer chez son ami, Katô se redresse et découvre avec stupeur son visage mouillé de larmes. "Que se passe-t-il, Iwaki ?.... Iwaki !?" Pour toute réponse, l'acteur se jette dans ses bras, se raccrochant à lui désespérément. "Non Non NON !! Rien que d'y penser, c'est tellement pénible...! Rien que d'y penser.... mon coeur se glace !...." Mais si en son for intérieur Iwaki réussit à formuler ces paroles, le seul son qu'il parvient à extraire de sa gorge est un hurlement déchirant....

Le lendemain, alors qu'il arrive à son studio, Mochimuné est accueilli comme chaque jours par les saluts intimidés des membres de son staff. Alors qu'il entend derrière lui la voix d'Iwaki qui lui souhaite également le bonjour, le réalisateur se retourne machinalement pour lui répondre. Néanmoins, il reçoit un choc en découvrant le visage de l'acteur. Ses prunelles noires semblent couver une flamme sombre serties dans ce visage aux traits d'une froideur quasi-inhumaine. En s'imaginant qu'un jour il pourrait perdre Katô, Iwaki est enfin parvenu à appréhender le caractère du personnage de Suô, celui d'un homme qu'une longue solitude a peu à peu poussé vers la folie. "On y est...!!" souffle Mochimuné en frissonnant de plaisir....

--------------------Be Boy Phoenix 2
---© Libre / Yuki Shimizu -----------------------Thème: "Les Mal Dégrossis"
- Matsugo no Yumé ("Le Dernier Rêve"), par Yuki Shimizu (p.37). Dans le Japon féodal, Yôjun est le fils du seigneur d'un pays nommé Otowa. La situation politique à l'époque est des plus instable, ainsi les divers petits royaumes qui se partagent la région ne cessent de se faire la guerre. Quand il était encore petit, un jour que l'armée de son père s'apprétait à livrer bataille, Yôjun avait supplié son ami Tôichirô, le samouraï chargé de sa protection et meilleur guerrier du royaume, de ne pas partir au combat: car dans un rêve, il avait vu tous les guerriers de son père mourir en tombant de la colline où se déroulait l'affrontement. Quand le petit garçon avait raconté son rêve, cela avait mis son père dans une colère noire et il avait refusé de prêter l'oreille à ses avertissements, protestant avec fureur qu'il ne s'agissait que de divagations enfantines. Et pourtant, tout s'était déroulé comme Yôjun l'avait prédit, et seuls la moitié des soldats d'Otowa étaient rentrés de la bataille, les autres ayant péris en tombant de la colline, abattus par les flèches enflammées de l'ennemi. Tôichirô lui aussi était parvenu à s'en sortir, pour avoir tenu compte des paroles de son jeune maître. Mais il était revenu grièvement blessé, défiguré par une balafre barrant tout un côté de son beau visage. Le samouraï désormais privé de son oeil droit, le seigneur avait décidé qu'il n'était plus en mesure d'assurer efficacement la protection de son fils et avait voulu lui en retirer la garde. Mais c'était sans compter le profond attachement que Yôjun vouait à Tôichirô ! L'enfant s'était opposé vivement à la décision de son père, protestant avec raison que même pourvu d'un seul oeil, Tôichirô restait le meilleur guerrier du pays. Tandis qu'il refusait ainsi obstinément de se voir adjoindre un nouveau garde du corps, le seigneur avait finalement cédé et laissé Tôichirô auprès de son fils.
Plusieurs années se sont écoulées depuis, et voilà Yôjun devenu un bel adolescent. Suite à sa toute première prédiction, il n'a cessé de faire des rêves prémonitoires avant chaque bataille importante, et bien que la vision de ces combats sanglants soit chaque fois pour lui un véritable cauchemar, il est heureux que grâce à son étrange don de médium de nombreuses vies, tant de civils que de soldats, puissent être épargnées. Car lorsqu'on est au courant de la catastrophe qui va se produire, il est alors facile de faire en sorte de l'éviter. La paix peut ainsi enfin régner à Otowa, et devenu la fierté de son père et de son pays, Yôjun a reçu le surnom de "Divinité des Armées", véritable cadeau octroyé par les dieux !

Yôjun et Tôichirô, plus proches de jours en jours, mènent ainsi une vie heureuse et tranquille, jusqu'au jour où l'adolescent annonce au samouraï une terrible nouvelle: il doit être envoyé sous peu comme otage au pays voisin de Isurugi, et n'aura désormais plus besoin de ses services. Tôichirô n'arrive pas à y croire ! Afin d'en apprendre davantage, il se précipite chez le vieux Hasékura, capitaine des samouraïs. Celui-ci lui explique alors que la rumeur des pouvoirs de voyance détenus par leur jeune seigneur a fini par parvenir jusqu'aux autres pays. Le royaume d'Isurugi leur a ainsi lancé un ultimatum: si le seigneur d'Otowa désire vraiment que la paix continue de régner, il doit livrer au plus vite le "Dieu des Armées". Bien que le seigneur d'Otowa répugne à livrer ainsi son fils en otage, il lui faut reconnaître qu'il n'a pas vraiment le choix: si puissant que soit son pays, il ne fait pas le poids face à l'écrasante force militaire d'Isurugi; leur seule chance de ne pas être anéantis est donc d'éviter à n'importe quelle prix d'engager le combat.
Le soir du jour où Tôichirô a appris la nouvelle du départ prochain de son jeune maître, il a la surprise de recevoir la visite de ce dernier. Autrefois, Yôjun avait coutume de venir se réfugier dans la chambre du samouraï quand, effrayé par ses affreux cauchemars prémonitoires, il avait une peur bleue de s'endormir. Mais cette nuit-là, l'adolescent explique qu'il est seulement venu afin de rendre à son garde du corps le poignard porte-bonheur qu'il lui avait jadis offert. "Ce poignard a le pouvoir de pourfendre tout ce qu'il y a de mauvais. Je suis sûr qu'il détruira vos cauchemars et vous protégera," avait déclaré Tôichirô en confiant l'arme à l'enfant. Yôjun est convaincu que ce poignard a parfaitement rempli son office, ainsi il souhaiterait, sans s'expliquer davantage, que ce soit le samouraï qui le porte toujours sur lui désormais. Jamais l'adolescent n'a paru si éthéré, comme une créature d'un autre monde qui soudain va disparaître de la vue de Tôichirô, tel une éphémère illusion. Alors tandis que Yôjun commence à s'éloigner, mû par un sombre pressentiment, Tôichirô fou d'inquiétude le rattrape par le bras pour le supplier de l'emmener à Isurugi avec lui. Mais le samouraï a beau insister, Yôjun refuse obstinément, et afin d'obliger son compagnon à renoncer, fini par lui lancer ces paroles cruelles: "Tôichirô. Si j'emmenais avec moi quelqu'un d'aussi disgracieux que toi, ce serait une honte pour Otowa. ....Alors, je t'en prie.... Ecoute-moi et reste ici." Après avoir prononcé ces mots sans oser regarder son ami dans les yeux, Yôjun s'enfuit, laissant le samouraï aussi stupéfait que blessé. Si même son jeune maître pense que son physique ne ferait pas honneur à son pays, songe-t-il en touchant son visage défiguré, un sourire amer aux lèvres, en effet il ne lui reste plus qu'à obtempérer et renoncer à l'acccompagner.

Deux jours passent, et sans que Tôichirô puisse s'en douter, Yôjun continue de faire un terrible cauchemar prémonitoire, toujours le même qui revient inlassablement. Mais quelle que soit la nature de cette prémonition, il n'en souffle mot à personne, se contentant de souffrir en silence, pour finalement entâmer avec quelques suivants son voyage vers Isurugi. De loin, Tôichirô le regarde s'éloigner, le coeur lourd. Mais une heure ne s'est pas écoulée depuis le départ de la petite troupe que le capitaine Hasékura s'en vient à la rencontre du samouraï, complètement affolé: il explique alors qu'il vient d'apprendre que ne pouvant se résoudre à céder un médium aussi puissant que son fils à un pays ennemi, leur seigneur a décidé de l'eliminer en faisant croire à une attaque de brigands. Puisque de toute façon il sait bien que Yôjun ne rentrera jamais au pays, il s'était dit que plutôt le voir mort que de servir les desseins guerriers de Isurugi ! Mais le capitaine des samouraïs, qui lui aussi voue une profonde affection à son jeune maître, ne peut admettre que celui-ci soit sacrifié. Voilà pourquoi il crie à Tôichirô de partir au plus vite à son secours. Pas la peine de le lui dire deux fois ! Enfourchant son cheval, le samouraï s'élance à la poursuite des voyageurs, espérant qu'il ne soit pas déjà trop tard. Il n'en revient pas que son seigneur ai pu prendre une telle décision: Yôjun et lui ne sont-ils pas père et fils !? Et Yôjun qui était si heureux que grâce à ses pouvoirs, malgré la terreur quasi-quotidienne que lui inspirent ces cauchemars, il puisse protéger son peuple et être utile à son père ! Quelle injustice....
Sa monture lancée au grand galop, Tôichirô a tôt fait de rejoindre les voyageurs, déjà engagés dans un combat à mort contre leurs agresseurs. Rendu fou de rage par la vision de Yôjun qui tente désespérément de se défendre contre des adversaires bien plus aguerris que lui, le samouraï se précipite à son tour dans la bataille. Celle-ci ne dure pas longtemps, coûtant la vie aussi bien aux guerriers ennemis qu'aux suivants de Yôjun. Seuls l'adolescent et Tôichirô parviennent de justesse à en réchapper, mais pour le samouraï, nul doute que ce n'est qu'un court répit, d'autres assassins à la solde du seigneur ne vont pas tarder à rappliquer en renfort. C'est pourquoi, entraînant Yôjun par la main dans une course effrenée, il le conduit jusqu'à une grotte cachée au coeur de la forêt. Tôichirô est légèrement blessé, néanmoins peu lui importe du moment que son précieux jeune maître soit sain et sauf. Seulement Yôjun n'est pas du tout du même avis, et pris de panique en voyant son ami couvert d'estafilades sanglantes, il déchire son kimono et entreprend sur-le-champ de bander ses plaies. "Je savais que les choses se passeraient ainsi.... déplore-t-il. C'est la raison pour laquelle j'ai tout fait pour t'éloigner de moi, et voilà pourtant ce qui arrive...." - "Vous avez eu un rêve prémonitoire ?" demande Tôichirô, intrigué par le désarroi du garçon. Mais à cet instant, le bandeau qui lui enserre une partie de la tête, déchiré durant la bataille, se détache, révélant cette moitié de son visage complètement défigurée. "Pardon de vous souiller ainsi la vue," s'excuse le samouraï, s'empressant de cacher dans sa main la partie droite de sa face. Cette réaction embarrassée rappelle soudain à Yôjun les paroles cruelles qu'il lui avait lancées un soir, alors il s'empresse de dissiper le malentendu: "Je n'étais pas sincère quand j'ai dit que tu étais laid ! C'était juste un prétexte pour t'éloigner de moi ! Mais crois-moi, jusqu'à ce jour pas une seule fois je n'ai été dégoûté par cette blessure. Au contraire, je.... Je...."
Mais Yôjun n'a pas besoin d'en dire davantage, Tôichirô a compris. En larmes, l'adolescent l'enlace, appliquant ses lèvres contre son front, son oeil puis sa joue blessés, avant d'unir finalement ses lèvres à celles du samouraï. Ce dernier ne le repousse pas, au contraire, l'entoure à son tour de ses bras. Enflammé par ces baisers audacieux, Tôichirô ne tarde pas à étendre Yôjun sur le sol de la caverne, défaisant fièvreusement les pans de son kimono pour révéler un corps encore juvénil. Demendant en son coeur pardon à son jeune maître pour ce comportement peu digne d'un loyal sujet, le samouraï lui fait l'amour pour la première fois....

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