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Avril 1998. Afin de
commémorer l'année France / Japon, le président
français Jacques Chirac est venu est visite à
Tôkyô, où il doit inaugurer la pose d'une
réplique de la Statue de la Liberté, celle du Pont de
Grenelle à Paris, qui a été
démontée et transportée dans la Baie de
Tôkyô le temps des festivités qui se
dérouleront sur un an. Postés à la fenêtre
d'un restaurant situé face à la place où la
foule s'est réunie pour l'événement, Lupin et
ses deux sbires Jigen et Goémon ne perdent rien du spectacle.
Lupin fulmine: né d'une mère japonaise et du fils du
célèbre cambrioleur français Arsène
Lupin, n'est-il pas le plus vivant symbole du rapprochement
franco-nippon ? Pourtant, les organisateurs de la manifestation
semblent avoir complètement occulté son existence, il
se demande bien pourquoi ! Néanmoins Jigen n'est pas dupe:
leur ami ne les a certainement pas fait venir Goémon et lui
pour se venger des politiciens qui ne l'ont pas invité
à la cérémonie; nul doute qu'il a une
idée derrière la tête, idée devant aboutir
à un larcin intéressant. En effet, Lupin acquiesce,
avant d'avouer qu'il ne s'agit ni plus ni moins que de
récupérer le trésor de son grand-père. Il
se met alors en devoir de raconter comment en 1940, durant
l'occupation de Paris par les Allemands, la collection d'oeuvres
d'art qu'Arsène Lupin avait laissé dans son repaire de
la capitale avait été confisquée par les nazis
pendant que son propriétaire officiait dans la
Résistance. Après la guerre, la plus grande partie de
cette collection avait été restituée à la
France, mais le Gouvernement ignorant à qui appartenaient tous
ces tableaux, ceux-ci avaient fini par se retrouver dispersés
dans divers musées, comme le Louvres et l'Orangerie. Le
petit-fils d'Arsène Lupin a depuis lors
récupéré la quasi-totalité de ces
trésors, mais un seul reste introuvable: cet "objet" sur
lequel le Général De Gaulle veillait comme sur la
prunelle de ses yeux. Quant à savoir de quoi il s'agit, Jigen
a beau insister, Lupin refuse de s'expliquer davantage pour
l'instant. Les trois compères ignorent que pas loin de
là, Fujiko Miné déguisée en serveuse n'a
pas perdu une liette de leur conversation grâce à un
micro judicieusement placé sous la table. "Le trésor
d'Arsène Lupin ? Voilà qui doit représenter une
fortune considérable !" songe la rusée jeune femme avec
avidité.
Au même moment, alors que dans
la Baie de Tôkyô est enfin dévoilée la
Statue de la Liberté, l'inspecteur Zenigata posté sur
les lieux avec ses hommes ne cache pas son inquiétude. Aussi
improbable que cela puisse paraître, il est persuadé que
Lupin va chercher à voler la statue en dépit de ses
quatorze tonnes et de ses onze mètres cinquante de haut, ce
serait bien dans le genre du lascar de commettre un acte aussi
aberrant ! Comme pour confirmer ses craintes, la statue n'a pas plus
tôt été révélée à la
vue du public en liesse qu'apparaît dans le ciel un gigantesque
ballon de baudruche à l'effigie du cambrioleur. Une voix
retentit peu après, qui s'adresse à Jacques Chirac:
Lupin prétend n'avoir que faire de cet énorme tas de
ferraille trop grand pour servir de presse-livres; ce qu'il veut,
c'est l'objet n°1066513 conservé dans l'entrepôt
secret A du Palais de l'Elysée. Jusqu'à ce qu'on lui
remette cet objet qui était jadis la propriété
de son grand-père, il gardera la statue en otage. A peine
Lupin a-t-il prononcé cette sentence par
l'intermédiaire du micro placé dans sa baudruche que la
Statue de la Liberté se fendille puis disparaît, sous
les yeux de l'assistance médusée par cet incroyable
tour de passe-passe.
Plus tard, une réunion a lieu
entre le Président Chirac et les hauts responsables
français qui l'ont accompagné au Japon. En dépit
de l'enquête qui vient d'être menée en France, il
apparaîtrait que le numéro d'entrepôt cité
par Lupin III n'existe pas. Les diplomates se demandent ainsi si tout
ceci ne serait pas du bluff, le cambrioleur n'a jamais eu pour but
que de voler la Statue de la Liberté. Sceptique quant aux avis
de ses subordonnés, le Président préfère
demander une enquête plus approfondie, quand soudain on vient
lui annoncer une bouleversante nouvelle: sur la liste des personnes
invitées au dîner organisé par Jacques Chirac
à l'ambassade et qui réunira les deux Chefs d'Etat,
leurs épouses et une foule de gens importants, figure le nom
de Lupin III ! Les invitations ont déjà
été lancées, il est trop tard pour revenir en
arrière. Quant à l'adresse, c'est celle d'une poste
restante dont le contenu a déjà été
vidé. L'affaire est grave. Le Président ordonne donc de
contacter sans attendre le bureau du CDSU (Criminal Defense
Solicitors Union) pour parer à toute éventualité
et assurer sa sécurité lors de la probable intrusion de
Lupin à son banquet.
Dans le même temps, le
fameux dîner dont les plats seront confectionnés par un
célèbre chef cuisinier français se
prépare. Déguisé en marmiton, Lupin apprend que
des pigeons farcis doivent être servis en guise de plat
principal à la table où se trouvent les deux couples
présidentiels et à celle-ci seulement. Pour quelle
raison ? Il s'agit pour ainsi dire d'un secret d'état entre le
Président et le chef-cuisinier, ainsi ce dernier ne peut
s'expliquer davantage. Tout ce qu'il peut révéler,
c'est que servir des pigeons alors que les autres convives mangeront
du canard revêt une signification particulière.
Après avoir entendu cela, Lupin envoie aussitôt une
missive au Président français lui demandant de servir
des pigeons à la table où le cambrioleur prendra place
ce soir au banquet. Sur le coup, Mr. Chirac n'y comprend rien,
néanmoins l'explication se présente d'elle-même
lorsque l'un de ses secrétaires vient lui annoncer qu'on est
enfin parvenu à déterminer quel est ce numéro
d'entrepôt donné par Lupin: il avait été
attribué à l'un des trésors nationaux
volés par les nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale au
moment de la restitution de ce dernier, trésor qui n'est autre
qu'une bouteille de Clos de Vougeot 1911 ! Quand Lupin expose enfin
ceci à ses compères, Jigen et Goémon ne manquent
pas de se montrer scandalisés que leur ami ait fait mettre en
alerte l'armée, la police et la CDSU uniquement pour une
bouteille de pinard ! Mais comme l'explique le
cambrioleur, il s'agit d'un vin de
Bourgogne très précieux dont l'année de mise en
bouteille correspond à celle où la Comète de
Halley s'était approchée très près de la
Terre. Jacques Chirac avait l'intention d'ouvrir cette bouteille ce
soir lors du banquet afin de faire goûter ce vin rare au
Premier Ministre japonais, vin dont le bouquet se marie
particulièrement bien avec la viande de pigeon, ce que le
légitime propriétaire de la bouteille n'allait
certainement pas permettre. Mais Lupin a beau exposer à ses
comparses sa juste indignation, personne ne prend ses
récriminations au sérieux, pas même Fujiko qui
n'a rien perdu de la conversation grâce au microphone
caché chez son rival !
Le soir du banquet est enfin
venu. Au bureau de l'état-major de l'armée, l'agitation
bat son plein tandis que le colonel ordonne que l'on
dépêche cent hommes de plus pour garder l'ambassade, de
façon à ce que pas même un chaton ne parvienne
à s'y glisser. Présent dans le bureau, l'inspecteur
Zenigata ne se gêne pas pour dire au militaire que tous ses
efforts sont vains: connaissant Lupin comme il le connaît, il
ne fait aucun doute pour lui que le cambrioleur se trouve
déjà dans l'ambassade, déguisé en membre
du personnel. Selon Zenigata, leur meilleure chance de capturer Lupin
est de poster les troupes plutôt de manière à le
prendre au piège quand il tentera de s'échapper. Au
même moment, dans la vaste salle où a lieu le
dîner, tous les convives ont déjà pris leur place
- tous, sauf le plus
attendu, ainsi malgré l'ambiance cordiale les
invités ne peuvent s'empêcher de jeter des regards
intrigués vers le siège destiné à Lupin,
avec une inquiétude croissante. Finalement, portée par
un jeune sommelier peu rassuré entouré de deux gardes
du corps, la fameuse bouteille de Clos de Vougeot 1911 est
amenée devant le Président français.
Après un instant d'hésitation, Mr. Chirac se
lève et prend la parole: comme chacun est déjà
au courant, un invité plutôt particulier devait prendre
part à ce dîner, le propre petit-fils du "héros"
national français, le célèbre cambrioleur
Arsène Lupin; néanmoins, vu son retard, il ne fait plus
aucun doute à présent que Lupin III ne viendra pas,
n'ayant sans doute pas osé se présenter à un
dîner d'une telle importance.
Hélas le
Président n'a pas plus tôt prononcé ces mots que
le jeune sommelier l'interrompt soudain à la
stupéfaction générale. L'homme arrache le masque
et la perruque qui lui couvraient la tête,
révélant le visage de Lupin ! Désormais en
possession de la bouteille, il n'a aucun mal à se
débarrasser à mains nues des malabars de la
Sécurité tout en protégeant son précieux
fardeau. Quand les agents commencent à sortir leurs armes, les
choses sont sur le point de se corser, mais le Président fait
signe que l'on ne tire pas. Amusé par l'audace du cambrioleur,
il ne peut se retenir de rire à gorge déployée.
Tandis que Lupin lui-même s'étonne de sa
réaction,
Mr. Chirac
désigne le pigeon farci qu'un serveur en distribuant les plats
vient de déposer à la table de Lupin: l'animal provient
des terres de chasse du Roi Charlemagne, et ce soir seul le
cambrioleur a eu le privilège de se voir servir un tel met,
dont nul ne convient mieux à un vin comme le Clos de Vougeot.
Après enquête, le Président est parvenu à
vérifier que la bouteille appartenait réellement
à Arsène Lupin; comme son petit-fils le lui demande, il
reconnaît donc publiquement son droit légitime à
la récupérer et accepte de la lui remettre, au nom du
Peuple Français.
Satisfait, Lupin remercie le
Président. C'est à ce moment que comme s'il
émergeait d'un rêve, le chef de la
Sécurité se décide enfin à ordonner
à ses troupes de s'emparer du cambrioleur. Encerclé de
toutes parts, Lupin active les fusées installées dans
ses semelles grâce auxquelles il s'envole jusqu'à une
haute fenêtre. Parvenu sur les toits, il est désormais
certain que nul ne pourra plus entraver sa fuite. Mais c'est sans
compter sur la ténacité de l'inspecteur Zenigata !
Ainsi Lupin n'a pas fait quelques mètres qu'une menotte
attachée au bout d'une corde vient se refermer sur son cou.
"C'est une mauvaise habitude de te sauver toujours par les toits,
Lupin," lance l'inspecteur en jubilant. Grâce à cette
facheuse manie, il n'a eu aucun mal à prévoir
l'itinéraire de fuite du cambrioleur et a pu ainsi le
devancer. Ajoutons qu'avec les cinq cent gardes qui encerclent la
résidence ainsi que les quatre-vingt agents spéciaux de
la
CDSU, Lupin est
fait comme un rat. Zenigata ajoute cependant avec fierté que
ce n'était pas nécessaire de mobiliser tout ce beau
monde puisqu'à lui tout seul, il est parvenu sans peine
à capturer le cambrioleur ! Hélas pour lui l'inspecteur
a oublié un fait important: Lupin travaille rarement seul, ses
deux amis sont toujours là pour lui venir en aide quand il est
dans le pétrin....
Quelques minutes plus tard, en arrivant sur les toits, les policiers découvrent Zenigata ligoté comme un saucisson. Quant à Lupin, juché dans la nacelle d'une petite mongolfière, il s'éloigne déjà en faisant de grands signes à son vieil ennemi. Aussitôt une poursuite effrénée s'engage, mobilisant des centaines de voitures de police et jusqu'à des hélicoptères, au point qu'on se croirait en guerre ! Personne ne se doute que la mongolfière n'est en réalité qu'un leurre et que déguisé en Zenigata, le véritable Lupin n'a plus qu'à s'enfuir tranquillement dans une voiture de police conduite par les faux agents Jigen et Goémon.
Quelques jours plus tard, au Palais
de l'Elysée, Mr. Chirac reçoit d'un secrétaire
paniqué la nouvelle que la Statue de la Liberté vient
de réintégrer son socle face à la Seine.
Souriant, le Président n'est pas étonné: bien
qu'il soit métissé, Lupin III est le petit-fils
d'Arsène Lupin, un homme d'honneur qui tenait toujours ses
promesses. Néanmoins le Président ne tarde pas à
apprendre qu'il y a un hic dans cette restitution: si une Statue de
la Liberté a bien été rendue, c'est
désormais celle de New York qui trône sur le Pont de
Grenelle !
Depuis son appartement avec
vue sur la Seine, Lupin ne perd rien du spectacle, ravi de son bon
tour. Il a invité Fujiko pour l'occasion, et celle-ci lui
demandant s'il s'agit réellement de la statue du port de New
York, le cambrioleur répond négativement: la statue qui
se trouve à présent sur le socle trop exigu du Pont de
Grenelle tout comme celle qu'il a fait disparaître au Japon ne
sont que des contrefaçons assemblées selon un
même procédé très particulier.
Après que la statue de la Seine ait été
démontée, il a effectué la substitution avant
même que les pièces ne soient chargées sur le
navire devant les mener au Japon; la véritable Statue de la
Liberté n'a donc jamais quitté Paris, pas plus que sa
grande soeur de New York. Les répliques de Lupin sont quant
à elles constituées d'une matière organique
faite à base d'une sorte d'amidon et de protéines. Au
contact de l'air elles sont donc rongées petit à petit
par les
bactéries,
voilà pourquoi la fausse statue présentée
à Tôkyô s'est désagrégée au
bout d'une certaine durée d'exposition. Pour démontrer
ses explications, Lupin vaporise quelques gouttes de liquide
infecté de bactéries sur la belle robe qu'il a offerte
à Fujiko. Le résultat ne se fait pas attendre: tandis
que le tissu tombe en lambeaux, la belle se retrouve en
sous-vêtements ! Lupin pourtant n'est pas satisfait, car
culotte en dentelle et soutien-gorge auraient dû eux aussi se
volatiliser. Il lui en avait pourtant envoyé fabriqués
selon le même procédé ! "Désolée,
mais je ne porte que les sous-vêtements que je me fais faire
sur mesure," explique la jeune femme au playboy déçu.
Cela ne l'empêche pas d'inviter sa rivale à goûter
ensemble la fameuse bouteille de Clos de Vougeot....
Quelques jours plus tard,
toujours en France, Lupin reprend la route avec ses deux
compères. Tout en conduisant, il leur donne plus de
précisions sur ce qui est arrivé à son
grand-père alors âgé durant la Seconde Guerre
Mondiale. Quand le conflit avait éclaté, Arsène
Lupin se cachait dans l'un de ses repaires en Espagne, mais
dès qu'il avait appris la nouvelle de la prise de Paris, il
avait regagné la France en toute hâte parce qu'il aimait
autant la capitale que les femmes et les objets d'art. En 1942, afin
de ne pas laisser les nazis voler les richesses de la France,
Arsène Lupin entâma donc une activité de
résistance, qui consistait à reprendre les tableaux et
objets
d'art saisis
afin de les cacher en un lieu sûr, dans le coffre d'une banque
suisse. Néanmoins le vieux cambrioleur étant
décédé avant la fin de la guerre, il n'avait pas
eu le temps de transmettre à ses héritiers la
combinaison du coffre, contenant des trésors d'une valeur de
plus d'un milliard de francs ! Le trésor familial était
donc définitivement perdu - du moins c'est ce que croyaient
les descendants d'Arsène jusqu'à il n'y a pas si
longtemps, corrige Lupin III en exhibant fièrement devant ses
compagnons l'étiquette de la bouteille de Clos de Vougeot.
Comment se fait-il que durant toutes ces années, personne ne
se soit étonné du caractère bizarre du
numéro de production inscrit sur cette étiquette ?
Jamais il n'aurait dû y figurer des lettres comme N ou Q, qui
sont là pour la bonne raison que ce numéro est en
réalité la combinaison du coffre ! Lupin et ses sbires
prennent donc la route pour la Suisse où les attend le
fabuleux trésor, ravis d'avoir joué un bon tour au
Président français qui a malencontreusement
sous-estimé la valeur de l'héritage qu'il remettait au
sympathique cambrioleur !