Be Boy LUV

© CJ Michalski

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Nombre de volumes: 20----------Référence: Biblos

Tous comme les Be Boy Zips, les LUV (le titre se prononce "Love") qui les ont remplacés sont des recueils d'histoires courtes à thème d'environ 300 pages. En plus d'une dizaine de chapitres (la plupart des histoires finissent chaque fois, mais certaines sont des prépublications de chapitres faisant partie de séries longues), on y trouve toujours les rubriques habituelles de la précédente collection, à savoir le courrier des lecteurs, une sélection de fanzines japonais... Ce qui est nouveau par rapport aux Zips, c'est le mini-dossier d'une dizaine de pages comprenant des présentations ou des interviews de personnages, voir des articles sur certaines oeuvres parfois très anciennes, selon le thème abordé dans le recueil. Parfois, un cadeau est également inclu dans le volume: par exemple dans LUV 1, on peut trouver un mini-poster de Katô et Iwaki de "Haru", et dans LUV 4, une carte postale de Yuki Shimizu.... Les Be Boy LUV sortent en moyenne tous les deux mois.

 

volumes 1 et 2 ---------- volumes 3 et 4

volumes 5 et 6 ---------- volumes 7 et 8

volumes 9 et 10 ---------- volumes 11 et 12

volumes 13 et 14 ---------- volumes 15 et 16

volumes 17 et 18 ---------- volumes 19 et 20

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Sommaire

-------------- LUV 19 (Only One)

-------------- LUV 20 (Les Nobles)

 

 

--------------------Be Boy LUV 19

--© Biblos / Yaya Sakuragi--------------------------Thème: "Only One"

- Haru o daïtéita 43 : Sleeping Bomb , par Youka Nitta (p.255). Iwaki a finalement accepté de jouer dans le nouveau film noir du talentueux réalisateur Mochimuné, en dépit de la condition expressément posée qu'il n'aura pas le droit de rentrer chez lui durant le tournage. Inutile de dire que bien que ce soit lui qui ait poussé son compagnon à accepter ce contrat, cette condition ne soit pas du tout du goût de Katô, qui tente de profiter depuis au maximum des dernières heures qu'il lui reste à passer auprès de lui. "Katô.... Il est temps de dormir", l'enjoint Iwaki tandis que dans le lit que le couple partage, même bien après avoir fait l'amour, le jeune homme continue de le couvrir de baisers. "C'est demain le premier jour de tournage de mon nouveau film, tu le sais pourtant ?" - "Tu n'as qu'à dormir, répond malicieusement Katô. Et moi pendant ce temps je te tripoterais à mon gré." - "Idiot. Et tu crois que je parviendrais à m'endormir dans de telles conditions ?" Enfouissant sa tête au creux du cou de son ami, Katô avoue comme il se sent triste à la pensée qu'à partir du lendemain, il ne pourra plus goûter au contact d'Iwaki d'ici un long moment. Et le regard soucieux, l'acteur avoue à son tour que lui aussi ressent une vive colère du fait que le réalisateur lui ait posé une si étrange condition. "Alors pourquoi as-tu accepté ce contrat par lequel tu ne devras plus me rencontrer pendant la durée du tournage ? peste Katô, reprenant ses baisers de plus belle. Je ne comprends pas !" - "Eh là.... Arrête !"

Serré à l'étouffer dans les bras de Katô, Iwaki parvient à arrêter ses assauts en lui pinçant le nez. "On a beau dire "toute la durée du tournage", fait-il remarquer, nous aurons quand même l'occasion de nous voir pendant tous les événements qui auront trait à la sortie en salle de "Fuyu no Semi" !" - "D'accord, réplique aussitôt Katô, mais l'événement le plus proche, la première du film qui aura lieu en Amérique, ne se tiendra pas avant plusieurs mois, tu sais ? J'espère que tu te sentiras un peu seul, ainsi séparé de moi." - "Je me sentirais seul.... répond Iwaki, soudain sérieux. Mais pour moi, jouer dans ce film signifie bien davantage.... Il y a trop de parti pris dans l'image des divers rôles que l'on me propose. Quand Mochimuné m'a déclaré cela, j'ai vu rouge. Mais au fond moi aussi j'avais commencé à le percevoir.... Et je pense que c'est pour cette raison que je me suis mis si en colère. J'ai honte de le reconnaître, mais sans même m'en être rendu compte, j'ai fini par tomber dans la facilité.... Si je reste ainsi, quand tu auras fait ton come-back, je me retrouverais complètement largué. En tant qu'acteur, je veux m'améliorer encore davantage en attendant ton retour. Car dans le futur.... je refuse d'être vaincu par toi." Entendant ces paroles, Katô va pour protester: comment Iwaki pourrait-il être battu par un acteur comme lui, mis sur la touche par sa propre maison de production ? Mais finalement le jeune homme ravale ses mots, un sourire aux lèvres, convaincu que son ami s'efforce en disant cela de l'encourager. "C'est entendu.... répond-il en l'embrassant. Jusqu'à ce que tu reviennes, je garderais sagement la maison."

Le lendemain, comme prévu, a lieu au studio la présentation aux membres du staff des principaux acteurs retenus pour jouer dans le nouveau film de Mochimuné. Kyôsuké Iwaki doit incarner le sombre Takashi Suô, un personnage bien loin de l'image de ses rôles habituels, et s'est vu complètement relooké pour l'occasion. Quelle métamorphose ! Comment reconnaître lélégant dandy à la coiffure brillantinée dans ce jeune homme au regard mauvais, des mèches de cheveux rebelles lui tombant sur les yeux ? Et que dire de cette colère froide qu'exprime soudain son regard quand, alors qu'il s'avance sous les applaudissements du staff, il aperçoit le détestable réalisateur ! Mais loin de s'offusquer de cette animosité vibrante, Mochimuné en est ravi au contraire et arbore un sourire aussi retors que satisfait. "J'en étais sûr.... souffle-t-il à part lui. Kyôsuké Iwaki est parfait."

 

© Youka Nitta / Biblos

 

Quant à Katô, resté seul à la maison, il ne sait que faire pour tuer le temps, lui à qui sa directrice attend pour proposer de nouveaux contrats de voir le résultat de "Fuyu no Semi". Sans travail, le jeune homme n'a d'autre choix que de se distraire en lisant des magazines et regardant la télé. Alors qu'il écoute celle-ci d'une oreille distraite, son attention est soudain attirée par une émission dont Iwaki est l'invité du jour. Que ce soit à la télé, au cinéma ou dans la pub, l'acteur continue de mener une carrière riche et brillante qui ne lui laisse pas de répit. Ne pouvant supporter de s'entendre rappeler le palmarès des récents succès de son compagnon, Katô préfère changer de chaîne. Mais il a beau zapper, toutes les chaînes semblent s'être liguées pour lui montrer l'image radieuse d'Iwaki, si bien qu'exaspéré, il finit par éteindre carrément la télévision. "Je ne dois pas éprouver de jalousie.... tente de se faire entendre le jeune homme, se laissant tomber sur le canapé. Ma situation actuelle n'est que le résultat de mes propres choix. Mais dès qu'il est loin de moi, je ne peux m'empêcher d'en avoir conscience.... Je suis jaloux.... Jaloux en tant qu'acteur de Kyôsuké Iwaki, qui progresse vite et toujours plus loin pendant que moi, je suis forcé de rester immobile...."

Quelques jours plus tard, Katô reçoit la visite de Mme Shimizu, venue chercher des vêtements de rechange pour Iwaki et en apporter d'autres à laver. La manager elle aussi ne cache pas son étonnement face à l'étrange condition posée par le réalisateur: obliger ainsi un acteur à loger sur les lieux du tournage sans avoir le droit de rentrer chez lui alors que le studio se trouve dans la même ville que son domicile ! Mais bientôt, un autre fait attire l'attention de Mme Shimizu: la barbe naissante sur le visage de Katô, qui visiblement ne s'est pas rasé depuis plusieurs jours. Refusant d'avouer qu'il s'agit là d'une forme de laisser-aller, le jeune homme répond qu'il voulait voir juste une fois ce que ça faisait de porter la barbe, et changeant de sujet, demande des nouvelles de son compagnon: ce Mochimuné a l'air d'être un sacré personnage; est-ce que tout se passe bien entre le tumultueux réalisateur et Iwaki, tous deux dotés d'un caractère bien trempé ? Question à laquelle la manager se montre bien embarrassée pour répondre, expliquant qu'Iwaki n'a jamais appartenu à cette catégorie de stars qui passent leur temps à se plaindre de tout et de rien sur leur lieu de travail. En outre, achève Mme Shimizu, elle a remarqué ces derniers temps qu'Iwaki avait changé, qu'il avait en quelque sorte pris du relief, et cela, elle pense que c'est grâce à sa motivation de ne pas se laisser vaincre par Katô.

A peine a-t-il entendu ces mots que le visage du jeune homme se contracte nerveusement. "....Comme ça il va jusqu'à raconter des trucs pareils même à d'autres personnes, Iwaki ?... profère-t-il, mécontent. J'aimerais bien qu'il arrête enfin." Devant l'air étonné de Mme Shimizu, Katô poursuit en expliquant que ce soutien bizarre de son commpagnon destiné sans doute à lui remonter le moral ne fait au contraire que l'enfoncer d'avantage, que lui faire prendre conscience de sa condition misérable. Selon Katô, entre Iwaki et lui, il n'y a déjà plus de comparaison possible: même si le film "Fuyu no Semi" remporte un franc succès, lui permettant ainsi de tourner à nouveau, il est persuadé que les films qu'on lui proposera ne seront sûrement pas aussi éminents que ceux offerts à Iwaki. Sur le plan du travail, ils ne sont plus égaux, et même son ami doit déjà avoir compris cela. Cependant Katô n'a pas plus tôt exposé ses arguments dévalorisants pour lui-même que piquée au vif, Mme Shimizu d'ordinaire si réservée quitte subitement son calme pour lui faire la réflexion suivante: "Mr. Katô.... Je ne m'y attendais pas, mais vous prenez vraiment Mr. Iwaki pour un imbécile." - "Qu'est-ce que vous voulez dire.... proteste le jeune homme. Même à vous, je ne permet pas de dire une chose pareille...?" - "Ah bon ? s'enflamme la manager. Et pourtant c'est ainsi que j'interprète le fait que vous semblez croire que Mr. Iwaki est du genre à porter aux nues son partenaire pour une considération aussi légère que celle de vous soutenir ! Il est vrai qu'actuellement, il n'y a probablement personne qui vous prête davantage de valeur qu'à Mr. Iwaki. Mais ceci ne concerne que le moment présent. Du moins, c'est ce que croit Mr. Iwaki...! Sinon jamais il ne supporterait d'agir selon le bon vouloir d'un réalisateur tel que Mochimuné. Tout à l'heure je n'ai pas voulu vous le dire afin de ne pas vous inquiéter, mais Mr. Iwaki est à bout de nerfs, complètement vidé...!! Et pourtant il endure son calvaire en silence, s'appliquant simplement à polir ses talents d'acteurs avec acharnement, en prenant pour base le talent qu'il vous a vu déployer sur le plateau de "Fuyu no Semi" !"

 

© Youka Nitta / Biblos

 

Tout en sermonnant Katô, Mme Shimizu se remémore cette conversation qu'elle avait eu avec Iwaki quelque temps plus tôt: "Katô est à présent comme une bombe qui serait en train de dormir.... avait exposé l'acteur. Quand il s'éveillera, il fera sursauter le monde. Afin de ne pas me retrouver ecclipsé par la fumée de cette bombe quand elle sautera, je veux progresser en tant qu'acteur tant qu'il en est encore temps. Et dans ce but, j'utiliserais même ce réalisateur Mochimuné...!" Après avoir observé les progrès fulgurants du jeu de Katô durant le tournage de "Fuyu no Semi", Iwaki craignait désormais d'être laissé à la traîne si lui-même ne faisait pas d'efforts. Mais en tant que principal intéressé, ne pouvant s'observer et se juger lui-même, Katô ne pouvait bien sûr se rendre compte du développement de ses talents. "Libre à vous de ne pas croire en vos propres possibilités ! s'exclame Mme Shimizu avec force. Néanmoins, n'allez pas jusqu'à douter des sentiments de Mr. Iwaki !"

La diatribe enflammée de la manager fait son effet. Une expression douloureuse se peint sur le visage de Katô tandis qu'il revient enfin à la réalité. "....Mme Shimizu.... prononce-t-il d'une voix sourde. Ne voudriez-vous pas dire à Iwaki que je n'ai pas changé ?.... Car je souhaiterais qu'il puisse se consacrer entièrement à son travail sans s'inquiéter pour moi...." A cette requête, Mme Shimizu reprend elle aussi ses esprits, elle dont ce n'est d'ordinaire pas le genre de se montrer aussi dure ni de s'abandonner à la colère. "Entendu.... répond-elle en s'inclinant, embarrassée d'avoir à ce point bouleversé le jeune homme. Pardonnez-moi.... Veuillez m'excuser pour tout ce que je vous ai dit...."

Même après le départ de la manager, Katô demeure planté dans le vestibule de sa maison, son sac de linge sous le bras. "....Il y croyait vraiment.... souffle-t-il, se remémorant les propos de son ami qui disait que s'il ne faisait pas attention, il ne tarderait pas à être largué quand Katô ferait son come-back. "C'est idiot.... Quiconque entendrait ces paroles penserait qu'elles ne sont dues qu'à l'aveuglement de l'amour.... Moi-même.... je ne pense pas que je remporterais un aussi grand succès pour ma prestation dans "Fuyu no Semi".... C'est idiot.... Iwaki...!" Ne pouvant contenir plus longtemps les sanglots qui l'oppressent, Katô fond en larmes, serrant dans ses bras le sac contenant les vêtements de son ami....

 

© Youka Nitta / Biblos

 

Mais à présent qu'il a pris conscience de s'être laissé aller, le jeune homme décide qu'il est grand temps pour lui de réagir. "Quelle sale tête.... commente-il en observant son visage dans le miroir de la salle de bain. Heureusement qu'Iwaki ne m'a pas vu avec une gueule pareille." Et sur ces mots, Katô se met enfin en devoir de se raser. "C'était inévitable.... songe-t-il. A force de ronger mon frein à attendre ce que donnera "Fuyu no Semi", j'ai commencé à me laisser pourrir sur place.... Et ce au point de jalouser Iwaki. C'était donc cet état-là qu'Iwaki évoquait un jour quand il disait qu'on ne peut jamais demeurer indemne.... La corruption s'est répandue en moi à partir de cette blessure que j'ai reçue, au point que j'en sois venu à avoir des choses une vision déformée. Mais Iwaki est pour moi comme une eau pure.... Il lavera et désinfectera ma blessure putréfiée."

Et c'est ainsi que quelques jours plus tard, Katô appelle Iwaki depuis l'aéroport de Tôkyô pour lui annoncer son départ pour les Etats-Unis. A l'autre bout du fil, Iwaki n'en revient pas d'une telle nouvelle: non seulement la première de "Fuyu no Semi" qui se tiendra en Amérique n'aura lieu que dans plusieurs mois, mais Katô a pris la décision de partir si loin sans même lui en parler ! "De toute façon, même si je reste ici, nous n'avons pas le droit de nous rencontrer, explique le jeune homme joyeusement. Comme ça, puisque je n'y serais plus, tu pourras à nouveau rentrer à la maison. Et puis, n'est-ce pas toi-même qui a dit que cette manie que j'ai de me lancer dans mes projets avec une scandaleuse insouciance était l'une de mes principales qualités ? Moi aussi, j'ai fini par me rappeler que rester ainsi à attendre sans rien faire ne convenait pas du tout à mon tempérament !" Katô prend donc l'avion pour les USA, et une fois là-bas, installé dans une petite chambre d'étudiant, se met en devoir de perfectionner son anglais tout en fréquentant l'Académie Américaine des Arts Dramatiques. "Je ne m'arrêterais plus. Il n'existe aucun problème auquel on ne puisse trouver une solution, se répète-il tel un leitmotiv. Quand on en prend la peine, on trouve toujours un nombre incalculable de moyens de s'en sortir. Je vais me trouver un chemin qui me permettra ne serait-ce qu'un peu d'aller de l'avant. Afin qu'un jour, si Iwaki venait à être lui aussi blessé, je puisse à mon tour devenir son eau oxygénée...."

Les mois s'écoulent, et voici venu le moment pour Iwaki de rejoindre son compagnon aux Etats-Unis. Confortablement installé dans l'avion qui survole de nuit l'Océan Pacifique, alors que les autres passagers sont déjà plongés dans le sommeil, l'acteur continue de lire à la lueur d'une veilleuse. Jusqu'à ce que, inquiète, Mme Shimizu vienne se pencher sur lui. "Mr. Iwaki, vous devez prendre un peu de repos.... l'enjoint-elle à voix basse. Vous êtes déjà suffisamment fatigué par votre emploi du temps surchargé...." - "Oui, vous avez raison.... répond l'acteur en rangeant son livre. Je vais m'efforcer de dormir. On dirait bien que je suis un peu nerveux." - "C'est normal, il s'agit de la première mondiale que vous avez attendu si longtemps, acquiesce la manager. J'ai apporté des somnifères, souhaitez-vous en prendre un ?" - "Non.... Ce n'est pas une nervosité désagréable, répond Iwaki en souriant. J'ai plutôt l'impression de trépigner d'impatience." Sur ces paroles, l'acteur ferme les yeux. "Après si longtemps, je vais enfin pouvoir rencontrer Katô.... songe-t-il avec bonheur. Depuis que nous avons commencé à vivre ensemble, jamais nous ne sommes restés séparés durant une période aussi longue.... Qu'en sera-t-il de nos retrouvailles.... Katô aura-t-il un peu changé ? Ou alors.... Me sourira-t-il avec ce visage radieux que j'aime tant ?...." Mais en arrivant enfin à destination, c'est avec une joie sans nom qu'Iwaki découvre son ami accoudé à la rampe de la salle de débarquement, un Katô resplendissant de vie et de bonne santé, qui l'accueille de son sourire lumineux....

 

© Youka Nitta / Biblos

 

 

--------------------Be Boy LUV 20

-------© Biblos / Makoto Taténo ----------------------------Thème: "Les Nobles"

- Haru o daïtéita 44 : Precious Seat , par Youka Nitta (p.1). Le moment est enfin arrivé de la première du film "Fuyu no Semi" à Hollywood. Devant la prestigieuse salle de cinéma américaine où le long-métrage sera projeté pour la première fois, un tapis rouge a été déroulé afin d'accueillir les acteurs vedettes, Yôji Katô et Kyôsuké Iwaki. Les deux acteurs s'avancent, sous la lueur des flashs et des projecteurs, entourés de part et d'autre d'une nuée de journalistes accourus pour couvrir l'événement. Et bizarrement, alors que c'est Katô qui fait là son retour dans l'univers du cinéma, c'est Iwaki qui se montre le plus tendu, peinant à mettre un pied devant l'autre sur l'épaisse moquette du tapis rouge. Une fois tout le monde installé dans la salle, la projection du film a lieu, en version originale japonaise sous-titrée en anglais pour le public américain. Les spectateurs émus assistent donc aux retrouvailles déchirantes entre Kusaka et Akizuki, lorsque le samouraï amputé d'une jambe demande à son ami de lui accorder de mourir de sa main; puis à leur vie commune sans cesse menacée par la politique d'épuration acharnée du nouveau gouvernement Meiji, jusqu'au suicide final des deux amants, scène chargée d'émotion qui ne manque pas d'arracher des larmes aux spectateurs. Puis, quand la projection achevée se rallument les lumières de la salle, le public félicite les deux acteurs sous un tonnerre d'acclamations et d'applaudissements. Si Iwaki frissonne, un peu effrayé par l'ampleur de ce succès, Katô quant à lui ferme les yeux afin de mieux goûter l'ivresse de ces salves d'applaudissements, ivresse dont il a été si longtemps privé et qui lui a tant manqué. "Aah.... Me voilà de retour....!!" soupire-t-il en lui-même. Et remarquant l'expression douloureuse de son visage, à ses côtés Iwaki n'a aucune peine à deviner ce que ressent son compagnon. "Bon retour parmi nous, Katô...." lance-t-il en un salut muet, le sourire aux lèvres....

 

© Youka Nitta / Biblos

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Après la projection, acteurs et invités VIP se retrouvent pour une somptueuse réception. Au milieu de tout ce beau linge, pas du tout habitué à de telles manifestations pompeuses, un jeune homme n'en mène pas large: il s'agit d'Asano, dont c'était dans ce film la toute première prestation importante, si mal à l'aise et tendu qu'il se tient seul dans son coin à exhaler de profonds soupirs. Le voyant ainsi faire bande à part, Mme Shimizu ne tarde pas à venir le rejoindre pour le gronder, déclarant qu'il n'est pas d'usage que l'un des acteurs principaux demeure ainsi à l'écart. Reproche auquel Asano répond ironiquement que n'étant pas la star de la soirée, qu'il y prenne part ou non, cela n'aura pas grande influence sur son déroulement. "Tu es impressionné à cause de l'atmosphère de la salle ? Voilà qui ne te ressemble pas," s'étonne la manager, connaissant le caractère ambitieux du jeune homme, d'ordinaire toujours prêt à se mettre en valeur. Cependant ce dernier s'empresse de répliquer qu'avec tant de célébrités dignes d'une cérémonie des Oscars réunies en ces lieux, il serait véritablement impossible de ne pas se sentir oppressé ! Jamais Asano n'aurait imaginé que la première de "Fuyu no Semi" atteindrait une telle ampleur.

Contrairement à ses aînés Katô et Iwaki, Asano ne dispose pas de sponsors riches et influents comme le milliardaire Carlo et son petit ami Magira (les héros du manga "Casino Lily"), qui ont organisé cette somptueuse soirée de première pour leurs deux amis acteurs, toujours prêts à leur apporter leur soutien. Le jeune homme en est donc venu à se persuader que si Iwaki et Katô parviennent avec tant de confiance en eux à évoluer au milieu de toutes ces personnalités de haut rang, c'est parce qu'ils bénéficient de ce bouclier. Surtout Katô, car selon Asano, comment expliquer qu'un acteur actuellement sans travail puisse faire montre d'une telle confiance en lui si ce n'est parce qu'il sait qu'il pourra toujours compter sur ses amis haut placés ? Néanmoins Mme Shimizu s'empresse de détromper le jeune acteur. "Ce n'est pas de là que provient l'assurance de Mr. Katô," affirme-t-elle. Elle explique ainsi que Katô tout comme Iwaki appartiennent à cette catégorie d'acteurs qui éprouveraient une honte sans nom à profiter de l'influence d'autrui pour obtenir des critiques favorables. La confiance en eux que déploient en cet instant les deux vedettes provient plutôt de la fierté qu'ils éprouvent envers l'oeuvre cinématographique qu'ils ont contribué à concevoir.

Ceci exposé, Mme Shimizu gratifie Asano d'une bonne tape sur l'épaule. "Et toi aussi, Asano, au lieu de nous faire un complexe d'infériorité alors que tu es encore si jeune, aies au moins le courage de te tenir auprès de Mr. iwaki !!" Quelque peu effrayé par la lucidité de la manager qui a parfaitement percé ses états d'âme à jour, Asano finit par acquiescer. C'est alors que des appels joyeux retentissent soudain dans un coin du vaste salon. Il s'agit des élèves de l'école d'arts dramatiques que Katô a fréquenté durant tout le temps de son séjour et qu'il a gracieusement invités à venir assister à cette grande première. Après l'avoir félicité pour son film, les étudiants font part à Katô de leur étonnement: quand leur camarade leur avait annoncé qu'on allait donner un gala pour un long-métrage dans lequel il avait joué, ils avaient cru qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie ! Et quelle belle brochette d'invités ! Acteurs, réalisateurs, critiques.... Que de personnalités d'Hollywood ! Jamais les étudiants de l'Académie d'Arts Dramatiques n'auraient imaginé qu'ils abritaient dans leur école une star du cinéma nippon capable de faire se déplacer tant de célébrités ! "A mon grand regret, répond Katô avec modestie, je n'ai pas la capacité de réunir à moi seul toutes ces personnalités ! Du moins pas encore !" Tout à sa discussion, le jeune homme ne remarque pas qu'un peu plus loin, Iwaki ne perd pas une miette de ses propos et s'attriste que son ami ait toujours aussi peu confiance en ses talents....

 

© Youka Nitta / Biblos

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La réception achevée, les deux amants se retrouvent enfin seuls dans le petit appartement deux pièces loué par Katô. Ce dernier a eu beau insister pour qu'ils aillent plutôt à l'hôtel, honteux de montrer à son compagnon son logement exigu et désordonné, Iwaki tenait absolument à voir comment Katô vivait durant son séjour aux Etats-Unis. Tandis que le jeune homme entreprend de mettre un peu d'ordre dans son logis encombré car il avait déjà commencé à emballer ses affaires en vue de son retour imminent au Japon, apercevant une porte entrouverte, Iwaki commence à visiter le petit appartement. Alors qu'il pénètre dans la chambre de son ami, il remarque que celle-ci est remplie de photos de lui, que ce soit dans des cadres posés sur le bureau ou des aggrandissements fixés sur les murs de la pièce. "Eh oui, venant de ma part, ça doit te paraître un peu nunuche, s'excuse Katô gêné en le rejoignant, mais je n'aurais pas pu supporter cette solitude si je n'avais pas disposé ton visage tout autour de moi. Que je sois inquiet ou abattu, il me suffisait de penser que tu avais les yeux rivés sur moi pour me reprendre et tenir bon, car je me disais alors que je ne pouvais pas me montrer à toi dans un état si pitoyable. Être entouré par ton image m'a énormément rasséréné...."

Le dos tourné à son ami, grave et sombre, Iwaki lui fait à son tour un aveu: "Moi aussi, je suis revenu à notre maison à la recherche de vestiges de ta présence.... Mais contrairement à toi.... c'était afin de me mettre encore davantage le moral à zéro...." - "Quoi !?" - "J'aurais beau ployer sous le poids de la solitude, tu resterais encore longtemps hors de la portée de mes bras. Afin de bien me faire rentrer ça dans la tête, il n'y avait rien de mieux que de me rendre dans cette maison. Même en vivant à l'hôtel, je ne parvenais pas à ressentir ton absence de manière aussi crue. Dans mon rôle actuel, on me demande d'incarner un personnage affamé par la solitude.... Voilà pourquoi je suis allé jusqu'à me placer moi-même dans un contexte de déprime réelle afin de mieux correspondre à ce que le réalisateur attendait de moi...."

 

© Youka Nitta / Biblos

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A peine Iwaki a-t-il fait cet aveu que le saisissant brusquement par les épaules, Katô l'oblige à se retourner vers lui. Puisque l'acteur s'obstinait à ne pas lui faire face, le jeune homme inquiet avait cru qu'il pleurait mais constate avec stupeur puis soulagement que ce n'était pas le cas. "Tu as vraiment gagné en force, Iwaki.... souffle en lui-même Katô dans un sourire. L'absence de cet être précieux toujours assis à nos côtés.... Iwaki en a changé le poids en une souffrance plus grande encore afin de donner du relief à son jeu.... Quant à moi, j'en ai fait un encouragement m'aidant à mieux contrôler mes états d'âme.... Et pourtant, malgré cette différence, on ne saurait dire lequel de nous deux a eu raison.... Parce que l'un comme l'autre, c'est dans le but de nous élever nous-mêmes que nous avons fait notre choix...." S'excusant auprès de son compagnon de l'avoir fait sursauter, Katô le serre étroitement dans ses bras. "Nous nous retrouvons enfin après si longtemps. Tu réalises ?" - ".... Je voulais tellement te revoir...." répond Iwaki, la voix tremblante d'émotion. - "Oui.... A moi aussi, tu m'as énormément manqué."

Entraînant son ami sur le lit de sa modeste chambre d'étudiant, Katô commence à le déshabiller tout en couvrant de baisers chaque portion de sa peau qu'il dénude. "Tes lèvres.... Ta peau.... Ton parfum.... soupire-t-il. Ce n'est qu'après avoir été séparé de toi que j'ai réalisé quel bonheur me procurait leur sensation dans la réalité. J'ai eu beau consoler tous les jours mes ardeurs en faisant appel à mon imagination.... cela n'a pas égalé un seul instant la sensation de te serrer dans mes bras en chair et en os. Toi aussi, Iwaki, tu as fait l'amour en solitaire en te rappelant de moi ?" - "Ne te méprends pas, répond l'acteur tandis que les doigts inquisiteurs de Katô ne lui laissent aucun répit. Quand il s'agit de jouer les chauds-lapins je suis loin d'être aussi incomparable que toi.... Moi, quand je ne suis pas à tes côtés.... sexuellement je suis plutôt frigide. Je l'ai bien compris à l'occasion de cette séparation."

 

© Youka Nitta / Biblos

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Iwaki réalise-t-il ce qu'il vient de dire ? Sans le vouloir, il vient d'avouer ni plus ni moins qu'être privé de Katô équivaut pour lui à être privé de tout désir ! "Aah, un jour tu me feras mourir ! soupire le jeune homme les joues en feu. Est-ce que ça veut dire que quand je suis à tes côtés, tu t'enflammes sans condition ?" Cependant il ne laisse pas à Iwaki le temps de répondre. Echauffé par les propos innocemment provocateurs de son compagnon et incapable de réfréner plus longtemps son désir, Katô pénètre en Iwaki. "Aah.... Je suis en toi.... J'en ai tellement rêvé...." prononce-t-il avec extase avant d'entâmer ses coups de boutoir. Cramponné aux barreaux du lit, Iwaki accueille de son mieux ces assauts répétés qui lui arrachent des larmes et de langoureux gémissements. Et après avoir dû supporter une longue abstinence, le couple atteint rapidement le sommet du plaisir. "Tu vas jouir, Iwaki ! Je le sais...! lance Katô d'une voix entrecoupée. Car quand tu jouis.... ta peau s'empourpre soudain comme une fleur de cerisier en train d'éclore !" Les deux amants atteignent l'orgasme en même temps puis retombent sur le lit, frissonnants, vidés de leurs forces....

"....Au Japon ce doit être le matin," remarque Iwaki un moment plus tard. - "Ah bon.... Déjà ?, répond Katô alangui contre le corps de son compagnon. Et alors ?" - "Ca ne te préoccupe pas de savoir de quelle manière la première de notre film sera présentée aux nouvelles du matin ? Car le film a beau avoir bénéficié d'une promotion éclatante aux Etats-Unis, cela n'a aucun sens si son impact ne se prolonge pas jusqu'au Japon. Peu importe comment les gens entendent parler du film, ce qui compte c'est le nombre de spectateurs à venir le voir le premier jour de sa sortie en salles. C'est cela qui crée l'événement et fait la une de l'actualité. Afin de provoquer une réaction en chaîne dans le public et les médias, je voudrais que nous bénéficions déjà de ce jugement préliminaire. J'ai confiance en la qualité du film, mais s'il ne suscite aucun intérêt...." Angoissé quant au succès futur de "Fuyu no Semi", Iwaki aurait pu continuer à argumenter encore longtemps si Katô, se penchant sur lui, ne l'avait soudain obligé à se taire en posant un doigt sur ses lèvres. "Iwaki, si nous nous fixions une règle ?" - "Une règle ?" répète l'autre acteur sans comprendre. - "Oui. Quand nous serons de retour au Japon, expose le jeune homme, quel que soit le succès de notre film, je mettrais tout en oeuvre pour réussir mon retour dans l'univers du cinéma. Quant à toi, tu vas te concentrer sur le rôle que tu es en train d'interpréter maintenant. Dans notre situation actuelle, nous avons beau être populaires, ce n'est pas pour autant que notre carrière est assurée, tu sais ? Voilà pourquoi je pense qu'il est nécessaire pour nous de tout faire pour bien nous imposer afin de ne pas tomber un jour dans l'oubli. Mais n'emportons pas notre travail jusque dans notre lit.... Pour pouvoir nous donner à cent pour cent dans notre travail, achève Katô en embrassant Iwaki, quand nous sommes au lit, tâchons au moins d'y rester à cent pour cent un couple amoureux."

Les deux acteurs ne le savent pas encore, mais au même moment, la presse télévisée japonaise retransmet à grand bruit la nouvelle de la grande première donnée à Hollywood. Images de la foule de cinéphiles avertis venus en masse assister à cette projection, de ces personnalités du monde du spectacle réunies à la somptueuse réception donnée après la séance.... C'est avec stupeur que le public japonais découvre sur les écrans à l'heure du petit déjeuner le succès remporté par leurs compatriotes acteurs. La première de "Fuyu no Semi" au Japon n'aura lieu que le mois suivant, mais l'on peu déjà prévoir qu'elle rencontrera un grand succès !

 

© Youka Nitta / Biblos

 

 

 

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