Les troubles qui agitaient l'Organisation appaisés, Mr. Sagano peut enfin quitter sans risque sa résidence d'Ôsaka pour se rendre à Tôkyô, où son premier soin est bien sûr d'aller à l'hôpital visiter son fils blessé. Le vieil homme avait reçu la nouvelle que ce dernier se trouvait dans un état grave, mais en pénétrant dans la chambre en compagnie de son fidèle Masa et trouvant Kei et Ranmaru en train de se chamailler, force lui est de constater que son rejeton possède une faculté de récupération impressionnante ! Père et fils n'ont pas eu l'occasion de se parler face à face depuis les funérailles de Keiko, la mère de kei, alors, craignant de gêner, Ranmaru se lève pour prendre congé. Le vieux yakuza enjoint cependant le jeune homme de rester: c'est la première fois qu'il rencontre Ranmaru en chair et en os, bien qu'il ait souvent entendu parler de lui, surtout par Kai, son fils cadet: ce dernier ne tarit pas d'éloges au sujet de son sempaï, un être doté à la fois d'une grande force physique et morale ainsi que d'une merveilleuse beauté. Mr. Sagano doit bien reconnaître que Kai n'avait pas du tout exagéré, et tandis qu'Enjôji se joint à son père pour surenchérir, le jeune homme gêné ne sait plus comment réagir à tous ces compliments !
Redevenant soudain sérieux, le vieil homme avoue ensuite combien il s'inquiétait sur le sort de Kei resté seul depuis la mort de sa mère. Refusant obstinément de compter quoi qu'il arrive sur son père, ce jeune homme têtu est vraiment le portrait de Keiko ! Néanmoins Enjôji n'est plus seul à présent, et lorsque Mr. Sagano demande à son fils s'il a décidé de vivre avec Ranmaru, ce dernier acquiesce sans aucune hésitation. Alors, le vieux yakuza s'adresse cette fois au kendôka: il est vrai que lui s'est engagé sur des chemins obscurs, cependant Mr. Sagano assure que Kei quant à lui n'a absolument aucun lien avec la Mafia. Si Ranmaru doit faire des reproches à quelqu'un concernant les événements de ces jours derniers et surtout le drame qui l'a frappé autrefois, c'est à lui et à lui seul que le jeune homme doit s'en prendre, Kei ne peut en aucun cas être tenu responsable de quoi que ce soit. Ainsi, s'il fallait que le vieil homme rompe tout lien avec son fils pour que Ranmaru consente à rester auprès de ce dernier, du moment que c'est pour la sécurité des jeunes gens, Mr. Sagano affirme être prêt à prendre cette grave décision sans hésiter ! Il est douloureusement conscient de n'être pas vraiment en position de proférer une telle requête, néanmoins, s'inclinant profondément devant Ranmaru, le vieux yakuza le supplie de prendre soin de Kei. Et s'inclinant à son tour tandis que son ami lui prend la main, ému de tant de générosité, le jeune homme répond qu'au contraire c'est lui qui place sa confiance en Mr. Sagano.
Pendant ce temps, à l'extérieur, Kai s'en vient lui aussi gaiement à l'hôpital tenant à la main un sac rempli de gâteaux au fromage dont il se demande s'ils plairont à son sempaï. Nul doute que ses visites quotidiennes à son frère sont surtout un prétexte pour rencontrer Ranmaru ! Mais avisant soudain une rangée d'austères limousines noires garées devant l'hôpital - fait plutôt inhabituel, l'adolescent s'arrête aussitôt. "J'ai un trèèèès mauvais pressentiment" profère Kai la mine sombre. Et sur-le-champ, il décide de renoncer à sa visite pour faire demi-tour. Mais c'est sans compter la ténacité de Toshi et de ses accolytes, qui tout comme s'ils se tenaient là en embuscade, ont tôt fait de conduire le récalcitrant auprès de son père manu militari. A peine l'adolescent boudeur est-il entré dans la pièce que du coin de l'oeil, il aperçoit Masa: bien sûr c'est normal que le kambu soit présent, lui qui ne quitte quasiment jamais Mr. Sagano. Mais rien n'est plus pénible pour Kai que cette rencontre, car après les paroles blessantes qu'ils ont échangé l'autre jour, il lui est difficile de contempler en face le visage du yakuza. Alors, ignorant Masa qui s'incline devant lui, Kai se dirige directement vers Ranmaru. "C'est quoi, cette situation ?" lui murmure-t-il à l'oreille en jetant un coup d'oeil vers son frère et Mr. Sagano. Et en voyant son père si réjoui de se retrouver ainsi pour la première fois entouré de sa famille au grand complet, Kai ne peut s'empêcher de lancer une remarque ironique sur les vieux yakuzas qui se sentent rassérénés à voir ensemble leurs fils issus de deux ménages différents. Il va sans dire qu'à ces propos, l'ambiance cordiale et paisible qui régnait jusqu'alors dans la chambre est aussitôt brisée pour laisser place à un silence embarrassé, qui se change finalement en un combat en règle entre le vieil homme et son insolent rejeton que Masanori et Ranmaru ont bien du mal à maîtriser ! A entendre tout ce raffut, Kei en vient même à songer que les gens de l'hôpital ne vont pas tarder à lui demander de quitter leur établissement bien plus tôt que prévu !
Mais une fois calmé, redevenant sérieux, Mr. Sagano s'adresse à Enjôji pour lui demander s'il se rend de temps en temps sur la tombe de sa mère Keiko. Réfléchissant, Kei réalise que cela fait plusieurs années qu'il n'est pas allé la voir, car la sépulture se trouve à Kyôto, à l'autre bout du pays. En fait, il ne s'y est pas rendu depuis les funérailles, voilà pourquoi Mr. Sagano qui s'en doutait tend à son fils une enveloppe qu'il le prie d'accepter en guise de cadeau pour sa convalescence. Kei n'a jamais voulu compter financièrement sur son père, préférant se tenir à l'écart du clan de yakuzas, quitte à se débrouiller seul, néanmoins le vieil homme souhaiterait que pour une fois il se laisse gâter et utilise cet argent pour faire un voyage à Kyôto et se rendre sur la tombe de Keiko. Et ce n'est pas tout: lorsque une fois Kei sorti de l'hôpital, son ami et lui auront décidé de la date de leur voyage, Mr. Sagano se propose de réserver pour eux des chambres à son auberge préférée, le "Takeya", l'établissement-même où travaillait Keiko et où Kei a passé son enfance. Les photos figurant sur le dépliant que lui a remis son père éveillent une douce nostalgie chez Enjôji, alors comment se résoudre à refuser une si réjouissante proposition ?
Mr. Sagano explique cependant que vu que les troubles qui secouent actuellement leur Organisation ne sont pas encore totalement apaisés, il va faire accompagner Kei et Ranmaru par les kambu Araki et Imagawa, qui auront pour charge de les guider jusqu'à l'auberge et surtout de leur servir de garde rapprochée. Mais lorsque le vieil homme ajoute l'air de rien que chaque chambre étant dotée d'un bassin d'eau chaude en plein air individuel, les deux jeunes gens pourront en profiter pleinement en toute intimité, Kai l'arrête net: depuis quand son père fait-il preuve d'une telle ouverture d'esprit, proteste l'adolescent, alors que quand lui-même lui avait annoncé qu'il était homosexuel, Mr. Sagano lui avait ordonné à grands cris de quitter la maison !? Et pourtant le vieil homme prétend ne rien comprendre aux propos de son fils cadet, affirmant que Ranmaru est le bienfaiteur de Kei et non son petit ami comme semble l'insinuer Kai. "Tu rêves ou quoi, pépé !! explose aussitôt le garçon. Il est homo ! Complètement homo !!" - "Qu'est-ce que c'est que ces manières de traiter Mr. Saméjima d'homo !! Ne le met pas dans le même panier que toi !!" Tandis que père et fils sont à nouveau sur le point de se sauter à la gorge, le pauvre Ranmaru semble sur le point de défaillir ! Mais Enjôji lui conseille de ne pas dissiper le malentendu, persuadé que cela vaut mieux pour leur paix à tous !

Finalement lassé de se quereller avec son père qui refuse toujours d'écouter ses arguments, Kai décide de rentrer chez lui. Masa se propose aussitôt de le raccompagner, mais sans même le regarder, le garçon décline son offre. De fort mauvaise humeur, il envoie même promener Kyôsuké resté à attendre son chef dans le couloir en compagnie de son bras droit Toshi. En le voyant partir si vite, les deux yakuzas ne dissimulent par leur inquiétude pour le fils de leur Parrain, compatissant à ses tourments. Cependant Ranmaru ne tarde pas à quitter la chambre à son tour, résolu à avoir une petite conversation avec Kai qu'il finit par rattraper dans le couloir. Le jeune kendôka assurant à ce dernier qu'il n'avait pas besoin de s'en aller si vite alors qu'il n'avait pas revu son père depuis très longtemps, Kai explique que de toute façon, chaque fois que Mr. Sagano et lui se rencontrent, ils ne font que se disputer. D'ailleurs, leur relation père/fils est telle qu'ils sont incapables d'échanger une parole lorsqu'ils ne se querellent pas. Néanmoins, contre toute attente Ranmaru répond que de son point de vue à lui, l'adolescent a déjà bien de la chance d'avoir un père avec lequel se disputer, car le sien s'étant enfui de la maison alors qu'il était encore tout petit, il n'en garde pratiquement aucun souvenir. Voilà pourquoi, Ranmaru conseille à Kai de prendre bien soin de son père tant qu'il a la chance de l'avoir à ses côtés, avant qu'il ne soit trop tard.
Mais ensuite, le jeune homme en vient au véritable sujet qui le préoccupe. Il demande donc à Kai si après les incidents de l'autre jour, il s'est passé quelque chose entre Masa et lui. A cette question, l'adolescent sursaute tandis que son coeur se met à battre la chamade; jamais il n'aurait pensé que ses sentiments et sa gêne face au kambu se voyaient tant que ça ! Ranmaru avoue être conscient que pour rechercher Enjôji, il a fait courir de gros risques à Kai et aussi causé pas mal d'ennuis à Masa; alors si par sa faute les relations entre l'adolescent et le kambu se sont dégradées, il se propose d'aller présenter ses excuses à ce dernier. Néanmoins Kai refuse, assurant que cela n'est pas nécessaire: il est exact que son sempaï et lui ont été un peu trop loin dans cette affaire au lieu de se tenir tranquilles et faire confiance aux membres du clan; mais sa mésentente avec Masa tient surtout selon lui au fait qu'il n'est encore qu'un gamin. Le temps a beau passer, Kai est toujours ce gosse turbulent pour lequel le yakuza est obligé de jouer les nounous, et nul doute qu'il commence à en être franchement fatigué. Voilà pourquoi, bien que touché des égards de Ranmaru, Kai lui assure qu'il n'a pas à se faire du souci, ce problème entre eux deux, seuls Masa et lui peuvent le résoudre.
A peine l'adolescent s'est-il éloigné sous le regard inquiet de son sempaï que celui-ci rencontre cette fois dans le couloir Mr. Sagano et sa troupe. Ranmaru prend poliment congé du vieil homme, promettant de prendre contact avec lui dès que sera fixé le jour où Enjôji pourra sortir de l'hôpital. Cependant, prétextant qu'il souhaiterait remercier le kambu, le jeune homme demande à Mr. Sagano de lui prêter quelques instants son fidèle bras droit Masanori Araki. Une fois que tous deux se retrouvent seuls, Masa intrigué proteste qu'il ne se souvient pas avoir fait quoi que ce soit qui lui vaille la reconnaissance de Ranmaru, mais celui-ci le détrompe aussitôt: car c'est grâce à l'intervention du kambu qui a arrêté son bras qu'il n'a finalement tué personne lors de son altercation avec Koga et ses sbires. S'il avait abattu son sabre comme il s'apprétait à le faire, le jeune homme réalise qu'il aurait tout perdu. A cet instant, il était si en colère qu'il n'était plus lui-même, laissant la folie furieuse conduire son arme, et quand il repense à présent à ce qu'il avait éprouvé alors, Ranmaru en est transi de peur. A cet aveu, Masanori lui assure que c'est justement très bien comme ça: car un homme qui n'éprouve plus de peur à l'idée de tuer ou blesser autrui par la violence, celui-là est un homme fini. Selon le yakuza, le sabre de Ranmaru n'est pas une arme destinée à blesser, mais à combattre pour protéger les êtres qui lui sont chers. Son sabre se doit d'être pur et probe, comme lui. "Surtout que si votre sabre venait à se teindre de sang, ajoute Masa avec un sourire, j'en connais un qui en éprouverais une profonde tristesse. Alors je vous en prie, conservez votre bon coeur...."
Baissant les yeux, Ranmaru acquiesce, ému des paroles pleines de sagesse du yakuza. Néanmoins lorsque ce dernier va pour s'éloigner, le jeune homme le retient, et bien que gêné de se mêler de ce qui ne le regarde pas, tente de lui parler de Sagano. "S'il vous plaît, essayez de comprendre les sentiments de Kai" implore Ranmaru, soulignant comme ce dernier a l'air de souffrir. Mais se tournant vers Ranmaru, le kambu lui fait une déclaration plutôt inattendue: "Mr. Saméjima.... parfois.... je vous envie beaucoup vous et Kei." Car les deux jeunes gens ont la chance de pouvoir se tenir sur un pied d'égalité, sans dépendre l'un de l'autre, de pouvoir se parler en marchant main dans la main. Cette attitude ouverte, Masa est conscient qu'il ne pourra jamais l'imiter. "Je suis l'être humain qui dépend de lui et qui le ronge peu à peu...." prononce sentencieusement Masanori, résumant là sa relation avec Kai. La position de l'adolescent, son orgueil, le kambu craint de tout lui prendre; voilà pourquoi, avant que cela n'arrive.... "Vous avez renoncé à Kai....?" achève Ranmaru à la place du yakuza. - "Non, rien d'aussi noble, répond ce dernier aussitôt. Je fuis en tournant en rond, effrayé par son amour innocent. Je ne suis qu'un homme lâche." Et après avoir énoncé cette conclusion en esquissant un sourire sur son beau visage grave, Masanori s'éloigne pour aller rejoindre Mr. Sagano. Ranmaru quant à lui exhale un profond soupir, convaincu désormais que le problème relationnel complexe qui empêche le yakuza et le fils de son chef de s'avouer leur amour est loin d'être de son ressort....
Quand il revient dans la chambre d'Enjôji, le jeune homme trouve ce dernier occupé à tenter de presser une balle en caoutchouc. C'est encore trop tôt pour se livrer à ce genre de rééducation, proteste Ranmaru; et en effet, par ses efforts Kei ne parvient qu'à raviver sa douleur à l'épaule, qui avait été transpercée par un coup de feu. Néanmoins comparée à celle qu'avait dû subir son ami deux ans plus tôt, sa rééducation à lui sera une rigolade, alors lançant la balle à Ranmaru, il l'enjoint de la serrer à son tour de sa main droite. Intrigué, Ranmaru s'exécute, et Kei ne peut qu'admirer sa poigne vigoureuse. Alors, puisque la force musculaire de son bras lui est revenue, pourquoi le jeune homme ne reprendrait-il pas le kendô ? "Qu.... Qu'est-ce que tu racontes...?" se trouble aussitôt Ranmaru. Cependant Kei n'est pas dupe: il se doute parfaitement que lorsque son grand-père lui a demandé de venir lui rendre visite l'autre jour, c'était pour aborder ce sujet. Car chaque fois que Ranmaru est torturé par quelque chose et qu'il hésite à demander conseil à son ami, c'est qu'il s'agit d'un problème extrêmement personnel qu'il ne peut résoudre que lui-même. Et puis, lorsque le vieux Maître Saméjima rencontre son petit-fils sans la présence d'Enjôji, n'est-ce pas toujours pour parler kendô ? "Alors, en plein dans le mille, hein ?" Fier de son sens de la déduction, Kei exulte. Et soupirant, Ranmaru doit bien reconnaître que son ami a vu juste. Il est vrai que les effets de sa paralysie d'il y a deux ans s'atténuent peu à peu, néanmoins il hésite encore à reprendre le sabre. Bien sûr, Ranmaru n'a pas encore récupéré la totalité de sa force et a dû beaucoup perdre de son habileté pour ne pas avoir pratiqué ce sport depuis si longtemps, mais plus qu'un problème physique, il avoue que c'est surtout un problème moral qui le tourmente: possède-t-il encore l'état d'esprit nécessaire pour se tourner vers le kendô ? A dire vrai, le jeune homme n'en est plus très convaincu. Il a toujours pensé qu'avant-même le côté technique, ce qui est important dans ce sport est le coeur avec lequel on tient le sabre. Voilà pourquoi il n'arrive pas à se pardonner ce qui l'avait fait brandir son sabre l'autre jour, un coeur empli du désir de tuer, même si cela n'avait duré qu'un instant....
Après avoir prononcé cet aveu, Ranmaru demeure tête basse, ressassant de sombres pensées, jusqu'à ce que Kei le tire de sa rêverie en lui pinçant le nez ! Selon lui, son ami se fait du mourron pour rien, et au lieu de broyer ainsi du noir dans ses hésitations, il ferait mieux d'essayer de manier à nouveau un sabre, car ce n'est qu'ainsi qu'il en aura le coeur net. Même si le jeune homme a perdu sa dextérité d'autrefois, Kei lui assure qu'il le soutiendra, qu'il est désormais suffisamment adulte pour ne pas craindre que le kendô lui enlève son compagnon. Songeur, Ranmaru médite un instant ces paroles, cependant celles-ci lui remettent bientôt en mémoire une scène du passé. "Tu m'en diras tant", gronde-t-il tandis que d'un coup son visage s'empourpre de colère. Car des années plus tôt, Enjôji ne lui avait-t-il pas sauté dessus dans le dôjô de son grand-père et l'avait étreint de force tout en lui faisant pour la première fois sa déclaration ? "Ah, Ranmaru, tu as une mémoire d'éléphant..." balbutie Kei en blêmissant. Pas étonnant que vu son caractère impulsif et emporté, son ami doute de ses bonnes résolutions ! Mais retrouvant le sourire, Ranmaru reconnaît que Enjôji a raison: il sait qu'il hésite parce que cette seule décision de reprendre ou non le kendô va déterminer son futur; alors, comme le lui propose son compagnon, mieux vaut qu'il demande directement à son sabre de guider sa voie. Une fois l'arme en main, tôt ou tard, il finira bien par savoir que décider. Alors fort de cette nouvelle résolution, le jeune homme s'apprète à prendre congé de son ami pour aller immédiatement prendre contact avec son grand-père. "Un instant ! Tu n'oublies rien ? proteste aussitôt Enjôji à ce départ précipité. Et moi ! Et moi ! Tu m'oublies !!" Pour le faire taire, Ranmaru le gratifie d'un baiser, ajoutant néanmoins qu'il n'aura pas le droit à la suite tant qu'ils ne se trouveront pas à Kyôto. D'ici-là, voilà le malheureux Kei contraint en raison de sa blessure à un sevrage forcé !

En fin d'après-midi, de retour à son appartement, Kai étendu de tout son long sur le tapis écoute la télévision d'une oreille distraite. Une voix résonne bientôt dans sa tête, couvrant celles provenant du téléviseur, la voix de Masa: "Petit.... Laissez-moi rester toujours auprès de vous.... C'est la seule chose au monde que je désire. Rien de plus, rien de moins." Cela se passait des années plus tôt, lorsque Masanori avait été blessé au visage en servant de bouclier à l'adolescent; et le soir où le yakuza était enfin rentré de l'hôpital, tous deux avaient failli faire l'amour. Failli, car reprenant soudain ses esprits, Masa était parvenu à se défiler, comme toujours. "Aah, ras-le-bol ! s'exclame Kai en se redressant d'un bond. Imbécile de Masa !!" Et pourquoi faut-il que lui-même se remémore en cet instant un événement aussi ancien ? "Masa.... A quoi penses-tu à présent...? As-tu réellement renoncé à moi...? Je voudrais les connaître.... Tes véritables sentiments...." Après avoir réfléchi quelques instants, l'adolescent s'empare finalement du téléphone, et appelant la base du Shôryûkaï à Tôkyô, demande à parler à son père. C'est ainsi qu'il fait part au vieux yakuza de son désir de se rendre à Kyôto avec Kei et Ranmaru, et lui demande durant son séjour de lui prêter Masa. Du moment que son rejeton promette de ne pas ennuyer son aîné et son compagnon, Mr. Sagano ne voit pas d'inconvénient à ce qu'il les accompagne. Mais quand son chef annonce au kambu que Kai veut aller à Kyôto avec lui, celui-ci ne cache pas sa stupéfaction. Selon le vieil homme, ce voyage sera une excellente occasion pour Masa de se reposer, lui qui n'a pas pris de vacances depuis un bon moment. Alors, tandis que Mr. Sagano l'engage à visiter tranquillement Kyôto en compagnie de son fils, le yakuza ne peut qu'acquiescer, promettant de veiller sur les trois jeunes gens qui lui seront confiés.
Quelques jours après la visite de son père, Enjôji escorté par Ranmaru quitte enfin l'hôpital. Si les infirmières se montrent désespérées de voir ainsi s'en aller leur séduisant patient, le médecin-chef quant à lui est plutôt soulagé, et tout en félicitant le jeune homme de son prompt rétablissement, l'engage à ne plus remettre les pieds ici ! Dans le taxi qui emporte les deux amants vers leur foyer, Kei laisse bientôt échapper un ricanement de satyre: le voilà sorti le l'hôpital, la première étape est franchie; à présent, reste à fixer au plus vite le jour de leur départ pour Kyôto. Kyôto et son auberge aux sources d'eau chaude en plein air, dont l'intimité promet des instants réjouissants.... "La visite au cimetière est le but principal de ce voyage. Ne te méprends pas !" proteste aussitôt Ranmaru, agacé par le rire pervers d'Enjôji. Mais soupirant, il avoue finalement que lui aussi est content de se rendre à Kyôto, car il souhaiterait entendre les souvenirs d'enfance de son ami, des histoires sur le garçon qui a grandi dans cette ville et qu'il ne connaît pas. "Il est vrai qu'avec tout ce grabuge nous n'avons pas pu passer un moment tranquilles ensemble, acquiesce Enjôji. Très bien. Nous allons discuter tranquillement, goûter tous les deux quelques moments paisibles.... et surtout ensemble dans la source d'eau chaude, nous..." Baf ! Imaginant sans peine la suite de la phrase, Ranmaru préfère ne rien entendre et fait taire son ami d'un coup de poing, tandis que le chauffeur de taxi apeuré songe qu'il a pris en charge deux bien étranges clients !
Quelques semaines plus tard, une fois Enjôji libéré de ses visites régulières à l'hôpital pour refaire ses pansements, arrive enfin pour son compagnon et lui le jour du grand départ pour Kyôto. Venus spécialement d'Ôsaka, Masa et Kyôsuké les accueillent à la gare, où ils ne tardent pas à retrouver Kai en personne ! "J'ai oublié de vous prévenir, explique Masa au jeune couple. Cette fois le petit nous accompagne." Mais si Ranmaru - qui s'en doutait - arbore une mine peu réjouie, que dire de Kei dont le mécontentement est si fort que la veine qui lui bat aux tempes est sur le point d'exploser ! Avec l'irruption de ce parasite, fini leur beau voyage en amoureux ! Avant qu'une querelle n'éclate entre les deux frères, Kyôsuké s'empresse de faire monter Kei et Ranmaru dans le TGV, mais avant d'y grimper à son tour, retenant le yakuza par le col de sa veste, Kai s'adresse à Masa: "Ne fuis pas, lui murmure-t-il à l'oreille. J'ai demandé la permission à mon père de venir spécialement pour pouvoir parler avec toi. Et jusqu'à ce que j'entende tes véritables sentiments, je ne te laisserais pas rentrer auprès de ton chef. Compris....?"
Finalement, la petite troupe se retrouve assise dans le TGV, et tandis que ce dernier file vers Kyôto, Ranmaru ressent déjà quelques vagues inquiétudes. Kai Sagano et Masanori Araki qui paraissent fâchés, flanqués de leur accolyte Kyôsuké Imagawa.... Enjôji boudeur qui fait la moue.... Le jeune homme a le pressentiment que ce qui devait être au départ un petit voyage d'agrément va vite se transformer en épuisante grande vadrouille !....


Les heures passent et pour l'instant du moins tout semble se dérouler pour le mieux. Enthousiaste et apparemment ravi de ce voyage, Kai se montre aux petits soins pour son sempaï, et seul Enjôji ne parvient pas à se décontracter. "Tu n'es plus un gamin. Jusqu'à quand comptes-tu faire cette moue boudeuse ?" finit par demander Ranmaru agacé. Après tout, c'est la première fois qu'ils ont l'occasion de voyager ensemble.... Mais Kei s'empresse de faire remarquer à son ami qu'à l'origine ils étaient censés partir seuls tous les deux ! Pourquoi a-t-il fallu que Kai aille jusqu'à loger dans la même auberge qu'eux ? "Ne s'est-on pas mariés !? s'exclame le jeune homme tandis que Ranmaru le feu aux joues le supplie de parler moins fort. Notre lune de miel est fichue !!" En plus Enjôji n'a toujours pas eu le droit à sa première nuit en tant que nouveau marié ! "C'est parce que cela n'aurait pas été bon pour ta blessure...." répond Ranmaru, de plus en plus écarlate. - "Je t'ai dis pourtant qu'elle est déjà complètement guérie...." Alors que le couple commence à baigner dans une tendre atmosphère, Kai assis derrière ses aînés s'empresse de la briser: "Sempaï, vous voulez des chips ?"
La nuit commence déjà à tomber quand la petite troupe arrive enfin à Kyôto, l'ancienne capitale qui a conservé encore de nos jours une bonne part de son aspect féodal et majestueux. A peine descendu du train, Enjôji remarque néanmoins combien les lieux ont beaucoup changé depuis le temps qu'il n'est pas revenu dans sa ville natale. Tandis que Masa et Kyôsuké appellent deux taxis afin de les amener à l'auberge, attrapant le bras de Ranmaru, Kai annonce immédiatement qu'il va monter dans le même véhicule que lui. Il va sans dire que son frère n'est pas du tout d'accord ! Mais l'adolescent chuchotant à l'oreille de son sempaï qu'il se sentirait mal à l'aise de rester seul avec Masa, Ranmaru se laisse finalement convaincre et malgré les protestations offensées de Kei, enjoint ce dernier à monter avec le yakuza. Une fois Kai et Ranmaru installés à l'arrière du taxi qu'ils partagent avec Kyôsuké, soupirant, le jeune homme demande à l'adolescent s'il a l'intention de fuir ainsi le kambu pendant toute la durée du voyage. Ce genre de jeu de cache-cache a tout de même une limite ! Cependant, ravi que son sempaï ait accepté encore une fois de l'aider, Kai s'empresse de le rassurer en promettant que dès qu'ils seront arrivés à l'auberge, il arrêtera de les gêner lui et son demi-frère. Seulement, avant d'avoir une conversation face à face avec Masa, il avoue qu'une préparation mentale lui est nécessaire. Alors que le garçon prie son sempaï de lui prêter son soutien encore un peu comme il l'a fait à l'instant, Ranmaru entend raisonner dans sa tête les paroles prononcées quelques semaines plus tôt par Masa: "Je fuis, effrayé par son amour innocent. Je ne suis qu'un homme lâche." Et pour Ranmaru, cet aveu prouve sans conteste que Masanori aime Kai plus que tout. Si seulement ne serait-ce qu'une infime partie de ce profond amour pouvait être transmis à l'adolescent.... Néanmoins, au fond de lui, Ranmaru est persuadé que tout ira bien. "J'espère que vous parviendrez vite à vous réconcilier", dit-il finalement à Kai qui s'étonnait de le voir aussi pensif. Mais le jeune homme n'a pas plus tôt formulé ce souhait que bondissant de son siège, Kyôsuké se met à crier: "J'en étais sûr ! Vous vous êtes querellé avec le chef, n'est-ce pas, petit !!? Quelle en est la raison, cette fois !?" - "Tu en a du toupet d'écouter ainsi les conversations des autres, Kyôsuké !" profère Kai irrité en clouant d'un coup de poing le bec au yakuza. - "Alors que je me fais tant de souci.... C'est méchant...." pleurniche Kyôsuké en se rasseyant.
Lorsque la petite troupe parvient enfin à l'auberge de style traditionnel où leurs chambres ont été réservées, c'est avec émotion que la patronne des lieux accueille Enjôji, fils de sa défunte employée, qu'elle n'a pas revu depuis cinq ans. Le jeune homme ressemble toujours autant à sa mère, bien qu'il ait beaucoup grandi, mais l'aubergiste ne tarde pas à s'apercevoir qu'il n'a pas non plus perdu sa langue bien pendue ! Mais réalisant qu'elle manque à tous ses devoirs, l'aubergiste finit par se pencher sur son registre de réservations afin de distribuer à chacun la clé de la chambre qui lui a été attribuée, et c'est ainsi qu'elle remarque le nom de Kai Sagano. Bien sûr, la femme sait parfaitement qu'il s'agit du propre fils légitime de l'homme dont son employée Keiko surnommée "Hotaru" avait été la maîtresse, voilà pourquoi c'est avec soulagement qu'elle constate que bien que nés de mères différentes, les deux demi-fères ont l'air d'entretenir de bonnes relations. "Bien sûr ! je m'entends à merveille avec mon grand-frère Kei !!" claironne l'adolescent à tue-tête. - "Gr.... Grand-frère...." Quant à Enjôji, cette appellation familère dont Kai n'a certes pas l'habitude de le gratifier ne provoque chez lui que de violents frissons nauséeux !

Quelques instants plus tard, c'est avec ravissement que Kei et Ranmaru découvrent la vaste chambre de style traditionnel où ils vont passer leurs vacances, imprégnée du parfum agréable du bois et du plancher en tatamis. Une véranda pourvue de grandes baies vitrées donne sur le petit jardin où bouillonne le bassin d'eau chaude, préservé des regards des autres habitants de l'auberge par une haute clotûre en bambou, offrant l'intimité la plus parfaite. "ça me plaît," conclut Ranmaru avec ravissement après avoir empli ses poumons de la suave fragrance des lieux. Bien sûr Enjôji est heureux que son compagnon apprécie les charmes de l'auberge où il a grandi, il en oublie même de faire la tête. Car à partir de cet instant, ils vont enfin pouvoir se retrouver seuls tous les deux, alors ce n'est plus le moment de bouder !
De leur côté, c'est avec non moins de plaisir que Kai et Masa découvrent la beauté et la quiétude des lieux. L'adolescent est si enthousiaste en admirant dans le jardin ce décor champêtre avec son bassin fumant entouré d'arbres et de rochers qu'il est sur le point de proposer au yakuza de s'y baigner tous les deux, avant de se reprendre juste au dernier moment en rougissant ! Noyé par l'excitation du voyage, il en a oublié le but originel, avoir une conversation à coeur ouvert avec Masa ! Mais une fois que tous deux se retrouvent seuls, l'employée s'en étant allée leur chercher des yukatas (kimonos d'été que l'on porte pour se détendre dans ce genre d'auberge traditionnelle japonaise), l'ambiance se fait soudain un peu moins détendue. Sirotant son thé assis face au yakuza, Kai recherche désespérément un sujet de conversation, cependant c'est Masa qui rompt le silence le premier: commençant par des constatations d'ordre général sur la chance qu'ils ont que le temps soit beau, il avoue ensuite que cela va lui faire du bien de pouvoir prendre enfin un peu de repos. A ces paroles, Kai demande au kambu s'il ne lui en veut pas: car après tout, le garçon a lui-même décidé de ce voyage, sans même s'enquérir auprès de Masa si ce dernier avait déjà prévu quelque chose. "Ici, c'est le genre d'endroit où l'on a envie de venir passer quelques moments paisibles avec la femme qu'on aime...." plaisante Kai pour tenter de dissimuler son trouble. Mais puisqu'ils en sont à aborder ce sujet, après quelques hésitations l'adolescent ose enfin poser la question qui le préoccupe, demandant à Masa si en ce moment, celui-ci a une petite amie.
Nous y voilà ! Souriant, le yakuza avoue qu'il se doutait que Kai lui poserait une question de ce genre. Il explique ainsi que vu son âge mûr, il y a effectivement une ou deux femmes qu'il n'arrive pas à oublier. Cependant, pour s'être beaucoup trop amusé durant sa jeunesse, même si à présent il désirait se caser, il n'y a pas une seule femme qui connaissant sa réputation accepterait de demeurer à ses côtés. Voilà pourquoi Masanori souhaiterait que Kai ne suive pas la même voie que lui: au lieu de se laisser tourner la tête par des sentiments éphémères dûs à sa jeunesse, le kambu pense que ce serait mieux pour lui qu'il s'unisse à une femme dont il serait sincèrement amoureux. Inutile de préciser que ce ne sont pas - et de loin - les paroles que souhaitait entendre Kai, qui de rage repose violemment sa tasse de thé sur sa soucoupe. "En effet.... Voilà ce que tu as à me dire ? Ce serait bien que je me marie et que je succède à mon père à la tête du clan....? Bien sûr ! Car davantage que mes sentiments, c'est l'Organisation qui compte pour toi !" Et se levant brusquement de table, le garçon quitte précipitemment la pièce, laissant le yakuza seul au milieu de ses soupirs....
Au même moment, dans une autre chambre, après avoir testé la température de l'eau du bassin, Enjôji va pour proposer à Ranmaru de prendre un bain ensemble avant le dîner quand revenant à l'intérieur de la pièce, il trouve son ami déjà revêtu de son yukata. Ranmaru saute les étapes ! proteste Kei en se conduisant à son habitude comme un bébé capricieux. Normalement on prend son bain d'abord, et on enfile le yukata après ! "Si tu as tellement envie de te baigner, tu n'as qu'à y aller en premier," répond l'autre jeune homme, que les réactions excessives de son ami ne finissent pas d'étonner. Mais Enjôji ne veut rien entendre, et s'élançant sur Ranmaru, il le fait tomber sur le tatami avant de l'emprisonner sous son propre corps: ce bain, il veut qu'ils le prennent ensemble ! "D'accord, mais seulement si tu enlèves tes lunettes," cède finalement Ranmaru, joignant le geste à la parole. Car s'il ne peut plus rien voir, Kei sera moins tenté d'avoir un comportement "agressif" quand ils seront nus tous les deux dans l'eau. "Ne sois pas si impatient, imbécile, enjoint le jeune kendôka en déposant un léger baiser sur les lèvres de son bien-aimé. Car nous n'aurons pas de sitôt une telle occasion.... Les baisers tranquilles aussi sont agréables, n'est-ce pas ?" - "Compris. Je vais te recouvrir entièrement de marques de baisers."
Le couple s'enlace tendrement, dans une délicieuse ambiance de calme et d'intimité - ambiance qu'encore une fois, l'irruption d'un parasite vient réduire à néant. "OUUIIINN ! SEMPAAAÏ !!" En pleurs, Kai traverse la pièce en courant pour venir se jeter dans les bras de Ranmaru ! "Ce con de Masa.... Ce con de Masa.... Je suis dépité...!!" - "J'ai.... J'ai compris, alors calme-toi. Et toi aussi calme-toi !" ordonne Ranmaru en se tournant cette fois vers Enjôji, qui se dresse les mains crispées comme s'il était sur le point de commettre un meurtre. Le jeune homme va pour protester, mais lui passant un bras autour du cou, Ranmaru lui administre un long et profond baiser, caressant de sa langue l'intérieur de sa bouche, ce qui a tôt fait de calmer la crise de nerfs. Ainsi, quand son ami lui demande d'aller attendre dans la pièce à côté, dompté, Enjôji obtempère sagement.
Une fois que l'adolescent et lui se retrouvent seuls, Ranmaru l'enjoint à lui raconter ce qui s'est passé: ne devait-il pas se réconcilier avec Masa dès leur arrivée à l'auberge ? Kai répond qu'il en avait effectivement l'intention, si ce n'était l'attitude du yakuza, qui n'a fait que lui tenir des propos à le mettre en colère au point que le garçon ne puisse plus supporter d'en entendre davantage. Soupirant de lassitude, Ranmaru en vient à se demander intérieurement comment il se fait que deux êtres toujours prêts à risquer leur vie l'un pour l'autre dans les moments difficiles ne parviennent jamais à s'accorder. Finalement, le jeune homme se met en devoir d'expliquer à Kai que même si exprimer avec franchise ses sentiments est bel et bon, il doit aussi tenir compte de la position de Masa: le rôle du kambu est avant tout de protéger le fils de son maître, ainsi il ne parle ni n'agit jamais à la légère. Quoi qu'il ait pu dire qui a blessé l'adolescent, Masa n'avait certainement pas de mauvaises intentions, alors ce n'est pas parce que Kai n'a pas obtenu la réponse conforme à ses désirs qu'il doit si facilement faire des reproches au yakuza. Sombre, Kai acquiesce qu'il sait tout cela, seulement au lieu d'un sermon purement officiel, il aurait tant voulu que son ami lui fasse part de ses véritables sentiments.... "Ses sentiments vrais.... Mmm.... Voilà qui s'annonce difficile," réfléchit tout haut Ranmaru. Puis il s'efforce d'expliquer qu'un homme adulte comme Masa ne va pas prononcer un mot sans avoir préalablement penser et peser chacune de ses paroles, voilà pourquoi ça ne sera pas facile de lui arracher des propos spontanées ! "Pfouu.... Compliqués, les adultes...." soupire Kai pensivement.
La conversation entre les deux jeunes gens est soudain interrompue par Kyôsuké, qui était à la recherche du fils de son patron et pensait bien le trouver chez son sempaï. Tandis que Kai et lui cheminent dans le couloir, le yakuza réitère son souhait que Masa et l'adolescent se réconcilient au plus vite; car Kyôsuké est si inquiet que bien qu'il doive déjà partir, il ne se sent pas le courage de rentrer à Ôsaka. Comment Kai a-t-il pu devenir aussi froid, se lamente le yakuza tandis que l'intéressé, de mauvaise humeur, le somme de la boucler et de s'en aller au plus vite. Alors qu'autrefois, c'était un si gentil enfant ! "Arrête, tu n'es pas ma mère !" s'exclame le garçon, agacé de ces pleurnicheries. Mais à peine a-t-il prononcé ces mots qu'une idée germe soudain dans son esprit: Kyôsuké est le plus vieil ami de Masa, tous deux ont passé toute leur jeunesse ensemble et ne se sont pas quittés jusqu'à ce jour. C'est ainsi qu'annonçant au yakuza qu'il voudrait s'enquérir auprès de lui des relations qu'entretient Masanori avec la gent féminine, Kai l'entraîne jusqu'au salon de thé de l'auberge afin d'avoir l'occasion de le "cuisiner" à sa guise. Une fois les deux compères assis face à face, l'adolescent n'y va pas par quatre chemins: Masa lui a avoué qu'il y a une femme qu'il ne parvient pas à oublier; alors, qui est-ce ?
Réfléchissant un moment, Kyôsuké ne tarde pas à comprendre de qui il s'agit; néanmoins, gêné, il ne sait pas s'il ferait bien de raconter cela à Kai. Ce dernier insistant, à la fin, sous la promesse que le garçon ne répétera pas à Masa qui lui a fait cette révélation, le yakuza finit par lâcher que s'il y a bien une femme au monde que son ami ne parviendra jamais à oublier, c'est Mme Sagano, la propre mère de Kai ! Elle était si belle, si douce et réservée.... Tous les membres du clan et même Kyôsuké l'adoraient. Mais entendant cet aveu, l'adolescent est soudain saisi d'une peur horrible. "At.... Attends un peu...." bredouille-t-il, livide, avant d'exploser en se jetant à la gorge du malheureux yakuza: "Ne me dis pas que la conclusion de cette histoire est qu'en réalité, mon père, c'est Masa !!" - "Impossible ! répond aussitôt Kyôsuké effrayé. Quand nous avons intégré l'Organisation, votre mère était déjà enceinte !!" - "Ouf.... J'ai eu la peur de ma vie...." soupire Kai de soulagement, le coeur encore secoué de violentes palpitations. Il revient ensuite à la charge en demandant si par hasard sa mère n'aurait pas eu une liaison adultère avec Masa, mais là encore, Kyôsuké s'empresse de le rassurer: Mme Sagano aimait trop son époux pour commettre un acte de ce genre. En un mot, le pauvre Masanori avait dû souffrir jadis d'un amour à sens unique: n'ayant pas le droit de se déclarer, il ne pouvait que contempler l'objet de son amour, et pour un homme aussi droit que lui, même le simple fait d'être épris de l'épouse de son chef lui apparaissait comme un crime. Tandis que le jeune homme qu'était alors Masa s'efforçait désespérément d'oublier ses sentiments pour Mme Sagano, il a même eu une période des plus agitée. Quand la jeune femme est décédée, Kyôsuké a craint pendant un temps que son ami ne s'en remette pas, complètement brisé par le chagrin. Et ce qui l'a sauvé, ce n'est autre que l'existence de Kai. C'est parce que Kai existait que Masanori, Mr. Sagano, Kyôsuké et tous les autres membres du clan ont tellement fait de leur mieux, afin de protéger le trésor que leur maîtresse bien-aimée leur avait laissé.... "Est-ce que mon visage ressemble à celui de ma mère....?" demande l'adolescent ému. - "Bien sûr, répond Kyôsuké. Physiquement, davantage qu'au chef, c'est à votre mère que vous ressemblez - bien que votre caractère soit l'exact opposé du sien." Normal, Kai est un garçon, alors de ce point de vue son caractère têtu et emporté lui convient à merveille, ajoute le yakuza en riant. Puis, engageant Kai à prendre contact avec lui si jamais il arrivait quelque chose, Kyôsuké prend congé de lui pour s'en retourner à Ôsaka.

Après cette discussion avec Kyôsuké, Kai a le sentiment de comprendre beaucoup mieux à présent l'attitude de Masa à son égard. De retour à sa chambre, se glissant sous la véranda, l'adolescent trouve son ami debout dans le jardin occupé à goûter paisiblement la bise nocturne, revêtu de son yukata. Tendant à Kai le kimono apporté pour lui, Masanori l'enjoint à aller prendre un bain avant le dîner, comme il l'a déjà fait lui aussi, ce que le garçon finit par accepter. Une fois seul, plongé dans l'eau du bassin, Kai ne peut s'empêcher de ruminer encore tout ce que lui a appris Kyôsuké. En fin de compte, la réponse à ses interrogations était si simple: la femme qu'aimait et ne pourra jamais oublier le yakuza n'est autre que sa propre mère, dont Kai est le vivant portrait. Comment s'étonner dans ce cas-là qu'il soit si difficile pour Masa de lui faire part de ses véritables sentiments ? Nul doute qu'à travers Kai, le yakuza voit Mme Sagano. Kai à qui parfois il adresse de douces paroles, que parfois encore il ose embrasser.... Toutes ces déclarations et ces gestes interdits que Masa n'avait pas pu accomplir quand l'objet en était Mme Sagano, l'adolescent y a droit à présent. Enfin, Kai a la certitude qu'il représente pour le yakuza bien plus que le simple héritier de leur clan, qu'il est même sans aucun doute l'être humain qui lui est le plus précieux. "Tant mieux.... Tant mieux.... se répète le garçon. Et pourtant, en dépit de ce soulagement, Kai ne peut empêcher ses larmes d'inonder son visage tandis qu'il se recroqueville dans le bassin. Masa ne l'aime-t-il donc que parce qu'il retrouve en lui l'image de sa mère ?
Une fois venue l'heure du dîner, alors que l'aubergiste sert à Enjôji et Ranmaru le traditionnel alcool de prunes que l'on boit dans une coupe avant le repas, c'est avec délices que Ranmaru découvre cette boisson rafraîchissante qu'il n'avait encore jamais goûté. Quant à Enjôji, à peine avalé sa ration il en demande déjà une autre rasade, et l'aubergiste se souvient en riant que déjà autrefois le fils de son employée adorait cet alcool: un jour, Kei avait même mangé toutes les prunes macérées dans la carafe avant se s'effondrer ivre-mort dans le couloir de l'auberge. Il n'était encore qu'à l'école primaire ! Et connaissant le caractère de son ami, inutile de dire que Ranmaru ne se montre point trop étonné de cette histoire....
Dans une pièce pas loin de là, Kai et Masanori prennent également leur dîner tandis qu'avec quelque inquiétude, l'adolescent se demande si à ses yeux rougis l'on ne devine pas qu'il a pleuré. C'est néanmoins avec calme qu'il fait désormais face à Masa, osant même lui demander d'ôter le wasabi (sorte de moutarde ultra-forte) de son assiette. Cette requête amuse beaucoup le yakuza: Kai n'a pas changé, il déteste toujours autant cet aliment. Néanmoins il ajoute que cela l'a beaucoup aidé jadis que Kai ne soit pas un enfant capricieux sur la nourriture: il voulait tout ce que les adultes autour de lui mangeaient, chipant même les amuses-gueules que l'on grignote en buvant du saké. A l'évocation de ce souvenir, Kai a la douloureuse conviction que Masanori ne le voit vraiment que comme un enfant, et peut-être même le considère-t-il comme son propre fils. Néanmoins l'adolescent ne veut pas se laisser aller à des pensées amères, alors s'emparant de la bouteille de saké, bien qu'il soit mineur, il se sert une bonne rasade de vin ! Masa tente bien de protester, mais difficile de lui faire entendre raison quand Kai a quelque chose dans la tête; il se résoud donc à lui tendre son propre verre, comme le garçon le lui enjoint. Bien qu'il soit fort tenté d'accabler le yakuza de questions, Kai se refuse à casser l'ambiance paisible qui règne ici à présent, désirant profiter au maximum de ces quelques instants précieux passés en tête à tête avec Masa....
Et la nuit venue, tandis que leurs amis s'enivrent, Enjôji et Ranmaru vont s'étendre dans leur chambre à coucher. "Aller trop vite gâte les choses" dit-on souvent. Néanmoins, Enjôji soupire qu'il est en ce moment bien malheureux. Car affalé sur son futon, immergé dans un sommeil profond par l'action de l'alcool de prune ainsi que d'un voyage éreintant, quoi que son ami lui fasse, Ranmaru ne se réveille pas ! Ce n'est pas encore cette nuit qu'Enjôji aura droit à sa lune de miel !
Le lendemain matin, en s'éveillant et ne reconnaissant pas les lieux, Ranmaru se demande tout d'abord où il est. Mais se rappelant soudain son escapade à Kyôto, il décide d'aller immédiatement prendre un bain. "Ffouu.... Un bain de source en plein air dès le matin. C'est le summum du luxe !" soupire le jeune homme de satisfaction en se délassant dans l'eau chaude. "En plus, l'autre casse-pied dort encore, ajoute-il en parlant bien sûr d'Enjôji, qui ronfle et ne risque donc pas de venir l'embêter durant ses ablutions. C'est vraiment une très belle matinée !"
Du côté de chez le yakuza et de son protégé, à son réveil, Masanori a la surprise de découvrir Kai endormi tout contre lui, la tête posée sur son épaule. Depuis quand l'adolescent a-t-il glissé de son futon ? Masa l'ignore, il ne s'était aperçu de rien. Mais à dormir ainsi hors de son lit, Kai se retrouve complètement glacé, alors le yakuza s'empresse de l'envelopper dans sa couverture tout en le serrant contre lui afin de le réchauffer de son propre corps. Si le garçon s'éveille quelques instants à ce contact, goûtant le bien-être de se retrouver ainsi bien au chaud dans les bras de Masa, il ne tarde pas à glisser à nouveau dans le sommeil. Et c'est lové comme un chaton dans les bras du yakuza que le découvre l'employée de l'auberge quand elle entre dans la chambre afin de ranger les futons. Avec amusement, l'employée - nommée Yasué - remarque que le garçon est toujours aussi mignon: ainsi endormi il a exactement le même visage que lorsqu'il était bébé. Masa ne cache pas son étonnement d'apprendre que Kai était déjà venu ici autrefois. Yasué commence alors à raconter que jadis, Mme Sagano s'était rendue à cette auberge en cachette en emmenant son bébé afin de rencontrer Hotaru, la mère de Kei. Une histoire qui avait eu lieu vingt ans auparavant....
Après que toutes deux se soient mutuellement présentées des excuses, Keiko Enjôji surnommée Hotaru pour avoir gardé l'enfant né de sa liaison avec son ancien amant, et l'épouse du yakuza pour être ainsi venue la voir à l'improviste, Mme Sagano avait été droit au but en avouant à sa rivale qu'elle souhaitait lui présenter une requête: malade, la jeune femme savait qu'il lui était impossible désormais d'avoir d'autres enfants; voilà pourquoi elle souhaitait faire rencontrer à son bébé Kai son frère aîné Kei, le seul frère que l'enfant aurait jamais et dont il porte presque le même nom selon la volonté de son époux. Emue, Hotaru s'était empressée d'appeler son fils plus âgé de deux ans, et à peine avait-il aperçu le bébé que Kei avait aussitôt souhaité le prendre dans ses bras. Bien sûr, Mme Sagano avait été ravie de lui laisser toucher son petit frère, son voeu le plus cher étant justement de les rapprocher. Et en voyant combien les deux enfants étaient mignons ainsi dans les bras l'un de l'autre, les deux jeunes femmes avaient bientôt réclamé un appareil pour pouvoir prendre des photos, que Yasué encore jeune à l'époque leur avait apporté. A l'arrivée de Mme Sagano dans l'auberge, les employées s'étaient demandé avec anxiété ce qui allait se passer, et voilà que loin de se quereller, les deux jeunes mères s'étaient lancées ensemble avec enthousiasme dans la prise de photos d'enfants ! Et maintenant, vingt années plus tard, le bébé d'autrefois a bien grandi, ajoute Yasué en se penchant sur Kai. Mais Masa juge que l'heure est venue pour le garçon de se lever, sinon, il ne dormira plus la nuit suivante. Et tandis que le yakuza le réveille en douceur, Kai a peine à dissimuler sa surprise et sa honte en découvrant en ouvrant les paupières le beau visage grave de son ami penché sur lui.
De son côté, Ranmaru a lui aussi toutes les peines du monde à faire décoincer Enjôji, bien décidé à s'adonner comme son frère cadet à une revigorante grasse matinée. Seul un délicat baiser parvient à faire sortir le jeune homme de sa torpeur. Ecartant ensuite son kimono, Ranmaru examine sa blessure, dont une profonde cicatrice au niveau de l'épaule droite témoigne encore de l'impact de balle qui lui a traversé la chair. Néanmoins, Kei assure qu'il n'a plus du tout mal, qu'il va même parfaitement bien. Et pour prouver ses dires, il se jette brusquement sur Ranmaru puis le fait chavirer sur son futon avant de lui administrer à son tour un baiser. "Tu es un vrai gamin," lance Ranmaru à son ami toujours prêt à chahuter. - "Et toi, Ran, tu es trop froid," répond Kei du tac au tac. - "Je te parais froid ?" - "Oui, parfaitement !" Mais cette fois, en guise de réplique, Ranmaru administre à Enjôji un baiser profond, glissant sa langue entre ses lèvres. "Je suis chaud à l'intérieur, prononce le jeune homme malicieusement. Tu veux vérifier ?" Quelle question ! Kei ne se fait pas prier, déjà prêt à enquêter en allant jusqu'au fond des choses . Hélas, l'arrivée de l'employée venue ranger les futon met fin à ces prémices d'ébats !

Dans la matinée, Kei, Ranmaru, Kai et Masa s'apprètent à se rendre au cimetière. Avant qu'ils ne quittent l'auberge, la responsable des employés remet à Enjôji un sac contenant un bouquet de fleurs, des bougies et des bâtonnets d'encens, tout ce dont le jeune homme aura besoin pour rendre hommage à sa mère défunte et qu'il pensait acheter en cours de route. Puis, alors que les quatre jeunes gens traversent la ville à pieds, profitant que Kai et Masa marchent un peu en avant, Ranmaru avoue à son ami son soulagement de voir que l'adolescent paraisse enfin avoir retrouvé sa bonne humeur. Enjôji a beau protester que Ranmaru chouchoute trop son cadet, le jeune homme réplique que du moment que Sagano compte sur lui, il ne peut tout de même pas le laisser tomber ? Ce à quoi Enjôji s'entête à rappeler que Ranmaru n'est pas venu ici pour jouer les nounous, alors plutôt que de se préoccuper de Kai, il ferait mieux de s'occuper de lui ! Mais arrivant tout en discutant ainsi devant la tombe de sa mère, Kei s'étonne de la voir si bien entretenue alors qu'il n'est pas revenu à Kyôto depuis cinq ans et pensait la retrouver sale et envahie par les herbes. Cela montre combien l'aubergiste, qui aimait beaucoup Hotaru, a pris grand soin de sa sépulture.
Après avoir allumé les traditionnels bâtonnets d'encens, tandis que chacun des visiteurs joint les mains devant la tombe de la défunte, Enjôji s'adresse mentalement à sa mère, avant de se retourner vers Kai pour lancer à voix haute comme Hotaru doit être surprise de la venue de l'adolescent. "ça, c'est certain, répond le garçon. Et elle doit sûrement me considérer comme un ennemi." Cependant Enjôji est persuadé du contraire: selon lui, sa mère doit plutôt bien rire dans sa tombe de constater que les deux demi-frères ont sympathisé dans son dos. "Sympathisé ? Qui et depuis quand !?" proteste Kai, prêt à entâmer une nouvelle dispute, à laquelle l'intervention de Masa met fin aussitôt: car selon le yakuza, voir les deux frères ensemble doit plutôt rappeler d'agréables souvenirs à Hotaru. Le kambu explique ainsi à Kai intrigué que d'après ce que lui a raconté l'une des employées de l'auberge, quand le garçon était bébé il a souvent rencontré son frère aîné. Tout a commencé avec le souhait de Mme Sagano, qui désirait rapprocher les deux frères et qui dans ce but s'était mise à rencontrer régulièrement Keiko "Hotaru" Enjôji et son fils. Et en y réfléchissant bien, Kei et Kai se rappellent avoir chacun reçu de leur mère en héritage une photo montrant Kei enfant serrant dans ses bras kai encore bébé. "Bien sûr, acquiesce Ranmaru. Car sans ces photos, vous n'auriez pas pris conscience que vous étiez frères." - "Vos mères ont certainement pris ces photos en faisant le voeu qu'un jour, vous puissiez vous rencontrer en de bons termes," ajoute Masanori. Et puisqu'il en est ainsi, pourquoi les deux frères ne se réconcilieraient-ils pas tout de suite, afin d'exaucer le souhait des deux défuntes ? Prenant Kai et Enjôji chacun par un bras, c'est ce à quoi les exhorte Ranmaru. "Si seulement il était un peu plus mignon," répond aussitôt Enjôji, faisant bien sûr allusion au caractère emporté de son capricieux et encombrant frère cadet. - "Inutile de t'en faire pour ça," réplique Kai à son tour, tirant la langue à son aîné. Et tandis que les deux frères continuent à se faire des grimaces, leur jetant des regards en coin, Ranmaru se dit en soupirant que ces deux-là sont vraiment décourageants tant ils paraissent aimer se chamailler.
Mais avisant Masa occupé à prier devant la tombe d'Hotaru, le jeune homme finit par s'agenouiller à ses côtés afin de rendre lui aussi hommage à la défunte. Puis, profitant d'être seul avec le yakuza, Ranmaru lui fait part de son soulagement de voir Kai aller moralement beaucoup mieux. Lui-même était très inquiet depuis que Masanori lui avait laissé entendre qu'il avait renoncé à Kai, et il espérait sincèrement qu'à l'occasion de ce voyage, tous deux parviendraient à s'ouvrir davantage leur coeur. Remerciant Ranmaru de se faire tant de souci, Masa répond qu'il a réalisé qu'inconsciemment, il n'a cessé de blesser Kai tout en pensant agir pour son bien. Et après avoir compris cela, il ne savait plus du tout quoi faire, en venant à raisonner que puisque ses agissements ne font que blesser l'adolescent, mieux vallait encore s'éloigner de lui. Néanmoins, à chaque fois qu'il était sur le point de couper les ponts définitivement entre Kai et lui, Masa en a été retenu par ces yeux d'enfants emplis de confiance envers lui qui semblaient lui dire: "Reste-là !" Alors finalement, il n'est pas parvenu à le quitter. "Vous savez, je pense que Sagano n'est plus si puéril que cela, remarque Ranmaru. Du moins n'est-il plus un enfant qui se contente simplement de ce qu'on veut bien lui donner." Après avoir prononcé ces paroles et réalisant soudain que celles-ci peuvent paraître quelque peu insolentes, le jeune homme honteux s'empresse de s'excuser auprès du yakuza. Néanmoins, Masa amusé répond qu'au contraire Ranmaru a raison, il est vrai qu'il a tendance a beaucoup trop considérer Kai comme un gamin. Mais à cet instant leur parvient la voix d'Enjôji, qui se tient avec son frère un peu plus loin et leur propose de s'en aller puis de marcher jusqu'au quartier de Shijô où ils pourront s'arrêter pour prendre le thé.
Acquiesçant à cette invitation, Ranmaru va pour se relever lorsqu'il est soudain pris d'un vertige, la jambe endormie pour être resté trop longtemps accroupi sur le sol. Réagissant au quart de tour, Masa l'empêche de tomber en le retenant dans ses bras, geste prévenant qui lui attire aussitôt les regards consternés de Kai et Enjôji ! Avisant la manière dont le dévisage le petit ami de Ranmaru, sans se départir de son flegme, Masa s'incline devant lui en s'excusant. Mais tandis que Ranmaru se tourne vers Kai, il remarque à son tour que l'adolescent l'observe d'un air mécontent et soupçonneux, si bien que vaguement effrayé, le jeune homme se sent obligé de lui dire qu'il ne l'a vraiment pas fait exprès ! "Je sais !" répond Kai de mauvaise humeur. Et s'avançant d'un pas décidé, il attrape Masa par le bras afin de l'entraîner avec lui. "Son comportement est vraiment facile à comprendre, songe Ranmaru en les regardant s'éloigner. Bien qu'il soit difficile de discerner s'il s'agit du désir de possession absolue qu'on voue à l'être aimé, ou le genre de sentiment possessif qu'on éprouve pour l'un de ses parents. De ce point de vue-là, il se peut qu'effectivement, Sagano soit encore un enfant...." Et une fois proférée cette conclusion, le jeune homme ajoute pour lui-même que lui aussi a la lourde charge de s'occuper d'un gamin en bas âge: "C'est à moi ! A moi !" proclame Enjôji en entourant son ami de ses bras et revendiquant haut et fort sa propriété !

Un peu plus tard, la petite troupe se retrouve assise à la table d'un salon renommé pour ses glaces au thé. Lorsque Ranmaru demande à son ami quel parfum il lui conseillerait de prendre, Enjôji, qui connaît bien les lieux, lui répond qu'il peut choisir n'importe quoi, car tout ici est délicieux ! Ranmaru décide finalement de prendre une glace différente de celle que choisira Kei afin de pouvoir en goûter deux sortes à la fois, et Kai s'empresse de faire la même chose avec Masa, bien que le malheureux qui n'est pas adepte des sucreries voulait simplement se commander un thé ! Et le soir, après s'être bien amusés et régalés en se faisant par couple goûter chacun leur glace, les quatre compères s'en retournent à leur auberge. Une fois dans sa chambre avec Enjôji, Ranmaru raconte à la responsable des employés leur petite excursion de la journée, comment après leur visite au cimetière ses amis et lui en ont profité pour visiter un peu la ville. Puis, l'aubergiste ayant pris congé en promettant à Enjôji d'apporter de la bière pour arroser le dîner, celui-ci propose à Ranmaru de prendre un bain ensemble avant le repas. Et à sa grande surprise, le jeune homme accepte, bien que ce soit à la condition expresse que son ami lui promette de ne pas le mettre dans une situation embarrassante au cas où l'une des employées viendrait à entrer dans leur chambre à l'improviste.
Kei promettant d'être sage bien que l'expression de son visage promette tout le contraire, les deux jeunes gens vont donc se laver ensemble dans la cabine de douche lambrissée. Tandis que son ami se rince, Ranmaru se savonne dans le coin le plus éloigné possible d'Enjôji, lui tournant le dos, peu rassuré ! Et en effet, provoqué par la réserve pudique de Ranmaru, Kei ne se tient pas tranquille bien longtemps ! Mais alors qu'il enlace le jeune homme pour l'embrasser, celui-ci ne le repousse pas: tous deux n'ont pas fait l'amour depuis des semaines en raison de l'enlèvement, l'hospitalisation puis la convalescence d'Enjôji, et patienter jusqu'à leur arrivée à Kyôto a épuisé tout ce qui leur restait de patience. L'un et l'autre sont à bout, et remarquant comme Ranmaru brûle de désir à la moindre de ses caresses, Kei se dit comme ce long sevrage forcé donne encore plus d'intensité à leurs ébats. Lui-même ressent une émotion profonde tandis qu'il a l'impression de redécouvrir le corps de Ranmaru, que le contact de sa peau, ses soupirs, lui apparaissent sous un jour nouveau. De son côté, son partenaire se faisant de plus en plus audacieux, Ranmaru refuse d'être le seul à jouir, et tandis qu'il émet le souhait que tous deux ressentent du plaisir en même temps, c'en est trop pour Enjôji: il avait l'intention de patienter jusqu'à la dernière minute, de profiter au maximum de chaque caresse, mais réalise qu'il n'est plus en mesure de se contenir plus longtemps ! Alors, entourant brusquement le dos de Ranmaru de ses bras, il pénètre fougueusement en lui, l'étreignant avec une vigueur telle que le jeune homme a bien du mal à se tenir debout et doit se raccrocher de toutes ses forces au lambris de la cabine de douche....
Un moment plus tard, les deux amants se délassent dans la source d'eau chaude aménagée dans leur petit jardin. Tournant le dos à Enjôji, Ranmaru écarlate s'efforce de cacher sa honte: alors qu'il souhaitait que son compagnon et lui éprouvent ensemble le même plaisir, il a été le premier à atteindre l'orgasme, alors que son partenaire venait à peine de s'emparer de son corps ! Néanmoins Kei n'est pas fâché, bien au contraire: il se montre plutôt ravi que Ranmaru l'ait désiré avec tant de passion. "A t'entendre, on croirait que je ne t'ai jamais désiré jusqu'à présent," remarque le jeune homme avec étonnement. Ce à quoi, nageant jusqu'à son ami pour l'enlacer par derrière, Kei répond dans un sourire que même s'il trouve le Ranmaru honteux et pudique tel qu'il se montre d'ordinaire pendant l'amour terriblement mignon, le Ranmaru lascif et provoquant d'aujourd'hui est également très excitant ! "Lascif...." répète le jeune kendôka tandis que le feu lui monte aux joues. - "Oui, lascif, répond Enjôji en lui pinçant les mamelons, arrachant à son ami soupirs et gémissements. Lascif comme si tu n'en pouvais plus de vouloir faire l'amour." - "C'est exact, tu as raison, avoue Ranmaru en se tournant enfin vers Enjôji. C'est exactement ce que je ressens en cet instant. Je n'en puis plus tellement je te désire...." Enlacés dans ce bassin champêtre entouré de pierres, voilà les deux amants prêts pour un second round. Mais à peine ont-ils entâmé leurs caresses que l'un et l'autre remarquent qu'ils ont étrangement la tête qui tourne. Immergés depuis un bon moment dans la source d'eau chaude de leurs corps déjà bien échauffés, ils ressentent immanquablement les mêmes effets que lorsque on est resté trop longtemps dans un bain brûlant !

Pendant ce temps, chez Kai et Masa, l'un et l'autre se renvoient la politesse pour savoir qui ira se baigner dans la source du jardin le premier. Finalement, prétendant qu'il a trop chaud pour se plonger immédiatement dans l'eau recouverte de vapeur, l'adolescent réussit à convaincre son ami d'y aller le premier, l'enjoignant à prendre son temps pour bien se délasser. Une fois seul, Kai se dit en soupirant que cela ne lui ressemble pas d'imposer ainsi sa volonté au yakuza. "Non, pas question de fuir ! se fait-il entendre en se frappant les deux joues. Tu dois mener une attaque plus franche et plus directe !" Et pour commencer, la meilleure approche n'est-elle pas de s'accommoder chacun à la nudité masculine de l'autre ? Mais ignorant tout de la résolution de Kai, dans leur chambre, Ranmaru et Enjôji gisent pitoyablement sur le tatami accablés de sueur et de fièvre, livrés aux soins de l'aubergiste qui était venue apporter le repas. "Vous n'êtes quand même plus des enfants ! s'exclame cette dernière. Que faisiez-vous si longtemps dans le bain, au point d'attraper la fièvre !?" - "On.... On en était presque au second round...." répond Enjôji en haletant, arborant l'habituelle expression de satyre sur son visage. Heureusement, il est peu probable que l'aubergiste comprenne à quoi il faisait allusion !
Immergé dans la source d'eau chaude du jardin, Masanori Araki goûte enfin quelques instants de paix et de tranquillité. A présent qu'il sait que Mme Sagano s'était jadis rendue dans cette auberge en compagnie de Kai, il ne peut s'empêcher de voir dans le fait que lui-même s'y retrouve aujourd'hui un effet du Destin: le jour où Mme Sagano est morte, il en avait voulu au monde entier, mais à présent, étrangement, le yakuza réalise qu'il est enfin capable de se remémorer le passé non plus avec colère, mais une douce nostalgie. Passé dont le sourire de Kai a effacé les souvenirs les plus pénibles.... Masa a beau se dire que toujours inquiet pour l'adolescent, il n'a pas vraiment le temps de s'immerger dans ses souvenirs, pouvoir se reposer enfin quelque peu le corps et l'esprit lui fait le plus grand bien. Cependant le kambu n'a pas plus tôt songé à son jeune soupirant que se glissant subrepticement dans son dos, ce dernier plonge brusquement dans la source d'eau chaude, aspergeant d'eau son occupant ! "Ne m'avais-tu pas dit de me baigner le premier ?" fait remarquer Masa. Ce à quoi Kai répond franchement que s'il lui avait proposé d'aller se baigner tous les deux, le yakuza aurait certainement refusé, car si autrefois ils prenaient souvent leur bain ensemble, depuis que Kai a grandi, ce n'est plus le cas. "Tu n'aimes plus te baigner avec moi ?" en vient donc à demander l'adolescent. Néanmoins, posant sa serviette sur son épaule afin de dissimuler la tête du dragon qui vient s'enrouler sur sa poitrine, Masanori assure au garçon que ce n'est pas de sa faute, simplement, il ne veut pas que l'on voie son tatouage. Kai ne s'en souvient sans doute pas car il était trop petit, mais un jour, autrefois, il avait pris la fuite en découvrant ce dessin de dragon sur la peau de son protecteur. Pour Masa, ce tatouage est le symbole de sa loyauté envers Mr. Sagano, cependant, il ne pense pas que ce soit approprié de l'exhiber devant son fils. Car aux yeux de Kai, l'emblême de son orgueil de yakuza n'apparaîtrait-il pas seulement comme une souillure ? Alors Masa se refuse à exposer devant lui quelque chose de dégoûtant.
"Tu te trompes.... Tu te trompes...." répète plusieurs fois l'adolescent avant de se jeter sur son ami pour lui arracher sa serviette de bain, révélant la tête du dragon. "Pourquoi faut-il toujours que tu te caches de moi, que tu cherches à me fuir !? Tout cela parce que tu as toi-même décidé que c'était pour mon bien ! Crois-tu réellement que ça me fasse plaisir !?" S'efforçant de se calmer, Kai se blottit contre l'épaule du yakuza, expliquant que lorsqu'il avait dit qu'il souhaitait entendre les sentiments vrais de Masa, il voulait signifier par là ce que Masa lui-même pense et désire, et non ce qu'il juge de mieux pour lui. Bien que ravi que le kambu le traite avec tant de douceur, Kai souhaiterait faire lui aussi quelque chose pour son ami, et même s'il est peu probable qu'un jeune garçon comme lui puisse lui être utile en quoi que ce soit, souhaiterait qu'au moins Masanori lui fasse partager ses sentiments, ses avis, ce qu'il pense.... Et sur ces mots, relevant enfin la tête pour regarder le yakuza droit dans les yeux, d'une voix hésitante, Kai va pour lui avouer clairement son amour; mais devinant les mots qu'il s'apprète à prononcer, Masa le fait taire d'un geste. "Si nous restons trop longtemps à parler dans le bain, nous allons être malades," profère-t-il en quittant le bassin. "Attends un peu ! Tu as encore l'intention de fuir !?" proteste Kai. Néanmoins Masanori lui assure que non, qu'il est disposé à écouter tout ce que l'adolescent aura à lui dire, mais une fois qu'ils seront sortis du bain....

De leur côté, Ranmaru et Enjôji se sont enfin remis de leur accès de fièvre provoqué par une immersion trop prolongée dans l'eau chaude de la source. Déshydraté sous l'effet de la chaleur, Enjôji s'enfile un verre de bière après l'autre, sous les regards désapprobateurs de son ami qui lui fait remarquer qu'il a vraiment une bonne descente pour pouvoir boire autant d'alcool juste après avoir été malade. "Rien ne vaut une bonne bière après avoir transpiré !" réplique Kei de son habituel ricanement de pervers, manière de rire peu élégante qui arrache encore une fois un commentaire à Ranmaru. Mais selon Enjôji, le jeune homme n'est pas vraiment en mesure de lui faire la morale, après la manière INDECENTE dont il s'est conduit tout à l'heure. Sursautant à cet adjectif, Ranmaru manque s'étouffer avec sa boisson ! Néanmoins son compagnon lui assure qu'un voyage de noces où on ne se laisse pas aller à toutes les folies serait vraiment du gâchis, alors tous les débordements sont les bienvenus !
"Mais.... est-ce vraiment raisonnable juste après une visite au cimetière ?" s'inquiète Ranmaru, soucieux de respecter les convenances. - "Au contraire ! rétorque Enjôji plein de conviction. Nous sommes venus annoncer à ma mère notre mariage. Ainsi, tant que nous ne lui montrerons pas concrètement combien nous sommes heureux, elle ne sera pas rassurée, non ?" - "En apprenant que ton partenaire est un homme, je pense qu'elle a dû recevoir un sacré choc," répond Ranmaru, peu convaincu par les arguments-prétextes de son ami. - "Ta mère aussi," réplique Kei aussitôt. - "C'est certain," acquiesce Ranmaru avec un sourire. Et pourtant, déposant un baiser sur les lèvres d'Enjôji, il exprime sa certitude que nul esprit ne pourra s'opposer à leur amour, avant d'ajouter que lui-même, lorsqu'il avait rencontré son ami, n'aurait jamais pensé qu'il l'aimerait autant. Mais à cette déclaration, le feu monte immanquablement à la tête de Kei. "Est-ce que ça veut dire qu'à présent, tu m'aimes à la folie...." commence-t-il à s'exclamer avant que Ranmaru ne le fasse taire d'un bon coup sur le crâne, demandant si par hasard la fièvre ne lui aurait pas ramolli le cerveau. "Tu crois vraiment que pour plaisanter je suis du genre à coucher avec un homme, à aller jusqu'à l'épouser et à porter cette bague ?!!" - "Heu... Je ne pense pas," reconnaît Kei, livide de peur face à l'expression menaçante de son compagnon. Néanmoins il se remet vite, et demande aussitôt au jeune homme de lui répéter ces paroles qu'il ne lui avait encore jamais dites de vive voix jusqu'à maintenant: "Tu ne voudrais pas me le dire encore une fois ? Que tu m'aimes...."
Mais alors que Kei en faisant cette requête rougit comme un collégien, Ranmaru se lève, raide comme un piquet. "Bonne nuit" prononce-t-il froidement en se glissant dans son futon, provoquant une volée de protestations larmoyantes chez son compagnon déçu. "Il s'agit juste de quelques mots ! Pourquoi es-tu aussi têtu !!?" pleurniche Enjôji en martelant la couette de ses poings. - "Ah, la ferme ! Je suis couché. Ne me gênes pas !" - "Te gêner...? Ah, c'est comme ça ?" Et sur ces mots, peu disposé à laisser tomber, Kei soulève la couette d'un geste décidé et vient se glisser à son tour dans le futon. La tête sous la couette, il rampe jusqu'aux jambes de son ami, parcourant ses cuisses de ses lèvres sous son kimono, avant de s'attaquer à une partie du corps plus intime à travers le tissu du sous-vêtement. Caresses qui deviennent vite insoutenables pour Ranmaru et lui ôtent bientôt la force de protester ! "Assez.... supplie-t-il faiblement tandis que Kei remonte jusqu'à sa poitrine. Ta façon de te venger est vraiment cruelle...." - "Il me semble cependant que c'est toi qui a commencé les méchancetés, réplique Enjôji en se pourléchant. Alors que ton corps est si docile.... Lui au moins me répète qu'il m'aime !" Et sur ces mots, Kei reprend ses enivrantes tortures de plus belle, se faisant de plus en plus entreprenant. Si bien qu'à la fin, vaincu, Ranmaru lui propose un choix: soit il cède à la requête d'Enjôji et lui dit à haute voix ce qu'il souhaite entendre puis tous deux se couchent sagement pour dormir, soit Enjôji renonce à le forcer à prononcer des paroles honteuses et en échange, Ranmaru sera son partenaire pour une séance de sexe brûlante jusqu'au matin. "Alors ? Choisi...." presse le jeune kendôka en prenant son air le plus provoquant après avoir ôté un à un tous ses vêtements.
Enjôji aurait pourtant bien désiré les deux, les mots d'amour qui paraissent tant gêner son compagnon ainsi que l'abandon de son corps. Dans une dernière tentative, il annonce donc que de toute façon, vu l'état dans lequel se trouve Ranmaru en cet instant, il est persuadé que quoi qu'il décide de choisir, le jeune homme se donnera à lui. Néanmoins, adoptant une position des plus lascive, Ranmaru répond catégorique de ne pas se faire de soucis pour lui: il se sent tout à fait capable de s'envoyer en l'air tout seul rien qu'en imaginant les mains de son ami ! "Mes.... Mes mains...." C'en est trop pour Enjôji ! Fou d'impatience, il se jette sur Ranmaru en criant qu'il se contentera du deuxième choix ! Bien sûr, connaissant son tempérament, le jeune homme était certain qu'il allait réagir ainsi. "De nous deux, je crois finalement que c'est moi le plus méchant," conclut-il mentalement. Mais un peu plus tard, alors que Kei l'étreint avec toute l'ardeur dont il est capable, Ranmaru regrette quelque peu de l'avoir tant provoqué: son compagnon semble avoir perdu tout sens de la mesure, et soumis à sa domination, le jeune homme a l'impression qu'il va devenir fou ! Mais tandis qu'il lui en fait la remarque, l'enjoignant de se calmer un peu, Kei répond que cette nuit au moins, Ranmaru peut s'abandonner au plaisir jusqu'à en perdre la tête, se laisser aller à l'aimer avec passion. Tant pis - ou plutôt tant mieux - si aujourd'hui Ranmaru ne parvient pas à se contrôler, car cette nuit n'est-elle pas une nuit particulière, celle de leur lune de miel qu'ils ont si longtemps attendue ? Alors, tout leur est permis, il est bien normal qu'en ces instants d'intimité les deux amants s'aiment et jouissent l'un de l'autre de tout leur saoûl....

Une fois le yakuza et lui séchés et habillés, c'est d'un pas décidé que Kai s'avance résolument vers son ami, le sommant de poursuivre avec lui leur discussion de tout à l'heure. Hélas, l'employée de l'auberge pénétrant soudain dans la chambre pour apporter le dîner, voilà la conversation encore remise à plus tard. Puis, le repas achevé, les employées reviennent cette fois étendre les futons pour la nuit, si bien que plus le temps passe, et plus Kai pétris de trac sent sa belle détermination fondre peu à peu comme neige au soleil ! Jetant un coup d'oeil discret vers le kambu assis à ses côtés sur la terrasse de la véranda, l'adolescent s'étonne de le voir fumer, ce qu'il ne l'avait jamais vu faire auparavant. Néanmoins, Kai se décide à rompre le silence pour s'enquérir timidement: ".... Dis, Masa.... Tu m'aimes.... n'est-ce pas ?" - "Oui, je t'aime" avoue sans détour le yakuza. - "Et comment m'aimes-tu ?" - "Tu me poses vraiment une drôle de question." - "Mais c'est vraiment très important pour moi," insiste Kai. Affirmation à laquelle Masanori est bien obligé d'avouer que ce que le garçon lui demande est si grave qu'il est bien difficile de l'exprimer par des mots. D'ailleurs, de quel genre de réponse Kai serait-il satisfait ? "Je serais satisfait si tu me disais que je suis celui que tu aimes le plus au monde.... Néanmoins, je ne désire pas de mensonge. Car je ne suis sans doute.... qu'à la troisième place dans ton coeur...?"
Quand le yakuza intrigué demande à l'adolescent sur quoi il se base pour déterminer sa numérotation, ce dernier explique qu'il a établi ce classement selon les êtres ou les choses vers lesquelles tend l'engouement de Masa avec le plus de spontanéité: en premier bien sûr, il place sa mère, la défunte et tant aimée Mme Sagano, puis vient son père et l'Organisation, et enfin, en troisième position, lui-même, Kai, héritier du clan. Sans faire mine de remarquer la stupeur mêlée d'effroi que ses propos provoquent chez son ami, Kai poursuit en avouant qu'autrefois, il parvenait à se contenter de cette troisième place dans le coeur de Masa, car même si de temps en temps ce dernier allait voir des femmes, il finissait toujours par lui revenir. Mais maintenant.... "Je refuse de ne pas être le premier ! s'exclame l'adolescent en se redressant d'un bond. Je ne veux pas non plus servir de substitut à quelqu'un d'autre, et encore moins être considéré comme un objet appartenant au clan ! Je veux que ce soit moi, en tant que personne, qui soit le premier dans ton coeur !" Et sur cette tirade, Kai s'en retourne dans la chambre d'un pas décidé, s'assoit à table, s'empare d'une bouteille de bière et se met à boire à grands traits directement au goulot - avant de s'étouffer avec la boisson forte et piquante ! "Allons, allons, calme-toi, l'enjoint Masa en lui frottant le dos. Il ne faut pas t'énerver ainsi...." Mais loin de l'apaiser, les paroles du yakuza ne font qu'irriter davantage le garçon: le visage calme et impassible qu'arbore son ami alors que lui-même ne cesse de s'exciter en faisant sa déclaration lui donne l'impression de passer pour un con. Néanmoins, tandis qu'il se blottit contre le kambu les larmes aux yeux, Kai affirme que tout ce qui arrive est de la faute de Masa: ce dernier se préoccupe de lui alors qu'il n'a pas l'intention de répondre à ses sentiments, si bien que l'adolescent ne peut s'empêcher malgré tout d'espérer.
"Je n'aurais jamais pensé que je te causerais autant de tracas. J'aurais dû mettre de la distance entre nous beaucoup plus rapidement." - ".... Hein...?" Incrédule face aux paroles que vient de prononcer Masanori, Kai relève la tête pour le dévisager, cependant le kambu continue de tenir des propos bien éloignés de ce qu'il désirait entendre: "Je m'excuse de ce que mon comportement ait prêté à malentendu. Je ne m'occuperais plus de toi. Ainsi, toi aussi, je te prie de ne pas t'attacher à cet égarement passager." - "Cet.... égarement...?" Quelle autre réaction pouvait donc provoquer la façon légère dont le yakuza qualifie son amour ? N'osant en croire ses oreilles, fou de rage, Kai le gifle violemment ! "C'est comme ça que tu as l'intention de m'embobiner...? Cette nuit où tu étais sorti de l'hôpital après ta blessure, que m'avais-tu fais !? Moi, je ne l'ai pas oublié !! Quelles étaient tes intentions à ce moment-là ? Dis-le pour voir !! ça aussi, tu oserais prétendre que ce n'était que de l'égarement ?!!" Cramponné au kimono du kambu, l'adolescent cesse bientôt de l'accabler de ses cris de détresse pour adopter un ton plus bas et douloureux. "... J'ai compris.... conclut-il amèrement. Pour toi je n'étais qu'un substitut...? Comme tu ne pouvais pas coucher avec ma mère, tu t'es servi de moi ! Et si tu t'es arrêté en chemin, c'est parce que j'étais un homme ! Parce que je ne pouvais pas remplacer une femme ! Et moi qui jadis avait pris cette histoire au sérieux. Quel con ! achève Kai en laissant couler ses larmes. C'est parce que je suis si con que je ne suis aimé de personne, n'est-ce pas...?"
Encore une fois, Masanori conjure le garçon de se calmer, mais celui-ci repousse violemment sa main. "Ne me touche pas ! s'exclame-t-il. Tu me traites comme un gosse, me prends pour un imbécile.... Je n'ai nulle envie d'un amour de contrefaçon !! Je.... Je te...." Qu'allait donc proférer Kai si le yakuza ne l'avait empêché de pousuivre : Je t'aime ? Je te déteste ? Cependant, attrapant le garçon par chacun de ses poignets, d'un baiser Masanori l'oblige à se taire. Sans relâcher la pression de ses mains et de ses lèvres, le yakuza étend doucement l'adolescent sur le futon, lâchant bientôt ses poignets pour entrelacer ses doigts aux siens comme s'ils faisaient l'amour. Néanmoins, après quelques instants de ce tendre échange, Masa finit par éloigner son visage sans essayer d'aller plus loin. "Tu as dit que tu ne t'occuperais plus de moi, et voilà que tu m'embrasses...." s'étonne Kai en dévisageant Masa de ses yeux pleins de larmes, ne parvenant décidément pas à comprendre les contradictions du yakuza. Mais s'excusant, Masanori explique simplement qu'il n'a pas trouvé de meilleur moyen pour obliger l'adolescent à se calmer. En fait, avant d'évoquer ses véritables sentiments comme Kai le désire, Masa avoue qu'une préparation mentale lui est également nécessaire, ainsi il souhaiterait que le garçon lui laisse encore un peu de temps. Le yakuza commence ensuite à expliquer que pour lui comme pour le père de Kai et tous les membres du clan, leur héritier représente un trésor. Kai leur est plus précieux que tout, et naturellement, se situe à la première place dans le coeur de Masa. "Oui, parce que je suis le fils de mon père.... n'est-ce pas ?" s'empresse de couper Kai en reniflant. Néanmoins, Masanori lui assure que ses sentiments n'ont rien à voir avec le fait qu'il soit l'héritier du clan, et ce le garçon devrait bien le comprendre pour avoir vécu si longtemps à ses côtés. Alors pourquoi ? Pourquoi le kambu ne peut-il se résoudre à accepter l'amour brûlant que lui voue le fils de son chef ?
"Parce que tu es tellement important pour moi que j'en suis embarrassé, répond Masanori aux interrogations de son protégé. Est-ce vraiment bien de garder ainsi pour moi seul notre jeune héritier ?..." - "Ce sont là tes véritables sentiments...?" s'étonne Kai incrédule, avant de se redresser sur un coude pour s'exclamer: "Qu'est-ce qui est le plus important pour toi: ma personne ou l'Organisation ! Tout à l'heure, tu as dit que j'étais le premier dans ton coeur...." Cela, Masanori ne saurait le nier, néanmoins selon lui ce n'est pas une raison pour oser porter la main sur celui qui représente un trésor pour leur clan tout entier. Et tout d'abord, il n'oserait plus regarder en face Mr. Sagano ! "Alors que tu m'as embrassé !!" s'insurge Kai, scandalisé de tous les principes dont s'embarrasse le yakuza. Mais ravalant enfin sa colère, c'est avec une expression d'innocence enfantine qu'il se penche vers Masanori, levant vers lui un regard empli d'une douce et inquiète interrogation: "C'est vraiment moi que tu aimes le plus...?" - "Je te l'ai dit pourtant: tu es si important pour moi que j'en suis embarrassé." Mais tandis que le yakuza lui sussurre ce tendre aveu à l'oreille en effleurant sa joue, Kai vient se coller tout contre lui, se pendant à son kimono: "Masa, et la suite ?" Le yakuza comprend parfaitement ce que l'adolescent attend à présent de lui, mais encore une fois, le voilà face à un épineux dilemne. "Je suis vraiment, vraiment embarrassé...."

- Kizuna , page 171. Ce chapitre qui n'a rien à voir avec l'histoire principale est un retour en arrière. Un après-midi, Kai vient rendre visite à Masanori et Kyôsuké à leur appartement de la base du Shôryûkai de Tôkyô. L'adolescent est ravi, car il vient juste de recevoir les deux yukatas qu'il a fait venir de la résidence de son père à Ôsaka par l'intermédiaire de Toshi. Masa lui avait promis que ce jour, ils iraient ensemble admirer le feu d'artifice que l'on doit lancer, et pour ce genre de fête traditionnelle, rien de plus approprié qu'un élégant kimono d'été ! L'année dernière, Kai avait fait confectionner un modèle identique pour Masa et pour lui, mais ni l'un ni l'autre n'ont encore jamais eu l'occasion de les porter, ce qui est bien dommage. En venant à Tôkyô, Masanori n'a sans doute emporté avec lui que ses éternels costumes de cadre, et l'adolescent souhaiterait le voir porter des vêtements plus décontractés quand il sort en sa compagnie au lieu de s'habiller comme s'il se trouvait encore à son travail. Seulement, à peine son ami et lui ont-ils enfilé les yukatas flambant neufs que Kyôsuké leur fait réaliser une chose: il existe des règles bien précises dans la manière de porter ces kimonos, or ni Kai, ni Masa, ni lui-même ne savent comment nouer le obi, cette ceinture incroyablement longue. De même que croiser les pans du yukata à l'envers comme Kai vient de le faire se fait uniquement pour habiller les morts ! Finalement, si les deux compères ne veulent par se rendre ridicules à la fête en portant leur kimono n'importe comment, Kyôsuké décide d'aller sur-le-champ courir acheter un livre sur l'art et la manière de se vêtir correctement d'un yukata !
Au même moment, dans l'appartement qu'il partage avec son ami, Ranmaru vient d'enfiler son propre kimono, qui lui va à la perfection. Enjôji aussi en a reçu un de la part de Miyo, la gouvernante qui a élevé Ranmaru et sa soeur cadette, mais occupé à s'acharner sur un jeu vidéo, il ne l'a pas encore mis sur lui, avouant d'ailleurs qu'il serait bien incapable de le nouer correctement lui-même. Ranmaru s'en doutait et se propose aussitôt d'aider son ami, mais voilà, si en tant que digne héritier d'un dôjô le jeune homme est depuis longtemps parfaitement versé dans l'art de revêtir un kimono, cela change tout quand il s'agit d'en habiller quelqu'un d'autre, car du coup tous les gestes se retrouvent inversés. Finalement, passant dans le dos d'Enjôji, Ranmaru décide de nouer le obi par derrière, répétant les gestes qu'il acccomplirait pour lui-même. "Parfois, c'est tout de même bien agréable," profère Kei, ravi de se faire ainsi vêtir par son compagnon. - "Oui, on est très à l'aise dans un yukata," répond Ranmaru distraitement en poursuivant son ouvrage. Seulement, ce n'est pas exactementce que Enjôji voulait signifier. Ce qui est pour lui agréable, explique-t-il en déposant un baiser sur la joue du jeune homme, c'est cette pose que prend actuellement Ranmaru en l'entourant par derrière de ses bras. "Si tu te débrouillais tout seul ?" répond l'intéressé en immobilisant dans le obi son compagnon trop entreprenant. - "Pardon. Habille-moi," s'excuse Kei tandis que Ranmaru serre dangereusement les deux extrêmités du obi comme s'il tentait de l'étouffer !

Le soir venu, Kai et Masa se rendent à la fête à l'issue de laquelle doit avoir lieu le feu d'artifice. Suspendues de part et d'autre des boutiques ambulantes dressées le long des rues, une multitude de lanternes de papier illuminent la fête traditionnelle où de nombreuses personnes sont venues comme eux vêtues d'un yukata, spectacle qui revêt une nostalgie particulière aux yeux de Masanori, lui qui tenait jadis une petite boutique de ce genre avec son ami Kyôsuké. Quant à Kai, il ne tarde pas à repérer son attraction favorite, la pêche aux poissons rouges que l'on doit attraper à l'aide d'une épuisette de papier. Si l'adolescent ne parvient pas à gagner de poisson pour en avoir visé un trop gros et trop lourd, il se console vite en entendant les commentaires du boutiquier, qui en les voyant revêtus Masa et lui d'exactement le même yukata, les prend tout bonnement pour un jeune père et son fils !
Un peu plus loin, Kei et Ranmaru se tiennent dans la foule qui se presse vers le lieu où l'on doit tirer le feu d'artifice. Il y a déjà énormément de monde, et craignant qu'ils ne soient séparés, Kei prend par la main son compagnon. Mais le jeune homme a beau expliquer à Ranmaru rouge de honte que dans cette foule compacte personne ne remarquera rien, celui-ci retire brusquement sa main, juste au moment où l'on annonce le lancer du feu d'artifice. Ni une ni deux, en un instant le couple se retrouve séparé par la pression des spectateurs empressés ! Tandis que Ranmaru tente de se frayer un chemin au milieu de cette marée humaine, il se heurte soudain à un homme gigantesque, et quelle n'est pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec Masa ! Il ne tarde pas à apprendre que le yakuza se trouve en cet instant dans la même situation que lui, égaré dans la foule après avoir été séparé de force de son compagnon. Mais alors même que tous deux discutent les badauds continuent de pousser, si bien que Masa se voit obligé de serrer Ranmaru contre lui afin qu'il ne soit pas encore une fois entraîné, l'enjoignant à ce qu'ils quittent cette allée au plus vite.
Quant à Kai et Enjôji, enfin parvenus à s'extraire du flot humain, c'est avec autant de surprise que leurs deux compères qu'ils se retrouvent debout l'un près de l'autre. Apprenant que son frère a perdu Ranmaru, Kai se moque aussitôt de lui - jusqu'à ce qu'Enjôji lui renvoie la pareille: "Ca te va bien de dire ça alors que tu es un enfant perdu. Veux-tu que je fasse faire une annonce au micro ?" - "Qui est un enfant perdu ?!!" Mais alors que les deux frères se disputent ainsi comme à leur habitude, le feu d'artifice commence, attirant leur attention. "Quel dommage ! rouspète Kai. Alors qu'on était censés le regarder ensemble ! Où peut bien être cet idiot de Masa !?" Mais l'adolescent n'a pas plus tôt formulé cette question que Enjôji découvre un spectacle qui les fige tous deux d'indignation: debout sur une colline, Masanori et Ranmaru admirent ensemble le feu d'artifice, devisant gaiement dans une ambiance des plus intimiste ! Néanmoins quand Ranmaru finit par remarquer la présence des deux frères, il se précipite aussitôt vers eux imité par Masa, tous deux ravis de retrouver enfin chacun leur compagnon. "Ouf ! Je t'ai cherché partout," déclare le kambu à Kai avec un sourire - mais après la scène à laquelle il vient d'assister, inutile de dire que ce dernier est désormais de fort méchante humeur ! "Menteur ! Ton nez s'allonge !" Et avant que le yakuza ait pu comprendre les raisons de cet accès de jalousie injustifiée, Kai le prend par le bras pour l'entraîner loin de Kei et surtout de Ranmaru !
"Il est mignon, quand il est jaloux," lance amusé le jeune kendôka en les regardant s'éloigner. "Masa et toi n'avez pourtant rien fait qui puisse porter à jalousie, n'est-ce pas ?" - "Quoi, toi aussi ? s'étonne Ranmaru en découvrant la mine maussade qu'affiche son ami. J'ai fait quelque chose de mal ?" - "Pas vraiment. Je me disais seulement qu'il flottait une ambiance plutôt agréable tout à l'heure entre Masa et toi." - "Allons, alllons. Regarde. Je vais te donner un peu de ma glace." Pour dérider son compagnon boudeur, Ranmaru lui fait goûter de sa propre cuillère la crème glacée qu'il tient à la main. "Est-ce que ce n'est pas délicieux ?" Et puis après tout, le feu d'artifice vient juste de commencer, ils ont encore tout le temps de l'admirer ensemble.... Mais si l'atmosphère est à nouveau au beau fixe dans le couple que forment Ranmaru et Enjôji, il est loin d'en être de même pour le tandem Kai et Masa. Afin de se venger de l'abandon du yakuza qui l'a perdu de vue tout à l'heure pour finalement se retrouver à "flirter" avec son sempaï, l'adolescent a décidé de mettre son portefeuille complètement à sec, et pour ce faire, achète tout ce qui peut lui plaire dans les boutiques ambulantes. Au diable à présent le feu d'artifice ! "Mais pourquoi es-tu si en colère ?" finit par demander Masa, décidément bien perplexe. A cette question, Kai sursaute et se retournant vers son compère, lui ordonne de se baisser jusqu'à lui. Et à peine le yakuza a-t-il obéi que s'agrippant à son kimono, Kai dépose sur ses lèvres un baiser. "Voilà de quoi je parle, idiot." Et sur ces mots, rougissant un peu de ce qu'il vient de faire, l'adolescent reprend son chemin. "Petit.... prononce Masa gravement. Il n'y a aucune raison pour que je fasse une telle chose avec Mr. Saméjima." - "SI TU LE FAISAIS, JE TE TUERAIS, IMBECILE !!"
Et le soir, de retour à la maison, les deux couples déballent chacun de leur côté tout ce qu'ils ont ramené de la fête. "En fait d'aller admirer le feu d'artifice, j'ai plutôt l'impression d'avoir été acheter des amuses-gueules," profère Ranmaru, deux pleines assiettes à la main. Mais ce n'est rien en comparaison de ce qu'a ramené Kai après être venu à bout du porte-monnaie de Masa ! Finalement, il confie le sac bourré de ses emplettes à Kyôsuké, l'enjoignant de les distribuer en cadeau à son retour à leurs camarades du clan d'Ôsaka !
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"Dis.... Masa.... Serre-moi dans tes bras," demande Kai au yakuza le lendemain de ce jour où tous deux se sont avoués leurs sentiments. - "N'est-ce pas ce que je suis en train de faire ?" répond le kambu négligemment. - "Alors, embrasse-moi." Et sur ces mots, l'adolescent tend ses lèvres. Mais détournant brusquement la tête, Masa se contente de tirer une bouffée de sa cigarette. "Il fait beau aujourd'hui encore. Tant mieux," prononce-t-il l'air de rien en faisant tout son possible pour ne pas croiser le regard de Kai, qui ne tarde pas à sentir l'irritation monter en lui à ce comportement distant. "Je m'en fiche du temps qu'il fait !! hurle-t-il en attrapant son ami par le col de son yukata. Je te dis de m'embrasser !!" Néanmoins, conservant son flegme habituel, Masanori ne cède pas, lui demande s'ils ne pourraient pas simplement retrouver la vie paisible qu'ils menaient autrefois, comme deux bons camarades. Mais il va sans dire que l'adolescent n'est pas du tout d'accord ! "Je ne suis plus un gamin ! proteste-il. Alors je voudrais quelque chose de plus.... Comment dire ? Une relation plus adulte...." achève Kai en rougissant. Après tout n'est-il pas étrange que connaissant mutuellement leurs sentiments l'un pour l'autre, il ne se soit encore rien passé entre eux ? La veille au soir, encore une fois Masa n'a pu se résoudre à passer le pas. "Parce que fatigué d'avoir tant pleuré, tu t'es endormi profondément," fait remarquer le yakuza aux jérémiades de Kai. - "Normal, j'étais crevé après toute cette tension nerveuse.... ET PUIS DIS TOUT DE SUITE QUE C'EST DE MA FAUTE !!?" explose le garçon en se retournant. "J'ai compris, c'est décidé ! Ce soir, on le fera ! D'accord ?" - "Comme tu voudras."
L'adolescent ne s'attendait certes pas à ce que le yakuza accepte si facilement de se plier à sa décision, acquiescement qui le laisse ému et pantois. "Ma.... Masa...." souffle-t-il, les joues rosies. Jusqu'à ce que son ami le détrompe en expliquant de son air impassible qu'il voulait simplement dire que cette nuit aussi, il consent à dormir aux côtés du garçon - comme on veille un enfant ! "Je ne suis pas ici pour échanger avec toi des dialogues comiques, crétin !!" s'écrie Kai furieux en gratifiant le kambu d'un bon coup sur la tête. "Je suis un hommme, alors pas la peine de te chercher des excuses ! A moins que tu essayes de me dire que tu serais capable d'étreindre n'importe qui d'autre, sauf moi !!? C'est ça n'est-ce pas.... Allez, dis-le franchement." - "Je n'ai pas l'intention de coucher avec toi, répond effectivement Masa gravement. Et cela m'embarrasserait que tu insistes davantage." Piqué au vif par cette réponse réfrigérante prononcée de ce visage si calme, encore une fois, impossible pour Kai de dominer ses nerfs. Courant chercher un coussin, il commence à en battre Masa, qui se contente de demeurer passivement assis les bras croisés sur le tatami, sans faire un seul geste pour tenter de se défendre. "Je vois, profère Kai d'une voix larmoyante, prêt à éclater en sanglots, je ne suis qu'un sac d'os qui n'a pas de seins comme une femme. Mon corps n'a rien d'érotique !! Désolé de ne pas pouvoir éveiller chez toi le désir !!" Et sur ces mots, Kai balance de toutes ses forces le coussin dans la figure de Masa avant de s'enfuir en courant de la chambre. "Ce n'est pas du tout cela.... soupire le yakuza, exténué par les perpétuelles sautes d'humeur de l'adolescent. Mais si je le lui disais, acepterait-il de me comprendre ?... Ah là là...."
Quelques instants plus tard, après avoir couru se réfugier chez son sempaï, Kai est allé se poster devant le grand miroir de la chambre où il s'observe sous tous les angles en essayant diverses positions aguichantes. Ranmaru a beau lui rappeler qu'il dispose dans sa chambre de sa propre glace et bien qu'Enjôji, qualifiant l'adolescent de gêneur, le presse de foutre le camp, Kai ne prête qu'une oreille distraite à leurs propos, pour finalement demander: "Dites, Saméjima-sempaï, vous trouvez que je manque à ce point de sex-appeal ?" Question inattendue à faire crouler ses deux compagnons par terre ! Mais ignorant leur réaction, l'adolescent poursuit sur sa lancée: "Que pourrais-je bien faire pour exhaler un parfum d'érotisme comme vous, sempaï. Il est vrai que lorsqu'on n'est pas très charnu, le corps n'est pas souple au toucher. Tashiro lui aussi a dit que j'étais trop maigre."
Puis, tandis que Kai quitte enfin le miroir pour aller faire du thé, Ranmaru excédé se met en devoir de lui demander ce qui s'est ENCORE passé avec Masa. Bien sûr, ravi de s'épancher, l'adolescent ne se fait pas prier pour répondre ! "Ecoutez-moi, sempaï ! Vous vous rendez compte que ce con de Masa ne m'a encore rien fait !? Qu'est-ce que vous en pensez !? grommelle Kai d'un ton boudeur. Il m'a embrassé ! Mais le problème, c'est ce qui doit se passer après ! Il a dit qu'il n'a pas l'intention de coucher avec moi et que cela l'embarrasse que j'insiste ! Non mais pour qui il me prend !!" Il y a vraiment de quoi en tomber par terre, ainsi Ranmaru et Enjôji ont toutes les peines du monde à conserver leur sérieux ! Mais tâchant de se reprendre, Ranmaru se redresse pour demander à Kai depuis quand il en est arrivé à ce point avec Masa. "Eh eh ! Hier soir, nous nous sommes enfin avoué notre amour !" répond le garçon, retrouvant d'un coup un visage souriant. "Néanmoins.... ajoute-il d'un air doux et triste, je n'ai pas pour autant le sentiment que cela ait changé quoi que ce soit entre nous. Tout est redevenu comme autrefois, et sans doute rien de plus."
Se taisant sur cette déclaration, Kai commence à servir le thé, dont il offre un bol à Ranmaru. "Et moi ?" demande Enjôji, remarquant qu'il n'y a que deux bols sur la table. "Qu'est-ce que j'en sais ? Tu n'as qu'à te servir tout seul," répond l'adolescent, toujours aussi aimable envers son frère aîné. Mais plongé dans la réflexion, Ranmaru prononce bientôt d'une voix hésitante qu'il ne saurait juger seul de ce que vient de lui apprendre Kai, ainsi il lance un regard insistant vers Enjôji, comme pour lui demander discrètement son avis: "En fin de compte.... Mr. Araki pourrait-il éprouver du désir pour Sagano ?..." Se plaçant devant son frère pour l'examiner d'un oeil critique, Kei ne met pas longtemps à donner sa réponse: "Non mais, tu l'as regardé ? Personne ne banderait en le voyant !..." Le jeune homme n'a pas plus tôt prononcé cette sentence franche et directe qu'il reçoit un vigoureux coup de poing de chacun de ses deux compères ! "N'emploie pas des termes vulgaires !!" lui reproche Ranmaru. - "Ferme-là, crétin !!" surenchérit Kai, puis tous deux le somment de quitter immédiatement cette chambre. Prétendant être lassé de cette conversation stupide, Enjôji ne se fait pas prier, déclarant qu'il aime mieux aller faire une promenade. "C'est ça, va t'en ! Et ne revient plus !" lui lance Kai en lui tirant la langue depuis l'encadrure de la porte.
"Mr. Araki a vraiment une patience d'archange pour arriver à supporter un sale gamin pareil !" bougonne Enjôji en s'avançant dans le couloir. Mais à cet instant il tombe justement nez à nez avec l'intéressé, à qui il ne cache pas après un salut poli que Kai et Ranmaru l'ont chassé de sa chambre. Aussitôt le yakuza commence à s'excuser, confus que Kai leur cause autant de désagréments à lui et à son compagnon. A ce moment l'aubergiste arrive à son tour et apprenant qu'Enjôji se propose de sortir, comme il fait vraiment beau dehors, elle invite les deux hommes à venir prendre une tasse de thé dans le jardin. Masa et Enjôji n'ayant rien de mieux à faire, ils ne se font pas prier !
A présent que son frère n'est plus là pour se moquer de lui, Kai laisse libre cours à ses lamentations: nul doute que s'il possédait autant de charme érotique que son sempaï, il y a longtemps qu'il serait parvenu à faire tomber Masa dans ses bras. Ranmaru a beau lui affirmer que là n'est pas le problème, l'adolescent ne parvient pas à comprendre: n'est-ce pas plus avantageux de posséder du sex appeal que de ne pas en avoir du tout ? Avec patience, Ranmaru tente néanmoins de lui expliquer que le sens érotique différe grandement selon les individus, c'est pourquoi quelqu'un trouvera de l'érotisme à une partie du corps de l'être aimé, partie qui ne paraîtra qu'ordinaire aux yeux des autres. "Qu'a dit Mr. Araki à ton sujet ?" demande ensuite le jeune homme. - "Que je suis si important pour lui.... qu'il en est embarrassé," répond Kai en rougissant. - "Son affection est réellement très profonde, sourit Ranmaru. N'est-ce pas merveilleux, d'être aussi précieux pour lui ?" - "Mouais.... N'empêche que j'en ai marre qu'il me traite comme un objet fragile. Je voudrais me rapprocher davantage de Masa.... C'est comme ça même quand il m'embrasse... Je ne veux plus de ces baisers qu'il me donne pour me calmer, je veux un vrai baiser d'amant.... Est-ce vraiment me montrer trop exigent ?...."
Après l'avoir écouté en silence, Ranmaru pose une main apaisante sur la tête de l'adolescent. Son conseil est que Kai ne doit plus réclamer ainsi au point de le harceler l'affection de Masa, mais donner à son tour sans rien demander en échange, car ce n'est que par un don réciproque que tous deux pourront enfin amener l'équilibre dans leur relation. "Un don réciproque...?" répète Kai intrigué. - "Oui. Car seul, tu cours beaucoup trop vite. Tu dois t'arrêter un moment afin de régler ton pas sur celui de ton compagnon." - "Régler mon pas.... au sien ?...." répète encore l'adolescent en poussant un soupir, méditant ces paroles. Mais certain de la justesse de ses propos, Ranmaru n'en démord pas, et puisque aujourd'hui Enjôji et lui doivent partir en excursion jusqu'à Eigamura et Arashiyama, il engage Kai à les accompagner et à inviter Masa. Lorsque le yakuza et son protégé rentreront à Tôkyô à la fin de ces vacances, Masa repartira sans tarder pour Ôsaka et tous deux n'auront pratiquement plus l'occasion de se voir; alors pourquoi ne pas profiter de ce séjour pour passer le maximum de temps ensemble ? Réfléchissant à la proposition de son sempaï, Kai doit reconnaître qu'il n'a pas tort, et sortir visiter Kyôto sera toujours plus amusant que de rester s'ennuyer à l'auberge. "Mmm.... Pourquoi pas ? Si j'invitais Masa à sortir ?...."
Sitôt dit, sitôt fait, ainsi l'après-midi même, les quatre compères s'en vont à pieds visiter les coins les plus pittoresques de la ville. Certains lieux sont si anciens qu'on croirait déambuler dans les décors d'un film de samouraïs, et férus de télévision, Kai et Enjôji ne tardent pas à se lancer dans la reconstitution de scènes célèbres ! Tout en se disputant pour déterminer qui jouera le rôle du vainqueur et du vaincu, en passant d'un monument à l'autre, les deux frères enchaînent les uns après les autres les drames médiévaux. "J'ai tellement honte que j'ai vraiment envie de les abandonner là," profère Ranmaru consterné par leurs jeux puérils. Puis, après Eigamura, les quatre promeneurs parviennent finalement à Arashiyama, et en observant le paysage, appuyé à la balustrade du pont qui enjambe la vallée, Enjôji explique à son ami que rien n'a changé depuis qu'il était enfant: c'est vraiment un lieu magnifique, resté presque identique à ce qu'il était dans les temps anciens. Tout autant sous le charme, Ranmaru acquiesce, répondant que bien qu'il soit déjà venu à Kyôto lors d'un voyage scolaire, avec sa classe ils n'étaient pas allés jusqu'à visiter ce coin, beaucoup trop éloigné du centre de la ville. "Ce doit être des moments pareils que l'on nomme instants de sérénité et de plénitude, ajoute le jeune homme, goûtant le bien-être de se retrouver dans ce cadre idyllique aux côtés de son compagnon. Je suis vraiment content d'être venu."

Tandis que Ranmaru et Enjôji se sourient d'un air complice, Kai les observe de loin, soupirant qu'en effet, comme son sempaï le lui a signalé, il est important de prendre son temps pour harmoniser son couple. Parti acheter quelque spécialité locale à grignoter, Masa ne tarde pas à rejoindre l'adolescent et lui demande s'il ne serait pas fatigué, à l'entendre soupirer comme ça. Kai répond négativement, et s'emparant d'une boulette de poisson, la tend au yakuza tout en lui ordonnant d'ouvrir la bouche. Masa refuse tout d'abord de partager son repas, mais comme le garçon insiste, il finit par accepter. Tandis qu'il s'empare de la boulette, ses lèvres se referment légèrement sur les doigts de Kai, provoquant un léger trouble chez ce dernier. Puis, alors que le yakuza s'éloigne pour rejoindre leurs deux compères, Kai applique à son tour ses lèvres sur le doigt que celles de Masa viennent d'effleurer, un peu comme si par ce geste, tous deux échangeaient un baiser....
Le soir venu, de retour à l'auberge, l'adolescent a avalé d'un trait un plantureux repas, dont il avait grand besoin après avoir tant marché durant la journée. L'excursion n'a pas eu seulement pour conséquence d'aiguiser son appétit, elle lui a aussi mis les pieds en compote ! C'est ainsi avec joie qu'il accepte lorsque Masa se propose de lui faire un massage. Assis tous deux sur le bord de la véranda tandis que l'employée de l'auberge étend les futons pour la nuit, le yakuza commence donc à masser les pieds et les jambes endolories de son protégé. C'est sans doute la première fois que Masa fait une chose pareille, lui qui a plutôt l'habitude de se faire servir par les autres, ainsi Kai tout en lui en faisant la remarque ne cache pas sa satisfaction de se faire ainsi masser par un éminent chef yakuza. Amusé, Masa ne saurait nier que le garçon est bien le seul dont il se soit jamais occupé avec tant de soin - aveu qui non seulement a pour conséquence d'enflammer les joues de Kai, mais surtout de lui faire prendre dangereusement conscience des mains de son ami sur sa peau ! A présent qu'il s'est rendu compte une fois de l'effet que produisait sur lui ce contact, impossible de s'en détourner l'esprit, tout à fait comme si son système nerveux se trouvait désormais concentré tout entier dans ses jambes et ses pieds ! Et pourtant Masa semble ne s'apercevoir de rien et continue nonchalamment ses massages, ignorant que ceux-ci se sont transformés en véritable séance de torture pour celui qui en fait l'objet !
Quand le yakuza remarque enfin la posture étrange dans laquelle se trouve l'adolescent, qui s'est plaqué les deux mains sur la bouche pour s'empêcher de gémir de plaisir, juste à ce moment l'employée de l'auberge annonce que les lits sont prêts, ce qui permet fort heureusement à Kai d'éviter les questions embarrassantes que son ami allait sans doute lui poser. Hélas son répit est de courte durée, car en s'avançant dans la chambre, il remarque avec horreur que son lit et celui de Masanori ont été étendus encore plus près l'un de l'autre que la veille, au point de se toucher ! "Cal.... Calme-toi ! s'exhorte Kai en tremblant, s'efforçant de conserver son sang-froid. Un homme se doit d'avoir du courage !!" A peine s'est-il formulé cette harangue que jetant un coup d'oeil dans sa direction, Masa lui demande ce qui lui arrive, provoquant chez l'adolescent un autre accès de violentes palpitations. Kai lève alors un regard dérouté vers le yakuza, auquel il ne sait comment exprimer son trouble, trouble qui ne fait que croître lorsque soudain Masanori se penche lentement vers lui. Fermant les yeux en rougissant, Kai est persuadé que son ami va l'embrasser, mais contre toute attente, ce dernier se contente de lui faire remarquer à l'oreille qu'il ne lui a encore massé qu'une seule jambe, demandant ainsi si ça ira.
Il n'en fallait pas plus que ces paroles prononcées d'un air indifférent pour provoquer à nouveau la colère de Kai ! "Tu l'as fait exprès !!" rugit-il, poussant violemment le yakuza loin de lui. Car pour Kai nul doute que Masanori a parfaitement remarqué l'effet que le contact de ses mains provoquait sur lui, mais a fait semblant de n'avoir l'air de rien, afin de s'amuser à ses dépens ! Tandis que le garçon fulmine, Masa conserve comme toujours son calme et saisit ses deux poignets avant que Kai n'ait le temps de le frapper. Selon le kambu, c'est celui qui s'est montré provoquant dans sa manière d'être qui porte tous les torts. "Arrête un peu de me défier, petit. Parce que sinon, il risque de t'arriver quelque chose que tu vas sûrement regretter," avertit Masanori en faisant tomber Kai à plat ventre sur l'un des futons. - "Qu''est-ce que tu racontes ? proteste aussitôt ce dernier. Je n'y comprends absolument rien ! Tu prétends que tu m'aimes, et en fin de compte tu trouves toujours un prétexte pour t'enfuir ! Tu as dit que tu m'aimais afin de me contenter.... sans doute pour que ce soit plus facile pour toi de jouer les nounous !!"
Masa n'est cependant pas le moins du monde surpris de se faire envoyer de tels propos, il savait parfaitement que Kai, fidèle à sa vision des choses déformée, allait inévitablement l'accuser encore une fois de fuir. "C'est parce que tu n'es pas clair !!" réplique l'adolescent en lui ordonnant de le lâcher. Mais au contraire, Masa se met à serrer encore plus fort ses poignets. "J'ai compris. Je vais être clair," profère le kambu sentencieusement. Et sur ces mots, il attire brusquement Kai à lui pour lui administrer un baiser, mais différent de tous ceux qu'il lui a donné jusqu'à présent - un baiser long et profond à vous couper le souffle, un baiser d'adulte, celui que Kai n'a cessé d'attendre de lui et qui le laisse à moitié sans connaissance. "Si tu veux fuir, c'est maintenant ou jamais," prononce gravement le yakuza en étendant Kai sur le futon. - "C'est à moi de dire ça.... articule le garçon dans un soupir. Seulement si tu fuis maintenant, je ne te le pardonnerais jamais. Si tu m'aimes autant que tu le dis.... alors ne fuis pas.... Masa...."
Comprenant à ces mots que Kai est bien résolu à s'offrir à lui tout entier, Masanori se penche une nouvelle fois pour l'embrasser, plus paisiblement cette fois. Puis, le reposant doucement sur le futon, il entâme avec patience de tendres préludes. Kai a beau trembler de tout son corps tandis que les mains du yakuza se font de plus en plus hardies, il est bien décidé à aller jusqu'au bout, et les yeux clos, s'applique à supporter courageusement les délicieuses tortures que lui fait subir Masa. Mais quand ce dernier dénoue son kimono pour s'attaquer de la bouche à ses mamelons, c'en est trop pour Kai, qui laisse échapper malgré lui un cri de plaisir des plus langoureux ! Stupéfait d'entendre un tel son sortir de ses lèvres, l'adolescent écarlate s'empresse de plaquer ses mains sur sa bouche afin d'empêcher d'en sortir d'autres gémissements honteux. Mais désirant entendre sa voix, d'une main Masa saisit ses deux poignets afin de lui maintenir les bras prisonniers au-dessus de la tête. Et à ce geste, Kai ressent soudain une impression étrange, comme une sorte de malaise. "Qu'est-ce que.... cette sensation.... s'interroge-t-il. Masa ne fait pourtant.... que me maintenir les bras...." - "Je m'en doutais.... Tu as peur ?" questionne le yakuza en remarquant le visage soudain inquiet de son jeune amant et l'attribuant à ses caresses. - "Non, tu te trompes.... C'est seulement qu'à l'instant où tu m'as saisi les bras...."
Kai n'a pas plutôt proféré ses interrogations à voix haute que la mémoire lui revient d'un coup. Le voilà brusquement replongé des années en arrière, durant ces jours terribles où un jeune yakuza amoureux de Masa l'avait kidnappé et cruellement violé, rendu fou par la jalousie après s'être imaginé que son chef et le fils Sagano étaient amants. Tandis que Kai livide revit mentalement chaque instant de cette scène horrible durant laquelle son agresseur lui avait lié les mains au-dessus de la tête tout en commettant son forfait, l'image de son ravisseur se superpose bientôt à celle de Masa, penché sur lui d'un visage de plus en plus inquiet. A cette vision, une terreur panique saisit l'adolescent, qui se met soudain à crier et à supplier qu'on lui lâche les bras. Bien que ne comprenant rien Masa s'empresse d'obéir, contemplant d'un air dérouté Kai qui, une fois libéré de son étreinte, se recroqueville immédiatement sur lui-même en continuant de gémir. Mais sa panique est telle que soudain, le souffle vient à lui manquer et il commence à étouffer, incapable tant son corps est tendu par l'angoisse de reprendre sa respiration. Heureusement, Masa réagit au quart de tour et saisit le garçon dans ses bras pour lui faire du bouche à bouche, puis, une fois Kai hors de danger, il s'efforce de son mieux de le rassurer. "ça va aller, calme-toi.... murmure Masa en serrant tendrement Kai contre lui avant de le recoucher dans son futon. Tout va bien...." - "Masa.... Pardon.... Je...." Les larmes aux yeux, Kai tente de s'excuser, désolé d'avoir ainsi repoussé son ami après avoir tant désiré son étreinte. - "Chut.... Endors-toi, sans penser à rien. Je vais rester tout le temps auprès de toi, alors ferme les yeux sans te préoccuper de quoi que ce soit."
Après avoir encore une fois demandé pardon au yakuza, Kai finit par s'endormir, rassuré par la main apaisante qui lui caresse les cheveux. Mais recueillant une larme qui a coulé sur la joue de l'adolescent, Masa quant à lui serre le poing dans un geste d'impuissance. Cette violente réaction de rejet, cette terreur panique à couper le souffle.... Voilà ce qui était caché au plus profond du coeur de Kai, mémoire enfouie d'un drame du passé. "Et la blessure de ce passé enfoui, c'est moi.... qui l'ait rouverte," se lamente douloureusement Masa. Le visage dissimulé dans sa main tremblante, il s'en veut terriblement....

Dans une autre chambre de l'auberge, couché dans son lit Ranmaru soupire, absorbé dans ses pensées. "Là maintenant, tu es encore en train de songer à Kai", grommelle Enjôji en s'extirpant de sous la couette où il s'était glissé, vexé que son ami ne soit pas du tout concentré sur leurs activités du moment. - "Comment as-tu deviné ?" s'étonne Ranmaru, ce qui ne fait qu'irriter davantage Enjôji: il sait parfaitement que depuis leur arrivée à Kyôto, le jeune homme ne cesse de se faire du souci pour son frère cadet. "Laisse tomber, dormons !" s'exclame-t-il donc, un poil jaloux, en se recouchant rageusement dans son propre futon. - "Tu boudes ?" demande Ranmaru. - "Non, je ne boude pas !" Mais le ton de Kei démend tellement ses paroles que Ranmaru finit par se pencher sur lui en appelant doucement son nom, avant d'écarter une mèche de cheveux noirs pour lui lécher l'oreille. Geste plutôt inattendu de sa part qui arrache un cri à Enjôji et l'oblige à quitter son silence boudeur ! "Mais qu'est-ce que tu fais !? Tu me chatouilles !" - "C'est pourtant ce que TOI tu as l'habitude de me faire," répond Ranmaru nonchalamment avant de s'attaquer cette fois à la bouche de son compagnon. Puis, ôtant la couette qui les recouvre tous deux, il s'assoit à califourchon sur le corps d'Enjôji, qui du coup ne songe plus à émettre la moindre protestation. "Ooooh.... Des cuisses...." songe-t-il avec délices, ravi de la vue qui s'offre soudain à lui. "Si tu as sommeil, je ne vais pas te déranger.... prononce Ranmaru en faisant glisser son kimono pour dévoiler ses splendides épaules avant de se pencher langoureusement sur son ami. Allons-nous donc nous coucher sagement...?" Qui pourrait résister à une telle technique de séduction ? Certainement pas Kei qui, vaincu, arrache à son ami la promesse de ne jamais faire étalage de ses talents de tentateur devant un autre que lui !
Le lendemain matin, Kai et Masanori déjeunent en silence, gênés par ce qui s'est passé entre eux la veille, lorsque soudain le téléphone se met à sonner. Il s'agit de Kyôsuké, qui appelle son chef et ami pour le mettre au courant du contenu de la dernière réunion des kambus qui vient d'avoir lieu. Même sans entendre ce qui se dit à l'autre bout du fil, Kai devine aussitôt que les vacances se terminent déjà pour son compagnon, et quand il lui pose la question, effectivement Masa répond qu'il doit rentrer à Ôsaka. Avant de faire ses bagages, il revient cependant s'assoir face à l'adolescent, afin d'aborder enfin le sujet qui les préoccupe tous deux. "Je pense qu'il vaudrait mieux.... laisser s'écouler un peu de temps, prononce-t-il, cherchant ses mots. Ces derniers jours nous nous sommes montrés trop pressés, voilà pourquoi je crois que l'un et l'autre nous avons besoin de temps pour bien réfléchir." D'abord silencieux, Kai finit par acquiescer. Tête basse, légèrement tournée sur le côté, il n'ose regarder son ami en face. Mais devinant sans peine sa souffrance, Masa se lève pour se rapprocher de lui et l'entourer de son bras. "Ne t'inquiète pas, le rassure-t-il d'une voix apaisante. Ce n'est pas le fait de patienter un peu qui va changer quoi que ce soit à mes sentiments.... Alors.... Tu ne dois absolument rien te reprocher." Ainsi entouré des bras protecteurs de Masanori, l'adolescent ne tarde pas à fondre en larmes, tandis qu'en le serrant contre son coeur, le yakuza lui assure encore que ses sentiments pour lui ne l'abandonneront jamais....
Un peu plus tard, Masa se rend à la chambre de Kei et Ranmaru afin de prendre congé. Bien qu'il regrette de n'avoir pas pu rester auprès des jeunes gens jusqu'à la fin de ces vacances, il les enjoint de bien profiter de leur séjour qu'ils ne doivent surtout pas écourter à cause de lui. Ranmaru croyait que Kai suivrait son ami à Ôsaka, mais apprenant que celui-ci reste, il subodore immédiatement qu'il s'est encore passé quelque chose au sein de ce couple malchanceux. Voilà pourquoi, d'un coup d'oeil appuyé, il engage Enjôji à suivre le yakuza afin de tenter d'en apprendre davantage. Quand le jeune homme rejoint Masa dans le couloir et demande un peu gêné si son frère cadet est la cause de ce départ précipité, le kambu s'empresse néanmoins de le rassurer, en expliquant que son travail ne lui permet simplement plus de rester davantage. Cependant, avant de partir, c'est d'un visage grave que Masanori demande instamment à Kei de prendre contact avec lui à n'importe quel moment que ce soit, si jamais quelque chose n'allait pas avec l'adolescent. Bien sûr, Enjôji accepte de bonne grâce, n'empêche que cette requête du yakuza n'est pas sans le laisser soucieux.
De son côté, Ranmaru est parti rejoindre Kai dans sa chambre, Kai qu'il finit par trouver tristement appuyé contre la porte vitrée coulissante donnant sur le jardin. A son visage morne et inexpressif, Ranmaru devine aussitôt que quelque chose le tourmente et vient s'assoir auprès de lui, s'étonnant à voix haute que l'adolescent ne soit pas resté avec Masa jusqu'à son départ. Mais sans répondre à cette question, Kai évoque un tout autre sujet, car il vient de se rappeler qu'il ne s'est toujours pas excusé pour avoir étreint de force son sempaï autrefois. C'était arrivé à cause d'un professseur de l'université de Ranmaru qui lui avait fait absorber à son insu un puissant aphrodisiaque (voir vol.1 chap.3); en l'étreignant, Kai l'avait en quelque sorte secouru, ce que Ranmaru, stupéfait et honteux d'entendre le garçon évoquer soudain cette vieille histoire, s'efforce de lui faire comprendre. Néanmoins Kai tient à lui demander pardon, bien que conscient que ce n'est pas le genre d'acte que l'on peut effacer en présentant des excuses. Cette insistance de Kai à propos de cette histoire ancienne ainsi que son attitude en elle-même n'est pas sans inquiéter Ranmaru. Il va pour lui poser la question terrible qui lui brûle les lèvres quand après quelques instants de silence, l'adolescent reprend de lui-même la parole. A ce moment, Enjôji qui était à la recherche de son ami après avoir raccompagné Masa passe justement devant la porte de la chambre et attiré par les voix, ne perd pas une miette de la conversation qui s'ensuit.
Plus pour lui-même que pour son interlocuteur, Kai exprime ses réflexions à voix haute avec amertume. Selon lui, quelles que soient les motivations qui poussent à commettre un tel acte, étreindre quelqu'un par la force n'est rien d'autre qu'une forme de violence aggravée. Oser dire que pour un homme avoir été violé ne représente rien de grave n'est que le discours vide de sens de gens qui n'ont pas fait l'expérience dans leur chair d'un acte aussi traumatisant. Etre privé de sa liberté.... Avoir le corps comme déchiré en deux.... Le souffle coupé jusqu'à presque en mourir sans pourtant parvenir à perdre connaissance.... Et il n'y a pas que le corps, le coeur aussi se retrouve mis en pièces par cet acte d'une lâcheté abominable.... "A quel point on peut être blessé par un viol ?... Je le savais mieux que quiconque, et pourtant, je vous ai fait subir la même chose...!" s'écrie Kai furieux contre lui-même avant d'enfouir son visage dans ses mains. Et à ses propos, Ranmaru atterré devine sans peine ce qui lui est arrivé. "....Comment faire pour oublier...? poursuit Kai d'une voix douloureuse. Comment faire.... pour être à nouveau capable de parler.... comme si rien ne s'était jamais produit...? Comment faire pour surmonter cette expérience comme vous, Sempaï, et devenir plus fort...? Je me suis rappelé de tout.... Alors que c'était différent, rien de comparable avec une telle violence...! Qu'il s'agissait des mains de l'être qui m'est le plus précieux au monde...! Et pourtant.... j'ai eu peur...! Que faire.... J'ai.... J'ai blessé Masa...."

Recroquevillé sur lui-même, Kai éclate en sanglots sous le regard désemparé de Ranmaru, et que dire de ce que ressent Kei de l'autre côté de la porte en apprenant ce qui est arrivé autrefois à son frère cadet ? Caressant doucement les cheveux du garçon, Ranmaru tente de l'apaiser en lui assurant que Masa n'est pas un homme à l'esprit étroit, il le voit mal se formaliser pour un refus: après tout, ce n'est pas comme si Kai avait repoussé consciemment ses bras; nul doute que Masa a déjà deviné que la cause de ce rejet provenait d'une toute autre raison. L'adolescent ne peut qu'acquiescer aux déclarations de son sempaï, car lui aussi est pratiquement convaincu que Masanori a compris pourquoi il l'a involontairement repoussé. Il explique alors à Ranmaru de plus en plus bouleversé par son histoire que c'était le yakuza qui était venu à son secours après qu'il ait été violé, parce que son agresseur n'était autre qu'un proche de Masa. Pour Kai, nul doute que Masa a été davantage blessé que lui de voir ainsi remonter à la surface ce drame du passé. Bien qu'il ne le laisse pas paraître sur son visage, Kai est persuadé que son ami se fait des reproches pour ce qui est arrivé, car c'est le genre de personne à tout assumer seul. "Je.... lui ai demandé de ne pas fuir.... prononce le garçon, le visage baigné de larmes. Je n'ai pas arrêté de le pousser à bout et de le faire souffrir.... Et j'ai l'impression que plus j'ai cherché à me rapprocher de lui, et plus je lui ai infligé de blessures.... Peut-être.... que ma place n'est pas à ses côtés...?"
Ces aveux dans lesquels perce le désespoir arrachent à Ranmaru un soupir de lassitude. "Vous vous ressemblez vraiment beaucoup, toi et Mr. Araki, profère-t-il. Vous prononcez exactement les mêmes paroles. Persuadés qu'en restant ensemble vous ne feriez que blesser votre partenaire, vous vous efforcez chacun de vous éloigner l'un de l'autre, poussés par un sentiment de remord. Et pourtant, quand deux êtres humains se rapprochent, ils s'infligent inévitablement des blessures plus ou moins graves. Cela a même été le cas pour Enjôji et pour moi. Néanmoins nous avons beau nous blesser mutuellement, notre cas à Enjôji et à moi est légèrement différent du vôtre, à toi et Mr. Araki. Comprends-tu en quoi ?" - "A notre manière de réagir après nous être blessés...?" tente de répondre Kai en hésitant. - "Exactement, acquiesce Ranmaru. Il ne faut pas détourner les yeux des plaies de son partenaire. Et surtout, il faut lui montrer également nos propres blessures. Bien sûr c'est important d'avoir de la compassion pour son partenaire, mais de temps en temps, il ne faut pas hésiter à lui dire de vive voix tout ce qu'on a sur le coeur. Parfois il arrivera que ces paroles soient un peu brutales, néanmoins cela vaut encore mieux que de ne rien dire du tout. Il n'y a absolument aucune honte à avouer son amertume et sa souffrance quand on les subit. Car c'est de l'action de montrer l'un à l'autre ses faiblesses dont naît justement la force de se soutenir mutuellement. Si tu deviens fort, conclut donc Ranmaru, Mr. Araki lui aussi deviendra fort. Et quand tu pleures, ajoute-il en essuyant de sa manche les larmes de l'adolescent, Mr. Araki également ressent de l'amertume. Si tu désires faire route aux côtés de Mr. Araki, tu dois renforcer ton corps et ton coeur. Je sais que le Kai Sagano que je connais n'est pas quelqu'un de faible. Car c'est le garçon qui a vaincu au Kendô un grand nombre de puissants adversaires pour devenir le numéro 1 du japon."
Réconforté par son sempaï qui sait toujours trouver les mots qu'il faut, Kai achève de sécher ses larmes, s'excusant de s'être montré aussi lamentable. Mais à sa surprise, Ranmaru déclare en se levant que lui aussi, il est grand temps qu'il arrête de fuir. "De fuir...? Mais fuir quoi...?" questionne Kai intrigué. - "De me fuir moi-même. Moi aussi je désire être fort, pour moi, et pour le Kendô." A ces paroles l'adolescent sursaute, n'osant en croire ses oreilles: est-ce que par hasard Ranmaru envisagerait de reprendre le Kendô !? "Avant de perdre mon chemin, j'ai l'intention de brandir un sabre encore une fois," déclare le jeune homme dans un sourire. - "Vrai.... Vraiment...!?" Radieux, Kai oublie d'un coup tous ses soucis pour s'élancer vers son sempaï. C'est son admiration pour Ranmaru, jadis étoile montante du Kendô, qui l'a poussé à commencer ce sport, alors il n'a qu'une hâte, voir son idole reprendre la compétition ! Le jeune homme a beau sourire que le garçon va un peu vite en besogne, cela fait trop longtemps qu'il n'a pas croché dans un sabre pour songer reprendre imédiatement les tournois, Kai reste persuadé que ce n'est pas le cas: pour lui, nul doute qu'un kendôka émérite comme son sempaï est en mesure de faire son comeback à l'instant même ! Ranmaru ne peut que laiser échapper un rire amusé face à l'optimisme débordant de ce fan accro, néanmoins il se met en devoir de le ramener sur terre en lui expliquant que son corps a été longtemps paralysé, au point que les médecins avaient dit jadis que son handicap serait irréversible; même maintenant, il ignore s'il pourra brandir correctement un sabre. Et puis n'oublions pas qu'après tant d'années sans entraînement, il a perdu ses muscles ainsi que sa vitalité d'origine. Il va lui falloir tout recommencer à zéro. Et pourtant, Ranmaru a beau lui exposer tout cela, Kai se refuse à modérer son enthousiasme. "N'espère pas trop, lui répète encore le jeune homme, touché d'une telle confiance en ses talents. Car je suis différent de celui que j'étais autrefois. Je souhaite juste tenir un sabre, afin de découvrir la voie que je vais suivre dans le futur. Mon sabre va me guider.... J'ai simplement cette impression."
Après avoir exprimé ses pensées à voix haute, Ranmaru se tait, le regard fixé vers un point imaginaire, vers son avenir, ignorant avec quelle admiration proche de l'extase Kai contemple son beau visage serein mais déterminé. Ranmaru est vraiment quelqu'un de grand, songe Kai. Il reconnaît bien là le guerrier sans égal dont il a gardé le souvenir dans son coeur. Sa décision est bientôt prise, il veut devenir aussi fort que son sempaï ! Alors, serrant le poing, l'adolescent se jette soudain aux pieds de Ranmaru. "Saméjima-sempaï.... j'ai une requête à vous présenter. Une fois.... Rien qu'une fois ! Je voudrais que vous me permettiez de vous affronter !!" A genoux dans une attitude implorante, d'une voix forte, Kai poursuit sa supplique: si son sempaï n'est pas encore prêt à reparaître sur la scène publique, cela ne le dérange pas qu'ils organisent ce combat de manière non-officielle. Tout ce qu'il désire, c'est que ne serait-ce qu'une fois, Ranmaru accepte de lui donner la chance de se mesurer à lui. Car depuis qu'il a vu ce dernier se battre autrefois au grand tournoi national, l'affronter un jour en combat singulier n'a cessé d'être son but, son rêve ! "Ce ne sera pas un match très intéressant, tu sais ? proteste le jeune homme dérouté en s'agenouillant à son tour face à l'adolescent. Il y a une telle différence de puissance entre nous...." - "Je sais, répond Kai éperdu en relevant brusquement la tête. Mais je vous promets de m'appliquer à suivre un entraînement intensif jusqu'à ce que je sois capable de me battre correctement !!" - "Non, corrige Ranmaru, ce n'est pas de toi que je parlais. Tu n'as pas l'air de réaliser qu'à présent, je suis comme un débutant." Et pourtant le jeune homme a beau tenter de le raisonner, Kai ne veut rien entendre. "Je vous en supplie !! Rien qu'une seule fois !!" s'exclame-t-il en s'applatissant encore davantage. Si bien que vaincu par sa ferveur, Ranmaru se sent bien obligé de céder. "D'accord, acquiesce-t-il en exhalant un soupir résigné, mais tu retiendras tes coups ? Car ce sera un affrontement entre le numéro 1 du Japon et un débutant incapable de brandir correctement un sabre." - "Non, je ne retiendrais pas mes coups, rétorque Kai d'un regard plein de défi. Ce serait une insulte à l'égard du guerrier que l'on appelait le Démon à la Face Blanche, alors laissez-moi me battre de toutes mes forces !"
A peine l'adolescent a-t-il prononcé ces mots qu'une voix familière retentit dans la pièce: "Holà ! Et si je vous servais de témoin ?" Les deux kendôkas ne manquent pas d'être surpris de découvrir Enjôji dans l'encadrure de la porte, surtout Kai, en plus irrité que son demi-frère ait probablement entendu tout ce qu'il a confessé à son sempaï. Il va pour le frapper, mais évitant le coup de poing, c'est avec un sourire radieux que Enjôji se penche pour dévisager son cadet: "Vu ta tête, ça a l'air d'aller, lance-t-il. Rien ne convient mieux aux gosses que la bonne humeur." Décontenancé de ne pas s'entendre gratifier d'une moquerie comme à l'ordinaire, la colère de Kai retombe aussitôt. "Humpf ! Je n'ai pas le temps de m'occuper d'un âne. Pousse-toi ! se contente-il de lancer à son frère en se détournant. Bien, je vais vite rentrer à la maison et m'entraîner comme une bête !!"

Amusés de sa détermination, Kei et Ranmaru le regardent s'éloigner en riant. Puis, une fois qu'ils se retrouvent seuls, Ranmaru se retourne vers son ami pour lui annoncer que lui aussi va devoir s'astreindre à un entraînement intensif s'il veut pouvoir se battre sur un pied d'égalité avec l'adolescent. "Quoi ? ça veut dire qu'on rentre déjà !?" proteste aussitôt Enjôji. - "Bien sûr. Je n'aurais jamais sufisamment de temps pour me préparer. Et d'abord je dois rentrer chez moi et prévenir mon grand-père...." - "Attends un peu, Ran-chan ! Tu te souviens que nous sommes actuellement en voyage de noces ?" - "Je m'en souviens." - "Alors tu ne crois pas qu'on pourrait profiter encore un peu de notre lune de miel !?" Mais Enjôji a beau lancer à son petit ami des regards suppliants, ce dernier ne veut rien entendre. "Je souffre d'un manque de sommeil, réplique Ranmaru en rougissant. De plus j'ai les hanches engourdies et des douleurs musculaires dans des endroits inavouables." - "Peut-être, insiste encore Kei, mais n'est-ce pas ceci qui fait le sel d'une lune de miel ? Alleeeeez.... Je ferais en sorte de ne pas trop malmener ton corps...." - "Dis donc, toi, tu t'es bien proposé de me servir de témoin ? Alors avant l'affrontement, aide-moi à retrouver ma vitalité. Tu vas me soutenir de façon à ce que je ne sois pas battu de manière humiliante, n'est-ce pas ?" - "Ou.... Oui...." finit par bredouiller Enjôji vaincu. "Je vais être sevré durant tout ce temps...? pleurniche-t-il en son for intérieur. Ah, vraiment, je déteste le kendô...."
Après avoir fait leurs bagages, les trois jeunes gens font donc leurs adieux au personnel de l'auberge attristé de les voir s'en aller, promettant néanmoins de revenir à l'occasion s'y reposer à nouveau. Dans le taxi qui les emporte vers la gare, Enjôji se répand en soupirs et en regrets de devoir ainsi quitter ces lieux où il se trouvait au comble du bonheur. Même Kai s'étonne du départ précipité des deux amants, et se tournant vers son sempaï assis à l'arrière du véhicule, lui assure que son frère et lui auraient mieux fait de rester encore à l'auberge au lieu de partir en même temps que lui. Ce à quoi Ranmaru lui répond simplement qu'Enjôji et lui ont assez profité des bontés de Mr. Sagano. "Au contraire, profitez, mon père en serait ravi ! réplique Kai aussitôt. Nous allons revenir en vacances ici, et cette fois, ce sera pour un long séjour." - "Ouais, voilà qui me plaît !" surenchérit Kei. Et tandis que Ranmaru gronde son ami qui a pris goût au luxe, un sourire aux lèvres, l'adolescent se retourne vers la vitre. "Je ne pleurerais plus, s'exorte-il, décidé. Je vais me battre contre moi-même. Je vais devenir encore plus fort et effacer le passé. Afin de pouvoir marcher à tes côtés.... Alors attends-moi.... Masa...."
Plus tard, de retour à Tôkyô, Ranmaru rend visite à son grand-père au dôjô familial, afin de lui faire part de sa décision de reprendre le kendô. Mr. Saméjima propose alors à son petit-fils de lui adjoindre son bras droit, Kurébayashi, pour l'aider dans son entraînement, néanmoins le jeune homme refuse: il souhaite que Kurébayashi continue d'enseigner sans se préoccuper de lui, il lui suffira amplement de pouvoir s'entraîner en tant que simple disciple dans un coin du dôjô. Tout ce que Ranmaru désire, c'est demander à son sabre la voie à suivre dans le futur, et pour cela, il veut tout recommencer à zéro. Le jeune homme a cependant une requête à présenter à son grand-père, alors lui racontant comment un de ses jeunes admirateurs plein de talent désire se battre en duel avec lui bien que lui-même soit revenu au stade de débutant, Ranmaru demande l'autorisation d'utiliser le dôjô familial pour cette rencontre. Biensûr, Mr. Saméjima n'y voit pas d'inconvénient, mais apprenant le nom du futur adversaire de son petit-fils, Kai Sagano le vainqueur du tournoi national, il ne lui cache pas que c'est là un adversaire plutôt coriace pour quelqu'un qui n'a pas tenu un sabre depuis aussi longtemps. "C'est exact, répond le jeune homme avec franchise. Je sais que je ne pourrais pas le battre. Seulement, je n'ai pas non plus l'intention de m'avouer vaincu !"
De son côté, muni de son sabre, Kai se rend à l'école de police à la recherche d'un certain Igarashi. Il finit par le trouver dans le dôjô de l'école, et ce dernier, un grand jeune homme à l'allure martiale, ne cache pas son étonnement de voir débarquer ainsi le fils Sagano. Néanmoins plus grande encore est sa surprise de le voir surgir avec un sabre: le bruit court depuis quelque temps qu'un kendôka met à mal tous les dôjôs de la région, qu'il visite les uns après les autres en écrasant tous leurs guerriers; ainsi, ce serait Kai ? Pas étonnant que Igarashi fasse aussitôt preuve d'une vive animosité à l'égard du garçon. "Sale gamin à l'accent d'Ôsaka.... Qu'es-tu donc venu faire ici !?" Mais sans se laisser démonter, Kai fait part au futur policier du but de sa visite: il souhaiterait que Igarashi devienne son entraîneur afin de le préparer au match difficile qu'il s'apprète à livrer. C'est vrai qu'il s'est rendu dans différents dôjôs à la recherche d'un kendôka qui pourrait l'aider dans son entraînement, mais hélas il n'a trouvé personne qui arrive tant soit peu à la cheville de l'homme qu'il doit affronter. Voilà pourquoi l'adolescent s'est dit que Igarashi, qui a jadis affronté cet homme au tournoi national, bien qu'il se soit fait battre par lui lors des demi-finales, parviendrait sûrement à le faire élever son niveau au-delà de ses limites. Abasourdi par les propos du garçon, livide, Igarashi ne voit qu'un seul guerrier capable d'exalter ainsi le désir de vaincre de ses adversaires. "Ne me dis pas.... que ton adversaire lors de cette rencontre.... sera Saméjima du lycée Kôei.... Saméjima, le Démon à la Face Blanche !?" Kai a beau acquiescer, Igarashi n'en croit pas ses oreilles, car il est de notoriété publique que suite à un grave accident, Ranmaru Saméjima ne pourra plus jamais pratiquer le kendô. "Il va revenir, affirme Kai. Le Démon à la Face Blanche va ressusciter." Gloups ! Bien qu'effrayé, Igarashi ne cache pas néanmoins qu'il trouve la nouvelle intéressante. "Je vous en prie, entraînez-moi, insiste l'adolescent. Je veux le battre !!" Alors, face à tant de détermination, le futur policier finit par accéder à sa requête, l'avertissant cependant que tant qu'il ne sera pas capable de vaincre son nouveau maître, Kai n'aura pas la moindre chance face à Saméjima.
Un matin, de très bonne heure, de retour du night-club où il travaille durant une partie de la nuit, Enjôji a la surprise de trouver Ranmaru dans la rue devant l'entrée de leur immeuble: en sweet et en baskets, le jeune homme s'apprète à partir pour un jogging matinal. Il est rare que Ranmaru se lève aussi tôt, alors tandis que Kei lui en fait la remarque, Ranmaru lui explique qu'il débute son entraînement par une remise en forme de base. Se penchant sur son ami, il lui propose de venir courir avec lui, néanmoins Enjôji refuse: prêt à tout pour se défiler, il explique que non seulement il est plutôt du genre nocturne, mais ajoute également que le sport n'est pas trop son truc ! "Indolent", lance Ranmaru en se détournant pour commencer à courir. "Ran-chan, n'en fait pas trop !" l'avertit Enjôji sans relever sa remarque. Tandis qu'il regarde son compagnon s'éloigner, un sourire se peint sur les traits du jeune homme: "Oh-oh, il en veut ! prononce-t-il, ravi de voir Ranmaru si plein d'entrain. Kai aussi en ce moment doit être en train de s'entraîner avec ardeur. Si je ne me trompe pas, nous allons bientôt assister à un combat digne du Tournoi National !"

Un peu plus tard, Ranmaru, qui s'est rendu au dôjô familial, revêt pour la première fois depuis plus de deux ans sa tenue de kendô. En le voyant ainsi habillé, Kurébayashi, l'assistant de son grand-père, ne peut s'empêcher de verser quelques larmes tant il est ému de pouvoir contempler à nouveau le jeune homme dans cette tenue. Il pensait que Ranmaru était venu au dôjô pour enseigner à ses côtés, mais à sa grande surprise, ce dernier lui explique qu'il est venu recevoir son enseignement en tant que simple disciple. "Qu'est-ce que vous racontez ! Il n'y a que le vieux maître qui puisse se charger de votre entraînement !" proteste aussitôt Kurébayashi. Néanmoins Ranmaru insiste: il a arrêté le kendô depuis trop longtemps pour être encore considéré comme un maître, alors il souhaiterait que l'assistant le traite comme un simple débutant tandis que lui-même fera de son mieux pour ne pas gêner ses cours.
Quelques minutes plus tard, s'emparant d'un lourd sabre en bambou, Ranmaru commence seul ses exercices dans un coin de la salle sous les regards admiratifs des autres occupants du dôjô. On ne croirait jamais qu'il a arrêté l'entraînement depuis si longtemps, se dit Kurébayashi la larme à l'oeil en avisant sa puissance de frappe. Quant aux autres disciples, ils n'arrivent pas à comprendre comment leur nouveau compagnon s'y prend pour manier si aisément un sabre aussi lourd ! Mais inconscient de l'admiration béate qu'il suscite, Ranmaru lui-même réalise combien ses réflexes se sont émoussés. Le vieux maître ne tarde pas à faire son apparition, et voyant son petit-fils s'entraîner, il lui demande de faire quelques mouvements de sabre devant lui. Ranmaru s'exécute, et Mr. Saméjima en vient à la même conclusion que lui: "C'est mou. Tes sens se sont émoussés ?" - "Oui, un peu...." répond le jeune homme avec franchise. "MOU ?" Kurébayashi n'en croit pas ses oreilles ! Si c'est ça être mou, alors qu'est-ce que ce serait si Ranmaru était en forme !?
Mais jugeant qu'il est difficile de se faire une idée de sa propre force et de sa vitesse lorsqu'on s'entraîne seul, le vieux maître appelle un adolescent du nom de Shiraïshi afin qu'il fasse ses exercices avec son petit-fils. Kurébayashi pris de panique proteste aussitôt: "Maître, ce n'est pas raisonnable ! Vous voulez que Shiraïshi se fasse écrabouiller ?!!" - "Imbécile, je mettrais fin au combat avant," répond calmement Mr. Saméjima. Il pense simplement qu'en se battant contre quelqu'un d'aussi rapide que Shiraïshi, les sens de Ranmaru ne tarderont pas à se réveiller. De son côté, c'est d'un oeil peu amical que le nommé Shiraïshi regarde Ranmaru revêtir son équipement de combat. Le nouveau-venu a beau être le petit-fils du maître, l'adolescent trouve qu'on le traite avec beaucoup trop d'égards. Même le sévère Kurébayashi va jusqu'à faire des courbettes à ce mec au visage de fille, et cela ne lui plaît guère !
Une fois revêtus de pied en cap de leur équipement, sabre en mains, Ranmaru et Shiraïshi se font face. "Ce garçon est de petite taille, songe Ranmaru. Il doit avoir à peu près la stature de Sagano ?" - "Et si je lui mettais la pâtée pour lui infliger la honte de sa vie ?" ricane de son côté Shiraïshi. Et sur cette pensée il s'élance soudain avec une rapidité foudroyante et assène un coup sur le casque de Ranmaru, qui surpris n'a pas le temps d'éviter l'attaque. "Pff.... J'en étais sûr.... Ce n'est qu'une bûche," se dit le garçon moqueur. Mais jaugeant son adversaire dont il reconnaît la rapidité, Ranmaru lui demande poliment de reprendre le combat. Sûr de lui, Shiraïshi ne se fait pas prier et commence à abattre violemment son sabre. Mais sur ses gardes cette fois, Ranmaru n'a aucun mal à parer chacun de ses coups. Tandis que son partenaire se démène, lui conserve son calme, réfléchissant que Kai Sagano doit probablement être aussi rapide que le garçon qui se tient devant lui. Mais bientôt, Shiraïshi perd patience tandis que s'éternise ce combat. "Qu'est-ce qui vous arrive ! hurle-t-il. Sortez de votre torpeur et battez-vous !!! Vous avez l'intention de rester planté là comme un punching-ball !?" - "Ah, pardon." Pour Ranmaru ceci n'est qu'un entraînement, il ignorait que son adversaire prenait cet affrontement au sérieux. "Shiraïshi, imbécile !!" Kurébayashi voit venir le drame, mais trop tard: en ordonnant à Ranmaru de riposter à ses attaques, Shiraïshi n'avait aucune idée de ce qui l'attendait ! Et recevant un fulgurant coup de sabre au creux des côtes avant même qu'il ait pu esquisser un geste, le souffle coupé en dépit de la protection de son armure, il s'effondre sur le sol, vaincu. "Quel idiot ! peste Kurébayashi en se précipitant à son secours. Je ne cesse pourtant de te répéter de ne jamais sous-estimer ton adversaire !!" Vexé, malgré la douleur l'adolescent se relève d'un bond et réclame la poursuite du combat, néanmoins le vieux maître s'interpose: lui ordonnant de se reposer, il appelle un autre kendôka pour affronter Ranmaru.
Quelques instants plus tard, tandis que Shiraïshi se débarrasse de son lourd équipement, Kurébayashi entreprend de lui expliquer la raison pour laquelle il a perdu ce combat: ce n'est pas parce qu'il a manqué de prudence comme le pense l'adolescent, mais simplement parce que dans le premier coup qu'il a assené à son adversaire au début du combat, il a laissé voir à ce dernier l'étendue de sa puissance. Alors dès cet instant, Shiraïshi était déjà vaincu, car une fois en mesure d'évaluer sa force et sa vitesse, l'autre combattant n'avait plus aucun mal à parer ses coups. "....Qui est cet homme...?" demande le garçon en contemplant Ranmaru mener un autre combat. - "Un kendôka de talent que l'on craignait jadis sous le nom de Démon à la Face Blanche. A cause d'un malheureux accident, son corps s'est retrouvé à moitié paralysé et il a dû arrêter la compétition." - "A moitié paralysé ? C'est une plaisanterie, bougonne l'adolescent. Ne me dites pas qu'après avoir subi un tel handicap, cet homme a pu récupérer jusqu'à ce niveau-là ?"
L'incrédulité de Shiraïshi est bien naturelle, car personne à part Enjôji n'a idée des efforts qu'a fourni Ranmaru lors de sa rééducation afin de pouvoir seulement marcher à nouveau. Néanmoins, s'asseyant auprès de son disciple, Kurébayashi assure à ce dernier que tous les kendôkas ayant participé quelques années plus tôt au tournoi des lycées connaissent le nom de Saméjima le Démon, Shiraïshi est seulement trop jeune pour avoir eu connaissance de ses exploits. Au temps où Ranmaru Saméjima pratiquait le kendô, personne n'était sufisamment fort pour le battre, alors jusqu'à ce qu'il se soit retiré, il est demeuré invaincu. Après sa retraite forcée, un type nommé Sagano a pris sa relève en enchaînant les victoires, kendôka que cette fois Shiraïshi connaît bien pour l'avoir affronté et avoir perdu contre lui. "Pff.... Cet avorton !" crache aussitôt le garçon méprisant. Mais sans se préoccuper des commentaires rageurs de son élève, Kurébayashi poursuit, comme pour lui-même: "J'ignore ce qui a poussé Ranmaru Saméjima a reprendre le sabre, mais nul doute que cette année, on peut s'attendre à voir trembler le monde du kendô." - "Et moi, soupire Shiraïshi plus terre à terre, il faut que j'écrase l'autre avorton. J'ai une revanche à prendre." - "Espèce de beau parleur !" lance soudain une voix derrière l'adolescent, qui se voit gratifié d'un bon coup de sac à main sur la tête. Si tu veux vraiment gagner, tu devrais commencer par t'entraîner sérieusement !"
La personne qui apostrophe Shiraïshi de la sorte n'est autre que sa propre mère Kazuko, venue assister à l'entraînement et furieuse de découvrir son fils assis là en train de "sécher". Mme Shiraïshi connaît le vieux maître de longue date, et une fois en sa présence, avoue à ce dernier que c'est son inquiétude pour Ranmaru qui a conduit ses pas au dôjô. Mr. Saméjima a beau déclarer que son petit-fils n'est pas en très bonne condition physique, Kazuko lui assure qu'il va rapidement retrouver la forme: à le voir ainsi bouger, ne dirait-on pas qu'il n'a jamais abandonné le kendô ? Ranmaru a beau ne pas souhaiter reparaître sur la scène publique, dès que le monde saura que le Démon à la Face Blanche a repris le sabre, bon gré mal gré, la défense de sa renommée l'amènera inévitablement à reprendre la compétition. Si le jeune homme le souhaite, Kazuko affirme qu'elle ne lésinera pas sur les efforts pour l'aider, car elle aussi désire voir à nouveau se battre le fils de son amie Shizuho. Personne n'est plus digne de succéder au nom de Démon à la Face Blanche, comme on nommait jadis la jeune femme, que Ranmaru, son propre fils. Jusqu'au décès de Shizuho, en fin de compte, Kazuko qui pratiquait le kendô dans le même dôjô qu'elle sous la houlette du maître n'est pas parvenue une seule fois à la vaincre. Voilà pourquoi même aujourd'hui, la jeune femme est restée sa rivale dans son coeur. Le rêve de Kazuko est donc de voir Ranmaru se battre à nouveau, lui qui a hérité du style et des techniques de sa mère, bien qu'elle-même reconnaisse qu'il n'est pas bon d'imposer nos propres rêves à nos enfants. Comme elle a laissé son fils Shiraïshi choisir sa propre voie, Kazuko est persuadée que Shizuho n'aurait pas obligé Ranmaru a suivre ses traces. Mais bon, à trop laisser de liberté à son rejeton, Mme shiraishi doit également avouer que ce dernier est devenu un peu soupe-au-lait et impatient !

En contemplant Shiraïshi défier une seconde fois Ranmaru, Kazuko en vient à évoquer le garçon qui lui aussi souhaite se mesurer à l'ancien kendôka, Sagano, l'actuel champion du Japon. Voilà un adversaire embarrassant, déclare le vieux maître, néanmoins Kazuko lui assure qu'il est tout à fait digne du premier combat que ménera Ranmaru pour son retour. Apprenant que c'est le dôjô Saméjima qui sera utilisé selon le souhait du jeune homme pour ce combat non-officiel, Mme Shiraïshi déplore qu'il n'y ait pas suffisamment de place pour tous les spectateurs qui ne vont certainement pas manquer d'affluer. "Maître, vous ne voudriez pas me confier les préparatifs du dôjô ? demande soudain Kazuko. J'ai une petite idée." Intrigué, le vieil homme répond qu'il n'y voit pas d'inconvénient, alors ravie, Kazuko appelle ensuite Ranmaru pour lui demander s'il accepterait de s'entraîner un peu avec elle. "Ne t'immisce pas dans un combat entre hommes, maman !" proteste aussitôt Shiraïshi, toujours aux prises avec son redoutable adversaire. - "Quel combat ? Tu viens dix mille ans trop tôt !" réplique Kazuko en l'assomant à moitié malgré son casque. Et en les observant tous les deux, Ranmaru fait enfin le rapprochement entre cet adolescent batailleur et la meilleure amie de sa mère: ils ont beau porter le même nom de famille, il ignorait leur lien de parenté, mais doit à présent reconnaître que de caractère, mère et fils se ressemblent énormément !
Une fois Kazuko revêtue de l'équipement traditionnel, Ranmaru et elle commencent à se battre sous le regard attentif des élèves du dôjô. "Je croyais qu'il s'agissait juste d'un entraînement ?" grommelle Shiraïshi, avisant la violence des coups que se portent les deux adversaires. - "Ta mère est championne du Japon, c'est normal qu'elle soit bonne combattante, répond Kurébayashi livide. Mais de son côté, Mr. Saméjima est vraiment habile de parvenir à l'affonter sans fuir ses assauts." A peine l'assistant a-t-il proféré cette remarque que Kazuko assène à Ranmaru un violent coup sur la tête. "Ouwah, l'attaque "fend-cerveau" de maman ! Quand on se mange ça, normalement on ne peut plus tenir debout !?" souffle Shiraïshi stupéfait qu'en dépit de la violence du choc, Ranmaru parvienne à tenir bon. Il chancelle pourtant, mais encouragé par Kazuko, réussi grâce à sa volonté à conserver ses esprits et reprendre position. "Bravo, tu l'as bien supporté, félicite Mme Shiraïshi. J'aime l'expression de ton visage, Ranmaru. Tu t'amuses ?" - "Oh oui, beaucoup...! répond le jeune homme, essoufflé mais ravi d'avoir enfin trouvé un adversaire à sa mesure. S'il vous plaît, continuons !" -"Ok, amène-toi !" - "Il a dit qu'il s'amusait !? Ce type est maso ?" souffle Shiraïshi-fils, aussi blême que ses camarades face à la tournure que prend cet "entraînement" !
Au même moment dans un autre dôjô, Kai s'adonne à un entraînement tout aussi intensif sous la houlette de l'apprenti-policier Igarashi. Ce dernier ne lui fait pas de cadeau, envoyant sous la violence de ses assauts l'adolescent voler à l'autre bout de la pièce. "Qu'est-ce qui t'arrive, Sagano !! Tu en as déjà assez ?!! crie Igarashi. Cesse de dormir et relève-toi !!" En contemplant le malheureux garçon affalé contre le mur de la pièce, les autres kendôkas se demandent si leur maître ne finira pas par le tuer. "Si tu veux dormir, sors d'ici ! Sinon, lève-toi !!" - "Je veux.... continuer...." parvient finalement à articuler Kai en se redressant. A bout de souffle, sous l'effet de la fatigue il tremble de tous ses membres, mais cela ne l'empêche pas de faire face courageusement au nouvel adversaire que son maître lui désigne. "J'ai la tête qui tourne.... songe-t-il en s'acharnant à réunir ses forces. Mais ce n'est pas le moment.... Si je flanche ici, je ne parviendrais jamais à m'élever au niveau de Ranmaru.... Pour le surpasser, je me dois de viser les sommets...!!" Voilà pourquoi c'est avec rage que Kai se précipite sur son adversaire, qui n'a même pas le temps de voir venir le coup !
Les semaines s'écoulent, et voici enfin venu le jour fixé pour le combat. A peine arrivés en voiture devant le dôjô Saméjima, Ranmaru et Enjôji rencontrent Kai qui sort d'un taxi. Souriant, les deux futurs adversaires se font face. "On m'a dit que tu t'étais beaucoup entraîné, Sagano," prononce Ranmaru. - "Oui ! Je compte sur vous !" répond l'adolescent en s'inclinant poliment devant son aîné. Mais sur ces entrefaites, un autre kendôka fait son apparition. "Tu m'as l'air en pleine forme, Saméjima, lance Igarashi venu lui aussi assister au combat. On ne s'est pas vus depuis le tournoi Inter-lycées. Tu te souviens de moi ?" - "Igarashi !? s'exclame Ranmaru en serrant la main de son ancien adversaire. Igarashi, le représentant du lycée d'Ôsaka ?!" - "Eh oui. je suis content de te revoir." - "Moi aussi. Cela fait tellement d'années.... ça me rappelle de bons souvenirs." Et puisque Kai et Igarashi viennent tous deux d'Ôsaka, Ranmaru demande si par hasard ce ne serait pas le futur policier qui a entraîné le garçon, ce que ce dernier s'empresse d'acquiescer. "Sagano est fort, déclare Igarashi en donnant une tape sur la tête de son disciple. Je te demanderais de ne pas retenir tes coups." - "Je ne pense pas avoir le loisir de songer à me restreindre," répond Ranmaru franchement. - "Quel que soit le résultat du combat d'aujourd'hui, n'arrête pas le kendô, Saméjima, prononce Igarashi face à cet aveu. Continue, et remonte sur la scène publique. Car lors du championnat national, c'est moi qui vait te terrasser." - "Mr. Igarashi, c'est moi qui ait réservé mon combat le premier, proteste aussitôt Kai. Aujourd'hui, il se bat contre moi !" Alors puisque ce jour Igarashi est du côté de Sagano, il est bien forcé de prendre congé de celui qu'il brûle d'affronter à nouveau pour suivre son disciple boudeur.
Après avoir récupéré Enjôji en pleine conversation sur son portable, Ranmaru pénètre enfin dans le dôjô en compagnie de Kai. Des exclamations admiratives s'élèvent à l'arrivée des deux combattants, car à la grande surprise de ces derniers, la salle est bondée ! "Pardon, Ranmaru ! lance Kazuko en se précipitant vers le jeune homme d'un air désolé. L'histoire de ce combat a fait plus de bruit que prévu. Mais ça ira, je n'ai pas laissé rentrer les journalistes !" Tant de spectateurs sont venus pour admirer l'affrontement.... Il y a même la troupe de l'école de police au grand complet, venue au dôjô pour encourager Kai: "Ne te fais pas battre, Sagano !" - Souviens-toi de ton entraînement avec nous !" Mais se dirigeant vers son grand-père, Ranmaru quant à lui lance au vieux maître un regard irrité: "Toi aussi, tu étais de mèche avec Mme Shiraïshi ?" -"Moi ? Je n'étais au courant de rien," ment Mr. Saméjima en détournant la tête.
Un peu plus tard, tout en se changeant dans les vestiaires, Ranmaru continue de maugréer. "A ce niveau-là ce n'est plus un combat, c'est une fête forraine ! Ah, je vous jure !" - "Ton grand-père était sans doute trop ravi de te voir combattre après si longtemps," répond Enjôji amusé. Mais soudain, Ranmaru cesse de ronchonner pour contempler sa main, appuyée contre la porte de son casier. Quand en arrivant son ami lui avait demandé s'il n'avait pas le trac de combattre à nouveau en public, le jeune homme avait répondu que non, mais il reconnaît à présent n'avoir pas dit la vérité. "... Enjôji.... Je t'ai menti tout à l'heure, avoue-t-il. Ma main.... tremble. Alors que même la première fois que j'ai participé au Tournoi des Lycées, elle ne tremblait pas ainsi.... Mais maintenant, la situation est différente. Il ne s'agit pas là de la tension qu'on éprouve en se demandant si l'on va pouvoir gagner ou non un combat.... Cette main, ce corps.... Jusqu'à quel point parviendrais-je à les bouger...? Combien de temps vont-ils tenir bon...?" Mieux que personne Enjôji comprend l'appréhension qui saisit son compagnon face à cet événement important de sa vie, sa peur de ne pas parvenir physiquement à assurer. "Viens par ici, je vais te lancer un sort," plaisante-il alors pour tenter de l'apaiser. Et saisissant dans les siennes les deux mains tremblantes de Ranmaru, il y appose délicatement un baiser. "Ca va aller. Tu seras fort, prononce Kei sur le ton d'une litanie. Tout ira bien, tu arriveras à te battre correctement. Ne pense pas à la victoire ou à la défaite. Tout ce qui importe, c'est que tu éprouves de la joie à pratiquer ce kendô que tu aimes tant. Et moi, je ne vais pas te quitter des yeux," ajoute-il en relevant la tête, un sourire engageant sur les lèvres. La technique de Kei semble avoir de l'effet car tandis que ses traits se détendent, Ranmaru acquiesce, enfin rassuré. "Tant qu'on y est, je voudrais aussi recevoir un calmant," profère le kendôka en ôtant ses lunettes à son ami. - "Un calmant ?" Enjôji n'a pas le temps de s'interroger davantage que Ranmaru s'empare de ses lèvres. Les bras rivés autour de son cou, le jeune homme ne semble pas décidé à le lâcher, si bien que ce long baiser leur coupe le souffle à tous deux ! "Allez, j'y vais," lance ensuite Ranmaru en remettant ses lunettes à Enjôji avant de quitter les vestiaires d'un pas empressé. Quant à son ami qui le regarde partir, le voilà pris d'un saignement de nez ! "Pour quelqu'un qui mène actuellement une vie d'abstinence, ce genre de baiser est contraire au règlement !"

Quelques instants plus tard, alors que Ranmaru revêt son lourd équipement, Kurébayashi le couve d'un oeil inquiet. "Comment va-t-il ?" demande l'assistant du vieux maître à Enjôji assis à ses côtés. Cela fait si longtemps que le jeune homme n'a pas livré de véritable combat, et voilà que ce match a pris une ampleur si importante.... Il serait normal que Ranmaru soit ultra-tendu. Kei ne saurait nier que lui-même est un peu inquiet, quand soudain, son ami se retourne vers lui pour lui envoyer nonchalamment un baiser du bout des doigts. "Il est parfaitement relax, pas la peine de se faire du mourron !" lance alors Enjôji, son jugement révisé, à Kurébayashi écarlate; Kurébayashi qui ignore la véritable nature des liens unissant Kei et Ranmaru et croit que ce baiser lui est destiné ! "Le salaud ! Il l'a fait exprès !" gronde intérieurement Enjôji en manque, chez qui ce geste hardi ne tarde pas à déclencher un nouveau saignement de nez !
De son côté, le jeune Shiraïshi s'est rendu auprès de Kai, qu'il interpelle avec fougue: "Sagano !! Ne te laisse pas vaincre maintenant ! Car c'est moi qui vais t'abattre !!" Mais par rapport au ton plein de défi de l'adolescent, la réaction de son interlocuteur est des plus désarçonnante: "T'es qui ?" demande Kai, qui ne se souvient même pas de son ancien adversaire - preuve irréfutable que ses prouesses n'avaient pas dû le marquer ! - "CELUI QUE TU AS AFFRONTE AU TOURNOI INTER-LYCEES, TAÏCHI SHIRAÏSHI !!!" hurle l'autre garçon vexé et fou de rage - jusqu'à ce qu'un bon uppercut maternel vienne calmer ses ardeurs. "Excusez pour le bruit," lance la nouvelle venue en entraînant son turbulent rejeton assommé. Et s'il n'avait pas reconnu le fils, Kai reconnaît aussitôt Mme Shiraïshi, championne de kendô attitrée du Japon !
Alors que l'adolescent finit d'ajuster son casque, Igarashi lui fait ses dernières recommandations: vu que Ranmaru lance des attaques en hauteur en combinant vitesse et puissance, il lui conseille d'adopter d'abord certaines poses, néanmoins Kai refuse. Il n'a pas l'intention de mener un kendô seulement défensif en s'efforçant de conserver ses points, mais d'attaquer et d'en gagner ! Car tant qu'il se contentera d'imiter son idole, il est conscient qu'il ne parviendra jamais à le surpasser. Kai veut dépasser Ranmaru afin de retrouver sa confiance en lui, et Ranmaru veut se surpasser lui-même afin de trouver sa voie. Le combat s'annonce des plus féroce ! Une fois les préparatifs achevés, Mme Shiraïshi, qui arbitre la rencontre, appelle les deux combattants pour qu'ils se mettent en position sur le tatami. Après le salut rituel - Hajimé !! - le signal est donné !
Sous la clameur des spectateurs, les deux combattants adoptent chacun leur posture favorite. Fidèle à sa technique héritée de sa mère, Ranmaru lève haut son sabre au-dessus de sa tête, et rien que de voir cette posture, Kai ne peut réprimer un frisson de plaisir ! "C'est cela...! C'est cette silhouette que je désirais voir à nouveau...!!" L'adolescent qui jusqu'à présent imitait son aîné en adoptant la posture du sabre levé a cependant choisi cette fois une posture medium, et cela ne manque pas d'étonner les spectrateurs qui ont déjà eu l'occasion d'assister à ses combats. Par ce choix, Kai montre que vraiment il est décidé à ne plus copier les techniques de son idole mais à se battre selon son propre style. "Sagano.... songe Ranmaru en contemplant son cadet. Je vais te montrer toute la puissance que je possède actuellement. Par cette technique du sabre levé que tu me disais vouloir maîtriser, toi qui m'a défié, je vais te montrer ma gratitude !" - "Saméjima-sempaï.... Le guerrier que j'adorais.... songe également Kai en dévisageant son adversaire. Je veux essayer de dépasser ce but que vous vous êtes fixé.... et puis viser un but encore plus élevé !!" - "Allez viens, Sagano !!" Poussant un hurlement, Kai se lance le premier à l'attaque....
Alors qu'à l'intérieur du dôjô le combat fait rage, un taxi s'arrête devant le bâtiment, dont descend un homme en costume. Après quelques échanges de coups particulièrement rapides et violents, Kai finit par être précipité à terre, ainsi Mme Shiraïshi interrompt momentanément la rencontre. Si l'adolescent se fait houspiller par ses suporters, lui-même en revanche est content: le combat s'annonce des plus intéressant, Ranmaru est visiblement décidé à l'affronter sérieusement. De fait, plein d'une motivation accrue, lorsque le combat reprend c'est au tour de Kai de marquer un point en assenant à son adversaire, grâce à sa rapidité, un puissant coup sur le bras. Mais tout comme Kai un instant plus tôt, loin d'être mécontent de s'être fait touché, Ranmaru est lui aussi ravi de la tournure que prend l'affrontement. "Cette sensation, ces picotements le long de mon bras.... C'est agréable, cela m'a réchauffé...!!" Et le combat reprend de plus belle.
Après quelques nouveaux échanges de coups, Kai commence à éprouver des difficultés: si lui-même est rapide de par sa petite stature, Ranmaru est incomparablement plus puissant. Sa façon de se battre ne laisse nullement deviner qu'il a arrêté le kendô pendant plusieurs années, et seul l'entraînement ardu qu'il a suivi avec le robuste Igarashi permet à Kai d'encaisser les coups. Mais soudain, il remarque que son adversaire a laissé son tronc sans protection. Souhaitant profiter de cette faiblesse, il abat aussitôt son sabre de côté, cependant Ranmaru évite l'attaque sans problème et dans la foulée, assène à l'adolescent un violent coup sur la tête. "Qu'est-ce que tu fabriques, Sagano !" hurle Igarashi, furieux que son élève ait perdu bêtement un point. Quant à Kai, il ne parvient que de justesse à se maintenir debout, avec l'impression que des étincelles jaillissent de ses yeux ! Mais Ranmaru de son côté ne paraît pas en meilleur état. En l'observant, Enjôji remarque qu'il est déjà à bout de souffle et en sueur. Kai possède davantage de vitalité, il était effectivement peu probable que le jeune homme retrouve son ancienne condition physique en si peu de temps. Mais tandis qu'assis à côté de lui Kurébayashi encourage le jeune kendôka, Kei est soudain tiré de ses pensées par l'arrivée d'un homme en costume qu'il reconnaît aussitôt et s'empresse de saluer, un sourire aux lèvres. Il s'agit bien sûr de Masa, qui a réussi à se libérer de ses obligations pour venir assister au combat.
Après un autre échange de coups violents qui se solde par un match nul, Mme Shiraïshi interrompt à nouveau l'affrontement. Les deux kendôkas sont actuellement à égalité, il y aura donc prolongation. En attendant, cette pause est plus que bienvenue pour Ranmaru, qui avait grand besoin de souffler. "Enjôji.... dit-il à son compagnon qui l'aide à ôter son équipement. Quand ce sera fini, tu m'excuseras, mais je crois que tu devras me ramener en me portant sur ton dos. Après un match aussi rude, je ne pense pas qu'il me restera la moindre force." - "OK, laisse-moi faire. Bat-toi de toutes tes forces jusqu'au bout !" De son côté, Kai presque aussi épuisé se fait féliciter par Igarashi. "Bien joué, Sagano ! Continue à le harceler de tes attaques de cette façon-là !" Mais indifférent à ceux qui l'entourent, l'adolescent inquiet s'immerge dans ses pensées. "Sempaï est vraiment quelqu'un d'effrayant. Il possède actuellement une telle puissance.... Alors qu'est-ce que ce serait s'il n'avait jamais arrêté.... Moi.... Suis-je capable de vaincre quelqu'un d'aussi terrible ?.... Non, il faut que je gagne. Je vais gagner.... se fait entendre Kai en serrant les poings. Grâce à mon sabre, je vais dépasser Saméjima-sempaï, ainsi que mon passé ! C'est aussi une bataille contre moi-même ! Je vais remporter cette victoire contre moi...!!"

Une fois entâmée la prolongation, Ranmaru est le premier à se lancer à l'assaut sous les exclamations admiratives du public, stupéfait de son ardeur. Mais Enjôji quant à lui est rongé par l'inquiétude: la prolongation doit durer quatre minutes; hors, il sait très bien que si son ami continue à se démener comme il le fait dans sa condition physique actuelle, il ne tiendra même pas une minute. Seule la force de sa volonté permet au jeune homme de se maintenir debout. Et comme pour confirmer ses craintes, soudain, Ranmaru perd l'équilibre. "Il a rompu sa posture ! Maintenant...!!" décide Kai en se lançant à l'assaut. Néanmoins son adversaire se reprend vite, et avant qu'il ait pu frapper ce dernier à la tête, Ranmaru lui assène un coup dans le côté. "Zut !" peste l'adolescent, persuadé qu'il va perdre un point. Seulement, juste à cet instant Ranmaru perd l'équilibre et s'effondre sur le sol, ce qui annule la validité du coup. "Aaaah ! Comme c'est regrettable ! Si seulement il n'était pas tombé !" hurle Kurébayashi en se prenant la tête, prêt à s'arracher les cheveux. Le jeune homme aurait pu remporter aisément cette manche si seulement son corps ne cessait de le trahir, mais il ne parvient même plus à se remettre debout, à bout de souffle et tremblant. "Ca va aller, Ranmaru ?" demande Mme Shiraïshi en se penchant sur lui. Tu vas pouvoir continuer ?" Péniblement, Ranmaru acquiesce, bien qu'il semble sur le point de s'évanouir. Jusqu'à ce que soudain, il entende une voix crier son nom. "Ranmaru !!" Assis à quelques mètres de lui, Enjôji lève le pouce en lui adressant un sourire confiant. "Oui, ça va aller, sourit le jeune homme, réconforté par l'encouragement muet de son compagnon. Je peux encore me battre ! Je peux encore me battre !!" Empli d'un nouveau courage, Ranmaru lève son sabre au-dessus de sa tête, le regard acéré, un sourire menaçant aux lèvres. "Terrible.... souffle Kai. Alors qu'il y a un instant à peine il chancelait ! La pression qui se dégage de son esprit combattif est pareille à des flammes qui brûlent calmement ! Voilà le Démon à la Face Blanche !!"

Quand Ranmaru fait un pas, Kai se tient prêt. L'un comme l'autre sont conscients que le match en est arrivé à son point décisif ! Et soudain les deux combattants s'élancent, s'assènent chacun un puissant coup sur la tête qui vient résonner à travers le dôjô. Puis, après quelques instants de silence et d'immobilité, Mme Shiraïshi désigne finalement Kai comme le vainqueur de l'affrontement (ce qui est absurde: logiquement ils étaient ex-aequo, qu'est-ce qui a passé par la tête de Kazuma Kodaka ?!! ). "J'ai.... J'ai gagné...?" s'étonne mentalement l'adolescent incrédule. "C'est fini...?" se demande quant à lui Ranmaru en chancelant. Tandis qu'il s'effondre, à bout de forces, Enjôji et Kurébayashi se précipitent pour le retenir dans leurs bras. "A la fin des fins.... C'est trop bête...." prononce le jeune homme après qu'on lui ait ôté son casque. - "Bah.... répond Enjôji en le soutenant contre son épaule. Tu as livré un très beau combat." Mais arrachant littéralement son propre casque, Kai traverse le tatami à vive allure pour venir s'agenouiller devant Ranmaru. "Saméjima-sempaï, je vous remercie beaucoup !" s'exclame-t-il. - "Félicitations. Tu m'as battu à plate couture," répond Ranmaru en souriant. - "Non ! proteste aussitôt l'adolescent en relevant la tête. J'étais tellement pressé de gagner que mon coeur était saturé de points faibles. Votre dernier coup était admirable. C'est moi qui suis battu complètement !" - "Sagano.... Ton sabre est celui d'un véritable kendôka, corrige Ranmaru avec patience. Néanmoins, tu dois être conscient que les choses ne vont pas s'arrêter là. Le kendô, ce n'est pas remporter des victoires sur les autres, mais se vaincre soi-même, voilà ce que je pense. Aujourd'hui, tu es parvenu à vaincre celui que tu étais encore hier grâce à tes propres efforts.... Deviens encore plus fort, Sagano. Tu es capable de t'élever encore bien davantage.... Deviens fort...!" - "Oui.... Un grand.... merci !!" parvient tout juste à articuler Kai, si ému par les paroles de Ranmaru qu'il ne peut empêcher les larmes d'inonder son visage.
A ce moment, des applaudissements retentissent soudain dans la pièce, et se retournant avec surprise, Kai a la stupeur de découvrir Masa dont il ignorait totalement la présence. Mais sous l'impulsion du yakuza, les autres personnes du public commencent elles aussi à applaudir, et bientôt toute la salle résonne des félicitations aux deux combattants. "C'était un match magnifique !" lance Kurébayashi à Ranmaru en pleurnichant, tandis qu'à côté, Kai manque se faire étouffer par les accolades viriles de ses amis policiers ! Ranmaru se tourne ensuite vers Enjôji: "Tu as téléphoné à Mr. Araki, lui glisse-t-il discrètement, se souvenant du coup de fil que son ami donnait sur son portable juste en arrivant au dôjô. Amusé, Ranmaru avoue que jamais il n'aurait cru Enjôji aussi prévenant. Mais soudain, Mme Shiraïshi coupe court à leur conversation en annonçant que voici venue l'heure du banquet. Et si cette annonce est accueillie comme il se doit par des clameurs enthousiastes, Kurébayashi quant à lui se demande bien où l'on va pouvoir caser une foule aussi nombreuse !

De son côté, Kai s'est ecclipsé de la salle et encore revêtu de sa tenue de kendô, parcourt les couloirs à la recherche de Masanori. Il ne tarde pas à le retrouver appuyé à un mur, occupé à fumer tranquillement une cigarette. "Petit", prononce le yakuza avec un sourire, et tandis qu'il tourne vers Kai son beau visage viril, des palpitations viennent secouer le coeur de l'adolescent. "Euh.... Je.... J'ai été surpris, balbutie ce dernier, intimidé. J'ignorais complètement que tu allais venir." - "Mr. Enjôji m'a mis au courant. Il m'a prévenu qu'aujourd'hui, tu livrais un match contre Mr. Saméjima...." - "Ah, c'est vrai...?" Décidément intimidé de se retrouver ainsi face à son ami qu'il n'a pas eu l'occasion de revoir depuis leur triste expérience dans l'auberge de Kyôto, Kai les joues empourprées n'ose même pas lever les yeux vers lui. Jusqu'à ce que se penchant sur le garçon, Masa lui adresse ces paroles: "C'était un match magnifique." Compliment auquel Kai ne peut s'empêcher de sourire, avant d'avouer que lui aussi est content d'avoir livré ce match: tandis qu'il se soumettait à un entraînement des plus âpre, toutes les pensées désordonnées qui lui occupaient l'esprit jusqu'à maintenant se sont envolées en fumée; puis, alors que durant le match il subissait les assauts de Ranmaru, c'était comme si chaque coup le libérait de quelque chose dont il n'avait pas besoin. Et quand il a eu le sentiment qu'un poids inutile avait été ôté de ses épaules, que son esprit se retrouvait complètement vidé, dans son cerveau embrûmé était soudain apparue l'image de Masa. "Ton visage flottait devant mes yeux, poursuit Kai doucement, tournant le dos au yakuza. Ta voix disait "Petit".... Alors j'ai souhaité plus que tout.... te rencontrer.... Et puis à ma grande surprise, achève l'adolescent en tournant la tête vers son ami, tu étais vraiment là ! Je croyais que ce n'était qu'une illus...."
Néanmoins Masanori ne le laisse pas terminer sa phrase, car se penchant soudain sur Kai, il lui vole un baiser. "Même si tu m'avais dit de ne pas venir, je serais accouru, assure-t-il. Tu ne peux pas savoir comme j'ai regretté d'avoir joué les poseurs en te disant qu'il vaudrait mieux laisser s'écouler un peu de temps. Le fait de ne plus voir ton visage, j'ai bien cru que j'allais devenir fou !" Déjà gêné, à cette déclaration Kai ne sait plus où se mettre ! Le visage plus écarlate et le coeur plus palpitant que jamais, il baisse la tête, réfléchissant à haute voix: "Ex.... Excuse-moi si je me méprends, mais est-ce que par hasard, tu serais en train de me faire la cour !?" - "Oui, bien entendu ? répond Masa avec franchise. Et puisque vraiment je ne suis pas assez habile pour prooncer de belles phrases, je ferais peut-être mieux de te montrer mon amour par des actes ?" Et sur ces mots le yakuza se penche déjà sur le garçon, qui a juste le temps de lever une main pour repousser ses assauts ! "Eh là, pas comme ça en public !! Un moment, stop !!" s'écrie Kai pris de panique en reculant, avant d'ajouter, détournant pudiquement les yeux: "Je sens mauvais." - "Mm ? L'odeur de la sueur ?" demande Masa. - "Je vais me changer ! Attends-moi ici !! ordonne Kai en s'éloignant, une larme de honte à l'oeil. Je vais revenir immédiatement, alors reste-là !" Il va sans dire qu'un sourire amusé au lèvres, Masa est bien décidé à obéir !

Alors que Kai s'élance vers les vestiaires, il tombe par hasard sur Enjôji, qui lui enjoint de se changer au plus vite car tout le monde les attend pour le banquet. Mais tandis qu'acquiesçant le garçon continue sa course, il s'arrête soudain pour se tourner vers son aîné. "Ah ! Attends un peu ! le rappelle-t-il. J'ai.... Hum !.... une petite chose à te dire. Merci d'avoir appelé Masa." Et sur cette phrase prononcée d'un air vaguement boudeur, Kai s'empresse de déguerpir sous le regard stupéfait d'Enjôji ! "Les remerciements, ça se prononce en regardant au moins les gens dans les yeux, commente Kei, un sourire ironique aux lèvres. Quel sale gosse !" Puis, poursuivant son chemin, le jeune homme vient aborder Masanori, s'excusant de l'avoir fait venir de si loin. "Pas du tout, je vous suis au contraire reconnaissant, proteste le yakuza en s'inclinant. Je vous remercie de toutes vos attentions. Grâce à vous, j'ai pu assister à ce superbe match, merci encore." Et après s'être ainsi répandu en remerciements, Masa explique qu'il avait toujours pensé qu'il lui fallait protéger Kai envers et contre tout; néanmoins, après l'avoir contemplé aujourd'hui, le kambu a le sentiment de réaliser enfin que ce besoin de protéger le garçon n'était en fait dicté que par son propre égo.
"Ils sont forts, ces deux-là," achève Masa, évoquant bien sûr Kai et Ranmaru, et ce n'est pas Enjôji qui oserait prétendre le contraire, car lui-même se sent complètement dominé par la force prodigieuse de son compagnon. "J'avais l'intention de protéger Ranmaru, avoue-t-il, mais parfois j'ai l'impression que c'est au contraire l'inverse, c'est lui qui me protège. Et il en est probablement de même avec Kai." - "Oui.... Vous avez raison," acquiesce Masa en allumant la cigarette d'Enjôji. Mais soudain, son portable se met à sonner, portable dont jaillit bientôt une voix furieuse: "Chef !! Enfin j'ai réussi à vous joindre ! Mais où êtes-vous donc ?!!" vocifère Kyôsuké. Regrettant d'avoir oublié de couper son téléphone, Masa est bien obligé d'avouer qu'il se trouve à Tôkyô. "TÔKYOOOO !? QU'EST-CE QUI VOUS A PRIS DE PARTIR SUBITEMENT AUSSI LOIN ?!! A QUOI PENSEZ-VOUS DONC ?!!!" Et sur ces mots, le bras droit du kambu lui ordonne de rentrer à Ôsaka sur-le-champ, refusant d'écouter sa requête de le laisser demeurer à Tôkyô au moins le reste de cette journée. Fichu, son rendez-vous plein de tendres promesses avec Kai ! "Je m'en souviendrais, Kyôsuké," gronde Masa d'une voix menaçante, avant de couper la communication pour se tourner vers Enjôji d'un air embarrassé. "Ah.... Je lui dirais.... D'accord...." assure le jeune homme, comprenant que le yakuza lui délègue la pénible charge de prévenir Kai.
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Au même moment, l'intéressé se rue justement dans les douches où Ranmaru est déjà en train de se laver. S'adressant à son sempaï, Kai s'excuse de ne pas prendre part au banquet, néanmoins Ranmaru lui assure que cela n'a aucune importance: Mr. Araki est venu, et le jeune homme sait mieux que personne ce que cela représente pour l'adolescent. Mais quand quelques minutes plus tard Kai s'élance vêtu de pied en cape hors des vestiaires, il percute Enjôji qui l'attendait dans le couloir. "Mr. Araki est rentré," annonce celui-ci de but en blanc. - "Hein !?" - "Il semblerait qu'il soit venu ici en cachette, alors tout à l'heure, il a reçu un appel lui ordonnant de revenir. Et il m'a dit de te faire ses amitiés...." Quel choc pour Kai, qui passe d'un coup de l'exaltation la plus vive au pire état d'abattement. Comme toujours, Ranmaru entreprend de le consoler, tâche à chaque fois plus ardue. "Allons, Sagano.... Mr. Araki était venu spécialement pour te voir alors qu'il est si occupé. Tu le verras tranquillement une prochaine fois...." - "Tranquillement...? répète Kai d'une voix brisée. Avec lui, on ne peut jamais passer deux secondes tranquilles.... Alors que.... Alors que ça se présentait si bien.... Que dès maintenant, nous nous apprétions à.... Masa.... Espèce de...." Les larmes aux yeux, tremblant de rage, l'adolescent ne tarde pas à laisser échapper une volée d'imprécations contre le yakuza, s'en prenant dans sa fureur au malheureux Enjôji qui n'a pourtant fait que transmettre la nouvelle ! "Aïe ! Pourquoi est-ce que c'est moi qui doit recevoir des coups !" proteste ce dernier. Mais bientôt, Kai cesse de se démener pour éclater en sanglots dans les bras de Ranmaru. Sous les regards émus de quelques spectateurs, qui mettent cette crise de larmes sur le compte de la joie d'avoir gagné ! Quant à Masa, dans l'automobile qui le ramène vers Ôsaka, il ne cesse de pousser des soupirs. "La prochaine fois qu'on se verra, je suis bon pour me faire corriger à coups de sabre en bambou...." prévoit-il déjà, livide d'appréhension....
Un peu plus tard, à Ôsaka, c'est avec soulagement que Kyôsuké voit revenir son chef. Néanmoins, il ne tarde pas à remarquer que ce dernier est de fort méchante humeur: envoyant promener ses subordonnés avec une sévérité peu coutumière, refusant qu'on le dérange pour des broutilles, c'est avec une rapidité fulgurante qu'il exécute son travail. "Terminé. Suivant," ordonne-t-il en laissant tomber sur son bureau une pile de documents. - "Plus que cela, et c'est fini," répond Kyôsuké en lui remettant une autre liasse. - "C'est tout ?" Faisant signe à son bras droit de se rapprocher, Masa furieux ne peut s'empêcher de lui tirer les oreilles: "Tu es en train de me dire que tu m'as fait revenir spécialement de Tôkyô pour me faire exécuter un travail aussi court ?" - "Même courts à traiter, il s'agissait de documents importants qu'en tant que chef il fallait que vous consultiez par vous-même !" réplique Kyôsuké, blême de peur face à l'expression courroucée de son patron. "Et puis d'abord, qu'est-ce qui vous prend d'être aussi contrarié ! contre-attaque l'autre yakuza, une fois sa précieuse oreille récupérée saine et sauve. Ce n'est que la routine habituelle ?! Vous avez laissez en plan une fille de Tôkyô !?" Et à la réaction de Masa, qui sursaute involontairement à cette remarque, Kyôsuké a le sentiment qu'il a vu juste !
Se levant de son bureau, Masa s'éloigne de quelques pas tout en composant un numéro sur son portable. "Allo, c'est Masa, commence-t-il d'une voix contrite une fois obtenue la communication. Pardon pour aujourd'hui. Je viens d'achever mon travail à l'instant, alors j'arrive tout de suite...." Cependant le kambu n'a pas le temps de terminer sa phrase qu'une voix furieuse jaillit littéralement hors du combiné, l'obligeant à l'écarter de son oreille pour préserver ses tympans ! "ESPECE D'ABRUTI !! JE N'AI PAS LA MOINDRE ENVIE DE VOIR TA TRONCHE !! TU ME FAIS CHIER, NE ME TELEPHONE PLUS, SOMBRE CRETIN !!" Sur ces mots, le mystérieux interlocuteur de Masanori - dont tous ses hommes ont pu entendre les douces paroles - coupe brutalement la communication. Déprimé, Masa appuie son front contre le mur de la pièce en soupirant. "Heu.... Chef.... l'aborde Kyôsuké en dépit de sa peur. C'est sans doute un effet de mon imagination, mais la voix de cette fille - ainsi que sa façon de s'exprimer - ressemble énormément à celle du petit...." - "Ressemble ? répète le kambu en se retournant. Tu dors ou quoi ? Bien sûr que c'est lui. Crois-tu qu'il y ait au monde une autre voix aussi mignonne ?" Que répondre à cela ? Sidérés les autres yakuzas ne peuvent que s'incliner, sans chercher à analyser davantage les propos de leur chef. "Je sais que Masa a toujours voué une grande affection au petit, songe quand même Kyôsuké en observant l'intéressé à la dérobée, mais à présent, je suis convaincu que quelque chose a changé !! J'ai l'impression très nette que le chef est encore plus fou du petit qu'auparavant !! Mais qu'y a-t-il entre ces deux-là !?" s'interroge Kyôsuké en tremblant, l'imagination en éveille. Cependant, sans se préoccuper des tourments qu'il inflige à son malheureux bras droit, Masa continue de fixer d'un oeil morne son portable, soupirant qu'il essaiera de rappeler plus tard pour s'excuser....
Quant à Kai, qui finalement est demeuré pour le banquet, il poursuit ses lamentations un mouchoir trempé à la main, refusant d'écouter les sages avis de Ranmaru qui lui conseille de pardonner à Masa. "NAN !! Peu importe combien de fois il va s'excuser, je ne lui pardonnerais pas ! Ce con !! JE LE DESTESTE ! ET POURTANT JE L'AIME !!" Et sur cette tirade, l'adolescent se met à sangloter de plus belle sur l'épaule de son sempaï. "Sagano, tu devrais arrêter de boire, avertit Ranmaru, conscient que la bière du banquet ne fait qu'exacerber la détresse du garçon. Et ne me badigeonne pas de morve en pleurant." Le jeune homme n'est pas le seul a éprouver de la lassitude face aux déboires amoureux de Kai: à leurs côtés, Enjôji aimerait bien rentrer à la maison avec Ranmaru et réexpédier son bruyant petit frère à Ôsaka ! Et le banquet bat son plein dans la joie et la bonne humeur de - presque - tous les convives, tandis qu'au bureau du Shôryûkaï d'Ôsaka, Masanori constate avec dépit que Kai a coupé son portable. Quant à Kyôsuké, les interrogations ne cessent de tourmenter son esprit: il voudrait demander à son ami de lui révéler ce secret qu'il partage avec le fils Sagano, et pourtant, il sait qu'il ne le peux pas. Enfin, l'ignorance est peut-être préférable à une querelle avec l'effrayant Masa.... Néanmoins, cela n'empêche pas sa tête de travailler à chercher la clé de l'énigme ! "Ils sont de plus en plus collés l'un à l'autre. Et si par hasard.... Non, je pense trop !"
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