KIZUNA

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La Page des Fans

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- Les personnages

- Le manga: résumé complet par volumes

* volume 1 -------- * volume 7

* volume 2 -------- * volume 8

* volume 3

* volume 4

* volume 5

* volume 6

- Les OVA (Films d'animation)

- Les CD Dramas et soundtracks

- Le Artbook

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Le Manga (suite)

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Volume 5

Chapitre 1 Kizuna ("Lien") - Page 3

Après avoir assommé Kei, comme ils ne peuvent laisser en liberté quelqu'un qui a découvert leurs activités, les trois dealers décident de l'emmener jusqu'à l'entrepôt qui leur sert de repaire. En regardant les papiers d'identité du jeune homme afin de tâcher d'apprendre de qui il s'agit, comme s'y trouve inscrit le nom d'"Enjôji", le nom de famille de sa mère, les voyous ignorent encore qu'ils viennent de capturer le fils aîné du clan Sagano. Pendant ce temps, à son appartement, Ranmaru sursaute au moindre bruit de pas, espérant chaque fois que ce soit son compagnon dès que quelqu'un traverse le couloir de l'étage. Il sait bien pourtant que ce n'est pas possible, car à cette heure Enjôji doit encore se trouver à son travail. Impatient, Ranmaru songe même à lui téléphoner, mais finalement se ravise, persuadé que son ami se moquerait de lui en le traitant de bébé. Mais alors qu'il se fait ces réflexions, le téléphone sonne soudain: il s'agit du propriétaire du club d'hôtes où travaille Kei, qui se plaint que ce dernier ne soit pas encore arrivé alors qu'ils sont débordés ce soir. A ces mots le sang de Ranmaru ne fait qu'un tour: jamais encore son ami n'a sêché un job sans prévenir préalablement. Résolu, le jeune homme compose cette fois le numéro du portable de Kei, qui a des kilomètres de là se met soudain à sonner dans la voiture des dealers. Jugeant que ce serait encore plus louche de détruire et jeter l'engin, ces derniers préfèrent couper seulement l'alimentation. Comme personne ne répond à son appel, un frisson de terreur parcourt le corps de Ranmaru: plus que jamais, le voilà saisi d'un horrible pressentiment. "Mais enfin.... Où peux-tu bien être, Enjôji....?"

Au même moment dans l'appartement de Tashiro, assis dans son lit kai regarde les infos d'un air maussade. Ignorant volontairement la requête de son garde du corps qui lui demande de lui faire un peu de place pour qu'il puisse se glisser à son tour dans l'unique futon dont dispose le logis, l'adolescent demeure immobile, la télécommande à la main, zapant de chaîne en chaîne. Kai voudrait bien connaître la raison de ce conflit qui agite le Milieu en ce moment, et il est persuadé que Tashiro sait quelque chose à ce sujet: on ne l'a sûrement pas engagé sans le renseigner sur l'ennemi qu'il devra affronter. Le garde du corps a beau tenter de se défiler, le garçon ne veut pas en démordre, continue de monopoliser le lit en menaçant son compère de ne pas le laisser dormir du tout tant qu'il n'aura pas répondu à ses questions. D'après son regard, Kai paraît sérieux, mais Tashiro ne tarde pas à tourner ses propos à la plaisanterie en les interprétant à sa propre façon: "Si tu voulais que je t'étreigne tu n'avais qu'à me le dire, pauvre esseulé...." Et sur ces mots, le jeune homme se penche vers l'adolescent dans l'attitude d'un amant plein d'ardeur. Bien sûr, Kai fait aussitôt de son mieux pour le repousser ! "Quoi ?! Tu rêves ! Je vais te tuer, espèce d'idiot !!" - "Tuer, tuer.... Tu n'as que ce mot-là à la bouche, alors que tu n'as jamais tué personne...." réplique le jeune tueur à gages. Et ramenant les couvertures sur Kai, il lui conseille de dormir bien sagement, avant de se coucher lui aussi.

Néanmoins, après un instant de silence, l'adolescent prononce des paroles qui ne manquent pas de surprendre Tashiro: "J'ai tué.... Ou du moins, j'ai fait tuer quelqu'un...." Tandis que son compagnon incrédule se retourne vers lui, Kai raconte alors l'histoire de ce jeune yakuza qui était amoureux de Masa, et considérant le fils Sagano dont s'occupait ce dernier comme un rival et un gêneur, avait tenté de l'éliminer. Alors qu'entre Kai et Masanori, il ne s'est jamais rien passé, que leur relation s'est toujours limitée à celle d'un yakuza et du fils de son chef.... Provoquant Masa en duel, ce jeune homme avait l'intention de l'entraîner avec lui dans la mort, seul moyen pour lui de le faire sien, mais il a fini par mourir seul. Quel imbécile.... Et l'on peut dire la même chose de Masanori, qui a tué celui qui l'aimait.... "Toi aussi tu es un imbécile", profère Tashiro à ces soupirs de Kai. Tu n'as même pas idée de la profondeur de l'amour qu'a pour toi Mr. Araki. Sans doute est-ce parce qu'il t'a trop entouré de son affection avec désintéressement que tu n'as rien remarqué. Pauvre Araki...." - "Comment pourrais-tu comprendre !!" proteste Kai à ces affirmations de Tashiro, qui parle comme s'il savait déjà tout de sa frustrante et ambigue relation avec Masa. Cependant le garde du corps réplique qu'il n'a pas besoin de comprendre pour savoir, puisqu'il a entendu la vérité de la bouche de Mr. Araki lui-même.

Voilà une histoire qui ne manque pas d'intéresser le garçon, et se radoucissant soudain, il se rapproche subitement du jeune homme pour prêter l'oreille à la suite de ses propos. "Pour moi il s'agit d'un être irremplaçable.... Je compte sur toi pour veiller sur lui...." Voici en quels termes Masanori avait parlé de Kai à Tashiro en lui confiant cette mission de protection, et même l'adolescent doit être capable de discerner que le sens de ces paroles surpasse de loin la dévotion que l'on doit au fils de son chef. Confondu, Kai ne sait que répondre, mais son émotion rêveuse est de courte durée. "Même si aimé à ce point-là tu n'as pas besoin de Mr. Araki, annonce Tashiro sur un ton léger, moi je le prends. Tu me le donnes ?" "Masa n'est pas un objet !!" s'exclame aussitôt l'adolescent rouge de honte. Et se camouflant sous ses couvertures en tournant le dos à son garde du corps, il lui ordonne de la boucler et de dormir ! Kai est furieux contre Masa: alors que ce dernier ne lui dit jamais rien, parler ainsi de lui en des termes aussi gênants à une autre personne ! Mais tout à coup, résonne à ses oreilles la belle voix grave de Masanori prononçant son nom: quand il l'appelle, la voix du yakuza est toujours si douce. Néanmoins, quelque chose a changé par rapport à autrefois. Comme si entre eux une barrière avait été dressée. "Est-ce moi qui l'ai dressée ? demande en son coeur le garçon avant de s'endormir. Ou est-ce que c'est toi, Masa....?"

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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L'aube se lève, et appuyé sur la table de la salle à manger, le téléphone posé près de lui, Ranmaru qui a passé une nuit blanche attend toujours désespérément le retour d'Enjôji. Que faire ? Il ne peut appeler la police, car alors le secret de la naissance de son ami risquerait d'être étalé au grand jour. De plus si le jeune homme a été enlevé par des yakuzas ennemis de son père, cela ne ferait que signer son arrêt de mort. Consultant l'agenda téléphonique, Ranmaru songeur finit par arriver à la page où figure le numéro de Masanori Araki. C'est ainsi que tandis que ce dernier se trouve en réunion à Ôsaka avec les hommes qu'il a chargé d'enquêter sur les rescapés du clan Tsunéya, son portable se met soudain à sonner. Apprenant de la bouche de Ranmaru la disparition de Kei Enjôji, Masa lui aussi songe immédiatement à un enlèvement. Néanmoins il enjoint le jeune homme de rester calme, lui assurant qu'il va prendre les choses en main. Une fois la communication coupée, Masanori ne cache cependant pas à ses hommes la gravité de la situation. Alors, ordonnant la mobilisation de tous les cadres du Shôryûkai, avec son bras droit Kyôsuké il décide de se rendre personnellement à Tôkyô, lieu-clé de toute cette affaire.

Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque Kai, ignorant tout du drame qui se joue en ce moment, se réveille à son tour.... dans les bras de Tashiro ! Pendant son sommeil, il l'a sans doute enlacé en le prenant pour Masa ! Tandis que le jeune homme plaisante en promettant de ne pas dire au kambu qu'il est "cocu", Kai le fait déguerpir du lit à grands coups d'oreillers. Décidément, ce garde du corps a le don de le mettre hors de lui ! Mais tout à coup le portable du garçon se met à sonner, et c'est avec ravissement comme toujours qu'il entend la voix de son cher sempaï. Kai déchante vite néanmoins lorsque Ranmaru lui demandant si par hasard Enjôji n'aurait pas pris contact avec lui, il apprend que depuis la veille son frère n'est toujours pas rentré à la maison.

Sur la terrasse de l'immeuble, Tashiro met tranquillement son linge à sécher sans savoir que depuis le bâtiment d'en face, à l'aide de jumelles, J.B. l'observe avec beaucoup d'intérêt. Tandis que le jeune homme s'apprète à redescendre à son appartement, son portable se met soudain à sonner. Diversion bienvenue qui permet à Kai de se glisser discrètement hors du logis. C'est ainsi que lorsque le garde du corps, toujours en grande conversation avec Masanori qui l'appelle pour l'avertir de son départ prochain pour Tôkyô et lui demande des nouvelles de l'adolescent, retourne dans sa chambre pour trouver celle-ci vide, il est bien forcé d'avouer au yakuza que leur protégé s'est fait la belle. Kai a même emporté ses bagages, mais fort heureusement il a toujours sur lui le micro-émetteur, ainsi le jeune homme se propose de se lancer immédiatement à ses trousses. Avant qu'il ne se mette en route, Masanori lui recommande néanmoins d'emporter son "équipement" au cas où, car il est possible que le yakuza ait également besoin de ses services de tueur. La mine assombrie, Tashiro acquiesce, ajoutant cependant que dans la mesure du possible, il fera en sorte que Kai ne découvre pas son autre activité. Puis, demandant à Masa de se coiffer du casque radio-émetteur qu'il lui avait confié tantôt, il coupe la communication. Poussant le lit, Tashiro dévoile alors une trappe aménagée dans le plancher, qui dissimule un véritable arsenal. "Il va encore falloir que je me fasse faire un nouveau passe-port...." remarque ironiquement le jeune homme en ouvrant une grosse valise contenant un fusil. Mais à ce moment, son portable se met une nouvelle fois à sonner. "Ce visage est à la mode au Japon ? Boy ...." demande une voix grave en plaisantant; et au son de cette voix qu'il n'avait plus entendue depuis tant d'années, Tashiro demeure pétrifié de stupeur. "Pour.... Pourquoi es-tu...." balbutie-t-il, tremblant, avant de s'exclamer tout à coup: "Pourquoi es-tu au Japon, Jack....?!!" - "Je voulais voir une fois ce Japon dont tu m'as tant parlé, Boy...." répond J.B. en souriant.

Pendant ce temps, dans l'entrepôt sur les quais, Enjôji est revenu à lui pour se retrouver pieds et poings liés, les bras solidement arrimés à un poteau. Cela lui laisse peu de chance de pouvoir se libérer, mais il parvient néanmoins au prix de douloureux efforts à arracher le ruban adhésif qui lui servait de baillon. Avant que les voyous ne reviennent, il lui faut absolument trouver un moyen de s'échapper: ses ravisseurs, des petits délinquants sans envergure, ne lui paraissent pas du genre à le tuer pour le faire disparaître, mais Kei pense surtout à Ranmaru qui doit se faire un sang d'encre.... Tandis qu'Enjôji se démène pour tenter de se libérer de ses liens, des cris parviennent soudain à ses oreilles: avec perte et fracas, Koga et ses hommes reprochent aux trois dealers de n'avoir pas tué immédiatement leur prisonnier. La jeune fille qui se faisait passer pour Kai s'en excuse en expliquant que puisque cet inconnu qu'ils ont capturé les a suivi et connaît le nom de Sagano, nul doute qu'il est au courant de quelque chose concernant leur affaire. Cette histoire paraît intéresser beaucoup Koga: si leur prisonnier a un lien quelconque avec les Sagano, pour lui cela tombe à pic, et il décide donc d'aller voir lui-même qui peut bien être ce mystérieux fouineur.

En entendant cette conversation, Kei comprend aussitôt que la situation est nettement plus grave qu'il l'avait jugée au début: les dealers travaillent en fait pour de véritables yakuzas, qui en ont de plus après le clan Sagano. Le jeune homme veut néanmoins continuer à prétendre que rien ne les relie lui et le clan de son père; s'il parvient à faire croire qu'il ne sait rien, peut-être aura-t-il une chance de s'enfuir. Kei baisse donc la tête, s'efforçant d'avoir l'air assommé. Mais c'est sans compter les provocations de Koga. Aux paroles de "les chiens de Sagano sont des lâches", Enjôji a tôt fait de révéler sa véritable nature, celle qui ressurgit malgré lui lorsqu'il est en colère ou que l'un de ses proches se trouve en danger, celle que lui dicte son sang d'une longue lignée de mafiosi. "Les lâches sont les petits voyous de votre espèce", lance-t-il d'un air aussi menaçant que plein de défi malgré la fâcheuse posture dans laquelle il se trouve. Pour Koga ce ton et ce regard acéré ne trompent pas: il a devant lui un véritable yakuza. "Vous aussi, votre profession se lit sur votre face, répond Kei du tac au tac quand le bandit lui en fait la remarque. C'est la gueule de quelqu'un qui ne peut bouffer que grâce à ses crimes." Enjôji a beau ne se livrer à aucune activité illégale, il n'est pas le fils aîné du Parrain du Shôryûkai pour rien. Cependant lorsque Koga lui demande à qui il a affaire, le jeune homme se reprend soudain: puisque ces bandits se sont déjà servis du nom de son frère, nul doute que s'ils connaissaient sa véritable identité ils essayeraient de l'utiliser lui aussi. Il lui faut absolument se sauver de cet endroit par un moyen ou un autre avant qu'ils ne la découvrent. L'un des dealers remet à Koga le portefeuille du jeune homme, mais pour l'instant le nom de Kei Enjôji ne lui dit rien. Ordonnant à ses sbires de surveiller étroitement ce dernier, il décide néanmoins de mener son enquête afin de savoir si son prisonnier peut lui être utile.

Au même moment, de retour à l'immeuble où il habitait avant de venir chez Tashiro, Kai parvient à déjouer la surveillance de la police qui rôde encore alentour pour se glisser dans son appartement. Dans un tiroir il récupère ses clés de moto mais surtout son sabre de kendô soigneusement dissimulé sous l'étagère d'une armoire, constatant avec satisfaction que les policiers n'ont pas été jusqu'à fouiller son domicile dans ses moindres recoins. Puis, redescendant dans la cour de l'immeuble, l'adolescent se rend en douce jusqu'au parc où l'on gare les deux roues afin de récupérer son véhicule. Un type qui se fait passer pour lui distribue de la drogue à tout va, cet âne bâté de Kei a disparu, et son sempaï Saméjima se retrouve complètement abandonné sans que personne ne le mette au courant de rien.... Comment Kai pourrait-il encore attendre bien sagement que les choses se passent ?!!

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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J.B. a beau proférer le contraire, Tashiro se doute bien que son ancien mentor n'est pas venu au Japon pour faire du tourisme. Mais lorsque le tueur à gages annonce au jeune homme qu'il a eu l'occasion d'observer ses méthodes de travail bien que par simples photographies, ce dernier saisi de stupeur se montre soudain des plus inquiet: avec qui J.B. a-t-il donc passé contrat ? Mais sans répondre à sa question, le tueur se contente de rappeler à son élève ce qu'il lui avait dit au moment de se séparer: Tashiro ferait mieux de se trouver un autre travail; il n'est pas fait pour le métier de tueur. "C'est toi qui m'a enseigné ce métier", réplique aussitôt le jeune homme, ajoutant qu'il n'est plus un enfant, ce n'est pas à son maître de décider de la manière dont il doit mener sa vie. D'ailleurs, depuis que J.B. a disparu en le laissant seul huit années auparavant, il a vécu en ne faisant qu'exercer ce métier d'assassin. A ces mots, J.B. ne peut retenir un soupir: cela fait déjà si longtemps qu'ils se sont quittés ? Tashiro acquiesce, ajoutant qu'il était encore mineur quand tous deux se sont rencontrés - et que J.B. ne lui dise pas qu'il l'ignorait ! Faire des choses aussi torrides à un innocent petit garçon ! "Qui était un petit garçon ? proteste le tueur à gages. Moi je me souviens d'avoir couché avec un jeune homme qui disait avoir 20 ans ! Et maintenant tu as l'intention de me traîner au tribunal ?" - "Pas besoin d'un procès ennuyeux. Une balle dans la tête est bien plus rapide...."

Tout en plaisantant au téléphone avec son ancien mentor et amant à qui il avait fait croire jadis qu'il était majeur, Tashiro remonte sur la terrasse de l'immeuble, cette fois muni de jumelles. Il ne tarde pas à repérer au loin la silhouette de J.B. "Tu as vieilli, Jack" remarque-t-il. Mais souriant, J.B. ôte ses lunettes de soleil pour lancer un clin d'oeil à son élève. "Plus caustique tu ne m'aimeras que davantage", lance-t-il malicieusement, et Tashiro, ému de le revoir enfin, ne peut qu'acquiescer. Plutôt que de parler ainsi au téléphone, le jeune homme propose à son mentor de se rencontrer directement afin de continuer cette conversation; hélas J.B. lui répond que c'est impossible, car son client veut la tête de Tashiro. "Quitte le Japon sur-le-champ", ordonne le tueur à gages. Déjà par cet avertissement il vient de trahir son client, et prévient son élève qu'il n'y aura pas de seconde fois. "Jack !! Tu as encore l'intention de t'enfuir loin de moi !?" s'exclame Tashiro furieux. J.B. ne répond pas tout de suite, arborant un visage soudain mélancolique; mais remettant ses lunettes noires qui dissimulent son regard, il se contente de lancer "Porte-toi bien, Boy" avant de couper la communication. Reprenant brusquement ses jumelles, Tashiro voit J.B. se lever du banc depuis lequel il l'observait et lui jeter un dernier regard par-dessus ses verres fumés. "Adieu" prononce le tueur en français en adressant à son élève un signe de la main.

De rage et de dépit, Tashiro assène un violent coup de poing sur la rembarde de la terrasse. Comment aurait-il pu se douter que J.B. serait le tueur à gages engagé par l'ennemi ! Que doit-il faire !? Si son adversaire est son ancien maître qui lui a tout appris, le combat est perdu d'avance ! Mais alors que le jeune homme est en proie au découragement, il se rappelle soudain tous ces bons moments passés en compagnie de Kai durant le peu de temps qu'ils ont vécu ensemble. Si Masanori Araki meurt, l'adolescent va souffrir.... Lui qui est le premier être que Tashiro a été engagé pour protéger et non pour tuer.... Lorsque Tashiro a accepté cette mission de garde du corps, la toute première de sa carrière de tueur, il avait décidé de tout faire pour protéger cette vie qu'on lui a confié; et il y a aussi la vie de Masanori, son client. Lorsque le jeune homme relève enfin la tête, son visage est empreint d'une ferme résolution. "Jack.... Même s'il me faut pointer mon arme sur toi, je ferais mon travail !"

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Un peu plus tard, à l'autre bout de la ville, Kai sonne enfin à la porte de chez Ranmaru. Ce dernier ne dissimule pas son inquiétude en voyant arriver l'adolescent en dépit du danger qui le menace au-dehors, néanmoins Kaï, qui se veut confiant, assure à son sempaï que tout ira bien: ce n'est pas la première fois qu'éclate ce genre de guerre des gangs. Il enjoint également Ranmaru de ne plus s'inquiéter au sujet d'Enjôji, il aura tôt fait de retrouver sa trace, grâce au réseau de renseignement de l'Organisation Sagano basé à Tôkyô. Kaï est certain qu'à présent qu'il est au courant de la situation, Masa lui-même ne va pas tarder de se rendre à la capitale, mais avant son arrivée, des nouvelles fraîches vont sûrement parvenir au bureau de Tôkyô du Shôryûkaï. L'adolescent propose donc de se rendre là-bas, puis de prendre contact avec son sempaï sitôt qu'il aura terminé son enquête. Mais alors que Kai s'apprète à s'en aller mettre son plan à exécution, Ranmaru l'arrête soudain pour lui présenter une requête: le jeune homme ne peut supporter davantage de rester seul à attendre à la maison en se rongeant les sangs, ainsi, malgré le danger, il supplie Kai de l'emmener avec lui. Le garçon avoue qu'il s'attendait à ce que son sempaï insiste pour le suivre, voilà pourquoi il a eu la bonne idée d'emporter un second casque de moto.

Loin de là, dans l'entrepôt des bandits, Enjôji se fait tabasser par l'un des trois dealers rendu furieux par les coups qu'il a lui-même reçus des hommes de Koga: tout est arrivé par la faute de ce mec qu'ils ont ramassé, ils feraient mieux de le buter tout de suite avant d'avoir davantage d'ennuis ! Malgré ses efforts, la fille qui se faisait passer pour Kai ne parvient pas à calmer son complice, et il faudra l'intervention de celui qui paraît être le chef des trois dealers pour mettre fin à cet accès de rage: si son collègue ne veut pas passer le reste de sa vie à lécher les bottes des plus forts, il ferait mieux d'arrêter de perdre son sang-froid pour la moindre broutille. Sur ces mots, le chef des voyous donne à la fille un sachet contenant des aliments, lui ordonnant de nourrir le prisonnier. Celle-ci s'exécute, et tandis qu'elle enjoint Enjôji de manger, ce dernier qui meurt de faim et comprend qu'il n'a pas affaire à une mauvaise personne ne se fait pas trop prier pour mordre à belles dents dans un sushi. Hésitant, la jeune fille finit par demander à son prisonnier s'il est marié, car elle a remarqué l'alliance qu'il porte à la main gauche et sans doute cela n'est pas sans lui causer des remords de savoir que quelqu'un attend peut-être ce jeune homme avec inquiétude. Kei répond qu'il vient juste d'acheter cette bague: il pensait prochainement faire sa demande, et voilà dans quel état il se trouve aujourd'hui ! A ces mots, la jeune fille est scandalisée: "Vous ne seriez pas un peu idiot !?" s'exclame-t-elle. D'ordinaire, à un moment de sa vie aussi important, on ne va pas fourrer son nez dans des affaires louches ! Soupirant, Kei ne peut qu'acquiescer, ajoutant néanmoins à l'adresse de sa compagne qu'elle non plus si elle continue de prendre part à de tels méfaits ne pourra pas trouver le bonheur que recherche une femme. Le jeune homme veut croire cependant que son destin n'est pas de mourir ici aujourd'hui dans cet entrepôt: il ne peut périr ainsi sans avoir transmis à son bien-aimé les paroles si importantes qu'il désirait lui dire.

Pendant ce temps, au bureau du Shôryûkai de Tôkyô, c'est la panique: tout doit être prêt pour accueillir le jeune chef Masanori Araki et son bras droit Kyôsuké qui doivent arriver d'un moment à l'autre. C'est pourtant un visiteur plutôt inattendu qui fait son apparition, le fils Sagano en personne, accompagné de Ranmaru. A l'effervescence qui règne dans les locaux, Kai devine sans peine que les yakuzas ont déjà été mis au courant de la situation par la maison-mère d'Ôsaka et demande qu'on lui fasse rencontrer immédiatement le responsable du service de renseignements. Ce dernier a certainement découvert qui a enlevé Kei Enjôji, ainsi Kai exige qu'on lui montre tous les documents relatifs à cette affaire. Cependant il a beau être le fils du Parrain Sagano, pour le kambu du Shôryûkai de Tôkyô il n'est encore qu'un adolescent: sans l'autorisation de leur chef Masanori, le yakuza explique qu'il ne peut ainsi montrer des documents top-secrets liés à l'Organisation. Ces mots prononcés à un moment aussi critique plongent Kai dans une colère sombre: agrippant l'homme par sa cravate, il lui rappelle que c'est son père qui dirige le Shôryûkai et non Masa; alors, si le yakuza veut conserver son poste dans le futur lorsque le garçon sera à son tour à la tête du groupe, il ferait mieux d'obtempérer sur-le-champ ! Kai ne plaisante pas, et son regard est si menaçant que le kambu n'ose rien répliquer, laissant finalement Kai et Ranmaru accéder aux informations qu'ils souhaitaient. C'est ainsi que les deux jeunes gens apprennent l'existence de Koga, ce kambu qui travaillait jadis sous les ordres d'un certain Tsunéya, chef du groupe du même nom, une petite organisation mafieuse qui faisait partie à l'origine des clans de la région du Kansaï dirigée par les Sagano mais les a trahi pour se ranger sous la bannière de leurs rivaux du Kantô. Quant à la raison pour laquelle ce groupuscule en veut tellement aux Sagano, c'est lié au décès de leur patron: celui qui vengera sa mort deviendra le nouveau chef du groupe Tsunéya.

L'histoire remonte à environ deux ans, lorsque Tsunéya avait élaboré un plan pour faire assassiner Kei Enjôji. Juste après l'échec de cette tentative, Tsunéya lui-même périssait dans un "accident", et bien qu'ils n'aient découvert aucune preuve permettant d'attribuer cette mort aux Sagano, ses hommes avaient immédiatement deviné qui étaient les commanditaires de cette exécution. Ces révélations plongent Ranmaru dans la colère et le désarroi: la tentative d'assassinat d'Enjôji a échoué.... Oui, parce que c'est lui qui s'est jeté sous les roues de cette voiture qui fonçait sur son ami, manquant de peu mourir à sa place. Après tout ce que le couple a du endurer - la paralysie de Ranmaru, sa carrière de kendôka brisée - Kei et lui avaient mille raisons de vouloir se venger, mais ce sont les bandits du clan Tsunéya qui leur en veulent ? Quelle blague ! Kai s'efforce de calmer Ranmaru hors de lui, mais apparemment il n'a pas compris toute l'ampleur de la situation, ce que son sempaï va tâcher de lui faire entrevoir: si jamais les Tsunéya découvrent qu'Enjôji est le fils aîné de leur pire ennemi, et de plus l'homme dont ils avaient râté l'assassinat deux ans plus tôt, c'en est fait de lui ! Il devient ainsi plus qu'urgent de trouver le repaire des bandits pour voler à son secours: le service de renseignement du Shôryûkai est parvenu à déterminer dans quel secteur se cachent les Tsunéya, mais ce dernier est encore vaste, il faudra encore un peu plus de temps pour réussir à les localiser plus précisément, explique le yakuza chargé de cette recherche. N'importe; Kai demande qu'on lui fournissent tous les plans susceptibles de l'éclairer, il se débrouillera tout seul.

Néanmoins le garçon n'a pas le temps d'examiner la liasse de documents qu'on lui fournit car à cet instant, il tombe nez à nez avec Masanori et Kyôsuké qui viennent enfin d'arriver au bureau. Déjà Kai a bien des raisons d'être mécontent de la froideur avec laquelle Masa l'a traité ces derniers jours, mais lorsque le kambu lui ordonne de cesser immédiatement toute activité imprudente et de rentrer bien sagement chez son garde du corps, c'est la goutte d'eau: furieux que ce dernier s'obstine à le traiter comme un gamin, Kai assène à Masanori un bon coup de poing dans la figure, sous les regards effrayés de Ranmaru et de Kyôsuké ! "Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi", profère le garçon, l'air menaçant. - "Dans ce cas, je t'obligerais à m'obéir par la force." Et sur ces mots, Masa veut frapper l'adolescent à son tour; cependant ce dernier est bien plus agile et rapide, et évitant le coup, il saute aisément par-dessus un bureau pour s'emparer d'un des sabres qui décoraient l'endroit. Dégainant l'arme à la lame acérée, Kai ordonne qu'on lui libère sur-le-champ le passage, et le fils Sagano paraît si déterminé que même Masanori est bien forcé de baisser les bras: si ça peut soulager Kai de se livrer à la violence, très bien, qu'il le fasse; si ça peut le soulager de blesser Masa à coups de sabre, parfait, qu'il le frappe. Seulement, le kambu avertit l'adolescent que même en sang, si jamais il parvient à l'agripper, il ne le lâchera plus ! Et sur ces mots Masanori tend la main vers le sabre pour l'ôter des mains de Kai, persuadé que ce dernier ne pourrait jamais se résoudre à lui faire du mal.

C'est oublier le fait que l'adolescent connaît mieux que personne la psychologie de son ami: il sait parfaitement que le yakuza se laisserait couper en morceaux sans broncher du moment qu'il pense que ce soit pour son bien; alors, sans hésitation, Kai retourne l'arme contre lui. "Tu me prends vraiment pour un gamin si tu crois qu'on peut me tromper avec des arguments à deux sous." Kai laisse glisser la lame le long de son cou, un filet de sang s'écoule aussitôt de la peau entaillée. "Ouvrez-moi immédiatement le passage.... Avant que ma main ne s'engourdisse !" Et tout en se tenant ainsi debout sur le bureau, menaçant sa propre vie en toisant les yakuzas horrifiés de toute sa hauteur, Kai ordonne à Ranmaru de partir en avant sans l'attendre. "Le temps presse", ajoute-il à l'intention de son sempaï inquiet et indécis, c'est désormais une course contre la montre s'ils désirent sauver Enjôji. Tandis que Ranmaru s'exécute enfin, l'adolescent descend lentement du bureau, puis commence à s'avancer, l'arme toujours plaquée contre son cou ensanglanté. Les yakuzas s'écartent pour le laisser passer, mais arrivé à la hauteur de Masa surtout Kai se montre particulièrement sur ses gardes. "Masa, à partir d'aujourd'hui tu es libre, lance le garçon en arborant un sourire ironique, dis-le à mon père de ma part. Je n'ai plus besoin d'une nounou. Désormais tu vas pouvoir vivre en ne pensant qu'à ton précieux Clan." Et sur ces mots tranchants, Kai jette enfin le sabre sur le sol avant de quitter la pièce sous le regard des yakuzas abasourdis.

Kyôsuké est le premier à reprendre ses esprits: livide et au bord de la panique, il ordonne à ses hommes de se lancer au plus vite à la poursuite de l'adolescent. Cependant, Masa l'arrête: mieux vaut laisser Kai agir à sa guise et laisser Tashiro se charger de sa protection, profère le kambu en soupirant. Voir couler le sang du garçon l'a tellement bouleversé que sur le point de se trouver mal, il est obligé de s'appuyer contre le bureau. Kyôsuké n'en revient pas de ce qui vient de se passer: Kai les a depuis longtemps habitués à ses caprices et ses accès de mauvaise humeur, mais jamais encore il ne leur avait fait un coup pareil ! "C'est de ma faute, répond tristement Masa. Je suis responsable de l'avoir poussé à une telle extrêmité." Puis, dans son for intérieur, le kambu ajoute pour lui-même: "Le lien qui nous reliait s'est progressivement étiré.... et sans que je m'en aperçoive, a fini par se rompre...." Mais ignorant les tourments qui affligent son ami, Kai a rejoint Ranmaru à l'extérieur et tous deux s'élancent à moto, les précieux documents si durement obtenus en main. Il leur faut se presser, car ils ignorent combien de temps leur sera nécessaire pour découvrir le repaire des bandits. "Kei, implore Ranmaru en serrant dans sa main la liasse de papiers, je t'en prie.... Je t'en supplie, soit sain et sauf....!!"

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Au même moment, dans l'entrepôt où il est retenu prisonnier, Kei qui s'était assoupi est réveillé par la voix de Ranmaru prononçant son nom. Est-ce une illusion provoquée par le choc de tous les coups qu'il a reçu à la tête ? se demande-t-il. Mais à peine a-t-il ouvert les yeux que le jeune homme découvre devant lui le voyou qui l'avait frappé tantôt: ce dernier arbore un visage des plus effrayant, avant de tirer soudain un couteau de sa poche. Enjôji comprend à la manière dont le toise le dealer que la situation est mal engagée, toute tentative de discuter restera vaine. Mais que peut-il faire avec ses mains liées et complètement engourdies ? S'il savait pourtant tous les moyens que ses amis ont mis en oeuvre pour le sauver ! Muni d'un détecteur qui lui indique la position de Kai grâce au micro que porte le garçon, Tashiro s'est mis en route, de même que J.B. qui le surveille grâce au viseur de son fusil et bien que de loin ne quitte pas son élève d'une semelle. Au QG du Shôryûkai, un plan de la ville étalé devant lui, Masanori annonce à ses hommes qu'ils sont enfin parvenus à localiser l'ennemi, ordonnant que soient réunis immédiatement tous les yakuzas du clan pour l'expédition de secours du fils de leur Parrain. Si cela s'avère nécessaire, le kambu autorise même ses hommes à faire feu sur le chef des kidnappeurs et tous ceux travaillant sous ses ordres ! Quant à Kai et Ranmaru, fonçant sur leur moto, ils sont déjà en route vers la zone où est censé se trouver le repaire des bandits.

Mais pour l'instant, Kei est seul face à son agresseur, qui semble déterminé à faire ce qu'il pense qu'il aurait fallu faire depuis le début: éliminer ce témoin gênant ! "Les autres ne sont que des lâches.... Mais moi, je suis différent...." prononce le voyou comme pour se convaincre lui-même. Et pourtant sa main qui tient le couteau ne cesse de trembler violemment, ce qui bien sûr n'échappe pas à Enjôji. Le pari est risqué, il a pratiquement une chance sur deux d'y laisser la vie, néanmoins le jeune homme décide quand même de tenter le tout pour le tout. "Tue-moi si tu peux, espèce de lâche !" lance-t-il pour provoquer le dealer; et cela fonctionne à merveille: piqué au vif d'être ainsi traité comme un imbécile par son prisonnier, le voyou se précipite vers Kei la lame en avant ! Ce dernier n'attendait que ça et réagit en une fraction de seconde: frappant des pieds sur le sol pour prendre son élan, il saute le plus haut que lui permettent ses bras attachés tandis qu'emporté par son propre élan, le voyou se prend en pleine figure le poteau retenant le prisonnier. De toutes ses forces, Enjôji envoie ensuite ses pieds contre la tête de son adversaire, l'assommant sous le coup avant de récupérer le couteau tombé à terre pour trancher ses liens. Le voilà enfin libre, du moins de bouger, bien que ses membres engourdis pour avoir été attachés si longtemps lui permettent tout juste de se tenir debout.

Cependant, au moment où le jeune homme s'apprète à chercher un moyen de fuir de cet entrepôt, le dealer qui a vite repris conscience le retient par les pieds et le fait tomber à terre. Enjôji parvient encore une fois à se débarrasser de lui, mais l'homme est tenace: s'emparant d'un bâton, il attaque à nouveau le prisonnier qui s'éloignait en titubant. Un autre combat s'engage, durant lequel Kei impatienté n'a aucun mal à éviter les coups et mettre enfin KO son adversaire pour un bout de temps. Ouf ! La sortie est proche, et enfin Enjôji pense qu'il va pouvoir se concentrer sur sa fuite. C'est hélas sans compter l'arrivée de visiteurs inattendus: Koga et ses yakuzas, ennemis sans comparaison bien plus redoutables ! Koga a terminé son enquête, et sait désormais que Kei Enjôji est le fils aîné du Parrain du clan Sagano. "Si vous nous l'aviez dit tout de suite, je vous aurais traité avec davantage d'égards", plaisante le kambu cyniquement. Répliquant que comme son nom de famille l'indique, il a coupé tous les liens avec les Sagano, Kei aperçoit du coin de l'oeil le bâton avec lequel le dealer l'a attaqué un instant plus tôt et a vite fait de s'en emparer. A cet instant, malgré le nombre des hommes qui lui barrent la route, il pense qu'il a encore une chance de s'en sortir et s'élance audacieusement vers les yakuzas pour tenter de s'ouvrir un passage. Hélas Koga prévoyait le coup: plongeant à une vitesse incroyable la main dans la poche intérieure de sa veste, il en extrait un révolver et fait feu sur Enjôji ! Touché à l'épaule, le jeune homme est forcé d'arrêter sa course et de lâcher son arme dérisoire. L'attrapant par son épaule blessée, Koga le plaque violemment contre un amas de caisses, continuant de le menacer de son révolver. Jadis, explique-t-il, l'un de ses aînés du Groupe Tsunéya est mort pour avoir tenté d'assassiner Enjôji; à présent c'est à lui, Koga, de reprendre le flambeau et terminer ce qui n'avait pas pu être mené à terme à l'époque. "Un meurtre pour un meurtre. C'est la loi de ce monde !!" lance le yakuza, comme à moitié fou. Et sur ces mots, il assomme Enjôji de la crosse de son pistolet, ordonnant qu'on suspende le prisonnier au plafond en attendant qu'il se charge également de son père et de Masanori Araki.

Ailleurs, en pleine ville, Kai et Ranmaru ont arrêté leur véhicule près d'un trottoir afin de consulter les documents qu'ils se sont procurés: Koga possède des bureaux dans ce quartier pour une entreprise servant de façade à ses activités mafieuses; il est néanmoins peu probable qu'il ait emmené son prisonnier dans l'un de ces immeubles, trop peu discrets. Mieux vaut chercher plutôt du côté des chantiers et des immeubles en construction, bien plus commodes, déduit Kai. ".... Et les entrepôts ? propose à son tour Ranmaru, un plan en main. Il en possède près du port." En effet, quel meilleur endroit pour dissimuler des activités louches ? Sur-le-champ, les deux compères décident d'un commun accord d'orienter leurs recherches d'abord de ce côté. Et à peine y sont-ils parvenus quelques instants plus tard qu'ils ont la confirmation que leurs soupçons étaient fondés. Alors que Kai et Ranmaru dissimulent leur moto, ils entendent soudain des éclats de voix: la jeune fille qui se faisait passer pour le fils Sagano s'insurge contre son chef, d'autant plus qu'elle s'est secrêtement prise de sympathie pour leur prisonnier: "C'est trop horrible ! hurle-t-elle. S'il meurt nous serons considérés comme complices ! C'est un assassinat !!" Le chef des dealers a beau lui ordonner de se taire et de se contenter de faire le guet comme on le lui a demandé, la jeune fille n'en démord pas. "Je laisse tomber !! Je ne veux pas prendre part à un acte aussi abominable !!"

Cachés derrière une caisse, Kai et Ranmaru entendent le bruit sec d'une gifle suivi d'un cri. "C'est trop tard ! crie à son tour le chef des dealers en prenant sa camarade par les épaules. Essaye de t'opposer à Koga, pour voir ! C'est ton cadavre qu'on verra en premier !!" Et sur ces paroles, le voyou s'éloigne, mais l'on voit bien à sa mine défaite que lui non plus n'apprécie guère le tour qu'ont pris les événements. Résignée, la jeune fille reste donc seule à faire le guet devant les entrepôts. Se glissant à pas de loup derrière elle, Kai en profite pour lui plaquer une main sur la bouche et l'entraîner derrière un amas de caisses et de palettes. Menaçant, il lui ordonne de les guider lui et son compagnon jusqu'à celui des entrepôts qui sert de repaire aux bandits.

Tandis que Ranmaru et Kai s'avancent vers le bâtiment, précédés par leur prisonnière que l'adolescent menace de son sabre, juché sur le toit d'une autre bâtisse surplombant le quai, Tashiro ne perd rien du spectacle. Les jeunes gens sont en train de jouer un jeu dangereux, et consterné, le tueur à gages décide immédiatement de prendre contact avec Araki afin de lui rendre compte de la situation plus que délicate dans laquelle est en train de se fourrer son protégé. Et effectivement, apprenant ce que Kai est sur le point de faire, Masa en a les nerfs à vif. "J'arrive tout de suite ! Si un changement se produit préviens-moi immédiatement !!" hurle-t-il dans l'émetteur qui le relie à Tashiro, au point que ce dernier en a les oreilles qui tintent ! Déjà en voiture avec Kyôsuké, mort d'inquiétude et rongé d'impuissance, Masanori grince des dents tellement il les serre fort. Mais soudain, alors que le téléphone sonne dans le véhicule qui fonce vers les entrepôts, Kyôsuké lui annonce qu'il a un appel de Koga. Cruel et cynique comme à son habitude, le nouveau chef du Groupe Tsunéya propose à Masa un échange: s'il ne veut pas qu'on lui rende le fils aîné Sagano morceau par morceau en terminant par la tête, Koga enjoint Araki de venir seul à son repaire, car prendre la vie du jeune chef du Shôryûkai servirait davantage ses intérêts. Et sur ces mots, le yakuza coupe la communication. Déterminé, Masanori reprend aussitôt contact avec Tashiro pour lui ordonner de préparer ses armes et de prendre position de façon à pouvoir viser les abords de l'entrée de l'entrepôt: cet homme responsable de cet odieux complot ne doit pas sortir de ce lieu vivant.

Pendant ce temps, tout en guidant Kai et Ranmaru à l'intérieur de son repaire, la jeune fille demande à ces derniers s'ils sont venus sauver Enjôji: ils doivent l'emmener et fuir au plus vite d'ici, explique-t-elle, sinon c'est la mort assurée. "Vous seriez prête à trahir Koga ?" demande Kai étonné. Ce à quoi la jeune fille répond qu'elle ne veut pas devenir une criminelle; dès qu'elle trouvera le moment propice, elle se rendra à la police. "Si vous continuez de prendre part à de tels méfaits, vous ne trouverez jamais le bonheur...." C'est ce que lui avait dit cet homme qui, lui, a trouvé ce bonheur. Le prisonnier lui avait aussi raconté qu'il avait quelqu'un de très précieux dans sa vie, et qu'il ne pouvait mourir ainsi sans lui avoir transmis toutes ces paroles qu'il ne lui avait pas encore dites. Rêveusement, la jeune fille ajoute qu'elle envie vraiment l'être auquel cet homme tient tant au point de ne penser qu'à lui, même dans des circonstances pareilles. Elle ignore quelle émotion ses propos procurent à Ranmaru, de qui bien sûr il s'agit.

Après leur avoir ouvert la porte de l'entrepôt, la jeune fille indique aux deux garçons le lieu où se trouve Enjôji, au fond du bâtiment; tandis qu'ils vont sauver le prisonnier, elle se chargera de monter la garde au-dehors. "Cette fille, est-ce une ennemie ou une alliée ? Je n'en sais trop rien.... s'interroge Kai à voix haute tout en courant. Si jamais elle appelle ses complices, on est cuits !" Néanmoins Ranmaru engage l'adolescent à faire confiance à cette inconnue: après tout n'a-t-elle pas dit qu'elle allait se rendre à la police ? Et pour l'instant, la priorité, c'est de retrouver Enjôji. Courant à travers le dédale de caisses, le jeune homme se met à appeler son compagnon. Mais il ne reçoit aucune réponse, et malgré leurs efforts, les recherches des deux compères restent vaines, jusqu'à ce que Ranmaru glisse soudain sur une tache de sang. Glacé d'un horrible frisson, le coeur battant à tout rompre, il commence à suivre ces traces à pas lents, se forçant à garder son sang-froid. "Tout va bien, du calme.... se fait-il entendre. Car si la fille de tout à l'heure a dit vrai, Enjôji est encore vivant. Il vit.... Enjôji est vivant...." Comme une litanie, livide Ranmaru se répète ces mots, jusqu'à ce que les traces de sang le mènent à un endroit où elles s'agglutinent pour former une flaque. Tremblant, Ranmaru ose lever la tête, et ce qu'il découvre le fige d'horreur.

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Le jeune homme est encore là, debout raide et immobile les yeux levés vers le plafond lorsque Kai le rejoint quelques instants plus tard. Suivant son regard, l'adolescent découvre à son tour l'horrible spectacle qui a tant bouleversé son sempaï: des chaînes autour des poignets, Enjôji pend ligoté à une rembarde à deux bons mètres au-dessus du sol; à cause de cette pression exercée sur sa blessure, le sang ne cesse de s'en écouler irrésistiblement. Il faut vite le faire descendre de là ! Kai propose de monter à l'étage sur la passerelle pour ôter les liens qui retiennent son frère tandis que Ranmaru en-dessous recevra son corps dans ses bras. Il lui faut néanmoins crier pour obliger son sempaï à sortir de sa torpeur: ils doivent faire vite, sinon Enjôji va vraiment finir par mourir !

Suivant les instructions de l'adolescent, un moment plus tard les deux compères parviennent enfin à libérer Kei et à le déposer sur le sol. En plus de son épaule traversée d'une balle, son visage tuméfié témoigne de tous les mauvais traitements qu'il a reçu. "Enjôji.... C'est moi, ouvre les yeux, prononce Ranmaru en soutenant son ami dans ses bras. Nous sommes venus te sauver.... Réponds.... Réponds.... Je t'en prie...." Mais malgré les larmes et tous les appels désespérés de Ranmaru, le jeune homme n'ouvre pas les yeux. Le coeur serré de voir son sempaï aussi bouleversé - et sans doute lui aussi très inquiet, Kai ne peut rester longtemps sans mot dire. Explosant, il se met à traiter son frère de tous les noms ! "Alors que tu passes ton temps à me faire la morale.... enrage-t-il, au bord des larmes. Tu pourrais au moins avoir le cran d'ouvrir les yeux, espèce d'idiot !!" Et les hurlements de Kai font leur effet car tout à coup, se fait entendre la voix faible d'Enjôji: "Ne crie pas dans mon oreille.... Sale gosse.... Tu fais tellement de bruit que tu m'empêches de dormir tranquillement...." Puis, le jeune homme tourne son regard vers Ranmaru, lève péniblement une main pour effleurer son visage. "Pourquoi.... es-tu ici.... Rentre.... à la maison.... c'est dangereux...." - "Je suis venu te chercher, répond Ranmaru en larmes, serrant la main de son ami dans la sienne. Rentrons, Kei. Ensemble.... A notre maison...."

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Même Kai a du mal à ne pas pleurer; son sempaï et lui sont tellement soulagés d'avoir retrouvé Enjôji vivant. Kei promet que lorsqu'ils seront de retour chez eux sains et saufs, il présentera ses excuses à Ranmaru: il lui avait pourtant promis de ne rien faire d'inconsidéré ! "Pardon.... Pardon...." ne cesse-t-il de répéter lentement, bien que Ranmaru lui assure que cela suffise. Mais soudain, la main d'Enjôji devient lourde, retombe mollement sur son corps tandis que le jeune homme ferme les yeux. Et Ranmaru a beau l'appeler, lui tapoter la joue, cette fois il ne les rouvre pas. "Sempaï ! Il a perdu énormément de sang ! Il ne faut pas le secouer !" proteste Kai. Mais en état de choc, Ranmaru ne l'écoute pas: serrant son ami de toutes ses forces, en larmes il lui crie d'ouvrir les yeux, qu'il ne lui a pas encore pardonné ! Désemparé, Kai n'a plus qu'une solution: attrapant son sempaï par l'épaule, il lui somme de reprendre ses esprits d'une gifle bien appliquée avant de lui retirer le blessé des bras. Tout d'abord, ce qu'il faut faire, c'est arrêter le sang. Puis tandis que Ranmaru attendra ici auprès d'Enjôji, l'adolescent ira appeler une ambulance. "Pleurer n'arrangera pas les choses ! s'exclame-t-il. A présent c'est vous, Sempaï, qui tenez sa vie entre vos mains ! Il va vraiment mourir si on ne fait rien ! Vous ne voulez quand même pas le faire mourir !?"

C'est ainsi qu'un moment plus tard, après avoir administré les premiers secours à son frère inconscient, Kai le laisse aux soins de Ranmaru tandis qu'il s'élance pour aller chercher du secours. Il n'a pas fait quelques mètres qu'il heurte de plein fouet la jeune fille de tantôt. "Fu.... Fuyez...!" parvient à articuler cette dernière, un hémataume sur le visage. Et le garçon ne tarde pas à apprendre la raison de cet empressement, lorsque Koga vient soudain se planter devant lui ! "Kai Sagano, je présume ? Ravi de pouvoir enfin te rencontrer." - "Vous.... êtes Koga, n'est-ce pas ?" demande à son tour l'adolescent en toisant le yakuza d'un visage plein de haine. "C'est exact, répond le kambu en ôtant négligemment ses lunettes de soleil. A présent que tous les acteurs se trouvent réunis, on va pouvoir s'amuser. La fête vient de commencer !" Et sur ces paroles, Koga étire sa bouche en un sourire torve digne d'une face de démon.

Kai s'efforce néanmoins de rester calme et de discuter: quel profit le yakuza aurait-il à tremper dans une affaire aussi grave qui ne lui rapportera nul argent ? Il devrait pourtant savoir que le groupe Tsunéya n'est pas de taille à mener une guerre contre le clan Sagano. Jadis, lorsque les Tsunéya étaient encore rangés sous la bannière du Kansaï, l'existence devait être sensiblement plus facile pour eux; à présent, les voilà comme des parrias. De plus, d'après ce que l'adolescent peut voir, Koga n'a pas le caractère à supporter d'être sous les ordres de quelqu'un; alors même s'il est certes vexé de l'échec puis l'exécution de son chef, au fond n'est-il quand même pas satisfait d'avoir pu prendre sa place ? Il paraît que Koga a proposé ses services au Shôhôkai, clan rival du Shôryûkai; mais pense-t-il vraiment que ses dirigeants vont accueillir avec joie dans leurs rangs un homme qui retourne aussi facilement sa veste ? Koga n'est qu'une hyène qui gagne sa pitance dans l'ombre des puissants, tous ses complots resteront vains: "La coupe de sang échangée entre le Shôryûkai et le Shôhôkai a forgé un lien qui ne pourra être ébranlé par un cafard tel que vous !!"

C'est d'un air menaçant, fixant le kambu droit dans les yeux d'un regard acéré, que Kai prononce ces dernières paroles. Hélas elles restent sans effet sur Koga, qui se met à applaudir. "Quelle éloquence ! plaisante-il. Tu es bien le fils de Sagano, Parrain du Shôryûkai. Sous tes dehors mignons tu sais prononcer des discours acérés." En effet, reconnaît le kambu, il ne tirera aucun profit à déclarer la guerre au clan Sagano; seulement, il espère voir bientôt grâce à ses manigances les deux grands groupes mafieux de l'Est et de l'Ouest s'affronter, car il adore les conflits ! Des clans de yakuzas qui se complaisent dans la paix et la bonne entente ne sont plus selon lui de vrais groupes mafieux, et il espère bien par ce conflit redonner son dynamisme à la mafia du Japon. Sur ces mots, Koga fait un geste de la main et aussitôt tout un groupe de ses hommes surgit de derrière les amoncèlements de caisse pour se ranger derrière lui: il a réuni autour de sa personne tous ceux qui comme lui apprécient la violence et la guerre; et réduisant en cendres les deux héritiers du clan "pacifiste" Sagano, il compte bien sur ce crime pour ouvrir les hostilités !

Reculant discrètement derrière la jeune fille qu'il couvre derrière son dos, Kai demande à cette dernière si elle est capable de courir: il va provoquer une diversion, pendant ce temps elle pourra s'enfuir et appeler la police et une ambulance. La jeune fille acquiesce aussitôt: ça vaut le coup d'essayer, après tout ils n'ont plus rien à perdre. Kai détache alors le micro qu'il porte épinglé à son col, et le posant à terre, il le brise de son talon. Si Tashiro est un vrai garde du corps, il ne devrait pas manquer de comprendre ce signal de détresse, espère le garçon. Et en effet, posté à quelques dizaines de mètres de là, le jeune homme sursaute brusquement lorsque le témoin lumineux indiquant la position de Kai disparaît soudain de son écran.

"Battez-le et pendez-le avec son frère !!" hurle Koga à ses hommes, et aussitôt ces derniers se précipitent vers le fils Sagano armés de leurs sabres de bois. Ils ne s'attendaient bien sûr pas à ce qu'un adolescent comme lui leur résiste ! Evitant les coups, agile et super-entraîné en tant que jeune champion de Kendô, Kai n'a d'abord aucun mal à se débarrasser de ses assaillants, s'emparant dans la foulée d'une de leurs armes. "Maintenant !" crie-t-il à la jeune fille, continuant de tenir les bandits à distance. Mais alors que celle-ci se met à courir en direction de la sortie, un sourire amusé aux lèvres, Koga auquel personne ne fait attention tire un révolver de sa poche intérieure. Il fait feu, tuant la jeune fille sur le coup d'une balle en plein coeur. "Ne me fais pas obstacle, ceci n'est pas un jeu de gamins.... ricane le yakuza. C'est une guerre !"

Caché à l'extérieur de l'entrepôt, Tashiro fourbit ses armes. "Le signal a disparu, je viens d'entendre un coup de feu ! On ne peut plus attendre davantage !!" crie-t-il dans son émetteur à l'intention de Masa qui lui ordonne de patienter encore. La situation est devenue trop dangereuse, le kambu a-t-il l'intention de laisser Kai se faire tuer ?!! Ainsi, excepté les deux fils Sagano et Mr. Saméjima, Tashiro se propose d'éliminer tous ceux qui se trouvent dans cet entrepôt, et supplie Masa de lui en donner l'ordre. Les dents serrées, le yakuza ne sait que faire: bien que mort d'inquiétude pour Kai, il se refuse d'un autre côté à semer encore d'autres cadavres sur la route du garçon. Cruel dilemne, auquel met fin la calme insistance de Tashiro: "Monsieur Araki.... Non, Master .... Je vous en prie, donnez-moi cet ordre. Sinon, sans lui, je ne deviendrais qu'un démon assassin...." - "J'ai compris.... Tu as ma permission." Néanmoins, le yakuza avertit le tueur qu'il reste peu de temps avant l'arrivée de la police, et à ce moment il ne disposera que de quelques secondes pour disparaître de l'entrepôt.

A présent que son patron lui a enfin donné le champ libre, Tashiro entre immédiatement en action: abattant le premier gardien d'une balle entre les deux yeux à l'aide de son pistolet muni d'un silencieux, poignardant le second, en moins d'une minute il a déjà pénétré dans l'entrepôt ! Sans savoir que juché sur le toit d'un autre bâtiment pas loin de là, J.B. ne perd rien de la scène.... "Environ dix secondes jusqu'à l'infiltration des lieux...? Tu as fais des progrès, Boy .... Combien de minutes reste-il à vivre à mon client ?.... Voilà qui m'inquiète...." Et pourtant, alors qu'il pourrait facilement l'abattre, le tueur ne fait rien pour tenter d'arrêter le jeune homme. Son sourire amusé et quelque peu attendri est plutôt celui d'un maître fier de son disciple le meilleur.

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Ailleurs, toujours dissimulé derrière des caisses, Ranmaru glisse sa veste sous la tête d'Enjôji qui vient juste de reprendre connaissance. Il a décidé d'aller appeler lui-même une ambulance, enjoignant à Kei de ne pas bouger et ne pas faire de bruit. Embrassant son ami une dernière fois, Ranmaru lui promet de revenir vite. Puis il s'empare du sabre que Kai lui a laissé pour se protéger, tire lentement la lame du fourreau...

Un peu plus loin de l'autre côté des murs de caisses, les hommes de Koga sont enfin parvenus non sans mal à maîtriser le fils Sagano. "Toi et ton frère vous vous démenez bien ! lance ironiquement le chef yakuza, pointant son révolver sur la tête du garçon. Mais je vais t'apprendre une chose: jusqu'à maintenant aucun de ceux qui m'ont défié ne s'en sont sortis en un seul morceau. Ton frère aussi non seulement s'était montré insolent en paroles, mais s'était démené comme un diable pour tenter de fuir. Il avait bien besoin d'une bonne correction, ce gosse mal élevé ! Alors je l'ai fait bien souffrir jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de bouger, puis, afin d'extraire son sang comme du gyôsan , je l'ai fait pendre. Bon.... Et maintenant comment vais-je cuisiner le petit frère ?...." Koga ignore que dissimulé derrière une pile de caisses, Ranmaru ne perd rien de ses propos sadiques, et entendre ainsi le détail des tortures infligées à son cher compagnon le plonge dans une fureur sombre. Quant à Tashiro, lui aussi est enfin parvenu sur les lieux, mais c'est pour découvrir qu'il est déjà trop tard, Kai est pris en otage, un pistolet sur la tempe. "Si seulement on m'avait laissé agir plus tôt !" peste le garde du corps. Que peut-il faire à présent ? Contourner les lieux pour se rapprocher de Koga ? "Non, je n'en ai même plus le temps...." soupire-t-il. Cela va se jouer à un cheveu près....

A cet instant, un choc sonore résonne soudain dans le bâtiment: Ranmaru vient de lâcher le fourreau de son sabre, qui se met à rouler bruyamment sur le sol en ciment. Tashiro n'est pas homme à laisser passer cette chance: profitant que les bandits soient tous tournés vers l'endroit d'où provient le bruit suspect, en une fraction de seconde il surgit de sa cachette et abat trois des six hommes de Koga. Ce dernier riposte aussitôt. "J'aurais du faire davantage de simulations avec prise d'otage", profère Tashiro en se remettant à couvert. Cerné des deux côtés, la moitié de ses hommes morts, Koga commence quant à lui à ressentir une certaine panique - mais il détient toujours Kai, sur la tête duquel il pointe son pistolet. "Qui est là !? Sortez !! hurle le kambu. Si vous ne voulez pas que je lui fasse sauter la cervelle !!" L'adolescent, d'une voix faible, conjure son sempaï de ne pas quitter sa cachette. Peine perdue. A ce moment Ranmaru n'est plus en mesure d'entendre quoi que ce soit, ni d'éprouver aucune peur. "C'est toi ? demande-t-il à Koga en s'avançant lentement. C'est toi qui a tiré sur Enjôji, qui l'a torturé en le suspendant ...?" Une expression effrayante sur le visage, serrant son sabre à la lame nue dans sa main droite, le jeune homme vient se planter à quelques pas des bandits. "Réponds, ordonne-t-il encore. C'est toi... qui a tiré sur Enjôji ...?"

Surpris de cette apparition inattendue, Koga demande d'un ton railleur à cet inconnu dont il voit bien malgré la beauté délicate qu'il s'agit d'un homme qui il est. "Réponds à ma question...." répète Ranmaru, comme en transe et serrant encore plus fermement la poignée de son sabre. L'état dans lequel se trouve le jeune homme ne laisse pas d'inquiéter Kai. "Sempaï, il ne faut pas utiliser un tel sabre.... prononce l'adolescent. Ne répondez pas aux provocations d'un type pareil...." Puis il ajoute avec davantage de virulence: "Le sabre que l'on brandit dans la fureur.... n'est qu'un instrument de meurtre !! Il ne faut pas utiliser un tel sabre !!" Cependant Ranmaru ne l'écoute pas, seul Koga monopolise son attention, auquel il crie encore plus fort: "Je te demande si c'est toi qui a tiré sur Enjôji !!" Et enfin, le yakuza acquiesce, expliquant avec cruauté qu'il a même fait exprès d'écraser la plaie pour que davantage de sang s'en écoule, avant d'ordonner aux hommes qui lui restent de faire son affaire au nouveau-venu. Aussitôt les bandits s'élancent, tandis que Ranmaru se met en position. Ignorant les protestations désespérées de Kai, avec une vigueur et une rapidité foudroyante le jeune homme n'a aucun mal à mettre tous ses adversaires hors combat d'un seul coup chacun. "Pas la peine de crier, profère Ranmaru en élevant son arme acérée à hauteur de son visage. Je n'ai utilisé que le plat de la lame. Bien que je pense qu'ils doivent avoir quelques fractures...."

Toujours caché derrière des caisses un peu plus loin, Tashiro ne perd rien du spectacle. "Wouah.... souffle-t-il, sidéré. En un clin d'oeil.... Terrible !.... Mais qui est-ce donc !?" Mais Kai, lui, a déjà vu cette expression glaciale et déterminée sur le visage de Ranmaru. "Le Démon à la Face Blanche...." murmure-t-il. Le guerrier invincible et sans égal que j'admirais tant !! Néanmoins.... ça, ce n'est plus du kendô !! C'est.... ajoute le garçon en voyant avec angoisse Ranmaru se remettre en position, arme levée. Un sabre dominé par la rage et le désir de tuer.... Un sabre qui tranche la vie humaine !!" De plus en plus effrayé par l'aura haineuse qu'il sent s'échapper du corps du jeune homme, Kai lui crie encore une fois de baisser son arme, de ne pas l'utiliser, jusqu'à ce que Koga le fasse taire d'un coup de poing. Seul, tous ses sous-fiffres morts ou inconscients, le kambu lui aussi commence à éprouver de la peur, et pointant le canon de son révolver sur la tête de son otage, menace une nouvelle fois de lui faire sauter la cervelle si ce terrifiant inconnu approche davantage. "Essaie.... répond calmement Ranmaru. Mais tu mourras avant d'en avoir eu le temps." Koga n'en revient pas d'une telle confiance en soi ! Une balle de pistolet est censée être plus rapide qu'un sabre, alors pourquoi son adversaire arbore-t-il une telle assurance dans son regard, comme s'il était convaincu d'être le plus rapide, de pouvoir quoi qu'il arrive tuer le yakuza....!?

"Je n'aurais qu'une seule chance, se dit Tashiro dans son coin, guettant avec tension le moment propice. A l'instant où Koga va lâcher Kai...." S'il ne tire pas alors plus vite que le bandit, il craint pour la vie de Ranmaru Saméjima. Et le garde du corps n'est pas le seul à se faire du souci: dans le côté opposé de celui où il se tient, Enjôji qui a compris ce qui est en train de se passer essaie tant bien que mal de se remettre debout. Titubant, le blessé parvient à se traîner jusqu'à l'endroit où Koga fait face à Ranmaru, observant la scène dissimulé derrière les caisses. "Il ne faut.... pas.... Ranmaru.... articule Enjôji, faisant écho aux supplications éplorées de Kai. Tu ne dois pas.... le tuer...." Mais à cet instant, le sort en est déjà jeté: lâchant Kai qui le gêne, Koga pointe brusquement sur Ranmaru son revolver, prêt à faire feu, tandis que le kendôka brandit son arme meutrière qui s'abat en sifflant. Une détonation résonne dans l'entrepôt, suivie la seconde d'après d'un tintement métallique....

(à suivre dans le volume 6)

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Chapitre 2 Tenshi ga oritékuru ("Un Ange est descendu") - Page 171

Ce petit chapitre humoristique avait à l'origine paru dans le fanzine réalisé par Kazuma Kodaka à l'occasion de la sortie des deux premiers OVA de Kizuna . On voit que le style de dessin y est plus ancien que dans les autres chapitres du volume, d'ailleurs dans cette histoire Enjôji a encore les cheveux longs.

Un soir à Tôkyô, à l'appartement de Kei Enjôji et Ranmaru Saméjima. "Je n'arrête pas de te dire de mettre tes affaires qui sont pour laver dans le panier à linge sale ...!" proteste Ranmaru en se plantant aux côtés d'Enjôji, tenant à la main une chemise que ce dernier a sans doute encore laissé traîner n'importe où. Mais assis devant la télé, hyper-concentré sur son nouveau jeux vidéo, Kei l'écoute à peine, si bien qu'irrité d'être ainsi ignoré, le jeune kendôka finit par éteindre carrément la Super Famicom pour obliger son ami à se préoccuper de son linge sale. C'est alors au tour d'Enjôji de protester: pourquoi avoir fait une chose pareille ? Sa partie est perdue à présent, alors qu'il aurait très bien pu s'occuper de sa lessive plus tard. Ranmaru a beau lui reprocher qu'il se conduit comme un enfant, n'est-ce pas plutôt le kendôka qui boude comme un bébé parce que lui ne sait pas jouer aux jeux vidéo ? Il n'en fallait pas plus pour vexer le jeune homme davantage: calmement, il ôte sa cigarette de la bouche d'Enjôji, lui prend nonchalamment la main.... pour lui écraser sur la peau la cigarette brûlante ! "A partir de demain tu t'occuperas de ta lessive toi-même !! annonce Ranmaru d'un ton tranchant. Compris ?" Mais le seul son que Kei parvient à émettre en guise de réponse est un hurlement de douleur !

Un peu plus tard, assis sur son lit une boîte à pharmacie à ses côtés, Enjôji soigne en grommelant sa blessure. "Espèce d'hystérique ! Il m'a vraiment presque brûlé jusqu'au sang !?" A cet instant, des coups se mettent à résonner derrière le dos du jeune homme. "Il n'y a personne !" répond Kei mécontent et boudeur. Ranmaru vient déjà lui faire ses excuses ? Tant pis pour lui, il n'avait pas qu'à passer sur son compagnon sa mauvaise humeur. Mais alors qu'Enjôji est bien décidé à ignorer les coups, il s'aperçoit soudain que ceux-ci ne proviennent pas de la porte de sa chambre comme il le croyait au départ, mais de derrière son dos. "Pourtant.... derrière moi.... il n'y a que.... la fenêtre...!" réfléchit le jeune homme, sentant son sang se glacer d'un coup. En plus, l'appartement est situé dans les étages d'un immeuble ! Tournant enfin la tête, Kei a alors une surprise de taille: un ange qui ressemble à s'y méprendre à Ranmaru avec les cheveux longs, revêtu d'une toge et ses grandes ailes blanches déployées, tape joyeusement de l'autre côté de la vitre. Une seule réaction se manifeste spontanément chez Enjôji: saisi, il pousse un hurlement de terreur !

Réveillé par ce cri suivi d'un fracas épouvantable, Ranmaru fait irruption dans la chambre de son compagnon. "Ne gueule pas comme ça, tu déranges les voisins !! s'écrie le jeune homme en ouvrant brutalement la porte, sans s'apercevoir qu'il fait lui-même autant de bruit. Quelle heure crois-tu qu'il est ...?" Cependant Ranmaru n'achève pas sa phrase, coulé sur place par la scène qui se présente à ses yeux: Enjôji est assis par terre, un jeune homme inconnu pendu à son cou ! "Un.... Un ange fantôme.... bredouille Kei d'une voix blanche. Il vient de traverser la vitre...." Mais le malheureux n'a pas plus tôt prononcé ces mots qu'il se voit administrer une gifle virulente: sans même avoir remarqué la nature de leur étrange visiteur, Ranmaru s'imagine que son ami est en train de le tromper ! Il faudra au kendôka un certain temps avant d'admettre qu'il s'agit bien de la réalité....

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Le premier effet de surprise passé, les deux compères entreprennent d'examiner leur hôte, à commencer par les ailes: sont-elles réellement attachées à sa chair ? Pour vérifier, Kei se met à tripoter le dos de l'ange, provoquant chez ce dernier un trouble inattendu. Non seulement son visage, mais les points sensibles de son corps seraient identiques à ceux de Ranmaru ? remarque aussitôt Enjôji. "Voyons voir...." Tout émoustillé, Kei tend déjà des mains avides de vérifier sa découverte, et il faudra l'intervention de son compagnon furieux pour protéger l'innocente créature des agissements de ce pervers. "Je voulais juste le toucher un p'tit peu ! Pas la peine de me frapper !" proteste Enjôji.

Finalement, Ranmaru décide qu'ils ne peuvent mettre leur visiteur à la porte vu l'accoutrement dans lequel il se trouve et propose de le laisser dormir à l'appartement cette nuit; le lendemain, ce sera assez tôt de réfléchir à ce qu'il convient de faire. Mais tandis que le jeune homme expose son avis, l'ange a déjà quitté ses bras protecteurs pour se pendre à nouveau au cou d'Enjôji ! Ranmaru a beau tenter de lui expliquer que ce mec-là est dangereux, qu'il ferait mieux de venir dormir dans sa chambre, rien à faire pour le convaincre. C'est ainsi que les deux compères et l'ange finissent par se retrouver tous les trois dans le même lit, car il est absolument hors de question de laisser Kei seul avec leur visiteur, nul doute qu'il en profiterait pour le tripoter ! Le lit est néanmoins un peu étroit pour accueillir trois personnes en même temps, surtout avec les grandes ailes de l'ange. Est-il capable de les faire apparaître et disparaître à sa guise ? Enjôji lui pose la question, mais hélas l'ange ignore apparemment la langue des humains. Alors, pour tâcher de se faire comprendre, Kei défait le kimono de son ami, caressant devant son visiteur le dos lisse et blanc de Ranmaru. "Tu ne pourrais pas trouver une autre façon de t'expliquer ?!" proteste ce dernier écarlate. Néanmoins ça marche, l'ange finit par comprendre ce qu'on attend de lui et ranger ses grandes ailes blanches. Le problème, c'est qu'à partir de ce moment son comportement devient sensiblement différent: visiblement troublé, il s'approche timidement de Kei en rougissant, se serre contre lui, pour finir par l'embrasser ! Ce changement n'échappe bien sûr pas à Ranmaru, qui ne manque pas de s'en étonner: Enjôji a pourtant simplement demandé à l'ange de ranger ses ailes...? Qu'est-ce que cela signifie ? "Du calme, il s'agit sûrement d'un malentendu !" répond Kei. N'empêche qu'il a déjà la bave aux lèvres, et l'expression de son visage n'est pas pour rassurer Ranmaru: ainsi désiré et couvert de baisers par un jeune homme qui a le même visage que son colérique et souvent réfrigérant compagnon, Enjôji ne peut qu'être content !

Mais soudain, alors qu'une nouvelle scène de ménage est sur le point d'éclater, une lumière éblouissante se met à briller à l'emplacement de la fenêtre. Passant lui aussi à travers la vitre, un autre ange fait son apparition, un ange qui cette fois a le visage d'Enjôji ! Et ce nouveau-venu s'élance aussitôt vers Ranmaru pour le serrer dans ses bras, sous le regard courroucé de son sosie humain. "Qu'est-ce qu'il fout, cet imbécile !" s'exclame Kei en assenant un bon coup de poing sur la tête de l'ange aux longs cheveux noirs. Puis, prenant l'ange qui ressemble à Ranmaru par les épaules, il le présente au nouveau-venu. "C'est sans doute lui, ton compagnon ?" avance Ranmaru avant d'ajouter: "Qu'ils sont donc bêtes, ces deux-là...." - "Tout à fait d'accord", approuve Enjôji. Puis il pousse doucement l'ange aux cheveux blonds en avant, le pressant d'aller rejoindre son ami. L'ange fait donc réapparaître ses ailes, et comprenant enfin sa méprise, son camarade le serre tendrement dans ses bras. Ainsi enlacés, ni l'un ni l'autre ne se soucient le moins du monde du regard des deux humains. "Ce sont ceux qui regardent qui ont le plus honte..." se dit Ranmaru, détournant la tête en rougissant - tandis que Kei, lui, contemple le couple enlacé avec envie.

Avant que les deux visiteurs ne partent, s'approchant de son sosie, Ranmaru lui caresse affectueusement la tête. "Tu t'étais sans doute égaré. Quelle chance, hein ? Tu as retrouvé ton bien-aimé." Puis, le jeune kendôka s'adresse à l'ange-Enjôji: "Désormais montre-toi plus vigilant" lui conseille-t-il avec fermeté. Fais en sorte de ne plus le lâcher." Bien sûr, son interlocuteur ne comprend pas un mot de ce que dit le jeune homme, ce qui ne l'empêche pas de déposer sur ses lèvres un délicat baiser. "Ah !!" Enjôji fulmine ! Qu'est-ce que c'est que cet ange aux moeurs douteuses qui porte la main sur ce qui ne lui appartient pas !! "Calme-toi, Enjôji !! C'était juste une façon d'exprimer ses remerciements !!" explique Ranmaru en retenant son ami par les épaules avant qu'il ne fasse son affaire à l'impudent.

Toujours enlacés, les deux anges finissent par prendre leur envol dans la nuit, profitant de l'obscurité pour rentrer chez eux en passant inaperçus aux yeux des mortels. "Faites attention", leur recommande Ranmaru une dernière fois. "Ils s'entendent bien", remarque Enjôji en regardant le couple s'éloigner en s'embrassant à nouveau. "Nous aussi, réconcilions-nous", propose-t-il à son ami, enviant le lien qui unit ces deux anges qui leur ressemblent tant. "Tes paroles sonnent comme si tu tentais de profiter de la situation...." profère Ranmaru soupçonneux. Mais lui aussi envie les deux autres amoureux, et poussant un soupir résigné, imitant son alter ego angélique, il s'approche d'Enjôji pour lui donner un baiser. Et puisqu'il y a un lit juste à côté d'eux, pourquoi ne pas en profiter ? Mais tandis que le jeune kendôka s'abandonne aux mains de son ami, il comprend soudain quelque chose, ce que cela signifie pour un ange de lui demander de ranger ses ailes: à cette requête, celui de tout à l'heure avait tout bonnement cru qu'Enjôji se proposait de l'étreindre, pour la simple raison que les ailes s'avèrent plutôt gênantes quand on veut faire l'amour. A cette explication, Kei se redresse brusquement. "Non, c'est pas vrai !! Comme c'est dommage !!" Enjôji empli de regrêts mais davantage d'avoir manqué une bonne occasion que d'avoir fait involontairement des propositions à un inconnu se rend-il compte de l'incongruité de ses propos, surtout en un moment pareil ? En tout cas, Ranmaru furieux finit par l'éjecter par la fenêtre avec perte et fracas !

Un peu plus tard, au Paradis. Kei et Ranmaru pensaient que leurs sosies s'entendaient bien, mais en réalité, une fois seuls, ces derniers n'ont rien à envier à leurs alter-egos humains, s'engueulant comme du poisson pourri: l'ange-Enjôji est hors de lui d'apprendre qu'un être humain a osé demander à son compagnon de ranger ses ailes, et de plus celui-ci s'est laissé faire bien gentiment. "Il ne m'a rien fait ! se défend l'ange-Ranmaru. Et d'ailleurs je croyais que c'était toi.... Et puis, quel culot !! Alors que toi-même tu m'as confondu avec l'autre personne !" Et sur ce reproche, l'ange aux cheveux blonds fond en larmes. Il faudra que son ami, oubliant sa colère pour le serrer dans ses bras en lui caressant les cheveux, lui répète plusieurs fois que de l'Humain et lui il est bien le plus mignon pour que l'ange-Ranmaru se calme enfin et retrouve le sourire. "Dis, dis... Alors, pourquoi tu ne me demandes pas de ranger mes ailes ?" demande-t-il joyeusement à l'ange-Enjôji en se jetant à son cou. - "Euh.... Ici on n'est pas sur la Terre...." répond l'ange aux cheveux noirs, gêné (mais nul doute que l'Enjôji humain, peu importe le lieu, n'aurait pas résisté à cette proposition !) - "Aaah.... J'envie vraiment les êtres humains qui peuvent s'aimer librement.... soupire l'ange-Ranmaru. Mais on a tout de même le droit de s'embrasser, non ?" Alors que le couple s'apprète à échanger un baiser, ni l'un ni l'autre ne remarquent que dissimulé derrière une colonne, un troisième larron les observe avidement, un ange qui ressemble à s'y méprendre à Kai Sagano ! "Je voudrais tellement qu'il range ses ailes pour moi...." songe-t-il en soupirant d'amour pour l'ange-Ranmaru. Et derrière l'ange-Kai, lui tournant le dos, ne serait-ce pas l'ange-Masa ...!?

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Volume 6

Chapitre 1 Kizuna ("Lien") - Page 3

"J'ai un sabre dans les mains.... Pourquoi...? .... Pour tuer. Pour tuer cet homme.... Pourquoi ? Parce qu'il a blessé l'être qui m'est.... le plus précieux au monde.... celui qui est pour moi irremplaçable...!"

En ce faisant ces réflexions, Ranmaru assiste comme un spectateur indifférent à ce qui se passe autour de lui; comme en transe, il n'entend pas les cris de Kaï ni de Enjôji, et peu lui importe encore davantage la peur qui se lit dans les yeux de Koga qui menace Kai. La situation est critique, tout va se jouer en une fraction de seconde, alors Tashiro décide de tenter le tout pour le tout et fait feu sur le yakuza avant qu'il n'abatte Ranmaru. Mais il était trop loin et mal placé, seules les lunettes noires de Koga sont brisées, il s'en tire avec une simple coupure sur la joue. Fou de haine, le yakuza lance un brève regard de dément en direction du tueur avant de pointer à nouveau son arme sur le kendôka et de faire feu. "Sempaï !" Ne pouvant se résoudre à assister à ce qui lui paraît inévitable, Kai ferme les yeux. Mais lorsqu'il les rouvre, il a une surprise de taille tout comme Enjôji et Tashiro: Ranmaru pointe sa lame sur la gorge de Koga, tandis que derrière le bandit, celui qui a dévié son arme avant qu'il ne blesse le jeune homme et continue de lui maintenir fermement le bras levé n'est autre que Masa !

"Vous avez l'intention de souiller votre sabre avec le sang de cet homme ? demande le kambu à Ranmaru en le regardant droit dans les yeux. Cet homme qui ne vaut même pas la peine qu'on le frappe ? Retirez-vous, Saméjima-san." Même si Ranmaru demeure pour l'instant immobile, son regard est toujours celui d'un homme déterminé à frapper, les mots de Masanori ne semblent pas avoir grand effet sur lui. Jusqu'à ce que Enjôji prenne à son tour la parole. "Mr. Araki a raison. Laisse tomber.... ça suffit.... Retire-toi.... Ranmaru." Le son de la voix calme de Kei aide enfin le jeune kendôka à se réveiller de ce long cauchemard. Eperdu, il ferme les yeux, tandis que le sabre lui échappe des mains. Au même instant Masa tord le bras de Koga pour l'obliger à lâcher lui aussi son révolver, puis, le plaquant violemment contre le mur de caisses, il lui assène un coup de poing si vigoureux dans l'estomac que le bandit en a le souffle coupé ! Penché sur le yakuza, Masanori arbore à présent un visage aussi sombre et effrayant que celui de Ranmaru quelques instants plus tôt; il est bien décidé à faire payer à Koga tout le mal qu'il a fait à Kai et aux siens.

Tandis que le bandit inconscient glisse à terre, Ranmaru se tourne enfin vers Enjôji. En dépit de sa blessure, ce dernier ne semble pas aller trop mal. "Vraiment.... on ne peut jamais savoir ce que tu vas faire, toi...." soupire Kei en caressant le visage de son compagnon, avant de le serrer dans ses bras. Un peu plus loin, à genoux sur le sol, Kai contemple le couple sans mot dire, quand soudain il est rejoint par Masa. Tandis que le kambu le fixe sévèrement, l'adolescent s'excuse de sa conduite qui a obligé son ami à intervenir en personne. "Néanmoins.... Mais néanmoins je...." Kai bredouille, ayant peine à exprimer tout ce qu'il voudrait dire au yakuza. Cependant Masa ne laisse pas au garçon le temps de s'expliquer. "L'ambulance va bientôt arriver, profère-t-il en tournant le dos à Kai. Toi aussi va te faire soigner à l'hôpital. Moi il me reste encore quelque chose à faire ici." Et sur ces mots pleins de froideur, le yakuza s'éloigne. L'adolescent le contemple un moment sans mot dire, avant de baisser la tête, en larmes. Après tout c'est normal que Masa le traite ainsi: n'est-ce pas Kai lui-même qui lui avait dit qu'il n'avait plus besoin d'une nounou, que désormais le kambu serait libre de ne plus penser qu'à l'Organisation ? Et pourtant, son désir de se faire cajoler par Masanori prouve qu'il n'est pas vraiment émancipé, il n'est encore qu'un fardeau pour le yakuza.

Alors que le kambu se dirige vers la sortie, ses hommes arrivent à leur tour. "Chef ! Petit ! Tout va bien !?" s'exclame Kyôsuké qui était mort d'inquiétude pour Masa et Kai. "Tout est fini. On se retire." répond le kambu. "Fini...? Je dirais plutôt que c'est maintenant que ça commence.... Hein ? Araki...." Plus personne ne faisait attention à Koga, qui a repris connaissance et pointe son révolver ramassé à terre sur la nuque de Masanori. Tous les hommes du bandit sont morts, alors que la bande de Masa n'a pas subi une seule perte; une injustice selon Koga, auquel ce dernier se propose immédiatement de remédier. Menaçant de faire sauter la tête de leur chef, il ordonne ainsi à Kyôsuké et ses hommes de le laisser passer. Très calme, Masanori lui-même ordonne à Tashiro sorti inopinément de sa cachette pour tenir en joue le bandit de ne pas bouger. Résigné, le jeune homme obtempère, tandis que Kai, qui ignore la véritable profession de son garde du corps, s'étonne de le trouver là. "Le fait que tu ne m'aies pas tué s'est retourné contre toi, Araki", fanfaronne Koga sûr de lui. "J'étais certain que tu viendrais. Crois-tu vraiment que je n'ai rien préparé pour toi ?" Et sur ces mots, le bandit tire un talkie-walkie de sa poche afin de prendre contact avec son propre tueur à gages. "J.B., je t'envoie la cible à l'extérieur. Vise bien."

Entendant cela, Tashiro sursaute de saisissement. "Jack est dehors !? panique-t-il. Merde ! Je ne l'avais même pas remarqué !!" Koga ordonne cependant à Masanori de s'avancer lentement vers la sortie, où l'attend une fin certaine, à la merci de l'autre tueur. "Masa !" Kai éperdu veut s'élancer vers son ami lorsque Koga lui crie de ne plus faire un geste. Masanori tourne néanmoins la tête pour contempler le fils de son chef, le gratifie d'un sourire confiant avant de continuer sa lente marche vers le peloton d'exécution. "Pourquoi.... rit-il...? s'interroge l'adolescent tremblant de peur pour son ami en le regardant inexorablement s'éloigner. Alors qu'il va peut-être mourir...." Tout va bien.... Combien de fois Masa a prononcé ces mots en lui souriant, s'est élancé au secours de Kai en exposant sa propre vie.... "Pourquoi...? se demande le garçon. Alors que je ne fais que lui causer des problèmes, que moi je n'ai jamais rien fais pour lui ?" Kai en a assez. Il ne veut plus voir Masa recevoir des blessures par sa faute, refuse encore davantage de le voir mourir sous ses yeux ! Alors, avant que Tashiro ou Ranmaru aient eu le temps de l'arrêter, il se précipite à la suite du kambu et du bandit.

Ces derniers sont déjà parvenus à la porte de l'entrepôt. "J.B.... Voilà la cible. Vise-le bien." ordonne Koga à son tueur. Masanori se trouve en effet dans la ligne de mire de J.B., prêt à tirer. A cet instant, dans le récepteur que Masa porte encore à l'oreille, se fait entendre la voix de Tashiro: "Araki-san !! Le p'tit...!!" A peine le jeune homme a-t-il prononcé cet avertissement que Kai surgit soudain de l'entrepôt et bouscule violemment Koga avant de se jeter au cou de Masanori. "Tu ne souffriras plus, tu ne seras plus blessé par ma faute.... Car cette fois.... c'est moi qui vais te protéger...." promet Kai mentalement en serrant Masa de toutes ses forces. Cependant Koga ne l'entend pas de cette oreille. "Le sale morveux ! rugit-il, furieux. Tu veux un suicide d'amoureux ?!! J.B., bute-les !!" Mais au loin, le tueur abaisse mystérieusement son arme, et c'est Tashiro toujours derrière Koga qui pointe son révolver sur le bandit. Ce geste n'a pas échappé à Masa, qui tout en s'efforçant de protéger Kai pas du tout disposé à le lâcher, prononce à voix basse dans son émetteur: "Tashiro. Tire." Le tueur ne se fait pas prier, et une fraction de seconde plus tard, une détonation retentit tandis que Koga se prend une balle dans le coeur. Le yakuza n'est pas tué sur le coup. Bien que blessé à mort, incrédule, il a encore le temps de prendre son propre émetteur afin de demander à J.B. la raison pour laquelle ce dernier n'a pas tiré comme il le lui avait ordonné. "La balle aurait pu toucher l'enfant, répond aussitôt le tueur. Mon contrat stipule que je ne prends jamais des enfants comme cibles. Désolé, Mister." Koga n'en croit pas ses oreilles ! Et comment un être aussi fourbe que lui pourrait-il comprendre un tel code de l'honneur même chez un tueur ? C'est donc sur une expression d'incrédulité consternée que le bandit rend enfin l'âme en s'effondrant sur le sol devant Masa et Kai enlacés.

Ouf, tout est enfin fini.... Tashiro peut enfin abaisser son arme, poussant un soupir de soulagement tandis que les hommes de Masa se précipitent vers leur chef. Tous s'inquiètent au sujet de Kai, l'assaillant de questions pour savoir s'il n'est pas blessé. Cependant ce dernier, les yeux mi-clos, préfère goûter encore un peu ce bonheur d'être blotti dans les bras de Masa vivant et sain et sauf grâce à lui. "Pourquoi as-tu sauté ainsi sur moi...? demande doucement le kambu en obligeant le garçon a relever la tête. Avec ça ma vie vient de se raccourcir de je ne sais combien d'années. Vraiment.... Tu es quelqu'un d'inconsidéré...." Levant vers lui ses yeux pleins de larmes, Kai voit bien cependant que le yakuza n'est pas fâché. Alors, il passe les bras autour du cou de Masa afin de le serrer à nouveau très fort contre lui. Tous deux s'enlacent dans une étreinte pleine de soulagement sous les yeux de leurs amis rassurés. "Vraiment.... Ce gamin passe son temps à faire des trucs mauvais pour le coeur...." soupire à son tour Enjôji. Lui aussi a eu la peur de sa vie en voyant son frère s'élancer sur Masa pour lui servir de bouclier, et à présent qu'il a les nerfs qui tombent, il sent ses jambres prêtes à se dérober sous lui !

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A présent que tout est fini, Tashiro juge qu'il est temps pour lui de se retirer, surtout que la police ne va plus tarder à arriver. Embrassant Kai sur la joue, il lui fait ses adieux, lançant que bien que tous deux n'aient passé que peu de temps ensemble, il s'est bien amusé. Mais alors que son garde du corps commence à s'éloigner, le fils Sagano le rappelle vivement. "Est-ce que.... je te reverrais ?" demande le garçon tristement. - "Il vaut mieux ne pas souhaiter me revoir, répond le jeune homme avec un sourire. Car je suis le Dieu de la Mort." Et sur ces mots, le tueur à gages s'éloigne lentement, sous le regard de ses anciens compagnons qui le contemplent disparaître en silence. Jusqu'à ce que Kai demande à Masa: "Tashiro.... Quel est son prénom...?" - "Je ne l'ai jamais entendu, répond le yakuza. J'ignore même si Tashiro est son véritable nom...." Plus loin, sur le toit d'un bâtiment de l'autre côté des quais, un autre tueur s'apprète lui aussi à quitter les lieux: après avoir rangé son équipement dans sa valise, J.B. jette un dernier regard sur la scène qui se déroule en bas avant de s'éloigner à son tour, l'air profondément satisfait. "J'aurais du lui dire.... Qu'il n'est pas un Dieu de la Mort...." continue Kai plein de regrêts. Il a été le meilleur des gardes du corps." Ce à quoi Masa ne peut qu'acquiescer. Mais il est trop tard, Tashiro est hors de vue à présent.

Dans cette ambiance un peu amère, Enjôji prend soudain la parole, détournant l'attention de ses amis: "Aaah.... Enfin on va pouvoir rentrer à la maison", soupire-t-il soulagé, avant que Ranmaru scandalisé par tant de légèreté rappelle à son ami qu'il lui faut d'abord aller à l'hôpital ! "Pas la peine, il se porte comme un charme," lance Kai à son tour. Le garçon sous-entend que son aîné leur a fait une peur exagérée en jouant la comédie, ce qui bien sûr provoque la colère d'Enjôji au point que cette conversation menace de dégénérer en bagarre ! Et depuis quand les blessés se livrent-ils à la violence ? Scandalisé, Ranmaru ordonne à son ami de se calmer en le traitant de parfait imbécile. "Tu n'imagines pas à quel point je me suis inquiété...." reproche le jeune homme tandis qu'Enjôji lui demande encore une fois pardon. Mais alors que Kei lui sourit, Ranmaru sent d'un coup la colère l'abandonner, les larmes lui montent aux yeux tant il est soulagé d'avoir retrouvé son cher compagnon vivant. "Rentrons.... Rentrons ensemble à notre maison...."

Un peu plus tard, à l'aéroport de Tôkyô, Tashiro qui a complètement changé de look pour adopter l'apparence d'un jeune cadre, se trouve au téléphone avec Masa. Ce dernier lui explique que tout s'est bien passé après que le tueur ait du quitter les entrepôts à cause de l'arrivée imminente de la police, lui demandant de ses nouvelles en retour. Tashiro assure que tout va bien également de son côté, néanmoins il juge préférable de ne pas revenir d'ici quelque temps au Japon; puis, recommandant au yakuza de faire ses amitiés à Kai, il coupe la communication. A cet instant, J.B. pénètre dans les lavabos où son disciple était occupé à téléphoner, demandant à ce dernier s'il a terminé de faire ses adieux. Tashiro nullement surpris de cette apparition a beau prétendre qu'il y a erreur sur la personne, un professionnel comme J.B. n'est pas du genre à se laisser duper par son déguisement. Ainsi, s'avançant lentement vers le jeune homme, le tueur cite les uns après les autres quelques-uns des noms que son disciple a déjà utilisé - Roy.... Karstein.... Tashiro.... - avant de lui pointer à travers la poche de sa longue gabardine ce qui paraît être un révolver dans le dos.

".... Je me rends, Jack...." annonce Tashiro en levant les bras sans se départir de son sourire calme. Il demande cependant à son ancien maître si ce dernier est venu se venger parce qu'il a tué son client, ou peut-être regrette-il simplement de ne pas avoir tué son disciple au moment de leur séparation il y a huit ans ? "C'est exact, répond J.B. J'aurais du faire cela il y a déjà longtemps." Le jeune homme acquiesce, résigné. Néanmoins, avant que J.B. ne l'abatte, il demande à ce dernier d'accepter d'exaucer le dernier voeu d'un condamné: "Je souhaite un baiser de la part du Dieu de la Mort qui va me précipiter en Enfer " prononce Tashiro en ôtant ses lunettes et en se tournant vers son ancien amant. "O.K." Mais tandis que J.B. l'embrasse, le jeune homme avance doucement la main vers la poche où est censée se trouver l'arme dirigée vers lui, et là, il a une surprise de taille en découvrant la forme de l'objet. "Tu croyais que c'était un flingue, hein ?" demande malicieusement le tueur. "Voilà pourquoi je t'appelle encore "Boy" ajoute-il avec un clin d'oeil. Voici les clés de la maison du Dieu de la Mort . Ce dernier projette d'enlever un joli démon afin d'en faire son compagnon de route vers l'Enfer. Un type méchant qui huit années plus tôt a dévoyé son coeur en se faisant passer pour un petit garçon innocent...." - "Là maintenant, tu es en train de me proposer de vivre avec toi ?" demande Tashiro incrédule, quelque peu méfiant vu que son maître l'a déjà laissé tomber une fois. - "C'est ça, acquiesce J.B., car il y a huit ans je n'avais pas eu le loisir de te faire la cour. Même si je tombe en Enfer, je te fais le serment d'en ressortir sous forme de revenant pour venir te baiser le bout des orteils. Alors, tu capitules ? Roy." Et sur ces mots, J.B. dépose un léger baiser au coin des lèvres de son disciple. - "Arrête...." prononce Tashiro en rougissant, un peu gêné de cette étrange déclaration d'amour. Mais l'instant suivant, se hissant sur la pointe des pieds, le jeune homme passe les bras autour du cou de son ancien amant pour se serrer contre lui. "Si même au moment de mourir tu ne m'abandonnes pas, je croirais à tes paroles.... Jack." Ainsi, après s'être tendrement enlacés, le couple de tueur à gages quitte le Japon enfin réuni pour s'envoler vers d'autres aventures....

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A l'hôpital où Ranmaru veille Enjôji qui vient d'être opéré, quelqu'un frappe soudain à la porte de la chambre. C'est Kyôsuké Imagawa, le bras droit de Masanori, venu prendre des nouvelles du jeune homme. Les effets de l'anesthésie vont bientôt se dissiper, répond Ranmaru, et lorsque Kei aura ouvert les yeux, on pourra alors considérer qu'il est hors de danger. Comme le blessé avait bougé malgré l'état dans lequel il se trouvait, durant un moment on avait quand même craint pour sa vie. "Mr. Kei est vraiment doté d'une chance hors du commun...." remarque Kyôsuké en contemplant le jeune homme endormi, ce à quoi Ranmaru ne peut qu'acquiescer. Puis, le yakuza lui tend un panier rempli de friandises, affirmant qu'il s'agit d'un cadeau de la part de son chef ainsi que de ses collègues du clan Sagano. A ces mots, Ranmaru apparaît quelque peu surpris: en fait, la table trônant dans la pièce est déjà couverte de divers présents apportés successivement par des personnes qui se disaient tous du clan Sagano; à la chambre du blessé a déjà eu lieu un véritable défilé de yakuzas, et Kyôsuké apprend vexé qu'il a été devancé par chacun de ses hommes sans qu'il soit au courant de rien ! Il tend néanmoins à Ranmaru un second paquet, qui cette fois contient la veste d'Enjôji: vu que celle-ci est couverte de sang, le kambu ignore si elle est encore récupérable, cependant il a jugé bon de la restituer à son propriétaire. Puis, ajoutant qu'il repassera plus tard prendre des nouvelles du fils aîné Sagano et recommandant à Ranmaru de se reposer quand même un peu, Kyôsuké finit par prendre congé.

Ouf.... Ranmaru exhale un soupir une fois le yakuza parti, car il commence à se sentir épuisé par toutes ces visites successives. Mais à cet instant, une voix pâteuse se fait entendre, celle d'Enjôji prononçant son nom. Aussitôt, le jeune homme se précipite auprès de son ami qui vient juste de reprendre connaissance: Kei a encore l'esprit embué et le corps lourd à cause des effets de l'anesthésiant, néanmoins il est désormais sauvé, et lui prenant doucement la main, Ranmaru pousse un profond soupir de soulagement. Rassuré à un point qu'il ne saurait dire, le jeune homme a bien du mal à cacher son émotion, alors, afin de dissimuler ce trouble à son ami, il se lève afin d'aller prévenir le médecin du réveil de son patient. Enjôji quant à lui s'interroge: il a le sentiment obsédant d'avoir oublié quelque chose, sans parvenir dans son état encore vaporeux à se rappeler quoi. Ranmaru a beau lui recommander de se reposer pour le moment en ne pensant à rien, cette certitude d'avoir oublié quelque chose d'ultra-important ne cesse de lui tourner dans la tête. Et soudain, avec une vigueur qui fait sursauter et blêmir son compagnon de saisissement, Enjôji se redresse brusquement dans son lit en hurlant: "Ma veste !! Ma veste !! Elle est où ?!!"

Une telle réaction rien que pour un vêtement ! Kei aurait pu rouvrir sa blessure en se redressant ainsi, et furieux, Ranmaru entreprend de l'obliger par la force à se recoucher, sans s'apercevoir que c'est lui-même se faisant qui cause davantage de mal au blessé ! Quelle brutalité, le pauvre Kei en a les larmes aux yeux ! Mais comme il ne cesse de réclamer la veste de son costume, Ranmaru finit par lui apporter le vêtement taché de sang ramené par Kyôsuké quelques instants plus tôt. Poussant à nouveau un cri, Enjôji se redresse encore une fois violemment pour s'emparer de sa veste et la serrer contre lui en pleurnichant. "Ouf.... Elle est là...." sanglote-il sous le regard consterné de Ranmaru. "Tu tiens à ce vêtement au point d'en pleurer ?" demande-t-il incrédule. Mais soulagé d'avoir récupéré son bien, Kei tire d'une des poches une mystérieuse petite boîte, avant de se rappeler soudain qu'il s'agit d'une surprise et que ce n'est pas encore le moment de la donner à Ranmaru. Mais trop tard: à ce réflexe qu'a eu Enjôji de dissimuler l'objet à sa vue ainsi que son air embarrassé, son compagnon se fait d'un coup très soupçonneux. "Pourquoi tu caches cet objet ? demande Ranmaru. Est-ce que ce serait par hasard quelque chose qu'il serait malaisé pour toi que je voies ?" Enjôji a beau assurer que son ami se trompe, ses explications vagues et surtout bredouillées de cet air paniqué ne font que provoquer la colère du jeune homme; si bien que ce dernier finit par se jeter sur le malheureux Kei, lui criant de lui montrer ce qu'il serre dans sa main.

Mais alors que les deux jeunes gens sont en train de se livrer ainsi à une sorte de combat de catch sur un lit, Enjôji essayant désespérément de conserver son trésor, la porte de la chambre s'ouvre brusquement pour laisser entrer le médecin et son assistante. "Du calme, SVP !! Ici c'est un hôpital !!" hurle cette dernière d'une voix tonitruante, faisant plus de vacarme en fait que les deux compères réunis ! Cependant cette apparition survient à point nommé pour Enjôji, car du coup Ranmaru est bien forcé de le lâcher et de le laisser tranquille. Tandis que l'infirmière prend la tension de son patient, elle remarque soudain l'anneau à son doigt, ce qui lui fait demander immédiatement si Enjôji est marié. "Ah.... Non, répond ce dernier évasivement, car il sait que Ranmaru posté pas loin du lit entend parfaitement ses propos. C'est un peu comme une sorte de porte-bonheur." Et on dirait bien que ce porte-bonheur a bien fonctionné, remarque l'infirmière, qui dès son entrée dans la pièce s'était étonnée de même que son compère de l'incroyable vitalité d'Enjôji. Puis, l'auscultation achevée, médecin et assistante finissent par s'en aller, après avoir encore une fois recommandé aux occupants de la chambre de ne plus faire de boucan.

Le couple reste donc seul dans la chambre d'hôpital. Dans son coin, les bras croisés, Ranmaru continue de bouder. Il avoue bientôt à son ami qu'il a l'impression d'être la véritable victime dans toute cette histoire: il est le seul à s'inquiéter, complètement manipulé par Enjôji, et de plus ce dernier ne l'écoute même pas. La preuve flagrante en est que le jeune homme se retrouve hospitalisé à présent, ce qui ne serait jamais arrivé s'il avait pris en compte les avertissements de Ranmaru. Kei devrait ressentir davantage de responsabilité, de culpabilité vis à vis de son comportement au lieu de se montrer si insouciant. A-t-il au moins une idée du nombre de personnes qu'il a fallu mobiliser rien que pour le sauver lui seul ? "Oui, oui, oui ! J'ai compris ! Pardon !" Ces reproches dont ne cesse de l'abreuver son ami commencent sérieusement à lasser Enjôji, qui ne prend plus la peine de dissimuler son irritation. Tandis qu'il détourne la tête afin d'éviter de croiser le regard de Ranmaru, ce dernier le contemple en silence, avant de prononcer d'une voix sombre: "J'en ai assez.... Je suis fatigué...." Propos qui déclenchent aussitôt chez Kei une véritable flambée de mauvaise humeur: "Holà.... Et si on arrêtait là ?! lance-t-il d'un ton cynique, une main nonchalamment glissée sous sa tête. Une relation épuisante n'est pas vouée à durer longtemps. On n'a qu'à se séparer dès maintenant ! Je vais quitter l'appartement, partir à Ôsaka et devenir Kei Sagano ! Ouais, c'est ce que je vais faire !!"

Un lourd silence s'installe dans la pièce, les deux jeunes gens se tournant le dos, Ranmaru toujours debout dans son coin tandis que Enjôji s'est réfugié sous ses couvertures, feignant de dormir. Il est pourtant le premier à céder. "Tu sais bien pourtant que ce n'est qu'un mensonge, assure Kei en se redressant malgré la douleur. Ne te mets pas si en colère." Tendant le bras, il parvient à agripper du bout des doigts le sweet de Ranmaru, l'enjoignant de venir le rejoindre, car lui-même ne peut pas bouger. Tandis qu'Enjôji lui prend la main pour l'attirer à lui, le jeune homme finit par céder et venir s'assoir sur le bord de son lit. Mais il est en larmes, ainsi son ami gêné se rend compte à quel point il a exagéré dans ses paroles. Rien ne peut troubler davantage Kei que de voir Ranmaru en pleurs, car il ne sait plus comment réagir dans ces moments-là. "Je te déteste.... Je te hais...!" ne cesse de répéter le jeune homme dans ses sanglots. Alors, pour tenter de l'appaiser, Enjôji l'embrasse sur le front, la joue puis enfin la bouche, répétant encore une fois combien il est désolé, et promettant de ne plus se lancer dans des actes insensés comme celui qui vient de manquer lui coûter la vie.

Puis, jugeant que le moment est venu, Kei demande à son ami de fermer les yeux et de tendre la main gauche; Ranmaru s'exécutant, il lui passe enfin au doigt la précieuse bague qu'il vient à son grand soulagement de récupérer. Celle-ci a l'air d'aller parfaitement, remarque Enjôji avec satisfaction, avant de montrer d'un sourire ravi l'anneau que lui-même porte à l'annulaire. "Ils sont identiques !" lance-t-il joyeusement. Mais complètement abasourdi par ce cadeau inattendu, Ranmaru quant à lui demeure sans réaction, à fixer sa propre main, le visage peint d'une incrédulité marquée. Jusqu'à ce que s'agenouillant sur son lit, Kei s'incline soudain devant lui, prononçant des paroles plus bouleversantes encore: "Je t'en prie, épouse-moi," conjure-t-il d'une voix grave, avant d'enchaîner sur la formule consacrée: "Moi, Kei Enjôji, je fais ici le serment d'aimer Ranmaru Saméjima toute ma vie durant.... Dans la douleur et dans la.... Hein ? C'était quoi après déjà ?" Enjôji avait si bien préparé son discours, mais dans la confusion du moment, il a fini par tout oublier !

"Dis.... Tu ne serais pas un peu idiot ?...." remarque Ranmaru en voyant son ami faire mille efforts pour tenter de se remémorer les paroles de son discours. Et Kei qui se voulait si sérieux ! Par ses insinuations, Ranmaru lui casse tout son effet ! "Se marier.... Entre hommes...." Toujours aussi incrédule, le jeune homme baisse à nouveau les yeux sur sa bague. Cependant Enjôji lui assure que même s'ils ne peuvent pas le faire à la mairie en bonne et due forme, il n'y a qu'avec Ranmaru qu'il désire se marier; alors, encore une fois il engage son ami à dire "oui", car sinon il restera toute sa vie célibataire. Joignant les mains, Kei se prosterne devant Ranmaru, lève vers lui un regard implorant: "Dis.... Je t'en supplie, épouse-moi." - "Imbécile.... finit par répondre le kendôka, tandis qu'une larme vient s'écraser sur son anneau nuptial. Je n'ai.... jamais entendu.... de demande en mariage.... aussi lamentable...." Néanmoins le visage de Ranmaru reflète tout le bonheur qu'il éprouve en cet instant; alors, lui baisant la main, Enjôji reprend la cérémonie: ".... Ranmaru Saméjima. Jures-tu d'aimer Kei Enjôji toute ta vie durant ?" - "Je le jure, puisque je n'ai pas le choix", répond le jeune homme en riant, au grand dam de son compagnon. Car, pour reprendre les propres mots de ce dernier, Kei n'a-t-il pas assuré que s'il n'obtient pas le consentement de Ranmaru, il resterait à jamais célibataire ?

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Un peu boudeur de se voir ainsi tourné en dérision, lui qui était si tendu quelques jours plus tôt à l'idée de faire sa demande, Enjôji réclame enfin le fameux baiser des nouveaux mariés. Cette fois c'est avec gravité et sincérité que Ranmaru prononce à nouveau son serment tout en baisant les lèvres de son compagnon. Mais l'inconvénient avec Enjôji, c'est que vu son caractère ardent et passionné, il n'est pas du tout du genre à se contenter du baiser léger échangé traditionnellement par les époux après le consentement mutuel, qui menace vite de déboucher sur une partie de jambes-en-l'air sur un lit d'hôpital ! "N'est-ce pas excitant cet endroit pour une nuit de noces ?" lance gaiement Enjôji tandis que déjà pris au piège sous le corps de son ami Ranmaru proteste, scandalisé ! Mais lui-même n'en revient pas de ressentir un tel désir alors que cela fait si peu de temps que Kei et lui ont été séparés.... Cependant il lui faut absolument se reprendre: s'ils font l'amour dans l'état dans lequel se trouve Enjôji, ses blessures risquent de se rouvrir ! Alors, obligeant bon gré mal gré le fougueux jeune homme à se calmer, les joues empourprées de honte, Ranmaru prononce d'une voix à peine audible qu'il va le faire lui-même . "Faire quoi ?" demande Enjôji intrigué. Mais de plus en plus gêné, son ami ne sait comment lui présenter la chose avec des mots, ainsi, obligeant Kei un peu brutalement dans sa confusion à se recoucher, Ranmaru grimpe à son tour sur le lit, ordonnant en rougissant à son compagnon de fermer les yeux.

Gloups ! Défaisant le bas de la chemise de nuit d'Enjôji, penché sur l'objet concerné, le jeune homme n'est pas sans ressentir quelque hésitation. "Quand on veut on peut !! Oui, on peut tout...!!" se répète-il pour se donner du courage. Et tandis que Ranmaru se met à l'ouvrage, Kei a l'impression d'être au Paradis: c'est la première fois que son compagnon lui fait une telle faveur, au point qu'il en vient à se demander si tout ceci n'est pas un rêve, s'il n'est pas encore sous l'effet de l'anesthésie. Ranmaru lui a dit de garder les yeux fermés, mais ce serait vraiment trop dommage de manquer le spectacle, d'autant plus qu'une telle occasion n'est sans doute pas prête de se renouveler ! Mais à peine a-t-il jeté un coup d'oeil vers le visage de Ranmaru qui poursuit ses caresses d'un air si langoureux, les joues enflammées de pudeur, que Kei est obligé de détourner la tête, pris d'un brusque saignement de nez ! "ça.... n'est pas bon ?" demande Ranmaru en relevant un instant le visage vers son compagnon, inquiet du silence de ce dernier. "Mais si, répond Enjôji en secouant vigoureusement la tête. Je t'en prie, vas-y, continue !!" Ranmaru reprend donc ses caresses, au point que Kei en ressent bientôt des vertiges: certes, tout cela est fort agréable, mais le jeune homme vient juste de se réveiller de son opération; loin d'être au mieux de sa forme, ce n'est sans doute pas le meilleur moment pour s'adonner à ce genre de plaisirs !

Mais soudain, on entend des coups frappés à la porte. Lorsque Kai, venu rendre visite à son frère, pénètre dans la pièce, il trouve les deux amants assis chacun sur le lit en se tournant le dos d'un air tendu, au point que le garçon en vient à se demander s'ils ne se seraient pas disputés. Néanmoins, un coup d'oeil vers son sempaï - qui reçoit son regard en rougissant - puis vers Enjôji boudeur suffit à lui faire comprendre ce qui se passait dans cette chambre un instant plus tôt. "Dans un hôpital.... ON NE TOMBE PAS EN CHALEUR, ESPECE DE BÊTE FEROCE PERVERSE !!! JE VAIS LE DIRE AU MEDECIN, COMME CA IL TE FERA CHÂTRER !!!" Et tout en criant, avant même qu'Enjôji ait pu prévoir le danger, Kai scandalisé écrase vigoureusement sa "fierté" dans sa main, avant de se tourner nonchalamment vers Ranmaru, recommandant à ce dernier de faire attention: "Il y a un instant à peine, j'étais en train de faire quelque chose de X...." Voilà ce qui est écrit sur le visage honteux de son sempaï, profère le garçon. Et bredouillant, confus d'avoir été si facilement percé à jour, Ranmaru paniqué ne parvient pas à nier de manière convaincante !

S'excusant d'avoir dérangé le couple, Kai quitte la pièce sans rien ajouter, sous les hurlements de son frère qui lui crie de ne plus y remettre les pieds ! Dans le couloir de l'hôpital, il tombe soudain nez à nez avec Toshi, l'un des hommes de Masa. Ce dernier lui apprend que son chef n'est pas encore rentré à Ôsaka, il loge toujours à l'hôtel. Toshi paraît surpris que Masanori n'ait rien dit au garçon, ne lui ait même pas indiqué l'hôtel dans lequel il est descendu, cependant Kai répondant qu'il s'en fiche - en fait il en est toujours ainsi avec Masa, il ne lui dit jamais rien - le yakuza ne manque pas de s'étonner davantage: d'habitude dans ces cas-là le fils Sagano boude ou pique des colères monstres !? Aujourd'hui l'adolescent se montre très calme, voire tristement résigné. Après un moment de silence cependant, Kai se décide quand même à demander à Toshi l'adresse de l'hôtel où réside son ami: "Je dois m'excuser auprès de Masa", explique-t-il avec un sourire. Kai sait que le kambu est un homme très occupé, mais promet de ne pas le déranger longtemps; il désire simplement le rencontrer pour pouvoir lui parler face à face. Comment résister à une requête si sincèrement formulée ? Toshi accepte de bonne grâce de transmettre à l'adolescent les renseignements qu'il voulait....

Un peu plus tard, à leur hôtel, Masanori et Kyôsuké peuvent enfin souffler un peu après l'interrogatoire serré que leur a fait subir la police. Pas étonnant que les inspecteurs se montrent zélés quand ils ont affaire à des yakuzas ! Ainsi, quand la sonnette de la chambre retentit soudain, Kyôsuké s'imagine aussitôt que ce sont encore les policiers qui reviennent à la charge et s'en va ouvrir en maugréant. Néanmoins ce n'est que Kai, et sans écouter les propos de Kyôsuké qui s'excuse de ne pas l'avoir accompagné à l'hôpital, le garçon dirige aussitôt son regard vers Masa. Ce dernier s'est presque levé d'un bond dès qu'il a appris la venue de son protégé, et tandis qu'il se dirige à son tour vers la porte d'entrée, l'adolescent et lui s'observent avec gravité. Suite à la requête de Kai, Kyôsuké finit par laisser les deux compères seuls, mais tout en retournant vers sa propre chambre, le yakuza ne dissimule pas son inquiétude: ça va vraiment aller ? L'atmosphère paraît particulièrement tendue entre ces deux-là....

Une fois seuls, Kai et Masa s'assoient face à face de chaque côté de la table basse. Ni l'un ni l'autre ne parlent. Le yakuza boit sa canette de bière, tandis que l'adolescent l'observe pensivement: cela fait à peine trois mois que Masa et lui ne se sont pas rencontrés, et à présent que le kambu se trouve devant lui, Kai a l'impression de ne l'avoir jamais vraiment regardé. Aujourd'hui, ces yeux au regard acéré, cette blessure que le yakuza porte à l'arcade sourcillière, ces grandes mains, l'emplissent d'une nostalgie telle que son coeur se serre douloureusement. Cependant, Masa lui-même finit par rompre le silence. "Alors, qu'avais-tu à me dire ?" demande-t-il un peu abruptement. Kai sursaute, mais baisse aussitôt la tête, rouge de confusion de s'être ainsi oublié dans la contemplation du beau yakuza. Il entâme alors des excuses maladroites, assurant regretter sincèrement ses actes inconsidérés de tantôt: non seulement comme toujours l'adolescent n'a fait que causer des ennuis à Masa, mais cette fois il a été jusqu'à entraîner dans son sillage l'Organisation. Tremblant, serrant les poings, Kai a peine à articuler tant il est tendu: si seulement le kambu disait quelque chose.... Il préfèrerait encore qu'il crie, qu'il le frappe, car pour lui ce silence est sans comparaison encore plus dur à supporter qu'un accès de fureur.

Pourtant, lorsque Masanori prend enfin la parole, la gravité de ses propos lourds de reproches achève de serrer le coeur de l'adolescent: Kai pense-t-il pouvoir s'en tirer toujours avec des excuses ? Puisqu'à chaque fois on lui pardonne, voilà pourquoi sans doute il ne cesse de se lancer tête la première dans des ennuis trop gros pour lui. Le garçon semble oublier le trésor qu'il représente pour son père, ainsi que pour l'Organisation Sagano. Depuis la naissance de Kai, tous les membres du clan se sont jurés de sacrifier leur vie pour le protéger. Pour les yakuzas, se dévouer pour le fils de leur Parrain est considéré comme le rôle le plus précieux. Si Kai se retrouve en danger, des milliers, des dizaines de milliers d'hommes du clan sont prêts à mettre leur vie en jeu pour lui. Néanmoins, si le garçon lui-même ne prend pas conscience de ce que cela représente.... alors, conclut Masa sévèrement, tous ces hommes qui seront morts en lui servant de bouclier auront péri comme des chiens. En tant que chef, Masanori se refuse à ce que ses hommes perdent la vie pour des motifs futils. Voilà pourquoi, si l'adolescent est capable de comprendre ses raisons, il le prie de se montrer prudent désormais en évitant par-dessus tout de se lancer dans des actions inconsidérées. En ce qui le concerne, c'est tout ce que Masa voulait dire; et Kai, qu'a-t-il à répondre à cela ?

Bouleversé par ce qu'il vient d'entendre et réalisant enfin la gravité de ses actes, le garçon ne peut que répéter ses excuses avec plus de conviction que jamais, s'inclinant profondément devant le yakuza. Puis, Kai se lève pour prendre congé afin de ne pas le déranger davantage. Avant de quitter la chambre néanmoins, tournant le dos à Masa, l'adolescent ne peut s'empêcher de poser la question qui lui brûle les lèvres: "Dis-moi.... pour toi, je ne suis qu'un fardeau ennuyeux, n'est-ce pas !?" - ".... Si tu le ressens comme ça...., répond le kambu après un instant de silence, c'est peut-être qu'il en est ainsi." Pourtant, malgré la cruauté de cette réponse, Kai n'a pas sitôt quitté la pièce que de dépit, Masa écrase rageusement sa canette de bière dans sa main. Combien de temps encore va-t-il continuer de mentir sur ses sentiments pour le fils de son chef en s'efforçant de jouer les indifférents ? Quant à Kai, appuyé contre la porte côté couloir, il a peine à ne pas s'effondrer sur le sol. "Cette fois c'est la fin.... gémit-il en son for intérieur, secoué de sanglots. Masa ne me voit pas. A ses yeux n'existe que ce boulet de fils Sagano. Je ne suis rien de particulier pour lui, je ne suis rien...." Contrairement à Enjôji et Ranmaru dont le couple respire l'harmonie malgré leurs fréquentes disputes, l'ébauche de relation amoureuse entre Kai et Masa n'est pas prête de cesser de piétiner.....

(à suivre dans le volume 7)

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Chapitre 2 Gun & Heaven - Page 95

Ce chapitre, long retour en arrière, nous narre la rencontre entre J.B. et Tashiro, les deux charismatiques tueurs à gages qui - succès oblige - méritaient bien de voir leur propre histoire développée.

New York. Tandis que dans leur repaire des bandits sont en train de compter leur butin après un coup apparemment fructueux, ils entendent soudain frapper à la porte. Sur leurs gardes, pistolet à la main, deux des hommes s'approchent lentement de l'ouverture. Néanmoins à peine ont-ils le temps de poser la main sur la poignée qu'ils se font abattre d'une rafale de balles à travers le bois-même de la porte ! Un homme vêtu de noir fait alors irruption dans la pièce, éliminant successivement tous ses autres occupants. Comprenant qu'il s'agit sans doute d'un tueur engagé par une bande rivale, le chef des malfrats tente bien de négocier, espérant sauver sa peau en lui offrant de l'argent. Peine perdue. L'homme en noir est un véritable professionnel, une fois qu'on le charge d'un travail il remplit sa tâche jusqu'au bout. "Adieu" est la seule parole qu'il prononce en français avant d'exécuter d'une balle dans la tête le dernier des truands. Puis, enjambant une fenêtre, le tueur atterrit dans une ruelle déserte, avant de rejoindre comme si de rien n'était l'avenue adjacente cinglée par la pluie....

Le lendemain, habillé cette fois d'un costume, nous retrouvons le mystérieux tueur vêtu de noir dans une église. Cherche-t-il à se faire pardonner ses actes de la veille ? - quoi qu'il en soit, agenouillé devant l'autel, l'homme prie avec ferveur. Jusqu'à l'arrivée d'une religieuse, qui semble bien le connaître et l'invite à venir boire une tasse de thé. Assis dans le modeste salon qui tient lieu aussi de bibliothèque, le tueur, Mr. J.B., tire de sa valise une épaisse liasse de billets enveloppée dans une enveloppe et la tend à la jeune femme: il s'agit d'un don pour les enfants de l'orphelinat dont la religieuse a la charge, don pour lequel celle-ci remercie leur bienfaiteur sincèrement. A cet instant, un bel adolescent aux cheveux blonds fait soudain irruption dans la pièce, annonçant joyeusement qu'il vient de terminer la tâche que la religieuse - Soeur May-Ann - lui avait confié. Néanmoins, à cette intrusion, J.B. remet aussitôt les lunettes de soleil qui dissimulent son visage, reprend sa valise et se lève précipitemment pour partir, prétextant que son travail l'attend. "A la prochaine, Boy" lance-t-il au nouveau-venu, le gratifiant au passage d'une tape amicale sur l'épaule. - "Je ne suis plus à l'âge d'être appelé comme ça !" bougonne le garçon - nommé Roy - une fois J.B. parti. Et puis d'abord, pourquoi cet homme fait-il toujours des dons si importants ? Quelle est sa profession ? Soeur May-Ann est bien incapable de répondre à ces questions, néanmoins pour elle, quelqu'un qui adresse des prières à Dieu est un enfant du Seigneur comme eux tous; alors, peu importent les raisons qui poussent cet homme à agir ainsi. D'ailleurs ne serait-ce pas mal vis à vis de leur bienfaiteur de chercher à en apprendre davantage ? Soeur May-Ann ignore la méfiance envers les gens, remarque Roy avec un soupir; n'empêche qu'en ce qui le concerne, l'identité de cet homme ne cesse de le préoccuper, cet homme sombre qui ne sourit absolument jamais....

C'est ainsi que quelques instants plus tard, alors que J.B. est déjà remonté dans son véhicule, le jeune homme se précipite à sa rencontre. Roy tient dans les mains un sachet de pommes de terre que lui et les autres orphelins ont eux-mêmes cultivé, qu'il souhaiterait offrir à leur bienfaiteur en guise de remerciement. Avisant le petit garçon au visage parsemé de taches de rousseur qui se tient aux côtés de Roy et le dévisage d'un regard inquiet, J.B. n'ose finalement refuser le cadeau. "Il n'existe pas de présent plus sincère, prononce-t-il en prenant le sachet des mains du jeune homme. Je l'accepte avec reconnaissance." Et sur ces mots le tueur à gages gratifie les orphelins d'un sourire, le regard rieur derrière ses lunettes de soleil, au point que même après son départ les deux compères en restent stupéfaits. "Le tonton en noir.... il a rit ?...." remarque le garçonnet incrédule en levant les yeux vers son aîné. - "Oui, il a rit... répond Roy, l'air satisfait. C'est la première fois que je vois ça."

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© Kazuma Kodaka / Biblos - Tashiro et J.B. avec huit ans de moins

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Le temps passe, et chaque fois qu'il a achevé un "travail", J.B. ne manque pas de venir faire un tour à l'orphelinat. Une après-midi que le tueur se repose ainsi couché sur l'herbe à l'ombre d'un arbre, il est soudain réveillé par les appels de Roy penché sur lui. Puisqu'il est là, J.B. pourrait au moins venir s'amuser avec les orphelins, reproche le jeune homme. "Je suis venu ici rechercher la paix, pas pour jouer les nounous", répond le quadragénaire. Néanmoins Roy revient à la charge: fréquenter des enfants n'est-il pas justement le meilleur apaisement qui soit ? Et faisant lever de force le dormeur, le jeune homme réussit à l'entraîner avec ses camarades en ballade au bord de la rivière. Hélas ils ne sont pas plutôt arrivés là-bas que J.B. se trouve un nouvel arbre pour continuer sa sieste ! Mais c'est sans compter la ténacité des enfants qui, sous les conseils de Roy, aspergent le paresseux d'une bonne rasade d'eau ! "ça vous apprendra à venir vous amuser en portant une cravate !" lance Roy sous les rires de ses amis. A la fin, vaincu, J.B. se décide enfin à ôter sa cravate et ses lunettes de soleil pour adopter une tenue plus cool, s'élançant à la poursuite des gamins ravis de pouvoir partager leurs jeux avec un adulte.

Un peu plus tard, tandis que les autres orphelins sont partis barboter, Roy et J.B. se retrouvent paisiblement assis au bord de la rivière. Quittant sa chemise empesée et ses souliers vernis, dénouant son catogan qui lui donnait l'air d'un mafieux, le quadragénaire paraît plus décontracté que jamais, à la grande satisfaction de son compagnon. "De temps en temps, il faut savoir se détendre et retrouver son coeur d'enfant", affirme le jeune homme. - "C'est quoi cette façon de parler comme un adulte, alors que tu n'es qu'un gosse !" remarque J.B., consterné qu'on lui fasse ainsi la morale. - "Je ne suis pas un gosse, j'ai 20 ans", répond Roy aussitôt. - ".... Quoi, c'est une plaisanterie !?" - "J'étais sûr que vous alliez dire ça." Et rougissant, le jeune homme commence à expliquer que peut-être à cause de ses origines asiatiques, il ne vieillit pas beaucoup et paraît toujours plus jeune que son âge. Son grand-père était Japonais et c'est lui qui l'a élevé, bien que le vieil homme soit décédé à présent. Les terres sur lesquelles sont actuellement construits l'église et l'orphelinat appartenaient au grand-père de Roy avant qu'il en fasse don aux religieuses. A la mort du vieil homme, Soeur May-Ann avait bien proposé de restituer le titre de propriété à Roy, mais ce dernier avait refusé, affirmant n'avoir besoin de rien. Tout ce que le jeune homme souhaitait, c'était pouvoir continuer de contempler les visages joyeux de tous ces enfants; voilà pourquoi il avait simplement demandé à ce qu'on le laisse travailler à l'orphelinat.

"Roy Karstein Tashiro. C'est mon nom. Et vous, J.B. ? Dites le moi." Le sourire avec lequel le jeune homme le contemple est si engageant que malgré le fait que l'une des règles d'un bon tueur à gages est de ne révéler sa véritable identité à personne, J.B. n'hésite pas à lui dire à son tour son nom. "C'est.... Jacques Vanbôme Nison." - "Je peux vous appeler Jacques ?" - "Si tu veux." Mais à présent que Roy sent son compagnon disposé à lui parler, il ne va pas laisser passer l'occasion d'en apprendre un peu plus sur cet homme auréolé de mystère. "En tant que représentant de l'orphelinat, tu mènes une enquête sur le type douteux que je suis ?" demande J.B. tandis que le jeune homme l'abreuve ainsi de questions. Cependant Roy assure que ce n'est pas le cas, il veut seulement connaître un peu mieux son nouvel ami, à titre personnel. Alors, tournant vers l'homme un regard grave, il pose enfin la question qui le préoccupe tant: "Jacques.... Votre boulot.... Qu'est-ce que c'est ?" Poussant un profond soupir, le tueur à gages ne répond pas tout de suite, mais finit quand même par lancer évasivement qu'il fait un travail qu'un gamin comme Roy ne pourra jamais comprendre toute sa vie durant. Le jeune homme va pour protester, cependant il n'a pas le temps d'insister davantage: une jolie adolescente aux longues tresses blondes surgit dans son dos et lui couvre la tête d'une couronne de fleurs - avant de faire la même chose au malheureux J.B. en dépit de toutes ses protestations ! "ça ne vous va pas du tout...." profère Roy, toisant le quadragénaire coiffé de la sorte sous les rires amusés de la jeune fille. - "Pas la peine d'en rajouter", répond J.B. boudeur.

Tandis que l'adolescente, Michelle, les quitte pour aller s'amuser avec les autres orphelins dans la rivière, Roy conte à Jacques son histoire: Michelle souffre d'une maladie qui l'a privée de sa voix depuis le jour où des cambrioleurs se sont introduits dans sa maison et ont abattus ses parents sous ses yeux. Le choc avait été si grand que lorsque la fillette était arrivée à l'orphelinat, elle était semblable à une coquille vide. A présent Michelle a enfin retrouvé le sourire, et tous les jours elle rit ainsi comme un ange. Mais elle n'est pas la seule a avoir dû surmonter des épreuves terribles; tous les enfants qui se trouvent à l'orphelinat ont connu des drames à peu près similaires: à cause d'adultes vivant dans l'erreur, ces enfants ont tous été mêlés à des crimes ou des actes de violence. Pourquoi a-t-il fallu qu'en ce monde aient créées les armes à feu ? Alors que de telles inventions ne peuvent venir au secours de personne.... Ces paroles de Roy laissent J.B. songeur. Comment en entendant de tels propos oser avouer au jeune homme son terrible métier ?

En fin d'après-midi, alors que la petite troupe reprend enfin le chemin de l'orphelinat, ils trouvent ce dernier assailli par des voyous. Ceux-ci s'amusent à briser à coups de batte de baseball les vitres de cet établissement qu'ils prétendent "inutile", rien que pour évacuer le stress ! Mais en apercevant Michelle, qui a bien grandi et est devenue plutôt féminine depuis le temps qu'ils ne l'avaient vue, les délinquants changent soudain de centre d'intérêt: agrippant la jeune fille par le bras, l'un des deux voyous lui propose de venir "s'amuser" avec eux. Aussitôt Roy se précipite au secours de son amie, hélas non seulement son adversaire est plus grand et plus fort que lui, mais il a surtout davantage l'habitude des bagarres qu'un garçon élevé chez les religieuses ! Heureusement, J.B. intervient pour mettre fin à la querelle en maîtrisant sans difficulté le voyou, évitant à Roy de se faire cogner dessus. L'altercation aurait pu s'arrêter là si l'autre délinquant, voulant venger son camarade, n'avait essayé de frapper le quadragénaire avec sa batte de baseball. Il ignore que J.B. est un vrai professionnel de l'art du combat, et ainsi attaqué, sa nature de tueur se réveille d'un coup: non seulement il évite l'assaut facilement mais il contre-attaque à la vitesse de l'éclair, sous les regards médusés de l'assistance. Puis c'est au tour du premier délinquant de mesurer à nouveau la puissance de cet adversaire inattendu. Hélas une fois qu'il est lancé, J.B. n'est pas disposé à s'arrêter facilement: quand agrippant le voyou par les cheveux l'homme s'apprète à lui écraser la face contre les débris de verre tranchants de la fenêtre - ce qui l'aurait probablement tué ou tout au moins gravement mutilé - il faudra les appels horrifiés de Roy pour que le tueur interrompe son geste juste au dernier moment. "Jacques, tu vas trop loin !! ça suffit, arrête !!" Soeur May-Ann elle aussi ne peut en supporter davantage et se joint au jeune homme pour prier fermement son hôte de cesse cette violence devant les enfants.

Avant de partir, les deux délinquants furieux d'avoir été mis à mal lancent un avertissement: ils se vengeront de ce qui s'est passé aujourd'hui. Leur patron veut à tout prix s'approprier le terrain sur lequel est bâti l'orphelinat; il suffit que leur boss en donne l'ordre, et dès le lendemain-même la bande de voyous donnera l'assaut à ces lieux et fera de ses occupants un bain de sang. Sur ces paroles les deux intrus repartent dans leur auto, laissant Soeur May-Ann inquiète et désemparée. Elle se tourne néanmoins vers J.B., assurant qu'elle lui sait gré de ses intentions en intervenant ainsi; néanmoins, après avoir été malmenés de la sorte, qui sait ce que les voyous feront la prochaine fois ? "Vous allez continuer à subir toutes ces violences en attendant simplement que passe la tempête...?" demande l'homme qui a peine à comprendre une telle passivité. - "Oui.... Car rien ne peut être résolu par la force brute." May-Ann remercie sincèrement J.B. d'avoir sauvé Roy, mais assure que dorénavant le règlement de cette affaire est leur problème à elle et aux occupants de cet orphelinat; ainsi, la religieuse supplie leur bienfaiteur de se tenir tranquille et de rester en dehors de toute cette histoire. Le tueur ne répond rien, se contente de regarder la religieuse s'éloigner avec les enfants d'un air songeur avant de s'en aller à son tour sous le regard désemparé de Roy, qui ne tarde pas à s'élancer à sa suite.

Tandis que le jeune homme le rejoint à l'extérieur, Jacques s'excuse d'avoir pêté les plombs tout à l'heure et d'en avoir trop fait; néanmoins Roy proteste, s'excusant à son tour: tout est de sa faute selon le garçon car s'il n'avait pas été si faible, il aurait pu lui-même faire leur affaire à ces voyous. J.B. lui assure pourtant qu'il s'est battu avec courage: c'est bien Roy qui a sauvé Michelle, lui n'a fait que se laisser aller à la violence, cependant le jeune homme reste persuadé du contraire. Roy voudrait tellement devenir très fort, acquérir le pouvoir de protéger lui-même tous ceux qui lui sont chers ! En voyant J.B. se battre tout à l'heure, même lui a compris qu'il n'avait pas affaire à n'importe qui. Alors, sur un ton pressant, Roy supplie l'homme de lui apprendre à se battre, car il désire devenir aussi fort que lui ! Mais contre toute attente, la réponse de J.B. ne manque pas de laisser le jeune homme pantois: "Je ne suis pas fort du tout" prononce le tueur, catégorique. Afin d'oublier quelque peu les souillures de son âme, il ne fait que se raccrocher à Roy et ses camarades, se repentant de ses actes devant Dieu afin de pouvoir continuer tant bien que mal à vivre. J.B. se voit comme le plus faible et le plus répugnant, comme le pire des hommes. S'il a un tas de choses à apprendre des orphelins, lui-même n'a rien qu'il puisse leur enseigner. "Rentre vite. Michelle t'attend." Et sur ces dernières paroles, J.B. masque à nouveau son regard désabusé derrière ses lunettes de soleil, fait démarrer sa voiture malgré les appels désespérés de Roy. Le jeune homme et son amie ne peuvent que contempler tristement le véhicule s'éloigner à l'horizon....

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Les événements tragiques qu'appréhendait tant la religieuse et devaient bouleverser à jamais la vie de Roy devaient avoir lieu peu de temps après. Ce jour-là Michelle s'en revient de chez l'épicière avec le petit Dany, qui pour l'occasion s'est improvisé son chevalier servant, lorsque soudain ils se font aborder par les voyous de tantôt. Ceux-ci épiaient la rue depuis leur voiture et ne vont pas laisser cette chance de se venger de l'humiliation qu'ils ont subi en s'en prenant aux deux occupants les plus faibles de l'orphelinat ! Malgré son jeune âge, Dany s'efforce de son mieux de défendre son amie, mais bien sûr il ne fait pas le poids tandis que le soulevant de terre par son col de chemise, l'un des délinquants menace de l'étrangler ! Tout ce que le garçonnet parvient à faire est de supplier Michelle de s'enfuir. Terrorisée, l'adolescente se met alors à courir de toute la vitesse de ses jambes. L'autre voyou se lance aussitôt à sa poursuite et n'a pas grand mal à la rattraper en l'agrippant par l'une de ses nattes. Précipitée à terre, la jeune fille qui n'a plus de voix ne peut même pas appeler du secours. Mais tandis qu'elle se retrouve ainsi à la merci de son agresseur, lui apparaît soudain le visage de Roy. Péniblement les sons commencent à sortir de sa gorge alors que Michelle appelle désespérément le nom de son ami....

Le soir venu, Roy et Soeur May-Ann parcourent les rues de la ville à la recherche de la jeune fille, accompagnés de Dany qui les a averti de ce qui s'est passé et ne cesse de pleurer, croyant que tout est de sa faute. C'est la religieuse qui aperçoit la première la silhouette de Michelle dans une ruelle sombre, mais tandis qu'elle va pour l'appeler May-Ann se fige net, saisie d'horreur: à l'état dans lequel se trouve l'adolescente, à genoux sur le sol les vêtements en lambeaux, elle n'a aucun mal à comprendre ce qui lui est arrivé. Lorsque Roy rejoint May-Ann, lui qui d'abord était ravi et soulagé que l'on ait enfin retrouvé son amie, se fige avec la même horreur stupéfaite en découvrant la malheureuse jeune fille. Et tandis qu'il prononce son nom sur un ton incrédule, Michelle sort enfin de l'état de prostration dans lequel elle se trouvait plongée. Néanmoins à peine a-t-elle posé les yeux sur Roy qu'elle se met à crier à la stupéfaction de ses amis, suppliant en larmes le jeune homme de ne pas la regarder. Probablement amoureuse de Roy en secret, cela la plonge dans une plus grande détresse encore que ce dernier puisse la voir dans un si pitoyable état.

La nuit est presque tombée lorsque Soeur May-Ann quitte enfin la chambre de Michelle. Celle-ci s'est enfin endormie, et la religieuse explique tristement à Roy qui l'attendait dans le couloir de laisser tranquillement la jeune fille se reposer: rien ne serait plus pénible pour Michelle que de voir le visage du garçon à présent. Roy propose d'appeler la police, mais May-Ann refuse: ce dont Michelle a besoin pour l'instant est du calme et du repos, si la police venait l'accabler de questions cela ne ferait que la blesser davantage. "Alors, on va rester là à pleurnicher !?" s'insurge Roy hors de lui. Cependant la religieuse le prie de se calmer: ce n'est pas ce qu'elle a voulu dire, mais d'abord il leur faut emmener Michelle à l'hôpital et lorsque psychologiquement son état se sera stabilisé.... "D'ici là il sera trop tard !" coupe immédiatement le jeune homme, jusqu'à ce que May-Ann le rappelle une nouvelle fois à l'ordre: Roy aura beau crier, ce n'est pas cela qui va résoudre l'affaire ! S'il s'inquiète vraiment pour son amie, il lui faut réfléchir tout en conservant son sang-froid ! Ces paroles, loin de l'apaiser, ne font qu'exacerber encore davantage la colère du jeune homme. "Réfléchir, prier, ce n'est pas cela qui va rendre son honneur à Michelle ! Il existe des cas où l'on ne peut résoudre les problèmes que par une action immédiate !!" Et sans écouter les appels de May-Ann qui le supplie d'attendre sans se laisser aller à la précipitation, Roy quitte la pièce pour s'en aller agir de son côté. Plus inquiète que jamais, craignant un nouveau drame, la religieuse ne peut que s'assoir pour prier. Quant à Roy, il appelle le petit Dany qui écoutait en tremblant cette conversation dissimulé derrière une plante verte. Son aîné arbore un visage effrayant qu'il peine à reconnaître lorsque Roy demande au garçonnet s'il se souvient du visage de l'homme qui a blessé leur amie.

Un épais rideau de pluie s'abat sur la ville quand embusqué dans la ruelle qui longe l'immeuble où se trouve le repaire des voyous, Roy attend patiemment leur retour. Lorsque ceux-ci arrivent enfin, ils échangent des propos salaces faisant naître une rage sombre dans le coeur du jeune homme: le violeur n'a qu'un seul regret, celui de n'avoir pas pu entendre les cris de sa victime à cause de son mutisme ! Tirant un couteau de la poche de son sweet, Roy va pour s'élancer à l'assaut des voyous lorsque soudain, un bras puissant le retient par le cou et le tire en arrière. Aussitôt le garçon fait volte-face, prêt à frapper son agresseur, mais à sa grande surprise il découvre que ce n'est que J.B. Roy n'a pas le temps de lui demander ce qu'il fait là qu'entendant que ceux qu'il est venu châtier s'apprètent à rentrer dans le bâtiment, il veut à nouveau se précipiter sur eux. Mais encore une fois, J.B. le retient fermement. "Calme-toi ! lui enjoint-il. Tu comptes les attaquer muni de ce seul couteau !?" - "Lâche-moi !! hurle Roy en se démenant de toutes ses forces. Ces types ont violé Michelle !! Même si je dois me faire mettre en pièces je les buterais !!" A ces cris, l'un des voyous s'arrête soudain pour prêter l'oreille à travers le bruit de la pluie, regardant en direction de la ruelle. Alors, afin que tous deux ne se fassent pas repérer, J.B. assène à son compagnon un violent coup de poing dans l'estomac qui lui coupe aussitôt le souffle. "Jac.... ques.... Pour.... quoi...." A peine a-t-il le temps de bredouiller cette question que Roy s'évanouit dans les bras du tueur. L'enveloppant précieusement dans sa longue gabardine, J.B. se plaque contre le mur, hors de portée des regards de l'ennemi qui finit par partir sans chercher plus avant. Alors, une fois qu'ils se retrouvent seuls, l'homme répond à la question de Roy, bien que ce dernier ne puisse plus l'entendre: "Parce que tu es trop pur, trop "blanc"...." Plus un être est blanc, plus les taches de sang laissent une marque profonde sur son âme, et pour laver ce sang, on n'a d'autre choix que de souiller à nouveau ses mains avec du sang. Un meurtre déclenche ainsi l'engrenage d'un cycle infernal. J.B. refuse qu'un ange comme Roy contemple un tel Enfer, il fera donc tout son possible pour le préserver....

Un peu plus tard lorsque Roy reprend enfin connaissance il se retrouve dans l'appartement de J.B., couché dans son lit. Le voyant éveillé, l'homme lui apporte un café, l'enjoignant de boire pour se réchauffer. Mais le jeune homme se contente de détourner la tête et arborant un visage douloureux, demande la raison pour laquelle J.B. lui a fait obstacle tout à l'heure. Ce dernier répond sans embage que s'il n'était pas intervenu, nul doute que c'est Roy qui aurait été changé en cadavre le premier. "Je les aurais butés avant !" réplique le garçon rageur. - "Tu veux jouer les kamikazes ? ça ne se fait plus de nos jours." Mais qu'est-ce que Jacques pourrait comprendre à tout ça ? Alors qu'il n'apparaît qu'au moment où ça l'arrange, n'avait même pas écouté la requête de Roy quand ce dernier avait fait appel à lui ! Le jeune homme se laisse ainsi aller à la rancoeur, avant de réaliser soudain qu'il se trompe de cible tellement il est perturbé. "Pardon.... s'excuse-t-il confus. Je n'avais pas l'intention de vous faire des reproches...." - "ça m'est égal, car au fond tu as raison." Néanmoins, J.B. recommande à Roy de reprendre son sang-froid: même s'il tue ces voyous, ce n'est pas cela qui fera revenir l'honneur de Michelle. A ces mots, le jeune homme ne parvient plus à contenir son chagrin, et d'une voix brisée, raconte à J.B. comment suite à un tel drame Michelle a enfin retrouvé la voix. Roy et ses amis désiraient tellement l'aider à guérir, et il a fallu que cela se produise d'une telle façon.... "C'est vraiment trop cruel...." achève le jeune homme en pleurant.

Roy paraît si malheureux du mal qu'on a fait à celle qu'il considère comme sa petite soeur que soudain, J.B. prend sa décision: ouvrant l'un des tiroirs de la commode, il en tire un revolver qu'il pointe sur la tête de son compagnon. "Tantôt.... tu m'as demandé quel était mon travail. Je suis un nettoyeur. Spécialisé dans les êtres humains." - "....Tu tues des gens.... sur demande ?" interroge le jeune homme livide. - "C'est exact." Baissant son arme, J.B. se lève, expliquant qu'il est l'un des tueurs à gages les plus habiles et les plus renommés, et qu'en conséquence, ses honoraires sont très élevés. "Mais quoi qu'il en soit, achève l'homme en se tournant vers Roy, tu n'as pas l'intention de passer contrat avec moi ?" En effet le jeune homme a une toute autre idée en tête: il souhaite faire de ses propres mains la peau à ces voyous; ainsi, résolu et plein de détermination, il supplie Jacques de lui enseigner son métier. "Et comment vas-tu me payer les cours ?" demande aussitôt le tueur. Il sait très bien que l'orphelin n'a pas un sou. Néanmoins Roy lui assure qu'il le paiera, même s'il doit pour cela trimer comme un esclave toute sa vie durant. "ça te reviendra cher", lance Jacques avec un sourire, mais il tend la main au jeune homme, que ce dernier serre afin de sceller leur contrat. A cet instant, Roy lui-même remarqua combien sa main tremblait en prenant celle du tueur, car jusqu'à ce jour, il était convaincu que jamais il ne toucherait une arme à feu de toute son existence.

Néanmoins le destin en a décidé autrement, et Roy commence donc un entraînement intensif sous la houlette de Jacques. Cela va de l'assemblage et du chargement d'une arme, au combat au corps à corps, et bien sûr à l'apprentissage du tir. Tout en s'appliquant, le jeune homme se disait que si Michelle avait porté une arme sur elle pour se protéger et avait été capable de tirer, elle aurait pu échapper à cette agression tragique. Même si Roy s'était trouvé auprès d'elle à ce moment-là, il aurait suffit que les adversaires soient en nombre pour qu'en fin de compte cela n'eût rien changé. Et que dire si les voyous avaient été armés ? Nul doute que le résultat aurait été encore pire, Michelle et lui auraient sans doute été tués. D'après ce que Jacques a enseigné à son disciple, lorsque l'adversaire pointe son arme sur vous il est déjà trop tard. Un seul instant d'hésitation détermine la vie ou la mort. Alors si l'on veut survivre, il faut savoir tirer sans la moindre hésitation.

Les jours passent. En échange de ses cours, Roy est pour ainsi dire devenu la "bonne à tout faire" de J.B. Un matin que le jeune homme revient des commissions chargé comme une bourrique, demandant quelle corvée il doit exécuter ensuite - essuyer les carreaux ou masser les épaules de son maître ? - il découvre ce dernier endormi sur le canapé, un livre ouvert sur la poitrine. Tandis qu'il s'approche pour contempler le dormeur, mû par une impulsion irrésistible, Roy s'agenouille pour se pencher lentement vers l'homme, approchant ses lèvres des siennes. Son geste est néanmoins arrêté par le canon du revolver soudain pointé sur son menton. "J'enseigne uniquement la façon d'utiliser ça , prononce J.B. en ouvrant les yeux. Alors réfrène tes ardeurs. Excepté ce qui concerne le maniement des armes, tu ne dois pas montrer d'intérêt pour moi." - "Aah, j'ai compris", répond Roy honteux et vexé. Sans doute son maître ne le juge-t-il pas assez attirant pour accepter de sa part ne serait-ce qu'un léger baiser. "Ce n'est pas ce que j'ai dit", répond aussitôt J.B. Seulement, il avertit son disciple de ne pas se laisser entraîner par la curiosité, car s'il se fait mettre les os à vif, le garçon aura bien du mal à tirer ! Songeur, Roy médite quelques instants sur le sens énigmatique de ces paroles; mais ses joues ne tardent pas à s'empourprer de honte lorsqu'il comprend enfin ce que ces mots signifient ! "Vous.... Vous m'en direz tant ! bredouille-t-il affolé. Et d'abord d'où vous vient une telle confiance en vous !?" - "Combien crois-tu que j'ai étreint de partenaires depuis l'époque où tu portais encore des couches ? En outre.... ajoute J.B. en se redressant et se replongeant nonchalamment dans sa lecture, je ne manque pas d'amants au point d'avoir à porter la main sur un petit puceau."

Le tueur n'a pas plus tôt prononcé ces mots qu'il manque se manger une pomme en pleine figure ! Roy se tient devant lui, furieux d'avoir été qualifié de la sorte - d'autant plus que c'est vrai ! "Quand vas-tu te décider à me considérer comme un adulte, espèce de vieux satyre !!" Et fulminant, le jeune homme s'en va en claquant la porte. ".... vieux satyre...." répète J.B., nullement démonté, en croquant sa pomme. Cependant Roy n'est pas plus tôt sorti qu'il revient subitement dans la pièce. "Te voilà vite de retour," remarque son maître. Mais ignorant ses sarcasmes, Roy s'appuie sur les jambes de J.B. pour se pencher à nouveau vers lui. "Je paierais un supplément sur le montant de mes cours, mais apprend-moi aussi à embrasser ! Si tu le fais je te promets que dorénavant je me concentrerais uniquement sur mon entraînement !!" Le tueur ne cache pas sa surprise face à une telle détermination, néanmoins, il continue de refuser. "Si tu demandais plutôt à ces filles qui se promènent sur le trottoir ? Je suis sûr qu'elles se feraient un plaisir de t'apprendre tout ce que tu veux. Tu n'as que l'embarras du choix dans la rue derrière ce bâtiment." - "Je veux que ce soit toi qui me l'apprenne ! rugit Roy, vexé que son maître se moque ainsi de lui. Combien de fois as-tu l'intention de me faire répéter une requête aussi honteuse !! Tu es un adulte ! C'est ton devoir de me guider correctement....!" - "Ah, arrête un peu de couiner, tu me casses les oreilles !" Et sur ces mots, l'agrippant par son T-shirt, J.B. attire brusquement le jeune homme à lui pour s'emparer de ses lèvres. L'enlaçant, il étend Roy sur le canapé pour un baiser long et profond à lui couper le souffle. A peine le tueur libère-t-il son disciple un instant pour lui permettre de reprendre une bouffée d'air qu'il repart à l'assaut, ne lâchant le garçon que lorsque ce dernier se retrouve au bord de l'évanouissement ! "Si ça te suffit, va faire à bouffer. Après mangé on retourne à l'entraînement." Et sur ces paroles dénuées du moindre érotisme malgré ce qu'il vient de faire, J.B. se lève, laissant son disciple sans force sur le canapé. ".... Vieux satyre...." murmure Roy, les yeux humides et mi-clos.

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Le temps continue sa course tandis que maître et disciple poursuivent leur cohabitation. Un jour que les yeux bandés, Roy s'entraîne à monter un revolver le plus rapidement possible tandis que Jacques chronomètre sa performance, le jeune homme demande tout à coup à ce dernier quand est-ce que l'homme considèrera qu'il a obtenu son diplôme. Mais éludant cette question, quand Roy a enfin fini de monter l'arme, J.B. observe qu'il est trop lent: en situation réelle le temps que le garçon achève l'assemblage et il serait déjà mort. Ces propos déclenchent une vive protestation de la part du jeune homme: selon lui l'apprentissage du montage d'un revolver ne lui est d'aucune utilité, il lui suffit d'acquérir l'habileté nécessaire pour faire sauter à coup sûr la cervelle de ses ennemis ! Cependant, le visage grave, J.B. répond que Roy n'a toujours pas appris ce qu'il y a de plus important: le poids du péché d'avoir ravi par les armes la vie d'autrui. "Attendez un peu.... l'arrête Roy dérouté. Je croyais que vous approuviez ma vengeance et que c'était pour cela que vous aviez accepté de m'aider !?" Si ce n'est pas le cas, quel est le sens, le but de ce que lui a enseigné le tueur jusqu'à maintenant !? "Je ne t'ai jamais dit que j'allais te prêter main-forte pour accomplir ta vengeance, répond J.B. catégorique. Ce que je suis en train de t'apprendre, ce sont des techniques d'auto-protection."

Tel que le jeune homme est devenu à présent, même si un ennemi venait encore à attaquer, Roy serait sans doute capable de protéger l'orphelinat. Le tueur désirait le préparer à toute éventualité, mais en aucun cas l'éduquer dans le but d'en faire une machine à tuer. A ces mots, Roy fronce les sourcils, pris d'un subit accès de colère. "Vous m'avez trompé !" lance-t-il à J.B. en frappant rageusement le livre que tenait ce dernier. - "C'est toi qui t'es mépris depuis le début", répond l'homme sans se départir de son calme. Et reprenant sa lecture, il tend la main vers son disciple, le sommant de lui rendre son revolver. Mais nullement disposé à obéir, Roy lui pointe l'arme sur la tempe. "Merci d'avoir eu pitié de nous, Jacques. Mais tu ferais mieux de ne plus remettre les pieds à l'orphelinat. Si tu y reviens, je te ferais sauter la cervelle." Et après avoir proféré cette menace d'un regard à demi-fou, Roy quitte l'appartement en claquant la porte. "Jésus.... soupire Jacques scandalisé. Ce que les anges se transforment vite en démons...."

Au crépuscule, comme quelques semaines plus tôt, Roy s'embusque dans la ruelle logeant le repaire des voyous. "Je ne compterais plus jamais sur personne, se promet-il, serrant le revolver caché sous sa chemise. Je vais régler cette affaire de mes propres mains." C'est ainsi que quelques instants plus tard, le jeune homme fait irruption dans l'appartement où se réunissent les délinquants et leur boss, à la stupéfaction de ces derniers. "Sa.... Salut.... Ce ne serait pas Roy ?.... Qu'est-ce que c'est que ces manières...." bredouille l'un des deux voyous qui ont attaqué l'orphelinat, tentant de donner le change malgré le canon de l'arme pointée sur son menton. "Je suis venu afin de juger vos crimes", répond Roy résolu, avant d'ordonner à tous les occupants de la pièce de s'allonger sur le plancher en croisant les bras derrière la tête. Excepté les dénommés Bean et Jim, qu'il somme de se plaquer contre le mur. Livides, ces derniers protestent ne pas comprendre ce que leur veut le garçon: il ne se souviennent pas avoir fait du tort à Roy au point que celui-ci ait envie de les tuer !? "Les crimes que vous avez commis sont tellement nombreux que vous ne vous en rappelez même pas....? prononce le jeune homme d'un sourire ironique. Ceci est la vengeance de Michelle !" A ces mots, Jim et Bean comprennent enfin et pris de panique, tentent de se renvoyer la responsabilité au sujet de ce viol. Mais sans écouter leur propos écoeurants de lâcheté, Roy pointe son revolver sur eux. "Demandez pardon à Michelle en mourant...."

Néanmoins au moment d'appuyer sur la détente, la main du jeune homme est secouée de violents tremblements. Le visage couvert de sueurs froides, le souffle court, à cet instant lui reviennent en mémoire les paroles de J.B.: "Tu n'as pas encore appris le plus important: le poids du péché d'avoir ravi par les armes la vie d'autrui." "Alors que je les tiens à ma merci.... Pourquoi est-ce que j'hésite face à de pareilles crapules....!!" Mais d'autres sont bien décidés à profiter des hésitations du jeune homme. Dans son dos, s'emparant d'un livre, le chef des voyous le lui balance soudain dans les côtes juste au moment où Roy criait "Je vais tirer !!" Le coup part, mais se contente de frapper le mur juste entre les deux délinquants terrorisés. "Maintenant !!" hurle leur chef en s'élançant vers le jeune homme pour lui arracher son arme. Jim et Bean font aussitôt volte-face, si bien que précipité violemment contre le mur de la pièce, Roy en a le souffle coupé et reste un bon moment à tousser à genoux sur le sol. Cela suffit largement à Bean pour récupérer son arme et la lui pointer sur la tête. "Retournement de situation, Roy, lance le voyou moqueur. Voilà ce que c'est que de faire des choses qui ne te ressemblent pas. Il n'y a aucune raison pour qu'un mec comme toi soit capable de tirer, espèce de lâche." Furieux d'avoir eu la peur de sa vie, son complice Jim exhorte Bean à tirer, ce que ce dernier compte bien faire avec joie. "Bye bye, orphelin. Tu pourras prier depuis le Paradis."

Livide, Roy ferme les yeux tandis que retentit une détonation. Lorsqu'il les rouvre un instant plus tard, surpris d'être encore en vie et de sentir un liquide chaud couler sur son visage, Bean s'effondre tué d'une balle dans la tête, l'aspergeant de sang. Affublé de ses verres fumés et de sa gabardine noire qu'il porte quand il exécute un "travail", J.B. se tient dans la pièce, un revolver dans chaque main dont l'un dont le canon fume encore. Il vient juste de tirer, sauvant in extremis la vie du garçon. Mais l'homme ne s'arrête pas là: à présent qu'il a commencé il lui faut éliminer tous les témoins de cette scène. Les uns après les autres, il se met donc en devoir d'abattre tous les délinquants, leur chef y compris. Les coups de feu résonnent dans la pièce, ponctués des cris des mourants et d'appels au secours terrorisés. Assis par terre appuyé contre le mur, pétrifié, Roy contemple en tremblant ce spectacle horrible sans pouvoir en détacher les yeux: enfin il réalise ce qu'est vraiment un meurtre dans toute son atrocité. Puis, sa besogne achevée, J.B. se dirige à pas sonores vers le jeune homme, le tire violemment par un bras pour l'attirer à lui. "Tu n'es pas blessé ?" demande le tueur en serrant son disciple très fort dans ses bras, exprimant par ce geste toute l'inquiétude qu'il a ressentie. Les dents serrées, Roy ne parvient à répondre qu'en secouant la tête, avant de se blottir rassuré contre l'épaule de son sauveur, goûtant la sécurité de ses bras....

"On dirait bien que personne ne nous suit", remarque Jacques un peu plus tard, épiant par la fenêtre de son appartement où son disciple et lui sont finalement parvenus à se réfugier sains et saufs. Penaud, Roy tente de lui dire quelque chose, mais le tueur lui coupe la parole pour l'emmener sous la douche: le jeune homme est couvert de sang, que ce soit son visage ou sa chemise, et il faut à tout prix effacer ce témoignage éloquent de ce qui vient de se passer. Son maître a beau lui ordonner de se taire, Roy, secoué de sanglots nerveux et en état de choc, ne peut s'empêcher d'exprimer son horreur: "Jacques.... Du sang.... Il y a plein de sang...." Mais furieux, J.B. l'empoigne fermement par les deux bras. "Pourquoi es-tu allé là-bas tout seul !! C'était impossible pour toi, tu aurais dû le comprendre, non !!?" A moins que depuis le début, le jeune homme avait calculé que de toute façon J.B. viendrait son aide !? "C'est faux.... Je.... Je...." Le garçon est si bouleversé que finalement l'homme n'a pas le coeur de l'accabler davantage: cessant ses reproches, J.B. serre Roy dans ses bras. "Il n'y avait aucune raison que tu puisses tirer, Roy.... prononce Jacques tendrement en caressant les cheveux de son disciple. Un garçon doux et gentil comme toi est incapable de tuer un être humain...."

Peu après, lorsque Roy sort enfin de la salle de bain, à sa grande surprise il trouve J.B. occupé à faire ses valises: après ce que le tueur vient de faire, il lui est désormais impossible de continuer à séjourner dans cette ville, il lui faut la quitter immédiatement. Pris de panique, le jeune homme propose aussitôt de partir avec lui, cependant J.B. refuse catégoriquement: il ne peut davantage servir de nounou à un gamin, et voilà dans quelle situation il s'est mis pour avoir montré un peu de compassion ! Pourtant Roy insiste, suppliant son maître de ne pas l'abandonner, de ne pas le laisser seul. "Il me semble que tu n'es pas seul ? Retourne tout de suite à l'orphelinat." - "Si vous me laissez, peu importe la personne avec qui je me trouverais, c'est comme si j'étais complètement seul !" Et sur cet aveu si éloquent, le jeune homme enchaîne tous les arguments susceptibles de convaincre J.B. de l'emmener, promettant que ce qui s'est passé aujourd'hui ne se renouvelera pas, de s'entraîner davantage au maniement du revolver, de faire encore plus d'efforts afin de ne pas devenir un poids mort pour son maître. Néanmoins, malgré toute sa ferveur, J.B. reste sourd à ses supplications, proférant un "non" sans appel. Alors, en dernier recours, Roy n'a pas d'autre choix que de dévoiler le fond de son coeur: "Jacques ! Je suis vraiment sérieux, je vous ai...."

Le tueur ne le laisse pas achever sa déclaration: attirant brusquement le jeune homme à lui, ne pouvant davantage continuer de jouer les indifférents, il s'empare passionnément de ses lèvres. "Je suis dangereux", avertit l'homme, lui-même en train de succomber à ses propres sentiments. Je t'avais pourtant dit de ne pas t'immiscer dans ma vie." - ".... Il est déjà trop tard...." répond Roy, les yeux emplis de larmes. Et tandis que son maître l'embrasse à nouveau, il avoue avoir été attiré par J.B. dès la première fois qu'il a posé les yeux sur lui. Le jeune homme ne désire rien tant qu'en apprendre davantage sur Jacques, que mieux le connaître.... "Si tu restes avec moi, inutile d'espérer une paix comme celle que tu goûtais à l'orphelinat. Je suis un Dieu de la Mort, qui tue des gens pour de l'argent." - "Alors, marque-moi immédiatement de ton sceau, comme signe que j'appartiens au Dieu de la Mort.... Car je te voue mon âme...." Et sur ces mots, Roy laisse glisser à terre la simple chemise dont il était revêtu. Entièrement nu, passant les bras autour du cou de son maître, il se hisse sur la pointe des pieds pour pouvoir à son tour accéder aux lèvres de son bien-aimé....

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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Quelques instants plus tard, le couple se retrouve enlacé sur le lit. "Tes ailes blanches.... Elles vont se teinter de noir", avertit le tueur en baisant la main de son disciple. "Je n'ai pas d'ailes.... répond Roy aussitôt, attirant le visage de J.B. à lui afin de l'embrasser. Je ne suis pas un ange...." Et comme si cette affirmation du jeune homme était le signal, l'assurance qu'il est prêt à s'offrir quoi qu'il doive lui en coûter, Jacques entâme aussitôt ses caresses. Mais tandis qu'il entreprend d'initier ce corps encore vierge, à chaque fois qu'un soupir brûlant vient s'échapper d'entre les lèvres de Roy, l'homme ne peut étouffer le sentiment d'être en train de commettre un crime: de sa main souillée de sang il viole le corps d'un ange, d'un ange pur et innocent. Et tandis que les hurlements de sa victime lorsqu'il lui arrache les plumes se changent peu à peu en halètements chauds et langoureux, faisant trembler ses ailes blanches, l'ange vient chûter dans les bras du Dieu de la Mort. Mais malgré ce douloureux sentiment de culpabilité, ce n'est pas pour autant que Jacques interrompt ses caresses: sans hésitation il finit par s'emparer du corps de Roy, qui se raccroche éperduement à lui en prononçant son nom. A chaque fois que le jeune homme dans ses bras frémit sous ses coups de hanche, le tueur ne peut se défaire de l'illusion de voir des plumes blanches se détacher et tourbillonner autour de lui. Et ce voluptueux corps d'albâtre flottant sur la blancheur des draps.... Rien que de contempler cette peau luisante légèrement rosie, l'homme en a des vertiges.... "De tous les innombrables crimes que j'ai perpétrés dans ma vie, il n'y en a probablement pas de plus terrible, profère J.B. mentalement. J'ai violé un ange."

Le lendemain, l'aube vient tout juste de poindre sous un temps toujours aussi mauvais lorsque Roy s'éveille enfin de son sommeil profond. Il est seul dans la chambre, mais à peine s'étonne-t-il de l'absence de Jacques que le jeune homme découvre une lettre posée sur la table de chevet à ses côtés. Une lettre d'adieu. Et à peine l'a-t-il lue que Roy enfile en hâte ses vêtements pour se précipiter dehors sous la pluie battante, courant de toute la vitesse de ses jambes. "Mon bien-aimé Roy, dit la lettre de J.B., écrite durant le sommeil de son disciple. Quand tu liras ceci, j'aurais déjà probablement quitté la ville. Roy. J'éprouve tant de reconnaissance pour notre rencontre. Dans mon existence cheminant de meutre en meutre, ce fut une chance de rencontrer un ange tel que toi. Le peu de temps que nous avons passé ensemble, j'ai goûté un tel appaisement.... Il est possible qu'après t'être offert à moi, tu penses que tes ailes se sont teintées de noir, mais rassures-toi: elles demeurent aussi blanches qu'auparavant. A présent il n'est pas encore trop tard. Oublie tout. Mon existence, les revolvers, efface tout cela de ta mémoire. Ensuite, trouve-toi un travail convenable. Tu n'es pas fait pour devenir un assassin. Vole librement de tes propres ailes, sans être entravé par qui que ce soit. Depuis des cieux lointains, je prierais pour ton bonheur. J.B."

Espérant encore pouvoir rattraper son maître avant qu'il ne disparaisse à jamais de sa vie, Roy continue d'arpenter le plus vite qu'il peut les rues de la ville. Mais Jacques est probablement déjà loin, embarqué dans un avion pour quelque pays étranger. Sa course est vaine, et trébuchant sur la chaussée devenue glissante à cause de la pluie, le jeune homme finit par s'étaler de tout son long sur le sol boueux. "Je.... ne.... suis pas un ange !...." sanglote-il en se redressant péniblement. Et le visage inondé de larmes, Roy se met à appeler de toutes ses forces le nom de Jacques, dans un cri désespéré déchirant le rideau de la pluie....

Un an s'est écoulé depuis qu'après sa séparation avec J.B., Roy a quitté l'orphelinat. Etudiant en autodidacte l'art de manier les armes à feu, il a finalement choisi la voie que son maître l'avait conjuré d'oublier. C'est ainsi qu'un jour de pluie semblable à celui qui a marqué sa vie une année plus tôt, arborant un look rebelle - cheveux piques teintés, blouson noir et lunettes de soleil - complètement différent de son aspect d'enfant sage d'autrefois, le jeune homme pénètre dans un bar gay où il commande un bourbon. Un client plutôt séduisant qui se tient au comptoir commence aussitôt à le draguer, mais ce n'est nullement en quête d'un partenaire d'un soir que Roy a mis les pieds en ces lieux: déjà il aperçoit dans un coin de l'établissement celui qu'il recherche. Alors, prenant congé du séducteur en lui lançant qu'il n'a d'intérêt que pour les vieux, armant son revolver de ses mains gantées de noir, le jeune homme se dirige vers la table du fond. Là, confortablement installé sur un canapé, un homme d'âge mur y devise gaiement entouré de deux garçons plus jeunes. Roy aborde cet homme vulgaire pour lui demander s'il est bien Mr. Bill Curby, et à peine a-t-il entendu sa réponse affirmative qu'il l'abat de sang-froid de plusieurs balles, créant une véritable panique dans l'établissement. Puis, sa tâche accomplie, d'un pas tranquille Roy se dirige comme si de rien n'était vers la sortie. "Tu.... Tu avais des raisons d'en vouloir à cet homme ?" ose demander le client qui le draguait quelques instants plus tôt. - "Non, c'est la première fois que je le vois." répond Roy nonchalamment. Et sur ces derniers mots, relevant le col de son blouson, le jeune homme s'en repart sous la pluie battante.

Tandis que Roy remonte la rue lentement, il entend soudain appeler le nom de "Jacques" derrière lui. Surpris, il ne peut s'empêcher de se retourner, pour apercevoir un homme inconnu discutant avec un adolescent. "Décidément il y a beaucoup de Jacques dans ce pays.... remarque le jeune homme d'un sourire amusé avant de lever la tête vers le ciel plombé, laissant la pluie fraîche baigner délicieusement son visage. "Quelque part dans le monde, mon "Dieu de la Mort" contemple-t-il lui aussi le même ciel ? Et moi, où vais-je m'enfuir.... Et si je me réfugiais au Japon ?...." C'était le pays du grand-père de Roy, et après s'être fait cette réflexion, le tueur à gages reprend tranquillement sa route tandis que ses pensées s'envolent vers son amour perdu: "Cet enfer répandu par les armes que m'a fait connaître le Dieu de la Mort, et le paradis dans son lit. Qui d'autre pourrait jamais m'enseigner une telle extase....? Voilà pourquoi je n'oublierais jamais, Jacques.... Même si toi tu dois m'effacer de ton souvenir. Toi, le ténébreux Dieu de la Mort qui a gravé ton sceau sur mon corps.... Toute ma vie durant, je ne t'oublierais jamais."

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© Kazuma Kodaka / Biblos

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