Ce matin-là, Ranmaru Saméjima se réveille de très mauvaise humeur. A son compagnon Enjôji qui lui demande la raison pour laquelle il s'en prend à lui de si bonne heure, Ranmaru répond qu'il devrait s'en douter, mais Kei a beau réfléchir, il n'y comprend rien. Avec irritation, s'habillant, Ranmaru se remémore la soirée de la veille: après sa douche, il profitait tranquillement de l'air frais du climatiseur, lorsque Enjôji, attiré par ses jambes nues et l'odeur du shampoing, lui avait sauté dessus. Déjà incommodé par la chaleur, à ce moment le jeune homme avait réalisé à quel point les longs cheveux d'Enjôji plaqués contre sa peau lui étaient désagréables. Et à force de se concentrer sur cette pénible sensation, Ranmaru, tandis qu'ils faisaient l'amour, n'avait pas joui ! C'est la première fois qu'une telle chose lui arrive, et en voyant Kei dormir du sommeil du juste sans s'être rendu compte de rien, furibond, le jeune homme s'était dit qu'il allait couper sur-le-champ cette satanée chevelure ! Il s'était retenu au dernier moment, mais le lendemain, lorsque Ranmaru avait demandé à son compagnon la raison pour laquelle il avait laissé pousser ses cheveux si longs, ce dernier, souriant, s'était contenté de répondre qu'il économisait ainsi le prix du coiffeur.
Ranmaru a beau se dire que ce serait si simple de demander à Kei de couper ses cheveux, il ne peut se résoudre à le faire, détestant imposer aux autres ses propres goûts. Depuis le collège, Enjôji avait pourtant les cheveux courts, et celà lui allait fort bien.... Tandis qu'il se fait tristement ces réflexions, le jeune homme est occupé à faire la cuisine, et plongé dans ses pensées, il ne remarque pas la présence de son ami qui l'agrippe par la taille. Saisi de surprise, Ranmaru se retourne en criant, brandissant le couteau qu'il avait à la main. Non seulement la lame tranche net une grande mèche des longs cheveux tant détestés, mais elle entaille aussi la joue d'Enjôji. Alors qu'il soigne son compagnon blessé, Ranmaru s'excuse, au bord des larmes. Mais Kei n'est pas en colère; il réconforte le jeune homme en lui assurant qu'il préfère celà à ce que Ranmaru se soit coupé un doigt. Par contre, sa coiffure défaçonnée, il n'a plus qu'à aller se faire couper les cheveux. Entendant ces mots, le visage de Ranmaru change radicalement d'expression. De désolé, il prend un air effrayant, disant: "Moi, je vais te les couper !..."
Enjôji accepte aussitôt, très heureux de se faire coiffer par son compagnon. Mais c'est la première fois que Ranmaru coupe les cheveux à quelqu'un, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas doué ! Au bout de quelques essais infructueux, catastrophé, le jeune homme renonce à poursuivre plus avant le massacre, et se précipite pour chercher une casquette. En affublant son ami, il lui fourre quelques billets dans la main, l'enjoignant à se rendre immédiatement chez le coiffeur. N'y comprenant rien, kei veut se regarder dans le miroir mais Ranmaru refuse et le jette hord de l'appartement, lui ordonnant de faire ce qu'il a dit au plus vite. Maugréant, Enjôji finit par traîner les pieds jusqu'au salon de coiffure. Là, il annonce à l'employé qu'il souhaiterait faire égaliser quelques mèches en désordre, mais à peine a-t-il ôté sa casquette que clients et employés doivent faire mille efforts pour ne pas éclater de rire. Surpris de cet accès d'hilarité, Enjôji se dirige vers un miroir, et découvrant sa coiffure mutilée, livide, il pousse un hurlement !
Au même moment, à l'université, Ranmaru n'arrive pas à se concentrer sur les cours. D'où il se trouve, il a l'impression d'entendre les cris de son ami. Il est certain que ce dernier doit être très en colère. Tandis que le jeune homme se noie dans ces pensées maussades, il entend soudain une voix qui l'appelle. Surpris, il découvre à quatre pattes sous son pupitre Kai Sagano, qui bien que n'étant qu'en première année s'est introduit en cachette dans le cours. Ravi de ne pas y trouver son frère, Kai en profite pour s'installer auprès de Ranmaru. Mais ce dernier ne prête aucune attention au jeune homme; en son for intérieur, il se dit qu'il aurait mieux fait d'accompagner Enjôji chez le coiffeur; car en restant là, il ne cesse d'imaginer ce que les conséquences de sa maladresse ont pu donner, craignant de retrouver son ami le crâne presque rasé. Déçu de ce manque d'intérêt à son égard, Sagano, bien décidé à profiter de l'absence de son aîné, revient à la charge et invite Ranmaru à venir déjeuner avec lui. Ce dernier refuse, assurant qu'Enjôji se mettra en colère, mais Kai insiste, et finalement il se laisse convaincre.
Un peu plus tard, Enjôji arrive au campus, irrité: à cause des bêtises de cet idiot de Ranmaru, il s'est mangé la honte au salon de coiffure, et afin de réparer le désastre, le coiffeur a été contraint de lui couper les cheveux très courts. Dans la cour de la fac, il rencontre deux camarades de classe auxquels il demande s'ils ont vu Ranmaru. Tout d'abord, ces derniers ne le reconnaissent pas, mais réalisant soudain qu'il s'agit de Kei qui a changé de look, les étudiants poussent une exclamation de surprise. Un peu inquiet, Enjôji demande à ses amis s'il n'a pas l'air trop bizarre, mais la jeune fille répond qu'au contraire, cette nouvelle coupe lui va fort bien ! L'étudiante déduit aussitôt de ce changement que ce doit être la petite amie de Kei qui lui en a fait la requête, mais le jeune homme répond négativement, et se met alors en devoir de raconter l'histoire du couteau, cachant néanmoins que sa "petite amie" est un garçon. Les trois compères commencent alors à s'interroger sur ce qui a bien pu provoquer une réaction si violente de la part de l'intéressé. L'étudiante, Rika, conseille à Enjôji de parler plus souvent avec sa petite amie. Car lorsqu'on se fréquente pendant longtemps sans mutuellement s'écouter, il arrive souvent que l'un des deux partenaires en vienne à penser que l'autre n'est intéressé que par son corps. Les jeunes filles sont très sensibles au comportement des hommes, et réagissent en conséquence. Réfléchissant, Kei se dit que bien que Ranmaru ne soit pas une femme, il est certain que quelque chose le travaille qui détermine ses actes et ses paroles en ce moment. Remerciant Rika, il décide d'en avoir le coeur net et pour celà d'avoir une conversation sérieuse avec son compagnon.
A ce moment, ce dernier est en train de déjeuner avec Sagano à la cantine universitaire. Kai proteste encore: il voulait inviter son sempaï au restaurant, mais le jeune homme continue de refuser, l'avertissant que ce n'est pas parce que son père et Masa lui payent tous ses frais scolaires et la location d'un appartement que Sagano doit se livrer au gaspillage. Au même instant, Enjôji survient, lançant à son jeune frère que Ranmaru a raison et que lui n'est qu'un enfant gâté. Kai va pour protester, mais remarque alors l'aspect inhabituel d'Enjôji, à qui il dit qu'il a une tête "réfrigérante". A ces mots, pâle et tremblant, Ranmaru n'ose même pas lever la tête: qu'est-ce que celà veut dire, "une tête réfrigérante" ? Est-ce que par hasard Enjôji aurait le crâne rasé ? Mais tandis que son ami l'interpelle joyeusement, Ranmaru se décide enfin à le regarder. Rougissant, son coeur se met à battre la chamade alors qu'il contemple Enjôji métamorphosé: sa nouvelle coupe très classe lui donne une apparence beaucoup plus adulte, il est encore plus beau qu'auparavant ! Alors que Ranmaru reste ainsi fixer son compagnon, muet et bouche bée, Kei quant à lui s'empresse de se débarrasser du gêneur en l'envoyant à ses cours, mais Sagano s'insurge, il préfère sécher pour rester avec son sempaï. Enjôji le menace alors de tout raconter à Masa, affirmant que le chef yakuza l'a supplié de le prévenir si le garçon n'allait pas en cours régulièrement. Furieux, Kai se lève en traitant son frère de tous les noms, mais n'empêche qu'il s'empresse d'obéir ! Avant de partir, il se permet néanmoins de déposer un baiser sur la joue de Ranmaru, ce qui ne manque pas de faire rager Enjôji.
Restés seuls, les deux amants peuvent enfin se regarder yeux dans les yeux, et se penchant vers son compagnon, Kei lui annonce qu'il doit lui parler et souhaiterait qu'ils se rendent dans un endroit tranquille. Mais en voyant le visage de son ami si près du sien, Ranmaru devient écarlate; il ne s'est toujours pas remis de cette transfiguration, et remarquant cette réaction inattendue, Kei surpris en laisse tomber sa cigarette. Gêné, Ranmaru se lève et s'enfuit. Enjôji le rattrape dans le couloir, puis l'entraîne sur le toit désert de l'université. Là, il demande enfin la raison pour laquelle son compagnon était de si mauvaise humeur le matin, et à force d'insistance, le jeune homme se décide enfin à tout lui avouer: il souhaitait voir Enjôji porter les cheveux courts; à cause de ces longues mèches agaçantes qui glissaient sur sa peau, la nuit dernière quand ils faisaient l'amour.... Kei scandalisé achève la phrase interrompue par pudeur avec force détails concrêts clamés à tue-tête, ce qui lui vaut aussitôt une bonne gifle bien appliquée. Néanmoins, il assure à Ranmaru qu'il aurait du lui dire ce qui le tourmentait, il serait si content que son compagnon lui impose davantage ses désirs et ses caprices.... Puis, Kei demande à Ranmaru s'il déteste cette nouvelle coiffure, et ce dernier répond qu'au contraire il l'aime beaucoup, car elle lui rappelle leur première rencontre au collège, leur premier baiser dans le dôjô de son grand-père où la franche de son ami l'avait effleuré pour la première fois en même temps que ses lèvres. Les deux amants échangent un baiser plein de nostalgie, mais constatant qu'Enjôji est déjà près à se laisser aller sur le toit de la fac, Ranmaru l'arrête, lançant: "Pour la suite, tu attendras que l'on soit rentrés à la maison!"
Et le soir, après une bonne douche, Ranmaru invite lui-même son ami à l'étreindre. Tandis que le jeune homme ôte lentement son paignoir de bain, en admirant son corps sexy, Enjôji ne se contient plus. Le tirant par le bras, il le précipite sur le lit. Et au petit matin, après une nuit très chaude, Ranmaru s'éveille le premier. Caressant les cheveux de Kei, il l'embrasse tendrement, songeant qu'ils vont concevoir ensemble de nouveaux souvenirs. Mais un peu plus tard, l'ambiance se fait sensiblement moins romantique. Enjôji ayant enjoint son compagnon à lui imposer davantage ses caprices, Ranmaru l'a pris au mot, et tandis que ce dernier reste confortablement assis dans un fauteuil à lire un livre en sirotant une boisson fraîche, voilà Kei obligé de faire tout seul la vaisselle et les commissions, et surtout, qu'il n'oublie pas d'acheter du riz et du papier toilette ! Quant à Sagano, téléphonant à Masa, il s'empresse de vérifier si ce que son frère a dit est vrai: Enjôji et le cadre yakuza sont-ils vraiment en contact afin de le surveiller ? Mais bien sûr, Masanori ne se souvient pas avoir fait une telle requête au fils aîné de son patron, et Kai, qui s'en doutait, grommelle qu'encore une fois il s'est fait avoir !

Il est cinq heure du matin, et Enjôji, qui travaille comme serveur dans un club, n'est toujours pas rentré. Eveillé de bonne heure, Ranmaru profite de ces agréables instants de quiétude où il a le lit pour lui tout seul et décide de tranquillement se rendormir, lorsque soudain, quelqu'un sonne à la porte d'entrée. C'est bien sûr Kei, qui a oublié sa clé, et comme toujours lors de ces retours tardifs, il est complètement bourré ! Ranmaru gronde son ami et lui ordonne de se changer puis d'aller dormir, tandis que lui-même, à présent bien réveillé, se résoud en maugréant à aller prendre une douche. Il n'arrive pas à comprendre comment l'on peut boire au point de se mettre dans un tel état. Mais à peine est-il sorti de la salle de bain que Ranmaru trouve les vêtements d'Enjôji éparpillés un peu partout dans l'appartement. Ramassant veste et chaussettes, il se précipite pour le rouspéter, mais Kei est déjà affalé sur le lit, encore à moitié habillé. Tandis que Ranmaru achève avec résignation de lui ôter ses vêtements, bien que presque endormi, Enjôji tente d'attirer son compagnon à lui pour faire un câlin, mais Ranmaru, le traitant d'ivrogne, le repousse assez brutalement. C'est alors qu'un objet tombe de la poche d'Enjôji, une boîte d'allumettes au nom de l'hôtel Castle. Ce n'est pas tout: le jeune homme remarque bientôt que les vêtements de son ami se trouvent imprégnés d'une forte odeur de maquillage, et ouvrant sa chemise, il découvre une marque de rouge à lèvres appliquée sur la poitrine de Kei ! Aussitôt, le sang de Ranmaru ne fait qu'un tour. Réveillant son compagnon dans la mesure du possible, il lui demande avec qui il est allé à l'endroit indiqué sur la boîte d'allumettes. Encore bien imbibé, Kei répond en riant comme un idiot qu'il s'agit d'un love hotel et que la prochaine fois, il y emmenera Ranmaru aussi. C'en est trop ! Furieux, le jeune homme frappe son ami à coups d'oreiller avant de s'en aller en claquant la porte. Comment Enjôji peut-il avouer des choses pareilles avec tant d'insouciance ? Qu'a-t-il donc l'intention de faire ?
A peine Ranmaru s'est-il fait ces réflexions que le téléphone se met à sonner: une certaine Rena est au bout du fil, qui demande à parler à enjôji en le nommant d'une façon plutôt familière. Tremblant de rage, le jeune homme raccroche brutalement le combiné, tandis que Kei, débarquant dans la pièce d'un pas traînant, demande si l'appel n'était pas pour lui. Lorsque Ranmaru lui parle de "Rena", Enjôji se met à réfléchir autant que son esprit embué le lui permet, mais finit par déclarer tout de go: "Aah!... C'est la fille du love hotel ...." Ranmaru ne le laisse pas achever sa phrase, il le gifle vigoureusement ! Et ne pouvant en supporter davantage, il enfile ses vêtements, jurant qu'il ne prêtera l'oreille à aucune excuse. Quant à Enjôji, il ne comprend rien à ce qui a pu provoquer la colère de son compagnon, et s'imagine que Ranmaru boude parce qu'il ne l'a jamais encore invité dans un love hotel , ajoutant: "Je m'excuse de ne t'avoir pas prévenu. En fait, Rena m'a ...." Mais de plus en plus furieux, Ranmaru lui clot le bec d'un coup de poing bien assené. Jamais il n'aurait pensé que son ami était quelqu'un d'aussi frivole ! Mais alors qu'il quitte l'appartement, le jeune homme ralentit soudain le pas. Enjôji est un garçon; finalement c'est normal qu'il soit attiré par les femmes. Arrivé sur un pont, Ranmaru s'arrête et s'appuie tristement sur la rembarde. Si son rival est une fille, il ne pense pas avoir des chances de remporter la victoire.
Pendant ce temps, le coup de poing que Kei a reçu a eu pour effet de le désaoûler pour de bon. Alors qu'il se regarde dans la glace pour vérifier si son compagnon ne lui aurait pas cassé une dent, il remarque la trace de rouge à lèvres sur sa poitrine, et livide, comprend enfin la gravité de la situation. C'est un malentendu ! S'efforçant de garder son sang-froid, Kei se précipite vers le téléphone, afin de prendre contact avec les endroits où Ranmaru aurait pu aller. Mais son carnet d'adresses a disparu, sans doute l'a-t-il laissé tomber dans l'établissement où travaille Rena. Tant pis ! Il cherchera son ami à pieds, visitant chaque lieu un par un s'il le faut !
En ville, Ranmaru est toujours appuyé sur le pont, les yeux clos, assailli par des idées noires. Tout à coup, quelqu'un lui adresse la parole, lançant: "Tu fais la tête d'un homme qui va se suicider. Tu as un chagrin d'amour ?" Se retournant, Ranmaru découvre une belle jeune fille à ses côtés, et cette dernière, prétextant que lorsqu'on a faim on ne pense qu'à des choses désagréables, lui fait cadeau d'une boule d'onigiri à manger. Dérouté par la spontanéité et le caractère enjoué de l'inconnue, Ranmaru ne tarde pas à sympathiser. Afin de lui remonter le moral, la jeune fille propose de l'emmener au cinéma, de faire semblant d'être deux amoureux qui ont un rendez-vous. Et joyeusement, elle entraîne Ranmaru par la main. D'abord géné, ce dernier réalise soudain qu'il n'a pas à éprouver de la honte: un homme et une femme peuvent se tenir la main dans la rue sans que celà se révèle choquant.
Enjôji quant à lui est toujours à la recherche de son compagnon, et ses pas l'ont conduit naturellement à son foyer, le dôjô Saméjima. Le vieux maître est absent, et il est reçu par son bras droit, Kurébayashi. Ce dernier apprend à kei que Ranmaru n'est pas venu ici, mais tandis que le jeune homme s'apprète à s'en aller, demandant au kendôka de le prévenir s'il a des nouvelles, Kurébayashi attrape Enjôji par le col, le sommant de lui dire ce qui s'est passé. Le kendôka voue à Ranmaru une admiration sans bornes et se fait du petit-fils de son maître une vision idéalisée; rien que d'imaginer qu'un gars aussi pervers qu'Enjôji vive auprès de son idole, Kurébayashi n'en dort pas la nuit ! Laissant le kendôka passionné, Kei finit par quitter le dôjô. Si Ranmaru n'est pas rentré chez lui, où peut-il bien être ? D'abord contrarié par cette jalousie soudaine et injustifiée, Enjôji ne tarde pas à remarquer le bon côté des choses: croyant qu'il l'a trompé, ranmaru brûle de jalousie ! Tandis qu'il s'imagine la scène avec un sourire béat, heureux et satisfait, le visage de Kei prend une expression particulièrement cocasse, au point de provoquer les exclamations d'une petite fille dans la rue.
De son côté, Ranmaru est toujours avec l'inconnue qu'il a rencontré par hasard. Tandis que tous deux dégustent tranquillement une glace, la jeune fille avoue combien elle est contente de pouvoir partager ce plaisir simple avec un garçon. Elle a déjà un petit ami, mais c'est un homme marié avec femme et enfants, et elle ne peut le rencontrer en agissant aussi librement. Attristé, Ranmaru demande à sa nouvelle amie si ce n'est pas pénible pour elle, cet amour que l'on doit tenir secret, et l'inconnue comprend aussitôt que le jeune homme vit le même genre de relation inavouable. C'est certain qu'une liaison pareille s'avère parfois très difficile à vivre, mais il faut savoir ne pas devenir un fardeau pour son partenaire; par exemple, en faisant preuve d'un coeur généreux en lui pardonnant une petite infidélité. A ces mots, Ranmaru a l'impression qu'on lui enfonce un poignard dans le coeur; il sent visé son comportement impulsif de ce matin ! Mais la jeune fille ajoute néanmoins que malgré ses efforts pour réagir de manière positive, lorsqu'on aime sincèrement quelqu'un, il est normal d'être jaloux rien que d'imaginer son bien-aimé en train de coucher avec une autre personne. On voudrait qu'il ne regarde que soi, et Ranmaru répond qu'il ne comprend ce sentiment que trop bien.
A des kilomètres de là, Kei poursuit toujours ses investigations. Après avoir rendu visite sans succès à ses camarades de classe Tamura et Rika, il ne sait plus du tout où aller, lorsque tout à coup, une idée désagréable lui vient à l'esprit. Effrayé rien que d'y songer, il court chez son jeune frère Kai Sagano et sonne bruyamment à la porte, criant qu'il sait que Ranmaru est là et sommant son cadet de le lui rendre immédiatement. Pour toute réponse, Kai lui assène un bon coup de son casque de moto sur la tête, lançant qu'Enjôji rêve tout éveillé. Mais le jeune homme a cependant compris qu'il s'est passé quelque chose avec son sempaï. Arrêtant Enjôji qui veut filer sans demander son reste, Sagano lui dit d'un air inquisiteur: "Tu as fait une connerie qui a mis Ranmaru en colère, alors il a quitté la maison ?" Tandis que Kei n'a plus qu'à tout raconter à son perspicace cadet, bien qu'il ne s'agisse que d'un malentendu, Sagano, larme à l'oeil, se met à plaindre de tout son coeur son malheureux sempaï. Un être droit et honnête comme lui conviendrait certainement bien mieux à Ranmaru que son imbécile de frère !
Au centre ville, la jeune fille qui se trouve avec Ranmaru le quitte un instant pour passer un coup de fil dans une cabine téléphonique. Tandis que son interlocuteur déccroche, elle lance joyeusement: "Allô, ici Rena. C'est toi, Kei-chan ?" De l'autre côté du combiné, Enjôji, qui est rentré à son appartement en compagnie de son frère, se met à hurler en la traitant d'idiote. A cause d'elle, il se trouve dans une situation des plus embarrassante; pourquoi a-t-il fallu qu'elle lui applique cette trace de rouge à lèvres ? Fâchée, Rena se met à gueuler d'une voix encore plus puissante que celle d'Enjôji, expliquant qu'elle l'appelait au sujet de son carnet d'adresses qu'il a laissé tomber dans l'établissement où elle travaille, mais s'il n'en veut plus, tant pis, elle va le jeter. Du coup, Kei change de ton et se fait soudain tout mielleux. La jeune fille, le traitant d'idiot fini, le prévient alors qu'elle l'attendra devant le love hotel indiqué sur la boîte d'allumettes afin de lui rendre l'objet. Mais pour en revenir à leur affaire, apprenant qu'Enjôji s'est querellé avec sa "compagne" par sa faute, elle demande au jeune homme la raison pour laquelle il n'a pas dit la vérité: "Un travesti m'a fait cette marque de rouge à lèvres pour plaisanter !" Kei répond que son "amie" ne lui a pas laissé le temps de s'expliquer, et ajoute qu'il va la lui présenter: comme ça, Rena pourra dissiper le malentendu de sa propre bouche. La jeune fille accepte aussitôt.
Une fois le téléphone raccroché, Rena retourne auprès de Ranmaru, s'excusant de l'avoir fait attendre. Elle lui explique alors qu'elle doit rencontrer quelqu'un à l'instant, juste devant l'hôtel que son petit ami dirige, et invite le jeune homme à l'accompagner pour visiter l'endroit. Enjôji quant à lui s'apprète à se rendre au lieu du rendez-vous, ainsi il demande à son frère de garder l'appartement et si par hasard Ranmaru rentrait, de le retenir par tous les moyens - excepté bien sûr de porter la main sur lui , sinon il n'hésiterait pas à l'écrabouiller sans pitié. Kai répond que LUI est un gentleman, il ne ferait jamais rien qui puisse faire pleurer son sempaï. Mais sitôt Enjôji parti, Sagano ne peut s'empêcher de profiter de cette chance et se précipite joyeusement dans la chambre de Ranmaru. Se jetant sur son lit, il enlace l'oreiller, goûtant avec félicité la douce odeur de son sempaï. Mais lorsqu'il y découvre un cheveu noir et raide appartenant à Kei, irrité, de son briquet Sagano le brûle sans merci.
Un peu plus tard, Ranmaru et Rena sont arrivés devant l'hôtel tenu par l'amant de la jeune fille. Ce n'est autre que le fameux love hotel Castle, et surpris et mal à l'aise, Ranmaru préfère s'en aller, s'excusant. Rena lui demande pardon à son tour, interprétant que son nouvel ami déteste sans doute ce genre de lieu de dépravation, alors Ranmaru lui explique que la personne qu'il aime avait sur lui une boîte d'allumettes au nom de cet hôtel; c'est probablement là qu'il l'a trompé. Et ne pouvant supporter la vue du castle davantage, Ranmaru s'enfuit en courant. Juste à ce moment, il entend soudain une voix appeler Rena, et reconnaissant celle de Kei, il s'arrête net. Tandis que se retournant, il a la surprise de découvrir son compagnon en train de discuter avec la jeune fille en la nommant "Rena", le choc est si fort que Ranmaru ne peut plus bouger et demeure pétrifié à fixer le couple, la mine décomposée. L'inconnue avec qui il a passé la journée n'était autre que la femme avec laquelle Enjôji le trompait !

Tout d'abord pétrifié de surprise, Ranmaru ne ressent plus bientôt que du dépit: Enjôji a profité qu'il se soit enfuit de la maison pour donner rendez-vous à Rena ! Quand il songe qu'il a lui-même sympathisé avec la jeune fille sans se douter de rien, il a vraiment l'impression de passer pour un idiot. De son côté Enjôji demande avec suspicion à Rena pourquoi celle-ci se trouve avec Ranmaru, mais à peine a-t-il entendu son explication qu'il doit se lancer à la poursuite de son compagnon qui, la tête basse et résigné, préfère s'en aller sans demander son reste. Kei a beau crier qu'il s'agit d'un malentendu, Ranmaru refuse de l'écouter et lève le bras pour le frapper à nouveau, mais cette fois Enjôji bloque le coup à temps. En voyant les deux garçons se disputer violemment, Rena comprend soudain qu'il s'agit d'une querelle d'amoureux. Quelle surprise ! Elle n'aurait jamais imaginé que Kei était gay ! A la fin, réalisant qu'ils ne peuvent plus longtemps se donner en spectacle en se bagarrant sur le bord du chemin, Enjôji ordonne à la jeune fille d'entrer dans l'hôtel et d'y réserver une chambre. Rena s'exécute aussitôt tandis que Kei, soulevant Ranmaru à bout de bras, l'entraîne de force dans le Castle malgré ses coups de poing et ses protestations.
L'employé de l'hôtel refuse tout d'abord de donner une clé à Rena, ayant reçu l'ordre de son patron de ne pas louer de chambre à sa petite amie sans sa permission. A force de coups de gueules et de menaces de la part de la virulente jeune fille, il finit cependant par céder. Mais tandis que les trois bruyants nouveaux-venus s'engagent dans l'ascenceur, de peur d'être renvoyé, l'employé s'empresse de téléphoner à son patron. Une fois arrivés dans la chambre, Kei dépose Ranmaru sur le lit. Furieux, ce dernier se relève aussitôt et se précipite vers la porte, mais il a beau tirer sur la poignée, elle ne s'ouvre pas ! Enjôji explique qu'une fois fermée, la porte d'une chambre de love hotel ne peut être ouverte avant le lendemain matin. A ces mots, Rena soupire. En fait, c'est un mensonge: il suffit de téléphoner à la réception pour se faire ouvrir. Ranmaru, qui ignore celà, donne un violent coup de poing dans la porte. Les sourcils froncés, il arbore une expression si pleine de rage alors que Kei lui demande de s'asseoir afin qu'ils puissent parler que Rena, effrayée par l'ambiance à couper au couteau qui règne dans la pièce, n'a qu'une envie, s'en aller au plus vite ! Mais Enjôji préfère qu'elle reste là. Une fois les trois protagonistes réunis, il va enfin pouvoir faire la lumière sur toute cette lamentable affaire. Il interroge alors à son ami: "Ainsi, Ranmaru, tu crois vraiment que j'ai couché avec Rena !" Le jeune homme répond qu'il l'ait trompé ou non n'a plus aucune importance. Ce qui le met hors de lui, c'est le fait qu'au lieu de lui avouer franchement qu'il était tombé amoureux d'une fille, Kei se soit enlisé dans le mensonge et les rendez-vous secrets. C'est cette dissimulation pleine de traîtrise qui s'avère ignoble à ses yeux.
Une fille ? Haussant un sourcil d'un air narquois, Rena s'approche de Ranmaru. ce dernier croit réellement qu'elle est la nouvelle petite amie de Kei ? Alors, il n'a qu'à vérifier par lui-même ce qu'elle est en réalité. Et prenant la main de Ranmaru, avec un sourire espiègle Rena la glisse de force entre ses jambes sous le regard dégoûté d'Enjôji. Ecarlate, Ranmaru se met d'abord à crier mais stupéfait, il découvre soudain que le jeune fille EN A ! Rena lui montre alors sa poitrine, fière des petits seins qu'elle s'est fait faire. Ranmaru n'en croit pas ses yeux. Rena est un homme, un travesti ! Mais le malentendu n'est pas dissipé pour autant: livide, il s'imagine que son compagnon s'est reconverti dans les travelots ! Effrayé que Ranmaru puisse croire celà, Kei lui crie de ne pas se méprendre, et le prenant par les épaules, il supplie son compagnon de l'écouter attentivement: même pour s'amuser, il n'a pas l'intention de coucher avec quelqu'un d'autre que lui ! Cette déclaration passionnée laisse Ranmaru sans voix. Dévisageant son compagnon d'un air interdit, il ne sait comment réagir. Rouge de honte, Enjôji le prend dans ses bras tandis que Rena se met à applaudir. Satisfait que les choses paraissent s'arranger enfin, le travesti lance son portefeuille égaré à Kei, puis avoue à Ranmaru que c'est lui qui a fait cette marque de rouge à lèvres à son ami pour plaisanter. Il était à ce moment complètement ivre, et s'en excuse sincèrement. Ajoutant qu'il va se charger des frais de la chambre, Rena appelle la réception pour se faire ouvrir la porte, et apprend alors que son petit ami est arrivé dans l'hôtel. Afin de ne pas être lui aussi sujet à un malentendu, le travesti s'empresse de s'en aller, mais avant de quitter la pièce, il conseille à Enjôji de traiter Ranmaru avec égards, car ce dernier paraît énormément nerveux. Jetant discrètement un coup d'oeil en arrière vers son compagnon, Kei est bien forcé de reconnaître que Rena a raison. La discussion s'annonce difficile.
Une fois seuls, Enjôji s'assoit sur le lit près de Ranmaru, exhalant un soupir. Ranmaru le premier rompt le silence, demandant à son ami ce qu'il pense de leur situation actuelle: depuis que tous deux sont entrés à l'université, ils ont décidé de vivre ensemble, et le grand-père du jeune homme a accepté celà, croyant Enjôji et son petit-fils simplement amis. Tant qu'ils sont encore étudiants, leur relation ne pose pas vraiment de problèmes, mais une fois qu'ils devront faire leurs débuts dans la société.... Bien que l'affaire d'aujourd'hui n'était qu'un malentendu, lorsqu'il a cru que Kei fréquentait une jeune fille, Ranmaru n'avait pu s'empêcher de penser que ce n'était qu'un retour à l'ordre naturel des choses. Ainsi, si un jour une femme qu'il pourrait aimer surgissait dans sa vie, Ranmaru supplie douloureusement son compagnon de le lui dire sans hésiter. Au fond de lui, le jeune homme a l'impression de n'être qu'une gêne pour Enjôji; aussi fort que soit son sentiment pour lui, il ne peut se proclamer ouvertement son bien-aimé. Ecoutant Ranmaru en silence, Kei serre les poings de rage. A la fin, n'en pouvant plus, il explose. Ranmaru pense réellement celà ? Si l'un ou l'autre se trouve une petite amie ils n'auront plus qu'à se séparer ? Lui-même ne représente pour son compagnon qu'une sorte de roue de secours en attendant qu'il tombe amoureux d'une fille ? Ranmaru réplique qu'il s'agit d'un problème crucial: s'ils mettent dès à présent les choses au point, lorsque Enjôji lui annoncera qu'il veut rompre, ils pourront se séparer à n'importe quel moment sans que celà ne provoque drame et tumulte.
Ulcéré, ne pouvant supporter d'en entendre davantage, Enjôji administre à Ranmaru une gifle si puissante qu'elle le fait tomber sur le lit. Puis, il grimpe à son tour sur le matelas et à califourchon sur sur son ami, il lui déchire sa chemise. Se débattant, Ranmaru crie à Enjôji d'arrêter, le frappe à son tour en proférant que ce dernier ne pense vraiment à rien. A ces mots, le visage de Kei prend soudain une expression pleine de cruauté que son ami ne lui a jamais vu auparavant. Furieux, il lance d'un regard haineux: "C'est exact, je ne pense qu'à coucher avec toi. Tu viens toi-même de le dire à l'instant, tu n'es qu'un chaperon en attendant que je trouve une femme. Alors laisse-toi faire gentiment !" Ranmaru écoute cette tirade avec effroi. Ainsi, depuis tout ce temps il n'était qu'un substitut pour Enjôji ? Mais sans se préoccuper du trouble et de l'inquiétude qui s'emparent de son compagnon, Kei retire ses vêtements, puis achève de déshabiller Ranmaru qui ne songe plus à se défendre. "Tu n'as pas besoin de baisers ni de caresses préliminaires, n'est-ce pas ? lance Kei avec colère. C'est une étreinte une fois toutes choses bien définies !" Et sur ces mots, il prend Ranmaru avec violence, lui arrachant un hurlement de douleur. Mais le jeune homme a beau crier sa souffrance, Enjôji ne relâche pas son étreinte, se montre sans aucune pitié. Jamais Ranmaru n'a connu une telle brutalité: son corps ne ressent que de la douleur; la poitrine oppressée, il a l'horrible sensation d'étouffer. Voilà donc ce qu'est l'acte sexuel sans une once de tendresse: un accouplement barbare et bestial. Ne parvenant plus à contenir ses larmes, Ranmaru se met à hurler. Que celà cesse !
Voyant qu'il a compris la leçon, Kei s'arrête enfin. Recroquevillé, Ranmaru se met à sangloter, le visage caché entre ses mains. Redevenu lui-même, Kei l'attire contre lui et l'embrasse tendrement, traitant son ami d'idiot. Il comprend parfaitement ce que Ranmaru essaie de lui dire, et lui aussi y a déjà songé, mais pourquoi faut-il donc que le jeune homme pense que la seule solution est de se séparer ? Il n'y a donc que lui-même à se demander que faire pour que tous deux puissent demeurer toujours ensemble ? Ranmaru répond qu'il a eu peur. Face à une femme, il ne se sent pas capable de vaincre. Ils ne peuvent révéler au monde qu'ils sont amants, ne peuvent fonder un foyer.... Et pendant combien de temps pourront-ils encore tromper leur entourage ? "Mon existence ne fera que provoquer ta déchéance !" crie Ranmaru désespéré. Mais Enjôji, souriant, pose sa joue contre celle du jeune homme en assurant que depuis longtemps, il est prêt à tout sacrifier, à ne jamais le laisser s'éloigner de lui. En larmes, Ranmaru répond avec tristesse qu'il avait pourtant pris sa décision: si Enjôji venait à s'éprendre d'une femme, il redeviendrait un simple ami pour lui, et lui offrirait tous ses voeux de bonheur. Il croyait que c'était ce qu'il y avait de mieux pour son compagnon, cependant.... Ne le laissant pas continuer et se torturer davantage, Kei serre Ranmaru dans ses bras, affirmant que si ce dernier pouvait faire une chose pareille avec tant d'indifférence, sa vie entière il ne le lui pardonnerait pas.
Regrettant d'avoir été contraint de violenter son compagnon, Enjôji examine son visage et son corps afin de vérifier s'il ne l'a pas blessé. Bien qu'il ait commis tout à l'heure quelque chose d'horrible, Kei voudrait à présent étreindre Ranmaru convenablement. Mais ce dernier, s'il ne dit pas non, est bien décidé à se venger. Poussant Enjôji contre le matelas, il se couche sur lui et lui écarte les jambes ! Vert de peur de se retrouver en position inversée, Kei pense aussitôt que pour la première fois de sa vie, c'est lui qui va se faire manger ! Paniqué, il s'excuse en criant à son ami de se calmer, mais Ranmaru, prétextant qu'il parle trop, lui clot le bec d'un baiser. Jamais le jeune homme n'a montré au lit un comportement aussi audacieux, et Enjôji, fermant les yeux, serrant les dents, blême d'effroi, est persuadé qu'à son tour il va goûter au "viol". Mais il n'en est rien, Ranmaru se contente de s'assoir sur lui à califourchon, et amusé de la peur qu'il a infligé à son compagnon, le jeune homme éclate de rire. A présent que tout est rentré dans l'ordre, les deux amants font l'amour avec encore plus de fougue que d'ordinaire. Ranmaru surtout se montre particulièrement passionné, au point d'en perdre à moitié connaissance, vidé de ses forces après les émotions de cette rude journée. Mais Kei quant à lui est déjà prêt pour un second round, clamant joyeusement que si son compagnon ne peut plus bouger, ils n'auront qu'à rester cette nuit à l'hôtel. Cependant un fait lui revient soudain en mémoire qui coupe court à son enthousiasme: il a oublié son frère Kai, laissé seul dans leur appartement !
Voilà donc les deux amants contraints de rentrer à la maison, et à peine arrivés, ils ont la surprise de découvrir Sagano endormi comme un bébé sur le lit de Ranmaru. Irrité, Enjôji prend son petit frère dans ses bras pour le transporter dans son lit à lui. A ce moment, Kai se met à remuer dans son sommeil. Appuyant sa tête contre l'épaule d'Enjôji, il prononce doucement le nom de Masa. Tandis que Kei met le garçon au lit, Ranmaru peine à étouffer ses rires, s'exclamant que son ami a vraiment un petit frère très mignon. Enjôji rétorque que si Ranmaru l'épouse, ce jeune démon deviendra son frère à lui aussi. Ranmaru le traite d'idiot, néanmoins Kei assure qu'il est très sérieux: même s'ils ne peuvent se marier officiellement, puisque dans leur coeur ils en ont l'intention, pourquoi ne pas porter chacun une bague qui symboliserait leur union ? Emu de cette proposition qui sonne comme une demande en mariage, rougissant, Ranmaru échange un tendre baiser avec son compagnon. A ce moment, il remarque la lueur clignotante sur le téléphone: un message a été laissé sur leur répondeur, et tandis que Enjôji est déjà en train de le renverser sur le tapis, Ranmaru appuie sur le bouton afin de l'entendre. Une voix féminine résonne alors dans la pièce: "Kei-chan, c'est Kayako. Ces derniers temps tu ne viens plus... Je me sens très seule... Je t'attendrais à l'endroit habituel..."
Géné, Kei explique que comme Rena, Kayako est un travesti. Mais Ranmaru, dont les veines du front sont prêt d'éclater sous la colère, n'est pas disposé à entendre plusieurs fois la même excuse ! Hurlant à Enjôji qu'il l'a encore trompé, il lui assène un furieux coup de poing sur le nez et s'empare de ses bagages, criant qu'il retourne chez son grand-père ! Réveillé par le bruit, Sagano se lève d'un air hagard, se demandant ce qui se passe, tandis qu'à des kilomètres de là, dans le club de travestis Rena rouspète Kayako, l'avertissant que Kei-chan a chez lui une maîtresse de maison épouvantablement jalouse !

Ce long chapitre est un retour en arrière, en quelque sorte la genèse de la blessure que Masa porte sur le visage.
A son entrée en seconde, le jeune Kai Sagano se fait aussitôt aborder par les mauvais garçons du lycée qui lui proposent d'entrer dans leur groupe. Leur chef est le fils d'un politicien ayant des affiliations avec le Ginyûkai, une petite organisation mafieuse. Mais la proposition n'intéresse pas du tout le garçon, et il n'hésite pas à traiter les trois voyous d'imbéciles et de faibles se permettant de frimer parce qu'ils ont les yakuzas de leurs pères dans leur dos mais se montrent incapables de se battre s'ils ne sont pas en nombre. Furieux et humiliés, les mauvais garçons hurlent à Sagano qu'ils vont le tuer, et une bagarre éclate. Au même moment, Nakajima et Kumi, ses camarades de classe, inquiets d'apprendre que Kai a été appelé par des élèves à la mauvaise réputation, se précipitent dans le coin reculé derrière l'école où a lieu l'entrevue. Mais quand ils y parviennent, il est déjà trop tard, les trois voyous gisent à terre, copieusement rossés. Kumi, voisine et amie d'enfance de Sagano, se montre scandalisée: entré dans le club de kendô, le garçon avait pourtant juré qu'il ne se battrait plus ! Quant à Nakajima, qui vient d'arriver dans leur classe et igore la profession du père de Kai, il est complètement paniqué: le leader des voyous, Sata, est le fils d'un homme politique véreux lié à la mafia; il y aura certainement des représailles ! Kumi est sur le point de faire une gaffe en annonçant pour rassurer son camarade qu'il n'y a pas de raison de craindre les yakuzas, car leur Parrain n'est autre que le père de Sagano lui-même, mais le garçon la reprend juste à temps. Les activités de son père doivent rester un secret. Puis Kai explique qu'il n'a pas cherché la bagarre, il n'a fait que riposter; et de toute manière, il ne supporte pas les types qui profitent de l'influence de leur famille pour jouer les rebelles, ça le met hors de lui. Et sur ces mots, l'adolescent s'en va, suscitant l'admiration de Nakajima qui décide de devenir son ami. Quant à Sata, le chef des voyous, lorsqu'il reprend enfin connaissance un moment plus tard, il se jure de faire son affaire à cet insolent Sagano.
Une fois les cours achevés, Kai et Kumi se rendent à la résidence Sagano. Alors qu'ils sont accueillis par Kyôsuké, la jeune fille demande aussitôt où se trouve Masa. Le yakuza répond que le chef est sorti, ce qui met Sagano de mauvaise humeur comme chaque fois qu'il apprend que son ami va passer la nuit à l'extérieur. Tandis que Kyôsuké offre à Kumi un thé et une pâtisserie, l'adolescente, qui visiblement en pince pour Masa, insiste pour savoir si ce dernier ne rentrera vraiment pas à la maison aujourd'hui. Kyôsuké répond qu'à cause de son travail, il est fréquent que son chef passe la nuit ailleurs. Mais Kumi, jalouse et catégorique, réplique aussitôt que Masa se trouve sans aucun doute chez une femme: alors qu'il a près de chez lui une jeune fille si fraîche et si jolie (elle-même) prête à devenir sa petite amie, il est parti chercher une femme aux gros nichons pendouillants ! Le pauvre Kyôsuké ne sait plus où se mettre, choqué d'entendre de telles paroles dans la bouche d'une innocente lycéenne - d'autant plus que c'est la vérité ! Mais Kumi change de sujet et commence à lui raconter ce qui s'est passé ce jour-là au lycée, la bagarre avec les têtes brulées d'une classe supérieure. Kyôsuké demande à la jeune fille si elle se souvient à quelle organisation appartiennent les yakuzas soutenant le père de Sata, mais Kumi n'en sait rien. A ce moment, Kai ouvre brutalement la porte du salon et hurle à Kyôsuké de ne pas mettre son nez dans ses affaires. L'humeur sombre, Sagano va tristement s'assoir sous le portique du jardin. Il se rappelle les paroles de Masa qui l'avait félicité de son entrée au lycée et de sa décision de pratiquer un sport; seulement, le cadre yakuza avait bien averti le garçon qu'il devait à tout prix éviter les querelles, sous peine de se voir expulsé du club de kendô. Habitué à soigner l'adolescent après chaque bagarre, Masanori serait tellement plus rassuré si de telles blessures étaient dues à une simple compétition de sport.
A des kilomètres de là, ignorant les tourments du jeune garçon, Masanori s'apprète à quitter sa petite amie Ayako pour rentrer à la résidence, prétextant qu'il ne peut décharger trop longtemps toutes ses responsabilités sur Kyôsuké. Mais la jeune femme n'est pas dupe, inutile de lui mentir: Masa s'inquiète pour son précieux "petit". Se blotissant contre l'épaule de son amant, Ayako lui dit qu'elle est parfaitement consciente de n'être ni son épouse, ni sa bien-aimée; néanmoins, son souhait est de devenir la femme auprès de qui Masanori pourrait se détendre et se sentir appaisé. Masa s'excuse, mais Ayako, l'embrassant avec le sourire, lui enjoint de rentrer vite car le "petit" doit l'attendre en pleurant. Après tout, ce n'est qu'un adolescent en pleine puberté !
Alors qu'il fait déjà nuit dehors, Masa monte dans sa voiture et donne l'ordre à son chauffeur de le reconduire à la résidence. En chemin, il se remémore les paroles d'Ayako qui le traitait de menteur. C'est la vérité, en quelque sorte il ne fait que fuir en tâchant d'ignorer ses propres sentiments. Alors qu'il était encore un tout jeune homme, il s'occupait souvent de Kai bébé et savait toujours s'y prendre pour que l'enfant arrête de pleurer, au point que Mme Sagano ne pouvait s'empêcher de remarquer que Masa était pour son fils un véritable père. Le yakuza était très épris de la jeune femme, et à présent qu'elle n'est plus de ce monde, il lui est pénible de contempler chaque jour le garçon qui ressemble tant à sa mère. Il ne peut pas servir de père à Kai, ça lui est impossible. Enfin de retour à la résidence, Masanori est accueilli par Kyôsuké et ses hommes. Son ami et bras droit lui annonce que le "petit" est déjà couché. Mais alors qu'ils s'avancent tous deux dans le couloir, ils ont la surprise d'y trouver Sagano. Lançant à Masa un regard glacial, l'adolescent passe rapidement devant lui, puis annonce d'une voix tranchante: "Je sens le parfum d'une femme vulgaire." Une fois le garçon parti, renâclant sa jalousie en s'en prenant aux malheureux hommes de son père, Masanori se met à sourire. Il s'attendait à pire; jamais il n'aurait imaginé que son jeune protégé afficherait sa colère de cette manière !
Le lendemain, alors qu'au lycée les cours s'achèvent, Nakajima et Kumi se demandent où peut bien se trouver Sagano. Il n'est tout de même pas rentré chez lui alors qu'aujourd'hui doit avoir lieu la première séance du club de kendô ? Perplexe, Kumi décide de partir à sa recherche, mais elle n'a pas le temps de mettre son projet à exécution qu'elle se fait capturer par Sata et ses deux lascars, accompagnés de toute une troupe de yakuzas. Le chef des voyous ordonne à Nakajima de prévenir Sagano: s'il veut récupérer la fille, qu'il vienne au bâtiment N°3. Horrifié, le lycéen proteste néanmoins courageusement: n'est-ce pas ignoble et lâche d'utiliser un tel procédé pour arriver à ses fins ? En faisant de plus appel à des yakuzas ! Furieux, Sata frappe le jeune homme à lunettes du fourreau de son sabre, et annonce de but en blanc que le père de Kai est lui aussi un yakuza; ainsi, il ne va pas se gêner. Nakajima n'en croit pas ses oreilles. Tandis qu'il demeure prostré à genoux sur le sol, Kumi, alors que les voyous l'emmènent, le supplie de téléphoner chez Kai et de prévenir un homme du nom de Masanori.
Un moment plus tard, Nakajima retrouve Sagano dans le vestiaire des clubs. La mine décomposée, il demande à son camarade s'il est vraiment le fils d'un bandit. Hors de lui devant l'indifférence de Kai, le garçon crie finalement à ce dernier de ne pas entraîner ses amis dans des querelles de gang. A cause de lui, Kumi s'est fait enlevée ! Entendant celà, Sagano voit rouge. Furieux, il jette son cartable sur son camarade en lui reprochant de n'être pas intervenu, puis quitte les vestiaires en courant. Resté seul, Nakajima baisse tristement la tête: il a eu très peur, et qu'aurait-il pu faire contre un si grand nombre, lui qui ne sait même pas se battre ? Mais alors, il se rappelle soudain les paroles de Kumi. A des kilomètres de là, le téléphone sonne à la résidence Sagano. Kyôsuké répond, puis passe l'appel à Masanori. Nakajima s'empresse de conter au cadre toute l'affaire, n'oubliant pas de préciser que le groupe qui a enlevé Kumi appartient au Ginyûkai.
Dans le bâtiment 3, profitant qu'ils tiennent la jeune fille en otage, Sata et ses sbires tabassent Sagano venu au rendez-vous. C'est une vengeance tellement lâche que Kumi ne se gêne pas pour le leur faire entendre, mais fatigué des cris et des insultes de la lycéenne, Sata annoncent aux hommes de son père qu'ils peuvent faire d'elle ce qu'ils veulent. A ces mots Kai, effrayé que l'on fasse du mal à son amie, hurle aux bandits de ne pas la toucher, mais Sata le fait taire d'un coup de pied dans le ventre. Dégainant son sabre à la lame d'acier, il avoue à Kai combien son comportement trop exemplaire pour un fils de yakuza l'irrite au plus haut point. Pendant ce temps, entraînée dans une voiture par les bandits, bien qu'effrayée, Kumi n'a rien perdu de sa verve. Pour tenter d'impressionner ses agresseurs, elle se met à clamer qu'elle est la petite amie du grand Masanori du groupe Sagano; s'ils la touchent, ils finiront immergés dans un bloc de ciment ! A ces mots, le bandit qui voulait la violer s'effondre, sans connaissance. Kyôsuké apparaît, grondant la lycéenne que ce n'est pas bien de mentir. Soulagée, Kumi rayonne de joie. Tout va enfin s'arranger !
Agrippant le chauffeur du véhicule par la mâchoire, Kyôsuké change radicalement de ton: depuis quand le Ginyûkai sert d'intermédiaire dans des querelles de gamins ? Remarquant le badge doré fixé sur le col de la veste du bras droit de Masa, le bandit étonné réalise qu'il s'agit d'un Kambu , d'un cadre yakuza, et demande à quelle organisation ce dernier appartient. D'un air effrayant, Kyôsuké répond qu'il fait partie du groupe Sagano dirigeant le Shôryûkai, la puissante organisation mafieuse qui règne sur toute la région du Kansaï. Les membres du Ginyûkai ne manquent pas d'air d'oser porter ainsi la main sur le fils Sagano et son amie. A l'évocation du Shôryûkai et de son redoutable Parrain, le bandit devient blanc de terreur. Jeté par Kyôsuké hors de la voiture, il hurle aussitôt à Sata de tout arrêter. Ce dernier, surpris, ne comprend rien à ce qui se passe; mais il n'a pas le temps de demander des explications qu'il entend des exclamations de douleur derrière lui. Masa est là lui aussi, et venant au secours de Kai, il a mis hors de nuire les trois camarades de Sata. Avisant le sabre que tient ce dernier, le cadre avertit les voyous que s'ils utilisent des armes, l'affaire ne pourra plus être classée comme "une querelle de gamins".
Remarquant le badge doré que porte Masa, les amis de Sata, dégrisés, comprennent qu'ils ont affaire à un véritable chef yakuza et engagent leur leader à ce qu'ils s'en aillent tous au plus vite. Mais ce dernier a pété les plombs. Tremblant de rage, Sata n'est pas du tout disposé à pardonner à Kai de l'avoir couvert de honte. Hurlant qu'il va le tuer, il lève son sabre et se précipite vers le garçon. Mais Masa, plus rapide, s'élance entre Sagano et son agresseur. La lame l'atteint en plein visage, projetant un jet de sang. Effrayé par ce qu'il vient de faire, Sata se calme enfin, livide et tremblant tellement qu'il a peine à tenir son sabre. Une profonde coupure sanguinolente entre les deux yeux, Masanori tourne vers le voyou une menaçante figure de cauchemard: Sata peut le frapper autant qu'il le souhaite; mais en échange s'il inflige encore à Sagano ne serait-ce qu'une seule blessure, d'ici peu de temps, il peut être sûr que le cadre yakuza viendra prendre sa vie. Terrorisés, les voyous s'enfuient sans demander leur reste. Une fois qu'ils se retrouvent seuls, Kyôsuké se précipite vers son chef blessé. Kai lui ordonne d'appeler une ambulance tandis que lui s'occupera de Masa.
Faisant mille efforts pour dominer la panique qu'il sent peu à peu le gagner, l'adolescent crie à Masanori, qui s'inquiète davantage des blessures légères de son protégé que des siennes, de s'allonger et de ne plus bouger. Déchirant sa chemise, Kai fait de son mieux pour arrêter le sang en attendant l'arrivée des secours, mais celui-ci afflue de plus en plus. Bientôt, le garçon ne sait plus que faire: l'oeil de Masa a peut-être été atteint; par sa faute, la personne à laquelle il tient le plus au monde a été blessée. Serrant son ami qui repose sur ses genoux dans ses bras, Kai ne parvient plus à contenir ses larmes, malgré les paroles de Masa qui tente de le rassurer. Dans son coeur, l'adolescent implore désespérément sa mère défunte de lui venir en aide, de sauver son cher Masa....

Le lendemain au lycée, Kai attend avec impatience la fin des cours, mort d'inquiétude pour son ami. Masa est actuellement à l'hôpital où on lui fait subir des examens; comme celà va prendre beaucoup de temps, Kyôsuké a insisté pour que le garçon se rende quand même à l'école, lui promettant néanmoins de le prévenir sitôt qu'il y aurait du nouveau. Dans la classe, Kumi contemple son camarade d'un air attristé: le pauvre Sagano ne parvient pas à se concentrer sur les cours; les mains jointes dans une attitude d'angoisse, il a l'impression que la journée ne finira jamais. En fin d'après-midi heureusement, il peut enfin se rendre à l'hôpital et tombe sur Toshi, l'un des hommes de Masa, qui lui explique que son chef est encore endormi et que l'on ne connaît pas encore le résultat des examens. Kai pénètre cependant dans la chambre où se trouve étendu Masanori, le côté gauche du visage couvert par un épais bandage. Tremblant de peur, le garçon ose à peine demander ce qu'il est advenu de son oeil. Mais Toshi le rassure rapidement: la blessure n'était pas aussi grave qu'elle le paraissait au premier abord, bien qu'il ait fallu la coudre; quant à l'oeil, le médecin a dit que la lame n'avait pas touché le globe oculaire. Il faut bien sûr attendre le résultat des examens, mais si tout va bien, d'ici peu de temps Masa pourra même rentrer à la maison. Soulagé, les larmes aux yeux, Kai s'agenouille auprès de son ami et pose sa tête sur sa robuste poitrine; souriant, bien que le yakuza ne puisse pas l'entendre, il le supplie de vite guérir pour rentrer auprès de lui.
La nuit tombée, à la résidence Sata, l'employée de maison vient annoncer au jeune chef des voyous que le repas est servi. Mais ce dernier, caché dans son lit sous ses couvertures, refuse obstinément de sortir, malgré les injonctions de son père qui lui ordonne de venir saluer leur visiteur, Uéda chef du Ginyûkai. A ce moment, une autre domestique vient annoncer l'arrivée d'un certain Mr. Imagawa qui demande à voir son patron. Entendant ce nom, le fils Sata sursaute, livide: ça y est, l'homme qu'il a blessé est venu accomplir sa vengeance ! Croyant qu'il s'agit de Masa, le jeune homme pousse un cri strident et se recroqueville de plus belle sous ses couvertures ! Mais Imagawa n'est autre que le nom de famille de Kyôsuké, et malgré les protestations de Mr. Sata qui doit avoir une conversation importante avec Uéda et refuse de le recevoir, le yakuza pénètre sans se gêner dans son bureau. Après avoir décliné son identité et celle de l'éminente organisation à laquelle il appartient, Kyôsuké raconte aux deux hommes tout ce qui s'est passé. L'affaire est grave: c'est le futur candidat à la succession du Shôryûkai qui a été blessé à cause du fils Sata, de plus armé et soutenu par des membres du Ginyûkai. Les choses ne vont pas en rester là. Plantant violemment un poignard au milieu de la table, Kyôsuké exige donc la dissolution immédiate du Ginyûkai, ainsi qu'une rançon à Mr. Sata s'il tient à la vie de son misérable fils. Terrorisés, les deux hommes acceptent le marché sans discussion.
Deux semaines plus tard, sitôt les cours achevés, Kai se précipite en courant à la chambre de Masa, se faisant au passage gronder par une infirmière. Dans le couloir, il rencontre Kyôsuké, qui lui explique qu'aujourd'hui est le jour où son chef doit enfin essayer d'ouvrir son oeil gauche, et Masanori tient absolument à ce que le garçon soit présent. Tandis que Kai pénètre avec appréhension dans la chambre de son ami, le médecin est justement en train de lui ôter son pansement. Bien qu'il ait les yeux fermés, Masa sent immédiatement la présence de son protégé et l'enjoint de venir tout près de lui, car c'est son visage qu'il voudrait contempler en premier. Mort d'inquiétude, Kai finit cependant par s'exécuter et s'assoit en face de Masanori, qui lui prend les mains. Sitôt le pansement enlevé, l'adolescent ne peut contenir ses larmes en découvrant l'horrible et profonde blessure; mais ouvrant lentement les yeux, Masa se met soudain à sourire. Prenant le visage du garçon entre ses mains, il essuie tendrement ses larmes, s'exclamant: "Moi qui voulait voir un visage rieur !" Le yakuza voit parfaitement bien, et heureux et soulagé, Kai se jette dans ses bras en criant le nom de Masa. Tout près d'eux, même Kyôsuké renifle en se frottant les yeux, et finit par s'eclipser en disant qu'il va prévenir Mr. Sagano. Quant au médecin, il annonce que Masanori va enfin pouvoir rentrer à la maison.
Le lendemain soir, accueilli avec joie par ses hommes, le chef yakuza fait donc son retour à la résidence Sagano. Malgré ses protestations, Kai s'improvise aussitôt son infirmière, le traitant comme un grand malade et s'empressant autour de lui avec ardeur. L'adolescent va même jusqu'à installer son futon dans la chambre de Masanori afin de le veiller ! Tandis qu'il lui donne ses cachets contre la douleur, Kai demande tristement s'il n'y a pas moyen de faire disparaître l'horrible balafre en effectuant une greffe de peau; mais le yakuza répond que ce n'est pas nécessaire: il n'est pas une femme, et au contraire cette cicatrice va lui donner un aspect encore plus viril et plus imposant. Pour lui, c'est aussi la preuve qu'il a protégé Kai de toutes ses forces.
Alors que les deux compères sont enfin couchés, l'adolescent se redresse soudain et se penchant vers Masa, il l'embrasse sur la bouche. Il se souvient avoir fait souvent ce geste quand il était à l'école primaire, mais ce n'est qu'à présent qu'il en comprend pleinement le sens. Kai sait bien que Masa fera toujours n'importe quoi pour lui sans jamais rien lui demander en échange, et il en a assez de se contenter de recevoir. N'y a-t-il vraiment rien qu'il puisse faire pour son ami ? Le visage grave et tourmenté, le yakuza ferme les yeux afin de ne plus voir cette silhouette implorante penchée au-dessus de lui. Il comprend parfaitement ce que Kai se propose de lui offrir, mais il ne peut accepter un tel don, il aurait le sentiment de souiller cet être qui lui est au monde le plus précieux. Et pourtant, malgré lui, Masa ne peut retenir son bras qui attire le garçon à lui. L'embrassant d'un baiser long et passionné, il finit par l'étendre doucement sur le futon. D'abord surpris - c'est son premier vrai baiser - Kai se laisse néanmoins caresser docilement. Souvent l'adolescent s'était dit qu'il aurait souhaité comme une femme pouvoir réconforter Masa; mais n'en étant pas une, il n'avait ni le courage, ni la confiance en soi suffisante pour devenir un soutien pour son ami. Voilà pourquoi à chaque fois que le yakuza se rendait chez sa petite amie, l'adolescent éprouvait la sourde crainte qu'un jour il ne reviendrait pas....
Les yeux clos, Kai, qui n'a encore aucune expérience ne peut que s'abandonner. Mais tandis que la main de son ami, glissée hardiment sous son kimono, commence à caresser une partie de son corps que personne n'avait jamais touché auparavant, surpris et rougissant le jeune garçon ne peut retenir un gémissement de pudeur. C'est alors que Masanori reprend enfin ses esprits, et réalisant ce qu'il est en train de faire, il s'arrête net, tremblant de frayeur. S'éloignant de ce corps qu'il ne doit absolument pas toucher, il s'excuse douloureusement, cachant son visage dans ses mains. Désolé, Kai s'excuse à son tour: comme il s'en doutait, son corps masculin n'a aucun intérêt pour le yakuza, et puisqu'il n'a aucune expérience, il ignore ce qu'il doit faire. Il souhaitait que Masa fasse de lui un homme, et s'agenouillant dans une attitude résolue, le garçon s'exclame: "Je suis prêt à m'entraîner à faire n'importe quoi ! Allez, allons-y !" Devant cet air si sérieux contrastant avec cette figure écarlate, Masa peine à retenir ses rires, et lance à Kai vexé que sa plaisanterie paraissait si réelle que lui-même l'a prise trop au sérieux et s'est involontairement laissé aller. Le garçon veut émettre une objection, refusant que son ami classe l'affaire comme un simple jeu de gamin, mais Masanori lui coupe la parole. Il remercie Kai des sentiments que ce dernier éprouve pour lui, et affirme recevoir suffisamment. Le seul désir du yakuza est que l'adolescent le garde toujours auprès de lui, rien de plus, rien de moins. Entourant de ses bras le cou de son ami, Kai répond que c'est lui qui le prie de rester à ses côtés.
Tandis que les deux compères se décident enfin à aller dormir, Kai demande la permission de se coucher auprès de Masa. Et lui avouant combien ce dernier embrasse merveilleusement bien, il dépose espièglement un baiser sur les lèvres du yakuza. Une fois que l'adolescent s'est enfin endormi, Masa le contemple le coeur emplit de tourments: il envie Kai qui est capable d'avouer si simplement ce que lui ne peut transmettre. Pourquoi s'obstine-t-il à fuir, alors que le garçon lui est si cher ? Masa sait pourtant parfaitement que Kai accepterait de devenir sien tout entier, cependant il ne veut pas se l'approprier en allant jusqu'à faire de lui une victime. Kai est son trésor, un trésor si précieux qu'il ne doit pas lui infliger une seule blessure. Ainsi, le lendemain, en regardant l'adolescent s'amuser gaiement dans le jardin, Masanori se répète intérieurement sa promesse: il doit continuer de protéger, comme un frère, comme un père, cet enfant qui était aussi un trésor pour celle qu'il aimait. Ignorant les résolutions qui appaisent l'âme de son ami, Kai se jette dans ses bras et lui réclame encore un baiser, tandis que Kyôsuké, scandalisé de les trouver dehors en kimono de nuit, leur crie de venir à table car le petit déjeuner va refroidir !


Un matin de bonne heure, le téléphone se met à sonner à l'appartement que partagent Kei et Ranmaru. Tous deux se trouvent encore au lit, et déccrochant, Enjôji a la surprise d'entendre le grand-père de son ami, à qui il passe aussitôt l'appel. Mr. Saméjima reproche à son petit-fils de ne jamais rentrer à la maison; il pourrait au moins venir faire un tour de temps en temps. Fatigué d'avance, Ranmaru s'attend déjà à devoir subir un long sermon, mais c'est sans compter l'entreprenant Enjôji, qui profite que son compagnon ne puisse ni bouger ni protester pour le taquiner un peu. Alors que le malheureux Ranmaru se trouve en pleine conversation téléphonique, le voilà soumis à des caresses brûlantes qui le contraignent à faire mille efforts pour retenir les gémissements les plus éloquents. A la fin, n'en pouvant plus et souhaitant terminer la conversation au plus vite, le jeune homme promet à son grand-père de passer au dôjô le jour-même et se dépêche de couper la communication. A ses côtés, Kei proteste: Ranmaru avait promis de sortir avec lui ! Mais ce dernier lui rappelle avec irritation que c'est à cause de ses bêtises qu'il n'a pas pu refuser.
Néanmoins Ranmaru est très préoccupé de devoir rentrer chez lui, bien qu'il sache pertinemment qu'en tant qu'héritier du dôjô Saméjima, ce n'est pas bien de sa part de confier ses responsabilités à autrui et de ne jamais venir se rendre compte par lui-même comment les choses s'y passent. Devinant les tourments qui agitent son compagnon, Kei se propose de l'accompagner, mais Ranmaru refuse, lui assurant que tout ira bien. S'il s'agissait d'avouer à son grand-père quelle véritable relation est la leur, certes il serait préférable que tous deux aillent voir le vieil homme ensemble; mais là c'est un problème qui ne concerne que lui.
Ranmaru se rend donc seul à son ancien foyer, et une fois arrivé devant l'enceinte du dôjô, il réalise encore une fois à quel point ça lui est devenu pénible d'en passer la porte depuis qu'il a décidé d'abandonner le kendô. Prenant son courage à deux mains, le jeune homme se décide tout de même à rentrer, et à peine s'est-il avancé dans le jardin que lui parviennent déjà les bruits violents des sabres en bambou qui s'entrechoquent et les hurlements des kendôkas. Tandis qu'il contemple de loin l'intérieur de la salle où s'entraînent les combattants, cette salle à l'atmosphère lourde emplie d'une tension presque palpable, un irrésistible sentiment de nostalgie vient l'envahir.
Ranmaru est ramené à la réalité par la voix joyeuse de Maître Kurébayashi, le bras droit de son grand-père. Ce dernier, qui lui voue une admiration sans bornes, accueille le jeune homme avec chaleur, très heureux de le revoir après si longtemps, et lui propose aussitôt d'entrer dans le dôjô. Gêné, Ranmaru refuse tout d'abord; mais s'il ne s'agit que de regarder, il se laisse finalement convaincre et s'assoit dans la grande salle en tant que simple spectateur. Aux disciples qui s'étonnent et s'interrogent sur l'identité de cet inconnu, Kurébayashi présente le jeune homme comme le petit-fils du Maître venu en inspection, ainsi ils n'ont pas intérêt à négliger l'entraînement ! Tandis que les combats reprennent avec ardeur, fermant les yeux pour mieux goûter l'atmosphère qui règne en ces lieux, Ranmaru sent son coeur se serrer. Il a beau tout faire pour essayer d'oublier son ancienne vie, cet endroit est la source dont il est issu, et à chaque fois qu'il s'y retrouve, il ne peut s'empêcher de sentir son bras le démanger. C'est ce que lui fait remarquer son grand-père, qui survient quelques minutes plus tard en grommellant que son petit-fils aurait tout de même pu venir d'abord le saluer ! Alors que Ranmaru contemple les combattants, le vieil homme comprend tout de suite à son visage que ça ne lui suffit pas de seulement regarder. Normal, c'est lui-même qui l'a élevé ainsi.
Mr. Saméjima propose à Ranmaru de rentrer dans la maison prendre un thé et des gâteaux, et tandis qu'il suit son grand-père dans la grande salle de style traditionnel, le jeune homme est aussitôt étonné de remarquer toutes les coupes, médailles et autres récompenses qui sont venus s'ajouter à ceux qui ornaient déjà les murs depuis sa dernière visite. Mr. Saméjima explique qu'en plus des nouveaux titres remportés par ses disciples, il a en plus ressorti pour les exposer ceux remportés par sa fille Shizuho, la mère de Ranmaru, ainsi qu'une photo prise après le dernier grand championnat que la jeune femme avait remporté. Ranmaru est très ému en contemplant l'image de cette combattante si redoutable qu'on l'avait surnommée "le Démon à la Face Blanche"; Shizuho avait voué toute sa vie au kendô, mais avec son fils, elle s'était toujours montrée douce et tendre.
Ranmaru est tiré de ses réflexions par l'arrivée de Miyo, l'employée de maison. La dame âgée est si heureuse de le revoir qu'elle ne peut retenir ses larmes. Depuis que Yuki, qui s'est mariée et vit à Hokkaidô, et Ranmaru ont quitté la maison, elle et le vieux Maître se sentent bien seuls. Tandis que Miyo s'en va acheter des gâteaux, Mr. Saméjima entre enfin dans le vif du sujet: il demande à son petit-fils des nouvelles de son corps, et s'il a essayé à nouveau de brandir un sabre. A ces mots, le visage du jeune homme s'assombrit. Il n'a pas touché un sabre depuis son accident, persuadé que de toute manière celà s'avèrerait inutile. Néanmoins le vieil homme lui assure que même s'il ne peut retrouver sa condition physique d'autrefois, si Ranmaru voulait reprendre l'entraînement il serait prêt à le soutenir; et la place de Maître qui lui était normalement réservée est toujours libre. Kurébayashi refuse de la prendre; lui aussi souhaite ardemment le retour de Ranmaru. Mais le jeune homme s'insurge: comment quelqu'un qui ne peut même plus tenir un sabre pourrait enseigner le kendô ? Mr. Saméjima répond que rien ne presse. Ne voulant pas recommencer la même erreur qu'avec sa fille, à qui il avait imposé la voie du sabre, il enjoint le jeune homme de faire lui-même son choix en son âme et conscience. Pour avoir voué sa vie au sabre, Shizuho avait perdu l'amour de son époux et sacrifié son existence; qu'avait-elle éprouvé alors en acceptant tout celà ? S'inclinant devant son grand-père, le visage grave, Ranmaru ne peut que lui demander de lui laisser un peu de temps afin qu'il réfléchisse à cette proposition. Il s'agit d'une décision importante, qui va décider de son avenir.
Pendant ce temps, devant la gare, Enjôji se dispute avec un ami pour une question d'argent, lorsque survient soudain Kai, qui ne cache pas son irritation de tomber ainsi à l'improviste sur son frère. Néanmoins il adresse la parole à ce dernier, et après que tous deux se soient bien lancés des piques comme à leur habitude, Sagano demande à son aîné des nouvelles de Ranmaru. Enjôji répond que son ami pête la forme, mais par contre il n'a pas l'air d'en être de même pour Kai. Est-ce que par hasard l'adolescent souffrirait du mal du pays ? Certes, ce n'est sans doute pas la maison qui lui manque, mais plutôt Mr. Araki. Et Enjôji ajoute avec malice que la dernière fois que son petit frère est venu à son appartement, parlant dans son sommeil, il prononçait le nom de Masa. A ces mots, Kai surpris devient écarlate et tente d'assener à cet énervant demi-frère un coup de poing que bien sûr ce dernier bloque sans difficulté. Entourant les épaules du gamin de son bras, Enjôji lui dit doucement que s'il désire tant que celà rencontrer Masa, il devrait lui téléphoner. Mais Kai, de plus en plus rouge et honteux, le repousse brutalement en lui criant de le lâcher. Ce n'est pas parce qu'ils ont à moitié le même sang que Enjôji doit se comporter comme un frère avec lui; car en ce qui le concerne, l'adolescent refuse d'accepter leur lien de parenté. Et sur ces paroles furieuses, Sagano s'enfuit en courant. Soupirant, Kei le regarde s'éloigner. "Voilà un gosse qui aboie beaucoup !" grommelle-t-il.
Le soir, tandis que Kei se change pour se rendre à son travail, Ranmaru revient enfin à leur appartement. Sur le point de parler à son compagnon de la proposition de son grand-père, le jeune homme se ravise soudain, préférant attendre son retour. Mais Enjôji remarque aussitôt que quelque chose préoccupe Ranmaru, et l'embrassant, il lui demande de ne pas rester seul à se tracasser puisqu'il pourra tout lui raconter sitôt qu'il reviendra du boulot. Néanmoins, à peine Kei s'en est-il allé que le jeune homme retombe dans ses pensées mélancoliques. Après son accident, la moitié droite de son corps paralysée, s'il s'était lancé dans une rééducation acharnée ce n'était absolument pas à cause du kendô, mais afin de ne pas devenir un fardeau pour son ami. Cependant, à présent il hésite sur la voie à suivre. Il serait mal de sa part d'espérer que Kei lui demande de renoncer au kendô, ce ne serait que fuir en rejetant la responsabilité sur son compagnon. Doit-il reprendre ou non le sabre ? Ranmaru seul peut trouver la réponse à cette question.

Le soir, une fois rentré de la fac, Kai fait ce que sont frère lui avait conseillé et appelle la résidence Sagano. C'est Toshi qui répond et lui apprend que Masanori est absent, il a été contraint de se rendre à Tôkyô avec Kyôsuké pour une affaire urgente. Furieux, l'adolescent raccroche brutalement le téléphone. Si Masa se trouve actuellement dans cette ville, pourquoi n'a-t-il pas pris contact avec lui ? Celà fait déjà trois mois qu'ils ne se sont pas rencontrés.... Pendant ce temps, dans le quartier de Kabuki, Enjôji qui est hôte dans un club raccompagne une cliente jusqu'à son taxi lorsque soudain, il aperçoit dans une ruelle une silhouette familière: affublé d'une casquette et de lunettes noires, un adolescent ressemblant à son jeune frère parlemente dans un coin discret avec un homme en costume, qui lui remet une liasse de billets. Voilà qui est plutôt louche, et flairant une embrouille, Enjôji se précipite vers l'adolescent en criant son nom. Mais alors qu'il traverse la rue en courant, il manque se faire renverser par une voiture, et lorsqu'il parvient enfin de l'autre côté, il n'y a plus trace ni de l'homme ni du garçon. Irrité, Enjôji se décide à revenir à son travail. Bien qu'il soit préoccupé de ce comportement suspect qui laisse à penser que Kai est en train de commettre une bêtise, en y réfléchissant bien il finit par se dire que ce n'est pas à lui de lui servir de nounou.
Au même moment, Masanori et Kyôsuké s'apprètent à rencontrer à sa demande l'un des cadres de l'organisation mafieuse Ozu, qui dirige le Shôhôkai de la région du Kantô et représente à l'Est ce qu'est le Shôryûkai à l'Ouest. Ce Kambu , Sasazuka, a une très mauvaise réputation même parmi les autres membres de son groupe qui le détestent, et Kyôsuké ne peut s'empêcher de pressentir des problèmes. Mais il réprimande néanmoins son chef: puisque Masa se trouve à Tôkyô, il aurait au moins pu prendre contact avec Kai; ce dernier doit bouder, et va certainement décharger sa colère sur le malheureux Kyôsuké. Masa répond qu'il appellera le garçon sitôt que tout sera calmé. En fait, lui aussi se morfond de ne pas avoir entendu une seule fois durant ces trois mois la voix de son jeune protégé.
Tandis que les deux yakuzas arrivent enfin au lieu du rendez-vous avec Sasazuka, un club à hôtesses, quelque part en ville dans une galerie du métro, une jeune femme se trouve aux prises avec des vendeurs de drogue. Parmi eux figure le jeune garçon à la casquette et aux lunettes noires que Enjôji avait aperçu ce soir-même dans la rue. Les dealers rejettent son argent à la fille, expliquant qu'elle n'en a pas apporté assez. Ils présentent l'adolescent qui les accompagne comme le fils Sagano dont l'organisation mafieuse règne sur le Kansaï, ainsi si jamais elle ne paye pas correctement selon les nouveaux tarifs, la jeune femme peut s'attendre à avoir de gros ennuis.
Pendant ce temps, au club d'hôtesses. Après de brèves salutations, le Kambu Sasazuka rappelle à ses deux invités combien l'équilibre entre les deux organisations de l'Est et de l'Ouest, le Shôhôkai et le Shôryûkai, s'avère essentiel: c'est grâce à ces gigantesques organisations que la mafia du Japon a pu se développer avec succès. Mais il y a des règles à ne pas enfreindre, comme par exemple empiéter sur le territoire du voisin. Malgré tous les propos détournés du yakuza qui tourne autour du pot sans en venir au fait, Masanori saisit aussitôt l'allusion et demande à Sasazuka de s'expliquer. Ce dernier expose alors la raison pour laquelle il a demandé à rencontrer l'un des responsables du groupe rival: comme Masa le sait, ni le Shôhôkai ni le Shôryûkai ne pratiquent le commerce de la drogue, qui ne fait qu'attirer les regards de la police et donc mettre un frein à leurs autres activités plus rémunératrices. Mais il arrive souvent qu'attirées par le profit, de jeunes recrues finissent par se lancer dans le trafic de drogue. C'est récemment ce qui s'est produit dans le groupe Ozu qui gouverne le Shôhôkai. Pris sur le fait par leurs supérieurs, les jeunes dealers avaient confessé une chose étrange: ils ne servaient que de revendeurs, les véritables responsables du trafic ne seraient autres que des membres du groupe Sagano du Kansaï. Bien sûr, il n'y a aucune preuve, mais si celà s'avère la vérité, l'affaire ne pourra que déboucher inévitablement sur une guerre des gangs. L'heure est grave, et sur-le-champ Masanori décide de se charger de l'affaire. Avant de partir, il demande à Sasazuka de conserver le secret jusqu'à ce que la lumière soit faite sur tous ces événements.
Lorsque un peu plus tard le cadre yakuza se retrouve seul à l'hôtel avec Kyôsuké, l'idée lui vient de rechercher les responsables de ce trafic de drogue clandestin parmi d'anciens membres du Shôryûkai ayant été renvoyés. Même une fois chassés de l'organisation, il est peu probable que tous soient redevenus d'honnêtes citoyens; sans doute bon nombre d'entre eux continuent de commettre des actes illégaux en utilisant le nom de Sagano tout en vouant une profonde rancune à l'égard de leur ancien employeur. Alors qu'il se fait ces réflexions, un autre sujet de préoccupation traverse soudain l'esprit de Masa: il va devenir nécessaire d'assurer la protection de Kai. Kyôsuké se propose aussitôt, mais Masanori décline l'offre, car il va avoir à présent grand besoin de son bras droit. Réfléchissant, le cadre yakuza se rappelle soudain l'une de ses connaissances, quelqu'un qu'il n'a pas revu depuis quelques années, mais qui conviendrait parfaitement pour cette fonction. Kyôsuké demande à son chef s'il a l'intention d'engager un garde du corps professionnel, mais s'emparant du téléphone, Masa répond avec un sourire plein de défi que ce n'est pas exactement celà: bien que cette personne se spécialise dans la protection rapprochée, il s'agit en fait d'un tueur professionnel.
C'est ainsi qu'à des kilomètres de là, dans une station service, un employé vient avertir l'un de ses collègues, Tashiro, qu'on le demande au téléphone. S'emparant du combiné, le jeune pompiste est très surpris d'entendre la voix de Masanori Araki après si longtemps. Ce dernier annonce qu'il a du travail pour lui et souhaiterait le rencontrer. Tashiro, un jeune homme très mignon qui a davantage l'air d'un gentil étudiant que d'un tueur à gages, répond que normalement il a pour principe de ne jamais rencontrer ses employeurs, mais s'il s'agit d'Araki c'est différent. Le temps presse, et Masa demande qu'il vienne le voir à son hôtel de toute urgence. Tashiro rétorque que Masa risque de ne pas le reconnaître: il a encore changé de visage depuis la dernière fois qu'ils se sont rencontrés; mais le yakuza répond au tueur qu'il n'aura qu'à se rendre directement à sa chambre sans s'en préoccuper. De toute manière, Tashiro n'arrêtant pas de changer de tête après chaque contrat, même lui n'a jamais vu son véritable visage. Riant, le jeune homme réplique que si Masa veut bien passer une nuit avec lui, il se fera une joie de le lui montrer !
Cette affaire réglée, alors que tous deux sont en train de se changer, Kyôsuké demande avec étonnement à son chef pourquoi est-ce un tueur qu'il a engagé. Le cadre explique alors qu'étant habitués à poursuivre une cible, les tueurs professionnels comprennent mieux que personne en quelles conjonctures leur client pourrait être facilement visé et réagissent ainsi plus rapidement. En outre, Masanori répugne à faire surveiller Kai par des yakuzas, dont la présence pourrait lui porter préjudice. Tashiro est jeune mais il est redoutable, et en cas de coup dur, il possède suffisamment de courage pour servir de bouclier à Kai en sacrifiant sa propre vie. Lorsque son chef ajoute l'air de rien que quand Tashiro arrivera, il lui faudra les laisser seuls tous les deux, arborant un air des plus sérieux, Kyôsuké ne peut retenir un commentaire: ainsi ce mystérieux tueur est lui aussi épris de Masa ? Décidément, le yakuza plait énormément, aussi bien aux hommes qu'aux femmes ! De surprise, Masanori se cogne la tête contre la porte de la penderie où il était occupé à se changer. Mais toujours très sérieux, Kyôsuké en rajoute en l'avertissant de prendre garde à ne pas se faire assaillir !
Ailleurs en ville, alors qu'il vient de quitter son travail et s'apprète à rentrer à son appartement, Kei se fait soudain aborder par deux hommes qui se présentent comme des policiers. Surpris, le jeune homme répond qu'il doit s'agir d'une méprise, il ne se souvient pas avoir commis d'acte répréhensible, et continue comme si de rien n'était son chemin. Cependant, lorsque le plus vieux des deux hommes, le commissaire, prononce le nom de son jeune demi-frère, Enjôji s'arrête net, et se résoud finalement à accompagner les policiers jusqu'à un café tout proche. Une fois tous trois attablés, Kei demande de but en blanc aux inspecteurs ce que le gamin a bien pu faire. Pas besoin de prendre des gants avec lui; la famille Sagano dirigeant un groupe mafieux, il se doute parfaitement que ces derniers doivent causer beaucoup d'embarras à la police. Néanmoins, le jeune homme avertit ses interlocuteurs que bien qu'étant lié par le sang aux Sagano, il n'a rien à voir avec eux et ne tient absolument pas à se voir mêlé à leurs sales affaires. Après avoir rassuré Enjôji à ce sujet, le commissaire lui apprend alors que son jeune frère est soupçonné de trafic de drogue; s'il n'a pas été arrêté jusqu'à présent, c'est uniquement parce que la police compte bien remonter à la source et démanteler tout le réseau. Avec cynisme, Kei réplique qu'en sorte il s'agit d'une enquête avec appât, qui, si elle tourne mal, n'aura servi qu'à exposer des innocents au danger.
Le commissaire garde un instant le silence, ne pouvant affirmer le contraire. Malgré tout il demande au jeune homme sa coopération, bien qu'il assure comprendre parfaitement que ce dernier ait de bonnes raisons de détester la police. Tout d'abord Kei ne saisit pas le sens de ces propos. Le commissaire se met alors en devoir de lui rappeler le dramatique accident survenu jadis à Ranmaru: ne pouvant s'attaquer directement au vieux Sagano, les membres d'un petit groupe mafieux avaient décidé de s'en prendre à son fils aîné Enjôji afin de porter un coup à l'organisation; mais c'était finalement le meilleur ami de ce dernier qui s'était fait renverser à sa place. La police n'était pas parvenue à arrêter le coupable, qui avait pris la fuite après cet attentat manqué; et peu de temps après, on n'avait retrouvé que son cadavre. Depuis, Kei a perdu toute confiance en la capacité de la police à arrêter puis faire juger les criminels selon la loi. Néanmoins que les deux hommes se rassurent, il n'a pas l'intention de couvrir son jeune frère. Et après avoir encore une fois exprimé sa méfiance envers les forces de l'ordre, Enjôji s'apprète à s'en aller.
Tandis qu'il commence à s'éloigner, le commissaire lui pose néanmoins une dernière question: a-t-il rencontré son jeune frère dans la journée ? Sans hésiter, Kei répond affirmativement, vers une heure du matin ils sont allés ensemble voir un film à Shinjuku. Chargé de la vente des billets, il lui en reste encore, le policier pourra facilement vérifier ses dires. Après avoir un moment observé le jeune homme droit dans les yeux, le commissaire finit par déclarer que celà ne sera pas nécessaire, sa déclaration lui suffit, et s'excuse de l'avoir retenu ainsi. Alors que Kei s'éloigne, l'inspecteur demande à son supérieur si c'est bien raisonnable de le laisser partir. Mais ce dernier répond que malgré sa jeunesse, Kei Enjôji a un regard franc qui n'est pas pour lui déplaire. C'est le regard aigu de quelqu'un qui a en charge un être cher qu'il désire à tout prix protéger, au point de menacer des yeux un policier gradé comme le commissaire. Ce jeune homme a vraiment beaucoup de cran !

Lorsque Kei rentre enfin à son appartement, il a la surprise de découvrir son compagnon endormi sur le tapis de la salle à manger. Inquiet que Ranmaru n'ait pris froid, il veut lui fourrer un thermomètre dans la bouche afin de prendre sa température, mais agacé de ce comportement exagéré, le jeune homme demande à Enjôji si ce n'est pas plutôt lui qui a de la fièvre. Et pour s'en assurer, il attire son ami à lui et lui vole un baiser. Kei riposte en se couchant sur Ranmaru et lui administrant un long et profond baiser. Mais il ne va pas plus loin. Posant la tête sur la poitrine de son compagnon, il lui demande de le laisser un moment se blottir ainsi contre lui. C'est un tel réconfort pour Enjôji d'entendre battre le coeur de Ranmaru. Jamais il ne doit oublier ces battements et cette chaleur, cette vie que seule il désire protéger. Ranmaru quant à lui semble goûter le même sentiment de bien-être, et il entoure son ami de ses bras. Tous deux ne tardent pas à fermer les yeux, s'abandonnant à ces quelques instants d'une éphémère quiétude....
Au beau milieu de la nuit, Kai Sagano rentre lui aussi à son studio. Mais il n'a pas le temps de tourner la clé dans la serrure qu'une femme apparaît soudain derrière lui dans le couloir, et s'adresse à l'adolescent d'un ton tranchant. Il s'agit de la jeune femme menacée par les dealers quelques heures plus tôt. En manque de drogue, le regard fou, elle est prête à tout pour avoir sa dose, et à présent que le fils de yakuza se retrouve seul sans la protection de ses deux accolytes, il ne lui fait plus peur du tout. Et insistant bien sur ce fait, la fille se met à brandir un grand couteau. Bien entendu, Kai ne comprend absolument rien à ses propos désordonnés. Il se doute simplement que celà doit avoir un rapport quelconque avec les activités de son père, et croyant qu'il se moque d'elle en feignant l'indifférence, la fille redouble d'agressivité: s'il ne veut pas être blessé, l'adolescent a intérêt à lui donner au plus vite toute la drogue qu'il possède ! A ces mots, Kai ne sait que faire; il comprend à la mine égarée de la fille que cette dernière est très sérieuse et a complètement pêté les plombs. S'il n'y prend pas garde, cette altercation risque de mal tourner. C'est à cet instant qu'une porte s'ouvre brusquement entre les deux protagonistes et un voisin, irrité par le bruit, vient leur crier à tous deux d'aller se disputer dehors. Mais la jeune femme, se tournant vers le nouveau-venu, le menace à son tour très persuasivement, ainsi ce dernier s'empresse de s'enfermer dans son appartement et d'appeller la police.
Voyant que le fils Sagano n'est pas décidé à lui lâcher la drogue, la fille décide de lui prouver qu'elle ne plaisante pas et se lance à l'attaque. Kai évite le coup rapide de justesse et la camée vient s'écraser maladroitement contre l'alarme à incendie, dont le verre se brise. Aussitôt la sirène commence à retentir dans tous les couloirs de l'immeuble. Mais rendue encore plus folle par le choc qu'elle vient de subir, la jeune femme repart à l'assaut. Cette fois, Kai parvient à bloquer son coup en lui agrippant les poignets. Désespérément, il la supplie de reprendre ses esprits. Pour toute réponse, la fille le mort à la main, et à bout de patience, l'adolescent la précipite sur le sol en utilisant une prise de jûdô. Enfin calmée, la droguée reste allongée à terre, sans bouger. Après avoir repris son souffle, Kai s'agenouille auprès d'elle en lui demandant si ça va. Mais tandis qu'il retourne doucement le corps de la jeune femme, il s'aperçoit soudain qu'elle est couverte de sang. Kai se relève d'un bond, horrifié: en tombant, son adversaire s'est planté dans le côté le grand couteau qu'elle tenait ! La jeune femme lève alors vers lui une main tremblante, suppliant le garçon de venir à son aide. Elle ne veut pas mourir !
Tandis que Kai demeure pétrifié de terreur, contemplant sa propre main couverte de sang, les policiers surgissent soudain dans le couloir alors que la sirène d'alarme continue de hurler. Les deux hommes s'arrêtent net en découvrant la scène qui s'étale devant leurs yeux: cet adolescent debout avec une main ensanglantée, et cette femme blessée étendue à ses pieds, un couteau profondément planté dans la hanche. Reprenant un peu ses esprits, Kai bredouille qu'il n'a rien fait. Mais tandis que son collègue se penche vers la jeune femme en l'encourageant à tenir bon jusqu'à l'arrivée de l'ambulance, l'autre policier ordonne au garçon de lever lentement les deux mains au-dessus de sa tête. A ce moment, Kai réalise enfin toute l'ampleur de la situation, combien les apparences sont désespérément contre lui !
Tandis que Tashiro, qui a terminé son entrevue avec Masanori, part à bicyclette à la recherche du fils Sagano en se demandant avec curiosité de quel genre de garçon il peut bien s'agir pour que le yakuza y tienne si précieusement, Kai a été conduit au poste de police. Menoté, assis dans la salle de garde à vue, il doit faire face à un interrogatoire musclé de la part des deux inspecteurs: fils d'un parrain de la mafia, à leurs yeux l'adolescent est forcément coupable ! Mais malgré tous les coups et toutes les insultes qu'il doit subir, Kai s'obstine à clamer son innocence. Jeté à terre, le visage en sang, il finit néanmoins par en avoir assez des insinuations déplaisantes des policiers, et prenant par surprise celui qui le persécutait, il lui assène un violent coup de genou dans la figure, brisant ses lunettes. Tandis que l'homme pousse des hurlements de douleur, son collègue se lève alors de sa chaise, attrape Kai par son col et le projette brutalement contre le mur de la pièce. Reprochant froidement à l'autre inspecteur d'avoir sous-estimé le suspect en le prenant pour un gamin, le plus cruel des deux policiers saisit l'adolescent par les cheveux, puis élève une cigarette grésillante au niveau de ses yeux. Si Kai n'avoue pas sur-le-champ qu'il est coupable, il peut s'attendre à passer un sale quart d'heure, car l'inspecteur l'avertit que lui est loin d'être aussi gentil que son collègue, qui a déjà roué le garçon de coups.
Mais en dépit de toutes les menaces de ses bourreaux et de la cigarette brûlante qui se rapproche de son oeil, Kai continue de s'écrier qu'il n'a rien fait. A ce moment, quelqu'un saisit vivement le bras du flic indigne et le lui tord vigoureusement derrière le dos dans un bruit sinistre. Poussant un cri, l'inspecteur lache la cigarette. "Depuis quand êtes-vous devenus des délinquants ?" demande le commissaire auquel Enjôji avait eu affaire quelques heures auparavant et qui vient d'arriver au poste, accompagné de son assistant. Le visage sévère et mécontent, il annonce à ses odieux collègues que c'est lui qui a été chargé de l'enquête et du gamin, et qu'il fera un rapport sans rien omettre sur ce qui vient de se produire pendant cet interrogatoire. Les deux policiers s'apprètent à protester, ce qui provoque encore davantage la fureur du commissaire: quels idiots ! Ne savent-ils pas que ce qu'ils viennent de faire - une séance de torture - est un délit grave ? Et sur ces mots, il crie aux inspecteurs sur un ton sans réplique de sortir de la pièce en vitesse, en laissant la clé des menottes qui entravent le garçon.
Sitôt les bourreaux partis, le jeune assistant du commissaire s'empresse d'ôter les menottes à Kai, s'excusant pour l'horrible traitement dont il a été la victime. Retrouvant son calme en même temps que son sourire bon et amical, le commissaire s'accroupit auprès de l'adolescent, toujours effondré sur le sol, et lui demande s'il va bien. Après l'interrogatoire, il s'occupera de faire soigner ses blessures, mais d'abord il doit lui poser quelques questions. Surpris par le comportement de cet homme qui s'évertue à le considérer comme un étudiant ordinaire - rappelant que jusqu'à ce jour le garçon n'a jamais commis aucun délit - en dépit des activités mafieuses de sa famille, Kai se résoud finalement à lui faire confiance et à s'assoir face à lui comme le policier le lui demande. Bien que l'enquête ne soit pas terminée, le commissaire assure à l'adolescent qu'il croit à son innocence, car il ne décèle point dans ses yeux la culpabilité habitant le regard des gens qui ont commis un crime: le regard de Kai est franc, bien que plein de défi. Par conséquent l'homme le croit lorsqu'il lui dit qu'il n'a rien fait et lui promet que dès ce jour il pourra rentrer chez lui. D'ailleurs, le policier a déjà contacté la famille Sagano dont l'un des émissaires ne devrait plus tarder.
A ces mots, Kai pousse un profond soupir de soulagement, rassuré de savoir que Masa va venir le chercher. Mais un peu plus tard, lorsqu'après avoir été soigné à l'infirmerie, l'adolescent épuisé s'avance d'un pas lourd dans le couloir, c'est une toute autre personne qui l'attend là pour le ramener à la maison, un jeune homme qu'il ne connaît pas et se présente sous le nom de Tashiro. Masa ne viendra pas ! Furieux, retrouvant d'un coup toute sa vigueur, c'est cette fois d'une démarche rapide et cadencée que Kai s'élance hors du commissariat et se met à arpenter la rue, au point que même à bicyclette, Tashiro a bien du mal à le suivre! Quoi qu'il essaie de dire, le garçon refuse de l'écouter, lui criant d'arrêter de lui coller au train. Alors, afin de le calmer, Tashiro se voit dans l'obligation de lui expliquer qu'il n'est pas là seulement pour l'escorter à son appartement mais pour le protéger, car il a été embauché comme garde du corps. Dès cette nuit en effet, on s'attend à ce qu'il y ait du grabuge au sein de l'Organisation, ça va sûrement chauffer ! Néanmoins ces paroles, loin d'apaiser Kai, ne font que le mettre davantage en colère. Qu'est-ce que c'est que ce type que Masa lui a refilé !? D'où qu'on le regarde il n'a pas du tout l'air d'un garde du corps, mieux vaut encore compter sur ses propres forces et se protéger tout seul !

Voyant que le garçon n'est vraiment pas décidé à le croire, Tashiro finit par se résoudre à appeler Masa depuis son portable, supposant que sans doute seul le cadre yakuza parviendra à convaincre Kai d'être raisonnable. Et en effet, Masanori confirme à son jeune protégé tout ce que lui a dit Tashiro, ajoutant que la situation est telle qu'il vaut mieux que l'adolescent ne rentre pas d'ici que les choses se calment à leur résidence d'Ôsaka. Le kambu assure de plus qu'en dépit de son caractère et de son apparence, Tashiro est un homme auquel on peut se fier; ainsi, priant Kai de faire preuve de patience, Masa lui demande d'obéir à son jeune garde du corps. Entendant ces paroles, Kai ne répond rien tant les mots lui restent en travers de la gorge. Tremblant, il semble au bord des larmes. Ces derniers temps, il n'arrive même plus à avoir Masa au téléphone, et pour une fois qu'il peut lui parler, c'est tout ce que son ami trouve à lui dire !? Kai a le douloureux sentiment que le yakuza l'a complètement oublié, et le fait que ce dernier prétende le contraire ne fait qu'exacerber la colère de l'adolescent: Masa n'est qu'un menteur ! La seule chose à laquelle il pense sans arrêt n'est pas sa personne mais l'Organisation, et peu lui importe au fond ce qu'il fait, qu'il ait été emmené par la police.... Mais ignorant toutes ces plaintes, le kambu se contente de répéter au garçon d'obéir à Tashiro, puis, proférant qu'ils parleront tranquillement une autre fois, Masanori coupe brusquement la communication. "Quelle froideur !" se dit Tashiro scandalisé, lui qui n'a rien perdu de la conversation grâce à l'écouteur glissé discrètement dans son oreille. Mais le pauvre Kai est en larmes, et à peine a-t-il balancé le portable de ce dernier dans la figure du garde du corps qu'il s'enfuit en courant et grimpe dans un taxi. Voilà donc Tashiro contraint de poursuivre l'automobile à bicyclette. Que d'embêtements dès son premier jour de contrat !
L'aube est déjà levée lorsque Kai arrive enfin à son appartement, et c'est avec soulagement qu'il pousse la porte de chez lui après tous les événements de cette éprouvante journée; mais il n'a pas le temps de refermer cette porte que Tashiro, en nage après sa longue course à vélo, la retient du pied et entreprend à son tour de rentrer à l'intérieur. Le garçon a beau protester qu'il n'a pas besoin de ses services, le jeune homme ne veut pas en démordre, rétorquant qu'il a été engagé pour être son garde du corps: si jamais Kai venait à être tué ou gravement blessé, il peut dire adieu à son salaire, alors Tashiro est bien décidé à faire son travail, que cela plaise à son protégé ou non ! Tandis que les deux jeunes gens se chamaillent ainsi, le plus proche voisin passe soudain la tête sur le pallier, peu rassuré; c'est lui qui avait assisté à la scène de tantôt et prévenu la police, ainsi Tashiro le remercie sincèrement d'avoir témoigné en faveur de Kai. Puis, ajoutant à voix basse à l'intention du garçon que s'ils continuent de se quereller de cette façon dans le couloir, les flics vont encore débarquer, le garde du corps réussit enfin à convaincre Kai de le laisser rentrer bien sagement avec lui dans l'appartement. Alors qu'ils disparaissent à l'intérieur, le voisin paraît de plus en plus inquiet: après une femme, cette fois c'est un homme.... Que va-t-il encore se passer ?
Tashiro et Kai entâment donc leur premier jour de cohabitation forcée. Lui qui s'attendait à devoir s'occuper d'un gosse de riche docile et gâté, le garde du corps doit bien reconnaître qu'il a affaire à un véritable chat sauvage toutes griffes dehors ! Mais répétant à l'adolescent qu'il n'est vraiment pas possible de le laisser seul dans la situation actuelle, il lui demande calmement d'accepter ce qu'on a décidé pour son bien, car sinon, c'est à Masanori Araki lui-même qu'il causera des ennuis. Pour l'instant, Kai doit prendre son mal en patience, et dès que l'affaire sera réglée et que tout sera rentré dans l'ordre, alors il pourra assener à Masa autant de reproches qu'il lui plaira. Finalement, résigné malgré son dépit, Kai va s'enfermer dans sa chambre. Mais avant de sombrer dans un sommeil réparateur, dans sa tête résonnent malgré lui ces mots prononcés par le yakuza: "Je ne t'ai pas oublié un seul instant". "Menteur" prononce encore une fois le garçon en laissant à nouveau couler ses larmes....
Le lendemain tard dans la matinée, lorsque Kai s'éveille enfin, il trouve Tashiro affairé dans la cuisine. Tandis qu'il lui demande si cela aussi fait partie de son travail, le garde du corps répond que dès demain, c'est à tour de rôle qu'il feront chacun la cuisine. Puis le jeune homme commence à lancer un tas de remarques plutôt désobligeantes: l'appartement est bien mais mal rangé, le frigo est vide, une tonne de linge sale s'est accumulée.... Avec le train de vie négligé qu'il mène, ce n'est pas étonnant qu'on traite le fils Sagano comme un enfant ! Mais s'approchant un peu plus du garçon vexé (tout en étant incapable de répliquer à ça), Tashiro avise soudain les marques rouges sous ses yeux. "Ah.... Tu as pleuré hier soir ?" demande-il avec un manque de tact tel que Kai en a brusquement le feu aux joues ! Puis, poussant l'adolescent dans la salle de bain sans plus de cérémonie, Tashiro lui ordonne d'aller bien sagement se laver la figure. Furieux, Kai claque la porte derrière lui à la défoncer ! Non, décidément la cohabitation ne s'annonce pas de tout repos entre ces deux-là....
Un peu plus tard, alors que les deux jeunes gens se retrouvent attablés devant un copieux petit déjeuner, toujours aussi sombre et de mauvaise humeur, Kai demande à son compère quel genre de relation ce dernier entretient avec Masa; mais il était loin de s'attendre à la réponse que lui fait nonchalamment Tashiro: "Une relation charnelle " ! De surprise, l'adolescent manque s'étouffer avec son toast ! Comment !? Masa lui envoie en toute connaissance de cause un garde du corps homo !??? Livide, Kai recule aussitôt contre le mur; cependant Tashiro s'empresse de le rassurer: le garçon n'a rien à craindre, il n'a aucun goût pour les gamins. Sceptique, l'adolescent enchaîne avec une question qui le préoccupe, demandant d'un air méfiant à son interlocuteur si ce dernier aime Masa. Tashiro avoue qu'en effet, le yakuza est très à son goût, il apprécie particulièrement son côté stoïque. A cette réponse, narquois, Kai s'empresse de lancer au jeune homme que le malheureux est voué à un amour sans espoir, car Masanori n'est pas du tout homo. Ce à quoi, Tashiro réplique malicieusement que le yakuza ne déteste pas totalement les hommes; d'ailleurs, le garçon n'est-il pas bien placé pour le savoir ?
Gloups ! Kai ne sait que répondre à ça ! Inquiet de se faire souffler son futur petit ami par quelqu'un de plus entreprenant, tout ce qu'il trouve à faire est de frapper rageusement sur la table en ordonnant à cet énervant garde du corps de ne pas ennuyer Masa avec des propositions "étranges". Cependant Tashiro fait la sourde oreille, répliquant à Kai que ce qui se passe entre Masanori Araki et lui ne le regarde absolument pas ! Il n'en fallait pas plus pour mettre l'adolescent en colère, mais tandis qu'il se lève brusquement de table, Tashiro le retient soudain par le bras: proférant que Kai peut au moins laver lui-même la vaisselle qu'il a utilisé, il envoie bon gré mal gré le fils de riche récurer son assiette et ses couverts, en lui recommandant bien de ne pas mettre trop de détergent !
Alors que resté seul dans la salle à manger le jeune homme est mort de rire, tout en faisant la vaisselle d'un air bougon, Kai peste contre tous ces hommes qui sont amoureux de son Masa: décidément, parmi tous ceux qu'il connaît, il n'y en a pas un pour sauver l'autre ! Mais réfléchissant soudain aux paroles de Tashiro - Masanori Araki ne déteste pas totalement les hommes - l'adolescent se rend compte qu'il a bien du mal à comprendre les penchants de son ami: Masa n'a pas l'air d'être un accro du sexe faible, et pourtant, on ne peut pas affirmer non plus qu'il soit attiré par les hommes. Kai sait qu'autrefois le kambu avait une petite amie aujourd'hui décédée, mais il ignore même son nom, et en y réfléchissant bien, il réalise que jamais Masa et lui n'ont évoqué ce sujet entre eux. Et d'un coup, écarlate, Kai se souvient du baiser que le yakuza et lui avaient échangé jadis, lorsque Masanori avait été gravement blessé au visage en voulant protéger le garçon au cours d'une rixe. Mais alors Masa s'était excusé de ce geste en assurant qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie. "Une plaisanterie...." répète Kai, le regard fixant le vide tandis que l'eau du robinet coule abondamment dans l'évier. "En effet, je ne comprends rien à Masa...." L'adolescent est si absorbé par ses interrogations et ses doutes qu'il ne remarque même pas la présence de Tashiro qui l'observe derrière son dos. "Cette nuit je vais rester dormir près de toi, prononce le garde du corps d'un air faussement sérieux en posant une main sur l'épaule de Kai. Alors, reprends-toi et retrouve ta bonne humeur." - "VOUS, JE SENS QUE JE VAIS VOUS TUER !!"

Pendant ce temps, sur les quais dans un entrepôt abandonné, les trois voyous responsables du trafic de drogue dont on accuse Kai se sont donnés rendez-vous. Celui qui se fait passer pour le fils Sagano, racontant à ses deux complices comment tantôt il s'est fait poursuivre par un homme dans Shinjuku (il s'agit bien sûr d'Enjôji qui avait cru reconnaître son jeune frère), demande jusqu'à quand il devra encore endosser ce déguisement: le vrai Kai Sagano existe, tôt ou tard tous deux finiront bien par se rencontrer et à ce moment, il risque de gros ennuis ! Cependant ses complices lui assurent que c'est justement grâce à ce déguisement que l'adolescent ne risque rien: qu'il se contente d'appâter les clients en surface, eux se chargeront ensuite de parler affaire et fourguer la came; selon les deux voyous, ce sont eux qui risquent le plus dans cette histoire.
Tandis que les trois dealers devisent ainsi, des hommes en costume se présentent soudain à la porte de l'entrepôt: venus remettre leur paye à leurs jeunes subordonnés ainsi que de quoi continuer leur mafieux business, ce sont eux les véritables instigateurs de ce trafic de drogue et de ce complot contre Kai, destiné à semer la discorde entre les clans Sagano et Ozu. Les yakuzas sont néanmoins très mécontents: l'une des clientes à qui les dealers tentaient de vendre de la drogue à un prix exorbitant, en état de manque, a pété les plombs et a été emmenée par la police en même temps que le fils Sagano; même si elle est actuellement gravement blessée d'un coup de couteau, une fois un peu remise, on peut être sûr qu'elle dira aux enquêteurs tout ce qu'elle sait. Ainsi, menaçant, le chef des yakuzas prévient les trois voyous que la prochaine fois qu'ils commettront une telle bavure, peu importent les excuses, ils paieront cher leur imprudence ! Une fois quitté l'entrepôt sur ces paroles tranchantes, lorsque son accolyte lui demande ce qu'il compte faire au sujet du fils Sagano, le kambu répond tout d'abord que ce "gamin" ne l'intéresse pas, avant de se raviser soudain: après tout, le clan du Shôhôkai tient beaucoup à son héritier; en l'éliminant, ce serait sans doute l'occasion de frapper un grand coup....
C'est ainsi qu'un peu plus tard à l'aéroport de tôkyô, le kambu - du nom de Koga - vient accueillir un bien étrange voyageur: un homme de type occidental revêtu d'un costume et de lunettes noirs, portant une mallette, qui a tout l'aspect de Jean Reno dans le film "Léon". Il se nomme J.B., et l'on devine sans peine à son allure qu'il s'agit d'un tueur professionnel. Une fois installé dans une voiture aux côtés de Koga, refusant la proposition de ce dernier qui lui enjoint de se reposer deux ou trois jours à l'hôtel, J.B. préfère entrer directement dans le vif du sujet, demandant au yakuza s'il peut lui fournir immédiatement les clichés des lieux où un certain Mr. Tsunéya a été assassiné. Koga acquiesce, ajoutant que tout ce dont son "invité" a besoin est déjà prêt: ainsi, dès cette nuit, ils pourront discuter et conclure leur affaire....
Le lendemain, ignorant tout de ces manigances mafieuses, Ranmaru irrité s'efforce tant bien que mal de réveiller Enjôji: la veille le jeune homme a regardé un jeu télévisé jusqu'à une heure avancée de la nuit, résultat, il n'arrive plus à ouvrir les yeux ! A la fin, lassé de crier - aussi bien que de se faire tripoter par la main nonchalante de son ami qui ne l'écoute pas du tout - Ranmaru emploie les grands moyens: s'emparant de l'oreiller de Kei, il le lui applique sur la figure ! Le résultat ne se fait pas attendre: s'il ne veut pas périr étouffé, Enjôji est bien forcé de se réveiller pour de bon ! "Imbécile ! Tu as l'intention de me tuer ?" s'exclame-t-il. Mais sans écouter ses plaintes, Ranmaru lui sert sa tasse de café et entreprend de lui préparer ses oeufs au plat. Pendant ce temps, assis à table, Kei écoute les infos à la télé: il apprend ainsi que la nuit dernière, une fusillade a eu lieu dans un immeuble situé en plein coeur de Tôkyô. Le jeune homme écoute d'abord cette nouvelle d'une oreille distraite, avant que ne soient montrés les lieux de l'incident; et lorsque la journaliste annonce que parmi les résidents de cet immeuble figure une personne ayant des liens avec une bande appartenant au Kansai, Enjôji comprend aussitôt: cet immeuble, c'est celui où vit Kai !
Tandis qu'il prononce ceci à haute voix, Ranmaru abandonne ses fourneaux pour se rapprocher à son tour de la télévision. Les infos se poursuivent, annonçant que la nuit dernière également, les locaux d'un groupe mafieux d'Ôsaka ont été truffés de balles ! La piste privilégiée actuellement par la police est celle d'une querelle interne entre deux bandes rivales, mais pour l'instant heureusement, on ne dénombre ni morts ni blessés. A peine a-t-il entendu ces mots que Ranmaru se précipite sur le téléphone, demandant à son compagnon le numéro de son jeune frère. Mais calmement, Enjôji lui enlève le combiné des mains: "Inutile de téléphoner", assure-t-il; nul doute qu'avant même que l'affaire n'ait été rendue publique la famille Sagano avait déjà pris des mesures, et si eux aussi s'en mêlent ils ne feront que leur causer encore plus d'ennuis. Ranmaru n'en revient pas de voir son ami aussi calme, d'entendre des paroles aussi froides: il s'agit pourtant de son jeune frère ! Kei n'est-il donc pas inquiet !? A ce reproche, Enjôji répond que si Kai avait été victime d'un accident, bien sûr il serait allé lui rendre visite; mais là, les choses sont radicalement différentes: quand on se mêle des affaires de la Mafia, il n'en ressort jamais rien de bon. Ranmaru et lui ne sont-ils pas les mieux placés pour le savoir, après le drame qui les a frappés jadis ?
Kei assure à son ami qu'il se fait trop de souci: plus tard, il prendra contact avec Masanori Araki pour avoir des nouvelles, Ranmaru n'a nul besoin de s'en préoccuper. Se blotissant contre l'épaule d'Enjôji, le jeune homme ne cache cependant pas son inquiétude: pour lui il ne fait aucun doute que s'efforçant d'un côté de le rassurer, en réalité son compagnon a l'intention de tout assumer tout seul. Alors, regardant Enjôji droit dans les yeux, Ranmaru lui lance cet avertissement: si jamais Kei va se jeter dans les dangers sans l'en avertir, il ne le lui pardonnera jamais. Kei a beau prétendre qu'il n'a rien à voir avec les Sagano, n'empêche qu'il est le fils aîné du parrain de cette famille mafieuse, et nul ne sait ce qui pourrait encore arriver. Enjôji a beau lui promettre qu'il ne le laissera pas, que tout se passera bien, Ranmaru ne parvient pas à faire taire son anxiété: et si quelqu'un essayait encore d'attenter à la vie de son compagnon ? Voilà pourquoi, après que tous deux aient échangé un tendre baiser, le jeune homme demande à Kei s'il ne pourrait pas abandonner le petit boulot d'hôte de boîte de nuit qu'il exécute tous les soirs, car il s'avère vraiment trop dangereux de rentrer ainsi tout seul en plein milieu de la nuit. Enjôji est cependant obligé de refuser: il ne peut comme ça sans prévenir quitter son travail, mais promet au moins d'arrêter d'assurer le service de nuit. De cette manière, s'il se trouve à la maison auprès de lui, Ranmaru pourra se sentir plus rassuré. Le jeune homme acquiesce à cette proposition, avant de se dégager brusquement des bras de son ami: tout à la conversation, il en a oublié sur le feu ses oeufs au plat !....
A des kilomètres de là, dans le building où se trouve le bureau du chef yakuza Koga, ce dernier montre au tueur à gages J.B. les documents promis concernant "l'accident" de Mr. Tsunéya: officiellement, conduisant en état d'ivresse, la victime s'est retrouvée précipitée dans la mer avec son véhicule; l'autopsie a pourtant révélé qu'il s'agissait d'un meurtre, mais la police n'est toujours pas parvenue à trouver l'ombre d'un coupable. Pour Koga, en dépit de l'absence de preuves, il ne fait aucun doute que c'est là l'oeuvre d'un homme de la même profession que J.B. De son côté le kambu a fait mener sa propre enquête, et a au moins réussi à avoir une idée quant à savoir qui étaient les commanditaires de cet assassinat. Au fait, ajoute Koga, il paraît qu'auparavant J.B. avait refusé de travailler pour Tsunéya quand ce dernier avait fait appel à ses services. Qu'est-ce qui n'avait pas plu au tueur ? L'argent ?
Tout en continuant d'examiner les clichés, J.B. se contente de répondre que le contrat proposé par Tsunéya ne lui convenait pas: parmi les cibles à abattre, figurait un enfant. "Quel homme sensible vous faites !" plaisante Koga cyniquement. Et s'emparant de deux autres photographies, il les fait glisser vers son invité en lui disant que voilà les cibles pour ce contrat: Takashi Sagano, le vieux Parrain du Shôryûkai du Kansaï, ainsi que son bras droit, Masanori Araki. A ces deux-là, il faudrait encore ajouter le meurtrier de Tsunéya, si bien sûr on parvient à le retrouver. "Vous avez l'intention de venger Mister Tsunéya ?" demande aussitôt J.B. Ce à quoi Koga répond évasivement que ce n'est que lorsque ces trois hommes auront été éliminés que lui et son propre clan pourront enfin se tenir aux premiers rangs de la scène: afin d'assurer influence et prospérité au nouveau clan Tsunéya dont il a pris la direction, il lui faut absolument couper les têtes des gêneurs.
Finalement, J.B. semble décidé à accepter le contrat. Il demande néanmoins à Koga, pendant qu'il "travaille", d'ordonner à ses sbires de cesser leurs activités, car c'est à cause des exactions de cette bande de yakuza adepte de la mitraille qu'à présent la police est sur les dents. J.B. fait bien sûr allusion aux actes d'intimidation qui ont récemment visé les membres du clan Sagano. Koga promet aussitôt de contenir ses hommes, demandant en retour au tueur si en examinant les photos du lieu de "l'accident" de Tsunéya, il aurait une idée de ce qui s'est passé. J.B. répond ironiquement que la police japonaise est bien astucieuse pour avoir découvert qu'il s'agissait en réalité d'un meurtre. Cependant J.B. connaît bien le procédé qui a été utilisé dans cet assassinat. C'est sûrement "lui" qui a tué Mr. Tsunéya. Auprès de "lui", J.B. a appris à parler le japonais, et en échange, ce dernier "lui" a enseigné le métier de tueur....

Pendant ce temps dans un petit appartement miteux de la ville, Tashiro est au téléphone avec Masa à qui il communique les dernières nouvelles: Kai n'a pas été blessé dans la fusillade qui a visé son immeuble, mais les lieux étant devenus dangereux, le tueur à gages a jugé plus prudent de le faire emménager chez lui. De son côté, Masa explique que tout va bien à la maison-mère du Shôryûkai à Ôsaka: vu que la police ne cesse de rôder autour de leurs bureaux ainsi que de la résidence Sagano, il est probable que les malfaiteurs responsables de ces actes de menaces vont se tenir à carreau durant un moment. En revanche, le kambu est enfin parvenu à découvrir l'identité de l'ennemi: il s'agit d'un homme nommé Tsunéya, qui autrefois appartenait au Shôryûkai mais a trahi l'Organisation pour ses rivaux du Kantô. C'est aussi cet homme qui a jadis tenté d'assassiner Kei le fils aîné du vieux Sagano, lequel s'était empressé, louant les services de Tashiro, de faire à son tour éliminer le traître qui menaçait sa famille. A présent, l'un des sous-fifres qui travaillait sous les ordres de Tsunéya est en train de distribuer de la drogue dans tout Tôkyô sous le couvert du nom de Sagano. Tout en souillant la réputation d'un clan rival, en vendant cette drogue, ces rescapés du clan Tsunéya sont en train de récolter des fonds afin de recréer leur organisation. Ainsi, vu la rancune qu'ils vouent au Shôryûkai, Masanori ne pense pas que cette affaire va se terminer par une simple rafale de balles dans les murs de leurs bureaux. Il est probable que les prochaines cibles de l'ennemi seront ceux qui ont ordonné l'exécution de leur chef Tsunéya ainsi que l'exécuteur lui-même, à savoir respectivement Mr. Sagano, Masa et bien sûr Tashiro. De leur côté, le kambu et ses hommes vont tenter de "s'occuper" avant la police de ses fantômes du défunt groupe Tsunéya; mais en attendant, bien que le garde du corps court lui-même un grand danger, le yakuza répète à Tashiro qu'il compte sur lui pour protéger Kai.
Leur conversation terminée, tournant la tête vers l'adolescent tristement assis sur un matelas tout près de lui, Tashiro demande à Masa s'il ne voudrait pas parler à son protégé; mais le yakuza répondant négativement, le jeune homme finit par couper la communication. S'approchant de Kai, tout en essuyant ses cheveux encore mouillés par la douche, Tashiro lui raconte ce qui est arrivé aux bureaux du clan de son père. Il a beau tenter de rassurer le garçon en lui certifiant que Masanori Araki n'a rien, en apprenant ce qui s'est passé Kai est aussitôt pris de panique: ce n'est pas lui qui a besoin d'être protégé mais son cher Masa, nul doute que ce sera le kambu du Shôryûkai la prochaine cible des malfaiteurs ! Masa doit absolument se cacher, il court un grand danger ! L'adolescent est si inquiet pour son ami que le voilà au bord de l'hystérie, alors, afin de le calmer, Tashiro le prend dans ses bras, lui répétant que tout ira bien pour Masanori: dans l'entourage du yakuza, il y a plein de gens qui n'ont à coeur que de protéger sa vie. Le garde du corps ajoute gentiment que lorsqu'on a le ventre vide, on ne fait que broyer des idées noires. Alors, annonçant à Kai qu'il va lui préparer quelque chose, il lui conseille après manger d'aller dormir un peu. Paroles douces et pleines d'égards qui commençaient à toucher Kai si tout en serrant l'adolescent dans ses bras, Tashiro ne s'était mis soudain à lui tâter négligemment les côtes en proférant que bien que son corps enlacé ne procure pas une sensation désagréable, ce ne serait pas plus mal que Kai engraisse un petit peu. "N'approche pas, homo !" hurle le garçon écarlate en se dégageant vivement de ces mains inquisitrices. "Ah, c'est de la discrimination !" proteste le garde du corps. N'empêche qu'il est content que son jeune protégé possède encore malgré les événements éprouvants suffisamment de vitalité pour se rebiffer. Et tandis que Tashiro se dirige en chantonnant vers la cuisine, Kai en vient à songer que davantage que sa vie, ne serait-ce pas plutôt sa vertu qui se trouve en danger ?

Cependant à peine s'est-il éloigné que le garde du corps revient avec à la main un étrange petit objet plat: il s'agit d'un micro-émetteur, et pour plus de sûreté Tashiro recommande à l'adolescent de le porter toujours sur lui, fixé au revers de son col. Acquiesçant, Kai en profite pour demander à son compagnon si sa mission en tant que garde du corps ne consiste qu'à le protéger lui seul. Ce à quoi le jeune homme répond que même un professionnel d'élite comme lui n'a pas l'assurance de pouvoir protéger deux ou trois personnes en même temps. La mine sombre, Kai se prend à songer qu'à cause de son frère Enjôji, son sempaï Ranmaru est peut-être lui aussi en danger; il prend donc la décision de lui téléphoner un peu plus tard....
Dans la même journée, alors qu'il se trouve en ville, Kei reçoit sur son portable un appel de Masa: expliquant au jeune homme toute la situation, le kambu prévient ce dernier qu'il va placer auprès de lui une garde rapprochée afin de le protéger ainsi que Ranmaru, ce que Kei refuse néanmoins aussitôt. Masa a beau protester qu'il s'agit d'un ordre de son père, Enjôji s'obstine à décliner l'offre poliment: si chaque fois qu'il y a un problème dans l'Organisation Mr. Sagano se préoccupe de lui, il va réellement finir par être considéré comme un fils de la Mafia. Pour la sécurité du jeune homme qui vit avec lui, Enjôji souhaite dans la mesure du possible couper ses liens avec le clan Sagano. Il demande donc à Masanori de prévenir son père que tout va bien de son côté, il se montre déjà extrêmement prudent, ainsi que de remercier Mr. Sagano pour son attention. Le yakuza acquiesce, promettant de faire avec ses hommes tout ce qui est en son pouvoir pour que cette situation dangereuse soit résolue au plus tôt. Après avoir promis que si jamais de son côté il vient à trouver Kai flânant inconsciemment au-dehors, il s'empressera de l'attraper pour le cacher en lieu sûr, Enjôji coupe la communication. Passe encore qu'il y ait des troubles au sein de l'Organisation, mais quand il l'a rencontré l'autre soir dans Shinjuku, le comportement de son cadet avait l'air plutôt louche; qu'est-il donc en train de fabriquer ?
Tandis que Kei s'interroge ainsi, Ranmaru vient soudain le rejoindre, lui demandant s'il a pu prendre contact avec Masanori Araki. Enjôji acquiesce, expliquant que Kai a quitté son appartement et se trouve actuellement placé sous la protection d'un garde du corps. "Un garde du corps ? répète Ranmaru en fronçant les sourcils. Alors c'est vraiment grave...." Pourtant, d'un ton léger, Kei continue de lui assurer que tout ira bien, qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter. "Allez, rentrons", lance-t-il en se tournant vers Ranmaru avec un sourire confiant. Le jeune homme acquiesce, mais en son for intérieur ne peut s'empêcher de ressentir une angoisse qu'il ne s'explique pas: une inquiétude vis à vis de quelque chose qu'il ne peut pas voir, comme si en ce moment-même une tempête invisible était en train de se rapprocher, menaçante, devant ses yeux. Kei quant à lui ne semble pas avoir remarqué l'angoisse qui ronge son compagnon, et alors que tous deux cheminent, se rappelle soudain qu'il a oublié de demander à Ranmaru ce que ce dernier voulait lui dire l'autre soir quand il est rentré de chez son grand-père. A cette question le jeune homme baisse la tête, cherchant ses mots. Kei n'a aucun mal à percevoir son hésitation, alors, se penchant vers son ami le sourire aux lèvres, il lui propose finalement de remettre cette conversation à plus tard, lorsque Ranmaru aura vraiment envie de parler. Il s'agit sans doute d'une chose à laquelle le jeune homme doit réfléchir seul, alors mieux vaut qu'il prenne tout son temps. Seulement, Enjôji avertit son ami qu'avant de déprimer et toucher le fond, il fera bien quand même de lui demander conseil. Ranmaru acquiesçant, le regard de Kei est soudain attiré par les mains de ce dernier: comme ses doigts sont devenus fins par rapport à autrefois, ils n'ont pourtant subi aucun dommage lors de son accident. "Il y a quelque chose qui te préoccupe ?" demande Ranmaru intrigué en voyant que son compagnon n'est pas décidé à détacher son regard de ses doigts. Mais arborant un énigmatique sourire, Kei répond négativement. "Je me disais seulement comme ils sont beaux et fins", plaisante-il en reprenant sa marche pour se dérober aux questions d'un Ranmaru peu convaincu par cette réponse évasive....
Dans l'après-midi, à peine Tashiro a-t-il quitté l'appartement pour aller faire des courses que Kai se jette sur son téléphone pour appeler Ranmaru. Rien que d'entendre la voix du garçon, le jeune homme exprime un soulagement visible, ce qui comble Kai de joie, ravi d'apprendre que son cher sempaï se faisait du souci à son sujet. Mais redevenant soudain sérieux, Kai demande à parler à son frère, et apprenant que ce dernier est parti à son travail, demande alors à Ranmaru de lui transmettre un message de la plus haute importance pour Enjôji qui traîne souvent dans les rues de Shinjuku: là-bas en ce moment, un inconnu fait le tour de ce quartier des plaisirs en vendant de la drogue sous le nom de Sagano; alors, si jamais Enjôji venait à apercevoir un type qui lui ressemble, Kai souhaiterait que Ranmaru prévienne son frère de ne pas se lancer à sa poursuite aveuglément. Puisque lui, le véritable Sagano, se trouve actuellement reclu à domicile, celui qui rôde à l'extérieur ne peut être qu'une "contrefaçon". En vérité, Kai aimerait bien sortir en ville et mettre la main lui-même sur cet imposteur, mais la police ainsi que Masa lui ont ordonné de ne surtout pas bouger de chez lui.
Kai lui ayant donné le numéro de son portable et fait promettre de le contacter en cas de problème, avant de raccrocher Ranmaru insiste auprès de l'adolescent pour qu'il n'oublie pas que lui comme Enjôji souhaitent qu'il s'en sorte sain et sauf. Cela sous-entend que Kai ne doit donc pas faire de bêtise en tentant quelque chose, ce à quoi le garçon acquiesce, touché que le couple se préoccupe ainsi de lui. Cette conversation a néanmoins sensiblement ébranlé Ranmaru. Il a beau s'efforcer de ne pas s'imaginer le pire, le jeune homme ne parvient pas à contenir l'étrange agitation dans sa poitrine. "Rentre vite, Enjôji....!!" supplie Ranmaru de toute son âme.
Pendant ce temps, celui qui est l'objet de tant d'inquiétude se trouve tranquillement dans une grande bijouterie du centre-ville, dont une vendeuse ne tarde pas à venir lui apporter les articles qu'il avait commandés, deux superbes anneaux assortis. Passant avec empressement le plus large au doigt, ravi, le jeune homme demande à ce qu'on lui dispose dans un écrin la seconde bague seulement. Tout en exécutant sa requête, la vendeuse l'avertit que si jamais la taille ne convenait pas, il sera facilement possible de la faire ajuster. Bien qu'en fait, ce serait encore mieux si la personne à qui est destiné cet anneau pouvait passer elle-même au magasin. Enjôji décline l'offre, expliquant qu'il veut faire une surprise à l'élu de son coeur en lui offrant ce bijou. "Votre petite amie aura certainement une surprise de taille", acquiesce la vendeuse, appréciant à sa juste valeur ce geste délicat qui a tout l'air d'une demande en mariage - ignorant bien sûr que le destinataire de la bague est en fait un garçon ! Le problème à présent pour Enjôji est de bien choisir le timing où il offrira son cadeau. Dans ces cas-là l'ambiance est très importante, il doit absolument élaborer un plan d'attaque infaillible !
Soudain, alors qu'il tourne son regard vers la vitre extérieure du magasin, Kei aperçoit dans la rue d'en face une silhouette qui lui est familière: le garçon porte une casquette et des lunettes noires, mais pas de doute, il s'agit bien de son frère Kai ! Quel idiot ! Alors qu'il était censé rester bien sagement caché ! Vite, après avoir reçu l'écrin contenant sa bague, Enjôji s'élance dans la rue en criant le nom de son cadet. "Encore cet homme !?" gémit l'imposteur, car c'est bien sûr de lui qu'il s'agit; et prenant aussitôt la fuite, il se précipite dans une ruelle déserte, Enjôji toujours sur ses talons. Ce dernier parvient néanmoins à le rattraper, en se demandant bien pourquoi son frère s'obstine à le fuir ainsi. Mais précipitant le garçon à terre pour l'obliger à se tenir enfin tranquille, le jeune homme ne tarde pas à avoir les réponses à ses questions: dans sa chute, l'imposteur perd lunettes noires, casquette et perruque, et au cri aigu qu'il pousse, plus de doute possible: non seulement ce n'est pas Kai, mais il s'agit en plus d'une fille ! "Qu'est-ce que ça veut dire....!?" demande Enjôji confondu et stupéfait. A peine a-t-il formulé cette question qu'il entend du bruit derrière lui. Mais il est déjà trop tard: brandissant une barre de bois, l'un des complices de l'imposteur le frappe violemment à la tête.
Avant de s'effondrer à terre, levant les yeux vers ses agresseurs, Kei comprend enfin sa méprise: il a affaire à de véritables dealers, dont l'un s'est fait passer pour son frère. "Merde.... Quel idiot...." se reproche le jeune homme, étendu sur le sol. "Alors qu'aujourd'hui justement.... je pensais.... lui.... offrir.... l'anneau...." Et sur ces dernières paroles, Kei sombre dans l'inconscience, tandis qu'à des kilomètres de là, un autre jeune homme mort d'inquiétude supplie de toute son âme: "Reviens vite.... Enjôji...."
