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Haru o Daïteïta

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La Page des Fans - 6

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© Youka Nitta / Biblos

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- Les Personnages

- Le Manga: résumé complet par volumes

* Volume 1------------ Volume 6

* Volume 2------------ Volume 7

* Volume 3------------ Volume 8

* Volume 4-------------Volume 9

* Volume 5 -------------Volume 10

* Volume 11 ------------Volume 12

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De Youka Nitta, voir également Boku no Koé

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Le Manga (suite)

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Volume 11

Chapitre 1 Hazard Map - Page 3

Dans l'avion qui le ramène à Hokkaïdô sur le tournage de "Fuyu no Sémi", Kyôsuké Iwaki entend encore les menaces proférées par Miyasaka. "Je dois absolument dissimuler ce chantage à Katô...." conclut sombrement l'acteur. Dans le film, ils en sont à tourner la scène dans laquelle Aïzawa ordonne au samouraï Akizuki de se faire seppuku s'il ne veut pas provoquer la chute de son bien-aimé Kusaka, et tandis que le regard mauvais, l'acteur Asano lui tend le poignard, Iwaki ne peut s'empêcher de superposer l'image de Miyasaka à la sienne. "C'est primordial.... Katô ne doit absolument se douter de rien...." Alors comme Akizuki dans le film, qui accueille Kusaka avec le sourire alors même qu'il a déjà pris la résolution de se suicider, Iwaki décide de tout mettre en oeuvre pour dissimuler ses ennuis à son compagnon.

La nuit venue, en dépit d'une journée de travail bien remplie, il n'est pas étonnant que l'acteur ne parvienne pas à fermer l'oeil tant cette histoire de chantage le tracasse. Alors qu'à ses côtés Katô dort déjà à poings fermés, son portable caché sous son oreiller, Iwaki attend un hypothétique appel. Ce n'est cependant que quand il commence à s'assoupir que le téléphone à la sonnerie préalablement coupée se met à vibrer. Il s'agit bien sûr de Miyasaka, qui appelle pour exiger un rendez-vous. Après un coup d'oeil destiné à vérifier si son compagnon ne s'est pas réveillé, Iwaki accepte finalement de rencontrer Miyasaka dans deux jours, quand le tournage sera achevé, non sans lui faire promettre de ne plus l'appeler d'ici-là. Une fois coupée la communication, les mains tremblantes, Iwaki exhale un profond soupir. "C'est maintenant, alors que le tournage est en train de se terminer, que je comprends douloureusement les sentiments d'Akizuki, songe-t-il. Le samouraï ne peut accepter que Kusaka gâche son avenir pour lui, Kusaka dont il sait parfaitement qu'il serait prêt à tout abandonner pour son amour.... Voilà pourquoi Akizuki a décidé lui-même de se supprimer...."

Plus que jamais, Iwaki ne fait qu'un avec son personnage. Dans les dernières scènes du film, il doit ramper dans la neige revêtu d'un simple kimono. Mais en dépit du froid cruel qui règne sur le plateau extérieur, l'acteur ne se plaint pas, enchaînant les prises de vues avec un aplomb admirable qui lui attire l'admiration des membres du staff, bien que la détermination dont il fait preuve ne soit pas sans les effrayer quelque peu. Etendu sur le sol gelé et recouvert jusqu'à la tête d'une couche de neige glaciale pour les besoins de la scène finale, mentalement, Iwaki fait encore le parallèle entre son couple et celui des deux samouraïs défunts. "Moi-même je sais tout ce que Katô a sacrifié pour jouer dans ce film, quelle passion il y a déversé.... Quant au résultat, ce sera au public de l'apprécier à sa juste valeur. Et rien ne doit venir fausser son jugement...."

Tandis que Akizuki git sans vie dans la neige, Kusaka en larmes se jette sur son corps, avant de se suicider à son tour. Le désespoir que dépeint Katô dans son rôle est si poignant que même Asano en reste estomaqué. Mais quand le réalisateur crie "Coupez !!", le jeune homme se redresse brusquement pour saisir Iwaki dans ses bras. "Vite, quelque chose de chaud pour Iwaki !!" Car après toutes ces scènes où il a dû rester étendu dans la neige, l'acteur est complètement frigorifié ! Ses mains surtout ont souffert, bleuies par le froid et couvertes d'engelures, alors tandis que l'acteur grelottant est déposé dans une tente face à la chaleur réconfortante d'un poële, de son souffle et de ses propres mains, Katô fait de son mieux pour réchauffer celles de son ami. Puis, une fois Iwaki remis, les membres du staff se réunissent pour fêter la fin de ce long tournage. Deux bouquets de fleurs dans les bras, Asano les remet à chacun de ses deux aînés en leur témoignant son respect: "Je ne suis arrivé qu'en cours de tournage, mais auprès de vous j'ai vraiment beaucoup appris. Iwaki-san ! Katô-san !! Merci pour tout !!" A son tour, Iwaki ému gratifie l'assistance d'un petit discours: "Merci sincèrement à tous de tout ce que vous avez fait pour nous durant près d'un an. Ce tournage fut riche en événements de toutes sortes, mais je pense que l'expérience que j'y ai acquise deviendra une grande richesse pour ma vie d'acteur.... De tout coeur, merci...!!" Et sur ces mots, l'acteur laisse couler ses larmes tandis que tous les membres de l'équipe applaudissent. L'amertume d'Iwaki n'est cependant pas due uniquement à la tristesse de voir s'achever ce tournage. Vu le chantage auquel le soumet Miyasaka, l'acteur en déduit que ce n'est pas son coeur que le jeune homme désire obtenir mais seulement son corps, voilà pourquoi Iwaki a décidé qu'une fois de retour à Tôkyô le tournage terminé, il lui suffira de céder une seule fois à son maître-chanteur pour se libérer de ses menaces. Néanmoins, cette résolution lui pèse plus qu'il ne saurait le dire.... Alors pour retarder le moment de devoir supporter l'étreinte forcée de Miyasaka, Iwaki aurait préféré que ce tournage ne finisse jamais....

La nuit venue, dans le chalet qu'ils ont occupé durant leur séjour dans cette région enneigée, Iwaki et Katô sont tranquillement assis sur le tapis du salon devant un poële où brûle un feu crépitant, goûtant une bienheureuse chaleur. "Et voilà, c'est fini.... prononce Katô, assis derrière son compagnon qu'il serre dans ses bras. C'est plutôt étrange... mais j'avais l'impression que ce tournage allait durer toute notre vie...." - "Oui, moi aussi...." répond sobrement Iwaki. - "Comme durant ce tournage nous avons été tout le temps ensemble, rien que de songer que bientôt nous n'allons plus pouvoir nous voir aussi souvent à cause de notre travail, je me sens triste et esseulé.... C'est pourquoi, cette nuit, je voudrais profiter au maximum de tes caresses...." Et sur ces mots, Katô lève le visage de son compagnon vers le sien pour s'emparer de ses lèvres. Tandis que tous deux font l'amour, Iwaki se montre particulièrement ardent. La perspective de devoir bientôt coucher contre son gré avec un autre homme ne lui rend que plus précieux les bras de Katô et le bonheur de pouvoir s'y blottir....

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© Youka Nitta / Biblos

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Après cette union brûlante, le couple à bout de souffle retombe sur le tapis moelleux. Tout en couvrant les épaules de son compagnon d'un pull over pour qu'il ne prenne pas froid, Katô lui avoue que si longtemps qu'ait duré le tournage, jamais autant qu'aujourd'hui il n'a compris les sentiments de Kusaka: lors des premières prises de vues, Iwaki avait failli tomber d'un pont, et si à ce moment Katô n'était pas parvenu à le secourir en le rattrapant de justesse par une main, ç'aurait été lui, Katô, qui aurait eu à se jeter sur le corps de son bien-aimé en hurlant de douleur, tel Kusaka sur le corps sans vie d'Akizuki. Rien que de songer à cela, lors de la scène finale, les larmes lui étaient venues naturellement aux yeux. Et voilà également pourquoi le jeune homme était si heureux lorsque à la fin de la prise de vue, les mains d'Iwaki s'étaient réchauffées peu à peu, preuve que contrairement à Akizuki, lui était bien vivant. "Je pense que Kusaka lui aussi aurait été terriblement heureux si seulement Akizuki avait choisi de vivre et non de se suicider...." ajoute Katô en continuant de couvrir son amant de tendres baisers. "Akizuki avait beau se dire qu'il agissait pour le bien de Kusaka.... on ne peut pas dire en fin de compte que ce geste ait servi à quelque chose."

Ces paroles causent un choc à Iwaki. "Il est possible que Akizuki et moi commettions la même erreur de jugement, réfléchit-il éperdu. Car qui mieux que Katô sait ce qui est bon pour lui ? Quel qu'en soit le motif, si je couche avec un autre homme, il n'y a aucune raison pour que Katô voie cela d'un bon oeil. Et surtout, s'il venait à l'apprendre plus tard.... qu'adviendrait-il de nous deux ? Ce serait pire que tout...." Sa décision prise, Iwaki se lève et récupère ses vêtements. "Katô, j'ai à te parler. Rhabille-toi." Intrigué, le jeune homme s'exécute, enfilant par erreur le jean de son compagnon et s'amusant de son étroitesse, lui qui autrefois était plus mince qu'Iwaki. Néanmoins ce dernier n'est pas d'humeur à plaisanter, voilà pourquoi, avant que sa résolution ne fléchisse, il avoue tout de go à Katô qu'il a failli être violé par Miyasaka. "Hein ?" A cette révélation, le visage du jeune homme ne peint d'abord qu'incrédulité tant il est persuadé avoir mal entendu. Mais les dents serrées, Iwaki répète ses affirmations en donnant force détails: "L'autre jour.... Quand je suis rentré à Tôkyô.... A l'hôtel Hanéda.... J'ai été imprudent.... et il s'est introduit dans ma chambre...."

Katô n'a pas plus tôt entendu ces paroles que le sang lui monte à la tête. "JE VAIS LE TUER ! JE VAIS LE TUER...!!" Mû par une rage dévorante, bien qu'à moitié nu il va pour se ruer au-dehors. Iwaki a juste le temps de le ceinturer pour le retenir en y mettant toutes ses forces ! "Katô, j'ai dit FAILLIT ...!! insiste l'acteur. Non qu'il l'avait FAIT !!" A ces mots, la respiration haletante, le jeune homme se calme enfin. S'agenouillant face à son compagnon, il se met à le regarder droit dans les yeux, cherchant à y déceler la moindre trace de mensonge; cependant le regard d'Iwaki est franc et direct, alors rassuré, Katô pousse un profond soupir de soulagement. "Raconte-moi tout," ordonne le jeune homme après s'être rassis en tournant le dos à son ami. C'est ainsi qu'Iwaki se met en devoir de lui expliquer comment en le repoussant violemment il a blessé Miyasaka, qui a alors menacé implicitement de faire un scandale pour coups et blessures, ce qui n'aurait pas manqué d'avoir une influence négative sur le film "Fuyu no Sémi" où joue l'acteur incriminé, juste au moment de sa prochaine sortie en salles. Tandis que Katô écoute ce récit d'un air sombre, décidé à aller jusqu'au bout, Iwaki poursuit ses explications: "Il est probable que dès mon retour à Tôkyô.... Miyasaka aurait exigé que je lui donne mon corps.... Même depuis que je suis revenu ici à Hokkaïdô, il a pris plusieurs fois contact avec moi.... Je me suis dit que peut-être, si je lui cédais une fois.... l'affaire en resterait là. Mais finalement.... comme j'ai pensé que prendre une telle mesure n'amènerait jamais rien de bon...."

Ne sachant trop comment exposer ses intentions sans déclencher à nouveau la fureur de son compagnon, Iwaki a bien du mal à trouver ses mots. Mais il est trop tard, ses paroles maladroites ont suffi a rallumer une flamme sombre dans le coeur de Katô, qui peine à croire à ce qu'il vient d'entendre: "Ainsi.... je n'ai pas été trahi seulement par Miyasaka.... prononce-t-il la mine sévère en se retournant vers l'acteur. Toi aussi tu étais sur le point de me trahir. Non.... Rien que le fait d'avoir songé à coucher avec un autre représente en soi une trahison." A cette déclaration catégorique qui sonne comme une condamnation, les larmes montent aux yeux d'Iwaki, mais rassemblant toute sa volonté, il fait un effort désespéré pour contenir sa douleur: éperdu, il se dit qu'il ne doit surtout pas pleurer, car ce serait comme tenter de fuir lâchement sa culpabilité par ses larmes. "Qui crois-tu qui agirait ainsi par plaisir.... profère donc l'acteur effondré. Si je ne m'étais pas dit que je devais tout faire pour éviter de te causer des ennuis, jamais je n'aurais....!!" - "Si tu te mets à coucher avec Miyasaka pour mon bien, c'est plutôt ça qui risque de m'ennuyer," tranche Katô réfrigérant. - "C'est justement parce que je l'ai compris que j'ai décidé de tout te raconter !!"

Désemparé par la juste colère de Katô, Iwaki se sent plus misérable que jamais, quand se radoucissant soudain, le jeune homme s'avance vers lui pour l'entourer de ses bras. "Je devine comme tu as souffert, seul à te tourmenter ainsi.... Pardonne-moi de n'avoir rien remarqué...." Caressant tendrement les cheveux d'Iwaki, Katô poursuit en expliquant que lorsque quelqu'un a découvert un point faible qui lui permet de vous soumettre au chantage, même si cela exige énormément de courage, il vaut toujours mieux tout avouer soi-même à la personne dont on craint le plus qu'elle apprenne votre secret. Car fondamentalement, il n'y a aucun autre moyen de régler le problème que l'honnêteté et la franchise. "J'avais pensé que si je t'avouais tout, j'aurais fait de toi un criminel...." proteste Iwaki, persuadé que le jeune homme n'aurait pas hésité à faire la peau à Miyasaka. - "Ah, je ne peux pas prétendre le contraire, acquiesce Katô en riant. Tout à l'heure déjà j'étais bien décidé à me ruer jusqu'à Tôkyô en courant ! Heureusement que tu m'as tout dit avant que nous ne soyons rentrés à la capitale...."

Blotti dans les bras du jeune homme, Iwaki goûte un soulagement indicible. "C'est vrai.... songe-t-il. Le problème a beau n'avoir pas été réglé pour autant, rien que d'avoir tout raconté à Katô, je me sens à présent tellement mieux...." Pourtant, si l'acteur pouvait voir l'expression du visage de son compagnon en cet instant, il ne se sentirait pas aussi rassuré....

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Chapitre Hors-Série L'éloge gastronomique de Yôji Katô - Page 33

Après le film "Fuyu no Sémi", Iwaki doit tourner dans une série télé dans laquelle joue également Yû Onozuka, l'un des amis de Katô. Mais voilà, pour les besoins de son rôle précédent du samouraï Akizuki qui était à la fin de sa vie complètement émacié, Iwaki a dû perdre plusieurs kilos, et maintenant il n'arrive plus à retrouver son poids originel. Chaque soir avant de prendre son bain avec Katô, l'acteur se pèse, mais rien à faire, en dépit de ses efforts il reste d'une maigreur navrante, ce qui s'avère plutôt ennuyeux pour incarner son prochain personnage à l'écran. L'acteur pensait qu'en s'appliquant à manger à nouveau normalement sans se restreindre, il aurait logiquement repris du poids, mais à la stupéfaction de Katô, selon le verdict de la balance, Iwaki a encore maigri ! Le tournage du feuilleton a lieu dans dix jours, et d'ici là, il doit pourtant avoir retrouvé une constitution physique normale. "Il n'y a pas le choix, tu vas devoir augmenter la quantité de ce que tu manges, conclut Katô, et ce en faisant quand même attention à ton équilibre alimentaire. Mais pour ça, tu peux faire confiance à Mr. Yôji Katô, ton nutritionniste particulier !"

Iwaki a beau protester qu'il n'est plus un bébé et peut s'occuper de ses repas tout seul, le jeune homme ne veut rien entendre, car il sait mieux que personne que dès qu'il s'agit de prendre soin de lui-même, son ami se montre un peu obtus ! "C'est mon rôle de veiller sur ta santé et ta beauté ! proclame Katô. Et si tu le souhaites, je jouerais même les esthéticiens !" - "Imbécile, rétorque aussitôt Iwaki. Tout ce que tu sais faire, ce sont les massages érotiques." - "Ah ? Je l'ignorais. C'est pourtant dans les massages ordinaires que j'excelle ?" Mais à peine Katô a-t-il posé les mains sur son ami que la réaction de ce dernier lui prouve le contraire. Ses feux attisés par ces attouchements sensuels, Iwaki est déjà prêt à s'offrir. Pourtant, après un simple baiser, Katô ne cherche pas à aller plus loin, ce qui ne lui ressemble guère. "Mieux vaut en rester là, assure-t-il. Sinon je ne pourrais plus m'arrêter." Iwaki n'y comprend rien, d'autant plus qu'il sent la virilité du jeune homme dressée contre son dos. Alors pourquoi se contenir ainsi ? "C'est que.... si nous faisons l'amour dans un endroit pareil.... ne tarde pas à expliquer Katô, tu vas encore brûler inutilement des calories...." - "Ah, c'était ça.... Pardon...." Iwaki acquiesce, déçu mais n'insistant pas davantage - seulement son air désolé suffit à décupler les ardeurs de Katô ! "Iwaki.... Si tu es en train de le faire exprès.... par pitié, arrête...." supplie le jeune homme plié par la douleur.

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Un peu plus tard, les deux acteurs se retrouvent attablés devant un copieux dîner. C'est Katô, très doué en cuisine, qui a préparé le repas, aux plats si savoureux et variés qu'avant même d'avoir fini de manger, Iwaki se voit obligé de délacer son pantalon. "C'est bien joli de reprendre du poids, lance l'acteur en riant, mais à mon âge, je dois aussi prendre garde à ne pas faire du lard dans des endroits superflus. Après le repas, apprends-moi donc quelques exercices physiques simples. Tu t'y connais bien, non ?" Iwaki veut bien sûr parler de gym et de musculation, son ami fréquentant régulièrement un centre sportif. Néanmoins, occupé à le dévorer des yeux avec extase, Katô l'écoute à peine, sinon d'une oreille si distraite qu'il interprète ses propos dans un tout autre sens ! "Qu'est-ce qu'il raconte avec son âge, alors qu'il est de plus en plus mignon.... Eh...? Serait-il en train de me faire des avances !? Mais je ne me sens pas du tout capable de m'en tenir à des exercices simples.... Bah, mais s'il est décidé.... comme exercice facile que l'on peut faire durant un repas.... pourquoi ne pas me dévorer par son autre bouche...?"

Katô n'a pas plus tôt formé cette idée dans son esprit qu'il se rend compte que depuis un moment déjà Iwaki le fixe la bouche entrouverte, muet de stupeur. Ce qui fait comprendre au jeune homme qu'il ne s'est pas contenter de penser , il a également formulé toutes ses réflexions à voix haute ! Et il va sans dire que Iwaki n'a pas perdu une miette de tous ses marmonnements ! "Je suis... pire que tout, soupire Katô en s'effondrant sur la table. A l'instant.... en te regardant manger, il m'est soudain venu à l'esprit un tas de trucs bizarres. Pardon, Iwaki.... Alors que tu t'efforce sérieusement de te nourrir à cause de ton travail. - "Eh là eh là, proteste l'acteur, ce n'est pas pour autant que j'ai l'intention de m'empiffrer contre mon gré. Ta cuisine est délicieuse. En outre, pour ce qui te concerne, tu as toujours de droles de pensées."

En guise de punition, Iwaki exige cependant de Katô sa totale coopération dans le but de lui rendre ce repas encore plus agréable. Et à la surprise du jeune homme, il lui déboutonne sa chemise afin de le ligoter sur sa chaise. "Un instant... Pourquoi est-ce que tu m'attaches ?" demande Katô vaguement inquiet. - "Pour que tu ne puisses pas te défiler encore une fois," répond Iwaki de son sourire le plus charmeur. Et sur ces mots, se déshabillant à son tour, il s'assit sur la table face à son compagnon et s'empare d'une boulette de viande. "Prends-la dans ta bouche. Mais ne la mange pas, d'accord ?" Croquant la moitié de la boulette directement à la bouche de Katô, Iwaki profite que ce dernier soit immobilisé pour le soumettre à une séance de "sexe gastronomique". Un morceau de viande toujours coincé entre les dents tel un harnais buccal, ce jeu sensuel devient vite une véritable torture pour le malheureux autant qu'une source de plaisir intense, si bien que lorsque Iwaki achève ses caresses en remontant jusqu'à sa bouche afin de prendre enfin l'autre moitié de la boulette, le jeune homme le contemple avec une admiration rêveuse.

"Quelle expression extasiée.... lance Iwaki amusé en s'asseyant sur les genoux de Katô. C'est si bon que ça d'être ainsi attaché ?" Mais redevenant soudain sérieux, l'acteur ajoute: "Katô.... c'est peut-être une manière pour toi de satisfaire tes tendances masochistes, mais s'il te plaît, ne fais pas trop d'efforts à cause de moi.... Bien sûr je suis heureux que tu prennes autant soin de moi, mais je ne veux pas non plus devenir un fardeau...." - "Aah, mais si je fais tout cela c'est également pour moi, rétorque aussitôt le jeune homme. Car te rendre tant soit peu l'existence plus agréable et te voir en bonne santé est la source de mon propre bien-être. Voilà pourquoi ce n'est pas la peine que tu t'en fasses pour ça." - "Dans ce cas, que va devenir ma position ? demande l'acteur ironiquement. Car bien que moi aussi cela me cause du tracas quand tu ne vas pas bien, je ne suis pas aussi doué que toi dans tous les domaines." Mais si Iwaki se préoccupe tant que ça du bien-être de Katô, en cet instant ce dernier ne désire qu'une chose: que l'acteur se mette à bouger et lui permette de jouir enfin, sinon, il va réellement se trouver mal !

Et c'est ainsi que quelques jours plus tard, quand avant de prendre leur bain Katô enjoint Iwaki de se peser, il constate avec satisfaction que celui-ci a pris un demi-kilo - et ce grâce à cette nouvelle façon ludique de manger ! "Ca y est, tu as pris du poids ! Demain encore nous ferons de notre mieux !" s'exclame-t-il. Mais pour Iwaki, il n'y a pas de plus grande satisfaction que la joie enthousiaste de son bien-aimé. Pour lui, l'aliment le plus nutritif, c'est bien le sourire de Katô !

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© Youka Nitta / Biblos - "C'est délicieux."

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Chapitre 3 Emergency Door - Page 59

Le tournage du feuilleton dans lequel Kyôsuké Iwaki doit jouer en compagnie de Yû Onozuka, l'ami de Katô, vient de commencer. Onozuka incarne le héros de la série, tandis qu'Iwaki tient le rôle de son très sérieux frère aîné. Après leur journée de travail, les deux acteurs se retrouvent au restaurant pour dîner tout en discutant de leurs rôles, mais si Katô a accepté de se joindre à eux, il n'en va pas de même pour Miyasaka: lorsque Onozuka l'a appelé pour l'inviter, ce dernier lui a annoncé qu'il se trouve actuellement en arrêt maladie et ne peut par conséquent sortir s'amuser, mais nul doute qu'il craint surtout de se retrouver en présence de Katô. Face au couple qui file sous son nez le parfait amour, Onozuka se sent un peu seul sans son habituel complice, mais lorsqu'il vient à évoquer devant Iwaki et Katô l'absence de celui-ci, le jeune homme ne peut s'empêcher de remarquer le changement radical d'ambiance autour de la table. "Onozuka.... Je souhaiterais te dire quelque chose...." commence Katô, la mine inhabituellement grave et sombre. Cependant Iwaki l'arrête, proférant qu'il préfère parler lui-même. L'acteur explique ainsi à Onozuka qu'il a récemment changé de numéro de téléphone portable, numéro qu'il n'a fait connaître qu'aux personnes ayant un rapport avec son travail. Vu qu'Onozuka et lui tournent ensemble, ils ont pratiquement le même emploi du temps, et bien qu'Iwaki répugne à demander une chose pareille, il souhaiterait que le jeune homme ne communique pas ce planning à son compère Miyasaka afin que ce dernier n'en profite pas pour venir le rencontrer.

A cette requête, Onozuka demeure un moment silencieux, mais finit par avouer sa surprise: d'ordinaire Iwaki se montre si patient et indulgent envers son soupirant transi, alors il ne peut s'empêcher de plaindre le pauvre Miyasaka. Mais tandis qu'il en fait la remarque, Katô va pour bondir de sa chaise, et il faudra toute la force de persuasion de son ami pour le calmer. "Tout ce que je veux te demander, c'est de ne pas nous mettre en contact Miyasaka et moi, insiste Iwaki auprès d'Onozuka. C'est le meilleur moyen pour ne pas nous blesser davantage mutuellement." - "Vous dites mutuellement , rétorque le jeune homme, mais tout ceci n'est qu'hypocrisie. Car le seul qui sera blessé à être évité de la sorte, c'est bien Miyasaka." A ces propos, Katô ne peut rester plus longtemps silencieux: "Ah bon, tu crois que lui et moi devrions nous rencontrer ? Car je te préviens, si nous nous retrouvons face à face, tu peux être certain que je le tuerais. Ne pas rencontrer Miyasaka est la concession maximum à laquelle nous pouvons consentir afin d'éviter le pire. Et toi, tu n'as rien à dire dans cette affaire." L'expression de Katô est si menaçante que Onozuka juge préférable d'acquiescer, promettant de ne divulguer à Miyasaka aucune information concernant Iwaki. Alors qu'il s'apprète à s'en aller, Katô le rappelle soudain: "Onozuka. Je n'ai pas pour habitude de négliger mes potes.... J'ai beau avoir l'esprit étroit dès qu'il s'agit d'Iwaki, je n'irais pas jusque là sans une bonne raison." - "Je sais, répond Onozuka. Miyasaka a sans doute fait quelque chose de grave pour te mettre en colère à ce point-là ?"

Après avoir quitté le restaurant, Onozuka monte dans un taxi afin de rentrer chez lui, mais finalement se ravise et se fait conduire à l'appartement de Miyasaka. Minuscule et pratiquement dépourvue de meubles et d'ornements, la chambre déprimante où l'acteur vit reclu ressemble davantage à une cellule de prison qu'au logis d'une jeune vedette de cinéma. Quand son ami lui demande des nouvelles de la blessure qui l'a conduit en arrêt maladie, Miyasaka répond évasivement qu'il s'est simplement fêlé le crâne en glissant dans sa salle de bain. Cependant Onozuka en vient rapidement au véritable objet de sa visite, et demande de but en blanc à son compère s'il a fait quelque chose à Iwaki. A cette question à laquelle il ne s'attendait certes pas, Miyasaka sursaute et sans répondre, reste un moment à dévisager son camarade. Néanmoins l'expression-même de son visage sonne comme un aveu, alors ne cherchant pas à en savoir davantage, Onozuka se lève en annonçant qu'il n'est pas venu pour une visite de courtoisie mais pour lui faire ses adieux. "Tu dis cela sérieusement ? proteste Miyasaka d'un air bougon. Je comprends que Katô soit en colère, mais toi, quel besoin as-tu de te ranger du côté d'Iwaki ?" - "Je me moque bien de ce qui peut arriver à Iwaki, répond froidement Onozuka. Seulement, tu n'as pas fait que trahir Katô, tu as été jusqu'à me trahir moi. Je t'avais pourtant averti que si jamais tu tentais quelque chose, je n'aurais pas l'assurance de vouloir encore demeurer à tes côtés ? Et malgré cela, tu as passé à l'acte. C'est une raison suffisante pour que je te laisse tomber. Tu t'accroches à Iwaki sans même remarquer que tu as perdu la tête. Je suis venu te dire que j'en ai assez de ton comportement."

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Alors que son meilleur ami s'apprète à le quitter définitivement, complètement abattu dans son fauteuil, Miyasaka se décide enfin à ouvrir la bouche. "..... Ce n'est pas de ma faute, il n'a rien fait pour m'arrêter...." prononce-t-il d'un air morne, évoquant Iwaki. "Ce jour-là.... Si seulement il m'avait rejeté quand j'ai insisté pour le conduire à l'aéroport.... Si seulement il m'avait jeté à la figure la clé de la chambre d'hôtel que j'avais retenue pour lui.... Si seulement, même si ce devait être le tout dernier à partir, son avion avait pu décoller.... OU TOUT AU MOINS S'IL AVAIT EU LE BON SENS D'ACCROCHER LA CHAÎNE AU VERROU DE LA PORTE, TOUT CE SERAIT TERMINÉ SANS QUE J'EN ARRIVE LÀ...!!" A ces mots, imaginant le pire puisqu'il ne connaît pas tous les détails de l'affaire, Onozuka scandalisé ne trouve qu'une chose à répondre aux récriminations de son camarade: ".... Pauvre type, crache-t-il méprisant. Ne rejette pas sur autrui la responsabilité de tes propres actes. Si tu voulais vraiment être arrêté, n'avais-tu pas qu'à t'arrêter toi-même ? Après avoir fait un truc pareil, c'est bien normal qu'Iwaki fasse tout pour t'éviter, je comprends sa réaction à présent."

Tout en prononçant ces mots, Onozuka se retourne vers son ami; il a alors une surprise de taille en découvrant le visage blessé de ce dernier. "....Iwaki.... Qu'a-t-il dit de moi...?" s'enquiert Miyasaka prêt à fondre en larmes. Onozuka n'en revient pas ! Même après avoir tout fait pour s'attirer la haine de l'acteur, son camarade n'a pas renoncé à Iwaki !? "Réalises-tu ce que tu as fait ?" demande Onozuka désemparé. - "Je ne comprends plus rien.... avoue Miyasaka, s'affaissant encore davantage dans son fauteuil tandis que des larmes amères viennent inonder ses joues. Alors que j'ai commis cet acte pour m'obliger à renoncer.... afin qu'il me déteste.... Même après l'avoir fait, je n'ai cessé de me demander: qu'a-t-il pensé de moi ? Et que pense-t-il de moi à présent ? Cela me préoccupe tellement que j'ai essayé de l'appeler je ne sais combien de fois.... hélas.... son portable ne répond plus.... Alors je ne sais plus.... ce que je dois faire...."

Miyasaka paraît en cet instant si perdu et désespéré que Onozuka fait demi-tour pour revenir auprès de lui. "Voilà pourquoi je t'avais conseillé d'en rester là avant de regretter tes actes, prononce le jeune homme en gratifiant son ami d'une bonne tape sur son crâne dont on vient tout juste d'ôter les points de suture. Si tu te servais de ta tête de temps en temps, crétin ! Autant te le dire tout de suite.... La colère de Katô ne se situe pas à un niveau où on pourra l'apaiser avec de simples excuses." - "Quoi, Katô est déjà au courant !?" s'exclame Miyasaka, blêmissant en se redressant soudain. - "Tu penses que ces deux-là sont capables de se cacher quelque chose l'un à l'autre ? rétorque aussitôt Onozuka. D'ailleurs, si tu trembles à ce point devant Katô, dès le départ tu aurais mieux fait de ne pas jeter ton dévolu sur Iwaki...." En effet Miyasaka a très peur de Katô, l'inquiétude et la contrariété qui ont remplacé l'amertume sur son visage ne le disent que trop. Perdu dans ses pensées, du coup il n'entend pratiquement plus les paroles de son ami. Et cet air aux abois donne soudain une idée au rusé Onozuka, dont les lèvres viennent s'étirer en un sourire des plus machiavélique. "Mais si malgré tout tu ne veux pas renoncer à Iwaki, lance donc le jeune homme, il te falloir montrer un peu de ton courage viril. Car je vais me faire le plaisir de te ménager une rencontre avec Katô."

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© Youka Nitta / Biblos

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Pendant ce temps à des kilomètres de là, dans la chambre à coucher de l'habitation qu'Iwaki et Katô se sont fait bâtir en périphérie de la ville, le couple est justement en train de se disputer. Iwaki souhaiterait que Katô accepte de rencontrer Miyasaka afin d'avoir une discussion avec lui, mais bien sûr, après ce qui s'est passé, le jeune homme ne veut rien entendre. "Ce serait quand même mieux que vous ayez une explication claire et directe, insiste pourtant Iwaki. Après quelques éclaircissements et des excuses, peut-être que tu te sentiras un peu apaisé." - "Es-tu en train de me dire que selon la raison invoquée, tu serais capable d'accepter que l'on ait voulu te faire subir une chose aussi horrible !?" s'insurge Katô hors de lui, avant d'ajouter, tapant du poing sur son lit dans un accès de fureur: "Il a osé porter la main sur toi tout en sachant pertinemment combien tu m'es précieux, et ce n'est pas tout, il t'a menacé en m'utilisant comme moyen de pression !? Alors que je croyais qu'il était mon ami !! Après avoir été à ce point piétiné, pourquoi est-ce moi qui devrait tenter un rapprochement ! ALORS QUE J'AIMERAIS DÉJÀ ÊTRE FÉLICITÉ POUR NE PAS AVOIR CÉDÉ À L'IMPULSION DE COURIR LUI FAIRE LA PEAU...!!" Et sur cette exclamation, ordonnant à son ami de ne plus prononcer devant lui le nom de Miyasaka, Katô lui tourne brusquement le dos en se réfugiant sous ses couvertures. Face à l'expression d'une telle haine meurtrière, Iwaki se sent complètement désemparé. ".... A présent, ce qui fait souffrir Katô, réfléchit-il, amer, c'est son indignation envers Miyasaka, qui a complètement dénigré sa personne. Il m'est impossible de le libérer de cette souffrance.... Le seul qui en serait capable, c'est Miyasaka lui-même...."

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Le lendemain au studio, au moment de la pause déjeuner, Iwaki se fait aborder par Onozuka, qui l'entraîne à l'écart afin de lui poser une question des plus inattendue: lui arrive-t-il d'étreindre Katô ? Indigné par cette question si indiscrète, l'acteur réplique immédiatement qu'il ne voit pas pourquoi il devrait évoquer sa vie sexuelle avec Onozuka et souhaiterait que lui aussi cesse d'intervenir dans le couple qu'il forme avec Katô. Néanmoins, nullement démonté par la colère justifiée de son aîné, le jeune homme enchaîne avec une autre question: "Et vous, Iwaki, la situation actuelle vous convient-elle ?" - "Non ! répond aussitôt l'acteur. D'ailleurs moi aussi j'ai l'intention de faire quelque chose pour y remédier. Seulement comme Katô se trouve encore plongé dans une fureur noire...." - "Je m'en doutais, acquiesce Onozuka. Alors venons-en aux faits, car j'ai un plan, mais qui nécessite impérativement votre collaboration." - "Un plan ?" répète Iwaki intrigué face à un Onozuka ravi qu'il ait mordu à l'hameçon. "J'ai beau penser que tôt ou tard le temps finira peut-être par régler cette affaire, explique le jeune homme, dans le cas présent, je crois qu'il vaut cependant mieux prendre des mesures au plus vite. Katô et Miyasaka appartiennent tous deux au monde du spectacle. Il n'y a donc aucune garantie qu'ils ne se retrouveront pas face à face à un moment ou à un autre. Si Katô venait à rester ainsi sur la touche, bien sûr ce serait une autre histoire, mais je crois qu'au contraire, quand le film "Fuyu no Sémi" sortira en salles, sa carrière va redémarrer et deviendra encore plus active qu'auparavant...."

Après avoir entendu Onozuka, Iwaki demeure un instant interdit: les propos de son interlocuteur laissent entrevoir combien ce dernier reconnaît le talent de Katô. Voilà pourquoi Iwaki accepte finalement d'écouter le plan qu'Onozuka désire lui soumettre. Néanmoins, après que le jeune homme lui ait tout expliqué à l'oreille, il ne peut retenir une exclamation de stupeur: "HEIN !? Attends un peu, c'est trop dangereux ! Il suffira d'une maladresse pour que Katô pète les plombs, et nous n'arriverons plus à le contenir !" - "Dans un sens, je reconnais que cela tient du pari, acquiesce Onozuka. Et si tout rate, Miyasaka et moi devrons sans doute nous préparer au pire.... Et vous aussi peut-être." - "En effet...!! approuve l'acteur. Alors si malgré tout tu veux tenter le coup, mieux vaut d'abord tout expliquer à Katô." - "Si Katô est au courant ça n'aura plus aucun sens, riposte Onozuka, car le problème qui nous occupe n'est pas uniquement celui de Miyasaka. Alors si je ne peux pas obtenir votre collaboration, veuillez oublier cette histoire."

Le doute vient assaillir Iwaki: peut-il réellement faire confiance au jeune homme qui se tient devant lui ? Onozuka ne cherche-t-il à mettre à prétexte la situation pour s'amuser ? Pourtant, la lucidité avec laquelle il avait deviné tantôt que Miyasaka avait dû faire quelque chose de réellement grave pour s'attirer la colère de Katô incline Iwaki à penser que ce jeune homme à l'air rusé et moqueur n'est peut-être pas aussi futile qu'il veut le laisser paraître. C'est la raison pour laquelle Iwaki se résoud finalement à s'en remettre à lui. "Très bien, je vais coopérer. Les chances de réussite seront plus élevées que si j'agissais seul. Du moment que cela permet de restaurer de bonnes relations entre nous quatre.... C'est un peu risqué, mais nous n'avons pas le choix." Satisfait par la décision de l'acteur, Onozuka ne peut réprimer son habituel sourire de filou. "Iwaki, je crois que je commence enfin à vous apprécier," lance-t-il admiratif. - "Ce qui veut dire qu'avant tu ne m'aimais pas ?...."

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De retour dans son confortable appartement, étendu sur un canapé son petit chien dans les bras, Onozuka se remémore sa conversation avec Iwaki. "Sous les yeux de Katô, vous allez ligoter Miyasaka et le menacer de viol, avait-il proposé à l'acteur sidéré. Puisqu'il rêve de pouvoir violer un homme de grande taille tel que vous, c'est certainement parce que Miyasaka a perdu de vue que vous étiez du même sexe que lui. Alors en lui imposant brusquement la réalité, nul doute qu'il va se réveiller. Et d'ailleurs je suis sûr que ça va décolérer un peu Katô de voir Miyasaka pleurer en vous criant d'arrêter. Tout ira bien. Miyasaka n'aura jamais le cran de se laisser étreindre par vous juste sous le nez de Katô." - "Attends un peu, avait protesté Iwaki. Je ne pense pas que Miyasaka se laissera réellement convaincre par cette façon de procéder qui aura tout l'air d'un piège. Tu ne voudrais pas me laisser d'abord avoir seul à seul une conversation avec lui ?" Onozuka avait conçu son plan de manière à éviter à l'acteur de se retrouver en danger, mais puisque tel était son bon vouloir, il avait fini par céder. Qu'Iwaki fasse comme il lui plaira. Quant à lui, il se chargera d'attirer habilement Katô et Miyasaka sur les lieux de l'entrevue, dont il a décidé que ce serait son propre appartement....

C'est ainsi que quelques jours plus tard arrive enfin le moment de mettre ce plan très risqué à exécution. Iwaki se rend seul chez Onozuka, qui lui fait part des derniers détails: Miyasaka arrivera à 9 heure du soir et 30 minutes plus tard, le temps de laisser Iwaki s'expliquer avec ce dernier, Onozuka arrivera à son tour en amenant Katô. Il reste encore deux bonnes heures avant la venue de Miyasaka, ainsi afin que Iwaki puisse sortir si ça lui chante, Onozuka lui confie les clés de l'appartement. Une fois seul, assis dans le salon, c'est avec anxiété qu'Iwaki attend le moment fatidique, lorsque soudain retentit la sonnette de la porte d'entrée. Comme cela fait à peine quelques instants que Onozuka est parti, l'acteur croit tout d'abord que ce dernier est revenu pour avoir oublié quelque chose, mais quelle n'est pas son horreur en découvrant sur l'écran du parlophone la silhouette de Miyasaka ! Comment se fait-il que celui-ci soit arrivé si vite, bien avant l'heure fixée ? Et ce n'est pas tout, à cette apparition l'acteur livide éprouve un sentiment d'aversion bien plus grand qu'il ne l'avait prévu, au point que rien que de voir le visage de Miyasaka suffit à provoquer dans tout son corps des vagues de frissons glacials. Comment espérer pouvoir lui parler dans ces conditions !? Sans compter ce timing: Miyasaka se pointe juste comme Onozuka vient de partir.... Est-ce que le jeune homme l'aurait trahi et provoqué volontairement cette rencontre anticipée ?

Finalement, faisant fi de son angoisse, Iwaki décide d'affronter cette épreuve. Il ouvre la porte à Miyasaka et tandis que tous deux demeurent là, face à face, à se dévisager en silence, ils ne remarquent pas le système de surveillance qui vient de capturer leur image dans son viseur. Iwaki est néanmoins le premier à parler: "Combien de temps encore as-tu l'intention de rester silencieux, Miyasaka. Puisqu'il m'est impossible d'accepter tes sentiments, ne te reste plus qu'à y renoncer." - ".... Si j'étais capable de vous oublier si facilement.... je n'aurais pas fait une chose pareille. Je vous aime sans pouvoir y changer quoi que ce soit." - "Tu m'aimes !? s'exclame Iwaki ulcéré. Et c'est dans ton habitude d'obliger par la force les personnes que tu aimes à coucher avec toi !? En allant jusqu'à t'adonner au chantage !!" - "Je vous assure que je n'avais pas l'intention de vous faire chanter.... se défend Miyasaka penaud. Et d'aileurs, à ce moment-là, est-ce que je ne me suis pas arrêté à temps ?" - "Oui, parce que je me suis défendu. Sinon nul doute que tu aurais été jusqu'au bout. Quand on aime réellement quelqu'un, il est impensable de faire une chose pareille ! As-tu seulement pensé combien ce viol m'aurait blessé ?!!" A ce reproche, Miyasaka explose. "Alors, si j'étais resté sans rien faire, un jour vous seriez tombé amoureux de moi ?!! Je suppose que non !! Je voudrais pourtant que vous compreniez à quel point je suis sérieux !! Que mes sentiments ne sont en rien inférieurs à ceux de Katô...!!

Quelle affirmation présomptueuse ! A l'entendre, une colère froide s'empare d'Iwaki. Néanmoins il parvient à se contenir pour lancer d'une voix grave: "....Dans ce cas, montre-moi tes sentiments. Pourquoi n'essayerais-tu pas d'éveiller chez moi le désir de t'étreindre en me faisant des avances à la manière d'une femme ?" Miyasaka n'en croit pas ses oreilles ! Cependant Iwaki poursuit, extrêmement sérieux: "Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as pourtant dit que tu étais sincère ? Si tu es à ce point épris de moi, cela ne devrait pas te déranger de jouer le rôle passif. Comme cette première expérience te sera sans doute pénible, j'ai préparé divers accessoires. Utilise-les."

En effet, des préservatifs jusqu'au gel, tout ce qui est nécessaire à un premier acte sexuel entre hommes est déjà posé sur la table basse du salon, ce qui n'est pas sans dérouter Miyasaka. Il ne parvient pourtant pas à admettre qu'Iwaki est sérieux. "Un moment.... Vous vous moquez de moi ?..." proteste-il, prenant cette invite pour une plaisanterie, ce qui ne fait qu'exacerber la rage de l'acteur. "NE PORTE PAS ATTEINTE À KATÔ ET À MOI AVEC DES SENTIMENTS AUSSI FUTILES !! hurle Iwaki, dont le visage exprime alors une telle fureur que Miyasaka en sursaute et blêmit. "....Notre relation à Katô et à moi, nous l'avons bâtie en confrontant nos personnalités, en les affinant pour réduire peu à peu la distance entre nous jusqu'à ne former plus qu'un seul corps. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il m'est formellement impossible de refaire la même chose avec toi. Néanmoins mon âme a déjà pris la forme idéale pour s'unir à celle de Katô.... Et cela équivaut pour moi à mon existence-même. Voilà pourquoi, si tu m'aimes réellement, je souhaiterais que tu ne renies pas ce fait."

Complètement décontenancé par les propos de l'acteur dont la subtilité le dépasse, Miyasaka demeure quelques instants à le fixer, ne sachant comment réagir. Il finit néanmoins par se détourner, affichant un sourire moqueur. "Pff.... Après les problèmes irrésolvables on passe à la psychologie ? Décidément, vous tenez vraiment à me faire renoncer. Mais puisque vous me détestez déjà à ce point-là, je n'ai plus aucune raison de reculer. Cette fois, vous aurez beau résister, je ne m'arrêterais pas."

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Résolu, Miyasaka commence à s'avancer vers Iwaki, déterminé quant à lui à se défendre de son mieux. Lorsqu'à cet instant, des éclats de voix et des bruits de pas précipités retentissent dans le couloir devant l'appartement: alors que Onozuka avait réservé une table dans un restaurant pour leur rendez-vous de ce soir, Katô clame son étonnement que son ami ait soudain changé d'avis pour l'entraîner chez lui comme s'il y avait le feu aux poudres ! Cependant, quand la porte de l'appartement s'ouvre et qu'il découvre à l'intérieur son ennemi juré face à Iwaki, sa stupeur laisse vite place à une rage incontrôlable. "Toi...!! Pourquoi ces deux-là sont-ils ensemble !!" crie Katô en jetant violemment Onozuka à terre avant de se ruer sur Miyasaka. "KATÔ, NON !" A la vitesse de l'éclair, Iwaki bras écartés s'interpose entre les deux jeunes gens, à l'horreur de Katô qui a juste le temps de retenir le coup qu'il s'apprétait à assener à Miyasaka. Pas suffisament cependant pour l'arrêter complètement, si bien que son poing vient frapper le visage de son compagnon. "ça va aller.... Tu m'as à peine touché," le rassure Iwaki tandis que Katô se penche sur lui, navré. S'emparant des mains du jeune homme, il l'implore de se calmer: plus tard, Katô pourra lui faire tous les reproches qu'il désire pour avoir agit ainsi dans son dos, mais pour l'instant, Iwaki souhaiterait qu'il conserve son sang-froid. Bien sûr, c'est beaucoup demander à Katô alors qu'il a l'objet de sa haine juste sous ses yeux, Katô dont la colère est teintée d'une amertume si douloureuse qu'elle lui arrache des larmes. "Pourquoi.... ne me laisses-tu pas le frapper...! Je suis.... tellement vexé...." - "Je sais.... répond Iwaki en attirant le jeune homme contre lui. Mais s'il s'agissait d'un problème que l'on peut simplement résoudre par des coups, même si je tentais de t'arrêter, tu le frapperais quand même, n'est-ce pas...?"

Entourant son ami de ses bras dans un geste protecteur, Iwaki reporte son attention sur Miyasaka, le faisant sursauter. "Miyasaka.... Jadis, comme je ne cessais de le repousser, un jour Katô a eu comme toi un comportement violent avec moi. Je lui ai demandé à ce moment-là d'essayer de provoquer chez moi le désir de lui faire l'amour, comme je te l'ai demandé tout à l'heure. Mais contrairement à toi, lui n'a pas hésité une seule seconde... Il n'a pas ignoré la fierté d'un être humain du même sexe que lui. Mais toi, non seulement tu as ignoré mes sentiments qui ont fait pour moi de Katô un être irremplaçable.... mais tu as également ignoré les sentiments de Katô, qui croyait fermement que ton amitié pour lui servirait de rempart. Ne parlons plus de ce que tu m'as fait.... Seulement je voudrais que tu réalises de tes propres yeux la nature de tout ce que tu as dénigré. Tu es d'accord, Katô ?" - "Hein ?! D'accord pour quoi ?!"

Mais sans laisser le temps au jeune homme d'émettre quelque protestation, Iwaki l'embrasse fougueusement avant de l'entraîner vers le canapé, fort de l'approbation d'Onozuka. Dans le dos de ce dernier, Miyasaka fusille son ami du regard. "Non seulement il m'a attiré ici pour me faire prendre au piège, mais je devrais en plus regarder ces deux-là s'exhiber ?" enrage-t-il intérieurement tandis que le couple entâme les préliminaires. Furieux, il va pour se détourner, lorsque Onozuka le rappelle soudain: "Eh là, ne t'en va pas, Miyasaka. Regarde bien. Katô qui se fait étreindre en gémissant lascivement, ça vaut le coup d'oeil." - "Salaud.... Cela ne te suffit pas de m'avoir coincé, tu veux aussi que j'assiste à une scène qui m'est si pénible ?!..." Mais à peine a-t-il prononcé ces mots que Miyasaka sursaute en découvrant le regard glacial et menaçant que lui lance soudain son ami. "Même si ça t'est pénible tu dois regarder !! explose Miyasaka, lui qui ne se dépare pourtant jamais de son flegme. Car tu as fait quelque chose de bien plus pénible à ces deux-là que tout ce que tu pourra éprouver !!"

Vaincu, Miyasaka se résoud à se retourner vers le canapé, et il a un coup au coeur en découvrant avec quelle tendresse Iwaki et Katô font l'amour: yeux dans les yeux, ça ne les dérange pas le moins du monde d'avoir inversé leurs rôles et ils sont tellement absorbés l'un par l'autre qu'ils en ont déjà oublié la présence des deux spectateurs. Tandis qu'il contemple Katô - jeune homme pourtant doté d'un fort caractère - s'abandonner totalement à l'étreinte d'Iwaki, Miyasaka saisi entend soudain dans sa tête résonner les paroles prononcées par l'acteur un peu plus tôt: "Notre relation à Katô et à moi, nous l'avons bâtie en confrontant nos personnalités, en les affinant pour réduire peu à peu la distance entre nous jusqu'à ne former plus qu'un seul corps. Elle ne résulte nullement de la satisfaction des désirs égoïstes d'un seul de nous deux. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il m'est formellement impossible de refaire la même chose avec toi. Néanmoins mon âme a déjà pris la forme idéale pour s'unir à celle de Katô.... Et cela équivaut pour moi à mon existence-même." "....C'était vrai.... songe Miyasaka estomaqué. En disant cela, il le pensait réellement.... L'un comme l'autre.... sont sincèrement épris.... Et moi.... j'ai tenté de briser un couple aussi soudé.... Je.... n'ai pensé qu'à moi...."

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Miyasaka a compris la leçon. Tandis qu'il prend peu à peu la mesure de ses actes, des remords cuisants viennent le saisir. "Onozuka.... prononce-t-il tête basse. Cela suffit, n'est-ce pas ?..." - "Ouais." Tandis que Miyasaka quitte lentement la pièce, Onozuka exhale un soupir de soulagement: son plan a fonctionné à merveille, normalement tout ira bien désormais. Avant de suivre son ami qu'il vaut mieux ne pas laisser seul, le jeune homme lance à Iwaki qu'il le charge de son côté de s'occuper de Katô. Quant à la clé de l'appartement, en partant, le couple n'aura qu'à la glisser dans la boîte aux lettres. Mais alors qu'il commence à s'éloigner, Iwaki le rappelle soudain. "Comment as-tu su que Miyasaka était arrivé beaucoup plus tôt que prévu ?!!" demande l'acteur. Onozuka lui désigne alors le petit appareil placé sur une étagère au-dessus de sa télévision, expliquant qu'il s'agit d'un système de surveillance qui lui envoit régulièrement par mail des photos de son chien sur son portable afin qu'il puisse savoir comment se porte l'animal durant son absence. Comme l'appareil était resté allumé, les capteurs ont détecté la présence des occupants de la pièce, ce qui a déclenché l'appareil photo numérique, si bien que le jeune homme a pu visionner sur son portable ce qui se passait dans son appartement. "C'était une chance, souffle-t-il. Vous pouvez remercier mon stupide clébard."

Avant de quitter la pièce, Onozuka s'arrête encore une fois sur le pas de la porte. "Ah, au fait, Iwaki, je souhaiterais que vous ne répétiez pas à Katô ce que je vous ai dit l'autre jour au studio. C'était juste une flatterie pour vous convaincre de marcher dans ma combine." Onozuka veut bien sûr parler de son affirmation selon laquelle après la sortie en salles de "Fuyu no Sémi", Katô redémarrerait une carrière encore plus brillante qu'auparavant. Néanmoins Iwaki reste convaincu qu'à ce moment, le jeune homme avait parlé avec sincérité. "Ce n'est vraiment pas la peine de vouloir paraître plus méchant que tu ne l'es, lance-t-il donc avec un sourire. Tu as beau traiter ton chien de stupide clébard, tu t'inquiètes sans arrêt pour lui au point d'avoir fait installer ce système de surveillance coûteux. Qu'importent les paroles, n'est-ce pas les actes qui montrent ce que l'on est ?" Chez Onozuka, la stupeur que son aîné parvienne si facilement à le percer à jour laisse vite place à un pudique embarras. "Décidément, lance-t-il pour tenter de dissimuler sa gêne, je ne crois pas que j'arriverais un jour à vous aimer." Les joues empourprées, sur ces mots Onozuka finit par quitter l'appartement. Le couple ne s'est pas plus tôt retrouvé seul qu'attrapant Iwaki par la main, Katô le fait tomber sans ménagement sur le canapé. "Alors, je crois que maintenant je peux te faire tous les reproches que je veux ? gronde le jeune homme, toisant son compagnon d'un visage noir de colère. Tu m'as menti. Me faire croire qu'aujourd'hui tu allais rentrer tard ! Je n'en reviens pas que tu aies pu agir de la sorte ! Comment peux-tu encore rencontrer Miyasaka...!! Tu n'es donc pas vexé de ce qu'il t'a fait ?!!"

Gloups ! Penché au-dessus de l'acteur qu'il maintient renversé contre le canapé, Katô le tient complètement à sa merci. Mais en dépit de ses craintes, Iwaki ne se laisse pas démonter. "Bien sûr que je suis vexé.... C'est bien normal, réplique-t-il d'une voix ferme. Mais ce n'est pas pour autant que je suis incapable de lui pardonner ! Car si je ne lui pardonne pas, ces sentiments désagréables n'arrêteront plus de me poursuivre. Et toi aussi, tu n'aurais cessé de ruminer cette amertume. Comment te faire une idée de ce que Miyasaka avait dans la tête en refusant ainsi tout contact avec lui ? Les choses n'en étaient que plus douloureuses pour toi, je me trompe ? Je ne t'ai jamais demandé de parlementer avec Miyasaka. Néanmoins le rencontrer valait toujours mieux que de rester ainsi à ronger ton frein !! JE SUIS DÉSOLÉ DE T'AVOIR MENTI !! MAIS TOUT DE MÊME ! PARFOIS IL Y A DES CHOSES QUE JE DOIS FAIRE QUITTE À BRAVER TA COLÈRE !!"

A cette tirade, Katô semble sur le point d'exploser. Mais contre toute attente, se laissant retomber sur le corps d'Iwaki, il lui dit simplement merci. "....Bien sûr je ne suis pas encore en mesure de pardonner complètement à Miyasaka, prononce le jeune homme, enfouissant son visage au creux de l'épaule de son compagnon. Mais comme tu lui as dit toi-même ce que je désirais lui dire, je me sens un peu mieux...." Ouf ! Iwaki qui craignait une nouvelle explosion de rage ne peut retenir un soupir de soulagement. "Moi aussi j'ai éprouvé la même chose après t'avoir raconté ma mésaventure avec Miyasaka.... avoue l'acteur, serrant doucement Katô contre lui. Même si cet épanchement n'avait nullement réglé le problème, rien que le fait de t'avoir révélé la vérité avait suffit à me soulager. Même si aujourd'hui mon but principal était bien sûr d'ôter ce poids de tes épaules, je voulais également que tu comprennes les sentiments de Miyasaka. J'étais.... un peu jaloux. Car pendant tout ce temps qu'à duré ta colère, ton principal centre d'intérêt était Miyasaka...." Mais tout est bien fini à présent, et tandis que Katô assis sur ses genoux prend le visage d'Iwaki entre ses mains pour s'emparer de ses lèvres, le couple n'a plus qu'une idée en tête, reprendre leurs ébats et cette fois, dans l'intimité....

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© Youka Nitta / Biblos

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Descendu dans le parking souterrain, Onozuka retrouve son camarade assis dans sa voiture, l'air plus mal en point que jamais: prostré sur son volant, Miyasaka se trouve dans un tel état d'abattement qu'il s'avère incapable de faire un geste. "Allez, ne te laisse pas aller et sort la voiture, ordonne Onozuka en venant s'assoir à côté de lui. Tu vas te saoûler la gueule et sangloter un bon coup, et moi je te tiendrais compagnie jusqu'au matin." - "Jusqu'au matin.... répète Miyasaka d'une voix faible, relevant légèrement la tête. Tu ne travailles pas, demain ?" - "Iwaki et moi avons choisi spécialement la veille de notre jour de congé pour organiser cette rencontre afin de pouvoir en assumer les conséquences, quel que soit le résultat. Alors en faisant simple pour être compris des cons, si tu as l'intention de t'excuser auprès de Katô, c'est le moment ou jamais." - "....Ai-je vraiment le droit de m'excuser auprès de Katô...? réfléchit Miyasaka, lamentablement appuyé contre son volant. Maintenant que je ressens enfin ce dégoût pour moi-même, je n'en reviens pas d'avoir été aussi con, tu sais...? J'arrêtais pas de me dire: "pourquoi il veut pas de moi ?..." , "qu'est-ce que j'ai de moins que Katô ?..." Alors qu'en fait, là n'était pas le problème: Iwaki voulait me faire comprendre que c'est Katô qu'il aime. J'ai pensé qu'à moi.... J'ai pas du tout songé à ce que pouvait éprouver Iwaki tandis que j'essayais de le conquérir par la force.... Et à Katô aussi.... j'ai fait quelque chose d'horrible.... Je.... vais lui présenter mes excuses. Et même s'il ne doit jamais me pardonner... - non, je vais m'excuser jusqu'à ce qu'il me pardonne ! Je le dois à Iwaki qui a consenti à me pardonner malgré ce que je lui ai fait...!!" Après avoir écouté son ami en silence, Onozuka détourne la tête, un brin consterné. "Iwaki, encore Iwaki ! Même maintenant tu n'as que ce nom-là à la bouche !? Alors que je te signale que moi, je n'ai toujours pas reçu le moindre mot d'excuse de ta part. Tu pourrais quand même me montrer un peu de gratitude de continuer à fréquenter un crétin comme toi ?"

C'est ainsi que le lendemain, jour de congé pour les quatre jeunes gens, Onozuka et Miyasaka viennent sonner à la porte de chez Katô et Iwaki. C'est ce dernier qui leur ouvre, et tandis qu'il aperçoit Katô appuyé dans l'entrée, qui le toise d'un air sévère, Miyasaka ne peut s'empêcher de sursauter, anxieux. Jusqu'à ce que d'un signe de tête, Katô l'engage soudain à s'avancer. "Allez entre, imbécile." Si Iwaki et Onozuka ont le sourire aux lèvres, quelle n'est pas la joie de Miyasaka de découvrir que son ami est déjà prêt à lui accorder son pardon !

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© Youka Nitta / Biblos - "Allez entre, imbécile."

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Chapitre 4 Survivor's Patio - Page 129

Un après-midi d'été, tandis qu'Iwaki est occupé à arracher les mauvaises herbes dans le jardin, Katô revient des courses avec le barbecue tout neuf qu'il vient d'acheter. Afin de sceller la réconciliation avec Miyasaka, son compagnon et lui ont en effet décidé d'organiser une petite soirée grillades. Néanmoins, tandis que le crépuscule commence à tomber et que les invités ne sont toujours pas arrivés, Katô commence à douter de leur venue: en y réfléchissant bien, sa réconciliation avec Miyasaka ne sera peut-être pas si aisée, car il est difficile de tirer un trait si rapidement sur ce qui s'est passé; quant à Onozuka, si son compère ne vient pas, lui aussi déclinera probablement l'invitation, n'ayant jamais caché qu'il est un peu mal à l'aise quand il se retrouve seul avec le couple. Katô serait prêt à le parier, ses amis ne viendront pas, et même les sages paroles d'Iwaki qui lui assure qu'il se fait des idées, que Miyasaka censé arriver le premier est simplement en retard, ne suffisent pas à lui remonter le moral. Finalement, Iwaki décide de lancer un pari: il reste encore du temps avant l'heure à laquelle Onozuka a précisé qu'il viendrait, et comme Miyasaka sera sans doute trop gêné pour oser se présenter seul devant le couple, on peut en déduire qu'il arrivera en même temps que son camarade. Alors, tirant les rideaux et obligeant Katô tristement assis devant la porte-fenêtre à s'étendre sur le parquet, Iwaki propose au jeune homme de profiter de ce délai pour se "distraire". Et si leurs amis arrivent malgré tout, tous deux se retrouveront alors dans une situation plutôt embarrassante !

"Embarrassante ? Tu crois que ça s'arrêtera là ?! s'écrie Katô scandalisé. S'ils viennent et qu'ils nous trouvent en fâcheuse posture, ils risquent carrément de s'en aller !?" - "Tu vois, est-ce que tu n'es pas convaincu toi-même qu'ils ne vont plus tarder à arriver ? réplique Iwaki. Alors ne sois pas si catégorique en affirmant qu'ils ne viendront pas.... Qu'ils viennent ou non, on verra bien le moment venu, et ce sera alors assez tôt de réfléchir aux raisons de leur absence. Mais si tu te mets dans la tête dès le départ qu'ils ne viendront pas, quand tu les verras arriver, cela va te mettre inutilement mal à l'aise." Le visage d'Iwaki penché sur le sien exprime une telle inquiétude tandis qu'il le dévisage que Katô réalise enfin comme il doit lui paraître angoissé. Voilà pourquoi, afin de cesser de causer du souci à son compagnon, il décide de se reprendre. "D'accord ! s'exclame-t-il sur le ton de la plaisanterie, déposant un léger baiser sur les lèvres d'Iwaki. Puisque c'est si gentiment proposé, bon appétit !" L'acteur a beau protester qu'il n'était pas sérieux en faisant sa proposition de tout à l'heure, trop tard, Katô l'a pris au mot, trop heureux d'avoir trouvé une si agréable échappatoire à l'angoisse de l'attente !

A peine dissimulés par le rideau de la porte-fenêtre du jardin, Iwaki et Katô font donc l'amour. Tout en contemplant avec émotion son compagnon qui se tord de plaisir à califourchon sur son corps, Katô se prend à penser: "Après que ma colère se soit calmée, bien que rien ne m'obligeait à continuer de fréquenter Miyasaka, j'ai eu l'audace de ne pas choisir de couper les liens. Justement parce que je pensais qu'après ce qui venait de se passer entre nous, notre amitié pourrait s'en trouver renforcée. Même Iwaki, pourtant si susceptible, a approuvé ma décision. Il s'est efforcé de raccommoder cette amitié brisée.... Merci, Iwaki.... Tu es le meilleur des compagnons. J'ai dit une fois que je pardonnerais à Miyasaka, alors en tant qu'homme, je me dois de tenir ma promesse. Si jamais je n'y parvenais pas, ce serait vraiment que je ne suis qu'un gamin...." Après avoir atteint le sommet du plaisir, dans les bras l'un de l'autre les deux amants retombent sans force sur le parquet. Cependant leur repos est de courte durée tandis que la sonnette de la porte d'entrée retentit soudain, bientôt suivie d'une voix familière. "HEIN ? Miyasaka !? s'exclame Iwaki pris de panique. Tu vois ? Ne t'avais-je pas dit qu'il viendrait ?" Et sur ces mots, ordonnant à Katô d'accueillir le visiteur, l'acteur entièrement nu se précipite en courant vers la salle de bain, ses vêtements sous le bras.

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© Youka Nitta / Biblos - Un repos de courte durée....

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Bien sûr, son ami n'était pas en tenue pour se présenter devant Miyasaka, néanmoins Katô ne peut s'empêcher d'exhaler un profond soupir, mal à l'aise à l'idée d'avoir à accueillir seul ce dernier. En ouvrant la porte, il fait néanmoins un effort pour se composer un visage souriant. Il n'est pourtant pas le seul à avoir l'air gêné car en face de lui, Miyasaka paraît si contrit qu'il ne parvient même pas à le regarder dans les yeux. "Tu es en retard," dit Katô. - "Désolé...." - "Qu'est-ce que tu fabriquais ? Tu aurais quand même pu nous prévenir que tu aurais du retard, poursuit Katô, s'efforçant de paraître cordial. - "Pardon.... En fait...." Les yeux baissés, l'air plus défait que jamais, Miyasaka essaye de dire quelque chose, néanmoins Katô ne lui en laisse pas le temps: se détournant après avoir ouvert grand la porte, il l'invite à entrer, expliquant qu'Iwaki est en train de se préparer. Mais tandis que son ami s'éloigne, Miyasaka le rappelle soudain: faisant fi de son embarras, se plantant face à Katô, il s'incline brusquement devant lui en lui tendant à bout de bras le paquet qu'il tient dans les mains: "KATÔ ! MANGE CELA EN PENSANT QUE C'EST MA PROPRE CHAIR !!" -Hein...? Ta chair...." répète le jeune homme abasourdi, ne voyant pas du tout où son ami veut en venir. - "C'est de la viande de sanglier ! explique Miyasaka. Je suis allé dans la montagne et l'ai tué de mes propres mains !!" - "Aah, je vois... Tu l'as étranglé de tes mains.... souffle Katô, qui n'a aucune peine à imaginer la scène. - "Mais non, proteste Miyasaka, vexé de passer encore pour un bourrin. Je me suis fait fabriquer un piège par un chasseur professionnel."

Mais lorsque Katô demande à son camarade quelles sont les raisons de son geste, ce dernier répond qu'il souhaiterait lui faire comprendre combien lui-même est douloureusement conscient d'avoir très mal agi. "Je.... J'ai beau ne pas être un sanglier, j'ai foncé droit devant moi sans penser à ce que toi ou Onozuka pouvaient ressentir. Voilà pourquoi je voulais te faire manger la viande de cet animal aussi con que moi. Chaque fois que j'avais un peu de temps libre, je me suis rendu à la montagne. Et aujourd'hui, j'ai eu la chance d'arriver à temps pour en prendre un...." Katô n'en croit pas ses oreilles ! "Rien que pour te faire pardonner, tu t'es embusqué dans la montagne pour chasser le sanglier ? Mais quel genre d'artiste es-tu ! Tu n'as pas pensé que si jamais tu venais à être blessé, cela aurait eu des conséquences néfastes sur ton travail ?!" Néanmoins, à ce reproche scandalisé, Miyasaka avoue aussitôt avec humilité que cela lui importait peu d'être blessé, bien au contraire. Ne sachant comment exprimer son repentir, Miyasaka a bien du mal à trouver ses mots, néanmoins ses intentions seules sont suffisantes pour Katô, les sentiments de son ami lui vont droit au coeur. "Compris, répond-il donc, prenant le morceau de viande emballé des mains de Miyasaka. Je vais la manger."

Un peu plus tard, en arrivant à son tour au domicile de ses amis, Onozuka est surpris d'entendre des éclats de voix provenant du jardin. "Eh là !! Ne vous amusez pas sans moi, laissez-moi entrer !!" s'exclame le jeune homme, agrippé aux barreaux de la grille. Mais à peine Iwaki lui a-t-il ouvert la porte que Onozuka pousse un cri de dégoût, les narines assaillies par une odeur pestilentielle. "Vous avez fait griller de la viande de sanglier !? s'exclame-t-il consterné, avisant les grillades sur le barbecue. Mais vous êtes malades !? Normalement c'est une viande qui se mange rôtie !" Mais il est trop tard pour réparer l'erreur, et sous le regard d'un Iwaki hilare, Katô et Miyasaka se livrent à une rixe devant le barbecue. "Mange ! hurle Miyasaka, un morceau de viande à la main. Tu as dit que tu le ferais !! Force-toi !" - "Et tu crois que c'est possible d'avaler ça !? proteste Katô, repoussant son adversaire d'un coup de pied. Si tu te sens coupable envers moi, tu n'as qu'à la bouffer toi-même !!"

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Chapitre 5 Core Curriculum - Page 151

Un soir, à peine achevée sa journée de travail, Kyôsuké Iwaki se rend dans un restaurant en compagnie de Mme Shimizu, sa manager, afin d'y rencontrer Mr. Mochimuné, un réalisateur de films très connu. Plusieurs fois déjà, Mme Shimizu avait refusé d'organiser cette entrevue, mais le cinéaste insistant pour rencontrer directement l'acteur afin de le convaincre de tourner dans son prochain film, la manager a fini par céder. Tandis qu'elle s'excuse auprès d'Iwaki, ce dernier s'empresse de la rassurer: c'est un honneur pour lui en tant qu'acteur d'être réclamé si assidûment par ce jeune réalisateur surnommé dans le milieu du cinéma "le Génie Diabolique". Et puis même si cette fois le travail qu'il veut lui proposer ne l'intéresse pas, le fait de lier connaissance, peut-être qu'à une autre occasion le réalisateur lui proposera un rôle davantage dans ses cordes. Après avoir pénétré dans le restaurant traditionnel où Mochimuné et son propre manager ont réservé une pièce où ils pourront discuter tranquillement, Iwaki a cependant un choc en découvrant le réalisateur, qu'il n'avait encore jamais vu: il savait que Mochimuné était jeune, mais pas à ce point-là ! Séduisant en dépit de son air sombre et son sourire un brin cynique, il doit avoir à peine 32 ans, le même âge qu'Iwaki, comme ce dernier l'avait déjà entendu dire.

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Une fois tout le monde assis autour de la table, les pourparlers commencent dans une ambiance non dénuée de gêne. "Sans aucun doute, le rôle de personnage corrompu que nous vous proposons est bien loin de votre image habituelle, reconnaît le manager de Mochimuné, s'adressant à l'acteur. Mais justement, si vous oser relever le défi et interpréter un tel rôle, cela va défrayer la chronique...." Mais à cette déclaration, Iwaki s'empresse de lever le malentendu: s'il a refusé ce rôle, ce n'est pas du tout parce que cela risquerait de ternir son image, mais pour un simple problème d'emploi du temps. Entre les dernières révisions apportées au film "Fuyu no Sémi" en cours de montage et la série télé dans laquelle il tourne, son planning est en ce moment plutôt surchargé, ainsi il craint de se disperser et de bâcler l'interprétation de ses différents rôles à force d'accumuler tant de tournages en même temps.

A peine a-t-il entendu cet exposé que le manager supplie l'acteur de se débrouiller pour aménager son planning, car le réalisateur tient absolument à l'avoir dans son prochain film. Cependant l'homme n'a pas plus tôt prononcé ces paroles que Mochimuné le reprend: "Cette façon de présenter les choses est erronée, corrige-t-il, dévisageant l'acteur. Je ne recherche nullement le charme habituel de l'acteur Kyôsuké Iwaki. Pour parler franchement, ce que "Kyôsuké Iwaki" a été jusqu'à maintenant dans ses rôles n'a pour moi aucun intérêt. Car je désire en un mot vous faire jouer à contre-emploi." - "Ah...?" Si Iwaki blêmit de s'entendre parler avec une telle franchise, même le manager de Mochimuné se montre scandalisé de l'impolitesse de son collaborateur: comment ce dernier espère-t-il que les pourparlers aboutissent s'il se conduit de la sorte ? Mais ignorant ses reproches, Mochimuné poursuit sur sa lancée: "Vous dites que vous ne choisissez pas vos rôles selon votre image, mais le monde du spectacle ne regorge-t-il pas de rôles qui cadrent parfaitement à l'image que vous souhaitez donner ? Cela joue sans doute en votre faveur, mais se confiner dans ce type de rôles ne vous paraît-il pas inintéressant et sans valeur ? Si un acteur ne choisit pas ses rôles dans un registre large, sa carrière ne risque pas de s'inscrire dans la durée."

Lancer des réflexions si désobligeantes au tout début d'une négociation est plutôt malvenu, et si Iwaki furieux réussit de justesse à garder le silence, il n'en est pas de même des deux managers consternés ! Mais continuant d'ignorer leurs protestations véhémentes, Mochimuné sort une enveloppe de sa sacoche qu'il fait glisser devant Iwaki. "Voici une interview que j'ai prévu de faire publier dans une revue si j'obtiens votre consentement pour ce rôle. Elle contient ce que je viens de vous dire à l'instant. Mais si vous préférez malgré tout demeurer confiné dans votre situation actuelle, téléphonez au numéro inscrit sur l'enveloppe et je ferais annuler cet article."

Après cette entrevue mouvementée, Iwaki se tient immobile devant le restaurant, attendant que Katô vienne le chercher en voiture. Celui-ci ne tarde pas à arriver, et comme le rendez-vous a été plus court que prévu, le jeune homme propose d'aller faire une ballade en auto. Iwaki s'empresse d'accepter afin de se calmer un peu les nerfs, non sans demander à son ami si ça ne le dérangerait pas de le laisser conduire. "Pas de problème, c'est notre voiture à tous les deux, répond Katô. Mais Iwaki, tu as sans doute bu de l'alcool ?" - "Non, je n'en ai pas bu une goutte.... L'ambiance n'était pas à ça." Fronçant les sourcils, Katô ne tarde pas à déceler que quelque chose ne va pas chez son compagnon. Et en effet, à peine Iwaki a-t-il pris le volant pour s'élancer sur l'autoroute que pour passer sa rage, il se met à conduire comme un déjanté. Katô a beau l'avertir qu'il va trop vite, que sa conduite est dangereuse, l'acteur ne l'entend même pas. Dans sa tête, il ne cesse de tourner et retourner les sarcasmes de Mochimuné: "Ce que Kyôsuké Iwaki a été jusqu'à maintenant dans ses rôles n'a pour moi autant intérêt...." "Votre carrière risque de ne pas s'inscrire dans la durée...." "Se confiner dans ce type de rôles n'est-il pas inintéressant et sans valeur ?" Au bord de la crise de nerfs, Iwaki enfonce encore l'accélérateur, alors que le véhicule file déjà à près de 150 kilomètres/heure ! Jusqu'à ce que tout à coup, Katô le rappelle à l'ordre d'une voix haute et ferme: "IWAKI ! JE ME TROUVE MOI AUSSI DANS LA VOITURE !?"

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Aussitôt, comme au sortir d'un état de transe, Iwaki lache enfin la pédale de l'accélérateur. Tandis qu'il s'excuse, livide, Katô lui demande de lui raconter ce qui s'est passé ce soir. C'est ainsi qu'après avoir garé l'auto sur un parking au bors des quais, Iwaki se met en devoir de tout lui expliquer. "Je vois," conclut Katô après avoir lu le contenu de l'article de presse remis par Mochimuné. "Alors, que vas-tu faire ? Tu vas accepter ce travail ?" - "BIEN SÛR QUE NON !! rugit Iwaki, stupéfait que son ami lui en pose même la question. CELA VA DE SOI ! Mochimuné a complètement dénigré toutes les compositions que j'ai durement accumulées jusqu'à ce jour en les qualifiant de sans valeur !! Après avoir subi un tel affront, comment veux-tu que je puisse travailler avec cet homme !!?" De rage, Iwaki tape violemment du poing sur le volant. Mais sans se départir de son calme, Katô quant à lui ne voit pas du tout les choses sous le même angle. En fait, il avoue même qu'il ne parvient pas à saisir la raison pour laquelle son ami est si en colère. Car lui-même, en brisant de ses propres mains sa carrière pour miser sur un nouveau départ avec son interprétation dans le film "Fuyu no Sémi", n'a-t-il pas détruit tout ce qu'il était jusqu'à maintenant ? Mais si Iwaki est bien forcé d'admettre que son compagnon n'a pas tort - il ne faut pas hésiter de temps en temps à se remettre radicalement en question - il se montre également désolé que ce dernier prenne en fin de compte le parti de Mochimuné. "Ah, pardon, ce n'était pas dans mon intention, s'excuse Katô. Mais simplement, je t'envie.... Car même si ce réalisateur a complètement dénigré tous tes précédents films, est-ce qu'il ne t'a pas proposé un rôle en songeant à toutes ces possibilités qu'il a décelées en toi ? Si j'étais à ta place, je bondirais de joie que quelqu'un pense ainsi de moi que je peux me montrer encore meilleur. Jamais un réalisateur n'intégrera dans son casting un acteur incapable de repousser ses limites.... S'il te fait une proposition de travail, c'est justement parce qu'il sait que tu es capable de répondre à ses attentes !!"

Après avoir entendu le jeune homme s'exprimer ainsi, une seule phrase monte aux lèvres d'Iwaki: "....Tu es vraiment formidable...." Au fond, la situation des acteurs une fois un tournage achevé est si précaire.... Leur carrière va-t-elle se poursuivre ou s'interrompre ? C'est ensuite à l'équipe de réalisation qu'incombe la tâche d'en décider, et tout ce que l'acteur peut faire, c'est attendre en silence le jour du jugement. Voilà pourquoi Katô, qui supporte une telle période d'indécision sans fléchir ni perdre courage, n'inspire à Iwaki que de l'admiration, il ne saurait se comparer à lui. "Si seulement j'avais l'esprit aussi vif que le tien, soupire-t-il, honteux de ses réactions passées mais apaisé à présent, j'aurais pu me lancer à fond dans la querelle. Mais dès que l'on m'a demandé si je ne pouvais pas faire quelque chose concernant mon emploi du temps, j'ai pris ça comme une déclaration de guerre et je me suis sauvé. Bien qu'après coup, je le regrette bien." - "Je m'en doute, répond Katô dans un sourire. Mochimuné a beau être un peu cinglé, c'est un réalisateur de grande renommée alors ce serait vraiment dommage de laisser passer cette chance de travailler avec lui." - "Un peu cinglé ?! répète Iwaki, esquissant un sourire ironique. S'il adopte déjà un tel comportement au début de négociations, je n'ose imaginer ce qui va m'arriver en cours de tournage !" - "Tu ne vas quand même pas nous en faire une maladie du stress ?" plaisante Katô. - "Non, ça ira, répond Iwaki en se coulant dans son fauteuil, détendu. Car tu me libères toujours du stress qu'il peut y avoir en moi." - "Et je continuerais autant que tu voudras."

En effet, rien que de s'être épanché et d'avoir écouté les sages raisonnements de Katô, Iwaki se sent indéniablement mieux. Tournant la tête vers son ami d'un air aguichant, dans un appel muet de ses lèvres pleines, il l'invite à échanger un baiser langoureux. "Aujourd'hui, je me suis senti si misérable...." soupire l'acteur les yeux clos, la tête appuyée sur l'épaule de Katô. - "Allons, allons, le réconforte ce dernier. Laisse l'article de Mochimuné paraître et tu verras.... Dès que le tournage aura commencé, il s'empressera de faire publier des excuses...." - "Ouais. Je vais lui montrer ce dont je suis capable." Sur ces mots, Iwaki se penche un peu plus sur le corps de Katô. Après avoir défait ses vêtements, il enfouit sa tête dans son entrejambe pour le faire jouir de sa bouche. "Si seulement je pouvais aspirer toutes tes inquiétudes de la même façon...." songe-t-il tandis que le crépuscule se referme peu à peu sur eux....

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© Youka Nitta / Biblos

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Un peu plus tard, alors qu'il se trouve à son appartement, Mochimuné a la satisfaction de recevoir un appel de la manager d'Iwaki, qui lui annonce que ce dernier a finalement accepté le rôle proposé. Cette nouvelle ne surprend pas le réalisateur outre mesure, car après avoir si rudement défié l'acteur, il pouvait raisonnablement s'attendre à ce qu'il cède ! Avant de raccrocher, Mochimuné pose une bien étrange question à Mme Shimizu, demandant ni plus ni moins qu'est-ce qui serait le plus néfaste à l'hygiène mentale d'Iwaki. Sans cacher son étonnement, après quelques instants de réflexion, la manager répond que puisque Iwaki est quelqu'un qui porte une grande attention à son foyer.... Mochimuné ne la laisse pas terminer, il a compris. "Aah, en effet.... Dans ce cas, comme je ne souhaite pas qu'il soit mentalement stable, pourriez-vous faire en sorte qu'il ne puisse pas rentrer chez lui durant le tournage ? De mon côté, je me charge de lui faire préparer une chambre à l'auberge." - "QUOI !? ATTENDEZ UN INSTANT !...." Mais sans écouter les protestations de la manager, Mochimuné coupe la communication. Bien calé dans son fauteuil, décontracté, il sourit de contentement. "Quand il est hors de lui, l'apparence de Kyôsuké Iwaki est sublime.... Je veux lui arracher cette expression encore davantage. Et pour la fixer sur la pellicule, je suis prêt à faire n'importe quoi."

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Chapitre 6 The Ôokusama ("La Favorite du Harem") - Page 177

Paisiblement assis dans leur salon, Iwaki et Katô regardent à la télévision un film se déroulant dans le Japon féodal. "Quand je les étreins, toutes les femmes se changent en poupées.... dit le Seigneur à sa favorite. Mais toi, tu es différente. Toi, tu es.... intéressante." "C'est vraiment chouette, avoir plein d'épouses", prononce Katô, confortablement allongé sur le divan, la tête posée sur les genoux de son ami. "Tu ne trouves pas que c'est le rêve de tout homme, Iwaki ?" - "Comment, toi aussi tu es de ceux qui rêvent de harem ?" s'étonne Iwaki d'un ton boudeur. - "Bien sûr, c'est tellement bien...." Sans prendre garde à la mine vexée de son compagnon, l'imagination de Katô se met déjà à dériver: il se voit tel un grand seigneur de l'époque féodale, debout à l'entrée de son harem où l'attendent respectueusement agenouillés une bonne vingtaine d'époux et d'épouses qui tous ont le visage d'Iwaki. Prêtre, Geisha, médecin, officier allemand, danseuse du ventre, onmyôji, masseuse chinoise..., tous les genres et les professions qui font fantasmer Katô sont représentés ! "Eh bien, vous êtes revenu vous faire cajoler par moi ?" demande radieux l'officier alemand à son vénéré maître, faisant claquer sa cravache d'un coup sec. - "Non, aujourd'hui ce sera moi, proteste le médecin. Si je vous auscultais avec tendresse ?" - "Non non, intervient à son tour l'onmyôji, aujourd'hui le maître passera une nuit torride dans mes bras...."

"TERRIBLE, IWAKI ! TERRIBLE !!" Sur son canapé, Katô en tressaute d'excitation. - "Mais quoi !?" Iwaki a beau ne pas pouvoir contempler ce que son ami a dans la tête, il devine néanmoins que ce dernier fait allusion au harem. "Toi alors.... soupire l'acteur. Tu as vraiment de la vigueur à revendre.... Alors que moi, rien qu'avec toi seul, je ne sais déjà plus où donner de la tête...." Mais à cette remarque, une autre scène vient soudain titiller l'imagination de Katô. Cette fois, c'est Iwaki le seigneur qui vient visiter son harem, bondé de "Katô" plus avides les uns que les autres de satisfaire leur maître bien-aimé. "CALMEZ-VOUS ! VOUS VOULEZ ME METTRE EN PIÈCES ?!!" crie le seigneur, plaqué au sol par des mains viriles tandis que d'autres lui arrachent ses vêtements, et d'autres encore entâment déjà leurs caresses.... C'en est trop pour le véritable Katô, qui à cette vision paradisiaque semble sur le point de s'évanouir d'extase ! "Quel dommage ! Pourquoi ai-je seulement deux bras ? déplore-t-il en se redressant soudain. Il y a tant de postures qu'on ne peut exéuter seul !...." - "Mais de quoi parles-tu ?!" s'exclame Iwaki excédé, qui décidément ne comprend rien aux propos décousus de son compagnon. Mais affichant un visage radieux, Katô se jette sur lui et l'entoure de ses bras. "Pourtant, j'aurais beau avoir un grand nombre d'Iwaki différents, mon favori restera l'Iwaki de tous les jours !"

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© Youka Nitta / Biblos

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Atogaki ("Post-Face") - Page 183

En guise de post-face, l'auteur nous livre une petite B.D. humoristique de deux pages. Tout a commencé avec une idée de Mme Imoto, manager de Youka Nitta, qui avait proposé à cette dernière de faire participer Yû Onozuka, surnommé le "Prince" de la télé, à une émission intitulée "Ururun". Comme son nom japonais l'indique, il s'agit d'une émission de télé-réalité où l'on fait des rencontres à vous tirer les larmes, le genre que présentait Patrick Sabatier en France dans les années 80 ("Avis de Recherche"...). C'est ainsi qu'Onozuka fut envoyé en tant que participant dans une troupe de joyeux nomades, et à la fin de ce séjour, c'est à la scène des adieux retransmise à la télé qu'assistent chacun dans leur logis respectif Katô, Iwaki et Miyasaka. "Yû, vous faites désormais partie de notre famille, déclare la chef des nomades. Revenez séjourner chez nous quand vous le souhaitez." - "Je.... J'ai le sentiment d'avoir réappris auprès de vous à rire de bon coeur.... répond Onozuka les yeux mouillés de larmes, rendant à son hôte sa chaleureuse accolade. Dès que je sentirais à nouveau mon coeur se flétrir, je promets de revenir auprès de vous...."

Mais aux amis de Yû - qui connaisent parfaitement le personnage - cette scène émouvante n'arrache qu'un seul commentaire: "MENTEUR.... songent au même moment Katô et Miyasaka écoeurés. Si c'était pas pour la télé, jamais il ne serait allé là-bas." Mais entendant renifler à ses côtés, Katô a l'horreur de constater qu'Iwaki - comme sans doute des milliers de téléspectateurs - a pris au sérieux la comédie d'Onozuka ! "Si ce n'était pas pour les besoins de l'émission, il aurait pu prolonger son séjour...." regrette l'acteur les larmes aux yeux.

Et quelques jours plus tard, attablé en compagnie de Miyasaka et Katô, Onozuka devait révéler à ses amis la vérité qu'ils soupçonnaient déjà: "Impossible, hors de question: ça pue, il fait chaud, c'est dégueulasse ! Plus jamais je ne remettrais les pieds là-bas." Ceci pour démontrer qu'avec Yû Onozuka comme héros, une histoire émouvante ne pourrait être que du chiqué !

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© Youka Nitta / Biblos - "Menteur !"

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Volume 12

Chapitre 1 Sleeping Bomb - Page 3

Iwaki a finalement accepté de jouer dans le nouveau film noir du talentueux réalisateur Mochimuné, en dépit de la condition expressément posée qu'il n'aura pas le droit de rentrer chez lui durant le tournage. Inutile de dire que bien que ce soit lui qui ait poussé son compagnon à accepter ce contrat, cette condition ne soit pas du tout du goût de Katô, qui tente de profiter depuis au maximum des dernières heures qu'il lui reste à passer auprès de lui. "Katô.... Il est temps de dormir", l'enjoint Iwaki tandis que dans le lit que le couple partage, même bien après avoir fait l'amour, le jeune homme continue de le couvrir de baisers. "C'est demain le premier jour de tournage de mon nouveau film, tu le sais pourtant ?" - "Tu n'as qu'à dormir, répond malicieusement Katô. Et moi pendant ce temps je te tripoterais à mon gré." - "Idiot. Et tu crois que je parviendrais à m'endormir dans de telles conditions ?" Enfouissant sa tête au creux du cou de son ami, Katô avoue comme il se sent triste à la pensée qu'à partir du lendemain, il ne pourra plus goûter au contact d'Iwaki d'ici un long moment. Et le regard soucieux, l'acteur avoue à son tour que lui aussi ressent une vive colère du fait que le réalisateur lui ait posé une si étrange condition. "Alors pourquoi as-tu accepté ce contrat par lequel tu ne devras plus me rencontrer pendant la durée du tournage ? peste Katô, reprenant ses baisers de plus belle. Je ne comprends pas !" - "Eh là.... Arrête !"

Serré à l'étouffer dans les bras de Katô, Iwaki parvient à arrêter ses assauts en lui pinçant le nez. "On a beau dire "toute la durée du tournage", fait-il remarquer, nous aurons quand même l'occasion de nous voir pendant tous les événements qui auront trait à la sortie en salle de "Fuyu no Semi" !" - "D'accord, réplique aussitôt Katô, mais l'événement le plus proche, la première du film qui aura lieu en Amérique, ne se tiendra pas avant plusieurs mois, tu sais ? J'espère que tu te sentiras un peu seul, ainsi séparé de moi." - "Je me sentirais seul.... répond Iwaki, soudain sérieux. Mais pour moi, jouer dans ce film signifie bien davantage.... Il y a trop de parti pris dans l'image des divers rôles que l'on me propose. Quand Mochimuné m'a déclaré cela, j'ai vu rouge. Mais au fond moi aussi j'avais commencé à le percevoir.... Et je pense que c'est pour cette raison que je me suis mis si en colère. J'ai honte de le reconnaître, mais sans même m'en être rendu compte, j'ai fini par tomber dans la facilité.... Si je reste ainsi, quand tu auras fait ton come-back, je me retrouverais complètement largué. En tant qu'acteur, je veux m'améliorer encore davantage en attendant ton retour. Car dans le futur.... je refuse d'être vaincu par toi." Entendant ces paroles, Katô va pour protester: comment Iwaki pourrait-il être battu par un acteur comme lui, mis sur la touche par sa propre maison de production ? Mais finalement le jeune homme ravale ses mots, un sourire aux lèvres, convaincu que son ami s'efforce en disant cela de l'encourager. "C'est entendu.... répond-il en l'embrassant. Jusqu'à ce que tu reviennes, je garderais sagement la maison."

Le lendemain, comme prévu, a lieu au studio la présentation aux membres du staff des principaux acteurs retenus pour jouer dans le nouveau film de Mochimuné. Kyôsuké Iwaki doit incarner le sombre Takashi Suô, un personnage bien loin de l'image de ses rôles habituels, et s'est vu complètement relooké pour l'occasion. Quelle métamorphose ! Comment reconnaître lélégant dandy à la coiffure brillantinée dans ce jeune homme au regard mauvais, des mèches de cheveux rebelles lui tombant sur les yeux ? Et que dire de cette colère froide qu'exprime soudain son regard quand, alors qu'il s'avance sous les applaudissements du staff, il aperçoit le détestable réalisateur ! Mais loin de s'offusquer de cette animosité vibrante, Mochimuné en est ravi au contraire et arbore un sourire aussi retors que satisfait. "J'en étais sûr.... souffle-t-il à part lui. Kyôsuké Iwaki est parfait."

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© Youka Nitta / Biblos

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Quant à Katô, resté seul à la maison, il ne sait que faire pour tuer le temps, lui à qui sa directrice attend pour proposer de nouveaux contrats de voir le résultat de "Fuyu no Semi". Sans travail, le jeune homme n'a d'autre choix que de se distraire en lisant des magazines et regardant la télé. Alors qu'il écoute celle-ci d'une oreille distraite, son attention est soudain attirée par une émission dont Iwaki est l'invité du jour. Que ce soit à la télé, au cinéma ou dans la pub, l'acteur continue de mener une carrière riche et brillante qui ne lui laisse pas de répit. Ne pouvant supporter de s'entendre rappeler le palmarès des récents succès de son compagnon, Katô préfère changer de chaîne. Mais il a beau zapper, toutes les chaînes semblent s'être liguées pour lui montrer l'image radieuse d'Iwaki, si bien qu'exaspéré, il finit par éteindre carrément la télévision. "Je ne dois pas éprouver de jalousie.... tente de se faire entendre le jeune homme, se laissant tomber sur le canapé. Ma situation actuelle n'est que le résultat de mes propres choix. Mais dès qu'il est loin de moi, je ne peux m'empêcher d'en avoir conscience.... Je suis jaloux.... Jaloux en tant qu'acteur de Kyôsuké Iwaki, qui progresse vite et toujours plus loin pendant que moi, je suis forcé de rester immobile...."

Quelques jours plus tard, Katô reçoit la visite de Mme Shimizu, venue chercher des vêtements de rechange pour Iwaki et en apporter d'autres à laver. La manager elle aussi ne cache pas son étonnement face à l'étrange condition posée par le réalisateur: obliger ainsi un acteur à loger sur les lieux du tournage sans avoir le droit de rentrer chez lui alors que le studio se trouve dans la même ville que son domicile ! Mais bientôt, un autre fait attire l'attention de Mme Shimizu: la barbe naissante sur le visage de Katô, qui visiblement ne s'est pas rasé depuis plusieurs jours. Refusant d'avouer qu'il s'agit là d'une forme de laisser-aller, le jeune homme répond qu'il voulait voir juste une fois ce que ça faisait de porter la barbe, et changeant de sujet, demande des nouvelles de son compagnon: ce Mochimuné a l'air d'être un sacré personnage; est-ce que tout se passe bien entre le tumultueux réalisateur et Iwaki, tous deux dotés d'un caractère bien trempé ? Question à laquelle la manager se montre bien embarrassée pour répondre, expliquant qu'Iwaki n'a jamais appartenu à cette catégorie de stars qui passent leur temps à se plaindre de tout et de rien sur leur lieu de travail. En outre, achève Mme Shimizu, elle a remarqué ces derniers temps qu'Iwaki avait changé, qu'il avait en quelque sorte pris du relief, et cela, elle pense que c'est grâce à sa motivation de ne pas se laisser vaincre par Katô.

A peine a-t-il entendu ces mots que le visage du jeune homme se contracte nerveusement. "....Comme ça il va jusqu'à raconter des trucs pareils même à d'autres personnes, Iwaki ?... profère-t-il, mécontent. J'aimerais bien qu'il arrête enfin." Devant l'air étonné de Mme Shimizu, Katô poursuit en expliquant que ce soutien bizarre de son commpagnon destiné sans doute à lui remonter le moral ne fait au contraire que l'enfoncer d'avantage, que lui faire prendre conscience de sa condition misérable. Selon Katô, entre Iwaki et lui, il n'y a déjà plus de comparaison possible: même si le film "Fuyu no Semi" remporte un franc succès, lui permettant ainsi de tourner à nouveau, il est persuadé que les films qu'on lui proposera ne seront sûrement pas aussi éminents que ceux offerts à Iwaki. Sur le plan du travail, ils ne sont plus égaux, et même son ami doit déjà avoir compris cela. Cependant Katô n'a pas plus tôt exposé ses arguments dévalorisants pour lui-même que piquée au vif, Mme Shimizu d'ordinaire si réservée quitte subitement son calme pour lui faire la réflexion suivante: "Mr. Katô.... Je ne m'y attendais pas, mais vous prenez vraiment Mr. Iwaki pour un imbécile." - "Qu'est-ce que vous voulez dire.... proteste le jeune homme. Même à vous, je ne permet pas de dire une chose pareille...?" - "Ah bon ? s'enflamme la manager. Et pourtant c'est ainsi que j'interprète le fait que vous semblez croire que Mr. Iwaki est du genre à porter aux nues son partenaire pour une considération aussi légère que celle de vous soutenir ! Il est vrai qu'actuellement, il n'y a probablement personne qui vous prête davantage de valeur qu'à Mr. Iwaki. Mais ceci ne concerne que le moment présent. Du moins, c'est ce que croit Mr. Iwaki...! Sinon jamais il ne supporterait d'agir selon le bon vouloir d'un réalisateur tel que Mochimuné. Tout à l'heure je n'ai pas voulu vous le dire afin de ne pas vous inquiéter, mais Mr. Iwaki est à bout de nerfs, complètement vidé...!! Et pourtant il endure son calvaire en silence, s'appliquant simplement à polir ses talents d'acteurs avec acharnement, en prenant pour base le talent qu'il vous a vu déployer sur le plateau de "Fuyu no Semi" !"

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Tout en sermonnant Katô, Mme Shimizu se remémore cette conversation qu'elle avait eu avec Iwaki quelque temps plus tôt: "Katô est à présent comme une bombe qui serait en train de dormir.... avait exposé l'acteur. Quand il s'éveillera, il fera sursauter le monde. Afin de ne pas me retrouver ecclipsé par la fumée de cette bombe quand elle sautera, je veux progresser en tant qu'acteur tant qu'il en est encore temps. Et dans ce but, j'utiliserais même ce réalisateur Mochimuné...!" Après avoir observé les progrès fulgurants du jeu de Katô durant le tournage de "Fuyu no Semi", Iwaki craignait désormais d'être laissé à la traîne si lui-même ne faisait pas d'efforts. Mais en tant que principal intéressé, ne pouvant s'observer et se juger lui-même, Katô ne pouvait bien sûr se rendre compte du développement de ses talents. "Libre à vous de ne pas croire en vos propres possibilités ! s'exclame Mme Shimizu avec force. Néanmoins, n'allez pas jusqu'à douter des sentiments de Mr. Iwaki !"

La diatribe enflammée de la manager fait son effet. Une expression douloureuse se peint sur le visage de Katô tandis qu'il revient enfin à la réalité. "....Mme Shimizu.... prononce-t-il d'une voix sourde. Ne voudriez-vous pas dire à Iwaki que je n'ai pas changé ?.... Car je souhaiterais qu'il puisse se consacrer entièrement à son travail sans s'inquiéter pour moi...." A cette requête, Mme Shimizu reprend elle aussi ses esprits, elle dont ce n'est d'ordinaire pas le genre de se montrer aussi dure ni de s'abandonner à la colère. "Entendu.... répond-elle en s'inclinant, embarrassée d'avoir à ce point bouleversé le jeune homme. Pardonnez-moi.... Veuillez m'excuser pour tout ce que je vous ai dit...."

Même après le départ de la manager, Katô demeure planté dans le vestibule de sa maison, son sac de linge sous le bras. "....Il y croyait vraiment.... souffle-t-il, se remémorant les propos de son ami qui disait que s'il ne faisait pas attention, il ne tarderait pas à être largué quand Katô ferait son come-back. "C'est idiot.... Quiconque entendrait ces paroles penserait qu'elles ne sont dues qu'à l'aveuglement de l'amour.... Moi-même.... je ne pense pas que je remporterais un aussi grand succès pour ma prestation dans "Fuyu no Semi".... C'est idiot.... Iwaki...!" Ne pouvant contenir plus longtemps les sanglots qui l'oppressent, Katô fond en larmes, serrant dans ses bras le sac contenant les vêtements de son ami....

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Mais à présent qu'il a pris conscience de s'être laissé aller, le jeune homme décide qu'il est grand temps pour lui de réagir. "Quelle sale tête.... commente-il en observant son visage dans le miroir de la salle de bain. Heureusement qu'Iwaki ne m'a pas vu avec une gueule pareille." Et sur ces mots, Katô se met enfin en devoir de se raser. "C'était inévitable.... songe-t-il. A force de ronger mon frein à attendre ce que donnera "Fuyu no Semi", j'ai commencé à me laisser pourrir sur place.... Et ce au point de jalouser Iwaki. C'était donc cet état-là qu'Iwaki évoquait un jour quand il disait qu'on ne peut jamais demeurer indemne.... La corruption s'est répandue en moi à partir de cette blessure que j'ai reçue, au point que j'en sois venu à avoir des choses une vision déformée. Mais Iwaki est pour moi comme une eau pure.... Il lavera et désinfectera ma blessure putréfiée."

Et c'est ainsi que quelques jours plus tard, Katô appelle Iwaki depuis l'aéroport de Tôkyô pour lui annoncer son départ pour les Etats-Unis. A l'autre bout du fil, Iwaki n'en revient pas d'une telle nouvelle: non seulement la première de "Fuyu no Semi" qui se tiendra en Amérique n'aura lieu que dans plusieurs mois, mais Katô a pris la décision de partir si loin sans même lui en parler ! "De toute façon, même si je reste ici, nous n'avons pas le droit de nous rencontrer, explique le jeune homme joyeusement. Comme ça, puisque je n'y serais plus, tu pourras à nouveau rentrer à la maison. Et puis, n'est-ce pas toi-même qui a dit que cette manie que j'ai de me lancer dans mes projets avec une scandaleuse insouciance était l'une de mes principales qualités ? Moi aussi, j'ai fini par me rappeler que rester ainsi à attendre sans rien faire ne convenait pas du tout à mon tempérament !" Katô prend donc l'avion pour les USA, et une fois là-bas, installé dans une petite chambre d'étudiant, se met en devoir de perfectionner son anglais tout en fréquentant l'Académie Américaine des Arts Dramatiques. "Je ne m'arrêterais plus. Il n'existe aucun problème auquel on ne puisse trouver une solution, se répète-il tel un leitmotiv. Quand on en prend la peine, on trouve toujours un nombre incalculable de moyens de s'en sortir. Je vais me trouver un chemin qui me permettra ne serait-ce qu'un peu d'aller de l'avant. Afin qu'un jour, si Iwaki venait à être lui aussi blessé, je puisse à mon tour devenir son eau oxygénée...."

Les mois s'écoulent, et voici venu le moment pour Iwaki de rejoindre son compagnon aux Etats-Unis. Confortablement installé dans l'avion qui survole de nuit l'Océan Pacifique, alors que les autres passagers sont déjà plongés dans le sommeil, l'acteur continue de lire à la lueur d'une veilleuse. Jusqu'à ce que, inquiète, Mme Shimizu vienne se pencher sur lui. "Mr. Iwaki, vous devez prendre un peu de repos.... l'enjoint-elle à voix basse. Vous êtes déjà suffisamment fatigué par votre emploi du temps surchargé...." - "Oui, vous avez raison.... répond l'acteur en rangeant son livre. Je vais m'efforcer de dormir. On dirait bien que je suis un peu nerveux." - "C'est normal, il s'agit de la première mondiale que vous avez attendu si longtemps, acquiesce la manager. J'ai apporté des somnifères, souhaitez-vous en prendre un ?" - "Non.... Ce n'est pas une nervosité désagréable, répond Iwaki en souriant. J'ai plutôt l'impression de trépigner d'impatience." Sur ces paroles, l'acteur ferme les yeux. "Après si longtemps, je vais enfin pouvoir rencontrer Katô.... songe-t-il avec bonheur. Depuis que nous avons commencé à vivre ensemble, jamais nous ne sommes restés séparés durant une période aussi longue.... Qu'en sera-t-il de nos retrouvailles.... Katô aura-t-il un peu changé ? Ou alors.... Me sourira-t-il avec ce visage radieux que j'aime tant ?...." Mais en arrivant enfin à destination, c'est avec une joie sans nom qu'Iwaki découvre son ami accoudé à la rampe de la salle de débarquement, un Katô resplendissant de vie et de bonne santé, qui l'accueille de son sourire lumineux....

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Chapitre 2 Precious Seat - Page 25

Le moment est enfin arrivé de la première du film "Fuyu no Semi" à Hollywood. Devant la prestigieuse salle de cinéma américaine où le long-métrage sera projeté pour la première fois, un tapis rouge a été déroulé afin d'accueillir les acteurs vedettes, Yôji Katô et Kyôsuké Iwaki. Les deux acteurs s'avancent, sous la lueur des flashs et des projecteurs, entourés de part et d'autre d'une nuée de journalistes accourus pour couvrir l'événement. Et bizarrement, alors que c'est Katô qui fait là son retour dans l'univers du cinéma, c'est Iwaki qui se montre le plus tendu, peinant à mettre un pied devant l'autre sur l'épaisse moquette du tapis rouge. Une fois tout le monde installé dans la salle, la projection du film a lieu, en version originale japonaise sous-titrée en anglais pour le public américain. Les spectateurs émus assistent donc aux retrouvailles déchirantes entre Kusaka et Akizuki, lorsque le samouraï amputé d'une jambe demande à son ami de lui accorder de mourir de sa main; puis à leur vie commune sans cesse menacée par la politique d'épuration acharnée du nouveau gouvernement Meiji, jusqu'au suicide final des deux amants, scène chargée d'émotion qui ne manque pas d'arracher des larmes aux spectateurs. Puis, quand la projection achevée se rallument les lumières de la salle, le public félicite les deux acteurs sous un tonnerre d'acclamations et d'applaudissements. Si Iwaki frissonne, un peu effrayé par l'ampleur de ce succès, Katô quant à lui ferme les yeux afin de mieux goûter l'ivresse de ces salves d'applaudissements, ivresse dont il a été si longtemps privé et qui lui a tant manqué. "Aah.... Me voilà de retour....!!" soupire-t-il en lui-même. Et remarquant l'expression douloureuse de son visage, à ses côtés Iwaki n'a aucune peine à deviner ce que ressent son compagnon. "Bon retour parmi nous, Katô...." lance-t-il en un salut muet, le sourire aux lèvres....

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Après la projection, acteurs et invités VIP se retrouvent pour une somptueuse réception. Au milieu de tout ce beau linge, pas du tout habitué à de telles manifestations pompeuses, un jeune homme n'en mène pas large: il s'agit d'Asano, dont c'était dans ce film la toute première prestation importante, si mal à l'aise et tendu qu'il se tient seul dans son coin à exhaler de profonds soupirs. Le voyant ainsi faire bande à part, Mme Shimizu ne tarde pas à venir le rejoindre pour le gronder, déclarant qu'il n'est pas d'usage que l'un des acteurs principaux demeure ainsi à l'écart. Reproche auquel Asano répond ironiquement que n'étant pas la star de la soirée, qu'il y prenne part ou non, cela n'aura pas grande influence sur son déroulement. "Tu es impressionné à cause de l'atmosphère de la salle ? Voilà qui ne te ressemble pas," s'étonne la manager, connaissant le caractère ambitieux du jeune homme, d'ordinaire toujours prêt à se mettre en valeur. Cependant ce dernier s'empresse de répliquer qu'avec tant de célébrités dignes d'une cérémonie des Oscars réunies en ces lieux, il serait véritablement impossible de ne pas se sentir oppressé ! Jamais Asano n'aurait imaginé que la première de "Fuyu no Semi" atteindrait une telle ampleur.

Contrairement à ses aînés Katô et Iwaki, Asano ne dispose pas de sponsors riches et influents comme le milliardaire Carlo et son petit ami Magira (les héros du manga "Casino Lily"), qui ont organisé cette somptueuse soirée de première pour leurs deux amis acteurs, toujours prêts à leur apporter leur soutien. Le jeune homme en est donc venu à se persuader que si Iwaki et Katô parviennent avec tant de confiance en eux à évoluer au milieu de toutes ces personnalités de haut rang, c'est parce qu'ils bénéficient de ce bouclier. Surtout Katô, car selon Asano, comment expliquer qu'un acteur actuellement sans travail puisse faire montre d'une telle confiance en lui si ce n'est parce qu'il sait qu'il pourra toujours compter sur ses amis haut placés ? Néanmoins Mme Shimizu s'empresse de détromper le jeune acteur. "Ce n'est pas de là que provient l'assurance de Mr. Katô," affirme-t-elle. Elle explique ainsi que Katô tout comme Iwaki appartiennent à cette catégorie d'acteurs qui éprouveraient une honte sans nom à profiter de l'influence d'autrui pour obtenir des critiques favorables. La confiance en eux que déploient en cet instant les deux vedettes provient plutôt de la fierté qu'ils éprouvent envers l'oeuvre cinématographique qu'ils ont contribué à concevoir.

Ceci exposé, Mme Shimizu gratifie Asano d'une bonne tape sur l'épaule. "Et toi aussi, Asano, au lieu de nous faire un complexe d'infériorité alors que tu es encore si jeune, aies au moins le courage de te tenir auprès de Mr. iwaki !!" Quelque peu effrayé par la lucidité de la manager qui a parfaitement percé ses états d'âme à jour, Asano finit par acquiescer. C'est alors que des appels joyeux retentissent soudain dans un coin du vaste salon. Il s'agit des élèves de l'école d'arts dramatiques que Katô a fréquenté durant tout le temps de son séjour et qu'il a gracieusement invités à venir assister à cette grande première. Après l'avoir félicité pour son film, les étudiants font part à Katô de leur étonnement: quand leur camarade leur avait annoncé qu'on allait donner un gala pour un long-métrage dans lequel il avait joué, ils avaient cru qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie ! Et quelle belle brochette d'invités ! Acteurs, réalisateurs, critiques.... Que de personnalités d'Hollywood ! Jamais les étudiants de l'Académie d'Arts Dramatiques n'auraient imaginé qu'ils abritaient dans leur école une star du cinéma nippon capable de faire se déplacer tant de célébrités ! "A mon grand regret, répond Katô avec modestie, je n'ai pas la capacité de réunir à moi seul toutes ces personnalités ! Du moins pas encore !" Tout à sa discussion, le jeune homme ne remarque pas qu'un peu plus loin, Iwaki ne perd pas une miette de ses propos et s'attriste que son ami ait toujours aussi peu confiance en ses talents....

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La réception achevée, les deux amants se retrouvent enfin seuls dans le petit appartement deux pièces loué par Katô. Ce dernier a eu beau insister pour qu'ils aillent plutôt à l'hôtel, honteux de montrer à son compagnon son logement exigu et désordonné, Iwaki tenait absolument à voir comment Katô vivait durant son séjour aux Etats-Unis. Tandis que le jeune homme entreprend de mettre un peu d'ordre dans son logis encombré car il avait déjà commencé à emballer ses affaires en vue de son retour imminent au Japon, apercevant une porte entrouverte, Iwaki commence à visiter le petit appartement. Alors qu'il pénètre dans la chambre de son ami, il remarque que celle-ci est remplie de photos de lui, que ce soit dans des cadres posés sur le bureau ou des aggrandissements fixés sur les murs de la pièce. "Eh oui, venant de ma part, ça doit te paraître un peu nunuche, s'excuse Katô gêné en le rejoignant, mais je n'aurais pas pu supporter cette solitude si je n'avais pas disposé ton visage tout autour de moi. Que je sois inquiet ou abattu, il me suffisait de penser que tu avais les yeux rivés sur moi pour me reprendre et tenir bon, car je me disais alors que je ne pouvais pas me montrer à toi dans un état si pitoyable. Être entouré par ton image m'a énormément rasséréné...."

Le dos tourné à son ami, grave et sombre, Iwaki lui fait à son tour un aveu: "Moi aussi, je suis revenu à notre maison à la recherche de vestiges de ta présence.... Mais contrairement à toi.... c'était afin de me mettre encore davantage le moral à zéro...." - "Quoi !?" - "J'aurais beau ployer sous le poids de la solitude, tu resterais encore longtemps hors de la portée de mes bras. Afin de bien me faire rentrer ça dans la tête, il n'y avait rien de mieux que de me rendre dans cette maison. Même en vivant à l'hôtel, je ne parvenais pas à ressentir ton absence de manière aussi crue. Dans mon rôle actuel, on me demande d'incarner un personnage affamé par la solitude.... Voilà pourquoi je suis allé jusqu'à me placer moi-même dans un contexte de déprime réelle afin de mieux correspondre à ce que le réalisateur attendait de moi...."

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A peine Iwaki a-t-il fait cet aveu que le saisissant brusquement par les épaules, Katô l'oblige à se retourner vers lui. Puisque l'acteur s'obstinait à ne pas lui faire face, le jeune homme inquiet avait cru qu'il pleurait mais constate avec stupeur puis soulagement que ce n'était pas le cas. "Tu as vraiment gagné en force, Iwaki.... souffle en lui-même Katô dans un sourire. L'absence de cet être précieux toujours assis à nos côtés.... Iwaki en a changé le poids en une souffrance plus grande encore afin de donner du relief à son jeu.... Quant à moi, j'en ai fait un encouragement m'aidant à mieux contrôler mes états d'âme.... Et pourtant, malgré cette différence, on ne saurait dire lequel de nous deux a eu raison.... Parce que l'un comme l'autre, c'est dans le but de nous élever nous-mêmes que nous avons fait notre choix...." S'excusant auprès de son compagnon de l'avoir fait sursauter, Katô le serre étroitement dans ses bras. "Nous nous retrouvons enfin après si longtemps. Tu réalises ?" - ".... Je voulais tellement te revoir...." répond Iwaki, la voix tremblante d'émotion. - "Oui.... A moi aussi, tu m'as énormément manqué."

Entraînant son ami sur le lit de sa modeste chambre d'étudiant, Katô commence à le déshabiller tout en couvrant de baisers chaque portion de sa peau qu'il dénude. "Tes lèvres.... Ta peau.... Ton parfum.... soupire-t-il. Ce n'est qu'après avoir été séparé de toi que j'ai réalisé quel bonheur me procurait leur sensation dans la réalité. J'ai eu beau consoler tous les jours mes ardeurs en faisant appel à mon imagination.... cela n'a pas égalé un seul instant la sensation de te serrer dans mes bras en chair et en os. Toi aussi, Iwaki, tu as fait l'amour en solitaire en te rappelant de moi ?" - "Ne te méprends pas, répond l'acteur tandis que les doigts inquisiteurs de Katô ne lui laissent aucun répit. Quand il s'agit de jouer les chauds-lapins je suis loin d'être aussi incomparable que toi.... Moi, quand je ne suis pas à tes côtés.... sexuellement je suis plutôt frigide. Je l'ai bien compris à l'occasion de cette séparation."

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Iwaki réalise-t-il ce qu'il vient de dire ? Sans le vouloir, il vient d'avouer ni plus ni moins qu'être privé de Katô équivaut pour lui à être privé de tout désir ! "Aah, un jour tu me feras mourir ! soupire le jeune homme les joues en feu. Est-ce que ça veut dire que quand je suis à tes côtés, tu t'enflammes sans condition ?" Cependant il ne laisse pas à Iwaki le temps de répondre. Echauffé par les propos innocemment provocateurs de son compagnon et incapable de réfréner plus longtemps son désir, Katô pénètre en Iwaki. "Aah.... Je suis en toi.... J'en ai tellement rêvé...." prononce-t-il avec extase avant d'entâmer ses coups de boutoir. Cramponné aux barreaux du lit, Iwaki accueille de son mieux ces assauts répétés qui lui arrachent des larmes et de langoureux gémissements. Et après avoir dû supporter une longue abstinence, le couple atteint rapidement le sommet du plaisir. "Tu vas jouir, Iwaki ! Je le sais...! lance Katô d'une voix entrecoupée. Car quand tu jouis.... ta peau s'empourpre soudain comme une fleur de cerisier en train d'éclore !" Les deux amants atteignent l'orgasme en même temps puis retombent sur le lit, frissonnants, vidés de leurs forces....

"....Au Japon ce doit être le matin," remarque Iwaki un moment plus tard. - "Ah bon.... Déjà ?, répond Katô alangui contre le corps de son compagnon. Et alors ?" - "Ca ne te préoccupe pas de savoir de quelle manière la première de notre film sera présentée aux nouvelles du matin ? Car le film a beau avoir bénéficié d'une promotion éclatante aux Etats-Unis, cela n'a aucun sens si son impact ne se prolonge pas jusqu'au Japon. Peu importe comment les gens entendent parler du film, ce qui compte c'est le nombre de spectateurs à venir le voir le premier jour de sa sortie en salles. C'est cela qui crée l'événement et fait la une de l'actualité. Afin de provoquer une réaction en chaîne dans le public et les médias, je voudrais que nous bénéficions déjà de ce jugement préliminaire. J'ai confiance en la qualité du film, mais s'il ne suscite aucun intérêt...." Angoissé quant au succès futur de "Fuyu no Semi", Iwaki aurait pu continuer à argumenter encore longtemps si Katô, se penchant sur lui, ne l'avait soudain obligé à se taire en posant un doigt sur ses lèvres. "Iwaki, si nous nous fixions une règle ?" - "Une règle ?" répète l'autre acteur sans comprendre. - "Oui. Quand nous serons de retour au Japon, expose le jeune homme, quel que soit le succès de notre film, je mettrais tout en oeuvre pour réussir mon retour dans l'univers du cinéma. Quant à toi, tu vas te concentrer sur le rôle que tu es en train d'interpréter maintenant. Dans notre situation actuelle, nous avons beau être populaires, ce n'est pas pour autant que notre carrière est assurée, tu sais ? Voilà pourquoi je pense qu'il est nécessaire pour nous de tout faire pour bien nous imposer afin de ne pas tomber un jour dans l'oubli. Mais n'emportons pas notre travail jusque dans notre lit.... Pour pouvoir nous donner à cent pour cent dans notre travail, achève Katô en embrassant Iwaki, quand nous sommes au lit, tâchons au moins d'y rester à cent pour cent un couple amoureux."

Les deux acteurs ne le savent pas encore, mais au même moment, la presse télévisée japonaise retransmet à grand bruit la nouvelle de la grande première donnée à Hollywood. Images de la foule de cinéphiles avertis venus en masse assister à cette projection, de ces personnalités du monde du spectacle réunies à la somptueuse réception donnée après la séance.... C'est avec stupeur que le public japonais découvre sur les écrans à l'heure du petit déjeuner le succès remporté par leurs compatriotes acteurs. La première de "Fuyu no Semi" au Japon n'aura lieu que le mois suivant, mais l'on peu déjà prévoir qu'elle rencontrera un grand succès !

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Chapitre 3 Flight Control - Page 57

Après la première de "Fuyu no Semi" à Hollywood, Kyôsuké Iwaki a dû rentrer rapidement au Japon pour reprendre le tournage du film dont il tient le rôle principal. Une fois les formalités de son propre départ achevées, Katô prend à son tour l'avion pour réintégrer son pays natal. A son arrivée à l'aéroport, il est accueilli par Kanéko, son manager. Les deux jeunes gens ne s'étaient pas revus depuis que la directrice de leur maison de production avait mis temporairement Katô au rencart et en l'apercevant, le manager remarque aussitôt pétris d'admiration comme l'acteur a gagné en beauté et en assurance depuis leur dernière rencontre. "Ce sera très bientôt le moment de votre retour dans le monde du spectacle, annonce Kanéko, et voici un message de la part de notre directrice: "Si tu le peux, fais en sorte de me prouver que ça n'a pas été un long détour inutile ." Katô comprend aussitôt ce que signifient les paroles de la sévère femme d'affaires, qui lui arrachent un sourire entendu. "Que c'est bon.... soupire-t-il. L'air d'ici me picote délicieusement la peau, c'est vraiment agréable d'être de retour au Japon." Et tandis qu'il dévisage l'acteur dont les traits n'expriment que défi et confiance en lui face à la nouvelle carrière qui l'attend, Kanéko ne peut réprimer un frisson. "Il peut y arriver...!!" songe-t-il en frémissant d'avance d'excitation.

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Un peu plus tard, tandis qu'Iwaki se repose allongé sur le tatami de sa loge, il est soudain réveillé par les vibrations de son portable. Saisissant l'objet d'un bras encore engourdi par le sommeil, l'acteur déplie son téléphone pour y découvrir un message de Katô. "Je suis de retour, Iwaki-san," tels sont les mots inscrits sur l'écran. Mais après la joie de savoir son ami enfin en un lieu moins éloigné que les Etars-Unis, une expression grave vient se peindre sur les traits d'Iwaki. Car comme Kanéko, il sait ce que signifie le retour de Katô: métamorphosé par les expériences qu'il a vécues durant son chômage, Katô en tant qu'acteur a encore gagné en lustre, en force et en maturité, plus que jamais prêt à affronter à nouveau le public. Le jeune homme va vite redevenir une star qui fait recette, et personne ne saurait mieux pressentir cela que des gens issus comme lui du monde du spectacle tels que Kanéko et Iwaki....

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Après un court repos, Iwaki recommence à tourner sous le regard intransigeant du jeune réalisateur Mochimuné. Fidèle à son surnom de Génie Diabolique, le cinéaste ne ménage guère l'acteur, l'obligeant à rejouer la même scène pour la énième fois, au point que même l'équipe technique en vienne à avoir pitié d'Iwaki. "Iwaki-kun. Cela ne suffit pas d'arborer un visage menaçant, cessez de m'obliger à vous le répéter. Je vous ai pourtant déjà expliqué que le personnage de Suô est celui d'un névrosé brutal, lascif et rusé. Que ce soit dans ses expressions, son comportement, en somme dans la moindre partie de son être, vous ne devez pas laisser transparaître ne serait-ce qu'une once de sens commun. Je ne sens pas la folie dans vos yeux, Iwaki. Quel que soit le rôle que vous interprétez, vous n'exprimez que normalité, honnêteté et sincérité. Lorsque cela convient au rôle, c'est parfait. Néanmoins dans celui que vous incarnez aujourd'hui, c'est très ennuyeux. Pour quelle raison croyez-vous que j'ai exigé que vous ne rentriez plus à votre domicile ? Parce que je souhaitais vous voir quelque peu souillé par la fureur. En me débrouillant habilement pour vous séparer de votre compagnon, je pensais que peut-être vous parviendriez à appréhender ce sentiment, mais vous n'avez pas évolué d'un poil. C'est bien dommage."

Son speech achevé, le réalisateur s'apprète à réintégrer son siège lorsque retentit dans son dos la voix vibrante de rage d'Iwaki. "Si c'est pour corriger les erreurs de mon jeu, vous pouvez me dire tout ce que vous voulez.... MAIS CELA VOUS DÉRANGERAIT-IL D'ARRÊTER DE VOUS MÊLER DE MA VIE PRIVÉE ?!!" Nullement démonté par les récriminations de l'acteur, Mochimuné se contente de tourner la tête pour répondre calmement: "La vie privée est une chose précieuse. Ce sont les expériences qui font la richesse du jeu d'un acteur. Enrichir leur art grâce à leurs expériences quelles qu'elles soient, n'est-ce pas ce que les acteurs ont coutume de faire ? Et vous, Iwaki, quel est le pivot de votre existence ? Votre carrière ou votre vie privée ?" Stupéfait, sur le coup Iwaki ne sait que répondre. Le pivot de son existence.... Avec horreur, il réalise qu'il n'y avait encore jamais songé....

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L'acteur réfléchit encore à cette discussion quand le lendemain, il se rend en compagnie de sa manager à un hôtel où il doit enregistrer une interview pour la promotion de "Fuyu no Semi". Katô est déjà dans la chambre où se déroule le tournage, et c'est Kanéko posté dans le couloir qui accueille les deux nouveaux arrivants. En attendant d'entrer à son tour avec Iwaki, Mme Shimizu a le temps d'échanger quelques mots avec le jeune manager. Le moment est bientôt venu où Katô va revenir sur le devant de la scène, et bien qu'il n'appartienne pas à la maison de production pour laquelle elle travaille, Mme Shimizu avoue comme elle a hâte de voir l'acteur reprendre du service. A elle non plus, le fait n'a pas échappé que le Katô revenu des USA paraît d'un niveau bien supérieur à celui qui a quitté le Japon quelques mois plus tôt. Tandis que les deux managers évoquent ainsi avec enthousiasme ce changement prometteur qui s'est opéré chez son compagnon, Iwaki quant à lui suit la conversation d'une oreille distraite. Il faudra que Mme Shimizu, étonnée que l'acteur ne lui réponde pas quand elle lui demande son avis, lui tape sur l'épaule pour qu'il revienne enfin à la réalité. Déboussolé, Iwaki s'excuse de son manque d'attention d'une voix haute quelque peu paniquée, au point que Kanéko soit obligé de l'engager à parler moins fort, rappelant que l'on tourne l'interview de Katô à côté ! Mais Iwaki a l'air épuisé, Kanéko s'en rend bien compte, et apprenant que l'acteur n'a pas quitté le plateau de tournage de son dernier film depuis 48 heures, il le presse de rentrer dans la chambre où se déroule l'interview afin qu'il puisse s'assoir et se reposer un peu.

Confortablement assis dans le salon de cette luxueuse chambre d'hôtel, Katô élégamment vêtu pour l'occasion pose devant la caméra tout en répondant aux questions de la journaliste. "Vous voir jouer dans un drame historique est plutôt inattendu, remarque cette dernière. Mais vous, Mr. Katô, quelles sont vos impressions à ce sujet ?" - "Même si l'époque est différente de la nôtre, répond l'acteur avec aisance, il s'agit d'un drame humain, voilà pourquoi en ce qui me concerne je n'ai ressenti aucune impression de rupture. Au contraire, de tous les rôles que j'ai interprétés jusqu'à présent, c'est le personnage de Kusaka que j'ai le mieux compris et avec lequel je suis parvenu à me sentir en symbiose. Je suis réellement très heureux d'avoir rencontré ce rôle." Sur ces mots, apercevant son bien-aimé qui vient de pénétrer dans la pièce, Katô lui adresse un sourire complice. Lui rendant son sourire, Iwaki vient s'assoir près de lui afin de prendre à son tour part à l'interview. Tandis que la journaliste achève de poser ses questions à Katô, Iwaki se retrouve à nouveau assailli par ses sombres préoccupations, toutes ces interrogations qu'il ne cesse de se poser à lui-même depuis sa discussion avec Mochimuné. "Je ne veux pas me retrouver vaincu par Katô. Dans un sens c'est cette motivation qui m'a soutenu en tant qu'acteur. Et dans le même temps et avec la même intensité, c'est l'amour de Katô qui n'a cessé de me soutenir, moi dont l'équilibre émotionnel est toujours si précaire. Je désire vivre auprès de Katô, c'est ce sentiment qui me gouverne. Et puis il y a ce rôle que j'ai choisi d'accepter dans le but de m'élever en tant qu'acteur. Ce travail ne cesse de me poser la même question: "Qu'est-ce que tu places au-dessus de tout ? Ton amour ou ta carrière d'acteur ?" Quelle ironie...."

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Alors même qu'il ressasse ces pensées moroses, le sourire qu'Iwaki continue d'arborer face aux journalistes se fait soudain tendu, son regard se trouble. Aussi infime que soit ce changement de physionomie, il n'échappe pas à Katô, qui pressent tout de suite avec inquiétude que quelque chose ne va pas. Une fois l'interview achevée, alors que les quatre compères attendent de pouvoir monter dans l'ascenseur, le jeune homme prend pour prétexte de demander à Mme Shimizu des détails concernant l'emploi du temps d'Iwaki afin d'éloigner quelques instants les deux managers. Profitant que ces derniers se retrouvent à la traîne, il actionne le bouton de fermeture des portes. "Katô !?" s'exclame Iwaki étonné de ce geste. Mais une fois seul dans la cabine avec lui, Katô le saisit par le cou et s'empare de ses lèvres pour un long et profond baiser. "Mon corps est surexcité à cause de ce retour à la vie active que je n'en pouvais plus d'attendre. Cette nuit, rentre à la maison pour apaiser mes ardeurs.... C'est ton rôle, Iwaki. Peu importe l'heure, je t'attendrais.... D'accord ?" Katô a prononcé cet ordre d'un visage grave et sur un ton qui ne saurait tolérer un refus, néanmoins Iwaki n'est pas dupe: il sait que tout ceci n'est qu'un prétexte pour être auprès de lui et le consoler, car nul doute que quelqu'un d'aussi sensible que son compagnon a parfaitement saisi son subtil SOS.

Il fait déjà nuit quand, après être enfin parvenu à s'arracher à son travail et quitter discrètement le plateau de tournage sur lequel il se trouve confiné, Iwaki rentre à la maison. Dans leur chambre, Katô est déjà couché, nu, attendant la venue de son ami en lisant à la lueur d'une lampe de chevet. "Bonsoir", salue-t-il alors qu'Iwaki pénètre dans la pièce. L'acteur n'ose regarder le jeune homme dans les yeux, de peur que celui-ci ne perçoive les tourments qui l'habitent. Mais le saisissant brusquement par la main, Katô le fait tomber sur le lit. "A toi de choisir, Iwaki, lance-t-il en se penchant sur l'acteur. On le fait au lit ? Ou alors tu préfèrerais un autre endroit ?" Etendu contre les genoux de Katô, Iwaki lève vers lui un regard étonné, incapable de détourner les yeux de son visage grave. "Comment se peut-il qu'il soit aussi mûr.... s'interroge Iwaki, tant la sagacité de Katô pourtant cinq ans plus jeune que lui ne cessera jamais de l'étonner. J'ai honte de moi.... De ne pas être capable de surmonter seul mes problèmes...!!" Pourtant ce dépit n'empêche pas l'acteur de répondre, les lèvres tremblantes: "On le fait au lit, bien sûr."

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Etendu sur les couvertures, Iwaki s'abandonne aux caresses brûlantes de Katô, et alors même qu'il goûte cette ivresse, ses pensées recommencent à vagabonder. "Katô me rend heureux non seulement grâce à ses paroles, mais par le seul contact d'un de ses doigts ou de ses lèvres. Peu importent la durée ou la distance qui nous séparent, rien que de penser à lui suffit à me combler. C'est cela qui constitue un obstacle à l'élaboration de l'image que Mochimuné attend de moi. "Ce sont les expériences qui font la richesse du jeu d'un acteur." Les souillures, j'en ai soupé plus qu'à mon tour !! A croire que je ne suis qu'un empoté pour ne pas être capable de les restituer dans mon jeu. "Quel est le pivot de votre existence ? Votre carrière ou votre vie privée ?" Autant l'un que l'autre, répond en lui-même Iwaki à cette question posée tantôt par le réalisateur. Car pour moi, les deux sont indissociables. Du moins, tant que Katô et moi ne serons pas séparés...."

A peine s'est-il fait cette réflexion qu'Iwaki rouvre brusquement les yeux. "Séparé...? D'avec Katô...?" Jamais encore il n'avait osé envisager une telle éventualité. Alors que l'hypothèse d'une séparation s'impose à son esprit dans toute son horreur, Iwaki s'avère incapable de réprimer le gémissement de désespoir qui lui monte à la gorge. Remarquant le changement qui vient de s'opérer chez son ami, Katô se redresse et découvre avec stupeur son visage mouillé de larmes. "Que se passe-t-il, Iwaki ?.... Iwaki !?" Pour toute réponse, l'acteur se jette dans ses bras, se raccrochant à lui désespérément. "Non Non NON !! Rien que d'y penser, c'est tellement pénible...! Rien que d'y penser.... mon coeur se glace !...." Mais si en son for intérieur Iwaki réussit à formuler ces paroles, le seul son qu'il parvient à extraire de sa gorge est un hurlement déchirant....

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Le lendemain, alors qu'il arrive à son studio, Mochimuné est accueilli comme chaque jours par les saluts intimidés des membres de son staff. Alors qu'il entend derrière lui la voix d'Iwaki qui lui souhaite également le bonjour, le réalisateur se retourne machinalement pour lui répondre. Néanmoins, il reçoit un choc en découvrant le visage de l'acteur. Ses prunelles noires semblent couver une flamme sombre serties dans ce visage aux traits d'une froideur quasi-inhumaine. En s'imaginant qu'un jour il pourrait perdre Katô, Iwaki est enfin parvenu à appréhender le caractère du personnage de Suô, celui d'un homme qu'une longue solitude a peu à peu poussé vers la folie. "On y est...!!" souffle Mochimuné en frissonnant de plaisir....

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Chapitre 4 Double Character - Page 87

Toujours sans travail, Katô rentre chez lui après avoir fait une sortie en ville. ".... Je suis de retour...." lance-t-il avec une ironie un peu amère en pénétrant dans son logis, car il sait parfaitement que seul le silence lui répondra. Au même moment, Iwaki se trouve quant à lui sur le plateau du film noir qu'il tourne pour Mochimuné, qui vibre d'un plaisir intense qu'il peine à contrôler face à la prestation de l'acteur. Plus que jamais le réalisateur est conforté dans son idée qu'il a eu raison de vouloir lui confier ce rôle à contre-emploi. Iwaki a à présent parfaitement cerné son personnage, au point que même les autres acteurs et les membres du staff ne peuvent s'empêcher de blêmir face à son interprétation parfaite de Suô le ravisseur psychopathe. Mochimuné savait déjà qu'alliée à l'expression de la folie, la beauté d'Iwaki n'en serait que rehaussée, mais il lui faut reconnaître que le résultat est saisissant, bien supérieur à ses attentes. Le réalisateur ne manque pas de le faire savoir à l'acteur une fois la séance de prises de vues achevée. "Je n'ai jamais tant regretté qu'aujourd'hui la limite horaire, souffle-t-il à Iwaki. Votre jeu était si percutant que si cela avait été possible, j'aurais bien voulu tourner toutes les scènes aujourd'hui." - "Vraiment ? Ravi d'avoir pu répondre à vos attentes," répond Iwaki. Mais avant de passer la porte du studio, il s'arrête soudain et se retourne vers le réalisateur. "Alors, Mr. Mochimuné, à présent que je joue conformément à vos souhaits, j'ose penser que dorénavant vous ne vous mêlerez plus de ma vie privée ?" - "Entendu, du moins tant que votre jeu ne regressera pas. Du moment que je puisse filmer des scènes conformes à mes désirs, le reste n'a aucune importance pour moi."

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Alors qu'Iwaki s'éloigne en compagnie de sa manager, celle-ci lui présente également ses compliments: aujourd'hui l'acteur s'est montré si bon dans son rôle qu'elle a même éprouvé de la frayeur en le regardant jouer les psychopathes. Au point de craindre qu'après avoir vu ce film, les clients de leur maison de production avec lesquels Iwaki a signé pour des publicités ne fassent rompre leurs contrats, tant l'image qu'il dégage est à présent différente. En entendant ces propos, l'acteur s'arrête net et se retourne brusquement vers sa manager, stupéfait. "Ah, pardon. C'était juste une supposition en l'air, je n'avais pas de mauvaises intentions," s'empresse de s'excuser Mme Shimizu, d'autant plus paniquée que le regard qui la toise conserve encore des vestiges de celui du terrifiant Suô. Néanmoins Iwaki finit par déclarer que sa manager a raison: un tel cas de figure pourrait bien se produire, et tout cela parce qu'il s'est jusqu'alors complu dans ce que Mochimuné appelait "les rôles conformes à l'image de Kyôsuké Iwaki". S'il a eu tant de mal à se glisser dans la peau du personnage de Suô, l'acteur est bien forcé d'admettre que davantage que par son dégoût du rôle et de ses dialogues scabreux, il était gêné par la crainte de nuire à son image. En voulant élargir son registre d'interprétation, ne risquait-il pas d'avoir moins de contrats à l'avenir pour avoir terni cette image idéalisée que d'autres attendaient de lui ? Voilà ce que s'était jusqu'à présent demandé Iwaki, et cette incertitude se faisait sentir dans son jeu, le rendant mauvais. "Comment êtes-vous parvenu à vous sortir de ce dilemne ? demande timidement Mme Shimizu. Puis-je vous poser cette question pour enrichir mon expérience personnelle ?" - "Navré, mais c'est un secret", répond Iwaki un sourire gêné aux lèvres. En fait, c'est après avoir soudain imaginé la détresse et le vide qu'il éprouverait à être séparé de Katô qu'il est enfin parvenu à faire ressortir dans son jeu ce côté sombre de lui-même. Mais cela, honteux, il ne saurait l'avouer même à sa manager....

Depuis son retour à la maison, Katô n'a pas bougé de l'entrée, où il est demeuré tristement appuyé contre la porte. Le jeune homme est las de sa solitude, elle lui pèse encore plus depuis qu'il est rentré au Japon: au moins quand il se trouvait aux Etats-Unis, la distance qui le séparait de son compagnon l'obligeait à se faire une raison à son absence, alors que se retrouver seul dans cette grande maison vide et silencieuse lui fait cruellement ressentir l'éloignement d'Iwaki. Combien de temps Katô est-il resté appuyé contre la porte dans l'obscurité ? Une heure, peut-être davantage.... Si bien que lorsque contre toute attente cette porte s'ouvre brusquement, perdant l'équilibre, le jeune homme manque tomber en arrière. "Katô, qu'est-ce que tu fabriques dans l'entrée ?" lance avec étonnement une voix familière. "Iwaki !?" Katô n'en croit pas ses yeux. Son compagnon était pourtant censé avoir reçu la consigne de ne plus rentrer à la maison durant toute la durée du tournage du film de Mochimuné; serait-il en train de contrevenir aux ordres ? Néanmoins Iwaki s'empresse de le détromper: il aurait apparemment réussi les épreuves imposées par le réalisateur, plus rien ne s'oppose donc désormais à son retour à leur logis. A cette déclaration, Katô déduit que l'accès de désespoir qui avait saisi Iwaki la veille avait comme il s'en doutait un rapport avec son travail sous la direction de Mochimuné: si durant la soirée de la veille l'acteur avait fondu inexplicablement en larmes, le matin, il arborait une mine tendue et soucieuse en le quittant pour se rendrez au studio.

Quelques instants plus tard, une fois tous deux rentrés dans l'habitation, Iwaki raconte enfin à Katô ce que le réalisateur lui avait dit la veille et l'avait bouleversé au point de provoquer sa crise de larmes. "QUÔA, IL T'A DIT DE ROMPRE AVEC MOI !?" s'écrit le jeune homme une fois le récit achevé. - "Mais non, il n'a pas dit cela, corrige Iwaki. C'était juste un exemple insinuant que si je venais à rompre avec toi, je parviendrais peut-être à saisir la fureur d'un être au bord de la folie. J'ai dû supporter ses sarcasmes quand il sous-entendait que si je n'étais pas capable de sacrifier ma vie privée afin de peaufiner mon art, c'est que j'étais un bien piêtre acteur. Mais je reconnais que ce choc était nécessaire pour me faire changer d'état d'esprit. Grâce à cela, aujourd'hui je n'ai pas râté une seule scène." Mais si Iwaki réalise à présent que Mochimuné s'est montré dur avec lui pour son propre bien, il n'en est visiblement pas de même pour Katô. "....Moi.... Je n'aurais jamais pu supporter une chose pareille...." rumine sombrement le jeune homme en se détournant. - "Katô ?" - "Mais tu ne te rends pas compte !? Tu pleurais tellement !!" Iwaki ne comprend rien à cette réaction à laquelle il ne s'attendait guère: d'ordinaire Katô est pourtant le premier à comprendre les agissements de Mochimuné ? Inquiet, l'acteur se rapproche du jeune homme et se penche vers lui afin de voir son visage. Et ce qu'il découvre le plonge dans la stupeur: loin de la colère ou de l'amertume qu'Iwaki s'attendait à découvrir, le visage de Katô affiche... une moue boudeuse !

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"....Hein...? Tu boudes ?..." s'étonne Iwaki incrédule. - "Oui, et il y a de quoi !! s'exclame Katô en se dégageant de son bras. Même dans les moments les plus pénibles, je n'ai jamais songé ne serait-ce qu'un seul instant à me séparer de toi. Mais toi, tu y a pensé, pas vrai !? Et c'est pour ça que tu pleurais tant !!" Iwaki n'en revient pas ! Ce n'est pas contre Mochimuné que Katô éprouve de la colère, mais contre lui ? Alors que le jeune homme a bien vu, pourtant, dans quel état l'avait plongé l'idée même d'une rupture. Mais voilà bien longtemps que Katô ne s'était pas mis en colère de manière si puérile, et cela provoque un brin d'amusement chez son compagnon. Lui qui croyait que Katô était enfin devenu complètement adulte doit reconnaître qu'il s'est bien trompé !

"Katô.... commence Iwaki en s'avançant vers le jeune homme, qui refuse toujours de lui faire face. Il est vrai que j'y ai pensé. En acteur digne de ce nom, devrais-je choisir la séparation afin de répondre aux exigences de mon rôle ? ....Je me suis même demandé si tu ne me mépriserais pas si j'étais incapable d'un tel choix. Alors, j'ai imaginé un monde où tu ne serais pas. C'était le néant. Je ne suis même pas parvenu à me représenter ce que serait ma vie. Et le résultat, tu as pu le constater par toi-même. Mais dans le même temps, tout ce qui me faisait peur a disparu. J'ai réalisé qu'il n'y avait rien que je désire obtenir au point d'aller jusqu'à te perdre. Mon travail est ma vie mais c'est ton existence qui me donne envie de vivre. Sans ce désir, le travail ni rien d'autre n'aurait plus d'importance.... C'est normal que tu sois en colère contre moi, moi qui n'est pas été capable de réaliser immédiatement une chose aussi évidente. ....Mais.... murmure doucement Iwaki à l'oreille de Katô, puisque tu me montres ta colère avec un visage si mignon, je ne te demanderais pas de me pardonner." Debout contre Katô, l'acteur l'entoure de ses bras, mais sans le toucher directement. Ces bras qui l'enveloppent en évitant le contact, cette voix suave à son oreille et ce souffle qui caresse ses cheveux deviennent vite un supplice pour le jeune homme, qui saisit brusquement les poignets d'Iwaki pour l'attirer tout contre lui. "Ne te moque pas de moi ! lance Katô avec rage. Tu as saisi !? Je suis vraiment en colère, et je m'en vais te punir ! Je te préviens: ce soir je ne ferais rien de ce que tu aimes !!" - "Entendu...." répond simplement Iwaki, docile, en se blotissant contre son dos.

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C'est ainsi qu'un peu plus tard, le couple se retrouve au lit. Les yeux bandés et les poignets liés, Iwaki s'abandonne au bon vouloir de Katô, les fesses rougies tant ce dernier l'a frappé durant leurs ébats. Le jeune homme ne manque pas néanmoins de s'étonner d'une telle soumission: lui-même reconnaît s'être mis en colère sans motif valable, alors il trouve étrange que son ami accepte les "châtiments" qu'il lui inflige sans protester. Le réponse d'Iwaki à ses interrogations lui cause cependant un choc. "Hier.... commence l'acteur à bout de souffle, quand j'ai perdu mon sang-froid et fondu en larmes.... tu m'as serré dans tes bras jusqu'à ce que je me calme, sans rien dire.... Alors aujourd'hui, c'est à mon tour de te consoler jusqu'à ce que ta colère s'appaise.... Je sais que.... tu ne me reproches par vraiment d'avoir osé imaginer une éventuelle rupture.... moi que cette simple idée a failli rendre fou de douleur. En fait, c'est contre toi que tu es en colère, n'est-ce pas ? Parce qu'il s'agissait d'un problème lié à mon travail et que tu ne pouvais pas m'aider. Merci.... Mais tout va bien à présent."

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Tandis qu'Iwaki tente de le rassurer d'une voix engageante, Katô serre les dents pour se retenir de pleurer. Encore une fois, son compagnon l'a percé à jour sans difficulté, lui qui le comprend si bien. Alors pour cacher son trouble, Katô recommence à malmener de plus belle le corps qu'il tient dans ses bras, se félicitant d'avoir eu la bonne idée de bander les yeux d'Iwaki, car ainsi ce dernier ne peut voir l'expression de son visage. "Quel obstacle que cette maudite fierté masculine.... peste le jeune homme intérieurement. Je voudrais tellement avancer en envoyant voler au diable tout ce qui fait souffrir Iwaki. Mais ce serait terriblement impoli vis à vis d'Iwaki lui-même. Je sais qu'il n'attend pas cela de moi. Ce temps que nous avons passé éloignés l'un de l'autre me l'a enseigné. Je pensais qu'il désirait que je le protège alors que ce n'était qu'un effet de mon propre égo.... Mais bon, comme je ne suis pas encore capable de me conduire comme un être humain raisonnable.... si de temps en temps je me comporte comme un gamin, pardonne-moi, Iwaki." Au moment précis où Katô émet mentalement ce souhait, le bandeau finit par glisser des yeux de son compagnon. Soulevant les paupières, Iwaki découvre penché sur lui un visage radieux. "....Comment, tu ne boudes plus....? Est-ce que ça veut dire que tu m'as déjà pardonné ?" - "Pas du tout, répond malicieusement Katô. Tu me sous-estimes, Iwaki, si tu crois que je vais te pardonner si facilement." Et sur ces mots il effleure de ses lèvres la bouche de son ami, bien décidé à continuer la punition....

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Quelques jours plus tard est enfin arrivé le moment de la première de "Fuyu no Sémi" au Japon, un mois exactement après celle organisée aux Etats-Unis. Avant la diffusion du long-métrage, les trois acteurs principaux grimpent ensemble sur l'estrade de la salle de cinéma afin de communiquer au public leurs impressions. Tandis que c'est au tour de Katô de parler, Iwaki le contemple en songeant en lui-même: "En tant qu'acteur, je ne veux pas être battu par Katô. Mais quel est ce qui décide de la victoire ou de la défaite d'un acteur ? Sa popularité ? Le nombre de ses contrats ? Cela n'est probablement pas un problème aussi simple. Quand on parvient à déccrocher un rôle, il arrive que l'on corresponde ou non à l'image qu'attend le public, mais malgré tout, "acteur" n'est fondamentalement pas une profession où l'on peut attribuer une numérotation à ses membres. Et l'on souffre parce que l'on cherche à classifier ce qui est par nature inclassable. Il en va de même pour les êtres humains. C'est tellement dénué de signification de se comparer à autrui. Cela, je l'ai compris quand, surmontant mes faiblesses, je suis parvenu pour la première fois à me vaincre moi-même...."

Assis dans la salle au milieu du public, Miyasaka et Onozuka n'ont pas manqué de venir applaudir leurs amis. Mais quand Katô et Iwaki descendent de l'estrade une fois l'interview achevée, à l'entrée des coulisses les attend une surprise de taille: l'acteur Yoshizumi, qui avait été blessé à la gorge lors du tournage de "Fuyu no Sémi" et est enfin sorti de l'hôpital. Quel plus beau cadeau pour les deux acteurs en ce jour de gloire que de voir leur ami enfin rétabli ?

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Chapitre 5 Soul Position - Page 115

Alors que le film "Fuyu no Sémi" sort enfin en salles au Japon, sa promotion se poursuit dans les médias. Enfin, Katô a de quoi s'occuper, entre les interviews qu'il donne pour des magazines et ses interventions à la télévision. Son interprétation de Kusaka ayant été saluée par la critique, après un long moment de silence, le jeune acteur est enfin prêt à faire son come-back. Car Katô a beau être ravi du grand succès remporté par "Fuyu no Sémi", il n'a qu'une hâte, c'est jouer à nouveau. Comme c'est bientôt la période où l'on élabore les scripts des prochains feuilletons télévisés qui passeront dans l'année, Kanéko se propose d'aller faire le tour des sociétés en rapport avec la télé et le cinéma afin de voir s'il n'y aurait pas un rôle convenant à son poulain. Emballé par cette proposition, Katô impatient ne tarde pas à décider de faire la même chose, à la panique de son manager: pas question qu'un acteur connu s'abaisse à faire lui-même une chose pareille ! Néanmoins, la résolution du jeune homme ne faiblit pas: "En ce moment, je me sens capable de faire n'importe quoi !" lance-t-il à Kanéko.

Tandis que son compagnon commence à rechercher du travail, Iwaki, lui, enchaîne les tournages. Un profond changement s'est cependant opéré en lui, que n'ont pas manqué de remarquer les cadreurs et autres membres de l'équipe technique: Iwaki a toujours été un excellent acteur, mais là, il a encore surpassé son jeu; car si auparavant le cameraman pouvait prévoir à l'avance quel visage il allait composer selon la situation mise en scène, à présent le registre des expressions faciales d'Iwaki s'est tellement enrichi que son jeu provoque la surprise à chaque plan. Pendant la pause après une série de prises de vues, quand Mme Shimizu vient apporter un cagé instantané à l'acteur, celui-ci a la surprise de découvrir dépassant du sac de la jeune femme un magazine présentant en couverture un visage familier. "Mme Shimizu, est-ce que ce ne serait pas par hasard un magazine avec une interview de Katô ?" demande-t-il. - "Hein !? Ah ! Oui !! répond la manager en rougissant telle une collégienne prise en faute. Pardonnez-moi ! Où que j'aille ce magazine était déjà en rupture de stock, alors quand je l'ai aperçu tout à l'heure dans la librairie du coin...!!" - "Ah ah, pourquoi vous excusez-vous ? réplique l'acteur en riant, amusé de cette réaction exagérée. Pourriez-vous me le prêter un instant, s'il vous plaît ? Je ne l'ai pas encore lu."

Une fois l'ouvrage en mains, alors qu'il le feuillète à la recherche de la page qui l'intéresse, Iwaki se prend à remarquer: "Mme Shimizu, j'ignorais que vous étiez une fan de Katô." - "Mais non ! C'est-à-dire...! balbutie la manager encore plus embarrassée. Cela fait si longtemps que nous nous connaissons que j'ai l'impression qu'il fait partie de mes proches...!!" Tandis qu'Iwaki la remercie de cette sympathie qu'elle éprouve pour son compagnon, Mme Shimizu enchaîne en déclarant avoir justement rencontré Katô la veille dans une société où elle avait un rendez-vous. Le jeune homme fait actuellement la tournée des agences cinématographiques avec lesquelles il avait auparavant l'habitude de travailler, s'excusant auprès des responsables des ennuis causés par sa propre brouille avec sa maison de production - tout en espérant au passage parvenir à déccrocher un contrat. "Il incline réellement la tête," ajoute la manager, faisant allusion à ce geste de politesse extrême pour un Japonais. - "Vraiment ?... répond Iwaki. Ces derniers temps je ne le vois qu'endormi, alors je l'ignorais... Ça lui ressemble bien de faire ça.... Ce qu'il y a de plus éminent chez lui, c'est bien cette capacité d'accomplir ce qu'il juge nécessaire sans se préoccuper de sa position ou des apparences." - "Oui, acquiesce Mme Shimizu, même si Mr. Katô est le premier à rire de ses mea culpa , très peu d'acteurs célèbres seraient capables d'agir comme il le fait." A cet instant, en parcourant la revue, Iwaki tombe par hasard sur un autre article intéressant: Mr. Hida, un réalisateur très connu qui vient de fêter ses trente ans de carrière, va bientôt dévoiler au public la trame de son prochain film. Cette nouvelle ravi Iwaki, et apprenant qu'il est un fan de ce réalisateur, Mme Shimizu se propose de lui trouver des billets pour la future première de la nouvelle oeuvre du vieil homme....

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Au même moment, Katô se trouve dans les bureaux d'une société produisant des programmes télévisés en compagnie de Kanéko. "L'agence Sunrise pour laquelle je travaille s'occupe à nouveau du management de Katô, explique le manager au responsable. Alors si vous avez un bon rôle à lui proposer, je vous prie de penser à nous." - "C'est moi qui compte sur vous", répond le responsable avant d'ajouter, un sourire sardonique aux lèvres: "Mais tout de même, Mr. Katô, vous vous donnez beaucoup de peine alors que c'est inutile. Un acteur avec votre popularité.... Quel dommage." - "Merci. Pardonnez-moi de vous avoir causé des ennuis," répond le jeune homme humblement. Mais alors qu'il s'éloigne suivi de son manager, il surprend une conversation entre deux employés du bureau ayant avidement assisté à la scène: "....Qu'est donc devenue sa fierté ? lance le premier à mi-voix. C'est un acteur à succès, pas un débutant." - "Tu l'as dit, répond sa compagne avec une pointe d'amertume. Moi qui étais une de ses fans, ce m'est insupportable de voir Yôji Katô incliner la tête en mendiant du travail. C'est vraiment trop triste, je préfèrerais encore qu'il mette fin à sa carrière." Kanéko lui-même n'a rien perdu de ces propos, c'est donc livide qu'il se retourne vers Katô pour le dévisager avec inquiétude. Cependant le jeune homme se dépare vite de cet air sombre qui avait brusquement figé ses traits pour adresser à son manager un clin d'oeil complice: "Tout va bien ! assure-t-il. Je m'étais préparé à entendre de telles insinuations."

La nuit est déjà bien avancée quand Mme Shimizu ramène enfin Iwaki à sa maison. "Est-ce que c'est l'âge ?... se demande l'acteur, le corps souffrant de courbatures après sa longue et éprouvante journée de travail. Depuis quelque temps, je sens davantage les conséquences de mes nuits blanches. Si j'allais me délasser dans un bon bain ? ....Mais d'abord, je m'en vais refaire le plein d'énergie." C'est ainsi que tournant ses pas vers l'escalier, Iwaki se rend à l'étage et entrouvre la porte de la chambre où son compagnon est depuis longtemps déjà plongé dans le sommeil. Après s'être moralement ressourcé en contemplant quelques instants avec tendresse le visage de Katô endormi, l'acteur s'apprète à refermer la porte sans bruit, quand soudain son attention est attirée par un gémissement. "....Merde.... Et merde.... Pourquoi...." prononce rageusement Katô dans son sommeil tout en s'agitant dans son lit. Le jeune homme paraît tant souffrir, lèvres serrées et visage convulsé tandis que des larmes viennent poindre sous ses paupières closes, qu'Iwaki en blêmit. Absent trop souvent de la maison ces temps derniers, il ignorait que les choses n'allaient pas aussi bien qu'il le pensait avec son compagnon.

Egaré dans les limbes de ses cauchemars, Katô court nu dans les ténèbres. "Pourquoi...." se demande-t-il en remarquant combien il lui pénible de mettre un pied devant l'autre, comme si une force invisible tentait de l'empêcher d'avancer. "Mon corps est si lourd.... Et ma voix ne se fait pas entendre comme je le voudrais." Effrayé, le jeune homme porte les mains à sa gorge, mais alors qu'il est sur le point de succomber à la panique, un parfum familier vient tout à coup effleurer ses narines. "Tiens...? Quelle odeur agréable...." remarque-t-il en se retournant pour tenter d'en déterminer la source. "Je sens aussi.... le contact d'une main chaude qui bouge.... Et mon corps...." Katô n'a pas le temps de s'interroger davantage sur les sensations qui lui parviennent à travers son rêve. Lentement, il ouvre les yeux, pour se découvrir blotti dans les bras de son compagnon, qui l'a rejoint dans son lit et potasse un script à la lueur de la lampe de chevet.

"Tu es réveillé ? constate l'acteur en remarquant le regard posé sur lui. Tu vas prendre froid à dormir ainsi complètement nu en plein milieu de l'hiver." Iwaki tente d'expliquer sa présence dans le lit de son ami par le désir de lui tenir chaud, mais sans répondre, encore à moitié égaré, Katô se contente de humer son parfum. "Aah.... C'était donc ça ? acquiesce-t-il en lui-même. Cette odeur agréable, c'était celle d'Iwaki.... Même dans un rêve, il est venu à mon secours...." Et sur cette pensée, il vient se blottir encore plus étroitement contre la poitrine d'Iwaki. "Eh bien ? Aujourd'hui tu veux jouer les câlins ?" demande ce dernier en lui caressant les cheveux. Ainsi confortablement installé, Katô jette un oeil à l'ouvrage que son ami tient dans la main. "C'est le script du film de Mochimuné ?" interroge-t-il. - "Oui. Je connais déjà tous mes dialogues, mais comme à partir de demain on doit enfin tourner les scènes où je suis confronté au héros principal, je me suis dit qu'il valait mieux que je les relise à nouveau." - "Alors, si tu répétais ton texte avec moi ?"

Katô n'a pas plus tôt émis cette proposition qu'il entend soudain résonner dans sa tête le commentaire entendu tantôt: "Qu'est donc devenue sa fierté ?" "Ma fierté...?" répète mentalement le jeune homme. Saisi d'une grande détresse, il enfouit son visage contre la poitrine d'Iwaki. "Tout ce que je voulais.... profère-t-il avec amertume, c'était être acteur à nouveau.... Mais déjà.... je suis sur le point d'oublier la sensation-même de jouer." Voilà le sens caché de son cauchemar, son corps et sa voix qu'il ne parvenait plus à bouger et moduler au gré de sa volonté. Si Iwaki ne dit rien, se contentant de caresser les cheveux de Katô, il comprend douloureusement la situation dans laquelle se trouve son ami. "Il voulait simplement jouer...? J'imagine sans peine ce qui a dû se passer dans les sociétés où il s'est rendu, soupire l'acteur en lui-même. Il a beau agir avec honnêteté, on ne peut ignorer le fait que nombreux sont les gens interprétant les choses de manière dénaturée. Katô s'était probablement préparé à affronter ce genre de médisances.... mais y être confronté dans la réalité, c'est une autre affaire...."

Se redressant dans le lit, Iwaki pose son script sur la table de chevet. "Pardon, Katô...." prononce-t-il. - "Hein...!? Pourquoi t'excuses-tu ?!!" s'étonne Katô en se redressant à son tour. Mais la réponse qu'il reçoit ne laisse pas de le désemparer: "Parce que c'est moi qui t'ai volé ton énergie vitale. Ces derniers temps je me suis laissé aller et je t'en ai trop pris." - "Aah !?" Feignant d'ignorer la stupeur et l'incompréhension qui se peignent sur les traits de son ami, Iwaki le saisit brusquement par les épaules pour le faire chavirer sous lui. "Tu n'as rien remarqué ? demande-t-il en désignant son visage. Voilà plusieurs jours que j'enchaîne les nuits blanches et pourtant, je n'ai pas une seule cerne. Comment expliques-tu cela ?" A cette question Katô pousse une exclamation de surprise: malgré le contenu étrange de ses propos, il lui faut reconnaître que l'acteur fait preuve d'une sacrée force de persuasion ! Mais Iwaki poursuit sa tirade, gratifiant son ami d'un sourire un brin maléfique et digne d'un vampire: "Le meilleur moyen de te voler ton énergie est bien sûr d'unir nos corps, néanmoins quelqu'un de ma trempe parvient à se sustenter rien qu'en contemplant ton visage endormi...." Et sur ces mots, Iwaki se met à embrasser Katô comme s'il allait le dévorer, avant de laisser courir sa main gauche sur son corps dénudé.

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"Comme aujourd'hui tu parais encore plus fatigué que moi, je vais te restituer cette énergie, prononce sentencieusement l'acteur. Regarde.... La vigueur revient déjà dans les parties de ton corps que j'ai touchées." - "Puisque tu en parles, Iwaki, répond Katô en rougissant fortement aux caresses que lui inflige son compagnon, je ne pense pas qu'il y ait eu une seule fois jusqu'à présent où je n'ai pas été.... "ravigoré" par ton contact." - "Tu as probablement raison," lui répond Iwaki en riant, s'attaquant cette fois à ses recoins les plus intimes. Quand les doigts de l'acteur violent son anus, de saisissement Katô ne peut retenir une exclamation. Cela faisait bien longtemps que son ami n'avait plus pénétré en lui (probablement depuis la "démonstration" organisée pour confondre Miyasaka), et cette sensation inhabituelle lui cause un certain choc. Pourtant, le coeur palpitant, il se laisse étreindre par Iwaki. Tout en lui faisant l'amour le plus fort qu'il peut afin de le consoler et l'aider à mieux dormir, l'acteur se prend à penser: "Je.... ne suis pas le seul, Katô. Mme Shimizu.... et d'autres personnes qui ont su reconnaître ta droiture et ta loyauté veillent sur toi."

Tandis que Katô retombe sans force sur le lit, Iwaki dépose tendrement un baiser sur son front. "Tu sais, Katô.... commence l'acteur, un être humain, s'il n'y prend pas garde, est incapable de prendre une posture correcte." - "Comment...?" s'étonne le jeune homme, ne comprenant rien à cette déclaration bien énigmatique. - "Puisque toi tu possèdes une bonne posture depuis le départ, tu l'ignores sans doute, poursuit Iwaki, mais plier le dos engendre une pression sur les entrailles et c'est terriblement mauvais pour le corps." - "Qu'est-ce.... que tu racontes ? bredouille Katô, qui comprend de moins en moins. Aujourd'hui, Iwaki, tu es un peu bizarre, tu sais ?" - "En effet.... C'est une histoire étrange, convient l'acteur, que les postures dans lesquelles on se sent à l'aise soient en réalité mauvaises pour la santé. Alors qu'au contraire, ce sont ces positions difficiles à prendre qu'on qualifie de "bonnes postures", parce qu'elles sont bénéfiques pour le corps." Méditant un instant ces paroles hermétiques, Katô parvient finalement à en déchiffrer le sens caché: à mots voilés, Iwaki tente simplement de le conseiller sur la posture à adopter vis à vis de ses relations de travail. Bien que ce soit parfois difficile et surtout pénible pour son amour-propre, le jeune homme doit continuer à agir selon ce qu'il pense être juste, lui qui possède une honnêteté innée; mais il doit savoir également se montrer raisonnable dans son humilité, ne pas blesser sa fierté en courbant trop souvent le dos....

Le lendemain, Katô et Kanéko poursuivent leur tournée des sociétés de production. En attendant le responsable qu'ils sont venus visiter, ils rencontrent par hasard Mr. Hida, ce vieux réalisateur très connu dont Iwaki est fan. Vu l'importance du personnage, éminemment respecté dans les milieux artistiques, Katô et Kanéko l'abordent aussitôt pour le saluer. "Mr. Yôji Katô ? Je vous connais, assure le vieil homme à l'acteur. J'ai également lu votre interview parue en magazine l'autre jour." - "Merci beaucoup," répond Katô en s'inclinant humblement. - "Mais quand même, je ne peux pas accepter le fait que affirmiez n'avoir aucun regret après avoir causé des ennuis à tant de gens, ajoute Mr. Hida, faisant référence au contenu de l'interview. Quand on incline la tête en demandant du travail, la moindre des choses est de tirer la leçon de ses erreurs." - "Je reconnais mes erreurs, rétorque aussitôt Katô, seulement les conséquences qui ont découlé de mes actes inconsidérés n'ont pas été une expérience inutile. Voilà pourquoi je n'ai aucun regret."

"KATÔ !" s'exclame Kanéko avant de laisser échapper un gémissement, scandalisé que son poulain ose répondre à un cinéaste si connu et de manière si franche et cavalière. Le manager n'est pas le seul à exprimer sa consternation, le responsable que Katô et lui sont venus voir ne cache pas lui non plus son mécontentement: "Mr. Katô. Alors que Mr. Hida vous fait l'honneur de vous prodiguer des conseils, vous pourriez au moins avoir la courtoisie de l'écouter docilement ?" Ainsi sermonné par ses aînés, Katô se rappelle soudain les avertissements d'Iwaki: d'accord, il est parfois bon de savoir se montrer humble et incliner la tête devant quelqu'un; mais de là à tomber dans le lèche-bottes, c'est une autre affaire.... Voilà pourquoi, le jeune homme relève la tête pour déclarer avec fierté et conviction: "Il m'est impossible d'effacer les paroles que j'ai prononcées et les actes que j'ai commis. Mais la leçon que j'en ai tiré va désormais conduire ma vie." - "Eblouissant," souffle le vieux réalisateur, admirant la détermination de Katô.

C'est ainsi que quelques jours plus tard, Kanéko vient s'engouffrer dans le bureau de sa patronne, la directrice de Sunrise Production, plongé dans un état de surexcitation qui lui est peu habituel: "ÇA Y EST, MADAME, ON A GAGNÉ !! annonce-t-il fièrement. Mr. Katô a été retenu dans le casting du prochain film de Mr. Hida. La demande officielle ne nous parviendra qu'une fois le scénario totalement achevé, mais il a dit qu'il désirait à tout prix l'avoir dans son film." - "Oh, voilà qui est remarquable," répond la directrice, sans se départir de son calme face à l'enthousiasme palpable du manager. - "Ce qui est remarquable, renchérit Kanéko, c'est que Mr. Hida l'a désigné lui-même. L'autre jour, après que nous l'ayons rencontré, il paraît qu'il a visionné le film "Fuyu no Sémi" !"

Réfléchissant tout en s'allumant une cigarette, la directrice se remémore ces paroles rageuses que le jeune homme lui avait lancées quelques mois plus tôt: "J'ai fait un détour inutile dans ma carrière ? Vous me direz ça dans quelques années, quand vous verrez ce que je suis devenu...!!" "Bah, il est certain que s'il avait continué à suivre tranquillement la même voie, jamais il ne serait devenu un acteur digne de figurer dans l'une des oeuvres de Mr. Hida," reconnaît la directrice, s'adressant davantage à elle-même qu'à Kanéko. - "Comment ?" interroge le manager, ne comprenant pas à quoi sa patronne fait allusion. - "Je voulais dire que le temps sera bientôt révolu où Katô pouvait gagner sa vie en faisant uniquement du visual . Il n'est plus si jeune. Voilà sans doute pourquoi, après avoir réfléchi à la suite à donner à sa carrière, il s'est révolté contre notre boîte de management qui ne le guidait pas correctement." - "C'est bien vrai, acquiesce Kanéko dans un sourire. Quoi que dans le cas de Mr. Katô, j'ai plutôt l'impression qu'il vaut mieux parler d'instinct que de réflexion !" Néanmoins quelles que soient les opinions de chacun, cela ne change rien au fait que jouer dans le nouveau film d'un réalisateur aussi estimé que Hida est une chance inespérée qui vient de s'offrir à Katô !

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© Youka Nitta / Libre

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Chapitre Hors-série Kamen no Kakera ("Un Fragment de Masque") - Page 155

Un jour, Katô et Iwaki ont la surprise de recevoir une curieuse carte d'invitation:

- Invitation au banquet d'inauguration de "Una faccia-meno" -

Entourée d'une forêt verdoyante qu'on n'imaginerait jamais se trouver au coeur de Tôkyô, se dresse une maison, véritable hâvre secret caché au milieu des bois.

Un restaurant italien sera très bientôt inauguré dans ce lieu retiré que l'on pourra appeler à juste titre la petite boîte à bijoux de notre grande cité.

S'y tiendront des dîners à thèmes, pour vous qui détestez l'ennui.

Un banquet a été préparé pour le jour de l'inauguration.

A votre intention j'ai organisé des divertissements de toutes sortes, ainsi je vous prie de m'honorer à tout prix de votre présence.

J'attends de tout mon coeur votre venue dans mon établissement, vous qui m'êtes des amis si précieux.

De la part de la Femme Masquée, avec tout mon amour.

C'est ainsi que le soir de l'inauguration, les deux acteurs se retrouvent pour dîner à ce nouveau restaurant "Una faccia-meno". Vu le caractère plutôt douteux de l'invitation, peu de gens auraient accepté de s'y rendre de peur de tomber dans un traquenard, cependant Iwaki et Katô n'ont eu aucun mal à découvrir l'identité de la mystérieuse Femme Masquée, celle-ci ayant pris la peine d'inscrire sur l'enveloppe contenant la carte d'invitation son nom et son adresse: ce n'est autre que Nagisa Sawa, le célèbre écrivain travesti. Alors que le couple est en train de dîner, un fait ne manque pas d'intriguer Iwaki: alors que tous les autres invités doivent se contenter de manger debout autour du buffet de la réception qui a lieu dans le hall, eux seuls se sont vus offrir une table, dressée dans une sorte de loge particulière en un coin retiré du restaurant. Les autres convives ont pourtant l'air d'être eux aussi des célébrités, alors pourquoi les avoir ainsi isolés ? Iwaki ne le comprend pas. "Peut-être est-ce pour nous permettre de faire des choses que l'on ne pourrait pas en public ?" propose Katô, contemplant son compagnon avec ravissement. - "Ce genre de chose ?" demande Iwaki, lui tendant du bout de sa fourchette le morceau de viande qu'il s'apprétait à manger. - "Exactement."

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© Youka Nitta / Biblos

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Mais juste au moment où le jeune homme s'apprète à avaler la bouchée, une voix haut-perchée retentit soudain: "BEAUX AMOUREUX !!" De saisissement, Katô avale de travers au point de s'étouffer ! Vêtue d'un costume exubérant évoquant une riche courtisane de l'ancienne Venise, une étrange femme portant un masque de carnaval vient d'entrer dans la pièce. "Belle nuit, belle nourriture.... Bienvenue dans mon palais, où tout n'est que beauté. Pour cette nuit oubliez le visage du monde ordinaire, et profitons ensemble d'une joyeuse orgie !!" Mais indifférent au discours de la femme masquée, le pauvre Katô continue de s'étouffer avec sa nourriture, toussant si fort qu'Iwaki est obligé de lui taper sur le dos. "C'est horrible, Sawa, de faire ainsi sursauter les gens," parvient finalement à articuler Katô la larme à l'oeil. Mais avec un geste impérieux, Nagisa Sawa - car c'est bien sûr de lui qu'il s'agit - lui ordonne de se taire. "Vous ne connaissez donc pas le sens du nom de ce restaurant !? "Una faccia-meno." Cela veut dire qu'ici, tout le monde est "sans visage" !! Et naturellement, moi qui suis le propriétaire je n'ai pas non plus de nom. Si vous devez m'appeler, que ce soit uniquement sous le nom de "Masque". - "Mais, n'est-ce pas Yukihito qui se tient près de vous ?" remarque Katô, avisant le jeune homme qui vient de faire son apparition. Vexé de voir ainsi gâchée sa présentation théâtrale qui devait entretenir le mystère, Sawa s'en prend aussitôt à son jeune cousin et amant. "Je t'avais pourtant dit de mettre toi aussi un masque, Yukihito !" peste le travesti, n'imaginant pas une seule seconde que malgré tous ses artifices, ses deux amis l'auraient quand même reconnu !

Son accès de colère passé, Sawa entraîne ses deux invités au sous-sol du restaurant, expliquant que tout comme les êtres humains ont deux visages, un visible et un caché, cette demeure recèle elle aussi un côté secret. Katô et Iwaki suivent leur hôte d'un pas quelque peu hésitant, tout en se demandant avec une vague inquiétude ce que le travesti a bien pu leur concocter. Après avoir descendu plusieurs volées de marches d'un escalier de pierre, ils finissent par arriver devant une porte close. "Cette porte ne peut être ouverte que par de rares élus, ceux qui désirent mettre bas les masques," explique Sawa en poussant le battant. Et à peine ont-ils entrevus l'intérieur de la pièce que les deux acteurs en restent cloués sur place. "OUWAH !! Mais c'est quoi, cette salle !?" s'exclame Katô estomaqué. L'endroit a de quoi surprendre, parfait mélange d'une architecture de style Renaissance Italienne avec fresques au plafond et d'une salle de torture moderne pour jeux sado-masos ! Face à l'ébahissement de ses invités, Sawa se met en devoir d'expliquer que cette pièce tout comme d'autres un peu plus loin a été conçue pour les gens aux penchants un peu spéciaux qui ne peuvent s'amuser ouvertement dans des clubs publiques en raison de leur position sociale. Les sous-sols du restaurant sont donc pourvus de plusieurs salles secrètes, chacune meublée et équipée selon un thème différent, auxquelles les clients qui le désirent peuvent accéder en achetant une carte de membre. La pièce où le travesti a fait entrer ses deux compères est la salle spéciale SM, et en découvrant tout l'équipement dont elle est pourvue, Katô ne peut retenir une exclamation. "ça me rend nostalgique, tous ces objets !!" s'écrie-t-il, lui comme Iwaki ayant eu fréquemment l'occasion d'utiliser tout cet attirail à ses débuts, quand il n'était encore qu'un acteur de films X. S'emparant d'un pénis en cahoutchouc, Katô le montre à son ami, pas très ravi de s'entendre rappeler ce passé pas très glorieux. Mais puisque absorbés par leur conversation les deux compères n'ont pas l'air décidés à continuer la visite des pièces à thème afin de faire leur choix, Sawa en déduit que c'est sur celle-ci que le couple a jeté son dévolu. "Cette salle-là a l'air de vous convenir. Alors, prenez votre temps !" Et après avoir lancé cette phrase pleine de sous-entendus, le travesti s'ecclipse joyeusement en refermant la porte derrière lui.

Si Katô et Iwaki consternés ont parfaitement compris à quoi les invitait leur ami, ce n'est pas pour autant qu'une fois seuls ils décident de passer à l'acte. "Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire comme ça pour peu qu'on vous dise tout à coup "Je vous en prie, allez-y," remarque Katô quelque peu embarrassé. - "Ouais, tu dis ça, mais en réalité ne sens-tu pas ton sang bouillir comme autrefois ?" lance Iwaki en s'emparant d'un fouet à lanières. - "Ce ne serait pas plutôt toi qui a un drôle de regard ?" - "C'est plus fort que moi dès que je tiens ce genre d'objet, répond Iwaki, se penchant sur son compagnon son fouet à la main. Qu'en dis-tu ? On essaye ?" - "Quoi !? s'insurge Katô en rougissant. Tu veux que ce soit moi qui joue le rôle maso !? Mais de nous deux, c'est pourtant toi qui en a le plus l'air !" - "Qu'est-ce que tu racontes, réplique Iwaki vexé, je suis d'avis que c'est toi qui a le tempérament d'un esclave." - "Ah non, je serais certes ravi de te voir jouer les grandes reines, mais on ne m'enlèvera pas de la tête que de nature, tu es un CHAT !! Si tu me disais "Fais moi encore plus mal" avec des yeux brillants de larmes, sûr que j'en mourrais !" - "Cela c'est ce qu'on appelle la banalité ! proteste Iwaki. Mais les jeux SM ne nous enflamment que parce que justement, ils nous sortent de l'ordinaire !! Et puis inutile de le nier, tes yeux me disent que tu ne souhaites qu'une chose, c'est d'être dompté par la force !" - "NON, C'EST TOI !" proteste Katô avec véhémence. - "C'EST TOI !" renchérit Iwaki avec le même entêtement.

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© Youka Nitta / Biblos

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Mais tandis que les deux compères se querellent ainsi pour savoir qui endossera le rôle de l'esclave tourmenté par son maître, leur reviennent soudain chacun à l'esprit les paroles prononcées par l'autre un instant plus tôt. "Banalité....?" prononce Katô outré de voir ainsi railler ses fantasmes. - "Un chat par nature...?" s'indigne à son tour Iwaki (car au Japon dans les livres yaoï on désigne par l'appellation de "chat" le type-même du partenaire passif). Autant vexé l'un que l'autre, brandissant l'un un fouet, l'un un pénis en cahoutchouc, les deux acteurs se toisent, comme sur le point de se battre en duel ! "Cette porte ne peut être ouverte que ceux qui désirent mettre bas les masques" avait averti Sawa. Et en effet, alors qu'ils ôtent chacun veste et chemise pour se dresser torse nu l'un en face de l'autre, afin de déterminer qui des deux ce soir prendra le dessus, les acteurs sont bien décidés à abandonner toute concession.

"On dirait bien que le sang t'est monté à la tête alors je t'avertis, dit sévèrement Iwaki, premier à rompre le silence: ne me laisse pas de marques là où la peau ne peut être cachée par les vêtements." A ces mots, un sourire sardonique vient se peindre sur le visage de Katô. Avant que son compagnon ait le temps de faire un geste, il se précipite sur lui et l'entoure de ses bras, utilisant la chemise qu'Iwaki n'avait pas fini d'ôter pour lui immobiliser d'un noeud vigoureux les bras dans le dos. "Tu me dis de ne pas te laisser de marques visibles, j'en déduis que te voilà prêt à jouer les masos, raille le jeune homme en emprisonnant le menton de son ami entre ses doigts pour l'obliger à le regarder droit dans les yeux. "Car si tu avais réellement eu l'intention de me dominer, tu ne t'inquiéterais pas de ce détail. Si tu tenais tellement à ce que je te dompte, pourquoi ne pas m'en avoir prié docilement dès le départ ?" Sur ces paroles Katô tente de s'emparer des lèvres d'Iwaki mais celui-ci tourne brusquement la tête, repoussant ce baiser; le jeune homme a beau réitérer sa tentative, son ami s'obstine à lui refuser sa bouche. "Prie-moi de te laisser m'embrasser, lance Iwaki, une expression de défi sur le visage. Si tu le fais, j'y consentirais." - "Te voilà bien sûr de toi pour quelqu'un qui se trouve dans pareille situation.... profère Katô irrité. C'est parce que tu penses que je suis incapable de te faire subir d'horribles choses ?" S'emparant du fouet à lanières, le jeune homme le fait claquer dans sa main. "Oui.... Il y a ici tous les outils dont j'ai besoin, ce serait dommage de ne pas en profiter. Voici l'occasion rêvée de te faire comprendre comme je peux faire preuve de largesse dans ma manière d'aimer."

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© Youka Nitta / Biblos

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La séance SM vient de commencer. Utilisant les sangles, baillon et autres instruments de tortures érotiques mis à sa disposition, Katô ligote Iwaki sur la table prévue à cet effet dans une position des plus humiliante. "Quelle posture terr-riblement affriolante ! s'exclame le jeune homme en admirant son oeuvre. Décidément n'importe quel style te va à ravir." La tête tournée sur le côté pour éviter de croiser le regard de son compagnon, pour toute réponse Iwaki baillonné ne peut que rougir fortement sous l'effet de la honte et de la pudeur. Amusé de son trouble, Katô fait glisser les lanières du fouet dans son cou. "D'habitude c'est toujours toi qui me frappe.... De temps en temps n'est-ce pas intéressant d'inverser les rôles ? Dis ? Que veux-tu que je fasse ? Et si je te fouettais ?" Sursautant, Iwaki tourne enfin la tête pour lancer à son ami un regard courroucé. Mais loin de décourager Katô, ce refus muet ne fait qu'attiser chez lui un désir sadique. Frissonnant de plaisir, il se passe la langue sur les lèvres avant de se pencher sur le corps livré à sa merci. "Aah, c'est insoutenable.... soupire-t-il. Quoi que je puisse te faire à présent, tu ne pourras pas m'en empêcher. Toi non plus tu ne détestes pas avoir mal, n'est-ce pas ? Je le sais...." Sur ces mots, serrant entre ses doigts les pinces qui enserrent les tétons de son ami, Katô commence à lui infliger de menues tortures, davantage sexuellement stimulantes que réellement douloureuses. Après l'avoir bien échauffé, le jeune homme décide de passer aux choses sérieuses. Mais alors que pour cela il s'empare du volumineux pénis en cahoutchouc qui avait déjà éveillé son intérêt, à sa grande surprise, Iwaki émet un gémissement malheureux. Si jusqu'à présent l'acteur n'avait pas protesté avec beaucoup de conviction à tout ce que lui infligeait son compagnon, cette fois il secoue violemment la tête en signe de refus, émettant des gémissements suppliants aussi fort que le lui permet son baillon. Ce regard éperdu et cette voix aux accents bouleversants frappent douloureusement le coeur de Katô, ainsi il finit par laisser tomber à terre le pénis en cahoutchouc. "....Comment.... Es-tu en train de me dire que tu refuses un autre que le mien...? Au point de me supplier d'un air aussi mignon...? Pourquoi capituler si rapidement.... Alors que j'avais l'intention de te tourmenter et de te faire pleurer encore davantage.... Mais il est vrai que moi non plus, je n'avais pas envie de faire pénétrer en toi un autre membre que le mien...!! De toute façon.... je suis incapable de gagner contre toi...." Délivrant Iwaki d'une partie de ses liens, Katô s'introduit lui-même en son corps pour lui faire l'amour, avant d'ôter son baillon pour lui demander un baiser - que cette fois l'acteur ne lui refuse pas....

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© Youka Nitta / Biblos

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Cette séance SM terminée, alors que Katô libère Iwaki de ses sangles de cuir, ce dernier lui pose une question: "Katô.... Pourquoi as-tu dis tout à l'heure que tu ne pourrais pas gagner contre moi...? Alors que tu pouvais disposer comme tu le voulais de ma personne...." - "Ah.... C'est toujours le plus amoureux qui termine vaincu, explique le jeune homme. Car s'il venait à se faire détester de son partenaire en commettant un acte que celui-ci n'apprécie vraiment pas, ce serait lui le plus ennuyé." - "Idiot.... Je n'irais quand même pas jusqu'à te détester pour ça...." répond Iwaki, baissant les yeux. Toujours assis sur la table, il demande à son ami de lui passer son pantalon, mais alors que Katô se baisse pour le récupérer, il avise soudain le pénis en cahoutchouc et cela lui donne une idée. "Katô ? Que t'arrive-t-il ? demande Iwaki, surpris de le voir rester accroupi à fixer un point sur le sol. Tu en fait une de ces têtes...." - "Mmm.... répond Katô, pensif. Je me disais juste que si tu refuses un autre pénis que le mien, n'en voudrais-tu pas au moins un moulage ? C'est vrai, ça: si l'on en fait fabriquer un sur le modèle du mien, je pourrais te regarder faire l'amour tout seul.... Et est-ce que ce ne sera pas pratique pour toi lorsque je m'absente de la maison pour un tournage ?"

S'il y a bien quelque chose que le pudique Iwaki déteste, c'est de se voir tenir ce genre de propos ! Katô n'a pas fini d'exposer ses arguments que rouge de honte autant que de colère, depuis la table où il est assis l'acteur abat avec force son pied sur son dos. Sous le choc, Katô relève la tête pour découvrir un Iwaki qui le toise d'un air menaçant, le fouet à lanières entre les mains ! "Tu as fait exprès de prononcer le genre de paroles que tu sais bien que je déteste.... Ah, c'est ça ?... Cela signifie que tu désires être puni...." - "Hein...? Mais non.... Je...." bredouille Katô livide de peur. Mais trop tard: en tenant involontairement et avec l'air le plus sérieux du monde le genre de propos que son ami déteste par-dessus tout, il vient d'allumer la flamme sadique qui sommeillait en Iwaki ! "Si tu désires à ce point être châtié, il n'y a aucune raison que je ne réponde pas à tes attentes !!" s'exclame l'acteur en faisant claquer son fouet. Tandis que Katô se retrouve à son tour menoté complètement nu sur la table de torture et fessé d'importance, le restaurant ne tarde pas à résonner de ses cris de douleurs !

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© Youka Nitta / Biblos

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Pendant que ses amis s'adonnent ainsi à leurs jeux, dans une autre salle, Sawa se repose en compagnie de Yukihito. "Aah, je me suis bien amusé.... soupire d'aise le travesti, la tête posée sur les genoux de son cousin. Si c'est aussi drôle tous les jours, je devrais peut-être m'occuper moi-même de diriger cet établissement au lieu d'en confier la gérance à quelqu'un d'autre ?" - "Tu vas laisser tomber le métier d'écrivain ?" s'étonne Yukihito. - "Non, je n'irais pas jusqu'à arrêter.... Mais je suis fatigué de passer à la télé et d'être exposé où que j'aille aux regards des gens. On pourrait appeler ça l'insouciance de l'anonymat ?... Mais aujourd'hui, j'ai ressenti avec force la liberté que procure l'incognito...." - "Mais, les personnes qui sont venues ici aujourd'hui, fait remarquer Yukihito, ne sont-elles pas venues justement parce qu'elles avaient compris de manière implicite que c'était toi le propriétaire de ce restaurant ?" - "Mm, c'est vrai, tu as raison...." acquiesce Sawa, réfléchissant. - "Et porter sans arrêt un masque doit sûrement finir par devenir étouffant, poursuit le jeune homme. A mon avis, c'est parce qu'on n'en porte que de temps à autre que c'est si stimulant.... En outre, personne ne ferait confiance à quelqu'un dont on ne voit jamais le vrai visage. Ce genre de jeux, ne les conçoit-on pas sur la base de la confiance ?" Ebloui de la sagacité avec laquelle s'exprime son jeune amant, Sawa se serre encore plus fort contre lui, mais en son for intérieur, Yukihito ne peut s'empêcher de remarquer: "....Nagisa se soucie lui aussi du regard des autres.... Voilà qui me surprend." Et il y a de quoi, de la part d'un ancien haut fonctionnaire de police qui passe sa vie travesti en femme fatale !

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De Youka Nitta, voir également Boku no Koé

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