

A Kyôto, le tournage du film "Fuyu no Sémi" se poursuit sous une chaleur étouffante. Iwaki surtout souffre de cette canicule, lui qui a grandi dans une région enneigée. De ce fait, il n'a plus du tout d'appétit, et complètement dans le cirage, va jusqu'à appeler ses collègues acteurs par le nom du personnage dont ils jouent le rôle plutôt que par leur nom véritable. C'est ainsi qu'un jour que Iwaki déjeune avec Katô à la cantine du studio, si vieux que l'air conditionné ne fonctionne même plus correctement, il appelle le jeune Yoshizumi qui vient les rejoindre du nom de Aïzawa - le méchant du film - qu'il interprète ! Ce jeune homme gai et sympathique, au caractère radicalement opposé en fait de celui du personnage dont il tient le rôle, est un acteur spécialisé surtout dans les films historiques; voilà pourquoi même n'étant pas de Kyôto, comme il passe le plus clair de l'année dans l'ancienne capitale, Yoshizumi se trouve depuis longtemps rompu à son climat particulier. Apprenant le mal qui ronge actuellement Iwaki, il l'avertit de faire attention: contrairement à d'ordinaire, cet été est remarquablement supportable; en revanche si le chant des cigales que l'on ne cesse d'entendre au-dehors venait à s'éteindre, cela voudrait dire qu'une longue et pénible canicule s'apprète à s'installer sur la région. Alors en prévision d'une telle éventualité, Iwaki ferait bien de tâcher de reprendre des forces tant qu'il en est encore temps.
Après avoir discuté un peu avec les deux compères, Yoshizumi finit par prendre congé, mais en le regardant s'éloigner, Iwaki découvre avec horreur qu'il voit double ! "Qu'est-ce qui m'arrive.... se demande-t-il en se frottant les yeux. J'ai accumulé trop de fatigue...." Yoshizumi a raison, il faut vraiment qu'il fasse quelque chose pour guérir de son mal.
Un peu plus tard pourtant, en fin d'après-midi, alors que Katô se rend dans la loge de son ami pour qu'ils aillent dîner ensemble avant de rentrer à l'hôtel, il a la surprise de trouver Iwaki affalé sur des coussins, encore revêtu du yukata (kimono d'été) de son rôle. Se redressant avec peine aux protestations exaspérées du jeune homme, l'acteur enjoint à ce dernier d'aller manger seul, dès qu'il le pourra lui rentrera directement à l'hôtel. Cependant Katô n'est pas du tout d'accord, et tirant son ami par le bras, il tente énergiquement de le forcer à se lever: Iwaki ne s'en rend peut-être pas compte mais il lui cause de l'embarras en se comportant ainsi; il lui faut réagir et cesser de se laisser aller ! A travers ses esprits embués, l'acteur réalise que son compagnon a raison: même sur le plan du travail, ils ne doivent faire qu'un, assûmant chacun l'un des deux rôles principaux du film; si sa mauvaise condition physique continue d'empirer, inévitablement cela finira par avoir des conséquences néfastes même pour Katô. Néanmoins, ajoute Iwaki en pensée, la raison pour laquelle il ne mange presque plus est également à l'origine liée à son travail et non uniquement à la canicule....
L'acteur enfin habillé, Katô et lui se retrouvent enfin au restaurant; mais en rejoignant son ami, Iwaki ne cache pas son mécontentement en découvrant le plat que ce dernier a commandé: une pleine assiettée de ragoût japonais bouillant ! "Alors que l'on crève déjà de chaud !! Tu as l'intention de me tuer !?" Katô n'est cependant pas disposé à céder à ces protestations. "Parce qu'il fait chaud tu ne manges plus que des trucs froids ou faciles à digérer. C'est pour ça que ton estomac s'est affaibli et que tu n'as plus de forces !! explique le jeune homme. Yoshizumi lui-même m'a dit que ce plat conviendrait parfaitement et a été jusqu'à faire la réservation pour nous à ce restaurant ! Alors mange !! Dis-toi que tu le fais pour moi !!" Pris de cours par le ton véhément de Katô, Iwaki n'ose pas répliquer, se contentant de s'assoir pour manger bien sagement malgré la désagréable vapeur qui s'échappe de son bol. Mais à sa grande surprise, à peine a-t-il avalé la première bouchée qu'il réalise que ce n'est pas une épreuve aussi pénible qu'il le prévoyait. Ravi de le voir enfin manger, Katô contemple son ami un grand sourire aux lèvres, avant d'entâmer son repas à son tour. Il avoue bientôt à Iwaki avoir parfaitement remarqué que ce dernier tentait de réduire son poids afin de mieux correspondre à son rôle, dans cette partie du film le samouraï Akizuki apparaissant de plus en plus émacié. Néanmoins si ce régime doit rendre l'acteur encore plus sensible au mal de la canicule au point de le plonger dans cette éprouvante torpeur, mieux vaudrait qu'il s'en abstienne dans la mesure du possible. "Vas-y prudemment", conseille donc gentiment Katô à son compagnon. Emu, Iwaki acquiesce. "Ces derniers temps, je trouve que tu es devenu beaucoup plus adulte", remarque-t-il, heureux que le jeune homme soit parvenu de lui-même à comprendre la véritable raison pour laquelle il ne se nourrissait quasiment plus. - "Ah bon ? C'est sans doute parce que je viens d'avoir de sérieux problèmes, répond Katô. Cela m'aurait fait mûrir ?" En son for intérieur, Iwaki acquiesce: autrefois, Katô le faisait réagir manu militari par la force de ses propres arguments; mais à présent, l'acteur a le sentiment que son ami le soutient désormais en le poussant avec douceur.
La nuit venue, de retour à l'hôtel, Iwaki se sent enfin frais et dispos: grâce au plantureux repas qu'il vient de faire, la lourdeur de son corps a disparue comme par enchantement ! Par contre, il n'en est visiblement pas de même pour Katô, qui n'a pas dit un mot depuis que tous deux ont quitté le restaurant; et lorsque son ami lui demande ce qui lui arrive, s'excusant, le jeune homme lui annonce qu'aujourd'hui ils feraient mieux de faire chambre à part. Si les suppons qu'ils ont mangé ont eu un effet bénéfique sur Iwaki plongé dans la torpeur par la canicule, sur Katô en revanche ce met aphrodisiaque a provoqué une vigueur superflue qui n'est pas sans le plonger dans un vif embarras: le résultat est si violent qu'il ne va pas tarder à saigner du nez ! Néanmoins Iwaki assure à son ami que ce n'est pas nécessaire qu'il aille dormir dans une autre chambre, il se sent parfaitement disposé à se donner à lui. Malgré tout Katô refuse énergiquement: alors que l'acteur vient tout juste de reprendre des forces, il va encore lui demander l'impossible. D'autant plus qu'en cet instant, il se trouve dans un état d'excitation impressionnant. "Qu'est-ce que tu racontes.... reproche Iwaki en ôtant à son compagnon ses lunettes de soleil. Ce n'est pas la peine que tu te comportes en adulte jusque dans ces moments-là...."
L'acteur n'a pas plus tôt prononcé ces paroles que ne se contrôlant plus, Katô se jette littéralement sur lui avec gratitude et l'empressement d'un loup affamé. Après un premier round particulièrement brûlant, le jeune homme propose néanmoins de continuer leurs ébats seulement avec les mains, car il craint par son ardeur démesurée de blesser son compagnon. Iwaki lui assure pourtant que tout ira bien, il pourra bien supporter Katô en lui encore une fois. "C'est justement parce que je sais que ça ne pourra pas se terminer en une fois que je te propose ça !! rugit Katô en montrant son sexe. Regarde ! Alors que je viens tout juste de jouir !!" Gloups ! Certes, Iwaki ne peut être qu'impressionné ! Néanmoins, il continue d'assurer que ça ira, et rougissant, invite Katô à venir en lui autant qu'il le voudra....
Plus tard, les deux amants en sueur se retrouvent enfin paisiblement enlacés sous les draps de leur lit. Iwaki est à bout de forces, et Katô s'excuse de l'avoir ainsi malmené. "Ne t'en fais pas, lui répond l'acteur. Mais à partir de demain, moi seul mangerait des suppons ." - "Mmm.... ça aussi ce serait ennuyeux...." réfléchit Katô. - "Ennuyeux...? Pourquoi ?" Ce à quoi le jeune homme répond l'air le plus sérieux du monde que si la torpeur que provoque chez lui la canicule donne à Iwaki un air langoureux à faire trembler Katô d'anxiété, s'il retrouve sa beauté incomparable une fois récupérées ses forces, les mouchoirs en papier usagés risquent de s'accumuler sur les lieux du tournage, où il y a beaucoup d'hommes ! Bien sûr de tels propos ne manquent pas de mettre Iwaki hors de lui: comme si tout le monde était obsédé par sa personne comme Katô ! "Quoi, c'est ça qui serait ennuyeux pour toi ?!!" s'exclame l'acteur rouge de honte en se redressant brusquement. - "Eh ? Qu'est-ce que tu t'imaginais !?"

A Kyôto, le tournage du film "Fuyu no Sémi" va bon train. Visitant le nouveau décor construit spécialement pour l'une des prises de vue, celle de l'incendie de l'ambassade d'Angleterre, Katô et Iwaki s'extasient sur la beauté du bâtiment et ne peuvent s'empêcher de trouver dommage de brûler un édifice aussi bien bâti et qui a coûté tant d'argent: construire un décor aussi beau pour le détruire aussitôt après ! En plus, les acteurs n'auront droit qu'à une seule prise: si celle-ci est râtée, hors de question de tout reconstruire pour la recommencer ! Ainsi, malgré la tension que cela implique, les acteurs ont intérêt lors de cette scène à donner le meilleur d'eux-mêmes, ne serait-ce que par égard pour les ouvriers qui se sont donnés tant de mal pour confectionner ce décor. Tandis qu'ils déambulent ainsi autour du bâtiment en robe de chambre, attendant qu'on les appelle pour endôsser costumes et maquillage, les deux compères ne manquent pas de remarquer que le tournage est bien long à démarrer aujourd'hui: le réalisateur avait pourtant prévu d'achever cette scène avant le coucher du soleil ? Est-ce en raison du danger quelle comporte, rapport à l'incendie, que cela prend un certain temps pour vérifier que tout est au point et toutes les conditions de sécurité requises réunies ? Lorsque leur collègue Yoshizumi fait soudain son apparition en les hêlant, les deux acteurs pensent enfin que ça y est, ils vont pouvoir commencer à tourner. Mais c'est une toute autre nouvelle que leur apporte le jeune homme: il n'y aura pas de prises de vue aujourd'hui car le réalisateur a dû se rendre à Tôkyô, convoqué par la production. Une nouvelle qui cause en ce moment de grands remous dans tout le staff, car acteurs comme équipe technique craignent soudain que ne soit sur le point de se produire ce qui peut arriver de pire dans le tournage d'un film: que leur producteur ne les ait abandonné. Et pour quelqu'un comme Katô qui a misé toute sa carrière sur le succès de ce long-métrage, cette nouvelle prend la forme d'une véritable catastrophe.
Puisqu'il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre le retour du réalisateur, désoeuvrés et maussades, inquiets sur leur sort, les membres du staff de "Fuyu no Sémi" se sont résolus à rentrer à l'auberge. Après avoir observé un moment les mines défaites de ses collègues de travail, Yoshizumi s'en va rejoindre Iwaki, assis tout seul sur l'appui d'une fenêtre; et quand le jeune acteur rend compte à son aîné de l'état dans lequel se trouvent leurs camarades, ce dernier lui répond que c'est parfaitement normal: dès qu'il s'agit d'aborder le côté finance, on ne peut s'empêcher de s'imaginer le pire ! C'est ce genre de situation qui leur fait prendre douloureusement conscience en tant qu'acteurs de leur impuissance, et surtout que sans argent on ne peut rien. Quand Yoshizumi demande ensuite à Iwaki où est katô, ce dernier répond que le jeune homme se trouve en ce moment sur les lieux du tournage, où il désire rester seul. C'est une manie chez lui quand il a des soucis de s'isoler ainsi, afin de ne pas montrer sa souffrance à son compagnon. A ces mots, Yoshizumi ne cache pas son étonnement: jusqu'à présent, il pensait que Katô était le genre de personne à ne pas réfléchir beaucoup ! Avisant l'expression furieuse déformant les traits d'Iwaki à cette remarque, le jeune acteur s'empresse d'ajouter qu'il n'a pas dit ça dans un sens péjoratif: il reconnaît le talent de Katô, et a été le premier à lui tirer le chapeau quand lors de cette scène où tous deux devaient se laisser tomber dans la mer du haut d'une falaise, le jeune homme a tenu à exécuter la cascade lui-même sans s'octroyer les services d'une doublure. Cependant, à l'occasion de cette scène dangereuse, ce courage indéniable de Katô était apparu comme de l'orgueil et de l'inconscience du point de vue de son entourage. Car le rôle qu'il interprète est l'un des plus importants du film; si jamais il lui était arrivé quelque chose, c'était comme s'ils s'étaient tous échinés absolument pour rien jusqu'à ce jour.
Si encore Katô avait pris cette décision audacieuse de ne pas utiliser de doublure en toute connaissance de cause, conscient de la vive inquiétude qu'il causerait par là à tout le staff, Yoshizumi serait le premier à reconnaître combien le jeune homme est quelqu'un de fort, le genre d'acteur prêt à s'investir totalement quitte à prendre des risques qui est absolument nécessaire pour concevoir un bon film. Mais Yoshizumi n'est vraiment pas convaincu que Katô ait été jusqu'à réfléchir jusque là, à peser toutes les conséquences de son choix, et malgré lui, même Iwaki ne se sent pas en mesure d'affirmer le contraire ! Néanmoins il explique que davantage que le terme d'inconscience, c'est celui d'orgueil qui semble convenir au comportement de son compagnon: lors de cette affaire de cascade sans doublure, considérant de façon détachée sa responsabilité et sa position en tant qu'acteur, Katô s'était simplement dit que ce serait bien mieux du point de vue du film s'il exécutait cette scène directement. En tant que l'un des membres du staff, il désirait simplement comme ses collègues faire son travail en donnant le meilleur de lui-même. Le jeune homme n'a pas toujours conscience d'être un acteur. Voilà pourquoi il est absurde de songer un seul instant qu'il ait refusé une doublure pour tenter de se mettre en valeur, et plus que tout, Iwaki espère que jusqu'au dernier coup de clap, son ami ne prendra pas conscience de son métier d'acteur. Car à chaque fois que Katô vient à réfléchir sur ce métier difficile, il se trouve aussitôt assailli par un stress qui le fait durement souffir, et Iwaki sait bien que quelle que soit son angoisse, le jeune homme ne cherchera pas à partager ses tourments avec lui. Sur cette affirmation, Iwaki se tait, et un instant de silence s'installe entre les deux compères. Silence bientôt brisé par Yoshizumi, qui - a-t-il réellement compris ce que son aîné vient de lui dire ? - remarque en soupirant: "Quoi ? Alors en fait Katô est une tête-de-linotte ?" - "NON, VOUS VOUS TROMPEZ, CE N'EST PAS DU TOUT CA !!!" Cependant les deux jeunes gens n'ont pas le temps de discuter davantage à ce sujet: un grand tumulte se fait soudain entendre au rez-de-chaussé de l'auberge, tandis que débarquant dans celle-ci en courant, l'un des membres du staff crie à qui veut l'entendre qu'un événement grave vient de se produire !

La nuit est presque tombée lorsque Iwaki rejoint enfin son ami, pitoyablement assis sur une poutre, sa lampe-torche posée à ses pieds, à l'intérieur de l'un des décors. Couvrant les épaules glacées du jeune homme du manteau qu'il a apporté, l'acteur le conjure de ne pas se tourmenter ainsi: après tout ils ressentent tous en ce moment la même inquiétude. Et à la surprise de son ami, Katô acquiesce, expliquant qu'il sait bien qu'il aura beau se creuser la cervelle, ce genre de problème de production n'est nullement de son ressort. D'ailleurs en cet instant il n'est plus un acteur mais un simple gardien de nuit: d'ordinaire il y a toujours quelqu'un pour surveiller les décors, mais avec tout ce qui s'est passé aujourd'hui, tout le monde a fini par rentrer à l'auberge sans s'en préoccuper. Alors comme de toute façon même s'il rentrait lui aussi Katô n'a rien à faire là-bas que de se tourner les pouces, en tant que membre du staff, il a préféré rester pour garder les décors désertés. Un sourire se forme sur les lèvres d'Iwaki à cette présence d'esprit de son compagnon: s'obligeant ainsi à demeurer serein malgré la gravité de la situation, Katô lui apparaît terriblement mignon, et mû par une irrésistible impulsion, l'acteur ne peut s'empêcher de saisir le visage du jeune homme entre ses mains afin de l'embrasser sur la joue. "Au fait, tout à l'heure on a reçu un coup de fil du réalisateur. Tu ne veux pas savoir de quoi il en retourne ?" demande-t-il en prenant soudain un air faussement sérieux. Et à la manière dont Katô blêmit et sursaute à cette annonce, Iwaki remarque en riant combien sous son apparence sereine le jeune homme était en réalité préoccupé à ce sujet. Alors, s'excusant auprès de son ami de lui avoir fait cette peur, Iwaki lui fait part d'une excellente nouvelle: tout s'est arrangé, un homme d'affaires étranger a proposé sa contribution au financement du film. Et ce n'est pas tout: en avant-première mondiale, ce nouveau producteur souhaiterait le faire projeter à Holywood !
Cet homme providentiel est quelqu'un que Katô et Iwaki connaissent bien. "De qui peut-il bien s'agir, à ton avis ?" demande l'acteur à son ami en guise de devinette. - "Hein !! Qui !?" Mais le premier mouvement de surprise passé, Katô se remémore soudain ces paroles prononcées jadis par un ami: "La prochaine fois que vous viendrez ici à Holywood, ce sera en tant qu'acteurs...." "Ce n'est pas possible, c'est Carlo !?" s'exclame le jeune homme éberlué. Mais leur ami milliardaire, celui-là même qui avait organisé leur mariage lors de leur voyage aux USA, n'avait-il pas promis aux deux compères que lorsque le moment en serait venu, lui aussi ne manquerait pas de leur prêter main-forte ? Apparemment Carlo ne les a pas oublié, et grâce à sa généreuse intervention, même les autres sponsors ont fini par demeurer eux aussi dans la course: à l'annonce que "Fuyu no Sémi" serait projeté à Holywood en avant-première mondiale, ils nourissent l'espoir fondé que la sortie de ce film fera grand bruit même au Japon et l'on peut donc s'attendre à ce qu'il rencontre un gros succès ! Soulagé, Katô ne parvient plus à se contenir plus longtemps. "Super !! Le film va pouvoir continuer !!" hurle-t-il fou de joie en se jetant au cou de son compagnon. "Toi alors.... C'est seulement ça qui te réjouis ? répond Iwaki amusé en le serrant en retour. Tu ne comprends donc pas la chance formidable qui vient de se présenter ?" Car pour tourner dans ce film, Katô a été jusqu'à refuser un contrat qui aurait élargi sa carrière au niveau de l'Asie toute entière, d'où la colère de sa maison de production; mais puisque à la place, grâce à la première de "Fuyu no Sémi" à Holywood le jeune homme pourra peut-être percer en Amérique, le voilà enfin à nouveau en mesure de regarder en face la terrible directrice de son studio.
Et pourtant, au bord des larmes, Katô avoue qu'il s'en fiche de tout cela. Car en réalité, il croyait déjà que tout était perdu.... Tandis que le jeune homme enfouit sa tête au creux de son épaule en le serrant nerveusement, Iwaki réalise toute l'intensité de la peur qu'il a éprouvé. "ça va.... Tout va bien.... prononce-t-il pour le rassurer. Absolument rien n'a changé. On a simplement commencé à avancer dans une meilleure direction." Répétant à Katô combien il l'adore, Iwaki s'empare de ses lèvres. "J'ai l'impression.... que tu me traites comme un enfant...." prononce le jeune homme un peu honteux tandis que son ami commence à défaire ses vêtements. - "C'est exact, répond l'acteur. Et de temps en temps laisse-moi te cajôler, ça te ferait le plus grand bien." A ces mots Katô ne comprend pas: Iwaki se montre toujours si patient envers lui; comment pourrait-il se faire choyer davantage ? Ce à quoi l'acteur réplique que son ami cherche à se faire câliner uniquement quand moralement tout va bien pour lui; en revanche dès qu'il se produit une catastrophe, Katô s'efforce toujours de dissimuler ses tourments et de tout endurer tout seul. Mieux que quiconque, Iwaki connaît parfaitement la capacité de son compagnon à supporter les situations les plus extrêmes et à surmonter les problèmes les plus épineux; néanmoins quelle que soit sa force d'âme, ce n'est pas pour autant qu'il ressort indemne de toutes ces épreuves. Et s'il continue d'accumuler les blessures, un jour, il pourrait finir par devenir poltron. "Alors, avant de devenir ainsi, repose-toi un peu sur moi.... d'accord ?" - "D'accord...."
Tandis que le couple s'enlace à l'intérieur du décor déserté, dans l'auberge, assis à la même fenêtre qu'Iwaki un peu plus tôt, Yoshizumi demeure plongé dans ses pensées, réfléchissant aux paroles prononcées par son aîné à propos de Katô et du stress que ce dernier éprouve à chaque fois qu'il prend conscience de la réalité du métier d'acteur. "Pff.... Tout à fait comme si cela ne le concernait pas lui aussi.... remarque Yoshizumi d'un air amusé. Et vous, Iwaki, avez-vous bien conscience d'être vous aussi l'un de ces acteurs ? Qu'est-ce que va donner ce film dont les deux rôles principaux n'ont ni l'un ni l'autre conscience de leur métier !?"

Après cette affaire de changement de producteur réglée pour le mieux par les bons soins de Carlo, tout le monde pensait que le tournage du film "Fuyu no Sémi" allait enfin pouvoir reprendre sans autre incident. C'était sans compter sur les caprices de la météo ! Tandis qu'un typhon s'abat sur Kyôtô, impossible de tourner la moindre scène dans de telles conditions. Voilà donc acteurs et équipe technique contraints de rester reclus dans l'auberge de style traditionnel où ils ont élu domicile. Et tandis que son ami et lui se prélassent dans la vaste salle de bain publique de l'établissement, entendant avec quelle violence le vent fait rage au-dehors, Katô se demande même avec inquiétude si les décors conçus pour le film vont tenir bon. Mais parmi tous ces désagréments, il y a au moins une chose positive: Iwaki qui cumulait ce tournage avec d'autres contrats n'a pas d'autres engagements inscrits pour l'instant à son emploi du temps; il pourra donc rester tranquillement à Kyôto goûter ces quelques jours de congés forcés auprès de son compagnon.

Tandis que les deux compères devisent ainsi, Yoshizumi pénètre à son tour dans la salle de bain embuée de vapeur, et à peine Iwaki entrevoit-il la silhouette de cet intrus qu'il croit subitement entendre la voix paniquée de Katô: "Iwaki, cache-toi !!" Obéissant à cette voix, l'acteur plonge aussitôt dans l'eau afin de dissimuler son corps dénudé. Réflexe bien inutile car à ses côtés, loin de se montrer ennuyé de cette intrusion, Katô accueille leur collègue de travail chaleureusement. Par sa réaction excessive, ainsi immergé dans le bassin jusqu'aux narines, Iwaki rougissant a la désagréable impression de se trouver con ! Vexé, il quitte précipitamment le bassin, suivi aussitôt par son compagnon. Un moment plus tard, alors que tous deux se rhabillent dans les vestiaires, l'acteur ne peut s'empêcher d'avouer à Katô sa surprise: il pensait vraiment que le jeune homme allait faire tout un plat à cause de l'arrivée d'un troisième larron dans la salle de bain, lui qui d'ordinaire refuse absolument qu'Iwaki expose le moindre fragment de peau devant qui que ce soit ! Réfléchissant, Katô s'en explique par le fait que c'est probablement parce qu'il sent inconsciemment que Yoshizumi ne représente pas un danger pour leur couple. Mais à cette remarque, le jeune acteur comprend enfin la raison pour laquelle son ami s'était subitement immergé dans l'eau tout à l'heure, et en ressent une vive joie: car cette réaction signifie ni plus ni moins qu'Iwaki commence à éprouver de la réticence à exposer sa nudité devant quelqu'un d'autre que lui....
Un peu plus tard, tandis que Katô est parti chercher de la bière, Iwaki se retrouve seul dans leur chambre, et entendant les pas de Yoshizumi revenant de la douche, il lui propose amicalement de venir boire un verre avec eux. Le jeune homme hésite, ne voulant pas s'immiscer ainsi dans la vie d'un couple. Cependant Iwaki lui assure que ça n'a aucune importance, vu qu'apparemment Yoshizumi n'entre pas dans le champ de méfiance de son compagnon. Fait qui s'avère plutôt rare, vu le caractère extrêmement possessif de Katô, lui qui d'ordinaire a les yeux qui sortent de la tête rien que d'apercevoir Iwaki en compagnie de quelqu'un d'autre que lui ! A ces propos Yoshizumi se montre quelque peu étonné: à ce qu'il lui semblait, il aurait plutôt juré que c'était au contraire Iwaki qui portait à Katô un attachement maladif. Néanmoins le jeune acteur ajoute qu'en tant qu'homme, il ne peut admettre de se voir ainsi considéré comme un être pâle et effacé, et s'empresse d'assurer que si ici dès maintenant il décidait d'exhaler un parfum de danger, Katô ne tarderait pas à réviser son opinion à son sujet ! Iwaki a beau protester qu'il ne voulait nullement laisser entendre que Yoshizumi n'est qu'un garçon sans attrait manquant de personnalité, mais simplement que l'on sent bien qu'il n'est pas attiré par les hommes, rien n'y fait: voilà Yoshizumi bien décidé à prouver son sex-appeal, et pour plaisanter, il s'élance vers Iwaki ! Et c'est dans cette position douteuse que Katô les surprend quand il arrive enfin dans la chambre avec ses boissons ! Mais contre toute attente, après avoir contemplé la scène d'un air stupéfait l'espace d'un instant, le jeune homme retrouve vite son visage jovial et posant ses bouteilles sur la table, lance à la cantonnade qu'il va chercher un verre de plus pour Yoshizumi avant de quitter la pièce comme si de rien n'était. "Eh.... Il est vraiment si possessif que ça, Katô ?..." prononce Yoshizumi incrédule. Mais encore plus dérouté que lui, à ses côtés Iwaki ne sait que répondre....

Le lendemain matin, tandis que Yoshizumi est occupé à déjeuner dans la salle de restaurant de l'auberge en regardant la météo à la télévision, Iwaki vient soudain s'assoir à ses côtés, lui demandant des nouvelles du typhon; il apprend ainsi que ce dernier n'est pas prêt de s'appaiser, et ensuite pour réparer les dégâts causés aux décors du film, il faudra bien compter deux ou trois jours. Durant tout ce temps, voilà donc pour ainsi dire les acteurs au "chômage technique". Mais alors que Iwaki commence à déjeuner, Yoshizumi avise soudain la place que le nouveau-venu a laissé entre eux deux, et demande aussitôt s'il y a un sens particulier à cet espace vide: est-ce encore une forme d'égard pour Katô ? Et si c'est le cas, Iwaki vit donc ainsi dans un état de tension permanente, préoccupé à ce point des regards de son entourage et surtout de son compagnon ? Yoshizumi comprend que dans son cas même lorsqu'il se trouve avec une personne du même sexe l'acteur ne puisse éviter des regards soupçonneux, néanmoins le jeune homme assure qu'en ce qui le concerne, il tient à fréquenter Iwaki de manière tout à fait ordinaire, et c'est au contraire cette mise volontaire à distance qui lui cause de l'embarras. A ces mots, Iwaki sourit en son for intérieur: c'est probablement cette personnalité franche et directe de Yoshizumi qui fait que Katô ne se montre pas méfiant à son égard. S'excusant, l'acteur reconnaît que son collègue a raison, et se met en devoir d'expliquer que son compagnon se trouve dans un tel état à cause de ce film par lequel il met en jeu sa carrière, que plus que d'habitude Iwaki se sent tenu de redoubler d'attentions envers lui. Mais reconnaissant que sa gêne est absurde, l'acteur s'assoit finalement à la place vide à côté de Yoshizumi - et c'est là que le trouve Katô lorsque quelques minutes plus tard, il descend déjeuner à son tour.
A peine aperçoit-il son compagnon devisant gaiement avec l'autre acteur que le jeune homme se fige net tandis qu'une rage sombre s'empare aussitôt de lui. Katô parvient néanmoins à dominer sa jalousie, et renonçant à aller manger pour ne pas faire d'esclandre, il préfère retourner dans sa chambre où il s'assoit maussadement sur le sol. "Qu'est-ce qui t'arrive, Katô ? Tu ne prends pas de petit déjeuner ?" lui demande Iwaki quand il découvre peu après son ami dans cette pitoyable position. Se forçant à sourire, Katô répond nonchalamment qu'à cause de son manque d'exercice, il n'a pas d'appétit ces derniers temps. Cependant Iwaki n'est pas dupe de son ton léger: fronçant les sourcils, il pressent immédiatement que quelque chose ne va pas avec son compagnon.

La nuit venue, Iwaki est réveillé par le sifflement strident du vent et les craquements des boiseries de l'auberge: le typhon a encore gonflé en intensité, secouant l'habitation comme s'il cherchait à l'arracher de ses fondations. Se retournant sur sa couche tout en s'enroulant dans sa couette, l'acteur tente malgré tout de se rendormir, quand il remarque tout à coup qu'à côté de lui, le fûton de Katô est vide. Intrigué, Iwaki se lève pour aller jeter un coup d'oeil dans le couloir, c'est alors qu'il entend des gémissements du côté des lavabos. Reconnaissant la voix de son ami, vite, il se précipite dans cette direction en criant son nom, pour finalement trouver Katô occupé à vomir dans la cuvette des toilettes. Livide, à l'arrivée de son compagnon le jeune homme s'efforce néanmoins de sourire, et assurant à Iwaki que ça va aller, lui enjoint de le laisser tranquille - mais bien sûr, pas question pour Iwaki mort d'inquiétude de l'abandonner ainsi. L'acteur s'interroge néanmoins sur les raisons de ces nausées: au repas son ami n'a pourtant pas abusé de boissons alcoolisées !? A cette question, le visage de Katô prend une expression douloureuse, et se laissant tomber assis sur le sol, rejetant la tête en arrière, le jeune homme déclare forfait: "J'en ai marre.... gémit-il. Pourquoi faut-il que je sois ainsi ?" Yoshizumi est l'un de leurs compagnons de tournage, Katô comprend parfaitement que ce dernier n'est pas du genre à causer des problèmes dans leur couple. Et pourtant, c'est plus fort que lui: rien que de savoir que lorsqu'il n'est pas là Iwaki et cet acteur s'entretiennent joyeusement, cela suffit à le mettre hors de lui ! Katô a beau se raisonner en tentant de ravaler cette absurde jalousie, physiquement son corps ne peut accepter cet effort, d'où ces nausées. Dans le domaine du travail, puisqu'une fois un film achevé tous les tracas qu'il a engendrés prennent fin avec le dernier coup de clap, le jeune homme se sent de taille à endurer n'importer quel stress. Cependant en amour, tout est différent: ses sentiments pour Iwaki ne sauraient s'éteindre, alors comment serait-il possible de supporter le stress provoqué par quelque chose dont on ne voit pas la fin ? Voilà pourquoi, au bord des larmes, Katô supplie Iwaki d'arrêter de le ménager, car c'est à cause de ces égards et de toutes ces attentions qu'il se montre malgré lui de plus en plus exigeant.
Rougissant de cet aveu prononcé par son compagnon d'un air si désespéré, Iwaki répond qu'auparavant, s'enflammant pour un rien, Katô ne s'appliquait pas à montrer tant de patience envers lui; alors maintenant, juste parce qu'il a fait preuve d'un peu plus de tolérance que d'habitude, le voilà qui fait figure de martyre ?.... Mais tout en prononçant ces mots, l'acteur prend le visage du jeune homme entre ses mains, se penche sur lui pour approcher ses lèvres des siennes, jusqu'à ce que Katô détourne brusquement la tête en criant: il refuse que Iwaki l'embrasse alors qu'il vient juste de vomir, ce serait dégoûtant ! L'acteur a beau protester que rien de ce qui provient de Katô ne saurait lui paraître sale, ces propos ne font que confirmer ce que le jeune homme disait: Iwaki se montre trop doux envers lui. Alors, puisqu'il paraît si disposé à le dorloter, pourquoi ne le ferait-il pas encore davantage, sous la couette ? Ce soir le vent gémit si fort.... Ne couvrira-t-il pas le bruit de leurs ébats ?
C'est ainsi qu'un moment plus tard, Katô et Iwaki se retrouvent enlacés dans l'intimité de leur chambre. "Hier.... Yoshizumi m'a dit que de nous deux c'est moi qui avait l'air le plus amoureux fou...." prononce Iwaki tandis que son ami couvre son corps de baisers enflammés. - "Quoi...? C'est impossible ...!" répond aussitôt Katô. Néanmoins l'acteur reste persuadé du contraire, car lui aussi ces derniers temps en est venu à penser la même chose: ce que Katô exigeait de lui jusqu'à maintenant, c'est lui à présent qui l'attend de son ami. Iwaki veut le monopoliser, refuse que Katô regarde quelqu'un d'autre que lui, désire sentir sans arrêt son amour. Et au fur et à mesure que de tels sentiments grandissent en lui, si les réactions de Katô se font insuffisantes à ses yeux, alors il se sent seul, et inquiet. A cet aveu, le jeune acteur répond connaître mieux que personne ce douloureux état d'âme, lui qui a vécu jusqu'à maintenant en étant forcé de supporter l'absence de réaction du froid Iwaki ! Et tout en s'abandonnant à ses caresses, mordant son poing pour s'empêcher de crier, Iwaki avoue le bonheur qu'il ressent d'être aimé par un être aux sentiments aussi profonds que Katô. "Qu'est-ce que tu racontes ? réplique aussitôt ce dernier. Moi je ne connais personne d'aussi passionné que toi...."
Le lendemain, quand les deux amants quittent ensemble leur chambre pour aller déjeuner, ils remarquent que la tempête s'est enfin calmée, il fait un temps magnifique au-dehors. Mais si les deux compèrent arborent une mine des plus réjouie, c'est loin d'être le cas de leur collègue Yoshizumi: des cernes sous les yeux, les paupières lourdes, ce dernier présente tous les symptômes d'une nuit blanche. "JE N'ENTENDS PLUS RIEN DU TOUT !" crie-t-il d'une voix de sourd en se bouchant les oreilles lorsque remarquant sa présence, les acteurs s'adressent à lui pour lui souhaiter le bonjour. Et à cette tirade, Katô rougissant de honte n'a aucune peine à comprendre que leur camarade a dû entendre leurs voix durant toute la nuit ! Mais à la surprise de son compagnon, nullement gêné, Iwaki saisit le bras de Yoshizumi afin de l'obliger à déboucher une oreille, avant de lancer avec un sourire malicieux: "Rassure-toi, Katô: Yoshizumi aussi ressent de la jalousie tout comme toi. Seulement, comme nous sommes ses précieux collègues de tournage, il a pris son mal en patience." - "Ah, ça suffit ! réplique Yoshizumi effrayé. Je préfère encore être considéré comme un homme sans consistance, mais par pitié, tenez-moi à l'écart de vos petites affaires intimes !!!"

Qu'est-ce qui fait donc le charme d'un film ? Le scénario ne dépeint qu'un monde artificiel fomenté par l'esprit humain, et les acteurs sont les habitants de ce monde fabriqué. Même le tournage ne suit pas les étapes du déroulement de ce scénario dans leur ordre chronologique comme dans le cas d'une vie humaine: chaque scène découpée minutieusement est répétée un grand nombre de fois, tantôt progressant dans la trame du récit, tantôt reculant, pour avancer à nouveau. Les habitants de ce monde poursuivent une existence dont le futur est déjà déterminé, avec la possibilité de recommencer si jamais ils commettent une erreur. Comment donc expliquer que les êtres humains éprouvent un tel engouement pour pareil univers ?....
Le tournage du film "Fuyu no Sémi" en est arrivé au passage où, après être arrivés trop tard pour empêcher leurs compagnons de mettre le feu à l'ambassade anglaise, Kusaka (Katô) et Aïzawa (Yoshizumi), dans leur tentative de fuite, rencontrent pour la première fois le sage et redoutable samouraï Akizuki (Iwaki). Une scène particulièrement délicate, quand on sait que les deux jeunes gens sont censés sauter dans la mer du haut d'une falaise escarpée, et de nuit de surcroît. Ni Katô ni Yoshizumi n'ont pourtant demandé à se faire doubler mais n'empêche, Yoshizumi a beau se dire que son camarade et lui seront retenus dans leur chute par un filin de sécurité invisible, il ne peut s'empêcher de blêmir rien qu'à l'idée de devoir sauter ainsi dans le vide. Il n'est d'ailleurs pas le seul: s'approchant du bord de la falaise et plongeant son regard dans l'abîme au fond duquel la mer vient s'écraser bruyamment contre les rochers, Iwaki sent son coeur se serrer d'angoisse. Car même si en théorie Katô ne risque rien, l'acteur est mort d'inquiétude à l'idée que son cher compagnon doive exécuter une cascade aussi dangereuse.

Au signal indiqué Yoshizumi se jette finalement du haut de la falaise, et tout se passe bien, le jeune homme en est seulement quitte pour une belle peur. Puis vient le tour de Katô, nullement effrayé de devoir plonger dans le vide; au contraire, il trouve même le moyen de plaisanter de la mine blafarde qu'arbore son camarade en remontant du gouffre ! S'il pouvait imaginer l'angoisse qu'éprouve Iwaki en cet instant.... Ce dernier est si tendu qu'il n'arrive même plus à articuler son texte de manière convaincante, au point que le metteur en scène impatienté est forcé de le rappeler à l'ordre: par ses hésitations et la maladresse de son jeu, durant combien de temps encore l'acteur obligera-t-il le pauvre Katô à demeurer ainsi debout au bord de ce précipice !? Il n'en fallait pas plus pour faire réagir Iwaki. Se ressaisissant, il parvient enfin à jouer la scène correctement, poussant lui-même violemment Katô dans le vide comme l'exige le scénario. La scène est parfaite, il n'y aura pas à la refaire. Heureusement, car à peine le réalisateur a-t-il prononcé cette phrase réconfortante que Iwaki s'effondre sur le sol, à moitié évanoui tant il lui a fallu prendre sur lui pour accomplir ce geste terrible....
Quelques instants plus tard, Iwaki se retrouve étendu dans le vaste camping-car lui servant de loge durant le tournage. Et tandis qu'assis à ses côtés Katô prend soin de lui, l'acteur avoue à son ami que le sentiment de vivre l'avait subitement quitté au moment où il l'avait ainsi précipité du haut de cette falaise. Le jeune homme a beau protester que c'était uniquement pour les besoins du film, que la réaction d'Iwaki est un peu exagérée, celui-ci n'en démord pas: car après tout, s'il était arrivé quelque chose à Katô, rôle ou pas, le résultat aurait été le même, et psychologiquement, Iwaki aurait préféré sauter lui-même dans le vide plutôt que d'avoir à accomplir ce geste. A peine quelques semaines plus tôt, au début du tournage (voir volume 8 chap.4), quand l'acteur a failli tomber du vieux pont suspendu, n'a-t-il pas déjà par sa faute mis la vie de son compagnon en danger ? La cascade a beau être encadrée par des professionnels qui vérifient régulièrement les conditions de sécurité et la solidité des filins retenant les acteurs dans le vide, on ne peut jamais prévoir ce qui peut se passer, car après tout, on n'est jamais à l'abri d'une erreur humaine....
Le raisonnement d'Iwaki a beau être juste, ses propos teintés d'un tel pessimisme provoquent un accès de colère chez son ami, au point que ce dernier en vienne à taper violemment sur la table pour le faire taire. Ce n'est vraiment pas le moment de causer de l'embarras aux membres du staff, rugit Katô; alors que chacun d'eux a misé gros sur ce film, Iwaki n'a pas le droit d'entraver le bon déroulement du tournage en se laissant dérouter par sa vie privée. Bien sûr, l'acteur comprend parfaitement les remontrances de son compagnon, et assure qu'il est désolé d'avoir cédé à un moment de faiblesse. Cependant, il s'agit de la vie de Katô: Iwaki ne peut quand même pas faire comme si ça lui était égal qu'il arrive quelque chose au jeune homme. Et pourtant ces paroles, au lieu de réjouir l'intéressé, ne font au contraire qu'exacerber sa colère. "Iwaki, avant tu n'étais pas du tout comme ça !! rugit Katô à la stupéfaction de l'acteur. Non, tu n'étais pas comme ça !! Tu penses trop à moi en priorité !! Non, bien sûr, je souhaite que tu penses à moi, mais.... Aaah !! Je ne sais plus ce que je dis !!" Et s'efforçant de reprendre son sang-froid, sur un ton plus calme, le jeune homme tente d'expliquer à son ami qu'en le voyant réagir ainsi à cause de lui, il a le sentiment d'être en train de le rendre faible, de ramollir complètement son caractère jadis si bien trempé.
"Je deviens.... faible ....?" répète Iwaki d'une voix blanche, et découvrant son expression blessée, Katô réalise enfin qu'il en a trop dit. "Tu m'avais dit que tu étais content que j'aie changé.... poursuit l'acteur. Et à présent, toi qui étais si heureux de ce changement, tu me lances une chose pareille ?..." - "Non, tu te trompes...!! Je voulais simplement te dire que...!!" Mais Iwaki arbore en cet instant une expression si malheureuse et mêlée d'incompréhension que les mots restent coincés dans la gorge du jeune homme, qui ne sait plus comment transmettre habilement ce qu'il ressent. "Iwaki, espèce d'idiot !!" C'est finalement tout ce que Katô excédé parvient à crier avant de quitter le camping-car précipitemment, manquant renverser Yoshizumi au passage. Intrigué, ce dernier jette un coup d'oeil vers l'intérieur du véhicule, pour découvrir un Iwaki complètement prostré....

La nuit est presque tombée lorsque Yoshizumi vient rejoindre Katô, assis l'air maussade sur un parapet au bord de la route surplombant la mer, un peu à l'écart du campement. L'autre jeune acteur avouant combien ça l'a surpris de voir même un couple aussi uni que celui que forment ses deux camarades se disputer, Katô répond qu'autrefois Iwaki et lui se querellaient très souvent, en venant parfois jusqu'aux mains, bien que la plupart du temps c'était Katô lui-même qui prenait les coups. En voyant Iwaki tel qu'il est aujourd'hui c'est sans doute difficile à imaginer, mais auparavant, l'acteur était beaucoup plus dur et froid de caractère. L'esprit préoccupé à la fois par son travail et le jugement des autres, il lui était alors impossible de se montrer tendre en public avec Katô. Voilà pourquoi, bien que le jeune homme soit terriblement heureux qu'Iwaki ne regarde plus que lui à présent, il y a quelque chose qui cloche.... Depuis toujours, son compagnon est quelqu'un de maladroit et d'introverti donc parfois un peu difficile à cerner, mais en tant qu'acteur, Iwaki continuait de considérer Katô comme un rival, et jamais jusqu'à ce jour ça ne lui était arrivé de faire passer la personne de son petit ami avant son travail.
"Mmm...." Se grattant la tête d'un air perplexe, Yoshizumi répond à son camarade que vu qu'il ne connaît que l'Iwaki d'aujourd'hui, il n'est pas vraiment le mieux placé pour juger de la situation; cependant, il assure à Katô que de son propre point de vue Iwaki lui paraît parfaitement normal, accomplissant son travail avec un grand sérieux. Mais bon, si Katô qui partage sa vie depuis de nombreuses années trouve que quelque chose ne va pas dans le comportement de l'acteur, il est possible qu'il ait raison. Il y a bien un moment où Yoshizumi s'était dit qu'Iwaki donnait l'impression de n'être pas toujours bien conscient de son métier d'acteur; mais cela pouvait encore s'expliquer par le fait que le jeune homme considère un film surtout comme une oeuvre collective conçue en travaillant en commun avec tout le staff. A présent, Yoshizumi réalise qu'il s'est sans doute trompé: inconsciemment ou non, Iwaki adopte une attitude de retrait, et tout cela parce qu'au lieu de son propre rôle, c'est Katô et le rôle qu'il interprète qui revêtent le plus d'importance à ses yeux.
"Je n'avais absolument rien remarqué...." souffle Katô amer. Bien sûr, rien en tant que petit ami d'Iwaki ne saurait le réjouir davantage, mais le jeune homme a également le sentiment que du point de vue du travail, il ne faut pas qu'il accepte une telle situation. Après tout, la rivalité n'est-elle pas le fondement-même du métier d'acteur ? C'est ce que Katô voulait faire comprendre à Iwaki tout à l'heure, mais malhabile dans sa manière de s'exprimer, il n'était finalement parvenu qu'à blesser son compagnon. "Quand on vit ensemble, devenir collègues de travail pose vraiment un problème...." conclut le jeune homme en soupirant. Ce à quoi Yoshizumi, imaginant sans peine la difficulté d'assumer sur le même front et boulot et foyer, acquiesce aussitôt....
La nuit venue, Iwaki rejoint le plateau de tournage où s'affairent tous les membres de l'équipe technique: cette fois, c'est véritablement la scène la plus dangereuse du film que l'on s'apprète à tourner, l'incendie de l'ambassade anglaise, censée brûler tandis que les samouraïs Kusaka et Aïzawa sont à l'intérieur. Katô a beau avoir demandé à Iwaki de ne pas venir, craignant sans doute un évanouissement comme celui de tantôt, l'acteur inquiet n'a pas pu s'empêcher de venir assister à cette prise de vue. Il s'agit d'une scène qu'il sera impossible de refaire en cas d'échec, tant a coûté cher en temps et en moyens la confection de ce somptueux décor destiné hélas à être brûlé; voilà pourquoi un nombre impressionnant de caméras ont été placées à divers endroits du plateau afin de s'assurer qu'au moins l'une des prises sera bonne. L'équipe technique met donc le feu au vaste bâtiment en bois, qui ne tarde pas à s'enflammer comme une torche sous le regard d'Iwaki anxieux: car une autre équipe du staff se trouve à l'intérieur, ainsi que Yoshizumi et Katô !
Une fois la prise de vue achevée, depuis son talkie-walkie le réalisateur ordonne à ses hommes d'éteindre l'incendie. Mais voilà, au moment d'actionner les pompes à eau, les techniciens ne tardent pas à s'apercevoir que celles-ci ne fonctionnent pas ! Aucun extincteur n'est plus en état de marche, alors qu'ils étaient censés avoir été vérifiés ! Et l'explication en est simple: un arbre dérivant sur la rivière est venu se loger contre le système d'alimentation en eau, arbre probablement abattu par le typhon de l'autre jour qui avait déjà sérieusement endommagé les décors. En attendant l'arrivée des pompiers appelés en urgence, le réalisateur ordonne à tous ceux présents sur le plateau de se munir de seaux pour tenter d'endiguer quelque peu l'incendie - à la main ! Contemplant le spectacle les yeux exorbités, Iwaki quant à lui a le sentiment que son pire cauchemar est en train de prendre forme. Alors qu'à peine une heure plus tôt, Katô l'accusait d'être trop pessimiste ! Comme plongé dans un état second, l'acteur commence à s'avancer lentement vers les lieux du drame. Heureusement le réalisateur et l'un de ses assistants s'aperçoivent juste à temps de ce qu'il s'apprète à faire et parviennent à le ceinturer avant qu'il n'aille se précipiter au beau milieu de l'incendie. Ainsi immobilisé, Iwaki en larmes ne peut que contempler avec horreur des flammes de plus en plus hautes dévorer le bâtiment, criant désespérément le nom de Katô....
Ravagé par l'incendie, le décor s'effondre peu à peu dans un vrombissement assourdissant. Les lances à eau ne fonctionnent toujours pas, car en plus de l'arbre, un amas compact de feuilles arrachées par la tempête a complètement obstrué les pompes. Une fois le choc surmonté, Iwaki est l'un des premiers à se jeter dans la rivière afin de remplir des seaux d'eau pour en asperger les flammes, mesure bien dérisoire face à leur violence. "Je t'assure que tout ira bien. Les acteurs seront enduits d'un gel inflammable et même une sortie de secours a été ménagée dans le décor. C'est juste une toute petite scène. Nous ne faisons que traverser en courant le bâtiment en feu. Voilà pourquoi ce n'est pas la peine que tu viennes.... Je ne veux plus te voir avec ce visage inquiet...." Tout en s'échinant dans la rivière, Iwaki se remémore ces dernières paroles prononcées par Katô. Mais au bout du compte les techniciens parviennent enfin à déboucher le système de pompage des lances à incendie, et tandis qu'ils aspergent ce qui reste du bâtiment de puissants jets d'eau, à l'issue de longs et épuisants efforts, ils réussissent finalement à maîtriser le feu. Quand Iwaki appris que le décor s'était effondré avant que ses occupants n'aient eu le temps de fuir par la sortie de secours, ce fut bien après que Katô, Yoshizumi et quelques membres du staff furent emportés en ambulance....

Le lendemain, en se rendant au studio, Iwaki a la surprise de tomber nez à nez avec le réalisateur en chef, l'un de ces membres de l'équipe ayant été hospitalisés. L'homme explique qu'il va parfaitement bien, en fait il avait juste été placé en observation par sécurité, et s'étonne au contraire que l'acteur ne soit pas en cet instant auprès de Katô. Gêné, Iwaki répond que son ami ne se trouvant pas dans un état grave, ce n'est pas vraiment la peine qu'il reste à ses côtés à l'hôpital; mais en réalité, Iwaki ignore surtout quelle attitude adopter une fois face à face avec Katô, après tout ce qui s'est passé entre eux la veille. Si la plupart des membres du staff coincés dans le décor en flammes ne souffrent que de blessures légères, le problème est le cas de Yoshizumi, qui a respiré énormément de fumée. Néanmoins, pragmatique, le réalisateur considère qu'ils ont évité le pire: le tournage n'a pas été suspendu. Car il y aurait pu avoir une enquête visant à déterminer les responsabilités dans l'accident qui vient de se produire, et suite au scandale occasionné, nul doute que le tournage aurait été arrêté définitivement. Iwaki ne répond rien; n'empêche que ces propos si froids et matérialistes provoquent chez lui une vive irritation: alors du moment que le film puisse continuer, peu importe le sort des acteurs ?!
Ravalant son mécontentement, Iwaki accepte cependant d'accompagner le réalisateur en chef dans la salle où le staff s'apprète à visionner la scène tournée la veille durant l'incendie. Celle-ci est par chance utilisable, il suffira juste de couper ce qui a été filmé après que les événements aient commencé à déraper. Et le fait d'assister ainsi à ce qui était en train de se produire à l'intérieur-même du bâtiment - la panique et l'horreur des acteurs et de l'équipe technique quand le décor a commencé à s'effondrer sur eux - Iwaki sent son coeur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Même la prise de vue achevée, l'un des cadreurs a laissé tourner sa caméra: personne ne se doutant encore à cet instant de la catastrophe qui allait se produire, comme c'est souvent l'usage, l'homme pensait sans doute utiliser ce fragment de scène supplémentaire pour le making-off du film. C'est à cet instant que les événements ont viré au drame, une palissade embrasée s'effondrant sur l'un des cadreurs, qui heureusement s'en est finalement sorti avec une légère fracture. Mais le plus étonnant est ce qui s'est passé ensuite, lorsque Yoshizumi à la surprise de tous s'est précipité dans le brasier afin d'ôter la pellicule de la caméra coincée sous les décors en flamme. Qui aurait pensé qu'un être à l'air toujours si nonchalant pouvait adopter ce comportement héroïque digne du plus passionné des cinéastes ?
Si Katô ne l'avait pas rejoint pour l'envelopper d'une cape anti-feu, Yoshizumi dont les cheveux et les vêtements commençaient déjà à s'enflammer aurait pu être plus gravement blessé encore. N'empêche que le courageux jeune acteur a été sérieusement intoxiqué par toute la fumée qu'il a respiré. Et en voyant avec quel geste désespéré Yoshizumi serre contre lui ce rouleau de pellicule qu'il vient de sauver au mépris de sa vie comme s'il s'agissait de son bien le plus précieux, bouleversé, Iwaki en a les yeux inondés de larmes. C'est pourquoi il préfère quitter la pièce avant que, une fois la projection achevée, le staff ne rallume la lumière. Et puis surtout, il lui faut absolument rencontrer quelqu'un.... Après tout, même si un film n'est qu'un produit de l'artisanat humain, ce qui provoque tant l'enthousiasme du public est toute cette passion que ceux qui le conçoivent déversent dans sa réalisation, passion qui donne sa vie à l'oeuvre. L'esprit accaparé par la réalité - c'est-à-dire sa propre passion pour Katô, Iwaki a fini par oublier cette notion si précieuse, que lui a fait soudain remémorer l'ardeur de Yoshizumi....

C'est ainsi qu'un peu plus tard, l'acteur se rend à l'hôpital de Kyôto où Katô et Yoshizumi partagent la même chambre. Les deux jeunes gens sont occupés à deviser gaiement, Yoshizumi néanmoins contraint de s'exprimer par écrit à l'aide d'un bloc de feuilles et d'un marqueur: un gros pansement lui entoure la gorge; à cause de toutes les fumées toxiques qu'il a avalées, le voilà désormais aphone durant quelque temps. Lorsque Iwaki pénètre dans la pièce, Katô l'accueille avec une exclamation de joie; cependant il ne tarde pas à s'étonner de l'expression emplie de gravité se peignant sur les traits de l'acteur. Et puis surtout, au lieu de s'avancer vers le lit où repose son bien-aimé, Iwaki se rend droit au chevet de Yoshizumi. Ce dernier n'en revient pas, tournant tour à tour la tête d'Iwaki vers Katô sans comprendre, et que dire de sa stupeur lorsque soudain le nouveau-venu s'incline profondément devant lui ! "Pour avoir protégé notre film, ce qu'il y a dans notre vie de plus précieux, de tout mon coeur merci. J'attends votre retour sur le plateau de tournage avec impatience !" Puis, après avoir prononcé ces paroles avec toute la politesse cérémonieuse dont un Japonais est capable quand il vient de recevoir un bienfait, Iwaki quitte la pièce aussi vite qu'il est entré, sans rien ajouter ni même jeter un regard vers Katô.
Une fois revenu de sa stupeur, Yoshizumi dérouté s'empresse de saisir son bloc-note afin de communiquer avec son compère: "Iwaki est toujours en colère à cause de votre querelle de l'autre jour ? Je croyais qu'il était venu afin que vous vous réconciliez...." Mais jetant un coup d'oeil à Katô et découvrant avec quelle expression admirative le jeune homme fixe la porte par laquelle son ami vient de sortir, d'abord interloqué, Yoshizumi se rappelle soudain leur conversation de tantôt: Katô avait alors le sentiment que quelque chose n'allait pas dans l'attitude d'Iwaki, en somme comme si son amour pour son compagnon lui avait rendu son métier d'acteur complètement indifférent; mais apparemment, après la scène qui vient de se produire, Katô a eu l'occasion de constater avec satisfaction qu'il s'est trompé. Voilà pourquoi il paraît d'un coup si réjoui. Alors, rayant la phrase qu'il s'apprétait à montrer, Yoshizumi en écrit une autre totalement différente qu'il présente à son camarade: "Iwaki a vraiment la classe." Et à peine a-t-il lu ces mots que rougissant, Katô gratifie l'autre acteur de son sourire le plus radieux: "N'est-ce pas ? Je reconnais bien là l'Iwaki que j'adore !" Mais quand une fois branché sur le sujet le jeune homme commence à se lancer dans des considérations plus personnelles, connaissant la volubilité de Katô quand il s'agit d'évoquer les qualités de son petit ami et peu enclin à entendre des détails trop "privés", "D'accord, stop !" écrit Yoshizumi sur sa feuille de papier !

Le lendemain, l'équipe de tournage de "Fuyu no Sémi" s'est déplacée à Hokkaïdô afin de reconstituer la grande scène de bataille du film: le combat désespéré que mènent Akizuki et ses camarades Bakushin contre l'armée gouvernementale pour tenter de maintenir l'indépendance du petit état qu'ils viennent de fonder - combat qu'ils savent pratiquement perdu d'avance et qui coûtera sa jambe gauche à Akizuki, mais à la suite duquel il retrouvera enfin son ami Kusaka, enrôlé dans l'armée adverse spécialement pour le rechercher. Brandissant un sabre, Iwaki interprète son rôle avec beaucoup de conviction, ignorant que Katô l'observe de loin.
La prise de vue achevée, Iwaki retourne auprès de sa manager Mme Shimizu. Celle-ci lui annonce qu'il dispose de pas mal de temps libre avant la prochaine scène dans laquelle il doit jouer et lui propose donc de le raccompagner à son hôtel, cependant l'acteur refuse: il préfère rester attendre patiemment sur les lieux du tournage sa prochaine entrée en scène, surtout que contrairement à leurs installations de Kyôto, celles d'Hokkaïdô se trouvent plutôt loin de l'hôtel. Tandis qu'Iwaki devise ainsi avec sa manager, il a soudain la surprise de découvrir Katô venant à sa rencontre. Jamais il n'aurait pensé que son petit ami serait sorti si vite de l'hôpital ! Mais il est vrai que le jeune homme ne présentait que des blessures superficielles, contrairement au malheureux Yoshizumi, toujours aphone, qui a dû être transféré dans un établissement de la capitale.
Quittant l'animation du plateau, les deux amants vont se promener dans la forêt adjacente. C'est la première fois qu'ils ont l'occasion de se parler seul à seul depuis leur dispute, et tout en marchant un peu en avant, Iwaki fait part à son compagnon de son admiration pour leur collègue Yoshizumi, pour son flegme en particulier: si seulement lui aussi pouvait se comporter de manière aussi neutre et objective dans n'importe quelle situation ! Car l'acteur est parfaitement conscient qu'en ce qui le concerne, sitôt que quelque chose - ou quelqu'un - le passionne, il finit par en oublier tout le reste. "Je suis si maladroit.... ajoute Iwaki dans un sourire en se retournant vers Katô. Et même à toi, je cause vraiment beaucoup de souci. En effet ça n'a pas dû être facile pour toi de me dire cela: "Arrête de ne regarder que moi" . Alors que c'est moi-même qui suis censé détester que l'on mêle travail et vie privée."
Mais alors que gai et serein, Iwaki accepte de reconnaître ses torts, le visage de Katô prend soudain une expression douloureuse, et baissant la tête, le jeune homme s'excuse piteusement. Iwaki n'y comprend rien, persuadé que ce n'est pas à son ami de lui présenter des excuses, puisqu'il sait à présent que tout ce que Katô lui avait dit et qui l'avait tant blessé sur le coup était en réalité pour son bien. Néanmoins, secouant la tête, Katô assure qu'il n'y avait pas que cela: en fait, choyé par Iwaki, il a fini par prendre l'habitude que ce dernier fasse tout ses caprices et de se laisser aller; mais en même temps, une partie de lui ne pouvait cependant admettre que son compagnon en soit venu ainsi à acquiescer à la moindre de ses volontés. Si seulement lorsqu'ils se sont disputés tous deux avaient pu s'expliquer clairement, Iwaki aurait certainement compris ce que le jeune homme s'efforçait de lui dire.... Mais d'un autre côté, Katô avait craint que s'il parvenait à le convaincre, si jamais Iwaki recommençait à s'immerger totalement dans son métier d'acteur, il risquait de ce fait de se désintéresser de lui. Et rien que d'imaginer une chose pareille, Katô avait été incapable d'exprimer sa pensée jusqu'au bout. Car au fond de lui, il ne peut s'empêcher d'être satisfait d'Iwaki tel qu'il est maintenant, l'Iwaki totalement accaparé par sa personne. Et conscient du caractère égoïste de ses pensées, Katô honteux souffre de ses propres contradictions. "Je ne pense qu'à moi.... prononce finalement le jeune homme en larmes. Je souhaite que le film soit un succès, et en même temps je désire continuer de goûter cette satisfaction personnelle.... C'est tout, je n'ai pas un instant pensé à toi ...!"
Passée la stupéfaction de cet aveu, le visage d'Iwaki se fait soudain grave. "Katô !!" appelle-t-il sur un ton impérieux, au point d'en faire sursauter le jeune homme qui s'attend en cet instant à recevoir une virulente semonce. Mais contre toute attente, Iwaki ouvre simplement les bras, le gratifiant d'un tendre sourire. "Allez, viens" prononce l'acteur sur un ton engageant. Alors, serrant les dents pour s'empêcher de fondre en larmes, pas à pas, Katô vient se blottir timidement dans les bras de son compagnon, enfouissant la tête au creux de son épaule. "Si vraiment tu avais été aussi égoïste que tu le prétends, remarque Iwaki en l'enlaçant, jamais tu n'aurais avoué ce que tu viens de me dire. Car au contraire ça t'aurait arrangé que je me fasse la plus haute idée de toi. Ces derniers temps, tu ressentais comme une sorte de fissure du fait que j'accomplisse tes quatre volontés, n'est-ce pas ? Tu craignais que tes caprices ne finissent par détruire par personnalité, mais tu n'as pas permis celà."
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Iwaki a parfaitement raison: si le jeune homme était réellement aussi égoïste qu'il semble le croire, il se serait contenté de se complaire dans la situation présente sans tenter de faire réagir son ami. Bien que Katô soit lui aussi parfois si malhabile à s'exprimer par des mots, Iwaki le comprend si bien.... Profondément remué par cette facilité avec laquelle l'acteur parvient à lire dans son coeur, Katô ne peut résister au désir de le tenir entre ses bras. "Qu'est-ce qui te prends ? Je croyais que nous avions convenu de séparer travail et vie privée ? plaisante Iwaki amusé tandis que son compagnon l'étend doucement dans l'herbe. Il me reste encore une scène à tourner tout à l'heure ?" Néanmoins, des larmes toujours au coin des yeux, Katô le supplie de ne pas le repousser, promettant de ne pas malmener son corps. Car mû par une émotion mal contenue, en cet instant le jeune homme ressent un besoin impérieux de goûter le contact de la peau de son ami, en même temps que la peur irraisonnée que s'il n'étreint pas Iwaki ici et maintenant, ce dernier ne disparaisse là où ses bras ne pourront plus l'atteindre. "Toi alors.... Alors que je viens de courir de long en large et que je suis couvert de sueur...." Mais ébranlé par le désir brûlant de Katô, Iwaki ne songe pas un seul instant à le repousser.
Et tandis que les deux amants mêlent leurs corps sur un lit d'herbes sauvages, levant les yeux vers la cîme des arbres à travers le feuillage desquels filtre un soleil radieu, Iwaki se prend à songer: "Dans une véritable vie humaine, il n'y a ni scène que l'on peut rejouer, ni scénario s'écoulant comme le cours d'une rivière.... Et c'est pour cela que parfois, inquiet, l'on éprouve le besoin de s'arrêter, submergé par nos sentiments.... Ceci est vrai pour Katô comme pour moi.... Mais d'un autre côté, c'est justement parce que l'existence est un film que l'on ne peut rejouer une seconde fois que je ne veux pas me laisser porter par les événements, mais au contraire avancer en pesant bien chacun de mes pas. Si l'un de nous deux semble sur le point de se laisser aller, que l'autre le soutienne. Quand je me trompe de route, Katô me remet sur le droit chemin. Et lorsque c'est Katô qui commet une erreur, c'est alors à mon tour de l'aider.... La rivière de ma vie, il n'y a qu'avec lui que je peux la traverser...."
Alors que les deux amants se rhabillent après leurs ébats, avisant leurs vêtements et leurs cheveux en désordre parsemés d'herbes et de feuilles, Katô remarque que leur maquilleuse ne va certainement pas être contente de les retrouver dans cet état. Quant à Iwaki songeur, réfléchissant à tout ce qui vient de se passer, il annonce soudain à son compagnon qu'il vient de faire une grande découverte: puisque ces derniers temps il ne se met plus en colère contre lui, on dirait que Katô est en manque. "En fait, tu es masochiste, conclut l'acteur. Mais rassure-toi: à partir de maintenant je te crierais dessus autant que tu voudras." - "Hein !? Non, tu te trompes ! Tu te trompes ! Tu te trompes ! scande aussitôt le jeune homme livide. Je t'assure que tu commets une monumentale erreur !!!" Mais Katô a beau crier sa protestation, cela ne suffit pas à convaincre Iwaki, sur le point de s'étouffer de rire !

C'est l'hiver, et une neige épaisse recouvre le vieux quartier de Furumachi à Niigata, là où se dresse depuis les temps médiévaux l'imposante résidence de style traditionnel de la famille Iwaki. Fuyumi, l'épouse de Masahiko le terrible fils aîné, vient de rentrer de l'hôpital après avoir mis son bébé au monde, alors prenant quelques jours de congé, les acteurs Kyôsuké Iwaki et Yôji Katô sont venus rendre visite au jeune couple afin de voir leur petite nièce. Prénommée Hina, la fillette est très mignonne et ressemble en fait beaucoup à son oncle Kyôsuké avec ses cheveux et ses yeux couleur de jais, au point que même l'effrayant Masahiko, qui retrouve dans son enfant l'image de son jeune frère qu'il a pour ainsi dire élevé, est devenu complètement dingue du bébé !
Un jour que les époux Masahiko s'apprètent à partir rendre visite aux parents de Fuyumi afin de leur présenter leur petite-fille, ils doivent se résoudre à laisser Kyôsuké et Katô seuls avec Mr. Iwaki-père, leur recommandant de prendre soin du vieil homme. Enjoignant à son frère et sa belle-soeur de prendre leur temps, Kyôsuké s'en retourne auprès de Katô, qu'il trouve allongé sous une table chauffante occupé à regarder de vieux albums de photos: lors de sa première visite chez sa belle-famille, le jeune homme avait vraiment regretté de ne pas avoir pensé à demander qu'on lui montre des photos de Iwaki enfant, et maintenant il compte bien rattraper le temps perdu ! Scandalisé de la manière excessive dont son ami dévore ces albums, Iwaki comprend que son frère ne laisse même pas Katô prendre le bébé dans ses bras, le soupçonnant d'être un peu détraqué ! Cependant le jeune homme réplique qu'il adore ces photos simplement parce qu'elles montrent son bien-aimé quand il était petit, il n'a aucun goût douteux pour les enfants. N'empêche qu'il trouve dommage de ne pouvoir consulter ces albums que lorsqu'il vient ici à Niigata, il voudrait bien posséder ses propres exemplaires, ainsi demande à Iwaki de s'enquérir auprès de son frère s'il ne resterait pas quelques négatifs. A cette requête, l'acteur explique que parti avec femme et enfant dans la famille de Fuyumi, Masahiko ne reviendra pas d'ici quelque temps. Mais Kyôsuké ajoute qu'à la manière dont le visage dur de son aîné s'adoucit chaque fois qu'il contemple sa fille, lui-même se rappelle avec nostalgie combien son frère l'a chéri quand il était petit. Depuis toujours, sous ses airs réfrigérants le terrible Masahiko cache un coeur plus tendre qu'il ne veut bien le laisser paraître !
Tandis que son ami devise ainsi en ôtant la veste de son kimono, Katô le tire soudain par son vêtement pour le faire tomber auprès de lui. Plus tard, remarque le jeune homme, quand Hina sera en âge de se marier, on peut déjà prévoir que faire admettre cela à son père ne sera pas de tout repos ! Jaloux et possessif, Masahiko serait bien capable de faire la peau à l'impudent qui oserait porter la main sur sa fille, comme aujourd'hui il voit Katô comme le type détestable qui lui a ravi son cher petit frère ! Et peut-être même pense-t-il que dans le futur, Hina ressemblant beaucoup à Iwaki, Katô serait tenté de la lui enlever elle aussi ? Autrefois, vu leur grande différence d'âge, nul doute qu'Iwaki devait représenter pour son frère ce que sa fille Hina représente pour lui aujourd'hui; c'est ce que le jeune homme ne peut s'empêcher de remarquer en voyant la manière dont Masahiko contemple son petit frère sur ces anciennes photos: ce visage tendre, c'est celui qu'il arbore à présent quand il pose les yeux sur Hina. Pas étonnant que jadis Masahiko ait si mal pris la chose lorsque désireux de mener sa vie à sa manière, Iwaki s'était un jour enfuit de la maison. Et de plus, pour finalement tomber dans les bras d'un homme ! Ah, s'il était à la place de son beau-frère, nul doute que le jeune homme n'hésiterais pas à faire la peau à cet impudent de Katô. Et joignant le geste à la parole, sur ces mots Katô lui-même fait semblant de s'écrouler mort !

Profitant de ces quelques moments d'intimité, Katô et Iwaki en profite pour faire l'amour dans l'agréable chaleur de cette salle de séjour. Seulement, ils ignorent que leurs beaux-frère et belle-soeur ne sont pas encore partis, se trouvant en ce moment-même dans le bureau du vieux Iwaki-père, dans la pièce juste à côté ! Eclats de voix et gémissements lascifs filtrent allégrement à travers la mince porte coulissante en bois, dont les grands carreaux laissent de plus voir parfaitement la scène qui se déroule dans la salle attenante. "Ne vous inquiétez pas pour moi et restez dormir là-bas", prononce Mr. Iwaki, s'efforçant de rester de marbre malgré le caractère plus que gênant de cette situation. "Les parents de Fuyumi seront certainement contents de profiter tranquillement de leur petite-fille." Fuyumi remercie son beau-père, jetant des regards inquiets vers son époux: bien moins large d'esprit que son père ou son épouse, les veines battant sur ses tempes, le pauvre Masahiko semble sur le point d'exploser ! Mais ignorant tout de l'embarras qu'ils suscitent, dans la salle de séjour les deux acteurs achèvent leurs ébats. "Je ressens un léger sentiment de supériorité, avoue Katô en baisant l'épaule de son ami. Car pour Masahiko, un Iwaki aussi docile ne subsiste plus que dans les photographies !" - "Encore ces photos.... répond l'acteur en rajustant son kimono. Si tu les veux tellement, pourquoi tu n'en ferais pas des photocopies couleur ?"
Voilà une idée excellente, Katô se demande même comment il n'y a pas pensé plus tôt ! Rangeant les précieux albums dans un sac, il décide donc de se rendre sur-le-champ au supermarché. Mais à peine le jeune homme a-t-il descendu l'escalier qu'il tombe nez à nez avec Masahiko. "Ah...? Vous êtiez encore là ...!?" balbutie Katô en blêmissant tandis que le sévère bureaucrate le gratifie d'un regard meurtrier. Et à peine Masahiko a-t-il avisé le contenu du sac que son beau-frère porte à la main qu'il le lui arrache d'un air rageur, disparaissant avec avant même que Katô n'ait pu faire un seul geste ! Une fois remis de sa stupéfaction, le jeune homme se met à hurler comme un bébé, ameutant toute la maison ! "OUUIIINNNN !!!! RENDEZ-LES MOI !! RENDEZ-MOI MES IWAKI !!"


Loin du tournage de "Fuyu no Sémi", Miyasaka et Onozuka, les deux amis acteurs de Katô, vaquent à leurs propres occupations. Souvenez-vous, depuis un moment déjà Miyasaka est tombé amoureux d'Iwaki, et en découvrant un jour son compère affalé dans sa loge à contempler d'un air hagard le fond d'écran de son portable à l'effigie de l'acteur, Onozuka constate avec surprise que ce sentiment ne l'a toujours pas quitté. S'il y a bien quelqu'un au monde dont Onozuka pensait qu'il n'aimerait jamais sérieusement, c'est bien Miyasaka, lui qui se complaît d'ordinaires dans des amourettes avec une ribambelle de filles faciles. D'ailleurs, ces derniers temps le bruit court que le jeune homme s'adonne plus que jamais à la débauche. En voilà donc la raison ? Epris de la "jeune mariée" d'un ami, Miyasaka se console comme il peut au point d'en avoir perdu toute mesure ? "Effrayant !" soupire Onozuka consterné. Quant à son compère, protestant qu'il n'a pas disjoncté, il explique simplement qu'il recherche parmi ses successives conquêtes un être susceptible d'être poli, persuadé qu'avec de la patience, il parviendrait peut-être à transformer même une personne débauchée en quelqu'un d'aussi lumineux qu'Iwaki.
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Décontenancé de ces propos qui ressemblent si peu à son camarade, Onozuka traite ce dernier d'idiot: pour briller, il faut que la matière première soit déjà de bonne qualité, et moqueur, l'acteur assure catégoriquement que c'est loin d'être le cas des filles avec qui traîne Miyasaka ! Et tout d'abord, comment un homme qui choisit ses partenaires en fonction de leur beauté physique pourrait lucidement faire la différence entre une personne susceptible d'être améliorée d'une autre irrécupérable ? "Quand on est aussi con, impossible de faire des rencontres qui en vaillent la peine," achève Onozuka sentencieusement, s'en fichant pas mal de saper encore davantage le moral de son malheureux ami. Mais déviant le sujet, le jeune homme en vient ensuite à demander d'où provient cette photo que Miyasaka conserve sur l'écran de son portable, car visiblement il ne s'agit pas d'un de ces modèles à télécharger. A cette question, le jeune homme conte alors comment quelque temps plus tôt, il a rencontré par hasard Iwaki dans le train en revenant d'Ôsaka. Tandis qu'ils se croisaient, l'acteur avait détourné la tête, continuant son chemin pour aller s'asseoir plus loin au lieu de se mettre à côté de Miyasaka. "Pas étonnant qu'il me déteste, avait soupiré le jeune homme tristement, car après avoir vaincu Katô dans une compétition sportive, n'avait-il pas exigé que Iwaki lui donne en récompense un baiser ? "Je n'aurais jamais dû faire ça...." Mais alors qu'il se lamentait ainsi au bord des larmes, l'employée du wagon était soudain venue lui servir une boisson, offerte par Iwaki ! Et à ce geste, Miyasaka comprit que l'acteur, bien que se tenant à distance, lui avait pardonné.
"Et c'est ainsi que flottant sur ton petit nuage rose, tu as pris cette photo pour commémorer ces instants ?!" Onozuka n'en revient pas ! Son ami se comporte comme une midinette ! En tant que personnalité du monde du spectacle, il pourrait tout de même se conduire de manière un peu plus smart ! Bien que vexé et un peu honteux, Miyasaka explique que Iwaki l'a invité à venir, si le coeur lui en dit, s'amuser sur le plateau de tournage de "Fuyu no Sémi" à Hokkaïdô. Ce n'était probablement qu'une formule de politesse, n'empêche qu'il aimerait bien y aller, s'il ne craignait la réaction de Katô: nul doute qu'en voyant débarquer ainsi ce parasite, celui-ci s'empressera de le chasser au plus vite ! Mais sans se moquer de lui pour une fois, Onozuka décide de venir en aide à son ami: puisque tous deux aussi sont acteurs, pourquoi ne pas faire intervenir leur maison de production dans l'affaire ? On pourra inclure cette visite dans le making-off de "Fuyu no Sémi": les deux meilleurs amis de Katô venus pour l'encourager. Comme ça ils feront d'une pierre deux coups: d'un côté, cela fera grimper leur propre côte de popularité, de l'autre, ils auront le plaisir de savourer le visage grimaçant de Katô. "Parce que tu comptes venir aussi ?" demande Miyasaka étonné. "Bien sûr ! répond Onozuka d'un sourire malicieux. Je ne louperais un tel événement pour rien au monde !"
C'est ainsi que quelques jours plus tard, les deux compères se rendent à Hokkaïdô sur les lieux du tournage de "Fuyu no Sémi", où Katô les accueille sous l'oeil de la caméra. "Waaah.... Onozuka, Miyasaka, vous êtes venus. Comme je suis content." Mais son ton monocorde et l'expression de son visage démentent tellement ses paroles qu'Onozuka s'en tord de rire, et même Iwaki reproche à son compagnon qu'il pourrait accueillir ses amis avec un peu plus de joie ! Puis, l'acteur se dirige vers Miyasaka pour le remercier d'être venu, et à peine aperçoit-il Miyasaka devisant avec Iwaki que Katô lance à son rival un regard noir - regard qui n'échappe évidemment pas à Onozuka, aussitôt secoué d'un fou rire si violent qu'il semble sur le point de se rouler par terre !

Le soir, alors que les quatre acteurs se retrouvent attablés dans un restaurant traditionnel, Onozuka poursuit son petit jeu, bien décidé à provoquer une guerre ouverte entre Miyasaka et Katô: non seulement il évoque à voix haute l'amour sincère que son camarade porte à Iwaki, mais lui demandant l'heure à laquelle part leur avion le lendemain, il oblige Miyasaka à consulter un mail sur son portable, et bien sûr, assis à ses côtés, Katô remarque immédiatement le fond d'écran à l'effigie d'Iwaki ! Arrachant aussitôt le portable des mains de son propriétaire, le jeune homme le montre à son compagnon en lui demandant ce que cela signifie, mais Miyasaka s'élance vivement vers lui pour récupérer son bien. D'un visage douloureux, il avoue ne pas comprendre ce qui met Katô dans un tel état: après tout, il a bien le droit d'aimer Iwaki, même si c'est sans espoir. "Personne ne songe à te le prendre, souffle-t-il à Katô. Je ne vois pas en quoi ça te dérange si je me contente de le regarder...!?" Mais possessif au possible, l'autre jeune homme ne l'entend pas de cette oreille et s'apprète à effacer le fond d'écran, lorsque Iwaki l'arrête net: sommant son ami de rendre son portable à Miyasaka, il lui assure que cette photo a été prise avec son consentement, Katô n'a donc aucun mot à dire dans cette histoire.
"Et pour toi, ça, c'est de la gentillesse ? Iwaki !!" proteste Katô d'une voix forte. Puis, proférant qu'il a à parler avec Miyasaka, il enjoint aux deux autres de les laisser seuls. Iwaki va pour refuser, craignant une rixe, néanmoins Onozuka parvient à le convaincre de le suivre. Une fois en tête à tête avec Miyasaka, Katô ordonne à ce dernier de renoncer à Iwaki, plusieurs fois, et de plus en plus fort; mais chaque fois la réponse de son camarade est la même, il lui oppose un "non" sonore et catégorique. Si bien qu'à la fin, poussant un profond soupir de lassitude, Katô se met en devoir d'expliquer qu'il n'insiste pas ainsi uniquement par désir de possession exclusive, mais également parce que les espoirs de Miyasaka sont totalement vains: même pour s'amuser, Iwaki n'accepte jamais d'autre partenaire que lui, et d'ailleurs, déjà bien avant qu'ils ne se fréquentent, son compagnon était incapable de se livrer à ce genre de passade. Mais hélas, pour Miyasaka, c'est justement ce sérieux et cette ferveur dont l'acteur fait preuve dans ses relations amoureuses qui lui confère une telle valeur à ses yeux: si Iwaki déviait dans son code de morale ne serait-ce qu'une seule fois, nul doute qu'il parviendrait à l'oublier facilement. Car l'homme qu'aime désespérément Miyasaka est cet Iwaki fidèle et aimant à l'extrême, qui ne tourne jamais son regard vers quelqu'un d'autre que Katô, n'accepte d'ouvrir les jambres que pour lui ! Et que répondre à cela ? Car avec stupeur, Katô découvre que Miyasaka apprécie les même qualités de son ami que lui....
Au même moment, dans la ruelle en face du restaurant, Iwaki mécontent fait part à Onozuka de sa désapprobation, car il lui apparaît flagrant que le jeune homme a organisé toute cette mise en scène afin d'exhiber les sentiments de Miyasaka devant Katô. La mise rêveuse, Onozuka se contente de soupirer comme il s'ennuie ces derniers temps; car tous deux l'esprit accaparé par Iwaki, ses deux jouets préférés ne s'amusent plus avec lui. "Appeler ainsi ses amis des jouets n'est pas très aimable", rétorque sévèrement l'acteur. "En outre, se divertir en se moquant des sentiments des gens est vraiment de très mauvais goût." - "Et donner de l'espoir à quelqu'un alors qu'on n'a nulle intention de répondre à son amour, ce n'est pas de mauvais goût ?" réplique aussitôt Miyasaka en se retournant vers Iwaki, sans se départir de son éternel sourire un peu moqueur. "Bah, ajoute-il avec ironie, se réjouir de la sympathie des autres quels qu'ils soient est le propre de ceux qui comme nous vivent de leur popularité, rien à faire de ce côté-là." - "Toi alors !!" Décidément, le cynisme de Onozuka n'est pas pour plaire à son interlocuteur ! Cependant les paroles suivantes prononcées par le jeune homme ne laisse pas de surprendre Iwaki. Onozuka explique ainsi que puisque Miyasaka est tombé amoureux d'Iwaki sans que ce dernier en soit responsable, il ne peut donc demander à l'acteur d'intervenir, mais par contre, Katô quant à lui a une grande part de responsabilité dans cette histoire: n'est-ce pas lui qui n'a cessé de vanter les qualités de son compagnon à cet imbécile de Miyasaka ? Alors, avant que leurs relations à tous quatre ne s'enveniment à cause d'histoires de coeur, il voulait obliger Katô a mettre enfin les points sur les i.
"Ainsi... Tu as manigancé tout cela pour le bien de Miyasaka...." souffle Iwaki incrédule. Néanmoins, Onozuka assure que ses actes ne sont pas spécialement dictés par quelque chose d'aussi sirupeux que l'amitié. A dire vrai, il fait partie de ces gens qui ne parviennent à appréhender les choses que par rapport à la face cachée des autres, voilà pourquoi, lorsqu'il se tient aux côtés de personnes stupidement franches et directes tels que ses amis, son âme s'en trouve profondément appaisée. "Dans le monde du spectacle, il n'y a que des gens comme moi et j'en suis vraiment fatigué...." Après un tel aveu, Iwaki est vraiment ravi et soulagé de constater que Onozuka est quelqu'un de bien meilleur qu'il ne veut le laisser paraître. Voilà pourquoi, souriant, il s'avance vers lui: "Tout à l'heure, tu as dit que je traitais Miyasaka avec gentillesse pour m'octroyer sa sympathie, mais tu te trompes: c'est parce que tant que vous serez tous deux les précieux amis de Katô, je pense que je me dois de bien m'entendre avec vous. Et si, comme tu l'as prévu, Katô prend ses responsabilités et parvient à raisonner Miyasaka, je pense que notre amitié est tout à fait possible." - "Moi je préfèrerais quand même que les choses ne s'arrangent pas trop vite, rétorque Onozuka, un peu gêné des propos de l'acteur. Car si Miyasaka renonce trop facilement, ce ne sera plus très amusant."
Quand Iwaki et Onozuka reviennent enfin dans le restaurant, ils retrouvent leurs deux amis en grande discussion, affalés sur la table basse pour avoir chiqué au moins deux pleines bouteilles de saké. Mais si les deux compères échangent effectivement une longue conversation, ce n'est certainement pas celle à laquelle leurs deux camarades s'attendaient ! "Iwaki a fait ci.... Et alors Iwaki a dit cela...." L'esprit embué par l'alcool, les yeux rivés sur le fond d'écran du portable de Miyasaka, Katô passe en revue pour la énième fois les évènements importants de sa vie commune avec l'acteur, tandis que Miyasaka, tout aussi ivre, l'écoute d'une oreille attentive, ponctuant le récit de ses commentaires: "Arrête de te plaindre ! Combien crois-tu qu'il y a de gens qui ont la chance d'avoir un tel compagnon ?" ou encore: "ça, tu me l'as déjà raconté mille fois. Et si l'imbécile que tu es me faisait le plaisir de mourir juste un coup ? Allez, crève, et laisse-moi Iwaki !" - "Moi, mourir, jamais de la vie ! C'est absolument hors de question !!"
A entendre ces divagations d'ivrognes, Onozuka la main sur la bouche fait des efforts désespérés pour ne pas éclater de rire ! Quant à Iwaki, il se contente d'exhaler un profond soupir de lassitude avant de se pencher vers son compagnon: "Si tu n'as pas l'intention d'avoir une discussion sérieuse, annonce-t-il résigné, il est temps que nous rentrions. Que va-t-il se passer si tu n'as pas désaoûlé d'ici demain ?" - "Aaah, Iwaki, tu es là.... Où étais-tu passé ? Je me suis senti si seul...." s'exclame le jeune homme en pleurnichant. - "C'est pourtant toi, non, qui m'a dit d'aller faire un tour ? Allez, rend son portable à Miyasaka." Mais tandis que l'acteur prend dans la sienne la main de Katô qui tenait le portable, ce dernier valide par mégarde la fonction d'effacement laissée depuis tout à l'heure en suspens: en un clin d'oeil, le fond d'écran est effacé de la mémoire de la machine et la photo disparaît, sous les regards horrifiés de Katô et Miyasaka. Quelques instants d'un silence pesant font bientôt place à un hurlement déchirant. "AAAHHHH !!! Pourquoi, Iwaki ! s'écrie Katô en larmes en s'accrochant à son ami, qu'il rend responsable de sa maladresse. Alors que je n'avais même pas encore eu le temps de le transférer sur mon propre portable !!" - QUÔA !? s'indigne aussitôt Miyasaka. Alors c'est pour ça que tu ne l'avais pas effacé tout de suite !!?" Tandis qu'Iwaki fait de son mieux pour tenter de calmer ses deux groopies ivres, à genoux sur le sol, Onozuka plié en deux s'étouffe de rire. Lui qui craignait de s'ennuyer est désormais certain d'avoir matière à s'amuser pendant encore quelque temps !

Après cette petite soirée bien arrosée, les quatre compères repartent chacun de leur côté. Dans le taxi qui les ramène son ami et lui à leur hôtel situé près de l'aéroport, Miyasaka ivre-mort reprend enfin lentement ses esprits. Triste et amer, il s'interroge à haute voix: s'il commettait un acte qui le ferait détester irrémédiablement d'Iwaki, peut-être parviendrait-il à renoncer à l'acteur ? Onozuka comprend immédiatement ce qu'il veut dire, il sait lui aussi quel serait le meilleur moyen pour qu'Iwaki vienne à haïr Miyasaka jusqu'à un point de non-retour. Néanmoins, si le jeune homme devait arriver à une telle extrêmité, Onozuka l'avertit qu'il doit être prêt à assumer les conséquences de ses actes: porter de force la main sur Iwaki n'aurait pour conséquence logique qu'un suicide et un meurtre par vengeance. Ainsi, Onozuka engage son ami à reprendre son sang-froid avant d'agir et commettre un acte terrible et irréparable. Bien sûr, n'étant pas du genre à s'éprendre de quelqu'un à ce point-là, Onozuka avoue ne pas bien comprendre le supplice qu'endure son compagnon, néanmoins, il est persuadé qu'après avoir commis son forfait, ce dernier risque fort de regretter ses actes, d'en vouloir à lui-même de n'avoir pas su s'arrêter à temps. Et après tout, quand on y réfléchit calmement, son histoire d'amour à sens unique ne l'oblige en aucun cas à s'auto-détruire ? Car en adoptant un comportement cruel et irraisonné, ce serait lui, Miyasaka, qui aurait le plus à perdre dans cette affaire. Selon Onozuka, son ami souffre d'un simple problème d'ordre sentimental qui n'est pas si difficile que cela à résoudre, tout n'est qu'une question de volonté, celle de renoncer à son amour malheureux. "Facile à dire, quand il s'agit des autres...." grommelle Miyasaka, pas du tout convaincu. Cependant, très sérieux, son ami lui lance un dernier avertissement: si jamais Miyasaka venait à faire quelque chose de grave, Onozuka n'est pas certain qu'il voudra encore demeurer à ses côtés."Quel mec froid...." soupire le jeune homme découragé par les propos de son compagnon. - "Je peux en dire autant à ton égard," réplique pensivement Onozuka....
Pendant ce temps, Katô étant décidément trop saoûl pour supporter le trajet jusqu'à leur auberge, Iwaki a finalement loué une chambre dans un hôtel situé tout près du restaurant où ils ont dîner avec leurs deux compères. Tandis que l'acteur téléphone à sa manager pour la mettre au courant de la situation, Katô couché dans le lit reprend enfin connaissance, et comme il ne se souvient plus de rien, Iwaki se met en devoir de lui raconter la fin de la soirée: comment Miyasaka et lui ont vidé plusieurs bombonnes de saké en se disputant comme des gamins ! Mais alors que Iwaki se moque gentiment de lui en lui caressant les cheveux, Katô arbore soudain une expression larmoyante, avant de saisir l'acteur par la taille pour venir se serrer contre lui. "J'ai vraiment de la chance que tu sois tombé amoureux de moi.... prononce-t-il, blotti dans le giron de son ami. Tu vas continuer de n'aimer que moi seul, n'est-ce pas...?" - "Qu'est-ce qui te prend de te montrer si faible, tout à coup, s'étonne Iwaki amusé. Alors que tout à l'heure, dans le restaurant, tu clamais haut et fort à Miyasaka qu'il était impossible que j'aime un jour quelqu'un d'autre que toi." - "Haut et fort ? J'ai dit ça, moi ?" demande Katô en relevant subitement la tête. - "Oui, et aussi qu'il était "absolument inconcevable !!" que mes sentiments se détournent de toi pour voler vers autrui." Et bien qu'il ne se souvienne plus de rien, Katô reconnaît que ce genre de paroles sont bien dignes de lui !
Légèrement déprimé, le jeune homme explique que pour le propre bien de Miyasaka, il se devait de tout faire pour le convaincre de renoncer, Miyasaka qui continuait de prétendre que cela lui était égal même s'il n'avait aucune chance de concrétiser son amour et continuait malgré tout à espérer. En outre, en contemplant l'état dans lequel se trouvait son camarade, Katô avait fini par se revoir lui-même en ces jours lointains où Iwaki refusait encore d'accepter ses sentiments, et cela lui avait été très pénible de se rappeler cette époque. "Alors je me suis dit qu'il fallait que je l'oblige à laisser tomber, pour son propre bien...." Mais après écouté en silence son compagnon, Iwaki la mine boudeuse lui enfonce violemment la tête dans le matelas en s'exclamant: "Tu récoltes pourtant les graines que tu as semées !!" - "Hein ? Quelles graines !!" proteste Katô en retour. Iwaki se met alors en devoir de lui rappeler que d'après ce que lui a rapporté Onozuka, si Miyasaka s'est épris de lui, c'est à cause des paroles inconsidérées de Katô qui n'a pas cessé de louer ses qualités devant tout le monde. Il existe des gens qui, si l'on éveille trop leur intérêt, en viennent inévitablement à lorgner le bien d'autrui, ainsi l'acteur conseille à son ami de faire davantage attention désormais quand il évoque leur couple. "Et toi, Iwaki ? rétorque Katô piqué au vif. Tu parles souvent de moi à Yoshizumi !! Ce n'est pas pour autant que Yoshizumi va tomber amoureux de moi !?" - "Ouh.... J'ai dit simplement il existe des gens !!" répond Iwaki, mouché.
Mais bientôt, alors qu'ils se dévisagent, les deux acteurs cessent de se disputer pour échanger un sourire amusé. "J'ai compris, acquiesce Katô. Dorénavant je ferais plus attention." - "Moi aussi," répond Iwaki. - "Il n'y a pas de raison pour se conduire éternellement comme des jeunes mariés.... C'est peut-être le bon moment pour se calmer." - "Tu as raison." - "Enfin, j'entends par là en public seulement," s'empresse d'ajouter malicieusement Katô. Et tandis qu'après chaque phrase prononcée l'un et l'autre rapprochent graduellement leur lèvres, les deux amants finissent par échanger un baiser passionné. Tout en dénouant le peignoir de son compagnon, Katô assure plein de conviction que même sans clamer leurs sentiments devant tout un chacun, il est persuadé qu'Iwaki et lui pourront aisément franchir leurs noces d'argent puis leurs noces d'or en filant le parfait amour. "Les noces d'or ? Comme tu vois loin !" répond Iwaki en riant. Mais après avoir achevé de déshabiller son ami, alors qu'il ôte ses propres vêtements, Katô remarque soudain la forte odeur de saké dont il est imprégné. S'excusant auprès d'Iwaki, il s'apprète à aller prendre une douche, lorsque soudain ce dernier le retient par derrière en l'entourant de ses bras. "ça ira.... souffle l'acteur en pressant son visage contre l'épaule de Katô. Ce n'est pas désagréable, puisque c'est ton odeur."

Paroles innocemment provocantes auxquelles ne saurait résister Katô ! Avant de lui repprocher de parler trop souvent de leur couple devant les autres, son petit ami ferait bien d'abord de ne pas lui donner tant de raisons de se vanter ! Mais après avoir étreint Iwaki par derrière en le faisant assoir sur ses genoux, Katô le lâche bientôt pour l'étendre sur le lit: le dos de l'acteur a beau être plein de volupté, le jeune homme désire voir son visage quand ils font l'amour, aveu qui empourpre aussitôt les joues d'Iwaki. "Katô.... prononce-t-il, prenant le visage de son compagnon entre ses mains. Le jour de nos noces d'argent, je t'appellerais par ton prénom." Car comme le veut l'extrême politesse japonaise, même chez les couples mariés, Katô et Iwaki s'adressent toujours l'un à l'autre en employant leur nom de famille. "Quoi, réplique Katô en plaisantant pour dissimuler sa gêne et son contentement, tu ne m'appelleras pas Yôji d'ici-là ? Ce sera une récompense pour avoir respecté nos voeux de mariage ? Dans ce cas.... ajoute le jeune homme, reprenant ses assauts, moi aussi lors de nos noces d'or, je t'offrirais une récompense. Je t'appellerais Kyôsuké...." Suprême audace pour un Japonais, quand on pense qu'Iwaki est son aîné de cinq ans !
Le lendemain matin, les deux acteurs s'apprètent à quitter l'hôtel pour aller prendre leur petit déjeuner en ville avant de reprendre le chemin de leur studio. En récupérant ses affaires sur le buffet, Katô avise soudain le téléphone portable, et cela lui remet d'un coup le désastreux incident de la veille en mémoire: le fond d'écran à l'effigie d'Iwaki malencontreusement effacé du portable de Miyasaka ! "J'aurais préféré avoir définitivement oublié.... soupire le jeune homme en tombant à genoux sur le sol. L'Iwaki de ce fond d'écran était si beau.... Et maintenant, il a disparu de ce monde à tout jamais...." - "Tu possèdes déjà un tas de fonds d'écran à mon image," proteste l'acteur, qui décidément à bien du mal à comprendre le culte puéril que lui voue son ami. Quel besoin avais-tu de posséder celui-là aussi ?..." - "Mais ce n'est pas pareil !! s'exclame Katô d'une voix plaintive. Il s'agissait d'un exemplaire rare et précieux qui te montrait à un moment où je n'étais pas là !!"
Tout en pleurnichant, Katô se met alors en devoir d'expliquer que puisqu'il ne peut pas voir quel visage montre Iwaki quand il ne se trouve pas à ses côtés, tel un fan, il refuse absolument que lui passe sous le nez ne serait-ce qu'un seul cliché pris par autrui ou un seul épisode de feuilleton où il peut contempler l'acteur. Jérémiades dignes d'une jeune groupie qui ne font qu'arracher à son petit ami un soupir consterné et las. "Katô, commence à son tour Iwaki, un sourire patient sur les lèvres. Qui est la personne que j'aime le plus au monde ?" - "Hein...? C'est moi...." répond le jeune homme intrigué. - "Que préfères-tu: que j'affiche une mine de circonstance ou que je montre un visage heureux ?" - "UN VISAGE HEUREUX !!" clame Katô sans hésitation. - "Alors, à qui crois-tu que je montrerais un visage plus heureux que celui que je tourne vers toi ? D'un visage que tout le monde peut voir ou de celui qui n'est réservé qu'à toi seul, à ton avis, lequel a le plus de valeur ?"
Les sages paroles d'Iwaki laissent le jeune homme bouche-bée et pantois. Il ne lui était pas venu à l'esprit d'envisager les choses sous cet angle. "Tu as raison !! s'exclame-t-il enfin, retrouvant d'un coup le moral. Plutôt qu'un exemplaire visible par tous, c'est un exemplaire que moi seul peut voir qui est le plus rare et le plus précieux !!" Cependant Katô n'a pas plus tôt proféré cette sentence d'un air résolument convaincu qu'il remarque enfin qu'à ses côtés, son compagnon est prêt à s'étouffer de rire ! "Iwaki !? Là maintenant, tu es en train d'essayer de m'embobiner !!" s'écrie Katô en se jetant sur l'acteur hilare, vexé de voir ses petites misères de fan collectionneur si peu prises au sérieux !

Katô s'éveille un matin, et après s'être étiré pour chasser la torpeur du sommeil, remarque en soupirant d'aise comme il est bon de se retrouver chez soi. Une fois levé et habillé, après avoir allumé la télévision d'un geste distret, il trouve sur la table de la salle à manger un mot écrit par son compagnon, déjà parti travailler:
"A Katô. Bonjour ! Aujourd'hui je terminerais à 17 H. Viens me chercher au studio TV Asahi de Roppongi. Si jamais il y avait un changement, je t'en préviendrais au plus vite. P.S. Avant de venir, si tu pouvais acheter un cadeau pour Yoshizumi, ça me rendrait un grand service. Iwaki."
"Entendu, Iwaki-san," acquiesce le jeune homme gaiement en déposant un baiser sur la missive. Puis, se laissant mollement tomber sur le sofa, Katô se remémore la scène survenue tôt le matin. Tandis que Katô dormait encore, Iwaki déjà levé et habillé l'avait réveillé afin de le prévenir de son départ. Katô avait été désolé, lui qui aurait tant voulu préparer le petit déjeuner de son compagnon avant qu'il ne parte au travail, néanmoins l'acteur l'avait assuré que ce n'était pas nécessaire et l'avait enjoint de rester couché. Puis, l'avertissant qu'il lui laisserait un mot avec son programme de la journée sur la table, Iwaki avait tendrement ramené les couvertures sur son compagnon, l'embrassant sur les lèvres avant de s'en aller travailler.
"AAAAH ! Quel veinard je suis !! s'exclame le jeune homme au souvenir de cette scène. Ils doivent être peu nombreux en ce monde, les époux aussi doux et aussi parfaits !! Pas de doute, les hommes, il faut les choisir âgés de plus de 30 ans !!" Mais alors même qu'il se fait cette réflexion, Katô se rend compte qu'il n'y a pas que du point de vue de la gentillesse que Iwaki se montre un époux responsable sur lequel on peut compter: tant que le film "Fuyu no Sémi" ne sera pas achevé, Katô ne touchera aucun salaire; ainsi c'est sur les revenus de son compagnon seul que repose désormais leur train de vie à tous deux. Le jeune homme se demande donc s'il est vraiment juste qu'il puisse passer ainsi son temps à ne rien faire alors qu'Iwaki doit s'échiner pour subvenir à leurs besoins. S'il suppliait la directrice de sa maison de production en lui assurant qu'il ferait n'importe quoi, peut-être cette dernière accepterait-elle de lui confier un travail ? A peine a-t-il formulé cette question à voix haute que Katô s'assène à lui-même un bon coup sur la tête, exactement comme l'aurait fait son ami s'il avait pu l'entendre à cet instant ! "Qu'est-ce que ce revirement absurde, Katô !! s'exclame le jeune homme. S'il s'agissait de travailler uniquement pour l'argent, au lieu de choisir "Fuyu no Sémi", tu n'avais qu'à continuer de travailler comme tu le faisais avant de tourner dans ce film !!" Et après s'être ainsi réprimandé tel que l'aurait fait Iwaki, Katô s'excuse de son propre manque de fermeté dans ses décisions. Car en choisissant de jouer dans "Fuyu no Sémi" au point de s'attirer les foudres de sa directrice, il savait bien qu'il allait devoir faire vache maigre durant quelque temps.
Tandis que résigné, le jeune homme décide de faire le ménage en nettoyant la maison de fond en comble au point de provoquer la surprise d'Iwaki, il avise soudain le reportage qui passe en ce moment à la télé: on y montre une variété de bernard-l'ermite de grande taille aux coquilles peintes de splendides motifs colorés. Comme la particularité de ces petits crabes est de migrer dans une autre coquille à chaque étape de leur croissance, on peut ainsi mettre à la disposition de ces nouveaux animaux de compagnie, dans leur aquarium, des coquilles ornées selon les goûts de leur propriétaire. "Des bernard-l'ermite, hein ? Ce sera peut-être bien...." songe Katô admiratif en se remémorant la dernière recommandation que son ami lui a laissée sur son mot.

En fin d'après-midi, Katô attend patiemment son compagnon dans le salon de thé ménagé dans le gigantesque building de TV Asahi, la plus importante chaîne de télévision du Japon. Mais quand l'acteur arrive enfin, hélas ce dernier n'est pas seul: il est accompagné de l'exubérant Onozuka, au grand dam de Katô. "Ne t'amuses pas à des plaisanteries aussi futiles !!" s'exclame le jeune homme furieux en bondissant de sa chaise, tandis que son camarade lui déforme le visage sous le nez d'Iwaki en lui pinçant la joue. - "Wah, il s'est mis en colère ! Il est soupe-au-lait !! Grand-frère, tu dois divorcer d'avec un tel mec !!" s'écrie Onozuka en se cachant dans le dos d'Iwaki. - "Grand-frère !?" rugit Katô consterné par tant de familiarité. - "Oui ! Je suis le petit frère d'Iwaki," répète l'autre jeune homme fièrement. Iwaki se met alors en devoir d'expliquer à son ami que Onozuka et lui interprèteront deux frères dans le feuilleton qu'ils vont tourner prochainement. Onozuka sera le héros de cette série, et aujourd'hui avait lieu la première entrevue entre les membres du staff. Jouant la fausse modestie, Onozuka avoue comme il se sentait confus lors de cette entrevue réunissant des gens éminents, au point de se demander s'il était vraiment juste qu'un type comme lui obtienne le premier rôle. Cependant Iwaki, qui commence à bien connaître le caractère espiègle du jeune homme, lui répond qu'il sait parfaitement que celui-ci n'est pas du genre à penser réellement ce qu'il vient de dire. Et en voyant ces deux acteurs qui ont la chance d'être en activité discuter gaiement de leur travail, Katô ne peut que baisser la tête, un triste sourire aux lèvres, les enviant de tout son coeur.
Néanmoins, fidèle à son humour grinçant, Onozuka prononce bientôt des paroles qui font sursauter Iwaki d'horreur: le planning de tournage du feuilleton a dû être ajusté en fonction de l'emploi du temps hyper-chargé d'Iwaki; Katô a bien de la chance d'avoir une jeune mariée qui gagne autant d'argent, remarque Onozuka, avant d'ajouter dans un sourire cynique: "Au lieu de te contenter de jouer les pique-assiette, et si tu devenais le manager d'Iwaki ?" Livide, Iwaki voit la main de Katô s'élever, cependant le jeune homme se contente de donner une légère tape sur la tête de Onozuka en le traitant d'idiot. Davantage que soulagé, l'acteur en est au contraire surpris, car il croyait vraiment que Katô allait frapper son camarade ! "Si je devenais son manager, lance Katô avec malice, Iwaki serait tellement distrait par ma présence qu'il ne parviendrait pas à se concentrer sur son travail." - "Tu parles ! réplique Onozuka sur le même ton gouailleur. Tu n'arrêterais pas de faire du scandale en criant à Iwaki de ne pas montrer telle ou telle expression de visage devant la caméra, et résultat, les prises de vue ne cesseraient d'être interrompues !" Et en contemplant les deux jeunes gens chahuter ainsi d'un air complice alors qu'il prévoyait une esclandre, Iwaki en reste bouche-bée !
Quelques instants plus tard, dans la voiture qui les conduit à l'hôpital où se trouve Yoshizumi, l'acteur soucieux ne peut s'empêcher de déclarer à Katô qu'il n'aurait jamais pensé que ce dernier aurait rit de la plaisanterie de Onozuka, car lui-même en tant qu'acteur reconnu aurait été incapable de prendre la chose avec humour si on lui avait conseillé de se rabaisser pour devenir manager. "Aah ? Mais ce n'était qu'une plaisanterie," répond Katô. Cependant Iwaki n'en démord pas: même pour une plaisanterie c'était y aller un peu fort, et l'acteur a beau savoir que Onozuka possède une langue de vipère, jamais il n'aurait pensé que ce dernier irait jusque-là. "Bah, répond Katô, c'est vrai que c'était un peu vexant, mais il n'y avait pas de quoi se mettre en colère." Et sous le regard étonné d'Iwaki qui a peu l'habitude d'entendre son impulsif compagnon prononcer des paroles aussi raisonnables, le jeune homme explique qu'en outre, Onozuka est quelqu'un de très intelligent; ainsi s'il avait réellement méprisé son camarade mis temporairement au chômage, il ne l'aurait au contraire pas laissé paraître ni en paroles ni dans son comportement. "Tu veux dire par là que Onozuka est un véritable ami ?" souffle Iwaki éberlué. - "Arrête ! Je connais quelqu'un de bien mieux que ce filou de Onozuka !" - "C'est vrai, acquiesce l'acteur, comprenant parfaitement à qui Katô fait allusion. Au fait, qu'as-tu acheté comme cadeau pour la visite ?" Mais à cette question, le jeune acteur se contente de lâcher d'un air ravi un petit rire entendu.
"Un bernard l'ermite ?! Euh...." Voilà ce qu'écrit sur son carnet Yoshizumi, toujours cloué aphone sur son lit d'hôpital, en apprenant la nature du présent que lui avait destiné Katô. "C'est exact, répond Iwaki, lançant à son compagnon un regard mécontent. Vouloir amener un animal dans un hôpital, quel manque de bon sens !" - "Eeh, mais ça n'aboit pas ! proteste aussitôt le jeune homme. Je pensais que cela ne poserait pas de problème, et qu'il serait un bon compagnon de jeu pour Yoshizumi." Cependant Iwaki n'a pas vu les choses de ce point de vue - même un placide poisson rouge serait interdit dans un hôpital - ainsi Katô a dû se résoudre à laisser l'animal et son aquarium dans la voiture. Mais reportant son attention sur Yoshizumi, soucieux, Iwaki lui demande si sa voix ne lui est toujours pas revenue. L'autre acteur répond par écrit que le problème n'est pas qu'il n'ait pas retrouvé sa voix, mais que cela lui fait très mal à chaque fois qu'il essaye de parler.
"J'aurais dû amener le bernard l'ermite ici," bougonne Katô au beau milieu de cette conversation sérieuse, "ne serait-ce que pour le montrer." - "Tu crois que c'est bien le moment...!!" le réprimande Iwaki, furieux. - "Mais, commence à expliquer le jeune hommme, c'est que les bernard l'ermite et nous, les acteurs, nous nous ressemblons beaucoup. Réfléchissez: les acteurs ne possèdent pas de lieu de travail fixe et émigrent sans cesse d'un rôle à un autre. Et avec nos costumes et notre maquillage nous ressemblons particulièrement à ces bernard l'ermite peinturlurés de manière voyante. Cependant.... ajoute Katô en prenant soudain un ton grave, ni moi dans ma situation actuelle, ni Yoshizumi qui est blessé, ne possédons en ce moment de coquille dans laquelle déménager.... Voilà pourquoi, afin de pouvoir trouver notre prochaine coquille, il faut absolument que nous retournions dans la coquille - dans le rôle, que nous occupons actuellement !" Les paroles emplies de sagesse prononcées par le jeune homme laissent ses deux compagnons pantois tandis qu'ils le dévisagent en silence. Jusqu'à ce que Yoshizumi finisse par écrire simplement sur son carnet: "OK. Je vais revenir." - laissant Katô dépité par cette réponse si concise ! "J'ai vraiment hâte que tu sois à nouveau capable de parler, Yoshizumi ! lance le jeune acteur en riant. Car quoi qu'on te dise de bon et de sage, tes réponses ne suivent pas !"

Un peu plus tard dans la soirée, de retour à leur maison et paisiblement assis sur le canapé du salon, les deux amants nourrissent le bernard l'ermite qu'ils ont finalement ramené avec eux avec du pop-corn qu'on dit que ces crustacés aiment grignoter. Faisant manger à Katô un morceau de pop-corn, le visage grave, Iwaki ne tarde pas à lui présenter ses excuses: il n'avait pas pensé que son ami avait réfléchi en achetant son cadeau à l'analogie entre les bernard l'ermite et les acteurs, et s'en veut de s'être mis inutilement en colère. Cependant le jeune homme lui assure qu'il n'a pas à s'excuser, ajoutant que c'est lui-même qui a agi inconsidérément. Le problème est plutôt ce qu'ils vont faire à présent de l'animal, car tous deux passent le plus clair de leur temps hors de la maison à cause de leur travail, il leur est donc impossible de l'élever. A ce moment Katô songe que ce serait peut-être une bonne solution de confier le bernard l'ermite à sa soeur Yôko qui ne possède encore aucun animal de compagnie, idée à laquelle Iwaki acquiesce aussitôt, ajoutant que cela fera sans doute plaisir à son jeune fils Yôsuké. Mais quand l'acteur enjoint son ami de téléphoner à sa soeur pour lui demander si elle accepte de recueillir le crustacé, tout en déboutonnant d'un geste négligent la chemise d'Iwaki, Katô répond qu'il le fera mais plus tard. "Eh là !! Qu'est-ce que tu fais...!! proteste l'acteur tandis que le jeune homme se fait de plus en plus pressant. J'ai encore quelque chose à te dire...!!" - "Oui, d'accord. Vas-y ?" répond Katô d'un ton distrait. - "Il s'agit d'une affaire très sérieuse...!! s'écrie Iwaki, voyant son ami peu disposé à l'écouter. Cela concerne ce que Onozuka t'a dit aujourd'hui. Toi, tu lui as pardonné en riant, mais moi je suis incapable de lui pardonner ça ! Il a beau être ton ami, on ne peut pas fermer les yeux sur des paroles aussi cruelles. Je.... Uh !?"
Emprisonnant la tête d'Iwaki entre ses mains, Katô le force à se taire d'un baiser. Selon lui, il convient de passer l'éponge sur ce genre de plaisanterie douteuse. Si c'était Iwaki qui l'avait traité de pique-assiette et lui avait conseillé d'abandonner le métier d'acteur pour devenir manager, il est clair que le jeune homme ne s'en serait pas remis; néanmoins, cela lui est complètement égal d'entendre de tels propos dans la bouche d'autrui. Et puis, pardonner ou non à Onozuka est son problème à lui, son compagnon n'a pas à intervenir dans cette affaire. "Aaah.... Ne fais pas cette tête.... supplie Katô tandis que Iwaki le contemple d'un air blessé. Et si par exemple je te disais qu'à présent que je ne reçois plus de salaire, il m'est pénible d'être un fardeau pour toi, que me répondrais-tu ?" - "Imbécile ! explose l'acteur aussitôt. Tout ce qui est à moi est à toi ! Si tu te sens gêné à cause de ça, je vais vraiment me mettre en colère !!" - "Je sais parfaitement que tu es le genre de personne à parler comme ça, acquiesce Katô dans un sourire. Et toi non plus, je ne pense pas que tu irais croire que je suis le genre à ne rien éprouver face à ma situation actuelle, contraint de compter exclusivement sur toi ?" Voilà pourquoi, puisque se vendre à bon marché par désir d'obtenir immédiatement un quelconque salaire ne ferait que rabaisser la valeur du film sur lequel il a misé sa carrière et aussi ternir l'image de son futur retour à l'écran, Katô juge qu'il vaut mieux qu'il s'abstienne de rechercher par cupidité de médiocres contrats, même si son chômage doit faire jaser les gens. En outre le jeune homme est persuadé qu'il serait vain de tenter d'expliquer ces raisons à autrui dans le menu détail et de demander compréhension. Il ne lui reste donc qu'à se faire reconnaître aux yeux du monde par le résultat visible de ses efforts, et pour le reste, l'invisible, ses doutes et tout ce que ses décisions impliquent de force morale, Katô assure que seul lui importe d'être compris d'Iwaki.
Après avoir écouté son ami en silence, baissant tristement la tête, Iwaki lui demande à nouveau pardon. En se prenant inutilement la tête au sujet des railleries de Onozuka, c'est comme s'il avait obligé Katô à prononcer toutes ces paroles difficiles à dire. A force de ressentir perpétuellement de l'inquiétude pour tout ce qui concerne le travail, Iwaki a conscience d'en être devenu beaucoup trop susceptible. "Ah non, proteste Katô en se jetant soudain sur son compagnon et l'allongeant sur le canapé. Garde cette hypersensibilité du point de vue physique seulement !" - "QUI est hypersensible ?!!" proteste aussitôt Iwaki. - "Fufufu...! Tu oserais dire que je me trompe ?" Mais tandis que le couple entâme ses ébats, Iwaki a tôt fait de prouver malicieusement à Katô que de tous deux, c'est bien ce dernier le plus sensible charnellement, le plongeant par ses caresses dans une langueur qui a tôt fait de le mettre à plat. Katô avoue bientôt qu'il va lui falloir quelques instants pour récupérer avant de passer à la suite, mais quand l'acteur, sussurrant qu'il ne saurait attendre davantage, se tourne vers lui dans une position des plus excitante, le coeur du jeune homme se met soudain à battre si fort que tandis que le sang lui monte à la tête, ses facultés lui reviennent d'un coup ! Avant d'avoir compris ce qui lui arrive, voilà Iwaki empoigné d'une main ferme, violemment transpercé et dévoré par son compagnon métamorphosé en bête féroce !
Plus tard, épuisé et à bout de souffle, en tournant son regard vers la table du salon, Iwaki avise le petit crabe posé là dans son aquarium. Il lui vient alors une idée: pourquoi ne pas remettre l'animal en liberté dans la mer ? On trouve couramment des bernard l'ermite au japon, donc la réadaptation de ce dernier ne devrait pas poser de problème. Et puis, s'ils allaient faire un tour à la mer, Katô pourrait en profiter pour se détendre en faisant un peu de surf ? A cette proposition, le jeune homme hésite, car ce serait très mal venu s'il lui arrivait de se blesser avant que le tournage de leur film ne soit achevé. En outre, il lui semble injuste que Iwaki soit le seul à travailler tandis que lui s'amuse à faire tout ce qui lui plaît. "Je travaille parce que j'aime ça, répond l'acteur, un sourire engageant aux lèvres. Et je pense qu'il en est de même pour toi. A moins qu'il y ait autre chose ? Tu a toujours dit que le surf était ta spécialité, mais en réalité tu es tellement mauvais dans ce sport que tu n'oserais le pratiquer devant moi ?" - "Quoi ? Tu n'a jamais entendu parler de Katô Yôji de Kujûkurihama ? Si là maintenant je n'abuse pas trop de mon coup de hanche, il n'y a pas de raison pour que je fasse honte à ma réputation !"
Et c'est ainsi que le lendemain, jour de congé d'Iwaki, les deux amants se rendent au bord de la mer afin d'y relâcher leur bernard l'ermite. Assis sur le sable, l'aquarium vide posé à ses côtés, Iwaki contemple admiratif Katô juché sur sa planche de surf. Ce dernier n'avait pas fanfaronné, il est réellement très bon ! Puis, quand le jeune homme regagne enfin le rivage pour venir s'étendre auprès de son ami, il soupire d'aise en remarquant que ses réflexes lui sont enfin revenus, depuis le temps qu'il n'a pas eu le temps de pratiquer son sport favori. La dernière fois qu'il est allé à la mer, ce devait être pour les besoins d'une prise de vue ? Néanmoins qu'il est bon de s'étendre ainsi au soleil sans avoir à se préoccuper du regard des gens ! "Qu'est-ce que tu racontes, réplique Iwaki légèrement moqueur. Alors que tu n'as pas cessé de te préoccuper de mon regard ! J'ai bien vu comme tu te souciais des angles de caméra." - "Tu as deviné ? Mais c'est que tu avais l'air de me trouver tellement beau en me regardant que je n'ai pas pu m'empêcher de faire de mon mieux." - "Espèce de poseur ! se moque gentiment Iwaki avant de se pencher lentement sur Katô. En fin de compte quelles que soient les circonstances, tu ne parviens pas à te débarrasser de ton sens du spectacle." - "N'est-ce pas ? Et quand je suis seul, je vaux également le coup d'oeil, tu sais ? Mais c'est un aspect de ma personne que je ne saurais montrer à nul autre que toi." Et tandis que le couple s'enlace sur la plage, un peu plus loin sur le sable, leur bernard l'ermite à la coquille ornée de coeurs chemine tranquillement vers la mer et la liberté....
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En se rendant comme chaque jour sur le plateau de "Fuyu no Sémi", Katô et Iwaki ont la surprise d'y apercevoir un homme dans le costume du rôle de Aïzawa - le méchant dans l'histoire. Leur ami Yoshizumi serait-il de retour après sa longue hospitalisation ? Mais en accourant vers l'acteur, les deux amants reçoivent un choc de taille, car ce n'est pas Yoshizumi qui se tient là revêtu du costume du rôle, mais Nobuyuki Asano, ce jeune acteur débutant qui leur avait causé tant de problèmes dans le passé. Sans leur laisser le temps de s'interroger sur ce que cela signifie, le metteur en scène entraîne Iwaki et Katô un peu plus loin afin de leur expliquer l'affaire: il a été contraint de remplacer définitivement Yoshizumi pour le rôle de Aïzawa, car l'inflammation des voies respiratoires dont souffre le jeune homme, que l'on croyait au départ bégnine, s'est révélée avoir sérieusement endommagé ses cordes vocales. Yoshizumi finira par guérir, hélas cela prendra énormément de temps avant qu'il ne retrouve une voix normale.
Conscient que l'accident qui a provoqué l'incendie est du à une faute de sa part, le metteur en scène était résolu à attendre le retour du blessé jusqu'au dernier moment, cependant, dès que Yoshizumi a été transféré depuis Kyôto jusqu'à l'hôpital de Tôkyô, la production lui a fait savoir qu'il lui fallait respecter les délais de tournage afin que le film soit prêt à la date prévue pour sa sortie en salle. "Vous saviez cela depuis si longtemps.... souffle Iwaki d'une voix blanche, et vous ne nous avez rien dit...." Reproche auquel le metteur en scène répond que puisque la nouvelle du départ de Yoshizumi risquait de détériorer l'ambiance sur le plateau, la production et lui ont décidé de tenir cette nouvelle secrète jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à trouver un acteur remplaçant. Seuls les principaux responsables ont été mis au courant.
Sur ces quelques explications, l'homme tend aux deux acteurs une lettre que Yoshizumi lui a demandé de leur remettre de sa part. Iwaki la saisit d'un geste hésitant, puis, avec anxiété, Katô et lui se penchent sur la missive pour y lire les mots suivants:
Si vous lisez cette lettre, c'est sans doute que vous avez été mis au courant de ma démission.
Par mon comportement irraisonné durant l'accident, je vous ai causé beaucoup de tracas. Je m'en excuse sincèrement.
Quand vous êtes venus me voir à l'hôpital, j'avais déjà accepté d'abandonner le rôle, néanmoins cela m'avait été trop difficile de vous l'annoncer.
Pour moi, ce travail était vraiment très important, c'est la raison pour laquelle j'avoue franchement qu'il ne m'a pas été facile d'y renoncer.
Cependant, les rôles n'existent pas parce qu'il y a des acteurs, mais les acteurs existent parce qu'il y a des rôles. Voilà pourquoi, rien que de songer que ma situation actuelle donnait de l'inquiétude quant à la réalisation de ce film, je pense que j'ai pris la bonne décision.
Notre réalisateur m'a déclaré qu'il voulait absolument que je participe à son prochain tournage. Quant à moi, ce serait vraiment absurde que je m'acharne à vouloir continuer ici, cela ne ferait que me détruire.
Katô, pardon de t'avoir menti.
Néanmoins, aussi incertaine qu'elle soit, ceci est ma façon à moi de rechercher ma prochaine coquille.
J'ai vraiment été ravi de travailler avec vous deux.
Aussi je souhaite de tout coeur que nous ayons l'occasion de tourner à nouveau ensemble.
Yoshizumi Naoki.

La lecture de cette lettre laisse Iwaki et Katô complètement abattus. Ainsi, leur ami savait déjà depuis longtemps qu'il devrait abandonner le rôle et il ne leur a rien dit, préférant garder tous ses tourments pour lui seul ? Tête basse, le metteur en scène exprime son affliction: les deux vedettes et Yoshizumi s'entendaient à merveille et une ambiance agréable régnait sur le plateau; c'est tellement navrant d'en être arrivé là.... Néanmoins les gens chargés du casting l'ont poussé à choisir Asano, affirmant que tourner dans ce film s'avérerait une chance inespérée de lancer la carrière de cet acteur débutant. Bien sûr, ce sera plutôt difficile pour le jeune homme de reprendre ainsi un rôle en tant que remplaçant, mais comme Iwaki, de qui Asano a été un temps le manager, fait également parti du casting, le metteur en scène est persuadé que cela rendra les choses plus aisées pour le nouveau-venu. Et puis surtout, vu que Asano a pratiquement la même tournure physique que Yoshizumi, il sera possible d'utiliser les scènes dangereuses déjà tournées sans avoir à les refaire, ainsi, comme remplaçant, on ne pouvait trouver mieux. N'empêche que de nombreuses prises de vue seront quand même à reprendre, ainsi le cinéaste fait remarquer à ses interlocuteurs la chance qu'ils ont eue de n'avoir pas encore commencé à tourner les scènes principales avant ce remplacement d'acteur inattendu.
Tandis que le metteur en scène se lève pour reprendre le travail, Katô l'engage à le prévenir à chaque fois qu'il aura besoin de ses services, même en dehors de son emploi du temps, espérant qu'avec son aide on parviendra à corriger les ruptures de ton que ce changement d'acteur va inévitablement introduire dans le film. Le cinéaste accepte aussitôt cette proposition avec gratitude, expliquant que Asano a beau faire l'affaire en ce qui concerne les conditions générales requises pour ce rôle, vu son manque d'expérience, il y a néanmoins de l'inquiétude à se faire quant à son recrutement.
Dès que les deux acteurs se retrouvent seuls, prostré sur sa chaise, Iwaki répète d'une voix brisée les paroles du metteur en scène: "Heureusement qu'on n'avait pas encore tourné les scènes principales....", "Nous pourrons reprendre telles quelles les scènes dangereuses...." A entendre ces propos, c'est exactement comme si Yoshizumi n'avait été qu'une simple doublure ! Katô proteste aussitôt que ce n'était certainement pas ce que voulait signifier le cinéaste - il entendait par ces paroles qu'on gagnerait en termes de temps et d'argent - Iwaki répond qu'il avait compris, qu'il sait que l'achèvement du film est la priorité. Néanmoins, toutes les nouvelles qu'il vient d'apprendre sont dures à avaler, ainsi il demande à Katô d'aller travailler et de le laisser seul un moment. Le jeune homme s'apprète à refuser, mais comme on l'attend sur le plateau, il consent finalement à laisser son ami, non sans l'avoir avec inquiétude conjuré de se reprendre: car après tout, ils auront beau se lamenter, ni l'un ni l'autre ne peuvent rien changer à la situation. Puis, enfin seul, le visage enfoui dans ses mains Iwaki peut enfin donner libre cours à ses larmes. "C'est la passion de ceux qui le conçoivent.... qui fait un bon film...." Voilà ce qu'a appris Iwaki du sage Yoshizumi. Pourquoi a-t-il fallu qu'une chose pareille arrive à quelqu'un d'aussi bien ?
De son côté, Katô se prépare pour la scène qu'il doit jouer en compagnie d'Asano. Les deux rivaux ne se sont pas vus depuis l'audition durant laquelle ils se sont affontés pour le rôle de Kusaka que Katô a finalement remporté haut la main, et aussi cynique qu'à son habitude, Asano lui avoue qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir prendre part à ce tournage grâce à un tel retournement de situation. "Quelle chance de pouvoir enfin jouer avec vous, Mr. Katô !" ajoute-il, obséquieux. Mais sans se laisser démonter par les propos de ce jeune arriviste, Katô l'avertit froidement de ne surtout pas évoquer la "chance" devant Iwaki, invitant Asano intrigué à réfléchir lui-même à la question. Puis, se tournant vers son rival, Katô se plante à seulement quelques centimètres de lui afin de pouvoir le regarder droit dans les yeux: "Mais surtout, comprenons-nous bien ? commence-t-il. Dans l'intérêt de ce film, j'ai l'intention de bien m'entendre même avec un type comme toi. Alors toi aussi, fais en sorte d'éviter par tous les moyens de me mettre en colère." - "Alors dites-le-moi, rétorque Asano la bouche tordue en un sourire moqueur. Concrètement, qu'est-ce que je ne dois pas faire ?" - "N'importune pas Iwaki. Ce sera déjà suffisant. Je n'attends pas davantage de toi," répond Katô d'un air sévère.
Mais contre toute attente, Asano acquiesce sans protester à cette revendication, observant que maintenant que son souhait de tourner dans ce film s'est réalisé, il ne lui est pas nécessaire de se livrer à ses habituels coups fourrés, et que de toute manière, il est peu probable que le public morde à l'hameçon s'il tentait de provoquer à nouveau un scandale. "Tu le reconnais enfin", lance Katô, dévisageant l'autre jeune homme d'un air encore un brin suspicieux. Mais après être resté quelques instants silencieux, souriant pour lui-même, Asano finit par lever à nouveau la tête vers son rival afin de lui demander: "Et si c'est vous, ça ira ?" - "Hein !?" - "Du moment que ce ne soit pas Iwaki, je peux importuner qui je veux, n'est-ce pas ?" s'explique Asano. Il avoue alors que depuis le jour de cette audition où il avait mesuré ses talents à ceux de Katô, ce dernier ne lui est plus sorti de la tête. Que faire pour que cet acteur éminent qui l'a encore une fois battu se préoccupe de lui ? Voilà ce qu'Asano n'a cessé de se demander malgré lui.
Cependant, après avoir médité sur ces aveux quelques instants, Katô ne trouve à exprimer que stupeur et incompréhension: Asano ne vient-il pas de dire à l'instant que le public ne goberait plus quelque minable petit scandale que ce soit ? A moins que l'acteur débutant ait eu l'idée de mettre en scène une histoire particulièrement juteuse ? "Comme je m'en doutais, c'est ainsi que vous interprétez mes propos," soupire Asano résigné. - "Dans quel autre sens devrais-je les interpréter ?" interroge Katô, intrigué. - "Réfléchissez-y vous-même," répond simplement l'autre jeune homme. Mais alors qu'il commence à s'éloigner, Asano s'arrête soudain. "Croyez-vous que j'irais causer des problèmes qui risqueraient de compromettre le tournage du film dans lequel je fais mes débuts ? Qu'aurais-je à gagner en me mettant à dos les deux acteurs-vedettes, moi, un simple débutant ? Que je provoque votre colère ou celle de Mr. Iwaki, je sais parfaitement que cela aurait immanquablement le même résultat," profère Asano, conscient qu'en tant que remplaçant il pourrait très bien se faire virer. - "Dans ce cas, c'est parfait," répond Katô, sans cesser d'observer son rival alors même que celui-ci s'éloigne. "Comme d'habitude ce type me tape sur les nerfs...." grommelle intérieurement le jeune homme soucieux. Même si cette fois Asano semble décidé à se tenir tranquille, Katô est persuadé que devant Iwaki, l'ancien manager va probablement s'évertuer à jouer habilement les lèche-cul. Mais bon, si lui-même parvient à dominer son aversion et à maintenir la trève entre eux, Katô est convaincu qu'il parviendra à faire en sorte que nul problème ne viendra encore troubler ce tournage....

La nuit est tombée sur l'auberge de Kyôto abritant le staff de "Fuyu no Sémi". Dans la chambre des deux amants, Katô a rejoint Iwaki dans son lit, mais après quelques caresses, le jeune homme se rend vite à l'évidence que quelque chose ne va pas. "Tu n'as pas la tête à ça ?" demande-t-il à l'acteur. Iwaki ne dissimulant pas sa stupeur, Katô explique que son compagnon a beau faire semblant d'être comme d'habitude, lui qui connaît le corps d'Iwaki mieux qu'Iwaki lui-même sait immédiatement quand quelque chose le tourmente. Et sa compréhension ne s'étend pas qu'au point de vue physique: bien qu'il avoue avoir plus de mal à deviner les pensées d'Iwaki qu'à interpréter les réactions de son corps, Katô désire être celui capable de le comprendre mieux que quiconque et fait tout son possible pour cela. Voilà pourquoi il devine sans peine que l'acteur est toujours préoccupé par l'affaire de Yoshizumi. "Allez, dis-moi tout, enjoint le jeune homme en serrant étroitement son ami dans ses bras, une main passée dans ses cheveux. Aujourd'hui, je resterais à t'écouter sagement comme cela." - "Si tu sais déjà tout, à quoi bon que je te le dise ? répond Iwaki amer. En outre, ce n'est pas le fait d'en parler qui va changer les choses." Néanmoins Katô insiste, lui assurant que même si parler en soit est inutile, tout au moins cela adoucira quelque peu sa peine. "C'est Yoshizumi qui souffre, ce n'est pas moi," rétorque Iwaki, borné, au point que Katô finisse par le menacer de se mettre en colère: n'est-ce pas Iwaki lui-même qui lui a toujours répété de ne pas essayer de tout endurer tout seul dans les moments difficiles ?
A cette remarque, Iwaki se dégage brusquement des bras de Katô. "Comme tu devines ce que je pense, moi aussi je sais parfaitement ce que tu vas me dire !!" explose l'acteur en se redressant. Yoshizumi n'avait pas vraiment le choix, et en se sacrifiant il a pris la bonne décision qui lui permettra plus tard de poursuivre sa carrière ? Et en ce qui concerne cette affaire de remplaçant: c'est la décision de l'équipe de réalisation, qui a cherché le meilleur moyen d'arranger les choses dans une situation difficile, et en tant qu'acteurs Katô et lui se doivent d'accepter cette décision ? Voilà sans doute ce que désire expliquer Katô. "Parce que je refuse sa démission, poursuit Iwaki assis au bord du lit, je devrais demander à Yoshizumi de tenter l'impossible !? Parce que je ne veux pas d'un remplaçant, je devrais demander à ce qu'on repousse le tournage du film !? Je sais très bien que tout ceci est irréalisable ! Ne reste qu'à se lamenter sur cette histoire, même si c'est parfaitement inutile !!"
Mais alors que l'acteur exprime ainsi sa douleur face à l'injustice de la situation, parfaitement calme, Katô l'attire à nouveau dans ses bras. A la stupeur d'Iwaki, il l'engage à continuer de s'épancher, raisonnant que si tout le monde parvenait comme lui à faire la part des choses, à accepter la situation comme une fatalité irrémédiable, ce serait vraiment trop triste pour ce pauvre Yoshizumi. De plus, ajoute le jeune homme en serrant contre lui son compagnon en larmes, il ne pense pas que s'abîmer dans sa souffrance soit inutile. "Je sais que je suis faible...!! sanglote Iwaki de plus belle. Comment faites-vous, vous tous, pour vous montrer aussi forts !? Et surtout Yoshizumi.... Quand je pense à tout ce qu'il a dû endurer à chaque fois que nous allions le voir, et pourtant il n'en a jamais rien laissé paraître...!!" Tandis que l'acteur pleure ainsi à chaudes larmes blotti contre Katô, ce dernier ne peut s'empêcher de s'interroger: comment se fait-il que son ami soit si affecté par le drame qui vient de se passer ? D'ordinaire, quelle que soit la compassion qu'il éprouve, Iwaki ne montre pas autant d'affliction pour les problèmes qui frappent leurs collègues de travail. "Ah, c'est ça...? finit par conclure le jeune homme mentalement. Yoshizumi a probablement réussi à la franchir.... Cette ligne qu'Iwaki a tracé entre lui et les autres, et que jusqu'à présent moi seul était parvenu à franchir...." "Je suis jaloux," prononce sentencieusement Katô à voix haute, serrant encore plus étroitement son ami dans ses bras....
Le lendemain, en arrivant dans le studio où l'on tourne actuellement une scène montrant Aïzawa et Kusaka, à peine a-t-il ouvert la porte de la vaste salle qu'Iwaki est surpris d'y entendre des éclats de voix furieux. Le metteur en scène réprimande pour la énième fois Asano, qui selon lui se trompe dans son interprétation du rôle de Aïzawa: à ce moment de l'histoire, ce dernier n'a pas encore un comportement aussi haineux envers Kusaka, ainsi le cinéaste juge que l'acteur en fait un peu trop. Asano a pourtant eu l'occasion de visionner toutes les scènes qui ont été tournées jusqu'à présent avec Yoshizumi ? Et pourtant le jeune homme refuse d'en démordre, car il n'est pas d'accord avec la vision qu'avait du personnage d'Aïzawa l'acteur le précédant: Yoshizumi interprétait ce samouraï comme si son antagonisme avec Kusaka provenait essentiellement de sa fidélité à son clan que selon lui son camarade a trahi, alors que d'après Asano, le comportement d'Aïzawa est dans ses fondements-même dicté par sa profonde jalousie à l'égard de Kusaka. Asano a certainement raison, vu qu'il est le mieux placé pour analyser les sentiments du samouraï dont il est sans aucun doute - sans le savoir - la réincarnation. Mais hélas, le metteur en scène refuse tout bonnement de l'écouter, et finit par ordonner une pause tout en conseillant excédé à sa nouvelle recrue d'aller se refroidir la tête.
Du coin où il s'est assis, Iwaki a écouté cette discussion d'un visage mécontent. Profitant de la pause, Katô vient le rejoindre, étonné de le trouver là: son ami, qui doit assumer plusieurs tournages en même temps, n'avait-il pas du travail à Tôkyô ? L'acteur acquiesce, expliquant qu'il était tellement préoccupé par le déroulement de ce tournage qu'il n'a pas pu s'empêcher de venir jeter un coup d'oeil sur le plateau avant de repartir dans la soirée pour la capitale. Debout à côté des deux amants, Asano se montre un peu piteux de s'être fait engueuler devant tout le monde et surtout devant Iwaki; s'excusant, il décide bientôt de prendre congé, proférant qu'il désire être seul. Cependant le jeune homme s'est à peine éloigné de quelques pas que Iwaki le rappelle soudain. La voix grave, ce dernier commence à expliquer qu'en tant qu'acteur, il comprend parfaitement la difficulté de ne pas pouvoir définir soi-même son rôle depuis le départ. Ainsi, il ne demandera jamais à Asano ni à nul autre de jouer exactement comme le metteur en scène le lui ordonne. Seulement, les autres acteurs de ce film ont accordé leur jeu selon l'interprétation du rôle qu'avait donnée Yoshizumi, avec l'accord tacite du metteur en scène censé veiller à l'harmonie de l'oeuvre dans son entier. "Alors crois-tu être en position d'avoir ton mot à dire dans tout cela ?" achève Iwaki d'un air menaçant, toisant le jeune débutant d'un regard acéré. Impressionné, même Katô en avale bruyamment sa salive ! Lui-même réalise que pour n'avoir fréquenté durant un long moment que l'Iwaki paisible et tendre, il avait finit par oublier quel regard glacial l'acteur pouvait darder sur les faits ou les êtres qu'il lui est absolument impossible d'accepter.

Mais si Katô ne dissimule pas son étonnement de la sévérité de l'acteur, que dire de la stupeur et l'incrédulité qui viennent s'emparer d'Asano, lui dont Iwaki avait toujours pris la défense et parfois même contre son propre compagnon !? "Par.... Pardon.... parvient tout juste à articuler le jeune homme, s'efforçant de sourire bien qu'il paraisse au bord des larmes. Je n'avais pas su lire.... l'ambiance sur le plateau...." Le visage d'Asano est à cet instant si douloureux que même Katô en a pitié de lui, alors tandis que le jeune acteur s'enfuit en courant, il reproche à Iwaki de s'être montré aussi sévère: en tant que simple remplaçant, Asano se trouve en ce moment dans une position particulièrement délicate où il s'efforce de faire de son mieux ! "Justement, répond Iwaki, il en fait trop, au point de ne plus voir ce qui l'entoure." Voilà pourquoi l'acteur estime que l'un d'entre eux a le devoir de remettre le jeune débutant à sa place. Alors qu'il vient juste de débarquer sur ce tournage, n'a-t-il pas osé insinuer que Yoshizumi avait mal interprété le scénario ? Mais à entendre parler son ami, Katô réalise que ce qui le met si en colère, c'est surtout l'impression que donne Asano de prendre son prédecesseur pour un con: la situation était déjà assez pénible, ce n'est pas ainsi qu'il va se faire accepter ! A peine arrivé, Asano a même réussi à se mettre Iwaki à dos, alors que l'acteur avait toujours eu tant de sympathie pour lui. Certes, Iwaki a toujours été quelqu'un de sévère en ce qui concerne le travail, mais dans cette affaire, Katô soupçonne que les sentiments personnels interviennent beaucoup, cette forte amitié qu'il éprouve pour Yoshizumi. Néanmoins Katô a beau argumenter avec lui à ce sujet, Iwaki ne s'est rendu compte de rien: pour lui, s'il se montre sévère avec son ancien manager, qu'il aime bien pourtant, c'est afin que celui-ci ne gène pas par son excès de zèle la bonne progression du tournage. "Voilà un problème dans lequel je n'ai pas mon mot à dire...." songe finalement Katô, résigné. Car pour une fois, ce n'est pas lui qui est la cause de l'humeur sombre de son compagnon. Ainsi, tandis qu'Iwaki prend congé de lui pour se rendre sur un autre plateau de tournage, le jeune homme n'insiste pas pour prolonger leur discussion, persuadé qu'il est inutile pour l'instant de tenter de raisonner l'acteur.
Un peu plus tard, parti à la recherche d'Asano, Katô finit par le retrouver juché sur le palier de l'un des escaliers extérieurs du studio, depuis lequel il a une vue d'ensemble du plateau. Affaissé sur la balustrade d'un air complètement abattu, le jeune homme repère vite dans son dos la présence de son rival, alors avant que Katô ait pu dire quelque chose, il ne lui en laisse pas le temps: "Je me suis trompé dans mes calculs, profère-t-il sur un ton qu'il veut assuré. J'étais convaincu que si je parvenais à m'entendre avec vous, il n'y aurait pas de problème. Mais jamais je n'aurais imaginé que Mr. Iwaki, que j'avais si habilement apprivoisé, représenterait un obstacle pour moi !" Mais Asano a beau vouloir jouer les durs à cuir, Katô n'est pas dupe. "A ta tête de chien battu, on voit parfaitement que tu es profondément blessé d'avoir été réprimandé par Iwaki." Et Asano a beau rougir fortement, il est bien incapable de réfuter cette affirmation ! Katô se met alors en devoir de lui expliquer qu'Iwaki et l'acteur que remplace Asano étaient de très bons amis, voilà pourquoi, suite au choc de la démission de Yoshizumi, en ce moment Iwaki est incapable d'adopter une façon de parler plus compréhensive et diplomate. "Mouais, répond sombrement Asano, je m'en fiche de qui jouait ce rôle avant moi. A vous entendre, c'est comme si Mr. Iwaki montrait seulement de la rancune à mon égard." - "Une minute, ne te méprends pas, s'empresse de corriger Katô. Ce qu'a dit Iwaki est parfaitement juste. Simplement, d'habitude, je veux que tu comprennes qu'il ne s'exprime pas de cette façon-là. Si l'on compare un film à une mélodie, le metteur en scène est le chef d'orchestre, et nous, les musiciens. Si chacun d'entre nous se mettait à jouer à son gré selon sa propre interprétation du morceau, jamais cela ne donnerait un bon concert." - "Alors, pour l'harmonie du film, vous me demandez de tuer Aïzawa tel que je le ressens ?" proteste aussitôt Asano en se retournant vers son rival. - "Non, je n'ai rien dit de tel. Simplement, je voudrais que tu réfléchisses à ceci: cette analyse du personnage de Aïzawa que tu désires tellement interpréter, d'où provient-elle ? Elle n'est pas écrite dans le scénario, pas plus que dans le roman original.... Alors, ton interprétation ne résulte-elle pas seulement du fait que ce soit moi qui interprète Kusaka ? C'est cela qui provoque une fausse note. Mais bon, personnellement, je trouve que ton interprétation est intéressante. Seulement, et c'est probablement parce que tu me détestes, tu en fais trop. Alors sers-nous une meilleure cuisine. Notre metteur en scène a l'esprit large, alors si un acteur lui sert une bonne interprétation, il l'acceptera avec enthousiasme même si elle est différente de sa propre vision du rôle."
Et sur ces conseils, Katô laisse là le jeune acteur et commence à redescendre l'escalier. Ses paroles ont fait une forte impression sur Asano. Lui-même n'avait pas réalisé qu'en jouant Aïzawa, rival de Kusaka dans le film, il ne faisait que reproduire au cinéma son antagonisme avec Katô. Voilà pourquoi à peine ce dernier s'est-il éloigné que la voix de l'ancien manager le contraint à s'arrêter et se retourner. ".... Il ne le.... déteste pas...." articule péniblement Asano, en voulant parler bien sûr d'Aïzawa. "Quand j'ai lu le scénario, j'ai immédiatement pensé que Aïzawa était jaloux de Kusaka, et c'est ce point de vue qui m'a conduit à l'interpréter ainsi. Il envie la façon de vivre de Kusaka, sa chance, tout ce que Kusaka possède depuis sa naissance.... En fin de compte, ne trouve-t-on pas chez Aïzawa ce qu'on pourrait appeler un syndrome d'identification ?.... Et il se peut.... qu'il éprouve à l'égard de Kusaka un sentiment proche de l'adoration.... Il ressentait de l'attirance pour tous les faits et gestes de Kusaka, au point de désirer à tout prix réussir dans la vie de la même manière que lui, tomber amoureux de la même personne," explique Asano, se remémorant sa propre expérience qui l'a conduit à agir de la même manière vis à vis de Katô. "Seulement, les souhaits de Aïzawa ne se sont pas réalisés, et suite au dépit qu'il en a éprouvé, nul doute qu'il a voulu en guise de revanche faire du mal à Kusaka pour lui faire connaître sa rancoeur. Quand j'ai pensé à cela.... étrangement, Aïzawa et moi nous sommes superposés. Et ça y est, je suis devenu Aïzawa...!! C'est la raison pour laquelle vous aurez beau me demander d'endosser cet Aïzawa imaginé par d'autres gens, je ne pense pas que cela donnera quelque chose de bon. Vous allez voir, je parviendrais à faire dire au metteur en scène que c'est MON Aïzawa le meilleur !! Car tant que vous, Katô, vous jouerez Kusaka, aucune autre interprétation que la mienne ne saurait convenir davantage...!!"
Katô a atteint son but, il est parvenu à remonter à sa façon le moral de Asano. Néanmoins, tandis que ce dernier le toise du haut de l'escalier d'un air plein de défi, le jeune homme ne peut s'empêcher de lancer une dernière remarque: "Avant, tâche de ne pas te faire enlever le rôle ? Car à cette heure, il est encore très facile de remplacer un remplaçant." Vexé, Asano ne sait que répondre. Encore une fois, Katô a obtenu le dernier mot !
De son côté, Iwaki vient d'arriver à l'hôpital de Tôkyô. Néanmoins il a beau frapper à la porte de la chambre de Yoshizumi, pas de réponse. Soupirant, l'acteur s'apprète à rebrousser chemin, lorsque soudain il tombe nez à nez avec celui qu'il était venu voir. Surpris, Yoshizumi va pour prononcer le nom d'Iwaki, cependant la douleur que la moindre parole lui cause est si vive qu'il doit bien vite renoncer à parler. Il saisit donc sa tablette effaçable, afin de demander par écrit à son compère ce qu'il fait ici alors qu'il devrait se trouver en plein tournage. Serrant les poings, Iwaki avoue alors qu'il ne savait pas vraiment quelle figure adopter lors de cette nouvelle visite à son ancien camarade, à présent qu'il est au courant de sa démission, néanmoins il désirait à tout prix s'excuser auprès de lui. "Je vous demande pardon !" s'exclame donc Iwaki en s'inclinant devant l'autre acteur désemparé. J'ignorais tout, et je m'en veux...!" Tandis que Iwaki demeure ainsi courbé devant lui, Yoshizumi ébahi songe comme il est rare à notre époque de rencontrer un homme aussi franc et sérieux. Tapotant du doigt le crâne de l'acteur pour l'obliger à relever la tête, il lui montre sa tablette: "Que diriez-vous d'aller respirer l'air du dehors ?"

Quelques instants plus tard, les deux jeunes gens se retrouvent donc assis côte à côte sur un banc à l'une des terrasses de l'hôpital. "Alors ? Comment se passe le tournage ?" demande Yoshizumi par écrit. Gêné, Iwaki bredouille que tout va à peu près bien, cependant l'air inquiet avec lequel il le dévisage n'échappe pas à Yoshizumi. Sur le point de demander comment est son remplaçant, il barre ainsi sa phrase pour demander à la place: "Mon remplaçant n'est pas bon ?" - "Ce n'est pas qu'il soit mauvais.... répond Iwaki furieux en détournant la tête. Seulement, comme l'image qu'il donne de Aïzawa en le jouant est trop différente de la vôtre, nous sommes tous bien embarrassés...!" - "C'était inévitable, puisque c'est une autre personne qui joue, fait remarquer Yoshizumi. En outre, cette personne conçoit le rôle à sa propre manière." - "Mais ce n'est pas une raison pour le laisser faire tout ce qui lui plaît ! explose Iwaki. Ce n'est qu'un.... remplaçant...." Laissant sa phrase en suspens, subitement l'acteur se rappelle les paroles pleines de reproches prononcées par Katô quelques heures plus tôt: "Iwaki, si ton point de vue ne touchait que le travail, tu ne parlerais pas comme ça." Enfin, il réalise ce que son ami s'efforçait de lui faire admettre, et cette découverte le plonge dans un amer désarroi. "Je ne voulais pas.... que change ce tournage.... sur lequel peut-être.... vous alliez pouvoir revenir...!!"
Les coudes sur les genoux, le front tristement appuyé contre ses mains jointes, Iwaki ne cherche plus à dissimuler sa douleur. En son for intérieur, il doit bien admettre qu'il refusait absolument d'accepter la situation présente, et que s'il s'est rendu aujourd'hui à l'hôpital, c'est parce qu'il n'a pas abandonné l'espoir de voir revenir Yoshizumi. Et pour cette raison également, il a finit par rejeter Asano, qui a osé espérer combler ce vide laissé par Yoshizumi. "Je n'ai pas été capable d'accepter quoi que ce soit ! Quel idiot je suis...!!" se reproche l'acteur amèrement. Mais en le voyant plongé dans un tel désespoir, Yoshizumi pose une main apaisante dans ses cheveux. "Vous êtes un bon gars, Iwaki, prononce le jeune homme dans un sourire. Vraiment, un bon gars." Et tandis que s'élève ce mince filet de voix rauque et atrocement enrouée, horrifié, Iwaki fond en larmes. Car il comprend qu'en lui faisant exprès entendre le son de sa voix brisée, Yoshizumi s'efforce de lui démontrer une bonne fois pour toutes qu'il lui est réellement impossible de revenir prendre part au film....
A la nuit tombée, quand Iwaki rentre enfin à la chambre d'auberge qu'il partage avec son compagnon, il trouve ce dernier déjà couché, occupé à apprendre son texte. A peine Iwaki a-t-il ôté son manteau qu'il vient s'étendre à son tour sur le lit et blottir son visage au creux de l'épaule de Katô, à la recherche d'un peu de réconfort. "Mm ? Que t'arrive-t-il...?" demande doucement le jeune homme en lui caressant les cheveux. - "....Tu l'avais remarqué, n'est-ce pas...? Que je ne me montrais pas fairplay vis à vis d'Asano...." - "Oui, acquiesce Katô simplement. - "Alors pourquoi tu ne m'as pas clairement réprimandé ?!!" s'exclame l'acteur en redressant brusquement la tête. Et pourtant, Katô continue de lui faire face d'un air serein. "Parce que je savais que quelqu'un comme toi finirait par s'en rendre compte par lui-même. D'ailleurs, d'après tes paroles, tu as déjà compris, n'est-ce pas ?" C'en est trop pour Iwaki ! Enflammé par cette confiance sans faille que lui voue son compagnon, il se jette littéralement sur lui et commence à le couvrir de baisers, au point que Katô se voit bientôt obligé de saisir son visage à deux mains afin de contraindre Iwaki à lâcher sa bouche et le laisser enfin respirer ! Puis, avant de laisser l'acteur impatient poursuivre ses caresses, Katô lui déclare encore une chose: il sait parfaitement que Iwaki n'est pas du genre à se morfondre ainsi pour n'importe qui; c'était pour Yoshizumi, parce que celui-ci est devenu un être important à ses yeux. Et pourtant, parce que Katô sait que c'est lui-même qui occupe la plus grande place dans le coeur d'Iwaki, il assure qu'il ne se formalise pas du tout de ce lien d'amitié profond que l'acteur a tissé avec Yoshizumi. "C'était inutile de le préciser...." répond Iwaki avant d'ajouter, désignant sa poitrine: "Crois-tu qu'il y ait un être au monde capable de pénétrer davantage mon coeur ? Et bien sûr, mon corps...."
Sur ces mots, iwaki reprend ses assauts, s'emparant de la bouche de Katô avant de s'attaquer à sa poitrine. Il se montre si fougueux et pressant que le jeune homme a toutes les peines du monde à le déshabiller. "Je t'aime.... Je t'aime, Katô...." murmure Iwaki passionnément, le regard humide et fièvreux. - "Redis-le moi encore...." demande Katô en répondant à ses caresses. Car plus Iwaki lui répète l'étendue de ses sentiments pour lui, et plus il se sent précieusement enveloppé par son amour. L'acteur est le genre d'être à définir clairement le classement des personnes qu'il aime, voilà pourquoi le jeune homme éprouve de l'inquiétude parfois. Cependant cette remarque fait rappeler à Iwaki qu'il s'est réellement mal comporté envers Asano. Tandis qu'il fait part de ses remords à Katô, celui-ci s'efforce de le réconforter en lui assurant que vu dans quel état d'esprit il se trouvait alors, c'était inévitable, d'autant plus que le jeu exagéré d'Asano n'avait pas la puissance nécessaire pour s'imposer d'emblée face à son prédécesseur. Katô explique néanmoins à Iwaki qu'après son départ, l'ancien manager a fait beaucoup d'efforts pour s'améliorer. Cela a pris du temps, mais même le metteur en scène a fini par accepter son jeu. "Demain, annonce Katô en plongeant son regard dans celui de son ami, aura lieu ici, à Hokkaïdô, la reconstitution de la fameuse scène d'incendie. A ce moment, observe Asano avec un regard neuf. Et si son jeu te plaît, tu n'auras qu'à lui adresser la parole ? Bien sûr, ajoute le jeune homme en déposant un baiser sur le front d'Iwaki, il n'est pas non plus nécessaire que tu te forces à le voir d'un oeil favorable." - ".... Yoshizumi m'a dit la même chose.... répond Iwaki pensif. Il m'a expliqué qu'il est toujours possible de découvrir sous un jour nouveau un paysage que l'on connaît déjà.... Combien il est important de remettre de temps en temps à zéro sa vision des choses afin de les envisager sous un autre angle." Sage façon de penser avec laquelle Katô, bien qu'il ne dise mot et se contente de sourire, est parfaitement d'accord.
Et c'est ainsi que le lendemain, le staff de "Fuyu no Sémi" se retrouve au studio d'Hokkaïdô pour refaire en partie cette scène de l'incendie de l'ambassade anglaise qui s'était si mal passée quelques semaines plus tôt. Aux côtés de Katô, Asano remplace Yoshizumi dans le rôle de Aïzawa, et tout en assistant à la prise de vue, Iwaki se remémore les paroles qui lui avaient dites Yoshizumi à l'hôpital: "Vous connaissez cette expression, Jamais vu (en français dans le texte) ? C'est l'exact contraire de Déjà vu . Dans l'affaire qui nous concerne, ce n'est pas que vous fassiez preuve de faiblesse ou Katô d'un manque de coeur. Katô est du genre à s'exprimer en ayant toujours le regard fixé vers l'avenir, voilà pourquoi je pense qu'il est si prompt à s'adapter à une situation nouvelle. Quant à vous, Iwaki, est-ce que votre regard ne s'attache pas uniquement à ce qui est fini ? Si vous regardez devant vous avec des yeux neufs, je pense que tout vous apparaîtra sous un jour nouveau. Et ce ne sera peut-être pas si mal que ça, non ?" Ce conseil avisé en tête, Iwaki observe cette fois d'un oeil impartial le jeu du jeune débutant. Puis, la prise de vue achevée, c'est un sourire aux lèvres que convaincu par ce qu'il vient de voir, il se dirige vers son ancien manager....

Dans le camping-car qu'il occupe avec son compagnon lors des tournages en extérieur, à la pause déjeuner, Kyôsuké Iwaki regarde les nouvelles à la télévision. Il fait un froid terrible ce jour-là, et le présentateur télé annonce pour le lendemain de la neige sur Tôkyô. Néanmoins ce n'est pas la météo qui maintient le regard de l'acteur rivé sur le petit écran: car dans cette émission, l'invité du jour est Keigo Miyasaka. A peine le présentateur annonce-t-il l'arrivée du jeune acteur sur le plateau que Katô réapparaît dans le camping-car avec des boîtes-repas, et il ne peut retenir une exclamation quelque peu méprisante en découvrant à la télé l'image de son "ami" ! N'empêche qu'en voyant ainsi Miyasaka sourire et s'exprimer posément durant cette émission, Iwaki ne peut s'empêcher de remarquer comme il a l'allure d'un jeune premier. Difficile d'imaginer qu'il s'agit de la même personne qui passe son temps à se chamailler avec Katô ! "Bah, répond ce dernier, le visage qu'on affiche pour la télévision et celui de la vie quotidienne sont toujours différents." - "Et ceci est également valable pour toi," rétorque Iwaki en riant, ce que Katô ne saurait nier. Mais tandis qu'à la télévision l'émission se poursuit, Miyasaka annonce au présentateur qu'il va maintenant présenter l'un de ses amis qu'il a invité sur le plateau, c'est ainsi qu'il appelle à le rejoindre Kyôsuké Iwaki. Katô n'a pas plus tôt entendu ces paroles que de saisissement, il manque s'étouffer avec son déjeuner !
Le soir venu, alors que leur journée de travail achevée les deux acteurs se retrouvent à l'auberge, Katô fait encore la tête à son ami pour ne lui avoir rien dit au sujet de cette émission enregistrée avec Miyasaka. Impatienté par sa moue boudeuse, Iwaki explique qu'il n'avait pas l'intention de lui cacher quoi que ce soit, seulement ce n'est que dans la matinée, quand il se trouvait au studio de Tôkyô, qu'on lui a proposé ce travail. Comme il s'agissait de faire la promotion de leur film "Fuyu no Sémi", il ne pouvait tout de même pas refuser de venir à cette émission, et trouve que c'est vraiment aimable de la part de Miyasaka de le lui avoir proposé. Ce n'est pas comme si Iwaki et ce jeune acteur s'étaient donnés rendez-vous, Katô n'a vraiment aucune raison de se montrer jaloux ! L'autre jour n'a-t-il pas déclaré lui-même qu'il savait être celui qui occupe la plus grande place dans le coeur d'Iwaki ? Mais à peine montre-il brièvement la sagesse d'un adulte que Katô retombe aussitôt en enfance en se mettant à bouder pour un rien ! "....Tu ne comprends pas...." soupire le jeune homme, l'air toujours aussi maussade et mécontent. - "Quoi donc ?" demande sèchement l'acteur irrité. - "Que pour moi cela fait une énorme différence, les gens que tu acceptes toi-même dans ton coeur et ceux qui s'efforcent à tout prix d'y entrer !!" Complètement abattu, Katô explique alors qu'il s'en fiche de la raison pour laquelle son ami a accepté ce travail sans lui en parler, ce qui l'inquiète et le met hors de lui, ce sont les actes de Miyasaka qui continue de marquer inlassablement des points pour se rapprocher d'Iwaki ! A entendre son compagnon s'exprimer ainsi et le voir si découragé, l'acteur finit par se radoucir. Il se penche bientôt vers Katô et l'oblige d'une main à relever la tête pour lui administrer sur les lèvres un délicat baiser. "Pour moi, ce qui représente une énorme différence, c'est entre te voir douter de mes sentiments et te voir jaloux, prononce Iwaki en saisissant la main de Katô pour la glisser délicatement sous sa chemise. N'oublie pas: ce désir de possession absolue que tu éprouves pour moi est mon aphrodisiaque...."

Le lendemain, comme le prévoyait la météo il a abondamment neigé sur la capitale, si bien que Mme Shimizu, la manager d'Iwaki, se retrouve coincée dans sa voiture sur l'autoroute sans pouvoir s'approcher du centre-ville. Tandis que par téléphone elle avertit l'acteur qu'elle ne pourra pas venir le chercher pour l'emmener à l'aéroport de Hanéda comme c'était prévu, Iwaki l'enjoint de ne pas se casser la tête à son sujet, il se débrouillera bien tout seul en prenant le métro, comme il l'a fait pour se rendre à Tôkyô le matin. Mais tandis que l'acteur est ainsi en pleine conversation avec sa manager, il entend soudain des coups frappés à la porte de sa loge, et à peine a-t-il raccroché le combiné du téléphone qu'il voit débarquer Keigo Miyasaka, un grand bouquet de fleurs à la main. Le jeune homme est venu le féliciter pour le dernier rôle qu'Iwaki vient de déccrocher, et apprenant la situation dans laquelle son aîné se trouve, se propose immédiatement de le conduire jusqu'à Hanéda dans sa propre voiture. Néanmoins, bien qu'il assure savoir gré à Miyasaka de se montrer aussi serviable à son égard, Iwaki refuse aussitôt la proposition, ainsi que les fleurs: gêné, il explique qu'il ne peut accepter ces témoignages de la sympathie particulière que lui voue Miyasaka. A cet aveu, le visage du jeune homme se fige un instant dans une expression de stupeur incrédule, néanmoins il se reprend bien vite et repart à la charge: certes, Miyasaka reconnaît en avoir un peu trop fait en apportant des fleurs, cependant il souhaiterait qu'au moins Iwaki consente à le laisser l'accompagner jusqu'à Hanéda. Tout en exprimant cette requête pressante, Miyasaka s'incline profondément devant l'acteur, si bien qu'en dépit de ses réticences, ce dernier ne peut se résoudre à refuser.
Un peu plus tard, parvenu à destination, Iwaki fait la queue au guichet de l'aéroport de Hanéda, depuis lequel il doit prendre un avion pour revenir à Kyôto sur le tournage de "Fuyu no Sémi". Hélas, un coup d'oeil au tableau d'affichage fait craindre à l'acteur qu'en raison de l'épais rideau de neige qui tombe actuellement sur la capitale, aucun avion ne décollera ce jour-là. C'est alors qu'une nouvelle fois, alors qu'on ne lui demandait rien, Miyasaka refait surface et s'empresse d'apporter avec zèle son aide à l'homme de ses rêves dans l'embarras: il s'est permis de retenir une chambre pour Iwaki dans un hôtel situé pas loin de là, l'enjoignant en lui remettant la clé de la chambre de s'y retirer au cas où son avion ne décollerait pas. Puis, sans laisser le temps à l'acteur d'émettre ses protestations, Miyasaka s'empresse de filer. Resté seul, Iwaki pousse un profond soupir de lassitude: ce jeune homme se montre si serviable et empressé envers lui.... Si seulement le comportement de Miyasaka n'était pas dicté par des sentiments amoureux, Iwaki ne serait pas forcé de le traiter aussi froidement.... Cependant, tout en se faisant ces réflexions, l'acteur ne remarque pas le regard déterminé et empli de rancoeur que lui lance de loin Miyasaka tout en s'éloignant. Miyasaka qui garde dissimulée dans une poche arrière de son jean un double de la carte-clé de la chambre qu'il a réservé pour Iwaki....
A la nuit tombée, Iwaki qui n'a pas pu prendre l'avion pour Kyôto s'est finalement résolu à se retirer à l'hôtel, n'imaginant pas une seule seconde le piège qui lui a été tendu. Couché dans son lit, depuis son portable il avertit Katô de la situation en lui assurant de ne pas s'inquiéter: la neige commence à tomber moins épaisse, Iwaki pense ainsi que le trafic aérien pourra reprendre le lendemain; et s'il saute dans l'avion le matin dès la première heure, nul doute qu'il pourra se trouver sur les lieux du tournage peu après midi. Le film en arrive enfin à ses passages les plus importants, il faut donc aux acteurs se donner à fond dans les prochains jours de tournage, quitte à en oublier leur fatigue personnelle. Après avoir souhaité une bonne nuit à son compagnon, Iwaki coupe la communication et éteint la lumière pour prendre enfin un peu de repos après cette journée éprouvante. Les heures passent, sans que rien ne vienne troubler son profond sommeil. Jusqu'à ce que soudain, s'éveillant pour avoir senti un poids sur son corps, l'acteur découvre avec une surprise mêlée d'horreur le visage de Miyasaka penché sur lui. Celui-ci arbore une mine effrayante et semble avoir perdu toute maîtrise de lui-même. Son amour sans espoir a fini par lui ôter la raison, ainsi c'est avec une ardeur bestiale qu'il se jette bientôt sur l'acteur pour tenter de le faire sien. Iwaki a beau hurler à Miyasaka d'arrêter, le jeune homme n'est plus en mesure d'entendre quoi que ce soit ! Il a cependant oublié un détail: l'acteur est loin d'être une frêle jeune fille, ainsi, à bout de patience, Iwaki n'a aucun mal à se débarrasser de son agresseur en lui assenant un violent coup de genou dans l'estomac. "Tu me déçois beaucoup !! crie furieux Iwaki à Miyasaka, précipité à terre sous la puissance du coup. Ne t'approche plus jamais de moi !!"
Avertissement inutile, car Miyasaka n'est déjà plus en mesure de lui faire quelque mal que ce soit: en tombant, sa tête a heurté la commode derrière lui, le voilà désormais sans connaissance. En découvrant ce visage livide, la panique saisit Iwaki qui blêmit à son tour et se tourne vers le téléphone afin d'appeler une ambulance. Néanmoins il n'a pas plus tôt déccroché le combiné et commencé à composer le numéro que Miyasaka, qui a repris conscience, annule la communication. "Réfléchissez, Iwaki.... prononce le jeune homme, titubant encore. En appelant une ambulance, vous savez que vous risquez de déclancher un scandale pour coups et blessures...? Est-ce que cela ne fera pas du vilain.... au moment où le film sur lequel Katô a misé la reprise de sa carrière va sortir en salle...? En outre, s'il apprend que vous avez imprudemment accepté de rester dormir dans une chambre que j'avais moi-même réservée, Katô...." Cependant Miyasaka n'achève pas sa phrase: avisant sur la table de nuit le portable d'Iwaki, il le déplie d'un geste afin de relever le numéro de son propriétaire. "....Si vous me résistez davantage.... je vais vraiment y laisser ma peau.... Alors pour auujourd'hui, je me contenterais de votre numéro de portable.... Je prendrais à nouveau contact avec vous.... Et si vous ne déccrochez pas.... vous comprenez n'est-ce pas ce qui va arriver !" achève Miyasaka en lançant vers l'acteur un regard lourd de menaces. Puis, il abandonne dans la chambre un Iwaki complètement prostré. Jamais ce dernier n'aurait imaginé que Miyasaka en serait arrivé là.... Et comment réagir face à un tel chantage ?

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Après un artbook, un CD-Rom et sept CD-Dramas, il était normal que la série-phare de Youka Nitta "Haru o daïtéita" finisse par être adaptée en OVA, consécration pour l'auteur. Quand on sait que Biblos n'avait plus produit de dessin-animé de genre yaoï depuis le troisième OVA de "Kizuna" sorti au printemps 2001, c'est dire le succès qu'ont dû remporter les aventures des deux acteurs Iwaki et Katô. Prévus à l'origine pour la fin de cette année, ces deux OVA de trente minutes chacun sortiront respectivement le 31 mars et le 27 mai 2005, l'équipe de réalisation ayant sans doute été un peu trop optimiste sur le planning. Trente minutes, cela peut sembler court, mais les deux premiers OVA de "Kizuna" sortis en 1994 présentaient également la même durée: nous pouvons donc considérer ces petits films comme un essai, en espérant qu'un troisième OVA plus long verra le jour par la suite, comme cela avait aussi été le cas pour "Kizuna" .
Ces deux OVA étant encore en cours de conception, Biblos désireux de garder le suspens jusqu'au bout ne nous livre les informations qu'au compte-goutte, néanmoins voici toujours un aperçu de ce que donnera "Haru" en animé:

- L'histoire:
En ce qui concerne le premier OAV, nous sommes désormais certains que ce seront les premiers chapitres du volume 1 du manga qui feront l'objet d'une adaptation. Est-il besoin de rappeler l'histoire ? Après avoir remporté un immense succès, le best-seller de la belle romancière Nagisa Sawa "Haru o daïtéita" , récit ayant pour thème l'homosexualité, doit faire l'objet d'une adaptation au cinéma. Pour incarner l'un des héros du film, Nagisa, qui est en réalité un homme travesti, hésite entre les acteurs de films pornos Yôji Katô et Kyôsuké Iwaki. Dans le but de les départager, l'écrivain convoque les candidats le même jour et afin de juger qui des deux comédiens colle le mieux au rôle, il leur demande de faire l'amour ensemble devant lui. Ce ne devrait pas être bien difficile pour des acteurs de films X. Mais voilà, ni Katô ni Iwaki n'ont encore jamais eu d'expérience homosexuelle, ainsi la requête de l'écrivain n'est pas sans leur causer une vive stupéfaction ! Iwaki surtout, dandy taciturne un peu coincé, hésite à exécuter ce qu'on lui demande. D'autant plus que son partenaire n'est autre que cet énervant Katô, jeune homme aussi franc et direct que cool et déjanté, de cinq ans son cadet. Avec leurs personnalités radicalement opposées, Iwaki et Katô sont rivaux depuis toujours, et ne manquent pas l'occasion de se prendre le bec à chacune de leurs rencontres. Mais cette fois, l'enjeu qui les oppose est de taille, car l'issue de cette audition a de grandes chances de marquer un tournant décisif dans leur carrière: ni l'un ni l'autre ne peuvent se permettre de laisser passer cette chance de quitter enfin le monde précaire de la vidéo porno en faisant de vrais débuts au cinéma.
Finalement, pour ne pas se montrer en reste face à Katô, prêt quant à lui à exécuter de bonne grâce (ou presque) tout ce qu'on lui demande, Iwaki accepte à son tour de se soumettre au bon vouloir de Nagisa. Les deux acteurs s'enlacent, sous le regard attentif et appréciateur de l'écrivain. Profitant d'un instant d'inattention de son rival, stupéfait de découvrir soudain que la romancière est en réalité un homme, Iwaki étreint Katô; et à la fin de cette audition - ou plutôt de ce match sur l'oreiller, Nagisa lui annonce qu'elle va lui confier le rôle tant convoité. Néanmoins, Iwaki n'aura pas le loisir d'apprécier longtemps cette victoire sur son cadet, car à partir de ce jour où ils ont fait l'amour ensemble, les événements ne vont cesser de mêler étroitement son destin à celui de Katô. Un an plus tard, le grand succès remporté en salles par le film "Haru o daïtéita" lui vaut d'être adapté en série télé, et ce n'est autre que Katô lui-même qui est choisi pour jouer le rôle qu'interprétait à l'origine Nagisa Sawa aux côtés d'Iwaki. Peu à peu et malgré la rivalité qui ne cesse de les déchirer, les deux acteurs vont commencer à ressentir une étrange attirance l'un envers l'autre, et leur relation, tout en demeurant houleuse, va se modifier subtilement....
Lorsque le DVD sera sorti et que nous pourrons le visionner afin de connaître exactement quels passages du manga ont été adaptés, nous écrirons un résumé plus complet avec peut-être même la traduction des dialogues scène par scène (du moins si nous en avons le temps), afin que les non-japonisants puissent regarder le film en comprenant l'histoire dans tous ses détails.
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Le deuxième OAV est quant à lui adapté du chapitre 5 (Nude Dancer )du volume 2 du manga. Il y a dix ans, l'acteur Katsuya Kikuchi a dû quitter le Japon en raison de la découverte par les médias de son homosexualité, en un temps où les écarts de moeurs étaient beaucoup moins tolérés. De retour au Japon, en découvrant à la télévision la popularité croissante dont jouit le couple d'acteurs gays Iwaki et Katô, plein de rancoeur de voir d'autres goûter le bonheur qui lui avait été refusé jadis, il décide de se venger. Kikuchi doit interpréter un second rôle dans le prochain film dont Katô est la vedette. A la réception organisée par la production pour commémorer le début du tournage de ce film, il rencontre par hasard Iwaki, qui justement est l'un de ses plus grands fans: le jeune acteur admire beaucoup le talent et la persévérance de son aîné qui, en dépit de son exil forcé, ne s'est pas laissé abattre et a réussi à remporter un grand succès à l'étranger. Il n'est donc pas difficile à Kikuchi, Katô ayant laissé son ami seul dans le vaste salon, d'attirer Iwaki dans un guet-apens. Le conduisant dans une chambre isolée d'une auberge-restaurant sous le prétexte d'avoir avec lui une conversation tranquille, Kikuchi se jette bientôt sur le jeune homme et tente de le violenter.
La nuit venue, quand Iwaki rentre enfin à l'appartement qu'il partage avec Katô, en découvrant dans quel état pitoyable se trouve son ami, le jeune acteur s'imagine immédiatement le pire. C'est ainsi que le lendemain, afin de se venger de Kikuchi, il exige que ce dernier soit éliminé du casting, sinon c'est lui-même qui donnera sa démission. Mais Katô malgré sa popularité n'est encore qu'un acteur débutant face à une célébrité comme Kikuchi, alors ce chantage exercé pour des raisons personnelles risque fort de mettre sa carrière en péril. Heureusement, lors de ces moments critiques, Katô trouvera le meilleur quoi que le plus inattendu des alliés: Kazunari Urushizaki, ce jeune paparazzi qui depuis ses débuts lui voue un véritable culte !




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Le Gigolo Box Set contiendra un DVD supplémentaire où en plus des inévitables interviews et making-off, figurera en bonus un mini-film de "Fuyu no Sémi" , cette histoire aussi belle que dramatique narrant la vie antérieure de Iwaki et Katô. Ce court-métrage dont on ignore encore la durée laisse-t-il entendre que dans un futur proche, "Fuyu no Sémi" également fera l'objet d'une adaptation en animé ?




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- Les Personnages: La première remarque qui nous vient à l'esprit en contemplant les quelques images ci-dessous, c'est que le chara-design des différents protagonistes a été particulièrement soigné. Hirotaka Marufuji qui s'en est chargé a bien respecté le style de Youka Nitta, qui se prêtait déjà aisément à cette adaptation en animé, au point qu'il est même parfois difficile de distinguer qui de l'un ou de l'autre a réalisé les dessins.
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Kyôsuké Iwaki
Né le 27 janvier 1970 à
Niigata. 
Signe du Zodiaque: Verseau
Groupe sanguin: A
Taille: 182cm
Poids: 68 kilos
Passe-temps: lecture, critique cinématographique, jardinage
Marque préférée: Giorgio Armani
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Yôji Katô
Né le 9 juin 1975 à Chiba.
Signe du Zodiaque: Gémeaux
Groupe sanguin: O
Taille: 183cm
Poids: 67 kilos
Passe-temps: tous les genres de sports marins
Marque préférée: Gucci, DKNY, Paul Smith
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Les Boxes: Si les DVD des deux OVA peuvent être achetés seuls chacun à leur date de sortie respective, l'éditeur a également prévu deux boxes collector. Prévues en quantité limitées, le contenu en est intéressant, n'empêche que le prix effarent a tout de même du mal à passer: 21000 Yens le Special Set (environ 160 Euros), 26250 Yens (environ 200 Euros) le Gigolo Set. Prix auquels, pour les faire venir en France, il faudra rajouter un surplus de taxes de douane et de frais d'envoi ! Mais voyons de plus près le contenu de chacun de ces coffrets:
- DVD vol.1 seul contient: livret version "Katô", set de Cartes postales A
- DVD vol.2 seul contient: livret version "Iwaki", set de Cartes postales B
- Le Special Set contient: les DVD 1 et 2, une bouteille d'eau de toilette "Gigolo", un bracelet, les sets de cartes postales A et B, un CD Rom Hybrid Windows/Mac réunissant diverses données sur l'univers de "Haru" , les deux livrets version "Katô" et "Iwaki", le tout dans un coffret.
- Le Gigolo Set contient: les DVD 1 et 2, une bouteille d'eau de toilette "Gigolo", un bracelet, les sets de cartes postales A et B, un CD Rom Hybrid Windows/Mac réunissant diverses données sur l'univers de "Haru" , les deux livrets version "Katô" et "Iwaki", le storyboard volumes 1 et 2, les scénarios volumes 1 et 2, un DVD supplémentaire (contenant un mini-film de "Fuyu no Sémi" , une interview des membres du staff et le making-off des OVA), le tout dans un coffret "Gigolo".

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Ces boxes étant encore en cours de conception, leur contenu est susceptible d'être modifié d'ici leur sortie fin mai 2005. Mais vous l'aurez compris, quitte à se saigner pour acheter ces coffrets en série limitée, mieux vaut opter pour le "Gigolo Box Set", bien plus intéressant vu la différence de prix pas trop élevée (mais dans les 45 Euros tout de même) entre les deux coffrets. Il s'agit néanmoins de luxueux collectors à réserver aux vrais fans de Youka Nitta. Si vous aimez juste cette série sans en être fan accro, les DVD séparés suffisent amplement.
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Les génériques: Shinichiro Miki et Toshiyuki Morikawa, qui prètent respectivement leur voix à Katô et Iwaki depuis les premiers CD-Dramas, avaient déjà interprétés en duo une chanson, "Dialogue", pour le CD-Rom "Gigolo". Les OVA également seront dotés de génériques, dont Biblos a annoncé qu'ils étaient déjà enregistrés, sans indiquer cependant s'ils feront l'objet d'un CD single vendu séparément. L'opening theme , "Private Truth", est chanté par Toshiyuki Morikawa (Iwaki), tandis que l'ending theme "One Night Cruising" sera quant à lui interprété par Shinichiro Miki (Katô).
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Caractéristiques techniques:
Genre: comédie sentimentale yaoï
Editeur: Biblos
Format: NTSC Zone 2 (DVD)
Durée: 30 minutes chacun
Prix: 5040 Yens chaque DVD seul, 21000 Yens le Special Set, 26250 Yens le Gigolo Set.

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