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Haru o Daïteïta

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La Page des Fans - 4

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- Les Personnages

- Le Manga: résumé complet par volumes

* Volume 1------------ Volume 6

* Volume 2------------ Volume 7

* Volume 3------------ Volume 8

* Volume 4------------ Volume 9

* Volume 5-------------Volume 10

* Volume 11 ------------Volume 12

- Les CD Dramas

- Le CD-Rom

- Les Artbooks

- Les OVA

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© Youka Nitta / Biblos - Deux cartes postales offertes dans un numéro de Be Boy Gold (juin 2002), numéro dans lequel avait été prépublié le chapitre du mariage des deux acteurs aux Etats-Unis.

"Forever Love Kyôsuké and Yôji"

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Le Manga (suite)

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Volume 7

Chapitre 1 Charcoal Filter - Page 3

Le lendemain du jour où les deux acteurs sont revenus de leur voyage de noces, la nouvelle de leur mariage mettait déjà le monde en ébullition. Néanmoins, une autre nouvelle devait parvenir à Iwaki, suffisamment bouleversante pour lui faire oublier les remous des médias. Tandis que l'acteur se trouve seul à la maison, des employés de l'agence de sécurité qui a équipé l'habitation viennent soudain lui annoncer qu'un cambrioleur s'est introduit chez eux pendant leur absence à lui et son compagnon. L'alarme s'est déclenchée et l'intrus a pu être immédiatement intercepté par les agents de la sécurité, néanmoins les faits sont là, un inconnu est parvenu à pénétrer dans leur maison, et cette nouvelle rempli Iwaki d'effroi.

Pendant ce temps, ne se doutant de rien, Katô s'entraîne à des exercices de musculation au Golden Sports Club. Tandis qu'il revient dans les vestiaires, le jeune homme remarque soudain sur son portable que son ami a essayé de le joindre, et décide de le rappeler sur-le-champ. C'est alors qu'il apprend à son tour la nouvelle de la tentative de cambriolage: Katô se souvient certainement que lors de leur départ en voyage, ils s'étaient fait remarquer par hasard par une équipe de journalistes venus couvrir un autre événement; d'après l'aveu du malfaiteur, c'est en apprenant par la télévision que les deux acteurs ne se trouvaient plus chez eux qu'il a décidé d'aller commettre son méfait. Heureusement qu'il a pu être arrêté rapidement ! Après un moment de silence, Iwaki finit par demander à Katô à quelle heure ce dernier rentrera, ce à quoi le jeune homme répond qu'il pourra revenir à la maison vers huit heure, sitôt qu'il aura bouclé son planning du soir. Mais une fois la communication coupée, réfléchissant à ce qu'il vient d'apprendre, Katô décide de rester encore un peu au club de gym, afin d'effectuer une série d'exercices sportifs supplémentaires.

Le soir venu, attendant le retour de son compagnon, assis dans le salon l'acteur enchaîne nerveusement cigarette sur cigarette. Katô arrive enfin, à son grand soulagement, et vu qu'il n'y a plus rien à manger à la maison, le jeune homme propose qu'ils aillent dîner à l'extérieur. Mais un peu gêné, Iwaki refuse, proposant plutôt d'accomoder les restes: car après ce qui s'est passé, il avoue répugner à laisser la maison vide. Katô remarque alors l'amoncèlement de mégots dans le cendrier; son ami avait pourtant arrêté de fumer ? Pourquoi se montre-il aussi crispé ? Tout va bien, rien n'a été volé !? A ces mots, Iwaki explose de colère. Là n'est pas le problème. Un inconnu a pénétré chez eux sans permission, a peut-être parcouru chacune de ces pièces qui leur sont familères, en un mot, a violé leur intimité ! Cette idée ne met donc pas le jeune homme mal à l'aise ? "Ce que tu peux être nerveux...." se contente de répondre Katô scandalisé par une réaction qu'il juge un peu excessive. "C'est toi qui est trop insouciant !!" réplique aussitôt Iwaki.

Mais le jeune homme n'a pas l'intention de riposter. Poussant un soupir résigné, il prend son ami dans ses bras, tentant de lui expliquer combien ne peut être que précaire un espace délimité simplement par une porte ou un mur. Le seul endroit où Iwaki doit pouvoir se sentir réellement en sécurité est ici, dans ses bras. Et entre ces membres qui n'ont pour seul raison d'être que de le protéger, aucun intrus ne pourra jamais s'introduire. D'abord stupéfait, ainsi enlacé, l'acteur finit par se détendre. Mais tandis que profitant de cette docilité, Katô commence à avoir la main légère, Iwaki l'arrête aussitôt: et si le malfaiteur avait installé des micros ? Son ami n'en revient pas d'une telle anxiété qui tourne à l'obsession ! Et puis même si ce cambrioleur avait eu le temps d'installer des micros, ça n'a plus aucune importance: puisqu'il a été arrêté, il n'y a plus personne désormais pour jouer les espions. Néanmoins, pour appaiser les craintes de son compagnon, Katô propose de demander au service de sécurité d'effectuer une fouille en règle dès le lendemain. En attendant, si le fait qu'on puisse l'entendre l'inquiète tant, l'acteur n'aura qu'à s'efforcer d'étouffer sa voix.

Finalement, Iwaki se laisse convaincre par un Katô plus qu'empressé. Mais il va sans dire que livré aux mains expertes de son ami, contenir ses gémissements lui devient bientôt un cauchemar. Sans compter que le jeune homme prend un malin plaisir à le torturer ! L'acteur réagit si ardemment à ses caresses qu'aiguillonné, de gré ou de force, Katô ne peut résister à l'envie de le faire crier. Relevant son ami, il le fait asseoir face à lui sur ses genoux. Et à peine se sont-ils unis que demandant à Iwaki de s'accrocher à lui fermement, Katô se lève du canapé. Etreignant son compagnon ainsi debout tout en le soutenant dans ses bras, le jeune homme fait là une vigoureuse démonstration de force ! Et après avoir tenu ainsi tout le temps de cette étreinte "musclée", Katô finit par se laisser retomber sur le canapé, à bout de souffle, mais pas autant qu'Iwaki comblé. Ce dernier avouant que jamais il n'aurait pensé que son compagnon parviendrait à lui faire l'amour dans cette difficile posture, le jeune homme ne se montre pas peu fier de sa robuste musculature ! Au point qu'Iwaki se met soudain en devoir de lui rappeler que Katô avait pourtant manqué se faire un tour de rein en le portant dans ses bras jusqu'à leur chambre le premier jour de leur emménagement dans cette maison !

Mais depuis ce que Katô considère comme un souvenir honteux, il a fait beaucoup d'efforts. Car au cas où quelque chose de grave viendrait à se produire, il est déterminé à protéger son ami, et rien que de songer à celà, aucun de ses efforts au club de gym ne lui paraît superflu. Entendant ces paroles, Iwaki ressent soudain une vive honte de la façon dont il s'est conduit aujourd'hui: alors que Katô se trouve en fait dans la même situation que lui, tous deux ont réagi de manière si différente.... Le jeune homme lui répond que ça n'a aucune importance, mais prend tout de même soin de rappeler à son compagnon qu'en tout dernier recours, la dernière personne qui puisse protéger Iwaki, c'est bien sûr Iwaki lui-même. Néanmoins même si c'est peu de chose, Katô voudrait annihiler tout ce qui est susceptible de lui faire du mal. Si par exemple Iwaki se remet à fumer, son souhait est de devenir le filtre de sa cigarette.

Heureux de tant de dévouement, l'acteur adresse à son ami un sourire des plus radieux. "Tu es quelqu'un de bien, toi.... Vraiment, tu es un homme bien...." lui dit-il en rougissant légèrement. "N'est-ce pas ? répond Katô ravi de ce compliment. Moi aussi je suis fou de mon corps. Regarde ! Ces abdominaux !!" - "QUI TE PARLE DE TES MUSCLES ?!!!"

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 2 Ima soko ni aru Kiki ("La Crise qui a lieu là-bas en ce moment") - Page 27

Un après-midi, Katô qui se trouve à la maison reçoit un coup de fil de son compagnon, qui lui annonce une terrible nouvelle: le frère aîné d'Iwaki est sur le point de leur rendre visite ! Masahiko est venu à Tôkyô pour son travail, et ce sera la première fois qu'il se rend chez le couple. Mais comme Iwaki se trouve actuellement en pleine séance de prises de vue et ne peut encore rentrer, il demande à Katô de s'occuper de son aîné en attendant son retour. Voilà donc le jeune homme forcé d'accueillir son effrayant beau-frère, en prenant bien garde de ne pas froisser le terrible Masahiko ! Kyôsuké et ce dernier viennent à peine de se réconcilier, il ne faut absolument rien faire qui puisse envenimer à nouveau leur relation. Katô sitôt son visiteur arrivé s'efforce donc de se comporter en jeune mariée modèle, installant confortablement son beau-frère dans le salon et lui servant le thé. Mais bientôt un silence lourd et tendu finit par s'installer dans la pièce, et Iwaki ne rentre toujours pas.

A la fin, laissant Masahiko seul un moment, le jeune homme décide d'appeler son compagnon depuis son portable: suite à un retard survenu lors du tournage, ce dernier s'avère dans l'impossibilité de revenir immédiatement en dépit de toutes les supplications de Katô. Et quelle est donc cette voix si pitoyable ? remarque Iwaki. Où est donc passé l'entrain de son enjoué compagnon ?! Au bord des larmes, Katô doit bien avouer que cette fois, il ne parvient pas à se donner une contenance. Mais à peine a-t-il prononcé ces mots, pitoyablement assis par terre dans le couloir, qu'il découvre tout à coup Masahiko debout au-dessus de lui. Le rigide homme d'affaires cherchait simplement les toilettes, et à cette brusque apparition, Katô livide doit faire un effort surhumain pour ne pas hurler !

Un peu plus tard, les deux jeunes gens se retrouvent à nouveau assis dans le salon. Les minutes s'égrènent lentement, et Katô tendu à mort ne sait que trouver comme sujet de conversation pour distraire son visiteur. C'est bien la situation la plus terrible qu'il ait connu dans sa vie ! Mais soudain, regardant sa montre, Masahiko annonce qu'il est temps pour lui de partir. Se levant, Katô proteste aussitôt: Iwaki ne va certainement plus tarder à présent, et d'ailleurs ce soir l'homme d'affaires n'aura qu'à rester dormir chez eux. Néanmoins, Masahiko se voit contraint de décliner l'offre: il travaille le lendemain et doit absolument rentrer dans la journée à Niigata. Puis, à la grande surprise de Katô, détournant la tête son beau-frère se met à rougir: puisque Kyôsuké ne vient pratiquement jamais au foyer paternel, il désirait au moins échanger quelques mots avec lui, mais sa démarche a été vaine. Si son jeune frère est considéré comme la brebis galeuse de la famille, c'est bien la faute de ce dernier ! N'est-ce pas terriblement désagréable pour les siens de constater qu'en ce qui concerne les faits et gestes de Kyôsuké, la télévision et les autres gens en savent bien plus qu'eux !

Tandis que Masahiko peste ainsi contre son cadet, d'abord stupéfait, Katô a bientôt peine à se retenir de pouffer de rire. L'homme d'affaires fait sans doute allusion à leur mariage célébré aux Etats-Unis dont personne parmi leurs proches n'avait été prévenu vu le caractère improvisé de cette cérémonie, pas plus la famille de Katô que celle d'Iwaki. Mais surtout, le jeune homme vient de remarquer combien Masahiko et son compagnon se ressemblent. Il aurait du songer plus tôt à essayer d'appliquer à cet homme en apparence rigide la façon de penser d'Iwaki. Une fois qu'il lui a trouvé des points communs avec la personne qu'il aime, ce terrifiant beau-frère lui paraît soudain très mignon ! S'apercevant de la mine réjouie avec laquelle le jeune homme le dévisage, piqué, Masahiko lui demande ce qui le fait sourire ainsi. Mais ne se départissant en rien de son expression joyeuse, à la grande surprise du businessman, Katô le remercie chaleureusement: puisque Iwaki ne semble pas décidé à tenter un rapprochement, Masahiko lui-même a pris la peine de venir faire le premier pas. Le jeune homme en est très heureux, ainsi, il promet que dès que tous deux pourront prendre à nouveau quelques jours de congé, il s'efforcera de traîner Kyôsuké jusqu'à la demeure familiale. Gêné, Masahiko acquiesce, enjoignant Katô à venir à la maison lui aussi; d'ailleurs, le fait de s'y rendre accompagné de son ami rendra sans doute les choses plus faciles pour Iwaki.

Toujours aussi content de constater que son visiteur réagit exactement comme il s'y attendait, Katô qui n'a plus du tout peur assure à Masahiko qu'il transmettra à Kyôsuké combien son aîné regrette de n'avoir pas pu le voir aujourd'hui. A ces mots, le businessman proteste, et se troublant encore davantage, il recommande à son jeune beau-frère de transmettre ses amitiés à son cadet de manière plus modérée ! Néanmoins, juste avant de partir, Masahiko demande à Katô de faire de sa part à Kyôsuké une certaine commission....

Le soir venu, une fois de retour chez lui, Iwaki s'empresse de téléphoner chez ses parents. Son frère n'est pas encore rentré, et c'est sa belle-soeur Fuyumi qui lui répond. Après avoir recommandé à cette dernière de transmettre ses amitiés à Masahiko, à leur père ainsi qu'à Hisako l'employée de maison, l'acteur raccroche le combiné, pestant à son tour contre son aîné: si Masahiko avait l'intention de venir, il aurait pu tout au moins les prévenir à l'avance; ainsi, ils auraient été en mesure de tout préparer pour l'accueillir ! Tandis que son ami ronchonne ainsi, Katô le contemple avec un regard tendre: Iwaki rouspète, alors qu'en fait l'acteur est si content rien que d'avoir osé appeler chez lui ! Le jeune homme a l'impression d'avoir Masahiko en face de lui tant ces deux frères se ressemblent jusque dans les traits de leur caractère: ils sont aussi têtus l'un que l'autre ! Mais décidé à jouer jusqu'au bout les intermédiaires afin d'appaiser leur querelle, Katô conseille à Iwaki de transmettre la prochaine fois directement à Masahiko combien lui aussi regrette de n'avoir pas pu le rencontrer. Et bien que détournant la tête d'un air un peu gêné et boudeur, son ami acquiesce docilement.

Cette journée éprouvante est enfin achevée, et s'affalant sur la table de la salle à manger, Katô doit reconnaître qu'après cette épreuve il est vraiment vanné. Il a le sentiment d'avoir fait la difficile expérience des problèmes que doit rencontrer une jeune mariée. Une jeune mariée pourvue d'un époux exténuant qui lui donne beaucoup de travail ! Souriant, Iwaki lui répond qu'il lui est vraiment reconnaissant d'avoir fait de son mieux et que cette nuit, il va se faire un plaisir de le récompenser. Tandis que les deux amants montent ainsi l'escalier pour se rendre à leur chambre, Kyôsuké demande néanmoins à son compagnon si son frère n'avait pas l'air de mauvaise humeur. Voilà une question bien embarrassante, et le jeune homme est bien forcé de répondre que Masahiko tire toujours tellement la tronche que c'est plutôt difficile de savoir quand il est vraiment fâché. Mais soudain, Katô s'arrête net, tandis qu'il se remémore d'un coup le message dont le businessman l'avait chargé et qui lui était complètement sorti de la tête: l'épouse de Masahiko attend un bébé, et nul doute que ce dernier est venu chez son cadet aujourd'hui parce qu'il désirait lui annoncer lui-même la bonne nouvelle. A ces paroles, bouche-bée, Iwaki n'en revient pas d'une pareille tête de linotte ! Katô aurait du lui annoncer immédiatement une nouvelle aussi importante; car tout à l'heure, au téléphone, il se devait de féliciter sa belle-soeur pour cet heureux événement ! Quelle est donc négligeante, sa jeune mariée ! Complètement nulle !!

Au même moment, dans le train qui le ramène à sa région natale, Masahiko est perdu dans ses réflexions. C'est trop tard, il n'y a plus rien à faire en ce qui concerne Kyôsuké; mais au moins, il lui faut à présent prendre garde à ce que ses propres enfants ne s'engagent pas sur une drôle de voie. "A notre époque, il est difficile de ne pas ressentir quelque appréhension à élever des enfants...." songe le businessman légèrement inquiet concernant l'avenir de sa progéniture, vu l'exemple que va constituer pour ses futurs neveux l'oncle Kyôsuké !

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© Youka Nitta / Biblos - Le pire des cauchemars pour Katô: Masahiko Iwaki en personne !

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Chapitre 3 Six Nine - 99.9999 - Page 43

Nagisa Sawa, le romancier à succès travesti, vient d'entâmer l'écriture d'un nouveau récit, ayant pour thème comme toujours l'homosexualité. Néanmoins cette fois, le sujet revêt pour lui une importance particulière, tandis qu'à travers ses écrits le jeune homme s'interroge sur sa relation avec son petit ami et cousin Yukihito. Craignant de "souiller" encore davantage un garçon à peine sorti de l'adolescence, plutôt que de demander à son cousin de l'aider pour l'écriture de certaines scènes de jeux érotiques sado-mazos que contiendra le roman, Nagisa décide de faire appel aux services d'un "professionnel", d'un prostitué. Celà lui pèse énormément de commettre envers Yukihito cette infidélité, néanmoins le romancier est de ceux qui n'écrivent jamais un récit sans s'être auparavant soigneusement documentés, allant jusqu'à faire physiquement l'expérience des situations qu'il décrit, souci de réalisme dont ont déjà fait les frais Yukihito mais aussi Katô et Iwaki !

Cependant cette fois le sujet est trop grave pour que Sawa ose se résoudre à demander l'aide de ses amis ou de son bien-aimé. Ainsi, profitant que son cousin se trouve au lycée, il entâme une partie SM avec l'homme qu'il a embauché. Hélas, à peine les hostilités ont-elles commencé que Yukihito rentre plus tôt que prévu de l'école, et quelle n'est pas son horreur en découvrant son cousin au lit avec un inconnu, baillonné et ligoté comme un saucisson ! Le choc est trop grand pour le lycéen. Malgré les appels désespérés de Sawa il s'enfuit en courant, laissant glisser à terre l'imprimé de participation à la réunion des parents d'élèves qu'il avait apporté.

Dans la soirée, tandis qu'au-dehors la pluie tombe en un véritable déluge, Iwaki et Katô sont occupés à faire leur lessive. Très pris par leur travail, les deux acteurs ne savent jamais quand ils auront le temps de faire un peu de ménage, et le linge sale s'est accumulé ! Lorsque le temps est aussi mauvais, c'est vraiment une chance de posséder un sèche-linge, remarque Iwaki. Katô est tout à fait d'accord, d'autant plus qu'il aurait trop peur qu'en les mettant dehors à sécher quelqu'un ne vole les sous-vêtements de son ami ! "A part toi, qui aurait envie de mes sous-vêtements !?" rétorque Iwaki quelque peu inquiet par la mine réjouie qu'arbore le jeune homme en manipulant l'un de ses slips. Katô a tout à fait l'air en cet instant d'un de ces voleurs de petites culottes comme il y en a tant au Japon ! Tandis que les deux amants devisent ainsi, l'interphone se met soudain à sonner. Katô va aussitôt déccrocher, mais n'entendant pas de réponse, croit tout d'abord qu'il s'agit d'une mauvaise plaisanterie. Jusqu'à ce que lui parvienne la voix mal assurée de Yukihito.

Un peu plus tard, pendant qu'Iwaki s'occupe de faire prendre une douche à l'adolescent trempé jusqu'aux os, Katô quant à lui s'empresse de téléphoner à Sawa. L'écrivain, qui cherchait en ce moment-même son cousin partout, se montre soulagé au plus haut point d'apprendre que ce dernier se trouve actuellement chez leurs amis. Le lycéen ayant refusé de répondre à leurs questions, Katô demande à Nagisa ce qui s'est passé, mais après la bêtise qu'il vient de commettre, il n'est pas étonnant que le romancier répugne à raconter cette histoire au téléphone. Ainsi, remettant les explications à plus tard, il péfère se rendre chez les acteurs le plus vite possible.

Quelques instants après, lavé et réchauffé, Yukihito est couché dans la chambre d'ami. Assis à son chevet, Iwaki tente d'engager la conversation, mais en vain. Déjà, suite au drame auquel il a assisté dans son adolescence le garçon n'était pas très causant, mais à présent il semble s'être complètement refermé sur lui-même. A la fin, se levant, l'acteur décide de laisser le lycéen visiblement en état de choc se reposer, l'enjoignant néanmoins à l'appeler si jamais l'envie lui prenait de se confier. Mais une fois seul dans la pièce, enroulé dans ses couvertures, Yukihito donne enfin libre cours à ses larmes, serrant les dents afin d'étouffer les sanglots qui lui montent à la gorge.

En quittant la chambre d'ami, Iwaki retrouve Katô dans le couloir. Tout laisse à penser qu'il a du se passer quelque chose entre Yukihito et Sawa, et puisque apparemment ces derniers ne peuvent demander conseil qu'aux deux acteurs, nul doute que celà concerne un problème dans leur vie de couple. La nuit est presque tombée lorsque Nagisa arrive enfin à la maison de ses deux amis. Tandis que Iwaki s'occupe de préparer du thé, Katô quant à lui écoute le récit de l'écrivain, qui bien qu'honteux, lui avoue tout de go: "J'ai invité un homme à la maison, et Yukihito nous a surpris juste quand nous entamions un jeu sado-mazo." Ces paroles ne manquent pas d'arracher au jeune acteur un cri de stupéfaction, cependant Katô devine sans peine que l'écrivain a agit ainsi dans le but de se documenter pour quelque nouveau roman. Mais tout de même, quel métier calamiteux ! Sawa aurait pu tout au moins faire ça hors de la maison, ou alors demander l'aide de Yukihito ? C'est vraiment trop cruel !

Tête basse, Sawa se met à rougir fortement. Si seulement il pouvait agir comme le dit Katô, il ne serait pas si tourmenté.... Mais comment pourrait-il demander à Yukihito d'étreindre un homme aussi grand que lui ? Il est vrai que le garçon devient de plus en plus beau de jour en jour, au point que souvent l'écrivain n'en puisse plus de le désirer.... S'il a organisé cette lamentable partie SM à la maison, c'était justement pour se donner l'impression qu'il se trouvait dans les bras de Yukihito. Katô a peine à en croire ses oreilles ! QUÔA ? Sawa veut inverser les rôles, il veut être étreint par son jeune cousin !?!! "C'est bien normal, non !?" s'écrie l'écrivain, piqué au vif. D'où qu'on le regarde, il va sans dire que Nagisa a tout à fait l'apparence et les manières d'une femme; néanmoins, au lit, il lui faut redevenir un homme. N'est-ce pas contradictoire !? Pourtant, il ne peut se résoudre à imposer davantage ses désirs à Yukihito. Non seulement son bien-aimé est un parent proche, ce qui donne à leur relation un caractère incestueux, mais en plus il est du même sexe que lui. Yukihito a été souillé à 99%, par sa faute ! Et ce 1% de pureté qui lui reste, le romancier souhaiterait au moins le ménager comme une sortie de secours en laissant le garçon demeurer dans son rôle de passif.

A ces mots, Iwaki qui écoutait la conversation depuis le couloir pénètre dans la pièce. Pour lui, Sawa est dans l'erreur: rester passif n'est nullement une sortie de secours, au contraire, c'est le rôle qui exige le plus de résolution. Nagisa tente de protester, de son point de vue se contenter de "subir" est moins pervertissant que d'agir, mais l'acteur lui coupe aussitôt la parole. Alors, si l'on en croit ses propos, l'écrivain étreint Yukihito sans aucune tendresse, avec violence peut-être ? demande Iwaki sur un ton tranchant, tandis qu'à ses côtés Katô stupéfait blêmit d'entendre son compagnon d'ordinaire si pudique prononcer des paroles aussi crues. Bien sûr, Sawa s'insurge, fou de colère: tout celà est faux, et il ne permettra jamais à quiconque de dire des choses pareilles, pas même à Iwaki ! Il aime Yukihito de tout son coeur !!

"Et il en est certainement de même pour Yukihito", reprend l'acteur avec gravité. Sinon, le garçon n'aurait eu aucune raison de s'enfuir cet après-midi en découvrant ce que faisait son cousin. Combien que leur relation à tous deux soit contraire à la morale, pourquoi est-ce que leur union charnelle, si elle est motivée par l'amour, devrait souiller Yukihito ? De toute manière, la vie se charge d'elle-même de souiller n'importe quel être humain. Pour avoir joué dans des films pornographiques, Iwaki a conscience d'être davantage souillé que n'importe qui. Néanmoins, une souillure dans le véritable sens du terme ne se produit-elle pas surtout lorsque le coeur est atteint, à l'instant où l'on s'aperçoit qu'une personne à qui l'on faisait confiance vous a trahi ? L'acteur explique qu'en ce qui le concerne, enveloppé de l'amour de Katô, il sent à présent que son coeur est pur et limpide au point qu'il ne lui soit plus nécessaire de se préoccuper des souillures de son corps. Cependant, à l'inverse, si jamais Katô venait à le trahir, il est certain que son coeur serait souillé à 100%, en même temps qu'il perdrait tout espoir. Ainsi, par ce qu'il a fait aujourd'hui, Iwaki affirme catégoriquement que Sawa a souillé Yukihito plus qu'il ne l'a jamais fait. Ce n'est pas parce que ce dernier ne parle pas qu'il faut le considérer comme une poupée, ajoute l'acteur avec sévérité. L'écrivain devrait s'efforcer de réfléchir à la manière dont son compagnon peut appréhender ses faits et gestes. Car même si c'est pour son travail, parfois le comportement de Sawa est beaucoup trop extravagant, il dépasse les bornes !

Le sage discours d'Iwaki fait son effet. Prostré de remords, Nagisa ne parvient plus à contenir ses larmes et s'excuse de s'être emporté contre l'acteur. Dès qu'il sera un peu calmé, il demande aux deux compères de lui amener Yukihito.

Tandis que l'écrivain s'efforce de retrouver son sang-froid, Iwaki se rend auprès du lycéen afin de lui parler, tâchant de lui expliquer dans quels tourments se trouvait plongé son cousin: en se refusant à lui faire courir davantage de risques vis à vis de la société, Sawa s'est retrouvé oppressé, poussé à bout, et l'acteur pense que le garçon lui aussi a une part de responsabilité dans ces tourments. Iwaki comprend ce que c'est que d'être peu bavard, car lui aussi éprouve des difficultés à exprimer à voix haute ses émotions. Cependant, pour la simple raison que les mots ne sont pas son fort, que même malgré son silence son partenaire parvient à comprendre ses sentiments, ce n'est pas pour autant qu'il faut se laisser aller à la facilité. Car même un être humain qui se comporte toujours de manière gaie et insouciante, si l'on ne lui transmet pas ce que l'on ressent par des paroles, finit par en concevoir de l'inquiétude - Iwaki en a déjà fait la douloureuse expérience avec Katô. Ainsi, si Sawa représente un être précieux pour Yukihito, et s'il ne veut plus que ce dernier tourne son regard vers quelqu'un d'autre, il doit le lui dire de sa propre bouche.

Yukihito acquiesçant, Iwaki quitte la chambre afin d'aller chercher Nagisa. Ce dernier se trouve déjà dans le couloir aux côtés de Katô, et sans doute a-t-il entendu les propos que l'acteur a tenu à son jeune amant. Iwaki souhaiterait que cette nuit, les deux cousins prennent le temps de se parler tranquillement; il les invite donc à rester dormir dans la chambre d'ami. Emu de tant d'égards, Sawa le remercie en s'inclinant. Une fois à l'intérieur de la pièce où l'attend Yukihito, l'écrivain n'ose d'abord regarder ce dernier dans les yeux, expliquant qu'Iwaki en colère lui a administré un virulent sermon. Mais l'instant d'après, n'en pouvant plus, Nagisa en larmes se jette aux pieds de son cousin, lui demandant amèrement pardon. Il avait peur, peur qu'à présent que Yukihito est parvenu à un âge où il peut vivre seul, le moment ne soit proche où le garçon décide de le quitter. Sawa n'avait pas suffisamment de confiance en lui pour croire que le lycéen continuerait à l'aimer. Car vu par les yeux de Yukihito qui est si jeune, de quoi a-t-il l'air ? D'un vieux ? D'un travelot ?... Hormis pour les besoins de la vie courante, en fin de compte Yukihito n'a aucune raison de demeurer auprès du romancier. En plus, avoir désiré que son cousin l'étreigne.... "Je suis vraiment quelqu'un de très bizarre, achève Nagisa. Je te demande pardon."

Tandis que le jeune homme fond en larmes la tête appuyée sur ses genoux, Yukihito prend à son tour la parole. D'une voix d'abord mal assurée, il assure à son cousin qu'il ne l'a jamais considéré comme étrange. Cette odeur de cosmétiques, cette manière de parler semblable à celle d'une femme, tout celà fait partie intégrante du Nagisa qu'il adore. Et il est vraiment pénible pour Yukihito d'avoir donné l'impression à son bien-aimé qu'il le voyait comme une créature dénaturée. A partir de maintenant, il promet de faire en sorte de s'exprimer davantage. Et gratifiant l'écrivain d'un séduisant sourire, le lycéen le remercie de s'inquiéter ainsi pour lui. Lors des réunions de parents d'élève, son cousin - qui est aussi son tuteur - a toujours pris soin de s'y présenter habillé en homme; néanmoins Yukihito assure à Nagisa que ça ne le dérange pas qu'il s'y rende dorénavant dans sa tenue de tous les jours, vêtu comme une femme. Emu, les larmes aux yeux, Sawa ne peut s'empêcher de remarquer combien son jeune cousin est devenu beau. Yukihito a bien grandi, que ce soit physiquement ou moralement, et levant vers lui un visage empli d'admiration, l'écrivain demande à son compagnon s'il veut bien faire de lui son esclave de l'amour. Approchant ses lèvres de celles de Nagisa, Yukihito acquiesce. Si c'est ce que son bien-aimé désire, il promet de faire de son mieux.

La nuit venue, couchés dans leurs lits respectifs, Katô et Iwaki ne parviennent pas à s'endormir. A travers la cloison qui les sépare de la chambre d'ami, leur parviennent tout un tas de bruits incongrus, des éclats de voix, des bruits de coups, des gémissements de plaisir.... Comment trouver le sommeil dans des conditions pareilles ?! Leurs voisins de chambre sont en ce moment en pleine séance SM, et le comble est de penser que c'est le jeune Yukihito qui est en ce moment-même en train de "tourmenter" un grand bonhomme comme Nagisa ! Mais ce qui étonne le plus Iwaki, c'est que son ami ne lui propose pas d'en faire autant. Katô est bien forcé d'avouer qu'il se sent un peu glauque après avoir trop entendu de lourdes conversations. Alors, Iwaki se lève et allume la lampe de chevet. Se penchant sur son ami avec un air des plus engageant, il commence à déboutonner lui-même son pyjama. "Même si moi j'en ai envie ?" susurre l'acteur à Katô, qui ne tarde pas à se laisser tenter. Nul doute que quelques galipettes auront vite fait de guérir son mal de coeur !

Le lendemain matin, c'est la démarche vacillante et les yeux à moitié fermés que le jeune acteur descend l'escalier. Quelle poisse de devoir aller travailler alors qu'il n'a presque pas dormi ! Néanmoins la surprise de tomber nez à nez avec Sawa au détour d'un couloir se charge bien vite de le réveiller. Malgré sa nuit blanche, le romancier paraît frais et pimpant comme il ne l'a jamais été ! Mais avisant soudain la corbeille de linge que Nagisa tient dans ses mains, de laquelle il voit dépasser l'un des sous-vêtements d'Iwaki, Katô pousse un cri de protestation: "Un instant ! Qu'est-ce que vous faites avec ça !!" Gaiement, Sawa explique qu'il a lavé les draps de la chambre d'ami, profitant par la même occasion pour faire la lessive d'Iwaki et Katô. Puis, sans écouter les objections de son hôte, l'écrivain s'en va suspendre dans le jardin draps, slips et caleçons. "Wah ! Il ne faut pas mettre ça à sécher dehors !!" hurle Katô. "Qu'est-ce que vous racontez, le linge doit être séché au soleil, c'est ce qu'il y a de meilleur !? rétorque Nagisa en vraie maîtresse de maison.

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© Youka Nitta / Biblos - Yukihito a bien grandi depuis sa première apparition dans le chapitre 3 du volume 1 du manga.

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Chapitre 4 Double Casting - Page 69

Lorsqu'on pratique le métier d'acteur, ce que l'on désire le plus au monde est de rencontrer un jour un rôle dont on puisse se dire avec orgueil "Il n'y a que moi qui puisse jouer ce rôle-là." Si l'on parvient à découvrir ce rôle et à l'interpréter avec talent, alors on est en droit de se dire qu'en tant qu'acteur, on a enfin atteint la pleine maturité. C'est ce que pense Kyôsuké Iwaki avec une ferme conviction.

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© Youka Nitta / Biblos

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Tandis que l'acteur est en train de lire attablé dans un restaurant, sa manager Mme Shimizu vient soudain le rejoindre. Iwaki s'inquiétant de la voir reprendre si tôt son travail alors qu'il y a encore peu de temps qu'elle a accouché, la jeune femme explique qu'elle a confié son bébé - la petite Yuki - à sa mère qui vit avec elle; néanmoins il est certain qu'elle ne va pas pouvoir encore s'occuper de l'acteur à plein temps, et s'en excuse. Mais Iwaki répond que finalement, ça ne le dérange pas de ne plus avoir d'escorte: il a pris l'habitude de se déplacer par ses propres moyens, et comme ces derniers temps il n'a pas en cours de tournage contraignant comme celui d'un feuilleton télévisé, il est suffisant que sa manager se contente de lui faxer son emploi du temps. Mme Shimizu répond en riant que ce calme relatif ne va pas durer bien longtemps, tant lui parviennent des propositions de travail pour Kyôsuké, l'acteur-phare de leur maison de production: entre le premier rôle dans un feuilleton et plusieurs films au cinéma, l'acteur n'aura pas le loisir de se la couler douce ! On le demande même comme animateur pour une émission de variété, ce qu'Iwaki s'empresse de refuser aussitôt ! Néanmoins, pour les autres contrats, il n'y a pas de problème, ainsi il enjoint Mme Shimizu d'entâmer les pourparlers.

Avant de s'en aller pour commencer ces négociations dès à présent, la jeune femme ne peut s'empêcher une remarque amicale: chaque fois que l'acteur a un moment de libre, elle le voit avec un roman dans les mains. Tandis que la manager lui demande quel ouvrage il lit en ce moment, Iwaki lui montre le roman "Fuyu no Sémi" ("La Cigale de l'Hiver"). Ces derniers temps, il est littéralement accaparé par ce récit-là, au point qu'il ne lui vienne même pas à l'esprit d'entâmer un autre ouvrage. L'autre jour la version poche de ce livre est sortie et il n'a pas pu s'empêcher de l'acheter, alors qu'il possède déjà l'autre édition ! Le récit, inspiré d'une histoire vraie, conte un amour malheureux se déroulant à la fin de l'époque Baku . Iwaki ne veut pas penser que c'est parce qu'il s'agit d'un amour homosexuel, mais n'empêche qu'il se sent terriblement en symbiose avec ce récit. (Normal, "Fuyu no Sémi" décrit les événements survenus dans sa vie antérieure ! - voir volume 5 chap.4) Dans la post-face, il est expliqué que l'auteur serait la petite-fille de la femme nommée Ito qui apparaît dans le roman. Elle a ainsi écrit cette histoire en se fondant sur les objets et documents conservés dans sa famille ainsi que sur les souvenirs contés par sa grand-mère quand elle était enfant. Et tout celà contribue à donner au récit un réalisme étrange et troublant. Ce livre est terriblement bon, Iwaki conseille à sa manager de le lire à tout prix !

Mais soudain, répétant à voix haute le titre de l'oeuvre, Mme Shimizu paraît se souvenir de quelque chose. Fouillant dans ses paperasses, elle ne tarde pas à en avoir le coeur net: ce roman va bien être adapté en film ! Comme il s'agit d'un drame historique et de plus traitant encore de l'homosexualité, leur maison de production faisait grise mine quant au projet et du coup, elle n'en a pas parlé à l'acteur; mais le fait est sûr et certain: c'est Iwaki et nul autre que l'équipe de réalisation du film demande pour interpréter l'un des deux rôles principaux, le samouraï Keiichirô Akizuki ! Pantois, le jeune homme n'arrive pas à en croire ses oreilles; il est si stupéfait que perdant toute mesure, l'acteur se lève pour s'élancer vers Mme Shimizu. "Je veux jouer ce rôle ! Je vous en prie, laissez-moi le jouer !! s'écrie-t-il avec impétuosité.

Le soir, de retour à la maison, Iwaki raconte toute l'affaire à Katô. Il n'en revient toujours pas qu'un tel hasard ait pu se produire. Quels cuisants regrets l'auraient tourmenté si jamais la proposition n'était pas parvenue à ses oreilles et que le rôle eut échoué par conséquent à un autre acteur ! Katô est vraiment content pour son ami, mais surtout de le voir s'exalter ainsi comme un gamin, lui d'ordinaire si mesuré ! En fait, lui aussi a une grande nouvelle à apprendre à Kyôsuké, mais à peine le jeune homme a-t-il commencé à parler qu'il se rend compte que son compagnon ne l'écoute pas. Impatient d'entâmer le tournage de "Fuyu no Sémi", certain de jouer le rôle d'Akizuki mieux que n'importe qui (surtout qu'il s'agit de lui-même dans sa vie antérieure !), tout à sa joie immense Iwaki n'est plus en état d'entendre quoi que ce soit. Alors Katô renonce, amusé, remettant la nouvelle à demain; surtout que dans son cas, il ne s'agit pas à 100% d'une nouvelle réjouissante. Kyôsuké paraît tellement heureux, ce serait vraiment dommage de refroidir son entrain.

Changeant de sujet, le jeune homme déclare que si le livre responsable de tant d'enthousiasme est si intéressant, lui aussi devrait peut-être le lire; il en demande donc le titre à son compagnon. Ce dernier s'empresse de satisfaire sa curiosité, et au nom de "Fuyu no Sémi", Katô a soudain l'impression d'avoir déjà entendu ce titre-là quelque part. Cependant Kyôsuké ne lui laisse pas le temps de réfléchir davantage. Farfouillant dans sa sacoche avec excitation, il s'empresse de prêter sa version poche du livre à Katô, lui recommandant de prendre son temps pour le lire, car il en possède encore un autre exemplaire. Et l'acteur ajoute, d'une voix pleine de sous-entendus: "Les caractères d'imprimerie sont tous petits, alors ne fais pas trop d'efforts, hein ?" - "Ah, ça suffit ! s'exclame le jeune homme, vexé. Je t'ai déjà dis que moi aussi, ça m'arrive de lire des romans !? Et n'oublie pas que je suis bien forcé de lire mes scénarios ?!"

Un peu plus tard, après sa douche, Kyôsuké vient avertir Katô que la salle de bain est libre. Il trouve ainsi son compagnon allongé sur le canapé occupé à dévorer le roman qu'il vient juste de lui prêter, reniflant et des larmes plein les yeux tant le récit semble l'émouvoir. Alors, souriant, Iwaki décide de ne pas déranger le jeune homme dans sa lecture et referme doucement la porte. Très tôt le lendemain matin, l'acteur est réveillé par les cris de son ami qui se précipite sur son lit: complètement envoûté par l'histoire, Katô n'a pas fermé l'oeil de la nuit et à présent qu'il vient de terminer le livre, il ne peut plus taire plus longtemps ce qu'il ressent. "Je veux jouer ce rôle !! Celui de Kusaka Tôma !!" s'exclame-t-il plein d'enthousiasme. Contemplant son ami avec tendresse, Iwaki ne peut qu'acquiescer: lui aussi s'était déjà dit la même chose, ce serait un rôle idéal pour Katô.

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"Je veux jouer ce rôle ! Je ne veux le céder à personne !" Pour un acteur, Iwaki avait toujours pensé que posséder cette sorte de faim dévorante proche de l'égocentrisme vis à vis d'un rôle n'était absolument pas une mauvaise chose. Dans un sens, il était même content que quelqu'un d'aussi talentueux que Katô éprouve ce genre de sentiment. Si seulement ce sentiment nouveau qui venait de s'éveiller chez le jeune homme n'avait pris dans son cas la forme de l'aveuglement d'un enfant capricieux....

Quelques jours plus tard, les journaux évoquent un nouveau scandale: suite à une mésentente avec sa maison de production, Yôji Katô se voit menacé d'être exclu du monde du spectacle ! En voici l'explication: le jeune homme était censé se rendre à Taïwan pour jouer dans le tout dernier film d'un réalisateur très populaire natif de ce pays. Alors que les préparatifs et les démarches étaient déjà bien entâmés, ne restait plus en somme qu'à signer le contrat, d'un coup Yôji Katô a changé inexplicablement d'avis, a refusé son rôle pour demander à tourner dans le drame historique "Fuyu no Sémi". Revirement d'autant plus étrange que l'acteur avait auparavant refusé le rôle qu'on lui proposait dans ce film ! Mais vu que ce revirement se produit juste au moment où son compagnon Kyôsuké Iwaki vient d'accepter de tourner dans ce drame historique, on peut sans doute penser à juste titre que Yôji Katô a agit ainsi dans le but d'avoir l'occasion de jouer encore une fois avec son bien-aimé. Sans songer aux problèmes que cette décison occasionnerait pour sa maison de production, qui, furieuse, en a cette fois plus qu'assez de ses caprices. Du coup, le jeune homme ne se voit plus proposer aucune offre de travail, afin de lui faire réaliser qu'en agissant de manière irraisonnée et pour des motifs futils, c'est sa réputation et sa carrière qu'il est en train de mettre en jeu.

Après avoir lu cet article, Iwaki jette la revue, fou de rage. Pourquoi son ami ne lui a-t-il rien dit ?! Il avait remarqué que Katô n'allait plus travailler ces derniers temps, en voilà la cause, et de plus il ignorait totalement ce projet de tournage de film à l'étranger. Le jeune homme penaud et contrarié répond qu'il a bien essayé d'en parler à Iwaki, c'est ce dernier qui ne l'a pas écouté, cependant l'acteur redouble de colère: quand on a refusé un rôle et accepté un autre à la place, on ne peut plus revenir en arrière; c'est bien normal que les gens de la maison de production soient furieux ! Mais il n'est peut-être pas trop tard: si Katô va s'excuser dès maintenant, peut-être pourra-t-il encore être pardonné.

Néanmoins, la mine sombre, le jeune homme ne veut pas en démordre: certes, il a eu tort de refuser un rôle sans même avoir lu le scénario du film, se contentant de choisir le travail s'avérant le plus glorieux du point de vue de sa carrière; néanmoins à présent, il désire sincèrement jouer le rôle de Kusaka. Il ne veut laisser ce rôle à personne d'autre, il lui appartient ! N'est-ce pas Iwaki lui-même qui avait évoqué les regrets cuisants qu'il aurait éprouvés en voyant un autre acteur interpréter le samouraï Akizuki ? Eh bien pour Katô, c'est la même chose: s'il ne peut jouer Kusaka, il va le regretter toute sa vie !! "Mets-toi un peu à ma place, ajoute le jeune homme, baissant tristement la tête. Moi aussi, je suis un acteur !!" "Justement, voilà pourquoi je te dis de reprendre ton sang-froid", répond douloureusement Kyôsuké, serrant les poings. Et il se met en devoir d'expliquer à son compagnon que c'est justement parce que ce dernier fait ce métier qu'il peut avoir l'occasion de rencontrer un rôle dans lequel s'immerger à ce point-là. Mais si jamais ces problèmes avec sa maison de production met une fin prématurée à sa carrière, alors le jeune homme perdra toute chance de découvrir plus tard ce rôle.

"Plus tard...." prononce Katô d'une voix calme, le visage ferme et décidé. Cette histoire, "Fuyu no Sémi", sera-t-elle un jour une seconde fois adaptée en film ? Dans combien d'années ? A ce moment, il est fort probable que le jeune acteur ne sera plus en âge d'interpréter Kusaka. S'il veut jouer ce rôle, Katô ne peut attendre: c'est maintenant ou jamais !! A ces paroles prononcées avec tant de résolution, c'est Kyôsuké terrifié qui perd peu à peu son sang-froid. Il sait bien que tout ce qu'il pourra dire ne pourra jamais ébranler les décisions de son compagnon. Lorsque Katô est dans cet état, rien ne peut lui faire changer d'avis. Néanmoins, au bord des larmes, Iwaki enjoint le jeune homme de ne pas se brouiller avec sa maison de production. Même son manager Kanéko, qui d'habitude appuie Katô en tout, ne s'est pas rangé de son côté cette fois-ci. Et jusqu'à présent, si quel que soit le scandale dans lequel il se trouvait plongé le jeune acteur est parvenu à s'en sortir, n'est-ce pas grâce à la protection des gens de sa maison de production ?

Iwaki insiste, se fait de plus en plus implorant. Si Katô persiste dans cette voie, il va perdre son travail ! Et même si ses fans et les médias protesteront tout d'abord, à mesure que le temps passera sur l'affaire, ils l'oublieront sans la moindre culpabilité. Combien d'acteurs et d'artistes talentueux ont-ils disparus ainsi sans laisser de trace ? En larmes, Kyôsuké appuie son front contre l'épaule de son ami. "Je t'en conjure, Katô. Je ne veux pas te voir dans une telle déchéance.... Comme toi non plus, tu ne voudrais pas me voir ainsi...!" Mais malgré toutes les supplications de l'acteur, immobile et ferme, le jeune homme ne cède pas, demeure obstinément silencieux à ces appels.

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Ainsi, Katô refusant quoi qu'il advienne de céder, sa maison de production durcit elle aussi son comportement à son égard, si bien que le jeune homme finit par se retrouver sans plus aucun contrat. D'un autre côté, à cause du tumulte et de la désagréable publicité provoqués par cette affaire, la production du film ne sachant plus que décider, à vrai dire Katô n'est même pas sûr d'obtenir le rôle de Kusaka.

Chaque matin, Iwaki est donc seul à partir travailler tandis que son ami reste à la maison. Si ce dernier prend la chose avec humour, disant qu'ainsi il a vraiment l'air d'une femme au foyer, l'acteur ne peut contempler Katô en face tant cette situation lui fait mal. Alors que Kyôsuké s'apprète à s'en aller, promettant au jeune homme qui s'ennuie de lui acheter au retour quelques magazines, ce dernier le rappelle soudain. Le visage subitement grave, Katô prévient son ami que même si ce dernier abandonne le rôle d'Akizuki en espérant le faire changer d'avis, il ne cédera pas: même si ce doit être un autre acteur qui interprète le samouraï, il continuera de faire tout son possible pour obtenir le rôle de Kusaka. Durant un instant Kyôsuké lance un regard douloureux à son jeune compagnon, mais il se détourne vite, et acquiesce. Tout celà, il le savait déjà. Et d'ailleurs, pour lui aussi le rôle d'Akizuki est si précieux qu'il ne peut le céder à personne. Sur ces mots, l'acteur s'en va, tandis que Katô rassuré pousse un soupir de soulagement. C'est alors que lui parvient soudain la sonnerie du téléphone-fax depuis la pièce d'à-côté. Tout d'abord, le jeune homme pense qu'il s'agit de l'emploi du temps de son ami, mais il a une vive surprise en se penchant sur le document....

Le soir venu, dans une librairie, Kyôsuké qui a terminé son travail recherche parmi les rayonnages de quoi distraire son compagnon. On parle beaucoup de cinéma et d'acteurs dans les magazines qu'il feuillette, et songeant que ce serait sans doute pénible pour Katô de suivre les activités de rivaux, Iwaki se demande en soupirant s'il ne devrait pas plutôt lui choisir un roman. Cette pensée le plonge soudain dans un trouble profond: en fait, l'acteur est indirectement le responsable de cette pénible situation; s'il n'avait pas montré au jeune homme son roman préféré "Fuyu no Sémi", rien de tout celà ne serait arrivé, réalise-t-il amèrement.

Quittant la librairie, Iwaki décide d'appeler Kanéko, le manager de Katô, afin de lui demander quel genre d'ouvrages lit d'ordinaire ce dernier. (Bien que tous deux vivent ensemble, Kyôsuké ignore ce détail car il ne voit jamais son compagnon en train de lire.) Au téléphone Kanéko répond tout d'abord froidement, pensant sans doute que l'acteur appelle pour prendre la défense de son ami capricieux, mais apprenant le motif de cet appel, il finit par donner à Iwaki le renseignement qu'il voulait: le plus souvent, Katô lit des mangas. Criant soudain le nom du manager, Kyôsuké est sur le point de lui dire quelque chose - sans doute que tout est de sa faute, de ne pas se montrer trop dur envers Katô - mais finalement, il se ravise. La voix de l'acteur suffit néanmoins à faire comprendre à son interlocuteur dans quel embarras lui aussi se trouve, ainsi, adoucissant le ton, Kanéko demande des nouvelles de Katô. Il est au courant que l'audition pour le rôle de Kusaka va bientôt avoir lieu; alors, que va faire le jeune homme ? Surtout, si ce dernier venait à changer d'avis, le manager demande à Iwaki de dire à Katô de prendre immédiatement contact avec lui et sans s'inquiéter de rien. Car dans le cas où son protégé reviendrait à la raison, le manager promet de faire tout son possible pour arranger les choses avec la direction. Iwaki acquiesce et l'en remercie sincèrement.

De retour à la maison avec ses achats, Kyôsuké a la surprise de trouver l'habitation plongée dans l'obscurité et un silence pesant. Pris de panique, l'acteur se met à parcourir les pièces, criant le nom de son ami, mais aucune trace du jeune homme. Où a-t-il bien pu aller à une heure pareille ?! Finalement, Iwaki décide de l'appeler depuis son portable. Katô ne tarde pas à répondre, expliquant que comme il voudrait réfléchir seul à certaines choses, il a pris une chambre à l'hôtel, et pense ne pas revenir avant quelque temps. A ces mots, l'acteur proteste vivement: "Ne fais pas quelque chose d'aussi mélodramatique !" hurle-t-il à Katô, ajoutant avec un peu de gêne: "A présent, ne sommes-nous pas mariés ? Notre lien ne nous permet-il pas de nous consulter mutuellement sur tout ?" Mais le jeune homme ne veut rien entendre. Remerciant son ami, il l'enjoint de ne pas s'inquiéter et de se consacrer pleinement à son travail. Et sur ce, il coupe la communication.

Quelques jours plus tard a lieu l'audition pour le rôle de Kusaka. Dans l'antichambre réservée aux membres du jury, Iwaki est assis à la longue table, maussade, quand soudain une voix l'interpellant vient le tirer de sa morne rêverie. C'est l'un des membres de la production, qui souhaiterait lui présenter Dame Isaka, l'auteur du roman "Fuyu no Sémi". Bien sûr, l'acteur ne manque pas de dire à la romancière combien il a apprécié son oeuvre, promettant de se donner corps et âme pour l'interprétation du rôle d'Akizuki. Et dans son for intérieur, Kyôsuké se gronde lui-même: ce n'est vraiment pas le moment d'être dans la lune, alors que lui a la chance de jouer dans le film dans lequel désirait tant tourner son ami.

Un moment après, l'audition commence enfin. Tandis qu'il pénètre dans la grande salle où auront lieu les essais en compagnie des autres membres du jury, l'attention d'Iwaki est soudain attirée par l'un des candidats: ce jeune homme au visage sérieux si concentré sur la lecture de son texte porte les cheveux courts, mais pas de doute, il s'agit bien de Katô ! L'acteur en reste pétrifié de stupéfaction: pourquoi son ami se trouve-t-il ici !? Sans compter cette coupe de cheveux !! Kyôsuké n'est pas le seul à avoir remarqué la présence du jeune homme: parmi les autres candidats, les commentaires vont bon train, et nul doute que s'ils avaient su qu'un acteur aussi reconnu serait également présent, bon nombre ne se seraient pas présentés !

"Il a vraiment beaucoup de présence", remarque Mme Isaka en contemplant elle aussi Katô. "Les autres candidats se sentent déjà vaincus !" Ainsi la romancière était au courant que le jeune homme participerait à l'audition ? s'étonne Iwaki. "Qu'est-ce qu'en pense sa maison de production ?" demande-t-il inquiet. Mme Isaka explique que bien sûr, cette dernière n'a aucunement autorisé cette participation. Cependant, de sa propre initiative, Katô a tant et tant de fois contacté la romancière et le comité de réalisation du film que finalement, Mme Isaka l'a convié à participer tout au moins à l'audition. Seulement, la conjoncture étant ce qu'elle est, il est peu probable que le jeune acteur puisse être choisi. A ces paroles, Iwaki jette un regard éploré vers son compagnon: ainsi, même si Katô donne le meilleur de lui-même, il n'a absolument aucune chance, malgré tout ce qu'il a sacrifié pour arriver jusqu'ici ?!...

Tandis qu'il continue tranquillement d'étudier son texte, un nouveau-venu vient soudain s'assoir aux côtés de Katô. Levant machinalement les yeux, ce dernier a la surprise de découvrir celui qui depuis longtemps lui a déclaré la guerre, Nobuyuki Asano.

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La première audition commence. Durant cette séance pour ainsi dire éliminatoire, les membres du jury enquêtent surtout sur la manière de chacun d'appréhender et d'interprêter le rôle de Kusaka, le degré "d'appeal" de l'acteur ainsi que son allure, afin de juger s'il possède ou non le genre de maintien nécessaire pour tourner dans un film historique. Selon ces critères, parmi les trente participants, huit doivent être sélectionnés. Cette première audition achevée, les membres du jury se retrouvent dans leur antichambre pour délibérer. L'un des membres désire voter pour le n°20, un acteur issu des Arts Traditionnels dont le physique "à l'ancienne" colle parfaitement au rôle d'un samouraï. Seulement, objecte un autre membre, davantage que Kusaka, cet acteur est plutôt du type à jouer Akizuki. Si l'on songe à l'équilibre entre Iwaki et son futur partenaire, c'est plutôt le n°17, Asano, qui semble faire l'affaire: ce jeune homme n'a aucune expérience, mais possède un bon jeu et se révèle intéressant.

Il ne reste plus qu'un seul participant à élir. Mais cette tâche s'avère ardue, et perplexes et hésitants, les membres du jury demeurent silencieux, ne pouvant - ou n'osant - se décider. A la fin, l'un des hommes du comité de réalisation demandant son avis à Iwaki qui n'a rien dit jusqu'à présent, bien que conscient que celà pourrait paraître de la partialité, ce dernier finit par avouer que son choix se porte sur Katô. L'homme répond aussitôt qu'il s'en doutait, et se tournant vers ses collègues, s'apprète à émettre l'avis qu'on pourrait peut-être sélectionner le jeune homme, lorsqu'il est interrompu par la voix tranchante de Dame Isaka: que les membres du jury veuillent bien ne pas faire porter à Iwaki seul la responsabilité de ce choix ! Car c'est justement parce que toutes les personnes ici-présentes ne peuvent ignorer la forte présence et la puissance de jeu de Katô qu'il leur est impossible de se décider sur l'élection du dernier participant !

A cette affirmation, quelques tentatives de protestation hésitante s'élèvent, mais s'entre-regardant, les membres du comité doivent bien reconnaître que la romancière a raison. Et perdant soudain son expression sévère, Dame Isaka gratifie l'assistance d'un sourire chaleureux: "Après tout, où est le problème, ce n'est encore que la première audition ?" rappelle-t-elle. S'il n'y a aucun autre candidat qui semble faire l'affaire, pourquoi ne pas élir provisoirement Katô ? Les arguments de Dame Isaka font mouche; alors, bien que réticents, les membres du jury décident finalement de retenir la candidature du jeune acteur. Entendant cette décision, satisfaite la romancière arbore un doux sourire, que ne manque pas de remarquer Iwaki intrigué. Pas de doute, Dame Isaka est bien l'alliée de son compagnon.

Un instant plus tard, lorsque le speaker annonce les numéros des acteurs retenus suite à la première audition, le tumulte se fait dans la salle quand tout le monde apprend qu'en dépit de tout ce qu'on pensait, la candidature de Yôji Katô a été retenue ! Cependant ce dernier, d'abord aussi étonné que les autres, change bientôt d'expression pour montrer un visage plus sûr de lui: la première épreuve est passée; le jeune homme sait désormais qu'il a une chance !

La seconde audition aura lieu dans deux heures; elle consistera à jouer directement une scène du film en compagnie d'Iwaki. Pour ce faire des scénarios ont été distribués aux candidats retenus, ils n'auront qu'à mettre à profit le laps de temps accordé pour peaufiner leur texte. Tandis qu'à voix basse Katô est en train de répéter le sien dans la salle réservée aux postulants, Asano vient soudain s'asseoir auprès de lui. C'est la seconde fois que tous deux s'affrontent pour un rôle, remarque le garçon ambitieux. La première fois, c'était à l'occasion du feuilleton "Inside Report" dans lequel jouait Iwaki: le rôle du jeune patient condamné était censé revenir à Asano, si seulement Katô ne le lui avait pas soufflé par caprice. Sans lever les yeux de son texte, le jeune acteur enjoint Asano de se taire: si ce dernier a des plaintes à formuler à son égard, il les entendra plus tard. En cet instant chacun s'efforce de se concentrer sur le rôle; l'ancien manager ne doit pas gêner ses compagnons.

Cependant Asano s'en fiche comme d'une guigne, laissant encore une fois libre cours à son insolence: alors qu'on arrive maintenant au bout de la course, ce sont ceux qui ont encore besoin de se concentrer sur le rôle qui sont des imbéciles. Selon lui, lorsqu'on connaît l'oeuvre originale, les dialogues et la compréhension du rôle doivent venir tout naturellement. Et sans se préoccuper des regard courroucés qui se tournent peu à peu vers lui, Asano poursuit sa harangue à l'égard de Katô: c'est le lot de ceux qui ont réussi sans grand effort, pour n'avoir pas fait preuve de suffisamment de rigueur, de se retrouver dans une situation idiote comme celle d'aujourd'hui. Comme ce doit être humiliant pour l'acteur de participer à une audition avec des débutants comme l'ancien manager pour tenter d'obtenir un rôle qui auparavant lui avait été attribué d'office !

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A ces mots, Katô relève enfin la tête. "Réussi sans grand effort...? répète-il sans se départir de son calme. Voilà bien la manière de parler d'un débutant." Asano pense-t-il donc que les acteurs qui remportent du succès peuvent se permettre d'en faire moins que les débutants ? Lui est plutôt enclin à penser que les efforts qu'il réalise sont aussi acharnés que ceux d'une personne sans expérience, car tout le monde sait bien que le succès n'est qu'une chose éphémère, qui exige un travail constant. Entendant cela, Asano est piqué au vif; cependant Katô poursuit son sage discours: jusqu'à ce que l'on obtienne ce que l'on désire, on se doit d'accomplir tout ce qui est en notre pouvoir durant le temps qui nous est imparti. Ne pas faire volontairement quelque chose que l'on aurait pu réaliser n'est pas de la confiance en soi; ce n'est ni plus ni moins que de l'insouciance. Son échec actuel le lui a enseigné. Et pour Katô, cela fait désormais partie de son expérience. Se levant de son siège, le jeune homme jette un regard dédaigneux vers Asano. "Te voilà devenu bien bête.... lui lance-t-il. Avant, tu avais au moins l'intelligence de cacher de telles pensées puériles !" Jetant un coup d'oeil vers la pendule, Katô annonce qu'il est l'heure; alors, laissant là Asano écumant de rage et de honte, il quitte tranquillement la pièce.

A peine le jeune homme a-t-il entrouvert la porte qu'il aperçoit Iwaki dans le couloir. Leurs regards se croisent un infime instant, mais le visage grave, Katô détourne aussitôt la tête et passe devant son compagnon sans lui dire un mot. Le regardant s'éloigner, Kyôsuké hoche la tête avec un sourire. "C'est ainsi ?... J'ai compris, Katô." acquiesce-t-il en esprit. L'acteur n'a bien sûr eu aucun mal à interpréter cette apparente froideur et ce visage résolu comme le souhait de son ami d'être traité comme n'importe quel candidat. Néanmoins quand les autres postulants sortent à leur tour, c'est avec un sourire joyeux que Iwaki aborde Asano. Surpris, ce dernier sursaute en découvrant l'acteur tandis que le sang lui monte au visage. Engageant la conversation, Kyôsuké explique que par Mme Shimizu il est au courant des efforts de son ancien manager pour passer acteur professionnel; il paraît que ce dernier a obtenu des rôles dans plusieurs feuilletons télévisés ? Tête baissée, Asano acquiesce, avouant qu'il ne s'agit encore que de tous petits rôles sans importance. "Mais nous passons tous par là !" le rassure Iwaki.

Ecarlate, Asano ne parvient pas à comprendre son propre trouble face à l'acteur. Il n'arrive plus à se forger une contenance, et cela l'irrite au plus haut point. Alors qu'Iwaki est venu de lui-même à sa rencontre ! Il se doit d'en profiter pour tourner à son avantage la situation. Ainsi, bien que ne parvenant toujours pas à regarder son interlocuteur dans les yeux, Asano dit à ce dernier combien il est rassuré de le voir en pleine forme; il s'inquiétait pour Iwaki qui devait souffrir, placé dans une si pénible position. Car aussi impartialement que l'acteur effectue son jugement, l'un des participants est quand même son compagnon Katô; aux yeux des autres, nul doute qu'il peut avoir l'air de faire interférer dans son choix ses sentiments personnels.... D'un sourire ironique, Iwaki acquiesce, avouant que lui aussi pensait la même chose jusqu'à tout à l'heure. "Jusqu'à tout à l'heure...?" répète Asano d'un air interrogateur. L'acteur se met alors en devoir de lui expliquer que lorsqu'il a croisé son ami un instant plus tôt, le regard de Katô disait avec éloquence "Pour l'instant, oublions notre vie privée." Le jeune homme lui aussi se trouve dans une situation pénible. Même si Kyôsuké l'a choisi temporairement lors de la première audition, il lui faut absolument montrer un jeu parfait afin que les autres membres du jury ne puissent dire que l'acteur l'a élu en fonction de sentiments personnels. Iwaki a parfaitement compris que telle est la pensée de son compagnon; alors, par égard pour la résolution de Katô, lui aussi rendra son jugement avec confiance et fierté !

Face à tant d'assurance, l'ancien manager en reste bouche-bée. "Ces deux-là n'ont même pas besoin de se regarder dans les yeux pour se comprendre ? Ne me faites pas rire ! Un lien aussi fort !!" S'efforçant de ne rien laisser paraître de la jalousie qui le ronge, Asano acquiesce cependant aux paroles de son aîné: c'est vrai, Iwaki est un être droit. Mais l'ancien manager ne parvient pas longtemps à contenir sa rage, et soudain, celle-ci explose: "Ne décidez pas encore que la manière de jouer de Katô est la meilleure ! Attendez de voir mon jeu à moi !! Sur ce, excusez-moi !" Sous le regard stupéfait de l'acteur, après cette tirade enflammée Asano s'en va précipitamment. Jamais Iwaki n'aurait cru ce garçon capable de tels débordements ! Considère-t-il déjà Katô comme un rival ? s'interroge l'acteur, un léger sourire aux lèvres.

La seconde audition commence enfin. A l'inverse de la précédente, elle se déroulera dans l'ordre décroissant, en commençant par les candidats possédant le numéro de participation le plus grand jusqu'au numéro le plus petit. C'est donc à Katô, qui a le numéro 30, de passer en premier. Le jeune homme se lève, s'avance tranquillement face à Iwaki. Et à peine prononce-t-il les premières paroles de son texte que toute l'assistance - le jury, Asano, et Iwaki lui-même - se montre bouleversée par la force de son interprétation. Il s'agit de la scène où, dans la forêt où a eu lieu le combat contre les Bakushin, Kusaka pleure de joie de retrouver son bien-aimé le samouraï Akizuki encore vivant. Les expressions, les paroles et jusqu'aux larmes de Kusaka viennent à Katô si naturellement ! Jusqu'à cet instant, à force de se trouver trop près de son compagnon, Iwaki réalise qu'il n'avait pas été en mesure de remarquer combien ce dernier a mûri en tant qu'acteur. "Je veux jouer avec cet homme !!" se prend-il à songer, gonflé d'une nouvelle motivation. Iwaki en est désormais convaincu, Katô est vraiment le meilleur pour interpréter ce rôle.

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La scène achevée, le silence s'installe dans la salle tandis que le jury et les autres candidats demeurent sans voix face à un tel jeu d'acteur. Il faudra l'intervention d'Iwaki pour que le speaker reprenne enfin ses esprits afin d'appeler le candidat suivant. Néanmoins le jeu de Katô a produit une forte impression sur ses comparses, et bon nombre d'entre eux sont déjà bien conscients qu'ils ne parviendront jamais à l'égaler et encore moins à le surpasser. Il en est de même pour Asano, qui ne peut s'empêcher de sursauter nerveusement lorsque son rival vient se rasseoir auprès de lui. "Je ne dois pas me laisser dérouter par la façon de jouer d'un autre... se dit-il, livide. Je dois me concentrer sur mon propre Kusaka Tôma !..." Fermant les yeux, les dents serrées, lui qui tout à l'heure se vantait en disant que ce genre d'effort de composition était inutile, Asano s'efforce à présent désespérément de reconstituer son personnage. Mais il est déjà trop tard, et l'ancien manager sursaute encore une fois violemment en entendant le speaker prononcer son nom. Avec trac et maladresse, le jeune homme s'avance devant Iwaki. Mais à peine commence-t-il à jouer la scène que Asano s'aperçoit lui-même qu'il ne fait que copier involontairement le jeu de Katô. "Non, mon Kusaka n'est pas ainsi !! Comme ça je ne fais qu'imiter l'interprétation de Katô !!" enrage-t-il, incapable cependant d'adopter une autre manière de jouer....

L'audition achevée, le jury se réunit à nouveau dans la salle qui lui est réservée. Néanmoins, la tête appuyée sur les mains dans une attitude des plus perplexe, chaque membre demeure confiné dans un silence lourd de réflexion. A chaque fois que quelqu'un est sur le point de prendre la parole, il se ravise aussitôt. Tous ont l'air bien ennuyé. Mais à la fin, impatienté, Iwaki décide de rompre ce silence pesant. "Et si vous le disiez à voix haute ? lance-t-il à ses collègues. Vous tous, vous désirez opter pour Katô, je me trompe ?" Ce à quoi l'un des responsables de la production réplique que s'ils pouvaient faire leur choix selon leur souhait, il n'y aurait pas de problème ! Cependant Iwaki repart à l'assaut, sans plus du tout se préoccuper qu'on puisse l'accuser de favoritisme tant le jeu de son compagnon a sérieusement ébranlé l'assistance: si le jury n'effectue pas le meilleur choix selon son intime conviction, comment pourra-t-on espérer obtenir le meilleur résultat du point de vue du film ? Mais cette fois, le responsable explose: tout cela est facile à dire ! Mais faire tourner Katô dans "Fuyu no Sémi" sans l'accord de sa maison de production et dans la conjoncture actuelle entraînerait une montagne de problèmes - qui pourraient même mener jusqu'à l'annulation pure et simple du tournage !

A cette affirmation, restée silencieuse jusqu'à maintenant, Dame Isaka prend calmement la parole. "De toute façon, vu les conditions actuelles, ne serait-ce pas mieux que le film soit effectivement annulé ?" A cette remarque de la romancière s'élèvent des cris de protestation, même de la part d'Iwaki. Néanmoins Dame Isaka poursuit froidement, affirmant que s'ils ne réalisent pas ce film de manière à ce qu'il ait du succès, ce tournage n'a aucun sens. Même si elle ne peut intervenir dans la plannification du projet, l'écrivain se doit de protéger son oeuvre, et elle ne permettra jamais que celle-ci devienne sujet à un navet sans aucune consistance.

A cet avis d'une franchise si brutale, plusieurs membres du jury se lèvent carrément de leur chaise. Uniquement pour un acteur, Dame Isaka serait prête à réduire à néant l'obstination et les efforts passionnés qui leur ont permis d'arriver jusqu'ici ? Tous ces mois de galère pour mettre en place la production de ce film !! La romancière se rend-elle compte de ce qu'elle dit ? Il ne s'agit pas d'un feuilleton télé, mais de cinéma, avec en jeu des capitaux énormes ! On ne peut aussi simplement décider de tout annuler ! Les sociétés de distribution et autres maillons de la chaîne qui interviennent après la réalisation d'un film, si le projet est abandonné alors que des contrats ont été signés, ne vont pas en rester là. Et si ces sociétés se mettent en colère, ce ne sont autres que les cinéastes du comité de réalisation eux-mêmes qui auront des ennuis. Et tandis que Iwaki, profondément inquiet, continue de fixer d'un air anxieux la romancière résolue, Mr. Mitsui, l'un des principaux responsables, s'écrie avec colère: "De toute façon, puisque nous avons payé pour acheter les droits sur votre oeuvre, ce projet nous appartient !! Vous n'êtes plus en mesure de faire des objections !!"

L'un des membres du jury a beau lui faire remarquer que ces propos sont d'une grande impolitesse vis à vis de Dame Isaka, Mr. Mitsui poursuit sa tirade: n'est-ce pas au contraire la romancière qui en prononçant de telles paroles leur a fait un affront extrême, à eux qui se sont tant décarcassés pour ce film, réunissant le meilleur staff qui se puisse imaginer ? Ainsi, Mitsui prend Iwaki a témoin, Iwaki dont il a entendu dire qu'il s'investissait énormément dans ce film qui lui tient tant à coeur: l'acteur souhaite-il avoir Katô pour partenaire au point d'être prêt à prendre le risque de voir le tournage annulé ? Réaliser un bon film ne nécessite pas seulement de bons acteurs mais aussi une soigneuse mise en forme à chaque étape de sa réalisation; et perdre de vue ces bases pour rester prisonnier d'un certain idéal serait ni plus ni moins que mettre la charrue avant les boeufs.

Ces mots plongent Iwaki dans un grand trouble, mais après un moment de silence, il finit par avouer douloureusement que lui aussi, lorsque Katô a provoqué cette brouille avec sa boîte, lui a tenu pratiquement le même discours: découvrant un rôle tel que pour l'obtenir il serait prêt à mettre en jeu sa vie d'acteur, si en s'attachant trop à ce rôle il se voit contraint d'abandonner sa carrière, que fera le jeune homme ? Car s'il a pu avoir l'occasion de découvrir un tel rôle, c'est justement parce qu'il est acteur . Si après toutes ces années de galère et tout ce qu'il a du endurer afin de réaliser son rêve de faire du cinéma, Katô doit tout laisser tomber, alors mieux vaut pour lui renoncer à ce rôle et attendre une seconde chance. Voilà ce qu'Iwaki avait conseillé à son ami pour tenter de l'appaiser, mais en vain, ce dernier avait refusé de l'écouter. Katô n'éprouve aucun intérêt pour les oeuvres de pure forme qu'évoque Mr. Mitsui - les films bien réalisés mais sans fond et sans âme; il sait d'instinct que ce ne sont pas des qualités que l'on obtient par des compromis. Et aujourd'hui, même Iwaki doit reconnaître que Katô lui a montré la meilleure interprétation de Kusaka, et il ne peut l'ignorer. L'acteur est bien conscient que le comportement du jeune homme cause à tout le monde énormément d'ennuis, et pourtant, par ses propres forces et en y mettant toute son énergie et sa volonté, alors qu'on avait beau lui répéter que c'était impossible, Katô est parvenu jusqu'ici, jusqu'à cette seconde audition où il s'est montré sans rival. "Alors, poursuit Iwaki en se levant et s'adressant avec ferveur aux autres membres du jury, si vous ne voyez pas la volonté passionnée de Katô comme un cas isolé, si vous tous pensez comme moi qu'il est le meilleur, je vous en supplie, donnez-lui le pouvoir de continuer ! Aidez-le de votre force afin qu'il poursuive dans cette voie ...!!"

Les mains appuyées sur la table, Iwaki s'immobilise dans cette posture typiquement japonaise que l'on prend pour implorer une faveur, profondément incliné devant ses collègues, stupéfaits de tant de conviction. Alors que l'assistance reste ainsi saisie d'étonnement, ne sachant que répondre à un tel plaidoyer, c'est encore une fois Dame Isaka qui la première rompt le silence: pourquoi ne pas changer de façon de voir les choses ? Premièrement, le seul obstacle à l'admission de Katô est le problème avec sa maison de production; mais l'une ou l'autre des personnes présentes - dont beaucoup possèdent une grande influence dans le milieu du cinéma - pourrait certainement arranger les choses et mettre fin à cette situation ? Certes cette réconciliation va sûrement exiger un bon nombre de compromis, cependant Dame Isaka est persuadée qu'afin de parvenir à résoudre cette affaire pour le mieux, Katô ne ménagera pas ses efforts. Et lorsque tout sera enfin terminé, si le film remporte un grand succès, les problèmes dans le processus de réalisation , aux yeux du public, se changeront en soin attentif apporté à la confection d'une oeuvre . "Et vous tous, vous possédez déjà tous les éléments nécessaires à cette métamorphose", ajoute la romancière de son sourire tranquille.

L'assistance interloquée ne sait que répliquer. Que trouver à redire à de si justes arguments ? Même Mr. Mitsui est bien obligé d'acquiescer: c'est vrai, dans des cas pareils on se doit de faire face d'un courage obstiné à la situation et ne pas se laisser aller à la facilité. Et voilà que peu à peu, les membres du comité se lèvent les uns après les autres. "L'un d'entre nous connaît-il quelqu'un d'influent dans la boîte de Katô ? demande une voix. Même du milieu de la télé, n'importe qui !!" Aussitôt, Iwaki s'empresse de proposer les coordonnées du manager Kanéko: toujours prêt à aider Katô, ce dernier leur sera certainement d'un grand secours. "Ca y est, les choses commencent à bouger.... songe l'acteur en esprit. Katô par son talent les a mises en mouvement !..."

Tous ces difficiles pourparlers enfin terminés, les membres du jury quittent la salle les uns après les autres. Dame Isaka s'apprète elle aussi à partir, lorsque soudain, Iwaki l'arrête en l'appelant. L'acteur remercie sincèrement la romancière: sans son intervention et son soutien, l'affaire ne se serait certainement pas conclue ainsi pour le mieux. Dame Isaka répond joyeusement qu'elle n'a fait que donner un petit coup de pouce afin que la situation évolue dans le sens qu'elle le désirait; mais concrètement, celui qui a réellement fait changer le cours des choses, ce n'est autre que Katô. A ce propos, bien qu'avec un peu de gêne, Iwaki demande à l'écrivain pourquoi est-ce qu'elle tient tant à ce que ce soit Katô qui interprète Kusaka. Cette dernière explique alors qu'au départ, c'est le visage du jeune homme qui l'a conduite à le choisir pour ce rôle, car Katô est le portrait exact de Kusaka Tôma. (Normal, il s'agit de la même personne !) Dame Isaka le sait car dans sa famille, il reste encore des photos prises lorsque Kusaka faisait ses études en Angleterre.

Néanmoins cela n'était qu'une première impulsion, ce n'est pas pour autant que lors de l'audition, Dame Isaka aurait exigé à tout prix le choix de Katô. D'ailleurs, si elle avait permis à ce dernier de participer à cette audition où il était fondamentalement impossible que sa candidature soit retenue, c'était un peu par vengeance vis à vis du fait que le jeune acteur avait tout d'abord refusé à la légère le rôle qu'on lui proposait pour se rétracter ensuite. Cependant, ajoute la romancière, en assistant à cette scène jouée par Katô, elle avait vraiment été stupéfaite: ce jeu avait d'un coup fait ressurgir cette image qu'elle gardait en elle depuis si longtemps, Katô lui était apparu véritablement tel que le Kusaka Tôma de l'histoire qu'elle adorait dans sa petite enfance, l'histoire contée par sa grand-mère. Quelle chance d'avoir ainsi pour acteur dans le film tiré de son roman un être en tous points conforme à sa vision de Kusaka ! C'est un luxe dont on ne saurait se priver.... Voilà pourquoi Dame Isaka conclut de son sourire radieux que c'est avant tout pour elle-même qu'elle a appuyé la candidature de Katô. Afin, par le biais du film, de projeter le rêve dans la réalité....

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Un moment plus tard, alors que Katô se trouve seul dans la vaste salle désertée où s'est déroulée l'audition, Iwaki vient soudain le rejoindre. L'acteur apprend au jeune homme que c'est finalement lui qui a obtenu le rôle, et bien que conscient que dans la situation actuelle il est encore trop tôt pour pouvoir se réjouir, Katô avoue son soulagement. Mais le plus dur reste encore à venir et il va lui falloir ne pas lésiner sur les efforts.... Sans regarder son compagnon, Iwaki évoque tristement ses cheveux coupés si courts: quelle ardente résolution a pu conduire le jeune homme à un tel geste ! Néanmoins, Katô explique qu'en réalité ce n'est pas pour exprimer son zèle qu'il a ainsi sacrifié ses cheveux longs, mais parce qu'il désirait que son ami le juge en faisant abstraction ne serait-ce qu'un peu de leur vie privée. Bien que sachant mieux que personne qu'Iwaki n'est pas du genre à faire intervenir ses sentiments personnels dans son travail, afin de lui faciliter la tâche, le jeune homme souhaitait que ce dernier le contemple non pas comme Yôji Katô son petit ami mais en tant que Yôji Katô l'acteur, et c'est également la raison pour laquelle il a quitté la maison.

La mine sombre, Iwaki répond qu'il avait parfaitement compris tout cela. Surpris de découvrir ce visage si inquiet et mécontent qui lui fait entrevoir que l'acteur a sans doute été bien plus ébranlé par les événements de ces derniers jours qu'il ne veut bien le laisser paraître, ainsi que de constater combien son compagnon est en mesure de comprendre ses agissements sans qu'il leur soit nécessaire d'échanger une parole, Katô en est profondément heureux. Il poursuit son explication, affirmant que depuis le début, en raison de leurs nombreux points communs, il se sent en symbiose avec l'homme qu'était Kusaka Tôma. Néanmoins, parmi les choix effectués par ce dernier, il y en a un que Katô n'approuve pas: le jeune homme pense que Kusaka n'aurait jamais du partir étudier en Angleterre en laissant Akizuki seul. Même s'il aurait pu être contraint de se battre contre la personne qu'il aime, il aurait plutôt du s'efforcer de rechercher un moyen de survivre tous les deux. Certes, à une époque moderne, c'est certainement plus facile de dire cela; cependant Katô reste persuadé que même s'il avait vécu la même existence que Kusaka, il n'aurait pas agi comme lui: quelle que soit la situation, il aurait quant à lui tout fait pour chercher un endroit où lui et son bien-aimé auraient pu vivre égaux, sans que l'un se retrouve plongé dans une condition misérable.

A ces paroles, Iwaki arbore un visage douloureux, et soudain, il explose. Katô, lui, ne serait pas parti en laissant son ami comme l'a fait Kusaka ?... Quelle blague ! N'est-ce pas pourtant ce qu'il vient juste de faire ?! Dans leur cas, n'a-t-il pas refusé qu'ils tentent de surmonter ensemble cette situation critique ?! Katô en a assumé toute la responsabilité, a porté la totalité du fardeau tout seul !! Et détournant la tête afin de cacher sa figure écarlate, Iwaki ajoute: "Je comprends ce que tu veux dire ! Mais songe à toutes ces nuits que j'ai passées à me ronger les sangs ! Laisse-moi au moins t'exprimer quelque peu ma rancoeur !" Mais Katô, souriant, assure à son compagnon qu'il n'a jamais été seul. N'est-ce pas parce qu'Iwaki lui faisait toute confiance que ce dernier ne s'est pas lancé à sa recherche ? En outre, même si le jeune homme ne lui avait rien expliqué de vive voix, l'acteur a été en mesure de comprendre tout ce qu'il souhaitait lui faire savoir.... Iwaki n'en revient pas d'une telle déclaration, demeure immobile à contempler son ami, stupéfait. Mais bientôt, lui aussi se met à sourire, reconnaissant que Katô a raison. Pourtant, même le jeune homme avoue se sentir un peu fatigué après toutes ces pérégrinations: il a hâte de rentrer à la maison et de redevenir simplement le petit ami d'Iwaki !

Pendant ce temps dans la salle d'attente des candidats, ces derniers apprennent avec déception les résultats de l'audition. En rage, Asano se lève pour quitter la pièce, mais tandis qu'il sort dans le couloir, il aperçoit de loin les deux acteurs qui s'en repartent ensemble tranquillement. A cette vue, les pupilles de l'ancien manager se dilatent de haine: son sentiment vis à vis de Yôji Katô dépasse désormais la simple irritation, il le déteste ! Il hait cet homme qui possède tout ce que lui désire !!

Une fois dans le parking de l'immeuble, alors qu'ils montent dans leur véhicule, Katô demande à son ami s'ils ne pourraient pas s'arrêter d'abord à l'hôtel: il faut qu'il récupère ses bagages et qu'il annule la réservation de sa chambre. Acquiesçant en bredouillant, Iwaki se met soudain à rougir tandis que son coeur bat inexplicablement la chamade, et afin de cacher son trouble, il s'empresse de mettre ses lunettes. Katô ne manque pas de s'en étonner: il ignorait que son compagnon avait une mauvaise vue; mais ce dernier, continuant d'éviter de le regarder en face, répond qu'il s'agit d'une forme de déguisement, car ces derniers temps il se déplace seul, sans les services de sa manager. Cependant le jeune homme trouve cela étrange: Iwaki ne devrait pas avoir besoin de ce camouflage alors qu'il se trouve dans son propre véhicule ?...

Mais un peu plus tard, même une fois parvenus dans le garage de leur habitation, l'acteur refuse encore d'ôter ses lunettes, s'efforçant de détourner la conversation lorsque Katô lui en demande les raisons. Au point que le jeune homme finit par demander s'il n'y aurait pas encore quelque chose que son ami désirerait lui dire. La voix mal assurée, Iwaki rétorque avec une légère irritation qu'il n'en est rien. "Alors, pourquoi es-tu incapable de me parler en me regardant droit dans les yeux ?" insiste Katô en approchant son visage tout près de celui de son compagnon. La figure plus cramoisie que jamais, la poitrine assaillie de palpitations, l'acteur a beau crier qu'il n'y a rien, ordonner au jeune homme de rentrer dans la maison, ce dernier n'est pas disposé à céder: il sait mieux que personne que lorsque son ami adopte un tel comportement, c'est qu'il se passe quelque chose !

Tandis que Katô continue de le dévisager d'un air volontairement boudeur, Iwaki finit par baisser les yeux, avouant qu'il a honte. Il ne parvient toujours pas à se défaire de l'impression que lui a laissé Katô lors de l'audition: l'acteur qu'il a admiré à ce moment-là ne lui semble pas du tout être la même personne que le jeune homme qui passe son temps à faire l'idiot devant lui.... A cette déclaration, Katô en reste coi. Certes, il ne s'attendait pas à une telle réponse, Iwaki ne cessera jamais de l'étonner ! "Est-ce que par hasard tu serais tombé encore plus amoureux de moi ? J'étais si beau que ça ?" Détournant la tête sans cesser de rougir, l'acteur traite une nouvelle fois son ami d'idiot. Mais le prenant par les épaules, le jeune homme le force à s'assoir sur le coffre de la voiture, lui enlevant doucement ses lunettes: lorsqu'Iwaki les porte, ce n'est pas facile de l'embrasser. Katô s'empare de ses lèvres, tandis que l'acteur se soumet à ses baisers docilement. Mais quand son ami, le serrant dans ses bras, lui demande s'il éprouve encore de la honte, Iwaki ne peut que détourner la tête, l'appuyant sur l'épaule de Katô en rougissant. C'en est trop pour ce dernier ! Se précipitant vers l'interrupteur de la porte électrique du garage, il clôt le bâtiment, s'écriant qu'il ne pourra jamais patienter jusqu'à ce que tous deux soient entrés dans la maison ! Tout est de la faute d'Iwaki: l'acteur sait bien pourtant que son jeune compagnon est incapable de résister à ses accès de pudeur !

Les deux acteurs font donc l'amour sur le capot de la voiture, et le moins qu'on puisse dire, c'est que la suspension de l'auto donne à leurs ébats un sacré ressort ! "Ca va devenir une manie !..." lance joyeusement Katô. Iwaki lui-même ne semble-t-il pas jouir davantage que d'habitude ? Ce à quoi l'acteur répond qu'à cause de la nouvelle coupe de son compagnon, il a l'impression d'être étreint par un homme qu'il ne connaît pas. A ces paroles, bien sûr Katô ne peut qu'être vexé: lui qui passe son temps à éprouver de la jalousie vis à vis de toutes les personnes gravitant autour d'Iwaki, jamais il n'aurait imaginé que le jour viendrait où il serait jaloux de lui-même !! Heureusement ses cheveux vont vite repousser, et tout rentrera dans l'ordre ! Mais puisque le jeune homme doit jouer le rôle de Kusaka, peut-être vaut-il mieux qu'il reste coiffé comme cela pendant encore quelque temps.... "Au fait, remarque Iwaki après un instant de réflexion, dans les premières scènes du film, Kusaka ne porte-il pas les cheveux très longs ?" Katô hurle sa protestation: ah non, qui dit encore une nouvelle tête, dit nouvelle occasion d'être jaloux de lui-même !!

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Chapitre 5 Air Castle - Page 169

Les locaux de Sunrise Production . Assis dans la salle de réception, Yôji Katô attend avec calme et résolution le rendez-vous avec sa directrice, tandis que debout pas loin de lui, son manager Kanéko, lui, n'en mène pas large. La PDG finit par paraître, une femme d'âge moyen à l'air sévère, et arborant surtout un visage des plus mécontent. D'humeur massacrante, son premier soin est d'enguirlander Kanéko au sujet du maquillage d'une des actrices de la boîte qui a été complètement râté. Puis, la directrice se tourne enfin vers Katô: de partout, des gens du milieu du cinéma sont venus s'incliner devant elle afin de faire fléchir sa volonté, si bien qu'elle a fini par céder et permettre la participation du jeune homme au film "Fuyu no Sémi". "Alors, Yôji ? Tu dois être bien content que tout se soit déroulé selon ton bon vouloir ?" demande la PDG d'une voix méprisante. Baissant la tête, l'acteur se contente de répondre qu'il désirait simplement faire tout ce qu'il pensait pouvoir réaliser; Katô est parfaitement conscient de tous les ennuis qu'il a causé à sa boîte, et qu'il obtienne ou non le rôle de Kusaka, assure qu'il avait de toute manière l'intention de venir s'excuser.

Néanmoins, loin de se laisser amadouer, la PDG rétorque qu'elle et les autres membres de la direction ne sont pas prêts de décolérer, car malgré toutes les excuses que le jeune homme pourra proférer, elle voit bien que ce ne sont que des paroles en l'air, et qu'au fond Katô ne pense pas le moins du monde avoir mal agi. Alors que ce dernier n'était encore qu'un débutant, combien de fois l'acteur croit-il que la directrice et Kanéko ont du s'abaisser afin de le lancer et lui obtenir des contrats ? Et maintenant qu'il est enfin devenu un artiste dont la carrière repose sur des bases solides, Katô provoque un tel tumulte ! Et voilà tous les efforts qu'ils ont faits jusqu'à présent réduits à néant ! Enfin.... Si après cette affaire le jeune homme se remet à travailler de façon normale et raisonnable, il parviendra sans doute à retrouver la position stable qu'il occupait auparavant; mais en prenant cette fois conscience des tours et des détours qu'il aura du prendre par sa propre faute avant de récupérer sa place.

A ces paroles de sa directrice, Katô sent soudain une rage sourde monter en lui. "Attendez de me voir dans quelques années avant d'affirmer qu'il s'agissait de détours !" prononce-t-il en s'efforçant de garder son calme. "Oui, à condition que tu tiennes jusque-là !" répond froidement la PDG en soufflant la fumée de sa cigarette. Mais finalement, elle préfère en rester là, annonçant qu'elle décidera si elle pardonne au jeune homme ou non d'après le résultat du film. De toute façon, l'emploi du temps de l'acteur est complètement vide, il peut donc s'immerger à volonté dans ce long-métrage. Et si jamais ce dernier est un échec, la maison de production exigera le remboursement de l'argent avancé au jeune homme pour bâtir sa maison, tandis qu'il sera renvoyé sans autre forme de procès. Et une fois qu'il aura fait l'expérience de l'extrême difficulté pour un être comme lui incapable d'envisager le futur d'emprunter de l'argent auprès d'une banque, peut-être Katô apprendra-t-il quelque peu la modestie ?

En quittant les bureaux de la direction, Katô paraît si abattu que Kanéko se met en devoir de le réconforter: même si celle-ci lui a assené des paroles très dures, le manager sait parfaitement que personne n'est davantage soulagé que la directrice que le jeune homme soit venu présenter ses excuses. S'il persiste dans ses efforts, nul doute que l'acteur parviendra sans tarder à retrouver la confiance qu'on avait jadis en son travail. "Retrouver la confiance ?... Ainsi, mes actes étaient de ceux qui ont pour effet d'anéantir la confiance qu'on avait en moi...." prononce tristement Katô. "NON !! Ce n'est pas ce que je voulais dire !!" s'empresse de corriger le manager. Mais le jeune homme le rassure: il comprend que Kanéko n'a jamais eu l'intention de le blesser, de même qu'il sait qu'au fond la directrice a raison: tout ce qu'il pensait avoir bâti de ses mains n'était en fait qu'une illusion destinée à s'envoler dès le premier souffle de vent. Il avait le sentiment d'avoir construit un immense château au sommet d'un endroit élevé, mais sans remarquer que son château se trouvait bâti en un lieu sans sol ferme. Et le visage douloureux, Katô ajoute pour lui-même en son for intérieur qu'il comprend à présent toute l'inquiétude qu'il a fait éprouver au si lucide Iwaki....

Un peu plus tard, lorsque Katô rentre à la maison, il a la surprise de trouver son ami en train de cuisiner. Voilà qui est plutôt rare, mais le curry que l'acteur est en train de préparer sent fort bon, et le jeune homme ne manque pas de le lui faire savoir. Iwaki arbore pourtant un air des plus contrarié: certes, sa préparation sent très bon, mais il ne parvient pas à comprendre pourquoi celle-ci a une consistance aussi bizarre. Il a pourtant suivi la recette à la lettre, et l'a mise suffisamment à cuire !? Tandis que l'acteur continue de grommeler après son curry, Katô le contemple d'un air amusé. Nul doute que c'est pour lui que son compagnon a décidé de faire la cuisine, afin d'accueillir son retour avec le plus de tendresse possible. Alors, posant doucement la tête sur son épaule, le jeune homme remercie Iwaki, et lui demande sincèrement pardon. A ces mots, l'acteur sursaute, en déduisant que les pourparlers avec la maison de production de Katô ont échoué; mais ce dernier s'empresse de le rassurer, annonçant qu'il a finalement été autorisé à tourner dans "Fuyu no Sémi". "Dans ce cas, tout va bien, non ?... soupire Iwaki de soulagement. Ne me fais donc pas des peurs pareilles...."

Oui, normalement tout va bien à présent. Mais ce que Katô tente d'expliquer d'une voix si mélancolique, c'est que ce n'est que maintenant qu'il vient de réaliser à quel point il a causé de l'inquiétude à son compagnon: tout en s'imaginant en être parfaitement conscient, en fait il n'en avait pas compris l'ampleur. Car lorsque le jeune homme a quelque chose qu'il désire devant les yeux, il finit par ne plus voir tout ce qui l'entoure; et bien que sachant qu'il est en train de traverser un pont dangereux, l'idée ne lui vient même pas à l'esprit qu'il pourrait tomber. Et franchement, Katô lui-même commence à en avoir assez de sa propre sottise. Lors de l'affaire présente, un seul faux pas aurait suffi pour anéantir sa carrière. S'il ne s'agissait que de lui, au fond peu lui importait. Mais il se rend compte maintenant qu'Iwaki également aurait souffert de le voir déchoir ainsi. Et le fait de voir son compagnon souffrir pour lui n'aurait eu pour conséquence que de rendre Katô lui-même encore plus malheureux. Alors, ajoute le jeune homme avec amertume, le jour serait peut-être venu où il n'aurait pu supporter de continuer de vivre aux côtés d'Iwaki. Et rien que d'imaginer cela, Katô se sent si triste qu'en cet instant, il éprouve l'envie de pleurer....

Après avoir écouté son compagnon en silence, Iwaki pousse un soupir excédé. Epellant le nom de Katô, il prend brusquement ce dernier par les épaules afin de l'obliger à lui faire face, et "PAN !" , avec un claquement sonore, les deux mains de l'acteur viennent s'abattre en même temps sur les deux joues de son ami. De douleur, le jeune homme en a les larmes aux yeux ! Quel que soit ce que Katô puisse dire à présent, le sermonne fermement Iwaki, ça ne changera absolument rien au passé. Il est certain que lors de cette affaire, pour raccomoder une seule erreur de choix, Katô a du causer bien de l'embarras à son entourage. Si vraiment il en éprouve du regret, alors à l'avenir, le jeune homme devra s'appliquer à décider de chacun de ses choix avec davantage de prudence qu'il n'y mettait d'ordinaire. Seulement, ajoute Iwaki de manière véhémente, ce qui constitue l'un des plus grands charmes de Katô est justement cette force qu'il possède de foncer tête baissée et sans se préoccuper de rien vers le but qu'il s'est fixé ou l'objet de son désir. Il ne doit absolument pas tuer en lui cette force ! Car la prudence et la lâcheté sont deux choses différentes: il ne faut pas chûter exprès d'un pont dont on sentait qu'on ne tomberait pas; il ne faut pas exprès éprouver de l'inquiétude pour quelque chose qui ne disparaîtra pas. "Car en ce moment-même, achève Iwaki plein de conviction, tu te trouves auprès de moi...."

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Fermant les yeux, Katô acquiesce, se blotissant tout contre l'épaule d'Iwaki. Tandis qu'il serre son ami dans ses bras, un sourire illumine soudain le visage de l'acteur: lui qui est devenu sien après avoir été tant et tant désiré par Katô se sent à présent terriblement heureux; alors, un rôle et un film qui de la même façon auront été aimés et désirés par le jeune homme ne pourront évoquer que du bonheur.... A ces mots, Katô lève un regard stupéfait vers son compagnon. Il s'était juré de protéger Iwaki, mais c'est au contraire ce dernier qui veille sur lui, l'enveloppant tendrement, aussi indispensable que l'air qu'il respire.... "Je t'adore, Iwaki...." prononce Katô avec un sourire rayonnant. Puis il se penche vers son ami, rapproche ses lèvres des siennes. "Quoi, tu veux qu'on fasse l'amour ici ? s'étonne l'acteur. Mais ça sent le curry !" Néanmoins le jeune homme s'en fiche complètement: quand on met quelque chose à cuire, ne doit-on pas rester à côté pour surveiller le feu ? Iwaki a beau protester que ce n'est pas parce que tous deux vivent ensemble comme des époux depuis très longtemps qu'il leur faut négliger les ambiances romantiques, Katô ne veut rien savoir. Au contraire, il assure tenir compte soigneusement de l'ambiance: car n'est-ce pas le curry que son ami a préparé pour lui afin de lui remonter le moral ? Quelle merveille d'être ainsi enveloppé de son odeur ! En outre, Katô aime plus que tout quand Iwaki utilise à leur égard ce terme d'époux .

Les deux acteurs font donc l'amour dans la cuisine, entre l'évier et le fourneau, enveloppés de l'odeur du curry qui mijote auprès d'eux. Et tandis qu'il étreint son compagnon, Katô se prend à songer que même s'il occupe une position si précaire qu'il se verrait balayé dès le premier souffle de vent, cette maison est l'endroit où se trouve l'être qui lui est le plus précieux au monde et duquel dépend toute son existence. Ici, c'est sa maison.... L'univers de toutes ses certitudes....

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Volume 8

Chapitre 1 Film Paddock - Page 3

Dans son studio habituel, sous l'oeil des caméras, Kyôsuké Iwaki tourne avec quelques collègues et membres du staff une sorte de match culinaire: tandis que le speaker donne ses instructions plat après plat, les deux challengers, Kyôsuké et une collègue actrice, doivent successivement se servir en même temps l'un que l'autre, désigner la nourriture que déteste leur adversaire.... A la fin, la jeune fille déclare forfait, au grand soulagement d'Iwaki: probablement ont-ils déjà recommencé cette scène plusieurs fois, encore une bouchée de plus et il ne répondait plus de rien ! Surtout que le plat suivant était constitué de rouleaux de printemps crus, dont il ne supporte pas l'odeur. L'ambiance est plutôt joviale sur le plateau; mais lorsque le voisin de table d'Iwaki demande en plaisantant à ce dernier "Dans ta relation avec Katô, qui est qui ?" la réaction de l'acteur dont le sang monte aussitôt aux joues est si cocace que l'assistance en est pliée en deux, et voilà le cadreur forcé de couper la scène !

De toute manière, les prises de vues étaient terminées pour aujourd'hui. Kyôsuké s'apprète donc à repartir avec sa manager Mme Shimizu, lorsque soudain, l'un de ses collègues de tournage - l'homme à l'origine de la plaisanterie de tout à l'heure - le rappelle: il souhaiterait que l'acteur transmette ses encouragements à Katô pour le film "Fuyu no Sémi" et voudrait que le jeune homme sache que malgré les problèmes qu'ont entraîné cette affaire, ses collègues s'en moquent et sont de tout coeur avec lui. Ravi que l'on soutienne ainsi son compagnon, Iwaki répond qu'il ne manquera pas de faire la commission.

Un peu plus tard, alors qu'il se retrouve en voiture avec sa manager, Kyôsuké demande à cette dernière de le déposer à un endroit où il pourra prendre un taxi: Katô est retourné habiter quelque temps chez ses parents, et l'acteur souhaiterait y faire un saut. Bien sûr, Mme Shimizu ne manque pas de s'étonner de cette nouvelle. Iwaki se met donc en devoir de lui expliquer que le film "Fuyu no Sémi" comprenant de nombreuses scènes où Kusaka combat au sabre et monte à cheval, afin de se préparer à de telles nécessités, Katô s'est mis à fréquenter un dôjô et un club d'équitation, lieux qui se trouvent plus proches de la maison de ses parents que de la leur bâtie en pleine ville. Le jeune homme se concentre totalement sur son rôle, ne lâche plus le scénario du film au point que l'ouvrage soit rendu à l'état de loque. Et en tant qu'acteur, Iwaki envie vraiment son ami de pouvoir ainsi s'immerger dans un seul rôle alors que lui doit assumer plusieurs tournages à la fois. Quoi que vu la situation délicate où se trouve Katô, c'est difficile d'affirmer qu'il est totalement à envier: c'est sa carrière que le jeune homme est en train de mettre en jeu, carrière qui dépend du succès du film. Voilà pourquoi, la mine soudain assombrie, Mme Shimizu profère qu'il faut absolument que Katô fasse de son mieux.

Après s'être exercé au sabre dans un dôjô de Kendô, Katô se rend au Lighting Club, où l'on pratique l'équitation. C'est là que vient le rejoindre Iwaki un moment plus tard. La responsable du centre équestre qui guide l'acteur explique à ce dernier que Katô se débrouille déjà suffisamment bien pour les besoins du tournage, et pourtant, le jeune homme ne cesse d'affirmer qu'il n'est pas encore prêt. Ses facultés de concentration sont vraiment incroyables, remarque la responsable avec admiration: dès le premier jour de son arrivée au centre, Katô était déjà capable de faire courir son cheval ! Tout en devisant ainsi, tous deux finissent par arriver au manège où s'entraîne Katô. Monté sur son cheval lancé au triple galop, le jeune homme avec son visage sérieux a tout à fait l'air d'un cavalier émérite, et surtout il a beaucoup d'allure ! Surpris qu'il soit déjà parvenu à un tel niveau en si peu de temps, Iwaki en reste bouche-bée d'admiration ! Mais Katô est si concentré sur son parcours qu'il ne remarque même pas la présence de son ami. "Ce n'est vraiment pas le moment de lui adresser la parole !" remarque la responsable du centre en riant.

Le soir venu, Iwaki et Katô se retrouvent à table avec les parents de ce dernier. Après que Kyôsuké ait fait part à son compagnon de tous les encouragements qu'on l'a chargé de lui transmettre, Mr. Katô-père ne manque pas de se réjouir que tant de personnes soutiennent ainsi son fils. Iwaki ajoute que récemment, des gens de toutes sortes viennent lui adresser la parole, parmi lesquelles bien sûr des personnes - acteurs ou staff - du monde du spectacle, mais même dans des lettres qui lui sont personnellement adressées des fans demandent à Kyôsuké de transmettre leurs encouragements à son compagnon. "Des raisons de plus pour que tu fasses de ton mieux, Yôji", lance Mr. Katô à son fils. Mais le jeune homme, sans regarder quiconque, se contente de grommeler d'un air mécontent qu'Iwaki, si occupé lui aussi, n'avait pas besoin de venir ici rien que pour lui faire part de ces messages de soutien, surtout que c'est plutôt Kyôsuké lui-même qui paraît s'en réjouir le plus. Surpris de cette soudaine mauvaise humeur, en observant mieux ce dernier Iwaki remarque comme le visage de Katô paraît douloureux et tendu. Et soudain, le jeune homme quitte la table en dépit des protestations de son ami et de son père, prétextant qu'il va se retirer dans sa chambre pour lire son scénario.

Mr. Katô, après avoir tenté une dernière fois de le retenir, explique à Iwaki que son fils se trouve dans cet état depuis qu'il est rentré à la maison. Au début il pensait que cette irritation était due à l'ultra concentration de Yôji sur son travail, mais à présent Mr. Katô est persuadé que ce n'est pas tout, que quelque chose le préoccupe. A dire vrai, Yôji est quelqu'un qui ignore la capitulation; de naissance, il ne possède pas non plus le genre de caractère à accumuler le stress. Voilà pourquoi, acculé ainsi dans une situation des plus critique dont il n'a pas l'habitude de gérer la tension, Mr. Katô se demande si son fils ne serait pas au bord de la crise de nerfs, poussé à bout. Le quadragénaire pensait qu'en voyant le visage d'Iwaki, le jeune homme se sentirait un peu apaisé, mais qui aurait cru que Yôji adopterait un tel comportement même vis à vis de son compagnon !

Les paroles de son beau-père résonnent encore dans la tête de l'acteur tandis qu'il monte les marches de l'escalier menant à l'étage. Mais à peine est-il arrivé en haut que retentit tout à coup un fracas épouvantable accompagné d'un hurlement. Mort d'inquiétude, Iwaki se précipite de toute la vitesse de ses jambes jusqu'à la chambre de Katô, ouvrant la porte violemment en appelant son ami. Debout dans le noir au milieu d'une pagaille monstre, d'une foule d'objets et de cartons renversés, le jeune homme respire bruyamment, les yeux exorbités, tremblant et trempé de sueurs froides. Malgré cela, quand Kyôsuké tente de lui demander ce qui s'est passé, lui tournant le dos, Katô répond qu'il n'y a rien. Iwaki insiste: qu'est-ce qui peut bien irriter son ami au point de le mettre dans un tel état ? Si tous les gens de l'entourage de Katô ne cessent de lui dire "Fais de ton mieux", c'est simplement pour lui montrer leur soutien et leur sympathie.

"Fais de ton mieux.... Fais de ton mieux, hein ? répète le jeune homme avec un rictus cynique. MAIS JE FAIS DE MON MIEUX !!!" Laissant enfin libre cours à tout ce qu'il a sur le coeur, Katô explose. "Tout ce qui est en mon pouvoir, je m'y applique dès qu'une idée me vient à l'esprit ! Je ne cesse de réfléchir à ce qui me conviendrait encore de faire afin de m'assurer le succès !! Tiens par exemple, le scénario du film, je l'ai lu, relu et encore relu au point que je pourrais réciter les dialogues de n'importe qui !! Et pourtant, alors que je me suis déjà surpassé au point de ne plus savoir quels efforts fournir encore, mon inquiétude ne disparaît pas ! Mon irritation non plus !! Et malgré cela, ajoute le jeune homme à bout de nerfs, tout le monde dans mon entourage ne cesse de me répéter ça: Fais de ton mieux ! Fais de ton mieux !! Dans ce cas, que l'on m'apprenne ce que je dois faire pour réussir...!!"

Kyôsuké écoute les plaintes de son compagnon le visage désolé. Ce n'est pas tant le scénario qui traîne sur le lit du jeune acteur qui se trouve réduit à l'état de loque que Katô lui-même. Iwaki est parfaitement conscient que ces mots, "Fais de ton mieux" , induisent une situation anormale consistant à dépasser sur une durée parfois longue les limites de ses possibilités; mais il sait aussi que sur Katô, les paroles douces n'ont aucun effet. Voilà pourquoi c'est d'une voix dure et sur un ton sévère qu'il s'adresse à son ami: Katô serait-il satisfait si on lui enseignait et lui préparait à l'avance le moyen de réussir son interprétation à coup sûr ? C'est justement parce que ce n'est pas son genre de se contenter de la facilité qu'il a choisi le rôle de Kusaka tout en sachant que ça le ménerait au bord du gouffre ! Ce n'est pas parce que la récompense de son entêtement s'est révélée au-delà de ses espoirs que Katô doit perdre de vue la base. Le jeune homme doit pourtant savoir que reporter ses problèmes sur les gens qui l'entourent ou passer sa rage sur de malheureux objets ne réglera rien !!

Katô ne peut qu'acquiescer à ces sages paroles; il comprend très bien que lorsqu'on a décidé d'une route, il ne reste plus qu'à la suivre. Cependant il appréhende tellement le commencement du tournage, il a si peur que ça lui en est insupportable ! C'est la première fois qu'une telle chose lui arrive, et qu'il ne ressent pas la moindre joie à l'idée d'entâmer les prises de vue d'un nouveau film. "La joie, elle jaillit du sentiment de plénitude que l'on ressent au fur et à mesure que l'on achève de tourner scène après scène, corrige Kyôsuké sans se départir de son ton moralisateur. Demander à éprouver ce plaisir de tourner dès maintenant tient de l'aberration, surtout lorsque comme toi on a parié sur un film sa carrière et son avenir." Cependant Iwaki ajoute en soupirant qu'encore une fois, son ami s'efforce de tout assumer seul: c'est sans doute parce qu'il ne voulait pas qu'il le voie ainsi que Katô a quitté leur maison pour se réfugier chez ses parents. Tournant toujours le dos à Iwaki, le jeune homme s'empresse pourtant de nier. "Ce n'est pas cela !!" s'écrit-il vivement, pour le répéter ensuite d'une voix basse et douloureuse. "Ce n'est pas cela ? Alors quoi ?..." A la question de son ami, gêné, Katô demeure d'abord silencieux. Baissant piteusement la tête, il finit quand même par avouer, d'une voix à peine audible: "Je ne bande plus...." - "Ah ?!"

Iwaki ne s'attendait pas du tout à une telle réponse et il a peine à se contenir de rire, ce qui n'est pas bien sûr pour apaiser la colère de Katô. "Il n'y a pas de quoi rire !!" rugit ce dernier en faisant volte-face. A cause de ce maudit stress, ses sentiments, son désir pour Iwaki a été vaincu, et ç'a été pour lui un terrible choc. Car pour Katô, son amour pour son compagnon est ce qu'il a de plus précieux dans son existence. Détournant les yeux, Kyôsuké se met à rougir, ému: Katô est si franc et si direct, c'en est déroutant.... Alors, entourant le jeune homme de ses bras, il le conduit vers le lit où il le fait asseoir. Devinant ce que son compagnon a l'intention de faire, Katô proteste: toute tentative est inutile; il a déjà essayé maintes et maintes fois. Néanmoins Iwaki rejette toute objection: "N'est-ce pas le rôle de ta f... - de ton époux d'agir pour arranger les choses dans un moment pareil ?" Et sur ces mots, il porte à sa bouche le membre récalcitrant, conseillant à son ami de ne pas s'impatienter ni se forcer mais au contraire de se détendre.

C'est sûr, la pression que Katô doit supporter en ce moment est terriblement lourde, reconnaît l'acteur; cependant si Katô voulait bien cesser de se dire "Il n'y a que moi qui souffre" , nul doute que son fardeau deviendrait sensiblement plus léger. Ces mots, "Fais de ton mieux" dont on ne cesse de le gratifier n'ont en aucun cas pour but de lui signifier qu'il doit aller au-delà de ses forces ou tenter l'impossible. Au contraire, les personnes qui entourent le jeune homme désirent lui faire savoir qu'elles sont de tout coeur avec lui, de ne pas baisser les bras devant l'adversité.

Tellement préoccupé par ses soucis, Katô en avait oublié le sens de ce simple encouragement, témoignage de sympathie, et il en reste héberlué de ne l'avoir pas réalisé plus tôt. Mais parallèlement les paroles d'Iwaki ont eu un autre effet, qui arrache au jeune homme un hurlement résonnant dans toute la maison: "JE BANDE !!" (on donnerait cher pour voir la tête de ses parents ! ) et fou de joie, il se jette au cou de son compagnon. "C'est la résurrection de l'étalon fringant !! plaisante Kyôsuké. Puisque on en est là, si tu me laissais monter pour voir ?" Quelle stupeur d'entendre des paroles si audacieuses dans la bouche d'un être d'ordinaire si pudique et réservé ! Katô en reste bouche-bée, avant de remarquer: "Iwaki, en prenant de l'âge, voilà que tu te mets à parler comme un vieux." - "NE DIS PAS COMME UN VIEUX !!!" rétorque Kyôsuké furieux....

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 2 Unlocked Cellar - Page 35

Dans un bar chic, Katô se trouve attablé avec ses amis Miyasaka et Onozuka, deux jeunes acteurs aussi moqueurs que malicieux. La soirée a à peine commencé que ces deux lascars, légèrement exaltés par le vin qu'ils ont bu, insistent auprès de Katô pour qu'il prie Iwaki de venir les rejoindre. Le jeune homme, qui connaît parfaitement le caractère imprévisible des deux compères, a bien des raisons de se méfier: pourquoi devrait-il appeler son ami ? proteste-il. Miyasaka et Onozuka n'ont-ils pas organisé cette fête pour l'encourager ? Ce à quoi, le premier répond franchement que ce n'était qu'un prétexte pour rencontrer enfin celui que Katô garde si jalousement et responsable du fait que ces derniers temps l'acteur ne fréquente plus ses vieux amis. Katô ne s'imaginait quand même pas que des gens comme lui du milieu du showbizz étaient assez bons pour encourager un rival s'étant lui-même fait mettre en quarantaine par ses propres caprices ? renchérit Onizuka. "Salauds" grogne Katô irrité. Néanmoins, il fait ce que ses amis lui demandent et appelle Iwaki depuis son portable afin de lui demander de venir.

Quelque temps plus tard, l'acteur arrive enfin. Et Katô horrifié est prêt à s'arracher les cheveux de le voir revêtu de cette chemise moulante au décolleté sexy ! Et ce pantalon ! Jamais son ami n'aurait du mettre ça en une telle occasion ! Iwaki quant à lui n'a jamais rencontré les deux autres jeunes gens, mais il avoue les connaître déjà, car Katô lui a souvent parlé d'eux. Et bien sûr, les deux lascars s'empressent de répliquer qu'à eux aussi leur ami a tant parlé d'Iwaki qu'ils ont la sensation de bien le connaître. Il leur a même fait part de tant de choses que d'ordinaire on ne demande pas qu'à la fin, tous deux ont insisté pour rencontrer l'acteur. "Qu'est-ce qu'il a bien pu raconter, celui-là !" grogne Iwaki en jetant un regard soupçonneux vers son compagnon, qui se contente de répondre évasivement de ne pas prendre au premier degré les divagations d'ivrognes ayant chiqué déjà plusieurs bouteilles. "Comment !? protestent les deux autres. N'est-ce pas toi qui a la manie de répéter sans arrêt "Vous ignorez combien Iwaki est mignon", au point de nous en rabattre les oreilles depuis qu'on a fait ta connaissance !?" Ecarlate, Kyôsuké furieux lance à son ami un regard massacrant. "Quand on sera rentrés à la maison, tu vas voir, Katô, ce que tu vas prendre ...!" promet-il en son for intérieur.

La soirée se poursuit, tandis que Miyasaka et Onozuka, qui ne s'attendaient pas à ce que vu de si près en chair et en os Iwaki possède une beauté si sensuelle, se montrent du coup très empressés autour du jeune homme - ce qui n'est bien sûr pas du goût de Katô ! Ignorant les regards intenses qui le détaillent dans ses moindres gestes, l'acteur dégage son sex-appeal si innocemment.... Voilà pourquoi Katô répugne tant à le présenter en public ! La manière dont Miyasaka et Onozuka dévorent des yeux son bien-aimé lui est insoutenable. Si bien qu'à la fin, excédé, le jeune homme se lève de table brusquement. "On rentre !" s'écrie-t-il. Et tirant par la force Kyôsuké à sa suite, il s'en va d'un pas rapide, laissant là ses deux compères, bouches-bées face à une si excessive réaction. Même parvenu dans le couloir menant à la sortie du club, marchant à vive allure, Katô ne paraît pas disposé à lâcher son ami. "C'est très impoli vis à vis des deux autres de s'en aller de cette façon !!" proteste l'acteur; mais l'attirant soudain à lui, le jeune homme le fait taire d'un baiser, le serrant dans ses bras à lui rompre les os. "Idiot !! Dans un lieu pareil...!!" reproche Iwaki lorsqu'il parvient enfin à se dégager. Mais Katô s'en moque, et à peine laisse-t-il le temps à son ami de reprendre son souffle qu'il repart à l'assaut, avec tant de passion que l'acteur finit par se laisser aller. Le regard fou, Katô semble au bord de la crise de nerfs. "Tu es trop beau !! hurle-t-il. C'est insupportable !! Je voudrais t'enfermer dans un souterrain bien caché afin que plus personne ne pose les yeux sur toi !!"

Comprenant enfin ce qui tourmente son compagnon, Iwaki se dégage de ses bras en poussant un soupir. Katô n'a-t-il donc pas compris que les deux autres agissaient ainsi exprès pour le taquiner ? Ils n'étaient pas sérieux ! "Comment peux-tu le savoir !!" proteste Katô. "N'as-tu pas remarqué leur regard ?!" Mais l'acteur, d'un sourire légèrement triste, assure qu'il comprend parfaitement ce genre de choses: ce n'est pas ainsi que procèdent ceux qui visent sérieusement son corps. "Ironiquement, explique-t-il, je connais désormais par expérience ce sentiment d'alerte que seule une femme est censée éprouver." Récemment, Kyôsuké a été confronté souvent à ce genre de situation délicate - des hommes qui lui portaient un intérêt trop prononcé - au point de ressentir à cause de cela une pression sur son lieu de travail, car les gens aux moeurs douteuses s'avèrent particulièrement nombreux dans le monde du spectacle. "Quand !? Par qui !! hurle aussitôt Katô livide. Pourquoi m'as-tu caché une chose aussi grave !!" Mais calmement, Iwaki objecte qu'il ne pouvait conter une telle histoire à son ami qu'il sait si prompt à s'enflammer sur ce sujet. Surtout qu'à présent, Katô n'est plus en position de pouvoir sauter impunément à la gorge de n'importe qui. En outre, explique l'acteur, vivre caché en évitant le regard des autres signifie la mort pour un artiste. Alors, s'il refuse de changer de profession, s'il ne peut changer de façon de vivre, il ne lui reste qu'à contourner habilement les obstacles.

"Fais-moi confiance !" termine Iwaki d'un sourire apaisant. Depuis le temps que je galère dans ce milieu du cinéma, je sais comment m'en sortir avec intelligence. Et puis je ne suis pas non plus une jeune fille sans défense. Afin que plus personne n'ose penser pouvoir disposer de nous à sa guise, ce qu'il nous faut faire, c'est devenir des acteurs encore plus grands !" Puis, se détournant, Kyôsuké ajoute l'air de rien que cela faisait longtemps que Katô ne s'était plus montré aussi jaloux: le jeune homme a été tant accaparé par son travail ces derniers temps, sans doute n'en avait-il plus le loisir. "Tu trouves ça.... lamentable...?" demande douloureusement Katô. Mais au contraire, son ami en est profondément heureux, car c'est la preuve que le jeune homme l'aime aussi passionnément qu'avant. Si Katô ne tremblait plus d'anxiété à cause de lui, alors, pour Iwaki, ce serait la fin !

Rougissant de cette déclaration, voilà Katô assailli par un sentiment contradictoire: d'un côté il continue de vouloir cacher son ami aux yeux du monde, mais d'un autre, il aspire à l'exhiber, Iwaki qu'il a fait mûrir de sa main. "C'est exact, lance le jeune homme tandis que tous deux reprennent leur chemin vers la sortie. Je tremble de peur. Alors arrête de porter de tels vêtements. Ce pantalon moulant est un pousse-au-crime !..." - "C'est TOI qui m'a acheté ces vêtements, il me semble !!"

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 3 Trickster - Page 51

A midi au studio, tandis qu'il déjeune tranquillement dans sa loge pendant la pause, Iwaki regarde la télévision: une émission genre "télé-réalité" où des personnes viennent évoquer des problèmes qui les préoccupent. Cette fois, c'est une jeune épouse qui parle, et ses propos ne manquent pas d'interpeller l'acteur: "Mon mari refuse catégoriquement de me présenter ses amis. Au début, je pensais que c'était dû simplement à de la jalousie. Mais l'autre jour, alors que nous étions tous les deux en train de faire des courses en ville, un ami de mon époux nous a soudain adressé la parole. Alors mon mari a eu l'air d'un coup paniqué et m'a demandé de rentrer toujours sans l'attendre. Ainsi j'en suis venue à me demander: "Ne me cacherait-il pas quelque chose, un secret qu'il ne peut me dire ?" et cela me remplit d'inquiétude...." Juste au moment où Kyôsuké s'arrête net de manger, interdit, méditant ces paroles, on frappe soudain à la porte de sa loge. Et bientôt paraissent Keigo Miyasaka et Yû Onozuka, les deux amis de Katô.

Ceux-ci, acteurs également mais moins connus, ne manquent pas de s'extasier du confort de la vaste loge, tout à fait digne d'un artiste célèbre, où il y a même la télévision ! Le premier soin d'Iwaki est de s'excuser pour l'autre jour, la manière peu cordiale dont Katô et lui les ont quitté si précipitemment; mais cela importe peu aux deux compères, nullement du genre à se formaliser pour ça. Tandis qu'ils s'enquièrent de Katô, Iwaki leur explique que ce dernier est déjà parti pour Kyôto, car le tournage de "Fuyu no Sémi", qui a lieu dans l'ancienne capitale, va bientôt commencer. Kyôsuké également, sitôt qu'il aura achevé son tournage actuel, doit aller l'y rejoindre dès le lendemain. Aujourd'hui ont lieu les derniers essayages pour les costumes, et l'acteur, se souvenant que Katô lui a envoyé par mail une photo de lui habillé en samouraï, ne peut s'empêcher de la montrer à ses deux visiteurs. Miyasaka et Onozuka échangent alors un sourire entendu: voilà qui leur donne une idée ! Pourquoi ne pas envoyer à leur tour une photo à Katô ? Et s'emparant du portable de l'acteur, le prenant familièrement par le cou, ils prennent un cliché de tous trois réunis qui risque fort de n'être pas du tout du goût de Katô ! En effet, tandis qu'il continue d'essayer les divers costumes portés par Kusaka au studio de Kyôto, c'est avec un hurlement d'horreur que le jeune homme découvre la photographie ! Lui qui était si content que pour une fois, son ami lui envoie un message !

Un peu plus tard dans la soirée, son travail achevé, Iwaki rentre chez lui en compagnie de Miyasaka et Onozuka. Ces derniers demandent si ce n'est pas grave qu'ils pénètrent ainsi chez le couple d'acteurs alors que Katô n'est pas là: en fait, depuis que cette maison a été bâtie, leur ami ne les y a jamais invités. Cependant Iwaki leur assure que ça n'a aucune importance, et d'ailleurs il y a un certain nombre de choses qu'il désirerait leur demander. Mais voilà, à peine a-t-il tourné la clé dans la serrure et entrouvert la porte qu'il tombe nez à nez avec Katô, Katô revenu en hâte de Kyôto malgré la distance, assis sur le pallier tel un chien de garde et lançant aux deux intrus un regard à les faire frémir de peur ! Se levant, le jeune homme s'adresse à Iwaki, désignant du doigt Miyasaka et Onozuka: "Ne m'as-tu pas dit l'autre jour "Je sais comment éviter les pièges intelligemment" !? Et voilà que tu invites imprudemment des types aussi dangereux à la maison !! Quel manque de bon sens !!" Mais visiblement furieux, Kyôsuké réplique aussitôt: "Ce n'est sans doute pas la seule raison pour laquelle ça t'ennuie tellement que je les rencontre ?" Et sur ce, ignorant les appels interrogateurs de son compagnon, Iwaki s'empresse d'aller se retirer à l'étage sans demander son reste. "Vous deux, qu'est-ce que vous avez bien pu lui raconter !!" s'exclame Katô en se retournant brusquement vers les deux autres. "Eh eh, par mégarde, on a fini par lui dire à quelle occasion on a fait connaissance, tous les trois !" Et cet aveu est pire que tout ce que Katô pouvait imaginer, de quoi lui glacer le sang !

Tout à l'heure au studio, s'étonnant que Katô et les deux lascars s'entendent si bien alors que, bien qu'ils aient fait leurs débuts en même temps, ils ne travaillent pas pour la même maison de production et n'ont jamais non plus tournés ensemble, Iwaki en était venu à demander comment tous trois s'étaient connus. Aussitôt, Miyasaka et Onozuka avaient froncés les sourcils, l'air quelque peu ennuyés: en fait il s'agit d'une histoire plutôt mauvaise pour eux. "Mauvaise ?" A ce mot, soupçonneux, Iwaki avait bien sûr dressé l'oreille. Ses deux visiteurs expliquèrent ainsi qu'en un mot, Katô et eux avaient fait connaissance lors d'une Rankô Party , bref, une partouze ! Voilà qui était plutôt dangereux pour des jeunes talents débutant dans le monde du spectacle: si cette affaire s'était ébruitée, ils pouvaient dire adieu à leur carrière ! En quelque sorte, Katô et les deux autres se sont connus "à poil", et il n'y a sans doute rien de mieux pour briser la glace, ajoutant à cela le fait de partager un secret commun.

Quoiqu'au départ, Miyasaka et Onozuka avaient de bonnes raisons d'être jaloux de Katô: alors qu'eux n'en étaient encore qu'à leurs tous débuts, le jeune homme perçait déjà dans le milieu du cinéma; sans compter qu'avec ses techniques peaufinées alors qu'il était acteur de films X, Katô lors de cette "fête" monopolisait toutes les filles qui étaient de la partie ! Ce n'est que plus tard, après s'être rendus compte que cet énervant rival était un type bien, qu'ils ont commencé à tisser des liens d'amitié avec lui.

Lorsque Miyasaka et Onozuka, qui jusqu'à présent palabraient sur un ton badin sans prendre garde au contenu de leurs propos, remarquèrent soudain l'effet que leurs paroles avaient produit sur l'acteur, il était déjà trop tard. "De quand date cette histoire ?" avait demandé Iwaki en fronçant les sourcils d'un air furieux, peinant à maîtriser la rage qui le gagnait.

Apprenant ce que viennent de faire ses deux amis , Katô a bien des raisons de paniquer. Ces deux-là - volontairement ou non - ne font que des gaffes, ils ont le chic pour foutre la merde partout où ils passent ! Qu'est-ce qui leur a pris de raconter une histoire pareille à son compagnon ?! Ce à quoi, d'un air faussement innocents, Miyasaka et Onozuka se contentent de clamer qu'ils n'ont fait que répondre franchement à ce que Iwaki leur avait demandé. Mais à peine Katô s'est-il précipité dans l'escalier en criant le nom de son ami que tels deux jeunes démons, ils échangent un regard complice assorti d'un sourire des plus malicieux.

Parvenu à l'étage, Katô trouve la porte de la salle de séjour verrouillée. "N'entre pas !! Je me prépare pour demain !!" lui crie Iwaki, tâchant de faire ses bagages en vue de son départ pour Kyôto malgré les larmes douloureuses qui s'échappent de ses yeux. Mais le jeune homme refuse de s'en aller, et suppliant son ami d'écouter son histoire, il se met à tambouriner à la porte sans relâche, de plus en plus fort, jusqu'à en avoir les poings meurtris. Ce bruit et ces appels déchirants deviennent bientôt insoutenables pour l'acteur, qui finit par déverrouiller la porte. Aussitôt Katô se précipite dans la pièce, pour se retrouver face à face avec Iwaki. "Evite de te blesser juste avant un tournage", lance ce dernier froidement. Mais davantage que ce visage sombre et ce regard lourd de reproches, ce sont les larmes qui mouillent encore les yeux de son ami qui serrent le coeur de Katô. Ce dernier supplie Iwaki de l'écouter: c'est une histoire ancienne, il ne l'a pas trompé ! "Ne mens pas !!" hurle aussitôt Kyôsuké, tournant le dos au jeune homme. Il sait parfaitement que cette histoire s'est déroulée à l'époque où tous deux vivaient déjà ensemble dans l'appartement de l'acteur: Katô ne cessait alors de lui répéter qu'il l'aimait, tandis que dans l'ombre il se livrait à de tels amusements !?

Montés en douce à l'étage, tapis dans l'escalier, Miyasaka et Onozuka ne perdent pas une miette de cette conversation, et commencent à réaliser que leur petite plaisanterie s'est révélée plus mauvaise qu'il ne l'imaginaient au point de dégénérer en scène de ménage. Serrant ses poings tremblants, Katô tente désespérément de s'expliquer: c'était la période où Iwaki le traitait encore froidement, et il souffrait beaucoup. De plus, parfois un doute affreux l'assaillait: aimait-il réellement Iwaki - un homme - d'amour ? Alors, se disant que se distraire un bon coup de sa mélancolie le soulagerait sans doute et l'aiderait peut-être à voir plus clair dans ses sentiments, c'est dans cet état d'esprit que Katô avait pris part à cette "fête". Mais même après ces explications, l'acteur ne dit toujours rien, continue de tourner le dos au jeune homme. Alors, Katô ne peut que se jeter à son cou en lui criant pardon. Finalement, Iwaki rompt enfin son silence, proférant que peu importent les arguments, il sait combien c'est pitoyable de se lamenter ainsi sur un événement du passé. Mais, bien que reconnaissant cela, l'acteur est tellement blessé par ce qu'il vient d'apprendre ! Et cachant son visage dans ses mains, Iwaki laisse échapper un flot de larmes douloureuses, en dépit de tous ses efforts pour ne pas éclater en sanglots.

Serrant encore plus fort Kyôsuké dans ses bras, Katô pétri de remord lui demande encore une fois pardon. Un peu calmé, l'acteur l'avertit que si son compagnon lui cache encore quelque chose, il ferait mieux de le lui dire tout de suite, car Iwaki ne supporterait pas d'apprendre une fois de plus les frasques de Katô de la bouche d'autres gens. Néanmoins, le jeune homme répond que même s'il cachait un autre secret honteux, il ne le dirait pas à Kyôsuké mais garderait ce secret pour lui jusqu'à la mort: car il sait qu'en avouant, même si son ami lui pardonnait ses fautes, celles-ci resteraient toujours dans sa mémoire; il sait mieux que personne qu'Iwaki n'est pas du genre à oublier. Mais de toute manière, Katô assure qu'il n'a plus rien à cacher: le Katô qu'Iwaki connaît est le véritable Katô, par conséquent, l'acteur ne doit regarder que lui, ne doit croire que ses propres paroles et non ce que disent les autres.

Kyôsuké va pour protester cependant Katô ne lui en laisse pas le temps, lui clot les lèvres d'un baiser. Au même moment le jeune homme lance un regard plein de défi à Miyasaka et Onozuka, dont il avait remarqué la présence à peine dissimulée, un regard qui semble clamer plein de défi: "Restez-là et regardez attentivement ! Je m'en vais vous montrer que vous aurez beau le désirer, cet homme n'appartient qu'à moi seul !!" Et sur ces mots, après de brûlants préliminaires, Katô étreint Iwaki dans le salon, sous les regards médusés de Miyasaka et Onozuka qui ne perdent rien de la scène. Le fait de savoir que ces deux-là l'observent rend le jeune homme encore plus fougueux qu'à l'ordinaire, si bien qu'Iwaki finit par s'évanouir à moitié dans ses bras, le visage enfouit dans son cou. Et pourtant, Katô n'est pas décidé à en rester là: "Allons viens, Iwaki.... Allons au lit.... Car tu ne m'as pas encore pardonné, n'est-ce pas ?..." Et soulevant le corps nu de son ami, Katô traverse le couloir afin de le conduire jusqu'à leur chambre où ils pourront continuer leurs ébats mais cette fois à l'abri des regards indiscrets.

Néanmoins, parvenu près de l'escalier, le jeune homme s'arrête net, pour lancer aux deux compères d'un air menaçant: "Vous avez fait pleurer Iwaki. Ne pensez pas vous en tirer comme ça !" Si Miyasaka paraît quelque peu effrayé, en revanche il n'en est rien de son camarade Onozuka, qui se lève et s'avance vers Katô en répliquant: "Quelle ingratitude ! C'est comme ça que tu me récompenses pour mon amitié ? Alors que j'ai eu la bonté de ne pas révéler les détails de notre "petite fête" aux journalistes !?" Saisi de stupeur, Katô se remémore subitement le jour de cette fameuse rankô party : celui qui était venu lui proposer d'y prendre part, ce n'était autre que Onozuka ! En outre, à peine ce dernier s'était-il présenté à la fête qu'il était reparti aussitôt, afin probablement de ne pas être impliqué si l'affaire venait à être divulguée, tandis qu'il tenait la réputation de ses amis et rivaux entre ses mains !

"Maintenant que j'y repense, prononce ce jeune homme rusé en effleurant la joue de Katô de ses lèvres, cela me suffisait de me repaître du sentiment de supériorité que me donnait le fait de savoir que je pouvais avoir ta tête à n'importe quel moment. C'est fou ce que tu excites mon tempérament sadique. Je comprends à présent pourquoi j'ai tellement envie de te taquiner ! - "Eh !... Moi, intervient Miyasaka, en ce qui me concerne, je préfère Iwaki. Il est trop sensuel, je le veux !" Livide, Katô comprend tout à coup que dans ce cruel monde du spectacle, le danger qui règne en permanence de se faire piétiner par les autres ne menace pas l'artiste uniquement sur son lieu de travail ! "Ah non, ça suffit !! hurle le jeune acteur excédé. Iwaki, partons vite pour Kyôto !!"

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Chapitre 4 Noise Reduction - Page 83

Le lendemain de leur mésaventure avec Miyasaka et Onozuka, les deux acteurs se retrouvent enfin dans le TGV qui les conduit à Kyôto. "Jusqu'à quand vas-tu pleurnicher ainsi ?" demande sévèrement Iwaki à son compagnon. La veille, lorsque Katô avait crié "Partons vite pour Kyôto !" , l'acteur avait soudain repris ses esprits - et s'était retrouvé nez à nez avec Miyasaka et Onozuka, complètement nu et dans une posture des plus embarrassante ! Mais loin de se montrer confus de s'être trouvé là au mauvais moment, le malicieux Onozuka n'avait rien trouvé de mieux que de féliciter les deux amants pour les avoir régalés de cette scène d'amour si torride ! Iwaki en avait hurlé de honte, et pas de doute, pour lui Katô l'a fait exprès: il avait parfaitement remarqué qu'on les regardait et voulait se donner en spectacle. En guise de punition, l'acteur a décidé qu'ils ne feraient plus l'amour jusqu'à nouvel ordre pendant toute la durée du tournage, voilà pourquoi le jeune homme ne cesse de pleurnicher depuis qu'ils ont quitté la maison: c'est trop horrible, pire que la mort pour quelqu'un d'aussi ardent que Katô ! A Miyasaka et Onozuka, qui voulaient leur causer de l'embarras rien que pour s'amuser, il souhaitait simplement montrer une bonne fois pour toutes combien leur liaison est sérieuse.

"Mais tu n'as fais que les divertir davantage !" réplique Iwaki cinglant. Alors que d'ordinaire Katô ne supporte pas que l'on puisse voir un centimètre de la peau de son ami, c'est vraiment passer d'un extrême à l'autre ! Cependant le jeune homme ne comprend toujours pas pourquoi Kyôsuké est si en colère contre lui: n'est-ce pas lui, Katô, la victime des manigances de ses deux compères ?! Et concrètement, jusqu'à quand exactement devra-t-il supporter ce sevrage forcé pour que son compagnon lui pardonne ? Mais lorsque Iwaki répond qu'ils ne feront plus l'amour d'ici la fin du tournage, que le jeune homme n'a qu'à prendre cette abstinence comme un voeu pour le succès du film, Katô proteste vigoureusement: le tournage va durer plusieurs mois, et l'esprit distrait, il risque au contraire de ne pas pouvoir se concentrer sur son travail ! Néanmoins Iwaki ne dit mot, se contentant de détourner la tête. En son for intérieur, il reconnaît qu'au fond peu lui importe d'avoir été vu en train de faire l'amour. Seulement, il ressent de la colère vis à vis de Katô qui, dès qu'il s'est trouvé en position incommode, s'est efforcé de détourner les choses par le sexe. Et il s'en veut également de s'être laissé prendre à son jeu. Quelle dévaine d'entâmer ainsi un tournage dans une ambiance aussi maussade !

Les prises de vue commencent néanmoins au studio de Kyôto. A peine tournée la scène des retrouvailles de Kusaka et Akizuki devant l'établissement où l'on enseignait l'anglais, toute l'équipe doit déjà déménager pour se rendre sur les lieux où se déroule la scène suivante. Bien sûr, comme cela se fait d'ordinaire lors du tournage d'un film, les prises de vue ne sont pas réalisées dans l'ordre des événements: dans le cas de "Fuyu no Sémi", plutôt que les scènes de batailles qui requièrent de nombreux figurants, le réalisateur a choisi de tourner d'abord les scènes où Kusaka et Akizuki se trouvent seuls tous les deux à Edo. Cependant les déplacements et changements de lieux vont se faire de plus en plus fréquents. C'est la première fois que les deux acteurs s'engagent dans un tournage aussi long et aussi mouvementé, et il va leur falloir faire soigneusement attention à leur condition physique, remarque Katô tandis qu'Iwaki et lui quittent le plateau pour aller changer de costumes. A ces mots, Kyôsuké réalise enfin combien la décision qu'il a prise de n'avoir pendant leur long séjour à Kyôto aucune vie intime s'avère cruelle. A l'hôtel, on leur a déjà préparé une chambre commune. Et si, par manque de concentration, Katô venait à se blesser pendant l'une des nombreuses scènes d'action que le jeune homme doit assumer ?

Inquiet et regrettant d'avoir prononcé une telle sentence, Iwaki va pour annoncer à son ami qu'il désire l'annuler, lorsque soudain celui-ci lui coupe la parole, évoquant nonchalamment sa coiffure: c'est vraiment commode, les extensions, pour rallonger les cheveux courts ! Alors, lorsque le jeune homme demande ensuite à Kyôsuké si ce dernier voulait lui dire quelque chose, l'acteur répond négativement, détournant la tête en un geste boudeur. C'est vrai qu'une fois plongé dans le travail, Katô est prompt à changer son état d'esprit, au point qu'Iwaki en vienne parfois à ressentir cela comme de l'indifférence.

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Et pourtant, la nuit venue, alors que les deux acteurs se retrouvent couchés chacun dans leur lit, Katô ne tarde pas à quitter le sien pour venir se glisser dans celui de son ami. Iwaki protestant aussitôt vivement - il avait bien dit pas pendant le tournage ! - le jeune homme assure qu'il ne désire simplement que dormir auprès de lui, qu'il ne lui fera rien. Entourant l'acteur de ses bras, Katô se contente en effet de l'embrasser sur le front en lui souhaitant bonne nuit, avant de glisser paisiblement dans le sommeil. Mais si son compagnon peut s'endormir aussi aisément, il n'en est pas de même pour Iwaki: la subtile odeur de tabac qui émane de cette peau contre laquelle sa joue est blottie.... Et le pénis de Katô dont il sent le contact à travers le tissu de son pyjama.... Les propres battements de son coeur qui résonnent aux oreilles d'Iwaki lui en deviennent bientôt insoutenables !...

Le lendemain matin, les deux acteurs se retrouvent assis sur la berge de cette rivière où jadis se donnaient rendez-vous Akizuki et Kusaka. C'est à cet endroit que les deux samouraïs avaient échangé leur première étreinte, et là aussi qu'ils s'étaient séparés. Mais soudain, le vent se met à souffler tandis que le ciel se couvre de nuage, présageant la pluie. Le metteur en scène annonce donc aux deux compères ainsi qu'aux autres membres du staff que les prises de vue sont momentanément interrompues jusqu'au retour du beau temps. En attendant, Katô et Iwaki vont se promener sur le vieux pont surplombant la rivière, un ouvrage très ancien qu'il a fallu renforcer pour ne pas qu'il soit emporté par les eaux quand celles-ci se changent en torrent. Tandis qu'il se penche afin d'examiner le pont pourri en plusieurs endroits, levant les yeux vers son ami, Katô remarque son visage pensif, et un peu inquiet, demande à ce dernier si quelque chose le tracasse: d'ordinaire Iwaki est si excité lorsqu'il commence un nouveau tournage, mais cette fois-ci, même s'il se concentre consciencieusement lors des prises de vue sur son jeu d'acteur, en dehors des plateaux il est souvent ainsi, dans la lune. "Vraiment ?" se contente de demander Kyôsuké en retour. Mais les deux compères n'ont pas le temps de discuter davantage: le ciel s'est dégagé et le metteur en scène les rappelle soudain afin de reprendre le tournage.

Contemplant Katô s'élancer joyeusement sur le pont pour rejoindre les autres, Iwaki ne peut s'empêcher de remarquer tristement comme ce dernier a vraiment l'air de bien s'amuser; tout à fait comme si le jeune homme avait complètement oublié le motif de leur querelle.... Perdu ainsi dans ses mornes réflexions, Iwaki s'apprète néanmoins à suivre son compagnon lorsque tout à coup sa sandale se prend dans l'interstice d'une planche pourrie. Il trébuche sous les cris de l'assistance, sans aucun moyen de se rattraper au pont dépourvu de rembarde, basculant dans le vide. Heureusement, c'était sans compter les réflexes de Katô ! S'élançant vers son ami, il parvient à le saisir par la taille, et tandis que tous deux sont sur le point de tomber ensemble dans la rivière en contrebas, il réussit de justesse à s'accrocher d'une seule main à l'une des cordes destinées à renforcer le pont. Néanmoins, forcé de supporter deux poids, le sien et celui d'Iwaki, le jeune homme sait qu'il ne pourra pas tenir bien longtemps. Hurlant à son ami de s'accrocher à lui de toute ses forces, il crie en même temps aux autres de venir les secourir au plus vite.

Lorsque les hommes du staff accourus en toute hâte parviennent enfin à hisser les deux acteurs sur le pont, Katô grimace de douleur, la main droite en sang et le bras démit. Inquiet mais sain et sauf, Iwaki se précipite aussitôt vers le jeune homme, lui demandant s'il va bien. A ces mots, furieux, Katô se retourne vers lui pour lui crier: "Pourquoi ça irait bien !! J'ai cru qu'on allait mourir !?" Mais à ce moment la douleur fulgurante qui lui tenaille l'épaule l'empêche de continuer. Les yeux remplis de larmes, Iwaki lui demande sincèrement pardon; il est tellement désolé qu'il ne sait comment s'excuser. Cependant Katô, le prenant par le cou de sa main blessée, assure à l'acteur qu'il n'a pas besoin de s'excuser: tout ce qu'il souhaite, c'est qu'Iwaki fasse d'ordinaire un peu plus attention. Et fondant à son tour en larmes tout en serrant son ami dans ses bras, le jeune homme supplie ce dernier de ne plus lui faire de peur aussi effroyable: "J'ai bien cru que mon coeur allait s'arrêter avant même de tomber dans le vide...." avoue-t-il douloureusement.

Le soir venu, seul dans sa chambre d'hôtel, Iwaki attend mort d'inquiétude que Katô revienne de l'hôpital. Soudain la porte s'ouvre et le jeune homme pénètre enfin dans la pièce: il a la main bandée et le bras en écharpe, mais arbore un visage joyeux. Tandis que plein d'anxiété son ami lui demande comment ça s'est passé à l'hôpital, Katô explique qu'il avait le bras démi, il a donc fallu le lui remettre en place; il devra le garder bandé un moment pour plus de sûreté, mais ça ne devrait pas poser de problème pour le tournage. Le plus embêtant est plutôt sa main blessée, toute écorchée: il reste encore des scènes à réaliser où l'on voit ses mains nues, et sans doute faudra-t-il bouleverser l'ordre des prises de vues jusqu'à sa guérison; mais bon, là aussi on devrait pouvoir s'arranger....

A genoux devant Katô assis sur son lit, Iwaki contrit lui demande encore une fois pardon. Le jeune homme a beau lui répéter de cesser ces excuses - tout ce qui compte pour lui c'est que son ami n'ait pas été blessé - l'acteur se sent si misérable.... Alors que Katô se préoccupe de sa personne plus que de sa propre vie, lui n'a cessé de renâcler sur des faits du passé...!! Mais tandis qu'Iwaki lève la tête vers le jeune homme tout en prononçant son nom, devinant ce qu'il a l'intention de faire, Katô lui pose doucement une main sur la bouche: bien qu'il soit content de son geste, s'il acceptait maintenant de se laisser cajôler par son ami qui pourtant était fâché contre lui, c'est comme s'il profitait de la situation; en outre, si tous deux s'embrassent, il craint de ne plus pouvoir ensuite se contrôler. Iwaki a beau assurer que peu importe désormais tout ce qu'il a pu dire auparavant, il est prêt à aller jusqu'au bout - insister qu'il le veut, maintenant ! - Katô refuse: comment pourrait-il aimer correctement son ami dans l'état où il se trouve ?

Cependant, l'étendant doucement sur le lit, l'acteur lui fait une bien surprenante réponse: "Tu n'auras pas à bouger.... C'est moi qui vais le faire...." Et sur ces mots, allongé sur Katô, Iwaki s'empare de ses lèvres. Il refuse de continuer à ne pas pouvoir dormir à cause du vacarme produit par les battements de son coeur; il désire s'élever au même niveau que Katô, que ses esprits l'abandonnent au point qu'il ne puisse plus rien entendre. Alors, se déshabillant et aidant son compagnon à en faire autant, Iwaki s'assoit lui-même à califourchon sur son corps. Malgré les paroles de Katô lui enjoignant de bouger plus violemment, l'acteur refuse: les secousses risqueraient de se répercuter sur l'épaule blessée du jeune homme. De plus, en cet instant, il désire tant savourer tranquillement son ami.... Les paroles d'Iwaki, son expression langoureuse, c'en est trop pour Katô. "Pardon.... J'ai déjà joui...." avoue-t-il, à bout de souffle, alors que leur étreinte vient à peine de commencer ! Mais posant la tête contre son épaule valide, Iwaki paraît satisfait et heureux. Si seulement il prend la peine de croire en Katô, tout apparaît si clair.... Peu importe ce que peuvent dire les gens qui les entourent, il n'a pas besoin de se préoccuper de tels commérages.... "Je suis vraiment aimé, moi !" prononce alors l'acteur en riant. "Qu'est-ce que tu racontes !? Bien sûr !!" répond Katô, rouge de confusion.

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Chapitre 5 Water Proof - Page 119

Depuis qu'il a vu Katô et Iwaki faire l'amour, rien ne va plus pour Keigo Miyasaka. Alors qu'il se trouve au lit avec sa petite amie, le voilà encore une fois assailli par le même fantasme: ce n'est pas la jeune femme qu'il voit, mais Kyôsuké Iwaki, et malgré les supplications de ce dernier, qui proteste que son corps n'appartient qu'à Katô, Miyasaka refuse de le lâcher tant il désire voir l'acteur se troubler dans ses bras. Qu'importe Katô ? Après tout, si ce dernier n'est au courant de rien, c'est comme s'ils n'avaient pas fauté ! Mais tandis qu'en prononçant ces mots, l'acteur débutant va pour "s'emparer" de sa victime, un cri de protestation des plus furieux le ramène brusquement à la réalité: sa petite amie n'est pas du tout d'accord pour subir ce qu'il s'apprète à lui faire ! Qu'est-ce qui arrive à Miyasaka ces derniers temps !? Il fait une fixation sur les jeux annals. S'il ressent tant d'intérêt pour ça, il n'a qu'à essayer sur lui-même ! Il n'y a aucune raison pour que ce genre d'étreinte soit agréable !

"Mais si.... Il avait l'air de trouver ça si bon...." marmonne Miyasaka, qui a décidément bien du mal à refaire surface. Mais il n'en suffisait pas davantage pour mettre sa petite amie hors d'elle. De qui l'acteur est-il en train de parler ?! Et s'imaginant que ce dernier l'a trompé, d'une bonne gifle bien appliquée, elle lui annonce leur rupture. Resté seul allongé sur le lit, fumant une cigarette, Miyasaka s'interroge d'un air las. Depuis le jour où il a assisté aux ébats d'Iwaki et Katô, peu importe la fille avec laquelle il sort, toutes ses conquêtes lui paraissent ennuyeuses et insignifiantes. Iwaki lui avait paru si désirable.... Il doit être vraiment bien pour que quelqu'un comme Katô se montre aussi passionné à son égard. Mais ce n'est sûrement pas le genre de personne à se livrer aux mains de n'importe qui, nul espoir de pouvoir se l'approprier.... Quel veinard, ce Katô....

Un peu plus tard, à Kyôto, Yôji Katô est justement au téléphone avec sa terrible directrice: alors que celle-ci lui avait promis qu'elle le laisserait se consacrer entièrement au tournage de "Fuyu no Sémi", et que le jeune homme vient juste de se blesser, voilà qu'elle veut le forcer à participer à un travail des plus rude ! Sans compter son emploi du temps qu'il faudra remanier.... Mais avec son autorité coutumière, la directrice rappelle à Katô qu'il n'est pas en mesure de discuter: n'est-ce pas lui-même qui a promis, pour se faire pardonner les ennuis qu'il a causé à sa boîte, de se plier à ses exigences ? L'équipe de réalisation de "Fuyu no Sémi" a déjà pris les dispositions nécessaires. Et annonçant sur un ton sans réplique qu'elle enverra son manager Kanéko le chercher la veille du jour prévu, la directrice coupe net la communication.

Alors que le jeune homme s'accroupit sur le sol, las et vaincu, gémissant que ceci va encore retarder le bon déroulement du tournage, Kyôsuké et Mme Shimizu font leur apparition. Ils reviennent de Tôkyô, où Iwaki doit se rendre régulièrement pour assumer ses autres contrats. Se relevant, Katô explique à son ami qui s'étonne de le voir ainsi affalé par terre que lui aussi bientôt va être contraint de faire la navette. L'émission télévisée à laquelle il doit participer appartient à une chaîne spécialisée dans le sport et consiste à faire s'affronter entre eux divers artistes de tous les milieux lors d'épreuves sportives. "Quelle pitié !..." se lamente Katô. Jeter ainsi des gens du spectacle dans un cadre réservé d'ordinaire aux athlètes !

Cependant Mme Shimizu n'est pas du tout de cet avis, au contraire: ces derniers temps, ce genre d'émission est devenu le meilleur endroit pour s'attirer les faveurs du public féminin, qui n'aime rien tant qu'admirer les beaux corps musclés des acteurs et autres artistes. Mais surtout, dans sa situation actuelle où il est difficile pour Katô de trouver du travail, selon la manager il est probable que la directrice du jeune homme l'a inscrit à ce programme télévisé afin de lui donner un petit coup de pouce: afin de préparer son retour en activité, on s'efforce de le montrer quelque peu à l'écran. En effet Katô n'y avait pas pensé, et nul doute que Mme Shimizu, qui appartient elle aussi au milieu du showbizz et en connaît bien les ficelles, a sûrement raison. Alors, Iwaki lui souhaitant bonne chance en lui promettant de venir le soutenir dès qu'il pourra quitter son travail, le jeune homme accepte finalement avec joie de participer à l'émission, bien décidé à faire de son mieux !

Le jour où a lieu le concours sportif, Katô se rend donc au studio - transformé en stade pour l'occasion - où aura lieu l'enregistrement en compagnie de Kanéko. Là, il se fait soudain aborder par Keigo Miyasaka, dont il avait pourtant fait semblant de ne pas remarquer la présence: le jeune homme ne veut plus que Miyasaka ni Onozuka tournent autour de lui, car ces derniers ne provoquent que des catastrophes, et il s'empresse de le répéter à son ancien ami. "C'est horrible.... profère Keigo en feignant de pleurer. Face à la personne aimée, l'amitié entre hommes est une chose si fragile...." - "La ferme ! réplique Katô irrité. Si tu veux de l'amitié, tu n'as qu'à cesser de jouer les briseurs de ménage !" A ce propos, parcourant la salle du regard, Miyasaka demande si "l'épouse" de Katô est venue pour le soutenir, et apprenant qu'Iwaki est censé rejoindre son compagnon sitôt qu'il aura fini son travail, le coeur de Miyasaka se met soudain à battre très fort tandis que le sang lui monte aux joues. Voilà une occasion en or de briller devant l'acteur, dont il ne parvient pas à ôter l'image de son esprit. Alors, tandis que Katô s'apprète à prendre part à son tour à la compétition, le jeune homme lui propose un bien étrange pari: pourquoi ne pas s'affronter dans un but personnel plutôt que pour amuser la galerie ? S'il gagne, Miyasaka aura le droit d'embrasser Iwaki, mais en revanche, s'il perd, il jure de ne plus s'approcher de l'acteur. A moins que Katô n'ait pas suffisamment confiance en lui pour se croire capable de protéger les lèvres de son bien-aimé ?

Piqué au vif, Katô sent une rage sourde l'assaillir, mais du moment que celà puisse lui permettre d'éloigner définitivement ce parasite de son ami, il est prêt à prendre le risque, et accepte finalement le pari. La première épreuve commence, consistant à réussir à sauter par-dessus un obstacle nommé la "boîte du dragon", et mû par une motivation nouvelle, Katô la réussi avec brio ! Puis les différentes épreuves s'enchaînent, de plus en plus ardues, jusqu'à ce qu'à la fin il ne reste plus que le jeune homme et Miyasaka en lice: les autres concurrents s'avèrent complètement dépassés, incapables de rivaliser avec les performances de ces derniers. D'après le commentateur, les deux jeunes gens semblent comme possédés tant leur regard reflète leur volonté de vaincre. L'assistance est médusée par la tournure qu'a pris la compétition, au départ censée n'être qu'une simple rencontre amicale.

Tandis que Kanéko observe le déroulement des épreuves, rongé par l'anxiété, Iwaki apparaît soudain à ses côtés. L'acteur arrive juste à temps pour assister à la toute dernière épreuve, explique le manager. Katô se trouve actuellement en deuxième position du classement général, mais comme seul un infime écart de points le sépare de Keigo Miyasaka qui occupe la première place, si le jeune homme remporte cette épreuve, c'est lui qui prendra cette fois la tête du classement et sera déclaré vainqueur. Le départ est donc donné, et Katô s'élance, sous les regards de son ami, de son manager et de son rival. Mais malgré toute sa détermination, il ne parvient pas à rattraper la balle qu'on lui lançait: à cause de sa main blessée, il n'a pas été en mesure de prendre suffisamment d'élan.

Un peu plus tard, alors que le jeune homme git lamentablement dans le couloir, assis devant la porte de la loge la tête enfouie dans ses bras, Iwaki rend visite à Miyasaka. L'acteur n'en croit pas ses oreilles lorsque ce dernier lui réclame un baiser, expliquant les termes du pari. "Le résultat est ce qu'il est, alors, à table !" lance Keigo ravi en prenant entre ses doigts le menton d'Iwaki. Fermant les yeux, ce dernier ne proteste pas, mais en son for intérieur, il est fou de rage ! Lui qui voulait s'efforcer à présent de ne croire que les paroles de Katô.... Pourquoi le jeune homme s'amuse-t-il à ses dépens lorsqu'il se trouve avec d'autres camarades ?! S'amuser à ses dépens....? Iwaki rouvre brusquement les yeux. Non.... Katô ne le traiterait jamais de cette façon. En dépit de son corps blessé, il avait réellement l'intention de gagner, cela se voyait parfaitement, et Kyôsuké n'a aucun mal à imaginer de quelle manière il s'est fait entraîné dans ce pari stupide. Alors, tandis que Miyasaka s'apprète à l'embrasser, l'acteur se recule soudain, prétendant qu'avant de lui offrir sa "récompense", il désirerait lui poser une question: Iwaki sait bien que dès qu'il s'agit de sa personne, Katô prend facilement la mouche. Pourquoi donc Miyasaka et Onozuka se préoccupent-ils autant de lui ? Est-ce pour taquiner Katô ?

Décontenancé, Miyasaka réplique que c'est peut-être le cas en ce qui concerne son ami, mais que pour lui, c'est différent: le jeune acteur a bien du mal à s'expliquer, mais ce qui est évident à ses yeux est qu'il ne parvient pas à oublier cette scène d'amour entre Iwaki et Katô, si torride et si voluptueuse. "Il s'agit juste d'une attirance physique ? Dans ce cas, allez voir ailleurs", répond froidement Kyôsuké. Mais Miyasaka insiste, assure que l'acteur se trompe: il ressent réellement de l'intérêt pour lui, au point que sitôt qu'il compare toutes les femmes qu'il fréquente à Iwaki, ces dernières lui apparaissent comme fades et inintéressantes. Cependant, là encore l'acteur avance une explication plausible: c'est sans doute parce que le lien unissant Miyasaka à ses partenaires n'était que superficiel. En fait, le jeune homme ne fait qu'envier Katô qui, lui, possède un être auquel déverser son amour au plus intime degré, celui de l'âme. Selon Iwaki, Miyasaka n'aurait probablement pas porté le même intérêt qu'aujourd'hui à l'homme qu'il était autrefois avant de fréquenter Katô. Le sentiment que Miyasaka dit éprouver a pour objet l'actuel Iwaki, que Katô a transfiguré grâce à son amour. "Si pour avoir remporté un simple pari, achève l'acteur gravement, vous pensez avoir le droit de faire de moi ce que bon vous semble, allez-y, embrassez-moi. J'étais jadis acteur de films X. Alors je ne me plaindrais pas pour un simple baiser sur les lèvres."

Le regard d'Iwaki est si aigu, si pénétrant lorsqu'il prononce ces paroles qu'impressionné, Miyasaka n'ose plus faire un geste. "Tant mieux, conclut Kyôsuké en se détournant. ça m'évitera de vous mépriser. Vous avez bien failli me faire rire en prétendant que vous étiez sérieux. Oublions mutuellement cette histoire comme une simple plaisanterie. Et souvenez-vous qu'il existe une grande différence de température entre nos visions des sentiments." Et sur ces paroles tranchantes, l'acteur s'apprète à quitter la loge. Il parvient cependant à peine à entrouvrir la porte en raison du lourd obstacle appuyé contre celle-ci: il s'agit bien sûr de Katô qui attend toujours affalé par terre, avec anxiété et des larmes pleins les yeux, que son compagnon daigne enfin sortir de chez son rival. "Et ce baiser !? Tu l'as fait !?" s'exclame le jeune homme d'une voix larmoyante en se redressant. Lui lançant un regard oblique, Iwaki d'abord ne dit mot, mais annonce finalement: "Ceci est ton châtiment pour avoir accepté ce pari stupide. Tourmente-toi pendant un moment." - "Eeh !? Tu l'as fait ? Tu ne l'as pas fait ? Dis-le moi !?"

Tandis que l'acteur s'éloigne de sa démarche tranquille suivi par Katô qui l'accable de questions sur un ton pressant, Miyasaka demeure seul dans sa loge, pantelant. Un amour qui ne soit pas superficiel au point de se laisser choir entre les mains de n'importe qui.... Rechercher un être humain susceptible de s'élever à un tel niveau de sentiment, le polir, l'aider à s'améliorer.... Rien que de songer à cette quête longue et difficile, Miyasaka se sent découragé.... "Je suis mal...." gémit-il en se couvrant le visage de ses mains. Et pourtant, après avoir pris conscience de l'existence d'un niveau si élevé de l'amour, comment pourrait-il continuer à vivre comme autrefois ?

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Chapitre 6 Arakajimé Ushinaubéki Sonzaï ("Ce dont il conviendrait de se départir en premier") - Page 145

Ce mini-chapitre était paru à l'origine dans le magazine Be Boy Gold d'avril 2003, qui contenait le calendrier avec pour thème les sous-vêtements (masculins, cela va sans dire !). Un soir, après une bonne douche, l'acteur Kyôsuké Iwaki s'apprète à passer ses vêtements de rechange dans la salle de bain. Mais voilà, chose étrange, il ne retrouve plus ceux-ci à l'endroit où il les avait posés ! Perplexe, Iwaki appelle Katô, mais ce dernier ne répond pas. Assis en tailleur dans le salon, bras croisés, le visage des plus grave, le jeune homme semble en pleine réflexion phylosophique, tandis que sur le sol devant lui sont étalés un slip et un pyjama. Passant une serviette autour de la taille, Kyôsuké se décide finalement à quitter la salle de bain pour partir à la recherche de ses vêtements curieusement volatilisés, mais à peine commence-t-il à demander à son ami si par hasard il ne saurait pas ce qu'ils sont devenus qu'il aperçoit l'objet de sa quête négligemment posé sur le parquet. "Encore !! rugit l'acteur. Quand donc vas-tu te décider à cesser ce genre de plaisanteries douteuses ?"

Mais alors qu'Iwaki s'apprète à récupérer ses fringues, Katô l'arrête d'un geste. "Un moment, Iwaki-san. Je suis en train de réfléchir sérieusement à une question qui me préoccupe." - "Ah !?" S'emparant du slip de son ami et l'élevant à hauteur de sa tête, Katô l'examine d'un regard pénétrant. Voici la question qui le tourmente: aussi sexy que soit un sous-vêtement, y a-t-il réellement de la valeur à mettre sur soi quelque chose qui de toute façon est destiné à être ôté ? Consterné, Kyôsuké semble sur le point de défaillir. "Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire absurde...." soupire-t-il, abattu. Mais Katô assure qu'il est très sérieux ! C'est justement parce qu'il est le mieux placé pour savoir que c'est en tenue d'Adam, sans aucun ornement, que son compagnon est le plus beau qu'il s'interroge sur l'utilité des vêtements.

A ces mots, poussant un soupir résigné, Iwaki se met à sourire. En guise d'exemple, pour tâcher de démontrer ce qu'il voudrait faire comprendre à Katô, l'acteur désigne la serviette qui lui entoure les hanches, dont il soulève légèrement un coin. Aussitôt, le jeune homme se penche brusquement pour mieux voir, mais avant qu'il ait pu distinguer quoi que ce soit, Iwaki rabat d'un coup le morceau de tissu. Alors, n'est-ce pas plus aguichant d'imaginer l'intimité dissimulée sous la serviette que si tout était déjà dévoilé ? Si l'on se promenait tout le temps à poil, il n'y aurait plus de mystère.... Mais allons plus loin: "Qu'est-ce qui est le mieux ? demande Iwaki à Katô, prenant un air lascif. Que ce qui se cache là-dessous se dresse dès le départ ou de le faire bander toi-même ?" - "Quelle question ! De le faire bander moi-même, pardi !!" répond le jeune homme catégoriquement. - "Bien entendu !"

L'acteur n'attendait que cette réponse pour récupérer ses vêtemants d'un geste impatienté. "Tu vois bien que cela a un sens de s'habiller ! Rends-moi mes fringues, imbécile !" Et sur ces mots Iwaki s'éloigne d'une démarche volontaire, plantant là son ami qui décidément, préfère quand l'acteur ne porte rien sur lui. Déjà chauffé, Katô aurait bien voulu continuer cette petite conversation en tenue d'Adam !

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© Youka Nitta / Biblos - "Être ou ne pas être à poil, telle est la question...."

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Chapitre 7 Eiswein - Page 153

Ce chapitre, inédit en revue commerciale, avait paru à l'origine dans un fanzine de Youka Nitta; on voit que l'histoire est plus ancienne que dans le reste du volume, car Katô a encore ses cheveux longs.

Pendant les quelques jours de congés qu'ils ont pu s'offrir, les deux acteurs se sont rendus à la montagne. Tandis que Katô pratique le snowboard, Iwaki préfère s'adonner au ski, sport pour lequel il se révèle terriblement doué. Normal, explique-t-il à son ami qui le complimente, il a grandi dans une région fréquemment enneigée. Katô lui aussi est plutôt habile, car avant d'entrer dans le monde du spectacle, il se rendait au sport d'hiver tous les ans; mais jamais il n'aurait imaginé qu'il pourrait y venir un jour avec Iwaki. Les deux amants doivent ces moments de détente au frère de l'acteur, qui s'est même arrangé pour leur louer une chambre dans un hôtel-chalet. S'ils avaient refusé, nul doute que ce "soupe au lait" de Masahiko aurait encore fait la gueule. Tandis qu'ils devisent ainsi, Katô est soudain pris d'éternuements. Craignant que le jeune homme n'ait pris froid, Iwaki lui propose de rentrer, mais ce dernier refuse, protestant qu'il a encore envie de skier. Cependant Katô finit par se rendre aux sages avis de son compagnon, qui lui assure qu'ils auront tout le temps de revenir glisser ce soir ou le lendemain. Et puis, Katô n'avait-il pas dit à Iwaki qu'il désirait lui montrer quelque chose ?

Les deux acteurs retournent donc en skiant jusqu'à l'hôtel-chalet. Il était temps. Peu après, le vent se met à souffler en violentes rafales chargées de neige. Tandis qu'il se trouve attablé dans le restaurant de l'auberge avec son ami, Katô ne cesse d'éternuer, au point qu'Iwaki commence à s'en inquiéter. Néanmoins le jeune homme assure que tout va bien, et s'empresse de demander au serveur de lui apporter l'objet mystérieux qu'il avait commandé. Il s'agit d'une bouteille de vin, ce qui ne manque pas d'étonner son compagnon, vu que Katô n'en boit pratiquement jamais. Se levant pour servir Iwaki, le jeune homme acquiesce, mais enjoint cependant l'acteur de goûter ce vin-là. "Il est plutôt sucré...." prononce Iwaki dès la première gorgée en fronçant les sourcils. Mais Katô, le visage rêveur, ne fait pas attention à ce commentaire, et commence à expliquer qu'il s'agit d'un vin allemand nommé Eiswein. Il en a goûté l'autre jour pour les besoins d'une prise de vue, et le breuvage lui a aussitôt plu, lui qui pourtant n'aime pas beaucoup le vin. Celui-ci est fabriqué à partir de raisin qui a gelé pendant l'hiver. Mais si au départ l'Eiswein se révèle un vin glacial, avec le temps, il devient de plus en plus doux et sucré. "Tout à fait comme nous...." achève Katô.

Iwaki l'écoute en silence, ébahi. Mais gêné, l'acteur ne tarde pas à détourner la tête en rougissant. "Pourquoi dis-tu des trucs aussi bêtes...! Est-ce que tu ne serais pas un peu bizarre !?" clame-t-il pour dissimuler son trouble. - "C'est horrible ! Moi qui étais si ému !" proteste aussitôt Katô. Mais observant mieux le jeune homme, Iwaki intrigué insiste: son ami a réellement l'air bizarre, son visage est si rouge.... Demandant à Katô de se pencher, afin d'en avoir le coeur net Iwaki lui pose une main sur le front, avant de s'exclamer, stupéfait: "Katô ! Mais tu es brûlant de fièvre ?!"

Bon gré mal gré, sans écouter ses protestations, l'acteur oblige donc le jeune homme à se mettre au lit. Quel ennui ! Tomber malade juste quand ils pouvaient profiter de quelques jours de vacances ! bougonne Katô, peu disposé à rester couché. "La ferme ! Tais-toi et dors !" ordonne Kyôsuké d'un ton sans réplique. Il n'en revient pas que son ami n'ait même pas remarqué qu'il était malade jusqu'à se retrouver dans un état pareil ! Mais bientôt, un autre sujet d'inquiétude vient contrarier l'acteur: au-dehors, la neige tombe de plus en plus épaisse; le lendemain pourront-ils rentrer vraiment au studio comme ils l'avaient prévu ? Pour parer à toute éventualité, Iwaki décide de prévenir à l'avance leurs maisons de production à Katô et à lui qu'ils risquent d'avoir du retard, mais tandis qu'il descend au rez-de-chaussée de l'auberge pour aller téléphoner, la lumière s'éteint subitement. C'est une panne d'électricité, sans doute provoquée par la chute d'un arbre arraché par la tempête de neige, et comble de malchance, l'auberge ne dispose pas de dispositif électrique de secours. Voilà l'établissement plongé dans un noir total, le chauffage s'est arrêté, ainsi les employés conseillent aux clients de venir se réchauffer auprès du feu allumé dans la grande cheminée du vaste hall en attendant que le courant soit rétabli, probablement pas avant le lendemain matin.

Une nuit entière sans chauffage avec un froid pareil !? Quel manque de responsabilité ! s'apprète à protester l'acteur. Mais tout à coup, il lui semble entendre une voix résonner dans sa tête: "Une panne d'électricité...!? Yeah ! Quelle chance ! Comme si nous étions dans un film-catastrophe ! Je veux me réchauffer tout contre toi, nus dans les bras l'un de l'autre...." Oui, c'est sans doute ce que dirait joyeusement Katô s'il se trouvait là en cet instant. Dérouté mais radouci, Iwaki renonce alors à se mettre en colère et se contente de demander à l'employé de l'auberge de la lumière ainsi que des couvertures supplémentaires pour son compagnon malade.

Un peu plus tard, de retour dans la chambre, Iwaki contemple à travers les carreaux l'épais rideaux de neige, si drue qu'elle semble sur le point d'engloutir le monde extérieur. La tempête ne semble pas prête de se calmer, tandis que le froid se fait de plus en plus mordant. Recroquevillé dans son lit, malgré les épaisses couvertures de fourrure qui le recouvrent, Katô grelotte et claque des dents. Déjà malade, le jeune homme souffre plus que quiconque de cette situation difficile. Iwaki le contemple, le visage douloureux; ça lui fend le coeur de voir son ami souffrir ainsi sans pouvoir rien faire pour l'aider. Mais soudain, il lui vient une idée: buvant quelques gorgées de ce vin allemand aux propriétés doucement ravigorantes commandé par Katô et dont la bouteille a été apportée dans leur chambre, l'acteur ôte un à un tous ses vêtements. Puis, entièrement nu, il se glisse dans le lit aux côtés de Katô, serrant étroitement le jeune homme dans ses bras afin de lui offrir la chaleur de son propre corps. "Du moment que je suis avec toi, ça ne me dérange pas de périr ici gelé...." prononce Iwaki en esprit, contemplant le visage endormi de son compagnon, qui paraît déjà un peu moins tendu....

Le lendemain matin, le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque Katô ouvre enfin les yeux, réveillé par la chute d'une motte de neige qui s'est détachée du toit. Son regard se pose aussitôt sur Iwaki, toujours endormi en l'enlaçant. Un peu égaré, le jeune homme prononce doucement le nom de son ami, mais l'instant suivant, remarquant la nudité de ce dernier et retrouvant d'un coup ses esprits, Katô est tellement saisi de stupeur qu'il manque tomber à bas du lit, entraînant dans son mouvement draps et couvertures ! N'étant plus recouvert, Iwaki frissonne dans son sommeil, et finit par ouvrir les yeux à son tour. Voyant son compagnon éveillé, son premier soin est de demander à celui-ci comment il va: apparemment la fièvre de Katô est tombée - ou du moins elle s'est déplacée vers un autre endroit !

Un instant plus tard, nonchalamment étendu sur le lit, Iwaki se met en devoir d'expliquer à son ami ce qui s'est passé la veille au soir - la tempête de neige, la coupure de courant due à la rupture d'un fil électrique... - mais visiblement, le chauffage est revenu dans la matinée. "Dans la matinée.... répète Katô en rougissant. Alors, ça veut dire que tu es resté éveillé toute la nuit en me réchauffant ?" - "Tu crois que j'avais le choix ? réplique l'acteur. Dans ma tête, je ne cessais de t'entendre me supplier de te réchauffer. Si maintenant je me mets à entendre des voix, que va-t-il advenir de moi...." Iwaki a beau avoir prononcé ces mots d'un ton détaché, Katô, lui, arbore un visage de plus en plus radieux. "C'est l'amour !" conclue-t-il, un grand sourire aux lèvres. - "L'amour...? C'est possible.... Il est vrai que ces derniers temps, j'entends souvent ta voix...." Le jeune homme avait bien raison en comparant leur liaison à ce vin Eiswein: seul Katô est en mesure de transformer Iwaki, si froid humainement parlant, en bien ou en mal; et à présent, comme si on lui avait ôté un venin des veines, l'acteur est capable de se montrer si tendre....

Mais tandis que Iwaki fait ces réflexions à voix haute, Katô l'interrompt brusquement: ce n'est pas le moment de prononcer de telles paroles dans une tenue si provocante ! Les mains tremblantes, le jeune homme a déjà le bout des doigts qui le démangent, et bientôt, lui criant qu'il l'aime, il se précipite sur Iwaki ! Surpris par cette brusque détente, les protestations de l'acteur résonnent dans tout le chalet recouvert de neige. Gare à l'avalanche !

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© Youka Nitta / Biblos

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(Non commandable à la VPC)

Le CD ROM : Youka Nitta Multimedia Box

Gigolo

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Alors que jusqu'à présent Youka Nitta n'a publié qu'un seul artbook, Karisma , reprenant les illustrations couleur de ses oeuvres publiées chez Hanaoto, chez l'éditeur de CD Dramas et CD ROM Cue Egg Label est sorti au mois d'août 2001 Gigolo , sorte de artbook digital comprenant cette fois pour la majeure partie les illustrations des titres parus chez Biblos, notamment de la populaire série Haru o Daiteita . Plus de 70 dessins sont ainsi présentés, depuis les débuts de Youka Nitta jusqu'à une période récente, tous accompagnés d'un commentaire de l'auteur. (Au fait, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, "Gigolo" est la marque d'un parfum pour hommes dont Katô est le mannequin vedette.)

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© Youka Nitta / Biblos - Les illustrations sont souvent des en-têtes de chapitres parus en couleur lors des pré-publications en Zips ou en Gold , mais qui ce sont retrouvés - en raison des coûts élevés - imprimés seulement en noir et blanc dans la version reliée du manga.

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Le CD ROM propose également une adaptation en jeu de l'oeuvre la plus célèbre de Youka Nitta Haru o Daiteita , doté d'un scénario totalement inédit. Ce dernier s'intitule Haru o Daiteita Bangaïhen Adventure Game : Primary Call . Il s'agit donc d'une histoire qui ne figure pas dans les mangas, accompagnée d'illustrations réalisées spécialement pour le jeu et peintes par ordinateur, qui sont il faut le dire du plus bel effet, Youka Nitta possédant un style qui s'adapte parfaitement à ce genre de technique. Contrairement à d'autres auteurs de Shôjô mangas, ses oeuvres pourraient être facilement adaptées en dessin animé.

Evidemment, il s'agit d'un scénario de Boys Love : le jeu comprend donc des scènes très chaudes entre Katô et Iwaki, à la différence que contrairement au manga, vous avez ici de vraies voix, murmures et gémissements brûlants en prime ! On peut même entendre les deux acteurs interpréter en duo le thème principal du jeu, la chanson "Dialogue".

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© Youka Nitta / Biblos - Katô: "La réalisation du CD single de "Dialogue" est déjà terminée !! Eh ? N'est-ce pas aujourd'hui le jour de sa sortie !?"

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Comme la plupart des jeux vidéo yaoï, il s'agit d'un Adventure Game , c'est-à-dire d'un jeu "par écrans" (comme Suikogaïden pour ceux qui connaissent): l'image est fixe (il s'agit d'un artwork et non d'un petit bonhomme en sprite que vous pouvez promener dans un environnement 2D ou 3D); bien que les personnages soient doublés par de vrais acteurs, les dialogues s'affichent également à l'écran et c'est à vous de choisir entre les différentes réponses ou options possibles afin de faire avancer le scénario. Selon vos choix, l'histoire peut donc évoluer de façon différente. Voici la trame de départ dans ses grandes lignes: surmenés par un emploi du temps ultra-chargé, Iwaki et Katô réussissent enfin à prendre un jour de repos en même temps. Mais que faire pour passer ensemble cette rare et précieuse journée de la manière la plus agréable possible ? Au joueur d'en décider !

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© Youka Nitta / Biblos - Katô affiche un visage bien inquiet... Que s'est-il encore passé entre lui et son compagnon !?

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© Youka Nitta / Biblos - Une image rare, l'un des croquis réalisés pour la conception du jeu.

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Le troisième chapitre du CD Rom est quant à lui consacré à l'interview des deux acteurs. Iwaki et Katô, qui peuvent s'enorgueillir d'une popularité croissante depuis leurs débuts, sont invités à une émission consacrée à la musique et répondent aux questions du présentateur, au sujet bien sûr de la chanson qu'ils interprètent en duo.

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© Youka Nitta / Biblos - Les deux acteurs pendant leur interview.

© Youka Nitta / Biblos - Katô: "En ce qui me concerne, si l'occasion se présente, je voudrais faire un autre disque. Un recueil de chansons d'amour pour Iwaki !"

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Enfin, la rubrique Autre Contenu propose un tas de bonus intéressants, comme le profil des différents personnages créés par Youka Nitta apparaissant dans ses oeuvres sorties chez Biblos. Ces dossiers dévoilent les secrets de leur conception, pour finir par les goûts et passe-temps souvent inattendus de chacun de ces héros !

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© Youka Nitta / Biblos - Un exemple de ces Characters Profile . En plus de l'incontournable Haru o Daiteita , on en trouve sur les autres séries de l'auteur, comme Umaïmon Kuwaséro ! et Casino Lily .

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Quant à la rubrique Accessoires , vous y découvrirez de quoi customiser votre ordinateur à la mode "Gigolo": Iwaki et Katô vous donnent l'heure, se mettent à parler en remplaçant les bruitages fonctionnels de votre ordinateur, vous indiquent si vous avez des messages dans votre boîte e-mail.... En outre, vous pourrez mettre en place deux Special Screen Saver réalisés par Youka Nitta, sur lesquels vient s'égrèner la chanson principale de "Gigolo".

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© Youka Nitta / Biblos - A gauche, l'horloge à l'effigie de Iwaki et Katô qui une fois installée vous donne la date et l'heure en haut de votre écran. A droite, les fonds d'écran. Bien sûr, les instructions expliquant comment installer tous ces bonus sur votre ordi sont en japonais !

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------------ Cast : Les Doubleurs

Yôji Katô : Shinichiro Miki

Kyôsuké Iwaki : Toshiyuki Morikawa

Il s'agit des mêmes comédiens qui ont déjà doublé Iwaki et Katô dans les différents CD Dramas.

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Caractéristiques

Hybrid CD-Rom pour Macintosh et Windows

Textes et voix en japonais

Date de sortie : 9 août 2001

Editeur : Cue Egg Label

Prix : 6090 Yens

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Vous l'aurez compris, si vous êtes fan de Youka Nitta, de part son contenu varié et intéressant ce coffret multimedia est THE BOX à ne pas manquer ! Il vous faudra cependant mettre un prix élevé pour l'obtenir: si au Japon il se vend à un prix raisonnable équivalent environ à 52 Euros, en France en le commandant dans une boutique d'import, vous risquez fort de le payer au minimum 105 Euros ! Si bien sûr vous trouvez un magasin qui veuille bien vous le commander, car si les boutiques spécialisées dans l'import proposent allégrement un tas de jeux et CD-Rom Hentaï , il n'en est pas de même pour les jeux vidéo yaoï !

Attention également aux problèmes de compatibilité: le texte s'affichant à l'écran est en japonais, et si vous ne disposez pas dans votre ordinateur de la police de caractères appropriée, vous avez toutes les chances de voir des points d'interrogation apparaître à la place du texte. Si vous ne savez pas le japonais, ce n'est néanmoins pas trop gênant, vu que les boutons permettant de naviguer entre les différentes fenêtres sont en anglais: vous pourrez donc profiter sans problème du artbook digital. Evidemment, pour le jeu vidéo, c'est une autre affaire ! En choisissant au hasard les différentes réponses possibles, vous pourrez tout de même, à défaut de comprendre l'intrigue et les dialogues, admirer les superbes artworks de Youka Nitta.

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© Youka Nitta / Biblos - Iwaki et Katô interprètent la chanson "Dialogue".

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Avertissement : Ce CD-Rom n'est absolument pas commandable à notre service VPC. Pour l'instant, nous ne faisons que les livres - artbooks, romans et mangas. Pour vous le procurer, adressez-vous à un magasin spécialisé, par exemple de jeux vidéo d'import. Nous ne communiquons pas d'adresses de boutiques, vous en trouverez facilement en cherchant sur le Net ou dans les revues en kiosque.

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