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Haru o Daïteïta

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La Page des Fans - 3

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© Youka Nitta / Biblos

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Le Manga (suite)

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Volume 5

Chapitre 1 Silent Killer - Page 3

De bonne heure le matin, après une nuit blanche passée au studio à travailler, Nobuyuki Asano ramène à sa maison l'acteur Kyôsuké Iwaki. Alors que tous deux discutent, le jeune manager remarque soudain une voiture de sport garée dans la rue, dont l'occupant tient un appareil photo - sans doute le paparazzi qu'il avait auparavant contacté en secret. Le plan machiavélique conçu par Asano afin de lancer sa carrière est désormais prêt à fonctionner. Cependant l'acteur ne tarde pas à aviser à son tour la présence de ce véhicule, qui stationne souvent dans les parages. Appartient-il à l'un de ses voisins ? Pourtant les habitants du quartier savent bien qu'à cet endroit le stationnement est interdit. Afin de détourner l'attention d'Iwaki de l'automobile suspecte, le manager lui demande l'air de rien si Katô est rentré chez eux ces derniers temps, car il a entendu dire que le tournage du feuilleton Her Best était très serré. Surpris et rougissant, Kyôsuké répond que puisque quand lui-même revient à la maison la plupart du temps Katô ne s'y trouve pas, il est fort possible en effet que le jeune homme ne soit pas rentré depuis un bon moment. Le planning actuel des prises de vue de Her Best permet tout juste à la maison de production de terminer un épisode avant sa diffusion. Tandis qu'Iwaki demande à Asano la raison pour laquelle il lui pose cette question, ce dernier répond hypocritement que Katô étant lui aussi l'un des acteurs qu'il admire, il ne veut pas manquer une occasion d'entendre parler de lui, surtout que cette chance ne lui est accordée que pour une courte période, jusqu'au retour de Mme Shimizu. Entendant ces paroles, Iwaki se dit que le manager est vraiment un jeune homme droit et sérieux, ainsi il lui propose sans la moindre méfiance de lui donner des conseils pour sa carrière dès qu'ils auront un peu de temps libre. Bien sûr, le manager s'empresse d'accepter en gratifiant l'acteur d'un lumineux sourire, qui se change sitôt Kyôsuké parti en un rictus rusé et malveillant: l'acteur trop bon et trop confiant est en train de foncer tête baissée dans son piège !

Au même moment, ne se doutant de rien, Iwaki entre dans sa maison en songeant sombrement que ces derniers temps il n'est pas tout à fait dans son état normal, perturbé par le fait de ne plus rencontrer son compagnon. Mais à peine s'est-il fait cette réflexion qu'une voix familière et pleine d'entrain lui souhaite tout à coup la bienvenue. Fou de joie, l'acteur se précipite dans la cuisine et découvre Katô occupé à préparer le déjeuner. Lui aussi ravi, le jeune homme se tourne vers son bien-aimé en lui avouant qu'il a le sentiment de ne pas avoir contemplé son visage depuis une éternité. Iwaki éprouve la même chose et acquiesce, la mine à nouveau chargée de tristesse: d'après la tenue que porte Katô même pour faire la cuisine, il comprend que son ami va déjà repartir. Puis, sur la table du salon, il avise soudain le sac de voyage. Katô va-t-il devoir s'absenter sur une longue distance pour les besoins du tournage ? Le jeune homme répond aussitôt négativement: il emporte simplement des vêtements de rechange car il pense ne pas pouvoir rentrer à la maison durant plusieurs jours. Tandis qu'Iwaki en est à ses dernières journées de tournage, lui recherche désespérément un peu de temps libre pour pouvoir rentrer chez eux ou simplement prendre un peu de repos. En tant qu'acteur s'il a la possibilité de dormir pendant les trajets le menant d'un lieu de travail à un autre, les membres du staff quant à eux ont tout juste le temps de somnoler quelques instants sur le plancher des différents plateaux. C'est un véritable enfer, ajoute le jeune homme en s'asseyant à table devant le plat qu'il a lui-même confectionné, et dès que lui et son compagnon auront achevé chacun leur tournage respectif, Katô souhaite plus que tout que tous deux puissent enfin passer tranquillement du temps ensemble.

Le jeune homme s'apprète à entâmer sa première bouchée, mais Iwaki ne lui en laisse pas le temps: prenant son menton entre ses doigts, il l'oblige à tourner la tête vers lui et plonge son regard dans le sien. "Celà fait tant de jours que nous ne nous sommes pas vus !! Tu pourrais au moins me dire que tu t'es senti seul sans moi !..." Et sur ces mots, Kyôsuké s'empare des lèvres de Katô en un long et profond baiser. Tandis qu'à la télévision un journaliste évoque encore la guerre des taux d'écoute qui se livre en ce moment entre les feuilletons télé depuis l'affaire de Her Best et Inside Report , la brûlante embrassade des deux amants indifférents à toutes ces considérations commerciales se poursuit, au point que Katô a l'impression qu'il va étouffer. A peine libère-t-il son compagnon un instant pour le laisser reprendre son souffle que Iwaki repart à l'assaut, bien décidé à aller au-delà du baiser. Mais à ce moment, retentit la sonnette de la porte d'entrée. C'est le manager Kanéko, venu chercher le jeune acteur pour le ramener au studio. Katô n'a même pas eu le temps de manger qu'il doit déjà repartir ! Avant de s'en aller, il lance joyeusement à Iwaki qu'en guise d'au-revoir, son baiser est un peu trop passionné, il va s'en souvenir tout au long de son travail ! Et sur ce, le jeune homme disparaît, sous le regard éploré de son ami.

Un peu plus tard, au studio Arisugawa, Iwaki enregistre un doublage pour le feuilleton Inside Report . Le texte qu'il lit à voix haute évoque une maladie de genre cardiaque surnommée Silent Killer, qui, comme son nom l'indique, pousse lentement celui qui en est atteint vers la mort sans même que ce dernier s'en aperçoive, tel un assassin agissant calmement dans l'ombre. Tandis que l'acteur prononce ces mots, il ne remarque pas le regard glauque de Asano qui le dévisage à travers la vitre du studio insonorisé: ce "Silent Killer", c'est ce jeune manager ambitieux et prêt à tout pour réussir. Mais Kyôsuké n'en a bien sûr aucune idée, et son enregistrement achevé, lorsqu'il quitte le studio avec le jeune homme qui lui indique son emploi du temps de la journée, il ne manque pas de louer Asano pour l'efficacité de son travail. Le métier de manager est vraiment très dur: s'occuper d'une personne du matin au soir, en ne cessant d'incliner la tête en présentant des requêtes à tous les responsables, réalisateurs et attachés de production, afin de ménager à l'acteur qu'il sert l'emploi du temps le plus confortable possible. Surtout que normalement Asano n'avait pas besoin de s'embarrasser de tout celà, il aurait pu entâmer directement une carrière d'acteur; même pour étudier ce dur métier, Iwaki quant à lui ne se sent pas capable de se faire manager!

Tandis que Kyôsuké s'éloigne, dans son dos Asano le toise encore une fois de cette expression rusée qu'il prend sitôt que personne ne peut le voir. Lentement, en retenant son souffle, il s'est peu à peu emparé de la confiance de l'acteur. Et à présent que cette confiance est déjà parvenue jusqu'à son coeur, quoi qu'il advienne, sa victime n'éprouvera même pas un doute à son égard. Les préparatifs sont achevés. Plus qu'une dernière chose à mettre en place. Ainsi, lorsque dans la soirée Asano ramène Iwaki chez lui, réveillant l'acteur qui s'était endormi pendant le trajet, il lui demande l'air de rien si ce soir encore Katô ne rentrera pas à la maison. Kyôsuké, triste de se retrouver à nouveau seul, répond qu'en effet, le jeune homme l'a prévenu ce matin qu'il ne reviendrait pas d'ici quelques jours. Intérieurement satisfait, Asano lance alors avec un regret feint que la promesse qu'Iwaki lui a faite de le laisser parler avec Katô ne pourra se réaliser. Il avoue ensuite à l'acteur étonné que ce jour, le directeur de la maison de production lui a fait une proposition intéressante concernant ses débuts, et songeant qu'il s'agit là d'une grande chance, le manager pense accepter le rôle, bien qu'il ait préféré continuer de s'occuper d'Iwaki jusqu'au retour de Mme Shimizu. Mais l'acteur est ravi, bien qu'il trouve dommage que Asano le quitte juste au moment où il s'était habitué à son travail.

Ainsi, pour fêter l'obtention de son premier rôle, Kyôsuké invite son manager chez lui: ils pourront célébrer ensemble l'événement et discuter tranquillement jusqu'à ce que le sommeil les prenne. Asano n'aura qu'à dormir dans la chambre d'ami, puisque de toute façon le lendemain ils doivent se rendre ensemble sur le même lieu de travail. Le manager ne manque pas de montrer ouvertement son enthousiasme, s'étonnant en son for intérieur que Iwaki agisse ainsi exactement comme il le pensait. Peu importe si les faits qu'il a mis en scène ne sont pas la réalité , car une fois la graine semée, ce sont les médias qui se chargent de fabriquer la vérité . Alors que les deux jeunes gens s'avancent vers l'habitation, l'automobile suspecte qu'Iwaki avait remarqué le matin est encore garée le long du mur d'en face. De son objectif, le paparazzi ne manque pas le sourire radieux qu'échangent Kyôsuké et Asano tandis que l'acteur invite son manager à entrer chez lui. Et dès le lendemain, le résultat ne se fait pas attendre. A la première page d'un journal à scandales figure en gros titres le scoop suivant, avec photos à l'appui: pendant que Yôji Katô est absent, l'acteur Kyôsuké Iwaki rencontre secrètement au milieu de la nuit son jeune et beau manager !

Contemplant la rue bondée de journalistes dissimulé derrière les rideaux de sa fenêtre, Kyôsuké, rageur, se demande comment une telle chose a pu arriver. Récupérant le portable négligemment posé sur son lit, il se rappelle la conversation qu'il vient d'avoir avec Mme Shimizu. Cette dernière, sur le point d'accoucher, est désolée de ne pas avoir été en mesure de protéger l'acteur et se reproche le fait que le jeune remplaçant qu'elle a placé auprès de lui soit la cause de ses problèmes. Elle sait que la production a proposé d'organiser une conférence de presse et de préparer pour l'acteur une chambre d'hôtel afin qu'il puisse avoir la paix, mais la manager a appris également que Kyôsuké avait refusé. Ce dernier ne voit en effet pas la nécessité de participer à une conférence pour démentir un article aussi absurde, et se cacher dans un hôtel équivaudrait à admettre les faits. Fort heureusement, le tournage d'Inside Report vient de s'achever, Iwaki a ainsi obtenu plusieurs jours de repos. Lorsque Katô aura lui aussi terminé son propre tournage, il rentrera à la maison, tout redeviendra comme avant, et en voyant que rien n'a changé entre eux, le public et les médias ne tarderont pas à oublier cet article diffamatoire et calomnieux. Cependant lorsque Mme Shimizu demande ce que pense Katô de toute cette affaire, l'acteur ne peut qu'avouer péniblement que le jeune homme n'a toujours pas pris contact avec lui. Sans doute est-il très occupé à cause de son travail ?....

Allongé tristement sur son lit, Iwaki fixe inlassablement l'écran digital de son portable. Et soudain, l'appareil lui signale enfin un appel de Katô. A peine le prend-il que furieux, ce dernier lui demande pourquoi il a fait rentrer cet Asano dans leur maison. Kyôsuké tente de lui expliquer que le manager, qui va commencer ses débuts en tant qu'acteur, désirait simplement recevoir des conseils, il ne s'est évidemment rien passé entre eux, mais Katô ne veut rien entendre. Le problème n'est pas là. Le jeune homme avait pourtant prévenu son ami de se méfier d'Asano, et il en veut à présent à Iwaki d'avoir fait entrer si insouciemment ce fauteur de troubles dans cette maison, leur maison à tous deux ! A ces mots, Kyôsuké réalise douloureusement qu'il a eu tort, et s'excuse auprès de Katô de son manque d'égard envers lui. Cependant, il enjoint son compagnon de ne pas dire du mal du manager, car ce dernier n'est pas responsable. Ces paroles ne font bien sûr que redoubler la fureur de Katô. Après tout ce qui s'est passé, Iwaki cherche encore à protéger Asano ? Et probablement sans même tenter d'imaginer un seul instant dans quel état d'esprit lui, son propre compagnon, se trouve contraint de travailler depuis ces quelques jours ! D'ici que la lumière soit faite sur toute cette affaire, Katô ne veut plus le voir, et sur ces mots, il coupe brusquement la communication.

Pétrifié d'horreur et d'incrédulité, le regard fixé sur le vide, Iwaki laisse tomber à terre le portable qu'il tenait à la main. C'est un véritable cauchemard qu'il est en train de vivre. Et tandis que lui parvient de la rue la rumeur sourde causée par l'attroupement des journalistes et les propos mécontents des voisins, le jeune homme en larmes sent soudain une violente douleur lui déchirer le ventre. Vaincu par le stress et la tension de ces derniers jours, le voilà pris d'une crise d'étouffement. Dans sa tête, résonnent cruellement les paroles de Katô, "Je ne veux plus te voir !" Alors, s'obligeant à récupérer un semblant de calme, Iwaki ramasse le portable et compose le numéro de sa société de production: finalement, il accepte de donner une conférence de presse; ainsi, il souhaiterait que le directeur se charge de faire partir les journalistes qui encerclent en ce moment son logis.

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Le jour de la conférence de presse arrive enfin. Etrangement, Katô donne lui aussi une interview exactement à la même heure, bien qu'en un lieu différent. Les deux immeubles sont extrêmement proches, ainsi les présentateurs relatant l'événement retransmis à la télé se demandent pourquoi les deux amants n'ont pas organisé ensemble et au même endroit cette rencontre avec les journalistes. Serait-ce la proclamation implicite d'une rupture ? Quoi qu'il en soit, les deux immenses salles où doivent s'expliquer les acteurs sont absolument bondées de reporters, photographes et caméramans, car le public attend avec intérêt ce que Iwaki et Katô, qui ont gardé le silence depuis le scandale, ont à dire.

Dans une chambre de l'hôtel, Kyôsuké attend préoccupé le moment de paraître devant les journalistes. Sitôt qu'il a annoncé aux médias qu'il allait donner une conférence de presse, Katô s'est empressé de faire la même chose. Son ami est-il si en colère contre lui ? Néanmoins, l'acteur est bien décidé à parler en public; ainsi lorsque le moment est venu, c'est sans hésitation bien qu'avec un visage fermé qu'il s'avance dans la salle surchargée, où il se retrouve sur-le-champ assailli par la lumière des flash. Bien sûr, la première question posée est celle à laquelle il s'attendait le plus: l'acteur ne peut nier qu'il a fait entrer chez lui son manager en l'absence de Katô; est-ce juste de penser qu'il s'agit là d'une infidélité ? Iwaki répond que ce jour-là, c'est pour une affaire concernant le travail qu'il a invité son manager à la maison. De plus, Sagano n'est pas une femme; pourquoi faire autant de grabuge ? A ces mots, le reporter ne peut réprimer un sourire ironique: comment l'acteur peut-il penser que l'on gobera une telle excuse, alors qu'il vit déjà avec un homme ? Et n'est-ce pas parce que Katô lui aussi a des soupçons envers son compagnon qu'il ne rentre plus à la maison ? Il paraît que depuis le scoop, il n'est pas revenu une seule fois ! A ces propos, Kyôsuké comprend douloureusement combien le monde n'est fait que d'idées préconçues. Il aura beau clamer que sa relation avec Katô est particulière et exceptionnelle, pour les autres gens il n'est qu'un gay, un acteur qui aime les hommes. Est-ce que son ami pense la même chose de lui, et c'est pour celà qu'il refuse de le voir ?

De son côté, Katô se voit lui aussi accablé d'insinuations déplaisantes. Après la publication du scoop, le jeune homme n'est pas une seule fois rentré à la maison; c'est bien sûr parce qu'il ressent de la colère d'avoir été trompé ? Katô répond qu'il éprouve certes de la colère envers Iwaki, mais seulement à l'égard de son imprudence: même s'il s'agit de son manager, surveillé sans cesse par les paparazzis l'acteur n'aurait pas du inviter une personne à rentrer chez eux au milieu de la nuit. En ce qui le concerne, il ne fait aucun doute que Iwaki ne l'a jamais trompé, et s'ils ont séparément organisé leur conférence de presse ce jour-là, c'est parce que bien que vivant ensemble, ils sont tous deux des acteurs avec chacun sa propre individualité, voilà pourquoi ils pensaient devoir répondre chacun à leur façon. A ces mots, le journaliste répond ironiquement que le jeune homme semble vouer une profonde confiance à son ami; puis, enchaîne avec la même question que l'autre reporter à quelques centaines de mètres de là vient de poser à Iwaki: Katô ne pense tout de même pas que les doutes concernant cette affaire vont être levés en raison du seul fait que le manager soit un homme ? Chacun de leur côté, les deux amants répondent d'une seule voix:

Katô: "Je comprends le sens de ce que vous êtes en train d'insinuer. Mais en ce qui me concerne, ce n'est absolument pas une raison d'avoir des soupçons envers Iwaki."

Iwaki: "Je reconnais ma responsabilité d'avoir provoqué une situation prêtant à malentendu. Celà peut paraître ironique, mais dans notre cas, que la personne soit un homme ou une femme, ce genre de soupçons peuvent indiféremment survenir. Cependant pour moi, Katô est un être dépassant le cadre de la distinction sexuelle, et il est l'unique exception. Ma relation avec Katô n'est pas de celles qui peuvent être détruites par un article aussi absurde et stupide...."

Katô: "Iwaki et moi représentons réciproquement un être spécial l'un pour l'autre. Pour reprendre ces paroles employées par tout le monde, il est impossible qu'Iwaki me trompe ...."

Et exactement au même instant, les deux acteurs achèvent chacun leur tirade par ces mots: "Je le crois fermement."

Puis, sur ce, les amants quittent chacun leur salle de conférence de presse, sous les protestations des journalistes hurlant que les acteurs sont loin d'avoir répondu à toutes leurs questions. Mais bientôt, un fait incroyable va détourner l'intérêt de la presse: la régie d'une chaîne de télé qui recevait en direct les images des deux interviews simultanées vient d'assister à l'événement; aucun doute possible, les acteurs ont prononcé ces paroles, "Je le crois" exactement à la même fraction de seconde, au point que leurs voix se superposent parfaitement. Même s'ils avaient voulu le faire exprès, il leur aurait été impossible d'obtenir une si parfaite synchronisation ! Plutôt que des données dont on ne peut vérifier si ce sont des mensonges ou la vérité, voilà qui se révèle pour les médias beaucoup plus alléchant !

Laissant derrière lui la salle de conférence d'un pas décidé, Katô avertit Kanéko qu'il souhaite se rendre sur-le-champ au meeting d'Iwaki afin d'entendre de la propre bouche de son compagnon ce que ce dernier a à lui dire. Mais le manager lui apprend alors que la conférence d'Iwaki vient à l'instant de s'achever. Puis, le jeune homme s'étonnant, Kanéko déjà au courant lui raconte ce qui vient juste de se passer, évoquant ces paroles pleines de confiance que l'autre acteur a prononcées exactement en même temps que Katô. Ce dernier à ces mots est au bord des larmes, et afin de cacher son trouble, il s'apprète à s'en aller en toute hâte lorsque Kanéko le rappelle soudain. Le manager se doutait bien que le jeune acteur finirait par vouloir rejoindre son compagnon; il sait dans quel hôtel Iwaki s'est retiré et va tout faire pour que Katô puisse le rencontrer, s'arrangeant pour le faire passer par l'entrée de service afin d'éviter tous les journalistes qui rôdent encore dans les environs. Ravi au plus haut point, le jeune homme remercie son généreux manager chaleureusement.

Dans une pièce de l'hôtel où s'est déroulée la conférence de presse d'Iwaki, Asano se trouve attablé dans un petit salon avec deux responsables de la maison de production. Ces derniers transmettent au jeune homme un document sur lequel figurent les différentes questions que poseront sans doute les journalistes ainsi que les réponses que le manager devra donner à ces questions. Tant qu'Asano n'aura pas répondu lui aussi aux interrogations de la presse, nul doute que les médias ne seront pas apaisés. Pour le futur acteur il s'agit d'une période cruciale: il ne faut surtout pas qu'Asano donne de lui une image étrange et suspicieuse juste avant d'entâmer ses débuts, insiste son producteur. Le document en main, le manager s'apprète à répondre, lorsque soudain, par la porte ouverte, il aperçoit Katô qui traverse le couloir en courant. Asano est surpris au plus haut point de trouver l'acteur à cet endroit, lui qui croyait les deux amants définitivement brouillés. Que voilà un couple singulier ! remarque le jeune homme. Comment peut-on être si acharné l'un envers l'autre, dans une relation entre hommes ? Celà le dépasse, et prétextant qu'il est un peu tendu avant le moment de paraître à son tour à la conférence, Asano quitte le salon et les producteurs, afin de rejoindre Katô.

Ce dernier tambourine désespérément à la porte de la chambre d'Iwaki, en vain. En fait, l'acteur est déjà rentré à leur maison, s'empresse de transmettre le manager. Alors que ce dernier s'apprète à tourner les talons, Katô le retient, comme Asano s'y attendait. Le visage sombre, le jeune acteur demande péniblement au manager la façon dont Iwaki l'a étreint. Asano remarque ironiquement que bien qu'ayant affirmé croire en la fidélité de son compagnon, Katô éprouve quand même des doutes à son égard. Ravi, le manager répond qu'il laisse à l'acteur le soin d'imaginer lui-même la manière dont Iwaki l'a étreint, car Katô mieux que quiconque doit savoir quelle personne tendre et attentionnée est son ami. Grâce à ces paroles, Asano est convaincu que la relation entre les deux acteurs sera brisée définitivement, et mettant à profit le tumulte provoqué par cette rupture, il disposera de suffisamment de temps pour lancer sa carrière. S'il s'y prend bien, il pourrait même ravir aux yeux du monde la position de Yôji Katô en tant que petit ami de Kyôsuké Iwaki, même si ce n'est pas vraiment la réalité.

Cependant, contre toute attente, la réponse d'Asano arrache à Katô un profond soupir de soulagement. A présent, l'acteur est désormais certain que le manager ne s'est approché de son ami que dans le but de vendre son image et faire connaître son nom. Surpris de ce revirement, Asano n'y comprend rien: il a seulement reconnu que Iwaki l'avait étreint. Mais justement, explique Katô, cette affirmation constitue la preuve-même que ses dires ne sont que mensonges: si le manager voulait avoir une chance d'être cru, il aurait du proclamer le contraire, à savoir que c'était lui-même qui avait possédé Iwaki. Car pour les deux acteurs, et particulièrement pour Kyôsuké, étreindre un homme n'est pas seulement un problème physique, cet acte possède un sens important du point de vue des sentiments. Ainsi, il s'avère absolument impossible qu'Iwaki ait pu toucher Asano.

Livide, conscient qu'en lui posant cette question l'acteur lui a tendu un piège, le manager ne peut que bredouiller que Katô ne devrait pas se montrer aussi catégorique dans ses convictions: pense-t-il réellement que son bien-aimé n'aura jamais le coeur changeant !? Ce à quoi, toujours calme et ferme, le jeune acteur rétorque qu'Asano n'a décidément rien compris: il ignore la force et les faiblesses d'Iwaki, combien ce dernier est un être pur et droit. Le manager n'a pas idée du temps qu'il a fallu pour qu'une telle personne accepte enfin ses sentiments. Mais celà, quelqu'un qui se complaît dans des fréquentations de surface en dissimulant au creux de son ventre ses véritables intentions est incapable de le concevoir. Avant de s'en aller, Katô prévient le manager qu'afin que son ami ne souffre pas, il ne lui dira rien de toutes ces manigances; car même à présent, Iwaki continue de faire confiance à Asano et n'éprouve aucun soupçon à son égard. Même après tout ce qui s'est passé, il s'est efforcé de couvrir son manager au point de mettre en colère Katô. Ainsi, si celà est possible, le jeune homme ne veut pas faire de peine à son compagnon en lui révélant la vérité. Cependant, Katô avertit Asano que s'il essaye encore une fois de les utiliser pour lancer sa carrière, à ce moment-là c'est tous deux - Iwaki et lui - qu'il aura pour ennemis. Ensemble, ils lui feront durement regretter d'avoir tenté de se servir d'eux. Kyôsuké si bon qu'il soit n'est pas du genre à pardonner ce type de trahison, ainsi, si Asano veut continuer à voir l'acteur lui sourire, Katô lui conseille de se tenir tranquille.

Même une fois seul un instant plus tard, le manager demeure pétrifié, repassant dans sa tête les dernières paroles prononcées par Katô tandis qu'il revoit en esprit le visage souriant de Kyôsuké Iwaki. Complètement mortifié, Asano commence à ne plus rien comprendre à ses propres sentiments: pourquoi désirerait-il voir l'acteur lui sourire, lui !?

Tandis que Kyôsuké, ignorant les passions qu'il déchaîne à son insu, s'est enfermé chez lui, la maison se trouve déjà cernée par reporters et caméramans. Comme il fallait s'y attendre, les journalistes n'ont pas du tout été satisfaits par cette courte et peu loquace entrevue, ils exigent plus de précisions. Mais indifférent au bruit de la sonnette de la porte d'entrée, l'acteur demeure patiemment assis dans le salon. Il a débranché l'interphone et le téléphone, qui lui sont en cet instant inutiles; car la seule personne qu'il désire rencontrer à présent possède déjà la clé de cette maison. Soudain, Iwaki sursaute en entendant les rumeurs au-dehors: un taxi vient d'arriver, vers lequel se précipitent les journalistes; puis c'est le bruit d'une clé qui tourne dans la serrure, des pas dans le couloir, et enfin la porte s'ouvre, révélant Katô. "Me voilà" prononce le jeune homme à bout de souffle. Kyôsuké lui rend son salut, mais ses paroles de bienvenue se coincent dans sa gorge; malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à retenir les larmes et les sanglots qui l'oppressent.

Katô se précipite vers son ami et le serre tendrement dans ses bras, lui demandant pardon de l'avoir laissé seul. Le jeune homme avait besoin de se refroidir la tête, sinon, rien que d'avoir su Iwaki et Asano seuls ensemble toute une nuit durant, fou de colère il ne sait quelles paroles horribles il aurait fini par prononcer. Quant à Kyôsuké, il est stupéfait de son propre comportement: ces derniers temps, il ne fait que pleurer, lui qui avait pourtant décidé de ne pas fondre en larmes même en voyant enfin le visage de Katô. Ce dernier répond qu'on ne peut rien y faire, c'est comme si lui-même avait brisé les remparts qui arrêtaient les larmes de son ami, si froid et si stoïque auparavant. L'acteur comprend que le jeune homme a raison: avant qu'il s'en soit aperçu, Katô s'est immiscé en lui en mettant son âme sens dessus dessous, il est en train de le transformer de l'intérieur, de reconstruire son corps aussi bien que son coeur.

Un moment plus tard, les deux amants se retrouvent nus dans les bras l'un de l'autre sur le canapé du salon. Iwaki conseille à son ami de monter plutôt à l'étage, car des journalistes sont peut-être en train de les espionner - ou tout au moins de fermer les rideaux. Mais Katô impatient ne veut rien entendre: tant mieux si tout le monde les voit, ainsi chacun comprendra mieux que par des mots à quel point tout va bien entre eux. Tandis que sur ces paroles son ami l'étreint passionnément, Iwaki est encore davantage conforté dans cette ultime conviction: il lui est désormais impossible de vivre séparé de Katô; au contraire, son désir est de se fondre dans les bras du jeune homme et de fusionner avec lui, afin qu'ils ne fassent plus qu'un à jamais....

Le lendemain matin, les deux amants apprennent lors de la retransmission à la télévision de la conférence de presse d'Asano ayant eu lieu la veille que le manager avait nié complètement avoir eu une aventure avec Iwaki. Mais peu importe désormais cette histoire aux deux acteurs, pour eux c'est déjà du passé. Katô s'inquiète davantage de l'état de son compagnon, qu'il a littéralement dévoré toute la nuit durant alors que ce dernier doit participer à un tournage dans la matinée. S'excusant, le jeune homme en profite pour demander encore une fois à Iwaki s'il ne voudrait vraiment pas changer de maison de production pour venir travailler avec lui. Et une nouvelle fois, cette requête entêtée provoque l'irritation de l'acteur: quelle raison aurait-il de changer de société ? Et que Katô ne lui réponde surtout pas que c'est à cause de la présence d'Asano, sinon il se mettra réellement en colère ! Effectivement le jeune homme ne sait quelles raisons invoquer, car il ne peut se résoudre à avouer tout ce que complotait le manager; alors, il préfère renoncer. Cependant, un peu gêné, Iwaki lui annonce qu'il a déjà décidé à quel moment il quitterait l'actuelle société pour laquelle il travaille: ce sera lorsqu'il sera en mesure de fonder avec Katô sa propre maison de production !

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 2 Nétémo, Samétémo ("Qu'il dorme ou qu'il soit éveillé") - Page 71

A la fin d'une éprouvante série de tournages et d'événements douloureux, suite à un caprice de Katô qui souhaitait voir Iwaki porter un yukata (kimono léger), les deux acteurs profitent de leurs quelques jours de repos pour se rendre dans une auberge de sources d'eau chaude. A peine arrivé, Katô, qui n'a jamais été dans ce genre d'endroit, commence à s'extasier de tout en courant dans tous les sens, au point qu'Iwaki, soupirant, a vraiment l'impression de faire du baby-sitting. Néanmoins, il accepte de passer un yukata comme l'en prie son ami, aidant ce dernier, décidément maladroit, à lacer le obi du sien. Mais malgré toutes les protestations de Katô, Iwaki refuse obstinément de prendre son bain avec lui, sachant très bien comment celà va se terminer. Au milieu de la nuit, voyant son compagnon bien endormi, Iwaki se lève afin de profiter tranquillement du bassin de source d'eau chaude en plein air. Goûtant avec délice ces quelques instants de détente et de bien-être, après toutes ces semaines de travail épuisantes, le jeune acteur se dit que finalement Katô a eu raison de l'entraîner à cet endroit. Mais ayant remarqué l'absence de son ami à ses côtés, Katô ne tarde pas à venir le rejoindre dans le bassin. S'asseyant auprès d'Iwaki, un peu gêné le jeune homme le remercie d'exaucer ainsi tous ses caprices. Ces derniers temps, il a remarqué que son aîné se mettait de plus en plus rarement en colère contre lui, ce qui ne fait qu'exacerber son désir de se faire choyer.

Iwaki écoute son ami avec attention, et finit par lui répondre de ne pas s'en préoccuper: si Katô apprécie tant que celà ses coups de gueule, il lui donnera bien assez tôt des raisons de se mettre en colère. D'ailleurs, Iwaki se fâchera immédiatement si Katô essaie de porter ici-même la main sur lui. Le jeune homme proteste: il a rejoint son compagnon dans le bassin simplement parce qu'il voulait prendre un bain avec lui, bien que néanmoins, il serait heureux si Iwaki consentait à se laisser quand même embrasser. Voyant l'expression triste du visage de son ami, Iwaki sourit en soupirant. De lui-même, il enlace Katô et l'embrasse sur la bouche, s'asseyant sur ses genoux face à lui dans une attitude plutôt provocante. Il explique alors que dans la journée il est bien obligé de se contenir à cause du regard des gens; Katô, qui se fiche de sa propre image, devrait essayer de comprendre celà. Emu, Katô se jette dans ses bras, et ne pouvant plus contenir son désir, il supplie Iwaki de le laisser l'étreindre. Rougissant, ce dernier ne peut que céder, faisant remarquer que si son cadet a un mauvais côté, c'est bien de parvenir ainsi si facilement à lui ôter toutes ses barrières. Mais à peine les deux acteurs ont-ils commencé à faire l'amour que Iwaki s'aperçoit que Katô n'est pas dans son état normal: parce qu'ils se trouvent à l'extérieur, en plein air, le jeune homme se montre beaucoup plus excité que d'habitude; son regard brûlant et ses gestes semblent ceux d'un prédateur, comme s'il s'était soudain changé en bête.

Katô n'est vraiment plus lui-même, et quand il finit par comparer son ami à une femelle en chaleur, ce dernier, écarlate, ne peut se retenir de le gifler violemment. Mais celà n'entâme pas l'humeur bestiale du jeune homme pour autant, au contraire ! Impressionné par ce regard brûlant qui le dévisage avec avidité, Kyôsuké finit par quitter le bassin, enjoignant Katô de le suivre. A l'extérieur, il avoue en rougissant qu'il lui est impossible de se concentrer. Les deux amants poursuivent donc leurs ébats dans leur chambre, leur désir rendu encore plus violent par leurs sens aiguisés par l'air frais de la nuit. Avant de s'endormir, Iwaki prend tout de même la peine d'aller récupérer les yukata qu'ils ont négligemment laissé traîner dehors: que dirait l'employée de l'auberge venant leur apporter le petit déjeuner le lendemain matin, en les découvrant tous deux nus dans le même lit !? Mais néanmoins, s'éveillant au petit jour, Kyôsuké malgré ses précautions trouve son compagnon endormi dans une attitude peu convenable: en caleçon et à demi-nu, yukata défait, couvertures repoussées sur le côté et laissant voir sans aucune pudeur son corps divin... Quel manque de tenue ! Décidément, qu'il dorme ou qu'il soit éveillé, Katô donne tout autant de travail !

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 3 Always asking for the moon - Page 99

Un jour que les deux acteurs ne travaillent pas, Iwaki est occupé à lire tranquillement un livre assis sur le canapé du salon tandis que Katô, allongé, a la tête posée sur ses genoux. Contemplant son ami, le jeune homme ne peut s'empêcher d'admirer l'intensité de son regard aigu; il aurait bien voulu lui aussi avoir des yeux aussi beaux plutôt que des "yeux tombants" ! Katô finit par demander à Iwaki s'il n'aimerait pas profiter de ce jour de congé pour sortir, mais l'acteur préfère rester tranquillement à la maison. A moins que Katô trouve ses genoux inconfortables ? Mais le jeune homme répond en rougissant qu'au contraire, il se sent merveilleusement bien. Iwaki reprend sa lecture, enroulant nonchalamment ses doigts autour des longues mèches bouclées de Katô. Le jeune homme a remarqué que ces derniers temps, ce geste est devenu un tic chez son compagnon. Réjoui, il demande à l'acteur s'il aime les cheveux longs, mais Kyôsuké répondant négativement sans même un instant d'hésitation, consterné Katô se dresse sur son séant. Tirant sur ses longues mèches d'un regard courroucé, il lance qu'il va les couper sur-le-champ !

Mais il s'agit d'un malentendu, Iwaki voulait seulement dire qu'il n'aime pas les cheveux longs en ce qui le concerne lui, parce que ce genre de coiffure ne lui va pas. En revanche celà va très bien à Katô, alors il n'y a aucune raison pour qu'il coupe ses cheveux. Et contemplant les longs fils clairs et brillants, à mi-voix, l'acteur ne peux s'empêcher de remarquer comme ils sont beaux. Surpris, Katô demande à son ami ce qu'il vient de dire, mais Iwaki géné refuse de répéter le compliment qui lui a échappé. Détournant la conversation, il demande au jeune homme s'il a mis de la couleur parme sur ses cheveux. Katô répond que oui, bien que ce genre de ton clair était auparavant sa couleur naturelle, s'étonnant néanmoins que son ami lui pose une telle question. L'air de rien, Iwaki se contente de répondre qu'ayant des cheveux noirs et raides typiquement asiatiques, il apprécie beaucoup la chevelure bouclée de son ami. Heureux de cet aveu, Katô en profite pour demander à Kyôsuké s'il aime aussi les "yeux tombants", et bien sûr, ce dernier répond d'un non catégorique. "Hein ! Pourquoi dis-tu une chose pareille !" crit le jeune homme scandalisé. Contrairement à la coiffure, voilà une particularité physique contre laquelle il n'y a aucun remède ! (A part peut-être la chirurgie esthétique ?)

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Chapitre 4 Fuyu no Sémi ("La Cigale de l'Hiver") - Page 105

Fondé sur des faits historiques véridiques, ce long chapitre décrit la tragique histoire d'amour de Katô et Iwaki dans leur vie antérieure. Un récit magnifique qui a remporté tant de succès auprès des lecteurs qu'il a fait l'objet d'une adaptation en CD drama.

Quand à l'Ere Keiô (1865 - 1868) succéda l'Ere Meiji, le système des Bakuhan, le gouvernement Shôgunal qui avait dirigé le pays pendant près de 200 ans, s'effondra. Perdant leur position, n'ayant plus nulle part où aller, les nombreux Bakushin, seigneurs féodaux de ce pouvoir défunt, fuirent au nord du Japon et s'établirent sur une terre gelée par un rude hiver, fondant un pays où ils pourraient vivre désormais, la République d'Ezo. Hélas, le nouveau gouvernement ne devait pas leur permettre cette nouvelle existence paisible. Constituant une armée en vue d'une expédition punitive, il attendit la venue du printemps et la lança à l'assaut. Le rêve des anciens Bakushin qui avaient mis tous leurs derniers espoirs en cette terre nouvelle fut ainsi réduit à néant.

Après avoir bombardé l'ennemi de plusieurs salves de canons, l'armée punitive se lance à l'attaque, avec à sa tête le jeune et fougueux seigneur Kusaka (Katô). A chaque bataille, il est le premier à s'élancer au combat, et ses hommes ne peuvent s'empêcher de trouver effrayante la haine féroce qu'il semble vouer aux Bakushin: Kusaka appartient au clan des seigneurs de Chôshû, dont la province a été conquise sous le Shôgunat. Mais Aïzawa (Asano dans sa vie antérieure), un autre des chefs de cette expédition punitive, sait lui parfaitement que ce n'est pas pour cette raison que Kusaka s'acharne ainsi à poursuivre les Bakushin. Car le jeune homme ayant fait ses études en Europe, il ne se trouvait pas au Japon lorsque sa province a été soumise. Si Kusaka parcourt les champs de bataille au galop, ordonnant à ses hommes de ne pas tuer les soldats ennemis qui se rendent docilement, c'est sans aucun doute parce qu'il recherche le cadavre de cet homme, songe Aïzawa pensivement. Cet homme qui en ce moment-même git blessé au pied d'un arbre au bord de la rivière. Contemplant l'eau scintillante à la lueur du crépuscule, ce jeune Bakushin (Iwaki) remarque que justement, lorsqu'il a rencontré Tôma Kusaka pour la dernière fois, c'était également sur les berges d'une rivière. Et depuis ce jour, il n'a jamais cessé d'attendre son retour....

Des années plus tôt, dans la ville de Shinagawa à Gotenyama. Parcourant les rues d'un pas décidé, suivi de près par Aïzawa du même clan que lui, Kusaka plein de colère se dirige vers l'ambassade d'Angleterre que certains de leurs camarades ont décidé de brûler. Aïzawa veut tenter d'arrêter Kusaka, affirmant qu'il doit déjà être trop tard, voilà plus d'une demi-heure que les autres sont partis commettre leur forfait, et d'ailleurs ne comprend pas pourquoi le jeune homme lui repproche de n'avoir pas essayé de les en dissuader: le clan de Chôshû a déjà décidé le Jôi , c'est-à-dire l'expulsion de l'ennemi venu de l'étranger à la fin de l'époque Edo. Mais Kusaka, lui, est persuadé que le Japon devrait au contraire tâcher de s'ouvrir au monde, et au moment où cette ouverture vient à peine de commencer, elle ne pourra jamais se développer pleinement si le pays se trouve plongé dans les troubles et la guerre civile. De plus l'incendie d'une ambassade étrangère s'avérerait une terrible erreur, car si leurs camarades se font prendre, leur clan tout entier risque d'en payer le prix, et l'on ignore quelles mesures de répression prendra le Shôgunat.

Lorsque Kusaka et Aïzawa arrivent enfin à l'ambassade, en effet il est déjà trop tard, celle-ci est en flammes. Aucune trace de leurs camarades qui ont mis le feu, et le risque à présent est que les deux jeunes gens venus pour les arrêter se fassent accuser à leur place. Ils décident donc de fuir en coupant par le bois qui s'étale derrière les bâtiments et s'achève sur une falaise surplombant la mer. Mais parvenus à cet endroit, une haute barrière en bambou leur obstrue le passage. Tandis que Kusaka et Aïzawa se demandent s'ils parviendront à l'escalader, un samouraï armé jusqu'aux dents apparaît soudain dans leur dos. Celui-ce dégaine à la vitesse de l'éclair, et tandis que les deux jeunes gens, eux aussi armés pourtant, croient leur dernière heure venue, c'est une partie de la barrière en bambou que l'inconnu abat de son sabre. Puis, il ordonne aux deux fuyards de partir. Aïzawa n'hésite pas un seul instant et plonge dans la mer. Mais Kusaka, lui, demeure pétrifié à fixer le samouraï, à qui il finit par demander pourquoi, étant pourtant un Bakushin, il les aide à se sauver.

L'homme répond que pour avoir commis un acte aussi grave que cet incendie, les jeunes gens ne peuvent être de simples vagabonds. Ce serait parfait si l'affaire pouvait être classée par l'exécution d'un ou deux coupables, mais il est plus vraisemblable qu'elle risque d'entraîner un conflit entre le Shôgunat et le fief auquel le jeune homme appartient. Comme Kusaka, l'inconnu pense que ce n'est pas le moment pour leur pays de s'enliser dans des guerres civiles, s'il veut en s'ouvrant sur le monde extérieur pouvoir se dresser sur un pied d'égalité avec les pays étrangers. Et sur ces mots, d'une pression de la main le samouraï pousse Kusaka pour le faire tomber de la falaise. A cet instant, les rayons du soleil couchant éclairent enfin le beau visage de l'inconnu. Jusqu'à ce que l'eau n'entrave son champ de vision, le jeune homme ne peut détacher les yeux de cet homme qui a prononcé les mêmes paroles que lui....

Quelques années plus tard, Kusaka et le samouraï devaient encore une fois se rencontrer. Se présentant pour la énième fois à l'entrée d'un établissement où l'on enseigne l'anglais, le jeune homme supplie le directeur de le laisser s'inscrire aux cours, mais ce dernier refuse catégoriquement: comment pourrait-il admettre l'un des membres du Chôshû, ouvertement partisans du Jôi - l'expulsion des étrangers - dans son école ? Celà ne ferait que créer des dissenssions au sein même de l'établissement. Kusaka a beau clamer qu'il est lui pour l'ouverture du pays, qu'il désire apprendre l'anglais afin que le Chôshû ne demeure pas en reste lorsque cette ouverture du Japon sur le monde se sera développée, insiste même pour qu'on lui laisse écouter simplement les cours depuis le couloir, le directeur ne veut rien entendre.

A ce moment, l'un des élèves se présente à l'entrée de l'établissement, et à peine se sont-ils regardés que Kusaka reconnaît aussitôt en ce nouveau-venu le samouraï qui lui avait jadis sauvé la vie, bien que ce dernier ait cessé de se raser le haut du crâne et laissé repousser ses cheveux. L'homme reconnaît également Kusaka, ainsi tous deux finissent par se retrouver attablés dans un bistrot devant un verre de saké. Le samouraï a entendu les propos de Kusaka tout à l'heure et s'étonne qu'il ait changé d'avis, qu'il soit à présent pour une ouverture sur l'Occident, ce à quoi le jeune homme répond qu'en fait il en a toujours été ainsi. Il explique alors que ce n'était pas lui qui avait mis le feu à l'ambassade d'Angleterre comme le samouraï semble le penser, il était simplement sur les lieux pour tenter d'arrêter ses camarades coupables du forfait. Mais le samouraï n'est pas surpris de cet aveu: au fond il s'en doutait, car le jeune homme ne correspond pas au type de ces partisans du Jôi assoiffés de sang.

A la question de Kusaka qui s'étonne à son tour qu'il ait cessé de se raser la tête alors qu'il s'agit de la coiffure réglementaire pour un Bakushin, le samouraï répond qu'il n'est plus actuellement en service; en fait, il a été démis de ses fonctions et fait l'objet d'une mise à réserve. Kusaka comprend aussitôt que c'est pour les avoir laissés fuir lui et Aïzawa, mais le samouraï lui assure en souriant de ne pas s'en faire, car grâce à cette punition, il peut désormais agir à sa guise et a à présent tout le loisir d'étudier. Ainsi, il propose à Kusaka de l'aider pour les cours d'anglais: hélas il ne maîtrise pas encore cette langue pour pouvoir l'enseigner, mais tout en révisant ce qu'il aura appris chaque jour en cours, il pourra en faire profiter Kusaka. Bien sûr, aux anges, le jeune homme accepte cette offre avec la plus vive joie !

Puis les deux jeunes gens se présentèrent enfin l'un à l'autre, et c'est ainsi que Tôma Kusaka, noble du Chôshû, fit la connaissance de Keiichirô Akizuki, samouraï fils d'une des plus éminentes familles de Bakushin de la ville. Tous deux devinrent amis et passèrent ensemble des moments si heureux que Kusaka n'hésitait pas à comparer cette période de leur vie à une lune de miel. Tout le temps libre qui leur était accordé, ils l'utilisaient pour se rencontrer, étudiant et discutant ensemble, évoquant l'avenir en échangeant leurs avis. Ce fut pour Kusaka les meilleurs moments de sa vie. Mais hélas ce temps qui s'écoulait si paisiblement devait aussi amener l'aggravation des mauvaises relations entre le gouvernement shôgunal et le Chôshû.

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© Youka Nitta / Biblos - Kusaka retrouve des années plus tard le samouraï qui lui avait jadis sauvé la vie.

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Un soir que Kusaka s'apprète à retrouver son ami au bord de la rivière, il est soudain retenu par ses camarades de clan. Ces derniers lui reprochent de fréquenter ce samouraï déchu de ses fonctions, accusant même le jeune homme d'être devenu un espion au service des Bakushin. Aïzawa est présent lui aussi, bien qu'un peu à l'écart, et Kusaka devine aussitôt que c'est sans doute ce dernier qui l'a trahi auprès de ses camarades en leur apprenant son amitié avec le samouraï, alors que lui aussi a eu autrefois la vie sauve grâce à Akizuki. Furieux, Kusaka réplique que plutôt qu'une bande de brutes ne pensant qu'à répandre le sang et pratiquant le Jôi aussi aveuglément que frappe une épidémie, il préfère encore fréquenter un samouraï sans emploi. Des gens incapables de voir plus loin que le bout de leur nez et d'anticiper l'avenir n'ont absolument aucun droit de dire du mal de Akizuki.

Un peu plus tard, alors que la nuit est déjà tombée, Kusaka irrité demeure assis maussade sous la galerie de la résidence, le visage et le corps couvert de blessures. Sachant qu'il ne tire jamais son sabre dans une bagarre, ses camarades en ont profité pour le rosser copieusement. L'état dans lequel le jeune homme se trouve encore une fois provoque une remarque amusée de la part de son maître Sufu, rentré ce jour-là d'Edo. Apprenant que Kusaka s'est encore battu avec le groupe de Mitaté, les plus fervents partisans du Jôi , le maître lui demande si vraiment il ne peut pas changer sa façon de penser. Mais Kusaka, ferme et décidé, répond qu'il préférerait encore être exclu de son clan plutôt que renier ses convictions. Mais que ferait-il une fois expulsé des Chôshû ? lui rétorque son maître. Car il est loin d'être aisé de se faire engager comme officier dans un autre clan, et une fois réduit à l'état de simple rônin , sans aucune attache, il aurait beau prêcher l'ouverture du pays sur le monde, personne n'écouterait les propos d'un vagabond.

Et sur ces paroles, Maître Sufu propose à Kusaka de l'envoyer à Londres, en Angleterre. Le jeune homme n'en croit pas ses oreilles ! Mais en fait, il semblerait qu'il ne soit pas le seul dans son clan à avoir les idées larges: le maître lui explique que plusieurs personnes appartenant au Chôshû sont déjà parties à l'étranger, bien qu'à l'intérieur de leur clan, il n'y ait que très peu de gens à être au courant. Car si leurs camarades le savaient, ces partisans de l'ouverture sur l'Occident risqueraient d'être exécutés, accusés d'avoir vendu leur âme aux adversaires du Jôi . Kusaka a vraiment peine à croire ce qu'il vient d'entendre, mais sitôt quelque peu revenu de sa stupeur, il supplie le maître de l'envoyer en Angleterre.

Le lendemain, au crépuscule, Akizuki attend son ami comme la veille, assis tristement au bord de la rivière. Alors que, soupirant, il se demande si ce soir encore le jeune homme ne viendra pas, le samouraï entend soudain prononcer son nom. Kusaka se tient derrière lui auprès d'un cerisier dépouillé par l'automne, le visage encore enflé de tous les coups qu'il a reçu, mais souriant, et surtout, portant désormais les cheveux courts. Un instant plus tard, après qu'il ait raconté à son ami la chance qui lui a été offerte de partir pour Londres, Akizuki assure en effet que c'est une bonne chose pour le jeune homme: non seulement tout ce qu'ils ont appris ensemble va pouvoir lui être utile, mais de plus, le samouraï pense qu'il est nécessaire pour un être lucide capable d'appréhender l'avenir comme Kusaka de visiter et connaître le vaste monde. Cependant le jeune homme, le visage douloureux, finit par avouer que ce n'est pas la seule raison qui le décide à partir: en fait, il se trouve lâche; car si les relations entre le gouvernement shôgunal et Chôshû s'enveniment encore davantage, il craint que ne vienne le jour où il devra se battre contre Akizuki. Ainsi, Kusaka préfère quitter le Japon plutôt que de risquer cet affrontement.

A la fin, n'en pouvant plus, le jeune homme explose: suppliant le samouraï de l'écouter sans se mettre en colère, il lui avoue enfin son amour. Bien qu'Akizuki soit un homme, il l'aime avec sincérité, désire plus que tout s'emparer de ses lèvres, superposer sa peau à la sienne. Alors, puisque dès le lendemain il va disparaître de la vue de son ami, en guise de cadeau d'adieu, Kusaka le supplie de lui confier son corps, juste pour une nuit. Après avoir écouté cette tirade avec la stupéfaction la plus vive, Akizuki finit par dire à Kusaka de ne pas prononcer des choses aussi absurdes. Se penchant vers le jeune homme et prenant son visage dans ses mains, le samouraï lui lance d'un air boudeur: "Ne-peux-tu simplement me demander de t'attendre jusqu'à ton retour ?" Et sur ces mots, il s'empare lui-même des lèvres de Kusaka, avouant qu'il est lui aussi épris de ce dernier. Serré dans les bras d'Akizuki, le jeune homme a l'impression de rêver: depuis le jour où il l'a vu pour la première fois, il n'a pu détacher son regard et ses pensées du samouraï.

Couchant son ami dans l'herbe épaisse de la berge, Kusaka lui offre à son tour de brûlants et profonds baisers, qui les laissent tous deux à bout de souffle. Puis, il commence à déshabiller Akizuki, s'extasiant sur sa magnifique peau blanche, qui ne porte aucune blessure. Riant, le samouraï répond que voilà un compliment dont un homme ne peut être fier, mais il est vrai qu'il possède une habileté au sabre bien supérieure à celle des guerriers ordinaires. Ce que Kusaka ne peut nier, vu la manière admirable dont Akizuki avait abattu en un clin d'oeil l'épaisse barrière en bambou autrefois, quand il lui avait sauvé la vie. N'appartenant pas à une famille de rang aussi élevé que celle de son ami, depuis son enfance Kusaka a été libre de s'amuser autant qu'il le souhaitait, et turbulent et bagarreur, il a fait pas mal de bêtises. Par conséquent, aujourd'hui encore il a conservé un teint sombre et hâlé, son corps couvert de nombreuses traces de blesssures qui ne disparaîtront jamais.

Akizuki écoute son ami sans mot dire, contemplant les bleus et les hématomes qui marquent le visage du jeune homme. Ces blessures-là sont toutes fraîches, si bien que le samouraï finit par demander d'où elles proviennent. Kusaka raconte alors comment il s'est bagarré avec des types de son clan: ces derniers sachant parfaitement qu'il ne tire jamais son sabre, à chaque bagarre, débordé par le nombre, il se fait cogner dessus. Car Kusaka déteste régler les problèmes en faisant usage d'un sabre. Pour lui, tirer sa lame pour une simple querelle est une chose encore plus honteuse que de recevoir des coups de poing dans la figure, bien que pour un guerrier comme Akizuki, celà puisse paraître risible et lâche. Mais au contraire le samouraï répond que c'est justement ce trait de la personnalité de Kusaka qui l'a attiré chez lui: quand ils se sont rencontrés la première fois, même à un moment critique où se jouait sa vie, le jeune homme n'avait même pas porté la main à la poignée de son arme; son regard intelligent qui cherchait à élaborer un moyen de se sortir de cette situation délicate sans faire usage de la force lui avait fait vraiment une forte impression. Pourtant, prenant la main de son ami pour la porter à ses lèvres, Akizuki ajoute qu'en voyant les marques sur ses paumes, il comprend parfaitement que Kusaka ne néglige pas son entraînement au sabre. Et quelqu'un qui possède la force d'âme nécessaire pour ne pas compter sur sa puissance physique ne peut certainement pas être qualifié de lâche.

Ces paroles comblent Kusaka de joie tandis que la sagesse du samouraï attise encore davantage le désir qu'il a de lui; clamant son nom, il se précipite dans ses bras. Alors que le jeune homme l'étreint passionnément sur le tapis moelleux des herbes de la berge, comme une lithanie, Akizuki prononce ces mots: "Allume un feu au fond de mon corps, si fort que même durant le temps que je vivrais séparé de toi, cette flamme ne refroidisse jamais.... Offre-toi à moi...."

Tandis que la nuit commence à déployer ses ombres sur l'eau de la rivière, les deux amants comblés et rhabillés découvrent soudain une chrysalide de cigale accrochée au tronc du cerisier au pied duquel ils ont fait l'amour. C'est déjà l'automne, ainsi, même si elle parvenait à muer, il est fort probable que la malheureuse cigale mourrait immédiatement, vaincue par le froid, déplore Akizuki. Et le samouraï ajoute tristement que de même si Kusaka et lui n'étaient pas nés à une telle époque, ils auraient sans doute pu passer davantage de temps ensemble. Le visage douloureux, le jeune homme répond que ce jour finira certainement par arriver, le temps viendra sûrement où tous deux pourront se rencontrer sans être entravés par des différences de rang, de politique ou de clan. Jusqu'à ce que ce jour n'arrive, tout comme cette cigale, ils n'auront qu'à continuer à dormir. Et comme pour sceller cette promesse de se retrouver plus tard en des temps plus heureux, Kusaka et Akizuki échangent un tendre baiser.

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© Youka Nitta / Biblos

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Le coeur exalté par l'amour, dans sa volonté d'éviter un affrontement avec la personne qu'il aime, Kusaka prend donc le bateau pour l'Angleterre. Mais à peine arrivé là-bas, il ne tarde pas à maudir la légèreté de son comportement. Quelle bêtise de fuir ainsi en espérant qu'un jour quelqu'un construirait le monde où il pourrait vivre heureux avec Akizuki ! Le futur dont il rêve, c'est à lui de le bâtir à la force de ses bras, combien il doive verser son propre sang. Apprenant par des émissaires secrets la crise politique que traverse son pays, lorsque Kusaka s'empresse de rentrer au Japon, c'est pour découvrir que son bien-aimé s'est mis dans la pire des situations. Ayant succédé à son père à la tête de sa famille de Bakushin, le samouraï a pris part à la bataille d'Aïzu, se joignant à l'armée en déroute d'Enomoto. Tout ce que le jeune homme peut faire désormais, c'est mettre fin à ces combats au plus vite et tirer son ami de ce sanguinolent champ de bataille, bien que douloureusement conscient du fait qu'il lui faudrait peut-être le tuer.

Parcourant à cheval le bois où gisent les cadavres des Bakushin, Kusaka recherche désespérément Akizuki, retournant chaque corps dont la silhouette ressemble à celle de son bien-aimé. "Sois en vie, je t'en supplie...." souhaite le jeune homme de toute son âme. Si seulement le samouraï est encore vivant, même s'il doit être emprisonné, un jour viendra sûrement où tous deux pourront comme autrefois se retrouver ensemble, comme ce soir où ils s'étaient donnés l'un à l'autre.

Soudain, au pied d'un arbre, Kusaka découvre enfin celui qu'il recherche, seul être vivant au milieu de monceaux de cadavres. Sursautant, il crie le nom d'Akizuki qui est sur le point de se faire seppuku , de se suicider en s'ouvrant le ventre de son épée. Enfin face à face, incrédules, les deux jeunes gens n'en reviennent pas d'être à nouveau réunis, et les larmes aux yeux, Kusaka remercie le Ciel d'avoir exaucé son souhait que son ami soit encore en vie. S'élançant vers lui, il demande au samouraï de ne pas se suicider: s'il accepte de se rendre, il jure de protéger son honneur de guerrier. Mais Akizuki répond que celà lui suffit d'avoir pu rencontrer Kusaka une dernière fois avant de mourir. Et à ces mots, le jeune homme remarque enfin la terrible blessure que porte le samouraï: il a perdu sa jambe gauche, sans doute emportée par un boulet de canon. Kusaka en reste pétrifié d'horreur ! il souhaitait tellement que son ami soit encore vivant, et son souhait s'est réalisé, mais ce souhait seulement: Akizuki est encore en vie, mais plus pour très longtemps. Ainsi, sentant que sa fin est proche, le samouraï demande au jeune homme de l'achever, son seul désir à présent est de mourir de sa main.

Livide, Kusaka sursaute, mais refusant de permettre à son ami de mourir, il se précipite pour lui faire un pansement de fortune et arrêter le sang. Akizuki lui répète encore qu'il est déjà trop tard: même s'il acceptait de se rendre, que ferait-il avec son corps mutilé ? Si c'est pour recevoir honte et humilations de la part de l'ennemi, il préfère encore périr ici-même dès à présent. Néanmoins Kusaka ne veut rien entendre, et des larmes plein les yeux, il demande à son bien-aimé pourquoi, pourquoi a-t-il pris part à une bataille dont on savait parfaitement qu'elle était perdue d'avance. Il aurait pu rester tranquillement à Edo, ou tout simplement se rendre à Suruga avec la famille Tokugawa. Vu son rang, le samouraï avait le droit de choisir son destin. Quelqu'un d'aussi clairvoyant que Akizuki ! Pourquoi ! Alors que le monde dont ils rêvaient tous deux était enfin en train de se mettre en place devant leurs yeux !...

A ces mots, les paupières mi-closes, le visage d'Akizuki prend une expression mélancoliquement douce et rêveuse, son regard errant dans les sphères invisibles de son imagination. Calme et serein, il explique que lui et ses camarades Bakushin avaient eux aussi un rêve, celui de concevoir un monde nouveau. Plutôt que de vivre en vaincus selon le bon vouloir du nouveau gouvernement, ils préféraient construire de leurs mains ce monde qu'ils désiraient. Et c'est dans cet univers nouveau qu'avec fierté, il souhaitait attendre le retour de Kusaka. Stupéfait, le jeune homme n'a pas le temps de proférer une parole que soudain, l'un des soldats de son armée arrive sur les lieux et ne manque pas de s'étonner de voir son supérieur soigner un guerrier ennemi. En une fraction de seconde, Kusaka prend sa décision. Se relevant, il s'excuse auprès d'Akizuki et lui demande de fermer les yeux. Ce dernier s'exécute, pensant que son ami est enfin disposé à l'achever, mais abattant son sabre d'un coup violent, c'est son propre soldat que ce dernier tue sans hésiter. Akizuki n'en revient pas ! Et contemplant incrédule Kusaka qui s'empresse d'échanger son uniforme avec celui du soldat mort afin de le faire passer pour un allié blessé, le samouraï se prend à se demander qui est cet homme couvert de sang qui se trouve à présent devant lui. Est-ce vraiment le doux et pacifique Kusaka qu'il connaissait ? Le choc de ce contraste est trop violent pour Akizuki déjà affaibli par une grande perte de sang; ne pouvant en supporter davantage, il finit par perdre conscience.

Plus tard, l'armée des anciens Bakushin se rendit à l'armée gouvernementale, mettant ainsi fin à la guerre de Boshin. Les membres de l'armée vaincue, depuis les officiers jusqu'aux simples médecins les accompagnant, furent tous emprisonnés. Ceux qui avaient pu rentrer à Tôkyô en fuyant la chasse aux rescapés, suite à de secrètes dénonciations, furent capturés à leur tour les uns après les autres.

Janvier, quatrième année de l'Ere Meiji. A la résidence de type occidental de la famille Kusaka, quelqu'un vient frapper à la porte du bureau du jeune homme, vêtu et coiffé lui aussi à la mode européenne. Il s'agit de sa gouvernante, qui lui annonce que les préparatifs du repas sont achevés. Posant aussitôt son livre, demandant également à la vieille dame de lui donner un vêtement chaud, Kusaka s'empresse de sortir dans le jardin muni d'un plateau de nourriture. Tandis que Ito, la gouvernante, le regarde s'éloigner en soupirant, une jeune employée se demande à voix haute à qui leur patron peut bien ainsi porter à manger chaque jour. Si leur maître qui est pourtant quelqu'un de très important, un haut fonctionnaire du ministère des affaires extérieures, prend la peine de s'en occuper lui-même, la personne qui se trouve dans le refuge au fond du parc est peut-être de nationalité étrangère ?

A ces mots, d'une voix ferme, la vieille dame rappelle sévèrement à la jeune fille que la condition impérative pour pouvoir travailler dans cette maison était justement de ne pas poser de questions inutiles. Puis, soupirant encore une fois douloureusement, Ito tourne à nouveau son regard vers le parc et sa forêt, remarquant en son for intérieur combien son jeune maître a complètement changé depuis sa dernière bataille. Même vers elle, qui s'occupe de lui depuis qu'il est tout petit et est de plus la seule personne à qui il permette de prendre soin du mystérieux inconnu vivant dans le refuge, Kusaka tourne parfois un regard si froid et si solitaire que la vieille dame en a des frissons. C'est tout à fait comme s'il se trouvait encore sur le champ de bataille....

Traversant l'ombreuse forêt recouverte par la neige faisant partie du domaine de la résidence, kusaka parvient enfin à la petite maison bâtie dans une clairière. Il y pénètre, et ouvrant un peu gêné la porte coulissante d'une chambre, annonce à son occupant qu'il lui a apporté à manger. Il s'agit bien sûr d'Akizuki, assis en tailleur dans son lit, le regard vide, l'expression triste et morne. Il ne réagit même pas à l'arrivée de son ami, et soupirant, Kusaka pose le plateau sur le sol, puis recouvre les épaules du samouraï du vêtement chaud qu'il a apporté. Il fait très froid dans la chambre, mais s'excusant, le jeune homme rappelle qu'il ne peut se résoudre à y allumer un feu ni y introduire quoi que ce soit d'autre qui puisse s'avérer dangereux, tant que Akizuki n'aura pas fait le serment de cesser d'intenter à sa vie. Incorporé dans l'armée gouvernementale en passant pour un soldat allié blessé, le samouraï a finalement pu être soigné à temps, mais lui-même n'a pas arrêté d'enchaîner les tentatives de suicide. Alors, éloignant de ce dernier toute chose dangereuse, ne révélant sa présence à personne excepté sa nourrice Ito, dans ce refuge semblable à une cage Kusaka protège depuis tout ce temps Akizuki, le préservant du gouvernement, de la mort....

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© Youka Nitta / Biblos

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Tandis que le jeune homme entoure le samouraï de ses bras afin de lui offrir un peu de sa chaleur, Akizuki lui demande encore une fois de le tuer. Ou s'il ne le peut pas, de le livrer tout au moins au nouveau gouvernement. Il ne peut supporter l'idée de continuer ainsi à vivre alors que ces camarades souffrent en prison. Ces paroles mettent Kusaka en rage, mais tandis qu'il secoue violemment son ami qui ne cesse de lui répéter de tels propos, sa couverture glisse à terre, révélant la jambe mutilée. Cette vue emplit le jeune homme de tristesse, mais il cesse de bousculer son ami blessé, et l'allongeant doucement sur le lit, il se couche sur son corps. Non, Kusaka ne laissera pas Akizuki mourir.... Il vient enfin de retrouver l'être cher qu'il avait failli perdre une fois, alors quoi qu'il advienne, il ne se séparera plus jamais de lui !

Alors que le jeune homme le caresse en couvrant son corps de baisers, le samouraï demeure immobile, aussi passif qu'un corps sans vie. Son regard se posant sur le petit sac qu'il porte autour du cou, son porte-bonheur, il ne peut contenir ses larmes, et cette réaction amère provoque à nouveau la colère de Kusaka. N'est-ce pas Akizuki lui-même qui avait dit vouloir vivre auprès de lui ? Laissant échapper des larmes de dépit, le jeune homme défait rageusement les vêtements de son ami et se jette sur son corps, ne pouvant réprimer son désir de le faire sien, tout au moins physiquement s'il lui est impossible de convaincre le samouraï de remettre son existence entre ses mains. Akizuki se sent si méprisable, si misérable... Et cette honte qu'il éprouve de ne pouvoir s'empêcher malgré tout de se réjouir de la chaleur de Kusaka... Ces sentiments contradictoires qui tourmentent son âme sont sur le point de le briser.

Pendant ce temps, à la résidence, Aïzawa venu rencontrer le jeune homme pour une affaire importante s'impatiente de ne pas le voir arriver. Tandis que, furieux, il crie à la gouvernante Ito de le lui amener vite fait s'il est vrai que Kusaka se trouve à la maison, la vieille dame répond froidement à l'officier que son maître est pris par un travail urgent qu'il ne peut lâcher, puis le laisse en plan dans le salon en lui conseillant de revenir plus tard. Vexé d'avoir été ainsi éconduit par une servante, lui, un commandant de l'armée de terre, Aïzawa se résoud néanmoins à s'en aller; mais avisant soudain la jeune employée trop curieuse de tantôt, il lui demande à son tour où se trouve Kusaka. Génée, la jeune fille finit par répondre qu'elle n'en sait rien, cependant le regard hésitant qu'elle a jeté en direction de la porte vitrée donnant sur le jardin n'a pas échappé à l'officier. Sitôt que la domestique s'est éclipsée en toute hâte, Aïzawa pénètre dans le parc, s'étonnant de la vastitude de ce dernier en comparaison de la taille de la résidence. C'est alors qu'il finit par apercevoir le bâtiment isolé au coeur de la forêt.

Voilà sans doute l'endroit où se trouve Kusaka, et à peine s'en est-il approché qu'Aïzawa entend des éclats de voix étouffés. Avec ses volets pourvus de barreaux de bois aux portes et aux fenêtres, ce bâtiment ressemble tout à fait à un kuruwa , sorte de gentilhommière japonaise où le maître des lieux entretient généralement ses maîtresses. Intrigué, AÏzawa écarte doucement l'un des volets coulissants, pour assister à une scène qui le fige de stupeur: dans une chambre, Kusaka étreint un homme, qui ressemble grandement à ce Bakushin nommé Akizuki que le jeune homme recherchait si assidûment sur les champs de bataille. Pourquoi le samouraï se trouve-t-il ici ? Il était censé avoir pris part à la guerre d'Hakodaté, et donc aurait du être mort ou emprisonné ?! A cet instant, sursautant, Aïzawa réalise enfin ce qu'a fait Kusaka, et serrant d'une main tremblante les documents qu'il tient, l'officier s'empresse de quitter les lieux au plus vite. Une neige épaisse commence alors à tomber.

Le lendemain, très tôt dans la matinée, Kusaka s'étant absenté en raison de son travail, c'est Ito qui vient porter à manger à Akizuki. Elle le supplie d'avaler quelque chose, car si le samouraï s'obstine à jeûner ainsi, sa santé risque de se dégrader encore davantage. Géné de causer ainsi des soucis à une dame âgée, Akizuki accepte enfin de se nourrir, au grand soulagement de la gouvernante. Une fois cette dernière repartie avec son plateau, Akizuki se met à contempler pensivement le mystérieux petit sac qu'il porte toujours autour du cou. C'est à ce moment que Aïzawa, qui attendait caché dehors le départ de Ito, surgit soudain dans la chambre. Quel déshonneur pour un samouraï du rang de Akizuki Keiichirô ! raille l'officier. Après avoir été l'un des principaux étendards de l'armée des Bakushin, finir ainsi comme maîtresse enclose d'un de ses ennemis ! C'est pitoyable....

Jetant un document sur le lit d'Akizuki, Aïzawa explique que lors de la guerre d'Hakodaté, l'un de ses subordonnés a disparu, un soldat qui était parti à la poursuite de Kusaka lorsque ce dernier s'était élancé seul sur le champ de bataille. En ce temps-là, il ne s'agissait que d'un simple homme de troupe parmi tant d'autres, connus uniquement par leur nombre. Mais manque de chance, il s'avère que ce soldat était le fils de l'actuel supérieur de AÏzawa, et ce dernier lui a personnellement demandé d'organiser une enquête. Au cours de laquelle il est apparu qu'en effet de nombreux points suspects caractérisent cette affaire: le même jour que ce soldat a disparu, un autre soldat a été amené à l'hôpital de l'armée, grièvement blessé par un boulet de canon; hors, il n'y aurait pas du avoir de blessé de ce genre dans leurs rangs ce jour-là, l'ennemi seul ayant été exposé à des tirs d'artillerie. En outre, des indices montrent que Kusaka lui-même avait de force effacé toute trace de l'existence de ce soldat blessé qui, d'après le médecin, avait perdu une jambe.

Akizuki écoute ces propos, livide. Si lui n'a plus rien à perdre, en revanche une violente peur le gagne en ce qui concerne son ami. Se penchant vers le samouraï, le sournois Aïzawa pose un poignard devant lui, puis l'avertit que le lendemain au matin, en raison d'une certaine dénonciation anonyme, l'armée de terre va fouiller la résidence de Kusaka, soupçonné de crime de guerre. Ainsi, on ne tardera pas à découvrir ce qu'il est advenu du soldat disparu. Et Aïzawa ajoute que si Akizuki ne veut pas compromettre davantage Kusaka, il sait ce qui lui reste à faire - bien sûr, s'il conserve encore un coeur de samouraï....

La nuit venue, une calèche ramène enfin Kusaka à sa résidence. Convoqué au bureau de l'armée, il s'est fait à son tour interroger au sujet du soldat qui l'avait suivi jadis. Le jeune homme a eu beau clamer qu'il ne sait rien, qu'il lui était impossible de contrôler tout ce qui se passait sur un aussi vaste champ de bataille, il se demande jusqu'à quel point ses propos ont été crus. Une fois rentré, Kusaka ne manque pas néanmoins de passer voir son ami pour lui apporter à manger, et à sa grande surprise, Akizuki occupé à rédiger une lettre l'accueille avec un sourire radieux. Le samouraï s'excuse qu'alors que le jeune homme doit être fatigué de son travail quotidien au ministère, il doive en plus prendre soin de lui. Kusaka n'en revient pas de ce soudain revirement, mais celà lui remet du baume au coeur. Ainsi, tandis que Akizuki lui demande s'il ne voudrait pas le réchauffer durant cette nuit particulièrement froide, rougissant et ravi au plus haut point, le jeune homme lui saute au cou. Il est si heureux que son ami lui montre enfin un visage souriant... Tout à fait comme s'ils étaient revenus à ces jours bénis d'autrefois....

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© Youka Nitta / Biblos

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Le lendemain matin, après une longue nuit d'amour, Kusaka est réveillé en sursaut par les cris de Ito. Affolée, la vieille gouvernante est venue l'avertir que l'armée est en ce moment-même en train de fouiller la résidence. Vite, le jeune homme s'empresse de retourner au bâtiment principal, mais tandis qu'il commence à crier sa protestation, il tombe nez à nez avec AÏzawa. Ce dernier lui annonce qu'il s'agit d'une fouille réglementaire, Kusaka ayant été dénoncé pour avoir commis un crime de guerre. Le jeune homme sent son sang se glacer en découvrant ce renard ambitieux qui n'a cessé depuis toujours de le trahir et de lui causer des ennuis. Cependant, il ne perd pas contenance et continue de nier les faits, menaçant de prendre à son tour des mesures si l'armée continue de se livrer à cette persécution envers lui. Mais ces paroles font ricaner Aïzawa: Kusaka aura beau tenter d'imposer le silence à l'armée de terre en utilisant la puissance du ministre des Affaires Etrangères, pour une fois les choses ne se dérouleront pas comme toujours à son avantage. Et profitant de cette situation critique pour régler ses comptes, l'officier dit enfin à son ancien camarade tout ce qu'il a sur le coeur, les raisons de son ressentiment à son égard.

Kusaka et Aïzawa, bien qu'étant nés dans le même clan de Chôshû et traversant la même époque troublée, ont adopté chacun une manière de vivre radicalement différente. La prohibition des changements politiques, la première puis la seconde conquête du Chôshû, son agression par la flotte des "Quatre Pays", Kusaka qui se trouvait en Angleterre n'a rien connu de cet enfer. Et malgré celà, rentré juste au moment où les circonstances redevenaient favorables, lors de la restauration de l'Empire, admiré et estimé uniquement parce qu'il revenait d'Occident, le jeune homme s'est vu octroyer un poste supérieur à celui de Aïzawa qui pourtant avait tant combattu, comme en témoigne la cicatrice qu'il porte sur le visage. Et qu'a fait Kusaka en dépit de cette distinction ? Il a trompé l'Empire en commettant un crime de guerre ! Aïzawa ne peut supporter l'idée qu'un traître comme lui fasse partie du nouveau gouvernement de Meiji !

Tandis que le commandant laisse éclater sa rancoeur, l'un de ses subordonnés vient lui annoncer qu'ils n'ont pas trouvé le suspect recherché. A ces mots Kusaka exhale un soupir de soulagement, mais ce dernier est de courte durée. Certes, avoue AÏzawa, l'homme caché dans le refuge est parvenu habilement à se soustraire aux soldats, mais quelle sera la sentence qu'il s'appliquera à lui-même ? Car l'officier avait déjà prévu comment agirait le samouraï si son ami venait a être menacé. Tandis qu'Aïzawa profère ces paroles, Kusaka a la douloureuse impression que son coeur vient de s'arrêter de battre. Malgré la peur indicible qui l'étreint et le glace jusqu'à la moelle, le jeune homme prend néanmoins le temps d'expliquer qu'en effet, les actes qu'il a commis sont indignes du grand oeuvre de l'Ishin , la Restauration de Meiji. Mais cependant, lui aussi s'est battu pour accomplir son propre Ishin , et même à présent son combat n'est pas terminé ! Les partisans de la Restauration comme Aïzawa ont combattu pour construire un pays favorable à leurs aspirations; les Bakushin, pour fonder un état où ils pourraient survivre; quant à Kusaka, il a lutté pour protéger Akizuki, et pour l'avènement d'un monde où il pourrait marcher au grand jour au côté de son ami. Et toute existence faisant obstacle à ses résolutions, il est prêt à l'éliminer sans hésiter ! Que l'on prétende ou non agir au nom d'une quelconque Justice, c'est celà, un véritable Ishin ....

Au terrifiant regard embrasé que lui lance Kusaka en prononçant ces mots, Aïzawa est soudain pris d'un violent frisson. "Un regard de... démon..." prononce-t-il en regardant le jeune homme se précipiter dans le jardin. "Les mêmes yeux que les nôtres, nous qui avons combattu dans cet enfer..." L'officier réalise enfin que contrairement à ce qu'il pensait, Kusaka lui aussi a vu l'Enfer en face, bien qu'un Enfer différent du sien et de celui de ses camarades....

Quand Kusaka en nage arrive enfin à la chambre du refuge, il est déjà trop tard, Akizuki a disparu. Sur le lit, il trouve néanmoins une lettre qui lui est adressée, le message d'adieu du samouraï. En larmes, le jeune homme lit ces mots: "A Kusaka. Jusqu'à maintenant, je n'ai cessé de te faire des reproches, et à toi seul. Je te prie de me pardonner. Si je n'avais pas agi ainsi, mon âme aurait fini par se briser. Je n'ai pas pu exprimer docilement mes sentiments pour toi. Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, à un instant où se jouait ta vie, toi qui n'avais même pas porté la main à ton sabre.... C'est à cause de moi si tu as changé, et si tu savais comme je me méprises pour celà. Alors que j'aurais du accomplir dès le départ ce que je m'apprète à faire à présent, je t'ai laissé souffrir pendant longtemps. Ce n'est qu'en raison de ma propre faiblesse que jusqu'à maintenant je n'ai pu choisir de mourir. Bien qu'en étant conscient que ce serait mieux pour toi, je n'ai pas eu le courage de mettre un terme à mon existence...."

Muni du poignard donné par Aïzawa, Akizuki rampe péniblement sur le sol recouvert par la neige, se frayant un chemin entre les arbres du bois. Courant de toute la vitesse de ses jambes, Kusaka n'a aucun mal à suivre sa trace, mais hélas, quand il parvient enfin à rejoindre son ami, il est déjà trop tard, le samouraï vient de se suicider. Se jetant sur son corps sans vie, le jeune homme l'appelle, crie son nom, pour finalement hurler son désespoir tandis que dans sa tête résonnent les dernières paroles de la lettre de son ami: "Juste un moment, encore quelques instants de plus auprès de toi.... Je voudrais que tu comprennes mon coeur aimant qui ne désirait que celà.... Mais à présent.... je ne regrette pas que le temps durant lequel j'ai pu demeurer auprès de toi s'achève ainsi.... après avoir été si court.... Car même en cette époque où ne règne que l'hiver, ce temps où nous avons vécu ensemble n'était pas un mensonge...."

Alors que Kusaka donne libre cours à sa douleur, le visage enfouit dans le cou de son bien-aimé, il avise soudain le petit sac que ce dernier portait toujours suspendu à un cordon. L'entrouvrant, le jeune homme commence à en verser le contenu dans sa main. Il s'agit d'une poudre, et d'après les fragments qui la composent, Kusaka, sursautant, réalise stupéfait que ce n'est autre que la chrysalide de cigale que Akizuki et lui avaient trouvé, ce fameux soir de leur première étreinte et de leur séparation. L'insecte, même s'il réussissait à muer en cette fin d'automne, était sans doute condamné à mourir aussitôt après, et le jeune homme se rappelle les paroles prononcées par son ami à ce moment-là: "Nous aussi, si nous n'étions pas nés à une telle époque, nous aurions pu passer davantage de temps ensemble..." Plus tard au printemps, bien après le départ de Kusaka pour l'Angleterre, Akizuki était revenu souvent au bord de la rivière, et quelle n'avait pas été sa joie en découvrant un beau jour que la cigale était parvenue finalement à s'extraire de sa chrysalide ! Y voyant un heureux présage d'avenir, il avait alors récupéré la coquille vide, la portant conservée dans ce petit sac constamment sur son coeur.

Emu par sa découverte, Kusaka comprend enfin à quel point le samouraï avait foi en un avenir meilleur, un avenir où tous deux pourraient être heureux, et aussitôt ses larmes de douleur se changent en larmes de joie. Retrouvant le sourire ainsi que la sérénité, il ôte le poignard du corps de son ami, puis enveloppe de la lettre d'adieu de ce dernier la lame couverte de sang. Le papier ne tarde pas à se teinter de pourpre, et comme pour faire de ce message d'amour un lien qui les unirait jusque dans l'Au-delà, le jeune homme s'apprète à y mêler son propre sang. "Oui.... Jusqu'à ce que ne viennent des temps meilleurs, tout comme cette cigale, continuons de dormir...." Et sur ces dernières paroles, ouvrant sa chemise, Kusaka se suicide à son tour sur la dépouille de son bien-aimé.

Quelques heures plus tard, lorsque suivant leurs traces devenues à peine visibles, Aïzawa retrouve enfin Akizuki et Kusaka, la neige a déjà commencé à recouvrir d'un blanc linceul les corps sans vie des deux amants. Et tandis que l'officier les contemple, un cuisant remord se peint sur son visage douloureux. Un tel drame, alors qu'à peine une année plus tard, grâce aux efforts de Ryôsuké Kuroda, chef d'état-major durant la guerre d'Hakodaté, une amnistie allait être prononcée en faveur des Bakushin emprisonnés.... Mais tout comme le disait la chanson de la Geisha le soir où Kusaka et Akizuki s'étaient rencontrés, ce monde a beau être éphémère, le futur est semblable à la feuille d'un lotus.... Que cette feuille de nénuphar promenée sur les eaux les emporte tous deux vers l'avenir, vers cet été radieux où volent les cigales....

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© Youka Nitta / Biblos

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Note: Dans Be Boy Zips 29 "Les Temps Anciens" (voir rubrique Zips), figure un chapitre hors-série très court reprenant une partie de l'histoire Fuyu no Sémi , mais comprenant en plus des planches inédites dans le volume 5 de Haru o daiteita . Il s'agit du quatrième chapitre du recueil; il a pour titre Fuyu no Sémi Bangaihen - Kochô no Yumé ("La Cigale de l'Hiver Chapitre Hors-Série - Rêve d'une Chrysalide"), et décrit les rêves qui viennent visiter Kusaka lors de sa traversée vers l'Angleterre. Une suite inédite à Fuyu no Sémi figure également dans le CD Drama, la véritable fin de l'histoire que l'auteur, limitée par le manque de pages, n'avait pas pu réaliser afin de l'inclure dans le volume. Ce chapitre rajouté ne change bien sûr rien à la conclusion dramatique du récit, mais sert de lien entre la romance de Akizuki et Kusaka à l'Ere Meiji et celle de Iwaki et Katô de nos jours, donnant ainsi à la fin de l'histoire une note un peu plus optimiste. J'y reviendrai plus en détails dans le chapitre consacré aux différents CD Dramas de Haru o daiteita .

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Volume 6

Chapitre 1 Linkage Map - Page 3

Une nuit, après l'avoir passionnément étreint, Yôji Katô embrasse tendrement son compagnon Kyôsuké Iwaki, lui répétant encore une fois combien il l'aime. Quand soudain, l'acteur dresse l'oreille. Il lui semble avoir entendu des pleurs de bébé. Katô, lui, n'a rien entendu, et demande alors malicieusement si par hasard Kyôsuké ne serait pas "enceinte", ce qui lui vaut sur-le-champ un bon coup sur la tête ! Le jeune homme sait pourtant qu'Iwaki a horreur de ce genre de plaisanterie d'un goût douteux ! S'excusant auprès de son ami qui lui tourne le dos, boudeur, Katô suppose que leurs voisins ont peut-être eu un bébé. D'ailleurs à ce propos, sa soeur cadette Yôko va elle aussi bientôt accoucher. A ces mots, Iwaki est scandalisé: il n'était même pas au courant que la jeune fille était enceinte; son ami aurait pu lui apprendre une nouvelle aussi importante beaucoup plus vite ! Ce à quoi Katô rétorque qu'il pensait le lui dire après la naissance du bébé. Tous deux ont été si bousculés ces derniers temps ! Et puis depuis un moment les événements à fêter se succèdent: non seulement Mme Shimizu, la manager d'Iwaki, vient d'avoir un bébé, mais chez le frère de l'acteur également on peut s'attendre sous peu à un heureux événement. Masahiko s'étant marié très tard, nul doute que son père voudrait voir bientôt le visage de ses petits-enfants. Pour le vieil homme, Kyôsuké voudrait vraiment que son frère ait des enfants, car en ce qui le concerne, c'est devenu impossible.

Afin de changer un sujet de conversation risquant de devenir trop sombre, Iwaki pose soudain à son ami une question qui le préoccupe depuis longtemps: pourquoi ce dernier se prénomme-t-il "Yôji" ( ji = le deuxième ), alors qu'il est le fils aîné ? Katô répond qu'il n'en sait rien, peut-être est-ce parce que son père s'appelle Yôichi (ichi = le premier). Mais pourtant, ce genre de numérotation incluse dans le prénom se pratique entre frères et soeurs, pas entre parents et enfants ?! objecte Kyôsuké. Cependant Katô amusé assure qu'il ne comprend pas davantage que son compagnon, et au lieu de se préoccuper d'une question aussi peu importante, il propose joyeusement d'entâmer plutôt un second round. Depuis que le jeune homme a achevé le tournage de sa série télé, c'est tous les soirs comme ça ! Mais à peine a-t-il effleuré l'épaule d'Iwaki que soudain, Katô reçoit comme une violente décharge électrique....

Pendant ce temps, chez les parents du jeune homme, sa mère Miéko demeure tristement assise dans le salon à contempler un vieux carnet de santé pour nouveaux-nés. De retour du travail, son époux la surprend ainsi et comprend aussitôt ce qui la tourmente. S'asseyant auprès de sa femme, Mr Katô lui assure qu'elle se fait trop de souci, tout ira bien pour leur fille Yôko. L'enfant qu'ils ont jadis perdu ne devrait plus les faire souffir à présent, ajoute-il énigmatiquement. Néanmoins Miéko reste très inquiète: juste avant qu'ils apprennent l'hospitalisation de Yôko, elle a entendu des pleurs de bébé, et celà lui a fait réaliser que pendant longtemps, elle n'avait plus songé à son enfant disparu. Alors que pour ne pas l'oublier, ils avaient spécialement donné le prénom de "Yôji" à leur second fils, Yô le deuxième, afin de se souvenir qu'il y en avait eu un premier. Miéko ne veut surtout pas que sa fille fasse en donnant le jour à son premier enfant la même expérience dramatique qu'elle....

Quatre jours se sont écoulés depuis la nuit où Katô avait reçu une sorte de décharge en voulant toucher son ami, et suite à cet événement étrange, Iwaki affiche un comportement des plus inquiétant. Au fur et à mesure que les jours passent, ces pleurs de bébé que l'acteur dit entendre et qu'il est le seul à percevoir se font de plus en plus perçants. Comme un enfant apeuré, il sursaute à présent au moindre bruit. Heureusement qu'en cette période, Kyôsuké n'avait pas de long tournage en cours. Grâce aux bons offices de sa maison de production, il a pu faire reporter ses autres menus travaux, aménager son emploi du temps afin de pouvoir se reposer; mais cet arrangement ne pourra durer éternellement. Plus que tout Katô désire que son ami retrouve la santé et redevienne comme autrefois, mais il a beau faire son possible pour rester le plus souvent auprès de lui, à cause de cette douleur semblable à une décharge électrique, le jeune homme ne peut absolument plus le toucher. C'est comme si quelque chose l'en empêchait, et totalement impuissant à aider son ami, Katô commence à en ressentir une irrépressible irritation doublée d'une vive inquiétude. Jusqu'à quand cette pénible situation va-t-elle perdurer ?

Tandis que le jeune acteur se lamente ainsi, son portable se met soudain à sonner. Il s'agit de sa mère, qui appelle pourtant rarement, et afin de laisser son ami se reposer tranquillement, Katô quitte la chambre avec son téléphone. A peine se retrouve-t-il seul qu'Iwaki recommence à entendre les pleurs de bébé, qu'il percevait juste avant l'arrivée de Katô. Le regard trouble, sa conscience se retrouve alors immergée dans une mer de couleur rouge à travers laquelle les sentiments si tristes de cet enfant viennent s'écouler directement jusqu'à son esprit: la tristesse de n'avoir pas pu, bien qu'ayant reçu la vie, franchir la surface de cette eau.... Le désespoir de voir que son espérance de déverser sa vie enfuie dans le réceptacle suivant censé lui être offert ait fini par être anéantie.... Iwaki tout en n'étant pas le réceptacle approprié continue de recevoir la semence de Katô. L'âme de cet enfant ne cesse de se lamenter comme s'il lui repprochait celà. "J'ai vu juste, n'est-ce pas ? Tu étais censé naître en tant que l'enfant de Katô... Et je suis... un obstacle...?" prononce douloureusement Iwaki en laissant couler ses larmes.

De son côté, Katô apprend de la bouche de sa mère que sa soeur cadette Yôko a été hospitalisée après avoir failli faire une fausse-couche. C'est arrivé il y a déjà quatre jours, et Miéko ne pensait avertir son fils que lorsque la jeune fille serait sortie de l'hôpital, mais puisque cette dernière va y demeurer encore quelque temps en observation, elle a finalement jugé qu'il valait mieux le lui dire. Si Katô trouvait un peu de temps libre, peut-être pourrait-il aller rendre visite à sa soeur ? Bien sûr, le jeune homme acquiesce, mais tout à sa conversation, il ne remarque pas que derrière son dos, Iwaki s'est subrepticement glissé hors de leur chambre. Katô explique à sa mère que ces derniers temps, il ne sait plus où donner de la tête, et les sujets de préoccupation ne font que se multiplier au point que ça lui en devienne insupportable. Intriguée, Miéko demande si son fils a des problèmes dans son travail; le jeune homme entreprend alors de lui conter ce qui est arrivé à son compagnon: quatre jours auparavant, une nuit, il s'est mis subitement à entendre des pleurs de bébé, et depuis, l'acteur se trouve plongé dans un état proche de la névrose.

Des pleurs de bébé...? Entendant ces mots, Miéko sent son sang se glacer. Livide, elle serre dans sa main crispée le carnet de santé de son enfant défunt encore posé sur ses genoux. Puis, tandis que Katô évoque l'étrange barrière électrique qui semble envelopper Iwaki et se manifeste à chaque fois qu'il essaye de le toucher - fait qui a commencé à se produire juste après que l'acteur ait entendu pour la première fois le bébé, Miéko prend la décision de tout raconter à son fils.

Au même moment, pieds nus, en pyjama, Iwaki sorti de sa maison parcourt les rues de la ville, hagard tel un somnambule. Ses pas le mènent à une balustre, au pied de laquelle, plusieurs mètres plus bas, défile une autoroute bondée de circulation....

Sa conversation téléphonique achevée, Katô n'en revient pas de ce que lui a appris sa mère. Néanmoins, il reste sceptique: de telles histoires peuvent-elles réellement se produire dans la réalité ? Et puis premièrement, pourquoi ce phénomène affecte-il également Iwaki ? Tandis qu'il retourne à la chambre, incrédule bien qu'ayant assisté lui-même à l'étrange manifestation et fait l'expérience de ses effets, le jeune homme a la surprise de trouver la porte ouverte. Il l'avait pourtant fermée tout à l'heure ! Intrigué, il jette un coup d'oeil à l'intérieur de la pièce, appelant son ami, mais découvrant que ce dernier ne se trouve plus dans la chambre, soudain pris de panique, Katô se met à le rechercher dans toute la maison. Alors qu'il dévale l'escalier en courant, il remarque ainsi la porte de l'entrée laissée grande ouverte. Iwaki n'est quand même pas sorti dehors dans son état ?!

Se précipitant aussitôt dans la rue, Katô tombe nez à nez avec deux passantes qui ont croisé Iwaki un moment plus tôt. Surprenant leurs propos étonnés, il demande aux jeunes filles la direction vers laquelle s'est dirigé l'acteur, et ces dernières, bien que confuses de se retrouver ainsi face à face avec un artiste célèbre, parviennent à bredouiller qu'Iwaki marchait en direction de la grand-rue. Les remerciant, Katô reprend sans tarder sa course, tandis que dans sa tête résonnent les paroles de sa mère: elle aussi, lorsque Yôko a été hospitalisée quatre jours plus tôt, a entendu les pleurs d'un bébé. Jusqu'à présent elle ne le lui avait jamais dit, mais Yôji avait un frère aîné, décédé alors qu'elle le mettait au monde. Et c'est peut-être la voix de cet enfant mort-né qu'Iwaki entend à présent....

Katô finit par apercevoir son ami, debout devant la balustre surplombant l'autoroute en contrebas. Comme mû par une force irrésistible, Kyôsuké commence à se pencher dangereusement au-dessus du vide. Heureusement Katô le rattrappe par la taille juste à temps, mais tous deux sont alors assailli par cette décharge électrique qui les empêche depuis de se toucher. Celle-ci est encore plus violente qu'auparavant, son intensité leur arrache des hurlements de douleur. Mais Katô tient bon, et il commence vraiment à en avoir assez ! Tirant brusquement son ami en arrière et se laissant tomber avec lui sur le sol, loin du vide, le jeune homme se met à hurler: il ne sait si cet esprit est bien celui de son frère aîné, mais fantôme ou pas, il massacrera celui qui essaiera de lui ravir Iwaki ! La tirade fait son effet: les spasmes électriques cessent aussitôt, tandis que Kyôsuké, sursautant, quitte enfin son espèce de transe. Perdant connaissance, il retombe doucement dans les bras de Katô.

Hélas, ce répit est de courte durée. Soudain le portable du jeune homme se met à sonner, et alors qu'il répond, irrité, lui parvient la voix éplorée de sa mère: Yôko est en train d'avoir ses contractions, elle est sur le point d'accoucher, alors que ce n'est que le huitième mois de sa grossesse, qu'elle vient à peine d'éviter une fausse-couche ! Katô demande à Miéko de se calmer, la prévenant qu'il arrive sur-le-champ. Pestant contre le mauvais sort qui semble s'acharner sur les siens, portant Iwaki sur ses épaules, il rentre à la maison pour s'engouffrer dans sa voiture, installant son ami inconscient qu'il ne peut laisser seul sur le siège auprès de lui. Comble de malchance, il y a des embouteillages sur l'autoroute, mais tandis que le jeune homme crie son énervement en appuyant sur l'accélérateur, lui parvient soudain la voix d'Iwaki. Ce dernier semble avoir repris ses esprits, mais les yeux clos, le visage blême, il supplie Katô de se presser: il faut absolument qu'ils arrivent à l'hôpital avant que Yôko n'accouche. Ce n'est qu'ainsi que l'âme de l'enfant qui le hante pourra revenir à la vie. Habité par cet esprit, en résonnance avec lui, bien que Katô ne lui ait encore rien dit au sujet de son frère, Iwaki a enfin pu comprendre tout ce qui s'est passé: deux choix étaient offerts à cet enfant pour sa future destinée; il pouvait renaître soit en tant que le fils de Katô, soit en tant que celui de Yôko. Mais sitôt que la jeune fille s'est retrouvée dans une situation dangereuse, risquant de perdre son bébé, comme éjectée de son corps l'âme de l'enfant s'est réfugiée dans celui d'Iwaki. Car il désirait plus que tout revenir auprès de Miéko, de celle qui fut jadis sa mère....

Alors que Yôko se trouve déjà en salle de travail, que dans le couloir son jeune époux et ses parents entâment une attente insupportable, Katô et Iwaki arrivent enfin à cet hôpital de la région de Chiba. Toujours en pyjama, l'acteur très affaibli est obligé de se laisser soutenir par son compagnon, qu'il supplie de le conduire au plus vite auprès de Yôko. Alors que la jeune fille, dont l'accouchement s'avère particulièrement difficile, est en proie à la douleur, surmontée par les visages livides des médecins qui ne cachent pas leur inquiétude, une voix lui parvient soudain: "Reviens à la vie...!!" dit cette voix venue d'on ne sait où. Surprise, Yôko relève la tête. Au même moment, Katô et son ami qu'il doit porter à moitié avancent péniblement dans les couloirs. A peine sont-ils arrivés devant la salle de travail, où est réunie toute la famille, que titubant, Iwaki se met à marcher désespérément vers la porte. S'y appuyant des deux mains, il se laisse glisser à genoux sur le sol: "Je t'en supplie...!! Viens au monde...!!" prononce-t-il douloureusement.

Et quelques instants plus tard, à travers la porte, leur parvient soudain des cris de bébé. L'enfant est né, et il vit ! Aussitôt c'est une explosion de joie parmi les membres de la famille Katô soulagés. Iwaki, lui, reste à fixer la porte en face de lui, les pupilles dilatées, incrédule. Se penchant sur son ami et posant une main sur son épaule, Katô en liesse lui répète encore que tout est fini, le bébé est né. Alors, enfin rassuré et vaincu par la tension de ces derniers jours, Iwaki s'évanouit, sans doute à ce moment aussi épuisé que Yôko. Tandis qu'il sombre dans l'inconscience, l'acteur revoit cette mer qui avait hanté ses délirs, mais cette fois vue de l'extérieur, non plus rouge mais bleue et paisible, illuminée par un soleil radieux. "Alors ? Comment te sens-tu à présent que tu as franchi la surface de l'eau ?..." demande-t-il en esprit au bébé.

Quelques jours plus tard, lorsque Yôko remise a pu se lever, Katô venu en visite accompagné d'Iwaki et de ses parents contemple le nouveau-né à travers les vitres de la galerie de la maternité. Et avec sa délicatesse coutumière, le jeune homme ne trouve rien de mieux que de s'exclamer "Ouwah! On dirait un singe!!" , ce qui provoque bien sûr la colère de Yôko. C'est normal pour un nourisson, explique la jeune fille vexée, et d'ailleurs, si elle le compare aux photos de son frère prises juste après sa naissance, son bébé à côté a l'air d'un ange ! Les deux jeunes gens - qui ont le même épouvantable caractère - finissent par se disputer, au point que leur père est obligé de les rappeler à l'ordre en leur faisant souvenir qu'ils se trouvent dans un hôpital !

Indifférent à la querelle du frère et de la soeur, Iwaki quant à lui contemple le bébé avec attendrissement. C'est aussi un peu le sien: même s'il ne l'a pas directement mis au monde, il a porté en lui son âme durant plusieurs jours. Remarquant le doux sourire qu'arbore ainsi son compagnon, Katô cesse enfin de se disputer pour demander en toussautant, légèrement gêné, à sa soeur si celle-ci a déjà décidé du prénom de l'enfant. Yôko acquiesce, et aussitôt se tourne vers ses parents: si ces derniers sont d'accord, après concertation avec son époux Kenta, elle voudrait nommer le bébé "Yôsuké". A Mr et Mme Katô surpris, la jeune fille explique que juste avant de quitter la maison pour se marier, elle a découvert par hasard un vieux carnet de santé.... Yôsuké était le prénom du premier enfant de sa mère, et heureuse de cet égard, que son fils réincarné puisse porter le même nom qu'elle lui avait choisi autrefois, Miéko fond en larmes dans les bras de son mari, remerciant sa fille de tout coeur.

Un peu plus tard, alors que les deux amants arpentent les couloirs de la maternité en direction de la sortie, Iwaki remarque que Yôko est vraiment une fille bien. Cependant il s'aperçoit vite que Katô ne l'écoute pas: l'air boudeur, il semble complètement absorbé par ses pensées, répétant en marmonnant le nom de "Yôsuké". Un instant, l'acteur pense que le jeune homme n'était pas d'accord que sa soeur donne à son enfant le prénom de leur frère décédé. Ou peut-être en veut-il encore à ce dernier pour tout ce qui s'est passé, tous les tracas que son âme errante leur a causé ? Mais Iwaki se trompe: rougissant soudain en arborant un sourire des plus idiots, Katô lance que voilà un super nom, tout à fait comme s'il s'agissait de leur enfant à Iwaki et à lui ( ji + Kyôsuké = Yôsuké ) ! Sa soeur ne voudrait-elle pas le leur donner à élever ? S'il ressemble à Yôko qui est la version féminine de Katô, et que le jeune homme annonce qu'il s'agit de son propre bébé, nul doute que tout le monde le croira ! En élevant un enfant, son compagnon et lui auront l'air d'un véritable couple de jeunes mariés !

A ces mots, aussi furieux qu'écarlate Iwaki attrappe son ami par le cou, lui répétant qu'il l'a pourtant prévenu qu'il avait horreur de ce genre de plaisanterie. Cependant Katô proteste qu'il est au contraire très sérieux.... ce qui est encore pire !!!

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© Youka Nitta / Biblos - "Ouwah! On dirait un singe!!"

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Chapitre 2 Yumémiru Koro o Sugitémo ("Même passé le Moment des Rêves") - Page 44

Le soir du Nouvel An, les deux jeunes acteurs Kyôsuké Iwaki et Yôji Katô se sont rendus pour fêter l'événement chez les parents de Katô à Chiba. Epuisé pour avoir conduit jusqu'à la maison juste après une éprouvante journée de travail, le jeune homme a fini par s'endormir sur le canapé du salon, tandis que son aîné discute tranquillement avec son père. A cause de la dispute survenue avec ses propres parents, qui n'avaient pu admettre que leur fils devienne acteur puis vive avec un homme, Iwaki n'est pas rentré chez lui pour le Nouvel An depuis des années et goûte avec plaisir ces quelques moments passés avec sa "belle-famille". Mr. Katô profite du sommeil de son fils afin de demander à Iwaki comment se comporte le jeune homme avec son entourage. Etant fils unique, Yôji a été élevé pour ainsi dire comme un petit prince, gâté et libre de faire tout ce qu'il souhaitait. Mr. Katô craint que cette éducation ne l'ai rendu épouvantablement capricieux, surtout pour un acteur qui doit fréquenter beaucoup de gens. Iwaki le rassure bien vite. Certes, Yôji se comporte parfois de manière égoïste, mais il a bon coeur et ne fait jamais rien qui puisse blesser les autres. Même sur les plateaux de tournage, il est très apprécié.

Une fois la nuit venue, au moment de partir, Mr. Katô fait promettre à Iwaki d'aller voir sa propre famille l'année prochaine pour le Nouvel An. Arrivés devant leur voiture, les deux acteurs s'apprètent à aller prier au temple, lorsque soudain Katô réclame à Iwaki son premier baiser de l'année. Le jeune homme s'exécute avec tant de passion que finalement, brûlés par le désir, les amants décident de rentrer directement à leur maison. A peine de retour chez eux, Iwaki et Katô s'abandonnent à des étreintes torrides, mais alors qu'il s'endort, épuisé, Iwaki fait un rêve bien étrange.... Vêtu d'une robe de mariée, Katô se précipite joyeusement vers lui, un bébé lui ressemblant comme deux gouttes d'eau dans les bras. "Iwaki, je viens d'avoir un enfant de toi ! Prends tes responsabilités et fais de moi ton épouse dévouée !" s'exclame le jeune homme en liesse. "Wouah !! Pourquoi tu as pu en avoir un et pas moi !?" proteste dans son rêve l'acteur vert de jalousie.

Et sur cette tirade, Iwaki se réveille en sursaut, livide et couvert de sueur. Mais sa figure ne tarde pas à devenir cramoisie tandis qu'il se remémore les dernières paroles prononcées dans son rêve: "et pourquoi pas moi !?" Comme si son désir inconscient était d'avoir un enfant de Katô ! Alors que l'acteur tremble de honte et de colère, à ses côtés son compagnon ouvre les yeux à son tour. Mais Katô n'a pas le temps de lui souhaiter le bonjour qu'Iwaki se jette sur lui pour le rouer de coups, sans que le malheureux ne puisse comprendre le pourquoi du comment ! Qu'a-t-il bien pu faire de mal déjà de si bon matin !?

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 3 Love Symbol - Page 71

C'est l'anniversaire d'Iwaki. Assis sur le canapé du salon, l'acteur toise d'un air des plus mécontent son compagnon agenouillé sur le parquet, tandis que sur une table basse s'étale une foule de cadeaux. ça a beau être son anniversaire, il y a tout de même une limite ! proteste Iwaki consterné. En plus, Katô n'a acheté que des produits de luxe, la plupart des écrins portent la marque de célèbres bijoutiers parisiens ! La tête basse, penaud, le jeune homme explique qu'en recherchant un cadeau pour son ami, tandis qu'il se demandait quoi prendre divers articles avaient attiré son attention - jusqu'à ce qu'il ne sache plus lequel choisir et finisse par acheter le tout ! "Mais ce n'est pas la peine de se mettre si en colère pour celà...." ajoute Katô avec une moue boudeuse.

Ne sachant que répondre, Iwaki ne peut que pousser un soupir. Pour être avec lui ce jour-là, Katô a pris spécialement une journée de repos; rien ne pouvait lui faire plus plaisir, et cet égard lui suffisait largement. Mais l'acteur avec sa pudeur habituelle n'ose prononcer ses pensées à voix haute, se contentant de rappeler à son ami qu'il lui a déjà dit pourtant de ne pas dépenser inutilement les fruits de son travail. A ces mots, Katô s'insurge. Pour Iwaki tous ces bijoux ne représentent peut-être que des cadeaux futiles obtenus grâce à de l'argent, mais pour lui, tous ces accessoires assortis, destinés à être portés par deux personnes en même temps, ont une profonde signification: "Combien que je sois accaparé par mon travail cette année encore, je serai sans cesse avec toi." Pour Katô, ces objets sont l'expression de ses sentiments.

Iwaki contemple avec émotion son compagnon au bord des larmes. Regrettant de s'être fâché, il lui demande finalement lequel parmi tous ces cadeaux est le meilleur marché, car c'est celui-là qu'il acceptera. Katô lui désigne alors une petite boîte contenant un pendentif sur lequel il est écrit en français "Amour"; le bijou se sépare en deux, afin que chacun des deux amants puisse en posséder une moitié. En fait, avoue le jeune homme avec un doux sourire, c'est ce bijou-là qu'il avait choisi en premier, et il est ravi à présent d'en orner le cou de son compagnon. Puis, serrant Iwaki dans ses bras, il lui souhaite un heureux anniversaire. L'acteur l'embrasse sur la joue, s'excusant de s'être mis en colère, et finit par s'emparer des lèvres de Katô. "J'ai reçu le premier baiser de tes 32 ans !" plaisante ce dernier, qui sait parfaitement que son ami déteste qu'on lui rappelle son âge.

Cependant que faire des cadeaux restant ? demande le jeune homme perplexe. Il ne peut tout de même pas les rapporter au magasin ! Iwaki répondant qu'il va en payer la moitié, Katô proteste aussitôt: ce n'est pas à l'acteur de débourser pour des cadeaux qu'il a choisi pour lui. Mais souriant, Iwaki répond: "Qui a dit que j'allais payer ma part ? C'est la tienne que je vais régler. Les accessoires assortis, n'est-ce pas fait à l'origine pour être partagés ?" Et sur ces paroles, l'acteur accroche au cou de son bien-aimé l'autre moitié du pendentif sur lequel figure le symbole "Amour".

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 4 Heaven and Earth - Page 79

Une fois les différents scandales qui tournaient autour d'eux enfin apaisés et le retour dans leur vie d'un calme relatif, les deux acteurs trouvent enfin le temps de s'offrir un peu de vacances. C'est ainsi qu'ils décident de partir en voyage à l'étranger, un projet qu'ils avaient formé depuis longtemps. Si à l'aéroport, Iwaki et Katô ne manquent pas de se faire repérer par des journalistes venus couvrir un autre événement, après ces quelques moments de trouble inévitables, c'est sains et saufs qu'ils parviennent enfin à quitter le Japon, afin de goûter ensemble d'agréables vacances. Du moins, c'est ce qu'ils espéraient....

Dans l'avion, Katô a peine à contenir son excitation: pour lui, ces vacances sont comme un voyage de noces ! Il se demande déjà ce que lui et son ami vont faire sitôt arrivés à Los Angeles, leur destination: aller tout de suite faire quelques emplettes, ou encore rester tranquillement se reposer à l'hôtel ? Stoïque et terre à terre comme à son habitude, Iwaki répond que s'ils vont immédiatement se coucher, ils risquent d'attraper le mal du décalage horaire. Mais Katô réplique aussitôt, plein de sous-entendus, qu'ils ne sont pas obligés de dormir !

La discussion animée des deux acteurs finit par attirer l'attention d'un jeune homme qui passait entre les rangées de sièges, et rejoignant son compagnon de voyage à l'avant de l'appareil, il lui explique qu'il vient de voir sur leur vol un couple gay d'acteurs japonais. Le jeune homme n'est autre que Magira, le célèbre joueur de cartes mondialement connu sous le surnom de Casino Lily; quant à son compagnon, il s'agit bien sûr du riche Carlo, un jeune homme d'affaires possédant dans le monde entier de nombreuses chaînes de casinos. (Ces deux personnages sont les héros du manga "Casino Lily", autre oeuvre de Youka Nitta.) A ce mot de "gay", Carlo s'étonne: il n'est pas rare que celà se produise dans le monde du showbusiness, mais que des Japonais affichent leur relation publiquement.... Cependant, Magira déclarant l'air de rien qu'il aime beaucoup l'acteur Katô Yôji, bien que ne pouvant réprimer l'espace d'une seconde une moue piquée, Carlo finit par acquiescer en soupirant, prêt à tout pour faire plaisir à son compagnon.

C'est ainsi qu'une fois parvenus à Los Angeles, tandis que Iwaki et Katô s'apprètent à descendre de l'avion, Carlo et Magira viennent les aborder. Et à peine ont-ils jeté un coup d'oeil à ces deux gêneurs que les acteurs ont le désagréable pressentiment que leurs vacances dorées vont tomber à l'eau. Décidément, on dirait bien que n'importe où qu'ils aillent, le tumulte les poursuit !

Quelques heures plus tard, les deux amants se retrouvent finalement dans la luxueuse villa de Carlo, entourée par la mer et les palmiers, au grand dam de Katô qui se demande bien ce que tous deux sont venus faire ici ! Lui qui avait réservé leur chambre dans un hôtel de Rodeo Drive et se réjouissait tant d'aller loger dans un cadre aussi pittoresque, celui du film Pretty Woman.... Ce Carlo les a pratiquement entraînés de force chez lui ! Mais Iwaki, nonchalamment étendu sur une chaise longue au bord de la piscine, prend les choses avec davantage de philosophie: ils ont promis de rester à la villa seulement une journée, et puis, ce n'est pas à l'hôtel qu'ils auraient pu goûter un luxe pareil ? Surtout celui de pouvoir se promener en maillot de bain, et rien que d'avoir le loisir de mater à sa guise la silhouette appétissante de son ami en maillot suffit à convaincre Katô de prendre son mal en patience. De toute manière, du moment qu'il soit avec Iwaki, n'importe quel endroit lui semble un paradis....

Le soir venu, soigneusement vêtus d'un costume, les deux acteurs se retrouvent à table avec Carlo et Magira. Apprenant que ses invités effectuaient en quelque sorte un voyage de noces, Carlo s'excuse de les avoir ainsi attirés chez lui. Mais comme son adorable Magira disait qu'il était un de leurs fans, pour lui faire plaisir il n'a pas pu s'empêcher de les convier à sa villa. Le business-man, prononçant ces mots, jette un coup d'oeil gêné vers son ami, qui affiche un air des plus mécontent. "Adorable ? Tu m'en diras tant !" grogne mentalement Katô qui devine sans peine ce que celà signifie. Mais le jeune homme est carrément scandalisé lorsque à ses côtés, avec une audace des plus inhabituelle, Iwaki demande de but en blanc si Carlo et Magira sont amants ! Toujours gêné, Carlo acquiesce. Magira lui est si cher qu'il ne veut pas se séparer de lui ne serait-ce qu'un moment, mais comme le jeune gambler est du genre à ne pas tenir en place, il le suit désormais partout. Aujourd'hui, le couple revenait du Japon, le pays natal de Magira. Tous deux se sont connus dans l'hôtel-casino que Carlo possède à Las Vegas, alors que le jeune homme parcourait encore les établissements de jeux du monde entier. Le riche business-man explique qu'il est tombé amoureux dès le premier coup d'oeil, et pour Magira, il est déterminé à faire n'importe quoi; car Carlo avoue que satisfaire le moindre de ses désirs est le seul moyen qu'il possède d'attacher son bien-aimé à lui. Iwaki écoute ces propos, pensif: ainsi, c'est bien dans le but de faire plaisir à son petit ami que Carlo les a invités. Mais alors.... pourquoi est-ce que ce garçon, Magira, paraît de si mauvaise humeur ?...

Un peu plus tard, tandis que les deux acteurs se retrouvent enfin seuls, Katô ne manque pas d'avouer combien il n'arrive pas à se sentir à l'aise dans cette vaste et luxueuse demeure. Les riches n'utilisent vraiment pas la même échelle que les autres mortels pour mesurer les choses: Carlo appelle cet endroit sa villa , alors que pour une personne normale, il s'agit carrément d'un palace ! Katô se sent tout petit là-dedans. Dire que pour l'anniversaire d'Iwaki, ce dernier s'est fâché en lui reprochant d'utiliser son argent inutilement; mais nul doute que pour Carlo, le prix pourtant élevé des cadeaux qu'il avait acheté représenterait à peine le montant d'un pourboire. Katô s'était tant réjoui d'offrir à son ami ce pendentif dont ils portent chacun la moitié au cou, mais à présent, tout celà lui semble si naïf....

Le jeune homme s'assoit maussadement sur une chaise longue, ne cachant pas qu'il se sent un peu déprimé. Mais après l'avoir écouté en silence, Iwaki vient s'assoir à ses côtés, lui assurant que ce cadeau qu'il a reçu de lui lui fait bien plus plaisir que n'importe quel objet de luxe que pourrait lui offrir quelqu'un d'autre. Mais par-dessus tout, ce qu'il y a de plus précieux pour l'acteur, c'est le temps qu'il peut passer auprès de son bien-aimé. "Notre relation n'est pas du genre de celle que l'on peut mesurer avec de l'argent, n'est-ce pas ?" ajoute doucement Iwaki en posant sa tête au creux de l'épaule de Katô. Rougissant à ce si troublant aveu, le jeune homme s'empare des lèvres de son compagnon. Tous deux s'enlacent, tandis que derrière eux une mer paisible s'étend sous le crépuscule. Ils ne remarquent pas que depuis la porte vitrée du salon, le jeune Magira les observe, avec sur son visage une expression de rage sombre difficilement contenue.

Mais indifférents à ce qui les entoure, les deux amants, après un long baiser passionné, continuent leur discussion. Katô trouve que son ami a encore changé: autrefois, jamais il n'aurait prononcé de vive voix des paroles aussi sincères. Gêné, Iwaki répond que lui aussi est peut-être un peu influencé par la franchise de Carlo: l'acteur lui-même a du mal à croire qu'il a pu tenir si ouvertement de tels propos. Iwaki disant qu'il se sent d'humeur à s'enivrer, Katô se lève afin d'aller chercher quelque chose à boire. Craignant de se faire surprendre en train d'espionner, Magira sursaute, reculant précipitamment; mais c'est Carlo qui l'aperçoit le premier et s'étonne de le trouver là. Ainsi, quand Katô pénètre dans le salon, il a la surprise de tomber nez à nez avec les deux amants. Le jeune acteur expliquant que son compagnon et lui boiraient bien un peu d'alcool, Carlo se propose de le guider jusqu'à sa cave. Mais de plus en plus en colère, s'écriant qu'il va s'en charger lui-même, Magira prend soudain Katô par le bras et le tire à moitié de force à sa suite. Le regardant faire d'un air malheureux, Carlo pousse encore une fois un profond soupir; mais son regard est bientôt attiré par la silhouette d'Iwaki, resté seul au bord de la piscine.

"J'ai changé ?..." se demande l'acteur, le regard perdu dans le lointain. Il doit bien reconnaître qu'il n'a plus besoin de se forger des raisons pour aimer Katô. Iwaki a l'impression que toutes ses inquiétudes se sont envolées. Même s'il ne possédait plus rien, Katô seul continuerait sans réserve de lui prodiguer son amour. Ainsi, il est important que lui-même fasse tout son possible pour combler lui aussi son compagnon en retour. Et dans ce but, il lui faut commencer par abandonner sa raideur et cesser de se mentir sur ses sentiments.

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© Youka Nitta / Biblos

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L'acteur est interrompu dans ses réflexions par l'arrivée inopinée de Carlo, qui n'a cessé de l'observer depuis la terrasse. "Quelle beauté !" s'exclame le milliardaire en s'avançant vers Iwaki. "Oui, c'est vraiment un très bel endroit" répond ce dernier. "Je parlais de vous, corrige Carlo avec un sourire. Vous pensiez à lui, n'est-ce pas ?" Tandis que l'acteur devient écarlate, son hôte lui demande si celà fait longtemps qu'il fréquente Katô. Maîtrisant son trouble, Iwaki répond qu'en effet il y a de nombreuses années que son ami et lui se connaissent, mais contrairement à Carlo et Magira, leurs premiers contacts étaient bien loin du coup de foudre ! On irait même jusqu'à dire qu'au départ tous deux ne pouvaient pas se voir, mais avant qu'eux-mêmes aient compris les raisons de ce subtil changement, Katô en est venu à lui avouer qu'il l'aimait, et l'acteur également s'est peu à peu senti attiré par le jeune homme. Et à présent, Iwaki n'en finit pas de remarquer combien ses sentiments pour Katô ne cessent de grandir en lui. A chaque fois qu'il pense à son amour, il se dit qu'il ne pourrait pas aimer davantage, mais pourtant, à chaque fois, ses sentiments s'avèrent de plus en plus forts....

"Quel bonheur que celui de Katô...." prononce Carlo mélancoliquement. "Etre aimé en retour par l'élu de son coeur.... D'une passion que même le temps ne peut émousser.... Je ressens celà comme.... un véritable miracle !..." Carlo n'en dit pas davantage, mais celà suffit à Iwaki pour comprendre combien le jeune milliardaire se sent désespéré....

Au même moment, Magira entraîne Katô au premier étage, dans une salle de séjour circulaire pourvue d'un piano. Y a-t-il vraiment une cave dans un tel endroit ? A peine commence-t-il à formuler la question que l'acteur pousse un cri de surprise tandis que Magira se jette littéralement sur lui. "Contre toute attente, vous êtes plutôt obtu, lance l'entreprenant jeune homme. N'avez-vous pas remarqué mes regards brûlants ? Je suis un de vos fans.... Cependant jusqu'à présent la chance ne s'était pas présentée de me retrouver seul avec vous...." Epouvanté, complètement paniqué, Katô fait de son mieux pour repousser son assaillant. S'excusant, il explique qu'il n'a aucun goût pour les hommes, excepté Iwaki. Mais Magira ne veut rien entendre, car jusqu'à ce jour, personne ne lui a jamais résisté, pas même les hétéros les plus endurcis. Katô continuant de refuser ses avances, Magira sent à nouveau cette rage sombre monter en lui: même en un moment pareil, le jeune acteur ne songe qu'à son compagnon, à la mine renfrognée qu'il lui ferait durant tout leur voyage si jamais Iwaki venait à l'apercevoir en si "fâcheuse" posture. Alors, acculant davantage Katô contre la fenêtre, Magira rendu méchant par la jalousie lui explique que depuis le bord de la piscine, on peut voir parfaitement l'intérieur de cette pièce. Iwaki va peut-être finir par les apercevoir ensemble ainsi enlacés....

En effet, juste au moment où l'acteur commence à s'inquiéter de ce que son ami tarde tant à revenir, son regard est soudain attiré par cette fenêtre éclairée du premier étage. Aussitôt, Iwaki se relève d'un bond, ébahi de stupeur. S'étonnant de sa réaction, Carlo tourne la tête en direction du point que fixe son invité et découvre à son tour cette odieuse scène, Magira qui embrasse de force Katô sur la bouche. Iwaki et Carlo serrent les dents de rage, mais si le premier ne tarde pas à s'élancer en courant vers la résidence, le second quant à lui se contente de pousser un douloureux soupir, s'avançant vers l'entrée d'un pas plein de lassitude.

A ce moment au premier, Katô furieux parvient enfin à se libérer des assauts de Magira, le repoussant avec violence. Ce dernier ne cache pas sa surprise: il ne fait aucun effet à Katô ? A ces mots, le jeune homme explose de colère: bien sûr qu'il ne lui fait rien ! Qu'est-ce que Magira a dans la cervelle ?! Il a pourtant déjà un petit ami, un petit ami si tendre et qui paraît tellement l'aimer ! A cet instant, à bout de souffle et en nage pour avoir parcouru en courant cette immense résidence dont il ne connaît rien, Iwaki débarque dans la pièce. Livide, les yeux emplis de larmes, Katô croit sa dernière heure arrivée tant son compagnon paraît furieux. Mais se dirigeant d'un pas décidé vers les deux jeunes gens, alors que Katô s'apprète à lui expliquer le malentendu, l'acteur l'attrappe vivement par le bras. Le jeune homme ferme les yeux, pensant qu'Iwaki va le frapper, mais ce dernier se contente de l'attirer derrière son dos, se plantant devant lui les bras étendus comme s'il cherchait à le protéger d'un danger.

Rougissant, Katô n'en revient pas.... Mais Iwaki, fou de rage, s'adresse en criant à Magira: "Ne crois pas que tu peux obtenir tout ce que tu veux ! Tu as déjà un petit ami si tendre, de quoi te plains-tu !!" A ces paroles, c'est au tour de Magira de trembler de colère. "Tendre ?! Un mec qui offre d'autres hommes à son petit ami ?!" Magira se retourne brusquement en entendant le bruit des pas de Carlo qui vient de pénétrer dans la pièce. "Regardez-le !! Regardez son visage froid alors que son petit ami vient d'embrasser un autre homme !! Carlo ne fait que m'enclore tel un objet afin de jouir de moi à sa guise, il ne m'aime pas !!" Le millardaire ne dit mot, mais son visage est si douloureux tandis que ces accusations l'atteignent comme un cou au coeur.

Cependant, levant la main, Iwaki gifle Magira violemment. "Penses-tu que l'on puisse traiter aussi précieusement un être que l'on n'aime pas ?!" Mais le jeune homme ne veut pas en démordre, répliquant sur-le-champ que cette soi-disant tendresse, cette manière de traiter soigneusement quelqu'un ne consiste pour Carlo qu'à utiliser de l'argent. N'est-ce pas Iwaki et Katô eux-mêmes qui ont dit que l'amour ne pouvait pas se mesurer par la richesse ? C'est plutôt leur relation à eux qui s'avère hors du commun ! Baissant la tête, Magira ne parvient plus à contenir ses larmes. Pourquoi Carlo n'est-il pas jaloux lorsqu'il montre de l'intérêt pour un autre homme.... Pourquoi il vient à l'esprit du milliardaire d'aller jusqu'à inviter cet homme à leur maison ...!! Magira n'y comprend rien....

S'avançant vers son ami, Carlo s'excuse. Il ignorait que le garçon éprouvait de tels tourments. En fait, aujourd'hui encore il n'arrive pas à croire que Magira soit resté à ses côtés; et rien ne l'inquiète plus que de se demander quand est-ce que le jeune homme finira par s'ennuyer et reprendre sa vie errante d'autrefois. Afin que Magira ne se sente pas privé de liberté auprès de lui, Carlo avait donc l'intention d'exaucer le moindre de ses désirs, tant que durerait sa fortune. Car depuis sa petite enfance, c'est ainsi que le milliardaire a été élevé, et même aujourd'hui il continue de croire que cette façon dont son père et sa mère l'ont copieusement gâté n'était pour eux qu'une manière de lui montrer leur affection. Par conséquent, agissant de même avec Magira, jamais il ne lui est venu à l'esprit que ce dernier en aurait conçu de l'inquiétude. Ainsi, l'entourant de ses bras et appuyant son front contre celui du jeune homme en pleurs, Carlo demande à Magira de lui enseigner à partir de maintenant sa propre manière d'aimer. N'osant ouvrir la bouche de peur de laisser échapper ses sanglots, Magira acquiesce de la tête. Quant à Iwaki et Katô, heureux que ces deux amants déchirés aient enfin réussi à se comprendre, ils s'éloignent discrètement afin de les laisser seuls....

Le lendemain matin, Carlo et Magira raccompagnent les deux acteurs à leur Hôtel de Rodeo Drive, au grand soulagement de Katô qui pleure de joie de pouvoir être enfin seul avec son ami. Hélas sa joie est de courte durée, le milliardaire les rappelle soudain afin de s'enquérir du temps qu'ils comptent rester à Los Angeles. Iwaki répondant quatre jours - ensuite Katô et lui se rendront à San Francisco - Carlo leur demande si dans trois jours, tous deux ne pourraient pas encore une fois leur offrir un peu de leur temps. Il y a quelque chose qu'il voudrait préparer pour eux; quelque chose qui ne deviendra pas un fardeau pour les deux acteurs, que Carlo désire qu'ils acceptent à tout prix. Surpris, Iwaki ne sait que répondre tant le milliardaire paraît sérieux, bien qu'à ses côtés Katô gémit, désespérant de pouvoir se débarrasser un jour de ces deux enquiquineurs. Cependant, de son sourire charmeur et énigmatique, Carlo ajoute en corrigeant: "Non.... Ce sera ensuite vos actes qui détermineront si ce cadeau sera ou non un fardeau...."

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© Youka Nitta / Biblos - Quelle surprise leur réserve donc le beau Carlo....

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C'est ainsi que trois jours plus tard, avec pour seuls témoins Carlo et Magira, dans une église où l'on accepte de marier les couples homosexuels, Katô et Iwaki échangent leur serment et leurs anneaux.

Le matin de ce jour, quand le milliardaire les a mis au courant de cette cérémonie qu'il a organisé spécialement pour eux, les deux acteurs n'ont pas manqué de protester: un mariage doit être un acte personnel et réfléchi; qu'ils prennent ou non une telle décision ne regarde qu'eux, celà dépasse largement le cadre de ce que l'on peut recevoir d'autrui ! Pourtant Carlo a déjà préparé tout ce qui est nécessaire à la cérémonie, depuis les costumes jusqu'aux moindres détails. Il ne reste plus désormais aux deux amants qu'à prononcer devant Dieu leur serment d'amour éternel, si bien sûr Katô et Iwaki ont réellement confiance en leurs sentiments mutuels, qu'ils croient vraiment que même dans le futur ils continueront à s'aimer.

Voilà pour ainsi dire les deux acteurs pris à la gorge par les décisions arbitraires de Carlo. Cependant Iwaki n'est pas sans comprendre les inquiétudes du milliardaire, inquiétudes qui motivent son comportement: Carlo voudrait que le couple japonais continue de leur prouver à lui et à Magira que leur amour ne peut réellement être affaibli par le temps qui passe, que même pour un couple homosexuel, un amour aussi fort existe en ce monde. Il voudrait la preuve qu'un tel lien ne relève ni du rêve, ni du miracle.... Néanmoins, avant que Iwaki ait le temps de prononcer une parole, Katô explose de colère. Le jeune homme ne peut supporter que le riche homme d'affaire leur impose ainsi telle ou telle chose au gré de sa fantaisie uniquement parce que celà lui est commode. Son compagnon et lui s'aiment, ils peuvent le jurer à n'importe qui, néanmoins ce n'est pas le genre de chose qu'on peut leur ordonner de faire !

Iwaki se lève de son siège, enjoignant à son ami de se calmer. Puis, il s'adresse à Carlo, lui disant qu'il accepte sa proposition avec joie, à la grande surprise de Katô. L'acteur explique que vu qu'ils viennent juste de se rencontrer, il ne sait pratiquement rien du milliardaire, mais du moins, une chose est certaine à ses yeux: Carlo n'est vraisemblablement pas du genre à employer à la légère le mot "mariage" devant la personne dont lui-même est amoureux. Voilà pourquoi Iwaki veut bien accepter, ajoutant en son for intérieur à l'adresse de Carlo, dont il perçoit clairement les doutes: "Si celà peut vous donner du courage...." Contemplant d'abord l'acteur avec une surprise mêlée d'incrédulité, le milliardaire finit par hocher la tête, vaincu. "Ah.... Décidément, que vous êtes beau ! Mr. Katô est vraiment un homme heureux !" ne peut s'empêcher de remarquer Carlo encore une fois - ce qui lui vaut de se faire écraser le pied par un Magira jaloux et irrité. Ne pas louer devant lui quelqu'un d'autre que lui-même ! C'est là l'une des règles sévères de la manière d'aimer selon Magira que son petit ami voulait tant qu'il lui enseigne, et Carlo accepte de s'y plier avec joie.

La cérémonie de mariage a donc lieu dans la fameuse église Méthodiste d'Hollywood, réputée pour avoir célébré les unions de tant de célébrités. C'est ainsi devenu un lieu de passage obligé pour les touristes, et justement, tandis que Iwaki et Katô s'apprètent à quitter le lieu de culte, un car de vacanciers japonais s'arrête par hasard devant ce dernier. Quelle n'est pas la surprise des passagers en découvrant leurs deux stars nationales en habit de cérémonie ! Les touristes en profitent pour faire des photos afin d'immortaliser l'événement, et nul doute qu'avant même que les deux acteurs soient rentrés en leur pays, tout le monde sera déjà au courant de leur mariage secret !

Tandis qu'ils s'avancent sous le porche de l'église, Katô et Iwaki se font joyeusement bombarder de confettis. Carlo et Magira les attendent au bas des marches. Le miliardaire s'excuse que ce ne soit pas les voeux d'amis très proches, mais néanmoins il félicite le couple pour son mariage. Grâce à celui-ci Katô et Iwaki sont désormais époux en bonne et due forme. A ces mots, Katô ému ne peut bientôt plus contenir les larmes qui lui montent aux yeux. "Idiot, ne pleure pas...." lui dit son compagnon en l'attirant tendrement contre lui. Puis, les deux acteurs font leurs adieux à Carlo et à Magira, les remerciant pour tout. Carlo déplore que tous quatre doivent se quitter ainsi, mais il est vraiment heureux d'avoir rencontré Katô et Iwaki. Il espère que la prochaine fois que ces derniers viendront à Hollywood, ce sera en tant qu'acteurs et non que vacanciers, car il est persuadé que l'Amérique également saura apprécier le charme du couple d'artistes japonais; et lorsque le moment sera venu, le milliardaire est bien décidé à leur donner un petit coup de pouce pour leurs débuts dans ce pays.

Après une dernière poignée de mains, les quatre jeunes gens finissent par se séparer. Tandis que Carlo et Magira restent seuls devant l'église, le jeune homme pose enfin la question qui le préoccupe: dans le couple d'Iwaki et Katô, qui est qui ? (C'est-à-dire qui est l'actif et qui est le passif ?) Il n'arrive pas à le déterminer.... Carlo répond qu'il n'en sait rien, mais - ajoute le milliardaire en levant les yeux vers l'église, il est probable qu'il n'y ait pas de différences ni de rôle défini entre ces deux amants: où et dans quel domaine que ce soit, nul doute que ces deux-là s'alignent toujours sur un pied d'égalité....

Après avoir laissé leurs nouveaux amis, Katô et Iwaki sont rentrés à leur luxueuse chambre d'hôtel. Pas du tout habitué à porter ce genre de vêtement, Iwaki se sent fatigué et voudrait ôter son costume de cérémonie, cependant Katô l'arrête: ce costume blanc lui va si bien, il souhaiterait que son compagnon le conserve encore un peu. Et puis c'est à l'occasion de leur cérémonie de mariage que l'acteur a enfilé cet habit, par conséquent Katô seul dispose du droit de le lui enlever. "Qu'est-ce qui te prends, prononce Iwaki légèrement troublé. Ne me dis pas que c'est encore notre nuit de noces ? Nous avons déjà fait l'amour tant de fois...." Mais comme aux yeux de Katô son ami se métamorphose peu à peu chaque jour, pour lui c'est toujours comme si c'était la première fois qu'il l'étreignait. Entourant de ses bras la taille d'Iwaki, le jeune homme lui répète qu'il représente tout pour lui, qu'il l'aimera toute sa vie durant. Le couple échange un long baiser, tandis que, comme un signal, Katô défait la cravate de son ami. "Allons au lit.... prononce-t-il doucement. Je vais t'aimer toute la nuit...."

Quelques instants plus tard, les deux amants se retrouvent nus enlacés sur le splendide lit à baldaquin. Lui d'ordinaire si impatient, Katô prend son temps, déguste chaque seconde et chaque geste en couvrant le corps de son compagnon de tendres caresses. Mais c'est sans compter l'espièglerie d'Iwaki qui, s'emparant entre ses dents du pendentif suspendu au cou du jeune homme, lui lance un regard des plus lascif et provocateur ! Katô en ressent aussitôt d'irrépressibles frissons. Lui qui pensait ce jour-là étreindre son ami avec douceur, ce dernier aime-t-il tant que celà être traité avec rudesse ? Du coup, le jeune homme change radicalement de manière d'agir, s'abîmant dans une étreinte pleine de fougue et d'ardeur qui les laisse tous les deux à bout de souffle et pantelants. Etendu sans force sur le corps d'Iwaki qui l'entoure de ses bras, le visage enfoui dans son cou, Katô ne cesse de répéter combien il l'aime. Cependant l'acteur n'est pas du tout décidé à en rester là. Etendant Katô sur le matelas, il se penche au-dessus de lui, avouant que lui aussi souhaiterait l'étreindre - si bien sûr le jeune homme est d'accord. Katô n'a aucune raison de refuser. C'est si rare que son ami lui demande son corps, il en est au contraire très heureux....

Quelques jours plus tard, leur voyage achevé, les deux acteurs atterrissent au Japon. A peine font-ils leur apparition dans le hall de l'aéroport de Tôkyô que les voilà assaillis par une troupe de journalistes déchaînés, bombardés par les flashs des appareils photos ainsi que de questions. "Est-ce vrai que vous vous êtes mariés en Amérique ?" "Y a-t-il une signification au choix de cette période ?" Eh bien, l'affaire a fini par s'ébruiter, remarque Katô. Il n'y a pas de doute, nous voilà bien rentrés au Japon, soupire le jeune homme, et celà lui donne l'impression d'être brutalement arraché à un beau rêve pour être ramené d'un coup à la réalité. A ses côtés, Iwaki prend les choses avec bonne humeur et positivisme: n'est-ce pas très bien comme ça ? Tout ce bruit que l'on fait autour d'eux consacre leur célébrité. Et puis, n'est-ce pas ici, au Japon, que se trouve leur véritable foyer ? "C'est vrai," répond le jeune homme réjoui. Et de toute manière, du moment qu'Iwaki s'y trouve à ses côtés, n'importe quel endroit lui serait un paradis ! ajoute Katô en chantonnant. Et sur ces paroles, les deux acteurs reprennent leur chemin en direction de la sortie, poursuivis par leur bruyante escorte avide de curiosité....

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© Youka Nitta / Biblos

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Chapitre 5 Kiss of Fire - Page 157

Pour la réalisation de leur tout premier recueil de photographies, qui doit être un recueil commun, Yôji Katô et Kyôsuké Iwaki se sont rendus sur la côte ouest des Etats-Unis. Ravi de pouvoir travailler avec son compagnon, sitôt qu'on le lui a proposé Katô s'est empressé d'accepter le projet, se chargeant de convaincre Iwaki réticent. Hélas, une fois venu le moment des premières séances de pose qui se déroulent sur un bateau dans un cadre idyllique - la mer et une plage déserte baignée par un soleil radieux - l'acteur qui ne goûte guère ce genre de séance en maillot de bain a bien du mal à se montrer décontracté. Contrairement à son ami qui affiche à ses côtés un visage souriant et détendu, malgré ses efforts et les recommandations du photographe, Iwaki quant à lui ne parvient à exprimer que malaise et raideur. Heureusement, le soleil commençant à décliner, le photographe décide finalement d'en rester là pour aujourd'hui, mettant fin au calvaire de l'acteur.

Comme les deux jeunes gens viennent juste d'arriver aux Etats-Unis et doivent être fatigués après leur voyage et cette première journée de travail, le photographe choisit de leur laisser le champ libre en cette fin d'après-midi afin qu'ils puissent se reposer. Néanmoins, prenant Iwaki à part, l'homme lui demande de tâcher lors de la séance du lendemain de se montrer un peu plus ouvert: il voudrait capter dans son objectif un Kyôsuké Iwaki tel qu'on ne peut le voir à la télévision; par conséquent, le photographe serait bien content que l'acteur essaye de se détendre comme lorsqu'il se trouve seul avec Katô. Désolé, Iwaki avoue que ça ne lui sera pas facile, mais promet de faire de son mieux le lendemain.

Appuyé à la proue du navire, Katô entend cette conversation, pensif. C'est lui qui a entraîné son compagnon dans cette équipée, il se doit donc de faire quelque chose pour l'aider. Alors, sitôt que l'acteur a terminé son entretien avec le photographe et revient vers lui, le jeune homme lui propose afin de lui changer les idées de revenir en nageant jusqu'à la berge. Et avant qu'Iwaki surpris ait le temps de répondre oui ou non, le tirant par le bras, Katô l'entraîne avec lui dans un plongeon. Voilà le photographe bien embêté par cette baignade imprévue: comment les deux amants vont-ils faire pour rentrer depuis la berge jusqu'à l'hôtel ? Il y a une sacrée distance entre l'un et l'autre, surtout à pieds ! Mais l'homme se décide finalement à rentrer au port avec son assistant afin de ramener le bateau à son agence de location et revenir récupérer les deux fugueurs plus tard. Car le photographe a parfaitement compris qu'Iwaki et Katô désirent être seuls, et si cette petite escapade peut permettre à Iwaki de se relaxer, c'est bien peu cher payé.

Après avoir parcouru plusieurs dizaines de mètres à la nage, les deux amants parviennent enfin sur la plage. Si Katô ne ressent aucune fatigue de cette longue brasse improvisée, il n'en est pas de même d'Iwaki, complètement à bout de souffle. S'étonnant de son manque de condition physique, l'acteur l'attribue à l'âge: jamais auparavant il n'avait été si essoufflé après avoir nagé, même sur une telle distance. A ces mots, Katô proteste: il trouve son ami encore très jeune, sa peau et les lignes de son corps sont d'une grande beauté, au point que le jeune homme commence à regretter d'avoir accepté ce travail. Au début, si Katô a donné son accord pour ce recueil de photos, c'est parce qu'il désirait montrer aux yeux du monde que cet acteur si beau n'appartient qu'à lui seul. Mais à présent, en y réfléchissant bien, celà aura aussi pour résultat que toutes les personnes qui vont acheter le recueil vont pouvoir contempler un Iwaki que lui seul connaissait. Ainsi, embrassant son compagnon - qui est désormais son époux, Katô annonce que quand le livre sortira, il a bien envie d'en acheter tous les exemplaires !

En superposant ses lèvres aux siennes, Katô remarque combien celles de son ami sont glacées. Normal, rouspète Iwaki, après être resté aussi longtemps dans l'eau, et c'est au contraire le fait que le corps de Katô ait pu conserver une température aussi élevée qui est plutôt étrange ! Mais le jeune homme n'a aucun mal à en expliquer les raisons: rien que de voir son compagnon se promener devant lui revêtu d'un aussi minuscule maillot de bain suffit à faire grimper sa température en flèche, et il avoue avoir eu bien du mal à contrôler ses ardeurs durant la séance de photos ! Néanmoins, à présent, tous deux se retrouvent enfin seuls, il ne lui est plus nécessaire de se contenir. Alors, prenant Iwaki par la main, Katô l'entraîne au pied de la falaise, lui assurant qu'il va vite le réchauffer.

Abrités d'éventuels regards indiscrets par des récifs de coraux, les deux acteurs font l'amour sur la plage désertée empourprée par le soleil couchant. Puis, embrassant à nouveau son bien-aimé, Katô constate avec satisfaction que les lèvres d'Iwaki sont devenues chaudes tout comme les siennes. Tandis que tous deux s'enlacent amoureusement dans une parfaite nudité, le photographe et son assistant venus à leur recherche les aperçoivent enfin. Faisant signe à son accolyte de se taire, le photographe en profite pour immortaliser cet ardent baiser, mer et ciel embrasés en arrière-plan, faisant ainsi la photo la plus magnifique et certainement la plus naturelle de tout le recueil. Un recueil intitulé comme il se doit "Kiss of Fire".

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© Youka Nitta / Biblos

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