

A peine rentré de son travail, Iwaki se fait entraîner sur le canapé par un Katô bien décidé à ne pas attendre un instant pour "passer à table". Mais cette fois, son compagnon n'est pas du tout disposé à se laisser faire. Voilà dix jours que sitôt de retour à la maison, le jeune homme lui fait l'amour. Iwaki n'en peut plus. Chaque matin c'est en traînant les pieds qu'il se rend au studio, alors que son planning se trouve si chargé ! Katô lui-même n'est-il pas débordé ces temps-ci ? Le jeune acteur acquiesce, mais ajoute avec un sourire radieux que rien que de songer que sitôt la journée finie il pourra retrouver son ami, il ne sent pas la fatigue, cette douce attente le remplit de courage et d'entrain. Que répondre à celà ? Iwaki baisse la tête, découragé. Rougissant, Katô se penche vers lui. Ne sont-ils pas en quelque sorte en train de vivre leur lune de miel, puisque Iwaki vient enfin de lui avouer qu'il l'aimait ? Et puis, ces moments où tous deux se retrouvent ensemble représentent pour le jeune homme une détente après les tensions et le stress de la journée.
Katô est sur le point de reprendre ses caresses, mais Iwaki le repousse de plus belle en lui criant d'attendre: le jeune homme ne réalise donc pas le fardeau qu'il fait endurer au corps de son compagnon ? Si katô parvient à terminer son travail frais et dispos, il n'en est pas de même pour Iwaki qui rentre chaque soir complètement épuisé. Le jeune acteur n'est quand même pas un chien en rut, il doit pouvoir se contenir lorsqu'on lui demande d'attendre. A ces mots, Katô arbore un visage irrité, mais répond qu'il a compris. Au ton de sa voix, Iwaki réalise qu'il a blessé son ami. En effet, ce dernier lance qu'apparemment il n'y a que lui à s'enflammer ainsi, alors qu'il pensait que son compagnon le désirait tout autant. Se relevant, Katô vexé va s'enfouir dans son lit placé juste derrière le canapé. Regrettant ses paroles blessantes, Iwaki l'appelle, désolé, mais le jeune homme refuse de répondre. Alors, l'acteur finit par quitter la pièce, prévenant néanmoins timidement avant de sortir que le surlendemain sera son jour de congé. Toujours pas de réaction de la part de Katô. Refermant la porte du salon, Iwaki se résigne à se diriger tristement vers sa chambre. "Aurais-je été trop loin ?" s'inquiète-il. Mais il s'agit pourtant de la vérité, les ardeurs infatiguables de son jeune ami sont un fardeau pour son corps, il devenait nécessaire de le lui faire comprendre. Réfléchissant, Iwaki finit par se demander cependant si le problème ne vient pas également de lui: tout en sachant que chaque fois qu'il entre dans la chambre de Katô se déroule le même scénario, il ne peut s'empêcher d'aller quand même le voir; si vraiment il ne voulait pas coucher avec lui, l'acteur n'avait qu'à se rendre directement dans la sienne, la seule pièce de l'appartement où le jeune homme ne rentre absolument jamais.
Le lendemain soir, Mme Shimizu reconduit Iwaki chez lui. Comme le lendemain est son jour de congé, la jeune femme recommande à l'acteur de bien se reposer, car ces derniers temps il paraît vraiment épuisé. Iwaki monte donc à l'appartement, et jetant un coup d'oeil dans le salon dont Katô a fait sa chambre, il remarque que le jeune homme n'est pas encore rentré. Soupirant, l'acteur se laisse tomber sur le lit. Lui qui voulait tant s'excuser de son comportement de la veille.... Caressant le tissu du couvre-lit, Iwaki réalise que bien qu'il s'agisse du lit d'une autre personne, il y éprouve du bien-être comme dans le sien. Il est vrai qu'à chaque fois qu'il fait l'amour avec Katô, c'est dans cette chambre, par contre jamais encore il n'a fait entrer son ami dans la sienne, et le jeune homme n'ose y pénétrer de lui-même sans permission. Se remémorant douloureusement ses paroles de la veille, Iwaki se rend compte qu'inconsciemment, c'est comme s'il mettait à l'épreuve l'affection de Katô: tout en le repoussant, il désire ce comportement empressé. Il est victime d'un véritable paradoxe.
Après s'être lui-même consolé par des caresses de l'absence de son ami, Iwaki finit per s'endormir sur le lit de ce dernier. Lorsqu'il s'éveille enfin, le matin est déjà venu, et Katô n'est toujours pas rentré. Mais tandis qu'Iwaki regarde sa montre, il entend soudain du bruit sur le palier. A peine s'est-il redressé que Katô entre dans la pièce, et son visage affiche une vive surprise quand il découvre son compagnon étendu sur son lit. Mais sur le point de demander ce que ce dernier fait là, il se ravise soudain et s'excusant, s'apprète à s'en aller à nouveau. Criant son nom, Iwaki parvient à arrêter Katô, mais le jeune homme lance vers lui un regard grave des plus contrarié. Lui qui d'ordinaire pardonne tout en riant ! Pourtant, l'acteur est certain de n'avoir rien dit d'injuste au point de provoquer un tel comportement. Tremblant, Iwaki rappelle à Katô qu'aujourd'hui est son jour de congé, mais ce dernier répond que c'est justement pour celà qu'il s'en va. Crispé de douleur, l'acteur demande si celà signifie que son ami ne veut plus le voir, néanmoins le jeune homme, après une seconde d'hésitation, se retourne pour crier qu'il n'en est rien. Les yeux mouillés de larmes, Iwaki se met à crier encore plus fort: si c'est ainsi, pourquoi Katô sort-il ? Et n'a-t-il pas le droit de le repousser lorsque son corps ne peut plus supporter son étreinte ? Alors que tous deux sont enfin devenus de vrais amants, Katô va le détester pour une raison aussi injustifiée ?!!
A ces mots, le jeune homme s'insurge: jamais il n'a proféré une chose pareille ! N'est-ce pas Iwaki lui-même qui a dit qu'il voulait profiter de son jour de congé pour se reposer ? Mais l'acteur réplique aussitôt que ce n'est pas du tout ce qu'il souhaitait lui laisser entendre en évoquant ce jour de repos. Surpris, Katô se fige net. Rougissant, il réalise enfin ce que son compagnon tentait de lui signifier, et se rendant compte de sa méprise, il éclate de rire: alors qu'Iwaki lui donnait le feu vert, il avait compris "Ce jour-là fiche-moi la paix". Le jeune homme explique alors que chaque fois qu'il contemple le visage d'Iwaki, il ne peut s'empêcher de le désirer; ainsi, afin de le laisser tranquillement se reposer, il s'était résolu à ne pas le voir. Jamais il n'aurait pensé que son compagnon ultra-sensible en aurait conçu de l'inquiétude, et Katô s'excuse donc sincèrement. A genoux sur le lit, Iwaki reste coi, complètement décontenancé. Le contemplant avec tendresse, le jeune homme fait remarquer qu'ils sont vraiment très amoureux l'un de l'autre, pour se préoccuper ainsi de leurs attitudes mutuelles. Le visage grave, en son for intérieur, Iwaki réalise combien ce que dit son ami est vrai. Alors, le prenant par la main, il conduit ce dernier jusqu'à sa chambre, cet endroit mystérieux dans lequel Katô n'a jamais mis les pieds.
Gêné, le jeune homme n'ose malgré tout entrer et reste debout sur le pas de la porte, parcourant l'intérieur de la pièce du regard. S'asseyant sur son lit, Iwaki demande à son ami: "Que t'arrive-t-il ? Tu n'entres pas ?" Confus, Katô hésite, répond qu'il avait le sentiment que quoi qu'il advienne, il ne devait absolument pas pénétrer dans cette chambre. Mais finalement, pas à pas, le jeune homme se décide à s'avancer lentement vers son ami, qui le fixe d'un air à la fois troublé et étrangement serein. La porte de cette pièce était comme un mur qu'il aurait fabriqué pour se préserver de Katô; en entrant dans sa chambre, c'est en lui que le jeune homme est en train de pénétrer, encore davantage, pas après pas.... Une fois Katô parvenu tout près de lui, Iwaki lui dit en souriant que s'il le désirait à ce point là, il aurait du se rendre dans cette pièce depuis longtemps. Le jeune homme réplique avec ironie: "Tu m'en diras tant ! Alors que si j'étais entré sans ta permission tu te serais mis en colère !..." L'embrassant, Katô étend doucement son compagnon sur le lit, et lui enjoint de lui enseigner tout ce qu'il pourrait faire pour devenir plus à son goût. Car il ne veut plus désormais que ses actions le fassent détester d'Iwaki. Cependant ce dernier, prenant la tête du jeune homme entre ses mains, lui demande de rester tel qu'il est, un capricieux brutal qui ne cesse de le mettre en colère, car c'est ce comportement naturel de Katô qui l'appaise et le rassure. Riant, le jeune homme répond que dans ce cas, il passera sa vie entière à se faire disputer par Iwaki !
Enfin réconciliés, les deux amants s'étreignent donc dans la chambre de l'acteur. Brûlant de désir, Katô explique que si ces derniers temps il n'arrive pas à se contenir, c'est en grande partie de la faute de son ami: il est devenu si sexy et si voluptueux ! Ainsi, à peine les deux jeunes gens retombent-ils à bout de souffle sur le matelas que Katô réclame déjà un second round. A ce moment, Iwaki réalise soudain quelque chose: si aujourd'hui est son jour de congé, qu'en est-il de son compagnon ? Katô répond nonchalamment qu'il doit aller travailler à 14 heure. Hors, il est déjà 10 heure du matin, il ne lui reste plus que quatre heures pour se reposer de sa nuit blanche ! Scandalisé, Iwaki lui ordonne de dormir au plus vite ! Mais le jeune homme ne l'entend pas de cette oreille: peu importe une ou deux nuits blanches, si c'est pour son ami, il est prêt à "faire de son mieux". D'ailleurs, l'acteur ne vient-il pas d'avouer qu'il aimait les hommes violents ? Mais Iwaki lui assène encore une fois un bon coup sur la tête, criant que ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Décidément, il devient urgent d'enseigner le mot "Attends" à ce garçon qui ne connaît que l'expression "On remet ça ?"

Dans la cafétariat du studio, assis seul à une table, Iwaki soupire en contemplant mornement sa tasse de café. Bientôt, survient enfin la personne qu'il attendait: ce n'est autre que Nagisa Sawa, le superbe écrivain travesti. Gêné et hésitant, l'acteur s'excuse de l'avoir fait venir spécialement et avoue qu'il n'y a plus qu'à lui qu'il pouvait s'adresser. Un moment plus tard, en allant acheter des boissons au distributeur, le manager Kanéko aperçoit Iwaki et Sawa en grande conversation dans le salon réservé aux artistes, et s'empresse aussitôt d'aller en avertir Katô. Ce dernier est en train de se délasser tranquillement dans sa loge entre deux prises de vue. Apprenant cette étrange nouvelle de la bouche de son manager, le jeune homme, à qui son ami n'avait pas parlé de ce rendez-vous, se montre très étonné. Vaguement inquiet, Katô décide d'aller voir par lui-même, mais lorsqu'il arrive dans le salon, il n'y a plus personne. L'acteur en conclut que Iwaki et Sawa ont du se rencontrer simplement par hasard, mais malgré lui, cette affaire le préoccupe toute la journée.
Alors qu'il rentre chez lui en méditant sur ce désir de possession exclusive qu'il n'avait jamais éprouvé avant de fréquenter Iwaki, il voit soudain au détour du couloir un homme en costume sortir de leur appartement. Tandis que cet inconnu passe devant Katô, il pâlit et se trouble en remarquant la présence de l'acteur, puis s'empresse de continuer son chemin, visiblement apeuré. Quant à Iwaki, assis sur son lit, il ne cesse de soupirer en regardant soucieusement une liasse de papiers; mais entendant du bruit, il se dépêche de cacher les documents. Appuyé contre l'encadrement de la porte, Katô le fixe d'un air soupçonneux et des plus mécontent, s'étonnant de trouver son ami à la maison de si bonne heure. L'acteur répond évasivement que ce jour-là, il ne tournait que le matin. Mais la mine de plus en plus sombre, le jeune homme s'avance vers Iwaki en lui affirmant être au courant qu'il a rencontré Sawa dans la matinée. A ces mots, l'acteur se trouble et blêmit. Répondant qu'il a rencontré l'écrivain par hasard, il commence à se relever, mais Katô le prend par les épaules et le repousse violemment sur le lit. Qui était l'homme de tout à l'heure ? Katô rappelle à son ami que si ce dernier venait à le tromper, par jalousie il serait capable de tout. Scandalisé que son compagnon doute ainsi de lui, Iwaki a beau clamer qu'il s'agit d'un malentendu, il ne peut malgré tout fournir une explication satisfaisante comme le lui ordonne Katô avec véhémence. Alors, afin de vérifier par lui-même si son ami a couché avec un homme pendant son absence, le jeune homme décide d'étreindre Iwaki.
Honteux de se voir livré à une telle investigation corporelle, la figure cramoisie, l'acteur crie à son compagnon que ce dernier sait bien pourtant que n'étant pas réellement homosexuel, il n'a aucun goût pour les hommes. Jamais il ne lui viendrait à l'esprit de se donner à quelqu'un d'autre que Katô. Mais ce dernier n'en démord pas: il a remarqué que Iwaki est devenu incroyablement sensible au plaisir sexuel, et n'a en outre aucune conscience du charme qu'il exerce sur autrui. En agissant ainsi, le jeune homme n'a pas l'intention de l'humilier; il voudrait simplement savoir de quoi son ami a parlé avec Sawa, ainsi que ce que faisait cet inconnu dans leur appartement. Mais Iwaki, serrant les dents, refuse obstinément de parler; alors cette fois Katô se met véritablement en colère, criant qu'il est normal qu'il se méprenne si son compagnon ne lui explique rien ! Est-ce que lui seul ne suffit plus à Iwaki ?
L'acteur en a bientôt assez d'entendre Katô proférer de telles reproches à son égard. S'emparant des documents qu'il avait préalablement cachés, il lui jette à la figure la liasse de papiers. Surpris, en les parcourant le jeune homme découvre qu'il s'agit d'une demande de permis de construire et d'un contrat conclu avec une entreprise de bâtiment. Iwaki a l'intention de se faire bâtir une maison ? Furieux, l'acteur répond à Katô que tout celà ne le regarde pas. Il a demandé à Sawa de servir de garant pour la caution, quant à l'homme de tout à l'heure, ce n'était qu'un entrepreneur à qui il avait enjoint de tenir l'affaire secrète jusqu'à ce que l'habitation soit achevée. A ces mots, Katô se montre indigné ! Pourquoi son compagnon voulait-il lui cacher une chose aussi importante ? Tournant le dos au jeune homme, Iwaki hésite à lui répondre, puis finit par dire en tremblant que ce n'est pas spécialement pour vivre avec Katô qu'il a décidé de faire bâtir cette maison, mais en songeant à son propre avenir. Cependant, dans son coeur, l'acteur ajoute des paroles qu'il n'oserait encore prononcer à voix haute: "Je n'ai pas l'intention de te lier à moi en construisant cette maison; je la fait bâtir sous ma propre responsabilité. Afin que dans le futur, si tu le souhaites, tu puisses la quitter sans préoccupation."
Néanmoins, Katô comprend parfaitement les égards qu'a pour lui Iwaki en ne voulant pas lui imposer sa propre décision; cependant, il aurait préféré que ce dernier lui demande de partager les responsabilités. Est-il donc si peu digne de confiance ? Si son compagnon lui avait parlé de tout celà dès le début, il aurait évité cette scène de jalousie si ridicule ! Tête basse, les larmes aux yeux, Iwaki répond tristement que bien qu'il croit aux sentiments qu'éprouve pour lui Katô à présent, il n'a aucune certitude que ce dernier l'aimera encore dans trente ans, le temps qu'il faudra pour payer la maison. Si à ce moment le jeune homme décidait de le quitter, il ne se sent pas le courage de le regarder alors partir le coeur léger; de plus, Iwaki ne veut pas que tous deux connaissent une séparation difficile à cause d'une question d'argent.
Rougissant, Katô réalise sans oser y croire le sens caché derrière ces paroles en apparence si froides et terre à terre: même trente ans plus tard, son compagnon souhaite qu'il reste auprès de lui. Il s'agit pratiquement d'une demande en mariage, la demande faite de tours et de détours d'un Iwaki comme d'ordinaire pessimiste, tourmenté et lâche en amour. Heureux comme il ne saurait le dire, Katô entoure son ami de ses bras et enfouit sa tête contre son épaule. Leur prochain jour de congé, il lui propose d'aller faire modifier le contrat afin qu'il appose sa signature près de la sienne. Ils doivent bâtir cette maison ensemble, LEUR maison.... Et que ce nouveau foyer devienne le symbole de la pérennité de leur amour....

A présent que la construction de leur maison est achevée, Iwaki et Katô s'apprètent à déménager. Malgré les protestations de son cadet qui affirme qu'il perd son temps et devrait laisser faire les déménageurs, Kyôsuké s'obstine à vouloir empaqueter lui-même ses affaires, car il y a des choses qu'il refuse absolument d'exposer aux regards d'autrui. En particulier sa fameuse collection de vidéos pornos, les tous premiers films où il a joué à ses débuts ! Malgré tous ses efforts pour camoufler cet amas impressionnant de films X, Katô finit tout de même par les découvrir en fourrant le nez dans ses cartons, et enthousiaste, demande à son compagnon s'il peut les visionner. Mais Iwaki refuse: il compte toutes les jeter, et de plus ne veut pas que le jeune homme contemple ces images honteuses de son passé, sur lequel il a définitivement tiré un trait. A ces mots, Katô s'insurge: il n'y a rien d'honteux d'avoir été contraint de tourner dans ce genre de films pour débuter, et puis ceux-ci constituent une partie de l'être dont il est tombé amoureux. Il veut tout connaître d'Iwaki, et ne peut admettre que l'acteur abandonne ces cassettes que des tas de gens ont vu alors que lui ne les a encore jamais regardées. Finalement, Iwaki se laisse convaincre: il ne jettera pas les vidéos, à condition que son ami lui promette de ne pas les visionner. En fait, il voulait tout recommencer depuis le début avec Katô, et donc s'efforcer d'oublier cette période peu glorieuse de leur carrière à tous deux, mais encore une fois, il a cédé aux éternels caprices du jeune homme, et se surprend même à en éprouver de la joie.
Blotti dans les bras de son compagnon, Katô finit par avouer mélancoliquement qu'il éprouve un sentiment étrange à l'idée de déménager; il s'est passé tant de choses dans cet appartement ! C'est dans cette pièce qu'il a étreint Iwaki pour la première fois, dans cette pièce qu'Iwaki lui avait enfin avoué qu'il l'aimait, et bien sûr qu'il ne sait combien de fois il s'est fait disputer ! L'acteur répond ironiquement que sitôt arrivés dans leur nouvelle maison, Katô ne manquera certainement pas une occasion de faire quelque chose qui le mettra en colère. Ainsi, le lendemain matin, après un dernier regard vers l'intérieur de cet appartement où ils ont partagé tant de bons ou douloureux moments, Katô et Iwaki referment sans regrets la porte sur leur existence passée.
A peine arrivés dans leur nouvelle maison, les deux acteurs reçoivent la visite de Nagisa Sawa et son jeune cousin et petit ami Yukihito. Apportant deux grands sets de batteries de casseroles en cadeau, ces derniers sont venus afin d'aider leurs amis à emménager. Prétextant qu'entre hommes ils ne parviendront jamais à arranger correctement l'intérieur d'une si belle et vaste maison, Nagisa a décidé joyeusement d'apporter son savoir-faire ainsi qu'une touche "féminine" à la décoration. Et grâce à l'intervention bienvenue de cette main d'oeuvre supplémentaire, le crépuscule n'est pas encore tombé que tout est déjà mis en ordre. Epuisé, Katô s'effondre sur le canapé, réclamant d'une voix implorante quelques instants de repos; il n'arrive pas à comprendre d'où Nagisa, qui s'agite dans tous les sens depuis le matin, puise une telle énergie ! Iwaki quant à lui profite de cette pause pour aller préparer du thé, et demande gentiment à Yukihito s'il veut bien venir pour l'aider. A la surprise de Sawa, le jeune homme presque muet accepte en hochant la tête et suit l'acteur avec confiance. Tandis qu'ils s'éloignent, Nagisa les contemple avec émotion, soulagé que son jeune cousin commence enfin à s'ouvrir un peu aux autres. Donnant malicieusement un coup de coude à Katô, il lui fait remarquer qu'Iwaki paraît avoir changé: une fois cette expression dure et acerbe effacée de ses traits, son visage peut prendre désormais une expression terriblement douce et tendre. Katô a beaucoup de force pour être parvenu à faire faire un tel visage à son bien-aimé, surtout lorsqu'on pense à l'existence douloureuse qu'a mené Iwaki jusqu'à présent. Dorénavant le jeune homme doit prendre la responsabilité de ce bonheur qu'il lui a donné et ne plus rien faire qui puisse provoquer ses larmes. Tandis que le sentimental Sawa essuie ses pleurs, Katô répond qu'il a compris: il a décidé de prendre soin de son ami toute sa vie durant.
Le soir, alors que la nuit commence à tomber, les deux acteurs se retrouvent enfin seuls dans leur nouveau logis. Pendant que Iwaki se détend dans son bain, Katô en profite pour regarder une vidéo, mais sitôt que son compagnon pénètre dans le salon, il s'empresse d'arrêter la cassette, gêné. Iwaki s'étonne de ce comportement étrange, mais ne dit rien et va se prélasser dans une chaise longue sur le balcon en sirotant une bière, contemplant au loin les lumières de la ville. Son bain terminé, Katô ne tarde pas à venir le rejoindre. Jamais il n'aurait pensé qu'ils auraient pu ainsi se détendre dès le premier jour de leur déménagement, et Iwaki lui répond que tout ceci est grâce à Sawa. S'asseyant sur la chaise longue derrière son ami, le jeune homme lui vole quelques gorgées de bière, puis lui demande de lui tendre sa main. Pour célébrer leur déménagement, Katô a lui aussi quelque chose à offrir, et le visage emplit d'émotion, il passe un anneau au doigt d'Iwaki. Gêné, ne sachant comment réagir, l'acteur se met à protester: avant d'acheter un bijou aussi cher (qui ressemble de plus à une alliance !), Katô aurait pu au moins lui en parler, mais le jeune homme rétorque qu'il s'agit de sa petite vengeance: Iwaki lui-même n'avait-il pas tenté de faire construire cette maison en secret ? C'était comme une demande en mariage de sa part, et cet anneau représente la réponse de Katô. Ainsi, tous deux sont à présent mariés, et cette nuit sera leur nuit de noces. Et sur ces mots, Katô enlève Iwaki dans ses bras pour le conduire jusqu'à leur chambre, faisant fi des protestations de ce dernier, qui crie à son ami qu'il va se faire un tour de rein. Effectivement, l'acteur est loin d'avoir la légèreté d'une jeune mariée, et c'est à bout de souffle que Katô parvient enfin jusqu'à la chambre à coucher et se laisse tomber avec lui sur le lit. Puis tous deux font l'amour avec passion, et lorsque leur étreinte les conduit au paroxysme du plaisir, Katô se met à crier combien Iwaki est beau, il est l'homme le plus heureux du monde !
Un peu plus tard, alors que tous deux reprennent leur souffle, Iwaki demande à son compagnon sa taille en bague, car lui aussi compte lui offrir un anneau. Rougissant d'abord, Katô répond que c'est inutile, il en a déjà reçu un, et désigne alors malicieusement la peau de son ami qui entoure son - piiip ! - . Vert de rage (et rouge de honte), Iwaki lui assène un violent coup sur la tête. Quel idiot ! Katô a brisé l'ambiance sucrée de cette nuit de noces si romantique ! Finalement, se disputant, tous deux redescendent dans le salon pour boire un verre. Tandis qu'il s'assoit sur le canapé, Iwaki sent quelque chose de dur caché derrière les coussins, et sous le regard horrifié de Katô livide, il découvre la boîte d'une cassette vidéo, l'un de ces fameux films pornos qu'il lui avait interdit de visionner. Rallumant le magnétoscope, alors que défilent ces images au contenu des plus hard ponctuées de cris et de dialogues à deux sous, l'acteur tremble de rage en se voyant lui-même en scène, furieux à l'idée que son compagnon ait pu regarder ça. Il demande à Katô s'il a pris d'autres cassettes du carton, et troublé, le visage couvert de sueurs froides, le jeune homme balbutie que puisque Sawa lui avait dit qu'il souhaitait voir ces vidéos , il lui en a filé cinq en remerciement de les avoir aidés à ranger la maison. Katô effrayé a beau tenter de le calmer en prétextant qu'il ne faut pas déranger les voisins, Iwaki se met à hurler d'une voix tonitruante résonnant jusqu'au-dehors: "Katô ! Ne croit pas que je vais passer ainsi tous tes caprices !!!"
Quant à Sawa, aux anges d'avoir obtenu ces films retraçant les débuts d'Iwaki, il propose gaiement à son cousin de les visionner avec lui, d'avance tout émoustillé !

Depuis que Katô et Iwaki ont emménagé dans leur nouvelle demeure, les voilà assaillis par les coups de téléphone de gens qui voudraient bien connaître l'adresse du nid d'amour où les deux acteurs se sont retirés. Surtout Katô, qui a beaucoup d'amis. Mais hormis le studio qui les emploie et leurs proches, personne n'a été mis au courant du lieu de leur déménagement. Une nuit que les deux amants, qui dorment dans la même chambre mais dans des lits séparés, viennent de se coucher, Katô se trouve encore aux prises avec le téléphone, et s'excuse auprès de son ami qui essayait de dormir pour tout ce dérangement. Iwaki lui répond de ne pas s'en faire: les médias ont sans doute déjà remarqué qu'ils ont déménagé, bien que lui non plus n'ait avertit absolument personne. Pas même sa famille qui vit à Niigata ? Il est vrai que ce doit être difficile d'annoncer aux siens que l'on a construit une maison pour vivre avec un homme, réalise tristement Katô. Affligé, le jeune homme vient se glisser dans le lit de son ami et l'embrasse afin de le consoler. Mais encore une fois, Iwaki lui assure de ne pas s'inquiéter: depuis qu'il a quitté son foyer où tout le monde s'opposait à son choix de devenir acteur, il a renoncé à obtenir toute compréhension de la part de sa famille. Katô seul lui suffit, auprès de lui Iwaki se sent suffisamment heureux.
Quelque temps plus tard, dans un hôpital de Niigata, une femme est sur le point de mourir. Dans son agonie, les quelques syllabes qu'elle parvient péniblement à prononcer composent un prénom, "Kyôsuké". Tandis que l'une des personnes présentes assure à la mourrante que ce Kyôsuké est en route pour l'hôpital et ne va plus tarder, une autre jeune femme supplie son époux d'aller téléphoner à celui qui est absent en ces instants si graves. Avant de mourir sa belle-mère tient tellement à revoir son fils cadet, il faut pardonner à ce dernier ! Finalement, l'homme se laisse convaincre, et bien qu'hésitant, compose un numéro de téléphone depuis l'une des cabines de l'hôpital. Mais il entend alors la voix synthétique d'un répondeur des télécom: "Le numéro que vous avez demandé n'est plus attribué...." Au même moment, dans le dos de l'homme vêtu comme un salary-man de haut grade, la télévision de la salle de séjour diffuse les nouvelles: "Ces deux-là ont encore fait parler d'eux ! On vient d'apprendre que les acteurs Yôji Katô et Kyôsuké Iwaki, surnommé les époux du monde du spectacle, viennent d'emménager en couple dans une nouvelle demeure située dans un coin isolé à la périphérie de la ville." Sitôt qu'il entend ces propos, furieux, l'homme raccroche le téléphone avec violence.
Quelques jours plus tard, comme Iwaki l'avait prévu, les journalistes sont parvenus à découvrir le lieu de leur retraite, et à peine voient-ils l'acteur sortir de chez lui qu'ils se précipitent pour l'interviewer. Ils commencent à évoquer un certain drame, et demandent à l'acteur ce qu'il pense de ce qui s'est passé, quelle est la colère qu'il éprouve contre sa famille. Iwaki ne comprend absolument rien à tout celà, cependant le reporter continue de l'accabler de questions: quand a-t-il appris le décès de sa mère ? Les funérailles se sont déroulées sans sa présence, mais ensuite a-t-il eu contact avec les siens ?
Au studio où il se trouve confiné depuis trois jours, pendant la pause, Katô assiste en direct à ce qui est en train de se passer. Lui non plus n'était bien sûr au courant de rien, et contemple impuissant à la télévision son malheureux compagnon claquer la porte au nez des journalistes. Comme c'est cruel: apprendre par le biais des médias que sa propre mère est morte et enterrée ! Accablé de douleur, Iwaki demeure prostré dans sa maison. Que ce soit par la télévision ou par les journaux, la nouvelle se propage comme une trainée de poudre, et à présent, dans le paisible quartier résidentiel de Niigata où vit la très ancienne famille Iwaki, des journalistes ainsi que des fans venus crier leur protestation encerclent la résidence.
Lorsque Katô parvient enfin à quitter son travail pour rentrer chez lui, il découvre son compagnon assis sur le parquet du salon dans un état d'abattement extrême. Se penchant vers lui, le jeune homme demande à Iwaki s'il a appelé sa famille afin de connaître la raison pour laquelle il n'a pas été prévenu du décès de sa mère. L'acteur répond que tout est de sa faute: les siens ont bien tenté de prendre contact avec lui, mais en appelant à son ancien numéro de téléphone; il a eu grand tort de ne pas leur transmettre ses nouvelles coordonnées. Katô réplique avec colère qu'il leur aurait suffit d'appeler la maison de production, qui les aurait renseigné alors sur la nouvelle adresse d'Iwaki, mais ce dernier répond douloureusement qu'il n'a aucun droit de faire des reproches aux siens. Bien que vivant éloigné d'eux, il n'a pourtant jamais cessé de se préoccuper de leur opinion, de se demander à chacun de ses actes ce que sa famille pouvait bien penser de lui. Cependant, afin de mener son existence comme il l'entendait, il a fait semblant d'ignorer ces êtres qui représentaient une gêne pour lui. S'il avait su qu'à cause de ce comportement, il n'aurait pas pu assister sa mère lors de ses derniers instants !
Serrant les dents, Iwaki ne peut contenir plus longtemps ses larmes, mais d'un air résolu, Katô le prend fermement par les épaules. Il l'adjure de se rendre à Niigata et de s'expliquer directement avec les siens. Iwaki refuse, affirmant encore une fois que son compagnon seul lui suffit, mais le jeune homme insiste. Il ne peut supporter qu'à cause de leur amour un tel drame ait frappé son ami. Et si sa famille refuse de le comprendre, Iwaki doit persévérer afin de se faire entendre et admettre tel qu'il est par les siens. Katô a décidé de consacrer toute son existence à le rendre heureux, mais lorsqu'il voit l'acteur faire montre d'un tel renoncement, lui-même sent l'abandonner sa propre confiance en lui.
Katô ayant promis de l'accompagner, Iwaki se laisse finalement convaincre, et une semaine après le décès de sa mère, tous deux prennent le train pour Niigata. Durant tout le trajet, l'acteur se montre soucieux et absent, ruminant de sombres pensées le regard perdu à travers la vitre. Il en est de même dans le taxi qui les conduit au vieux quartier de Furumachi. Une fois arrivés, Katô est abasourdi en découvrant l'ancienne et imposante résidence de style traditionnel où vit depuis les temps médiévaux la famille Iwaki. Rien que l'aspect de la demeure augure rigueur et sévérité, et pour la première fois le jeune homme a le sentiment de comprendre pourquoi son ami éprouve tant d'appréhension à rentrer à son foyer. Mais à présent, il est trop tard pour revenir en arrière, et se penchant à l'intérieur du taxi, Katô enjoint Iwaki d'y aller. Cependant ce dernier ne bouge pas, prononce le nom de Katô d'un air hésitant et torturé. Heureusement, plein de bon sens, le jeune homme comprend aussitôt ce qui tourmente son ami: il lui est certainement difficile de se présenter ainsi devant sa famille qu'il n'a pas revu depuis des années en emmenant avec lui son amant, surtout dans la conjecture actuelle. Katô annonce donc qu'il a compris, il va se rendre à l'hôtel et attendre Iwaki là-bas. L'acteur lui demande douloureusement pardon, mais le jeune homme lui assure de ne pas s'en faire, et avant de partir, lui souhaite sincèrement bon courage.
Tandis que le taxi s'éloigne en emportant son ami, Iwaki pousse un soupir emplit d'appréhension. Tournant ses pas vers l'austère résidence, il pénètre dans l'entrée. La première personne qu'il rencontre est la bonne, Hisako, qui se met à pleurer de joie de le revoir enfin. Tandis que l'acteur explique qu'il a appris la mort de sa mère par la télévision, la femme âgée redouble de sanglots: pourquoi n'a-t-il pas communiqué aux siens sa nouvelle adresse ? Jusqu'à son dernier souffle, sa patronne a demandé à voir Kyôsuké ! Ne sachant que dire, Iwaki demande des nouvelles de son père. Hisako répond que le vieil homme est en train de se reposer: aujourd'hui a eu lieu la cérémonie que l'on pratique le septième jour de la disparition d'un défunt, et il est très fatigué. Quant à Masahiko, en ce moment il est en train de raccompagner le prêtre bouddhiste et ne va pas tarder. Iwaki sursaute en entendant prononcer le nom de son frère, effrayé d'apprendre que ce dernier, sans doute la personne de sa famille qu'il craint le plus, se trouve actuellement à la maison. C'est alors que, entendant des bruits de conversation, une jemme femme vient descendre dans l'entrée. Elle se nomme Fuyumi, épouse de Masahiko depuis déjà trois ans. Iwaki s'incline, surpris et désolé; il ignorait complètement que son frère s'était marié.
Cependant Kyôsuké n'a pas le temps de faire plus ample connaissance avec la jeune femme que l'objet de ses peurs apparaît derrière lui. Si l'acteur avait toujours paru froid et sévère, que dire de l'homme austère qui toise à présent son jeune frère de son regard aigu. Masahiko est scandalisé que Kyôsuké ose fouler le sol de cette maison après tous les ennuis qu'il a causé à sa famille. Baissant la tête, l'acteur répond, contrit, qu'il est justement venu pour s'excuser. Il tâchera de faire en sorte que les médias ne les importunent plus, et si son aîné souhaite qu'il rompt avec les siens, il changera de nom et n'approchera plus cette demeure ne serait-ce que d'un pas. Néanmoins, il supplie Masahiko de le laisser brûler un bâton d'encens devant les cendres de sa mère, ensuite il s'en ira. Entendant celà, son frère se montre encore plus indigné: Kyôsuké n'a décidément pas changé, dès que quelque chose ne lui convient pas il choisit aussitôt la fuite en prenant son air de victime. Comment pourrait-il couper les ponts avec sa famille ? Tout le monde sait déjà que cette demeure est la sienne, et d'ailleurs en faisant celà, n'est-ce pas plutôt lui qui cherche à se sentir libéré ? Kyôsuké n'a aucune idée de la honte que les membres de sa famille ont pu éprouver à leur lieu de travail et vis à vis des voisins du fait que leur fils et frère soit un acteur de films X et affiche ouvertement son homosexualité. Et pourtant, leur mère n'a pas cessé de s'inquiéter pour lui jusqu'à en mourir . C'est comme si c'était lui qui l'avait tuée !
Iwaki demeure pétrifié, glacé jusqu'à la moelle en entendant ces paroles cruelles. Même Hisako et Fuyumi protestent que Masahiko en a trop dit. Mais le jeune homme, sans se démonter, demande à son épouse d'aller chercher les albums dans la chambre de sa mère, puis jettent ceux-ci aux pieds de son cadet. Ce sont les photos de jeunes filles à marier que Mme Iwaki, persuadée que le fils prodigue finirait par revenir un jour, avait préparé à son intention. Si Kyôsuké se sent un tant soit peu coupable envers sa famille, qu'il fasse ne serait-ce qu'une fois dans sa vie ce que souhaitaient ses parents: qu'il choisisse l'une de ces jeunes filles et l'épouse. Ce n'est qu'à cette condition que Masahiko le laissera prier devant les cendres de leur mère. Effrayé devant tant de sévérité à son égard, figé et livide, de toute son âme Kyôsuké invoque le nom de Katô. Ce dernier se trouve en ce moment dans le taxi qui roule vers l'hôtel, assailli par de sombres pensées. Le jeune homme se demande s'il a bien fait de laisser son ami affronter sa famille tout seul. Peut-être qu'en cet instant ce dernier est en train de subir une scène horrible. S'il ne se trouve pas près de lui pour lui donner du courage, que pourra faire Iwaki ? Surtout que c'est Katô lui-même qui l'a entraîné jusqu'ici. A la fin, rongé d'inquiétude mais résolu, le jeune homme crie au chauffeur de faire demi-tour. Ce n'est qu'ensemble que les deux amants pourront surmonter une si éprouvante situation.

Immobile et tête basse dans l'entrée de la résidence, Kyôsuké reste ulcéré du chantage exercé par son frère: ce dernier sait pourtant qu'il a déjà quelqu'un dans sa vie ! Prend-t-il donc tant de plaisir à le persécuter ? Mais pour Masahiko il ne s'agit pas de persécution, simplement de l'expression de l'inquiétude légitime que ressent la famille de l'acteur: qu'il mette fin à cette liaison stérile avec un homme, dont on ignore combien de temps elle perdurera, pour se fixer sérieusement dans un état matrimonial stable. Cependant Kyôsuké, fou de rage, hurle à son frère que cette soi-disant "inquiétude" n'est qu'un prétexte à renier son individualité. Avec dégoût, il se rappelle l'amertume qui l'avait conduit des années plus tôt à quitter cette maison en se disant qu'il n'avait pas besoin d'une pareille famille. Et sur ces paroles, Iwaki quitte furieux la résidence. Au-dehors, tandis qu'il essaie désespérément de reprendre son sang-froid, il a la surprise de retrouver Katô, et en découvrant le visage joyeux de son ami, il ne peut dissimuler un profond soulagement. Alors que les deux amants s'apprètent à se rendre à pieds jusqu'à l'hôtel, dans son dos, Kyôsuké entend soudain la voix de son frère crier son nom. "Tu vas fuir encore une fois ?" hurle Masahiko à son cadet. Mais entraînant rapidement Katô, Iwaki décide de l'ignorer. Tout est fini, il n'ont désormais plus rien à se dire. Néanmoins, tout en s'éloignant, le jeune acteur ne peut s'empêcher de jeter un coup d'oeil en arrière, afin de contempler cet homme qui est le frère de son ami....
Un peu plus tard, tandis qu'ils cheminent, Kyôsuké se met en devoir de conter à Katô le chantage dont il a été la victime. Et c'est ainsi depuis son plus jeune âge: sa famille trouvait toujours à redire au moindre de ses actes, refusant d'admettre autre chose que ce qu'eux-mêmes jugeaient comme bon ou bien. Lorsque Iwaki avait annoncé qu'il souhaitait devenir acteur, sa mère et son frère s'y étaient immédiatement opposés en proférant qu'il n'avait aucun talent; quant à son père, il l'avait complètement ignoré. Et pour finir, à présent sa famille veut même intervenir dans ses amours ? Kyôsuké ne sera-t-il donc jamais libre de ses choix ? Compatissant, Katô ne sait que dire à son ami pour l'appaiser. Après un moment de silence, Iwaki annonce que puisque sa tentative pour s'expliquer avec les siens s'est révélée infructueuse, après s'être reposés un moment à l'hôtel il ne leur reste plus qu'à rentrer à la maison. Il ne veut pas rester une journée de plus à cet endroit !
Une fois tous deux arrivés à l'hôtel, posant ses bagages, Katô enjoint à son ami de se reposer tandis que lui va sortir un moment. Mais Kyôsuké ne l'entend pas ainsi: entourant son ami de ses bras, il l'embrasse avidement avant de se blottir contre son épaule. Désespéré, il donne libre cours à la douleur qu'il avait péniblement contenue jusqu'à ce qu'ils parviennent à leur chambre et supplie le jeune homme de l'étreindre jusqu'à ce qu'il ne puisse plus penser à rien. Ecarlate, Katô ne peut refuser cette brûlante requête, et fait l'amour à Iwaki de toutes ses forces jusqu'à ce que l'acteur ne puisse plus bouger, accablé de fatigue. Il est vrai que ces derniers temps, Kyôsuké n'a pas beaucoup dormi; il finit donc par s'abandonner au sommeil. C'est justement ce que voulait Katô. Profitant du repos de son ami, il quitte la chambre d'hôtel.
Un peu plus tard, à la résidence Iwaki, la vieille domestique Hisako ne peut plus arrêter ses larmes, déplorant ce qui vient de se produire alors que son cher Kyôsuké venait enfin de rentrer à la maison. Assise auprès d'elle, Fuyumi fait de son mieux pour tenter de la consoler, assurant que son époux s'inquiète réellement pour son jeune frère. La vieille dame répond qu'elle le sait bien, elle connaît parfaitement la maladresse dont fait souvent preuve Masahiko dans sa manière d'exprimer ses sentiments, mais si seulement il s'était un peu modéré.... A ce moment, une voix résonne dans l'entrée, et comme Hisako continue de pleurer, Fuyumi se met en devoir d'accueillir elle-même le visiteur, qui n'est autre bien sûr que Katô. Sans hésitation, il se présente comme le petit ami de Kyôsuké, et demande à parler au père de ce dernier. Tandis que le jeune homme attend, sagement agenouillé dans la salle de séjour de style traditionnel, apprenant sa présence, Masahiko est au bord de la crise de nerfs malgré tous les efforts déployés par son épouse pour tenter de le calmer. Il hurle qu'il va jeter cet individu dehors, et hors de question de réveiller son père: en apprenant ce qui se passe ici, choqué il risquerait d'en avoir une attaque ! Ouvrant brutalement la porte coulissante de la salle, Masahiko se fige à l'entrée de la pièce, dévisageant Katô de son regard sévère: ainsi voilà l'homme qui couche avec son jeune frère ? C'est dégoûtant !
Pendant ce temps, au grand hôtel de Niigata, Kyôsuké se réveille enfin. Se redressant dans son lit, encore un peu hagard, il cherche son ami des yeux. Mais l'acteur a beau appeler Katô, ce dernier ne répond pas. A la résidence Iwaki, sans se laisser démonter par le visage plein de colère et de mépris de l'homme qui le toise, le jeune homme se présente poliment. Cependant, Masahiko lui ordonne de s'en aller sur-le-champ, ils n'ont rien à se dire. Bien que vexé, Katô répond calmement qu'il ne repartira pas avant d'avoir obtenu en bonne et due forme la permission familiale de fréquenter Kyôsuké. Mais ces paroles ne font que redoubler la rage du bouillant comptable qui se met à hurler son opposition, ignorant que ses cris ont fini par réveiller le vieil homme qui se reposait dans une chambre de la maison. Masahiko désapprouve le comportement de son jeune frère qui envoie son petit ami plaider à sa place; est-ce réellement l'attitude qui convient à quelqu'un qui désire se faire pardonner ?
Ce à quoi Katô rétorque qu'il est venu en cachette de son ami, simplement parce qu'il souhaitait que la famille de ce dernier comprenne le caractère sérieux de leur liaison. Mais Masahiko réplique que tout ceci est absurde: selon lui, entre hommes, il ne peut rien exister de sérieux, d'autant plus que pour un couple homosexuel le mariage s'avère impossible. Il est persuadé que ceux qui s'adonnent à un tel penchant pour les gens de même sexe se conduisent ainsi uniquement parce que les femmes n'ont pas besoin d'eux. Voilà qui est bien digne de la manière de penser superficielle de son cadet: ne parvenant pas à comprendre les sentiments des femmes, voilà probablement la raison pour laquelle il s'est rabattu sur les hommes, du même sexe donc plus faciles à comprendre. Entendant ces propos chargés d'idées préconçues, Katô commence lui aussi à sentir la colère le gagner. "Notre relation n'est rien d'aussi impur !" crie-t-il à Masahiko. Kyôsuké est son petit frère; pourquoi ne regarde-t-il pas d'un oeil plus favorable ce que fait ce dernier ? Il ignore combien l'attitude et les paroles de sa famille ont pu blesser son cadet. N'est-ce pas plutôt Masahiko et les siens qui font preuve de cette façon de penser superficielle dont ils accusent sans cesse Kyôsuké ?
A ces mots, Masahiko n'en croit pas ses oreilles. Décidément, Katô n'est au courant de rien: c'est son jeune frère lui-même qui n'a jamais pu accepter favorablement l'inquiétude que se faisait pour lui sa famille. Kyôsuké n'a cessé de se comporter comme un enfant capricieux, et probablement ne comprendra-t-il jamais ce que ressentent les siens. Tandis qu'il contemple le visage douloureux de Masahiko, Katô est pris soudain d'un vif étonnement: face à cet homme au caractère borné et fier qui refuse de céder en quoi que ce soit, le jeune homme réalise à quel point se ressemblent les deux frères Iwaki. Mais à peine s'est-il fait cette réflexion que la voix tonitruante de Kyôsuké se met à résonner à l'entrée de la résidence; furieux, l'acteur appelle à grands cris Katô, car il a compris que ce ne pouvait être qu'ici que s'était rendu son compagnon.
Dès que Kyôsuké apparaît dans le couloir, à nouveau face à face, les deux frères se lancent un regard furibond. Masahiko ordonne à son cadet de quitter la maison sur-le-champ en emmenant Katô, mais le jeune homme proteste. Il refuse de détester la famille de la personne qu'il aime; en outre, il ne connaît que les arguments d'Iwaki, ainsi il ne peut se faire une idée réelle de la situation. Kyôsuké rougit, quelque peu mécontent, mais Masahiko - ainsi qu'une autre personne dont les trois jeunes gens n'ont pas encore remarqué la présence - éprouve de la surprise face à l'honnêteté de ce garçon qui ne veut pas se laisser aller au parti-pris. Katô explique qu'au début, irrité d'entendre dire du mal de son compagnon, il avait été enclin à se ranger à l'avis de Kyôsuké. Mais à présent qu'il a parlé avec son frère, il ne peut que constater combien ils se ressemblent tous les deux: leur entêtement, leur manie de lancer froidement des paroles tranchantes, et surtout leur incapacité à transmettre habilement leurs sentiments.... Pas de doute, ils sont bien frères ! Et alors qu'en réalité tous deux s'adorent, chacun pense que l'autre le déteste ! Kyôsuké et Masahiko doivent se sentir bien tristes de ne pas parvenir à se comprendre.... Et s'ils continuent de se conduire d'une manière aussi inflexible, il n'y a pas de raison qu'ils parviennent à s'entendre un jour....
Cette tirade douloureuse de Katô provoque aussitôt une vive protestation de la part des frères Iwaki. Pour une fois, tous deux sont d'accord: quel besoin auraient-ils de se comprendre ? Ils se ressemblent ? Quelle blague ! Tandis qu'il tourne la tête de l'un à l'autre la mine désolée, le jeune acteur remarque soudain la présence du vieil homme qui observe la scène depuis l'extrémité du couloir, les mains dissimulées derrière son dos. "Père..." prononce tristement Kyôsuké. Il ne l'avait pas revu depuis des années, et contemplant l'austère vieillard, Katô doit reconnaître qu'il paraît encore plus effrayant qu'il ne se l'imaginait. Sans un mot, Mr. Iwaki s'avance vers les trois jeunes gens, pénètre lentement dans le salon et s'agenouille devant la table basse. Puis, d'un air grave, il s'adresse à Kyôsuké.
Sans compter sur l'aide de personne, le jeune homme est finalement parvenu à force d'efforts à réussir dans la voie qu'il avait lui-même choisie; Mr. Iwaki n'a jamais pensé que c'était une mauvaise chose que de laisser les enfants décider eux-mêmes de leur avenir, voilà pourquoi il ne s'était pas opposé au projet de son fils de devenir acteur, ce que ce dernier avait à l'époque interprété comme de l'indifférence et du mépris. Néanmoins, ce qui a toujours irrité le vieil homme est la manière d'agir de Kyôsuké: a-t-il déjà songé aux sentiments que pouvaient éprouver sa propre mère et Masahiko ? Pourquoi n'a-t-il jamais réalisé que cette manie qu'avaient tous deux de s'opposer à ses désirs au point d'en devenir excédants n'était que l'expression de leur inquiétude à son égard ? Et surtout, pourquoi suffit-il que l'on s'oppose à lui une seule fois pour que le jeune homme renonce à se faire entendre ? C'est ce trait de caractère de Kyôsuké que son frère ne parvient pas à supporter. Masahiko aussi avait jadis un rêve, mais afin de succéder à son père, il avait été contraint d'y renoncer. Le temps n'est-il pas venu pour Kyôsuké de cesser ses caprices d'enfant pour faire valoir ses idées comme un adulte responsable ?
A ces mots, Iwaki ressent une vive souffrance lui étreindre le coeur. En effet, jamais il ne s'était posé de questions sur Masahiko. Les larmes aux yeux, le jeune homme tombe à genoux devant son grand-frère, et prononce d'un ton suppliant: "Je sais que rien que de songer que ton propre frère vive avec un homme doit te paraître répugnant ! Que tu ne veux pas l'admettre ! Moi-même, je me refusais à avouer une chose pareille à ma famille !! J'ai toujours désiré plus que tout devenir un jour un fils et un frère dont vous puissiez être fiers !! Mais, je vous supplie d'admettre seulement ma relation avec cet homme !.... Je ne peux plus revenir en arrière !.... Je l'aime !.... Je vous en prie, pardonnez-moi !!"
A genoux auprès de son ami, Katô regarde le visage douloureux ce dernier incliner son front sur le sol dans une attitude implorante et pleine d'humilité. Jamais il n'aurait cru le fier Iwaki capable de prendre une telle posture et de prononcer de telles paroles. Alors, entourant l'épaule de son amant de son bras, le jeune homme lève à son tour un visage suppliant vers Masahiko, disant: "Moi aussi, je vous en prie !! Acceptez notre relation à Iwaki et à moi !!" Et sur ces mots, Katô s'incline également jusqu'au plancher. Surpris au plus haut point, complètement dérouté par la détermination des deux amants, Masahiko ne sait comment réagir. C'est ainsi Mr. Iwaki-père qui se met à parler, expliquant que son fils aîné ne pourra probablement pas admettre immédiatement leur liaison. Voilà pourquoi il désire que les deux compères se présentent régulièrement à la maison jusqu'à ce que Masahiko se décide à leur pardonner. De plus, ce sera l'occasion pour Kyôsuké de rentrer enfin de temps en temps chez lui.
Après quelques instants de silence, le vieil homme ordonne à son fils cadet d'aller avec son compagnon s'excuser auprès de sa mère. Lui-même est bien obligé de reconnaître qu'apparemment, ce garçon convient mieux à Kyôsuké que toutes les futures épouses que sa mère avait jusqu'à présent cherchées pour lui ! Rayonnant de joie, Katô tourne la tête vers son ami, qui contemple son père d'un air ébahi, ayant peine à en croire ses oreilles. Quant à Masahiko, il baisse la tête, yeux clos, sourcils froncés et dents serrées, complètement vaincu. Finalement, même son propre père a les idées plus larges que lui !
Kyôsuké et Katô sont donc autorisés à aller se recueillir devant le petit mais luxueux autel bouddhiste aménagé dans une pièce de la résidence Iwaki. Après avoir prié un moment en silence devant le portrait de la défunte près duquel brûlent des bâtonnets d'encens, contemplant la photo, Katô fait remarquer à son ami combien sa mère avait l'air douce et gentille. Kyôsuké répond affirmativement, ajoutant qu'elle ne cessait de se faire du souci pour un rien. Puis, s'adressant à la défunte, Iwaki se met en devoir de lui présenter son compagnon - n'omettant pas de souligner que ce dernier ne fait que des âneries et ne cesse de le mettre en colère. Néanmoins, ce jeune homme seul est capable en ce monde de le rendre heureux.
Finalement, dans l'après-midi, les deux amants s'apprètent à prendre le train pour rentrer à Tôkyô. Fuyumi et Hisako les ont accompagnés jusqu'à la gare, et tandis qu'elles leurs font leurs adieux, la vieille dame insiste auprès de Kyôsuké afin qu'il rentre de temps en temps à la maison. Puis, alors que les deux acteurs montent dans le train, Hisako appelle soudain Katô, et s'inclinant devant lui, supplie ce dernier de prendre bien soin de Kyôsuké. Pas la peine de le lui dire deux fois ! Souriant, le jeune homme accepte avec joie. Une fois assis dans le wagon, Iwaki se met à contempler mélancoliquement à travers la vitre le quai où se tiennent les deux femmes. En fin de compte, il n'est pas parvenu à se faire comprendre de son frère, et c'est sans doute bien normal: quand il repense à tout ce qui s'est passé jusqu'à présent, s'attendre à ce que la totalité de ses actes lui soit pardonné d'un seul coup tient vraiment du domaine de l'utopie. Mais alors que le train se met en branle, étonné de ce qu'il est en train de voir, Katô répond joyeusement à son ami qu'il se trompe, et du doigt lui désigne un autre coin du quai. Iwaki n'en croit pas ses yeux en découvrant son grand frère, qui se tient un peu à l'écart appuyé contre un pilier. Bien que gêné, Masahiko est venu pour voir partir son cadet, et lui signifier par sa présence qu'il lui a pardonné.
Kyôsuké est si ému qu'il doit bientôt essuyer les larmes qui lui montent aux yeux. De son air le plus charmeur, Katô lui répète qu'il lui avait bien dit que son frère et lui se ressemblaient ! Surtout ce côté têtu et opiniâtre de leur personnalité. Ils sont exactement pareils ! Tournant un visage plein d'étonnement et d'incrédulité vers son compagnon, Iwaki ne peut s'empêcher de le dévorer des yeux. Quand il se trouve auprès de ce garçon, il est bien forcé de reconnaître combien il était jusqu'à ce jour inexpérimenté et immature en tant qu'être humain. C'est depuis qu'il a rencontré Katô que tout a commencé à bien tourner pour lui. Tout à fait comme si jusqu'à ce qu'il rencontre ce jeune homme, il n'était même pas encore né. Ne pouvant contenir davantage les sentiments qui le submergent, Iwaki vient se blottir tout contre Katô qui se met à rougir, et appuie sa tête contre son épaule.
Hélas, ce moment d'émotion ne pouvait pas durer bien longtemps. Se dressant brusquement sur son siège, Katô se met soudain à crier: "Ah ! Zut !! Je viens de m'en rappeler !!" Et à son ami qui lui demande de quoi il s'agit avec quelque inquiétude, le jeune homme répond en se prenant rageusement la tête dans les mains qu'il tenait absolument à se faire montrer les albums de photos de Kyôsuké quand il était petit ! En colère d'avoir été dérangé alors qu'il s'abîmait dans une émotion profonde pour un motif aussi futil, Iwaki ne peut que traiter encore une fois son compagnon d'idiot ! Tandis que les deux compères se disputent ainsi comme à leur habitude, immobile sur le quai de la gare, Masahiko regarde le train s'éloigner, emportant ces turbulents amants.


Dans deux des plus grands hôtels de Tôkyô se déroulent au même moment deux conférences de presse: il s'agit de l'annonce et la présentation des nouvelles séries télévisées où doivent jouer Yôji Katô et Kyôsuké Iwaki. Si Katô détient le premier rôle dans le feuilleton Her Best , où il se trouve entouré de nombreux rôles féminins, son compagnon quant à lui joue dans Inside Report , une série plus dramatique ayant pour cadre le milieu hospitalier et pour thème les erreurs médicales, sujet d'actualité. Interviewé par les journalistes, Iwaki exprime sa reconnaissance envers ceux qui lui ont confié ce rôle de médecin grâce auquel il aura la possibilité de se faire reconnaître comme un véritable acteur aux yeux de sa famille. Cependant, ces nouveaux feuilletons seront diffusés exactement en même temps, à la même heure et le même jour de la semaine, ce qui laisse présager une guerre d'audimat entre les deux acteurs, que les médias ne cessent d'évoquer allègrement.
Avant que ne commence le tournage des deux séries, Katô et Iwaki avaient déjà un planning de travail très chargé; mais depuis qu'ils ont pris quelques jours de congé afin que Kyôsuké puisse rendre visite à sa famille, même à présent que deux semaines se sont écoulées depuis leur retour de Niigata, ils continuent de subir un emploi du temps ultra-serré découpé à la minute près ! Et à cause de celà, les deux amants, bien que vivant ensemble, n'ont même plus le temps de se voir. Tandis que son manager Kanéko le ramène chez lui en voiture, Katô explique à ce dernier que lorsque lui et Kyôsuké parviennent enfin à se retrouver au même moment à la maison, son ami passe son temps à lire le scénario d'Inside Report d'un air grave et concentré si bien qu'il devient difficile de lui adresser la parole. Iwaki est vraiment passionné par son rôle ! Levant la tête vers l'une des affiches géantes placardées dans la ville, où l'on voit Kyôsuké dans son habit de médecin, le jeune homme marmonne combien ce dernier est beau quand il joue à la télé, alors qu'il est simplement si mignon lorsqu'il se trouve dans ses bras; l'acteur est vraiment différent dans sa vie privée de l'image sévère qu'il donne dans ses films. Irrité, Katô déplore rageusement que tous deux ne travaillent pas pour le même studio; ainsi ils auraient pu s'arranger pour avoir leurs jours de congé au même moment et passer davantage de temps ensemble !
Kanéko rétorque que Iwaki n'aimerait sans doute pas beaucoup celà, car il a toujours refusé de mêler travail et vie privée comme il l'a clairement signifié aux journalistes le jour de la conférence de presse. Katô répond tristement que c'est la vérité, voilà pourquoi il n'a jamais osé proposer à son compagnon de venir travailler dans la même boîte que lui. Néanmoins, dans des moments comme celui-ci où ils peuvent à peine se croiser un instant, le jeune homme ne peut s'empêcher d'y songer. Et Iwaki, que pense-t-il de cette situation ? N'est-elle donc pas pénible pour lui aussi ? Kanéko lance vers le jeune acteur un regard inquiet, mais s'efforce de l'encourager: il devrait essayer de parler de ce transfert à son ami; celà ne concerne pas uniquement les jours de repos, mais peut-être que le fait de travailler au même endroit leur rendrait la plus tâche plus aisée. Il est fréquent qu'après s'être mariés, des couples d'artistes choisissent de partager la même maison de production. Même quelqu'un aussi intransigeant qu'Iwaki accepterait de réfléchir à la question si c'est Katô qui le lui demande.
Mais le jeune homme entend à peine les propos de son manager. Dans la ville, sur les panneaux géants, il continue d'apercevoir le visage de son ami, et réalise à quel point est fort son désir de le voir. A la fin, n'y tenant plus, Katô crie à Kanéko d'arrêter le véhicule, car il va sur-le-champ tenter de convaincre Iwaki. Et alors que celle-ci n'est pas encore tout à fait immobilisée, il se précipite hors de la voiture sous les cris horrifiés de son manager. Une fois dans la rue, le jeune homme arrête un taxi et de son portable appelle Mme Shimizu, afin d'apprendre où se trouve en ce moment son compagnon. Il demande alors au conducteur du taxi de le conduire au studio de Midoriyama.
Lorsque Katô y parvient enfin, il pleut à torrents. S'engouffrant dans le bâtiment, après avoir regardé sur un panneau d'affichage à quel endroit a lieu le tournage d'Inside Report , le jeune homme s'élance en courant à travers couloirs et escaliers. Hélas, lorsqu'il arrive enfin devant la porte du studio n°8, on lui apprend que Iwaki s'en est allé il y a quelques minutes à peine; ils ont du se croiser sans se voir, et aussitôt, Katô fait demi-tour dans l'espoir de rattraper son ami. Au même moment, ce dernier vient de sortir du studio accompagné du réalisateur, qui s'étonne de ne pas voir la manager d'Iwaki: enceinte, ce jour-là Mme Shimizu ne se sentait pas bien, voilà pourquoi l'acteur s'est rendu au travail dans sa propre voiture. La pluie continue de tomber à verse, et poussant un soupir de lassitude, Kyôsuké ouvre son parapluie et commence à se diriger vers le parking. Aujourd'hui il a pu quitter le tournage plus tôt qu'il ne le pensait, et se demande si de son côté Katô est encore en train de travailler. C'est alors qu'il entend soudain comme une voix qui l'appelle, et se retournant, l'acteur découvre avec stupeur derrière lui son jeune compagnon. En larmes, criant son nom, Katô se jette dans ses bras. Peu lui importent les protestations d'Iwaki et les regards curieux des passants. Les bras serrés autour du cou de son ami, soulagé de pouvoir le rencontrer enfin, le jeune homme n'a pas l'intention de le lâcher de sitôt.
Un peu plus tard sur le parking, dans la voiture d'Iwaki aux vitres couvertes de buée, Katô commence à caresser son amant. Il refuse d'attendre qu'ils soient de retour à la maison, il refuse d'attendre ne serait-ce qu'une seule seconde de plus ! Celà fait une semaine qu'ils ne se sont pas rencontrés, car quand l'un rentrait du travail, l'autre était déjà couché, harassé par une journée de labeur éreintante. Iwaki a beau tenter de raisonner Katô - ce n'est pas la première fois qu'une telle chose se produit, et une semaine, ce n'est pas bien long - pour le jeune homme ces sept jours lui ont paru une éternité, et fâché que son compagnon n'éprouve pas la même impatience que lui, Katô prend brutalement Iwaki étendu sur le siège du véhicule incliné au maximum. Tandis qu'il l'étreint avec violence comme si c'était le meilleur moyen de lui faire sentir sa colère, il fait pleuvoir les reproches sur l'acteur: passionné par son rôle, Iwaki l'a complètement oublié ! Katô comprend parfaitement qu'il est très occupé et que ce rôle qu'on lui a confié lui tient particulièrement à coeur, néanmoins, il aurait pu de temps en temps lui laisser ne serait-ce qu'un message sur son portable ! Mais Katô ne peut bientôt plus en dire davantage. Ce n'est que lorsque tous deux retombent sur le siège, complètement à bout de souffle, que le jeune homme parvient à avouer à son ami combien il désirait le voir. Comblé, Iwaki ferme les yeux et s'abandonne aux caresses de son compagnon, passant une main dans ses cheveux clairs.
Alors qu'au-dehors la pluie n'a toujours pas cessé, blottis l'un contre l'autre, les deux amants se reposent quelque temps dans la voiture avant de rentrer à la maison. Epuisé par une journée éprouvante et cette fougueuse étreinte, Iwaki paraît assoupi, tandis que Katô, couché dans ses bras, le contemple avec inquiétude et hésitation. C'est le moment ou jamais de parler à son ami de son souhait qu'il change de société de production pour venir travailler avec lui. Tout en se demandant comment Iwaki va réagir - Va-t-il lui rire au nez ou se mettre en colère ? - Katô cherche désespérément une raison qui pourrait le convaincre. Mais alors qu'il est sur le point d'ouvrir la bouche, c'est Kyôsuké qui prend la parole: même accablé par le travail, ce n'est pas pour autant qu'il a oublié Katô. Aussi difficile que soit la tâche, il sait parfaitement que son compagnon fait lui aussi des efforts pour supporter un planning serré. Et c'est justement parce qu'il croit que même dans de telles circonstances Katô ne cesse de penser à lui que l'acteur peut s'immerger avec confiance dans son travail. Si les jours où tous deux ne peuvent se rencontrer se succèdent trop longtemps, il sait parfaitement que Katô finira par venir le retrouver comme il vient de le faire ce soir-là. Et ce comportement passionné ne cesse de le rassurer.
Troublé par ces aveux, le jeune homme se met à rougir. Comme d'ordinaire, Iwaki fait preuve de sagesse tandis que lui agit sur une impulsion. Cependant il est vrai que tous deux sont acteurs; bien qu'ils s'aiment, il va leur falloir s'habituer au plus vite à ce genre de situation qui risque fréquement de se reproduire. Mais comme Iwaki, il a confiance en leur amour, car ce n'est point l'un de ces sentiments légers qui s'émoussent sitôt que ceux qui les éprouvent ne se trouvent pas constamment ensemble. Néanmoins, Katô espère de tout coeur qu'un jour, tous deux auront l'occasion de jouer à nouveau côte à côte dans un film; s'il doit se mesurer à son ami, que ce ne soit pas avec des chiffres d'audimat mais en chair et en os, en rivalisant de talent. Tout à fait d'accord, Iwaki acquiesce en souriant.
Lorsque les deux amants se décident à partir, la pluie s'est enfin arrêtée. Se rappelant soudain que la manager de son ami, Mme Shimizu, ne se sentait pas bien, Katô lui demande de ses nouvelles. Iwaki lui répond alors que bientôt, la jeune femme enceinte va entâmer son congé de maternité. A ces mots, Katô pousse un cri de stupeur et ne cache pas son mécontentement: ça signifie que l'acteur va changer de manager ! Soudain terriblement inquiet, il lui demande d'un ton soupçonneux si par hasard, le remplaçant ne serait pas un jeune homme, et avec indifférence, Iwaki répond aussitôt que c'est ce qu'on lui a dit. Cette révélation fait à Katô l'effet d'une douche glaciale, mais la seconde d'après, tremblant de rage, il se met à hurler à son compagnon de changer de maison de production immédiatement pour venir travailler dans la même boîte que lui !

Ce matin-là, en allant chercher Kyôsuké Iwaki pour l'emmener à son studio, Mme Shimizu a la peur de sa vie en pénétrant dans la maison que partagent les deux acteurs: assis sur le parquet de l'entrée, la mine renfrognée, Katô se tient immobile arborant un air des plus mécontent. Iwaki explique à la jeune femme que son compagnon se trouve dans cet état depuis qu'il a appris qu'il allait devoir changer de manager. A partir de ce jour, Mme Shimizu va en effet se retirer en congé de maternité, et c'est une autre personne qui va s'occuper d'Iwaki. Or, Katô a découvert qu'il s'agissait d'un jeune homme, et bien qu'il soit content que Mme Shimizu, qu'il apprécie beaucoup, ait bientôt un bébé, il ne peut s'empêcher de ressentir de l'inquiétude. Et quelques secondes plus tard, lorsque le nouveau manager en question, Nobuyuki Asano, fait son apparition, Katô voit soudain ses pires craintes se confirmer: le garçon est très jeune, plutôt séduisant, et sitôt que leurs regards se croisent, l'acteur ressent immédiatement de l'anthipathie et de la méfiance envers Asano, comme si en un instant il l'avait percé à jour.
En fait, comme le laissait supposer son apparence physique qui a même provoqué de la surprise chez Kyôsuké, Nobuyuki Asano est un futur acteur qui vient de réussir une audition. Prétextant qu'il ne connaît pas sufisamment le monde du spectacle pour se lancer, il a supplié Mme Shimizu de le laisser d'abord étudier auprès d'Iwaki avant d'entâmer ses débuts. Mais malgré les efforts du jeune homme pour paraître ouvert et agréable - ce qui fonctionne à merveille sur Iwaki et Mme Shimizu - Katô quant à lui continue de le jauger d'un regard sévère et scrutateur, et ressent une vive irritation lorsque Asano lui adresse un sourire. Ainsi, avant que son compagnon ne s'en aille, Katô lui remet un portable qu'il a acheté spécialement pour lui: puisque Mme Shimizu ne sera plus là pour jouer les intermédiaires, il va lui devenir difficile de joindre Iwaki; mais avec ce téléphone, ils pourront prendre contact facilement. Le jeune acteur a programmé son numéro à l'intérieur, ainsi, s'il se passe quelque chose, il enjoint son ami à le prévenir aussitôt. Kyôsuké exhale un soupir, aussi amusé que résigné. Qu'est-ce que Katô entend par "s'il se passe quelque chose"? Mais néanmoins, il accepte l'objet. Puis, alors que tout le monde s'apprète à partir, Katô lance un avertissement à Asano: lui et son compagnon filent le parfait amour; alors si le nouveau manager venait à causer des problèmes à Kyôsuké, il ne lui fera pas de cadeau ! Asano, de son sourire perfide et enjôleur, répond qu'il fera son travail de son mieux. Cependant, resté seul appuyé contre la porte d'entrée, Katô le regarde s'éloigner la mine extrêmement contrariée. Il sent déjà des ennuis en perspective.
Un peu plus tard, au studio de Midoriyama, le staff vient d'achever le tournage d'une scène du feuilleton Inside Report . Tandis que l'équipe technique visionne la prise de vue sur un moniteur, la sonnerie énervante d'un téléphone portable retentit soudain dans la pièce, gênant tout le monde. Furieux, le réalisateur demande en criant qui a osé laisser son portable allumé en plein tournage, et ordonne au coupable d'aller l'éteindre immédiatement. Mais personne ne fait un geste, pas même Iwaki qui demeure à fixer l'image du moniteur d'un air concentré. A ce moment, Mme Shimizu se retourne vers les coulisses en se demandant s'il ne s'agirait pas du téléphone de l'acteur, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de terminer sa phrase, Asano se met à crier que c'est son portable à lui qui sonne ainsi et s'excuse en s'inclinant devant le réalisateur. Mme Shimizu, qui a compris le subterfuge, demande pardon à son tour, expliquant que le jeune homme est un nouveau-venu dont c'est le premier jour de travail. Ce n'est qu'à cet instant que Kyôsuké réalise enfin ce qui est en train de se passer autour de lui, et que l'objet du délit est en fait le sien ! Désolé, il fait un geste d'excuse envers Asano, qui lui répond d'un signe de main que tout va bien. Le jeune manager assure à Mme Shimizu, elle aussi navrée qu'il se soit fait enguirlander pour une faute qu'il n'a pas commise, qu'il n'aurait pas pu supporter que l'on doute du sérieux d'Iwaki dans son travail. Et sur ces mots, il se dirige vers les coulisses afin de couper le son de l'objet. Mais une fois le portable en main, découvrant sur l'écran digital qu'il y a un message et se doutant de qui il provient, tandis que personne ne le regarde Asano met le téléphone hors tension, de façon à ce qu'il ne puisse plus prendre aucune communication.
Le soir, de retour à la maison, Kyôsuké raconte à son compagnon l'incident de la journée: comme il n'était pas habitué à avoir sur lui ce genre d'objet, il avait oublié de couper le son de son portable pendant les prises de vue et même quand l'appareil s'était mis à sonner, il ne lui était pas venu à l'esprit une seule seconde qu'il s'agissait du sien. Heureusement que Asano est intervenu ! Malgré sa jeunesse, c'est un garçon très avisé qui réussira sûrement dans ce monde difficile du show-bizz. Assis à table, Katô écoute sans mot dire, la mine renfrognée. A la fin, irrité, il se lève brutalement et s'en va poser son assiette dans l'évier de la cuisine, où il reste prostré, tournant le dos à son ami. Mais Iwaki s'approche de lui et demande au jeune homme ce que signifie ce comportement. Katô répond d'une voix forte qu'il n'y a rien, et s'excuse sur un ton cassant de lui avoir donné ce portable. Etonné de cette réaction pleine de colère, Kyôsuké assure à son compagnon qu'il n'y a pas de quoi prendre la mouche: tout est arrivé par sa faute à lui qui n'a pas songé à couper le son du téléphone, et en lui racontant cet incident, il avait simplement l'intention de le faire rire. A ces mots, Katô explose ! Ce que Iwaki peut avoir l'esprit obtus ! Qu'y a-t-il d'amusant, lorsqu'on se trouve seul avec son petit ami, à entendre ce dernier évoquer un autre homme !? Il devrait songer un peu plus aux sentiments de son partenaire.
Dérouté devant ce qu'il nomme "une crise d'hystérie", Kyôsuké répond qu'il ne parle pas d'un "autre homme" mais seulement de son travail, comme d'ordinaire. Pourquoi faut-il que le fait que le manager qui s'occupe de lui soit un homme provoque chez Katô une telle réaction exacerbée ? Le jeune acteur réplique que justement, c'est parce que lui aussi est un homme ! Puisque lui, qui n'était jamais tombé amoureux d'un garçon auparavant, a pu s'éprendre d'Iwaki, qu'est-ce qui lui prouve que la même chose ne se reproduira pas chez quelqu'un d'autre ? Et puis, ce Asano ! Ca crève les yeux qu'il fait tout pour essayer de s'approprier Iwaki. Entendant ces paroles, l'acteur fronce les sourcils. Après quelques instants d'un lourd silence, il conseille à son compagnon d'aller se rafraîchir les idées, car aujourd'hui, il n'est pas dans son état normal. Si à cause de son amour Katô devient incapable de considérer calmement ceux qui l'entourent, c'est la fin.
Mais ces propos ne font qu'attiser davantage la colère du jeune homme, qui se retourne soudain en s'écriant qu'Iwaki tient vraiment le beau rôle ! C'est justement parce que lui-même est si démonstratif dans ses sentiments que l'acteur peut rester aussi calme et serein. Quelque temps auparavant, Iwaki n'avait-il pas expliqué que s'il peut s'immerger tranquilement dans son travail, c'est parce que Katô lui donne toutes les raisons d'être rassuré ? Le jeune homme passe son temps à le poursuivre, tandis que lui se contente d'attendre ! Et le visage douloureux, tremblant d'une émotion mal contenue, Katô finit par avouer que son compagnon ne doit pas s'imaginer qu'en ce qui le concerne, tout ira bien même s'il ne lui montre pas son amour par des actes. Lui aussi voudrait être rassuré en sentant qu'Iwaki a besoin de lui. Et sur ces mots, le jeune homme hurle à Kyôsuké de montrer plus d'ardeur à son égard !
Stupéfait, le visage blême, l'acteur ne sait que répondre à cet aveu. Hésitant, il finit tout de même par demander: "Est-ce que celà signifie que mes sentiments ne t'atteignent pas ?" Mais regrettant de s'être laissé aller, Katô s'excuse. Il sait parfaitement que sa propre façon d'aimer et celle d'Iwaki diffèrent radicalement. Seulement, il y a des moments où il est terriblement inquiet: il est si heureux à présent que le jeune homme est terrifié à l'idée que quoi que ce soit vienne briser ce bonheur. Voilà pourquoi il appréhende le moindre changement: il souhaite que tout demeure dans l'état actuel, et toute modification dans leur existence est pour lui sujet d'inquiétude. Bientôt, Katô ne peut plus contenir ses larmes, et son ami, bouleversé et fâché contre lui-même, l'attire puis le serre dans ses bras. Iwaki s'excuse de s'être ainsi laissé choyer par lui sans songer aux sentiments de son compagnon. Il avait oublié que ce dernier est beaucoup plus jeune que lui. A travers ses sanglots, Katô demande également pardon de se montrer dans un état si pitoyable. Mais pour toute réponse, Iwaki lui prend la tête dans ses mains et l'embrasse fougueusement. Lorsqu'il le lache enfin, écarlate, le jeune homme lève vers son ami un regard étonné. Quant à l'acteur, il ôte sa veste, prononçant gravement ces mots: "Il y a longtemps, tu m'avais parlé de cette joie que l'on éprouve en étant étreint par l'être aimé et qui va bien au-delà du plaisir sexuel. Maintement, je vais t'enseigner à quel point jusqu'à présent j'ai goûté ce bonheur."
Et sur ces paroles, Iwaki commence à déshabiller Katô en le caressant, le couchant sur la table du salon. Après de tendres préliminaires, avant de prendre son compagnon, l'acteur avertit néanmoins ce dernier que puisque celà fait fort longtemps qu'il n'a pas étreint quelqu'un (en fait, depuis l'audition devant Sawa), il risque de ne pas être très habile. Emu, Katô acquiesce, heureux d'avoir été le premier et unique homme qu'Iwaki ait jamais possédé. Puis, tandis que tous deux font l'amour, reviennent à leur mémoire les paroles prononcées jadis par le jeune acteur: "Un jour.... Même si tu ne m'étreins pas maintenant, ça ira. Lorsque quelqu'un d'aussi sérieux que toi m'auras totalement accepté...."
Plus tard, alors que les deux amants, en sueur et à bout de souffle, restent étendus sur la table du salon, Katô avise soudain le portable dépassant d'une des poches de la veste d'Iwaki. S'emparant de l'objet, le jeune homme s'étonne de le trouver éteint; voilà pourquoi il n'arrivait pas à joindre son ami bien qu'il l'ait appelé il ne sait combien de fois. Mais Kyôsuké répond que ce n'est pas lui qui a mis le téléphone hors tension, alors, Katô se demande à haute voix si ce ne serait pas Asano. Souriant, Iwaki traite son ami d'idiot: quel profit aurait le manager à faire une chose pareille ? Et même si celà était, n'a-t-il pas été avisé de faire en sorte que le portable ne sonne plus ? Katô serait-il encore inquiet ? On dirait bien que cette étreinte ne lui a pas suffit. Et l'embrassant, Kyôsuké entâme aussitôt un second round.
Au même moment, tandis que la nuit est tombée sur la ville, dans les bureaux de la production Mme Shimizu met Asano au courant des dernières choses qu'il a encore besoin de savoir avant de la remplacer. Alors que la jeune femme s'apprète à s'en aller, prétextant qu'il va se mettre dès ce soir à apprendre les adresses des différents lieux où se déroulent les tournages, longs à mémoriser, le jeune manager décide de rester encore un peu. Une fois seul, il s'empare d'un des classeurs s'alignant sur les étagères de la documentation, intitulé "Liste Noire concernant les Journalistes", où se trouvent répertoriés les noms et les coordonnées de tous les paparazzis friands de scandales, et donc à éviter soigneusement. Néanmoins, parmi cette liste, Asano choisit un photographe à scoops nommé Kasaï. Se retirant dans un coin discret, il s'empresse de l'appeler de son portable, affirmant qu'il a une information intéressante à lui communiquer: un bruit court selon lequel Kyôsuké Iwaki entretiendrait des rapports suspects avec son nouveau manager. A peine le paparazzi a-t-il le temps d'exprimer sa surprise, demandant si cette rumeur est sérieuse, que Asano coupe la communication. Un sourire rusé s'étirant sur son visage sournois, le jeune manager prononce à mi-voix: "Yôji Katô a pu lancer sa carrière grâce au scandale de sa liaison avec Kyôsuké Iwaki. Ce serait du gâchis de ne pas utiliser moi aussi pour sortir de l'anonymat tous les moyens mis à ma disposition."
Pendant ce temps, même serré dans les bras d'Iwaki qui poursuit ses assauts, Katô ne peut s'empêcher de songer au portable mis hors tension. Pour lui, couper l'alimentation du téléphone n'apparaît que comme une tentative de couper le lien qui le relie à son compagnon.

Tandis que le tournage de la série Inside Report dans laquelle joue Kyôsuké Iwaki est sur le point de s'achever, suivant la progression du récit, on en vient à la réalisation des épisodes les plus importants. Le casting destiné à trouver l'acteur qui interprétera le rôle du patient décédant d'une erreur médicale s'avère très ardu. En désespoir de cause, le réalisateur du feuilleton voudrait confier ce rôle dramatique à Katô, persuadé que personne ne serait plus approprié pour interpréter ce personnage crucial aux côtés d'Iwaki. Mais non seulement le jeune homme travaille pour une maison de production rivale, jouant dans une série diffusée exactement à la même heure qu'Inside Report , mais il est quasiment impossible d'espérer louer les talents d'un acteur aussi occupé en ne le prévenant qu'un mois à l'avance.
Un jour, en revenant d'une prise de vue, Kyôsuké surprend le réalisateur justement en train de discuter de ce problème au téléphone. Entendant prononcer le nom de son ami, le jeune acteur entre aussitôt dans la salle de repos réservée au staff afin de demander de quoi il s'agit. Le cinéaste, soupirant de lassitude, explique alors que le scénariste tient absolument à ce que ce soit Katô qui interprète le rôle du patient condamné; il semblerait qu'à l'origine, en écrivant son histoire il avait conçu ce personnage en songeant à Katô. Normalement, c'est un rôle qui devait être confié à un acteur débutant, mais aucune des nouvelles recrues candidates au casting n'a convenu au scénariste jusqu'à présent. Bien que ce personnage ne fasse que peu d'apparitions vers la fin de la série, il s'agit cependant d'un protagoniste essentiel dans l'histoire, dont le choix est déterminant. Le réalisateur a l'intention de poursuivre le casting, mais demande néanmoins à Kyôsuké s'il ne pourrait pas mine de rien demander sa participation à Katô. Irrité qu'on essaie ainsi de mettre à profit sa relation avec le jeune acteur, Iwaki répond aussitôt que ce serait mêler travail et vie privée. Le réalisateur acquiesce, résigné, mais avise soudain Asano qui se tient en retrait derrière Iwaki. Avec son physique, c'est plutôt dommage de faire travailler ce jeune homme seulement comme manager, pourquoi ne passerait-il pas l'audition ?
Celà semble une bonne idée à Kyôsuké, qui enjoint aussitôt Asano d'accepter sans se soucier de lui - il se trouvera un manager remplaçant - car ce serait une grande chance pour le futur acteur de débuter une carrière. Mais Asano, toujours aussi calculateur (et aussi lèche-cul), décline l'offre sans hésiter, affirmant que bien qu'il en soit très honoré, il préfère étudier encore le métier d'acteur en continuant de s'occuper d'Iwaki et ne faire ses débuts que lorsqu'il se sentira fin prêt. Kyôsuké s'excuse auprès du réalisateur du refus de son jeune manager, mais le cinéaste, surpris au plus haut point, paraît au contraire enchanté: c'est la première fois qu'il rencontre un futur acteur dépourvu d'opportunisme au point de ne pas se précipiter sur une proposition aussi allèchante ! Asano lui plaît, ainsi le réalisateur enjoint ce dernier à reconsidérer l'offre si jamais il s'avérait impossible d'engager Katô. Asano acquiesce et remercie le cinéaste d'un air faussement modeste et gêné. Mais en son for intérieur, jamais il ne s'est senti aussi sûr de lui. Certain d'obtenir le rôle, il se dit que jouer auprès d'Iwaki juste avant un scandale ne donnera à ce dernier que plus de réalité.
Cependant, en rentrant chez lui le soir, Kyôsuké apprend de la bouche de Katô que le jeune acteur a déjà accepté d'interpréter ce second rôle dans Inside Report . Scandalisé, Iwaki s'insurge: ils avaient pourtant convenu de ne pas faire interférer leur vie privée dans leur travail ! Mais Katô était sûr que son ami allait dire celà, et répond que ce n'est pas seulement pour qu'ils aient l'occasion de jouer ensemble qu'il a accepté ce rôle. Bien sûr, les gens de sa maison de production ainsi que le staff du feuilleton Her Best s'y sont opposés, mais il leur a assuré qu'en tournant dans Inside Report , il compte bien attirer à lui les téléspectateurs qui suivent cette série et les amener à regarder également l'autre feuilleton. Enfin la chance lui est donnée de se mesurer directement à Iwaki en confrontant leur talent, et Katô n'est pas lâche au point de laisser passer celà. Stupéfait, Kyôsuké ne sait que répondre face à la détermination de son ami.
C'est ainsi que Yôji Katô commence à interpréter le rôle du jeune malade dans Inside Report , et tout le monde est bien obligé de reconnaître qu'il est fort bon. Jamais Iwaki ne l'a vu accomplir son travail si plein d'enthousiasme et d'entrain, et pendant la pause entre deux prises de vue, il ne manque pas d'aller féliciter son compagnon. Depuis tout ce temps qu'ils n'ont pas joué ensemble, Katô est devenu un véritable acteur. Ravi d'être ainsi complimenté, le jeune homme répond en souriant qu'il en est de même pour Iwaki, lui aussi possède désormais le jeu d'un véritable professionnel. Tout à sa conversation avec son ami, Katô ne remarque pas les regards assassins que lui lance Asano, bouillant de dépit et de jalousie.
La série Inside Report en arrive à ses dernières scènes. Alors que le jeune patient Jun'ya Kômura commençait à réagir positivement au traitement difficile qu'il était en train de subir et que le jeune interne s'occupant de lui avait déjà transmis la bonne nouvelle à sa famille, suite à une contamination survenue au sein même de l'hôpital, le malade dont on prévoyait déjà la guérison est sur le point de mourir d'une grave inflammation du foie. L'interne Mitani, interprété par Iwaki, adjoint le directeur de tout avouer et présenter ses excuses à la famille avant que le jeune homme ne décède. Mais le médecin refuse catégoriquement, répliquant que l'hôpital n'est pas un centre de charité mais une entreprise commerciale: s'ils perdent la confiance de leurs patients, c'est la fin; ainsi mieux vaut pour tout le monde tenir l'affaire secrète.
Une fois la scène achevée, le réalisateur félicite Iwaki pour le brio avec lequel il l'a interprétée. Dans la scène suivante, l'interne Mitani, révulsé par l'immoralité qui règne au coeur de l'hôpital dans lequel il travaille, va se décider à avouer la faute médicale tout en assistant à la mort de Katô . A ces mots prononcés par le cinéaste, Kyôsuké proteste: qu'il appelle le personnage par son nom, pas par celui de son ami ! Amusé de cette réaction qu'il juge excessive, le réalisateur s'excuse. Néanmoins, lorsqu'il entre dans la pièce transformée en chambre d'hôpital pour les besoins du film, où le jeune acteur est en train de se faire maquiller, le sang d'Iwaki se glace tout à coup. En pyjama, Katô est couché dans un lit médical, et son maquillage est si réaliste qu'on dirait vraiment un mourant. Dès qu'il aperçoit son ami, le jeune homme se met à plaisanter, lançant en riant qu'il est dans la réalité si rarement malade qu'il fallait absolument que ce dernier voit ça ! Iwaki s'efforce de sourire en le traitant d'idiot, mais la mauvaise mine de Katô l'a ébranlé plus qu'il ne saurait le dire.
On en vient ainsi à la scène finale du feuilleton. Alors que leur fils est en train de mourir, les parents de Jun'ya Kômura crient leur incompréhension à l'interne Mitani. Branché à un appareil respiratoire, Katô dans son rôle paraît plus mal en point que jamais. Effrayé par sa pâleur et le réalisme de cette scène des plus dramatique, Iwaki demeure pétrifié. Si bien que le staff et même Asano s'étonnent de son mutisme et de son attitude. Normalement, c'est le passage où fou de rage, l'interne ôte puis jette à terre sa blouse blanche de médecin. Mais le jeune homme ne dit mot, ne fait pas un geste, complètement prostré. A la fin, le réalisateur ordonne vivement à l'un des caméramans de se rapprocher et faire rapidement un gros plan sur le visage d'Iwaki. Ce dernier toujours immobile est en train de verser d'abondantes larmes, à l'étonnement de tous ses collègues, équipe technique et acteurs réunis. Ce n'est que lorsque le réalisateur crie "Coupez !" que le jeune homme reprend enfin ses esprits, et il commence à s'excuser de s'être perdu dans ses pensées en oubliant de dire son texte. Mais au contraire le réalisateur est ravi et ne manque pas de le clamer avec enthousiasme, tandis que tout le monde applaudit autour de Kyôsuké: bien que différente du scénario original, la scène qu'il vient de jouer est beaucoup plus criante de vérité et de réalisme que ce qui était prévu. Dérouté, l'acteur n'y comprend rien. A ce moment, Katô se redresse sur son lit en ôtant son masque à oxygène. Souriant, il demande à son ami d'essuyer les larmes qui baignent son visage, car il ne veut pas que d'autres personnes que lui le voient ainsi pleurer. Etonné, Kyôsuké porte la main à ses yeux, et la voyant trempée de larmes, réalise enfin ce qui vient de se passer.

A la nuit tombée, tandis que son manager Asano le ramène chez lui en voiture, Iwaki ne dit pas un mot durant le trajet, perdu dans de sombres pensées. Il faudra plusieurs appels de son jeune chauffeur pour que l'acteur quitte enfin sa maussade rêverie: sans même qu'il s'en soit aperçu, le véhicule est déjà parvenu devant la maison. En quittant la voiture, quelque chose lui revient soudain en mémoire, et il exprime sincèrement ses regrets à Asano: c'est vraiment dommage pour le jeune homme qu'il n'ait pas obtenu le rôle de Jun'ya, pourtant une si belle occasion pour lui de faire ses débuts. Mais le manager répond que ça n'a pas d'importance: car si c'était lui qui avait interprété le patient mourant, il ne pense pas qu'il aurait jamais pu inspirer à Iwaki un si incroyable jeu d'acteur. Kyôsuké ne dit mot, mais une fois seul, prononce douloureusement: "N'appelle pas celà un jeu d'acteur !..."
Le jeune homme se décide finalement à entrer dans l'habitation plongée dans la pénombre. Katô n'est pas encore rentré, et face au silence oppressant qui règne en ces lieux, Iwaki ne peut s'empêcher de ressentir un vague malaise. Tandis qu'il jette autour de lui des coups d'oeil inquiets, le vide de la maison lorsque son compagnon n'y est pas s'impose à lui de manière violente. Livide, Kyôsuké se met à frissonner. Et soudain pris de panique, il monte en courant à l'étage, se précipite dans sa chambre et s'enfouit sous ses couvertures. Tremblant de tous ses membres, recroquevillé sur lui-même, il prononce désespérément le nom de son ami.
Le lendemain matin, raccompagné par son manager Kanéko, Katô rentre enfin à la maison. Pour avoir accepté un surcroît de travail en tournant dans Inside Report , son emploi du temps se retrouve épouvantablement chargé. Mais bien que fatigué, le jeune homme n'en a cure, content et satisfait. Tandis qu'il grimpe les marches du perron en sifflotant, Katô ne tarde pas à remarquer quelque chose d'anormal en pénétrant dans l'entrée: les chaussures d'Iwaki sont abandonnées en vrac sur le sol, et voilà qui n'est pas du tout dans les habitudes d'une personne aussi ordonnée. Au tour de Katô d'être assailli par la panique, et il s'élance en courant dans la maison en appelant son ami. Il finit par retrouver Iwaki dans leur chambre, dans le même état que lorsqu'il s'était couché, complètement prostré sous ses couvertures. Comme malgré les appels angoissés du jeune acteur Kyôsuké n'est pas décidé à se montrer, Katô finit par ôter lui-même impatiemment draps et couvertures. Et il se fige de stupeur en découvrant le visage ravagé de larmes de son compagnon. Soulagé de le voir enfin, Iwaki se blottit dans ses bras en poussant un profond soupir. Ce n'est qu'après qu'il se soit un peu calmé que Katô peut enfin lui demander ce qui s'est passé, soupçonnant immédiatement Asano d'avoir porté la main sur son ami. Mais bien sûr il n'en est rien, et détournant la tête en rougissant de honte, Kyôsuké avoue avec irritation qu'il a été effrayé en ayant l'impression que Katô venait le hanter sous la forme d'un revenant.
Entendant ces mots, le jeune homme manque en tomber le cul par terre ! Lui qui s'attendait à quelque chose de grave ! Iwaki a-t-il l'intention de le faire mourir de rire ? De plus, c'est horrible d'avoir été terrifié par celà: lorsque la personne que l'on aime revient vous voir sous la forme d'un fantôme, on devrait plutôt s'en réjouir. Mais Iwaki, profondément bouleversé par la scène qu'il a du jouer la veille, n'est pas du tout d'humeur à plaisanter. Les yeux à nouveau emplis de larmes, il crie à son ami que si ce dernier revenait le hanter, celà voudrait dire qu'il est mort ! Durant toute la nuit passée, l'acteur a été tourmenté par la crainte qu'il arrive quelque chose à Katô au moment où il ne se trouve pas auprès de lui. Que devriendrait-il, seul sans Katô, abandonné dans cette grande maison qu'ils avaient fait bâtir ensemble ? Rien que d'assister à la "mort" du jeune homme pendant le tournage a suffit à le glacer d'effroi; plus jamais il ne veut ressentir quelque chose d'aussi douloureux.
Sous le regard stupéfait de Katô, Iwaki ne peut une nouvelle fois retenir ses larmes. Décidément, ce dernier ne cessera jamais de l'étonner, il peut se montrer si mignon et sensible malgré ses airs froids et stoïques. Prenant le visage de son bien-aimé entre ses mains, Katô lui demande de réfléchir un instant: Kyôsuké pense-t-il vraiment qu'il serait capable de laisser seul quelqu'un d'aussi adorable ? Le jeune homme n'est pas idiot au point de donner l'occasion à quelqu'un d'autre de s'approprier Iwaki. Et sur ces mots, Katô donne à son compagnon un baiser passionné, l'étendant sur le lit. Puis, il ajoute ironiquement que puisqu'il sait à présent de quelle manière Kyôsuké pleurerait si jamais il venait à mourir, en voyant sa détresse, il ne pourra pas se permmettre de décéder pendant un bon moment. Tandis que l'acteur lui ordonne d'arrêter de parler de mort, Katô commence à ôter ses vêtements. Contemplant son ami d'un visage écarlate, et comprenant ce qu'il a l'intention de faire, Iwaki demande à Katô si ça va aller. A cause de son emploi du temps surchargé, le jeune homme vient juste de rentrer du travail et il ne s'est même pas reposé. Mais Katô répond affirmativement. C'est justement parce que tous deux ont si peu de temps pour être ensemble qu'il veut profiter pleinement de ces instants précieux. Même si à cause de celà il a fait éprouver des sentiments pénibles à son compagnon, il ne regrette pas d'avoir accepté ce rôle; ainsi, Katô a pu entendre cet aveu qui vient du fond de l'âme, qu'Iwaki n'aurait jamais proféré: s'il venait à disparaître, l'acteur ne pourrait plus vivre sans lui.
L'épisode d'Inside Report , bien que différent de ce qui était prévu dans le scénario à l'origine, fut retransmis tel quel à la télévision, et remporta un taux d'audimat plus élevé qu'il ne l'avait jamais été depuis le début de la diffusion du feuilleton. Les larmes d'Iwaki devinrent un sujet de conversation même dans le monde du spectacle, et ironiquement, alors qu'il n'avait fait qu'exposer involontairement ses sentiments, sa valeur en tant qu'acteur s'en trouva encore accrue.

Un soir, tandis que Kyôsuké Iwaki se trouve dans la voiture qui le ramène chez lui, son portable se met soudain à sonner. Il s'agit de Kanéko, le manager de Katô, qui paraît très préoccupé au sujet du jeune acteur. En fait, tout découle de l'affaire de la participation de ce dernier au tournage du feuilleton Inside Report . Lorsque la maison de production de Katô avait accepté qu'il prenne ce rôle, c'était afin de profiter de la publicité que la rumeur de cette double interprétation représenterait, et également pour satisfaire la demande instante de leur jeune premier. Mais comme il fallait s'y attendre, le jour de la diffusion de l'épisode d'Inside Report où le célèbre couple jouait ensemble, le feuilleton remporta un record d'audimat, tandis que celui de Her Best , retransmis exactement au même moment, avait complètement périclité. Le jeu d'acteur de Katô dans Inside Report était magnifique, ce qui le fait grimper encore un échelon dans sa carrière. Mais du côté des producteurs et des concepteurs du programme télé, il est évident que ce succès dont profite une chaîne concurrente est beaucoup moins intéressant. Et à présent, au studio où il travaille, la situation de Katô est devenue plutôt mauvaise. Aujourd'hui sur le plateau, le jeune homme apparaissait plongé dans ses pensées, et celà inquiète un peu Kanéko. Dans un tel moment, le manager est persuadé que rien ne ferait plus de bien à l'acteur que des paroles d'encouragement de son compagnon.
Soucieux de ce que Kanéko vient de lui apprendre, Kyôsuké est à peine arrivé chez lui qu'il remarque de la lumière dans le bureau de Katô: depuis que le couple a emménagé dans sa nouvelle maison, c'est la première fois. De plus en plus inquiet, l'acteur va frapper à la porte de son ami. Que dire à ce dernier ? Si l'audimat d'Inside Report a explosé, ce n'est pas seul que Iwaki a réussi cette performance, mais parce que lui et Katô ont joué ensemble. Cependant des paroles de consolation maladroites ne feraient que blesser davantage l'amour-propre du jeune homme. Finalement, lorsque celui-ci vient lui ouvrir, Kyôsuké se contente de lui demander s'il n'a pas faim, car il va préparer quelque chose à manger. D'abord surpris - l'acteur fait très rarement la cuisine - Katô finit par acquiescer. Mais tandis que Iwaki est en train de préparer des soba (nouilles de sarrasin), accoudé à la table de la salle à manger, le jeune homme ne cesse de le fixer d'un regard scrutateur. En effet le comportement de Katô n'est pas habituel, Kyôsuké sent bien que le regard qu'il pose sur lui à présent est différent de celui que son compagnon lui porte d'ordinaire: il n'y a plus cette chaleur dans ses yeux, ils sont froids comme s'ils le détaillaient. Mal à l'aise, l'acteur finit par proposer de manger à la manière traditionnelle (assis par terre), pour changer un peu les habitudes. Katô accepte, et se levant, annonce qu'il va alors dresser la table dans la salle à manger meublée dans le style japonais. Le jeune homme parti, Iwaki pousse un soupir de soulagement. Il n'arrivait plus à se concentrer sur sa préparation avec ce regard intense rivé sur lui.
Mais pendant le repas, les choses ne s'arrangent pas pour autant. Cette fois, c'est au tour de Kyôsuké de fixer étrangement son compagnon, s'étonnant de son silence, lui d'ordinaire si enjoué et si bavard. Il finit par le lui dire, et profite pour demander à Katô s'il y a quelque chose qui le préoccupe. Le jeune homme répond d'abord que non, puis se ravise: ce n'est pas que ce soit vraiment de la préoccupation, mais il se demandait en quoi il avait trouvé du charme à Iwaki. Entendant ces mots, l'acteur sent son coeur s'arrêter. Qu'est-ce que ça veut dire ? Mais ne remarquant pas son trouble, son cadet continue ses interrogations à voix haute: qu'aime-t-il dans le visage, dans le corps de son compagnon ? Celà l'intrigue beaucoup. Kyôsuké sent peu à peu la colère monter en lui : Katô essaye-t-il de lui faire entendre qu'il ne sait plus pourquoi il est tombé amoureux de lui ? En outre, il évoque son corps, son visage ... C'est ridicule ! Il ne l'a tout de même pas aimé pour son physique ?! Mais juste avant d'exploser de rage, Iwaki se rappelle la requête de Kanéko: "Ne pourriez-vous pas réconforter Katô par des paroles douces ?" Alors, l'acteur se contente de lancer à son ami que ce n'est pas en lui posant la question qu'il comprendra davantage ce qui lui a plût chez lui. Katô est bien sûr d'accord, et réfléchissant, il lui vient soudain une idée: il voudrait qu'une fois, Kyôsuké se dénude et expose son corps devant lui, dans un endroit lumineux et sans qu'ils fassent l'amour. En contemplant son compagnon en tant que spectateur, il veut s'assurer par lui-même de ce qui l'attire chez Iwaki. Cependant Katô ajoute que bien sûr il plaisante, il n'y a pas de raison que son ami accède à une telle requête. Mais l'acteur, vexé, se lève et commence à se déshabiller; si pour le jeune homme tout celà relève de la plaisanterie, en ce qui le concerne c'est au contraire très sérieux: si Katô éprouve des doutes à son sujet, afin de les dissiper il est prêt à faire n'importe quoi.
Iwaki se retrouve donc debout entièrement nu dans la pièce de style japonais traditionnel, tandis qu'assis sur le sol en face de lui, Katô le contemple en détaillant d'un regard aigu chaque partie de son corps. Mais rien que de sentir les prunelles froides de son compagnon fixées sur lui, le corps de l'acteur finit par réagir. Finalement, amusé de cette réaction qui remplit Kyôsuké de honte, Katô décide qu'en se contentant seulement de le regarder il ne parviendra pas à comprendre ce qu'il y a de délicieux chez son ami. Alors, des mains, de la langue, il commence à lui caresser tout le corps. Katô est si différent de ce qu'il est d'habitude que l'acteur finit par se laisser aller dans ses bras, n'en pouvant plus de désir. Il vient enfin de comprendre qui est cet "autre" Katô au regard si froid qui se tient devant lui: c'est celui qui jouait dans des films pronographiques. Alors même que tous deux font l'amour, le jeune homme poursuit ses insupportables investigations, au point que Iwaki finit par en avoir assez: "Celà suffit, s'exclame-t-il. Qu'est-ce qui te plaît, qui ne te plaît pas ?! Je ne veux pas d'une telle liaison uniquement physique !! Je ne peux pas supporter de faire l'amour avec toi comme si nous étions dans un film porno ! Si tu as quelque chose à me repprocher, fais-le tout de suite !!" Des larmes coulent des yeux de l'acteur, et à ces paroles, Katô reprend enfin ses esprits. Navré d'avoir blessé son ami sans s'en apercevoir, il s'excuse sincèrement. Son expression froide l'abandonne, et il reprend son étreinte, mais avec la fougue et la passion qu'il y met d'ordinaire. Embrassant Iwaki, le jeune homme lui avoue qu'il lui est impossible de contempler son corps passivement; ayant eu soudain l'impression de tourner dans un film X, il n'a pas pu se contrôler.
Un peu plus tard, alors que les deux amants se reposent tendrement enlacés assis sur un coussin, Kyôsuké, qui boude un peu, demande à Katô de lui expliquer la raison pour laquelle il avait un comportement si étrange aujourd'hui. D'abord le jeune homme ne comprend pas vraiment la question: est-ce si bizarre que pour une fois il se soit mis au travail sitôt rentré à la maison ? Sur ces mots, Iwaki explose: ce n'est pas de celà qu'il parle, mais des paroles de Katô qui disait ne pas comprendre ce qui l'avait attiré en lui. L'acteur en a été profondément blessé ! Encore une fois, le jeune homme s'excuse: il s'agit d'un malentendu. En fait, ça a un rapport avec le feuilleton dans lequel il joue, Her Best : dans la série, lui, le héros, doit incarner "le meilleur" pour son entourage féminin. Bien que celà soit lié au charme et à la personnalité du personnage, sa propre manière de l'exprimer dans sa façon de jouer s'avère également essentielle. C'est ainsi que Katô se demandait selon quels critères les femmes pouvaient trouver du charme aux hommes, et alors, puisque lui-même est amoureux d'un homme, il s'était résolu à examiner Iwaki avec le regard qu'aurait pu avoir une femme. N'était-ce pas une bonne idée ? Mais stupéfait de la naïveté de son jeune amant, l'acteur ne peut que se demander si ce dernier a vraiment une cervelle ! Car en ce qui concerne l'apparence physique, chacun a ses goûts personnels !
Mais Kyôsuké avoue que lui aussi a été idiot d'avoir pris au sérieux les paroles de Kanéko, qui a tendance à tout dramatiser, et conte à son ami ce que le manager lui a appris au sujet des chiffres d'audimat. Il sait qu'à cause de ces derniers, les relations de Katô avec le staff de son studio sont devenues mauvaises. A ces mots, le jeune homme soupire: voilà la raison pour laquelle son compagnon se montrait si gentil et si patient avec lui ce soir-là. Mais il est exact que même si son staff et lui prévoyaient une baisse d'audimat de Her Best suite à sa participation à Inside Report , personne ne s'attendait à ce qu'un écart si important se creuse entre les deux feuilletons. Néanmoins, Katô n'a pas l'intention d'interpréter celà à la légère en affirmant que l'audimat d'Inside Report a grimpé parce qu'il y jouait aussi; car dans ce cas les gens qui voulaient vraiment le voir à la télé n'avaient qu'à regarder le feuilleton dont il est le héros. Celà signifie qu'il y a encore quelque chose de creux dans son jeu, et le staff en montrant son mécontentement essayait sans doute de le lui faire comprendre. Mais pourtant, le jeune homme pense que ce n'est pas une mauvaise chose de lui faire entrevoir son imperfection, car ainsi dans le futur il ne pourra que s'améliorer.
Iwaki écoute les sages paroles de son ami en souriant, heureux qu'il avance sur le chemin de la maturité. Puis il lance malicieusement que quelles qu'en aient été les raisons, il n'empêche que Katô a été jusqu'à lui faire faire un stip-tease ! En récompense, lui dira-t-il enfin ce qu'il aime le plus dans son physique ? Etonné, le jeune acteur répond qu'en y réfléchissant bien, il n'a aucune raison d'aimer le corps masculin. Mais puisque Katô est tombé amoureux d'Iwaki, alors il s'est mis à aimer aussi son corps. Et puisque ce corps tout entier appartient à son amant qu'il adore, il ne peut décider quelle particularité de son physique il apprécie le plus. Mais alors, se dit soudain Katô, si les téléspectateurs venaient à aimer sa propre apparence, alors ils trouveraient également de l'attrait au personnage qu'il interprète, sans qu'il lui soit nécessaire de se casser la tête à composer son rôle ! Pour le taquiner, Iwaki répond: "Les artistes qui se contentent de celà, n'est-ce pas ceux que l'on appelle des acteurs sans talent ?" "Ah, Iwaki, tu es horrible !" s'exclame Katô.

Kabuki, le quartier des plaisirs, à Shinjuku. Dans une boîte de nuit où se produisent des travestis, un groupe de policiers surgit soudain dans les vestiaires, à la recherche de drogue. Ils sont dirigés par le jeune inspecteur Tsunéo Sawa, 23 ans. Comme de nombreuses personnes, ce dernier porte un prénom dans lequel ses parents ont mis tous leurs espoirs, et le jeune homme ne cesse de porter le poids de ce prénom qui semble déjà déterminer son futur: "Tsunéo" signifie "Conduis-toi toujours en homme". Agir en faisant en sorte de ne pas trahir les attentes de ses parents est devenu pour lui une ligne de conduite, sans même qu'il se rende compte que cet effort est en train de briser son âme. Pourtant, ce soir-là, en apercevant sur l'une des tables de maquillage du vestiaire un tube de rouge à lèvres, Tsunéo sent soudain un violent désir l'oppresser. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à détourner son regard de l'objet, et profitant de la confusion qui règne dans les lieux, il finit par le fourrer discrètement dans sa poche.
Plus tard au commissariat, l'inspecteur entend deux de ses hommes clamer leur dégoût pour les travestis, gloussant que ce genre d'individus n'a pas besoin de consommer de la drogue, puisqu'ils ont déjà l'esprit dérangé. Ces propos plongent il ne sait pourquoi le jeune homme dans une colère sombre, et tandis qu'il quitte le bureau après avoir rendu son rapport à son supérieur, il ne peut s'empêcher de dire à ses sous-fifres ce qu'il pense de leurs bavardages de commères. A peine Tsunéo est-il sorti du bureau que les deux policiers reprennent leur conversation médisante, soulignant la vanité du comportement élitiste de leur supérieur: alors que le jeune homme était promis à une brillante carrière de cadre dans la haute hiérarchie policière, à cause d'une affaire criminelle survenue au sein de sa famille, il s'est retrouvé muté dans une simple juridiction, sans désormais le moindre espoir d'avancement ni d'avenir.
Les inspecteurs parlent volontairement fort, et bien sûr Tsunéo ne perd pas une miette de leurs propos. L'affaire criminelle qu'ils évoquent est des plus banale: il s'agit d'un assassinat commis six mois auparavant, dont le coupable a été pris sur le fait et immédiatement arrêté. Mais ce qui s'avère moins banal, c'est que le criminel n'était autre que le Préfet de Police lui-même, le propre oncle de Tsunéo. La victime était son épouse Yukié, 38 ans, tuée d'un coup de couteau à l'abdomen à la suite d'une dispute. Un acte impulsif et nullement prémédité, commis sous le coup de la colère. C'est leur fils unique Yukihito Asaki, 13 ans, qui a donné l'alerte en découvrant la scène au retour de l'école. Mais apprenant ensuite que l'auteur du crime était son propre père, le choc lui a fait perdre complètement la voix.
Le soir, tandis que Tsunéo se trouve à table avec ses parents, il interroge ces derniers sur l'absence de son jeune cousin, venu vivre avec eux. Mr Sawa répond que l'adolescent n'ose pas se montrer en sa présence, car sitôt qu'il le voit, il paraît effrayé: le fait de songer que son père a tué sa mère a provoqué chez Yukihito la peur des hommes. Pourtant, objecte Mme Sawa, le garçon aime beaucoup Tsunéo et n'a pas peur de lui. Mais son époux rétorque aussitôt que c'est parce que Yukihito retrouve en son cousin l'image de sa mère: plus qu'à lui-même ou à son épouse, c'est à sa soeur cadette Yukié que le jeune homme ressemble. Troublé par ces paroles, Tsunéo se lève de table et va se réfugier dans sa chambre. Sur son bureau, traîne le tube de rouge à lèvres subtilisé tantôt. Il ne comprend toujours pas les raisons de son geste, commis sous l'effet d'une irrépressible impulsion. Quelle utilité aurait-il d'un tel objet ? Et surtout, c'est du vol ! Alors que le jeune homme se lamente, mortifié d'avoir commis un délit, lui, un policier, quelqu'un frappe soudain à la porte. Il s'agit de Yukihito, venu rendre à son cousin les livres qu'il lui avait prêté.
Tsunéo s'étonne de la vitesse à laquelle l'adolescent a dévoré les romans, et lui en propose d'autres, ce que Yukihito accepte aussitôt. L'inspecteur l'invite à se rendre ensemble le lendemain à la librairie, car les ouvrages qu'il possède doivent être plutôt ennuyeux pour un garçon de son âge. Alors qu'il parcourt les étagères à la recherche d'un bon livre à prêter en attendant à son cousin, Tsunéo réalise soudain qu'hormi les ouvrages ayant rapport à son travail, sa bibliothèque ne contient que des romans d'amour. Néanmoins il en choisit un et le tend à Yukihito, lui demandant par la même occasion si l'adolescent ne trouve pas étrange qu'un homme comme lui lise ce genre de romans. Mais Yukihito secoue aussitôt la tête en signe de dénégation. Tandis que tous deux sont assis sur le lit, l'inspecteur ne peut s'empêcher de jeter un coup d'oeil inquiet vers son jeune cousin. Six mois se sont déjà écoulés depuis le drame qui les a frappé, et Yukihito n'a toujours pas retrouvé la parole. Il communique par écrit, ne va plus à l'école... Nul doute que ce doit être très ennuyeux pour cet enfant, se dit Tsunéo, passer la journée entière à lire le contenu de sa bibliothèque. D'après le médecin, la raison pour laquelle Yukihito a perdu la voix est bien sûr le choc d'avoir assisté à la mort de sa mère, mais il est hélas fort probable qu'il ait également rejeté sur lui-même le crime commis par son père.
Constatant que le jeune garçon, qui sort du bain, a encore les cheveux mouillés, Tsunéo se met affectueusement à les lui essuyer; mais son coeur se serrant soudain, il ne peut s'empêcher de prendre son cousin dans ses bras, de le presser contre lui en embrassant son front, les larmes aux yeux. Yukihito ne dit rien mais il doit tellement souffrir ! Mais réalisant tout à coup ce qu'il est en train de faire - un comportement peu masculin - Tsunéo mortifié de peur et d'incompréhension se lève, et lui tournant le dos, demande à Yukihito de retourner lire dans sa propre chambre. Qu'est-ce qui lui arrive aujourd'hui ?! se lamente l'inspecteur en se prenant la tête dans ses mains. C'est comme s'il perdait peu à peu le contrôle de ses actes.
Plus tard, la nuit, le jeune homme est assailli par un bien étrange cauchemar: debout dans le noir, il observe une personne occupée à se maquiller avec soin; malgré ses vêtements féminins, à sa poitrine plate Tsunéo ne tarde pas à comprendre qu'il s'agit d'un homme. Son oeuvre parachevée par l'application sur ses lèvres d'un rouge étincelant, l'inconnu se retourne enfin vers l'inspecteur, le gratifiant d'un lumineux sourire. Et horrifié, Tsunéo a la stupéfaction de se retrouver face à lui-même ! Poussant un hurlement, le jeune homme se réveille en sursaut, livide et couvert de sueur. Touchant son visage de ses doigts tremblants afin de vérifier s'il ne porte pas de traces de maquillage, les yeux exorbités, il a le sentiment de devenir fou.
Le matin à son travail, Tsunéo a néanmoins retrouvé une apparence de calme et se met en devoir d'interroger le patron de la boîte de travestis au sujet du trafic de drogue. Cependant le prévenu s'obstine à garder le silence, refusant de révéler qui sont ses fournisseurs. Poussant un soupir, le jeune homme change alors sa manière de poser les questions: le prévenu avait-il vraiment besoin de drogue ? Sa boîte de nuit est considérée comme un lieu de rassemblement pour toutes ces personnes qui s'adonnent à des passe-temps que les autres gens montrent du doigt. Si l'enquête remonte au groupe de travestis, leur quotidien également risque de s'effondrer, et l'inspecteur est convaincu que le tenancier ne souhaite pas une chose pareille. A la fin, ce dernier rompt le silence en affirmant que quelqu'un comme le jeune policier ne peut pas comprendre: parmi les travestis qui viennent à sa boîte de nuit, il y en a certains dont on ne peut plus classer ce penchant pour le travestissement comme un simple "passe-temps". Des êtres ayant la conviction d'être venus au monde avec une erreur sur leur sexe.
A ces mots, Tsunéo sent son coeur battre la chamade. Revoilà encore cette sensation étrange qui l'avait assailli lorsqu'il avait aperçu le tube de rouge à lèvres, comme si quelque chose qu'il désire plus que tout se trouvait soudain devant ses yeux. Est-ce celà, son souhait refoulé ? Mais ignorant les doutes qui déchirent le coeur du policier, le tenancier poursuit ses explications. L'inspecteur s'imagine-t-il que tous les travestis peuvent accepter leur personnalité facilement ? Bien qu'en prenant l'apparence d'une femme, ils parviennent à obtenir une certaine satisfaction, ils ne peuvent changer la réalité qu'ils restent malgré tout des hommes. Obtenir le courage d'abandonner sa condition masculine, et surtout oublier cette réalité qui ne le leur permet pas ! Voilà pourquoi certains travestis s'adonnent à la drogue. Mais celà, un policier sans tourments morals qui passe son temps à prêcher ce qui doit être juste, sa vie entière ne pourra le comprendre ! s'exclame le tenancier en larmes.
Néanmoins, bouleversé, Tsunéo répond à l'homme qu'il se trompe: lui aussi éprouve des tourments morals. Et ne pouvant plus contenir ses pleurs, il avoue alors au tenancier avoir commis la veille un acte indigne d'un policier: pendant la fouille de la boîte de nuit, il a volé ce tube de rouge à lèvres qu'il voulait posséder absolument. Le jeune homme aurait très bien pu s'en acheter un, mais jusqu'à présent il n'avait jamais eu le courage de s'apercevoir, de reconnaître qu'il désirait un tel objet. Mais peu importent les raisons de son geste. Lui-même comme le patron de la boîte auront beau exposer leurs raisons, il n'empêche que ce qu'ils font est un crime, et il leur faut l'admettre.
Le soir, de retour à la maison, Tsunéo tourne encore ce leitmotiv dans sa tête: il doit reconnaître son désir secret, combien cet aspect de lui-même soit difficile à regarder en face. Ainsi, profitant qu'il soit seul, le jeune homme s'empare du tube de rouge et commence à s'en parer les lèvres. C'est à ce moment qu'il entend frapper à la porte de sa chambre. Ouvrant sans attendre de réponse, Mme Sawa accompagnée de Yukihito vient lui rappeler sa promesse d'emmener l'adolescent à la librairie. Mais sitôt qu'elle aperçoit le visage inhabituel de son fils, horrifiée, la femme se jette sur lui afin de lui ôter la couleur qu'il a sur les lèvres, au bord de la crise de nerfs. Cependant, l'apparence de Tsunéo une fois maquillé a provoqué chez Yukihito comme un déclic. Retrouvant enfin la voix, il se met à appeler doucement sa mère, avant de se précipiter en pleurant dans les bras de son cousin. "Yukihito, tu as besoin de moi tel que je suis ainsi ?..." s'étonne Tsunéo également en pleurs. Et tandis que sa mère lui demande avec angoisse et insistance s'il a bien cultivé sa ressemblance avec sa tante Yukié afin d'aider Yukihito, le jeune homme répond sans hésiter qu'elle se trompe: ceci est le véritable lui-même. Et il a encore une raison de demander pardon à Mme Sawa: aujourd'hui, il vient de démissionner de la police. "Maman, cet être que tu as devant toi n'est pas ton fils, n'est-ce pas ?" demande Tsunéo, souriant malgré ses larmes.
Puis, rejetant l'opposition de ses parents, le jeune homme finit par quitter le foyer paternel, emmenant avec lui Yukihito. C'est ainsi qu'il débuta son activité d'écrivain, acceptant en même temps d'assumer enfin sa féminité. Dans l'appartement luxueux que tous deux partageaient avant de pouvoir posséder la belle maison où ils vivent à présent, à mesure qu'il écrivait, Tsunéo faisait lire ses pages à son cousin. Il s'était toujours dit qu'un jour, il coucherait sur papier l'histoire de tous ces gens qu'il avait rencontré lorsqu'il était dans la police. Oui, l'histoire de ces personnes aux états d'âmes tourmentés et complexes qui pratiquent un métier ou vivent un amour que le monde refuse de reconnaître. Pourquoi ne pas appeler ce livre "Haru o Daïtéita"? Pas mal comme titre, non ?

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