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B Rash

Hard Boys Love Anthology Comic

© Asami Tôjô

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Nombre de volumes: 8 en cours----------Référence: Movic

"Rash" comme "Trash". Attention, comme le sous-titre de cette collection l'indique, les recueils B-Rash contiennent des histoires où l'accent est surtout mis sur le X et s'adressent donc à un lectorat averti ! Les volumes de cette collection, qui contiennent en moyenne 8 ou 9 histoires, sortent au rythme d'un tous les trimestres, le 10 des mois de mars, juin, septembre et décembre.

 

volumes 1 et 2 ---------- volumes 3 et 4

volumes 5 et 6 ---------- volumes 7 et 8

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Sommaire

-------------- B Rash vol.1 (Spécial Kichiku)

-------------- B Rash vol.2 (Spécial Immoralité)

 

 

--------------------B Rash vol.1

-------© Asami Tôjô / Movic--------------------------Thème: "Spécial Kichiku"

- Retsujô - Amaï Bôkun ("Sentiments intenses - Mon doux tyran"), par Asami Tôjô (p.3). Afin d'aider l'un de ses amis qui l'avait secouru autrefois à rembourser une dette, Tôgawa, jeune professeur de lycée, travaille après ses cours comme hôte dans un club. La rumeur aidant, le directeur de l'école finit néanmoins par apprendre à quel emploi peu recommandable s'adonne en secret l'un de ses enseignants. Mais au lieu de sanctionner Tôgawa, le vieux bonhomme pervers préfère se livrer à un chantage: voilà déjà longtemps qu'il a des vues sur le séduisant jeune professeur, alors si ce dernier accepte de se donner à lui, le directeur laisse entendre qu'il ne fera rien au sujet de son job du soir. Incapable de se défendre alors même que son supérieur se fait de plus en plus entreprenant, Tôgawa est finalement sauvé par Kagatani, l'un de ses élèves. Ce grand jeune homme sûr de lui, unique héritier d'une riche famille de financiers, met fin au harcèlement sexuel auquel comptait se livrer le directeur en lui faisant remarquer que le chantage est bien plus répréhensible que le fait de travailler comme hôte dans un club.

Pris en flagrant délit par un élève aux parents influents, le directeur est bien forcé de renoncer à ses mauvaises intentions. Une fois seul avec Kagatani, Tôgawa lui expose la raison pour laquelle il a été ainsi obligé de se trouver un job parallèlement à son métier d'enseignant. Mettant en avant la richesse de sa famille et les relations dont elle bénéficie, le lycéen se propose alors d'aider le professeur en lui obtenant un prêt à taux d'intérêts raisonnable qu'il lui sera facile de rembourser, sans pour autant être forcé de se tuer à la tâche et de risquer sa réputation en cumulant des jobs douteux. Car en guise de remboursement, Kagatani demande ni plus ni moins à Tôgawa de le payer avec son propre corps ! Le jeune professeur n'en croit pas ses oreilles ! La découverte d'une liaison avec l'un de ses élèves ne serait-elle pas pire que celle de ses activités nocturnes ? Néanmoins, n'ayant pas vraiment le choix, il finit par accepter l'offre de Kagatani. Pour un jeune bourgeois gâté comme ce dernier, tout ceci n'est probablement qu'un jeu, Tôgawa n'aura qu'à faire ce qu'il demande jusqu'à ce que Kagatani soit lassé.

 

© Asami Tôjô / Movic

 

Mais voilà, le lycéen se révèle être un amant beaucoup plus exigeant que Tôgawa ne l'aurait imaginé. Ayant percé à jour le tempérament lascif du jeune professeur, il ne lui laisse aucun répit, allant jusqu'à le tourmenter en plein cours en se cachant sous son bureau ! Plusieurs fois par jour, Kagatani impose de brûlantes étreintes à l'enseignant, au sein même de l'école, tout en prenant un malin plaisir à le mettre dans l'embarras, au point que Tôgawa ne doute plus que leur relation coupable ne va plus tarder à s'ébruiter. Désespéré de devoir ainsi servir de jouet à ce fils de bourgeois à l'éducation négligée, il en vient même à songer à tout avouer afin de mettre fin à ces humiliations, quitte à perdre sa place. Mais un jour que le lycéen dépasse toute mesure en faisant en sorte que le professeur réclame en pleurant son étreinte jusque dans le métro bondé, au beau milieu de la foule heureusement trop compacte pour que l'on s'aperçoive de quoi que ce soit, Tôgawa prend finalement conscience d'une chose importante: l'aveu de sa faute à ses supérieurs ne le soulagera en rien, elle ne fera que briser sa carrière; car en réalité, n'est-ce pas lui-même qui réclame les étreintes de Kagatani ? En tant que professeur, en tant qu'être humain même, le voilà donc face au sentiment cuisant d'avoir échoué. Lui qui rêvait tellement de devenir professeur, d'apprendre à comprendre les sentiments de chacun de ses élèves, lorsque ses actes licencieux seront connus de tous, il ne deviendra qu'un objet de dégoût, l'incarnation vivante de la honte.

A bout, Tôgawa finit par rédiger sa lettre de démission, résolu à mettre lui-même un terme à cette affaire avant qu'elle ne vienne à être connue. Mais alors que le lendemain du soir où il a pris cette décision, il se rend au lycée, sa lettre dans sa poche, il apprend une nouvelle inattendue: Kagatani, curieusement absent aux cours tout au long de cette journée, va quitter son actuel établissement pour un autre lycée. Si d'abord le professeur se montre décontenancé de cette nouvelle, son amant ne lui ayant en effet rien dit, la surprise fait bientôt place à un vague soulagement: Kagatani parti, il ne lui est plus nécessaire désormais de donner sa démission, il pourra continuer à exercer son métier comme avant. Mais quelle est donc la raison de ce départ précipité ? Kagatani s'est-il finalement lassé de s'amuser de lui ?

Tôgawa croyait ses ennuis terminés, jusqu'à ce qu'il réalise amèrement que l'absence de cet amant ardent, toujours si attentif à la satisfaction de ses désirs, lui pèse bien plus qu'il ne s'en serait douté. "Vous ne pouvez plus vivre sans mon sexe," lui avait lancé un jour Kagatani en le raillant au cour d'une de leurs étreintes. Et tandis que le professeur se retrouve plongé dans un état de manque insupportable, il réalise avec douleur que le jeune homme avait raison. Le corps et le coeur tourmentés par un vide immense, Tôgawa ne sait plus que faire pour apaiser ses souffrances, les plaisirs solitaires auxquelles il s'adonne en désespoir de cause ne lui apportant aucun réconfort. A la fin, songeant que peut-être une autre liaison parviendra à guérir la blessure ouverte laissée par son amant perdu, le professeur se met à errer dans les rues le soir, en quête d'un nouveau partenaire. Vu son physique attirant, il ne tarde pas à se faire aborder. Mais alors que l'homme commence à embrasser Tôgawa sous les frondaisons d'un arbre, un puissant coup de poing envoie soudain le candidat au tapis. "Celui-là m'appartient !" clame Kagami en se dressant devant son professeur ébahi, dont il revendique haut et fort la propriété !....

 

© Asami Tôjô / Movic

 

- Nondara Goyôshin ! ("Si je bois, tiens-toi prêt !"), par Kaï Amano (p.35). Un soir en rentrant de son travail, Akira Kindaïchi, jeune cadre de 26 ans, a la stupeur de découvrir un inconnu ivre-mort étalé de tout son long devant sa porte. Bien que scandalisé et mécontent, poussé par sa nature généreuse qui fait qu'il ne peut pas s'empêcher de venir en aide à quelqu'un dans l'embarras, Akira finit par recueillir l'homme chez lui, sans imaginer une seule seconde les ennuis que son geste altruiste allait lui causer. Après avoir couché tout habillé l'inconnu dans son propre lit, le jeune salaryman s'en va prendre une douche, après laquelle il s'offre une bière bien fraîche. Mais à peine a-t-il senti l'odeur de l'alcool que l'homme qu'il a ramassé se réveille soudain, l'air de fort méchante humeur. Se levant pour arracher sa bière à Akira, il la vide d'un trait, sans se soucier des protestations de son hôte consterné d'un tel manque de manières. Cependant Akira n'est pas au bout de ses surprises: "Baisse ton pantalon et écarte les jambes," ordonne l'inconnu sur un ton impérieux tout en délaçant sa bringuette, révélant un organe déjà au garde-à-vous ! Aucun doute pour le salaryman: il a ramassé un pervers ! Mais il est déjà trop tard pour fuir. Incapable de lutter contre la force physique et l'opiniâtreté de cet inconnu, Akira vaincu renonce finalement à se défendre, s'abandonnant à l'étreinte forcée de cette brute qui plusieurs fois devait l'envoyer au 7ème ciel.

Le lendemain, quand le salaryman se réveille, plus aucune trace dans sa chambre de l'homme de la veille. Si ce n'était la douleur qui le lance dans les hanches, il croirait volontier que tout ce qu'il vient de vivre n'était qu'un cauchemar. Voilà ce qu'on appelle rendre le mal pour un bienfait; ainsi, furieux, Akira décide qu'à partir de ce jour il ne se souciera plus de venir en aide à autrui. Pourtant, son cauchemar ne devait pas s'arrêter là: à peine est-il arrivé à son travail qu'il y retrouve l'inconnu de la veille, qui n'est autre que l'un des stagiaires qu'il a sous ses ordres et se nomme Akechi Gorô (clin d'oeil de l'auteur: ce nom provient de celui d'un détective célèbre créé par le romancier Rampo Edogawa, Akechi Kogorô, tandis que le nom de famille d'Akira, Kindaïchi, est celui du détective adolescent héros de la longue série de mangas "Les Enquêtes de Kindaïchi" !) Pour avoir coutume d'ôter ses lunettes devant les stagiaires parce qu'il n'aime pas l'air que ça lui donne, Akira ne se souvient jamais de la tête des nouveaux; quand il a trouvé Akechi sur son pallier, il ne l'a donc pas reconnu ! Fou de rage de découvrir que la brute qui a osé lui infliger un traitement honteux n'est autre que l'un de ses subordonnés, le salaryman va pour lui exprimer sa colère, cependant Akechi ne lui en laisse pas le temps: s'inclinant profondément devant lui, il lui présente ses plus sincères excuses, avant de lui donner quelques explications. En fait, quand il est ivre, le jeune homme est victime d'une sorte de dédoublement de personnalité. Bien qu'il se soit finalement réveillé chez lui sans trop savoir comment après avoir quitté le domicile de son supérieur, il se souvient néanmoins de l'acte qu'il a commis la veille. Navré d'avoir agi ainsi involontairement, il jure donc qu'il fera tout ce qui est en son pouvoir pour compenser les torts qu'il a envers Akira, jusqu'à ce que ce dernier consente à lui pardonner.

Quand le stagiaire assurait qu'il ferait n'importe quoi pour lui, Akira pensait tout d'abord que celui-ci cherchait simplement à s'en tirer à bon compte sans endosser les conséquences de son crime, et qu'à cause de son bon coeur, lui-même s'était encore une fois laissé avoir en renonçant à porter plainte. Néanmoins le salaryman doit vite s'apercevoir de la sincérité du jeune homme, qui s'évertue à l'aider dans son travail avec zèle et dévouement, acceptant docilement d'effectuer pour lui toutes sortes de basses besognes. Si bien qu'après s'être montré au départ méfiant et dur envers son subordonné, Akira finit peu à peu par se radoucir et apprendre à l'apprécier, jusqu'à finalement s'en faire un ami. Car dans les manières aimables d'Akechi ne subsiste plus rien de la bête qu'il avait été cette fameuse nuit que les deux hommes avaient passé ensemble, au point qu'Akira en vienne à douter de sa propre mémoire: Akechi est un véritable gentleman, le comportement violent auquel il s'était laissé allé n'était réellement que l'erreur d'une seule nuit.

Six mois s'étant écoulés, la période de formation des stagiaires touche à sa fin. Lui qui pensait au départ qu'il ne parviendrait jamais à pardonner à Akechi de l'avoir violé, Akira accueille avec tristesse le moment de se séparer de celui qui est devenu si proche de lui. De plus en plus souvent, il se surprend à admirer secrètement le visage du jeune homme en poussant des soupirs, et doit reconnaître qu'une fois que ce dernier sera parti, il va se sentir bien seul. Mais alors que la fête d'adieu organisée pour les stagiaires bat son plein, pour avoir trop bu, Akechi recommence contre toute attente à faire des siennes. Craignant de devenir trop entreprenant avec le personnel féminin, réunissant ce qui lui reste de conscience, il parvient à supplier Akira de l'emmener à l'écart des autres convives. Akira ne se le fait pas dire deux fois et s'empresse de le conduire dans une salle de réunion vide où son ami pourra cuver. Seulement, sous l'effet de l'alcool, la double personnalité de Akechi ne tarde pas à ressurgir. Seul avec ce stagiaire schyzo, voilà Akira contraint une fois de plus de passer à la casserole ! Mais cette fois, tout en l'étreignant avec sa brutalité coutumière, Akechi prend le temps de lui déclarer qu'il l'aime. Quoi !? Comment croire les paroles d'une brute sous l'emprise de l'alcool ? Mais après avoir dessaoûlé, ses esprits recouvrés, le stagiaire avoue enfin la vérité à son supérieur: voilà longtemps qu'il soupire pour lui, et désireux de déclarer enfin son amour, une nuit, il s'est rendu devant la maison de Akira. Là, son courage l'avait abandonné, alors afin de se relaxer un peu, lui qui ne boit jamais pour les raisons que l'on connait, a avalé plusieurs canettes de bière jusqu'à en perdre connaissance. En ayant la surprise de se réveiller ensuite dans le lit du salaryman, Akechi en était venu à se demander si par hasard ce dernier aussi ne serait pas amoureux de lui, ce qui l'avait plongé dans un état d'excitation incontrolable. Mais à présent, avec tout le sérieux du monde, Akechi peut enfin faire à un Akira au coeur battant la déclaration que l'ivresse l'a plusieurs fois empêché de prononcer: "Monsieur Kindaïchi, je vous aime. Accepteriez-vous de devenir mien pour la vie...?" Car Akira ne va pas tarder à l'apprendre, la fin du stage de son subordonné ne va pas entraîner leur séparation pour autant: Akechi restera dans la société où son bien-aimé travaille, car il n'est autre que le propre fils du directeur dont il va prendre la succession !

 

© Kaï Amano / Movic

 

- Yorutsuri ("Pêche Nocturne"), par Uki Ogasawara (p.59). Yûsuké Sunakuni, jeune infirmier, vient d'être plaqué pour la énième fois par son dernier petit copain. Entretenant le plus souvent des liaisons avec des médecins qu'il rencontre sur son lieu de travail, il finit toujours irrémédiablement par se retrouver seul, ses amants ambitieux obtenant leur mutation dans des hôpitaux de la capitale. Ces ruptures successives pèsent de plus en plus au jeune homme, qui aspire à une liaison stable. Alors pour ne pas se laisser aller à la déprime et la mélancolie, il décide de s'immerger à fond dans son travail d'infirmier, demeurant de garde de nuit comme de jour sans pratiquement prendre de repos, au point de s'attirer l'admiration inquiète de ses collègues ainsi que des patients.

Si Yûsuké est devenu homosexuel, c'est en grande partie à cause de son frère Hiromasa. D'un an son aîné, ce dernier a toujours pris grand soin de lui, faisant tout son possible pour le rassurer alors que leurs parents en instance de divorce se déchiraient dans de violentes querelles. Tous deux dormaient alors dans le même futon, Hiromasa serrant tendrement Yûsuké dans ses bras. Mais des années plus tard, peu après que leur famille ait déménagé dans un village au bord de la mer, en rentrant plus tôt du lycée Yûsuké entrevit par hasard un spectacle inattendu: son grand frère en train de se faire étreindre par Toshikazu, un garçon natif du village et camarade de classe de Hiromasa. A cet instant, davantage excité que dégoûté par la scène, Yûsuké qui avait toujours eu des problèmes avec les filles prit conscience de son homosexualité. Cependant c'est aussi à cette période que son frère, avec lequel il continuait de dormir, l'obligea à quitter son lit définitivement.

Un mois après la rupture avec son dernier petit ami, Yûsuké reçoit un soir un mail de Hiromasa, qui a ouvert sa propre clinique dans leur ancien village de bord de mer, l'invitant à venir passer ses prochains jours de congé chez lui. Contrairement à l'infirmier, son aîné a donc parfaitement réussi dans sa vie aussi bien privée que professionnelle, marié à une belle infirmière qui attend de lui un enfant. En voyant débarquer Yûsuké, lui qui d'ordinaire accepte rarement ses invitations, Hiromasa devine aussitôt que ce dernier souffre d'un chagrin d'amour. Afin de pouvoir lui parler tranquillement, il propose à son cadet de l'accompagner le soir sur la digue pour pêcher à la ligne. A la nuit tombante, les deux frères se retrouvent donc en tête à tête, et remarquant le silence inhabituel de Hiromasa, Yûsuké décide de lui parler le premier: il se souvient parfaitement que jadis, quand ils venaient d'emmenager dans ce village, c'est Toshikazu, fils de pêcheur, qui leur a enseigné comment prendre du poisson, à eux citadins inexpérimentés; à présent, nul doute que Toshikazu a dû reprendre la succession de ses parents. Alors pourquoi, puisqu'ils ont probablement rompus, Hiromasa est-il venu spécialement ouvrir sa clinique dans ce petit village, où les occasions ne doivent pas manquer de tomber nez à nez avec son ancien amant !?

A cette question, Hiromasa comprend enfin après tant d'années que son cadet était au courant de sa liaison de jadis. Mais si le jeune homme paraît croire que le médecin a réussi à s'en sortir dans la vie malgré ses frasques d'antan et a définitivement renoncé à son penchant homosexuel, estimé par ses patients et détenteur d'un foyer heureux, Hiromasa se met en devoir de le détromper: tout ceci n'est qu'illusion, il n'a fait que se forger un masque de respectabilité. En revanche, il s'inquiète beaucoup pour son petit frère, auquel ses successives déceptions amoureuses n'ont apparemment rien appris de la vie: le corps de Yûsuké a beau grandir, à l'intérieur de lui, il reste le même, ne cessant de se demander ce qu'il pourrait bien faire pour trouver le bonheur. "Je t'aime, Yûsuké, avoue Hiromasa en l'embrassant sur la joue. Encore à présent...."

Etonné de voir son aîné soudain si amer, Yûsuké n'a pas le temps de s'interroger sur ses paroles que le médecin le tire brusquement par la main pour l'entraîner sur la plage entre les rochers, à l'abri des regards indiscrets. Là, il le jette sur le sable, avant de se précipiter sur lui et de lui arracher ses vêtements ! Si quand les deux frères étaient au lycée Hiromasa a décidé qu'ils feraient désormais chambre à part, c'est tout simplement parce qu'il craignait de finir par se jeter sur Yûsuké comme aujourd'hui. Comment se fait-il qu'étant au courant de son homosexualité, son cadet n'ait pas compris une telle évidence ? Mais maintenant, Yûsuké est un adulte, Hiromasa ne se sent plus obligé de réfréner sa passion. Il se moque bien que son amour soit incestueux. En tant que médecin, il a acquis une conscience aigüe du fait qu'un être humain ne peut jamais prévoir quand est-ce qu'il va mourir, alors il a décidé de ne plus se priver des plaisirs de la vie.

 

© Uki Ogasawara / Movic

 

Livré aux mains de son frère, Yûsuké réalise bientôt qu'il ne peut lui résister, même la conscience de ce que cet acte a d'immoral ne suffit pas à empêcher son corps de jouir de ses caresses. Mais alors même que Hiromasa l'étreint à l'ombre des rochers, tous deux finissent par remarquer la présence d'un troisième larron, Toshikazu le pêcheur, qui les observe avec grand intérêt. Mécontent, le nouveau-venu finit par séparer brutalement les deux frères avant de se jeter sur Hiromasa. Tout en besognant ce dernier, il se met en devoir d'expliquer à Yûsuké qui ne comprend rien à rien à ce qui se passe, que vu que le médecin ne peut plus faire l'amour avec sa femme qui est enceinte, de temps en temps il le retrouve en ces lieux pour satisfaire les appétits sexuels de son ami. Néanmoins celui que Toshikazu aime depuis toujours, c'est en réalité Yûsuké. Hiromasa ayant remarqué autrefois que son camarade de classe s'intéressait à son petit frère, il lui avait fait promettre sous peine de le tuer s'il brisait son serment de ne jamais porter la main sur Yûsuké avant que celui-ci n'ait terminé ses études au lycée et ne soit en âge de choisir sa vie. En attendant, Hiromasa s'était proposé de servir de partenaire à Toshikazu mais leur relation se bornait à être sex friends , jamais il n'y avait eu entre eux de sentiment amoureux. Seulement une fois que Yûsuké eut terminé le lycée, il s'en était allé étudier dans une école d'infirmiers en tant que pensionnaire, ce qui le mettait ainsi hors d'atteinte de Toshikazu. Hiromasa savait dès le départ que son frère allait quitter le village, mais également épris de lui, il avait fait exprès de ne rien dire à son ami. Furieux, le jeune pêcheur avait pêté les plombs en apprenant la vérité et avait tabassé Hiromasa, néanmoins son violent dépit avait montré à ce dernier que Toshikazu aimait Yûsuké aussi sincèrement que lui.

A présent, pour peu que l'infirmier le veuille, plus rien ne s'oppose à ce qu'il entâme une nouvelle liaison avec Toshikazu. Pêcheur, lui au moins ne risque pas de le laisser tomber pour monter à la capitale, bien que Hiromasa semblant peu disposé à quitter la partie, leur couple risque fort de devenir un ménage à trois !

 

© Uki Ogasawara / Movic

 

- First Mission , par Kûshûdanji (p.87). Ce petit chapitre de 16 pages est une comédie. Dans une base d'entraînement de l'armée spécialisée dans la formation aux interventions en situation extrême, viennent d'être admises quatre nouvelles recrues triées sur le volet. Quatre soldats d'élite ? Pas vraiment. Car en sélectionnant les candidats, le général responsable de la base en a pris un de trop, si bien que l'un des quatre jeunes gens n'aurait jamais dû se retrouver là. Sa fierté mâle empêchant le vieux militaire de reconnaître publiquement son erreur, il décide donc de se débrouiller pour que la recrue en question démissionne d'elle-même. Pour ce faire, le général convoque le sergent-chef Amamiya, bien connu pour s'adonner au harcèlement sexuel. Expliquant au jeune officier la raison pour laquelle il souhaite que l'un des nouveaux démissionne, il l'invite à se rendre avec les quatre soldats sous prétexte d'un entraînement spécial sur une petite île coupée du monde, où il pourra agir à l'abri des regards des autres membres de la garnison. Amamiya a beau objecter qu'il ne s'est jamais occupé de l'entraînement d'une troupe et ignore comment on le dirige, le général lui répond franchement qu'il n'aura qu'à infliger au nouveau le même traitement qu'il inflige à ceux de ses camarades ou de ses subordonnés qui ont le malheur de lui plaire, ce devrait se révéler bien suffisant pour amener le jeune soldat à démissionner ! En revanche les trois autres nouveaux ne devront pas être mis au courant de ces manigances, et afin de parvenir au but de cette mission, le général donne au sergent-chef carte blanche pour employer tous les moyens qu'il jugera bons !

Peu de temps après cette entrevue, Amamiya se rend donc en hélicoptère sur l'île désignée en compagnie des quatre recrues. La cible est Kazuhiko Nôda, jeune homme au visage encore juvénil fraîchement sorti de l'université. A peine l'a-t-il repéré que le sergent-chef décide de passer immédiatement à l'action: se plaignant que les cheveux de Nôda ne présentent pas la coupe règlementaire, il ordonne de les lui couper à ses camarades, avant d'ajouter de lui raser également l'entre-jambe ! Face aux protestations de l'intéressé et à l'étonnement des autres soldats, Amamiya explique son ordre de cette manière peu orthodoxe: un bon légionnaire doit toujours être paré aux situations d'urgence, et en cas de guerre, lors d'une intervention où l'on doit souvent camper dans la jungle et passer la nuit entière dans un marécage boueux, ce qui se révèle alors le plus effrayant pour un soldat n'est pas l'adversaire, mais les morpions ! A la grande satisfaction du sergent-chef, les quatre bleus gobent ce prétexte bidon avec une facilité déconcertante. Voilà donc Nôda délesté de son pantalon contraint d'écarter les jambes devant tout le monde, tandis que pour le raser, l'un de ses camarades touche cette partie de son corps où il n'aurait jamais imaginer se poser un jour la main d'un autre homme, honteux au point de vouloir en mourir ! Mais le soir venu, l'entraînement achevé, le jeune homme prend néanmoins le temps d'écrire ses impressions sur cette première journée à son oncle, vétéran de l'armée. Après avoir subrepticement intercepté cette lettre afin d'apprendre dans quel état d'esprit se trouve à présent sa "cible", le sergent-chef Amamiya constate que sa stratégie commence à porter ses fruits.

Les jours suivants, l'officier décide donc de mettre les bouchées doubles en choisissant pour unique victime le pauvre Nôda. Persuadant ses hommes de se plier à ces exercices bizarres grâce aux explications les plus farfelues, sous sa direction, l'entraînement militaire n'a bientôt plus rien à envier au programme du pire des clubs sado-maso ! Au bout du 5ème jour, enfin, Amamiya voit avec satisfaction que Nôda est sur le point de craquer tant les exercices quotidiens lui deviennent de plus en plus pénibles. Et pourtant, il refuse toujours obstinément de donner sa démission, pour la bonne raison que cela risquerait de porter atteinte à la réputation de l'école d'où il vient, dont les anciens élèves parvenant à se faire admettre dans l'armée sont déjà peu nombreux ! Amamiya n'a donc plus le choix, le voilà contraint d'appliquer la dernière phase de son plan: si Nôda veut vraiment rester dans l'armée, il va lui falloir montrer qu'il peut résister au plus cruel des entraînements aux situations extrêmes; celui qui consiste, quand on se fait capturer par l'ennemi au cours d'une mission, à endurer en conservant son sang-froid tout ce que l'adversaire pourrait vous infliger. Ligoté et baillonné sur une chaise, ses vêtements en lambeaux, voilà le malheureux Nôda livré aux mains de ses trois camarades pour ce test soi-disant de résistance psychologique. Néanmoins, alors qu'il observe avec intérêt l'étreinte des quatre soldats, Amamiya finit par remarquer qu'un changement s'est opéré en eux: normalement, tous quatre ne devraient pas y prendre autant de plaisir !

A la fin du séjour sur l'île, le général convoque à nouveau le sergent-chef afin de le féliciter d'avoir enfin obtenu la démission de Nôda. Seulement, le vieil homme se demande bien pourquoi les trois autres soldats ont démissionné eux aussi. Car sans s'en rendre compte, Amamiya est allé trop loin: en contraignant les quatre recrues à s'adonner à tous ces jeux sexuels, il aurait dû se douter que ces derniers y prendraient goût ! A présent devenus marins spécialisés dans la pêche au thon, les quatre compères ne se quittent plus, et seuls sur leur bateau voguant au beau milieu du Pacifique, ils peuvent joyeusement et en toute quiétude donner libre cours à tous leurs fantasmes !

 

© Kûshûdanji / Movic - Le Sergent-chef Amamiya, pervers digne du Général Blue de "Dragon Ball", surveille avec grand intérêt l' "entraînement" de ses troupes !

 

- Love Monster , par Sachiyo Sawauchi (p.103). Avec sa frimousse de joli garçon, Hayato, étudiant, plaît énormément aux filles, ce qui lui a valu une sacrée réputation de tombeur dans son université. La rumeur lui prêtant toutes sortes de qualités notamment celle d'être un "technicien" au lit, les filles ne viennent aux soirées étudiantes auxquelles ses amis l'obligent à participer qu'uniquement dans l'espoir de pouvoir passer une nuit torride avec lui. Et pourtant, la réalité est toute autre: non seulement Hayato n'a jamais eu de petite amie, mais il est encore puceau ! Un soir que le jeune homme revient d'une de ces fêtes où il s'est ennuyé à mourir, mal fichu car il ne supporte pas l'alcool, il a la surprise de découvrir un inconnu planté devant la porte de son appartement: avec ses cheveux longs lui tombant sur les yeux, son menton mal rasé et ses vêtements râpés, l'individu lui paraît des plus louche. L'inconnu - qui connaît bizarrement son nom - insistant pour qu'il le laisse rentrer chez lui, l'étudiant croit tout d'abord avoir affaire à un dingue, cependant un coup de téléphone de son père reçu sur son portable a tôt fait d'éclaircir la situation: l'inconnu n'est autre que son oncle Tôru, le jeune frère du père de Hayato, bien qu'issu d'un remariage et qu'il n'y ait aucun lien de sang entre eux. L'étudiant n'a pas revu son oncle depuis qu'il était enfant, mais dans son souvenir, Tôru était un jeune homme d'une merveilleuse beauté, au visage délicat et au corps gracile, élégant et soigné, rien à voir avec l'espèce de SDF négligé qu'il a trouvé devant sa porte aujourd'hui ! N'importe, le malentendu levé, Hayato laisse bien sûr son oncle pénétrer dans son petit appartement, où ce dernier ne tarde pas à prendre ses aises. Le premier soin de Tôru est de se ruer dans la salle de bain, et une fois douché et le visage dégagé de sa trop longue frange de cheveux, Hayato peut constater que son oncle n'a finalement rien perdu de sa beauté, il a juste un peu vieilli.

 

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© Sachiyo Sawauchi / Movic - Avant, après....

 

Le père de Hayato ayant demandé à son fils de loger son frère le temps qu'il restera à la capitale, voilà les deux jeunes gens contraints de cohabiter dans ce tout petit appartement et de dormir dans le même lit. Si épuisé par un long voyage Tôru s'en accommode fort bien, il n'en est pas de même pour Hayato qui a bien du mal à trouver le sommeil. Tandis qu'il contemple son oncle endormi, l'étudiant revoit avec nostalgie des scènes de son enfance: autrefois déjà Hayato était un garçon maladroit avec autrui, ce qui l'avait rendu un peu sauvage et faisait qu'il n'avait pas d'amis. Même lors des réunions de famille, il se sauvait pour aller se cacher dans la forêt toute proche de la demeure familiale. Mais chaque fois, Tôru parvenait à le débusquer de sa cachette pour le ramener à la maison. Et quand Hayato et le splendide adolescent qu'était alors son oncle se promenaient dans la forêt main dans la main, l'enfant avait alors la délicieuse illusion qu'ils n'étaient plus que tous les deux au monde....

Une semaine s'écoule, sans que Tôru fasse mine de vouloir quitter l'appartement de son neveu. Forcé de dormir étroitement serré contre une personne dont la beauté excite malgré lui de plus en plus son imagination, par manque de sommeil, Hayato se retrouve bientôt incapable de se concentrer sur ses cours. Si bien qu'à la fin, excédé, il se résoud à téléphoner à son père afin de lui demander combien de temps encore il lui faudra loger le squatter. Mais c'est là qu'il apprend une nouvelle inattendue: la vieille demeure familiale se trouvant sur le tracé de la nouvelle ligne de TGV, toutes les terres et les habitations de cette zone ont été rachetées par l'Etat afin d'êtres rasées; si les deux frères ont partagés entre eux l'argent obtenu en dédommagement de cette expropriation, sa maison détruite, Tôru n'a désormais plus nulle part où aller. Cette nouvelle plonge Hayato dans une grande tristesse: ainsi cette grande et vieille demeure et même cette forêt où il a laissé tant de bons souvenirs n'existent plus à présent ? Mais voilà qui semble expliquer pourquoi Tôru a tellement changé, tant sur le plan physique que de la personnalité: c'est sans doute à cause de l'errance à laquelle l'a contrainte la perte de son logis, le jeune homme, bien qu'ayant de l'argent, ne s'étant encore décidé à se fixer nulle part. Alors compréhensif, malgré tout le travail supplémentaire et les soucis que la présence de son jeune oncle lui donnent, Hayato décide finalement de le laisser encore un peu habiter avec lui, le temps qu'il retrouve ses repères.

Le jour même où il a appris l'expropriation de son oncle, en rentrant à son studio, Hayato le retrouve occupé comme de coutume à vider des canettes de bière tout en s'esclaffant devant la télé. En voyant l'étudiant arriver, Tôru déjà bien émêché lui propose de trinquer, et bien qu'il ne boive jamais car il ne tient pas l'alcool, pour ne pas vexer son oncle, Hayato se voit contraint d'accepter. Un peu plus tard, Tôru se proposant d'aller à la supérette du coin pour acheter d'autres canettes et de quoi grignoter, pour la première fois depuis l'arrivée du jeune homme, Hayato se retrouve enfin seul dans son appartement. Déjà ivre, il décide ni plus ni moins que de profiter de ces quelques instants d'intimité pour s'adonner à des plaisirs solitaires, sa manière à lui d'évacuer le stress et de pallier à ses états de manque. Calculant qu'il faudra bien dix minutes à son oncle pour faire l'aller-retour depuis la supérette, confortablement étendu sur son lit, il commence donc à goûter avec bonheur un réconfort bien mérité après la semaine éprouvante qu'il vient de passer, seulement, absorbé par ses petites affaires et allangui par l'ivresse de l'alcool, Hayato finit par en oublier le temps et s'endormir à moitié sur le lit. C'est donc à moitié à poil et dans cette posture honteuse que le retrouve Tôru à son retour un moment plus tard - à moins qu'en fait il ne soit même pas sorti ! Et tout aussi ivre que son neveu, loin de lui faire des reproches ou de se moquer de lui, le jeune homme décide ni plus ni moins que de lui donner un coup de main ! Après avoir ravivé de sa bouche et de ses mains l'organe de Hayato, Tôru va jusqu'à monter à califourchon sur son corps pour le faire pénétrer en lui !

"Est-ce....un rêve...?" se demande l'étudiant à demi-inconscient. - "Tu préfères que ce soit un rêve ? Alors faisons comme si, répond Tôru en l'embrassant tendrement sur le front. Oublie tout ce qui va se passer maintenant.... ça va aller, n'ai pas peur. C'est juste un très agréable rêve." Tandis que Hayato, dont c'est la toute première expérience, a l'impression de fondre sous l'effet d'un plaisir tel qu'il n'en a jamais ressenti, Tôru se penche sur lui pour lui poser cette étrange question: "Dis, Hayato, de moi ou de ta petite amie, qui te fait le plus jouir ?" Tôru ne peut bien sûr se douter qu'avant qu'il se donne à lui, son neveu était encore puceau. "C.... C'est toi !" avoue dans un gémissement l'étudiant secoué de frissons. A cet aveu, les larmes montent aux yeux de Tôru. Tandis qu'une expression à la fois triste et rayonnante se peint soudain sur son visage aux joues empourprées, il se penche sur Hayato pour s'emparer de ses lèvres....

 

© Sachiyo Sawauchi / Movic

 

Un peu plus tard, Hayato ne s'est même pas encore remis de ce qui vient de se passer que levé et rhabillé, ses bagages sur le dos, Tôru s'apprète à prendre congé de lui. Après avoir remercié son neveu de l'avoir hébergé, il va pour quitter l'appartement sans se retourner, lorsque se fait soudain entendre la voix vibrante de rage de l'étudiant: "C'était quoi.... ça , un loyer ? Tu procèdes de cette façon avec n'importe qui, coucher en échange du prix de ton séjour ? C'est minable. Et si c'est ainsi, ça ne me suffit pas. J'en veux davantage !" Sur ces mots, sans remarquer les larmes que ses accusations provoquent chez son oncle, Hayato le jette violemment sur le lit où il l'emprisonne sur sous son propre corps. Lui qui aimait tellement Tôru, qui autrefois traitait toujours l'enfant bourré de complexe qu'il était avec tant de patience et de gentillesse.... La facilité avec laquelle son oncle le reçoit en lui même sans préliminaires lui démontre comme ce dernier est habitué aux hommes, et le fait d'apprendre que peut-être il se prostitue brise l'image idéale qu'Hayato avait de lui et le déçoit terriblement. Mais alors que par dépit l'étudiant malmène son partenaire, Tôru en pleurs se décide enfin à lui ouvrir son coeur: même si à cause de cet aveu Hayato va sûrement le prendre pour un pervers, en réalité il l'aime depuis toujours. Comme la dernière fois qu'ils se sont rencontrés le garçon était encore trop jeune pour qu'il puisse lui déclarer sa flamme, et en plus se trouvait être le fils de son frère, afin d'oublier cet amour immoral, Tôru n'a cessé depuis de se chercher un autre amant. Néanmoins il a eu beau essayer de nombreux partenaires, pas un n'est parvenu à évincer Hayato dans son coeur, à l'aider à se défaire quelque peu de ses sentiments pour son neveu. Voilà pourquoi tout ce qu'il désirait en venant chez Hayato, c'était ne serait-ce qu'une fois voir son amour exaucé même si ce n'était que physiquement, et ensuite il sortirait de sa vie.

Mais à présent que l'étudiant sait à quel point Tôru est épris de lui, il ne l'entend pas ainsi ! Si seulement Tôru s'était dévoilé plus tôt, il n'aurait pas si mal réagi et ne l'aurait pas accusé à tort. Car Hayato doit bien le reconnaître, il est fort probable que son bel oncle ait été son tout premier amour. Mais cela, il se gardera bien de l'avouer à Tôru, c'est un secret qu'il préfère garder pour lui !

 

© Sachiyo Sawauchi / Movic

 

- Sono Koé dé ikasété ("Fais-moi jouir de ta voix"), par Karin Takigawa (p.131). La première fois que Masaichi Suzuhara, adolescent à lunettes bourré de complexe, a entendu la voix de Ryô, chanteur du populaire groupe "MIX", c'était par hasard, alors qu'il passait dans la rue devant un magasin. Lorsque cette voix fraîche au ton suave avait résonné à ses oreilles, le coeur de Masaichi s'était mis à battre la chamade tandis qu'il était saisi de frissons. Quant au jeune chanteur lui-même, avec son physique attirant et son air toujours si sûr de lui, il semblait représenter tout ce que Masaichi pensait qu'il ne serait jamais, voilà pourquoi il ne tarda pas à devenir l'un de ses plus grands fans.

Un jour que Masaichi revient du lycée, écoutant sur son walkman la voix tant aimée de Ryô tout en se demandant quand est-ce que lui-même aura ne serait-ce qu'un infime sujet de fierté, il percute soudain un autre garçon qui tournait le coin de la rue opposée. Sous le choc, ses lunettes sont précipitées sur le sol, il ne peut donc reconnaître la personne qui se trouve en face de lui. Après s'être excusé, ce grand jeune homme brun à peine plus âgé que lui s'apprète à poursuivre son chemin, lorsque remarquant le joli minois que Masaichi dissimulait sous sa longue frange de cheveux et ses lunettes, il se ravise. S'enquérant si le lycéen habite près d'ici, comme ce dernier acquiesce, le jeune homme lui raconte alors que quelqu'un est à sa poursuite et lui demande s'il ne pourrait pas le cacher un moment.

Finalement, pressé par son compère et un peu dépassé par les événements, Masaichi finit par conduire le jeune homme jusque chez lui. Est-ce vraiment raisonnable d'avoir ainsi fait entrer un inconnu dans sa maison ? s'interroge-t-il. Mais alors que Masaichi prend enfin le temps de remettre ses lunettes que dans sa course il avait oublié, il découvre soudain avec une stupeur sans nom que le jeune homme qu'il a recueilli n'est pas tout à fait un inconnu, puisqu'il s'agit de Ryô en personne, son idole ! Pourtant, lorsque le chanteur se penche sur lui tout en le dévisageant pour lui déclarer qu'il serait bien plus mignon s'il se taillait la frange et arrêtait de porter des lunettes, cela n'empêche pas l'adolescent de se mettre en colère. Depuis toujours il fait un complexe à cause de ce joli visage rond plutôt enfantin et cette constitution physique peu virile qu'il a hérités de sa mère, alors pas étonnant que recevoir de telles remarques de la personne qu'il admire le plus au monde suffise à le mettre hors de lui. "De quel droit dites-vous des choses pareilles à quelqu'un que vous venez juste de rencontrer ?! s'insurge Masaichi. En plus.... vous ne trouvez pas que vous êtes impoli ? Alors que je vous ai sauvé, vous ne m'avez même pas adressé la moindre parole de remerciement !" Depuis longtemps sans doute personne n'avait osé parler ainsi au célèbre Ryô de "MIX", mais loin de s'en offusquer, l'étonnement sur le visage du chanteur laisse bientôt place à une admiration amusée: "Toi alors.... Tu as l'air mou comme ça, et pourtant tu n'hésites pas à lancer clairement ce que tu as à dire." Puis, tandis que sous l'effet de ce compliment le feu monte aux joues de Masaichi, Ryô s'excuse de ne pas l'avoir remercié, avant d'ajouter que s'il s'est montré insolent avec ses remarques concernant l'allure du lycéen, c'est tout simplement parce qu'il considère que savoir mettre en valeur son apparence physique consitue aussi une forme de talent.

 

© Karin Takigawa / Movic

 

Si Masaichi ne comprend pas très bien ce que son invité entend par là, ce dernier ne lui laisse pas le temps d'y réfléchir davantage. Repérant la chambre du lycéen à l'étage, Ryô y entre de force malgré toutes les protestations de son propriétaire et c'est ainsi qu'il découvre ce que Masaichi désirait tant lui cacher: CDs, posters...., la chambre du lycéen n'est décorée qu'à l'effigie de Ryô, ce qui montre sans conteste qu'il est l'un de ses fans les plus passionnés ! Voilà qui arrange bien les affaires du jeune chanteur et lui ôte d'un coup toutes ses hésitations: "Deviens ma femme, demande-t-il à Masaichi tout de go. Tu es amoureux de moi, n'est-ce pas ? Dans ce cas ça ne devrait pas te poser de problème ?" Voilà une requête à laquelle Masaichi ne s'attendait certes pas, il n'ose en croire ses oreilles ! Néanmoins l'adolescent consterné a beau répliquer qu'il est un homme et que son compère l'a suffisamment humilié pour aujourd'hui, il est déjà trop tard, Ryô ne l'écoute plus. Après avoir fait taire le lycéen d'un baiser, le chanteur le fait tomber sur le lit et commence à le déshabiller, sans que Masaichi y puisse quoi que ce soit. "Je n'arrive pas à le croire, songe-t-il, éperdu. C'est vrai que je suis un fan de Ryô, mais quand même.... Pourquoi m'arrive-t-il une chose pareille...!? Que quelqu'un me dise que tout ceci n'est que mensonge, ce n'est pas le Ryô que j'aime tant...." Pourtant, l'adolescent a beau faire de maigres efforts pour repousser le jeune homme, lui ordonnant d'arrêter et de sortir, il y a une telle différence entre le contenu de ses propos et les réactions de son corps brûlant que ses paroles n'ont aucune force de persuasion. Car rien que d'entendre la voix suave de son idole murmurer à son oreille, Masaichi ne peut empêcher son corps de s'enflammer de désir, cette voix l'enivre, tel un puissant aphrodisiaque. Si bien que perdant bientôt tout contrôle de lui-même, l'adolescent finit par s'abandonner....

Un peu plus tard, Masaichi est tiré de son sommeil par le son d'une voix familière, la voix tant aimée de Ryô qui chante assis près de la fenêtre en attendant le réveil de son amant. Mécontent, le lycéen se lève pour venir se planter devant le jeune homme, qu'il traite de pauvre type: il a compris à présent que dès le départ, c'est uniquement dans le but de coucher avec lui que Ryô a prétendu avoir besoin de secours, profitant de sa gentillesse pour le duper. Et en effet, Ryô ne nie pas. Il avoue même sans détours que ce "Ryô" idéal auquel Masaichi rêvait n'est qu'une image commerciale fabriquée par les médias, et peut-être n'est-il en réalité qu'un "pauvre type" comme l'en a traité Masaichi, un être égocentrique, capricieux et brutal. Seulement s'il y a quelque chose de vrai chez lui, c'est bien cette voix que malgré sa mésaventure le lycéen ne peut s'empêcher de continuer à aimer. Alors la prochaine fois que tous deux feront l'amour, Ryô promet à Masaichi de le faire jouir en chantant à son oreille. "Tout ceci n'est qu'un rêve...." continue de se dire l'adolescent. Alors puisqu'il a la chance de pouvoir serrer dans ses bras son idole, pourquoi ne pas en profiter ?

 

© Karin Takigawa / Movic

 

- Hirowareta Neko no Koïgokoro ("Le Coeur Aimant du Chat recueilli"), par Mako Toyama (p.155). Une petite histoire très courte de 8 pages. Après avoir été abandonné par son ancien maître, le héros de ce récit (non nommé) gisait pitoyablement dans une ruelle au milieu des poubelles lorsque soudain un jeune homme était apparu devant lui. De tous les êtres humains que le héros avait eu l'occasion de rencontrer, c'était le plus bel homme qu'il ait jamais vu, alors pas étonnant que se prosternant à ses pieds, le malheureux le supplia de le recueillir, jurant de faire n'importe quoi pour lui. "Ce ne sont pas des paroles que l'on doit prononcer à la légère," avait répondu le bel inconnu, mais la main glacée qu'il tendit au héros était douce à ce moment-là.

Si finalement le splendide jeune homme, sans doute un jeune PDG, a recueilli le héros qu'il utilisait pour assouvir ses désirs personnels, le temps a passé depuis. Un jour que son maître reçoit son ami le professeur Sugimori, voilà le héros contraint de se donner en spectacle pour distraire l'invité, livré aux mains de deux autres "chats errants" recueillis dans les mêmes conditions que lui. Le héros plaît beaucoup à Sugimori, séduisant gentleman à lunettes, et alors qu'il le fait savoir au jeune PDG, ce dernier invite le professeur à user de son protégé comme bon lui semblera. Tandis que sur ces mots le jeune homme quitte le salon afin que son ami puisse s'amuser tranquillement, le héros le regarde s'éloigner d'un air désemparé et suppliant, regard qui n'échappe pas à Sugimori. "....Tu aimes ce maître froid, n'est-ce pas ? demande le professeur. Mon pauvre, je te plains. Ton maître a coutume de ne jamais laisser autre que lui ne serait-ce qu'effleurer ceux de ses "chats" qui lui plaisent, il répugne même à les montrer. Tu vas être abandonné très bientôt."

Et en effet, le lendemain matin, le secrétaire du PDG vient annoncer au héros qu'il appartiendra désormais au professeur Sugimori. Une voiture est déjà venue le chercher, ne lui reste qu'à signer les documents de changement de propriétaire. Désespéré par cette nouvelle, le héros supplie le secrétaire de le laisser voir son maître car il désire absolument lui parler. "Pourquoi cet abandon si subit ? souhaite-il lui demander. Si c'est par ma faute que votre coeur a changé, je suis prêt à faire n'importe quoi pour me racheter à vos yeux." Mais arrivant à son tour dans la chambre de son "chat", le jeune homme ne tarde pas à lui donner la raison de son abandon: "Je me suis déjà lassé de toi. C'est aussi simple que ça." Et tout en prononçant ces paroles cruelles sans se soucier des yeux emplis de larmes de celui qui aurait fait n'importe quoi pour lui, le jeune homme au coeur de glace arborait son sourire le plus charmant. A cet instant, le héros réalisa pour la première fois que sa situation n'avait en rien changé depuis leur rencontre. Celui qu'il prenait pour son sauveur n'était pas encore le maître qui saurait l'aimer....

 

© Mako Toyama / Movic

 

- Mumyôtô ("Le Sabre non signé"), par DUO BRAND (p.163). Que ce soit au niveau du scénario que du dessin, cette nouvelle est à mon sens la meilleure du recueil. L'histoire se situe dans le Japon médiéval. Une nuit que le docteur Shakô rentre chez lui sous une pluie battante après avoir mis un enfant au monde, alors qu'il débouche dans une ruelle, il assiste par hasard à un meurtre. Un jeune mercenaire vient de tuer un samouraï et quand l'assassin découvre que quelqu'un a assisté à la scène, il se voit obligé d'éliminer à son tour le nouveau-venu. Mais voilà, le mercenaire n'avait pas prévu qu'un inoffensif médecin serait capable de se défendre: armé de son seul parapluie en bambou, non seulement Shakô n'a aucun mal à esquiver toutes les attaques de son assaillant, mais rispostant, un seul coup lui suffit pour le mettre KO ! Alors qu'après cet esclandre le docteur s'apprète à poursuivre son chemin, il remarque soudain que le jeune homme s'est sérieusement entaillé le bras en tombant sur son propre sabre. c'est ainsi que poussé par sa conscience professionnelle et se sentant responsable de cette blessure bien que ce soit le mercenaire qui l'ait attaqué en premier, Shakô décide finalement de l'emmener chez lui afin de le soigner.

Un peu plus tard, quand le mercenaire reprend enfin connaissance, c'est pour se retrouver étendu dans l'entrée d'une demeure inconnue. "Tes sabres sont sur la table," lui dit le médecin sans se retourner, occupé à fouiller dans son armoire d'apothicaire à l'autre bout de la pièce. "Je n'ai pas terminé tes soins, tiens-toi tranquille." Mais peine perdue. Bondissant sur ses pieds en dépit de ses blessures et dégainant l'un de ses sabres, le jeune homme est décidément bien résolu à occire son bienfaiteur ! Pourtant, malgré la menace qui pèse sur lui, Shakô s'obstine à ne pas en faire cas et continue sereinement à vaquer à ses occupations. "C'est stupide de brandir ainsi ton sabre inutilement," profère-t-il, sans même prendre la peine de se retourner. - "J'ai mes raisons, réplique fermement le mercenaire, prêt à s'élancer à l'attaque. Un sabre qui ne répand pas le sang humain ne peut être qualifié de sabre véritable. Tuer les gens et insuffler leur vie à ma lame.... Tel est mon travail !" - "Et c'est pour cette raison que tu tues ? raille Shakô sans se départir de son calme. J'ignore pour quel fabricant de sabres véreux tu travailles, mais s'il essaye de vendre ses armes sous une telle publicité, il ne vaut pas mieux que la pire des racailles. Le sabre.... c'est quand il est rangé dans son fourreau qu'il déploie sa véritable valeur. Alors range le tien." - "C'EST CE QUE JE FERAIS, MAIS APRÈS M'ÊTRE EMPARÉ DE VOTRE VIE !!"

Sur ces mots, le mercenaire s'élance vers le médecin, mais encore une fois il ne fait pas le poids face à cet adversaire qui lui paraissait pourtant si faible et imprudent. Sans même dégainer son propre sabre, Shakô parvient à bloquer ses coups et à le désarmer avec une facilité déconcertante ! Si bien que sans avoir pu faire le moindre mal au docteur, le jeune homme se retrouve encore une fois précipité à terre. Seulement en s'obstinant à vouloir s'en prendre à un innocent en refusant s'entendre raison, il est allé trop loin. Car il n'y a rien que Shakô déteste plus au monde que les guerriers assoiffés de sang qui méprisent la vie, cela lui retourne l'estomac. Voilà pourquoi, en colère, il décide d'infliger au vaincu un châtiment: immobilisant les deux bras du mercenaire en plantant dans le sol ses deux sabres entrecroisés, il défait la ceinture de son kimono, révélant son corps parfait. "Lâchez....moi ! Qu'avez-vous.... l'intention de faire...!?" gémit le jeune homme. - "Ne te débat pas trop, répond Shakô amusé. J'ai beau être médecin, je ne saurais remettre en place deux mains coupées. Alors si tu veux pouvoir continuer de manier ton sabre pour gagner ta pitance, tu ferais mieux de te tenir tranquille." Et sur ce conseil, Shakô commence à caresser le corps dénudé. Mais à peine a-t-il passé sa langue sur la poitrine du jeune homme que celui-ci ne peut réprimer un gémissement, secoué de frissons. Expression visible de plaisir qui n'est pas sans surprendre le médecin. "Comment.... tu as déjà été étreint par un homme...?" s'enquiert-il tandis que son prisonnier détourne la tête, rougissant sous l'effet de la honte. "Ne me dis pas que tu as aussi vendu ton corps à celui qui t'emploie...?" - "TAISEZ-VOUS ! JE SUIS.... UN GUERRIER !!" s'insurge vivement le jeune homme à ces insinuations. Mais si la fierté de son prisonnier le déconcerte un instant, Shakô n'est pas pour autant disposé à le lâcher. - "Ah oui ?... Dans ce cas tu peux comprendre la loi du plus fort. Tu as été vaincu. Alors sois sage."

Prisonnier des deux sabres qui lui entravent les poignets, en effet le mercenaire n'a d'autre choix que de se soumettre à celui qui l'a battu. Mais si le médecin peut désormais régner sur son corps, il n'en est pas de même sur sa volonté qui demeure inflexible. Shakô a beau lui demander son nom, le jeune homme refuse obstinément de dire comment il s'appelle. Pourtant quand le médecin lui demande combien de gens il a tué jusqu'à maintenant, cette fois c'est avec fierté qu'il répond: "....16 personnes ! Et j'en.... tuerais encore...!!" Puis, tandis que Shakô se livre sur lui à des attouchements de plus en plus hardis afin de préparer son corps à son étreinte, le mercenaire s'étonne qu'il ne l'ait pas encore livré à la police: le médecin a-t-il l'intention de le faire afin d'empocher la récompense offerte pour sa capture ? A cette question, Shakô doit bien avouer que pour un charlatan gagnant peu comme lui, cette récompense présente bien des attraits. Néanmoins, il ne compte pas livrer son prisonnier, car posséder ainsi son corps présente à ses yeux bien plus de charme encore....

 

© DUO BRAND / Movic

 

Après avoir étreint le jeune homme tout en prenant garde à ce que les lames de sabre qui l'immobilisent n'entâment pas la chair de ses poignets, Shakô se repose en sirotant du saké. Au-dehors la pluie ne semble pas disposée à s'arrêter, bien au contraire, et le médecin se plaint que ce temps humide réveille la douleur de ses vieilles blessures. "Tout à l'heure.... tu as dit que tu avais tué seize personnes, dit-il soudain au mercenaire. Moi.... j'en ai tué trois cent." - "Ne.... me mens pas", réplique aussitôt le jeune homme toujours entravé." - "Ce n'est pas un mensonge. J'ai tué, tué, semant la mort tout autour de moi. Même quand mon sabre s'est brisé, je n'en avais pas encore assez. Même après avoir vaincu de nombreux guerriers dont les hauts faits leur avait valu la reconnaissance matérielle de leurs supérieurs, cela ne me suffisait pas. A la fin, j'en vins à ne plus faire la différence entre mes alliés et mes ennemis. Et la dernière personne que mon sabre à la lame brisée frappa.... ce fut mon propre maître." Ouvrant de grands yeux, le mercenaire n'en revient pas d'entendre ce récit, mais il sait à présent pourquoi le médecin est si fort: autrefois c'était un guerrier tout comme lui. "Après avoir ainsi tout perdu, poursuit Shakô, enfin je compris: j'étais affamé, et désirant assouvir cette faim, je tentais de l'appaiser en tuant. Néanmoins il n'y avait aucune chance pour que cette faim soit satisfaite de cette manière.... Mes actes avaient été irrémédiablement vains. Alors je me suis réfugié dans la banlieue de cette cité où j'ai entrepris de sauver des gens. C'est aussi pour cette raison que je fais la "sage-femme" bien que je sois un homme. Car peut-être parviendrais-je ainsi à restituer ne serait-ce qu'une petite partie des vies que j'ai ôtées ? Et toi.... achève le médecin en posant son regard serein sur le jeune homme, tu es exactement tel que j'étais autrefois. Tu es dominé par ce désir d'en découdre avec n'importe qui, mais au fond de toi, tu souhaites que quelqu'un t'arrête."

"Ah.... Ce n'est pas vrai...." proteste le mercenaire, détournant la tête. Cependant Shakô n'est pas dupe tant son ton s'avère peu convaincant. "Ne joue pas les fiers-à-bras. Si vraiment tu pratiquais ton métier d'assassin sans en éprouver aucun remord, tu ne te serais pas toi-même rabaissé tout à l'heure en qualifiant tes actes d' "activités de démon". Tandis que le jeune mercenaire plonge un regard désorienté dans celui de l'homme penché sur lui, soudain Shakô se baisse davantage pour l'embrasser doucement sur le front. "Tu étais affamé.... voilà pourquoi je t'ai étreint. Et si je suis parvenu à assouvir ne serait-ce qu'un peu la faim qui te tenaille, alors tant mieux.... Pour retourner dans le droit chemin, il n'y a pas de "c'est trop tard" ou de "c'est maintenant ou jamais" qui tiennent. Lorsqu'un être humain prend conscience de ses erreurs, il lui est toujours possible de changer sa vie. C'est ce que moi je crois." Et sur ces paroles pleines d'espoir, Shakô libère soudain son prisonnier de ses entraves, avant de lui rendre ses deux sabres. Ouvrant la porte de son logis, il constate que la pluie a enfin cessé, que les nuages se sont écartés pour dévoiler un ciel de pleine lune. Justement, les nuits où la lune est pleine, les ombres dans les rues en sont d'autant plus épaisses, l'idéal quand un guerrier blessé veut retourner chez lui sans être vu.

Quelques instants plus tard, rhabillé et enfin libéré de la folie meurtrière qui l'habitait, le mercenaire s'apprète à prendre congé de l'homme qui a certainement sauvé son âme. Mais juste au moment de sortir, il s'arrête sur le pas de la porte pour poser une dernière question au médecin: "Votre sabre.... vous avez fait réparer sa lame ?" - "Tu veux vérifier par toi-même en le dégainant ?" - "Non.... Restons-en là. C'est quand il est rangé dans son fourreau qu'un sabre déploie sa véritable valeur.... n'est-ce pas ?" Ces mots montrent combien le jeune mercenaire a compris la leçon de son aîné, ainsi, quand le médecin lui demande à nouveau son nom, cette fois il accepte de le lui révéler: il se nomme Saku, ce qui signifie "nouvelle lune", nom qui ne saurait mieux convenir à quelqu'un qui s'apprète à commencer une nouvelle vie. Mais avant de laisser le jeune homme s'en aller, c'est au tour de Shakô de lui faire un aveu: tout à l'heure il lui a menti en prétendant l'avoir étreint par compassion. S'il lui a fait l'amour, c'est parce qu'il avait eu le coup de foudre pour Saku dès l'instant où il avait posé les yeux sur lui !....

 

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© DUO BRAND / Movic

 

 

 

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